Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.
Merci à Lia pour sa review au précédent chapitre et bonne dernière semaine de confinement (croisons les doigts) ! Je tiens à remercier aussi tous ceux qui ont mis cette histoire en favoris et en suivi, vous êtes assez nombreux et c'est particulièrement motivant.
« Tu ne te noies pas en tombant dans l'eau tu te noies en y restant »
- Edwin Lewis Cole -
Une bouffée d'air
Le reste de la semaine passa dans une sorte de brume.
Plus je m'inquiétais de voir ma mère, plus le temps semblait passer plus vite, et c'est ainsi que le vendredi est arrivé avant même que je ne m'en rende compte. Après être rentrée de la librairie à la fin de l'après-midi, je me suis retrouvée à faire les cent pas dans mon appartement et à regarder par la fenêtre toutes les deux minutes. C'était idiot puisque je savais que l'avion de Renée n'atterrirait pas avant dix-neuf heures environ, et c'était encore dans vingt minutes.
Je lui avais proposé de l'attendre à l'aéroport mais elle avait refusé d'en entendre parler. « Je suis parfaitement capable de prendre un taxi jusqu'à chez toi, m'avait-elle assurée. Et contrairement à la dernière fois, je ne vais pas me perdre. J'ai ton adresse écrite cette fois » Son ton avait été légèrement suffisant et j'ai été obligée de rire au souvenir que ses mots évoquaient. Quand elle m'avait rendu visite en septembre dernier pour mon vingt-sixième anniversaire, elle s'était retrouvée de l'autre côté de la ville.
Je jetai un coup d'œil à travers les rideaux et laissai échapper un soupir. Puis j'ai redressé les oreillers du canapé – encore une fois – et j'ai commencé à ranger le salon et la cuisine même si tout était impeccable. J'avais juste besoin de faire quelque chose – sinon je deviendrais folle.
Je faillis sauter au plafond quand on frappa soudainement à la porte.
Mon cœur battit à un rythme irrégulier. Puis il commença à palpiter dans ma poitrine comme jamais auparavant.
Elle est en avance. Même dans mes pensées ma voix était pleine de panique. Elle est en avance, comment peut-elle être en avance ? Pourquoi n'ai-je pas entendu le taxi arriver ? Je ne suis pas prête pour ça, je ne suis pas prête, je ne suis pas prête…
Je réalisai que je ne le serais probablement jamais.
Prenant une inspiration tremblante, je me dirigeai vers la porte en me forçant à un calme que j'étais loin de ressentir. En espérant glisser un sourire que j'espérais excité, j'ai déverrouillé la porte et l'ai ouverte.
La salutation mourut sur mes lèvres quand je vis que la personne qui se tenait de l'autre côté de la porte n'était pas celle à laquelle je m'attendais. Mon cœur est devenu très calme ; il arrêta sa folle pulsation et tomba comme une pierre.
De tous les jours, il a fallu qu'il choisisse aujourd'hui.
Je soupirai en me sentant extrêmement fatiguée. « Ce n'est pas le bon moment »
Le vampire aux cheveux bronze de l'autre côté de la porte ne parut pas dérangé par mes mots brusques.
« Je sais, répondit Edward. Tu attends l'arrivée de ta mère.
– Tu ne peux pas être ici quand elle arrivera. Elle ne doit pas te voir.
– Je sais », dit-il encore. Ce n'est qu'à ce moment-là que je réalisai qu'il y avait quelque chose de nouveau, quelque chose de différent chez lui. L'armure de distance à laquelle je m'étais habituée ces derniers jours avait disparu. Il avait l'air presque… doux.
« Le vol de ta mère est en retard de quelques minutes. J'ai vérifié, me dit Edward. J'ai juste besoin d'un moment avec toi. Je serai parti avant qu'elle n'arrive, je te le promets. S'il te plait »
Peut-être que ce fut le s'il te plait qui me fit réfléchir ou l'air d'humilité inattendue qui l'entourait. Je le regardai de loin en regardant plus à travers lui que vers lui. Je sentais que je n'étais pas vraiment à la hauteur – pas maintenant. Pas ce soir. Un autre jour mais pas aujourd'hui.
Mais quel choix avais-je ? Pendant des jours, j'avais attendu la fin de ce silence entre nous. Allais-je le repousser maintenant quand il avait finalement décidé de mettre fin à ce traitement de silence ?
Soupirant, je m'écartai pour le laisser entrer. « Très bien »
Edward me lança un long regard interrogateur comme s'il était surpris de voir que j'abandonnais si facilement. Une expression de détresse passa sur son visage alors qu'il me regardait. Fronçant les sourcils, il entra.
Je suis retournée à ma tâche de redresser les oreillers du canapé et d'essuyer le comptoir de la cuisine de taches qui n'y étaient pas tout en entendant la porte se fermer quelque part derrière moi. Je rangeai les chiffons de la cuisine puis me tournai pour lui faire face. Il était toujours debout près de la porte mais alors que je me tournais, il fit quelques pas hésitants dans le salon.
« Alors pourquoi voulais-tu me voir ? » demandai-je. Ma voix ne fut pas hostile mais elle n'était pas trop intriguée non plus. En fait, elle était étrangement impassible. C'était comme si toute mon énergie émotionnelle était concentrée sur l'arrivée de Renée et l'apparition soudaine d'Edward n'avait aucun effet sur moi. C'était étrange étant donné à quel point j'étais secouée une minute seulement auparavant, lorsque je l'avais découvert debout sur le pas de ma porte.
Edward ne me répondit pas au début. Il ne cessait de me regarder avec cette étrange expression sondante dans ses yeux d'ocres sombres.
« Tu es bouleversée, dit-il en ignorant ma question. Au sujet de voir ta mère »
Je ris tristement sans prendre la peine de faire semblant. « Qu'est-ce qui m'a trahi ? »
Il maintint mon regard un moment de plus. « Bella… », commença-t-il en semblant avoir du mal avec tout ce qu'il allait dire. Il prit une profonde et forte inspiration en me regardant avec une expression que je n'avais jamais vue auparavant. Quelque chose entre incrédulité et reproche. « Qu'est-ce que tu fais ? »
De toutes les choses que je m'attendais qu'il dise, ce n'était pas l'une d'entre elles.
« Que veux-tu dire ? » demandai-je maintenant légèrement provocante. Ce fut peut-être le ton de ma voix ou le regard glacial que je lui lançais, mais pendant un instant Edward eut l'air presque réprimandé. Il soupira tout en tendant la main pour passer ses doigts dans ses cheveux de bronze.
« Tu crois que c'est la dernière fois que tu la vois. Ta mère », déclara-t-il avec évidence. Je reçus une explication pour l'expression précédente de reproche sur son visage. Le regard qu'il me lançait maintenant était grave. Intense. J'essayai d'interpréter son ton, et il me fallut un certain temps pour comprendre qu'il était frustré c'était le genre de ton que l'on pouvait utiliser pour gronder un enfant désobéissant.
Je rencontrai carrément son regard. « Peut-être, répondis-je. Le temps nous le dira »
Il me regarda comme si une deuxième tête m'était poussée. « Comment peux-tu être si calme à ce sujet ? » Maintenant il avait l'air consterné.
« Parce que quelqu'un doit l'être, dis-je sèchement maintenant prête à atteindre la fin de ma patience. Être calme et rationnel à propos de choses désagréables n'est pas exactement ton fort pas vrai ? »
Edward détourna les yeux. Pendant un moment, la lueur dans ses yeux fut si offensée et sombre que je me sentis presque mal de l'avoir dit. Presque.
Je savais maintenant que ça avait été une mauvaise idée de le laisser entrer – j'aurais dû savoir que je ne pouvais le traiter en ce moment en plus de tout le reste. Mon esprit était surchauffé, et je craignais de finir par dire quelque chose qui ne pouvait être effacé.
« Pourquoi es-tu venu Edward ? » demandai-je. La question ressemblait plus à un soupir. « Pourquoi aujourd'hui ? »
Il était toujours à mi-chemin dans le salon, les bras croisés sur sa poitrine. Il avait toujours cette lueur sombre et vide dans ses yeux alors qu'il fixait le mur à sa droite.
« Parce que je le devais », répondit-il. Sa voix était si ténue qu'au début je ne savais pas si je l'avais entendu parler du tout.
« Que veux-tu dire par là ? »
Le silence salua mes paroles, et pendant un moment il est resté là tandis que ses yeux dorés fixaient le mur. Puis il s'est finalement tourné vers moi.
« Je suppose que tu as raison, murmura-t-il en ignorant ma question. A propos de moi n'étant pas rationnel au sujet de choses désagréables. Je ne suis pas exactement raisonnable quant à ta décision d'être transformée. Je sais que j'ai été difficile. Et je sais que tu as suffisamment de choses à gérer en ce moment » Il fit une pause en m'observant silencieusement pendant un moment. « Je ne suis pas venu ici pour en ajouter à ton fardeau. Ce n'a jamais été mon intention.
– Edward…, commençai-je.
– Non laisse-moi finir », demanda-t-il. Il resta silencieux pendant une minute comme cherchant ses mots. C'était comme s'il essayait de rassembler toutes les choses qu'il voulait dire – comme s'il croyait qu'il n'aurait pas une autre chance de les dire.
« Bella… tout ce que je veux c'est que tu sois heureuse. Je sais à quel point ça a l'air cliché, mais c'est malgré tout la vérité – et c'est la seule chose qui compte pour moi. Je… » Il secoua la tête. « Je crois sincèrement que ce ne doit pas être la dernière fois que tu vois ta mère. Je crois sincèrement qu'il existe un autre moyen de contourner cette situation – que tu n'as pas à tout abandonner pour être en sécurité.
