Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.
Merci pour toutes vos reviews au précédent chapitre ;) vous êtes géniaux ! Merci donc à Cloums, Lia, Mia, rougepivoine, grimm-jenn, sochic88, Virginie et olivia59350. Voici donc la suite de l'après premier baiser... bon jeudi à tout le monde et à dimanche :)
« Oui c'était ce genre de nuit.
Le genre de nuit surnaturelle qui est faite pour l'amour de conte de fées qui n'est pas non plus de la terre,
La graine de celle-ci est portée par le vent qui souffle où il veut
Et vous ne pouvez pas dire d'où il vient, ni où il va,
Ou pourquoi il devrait disperser la graine dans ces deux cœurs et pas dans les autres,
Ou pourquoi la floraison de la graine devrait être si parfaite
Pour que l'homme et la femmes soient prêts à jeter tout ce qu'ils ont pour en profiter seulement un jour et une nuit »
- Elizabeth Goudge, Green Dolphin Country -
Immuable
Des doigts caressaient les côtés de mon visage.
Le toucher me fit frissonner mais la fraîcheur de le peau de Carlisle n'y était pour rien. Je gardai les yeux fermés encore une fois incapable de dire quand je les avais fermés en premier lieu, et ressentais juste la sensation de son toucher. Mes mains agrippaient toujours le devant de son manteau comme pour m'empêcher de m'effondrer au sol. C'était très silencieux ; il n'y avait que le son de nos respirations et le battement régulier de mon cœur. Il persistait toujours dans le baiser, le revivant, refusant avec insistance de laisser ce moment passé derrière lui. Ba-dum, ba-dum, n'arrêtait-il pas de dire. Mais qui pourrait l'en blâmer de toute façon ? On pourrait accuser le cœur de beaucoup de chose mais pas de cela.
Le contact froid dériva de mon visage vers mon cou. Je me demandai s'il pouvait sentir la course de mon pouls frapper ma peau, comment mon cœur semblait impatient de faire couler le sang plus rapidement. Le contact s'arrêta à la courbe de mon cou et c'est là qu'il s'attarda, près de l'endroit où mon pouls palpitait sauvagement.
Puis quelque chose mit fin au silence. Un seul mot, un nom quitta les lèvres de Carlisle. Il roula sur sa langue comme un murmure étouffé. C'était mon nom.
« Bella… »
La façon dont il le dit… personne n'avait jamais prononcé mon nom de cette manière.
Cette réalisation me fit ouvrir les yeux. Durant longtemps, il ne fit que juste me regarder et je le fixai en retour. L'or de ses yeux était toujours sombre, toujours riche, toujours obscurci par une sensation intense et tacite. Un frisson me parcourut à cette vue.
Le bout des doigts froids de Carlisle effleura ma joue alors qu'il glissait une mèche de cheveux perdue derrière mon oreille. « As-tu froid ? » demanda-t-il doucement ayant apparemment mal interprété la raison des frissons que montaient et descendaient sur ma peau.
Relâchant ma prise sur son manteau et saisissant sa main, je la portai à ma joue et la tint là. « Est-ce que j'ai l'air d'avoir froid ? » demandai-je tout aussi doucement. La peau de ma joue brûlait sous sa paume fraîche.
Il secoua la tête tandis qu'un petit sourire étirait sa bouche. Il retira sa main de ma joue pour frotter le bout de ses doigts contre ma lèvre inférieure, presque comme dans une contemplation perplexe de ce qui venait de se passer.
Ce sentiment de perplexité était une chose que je partageais avec lui. J'avais le sentiment que je devrais me pincer, mais je ne le voulais pas. Si ce n'était pas la réalité… alors je ne voulus jamais en sortir.
« Est-ce un rêve ? m'entendis-je demander. Vais-je me réveiller et réaliser que rien de tout cela n'est réel ? »
Il y eut une étincelle dans les yeux de Carlisle que je n'avais jamais vue auparavant. C'était quelque chose entre de l'amusement et de la curiosité. « Es-tu en train de dire que tes rêves se concentrent souvent sur ce genre de thème ? » demanda-t-il d'une voix étouffée.
A la question, ma tête fut envahie d'images de clair de lune bleuté, de vagues qui se brisaient contre le rivage, d'une étreinte fraîche et douce… combien de fois ce rêve s'était-il répété au cours de ces mois ? Combien de fois m'étais-je réveillée sous les battements agités de mon cœur ?
Je réalisai que j'étais restée silencieuse trop longtemps. Il y avait maintenant une expression particulière sur le visage de Carlisle ; c'était quelque chose entre de l'amusement et de l'incrédulité alors qu'il fouillait mon expression. « Bella », dit-il en réalisant de toute évidence ce que signifiait mon silence. Un son doux, quelque chose comme un rire surpris, quitta ses lèvres. « Pourquoi n'as-tu pas… ? » Il secoua la tête en semblant à court de mots.
« … dit quelque chose ? » finis-je pour lui. Mes doigts commencèrent à jouer avec le col de son manteau. « Pourquoi n'as-tu rien dit aussi ?
– Comment aurais-je pu savoir ?
– Comment aurais-je pu savoir ? demandai-je en retour en me sentant aussi amusée maintenant. Parfois tu es comme un livre fermé. Ce qui me fait dire que… je suis sûre que je suis beaucoup plus facile à lire que toi »
Il secoua la tête. « Ce n'est pas vrai »
Je soutins son regard. « Carlisle… tu n'as qu'à être dans la même pièce que moi pour me lire. Ou est-ce que tu dis, demandai-je en prenant à nouveau sa main pour la presser contre ma poitrine au-dessus de mon cœur, que tu n'as jamais remarqué ça ? » Sous sa paume plate mon cœur bondissait comme s'il voulait jaillir hors de ma poitrine.
