Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.

Réponses aux reviews :

Lia : salut ! Bella est clairement destinée à devenir ; ça paraît de plus en plus évident au fil des chapitres. Edward de son côté voit toujours trop le côté négatif des choses et se complet un peu dans sa douleur si tu vois ce que je veux dire ;) - En ce qui concerne le sort de Bella et tout ce qui concerne la vision... eh bien je te laisserai découvrir mais tout ce que je peux dire c'est qu'on s'en rapproche doucement ! Bonne fin de semaine à toi en tout cas et je te remercie encore de ton soutien !

rougepivoine : oui d'accord avec toi, l'altercation entre Bella et Edward est assez intense, surtout qu'ils restent tous les deux campés sur leur position. Pour ma part, je soutiens totalement Bella et pas parce que je n'apprécie pas Edward... mais quand il se comporte ainsi ;) - En tout cas merci de ta fidélité sans faille à cette traduction, c'est toujours une joie d'avoir tes commentaires, bon fin de weekend et à jeudi XD


« J'avais envie de pleurer mais rien ne sortit.

Ce n'était qu'une sorte de déplorable maladie, une triste maladie, quand tu ne peux pas te sentir pire.

Je pense que tu le sais. Je pense que tout le monde le sait de temps à autre.

Mais je pense que je le sais assez souvent, trop souvent »

- Charles Bukowski -


Bénédictions déguisées

La visite d'Edward laissa un sentiment de malaise et de déception dans son sillage. Alors que je me préparais à partir pour le travail le lendemain matin, je dus me demander si notre conversation avait ne serait-ce qu'un peu clarifier l'air entre nous. J'avais l'impression que nous avions fait un pas en avant, mais aussi deux en arrière. Quelque chose me disait que quand il s'agissait d'Edward, je devrais m'y habituer. L'optimiste en moi me rappela que c'était peut-être mieux que rien, que de faire des allers-retours au lieu de rester complètement immobile – que c'était peut-être la seule façon de progresser.

J'ai été obligée de continuer à me répéter cette pensée lorsque je suis allée voir les Cullen deux jours plus tard. Edward ne m'avait pas approché de toute la soirée – pas que je ne m'y attendais pas. Il est resté la plupart du temps dehors dans le jardin pendant ma visite – je l'avais aperçu à travers les baies vitrées du salon quand je parlais à Emmett et Jasper – et quand il est finalement entré dans la maison, il avait semblé vouloir garder une distance de sécurité. J'ai haussé les épaules face à son attitude et j'ai décidé de le laisser faire en sachant reconnaître à quoi il ressemblait quand il n'était pas d'humeur réceptive.

Je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer qu'il n'était pas la seule personne éloignée dans la maison. Rosalie ne s'était pas du tout approchée de moi lors de ma visite et à part me saluer avec réserve à mon arrivée, elle n'avait pas dit un mot. Elle restait surtout discrète, mais à un moment donné dans la soirée, j'avais remarqué qu'Edward et elle, avaient une conversation tranquille dans un coin du salon. Je me demandais qu'elle était son opinion sur toute cette situation – et combien elle différait d'Edward. Enfin si elle ne différait qu'un peu. A Forks, Rosalie avait été loin de l'approbation quand il s'agissait de moi et de mon désir de devenir vampire. Je me demandais si les années entre avant et maintenant, avaient changé ses opinions. Mais elle ne semblait pas ouvertement hostile. Seulement réservée. Je ne savais si je l'imaginais ou non mais pour une quelconque raison, elle avait changé d'avis.

Le dernier invité du mariage avait quitté Ithaca à l'exception des Denali. La maison semblait maintenant presque trop calme et vide par rapport à samedi soir où elle était pleine de musique et de vampires. Et bientôt ce serait encore plus calme ; Esmée et Miguel partiraient pour leur lune de miel ce weekend.

Je leur ai demandé où ils allaient. Esmée poussa un reniflement très inhabituel et plus ou moins frustré tandis que Miguel souriait.

« Ta conjecture est au même point que la mienne. Il refuse de me le dire, m'expliqua Esmée.

– Te le dire gâcherait la surprise », se défendit Miguel en lui serrant doucement les épaules par derrière. Esmée essaya de garder une expression de reproche sur son visage tout en ignorant le baiser que Miguel pressa sur sa joue, mais bientôt son visage se fondit en un sourire involontaire.

Remarquant le changement d'humeur de sa femme, Miguel me fit un clin d'œil et murmura : « Demande à Alice. Elle sait où nous allons »

Immédiatement, Esmée lui donna une douce tape sur le bras. « Quoi ! Tu es incorrigible ! »

Je ne pus que sourire à leur échange. J'étudiai Miguel avec curiosité en pensant que c'était dommage que je n'aurais pas le temps de mieux le connaître avant son départ avec Esmée. Je me souvenais de ce qu'Alice m'avait dit il y a quelques jours – que sa vie humaine avait été plus ou moins pénible et remplie de difficultés. Cela m'étonna un peu de voir à quel point il était devenu doux et attentionné. Ces traits, avaient-ils toujours été présents dans son caractère ? Ou était-ce Esmée qui les avait fait ressortir pour faire de lui la personne qu'il était maintenant ?

Peut-être que c'était les deux.

A un moment de la soirée, je me suis retrouvée seule avec Esmée. Elle me remercia de nouveau pour avoir aidé à l'organisation du mariage, et aussi excitée qu'elle était à propos de sa lune de miel, elle semblait aussi regretter qu'elle et Miguel partent si tôt. Il y avait une lueur conflictuelle dans ses yeux topaze alors qu'elle regardait par la fenêtre du troisième étage qui donnait sur le jardin tout en semblant tirailler entre une douleur inexprimée et une joie attendue depuis longtemps.

« Cela doit être agréable de les revoir tous sous le même toit », exprimai-je pensivement à haute voix en voyant comment ses yeux dévoraient les membres de sa famille. Je réalisai que ça devait faire des années qu'elle n'avait pas dû voir toute le famille réunie.

Elle acquiesça. « Ça l'est », admit-elle doucement apparemment trop perdue pour dire autre chose.

Je suivis son regard tandis qu'elle regardait un membre de la famille après l'autre Alice et Jasper qui parlaient à Irina et Laurent près des portes menant à l'extérieur de la maison. L'une des trois Denali – probablement Kate du fait de ses longues mèches soyeuses – s'éloignait de la maison côte à côte avec Carmen pour disparaître dans la forêt dense qui débutait en bout de jardin. Je les avais entendu plus tôt planifier une sortie de chasse. Elles contournèrent Emmett et Rosalie sur leur chemin – ces deux derniers se tenant sous l'arche de jardin illuminée à l'endroit exact où Esmée et Miguel avaient répété leurs vœux seulement quelques jours plus tôt. Ils paraissaient perdus dans leurs souvenirs, revivant et se souvenant peut-être de leur propre mariage.

Alice avait démonté les lustres en fil blanc et bleu qui avaient été utilisés lors du mariage en ne voulant pas qu'ils soient ruinés par la neige et le froid. Mais elle avait décidé de laisser les lanternes de glace pour l'instant. Leur douce lumière donnait au jardin une lueur subtile et mystérieuse.

La voix calme d'Esmée me sortit soudain de ma rêverie.