– Je sais que tu veux sincèrement y croire, murmurai-je de ma voix douce. Et je sais jusqu'où tu es prêt à aller pour ne laisser aucune pierre être non retournée. Et j'apprécie ça Edward » Je m'arrêtai en soutenant son regard. J'avais le sentiment que si j'avais la chance de pouvoir l'atteindre, c'était maintenant. « Mais je dois honorer mes propres vérités. Je dois être préparée à la possibilité qu'il n'y ait pas d'autre solution que de devenir l'une d'entre vous. J'ai déjà accepté cette possibilité. Il y a longtemps. Maintenant je dois commencer à y faire face… et tu ne m'y aides pas en me contredisant constamment et en essayant de me prouver le contraire. Me forcer à maintenir un espoir fragile qui pourrait même ne jamais exister ne me facilite pas la tâche. Si tu as du respect pour moi, tu laisserais tomber »
Edward déglutit profondément. « C'est tout ce que je n'ai jamais eu tu sais, murmura-t-il doucement. Un espoir fragile qui ne pourrait même pas exister. Cela m'a permis de continuer jusqu'à maintenant » Un sourire triste courba ses lèvres.
Je n'étais plus certaine que nous parlions de la même chose – j'avais le sentiment que ce n'était pas le cas. Néanmoins, je répondis : « J'ai besoin de plus que ça »
Il acquiesça. « Je le sais » Il jeta de nouveau un coup d'œil au sol en décroissant ses bras de sa poitrine. Après une profonde et calme respiration, il leva son regard pour rencontrer le mien. « Je pars Bella »
Un profond silence accueillit ses paroles. Au bout d'un moment, je réalisai que sa révélation m'avait moins secouée que ce à quoi je m'attendais.
« Maintenant ? » demandai-je calmement.
Il acquiesça. « Oui »
J'ai attrapé de nouveau le chiffon de la cuisine et l'ai plié pour avoir plus de temps pour penser à quoi dire. « Carlisle a dit que tu pourrais »
La mention du nom de Carlisle amena une expression pensive sur le visage d'Edward.
« Où vas-tu ? demandai-je.
– Peut-être en Alaska, répondit-il. Je ne suis pas sûr. Je n'ai pas encore décidé »
Je l'ai regardé silencieusement pendant un moment. « Pourquoi ? » Soudain je devais savoir, même si je savais que si Carlisle ne m'en avait pas dit la raison derrière les intentions de partir d'Edward, il serait peu probable d'obtenir une réponse de lui non plus.
Edward haussa les épaules. Je me demandai s'il feignait la nonchalance. « Pourquoi pas ? Cela n'a jamais été mon intention de rester. Ithaca n'a jamais été une maison pour moi – je suis seulement venu à cause du mariage. J'allais partir après de toute façon.
– Tu énumères les raisons de ne pas rester, notai-je. Tu ne me dis pas pourquoi tu pars »
Un petit sourire tordu tira ses lèvres. « N'est-ce pas la même chose ? demanda-t-il l'air légèrement amusé.
– Non. Tu pars à cause de moi ? » Peut-être que si je lui envoyais des questions assez vite, il répondrait accidentellement à l'une d'entre elles. « Est-ce que tu essaies de montrer à quel point tu es en désaccord sur ma décision de devenir vampire ? Parce que tu n'as pas à partir pour en faire une affirmation Edward. Je suis bien consciente de ton point de vue tel qu'il est.
– Ce n'est pas ça » Il secoua la tête tout en fronçant les sourcils. « Bella… je ne peux pas rester ici. Si je le fais alors je… » Il se rattrapa tout en secouant de nouveau la tête. Il déglutit profondément les yeux baissés une fois de plus. « Tu te souviens de ce que je t'ai dit à propos de moi voulant que tu sois heureuse ? » demanda-t-il finalement. Sa voix était douce, presque indifférente, presque comme s'il essayait de distancier les mots. « C'est moi qui essaie de m'en assurer.
– En partant.
– Oui »
J'ai secoué la tête. « Je ne comprends pas »
Un coin de la bouche d'Edward se transforma en un demi-sourire. Il n'y avait cependant aucune joie. La lueur dans ses yeux était de nouveau sombre. C'était comme regarder un ciel nocturne sans étoiles. « Peut-être que tu comprendras un jour »
Au-delà de la confusion, je l'ai regardé de près en cherchant une explication sur son visage. Il n'y en avait pas son expression ; elle était telle une toile vierge.
« Quand reviens-tu ? » demandai-je en ne sachant pas quoi demander d'autre. Que dire de plus.
Il fronça les sourcils. « Je ne sais pas.
– Alors… est-ce un au revoir ? » Je ris doucement et tristement.
Cela provoqua une réaction en lui. Sur chaque syllabe du mot « au revoir », il y eut une flambée de douleur dans ses yeux. En être témoin me fit ressentir comme du soulagement. C'était bon de savoir qu'Edward était encore là, quelque part derrière cette façade sans émotion.
« Non, répondit-il en chuchotant maintenant. Pas si tu ne veux pas que ce le soit » Il rencontra mon regard presque timidement.
Je l'ai regardé silencieusement pendant un moment. « Je n'ai jamais voulu te dire au revoir »
Il hocha lentement la tête en comprenant. Se retournant, il commença à se diriger vers la porte mais avant de l'atteindre cependant, il se tourna de nouveau vers moi. Des mots pendaient sur ses lèvres mais quelque chose l'empêcha de les dire. Il y eut alors un changement en lui, presque comme s'il avait pris une décision avec lui-même – à quel propos, je ne le savais pas.
Après m'avoir donné un dernier regard, il resserra sa mâchoire et se tourna vers la porte pour l'ouvrir et la traverser.
Lorsque la porte se referma derrière lui, je traversai la pièce à pas calmes et j'ouvris les rideaux de la fenêtre du salon pour regarder dehors.
Je crus voir un éclair de cheveux bronze disparaître dans cette sombre soirée de février au moment précis où le taxi de ma mère se gara dans l'allée menant à chez moi.
« Tu pourrais mettre un joli canapé dans ce coin… et un autre le long de ce mur. Et mettre une table basse ici » Il y avait une étincelle excitée dans les yeux de Renée alors qu'elle se tournait vers moi. « Partages-tu mon avis ? »
Me levant de mon siège, je fis le tour du comptoir et lui fis un sourire taquin. Sa compagnie m'avait vraiment manqué.
J'avais dû lui manquer aussi à en juger par sa réticence à dormir la nuit dernière. Hier soir après m'avoir donné une douzaine de câlins de bienvenue et des douzaines de baisers sur la joue, nous nous étions installées dans le salon et restées debout la moitié de la nuit à parler de tout et de rien. Cela ne faisait que quelques mois depuis la dernière fois que je l'avais vu mais j'avais l'impression que ça faisait plus longtemps que ça. Il nous avait toujours fallu des heures pour échanger nos nouvelles à chaque fois que nous nous voyions. Il était bien minuit passé quand nous avions finalement réalisé que c'était probablement une bonne idée d'aller dormir. Ensuite, nous avions passé au moins quinze minutes à nous battre pour savoir qui dormirait sur le canapé – j'avais insisté pour qu'elle prenne le lit – mais comme chaque fois qu'elle venait me rendre visite, elle voulut cette fois aussi prendre le canapé. Finalement aucune de nous ne changea d'avis – comme toujours – je remportais le débat.
Je me mis à regretter de devoir travailler le samedi, mais Renée refusa d'entendre mes excuses et avait même insisté pour se lever tôt le matin afin de passer la journée avec moi là-bas.
Et maintenant, elle se tenait dans un coin de la librairie avec de nouveau une expression pensive. Comme plusieurs fois dans le passé, son esprit d'architecte d'intérieur s'activa après être entrée à l'intérieur. « Peut-être que tu pourrais avoir deux canapés l'un en face de l'autre, continua-t-elle tandis que son enthousiasme me faisait sourire. Et la table pourrait aller entre eux. Ce serait comme avoir un salon ici.
– Quoi, ma librairie est-elle si ennuyeuse qu'elle a besoin de meubles pour que les gens restent ? » la taquinai-je.
Elle roula des yeux sachant que je n'étais pas sérieuse. « Non. C'était juste une idée. Quand nous étions à Miami l'automne dernier, Phil et moi sommes passés dans une charmante petite librairie qui était aussi un café, et cela m'a fait instantanément penser à cet endroit. Tu aurais adoré si je puis dire. Le magasin de Miami était en réalité plus petit que le tien, mais il attirait beaucoup de clients. Il n'y avait pas de sièges vides »
Elle tint à regarder autour d'elle le magasin vide – seuls deux clients s'étaient arrêtés ce matin-là et aucun n'avait acheté quoi que ce soit.
« Il est à peine midi – et c'est samedi, me défendis-je en roulant des yeux. Et les samedis sont parfois plus calmes parce que les gens dorment – ou ont la gueule de bois »
Renée haussa les épaules, amusée. « D'accord. Avoir un café en plus n'était qu'une idée.
– Et c'était une bonne idée, concédai-je. J'y ai pensé moi-même il y a quelques mois, mais je ne me suis jamais occupée de faire quoi que ce soit. Cela signifierait que je devrais réorganiser les étagères et c'est un grand travail. Et je devrais acquérir une cafetière décente. Je pense que celle de l'arrière-boutique est possédée par un mauvais esprit ou autre à en juger par les bruits qu'elle fait.
– Tu peux te permettre une nouvelle cafetière non ? » demanda-t-elle à moitié taquine. Mais je remarquai une ombre d'inquiétude dans ses yeux bleus.