Il retira sa main et toucha la rougeur de mon visage. « Ou ça ? fournit-il. Bien sûr que j'ai remarqué. Comment ne l'aurais-je pas pu ? Mais je ne savais pas si… je ne pouvais pas être certain… » Il laissa échapper un soupir tout en secouant la tête. Un vampire trébuchant sur ses mots était une étrange chose à voir, mais c'était encore plus déconcertant de voir le calme habituellement solide de Carlisle, vaciller. Ce qui me faisait me sentir un peu suffisante tout en sachant que j'avais un lien avec cette soudaine incapacité à former des phrases complètes.
Il resta silencieux un moment. « Peut-être ne s'agissait-il pas de ne pas remarquer les signes, émit-il finalement pensivement. Peut-être qu'il s'agissait de choisir de les voir et de les accepter tels qu'ils étaient. De croire en ce qu'ils voulaient dire.
– Et… tu ne les as pas crus ? » demandai-je en ne sachant comment interpréter ses aveux.
Il y avait une douce caresse de doigts frais le long de ma mâchoire. « Pas au début », admit-il doucement.
J'ai fouillé ses yeux. « Pourquoi ça ? demandai-je. Tu ne voulais pas ? »
Il secoua la tête avec perplexité. Un sourire se dessina à nouveau sur ses lèvres ; apparemment il trouvait mes paroles absurdes. « Ce n'était pas la question de vouloir croire quelque chose », expliqua-t-il d'une voix calme en chuchotant presque. Ses mains se posèrent sur mes avant-bras, ses pouces traçant un motif invisible sur ma peau. « Je t'assure que je le voulais. Peut-être était-ce la question d'oser y croire ou… la question d'oser prendre le risque.
– Et… qu'est-ce qui t'a fait prendre ce risque ? demandai-je. Qu'est-ce qui t'y a fait croire ? »
Il fronça les sourcils tandis que son regard tombait quelque part sur mon épaule alors qu'il réfléchissait à ma question. « Ce ne fut pas une chose en particulier, répondit-il en me regardant. Je ne saurais même pas si je serais capable de nommer un moment en particulier si je le devais. Je ne pense pas que cela se passe ainsi de toute façon. Je ne pense pas qu'on est censé être capable de regarder en arrière et de définir exactement le moment et le lieu où… » Il se tut tout en secouant de nouveau la tête de manière assez désorientée.
« Où quoi ? » demandai-je en osant à peine respirer.
Carlisle croisa de nouveau mon regard. Cette fois, il ne détourna pas les yeux. « Quand il te vient à l'esprit qu'une personne s'est frayée un chemin dans ton cœur »
J'avais l'impression de fondre. Il me fallut un moment avant que je ne puisse parler. « Comme c'est impoli. Elle aurait dû s'annoncer cette personne », murmurai-je. Ma voix était essoufflée. « Pour que tu ne sois pas pris au dépourvu comme ça »
Un autre sourire courba ses lèvres. « Mais elle ne s'est pas annoncée. Je me demande pourquoi »
J'arrachai mes yeux des siens, soudain gênée. « Comme je te l'ai dit, commençai-je en haussant les épaules. Parfois tu es une personne très difficile à lire. Pas tout le temps. Mais parfois » Je levai à nouveau mon regard pour rencontrer le sien. « Et… quelque chose me retenait toujours – je ne sais pas quoi exactement. Et parfois, j'avais également le sentiment que quelque chose te retenait »
Il y eut une expression pensive sur son visage alors qu'il réfléchissait à mes paroles. « Je n'ai jamais eu l'intention de paraître distant, émit-il songeusement. Mais il y a eu des moments où je… où j'ai senti que je devais essayer de garder mes distances », admit-il.
J'ai hoché la tête en me souvenant de cet instant il y a plusieurs semaines où je ne l'avais pas vu pendant plusieurs jours. Déjà alors, j'avais senti qu'il se passait quelque chose avec lui, quelque chose que je n'avais que seulement deviné.
« Il s'est passé tellement de choses ces dernières semaines, poursuivit-il doucement en attirant mon attention sur lui. Et je savais que tu avais beaucoup de choses en tête. Il semblait y avoir assez de confusion dans ta vie telle qu'elle était. Je ne voulais pas ajouter à ce fardeau.
– En… me disant ce que tu ressentais ? »
Il y avait une lueur tendre dans les yeux de Carlisle. « Plus d'une fois j'ai pensé que je devais garder mes sentiments pour moi. Plus d'une fois, j'ai pris la décision de ne pas y donner suite. Et plus d'une fois, j'ai changé d'avis à propos de cette décision. A propos de te faire savoir ce que j'avais commencé à ressentir pour toi.
– Mais tu ne me l'as jamais fait savoir, lui fis-je remarquer. Pas avant aujourd'hui je veux dire. Qu'est-ce qui a changé ? »
Une expression réservée apparut sur son visage. Il effleura ma pommette du bout des doigts, presque comme s'il était dans une profonde réflexion.
J'ai commencé à avoir le sentiment qu'il y avait bien plus que ce qu'il était prêt à me dire. La pensée qui me vint ensuite me dérangea un peu, j'aurais préféré la tenir écartée encore un peu. Mais je ne pus m'empêcher de me demander si Edward avait quelque chose à voir avec son hésitation. J'ai fouillé le visage de Carlisle ; il y avait toujours cette teinte riche et sombre dans ses yeux. Cela fit picoter mon échine.