« Je m'inquiète parfois pour lui »

Je me tournai pour regarder dans sa direction en remarquant qu'elle n'observait plus Rosalie et Emmett. Ses yeux dorés étaient fixés sur un autre duo de vampires se promenant dans le jardin ; Carlisle et Miguel. Les deux hommes s'arrêtèrent à côté d'un pommier couvert de givre au milieu du jardin en semblant en pleine conversation.

Ses mots me troublèrent. Pourquoi s'inquiétait-elle pour Miguel ?

« Il y a des moments où il me manque, poursuivit-elle doucement. Sa compagnie, sa nature calme et gentille. Il n'existe personne d'autre comme lui »

Une ampoule s'alluma dans ma tête – elle parlait de Carlisle.

« Je sais, m'entendis-je dire avant de pouvoir m'arrêter. Il est unique en son genre »

Esmée me fit un sourire chaleureux mais bientôt ses yeux devinrent mélancoliques. « Il y a des moments où je me sens… je ne sais pas, responsable, en quelque sorte » Elle fit une pause et eut un rire calme et sans joie, et prit un moment pour chercher ses mots. « Il a été seul pendant si longtemps avant que lui et moi nous nous croisions. Et maintenant, il est de nouveau seul » Elle baissa les yeux sur l'anneau à son doigt tandis que la lueur dans ses yeux se fit impénétrable. Je me demandai si elle se souvenait du moment où Miguel l'avait demandé en mariage. Ou peut-être repensait-elle à ce moment fatidique où elle avait posé les yeux sur lui en premier lieu.

Une fois de plus, je me suis posée des questions sur toute cette histoire de compagnon vampire – et sur les puissances derrière. D'après ce qu'on m'avait dit, je savais à quel point c'était important et bouleversant pour un vampire de rencontrer son compagnon. Je savais que c'était une expérience puissante et incomparable qui vous affectait pour le reste de votre existence. Mais là encore, c'était un peu dur à appréhender. Peut-être était-ce l'étroitesse d'esprit de la nature humaine.

Ou peut-être devait-on vraiment en faire l'expérience soi-même pour réellement le comprendre.

« Il n'y a rien que tu ne ferais pas pour cette personne. L'instinct de protéger et de la maintenir en sécurité est accablant » Pourtant même après tous ces mois, je me souvenais du ton d'Alice, de la lueur dans ses yeux quand elle m'en avait parlé. « Il n'y a pas beaucoup de différence entre l'amour et les sentiments qui naissent lorsque vous voyez votre partenaire. Le lien de compagnon est juste plus intense. Immédiat. Tomber amoureux et éventuellement aimer quelqu'un du fond du cœur prend du temps, mais lorsqu'on voit son compagnon… tous ces sentiments qui devraient prendre du temps pour se manifester sont déjà là. Presque comme s'ils avaient toujours été là »

Dans l'ensemble, on avait plus que l'impression que c'était merveilleux. Mais si on était déjà amoureux de quelqu'un d'autre lorsqu'on rencontre son compagnon, il y avait un prix à payer. Esmée le savait mieux que quiconque.

Je la regardai silencieusement pendant un moment en choisissant soigneusement mes mots. « Carlisle ne voudrait jamais que tu te blâmes pour ce qui s'est passé entre toi et Miguel, lui dis-je doucement. Il sait que ce n'était pas une question de choix. Il veut juste que tu sois heureuse »

Esmée hocha la tête. « Je sais, murmura-t-elle. Et ne te méprends pas – je ne pourrais jamais regretter d'avoir rencontré Miguel. Je sais que c'était mon destin de le rencontrer. Mais je sais aussi que c'est ce même destin qui a causé des douleurs à Carlisle. J'aurais seulement aimé que cela soit évité.

– Parfois la douleur peut avoir un sens plus profond derrière elle, murmurai-je en ne sachant même pas d'où me venaient mes mots. Ma mère m'a dit une fois que la plupart des terribles choses qui lui sont arrivées se sont révélées être des bénédictions déguisées. Elle m'a dit une fois que c'était une bonne chose qu'elle ait toujours paru si malchanceuse dans la vie, car sinon elle n'aurait pas été aussi heureuse qu'elle l'est maintenant »

Esmée sourit. « C'est très sage » Elle poussa un long soupir en levant la tête pour regarder à nouveau à l'extérieur. « Je ne veux juste pas qu'il soit seul. Il mérite plus. C'est un homme bon »

Jusque-là, Carlisle et Miguel étaient tellement concentrés sur leur conversation qu'ils n'avaient pas beaucoup prêté attention à autre chose. Mais à présent, Carlisle leva les yeux pour regarder la fenêtre du troisième étage comme s'il avait entendu les mots doux d'Esmée. Ce qui était probablement le cas. Je ne pouvais voir ses yeux dans la soirée sombre – les lanternes de glace n'émettaient pas assez de lumière. Je me demandai s'il me regardait ou Esmée.

Au bout d'un moment, il se détourna pour reprendre sa conversation avec Miguel. Je le vis échanger un sourire avec l'homme aux cheveux noirs à côté de lui. Après un moment de conversation, ils commencèrent à retourner à la maison. Je songeai que s'ils se ressemblaient davantage, on aurait facilement pu les confondre avec des frères. Il y avait entre eux une aisance et une familiarité qui ne pouvaient venir que d'années d'amitié.

Peu auraient pu continuer comme il l'a fait après ce qui s'est passé avec Esmée, pensai-je alors que mes yeux suivaient la silhouette de Carlisle. Sans parler de la position dans laquelle il était quand il regardait Miguel sans ressentir aucune amertume. Sans parler non plus d'entretenir une amitié étroite avec lui.

Je soupirai soudain déchirée entre admiration et émerveillement à son encontre. Les mots d'Esmée résonnèrent à nouveau dans ma tête.

« Je ne veux juste pas qu'il soit seul. Il mérite plus. C'est un homme bon »

Je ne pouvais qu'être d'accord avec elle.


Les jours suivant s'écoulèrent dans une tempête de travail. Le temps commença à se réchauffer en février et je me suis retrouvée un peu triste lorsqu'un jour exceptionnellement doux fit que la neige commença soudainement à fondre. J'attendais le printemps avec impatience – c'était toujours le cas – mais après avoir vécu quelques années à Buffalo, j'avais en réalité appris à aimer et même à profiter des hivers froids de la ville. Une autre des raisons pour laquelle je préférais la neige était parce qu'elle était beaucoup plus simple à gérer que la neige fondante humide.

Un matin j'ai envisagé le fait de porter des bottes en caoutchouc pour travailler. La boue glacée qui s'accumulait sur les allées me fit sérieusement regretter de ne pas avoir de voiture. Je pensais à ma vieille et fiable Chevy avec tendresse et je me suis imaginée derrière son volant défilant dans les rues glacées avec une facilité incomparable tandis que les autres habitants de la ville se faisaient remorquer leurs nouvelles Audi et BMW des fossés. Cette pensée me donna assez de force pour sortir un matin glacial. Mais si l'image de moi dans ma vieille Chevrolet rouillée m'avait remonté le moral, ce ne fut rien en comparaison de la vue qui m'avait attendu dans ma cour ; il y avait eu une énorme jeep vert foncé qui m'avait attendu et j'avais facilement pu distinguer les cheveux blonds miel de Jasper même dans la faible lumière du petit matin. Alors que je me glissais et frayais un chemin à travers la cour glacée, je m'étais rappelée un instant une autre voiture, un autre jeune homme assis au volant et qui m'attendait. Combien de fois Edward s'était-il assis dans la voiture près de la maison de Charlie et m'avait attendu pour m'emmener à l'école ?