Je lui lançai un regard amusé. « Bien sûr que je peux »
L'espièglerie parut soudainement disparaître d'elle ce qui eut un effet instantané sur notre conversation qui avait été légère et plaisante seulement un instant auparavant.
« Je m'inquiète juste pour toi parfois, confessa-t-elle soudainement. Tu es là, si loin et toute seule… et maintenant Adrian est parti aussi… » Elle s'éloigna en semblant hésitante.
« Adrian est parti il y a des mois, lui rappelai-je doucement. Et si c'est mon revenu qui t'inquiète, sa présence ou son absence n'y change rien. Ce n'est pas comme si nous étions mariés. Tu es tellement vieux-jeu », dis-je taquine et en souriant.
Ce fut à son tour de rouler des yeux. « Eh bien, tu t'étais presque fiancée. Et vous avez vécu ensemble pendant un petit moment.
– Et pourtant, insistai-je. Je vais bien. J'admets que cet endroit n'est pas une mine d'or. Les affaires sont calmes parfois mais je m'en sors très bien. Ai-je l'air d'être sans abri ou affamée ?
– Eh bien non, admit-elle en souriant maintenant de nouveau.
– Exactement. Alors arrête de t'inquiéter » J'hésitai en me demandant si je devais profiter du changement soudain de notre conversation et la préparer à l'avance comme je l'avais fait avec Charlie. « Et ce n'est pas comme si je n'avais pas le choix en la matière. Si j'en ai assez des chèques de paie pathétiques, je pourrais toujours changer de carrière – si l'on peut appeler ma profession une carrière »
Renée plissa les yeux. « Vraiment ? demanda-t-elle incrédule. Je pensais que tu aimais ta librairie. Je pensais que rien au monde ne te ferait l'abandonner.
– Je l'adore, lui assurai-je tout en étant soulagée qu'il y ait au moins une chose sur laquelle je n'avais pas à mentir. C'est à peu près le centre de ma vie. Mais je ne sais pas… parfois j'ai l'impression que c'est très contraignant. Je travaille six jours par semaine et même si c'est très gratifiant, c'est aussi comme une contrainte »
L'expression de Renée fut pensive. « J'ai appelé Charlie la semaine dernière. Il m'a dit que lorsque tu lui as rendu visite, tu avais parlé de trouver un associé »
Je fronçai les sourcils surprise que Charlie ait réellement prêté attention à ce que j'avais dit – et qu'il ait réellement ressenti le besoin de mentionner notre conversation avec Renée. « Je jouais juste avec l'idée. C'est toujours ce que c'est – une idée.
– Je pense que c'est une bonne idée. Je sais que tu aimes les choses comme elles sont mais tu dois te préparer à la possibilité qu'un jour tu doives apporter des modifications, telle qu'une expansion. C'est là qu'un associé pourrait intervenir »
J'ai haussé les épaules tout en redressant une rangée de livres sur une étagère pour avoir quelque chose à faire de mes mains et faire semblant de considérer la suggestion. En vérité, je n'aimais pas du tout l'idée. « Cela me soulagerait d'une partie de la pression j'imagine. Et j'aurais plus de temps pour moi. Ça me manque de ne plus pouvoir faire ce que je veux et d'aller où je veux. J'ai commencé à réaliser à quel point j'étais friande de voyager » Cela m'a un peu perturbée de réaliser à quel point les mensonges coulaient facilement de ma bouche. Mais je savais que lui dire ces choses rendrait tout plus facile à long terme si je devais un jour disparaître. Eh bien, plus facile pour moi.
Excepté que ce n'était peut-être pas une question de si, mais plutôt de quand. Peut-être que ça avait toujours été le cas. Les mots d'Alice datant de près de deux semaines résonnèrent soudain dans ma tête.
« J'ai encore eu cette même vision de toi – celle où tu es attaquée par quelqu'un. Seulement cette fois, la vision était… je ne sais pas, plus claire. Plus nette. Plus précise. Comme si quelqu'un avait soudainement amélioré la qualité d'une photo qui était très floue. La différence était significative »
Je pus vaguement entendre ma mère me dire quelque chose, me parler. Me secouant la tête pour me débarrasser de ces pensées, je me tournai vers elle. « Pardon quoi ? »
Elle fronçait maintenant les sourcils. « Où étais-tu partie ? demanda-t-elle à moitié amusée, à moitié inquiète. Tu rêvassais complètement »
Je balayai ses mots. « Manque de caféine. Je vais en faire, tu en veux ? »
Elle hocha la tête mais le froncement de sourcils sur son visage ne disparut pas. « Bien sûr »
Elle me suivit dans l'arrière-boutique. Je remarquai qu'elle était inhabituellement silencieuse durant les prochains instants tandis que je mettais la cafetière en route. J'étais sur le point de lui demander ce qui n'allait pas, mais à ce moment-là, la clochette au-dessus de la porte tinta quand un client entra. S'occuper de lui prit plusieurs minutes et au moment où il fut parti, j'avais presque oublié le silence inhabituel de ma mère. Mais alors qu'elle sortait de l'arrière-boutique tout en portant une tasse de café dans chaque main, je remarquai qu'il y avait toujours un voile pensif sur son visage.
Je voulus lui demander pourquoi elle était si soudainement absorbée dans ses pensées, mais il s'avéra qu'il n'y eut pas de moment approprié pour ça. Après passé midi, il n'y eut pas une minute de paix pour échanger un mot privé avec elle. Les clients allaient et venaient, et j'étais pratiquement collée à ma place derrière le comptoir. Il n'y avait plus eu de pic comme ça depuis la semaine de la Saint-Valentin. Alors qu'une ruée soudaine de clients était toujours la bienvenue, j'étais cependant un peu soulagée de fermer plus tôt le magasin dans l'après-midi comme je le faisais habituellement le samedi.
« Prête à partir ? » demandai-je à ma mère après avoir tourné le panneau sur la porte de « ouvert » à « fermé ». Je suis allée jeter un coup d'œil dans l'arrière-boutique où Renée avait fini par passer la plupart des dernière heures à « rester à l'écart » comme elle l'avait dit. Après avoir remarqué qu'elle n'en savait pas assez sur les livres pour m'aider avec les clients, elle avait disparu derrière le rideau.
Et apparemment, elle s'était occupée.
Je ris d'un rire surpris en passant derrière le rideau qui séparait l'arrière-boutique du reste du magasin. « As-tu nettoyé ici ? » demandai-je tandis que mes yeux balayaient le petit espace. Tout était en place, la cafetière était propre – elle avait même rangé les aimants sur le petit frigo où je gardais mon déjeuner. La pièce n'avait jamais été aussi bien rangée. Je secouai la tête avec amusement. Cela fait tellement quelque chose qu'une maman ferait pour essayer secrètement de contenir l'encombrement du lieu de travail de sa fille adulte.
Dans l'instant suivant cependant, j'oubliai mon amusement et je me suis retrouvée à ravaler mes larmes. Parce que c'était une chose tellement maternelle à faire.
Bannissant mon émotion soudaine, j'affichai un sourire et pris le manteau que Renée me tenait. « Merci », murmurai-je en ne sachant pas vraiment pourquoi je la remerciais. Elle me surprit en me faisant un câlin féroce. Montrer son affection avait été toujours si facile et naturel pour elle ; un peu comme respirer.
Renée fut bien plus bavarde sur le chemin du retour à chez moi, et je commençai à croire que sa pensivité antérieure n'avait été que le fruit de mon imagination. Elle mit un point d'honneur à rabattre sa capuche sur sa tête et à l'enrouler autour d'elle pendant que nous marchions tout en frissonnant comme si elle allait se figer sur place. Puis elle débuta son discours habituel « Je ne peux pas comprendre comment quelqu'un peut vivre volontairement comme ça.
– Tu aurais dû venir ici en janvier, lui dis-je plus amusée qu'autre chose. Je ne sais pas si tu aurais pu quitter la maison pendant des semaines.
– Et tu es d'accord avec ça ? Vivre dans un endroit qui ressemble pratiquement à la Sibérie ? »
J'ai haussé les épaules. « Les hivers vous font grandir en quelque sorte »
Elle émit un son qui était entre un souffle incrédule et un reniflement. Puis elle me lança un long regard tout en plissant les yeux en même temps. Et c'était à nouveau là – cette expression précédente et pensive qui voila à nouveau son visage.
« Quoi ? demandai-je incapable de le supporter plus longtemps. Tu me rends folle. C'est quoi ce regard ? »
Pendant un instant, elle eut l'air presque embarrassée d'avoir été attrapée, presque comme si ce n'était pas son intention de me laisser remarquer son examen minutieux.
« Eh bien, commença-t-elle d'une voix étrangement inquiète et sérieuse tout d'un coup. Je ne peux pas m'empêcher de remarquer qu'il y a quelque chose de différent en toi. Je me pose des questions à ce sujet depuis hier »
Je regardai devant moi avec une nonchalance forcée tout en faisant semblant de me concentrer sur l'endroit où aller – ce qui était une bonne excuse puisque le sol était glacé. « Que veux-tu dire ?
– Je ne sais … c'est juste qu'il y a des moments où tu as l'air si… sérieuse et solennel. Presque comme si tu avais un lourd fardeau à porter. Comme s'il y avait un secret qui me manque… »
Je me félicitai sinistrement de ma prévoyance. C'était exactement la raison pour laquelle j'avais hésité à la voir – Renée me connaissait trop bien. Quelque chose dans sa vision simple du monde parvenait toujours à couper les distractions et à percer la vérité des choses.
Je réalisai qu'elle devait m'avoir attrapée pendant un de ces moments où j'avais simplement profité d'elle tout en savourant sa simple présence. Elle avait dû voir la tristesse dans mes yeux et senti qu'il se passait autre chose que la simple joie des retrouvailles. Je devrais être plus prudente à partir de maintenant, réalisai-je.