« Eh bien, dis-je doucement en posant mes paumes sur ses épaules. Tout ce qui t'a fait changer d'avis au sujet de ne rien me dire m'importe peu car je suis contente que cela soit arrivé »
Les yeux de Carlisle devinrent très doux. « Tu l'es ? »
J'ai hoché la tête tandis que mes mains glissaient de ses épaules vers sa poitrine. « Oui »
Un sourire tirait à nouveau un coin de ses lèvres. Le bout de ses doigts frais traça la ligne de ma mâchoire tout en planant au-dessus de l'endroit où mon cœur battait encore sauvagement ; il ne semblait pas prêt à se calmer. J'avais le sentiment qu'à bien des égards, mon cœur ne serait plus jamais le même. Son rythme avait changé irrévocablement.
« Heureuse à quel point ? » demanda-t-il doucement.
Je pinçai les lèvres dans une réflexion simulée ça le fit rire. Puis je me levai sur la pointe des pieds pour enrouler mes mains autour de son cou et emmêler mes doigts dans ses cheveux dorés. Quand mes lèvres touchèrent les siennes, les flammes grimpèrent de nouveau. Elles battaient contre ma peau comme un raz-de-marée s'écrasant contre les rochers.
Et puis je fus de nouveau à la dérive tout en ne contrôlant plus où j'allais et à quelle vitesse. Mais en tout cas, j'étais toujours éveillée. Très consciente. Peut-être pas de mon environnement, mais d'autres choses. Comme des mains de Carlisle alors qu'elles se posaient sur ma taille. Ou de ses lèvres car elles effleuraient doucement les miennes. Ou de la façon dont son corps parut trembler lorsque j'y laissai traîner mes mains de son cou sur ses larges épaules et le haut de sa poitrine.
Ce baiser fut différent du premier que nous avions partagé auparavant. Il était plus lent cette fois, plus circonspect, plus approfondi. Néanmoins, celui-ci me coupa également le souffle et me déséquilibra. Quand nous nous séparâmes enfin, une fois de plus je sentis que je devais rester immobile pendant un moment. Qu'est-ce qui m'a fait perdre le souffle ?
Quand je sentis que je pus de nouveau former des mots, je demandai dans un murmure : « Est-ce que cela a répondu à ta question ? »
Les yeux de Carlisle étaient légèrement voilés. Sa voix était plus profonde que je ne l'avais jamais entendue ce qui me noua l'estomac d'une très agréable manière. « Je le crois »
Sa réponse me fit rire doucement. Je pris du recul par rapport à sa grande taille même si tout mon corps sembla faire de la résistance, et j'ai légèrement tendu le bras. « Sortons d'ici, lui dis-je. Nous avons beaucoup à dire »
Il n'eut aucune protestation.
Cette nuit-là, Carlisle et moi avons parlé longtemps et tard. Les heures semblèrent s'écouler comme des secondes ; il y avait tellement de choses à dire, tant à dire. Cela semblait presque bizarre puisque nous nous étions vus presque quotidiennement au cours des derniers mois, et donc on aurait pu penser que nous n'aurions plus de choses à discuter maintenant. Mais non – ce soir-là, nous étions comme deux vielles connaissances qui ne s'étaient pas vues depuis des années. C'était comme si tous ces mots que nous n'avions pas pu nous dire auparavant éclataient soudainement à la surface. Nous n'étions pas conscients de l'obscurité qui s'abattait à l'extérieur, de la neige qui tombait contre la fenêtre… Il semblait que nous n'étions conscients que de l'un et l'autre, et le reste du monde à l'extérieur de chez moi s'était tout simplement effacé.
Mais à l'intérieur… il n'y avait que nous, et nos mots ainsi que les courts silences entre eux.
Et puis, il y a eu les baisers. Des baisers lents, doux et à couper le souffle. Ils firent glisser le reste du monde encore plus loin. Ils firent couler mon sang plus vite, plus brûlant et tous mes sens se sont aiguisés. C'était comme si toutes mes terminaisons nerveuses étaient soudainement en train d'étinceler et qu'elles prenaient vie une à une.
Le salon était sombre ; il n'y avait que la petite lampe de table pour jeter une lueur chaude dans la pièce. J'étais recroquevillée sur le canapé à côté de Carlisle, et je ne pus m'empêcher de profiter de la facilité instantanée qui avaient paru être tout de suite là entre nous. Il n'y avait aucune gêne, aucun silence inconfortable. C'était peut-être parce que nous étions déjà si familiers et si à l'aise entre nous depuis le début, mais j'avais l'impression qu'il y avait quelque chose de plus.
Dehors, la neige tombait en gros flocons ; je les vis frapper la fenêtre de temps à autre. Dans quelques jours nous serons en mars, et j'avais toujours considéré ce mois comme un mois de printemps. Maintenant, je devais remettre cette croyance en cause et je pensais distraitement qu'il y avait du vrai dans ce que m'avait dit Renée quelques jours plus tôt ; Buffalo n'était pas un endroit facile à vivre si on détestait la neige et le froid. Heureusement, ce n'était plus mon cas. C'était étrange de voir comment les années qui passaient, changeaient les gens même dans de simples sujets comme celui-ci.
Le bras froid de Carlisle se resserra légèrement autour de mes épaules. « Qu'est-ce qui préoccupe ton esprit ? » demanda-t-il doucement en se demandant apparemment pourquoi j'étais devenue silencieuse.
Je lui fis un sourire rapide. « Je pense juste aux gens et à la façon dont le temps les change parfois. Ou les gens changent-ils vraiment ? Dans le fond, je veux dire »
Une expression pensive apparut sur son visage. « Je suppose que cela dépend. Certaines personnes restent les mêmes tout au long de leur vie. Cela ne signifie pas qu'elles ne sont pas capables d'évoluer cependant. Je crois que quelqu'un a dit une fois que même si on reste essentiellement les mêmes, on peut toujours devenir une meilleure version de soi-même » Il haussa les épaules en réfléchissant toujours à me question. « Je suppose que les humains ont un avantage à ce sujet. Ce n'est pas toujours aussi simple avec les vampires.