Edward. J'essayais de ne pas trop penser à lui parce que chaque fois que je le faisais, mes pensées commençaient à tourner dans un cercle frustrant et sans fin. Je savais qu'il n'y avait pas de raison d'être obsédée par lui – la balle était maintenant dans son camp. Je ne l'avais plus vu depuis ma visite à Ithaca quelques jours auparavant et il n'était pas venu me voir. Je savais que je ne pouvais pas faire grand-chose – il devait soit accepter ma décision, soit se complaire dans sa frustration et son mécontentement jusqu'à la fin des temps.

Que de choix.

Une nuit, quelques jours après le départ d'Esmée et Miguel pour leur lune de miel, j'ai été soudainement tentée – dans un accès de frustration et de mécontentement – d'appeler Alice pour qu'elle vienne me chercher afin que je puisse affronter Edward. La librairie m'avait occupée au cours des derniers jours et j'avais même travaillé des heures supplémentaires après l'heure de fermeture en m'empêchant ainsi de me rendre à la maison des Cullen. Il faisait toujours sombre quand je rentrais enfin chez moi le soir et franchement j'étais plus que disposée à rentrer après les longues heures passées au magasin.

Non pas que c'était d'une grande utilité. Peut-être que c'était la ruée et le stress quotidien qui me perturbaient, mais mes rêves devenaient très agités et dérangeants, et je passais la plupart des nuits à me réveiller emmêlée dans mes draps puis à regarder frénétiquement autour de moi la chambre sombre avant de réaliser que j'étais réveillée – que les yeux rouges assombris par la soif ne me regardaient pas dans l'ombre. J'avais un mauvais sommeil depuis des années maintenant et je m'y étais habituée dans une certaine mesure, mais je devais admettre que les cauchemars commençaient à m'épuiser.

Je fus tirée de ma rêverie lorsque mon téléphone sonna. Je me levai du canapé où je m'étais installée après être sortie de la douche tout en déroulant la serviette de mes cheveux et faisant les derniers pas vers le comptoir de la cuisine en toute hâte avant que le téléphone ne tombe du bord – il était en mode vibreur. Je vérifiai le nom à l'écran et je répondis.

« Salut Alice. Je pensais vraiment à… »

Elle m'interrompit tandis que son ton était étrangement inquiet. « Ne panique pas maintenant »

Sa salutation me fit froncer les sourcils. « Pourquoi devrais-je paniquer ? » demandai-je en paraissant plus calme que je ne le pensais. Qu'est-ce qui allait mal maintenant ? « Quelque chose est arrivé ?

Tout est comme ça devrait être, ne t'inquiète pas. Excepté que, eh bien… quelque chose est arrivé et tu devrais le savoir »

Je laissai échapper un soupir. Mon cœur avait commencé à battre dans ma poitrine et je respirai profondément pour calmer mes nerfs.

« Un de ces jours tu vas me faire une syncope, lui reprochai-je. Que se passe-t-il ? »

Elle resta silencieuse un instant avant de répondre. « Eh bien… je viens d'avoir une vision de ta maman. Elle prévoit de faire une visite impromptue à Buffalo ce weekend. Elle va t'appeler ce soir et te demander si ça te va »

Mon cœur se remit à marteler lorsque les mots d'Alice s'enfoncèrent en moi. « Mais… » Je me figeai au milieu de la phrase en ne sachant pas quoi dire. Que penser. « Mais – elle m'a appelé il y a deux semaines et n'a jamais mentionné quoi que ce soit à propos d'une visite », dis-je faiblement comme si mes mots pouvaient d'une manière ou d'une autre effacer la réalité. Je ne voulais tout simplement pas croire ce qu'elle venait de me dire.

« Elle n'y avait pas pensé à ce moment-là. L'idée ne lui est venue que quelques minutes plus tôt quand elle a appris que Phil s'en allait pour quelques jours » Elle fit une pause en sentant sans aucun doute mes émotions turbulentes. « Elle pensait que ce serait une belle surprise »

J'eus l'impression de trembler. Je me suis allongée sur le canapé car incapable de rester debout plus longtemps. Serrant le téléphone contre mon oreille, j'essayai de comprendre la tempête qui faisait rage en moi, j'essayai de déterminer si ma réaction aux nouvelles d'Alice était déraisonnablement exagérée. Après tout, beaucoup seraient ravis de recevoir la visite imprévue de quelqu'un qu'ils aiment. Mais je ne ressentais qu'une peur étrange et indéfinissable.

J'avais déjà décidé de ne pas voir ma mère avant ma transformation. Je l'avais décidé parce que je savais que c'était pour le mieux finalement. Je m'étais autorisée à voyager à Forks pour voir Charlie mais seulement parce qu'il n'était pas aussi perspicace quand il s'agissait de moi. Renée c'était une toute autre histoire – elle me connaissait trop bien. Je n'avais jamais rien pu lui cacher.

Et si je ne pouvais pas jouer le rôle de prétendre que tout allait bien ? Et si elle sentait que j'étais troublée par quelque chose ? Et le jour venu où je devrais disparaître, son dernier souvenir de moi pourrait très bien la hanter pour le reste de sa vie.

Et il y avait autre chose qui avait facilité ma décision de ne pas la voir. Une chose qui n'était pas née de pensées altruistes de protéger ma mère d'une détresse inutile.

Cette chose était ma propre détresse. Peur. Chagrin. J'étais horrifiée à l'idée d'avoir à lui dire au revoir sans même avoir à dire les mots. J'avais peur du moment où je la regarderais pour la dernière fois et savoir que je ne la reverrais plus jamais. Allais-je essayer de mémoriser chaque traits de son visage, chaque rides et taches de rousseur sur sa peau ? Ou serais-je même capable de la regarder ?

« Bella ? Tu es là ? »

Je laissai échapper un souffle tremblant. « Ouais. Je suis juste… » Je cherchai mes mots. Compléter une phrase simple semblait une tâche impossible. « Je ne sais pas quoi penser. Que faire. Peut-être devrais-je inventer une excuse et lui dire que je ne suis pas à la maison – ou que j'ai la grippe »

Alice resta silencieuse pendant un moment. « C'est ta décision », dit-elle finalement d'une voix pleine de sympathie. Apparemment, elle savait ce qui m'avait traversé l'esprit quelques instants plus tôt. « Mais écoute, continua-t-elle après un moment. Je sais que tu es tentée de trouver une excuse pour éviter cette visite et si tu décides de le faire je comprendrais tout à fait. Mais réfléchis d'abord. Ne te précipite pas dans quoi que ce soit. Si tu ne sais pas quoi dire quand elle appelle, tu n'as pas à décrocher. Prends le temps de dormir et rappelle-la demain » Elle s'arrêta. « Je dis seulement cela pour que tu n'aies pas à le regretter plus tard. Souviens-toi que ça pourrait être ta dernière chance de la voir de toute ton existence. Si j'avais eu la chance… »

Elle se tut – se demandant peut-être si elle devait continuer. Ou peut-être en proie aux pensées de sa propre famille.