Parce que je ne pouvais lui faire savoir que je m'accrochais à chaque seconde qui passait. Elle ne pouvait savoir que je mémorisais chaque détail subtil de son visage, l'emplacement de chaque taches de rousseur et chaque ride de sourire. Elle ne pouvait savoir que la nuit dernière après s'être endormie, je m'étais glissée sans bruit dans la chambre et m'étais assise à côté de sa forme endormie juste pour l'entendre respirer. Elle ne pouvait savoir que le peu de temps qu'il restait avec elle était comme du vif argent glissant entre mes doigts. Une bouffée d'air et ce serait fini.
Je me secouai intérieurement tout en fabriquant un sourire avant que mes pensées ne soient visibles sur mon visage. « Tu imagines des choses », niai-je. Il me fallut tout ce que j'avais pour garder une voix claire.
Renée avait clairement décidé de ne pas lâcher. Elle fronçait les sourcils, douteuses. « Est-ce le cas ? »
Je roulai des yeux d'une manière que j'espérais convaincante. « Laisse-moi te donner quelques conseils, commençai-je d'un ton moqueur. La prochaine fois que tu te rends dans une bibliothèque ou une librairie, évite la section mystère et science-fiction. Essaye plutôt les romans historiques, des biographies ou des romances. Ça te paraît bien ? »
Ce fut à son tour de rouler des yeux. « Très bien, je t'entends. Ne pense pas que je sois stupide. Tu as raison, peut-être le suis-je »
Elle était facilement influençable. Cela me fit me sentir un peu coupable car elle ne savait pas à quel point ses observations avaient été précises.
« En parlant de romance, commença-t-elle en me faisant un clin d'œil pas si subtil. A quand remonte la dernière fois que toi tu t'es arrêtée dans cette section ? Et je ne parle pas de livres »
J'ai poussé un soupir exaspéré. « Maman… » Le terme affectif m'échappa des lèvres. C'était soudainement si facile. Quand j'y repensais, je ne me souvenais même pas de la dernière fois que je l'avais appelé maman au lieu de Renée.
« Quoi ? demanda-t-elle innocemment. Je demande juste. C'est le droit d'une mère – un devoir pour être plus précis – d'être curieuse.
– C'est une règle que tu as établi toute seule.
– Oh allez. Dis-moi. As-tu quelqu'un ? » Ses yeux bleus scintillèrent dans la lumière de l'après-midi qui déclinait.
Je ne pus l'en empêcher du sang envahit soudain mes joues avant même que je ne le sache. « Non »
Sa bouche s'ouvrit. « Je connais ce regard ! Isabella Marie dis-moi qui c'est ! »
J'ai essayé de la faire taire. Je ne m'inquiétais pas des inconnus qui passaient près de nous. Mais je savais qu'un des Cullen veillait sur moi 24h/24, et je ne savais pas qui c'était aujourd'hui. Mais je savais que qui que ce fut, il ou elle restait probablement à une bonne distante d'écoute la plupart du temps.
« Tu imagines des choses, répétai-je avec une nonchalance forcée tout en chuchotant presque et espérant qu'elle baisserait elle aussi la voix. Tu devrais savoir que je suis tellement occupée que je n'ai pas le temps pour des choses comme ça. Je suis pratiquement mariée à la librairie »
Là. Je n'avais même pas besoin de mentir.
Mes mots n'eurent que peu d'effet – il y avait toujours cette lueur taquine dans les yeux de Renée. Je pouvais encore me souvenir de l'époque où c'était moi qui la taquinais. Quand c'était moi qui l'attendais à la maison le soir après qu'elle rentre d'un autre rendez-vous avec un possible candidat au titre de petit-ami. Et quand elle avait finalement rencontré Phil, je l'avais su instantanément juste en la regardant dans les yeux qu'il y avait plus là-dedans. Est-ce le bon ? lui avais-je demandé avec un sourire lorsqu'elle était revenue de son cinquième rendez-vous avec lui.
Je réprimai un soupir de soulagement lorsque nous tournâmes vers l'allée menant à chez moi. Peut-être laisserait-elle tomber le sujet une fois à l'intérieur.
Aucune chance.
« Suis-je censé croire que personne n'a suscité ton intérêt ces derniers temps ? » continua-t-elle à insister pendant que nous enlevions nos manteaux. Je me tournai pour lui donner un regard exaspéré et me mis à préparer notre dîner.
« Peux-tu hacher les oignons s'il te plait ? lui demandai-je afin d'éviter de répondre tout en essayant de me concentrer sur la découpe d'une courge d'été en tranches bien ordonnées.
– Bien sûr… »
Mais au lieu de saisir le couteau, elle se dirigea vers l'armoire où je gardais habituellement une bouteille de vin.
« Vraiment subtil maman, soupirai-je en riant d'un air amusé. Penses-tu que me rendre saoul me fera cracher le morceau ? Comme c'est maternel.
– Je n'ai jamais été du genre maternel, répondit-elle sèchement et je roulai des yeux quand j'entendis le léger tintement de verres accompagnant celui de la bouteille de vin qui s'ouvrit. Alors tu dis qu'il y a des choses à cracher ? »
Je tendis la main vers le verre qu'elle me donna et je bus une petite gorgée. Pour être honnête, je n'étais pas une grande amatrice de vin. Peut-être parce que j'avais rarement quelqu'un avec qui le déguster. La compagnie que je côtoyais aujourd'hui préférait un autre type de… boissons. Je souris intérieurement à cette pensée.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? » entendis-je la voix curieuse de Renée me demander tout à coup tout en m'éloignant de mes pensées. Je me tournai pour regarder dans sa direction en levant les sourcils, et je faillis laisser tomber mon verre en voyant ce qui avait attiré son attention.
Elle étudiait le corsage que j'avais porté au mariage d'Esmée et de Miguel. Les petites roses bleues d'hiver s'étaient déjà fanées mais comme je voulais le garder en souvenir, je l'avais pour le moment épinglé à la porte du réfrigérateur. C'était en fait incroyable que ma mère ne l'ait pas repéré hier soir ou ce matin, et je me suis donné un coup de pied intérieurement pour ne pas l'avoir mis ailleurs avant son arrivée.
Elle le sortit doucement entre l'aimant et la porte du réfrigérateur tout en le portant à son nez pour le sentir. Même desséché, il sentait encore une légère odeur de roses. Je le savais parce que j'aimais respirer son parfum de temps à autre. Cela me ramena à cette merveilleuse nuit à Ithaca.
« C'est pour toi. Alice m'a demandé de te le donner avant la cérémonie.
– Vraiment ? Pour moi ?
– Bien sûr. Puis-je ? »
Je me souvins du contact des doigts froids de Carlisle lorsqu'il avait fixé le corsage à la bretelle de ma robe. Je me suis souvenue de la voix profonde d'Eléazar quand il avait parlé pendant la cérémonie. Je me souvins du regard sincère sur les visages d'Esmée et Miguel alors qu'ils avaient répété leurs vœux. Je me souvenais de la danse, de la musique, des premières heures du matin quand Carlisle m'avait ramenée à la maison. Je me souvins de la fraîcheur émanant de son corps quand il s'était penché pour appuyer un baiser rapide sur ma joue. Dors bien.
« C'est joli », dit Renée en interrompant le flot de mes pensées. Elle me lança un regard curieux tout en plissant les yeux alors qu'elle saisissait l'expression préoccupée de mon visage. « Cela ressemble à un corsage de mariage »
J'ai essayé de réfléchir rapidement. Des corsages étaient généralement donnés à ceux qui étaient à une fête de mariage ou ceux proches du marié ou de la mariée. Si je disais que j'avais été au mariage de quelqu'un, elle voudrait en savoir plus. Et répondre à ses questions – ou du moins y répondre honnêtement – était évidemment hors de question.
Dommage que j'étais une si piètre menteuse. « Je, euh, je l'ai eu d'un client. Il y a quelques jours.
– Oh ? D'un client non routinier ? » Elle ne semblait pas exactement soupçonneuse – juste un peu perplexe.
« Non pas exactement. C'est quelqu'un qui passe très souvent » J'ai haussé les épaules nonchalamment.
« Un accro aux livres comme toi ? »
J'eus un petite rire que j'espérais, décontracté. « Ouais. Bien qu'il soit peut-être pire que moi »
La lueur taquine dans ses yeux était de retour. « Oh je vois. C'est lui alors »
Attrapée. J'aurais dû lui dire que j'avais trouvé le corsage dans la rue. Cela aurait été rapide et indolore. Pourquoi n'ai-je pas simplement dit ça ?
Je roulai des yeux. « Eh bien, il… il travaille dans un magasin de fleurs, lâchai-je désespérément. C'est pourquoi il me l'a donné. Il n'y a rien de plus »
Renée hocha la tête pendant qu'elle remettait le corsage sur le réfrigérateur. « Hum-hum »
Soupirant, je décidai de l'ignorer. « Comment va Phil ? » demandai-je en posant le verre de vin sur le comptoir et en recommençant à couper le tout en dés. Quand elle ne répondit pas, je me tournai pour regarder dans sa direction.
Elle était appuyée contre l'îlot de la cuisine en me regardant par-dessus le bord de son verre alors qu'elle buvait une gorgée.
« Quoi ? » demandai-je.
Elle fronça les sourcils tout en posant le verre avant de me rejoindre au comptoir. Tendant la main pour prendre un couteau, elle commença à s'occuper des carottes que j'avais disposées à côté du poêle. « Tu changes constamment de sujet, nota-t-elle. On fait généralement ça quand on a quelque chose à cacher.