– Que veux-tu dire ? demandai-je tout en me déplaçant et en ramenant mes jambes sous moi. Les vampires ne sont pas capables de changer ?
– Pas de la même manière que les humains. Les changements sont plus… difficiles pour nous. Ils prennent plus de temps. C'est en partie parce que notre mémoire est infaillible comme je te l'ai déjà dit. Mais c'est aussi parce que la personnalité d'un vampire est pétrifiée en permanence. Immuable. Seules très peu de choses peuvent avoir un effet permanent sur notre psychisme.
– Comme quoi ? »
Carlisle soutint mon regard puis tendit la main pour caresser du doigt toute la longueur de ma lèvre inférieure. « De forts états émotionnels par exemple. Comme… tomber amoureux »
Je ne savais si c'était ce qu'il avait dit et la façon dont il l'avait dit, ou la manière dont il me regardait, ou encore la sensation de son toucher frais sur ma peau – ou peut-être que c'était toutes ces choses combinées – mais je sentis mon corps devenir mou à ses propos comme si tous mes os avaient fondu. Cependant dans le même temps, j'avais l'impression d'être comme une corde tendue, frémissante et tremblante au moindre contact. Ce qui était un doux conflit de sensations.
« Eh bien, dis-je doucement en cherchant un ton léger mais échouant misérablement il y avait un petit tremblement dans ma voix, les humains et les vampires semblent avoir quelque chose en commun alors »
Il y avait un petit sourire sur ses lèvres, mais ses yeux étaient soudainement solennels. Fervents. « Oh ? » demanda-t-il doucement.
J'ai hoché lentement la tête. « Cela a également tendance à avoir un certain impact sur nous, tu sais, continuai-je. Tomber amoureux, je veux dire. Je ne sais pas pour les vampires » Je lui lançai un coup d'œil espiègle. « Mais je pourrais même aller jusqu'à dire que certains ne se remettent jamais de ce sentiment. Il traverse ce chemin jusqu'à notre cœur et ne se déclare pas toujours. Et puis… »
Ses yeux souriaient ses lèvres aussi. Mais il y avait toujours cette solennité dans son regard, avec aussi un air de sérieux et de sincérité que je n'avais jamais ressenti auparavant. « Alors… quoi ? poussa-t-il en chuchotant.
– Et puis, on se rend soudain compte qu'il est venu pour durer ce sentiment, finis-je. Qu'il n'y a pas de retour en arrière possible »
Les doigts de Carlisle jouaient paresseusement avec une mèche de mes cheveux. « On dirait que… tu parles d'expérience.
– C'est parce que c'est le cas, répondis-je en parlant doucement. Et toi ? Tu ne connais pas ce sentiment ? »
Il toucha l'angle de ma mâchoire avec ses doigts. Ma peau me picotait et fourmillait à nouveau. Son toucher semblait avoir un lien direct avec chaque partie de mon corps.
« Je le connais, répondit-il doucement. Je connais très bien ce sentiment »
Ce fut alors silencieux. Il n'y avait pas besoin de plus de mots, pas besoin d'explications supplémentaires. Parce que nous savions tous les deux à quoi ressemblait ce sentiment. J'avais l'impression que mon cœur s'animait d'une émotion et d'une passion que je ne savais même pas être en moi. Jusqu'à cet instant, je n'avais pas complètement compris la force et la profondeur de mes sentiments. Cela me prit au dépourvu en le réalisant, et soudain, j'ai été submergée. Cependant, pas d'une manière surprenante et troublante.
Le bout des doigts de Carlisle traçait les contours de mon visage. Il y eut à nouveau un regard grave dans ses yeux comme s'il était plongé dans ses pensées. Comme si lui aussi venait de découvrir quelque chose de capital à son propos. Peut-être était-ce le cas.
Je fermai les yeux à son contact tout en appuyant ma tempe contre son épaule.
« Es-tu fatiguée ? » demanda-t-il dans un murmure.
J'ai secoué la tête.
Je sentis son menton se presser contre le haut de ma tête. « Je devrais prendre congé », l'entendis-je suggérer sans enthousiasme. Je ne sus comment il avait réussi à avoir l'air à la fois prévenant et réticent.
« Quelle est la hâte ? » demandai-je en chuchotant. Je levai la tête de son épaule et ouvris les yeux.
« Il se fait tard.
– Il n'est pas si tard », affirmai-je en refusant de lâcher prise alors que je le sentais commencer à reculer.
Il en rit. « Il est presque minuit.
– Et alors ?
– Tu devrais dormir. Je te garde éveillée.
– Tu vas me garder éveillée de toute façon. Peu importe que tu sois là ou non »
Il gloussa doucement de nouveau. « Tu me flattes Bella.
– Je n'ai pas besoin de te flatter. Je suis juste très honnête » Je me suis déplacée tout en me penchant pour lui appliquer un baiser sur la bouche – pourrais-je m'habituer à l'embrasser ? Probablement pas.
Il fredonna doucement contre mes lèvres – le son fut si intriguant que j'aurais fait pratiquement n'importe quoi pour l'entendre à nouveau. Encore. Et encore.
Son nez effleura le mien alors qu'il s'éloignait. Un souffle frais et vacillant effleura ma peau. « Je devrais vraiment y aller et te laisser te reposer, dit-il doucement.