« Quoi ? » demandai-je. Ses paroles avaient piqué mon intérêt.

Elle sembla hésiter. « Comme tu le sais, je n'ai aucun souvenir de ma famille. Mais je sais que j'en avais une autrefois »

J'ai hoché la tête plus pour moi que pour elle. Bien sûr que je me souvenais qu'Alice n'avait aucun souvenir de sa vie avant sa transformation. Avant d'essayer de me tuer toutes ces années auparavant, James m'avait révélé qu'Alice était presque devenue sa victime alors qu'elle était encore humaine. Au cours de ses dernières années humaines, elle avait été détenue dans un asile psychiatrique et un vieux vampire qui y avait travaillé avait transformé Alice pour la protéger. Son sang avait appelé James de la même manière que le mien avait jadis tenté Edward.

Alice parla à nouveau, je repoussai les souvenirs et me concentrai à nouveau sur sa voix. « Je ne me souviens de rien au sujet de mes parents ou d'autres membres de ma famille. Par conséquent, ce n'est pas à moi de te dire ce que tu devrais faire ou ne pas faire au sujet de ta mère. Puisque je ne me souviens pas de ma vie humaine, je n'en ai aucune idée ce que ça signifie de dire adieu. Je ne peux qu'imaginer. Si je devais abandonner Carlisle ou Esmée… » Sa voix prit un ton douloureux. Notre conversation concernait probablement ça mais j'avais l'impression qu'il y avait plus. Il y avait un timbre dans la voix d'Alice que je n'avais jamais entendu auparavant.

« Qu'est-ce qu'il y a Alice ? » demandai-je en oubliant ma propre détresse.

Je pus l'entendre soupirer à l'autre bout de la ligne. « J'ai découvert que j'avais une sœur »

Ses mots me firent froncer les sourcils de surprise. « Quand ?

Il y a quelques années quand j'ai commencé à fouiller mon passé. C'était peu de temps après notre départ de Forks.

– Qu'as-tu découvert d'autre ? Sais-tu qui t'a placé dans cet asile ? » demandai-je en voulant lui poser des centaines de questions. En même temps, j'imaginai une petite fille aux cheveux noir corbeau – une version plus jeune d'Alice.

« Je n'ai pas découvert grand-chose d'autre. Seulement que mon nom complet est Mary Alice Brandon et que je suis née en 1901 à Biloxi. Et comme je l'ai dit, j'avais au moins une sœur. Son nom était Cynthia » Le nom parut incertain dans sa bouche. « Elle est décédée maintenant. Mais elle a une fille qui vit toujours à Biloxi.

– Incroyable » Je cherchai à prendre un ton plus léger mais ne sachant pas si j'avais réussi ou non. « Tu es tante.

Ouais » Le rire d'Alice fut légèrement douloureux. Je n'avais jamais entendu un son si… mélancolique. « Mais de toute façon… je voulais juste te dire ça parce que, eh bien… » Elle s'arrêta un moment en cherchant ses mots. « Je veux juste que tu te prépares à la possibilité qu'à un moment sur ta route, ces possibilités perdues te manquent. C'est mon cas parfois. C'est étrange qu'une personne qu'on ne se souvient même pas puisse nous manquer » Elle s'arrêta de nouveau. « Je n'essaye pas de te faire culpabiliser pour que tu rencontres ta mère Bella. Si tu penses que c'est pour le mieux que tu ne la vois par alors je l'accepte. Mais je veux juste que tu y réfléchisses attentivement »

Je laissai échapper un long soupir. « Je sais, murmurai-je doucement. Et merci de me l'avoir dit. Je te promets d'y penser.

Je sais que tu le feras » Je pouvais entendre un sourire dans la voix d'Alice à présent – je pouvais dire que c'était un petit sourire ainsi que légèrement inquiet. « Bonne nuit Bella.

– Bonne nuit », répondis-je d'une voix absente. J'ai posé le téléphone sur la table et l'ai regardé comme si je m'attendais à ce qu'il me dise quoi faire. J'essayai de décider si les mots d'Alice avaient rendu la décision plus aisée ou plus difficile à prendre. Je savais qu'elle ne m'aurait pas parlé de ses propres sentiments à l'égard de cette affaire si elle ne pensait pas que c'était important. Et même si elle n'avait aucun souvenir de sa famille et ne savait quel genre de personnes lui manquait… malgré ça, elle le savait probablement mieux que moi. Elle avait eu des décennies pour réfléchir à ses questions.

Elle pourrait avoir raison. Si je ne saisissais pas cette chance maintenant, je pourrais finir par la regretter plus tard.

Quand mon téléphone sonna finalement, je le tenais déjà dans ma main. Pendant un moment, le bout de mon pouce s'attarda au-dessus du bouton rouge, et je fus tentée d'appuyer dessus et de la rappeler demain comme Alice l'avait suggéré mais finalement je répondis tandis que mon esprit se vidait de toutes pensées.

J'ai essayé d'agir de manière surprise et ravie en entendant la suggestion de Renée de passer le weekend à venir avec moi. Plus tard en y repensant, je ne sus pas comment j'étais parvenue à paraître si normal. J'avais l'impression de me sentir en dehors de mon corps tandis que je poursuivais une conversation décontractée avec elle. Quand nous avions finalement raccroché, je me sentais épuisée comme si j'avais couru un marathon. Je me suis forcée à me lever et je parvins à réaliser mes routines nocturnes avant de me coucher.

Cette nuit-là aussi, le sommeil m'a fui. Je me suis retrouvée à compter les heures jusqu'à ce que je revoie Renée. Et je savais qu'une fois le weekend venu, je compterais les heures jusqu'à la fin. J'avais ce sentiment étrange et angoissant que voir ma mère allait devenir une sorte de tournant. Qu'après ce weekend, je ne serais plus jamais la même.

Le visage de Renée ne cessait d'apparaître dans mon esprit – son sourire chaleureux et enthousiaste, ses yeux bleus toujours remplis de cet émerveillement enfantin, sa peau pâle qui avait toujours tendance à brûler au soleil au lieu de bronzer même après qu'elle avait vécu la majeure partie de sa vie dans des endroits ensoleillés… Elle m'avait demandé une fois s'il existait des crèmes solaires protection 800. Je gloussai intérieurement au souvenir en sentant dans le même temps mes yeux se remplirent de larmes.

Je ne dormis pas une seule minute cette nuit-là. Vers le petit matin, je renonçai finalement à dormir et j'ai commencé à m'habiller en sachant que je ne pouvais tout simplement pas rester à la maison.

Quarante-cinq minutes plus tard, j'étais déjà à la librairie. Je ressentis un étrange soulagement lorsque j'ai déverrouillé la porte et que je suis entrée à l'intérieur tout en allumant les lumières et laissant l'odeur familière du papier et de l'encre apaiser mes nerfs. Afin d'écarter les pensées du weekend à venir, je décidai de faire une chose qui exigeait une concentration constante. J'avais une bonne tâche en tête, une chose que je n'avais repoussé que trop longtemps.