– Je n'ai rien à cacher », insistai-je. Mon corps me trahit encore une fois en envoyant une bouffée de chaleur sur mon visage.
Renée me lança un regard acéré. J'ai roulé des yeux et j'ai essayé de l'ignorer.
« Oh Bella » Je fus surprise d'entendre que son ton n'était plus taquin – il était doucement sérieux. Sincère. Authentique. « Je n'ai pas besoin d'entendre les détails. Et si tu ne veux pas du tout me parler de lui, ça me va aussi. Je l'accepte. Je veux juste… » Elle fit une pause en hésitant. « J'ai juste besoin de savoir que tu n'es pas seule. Parfois… parfois ça me brise le cœur de penser à toi ici toute seule. Je sais que tu es plus indépendante et autonome que la plupart des gens. Tu l'as toujours été. Et je sais que tu peux prendre soin de toi, mais… »
Je me sentis m'adoucir à ces mots. Je réalisai que c'était de la réassurance dont elle avait besoin – qu'il y avait de réelles inquiétudes et préoccupations derrière ces taquineries et plaisanteries. Cela me fit ressentir une sorte de soulagement et de satisfaction ; au moins je pourrais dire quelque chose. Au moins, je pouvais lui donner ce qu'elle cherchait. Au moins, je pourrais lui donner ça. De la réassurance. Cela compenserait presque toutes les tromperies et mensonges que j'avais été obligée de concocter lors de sa visite. Presque.
« Je ne suis pas seule, lui assurai-je. S'il te plait, ne t'inquiète jamais pour ça »
Renée sembla se détendre après avoir entendu mes mots peut-être qu'elle pouvait voir que j'étais sincère. « Alors, il y a quelqu'un ? Est-ce que c'est un fleuriste ? » Son ton était entre soulagement, joie et enthousiasme, même s'il était facile de remarquer qu'elle essayait encore de paraître nonchalante. Elle s'inquiétait probablement que je me rétracte si elle devenait trop excitée.
J'ai envoyé une prière muette au ciel en espérant que c'était Alice qui veillait sur moi ce soir. Ou Jasper. De toute façon, il était impossible de cacher quelque chose à ces deux-là.
« Ce n'est pas ce que tu penses. C'est… compliqué » C'était d'un tel cliché de le dire, mais j'avais besoin de temps pour réfléchir. Abaissant ma voix, je commençai à rincer les légumes sous l'eau dans une tentative futile de fournir un bruit de fond pour masquer notre conversation. « C'est un ami.
– D'accord, souffla Renée d'un ton si favorable que je me sentis instantanément embarrassée. L'amitié est une bonne chose.
– Et… c'est ça. C'est un ami et il est hors de portée » Je ne l'ai pas regardé. J'avais peur de me voir dans ses yeux, ce qui me ferait lâcher quelque chose que je pourrais regretter.
« Hors de portée ? Qu'est-ce qui te fait dire ça ? demanda Renée. L'aimes-tu ? »
J'ai gardé les yeux sur l'eau qui coulait du robinet. Pendant un moment je dus me concentrer sur ma respiration. « Oui »
Et elle était là : cette chose. Cette chose que je n'avais jamais pu admettre pleinement, même à moi. Ce gros problème sur lequel je dansais depuis plusieurs semaines. Peut-être même depuis plus longtemps. Je ressentis du soulagement, je ressentis un frisson, je ressentis de la peur.
La voix de Renée fut douce ; sans pression. Sans taquineries. « A quel point ? »
Enfin je me tournai pour la regarder. « Beaucoup »
Je vis mon reflet dans le bleu de ses yeux, le reflet que j'avais refusé de regarder tout à l'heure. Mon expression parut refléter la sienne – des yeux trop brillants, le regard presque trop calme et mesuré. Une façade de calme.
Elle brisa la sienne en premier. Un large sourire éclatant apparut sur son visage.
Je ris de son expression. « Ne t'excite pas trop. Ça ne va pas arriver. Je ne pense pas du tout qu'il me voit de cette façon.
– Tu ne peux pas le savoir, fut la réponse de Renée pas du tout découragée par mes paroles. Je te suggère de le découvrir, et le plus tôt possible.
– Et quoi ? Risquer de ruiner ce que j'ai avec lui ? Il n'y a pas de meilleur moyen de tuer une amitié que d'essayer de sortir de la friendzone » Durant un moment, je réfléchis à mes propres mots en me demandant si c'était la raison pour laquelle je me retenais : la peur de la perte. C'était peut-être l'état d'esprit que j'appliquais aux gens autour de moi sans le savoir – comme avec Adrian, il avait été plus important de l'avoir comme ami que de ne pas l'avoir du tout dans ma vie.
Réalisant que je gaspillais de l'eau, je fermai le robinet et plaçai les légumes sur le comptoir de la cuisine soudainement incapable de me concentrer sur ce que j'allais faire.
Durant un long moment, Renée me regarda de près. Elle resta juste là à me regarder. « Bella si j'ai appris quelque chose de la vie, c'est que prendre un risque n'est pas toujours suivi de misère et de chagrin. Parfois il faut prendre un choix difficile malgré les conséquences. Et parfois faire ce choix et prendre ce risque est la seule façon de continuer. La seule façon d'avancer. La seule façon de savoir ce qui nous convient » Le baiser rapide sur ma joue fut accompagné de mots chuchotés. « Souviens-toi de ça »
Je sentis mon échine me picoter ; ce qu'elle venait de me dire me rappelait tellement les rêves que je faisais d'elle depuis des mois maintenant. Il faut choisir, disait-elle toujours dans le rêve. Mais avant de choisir, tu dois découvrir ce qui te convient.
Je me tins là, à peine présente tout en réfléchissant à ses mots et réalisant vaguement que Renée prenait les légumes du comptoir et continuait là où je m'étais arrêtée. Soupirant, je me détournai de l'évier et fis face à la pièce. Je regardai ma mère s'empresser dans la cuisine et contre mes habitudes, je l'ai laissé prendre les devants au lieu de tout faire moi-même. Je lui ai permis de prendre le soin de cuisiner le reste du repas et je me suis contentée de mettre la table pour nous. Et après que nous ayons mangé, je me suis levée pour faire la vaisselle et je lui ai dit de rester où elle était car c'est elle qui avait préparé le repas mais elle refusa d'en entendre parler.
« C'est absurde, me réprimanda-t-elle. Nous la ferons ensemble »
Encore une fois et à l'improviste, je dus ravaler mes larmes. Parce que c'était une chose tellement maternelle à faire.
Alors que nous nous tenions près de l'évier de la cuisine, coude à coude et nos mains immergées dans l'eau savonneuse, je l'ai laissé bavarder sans arrêt et joyeusement. Presque par inadvertance, je recommençai à savourer sa présence, je commençai à la mémoriser. La manière dont les coins de ses yeux se plissaient à chaque sourire, le doux changement en elle chaque fois qu'elle mentionnait Phil, la façon dont elle fronçait son autre sourcil lorsqu'elle était sur le point de dire quelque chose qui selon elle me surprendrait. Mais pour être honnête, rien de ce qu'elle ne m'a dit ne m'a surprise. Je la connaissais mieux que le dos de ma main.
Finalement, ses mots se transformèrent en un bruit opaque. Je souriais toujours et hochai la tête aux moments appropriés mais en vérité au lieu d'écouter, je m'accrochai aux secondes qui passaient. Elles s'éloignaient comme du vif argent. Et après un certain temps passé à essayer de les retenir, je les ai juste laissé partir.
Parce que les secondes qui passaient n'étaient pas à moi.
Il y avait quelque chose de déroutant dans le temps. Comment il paraissait s'attarder lorsque vous attendiez une chose avec impatience ou que quelque chose se produise. Et puis comme chaque pièce avait un revers, c'était pareil pour le temps. Lorsque vous redoutiez un moment à venir, le passage du temps passait de ralenti à une vitesse qui pouvait vous faire tourner la tête.
Le dimanche arriva si rapidement. Trop vite. Hier matin, j'avais pu penser qu'il me restait deux jours. Ce matin, j'avais pu me rassurer en pensant qu'il me restait encore aujourd'hui. Que j'avais plusieurs heures sans fin avec Renée.
Cela me semblait un luxe insondable maintenant que je n'avais plus rien pour me rassurer.
« Es-tu sûre de tout avoir ? lui demandai-je en lui tendant son sac de voyage. Portefeuille, passeport, téléphone… ? »
Renée se tapota les poches d'un air légèrement suffisant. « Ouais. Eh bien à l'exception du téléphone. Je l'ai laissé à la maison exprès. Moins je prends de choses avec moi, moins j'ai de chances de perdre quelque chose.
– J'envie ta logique, souris-je.
– Pourquoi ? » Renée feignit la confusion. « Tu es celle qui m'a appris à ne pas prendre plus que ce que je peux supporter »
Nous rîmes toutes les deux doucement.
Il y eut le bruit distinct d'une voiture s'arrêtant à l'extérieur. Son taxi était arrivé. Je maintins un sourire sur mon visage même si c'était physiquement insupportable.
Momentanément, le temps parut se ralentir à nouveau alors que j'escortais Renée à l'extérieur. C'était comme une vie en douze étapes. Et tout aussi rapidement, les secondes se précipitèrent de nouveau.
Je l'ai attrapée dans une étreinte étroite, encore très accrochée à elle. Encore en train de mémoriser chaque traits. Refusant de lâcher prise.
« Bon vol. Je t'aime » J'avais prévu à l'avance ce que j'allais dire quand elle serait sur le point de partir, sachant dans quel état d'esprit j'allais être quand le moment serait venu. « Passe le bonjour à Phil de ma part.