– Quoi, ta garde est terminée ? demandai-je de manière taquine. Est-ce au tour d'Alice de prendre soin de moi ? Ou de Jasper ? »
Il secoua la tête en souriant. Il savait que je n'étais pas sérieuse, mais il répondit tout de même. « En fait, Alice est censée veiller sur toi demain. Ou plutôt aujourd'hui, se corrigea-t-il après avoir regardé l'horloge. Elle est censée arriver avant ton départ pour la librairie.
– Je ne peux pas attendre », dis-je sarcastique tout en roulant des yeux. Je ne pouvais qu'imaginer ce qu'elle me dirait dès qu'elle m'aura vue le matin. Je savais que même maintenant, où qu'elle soit, elle devait avoir un air béat ainsi qu'un sourire entendu sur son visage.
Carlisle rit doucement. « Elle était en fait censée te tenir compagnie ce soir, mais elle a insisté pour que je le fasse à la place. Elle était assez catégorique à ce sujet, et cela m'avait dérouté. Mais maintenant, je sais pourquoi elle insistait tant.
– Cette petite chose sournoise.
– C'est une plainte ? demanda-t-il en fronçant les sourcils d'une manière taquine.
– Aucun reproche de ma part, assurai-je en levant les paumes dans un geste de paix. Je me demande simplement depuis combien de temps elle sait ce qui va se passer entre nous »
Carlisle secoua la tête. « Je suis aussi mal informé que toi.
– Elle aurait dû nous le dire. Pense à tout ce temps que nous avons perdu » Je jouai distraitement avec le col de sa chemise.
« Tu as peut-être raison, convint-il. Mais si j'ai appris quelque chose sur Alice au fil des décennies, c'est que si elle décide de garder le silence sur quelque chose, il y a généralement une très bonne raison à ça.
– Hum » J'ai réfléchi à ses mots pendant un moment avant d'hausser mentalement des épaules. Puis j'ai passé mes doigts le long de sa mâchoire. Sa peau fraîche était lisse sous le bout de mes doigts, à la fois douce et ferme. Ce qui était une étrange contradiction.
Quand mes doigts ont traîné de sa mâchoire pour tracer la forme de ses lèvres, il trembla. Cela me fit énormément plaisir de recevoir une telle réaction de sa part.
« Je devrais vraiment y aller, dit-il encore mais fermant les yeux alors que mes doigts continuaient leur danse sur sa peau.
– Redis-le quand tu le penseras » Je ne pouvais pas m'en empêcher – la tentation de le taquiner était trop grande.
La bouche de Carlisle était légèrement tremblante sur le début d'un rire. « C'est trop demander j'en ai peur » Il attrapa doucement ma main et la retira de sa peau, arrêtant efficacement ma caresse. Il déposa un doux baiser sur mes jointures avant de se lever du canapé.
« Je serais juste dehors », assura-t-il. Cela me fit me demander s'il me connaissait mieux que je ne le pensais. C'est comme s'il savait que s'il restait dans le salon, je ne pourrais pas résister à l'envie de me faufiler ici pendant la nuit.
« Reste, suppliai-je en me tenant à sa main. Il fait froid dehors »
Il a souri. « Tu sais très bien que ça ne me dérange pas.
– Mais tu es tout seul là-bas, essayai-je de le convaincre. Est-ce que ça ne te dérange pas ? La solitude ? »
Carlisle souriait toujours. « C'est un tourment, admit-il. Mais je te verrai dans quelques heures, et ça devra être suffisant pour moi. Tu dois dormir. Et en plus, ajouta-t-il en se penchant pour déposer un baiser sur le coin de ma bouche, si je passe trop de temps ici, tu pourrais te lasser de moi.
– Cela ne pourrait jamais arriver »
Mes paroles semblèrent lui plaire. Il tendit la main pour prendre son manteau qui pendait sur le dossier d'une chaise. Je savais que je me comportais comme un être pathétique et ruiné par l'amour, mais je ne pus m'empêcher de me lever et d'aller vers lui. Mais je ne l'embrassai pas. Je ne fis qu'encadrer son visage avec mes mains, me levant sur la pointe des pieds pour frôler légèrement sa mâchoire de mes lèvres.
Mes actions eurent l'effet souhaité. Je l'entendis inspirer profondément, comme s'il absorbait mon odeur et je me suis posée des questions à ce sujet. L'odeur de mon sang avait-elle un effet sur lui ? Je savais que la retenue de Carlisle était incomparable, et je me souvins qu'il m'avait dit une fois qu'il ne remarquait plus qu'à peine l'odeur du sang humain. La plupart du temps, il était si facile d'oublier sa vraie nature. Je savais que ce n'était pas très juste, mais j'avais pensé une fois que pour une quelconque raison, Carlisle ressemblait davantage à un humain que le reste des Cullen. En fait, il était parfois trop facile d'oublier qu'il n'était pas un humain. Non pas que c'était différent avec les autres aussi, mais parfois il y avait des grognements ou des sifflements occasionnels qui me rappelaient cette partie plus prédatrice qui résidait en chacun d'eux. Cela me fit me rappeler du grognement de Jasper quand je m'étais coupée le doigt le soir de mon dix-huitième anniversaire ; cela me fit me souvenir de l'accroupissement protecteur d'Edward devant moi ; cela me fit me rappeler de la voix calme et autoritaire de Carlisle, comment il avait été le seul à rester calme dans cette situation. Laisse-moi passer, Edward.
Edward. J'ai fermé les yeux tout en sentant quelque chose de lourd s'installer dans le creux de mon estomac.
Carlisle traçait des cercles oisifs sur mes bras, mais s'arrêta à présent.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il en sentant évidemment le changement de mon humeur qui était légère une minute seulement auparavant.