Après m'être débarrassée de mon manteau, je me mis tout de suite au travail. En partant de l'étagère la plus éloignée de la porte, j'ai commencé à classer les livres par auteur en ordre alphabétique. J'avais l'habitude de le faire une fois toutes les quelques semaines – les livres avaient tendance à se mélanger très facilement parce que les clients les sortaient des étagères quand ils voulaient les regarder de plus près et ne se donnaient pas la peine de les remettre à leur place par la suite. Cette tâche particulière attendait depuis longtemps, ce qui signifiait que je n'aurais pas à me soucier de quoi faire – ou quoi penser – pendant les prochaines heures. Arranger les livres exigeait de la concentration, et j'accueillis cette distraction avec joie.

Je ne sus combien de temps j'y étais attelée. Les minutes passèrent pour se transformer en une heure, puis deux, puis trois. Je pris une petite pause-café à un moment donné et je réalisai que j'avais oublié de retourner le panneau sur la porte de fermé à ouvert. Le matin fut exceptionnellement calme – pas de clients. Donc personne n'interrompit ma tâche.

Il s'est finalement avéré que la solitude avait ses avantages, mais aussi ses inconvénients ; le silence permit à mon esprit de trop errer. Juste au moment où j'allais allumer la radio que j'avais dans l'arrière-boutique, je fus soudain sauvée du silence par la clochette au-dessus de la porte du magasin qui sonna. J'ai essuyé à la hâte mon visage avec ma manche en espérant qu'il n'y avait pas de poussière dans mes cheveux.

Une pile de livres empilés dans mes bras, je sortis de derrière l'étagère pour voir qui était entré. Je fus agréablement surprise de voir Carlisle debout près de la porte.

« Salut », le saluai-je en me sentant soudainement très heureuse malgré ma solitude.

Il me rendit mon salut en inclinant la tête vers les livres que je tenais. « J'espère que je n'interromps rien »

J'ai secoué la tête. « J'essayais juste de passer le temps. Ce fut une matinée tranquille »

Je suis retournée à l'étagère sur laquelle je travaillais en commençant à y glisser les livres à leur place. Carlisle me suivit d'un pas tranquille. Pendant un moment, il resta silencieux et me regarda juste travailler.

« Tu fais l'inventaire ? » s'enquit-il.

J'ai secoué la tête. « Juste de l'organisation. Mais en parlant d'inventaire… un de ces jours, je devrais faire ça aussi » Je fronçai les sourcils tout en jetant un coup d'œil aux deux derniers livres dans ma main et murmurant sans bruit les noms des auteurs.

« Comment vont les choses à Ithaca ? demandai-je en passant à l'étagère suivante. La maison est-elle toujours pleine de vampires ? »

Carlisle eut un petit sourire. « Plus ou moins. Les Denali sont toujours là mais ils retourneront en Alaska après le weekend.

– As-tu des nouvelles d'Esmée et Miguel ? » Cela faisait quelques jours qu'ils étaient partis. Je me demandai où ils s'étaient dirigés – je n'avais jamais pensé à accepter la suggestion de Miguel de demander à Alice quels étaient leurs projets de voyage.

« Esmée a appelé hier, répondit Carlisle avec un sourire. Ils étaient quelque part en France à ce moment-là mais j'ai l'impression qu'ils n'y resteront pas longtemps.

– Laisse-moi deviner. Alice a prévu un voyage autour du monde pour eux, ce qui signifie que nous ne verrons pas beaucoup Esmée et Miguel pendant des mois »

Carlisle rit doucement. « Presque. C'est Miguel qui a planifié le voyage, mais Alice s'est occupée de tous les aspects pratiques.

– Bien sûr » Je lui lançai un rapide sourire et commençai à empiler un autre tas de livres dans mes bras. Carlisle me regarda pendant un moment avant de commencer sans bruit à sortir les livres de l'étagère suivante. J'arrêtai ce que je faisais et le regardai pendant qu'il remplissait de nouveau l'étagère pour organiser les livres par ordre alphabétique comme je le faisais. Cela ne lui prit environ que trois secondes même s'il y avait au moins cinquante livres sur cette étagère.

« Ce n'est pas juste, grommelai-je bien qu'amusée. C'est de la triche »

Il rit. « Être vampire a ses avantages »

Je roulai des yeux. « Peut-être que tu devrais en convaincre Edward. Cela rendrait la situation entre nous beaucoup plus facile »

Carlisle eut un autre rire. Ce fut un son sec cependant et quand je me détournai de l'étagère que j'organisais, je remarquai que l'expression sur son visage était pensive. « J'ai entendu dire qu'il t'avait rendu visite la semaine dernière.

– En effet, admis-je. Est-il toujours à Ithaca ? »

Carlisle acquiesça. « Il a décidé de rester avec nous pendant un certain temps, tout comme Rosalie et Emmett. Esmée est ravie de l'entendre. Cela fait longtemps que nous n'avons pas été réunis comme ça. Ce temps où nous vivions tous ensemble sous le même toi lui manque »

Je me souvins avoir pensé la même chose lors de ma visite aux Cullen la semaine passée. Esmée avait toujours été tellement centrée sur la famille. Cela avait dû être étrange pour elle lorsque les Cullen s'étaient dispersés à leur guise huit ans plus tôt.

« Et toi ? demandai-je. Cela ne t'a pas manqué ? »

Il réfléchit à ma question. « Si, admit-il. Mais je sais que même s'il y a des moments où nous ne vivons pas en famille, la séparation n'est jamais permanente. Nous avons suivi notre propre chemin par le passé, mais nous finissons toujours par nous retrouver »

Je lui ai jeté un coup d'œil attentif. « Penses-tu que c'est le cas maintenant ? »

Une expression impénétrable apparut sur son visage. « Je ne sais pas. Le temps nous le dira. Edward… » Il hésita au nom. « Edward pourrait ne pas rester longtemps. J'ai essayé de le convaincre du contraire, mais…

– Que veux-tu dire ? demandai-je. Pourquoi ne resterait-il pas ? Alice m'a dit que tu avais réussi à le convaincre de rester immobile pour l'instant. A-t-il changé d'avis ? »

Carlisle me jeta un regard surpris, et je lui expliquai qu'Alice m'avait parlé des intentions d'Edward de retrouver cette vampire inconnue.

« Il ne part pas après la vampire dans les visions d'Alice, clarifia-t-il. Edward a convenu qu'il valait mieux attendre de voir si Alice voit quelque chose de plus. Agir sera plus facile une fois que nous saurons à quoi nous avons affaire » Il y avait quelque chose d'évasif dans sa réponse.

Je fronçai les sourcils. « Pourquoi va-t-il partir alors ? »

Carlisle resta silencieux pendant un moment. Rien dans son expression n'indiquait que quelque chose n'allait pas et pourtant j'avais le sentiment qu'il y avait plus qu'il ne me disait pas. « Edward a juste besoin d'espace. Il sent qu'Ithaca n'est pas le bon endroit pour lui en ce moment.

– Pourquoi ? » insistai-je.

Une expression voilée apparut sur son visage. Je le regardai attentivement alors qu'il commençait à organiser l'étagère suivante, et j'eus l'impression qu'il faisait cela pour chercher une excuse afin d'éviter mes yeux.

« Est-ce à cause de moi ? demandai-je. Quoi, ne peut-il plus tolérer l'idée de vivre à un peu moins de 150 kilomètres de moi ? L'État de New-York est-il trop petit pour nous deux ? »

Carlisle me regarda en silence pendant un moment avant de remettre le reste des livres sur l'étagère.