– Je le ferais » Sa joue était douce contre mon oreille.
J'étais sur le point de reculer mais les mots dégringolèrent à nouveau de mes lèvres. Des mots que je n'avais pas prévu à l'avance.
« Maman ?
– Oui ?
– Tu me manques » Une bouffée d'air de plus, un battement de cœur de plus, une vie de plus, et je m'éloignai.
Il y avait une lueur interrogative, presque inquiète dans les yeux de Renée alors qu'elle me regardait. Puis son expression s'adoucit. Elle glissa une mèche de cheveux derrière mon oreille et me donna un rapide baiser sur la joue. « Oh chérie, tu me manques aussi. Mais je te verrai bientôt d'accord ? La prochaine ce sera ton tour de venir me rendre visite à Phil et à moi. Promets-moi »
Son sourire plein d'espoir envoya une pulsation douloureuse dans mon cœur. Je n'ai rien dit, j'ai seulement hoché la tête et mordu ma langue pour ne pas crier. D'aspect extérieur, j'étais calme, très calme et toujours capable de sourire en quelque sorte lorsque ma mère se retourna et monta dans l'habitacle. Elle me fit un bisou par la vitre arrière.
Je levai la main pour lui dire au revoir. Ce ne fut pas un acte conscient – je fonctionnai simplement sur pilote automatique. Ce qui était une bonne chose, je me sentais soudain déconnectée alors que je regardais le taxi partir en emmenant ma mère avec lui. Lorsque les feux arrière disparurent dans la nuit sombre, je laissai tomber ma main sur le côté.
Je ne sus pas combien de temps je suis restée là après le départ du taxi. Finalement l'air froid commença à s'infiltrer dans mes vêtements mais je le remarquais à peine. Le froid pénétrant dans mes os ne changeait rien j'étais déjà figée.
Plus tard en y repensant, je ne me souvenais plus comment j'étais rentrée à l'intérieur. Je ne me souvenais pas de m'être retournée et d'avoir fait ces quelques pas vers la porte. Je ne me souvenais pas de l'avoir verrouillée derrière moi et d'avoir éteint les lumières dans chaque pièce. Je ne me souvenais pas avoir rampé dans mon lit entièrement habillée. Mais néanmoins, ce fut là que je me suis retrouvée des heures plus tard, toujours pleinement éveillée et regardant le plafond que je ne voyais pas. Je n'ai même pas essayé de m'endormir sachant déjà que c'était une cause perdue.
Il était à peu près cinq heures du matin quand je me suis finalement levée en sentant que je ne pouvais plus rester immobile. Pendant un moment, j'ai erré dans mon chez moi sombre avant d'allumer une petite lampe de table dans le salon. Mes pieds bougèrent de leur propre chef tandis que je me dirigeais vers la table sous la fenêtre ; les photographies encadrées sur celle-ci m'attirèrent. Et même si cela me faisait littéralement mal, mes yeux errèrent de photo en photo jusqu'à atterrir sur celle de mes parents le jour de leur mariage. Je ne l'ai pas prise en main pour l'examiner de plus près, je résistai même à l'envie de la toucher du bout des doigts. C'était comme si les deux personnes sur la photo étaient inaccessibles pour moi maintenant, comme si elles avaient glissé sur une ligne que je ne pouvais plus franchir. Voir ma mère et lui dire au revoir sans un mot avait rendu cela si réel tout à coup ; je pourrais ne jamais les revoir à nouveau.
« Bella si j'ai appris quelque chose de la vie, c'est que prendre un risque n'est pas toujours suivi de misère et de chagrin. Parfois il faut prendre un choix difficile malgré les conséquences. Et parfois faire ce choix et prendre ce risque est la seule façon de continuer. La seule façon d'avancer. La seule façon de savoir ce qui nous convient. Souviens-toi de ça »
Les mots de Renée me revinrent à ce moment-là – je ne savais pas pourquoi. Ils auraient dû me réconforter mais la vérité est qu'ils ne le firent pas. Pas maintenant. A cet instant, ses mots étaient comme mille couteaux qui se plantaient dans mon cœur. Parce que j'avais pris un risque, j'avais fait un choix, et la vérité était que ce choix serait suivi sans aucun doute de tristesse et de chagrin. Et ce ne serait pas seulement ma peine et mon chagrin, ce serait aussi les siens et ceux de Charlie.
Un coup silencieux à ma porte me tira de mes pensées. Éloignant mes yeux de la photo, je me retournai avec un soupir et traversai lentement le salon. Je savais déjà de qui il s'agissait – il n'y avait qu'une seule personne au monde qui viendrait frapper à ma porte à cinq heures du matin.
Déverrouillant la porte, je l'ouvris et reculai d'un pas. Je ne levai pas tout de suite le regard – regarder ses yeux semblait difficile pour une quelconque raison. Le sol à ses pieds était blanc ; il avait neigé pendant la nuit.
« Hé », le saluai-je sans enthousiasme tout en gardant toujours les yeux au sol.
Carlisle resta silencieux pendant un moment. « J'ai vu de la lumière par ta fenêtre et j'ai pensé que tu devais être éveillée » Sa voix était douce. J'ai finalement levé les yeux pour voir son visage. L'inquiétude était gravée dans ses prunelles. « Je ne voulais pas te déranger.
– Tu ne me déranges pas », répondis-je en me demandant s'il avait été là tout la nuit. Je me suis soudain sentie un peu mal de me barricader comme ça à l'intérieur mais j'avais eu envie d'être seule. Ou du moins, c'est ce que j'avais pensé. Je fis un pas en arrière tout en enroulant mes bras autour de moi. « Entre »
Carlisle parut hésiter mais finit par entrer et ferma la porte derrière lui. Me dirigeant vers le canapé et m'asseyant, je l'entendis plus que je ne le vis me suivre à pas calmes et discrets. Il ne fit aucun mouvement pour s'asseoir – il a juste continué à m'examiner. Je ne le regardai pas, mais je pouvais sentir le poids de son regard.
« Alice voulait que je te fasse savoir que l'avion de ta mère a atterri en toute sécurité », me dit-il.
J'ai regardé dans sa direction et j'ai dû lutter pour lui faire un sourire reconnaissant. C'était comme si mes lèvres avaient oublié comment en former. « Merci. C'est bon à savoir. Je l'appellerai demain – ou aujourd'hui je veux dire, me corrigeai-je en me rappelant que c'était déjà le matin.
– As-tu dormi rien qu'un peu cette nuit ? » s'enquit-il après un moment de silence. Je me demandai à quoi je ressemblais pour qu'il ressente le besoin de demander ça – je n'avais pas pris la peine de me regarder dans le miroir.
« Un petit peu » Je n'eus pas besoin de voir son expression pour savoir qu'il ne trouvait pas mon mensonge très convaincant.
Il y eut un autre moment de silence, presque comme s'il ne sut pas quoi dire ensuite. Peut-être était-ce le cas. Je l'entendis expirer doucement et je sentis ensuite le canapé s'affaisser à côté de moi alors qu'il s'asseyait.
« Comment vas-tu ? »
J'ai haussé les épaules en évitant ses yeux aimables. « Bien je suppose » J'ai cherché mes mots. « Je… j'ai juste l'impression que c'est un peu surréaliste, tu sais ? Comme si je n'étais pas vraiment là. Comme si je me regardais de loin » Je m'arrêtai pour lui jeter un coup d'œil. Ses yeux d'or foncé étaient pleins de sympathies. Je dus de nouveau détourner le regard. « Je me sens aussi un peu… je ne sais pas stupide » J'ai soupiré. Quand il commença à froncer les sourcils, je décidai de m'expliquer. « Je dois penser à… eh bien toi et le reste de ta famille. Et je réalise que vous n'avez jamais eu l'opportunité que j'ai. Aucun de vous n'a pu regarder ses proches en sachant que ce serait la dernière fois. Aucun de vous n'a eu à se préparer pour ce qui aller arriver » Je me suis tue tout en déglutissant. « J'ai le privilège qu'aucun de vous n'a eu. Je devrais me sentir…
– Reconnaissante ? » proposa Carlisle. Sa voix était douce mais je pouvais entendre dans son ton qu'il n'était pas d'accord avec ce que j'avançais.
J'ai haussé les épaules en ne répondant pas au premier abord. « Ouais. Peut-être. Quelque chose comme ça »
Carlisle ne dit rien. Quand le silence perdura, je me tournai pour regarder dans sa direction. Son regard était implacable mais doux, tout comme sa voix. « Ça ne marche pas comme ça Bella »
Mon souffle trembla en expirant. Il continua à parler d'un ton calme.
« Je comprends ce que tu veux dire quand tu dis cela. Et je comprends pourquoi tu pourrais ressentir ce que tu ressens. Mais je me dois de te dire que je suis en désaccord avec toi. Parce que la vérité est que tu as le droit de ne pas te sentir reconnaissante en ce moment. Et même si tu as un privilège qu'aucun de nous n'a eu, cela ne signifie pas que tu n'as pas le droit de ressentir du chagrin. Cela ne signifie pas que cela devrait être plus facile pour toi que pour nous uniquement parce que les circonstances sont différentes – ou parce que tu sais à l'avance ce qui va se passer » Il fit une pause en ne continuant pas tant que je ne le regardais pas. « Parfois les privilèges sont des bénédictions. Parfois, ce sont des fardeaux. Parfois, ce sont les deux. Peut-être que tu as eu ce privilège de voir tes deux parents. Et peut-être que nous avons eu le privilège d'être parfaitement inconscients de ce qui allait arriver lorsque nous avons expiré notre dernier souffle » Il fut silencieux durant un battement tout en entrelaçant ses doigts et se penchant après avoir posé ses coudes sur ses genoux. « Je ne peux pas dire avec certitude si l'un de nous aurait décidé de faire quoi que ce soit différemment – si l'un de nous avait décidé de faire ce que tu fais en ce moment s'il en avait l'occasion, émit-il pensivement tout en étant plus songeur maintenant.