Je soupirai en m'éloignant de lui. « Je pensais juste à Edward » J'ai regardé vers le haut pour voir sa réaction. Une expression songeuse est venue sur son visage. « Il va nous écorcher vifs quand il le découvrira, pas vrai ? »
Carlisle poussa un soupir. « J'imagine que l'acceptation de cette situation ne sera pas facile pour lui » Il me regarda. « Mais tu dois savoir qu'il n'est pas exactement mal informé de mes sentiments pour toi. Edward et moi… nous n'avons aucun secret l'un pour l'autre. Même s'il ne pouvait pas lire dans mes pensées, c'est quelque chose que je n'aurais jamais pu imaginer garder de lui »
Alors… il le savait déjà. Je n'étais pas vraiment surprise. « C'est la raison pour laquelle il est parti, non ? demandai-je en réalisant soudain que peut-être à un certain point j'avais toujours su la raison de son départ soudain. Lorsqu'il est venu me voir vendredi dernier, il a dit quelque chose à propos de lui voulant que je sois heureuse – et qu'il essayait de le garantir en partant.
– Vraiment ? demanda Carlisle en fronçant soudainement les sourcils. Est-ce qu'il a dit autre chose ? Si ça ne te dérange pas que je demande »
Sa question me fit me demander si Edward était parti sans en parler à Carlisle. « Pas grand-chose d'autre. J'ai demandé s'il était venu dire adieu, et… il a dit que ce n'était pas un adieu si je ne voulais pas que ce soit le cas. Maintenant quand j'y pense, j'aurais dû essayer de faire plus attention à lui et d'essayer de le faire s'ouvrir, mais… j'étais tellement nerveuse à propos de la visite de ma mère. C'était tout ce à quoi je pouvais penser à ce moment-là » Je me suis tue un instant. « Peut-être que c'est la raison pour laquelle il a choisi ce moment pour venir me voir. Peut-être savait-il que je n'étais pas d'humeur à l'interroger plus que je ne l'aurais fait en temps normal.
– Il t'a dit où il allait ?
– Il n'était pas certain. Il a mentionné l'Alaska, tout comme Alice quand je lui ai posé la question » J'ai étudié l'expression de Carlisle ; il y avait de l'inquiétude dans ses yeux, et quelque chose comme un profond regret désespéré. Je pris sa main dans la mienne ce qui le fit me regarder.
« Vous êtes-vous disputé à cause de moi ? » demandai-je car incapable de trouver une autre raison à l'expression de son visage.
Il poussa un soupir. « Ce n'était pas une dispute en soi.
– Alors quoi ? demandai-je. Est-ce qu'Edward t'en veut parce qu'il sait ce que tu ressens pour moi ? »
Carlisle déplia son manteau, le mettant tranquillement pendant qu'il cherchait ses mots. « Je connais Edward depuis très longtemps. Nous avons toujours réussi à nous respecter malgré nos divergences et désaccords occasionnels. Nos chemins ont divergé dans le passé, mais ils sont toujours revenus se croiser tôt ou tard. Pour répondre à ta question… je sais qu'Edward ne veut pas m'en vouloir. J'en suis certain.
– Je n'aime pas ça, murmurai-je en secouant la tête. Je n'ai jamais voulu provoquer cette rupture entre vous deux »
Carlisle posa doucement ses doigts sous mon menton et me fit lever les yeux vers lui. « Es-tu en train de dire que tu regrettes ce qui s'est passé entre toi et moi ?
– Non, assurai-je. Je ne pourrais jamais le regretter. Mais je regrette le fait que toi et Edward soyez en mauvais termes à cause de ça. Je sais ce qu'il représente pour toi – et combien tu comptes pour lui »
La voix de Carlisle fut douce. « Il faudra du temps à Edward pour accepter tout ça. Nous ne pouvons qu'espérer qu'il finira par revenir » Soudain, il parut pensif. « Comme je te l'ai dit il y a un instant, les changements ne sont pas toujours faciles pour les vampires. Je ne dirais pas que nous sommes aussi gelés mentalement que physiquement, mais… »
J'ai hoché la tête. « Tu as dit que seuls des états émotionnels forts peuvent avoir un impact sur ton espèce. Comme tomber amoureux »
Il prit mes mains dans les siennes, semblant plongé dans ses pensées. « Oui. Tomber amoureux… et perdre cet amour » Il me lança un regard pénétrant, mais son regard se fixa ensuite quelque part par-dessus mon épaule alors qu'il cherchait ses mots. « Pour être précis, tout type d'amour qu'il soit romantique ou amical, peut avoir un grand effet sur un vampire. Les plus grands covens sont rarement fondés sur ces choses comme tu le sais. En ce sens, nous et les Denali sommes une rare exception à cette règle. Nous avons pu former des liens familiaux parce que notre existence n'est pas basée sur la compétition pour le sang humain. C'est très différent quand il s'agit d'autres vampires. Un coven n'a même pas besoin d'être très grand pour devenir instable et avoir une violence interne constante. La force concurrentielle pour le sang humain est si forte. Seule une profonde et significative relation ou lien entre compagnons peut être assez fort pour y survivre »
J'ai hoché la tête tout en réfléchissant à ses propos. « Quand tu dis que l'amour est l'une de ces choses qui peuvent avoir un grand effet sur un vampire, veux-tu dire par exemple que tomber amoureux est un état permanent ? Veux-tu dire que les sentiments d'Edward pour moi restent immuables pour le reste de son existence ? » Or dès la question posée, mes pensées se tournèrent vers Esmée et comment les choses avaient semblé se passer entre elle et Carlisle. Ou avaient-elles évolué ainsi parce qu'Esmée avait trouvé son compagnon ?