« Il ne part pas à cause de toi », expliqua-t-il calmement. La façon dont il insista sur le mot me dérouta. « Il a… d'autres raisons.

– Quels genres de raisons ? » demandai-je.

Il laissa échapper un long soupir ténu. Quelque chose scintilla dans ses yeux – détresse, remords, culpabilité ? – alors qu'il regardait le sol. Cela me rendit encore plus perplexe.

« Tu dois savoir qu'Edward se soucie beaucoup de toi Bella. Ne pense jamais qu'il partirait parce qu'il t'en veut » Soudain, il y eut une urgence désespérée sans sa voix. « Tu es très importante pour lui. Il ne te le dira peut-être pas, mais c'est malgré tout la vérité »

Essayait-il de me dire qu'Edward était toujours amoureux de moi ? Si tel était le cas, je ne savais pas quoi faire à ce sujet. Bien sûr, je me souciais de lui – ça ne partirait pas comme ça. Je me souvenais avec tendresse du temps passé ensemble. Mais tout ce que je pouvais offrir à Edward maintenant était de l'amitié. Rien de plus.

Je réalisai que peut-être le savait-il. Peut-être qu'il savait que je ne pensais plus à lui comme autrefois. Peut-être que c'était trop douloureux pour lui d'être près de moi à cause de ça.

J'ai scruté son visage avec soin. Il se concentrait à nouveau sur les livres mais je pouvais voir qu'il ne prêtait pas attention à ce qu'il faisait. Ses pensées étaient clairement ailleurs.

« Je comprends si c'est difficile pour Edward d'être près de moi, concédai-je en mettant fin au long silence et guettant sa réaction. Surtout s'il a encore des sentiments pour moi. Je lui rappelle quelque chose qu'il a perdu et je compatis à ça. Si la situation était inversée et que c'était moi qui restais accrochée à lui… » Je m'arrêtai en cherchant mes mots. « Et si je savais que mes sentiments n'étaient pas réciproques, j'aurais du mal à rester en sa compagnie. Si c'est le cas d'Edward, alors je comprends qu'il a besoin de temps et d'espace pour comprendre les choses. Mais cela ne peut être la seule raison pour laquelle il prévoit de partir ? »

Ma question parut bousculer Carlisle de ses pensées ; la lueur dans ses yeux était soudainement alerte. Il ne rencontra pas mon regard, mais je le fixai quand même.

« Il y a autre chose, n'est-ce pas ? demandai-je car sa réaction confirmait mes soupçons. Dis-moi juste que vous ne vous êtes pas disputés pour quelque chose »

Carlisle passa une main dans ses cheveux puis commença à se frotter l'arrière de la nuque d'un air mal à l'aise. Quelque chose vacilla de nouveau dans ses yeux mais seulement pendant une seconde.

« Qu'est-ce qui te fait penser que nous sommes en désaccord sur quelque chose ? » demanda-t-il.

J'ai haussé les épaules. « Je sais qu'Edward t'en veut parce que tu as promis de me transformer. Cela causera forcément un conflit entre vous deux. Il n'est pas exactement indifférent à ce sujet »

Carlisle resta silencieux un moment. Lorsqu'il finit par parler, sa voix était douce et calme, presque mélancolique. « Je connais Edward depuis près d'un siècle, murmura-t-il. Il est la personne et l'ami le plus âgé que j'ai, et il me connaît moi et mon esprit mieux que moi. Comme je te l'ai déjà dit, nous avons toujours été en mesure de régler les différents qui ont pu exister entre nous. Edward pourrait avoir ses… raisons de m'en vouloir maintenant. Mais quand il s'agit de mon offre de te transformer… il sait que je l'ai fait parce que je veux te garder en sécurité. Au fond, il accepte mes actions et comprend que j'ai fait ce que je croyais être juste. Si ce n'est pas encore le cas, alors peut-être plus tard » Il fit une pause tout en soutenant mon regard. « Et avec le temps, il acceptera également ton choix. Pour le moment, il n'est tout simplement pas en mesure de voir derrière le fait que tu abandonnes tout à cause de ce que nous sommes »

J'ai hoché tranquillement la tête tout réfléchissant à ses mots. « Alors… il ne part pas parce qu'il est difficile pour lui d'être avec moi ? Ou parce que vous êtes tous les deux en mauvais termes ?

– Edward a juste besoin de temps pour lui », répondit-il. Une fois de plus, j'avais l'impression qu'il essayait d'éviter de me donner une réponse directe.

Je ne voulus pas pousser la question plus loin – je savais qu'il devait y avoir une raison à sa réticence de m'en dire plus. Peut-être que c'était une chose confidentielle, et qu'il ne voulait pas trahir la confiance d'Edward en m'en parlant. Je décidai donc de laisser tomber.

Je me suis à nouveau concentrée sur les livres tout en secouant la tête lorsque j'ai trouvé un livre de cuisine dans la section romance. En soupirant, je le pris pour le mettre à sa bonne place.

Carlisle me jeta un coup d'œil lorsque je revins.

« Merci pour ton aide, soupirai-je. Je ne m'étais pas rendue compte à quel point tout était mélangé. J'aurais dû m'occuper de ça bien avant, mais j'étais tellement occupée »

Il me fit un sourire chaleureux. « Pas besoin de me remercier Bella » Je le remarquai me lancer un autre regard, plus long cette fois et il plissa les yeux comme pour voir quelque chose de plus net. « Tu sembles fatiguée », nota-t-il soudain. Il y avait de l'inquiétude dans sa voix. « As-tu dormi la nuit dernière ? »

J'ai haussé les épaules en espérant qu'il laisserait passer. Mais bien sûr que non – peut-être que j'avais l'air pire que je ne l'avais imaginé.

« Alice m'a parlé de l'intention de ta mère de te rendre visite, révéla-t-il tandis que ses yeux commençaient à me scruter attentivement. Comment te sens-tu à propos de ça ? »

Je sortis une autre brassée de livres de l'étagère en me demandant comment répondre.

« Mitigée », répondis-je après un moment de réflexion. Quand Carlisle ne dit rien, je me tournai pour le regarder à nouveau. « Je suis heureuse de la voir, expliquai-je. Mais je suis aussi un peu, je ne sais pas… incertaine.

– Il y a quelques semaines, tu as dit que tu craignais qu'elle ne remarque que quelque chose te dérangeait »

J'ai hoché la tête. « C'est l'une des principales raisons pour laquelle j'ai pensé qu'il valait mieux que je ne la voie pas du tout. J'ai presque inventé une excuse pour éviter sa visite.

– Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis à ce sujet alors ?

– Une chose qu'a dite Alice m'a fait reconsidérer la question » Durant un certain temps, j'étudiai les livres dans mes bras. Puis les mots commencèrent à jaillir hors de mes lèvres et avant même que je le sache, je lui disais des choses qui m'avaient fait presque honte la nuit dernière. « J'ai réalisé que je ne voulais pas voir ma maman parce que je ne suis pas prête à lui dire au revoir. J'ai réalisé… j'ai réalisé que je préférais sacrifier le dernier moment que je pourrais passer avec elle plutôt que de faire face et d'accepter le fait que j'ai peur. Cela pourrait très bien être ma dernière chance de la voir, et… j'étais si prête à y renoncer. C'était égoïste de ma part.