– Peu d'entre vous en a eu l'occasion de toute façon, lui rappelai-je. Les parents d'Edward étaient morts. Alice était dans un asile psychiatrique » Je n'étais pas certaine pour les autres.
« C'est vrai, convint Carlisle. Mais si on leur en donnait la chance. Si les circonstances avaient été différentes. Je ne peux pas dire combien d'entre nous auraient choisi de dire au revoir si nous avions su ce qui allait se passer »
Je pensai soudain à Esmée en me demandant à quoi ressemblait sa famille humaine. Je savais qu'elle avait perdu son enfant et que dans son chagrin, elle avait sauté d'une falaise mais sinon ma connaissance de son passé était très limitée. Et le père de l'enfant ? N'avait-il jamais su ce qui était arrivé à Esmée ? Et ses parents ? Je devrais lui demander un jour.
Je pensai à la nature douce d'Esmée et j'aimai à croire qu'elle aurait choisi de voir une dernière fois ses proches avant sa transformation quoi qu'il arrive. Puis je songeai à Carlisle et à sa relation compliquée avec son père et je fus soudainement encore plus certaine de mon choix.
« Tu l'aurais fait, lui dis-je. Tu aurais choisi de voir ton père si on t'en avait laissé la chance »
Mes mots parurent le tirer de sa rêverie, et il me regarda d'un air légèrement surpris et curieux sur son visage. « Qu'est-ce qui te fait croire ça ? »
Je secouai à moitié la tête et à moitié haussai les épaules. « Je ne sais pas. Je pense que c'est juste ce que tu es. Même si quelque chose te cause de la douleur ou est autrement difficile, tu le fais quand même » Je pensai à lui et Esmée, et à ce moment-là où des années auparavant Miguel était apparu.
Carlisle me regardait avec une étrange expression sur le visage presque comme déconcerté par mon observation. Puis il fronça les sourcils, je me demandai s'il pensait à sa vie humaine perdue depuis longtemps.
« L'as-tu jamais revu après ta transformation ? demandai-je doucement. Ton père ? »
Il me regarda de nouveau les sourcils levés, je l'avais pris au dépourvu avec ma question. Il secoua la tête. « Je ne l'ai jamais rencontré face à face après ma transformation. Mais je l'ai observé de loin plusieurs fois. Je ne sais pas exactement pourquoi. Après tout, je ne pouvais pas aller le voir – et ce n'est pas comme s'il aurait voulu savoir ce que j'étais devenu » Il fronça les sourcils.
Je m'interrogeai distraitement sur la vieille croix en bois suspendue au-dessus de la porte de son bureau et l'interrogeai à ce sujet. « Et la croix de ton père ? Tu as dû rentrer chez toi à un moment donné »
Carlisle acquiesça. « Oui. Mais ce fut après le décès de mon père » Une expression pensive lui traversa le visage, et je me demandai s'il était perdu dans un souvenir triste ou autrement désagréable. « Entre autres choses, je suppose que la croix représentait tout ce que j'ai pu respecter chez mon père. Et peut-être que je voulais avoir quelque chose pour me souvenir de lui. Les souvenirs humains ont tendance à s'estomper rapidement comme tu le sais. Mais je me souviens vaguement de son visage. Il avait les yeux bleus »
Je déglutis. Les yeux de Renée étaient également bleus. Si les souvenirs humains s'effaçaient, je me demandai si dans des décennies, ce serait la seule chose dont je me souviendrais de ma mère. Ses yeux bleus. Et les taches de rousseur. Et le sourire qui plissait ses yeux. Je ne voulais jamais les oublier.
Carlisle m'observa de près. Je tentai de bannir les pensées de Renée mais il ne rendit pas les choses très faciles.
« Comment s'est passé la visite de ta mère ? demanda-t-il. Es-tu heureuse d'avoir décidé de la voir après tout ?
– Je ne peux pas dire que je regrette de l'avoir vue même si j'ai eu des doutes » Je sondai mes sentiments en essayant de donner du sens au chaos en moi. Je pris une profonde inspiration tout en essayant de faire disparaître la chaleur soudaine et brûlante dans les coins de mes yeux. « Et je sais qu'avec le temps, je pourrais accepter ces deux derniers jours. Peut-être même y trouver un peu de réconfort et de paix »
L'expression de Carlisle était compatissante. « Mais maintenant ? demanda-t-il doucement.
– Mais maintenant… » Je laissai échapper un soupir tout en fermant les yeux contre la brûlure. Je posai mes coudes contre mes genoux tout en pressant mes paumes contre mes yeux endoloris. « Je… je ne comprends tout simplement pas, murmurai-je. Ce n'était pas comme ça quand j'ai rendu visite à Charlie. Bien sûr, j'étais triste quand j'ai dû le quitter et lui dire au revoir. Bien sûr, j'avais peur. Mais… ce n'était pas comme ça… finalement. Et ce n'est évidemment pas parce que je me soucie moins de lui que ma mère… mais pour une quelconque raison, l'avoir vu fait devenir tout ça si soudainement réel. C'est presque comme si je réalisais que maintenant tout ce qui se passe. Presque comme si je n'avais pas été en mesure de comprendre la situation jusqu'à maintenant.
– C'est la façon dont ton esprit s'est protégé, dit Carlisle d'un ton rassurant. Tu as eu beaucoup de choses à traiter au cours des derniers mois.
– Peut-être est-ce vrai ce que tu as dit sur les privilèges, émis-je pensivement. Qu'ils peuvent être des fardeaux. Peut-être vaut-il mieux ne pas savoir certaines choses à l'avance » Je pris une inspiration tremblante tandis que des larmes brûlaient sous mes paupières fermées. « Peut-être que l'ignorance est vraiment un bonheur »
Une main froide se posa sur mon épaule. Je gardai les yeux fermés, effrayée que si je les ouvrais, je tomberais en petits morceaux.
« Bella » La voix de Carlisle fut douce mais déterminée. « Dis simplement le mot, et nous trouverons un autre moyen »
Je secouai la tête en sachant ce qu'il voulait dire. « Merci, mais il n'y a pas d'autre moyen. Nous le savons tous les deux » J'ai ouvert les yeux et baissé les mains de mon visage, déterminée à ne pas laisser couler les larmes. Le regard sur le visage de Carlisle me rendit encore plus décidée ; il y avait une douleur nue dans ses yeux, et cette douleur était pour moi. Je ne pouvais pas le laisser commencer à douter de ses décisions et se rendre fou en essayant de trouver un moyen de contourner notre situation quand il n'y en avait clairement pas. Sa compassion pour les autres lui briserait un jour le cœur. Peut-être était-il déjà un peu cassé. Existe-t-il quelqu'un qui a vraiment un cœur entier et indemne ? m'avait-il demandé il y a quelques jours.
Peut-être que personne n'en avait vraiment un.
Je me levai du canapé avec énergie tout en sentant sa main glisser de mon épaule. « Il est presque six heures du matin. Je dois bientôt aller à la librairie », lui dis-je en évitant ses yeux. Pour dire la vérité, je n'étais pas vraiment pressée de partir tout de suite, le magasin n'ouvrirait pas avant huit heures. Mais j'avais juste l'impression de ne plus pouvoir rester assise – comme si je ne pouvais pas rester ici, à l'intérieur de ces murs.
Carlisle se leva doucement. Je pus le sentir me regarder alors que je commençais à rassembler mes affaires et essayais de trouver le chargeur de mon ordinateur portable, j'en aurais besoin au magasin aujourd'hui. Soudain je ne pus plus les supporter – ces regards attentifs et inquiets qu'il me lançait et qui me faisaient me sentir instable. Ils faisaient trembler quelque chose en moi, comme si je me faisais ballotter par des vagues orageuses. Je disparus dans ma chambre et je fermai la porte derrière moi. Je pris une douche rapide en espérant secrètement que je n'aurais plus jamais à sortir. Face au matin, je devais tourner le dos à ce qui était avant et laisser quelque chose derrière moi, quelque chose de très important. Je me rappelai comment j'avais regardé la photo de mes parents un moment plus tôt, comment j'avais pensé qu'ils avaient dérivé sur une ligne que je ne pouvais franchir.
Je m'habillai rapidement, ne voulant pas laisser à mes pensées une chance de s'attarder. J'enfilai mon manteau et tirai mes cheveux du col sans prendre la peine d'essayer de les dompter en queue de cheval. S'il y a un instant j'avais hésité à affronter la journée à venir, j'étais maintenant pressée de la commencer et de laisser le weekend derrière moi. Quand je suis sortie de ma chambre, le chargeur de mon ordinateur dans une main et mon sac dans l'autre, je remarquai que Carlisle se tenait toujours au même endroit à côté du canapé.
« As-tu vu mes clés ? » lui demandai-je en regardant autour du salon et essayant de me rappeler où je les avais laissés. Lorsque Carlisle ne répondit pas, j'arrêtai mes recherches et me tournai pour regarder dans sa direction. Il m'observait avec attention.
« Quoi ? » demandai-je légèrement sur la défensive.
Il essayait de rencontrer mes yeux. « Je pense que tu devrais te détendre pour aujourd'hui. Peut-être devrais-tu rester à la maison et te reposer à la place, suggéra-t-il d'une voix calme. Tu as eu deux jours difficiles »
Je secouai la tête avant même qu'il n'ait fini. « Je ne peux pas. C'est lundi, je ne peux pas prendre un jour de congé comme ça.