– Ce n'est pas égoïste, désapprouva doucement Carlisle. Il est très compréhensible de ressentir une telle chose »

Je secouai la tête en me concentrant de nouveau sur les livres. « Eh bien, il n'y a pas de retour en arrière possible de toute façon, murmurai-je avec un soupir. Elle vient vendredi que je sois prête ou non à la voir » Que je sois prête ou non à lui dire au revoir.

Je pus voir que Carlisle essayait très fort de trouver quelque chose de réconfortant à dire. Mais il savait qu'il n'y avait rien qu'il puisse me dire pour que je me sente mieux. Pas aujourd'hui.

« En parlant d'Alice, dis-je d'un ton plus léger en changeant de sujet. Elle m'a dit qu'elle avait découvert qu'elle avait une sœur »

Carlisle hocha la tête tandis que son expression se faisait à la fois grave et pleine de sympathie. « Il y a quelques années, elle a passé plusieurs mois à fouiller son passé humain. C'est alors qu'elle l'a découvert.

– Ça a dû être dur pour elle.

– Je suis sûr que ça l'était, acquiesça-t-il. Mais je crois aussi pouvoir dire qu'au moins trouver quelques réponses à ses questions fut bon pour elle. Elle ne pourra jamais être en mesure d'apprendre tous les détails de sa vie humaine, mais au moins elle a maintenant quelque chose à laquelle s'accrocher. Si James ne t'avait pas révélé ces quelques chose il y a toutes ces années, Alice n'aurait même pas su par où commencer. Elle n'aurait jamais su le temps qu'elle avait passé dans cet asile psychiatrique ni pourquoi elle n'avait aucun souvenir de sa vie d'avant de devenir vampire.

– Je continue de me demander qui l'a mise là » Je secouai la tête, consternée. « Si c'était sa propre famille – ses propres parents

– C'était des temps très différents – à bien des égards, émit pensivement Carlisle en sortant une autre pile de livres de l'étagère et commençant à les ranger. « Non pas que je puisse justifier ou défendre les actions entreprises à l'époque compte tenu des dommages causés à certaines personnes. La thérapie par électrochocs qu'Alice a reçue à l'asile en était encore à ses balbutiements. Dans ce domaine de la médecine, les méthodes se sont améliorées et ont considérablement progressé depuis. Heureusement, la pratique de la lobotomie par exemple, a été interrompue assez rapidement » Il me lança un regard interrogateur en se demandant probablement si je connaissais le terme.

« Assez rapidement ? Un peu plus de vingt ans à fouiner le cerveau des gens avec une aiguille géante, déclarai-je sèchement en répondant ainsi à sa question muette. Beau temps » Je me dirigeai vers le comptoir pour prendre mon échelle – je ne pouvais pas atteindre les étagères supérieures sans elle.

« Tu dois avoir vraiment tout vu, émis-je pensivement en revenant. Je veux dire, tu as été médecin toute ta vie. Tu as traversé tant d'étapes du développement de la médecine. C'est fou. Et incroyable »

Carlisle me fit un petit sourire. « Eh bien, la médecine a parcouru un long chemin depuis que j'ai commencé. Mais son sens et sa signification sont restés les mêmes au fil des siècles » Il me regarda longuement tandis que je gravissais les marches – j'imagine qu'il avait peur que je tombe. Je me suis souri – l'échelle n'était même pas si haute. Et je n'étais pas si maladroite.

Me raclant la gorge, je sortis une poignée de livres de l'étagère supérieure. « Ça doit beaucoup te manquer, murmurai-je. Le travail de médecin je veux dire » Comme il ne répondit pas, je baissai les yeux pour voir sa réaction. Il avait l'air pensif.

« Parfois, admit-il en me faisant un rapide sourire.

– Il y a quelques jours, Alice a mentionné le fait qu'il y avait un poste de médecin ici à Buffalo », révélai-je. Elle m'avait également dit de ne pas perdre mon temps à essayer de refaire considérer l'affaire à Carlisle, mais je ne pouvais m'en empêcher.

L'expression sur le visage de Carlisle fut neutre lorsqu'il rencontra mon regard. Il avait arrêté d'organiser pour parcourir l'un des livres, mais maintenant il ferma le volume entre ses mains et le rangea à sa bonne place sur l'étagère.

« Ah bon ? » Son ton était presque absent ; cela me fit me demander ce qui se passait dans son esprit à cet instant.

Au lieu de tourner autour du pot, je décidai d'aller droit au but. « Je pense que tu devrais postuler »

Il y avait maintenant un petit sourire sur ses lèvres. « J'apprécie ton soutien Bella, mais j'ai eu cette même conversation avec Alice il n'y a pas si longtemps.

– Je le sais, remarquai-je. Je me demandais juste si je pouvais te faire changer d'avis »

Un petit soupir quitta ses lèvres et le regard sur son visage fut soudainement déchiré entre l'amusement et une appréhension indicible. Je savais ce qui avait causé ce dernier.

« Tu ne serais pas loin, le persuadai-je. Et les autres sont parfaitement capables de veiller sur moi pendant ton absence. Et en plus, Alice le saurait dans l'instant si quelque chose tourne mal.

– Ce n'est pas que je n'ai pas confiance en Alice, expliqua Carlisle d'une voix calme et douce. Je sais qu'elle fait tout pour surveiller la situation aussi soigneusement que possible.

– Je sens le « mais » arriver »

Un sourire se dessina à nouveau sur l'un des côtés de sa bouche. « Mais, poursuivit-il comme je l'avais prédit, je me sens plus à l'aise quand je sais que je ne suis pas limité par les responsabilités du travail. J'apprécie d'être médecin et c'est une grande part de ce que je suis. Cependant, ce n'est pas quelque chose que je suis prêt à mettre au-dessus de tout le reste en ce moment. Je ne peux pas.

– Ça t'inquiète que la vision d'Alice soit devenue plus claire, dis-je. Tu crois que cela signifie quelque chose »

Carlisle parut réfléchir soigneusement à ce qu'il devait dire. « Cela pourrait ne rien signifier, déclara-t-il finalement. Les visions d'Alice ne sont pas toujours sûres – tant de choses ont un impact sur l'avenir. Ce n'est pas une science exacte. Rien n'est écrit dans la pierre, pas même les choses qu'Alice voit. Néanmoins, nous devons garder un œil plus attentif sur toi juste pour être sûr »

Me mordant la lèvre, je commençai à descendre de l'échelle tout en serrant une pile de livres contre ma poitrine d'un bras. Carlisle fit un pas vers moi pour prendre mon autre bras afin de me stabiliser. Je le remerciai doucement et il relâcha sa prise que lorsque je fus sur le surface plane du sol.

« Tu sais, commençai-je en prenant une inspiration lente. Je ne t'exhorte pas à postuler ce poste parce que je me sens coupable que tu doives te soucier constamment de moi. Je me sens responsable du fait que ta vie reste immobile comme ça – mais ce n'est pas la raison pour laquelle je t'ai parlé de ça. Je l'ai fait parce que je sais combien cela signifie pour toi d'être médecin. Je sais combien cela doit te manquer. Et j'imagine que je me sens juste… je ne sais pas, frustrée en ton nom » Je ris en me demandant si cela avait du sens pour lui.