– Avant de venir ici, Alice a proposé de te remplacer et de rester à la librairie aujourd'hui avec Jasper. Elle a même un double des clés pour la porte, ne me demande pas comme elle a fait, mais c'est le cas…
– Elle n'est pas obligée, insistai-je. Elle ne veut pas rester coincée à la librairie toute la journée avec Jasper. Je suis sûre qu'ils préfèrent passer du temps avec les Denali pendant qu'ils sont encore à Ithaca.
– Les Denali sont partis hier soir », déclara Carlisle d'un ton neutre tout en essayant apparemment de me laisser aucune place à la discussion. Il fit le tour du canapé pour se rapprocher de moi.
« Mais quand même, continuai-je obstinément en commençant à me sentir soudain extrêmement fatiguée. Elle ne sait pas où mettre les reçus, et elle n'a même pas la clé de la caisse enregistreuse…
– En fait, elle en a une aussi. Encore une fois, je ne sais pas comme elle l'a fait mais c'est le cas »
Je soupirai. « Mais… »
Carlisle se rapprocha en essayant toujours de croiser mon regard. « Bella, je sais que tu n'as pas dormi une seule minute la nuit dernière. Tu es épuisée. Tu devrais te reposer.
– Je vais bien, continuai-je d'insister. Je veux juste aller travailler. J'ai besoin de distraction » J'ai essayé de me détourner, mais Carlisle me saisit le coude. Le toucher fut ferme mais doux tout de même.
Il attendit patiemment que je le regarde dans les yeux. « Pourquoi aurais-tu besoin de distractions si tu vas bien ? »
Quelque chose pulsa soudainement dans mon cœur ; de l'agonie. Une agonie brûlante. J'ai cligné des yeux et quelque chose de chaud a coulé le long de mes joues.
Je pris une profonde inspiration. Puis une autre. « Je ne sais pas quoi faire d'autre, m'entendis-je dire. Je ne sais pas comment faire autrement. Je ne peux pas rester ici et… et rester tranquille »
Durant un moment, Carlisle continua juste de me regarder. Puis il tendit la main pour prendre le chargeur et le sac de mes mains pour les mettre de côté. Avant même que je m'en rende compte, il me conduisait vers le canapé. Je m'assis, n'ayant pas la force de résister, et passai rapidement une main sur mon visage.
Carlisle s'assit sur le bord de la table basse en face de moi. Il attendit que je rassemble ce qui me restait de sang-froid. Son autre main tenait la mienne, presque comme pour m'empêcher de fuir.
Les larmes et le manque de sommeil me firent mal aux yeux. Je les fermai momentanément en essayant d'équilibrer ma respiration.
« Je sais que tu n'as pas envie de rester immobile », entendis-je Carlisle dire doucement. Sa voix me fit ouvrir les yeux et je fixai mon regard sur nos mains liées reposant sur mes genoux. « Mais parfois, il peut être très important de le faire, même lorsque tu as envie de faire exactement le contraire. Surtout lorsque tu as envie de faire exactement le contraire » Je levai mon regard pour rencontrer le sien. Il avait la couleur de l'ambre foncée et profonde. « Comprends-tu ce que je dis »
Je suis restée silencieuse pendant un moment en réfléchissant à ses mots. Je réalisai qu'il était capable de dire ces choses parce qu'il savait de quoi il parlait. Après tout, il avait déjà été là où j'étais maintenant. Cela avait été une époque différente, des circonstances différentes, mais ce qui importait c'était qu'il l'avait vécu aussi.
Un soupir quitta mes lèvres. « C'est juste que… j'ai l'impression que chaque fois que j'ai trop de temps pour réfléchir, je me souviens juste de l'expression pleine d'espoir et sans méfiance de ma mère avant son départ, m'entendis-je dire. Et je pense à la façon dont j'ai promis de lui rendre visite bientôt, et je pense à tous les autres mensonges que je lui ai servis pendant le weekend, et… ça me donne l'impression de brûler vive » Je clignai rapidement des yeux alors que je sentais de nouveau les larmes s'accumuler dans le coin de mes yeux.
Je sentis Carlisle resserrer sa prise autour de ma main. « Se jeter dans le travail peut sembler tentant au début. Mais travailler jusqu'à l'épuisement ne t'aidera pas à long terme. Seul le temps le fera »
Un rire tranquille quitta mes lèvres. Le son paraissait perdu, sans joie. « Il n'y a pas de libération de ce sentiment. Il y a des choses que même le temps ne peut pas résoudre »
Je m'attendis presque à ce qu'il soit en opposition pour m'assurer que j'avais tort. Mais au lieu de ça, il resta silencieux pendant un certain temps. Puis il libéra ma main de sa douce prise et se leva du bord de la table basse pour s'asseoir à côté de moi sur le canapé.
« Peut-être qu'il n'y a pas de libération, reconnu-t-il. Mais il y aura du soulagement. Je sais que cela peut sembler impossible maintenant mais crois-moi quand je te dis que cela arrivera. Pas du jour au lendemain. Pas demain, ni après-demain. Peut-être même pas dans les prochaines années. Mais un jour »
Déglutissant, je sentis à nouveau les larmes menacer. Je voulais y être au jour dont il parlait. Ce n'était pas comme si j'avais d'autre choix. Après tout, n'était-il pas préférable d'avoir ce pan d'espoir que de ne rien avoir du tout ? N'était-ce pas moins douloureux d'avoir foi en ce petit soulagement qui viendrait un jour au lieu d'attendre une libération complète qui ne viendrait jamais ?
Si je n'avais pas de réponse à cette question, je savais que Carlisle en avait. Parce qu'il avait déjà été là où j'étais maintenant. Il avait une fois attendu que ce jour arrive aussi. Et parce qu'il le savait, et parce qu'il était là à côté de moi, vivant, respirant et survivant… cela me donna l'espoir de croire que peut-être je survivrais aussi. Un jour aussi éloigné ou proche qu'il puisse être.
A ce moment-là cependant, l'attendre me parut être un exploit insurmontable. C'était comme un port lointain disparaissant de et hors ma portée, et il me fallut tout ce que j'avais pour garder ma tête au-dessus de l'eau alors que je me débattais parmi les vagues qui m'assaillaient.
« Et si « un jour » était trop peu, trop tard ? demandai-je. Et si ça ne paraît pas suffisant ? »
Encore une fois, Carlisle n'essaya même pas de m'apaiser avec de vides assurances. Au lieu de ça, il choisit d'être honnête.
« Bien sûr que cela peut sembler pas suffisant », déclara-t-il doucement. Ses yeux étaient tristes ; compatissant. « Parce que ce n'est pas suffisant. Je suppose que tu dois juste… » Il s'arrêta comme cherchant ses mots.
« Prendre un jour à la fois ? » suggérai-je en riant doucement et tristement. Je dus de nouveau essuyer d'une main l'une de mes joues.
Il répondit avec un sourire triste et reprit ma main dans la sienne presque comme pour adoucir le coup de ses prochains mots. « Plus comme une bouffée d'air à la fois »
A ses propos, les vagues s'écrasèrent de nouveau. Je me forçai à hocher la tête, me forçai à accepter ses paroles. Fermant les yeux, je pris une respiration, celle-là fut une respiration vitale afin de m'empêcher de couler.
Et puis ce n'était pas seulement moi qui me maintenais à flot. La prise serrée autour de ma main se relâcha puis je sentis un bras se poser autour de mes épaules. Me penchant dans l'étreinte froide de Carlisle, je continuai de prendre une respiration à la fois.
Et j'ai essayé de continuer à croire en l'arrivée d'un jour, même si nous savions tous les deux que ce n'était pas suffisant.
Notes de l'auteur : A propos du chapitre. Je sais que certains d'entre vous ne s'intéresse pas beaucoup aux côtés angoissants mais celui-ci devait s'avérer inévitablement un peu triste. Il m'est arrivé de traverser une période difficile en travaillant sur les scènes de Bella et Renée. Tout cela m'a fait réaliser à quel point on apprécie vraiment les petites choses de la vie quand quelque chose de terrible arrive.
Dans ce chapitre, j'ai intentionnellement imité la conversation que Renée et Bella ont eu dans le livre Eclipse. Les phrases « Comme s'il y avait un secret qui me manque » et « Quelque chose dans sa vision simple du monde parvenait toujours à couper les distractions et à percer la vérité des choses » sont des citations directes du livre. J'ai aussi glissé un autre moment qui apparaît dans le film mais pas dans le roman : « Maman ? » « Oui ? » « Tu me manques » J'ai revu Eclipse il y a quelques semaines et cette scène me touche toujours.
Carlisle dit que même s'il n'a jamais rencontré son père après son changement, il l'a observé plusieurs fois de loin. J'ai trouvé ces informations dans The Twilight Saga : The Official Illustrated Guide (page 91) et j'ai pensé que c'était intéressant. J'ai essayé de trouver des informations sur comment et quand il a récupéré la croix de son père, mais je ne pense pas que ça a été un jour mentionné. Il y a tellement de choses que j'aimerais savoir sur son personnage et cela m'a toujours un peu contrariée que Stephenie Meyer n'ait jamais approfondi ses personnages secondaires. Eh bien, on ne peut pas tout avoir pas vrai ? Mais il n'y a rien de mal à rêver :)
NDT : franchement qui est d'accord pour dire qu'Edward est vraiment gonflé de choisir un tel moment pour parler enfin à Bella ? Enfin Bella a avoué à voix haute qu'elle aimait quelqu'un... bon on sait tous qui c'est hein ^^ - fin de chapitre assez lourde et triste, mais promis le prochain sera plus léger ;)