Une émotion étrange flotta dans les yeux de Carlisle, mais je ne pus pas vraiment la discerner. « C'est très gentil de ta part Bella, dit-il doucement. Et j'apprécie tes paroles. Cependant, je pense qu'il vaut mieux persister dans ma décision. Je peux redevenir médecin une fois la situation résolue. Cela ne me paraîtrait pas juste de faire autrement dans ces circonstances »

Je soupirai, abandonnant – il ne semblait pas possible de le faire changer d'avis. En me concentrant sur la pile de livres reposant dans mes bras, je vérifiai les noms des auteurs et je parcourus simultanément l'alphabet dans ma tête afin de les mettre dans le bon ordre. C'est à ce moment-là que j'attrapai au ralenti l'un des titres. Au lieu de glisser le livre sur l'étagère à sa bonne place, je me suis stoppée pour regarder le titre sur la couverture.

Fins heureuses.

Je me suis rappelée qu'une fois je m'étais demandé si tous les livres posés sur les étagères du magasin avaient une fin heureuse. Je me suis souvenue à quel point j'avais cru – ou espéré – avec ferveur que tout et tout le monde devrait avoir une fin heureuse. Était-ce l'optimisme ou l'ignorance qui m'avait fait penser ça ? Espoir ou Naïveté ? Quelle était la frontière entre les deux ?

Je devais me demander maintenant ce que j'espérais. Et plus important encore, en quoi ai-je cru ?

Ce fut étonnamment difficile de me demander ces choses. C'était encore plus difficile d'y répondre. Même dans des circonstances normales, il aurait été compliqué d'examiner ces question mais peut-être était-ce la visite imminente de Renée qui rendait la tâche particulière ardue maintenant.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » La voix de Carlisle me tira de mes pensées.

Je secouai la tête en lui faisant un sourire ironique. « Rien. Je pense juste.

– Sur quoi ? »

Je lui montrai la couverture du livre. « A propos des fins heureuses. Si elles existent » Je m'arrêtai un instant. « Et s'il faut y croire malgré le risque de se retrouver avec un cœur brisé »

Carlisle resta silencieux pendant un moment. « Qu'est-ce qui rend une fin heureuse ? demanda-t-il finalement très doucement. Et quelqu'un peut-il avoir un cœur entier et indemne ? »

J'ai regardé dans sa direction et j'ai scruté son visage avec attention en ne sachant pas si sa question était rhétorique ou non. Je me demandai s'il pensait à Esmée, à son cœur qui avait déjà été brisé ; aussi involontaire que fut l'évènement.

Pour ma part, je me suis retrouvée à penser à Edward… et à Adrian. Les adieux d'Edward n'avaient pas seulement brisé mon cœur mais l'avaient brisé en petits morceaux. Le temps, les larmes et la patience l'avaient recollé, et chaque pièce avait déjà retrouvé sa place au moment où j'avais rencontré Adrian. Et ce qui lui est venu de notre courte aventure romantique… lorsque notre chemin a finalement divergé, mon cœur n'a survécu qu'avec des coupures et des fractures. Parce qu'Adrian était resté, il était resté mon ami. Je ne l'avais pas perdu comme j'avais perdu Edward.

« Peut-être que ce n'est pas de savoir qui survit sans avoir le cœur brisé, m'entendis-je réfléchir, mais peut-être de savoir combien de fois on peut le tolérer »

Carlisle réfléchit à mes mots – je remarquai qu'il avait arrêté ce qu'il faisait. « C'est une façon plutôt… dure de voir les choses, dit-il prudemment.

– Mais cela pourrait être vrai. Il y a toujours une chance que l'amour et le fait de se soucier de quelqu'un conduisent à un cœur brisé » Je m'arrêtai en lui faisant un sourire ironique. « Comme tout dans ce monde, peut-être que l'amour n'est que la survie des plus aptes »

Il secoua la tête en étant soudainement sérieux. « Tu ne peux croire cela.

– Que crois-tu alors ? »

Il resta silencieux un instant tout en réfléchissant soigneusement à ce qu'il devait dire. « Je crois… je crois qu'on ne peut traverser la vie sans blessures ni cicatrices – sans avoir le cœur brisé. Mais je crois aussi que ce qui a été brisé peut-être remis en place »

Je lui fis un autre sourire ironique. « Cela me paraît trop simple. Trop facile.

– Parce que c'est simple, répliqua-t-il doucement. Mais est-ce facile ? Peut-être pas »

On dirait que tu parles d'expérience. Je l'étudiai de mon regard pendant un moment en passant mes yeux le long de ses traits comme pour voir avec plus de netteté. Ses yeux étaient pensifs, presque comme s'il réfléchissait à ses propres paroles. Il avait voulu m'offrir à la fois des conseils et du réconfort en disant ces choses, et maintenant, je me demandai si lui aussi avait eu besoin de reconnaître ce message véhiculé par sa simple déclaration.

Les mots de Carlisle persistèrent en moi le reste de la journée. Il y avait une franchise et une honnêteté nullement soulagées dans ce qu'il avait dit, et c'est pourquoi accepter ses propos n'était pas vraiment indolore. Mais il y avait du réconfort dans ses paroles l'assurance que oui, ce qui a déjà été brisé pourrait redevenir entier. Ou peut-être pas entier. Certains dommages persistaient toujours. Quelques cicatrices restaient.

Alors que je me couchais dans mon lit cette nuit-là tout en étant complètement éveillée à nouveau alors que les heures passaient, je réfléchissai à ce que j'avais dit à Esmée quelques jours plus tôt que parfois la douleur pouvait avoir un sens plus profond. N'était-ce pas presque la même chose que Carlisle m'avait dite, bien que formulée légèrement différemment ? Et n'était-ce pas ce que Renée m'avait toujours dit au sujet des épreuves, qu'elles s'avéraient souvent être des bénédictions déguisées ?

La pensée de ma mère fut douce-amère, et une vague d'anxiété m'envahit lorsque je pensais au vendredi à venir. A cet instant, il était difficile de croire aux fins heureuses ou que des cœurs brisés peuvent être réparés ou de voir ce qu'il y a de plus derrière la douleur. Surtout la pensée que le chagrin et la misère peuvent se révélés être des bénédictions déguisées, était difficile à accepter. Pour l'instant tout ce que je ressentais c'est que ma vie était divisée en deux réalités il y avait la vie avant d'avoir à dire adieu, celle que je vivais jusqu'à maintenant. Et puis il y aurait la vie après avoir dit adieu. Je n'avais aucune idée à quoi ressemblait cette vie. J'avais peur de le savoir.

En fait à ce moment-là, j'aurais donné n'importe quoi pour ne jamais le savoir.


Notes de l'auteur : « Le nom parut incertain dans sa bouche » est une citation du livre New Moon de Stephenie Meyer. La phrase de Carlisle « Ce n'est pas une science exacte » est une citation d'Eclipse.

NDT : alors que pensez-vous de l'arrivée prochaine de Renée ? Pas d'Edward dans ce chapitre - comme on pouvait s'y attendre, il boude en quelque sorte ^^ - mais patientez jusqu'à jeudi, il y aura une autre discussion entre Edward et Bella... Bonne fin de semaine à tous en cette période de confinement !