Carlisle resta silencieux pendant une minute. « Quand Edward t'a rencontré il y a toutes ces années à Forks… tu l'as changé irrévocablement. Il n'y a aucune raison de le nier. L'amour a toujours un impact profond sur un vampire, quelle que soit la situation, expliqua-t-il. Et être amoureux peut être un état permanent pour certains – il suffit de regarder Rosalie et Emmett pour le confirmer – il peut parfois se transformer en autre chose. Comme de l'amitié, ou une autre forme d'affection » Il fit une pause. « Mais cela dépend beaucoup de la situation – et du vampire. Quant à Edward… comme je l'ai dit, ce sera difficile pour lui. Tu comptes beaucoup pour lui Bella. Cela a toujours été le cas. Ce genre d'affection ne disparaît pas comme ça. Je ne pense pas que c'est censé l'être » Une étrange expression apparut sur son visage. Encore une fois, c'était quelque chose comme du regret ou du chagrin pour une chose qu'il ne pouvait plus changer.
« Tu te sens coupable, dis-je doucement. Tu regrettes le fait que tes sentiments pour moi aient causé ce conflit entre toi et lui »
Carlisle se tourna pour regarder dans ma direction. « Je ne pourrais jamais regretter de ressentir ce que je ressens pour toi, assura-t-il. Mais je souhaite seulement… » Un soupir ténu quitta ses lèvres.
« Tu souhaites seulement qu'Edward ne soit pas celui qui souffre à cause de tout ça », finis-je pour lui. Je repris sa main dans la mienne. « Je comprends cela. Je ressens la même chose »
Nous restâmes silencieux pendant un moment, et nous regardâmes juste la neige battre contre la fenêtre. « Qu'a-t-il dit ? demandai-je soudain pressée de savoir. Quand il a découvert tes sentiments pour moi ? »
Carlisle soupira de nouveau. « Il n'avait pas grand-chose à en dire pour être honnête »
Je l'ai observé ; il avait toujours une expression songeuse sur le visage.
« Quand est-ce arrivé ? demandai-je. Depuis quand est-il au courant ? »
Les yeux de Carlisle se focalisèrent à nouveau et il rencontra mon regard. « Depuis le matin du mariage d'Esmée et de Miguel »
J'ai hoché la tête, la réalisation me frappant. Je me souvenais de ce matin froid avec une clarté parfaite comment Edward était arrivé plus tôt que prévu pour le mariage, comment il avait cherché Carlisle parce qu'il avait voulu son avis sur quelque chose… comment je les avais vu parler dans l'allée d'arbres menant à chez moi…
« Je n'ai même pas essayé de lui cacher mes pensées quand il est venu me voir ce matin-là, admit doucement Carlisle. J'ai été tenté au début mais… pour une quelconque raison, j'avais l'impression que je le lui devais. Que lui cacher ces choses aurait été irrespectueux puisque je savais ce qu'il ressentait pour toi » Il tendit la main pour toucher ma joue. « Je ne me suis jamais senti aussi déchiré qu'à cet instant… parce qu'en même temps, je pensais que c'était toi qui aurais dû être la première à le savoir.
– Je le sais maintenant, lui dis-je doucement. C'est ce qui compte. Et en plus, ce n'est pas comme si cela avait été une option de garder Edward dans le noir. Il a sa façon de découvrir les choses comme tu le sais » Je le regardai de près en notant au passage que son expression songeuse était revenue sur son visage. « Il était très contrarié ? Quand il l'a découvert ?
– Je sais qu'il voulait… comprendre, répondit finalement Carlisle après être resté silencieux pendant un moment. Et je sais que même maintenant, où qu'il soit, il fait de son mieux pour prendre du recul afin de voir la situation dans son ensemble.
– Je pense qu'il essaie vraiment, concordai-je. C'est pourquoi il est parti après tout. Peut-être savait-il que s'il était resté, il aurait fini par dire quelque chose qui ne pourrait être repris. Peut-être qu'il était sincère quand il a dit qu'il devait partir pour assurer mon bonheur » Je regardai Carlisle. « Et pour assurer ton bonheur aussi, même s'il ne te l'a pas dit en face »
Carlisle baissa les yeux au sol. « Peut-être » L'expression sur son visage me fit comprendre combien cela aurait signifié pour lui si Edward était allé le voir également avant son départ.
« Penses-tu… que ça aurait été pire si quelque chose s'était déjà passé entre toi et moi avant que tu n'aies eu le chance de lui en parler ? » demandai-je.
Un petit froncement de sourcils plissa son front. « C'est possible.
– C'est pour ça que tu restais si prudent autour de moi, devinai-je. Tu voulais clarifier les choses avec Edward avant… »
Carlisle secoua la tête d'une manière pensive et je me tus. « Je n'essayais pas intentionnellement de rester loin de toi juste parce que je n'avais pas l'approbation d'Edward, émit-il doucement et songeusement. Je voulais bien sûr qu'il sache ce que je commençais à ressentir pour toi. J'avais le sentiment que l'en empêcher lui aurait causé du tort… mais il y avait plus que cela. Comme je te l'ai dit ce soir, il m'a fallu un moment pour comprendre ce que je ressentais pour toi. Et souviens-toi que je ne savais même pas si tu ressentais la même chose. Comment aurais-je pu m'aventurer à deviner tes sentiments alors que j'avais du mal à appréhender les miens. Mais après avoir réalisé ce que je ressentais… il m'a fallu du temps pour les traiter, pour les accepter. Et même après, j'ai hésité.
– Pourquoi ?
– Parce que la dernière chose que je voulais, c'était de te mettre mal à l'aise. Notre amitié était une chose que j'appréciais plus que de prendre le risque de la perdre. Tu étais mon amie, et j'avais décidé que ça devait être suffisant.
– Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis alors ? demandai-je en me rappelant que j'avais demandé quelque chose de similaire à la librairie, mais j'avais eu l'impression qu'il n'était pas prêt à me donner une réponse. Qu'est-ce qui t'a fait prendre le risque et décidé de découvrir mes sentiments ? »
Une expression voilée apparut sur le visage de Carlisle, et il hésita avant de parler. « Il y avait quelque chose qu'Edward a dit il y a quelques jours. Je ne pense pas qu'il essayait exactement de dire qu'il était prêt à donner son approbation, mais… après le mariage d'Esmée et Miguel, il a dit quelque chose au sujet des regrets. Il a dit à quel point c'était difficile de regretter une décision qui avait été prise mais… combien il était parfois pire de regretter une décision qui n'a jamais été prise »
Je me mordis la lèvre en réfléchissant. « On dirait qu'il parle d'expérience.
– Peut-être est-ce le cas » Carlisle resta silencieux pendant un moment, puis il me lança un regard quelque peu penaud. Cela attira mon attention.
« Quoi ? » demandai-je.
Il hésita. « Tu m'as demandé ce qui a changé – ce qui m'a fait prendre le risque de découvrir tes sentiments. Les propos d'Edward ne furent pas les seules choses qui m'ont fait changer d'avis sur le sujet. Quelque chose d'autre s'est produit le weekend dernier et qui a eu un impact bien plus important.
– Oh ?
– Lorsque ta mère t'a rendu visite, Alice et moi avons veillé sur toi à tour de rôle », commença-t-il. Soudain je sus ce qui allait arriver. « Nous avons fait de notre mieux pour te donner de l'intimité et rester à une distance raisonnable pour en même temps, voir si quelque chose d'inattendu se produisait. Je venais d'arriver pour libérer Alice de son tour – elle était censée partir pour un voyage de chasse avec Tanya et Kate – et un moment après son départ, tu as commencé à rentrer chez toi de la librairie avec ta mère. Et… » Il chercha ses mots.
« Oh, allez. Dis-moi. As-tu quelqu'un ? »
« Tu as entendu ce dont nous avons discuté », finis-je pour lui.
« Je connais ce regard ! Isabella Marie, dis-moi qui c'est ! »
Il avait l'air désolé. « En partie, admit-il. Je suis parti un moment pour vous donner de l'intimité et j'ai gardé une certaine distance. Mais quand je suis revenu, vous étiez toujours sur le même sujet »
« Ce n'est pas ce que tu penses. C'est un… ami.
– D'accord. L'amitié est une bonne chose »
J'eus un rire gêné tout en rougissant légèrement. « Eh bien, ma mère ne m'a pas laissée me défiler aussi facilement. Elle est assez têtue »
Carlisle me fit un sourire d'excuse. « S'il te plait, sache que ce n'était pas mon intention de m'immiscer. Je suis désolé »
J'ai secoué la tête. « Je le sais. Ne t'en fait pas pour ça »
« Bella si j'ai appris quelque chose de la vie, c'est que prendre un risque n'est pas toujours suivi de misère et de chagrin. Parfois il faut faire un choix difficile malgré les conséquences. Et parfois faire ce choix et prendre ce risque est la seule façon de continuer. La seule façon d'avancer. La seule façon de savoir ce qui nous convient. Souviens-toi de ça »
Les mots que Renée avait prononcé quelques jours plus tôt, m'étaient revenus. Pour la première fois depuis des heures, je sentis un coup de chagrin transpercer mon nuage de bonheur qui flottait autour de moi ces dernières heures. Les mots de Renée paraissaient doux-amers à cet instant. Ils semblaient aussi avoir une toute nouvelle signification maintenant.
Il y eut une touche douce et fraîche sur mon menton. J'ai levé les yeux pour voir Carlisle me regarder de près.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il.
Je secouai la tête en commençant à expliquer d'une voix étouffée. « Je pensais juste à quelque chose que ma mère m'a dit le weekend dernier. Elle a dit quelque chose à propos de la prise de risques et de choix difficiles malgré les conséquences. Cela ressemble un peu à ce qu'Edward t'a dit à propos des regrets. Que c'est parfois pire de regretter une décision qui n'a jamais été prise » Je m'arrêtai, rencontrant le regard de Carlisle. « Ma mère m'a pratiquement dit de prendre le risque, même si cela signifiait que notre amitié pourrait ne plus jamais être la même, poursuivis-je. Apparemment, elle pensait qu'il serait stupide de ne rien faire du tout. Elle a toujours été plus courageuse et casse-cou que moi quand il s'agissait de ces questions. Mais d'un autre côté, elle m'a aussi rappelé que tous les risques ne sont pas toujours suivis de peine et de chagrin. J'imagine qu'elle en sait plus que moi sur le sujet.
– Ta mère est très sage », dit calmement Carlisle. Il dessinait à nouveau des motifs invisibles sur mes bras avec ses pouces. « Est-ce que ça valait le coup alors ? demanda-t-il avec un doux sourire jouant sur ses lèvres. De prendre ce risque ? »
Je m'approchai de lui jusqu'à être pratiquement dans son étreinte. « Dois-tu même le demander ? »
Il sourit en réponse. « Je me demande ce qu'elle dirait cependant, si elle savait quel genre de compagnie tu entretiens vraiment. Et n'oublions pas non plus la différence d'âge » Sa voix était légère, et il y avait un sourire sur ses lèvres, mais je pouvais voir qu'il y avait une réelle hésitation derrière ce sourire.
« Elle ne se soucie pas beaucoup des différences d'âge. Elle-même a en fait plusieurs années de plus que Phil. Je ne dis pas que c'est la même chose que moi qui soit trois cents ans plus jeune que toi, mais… » Je lui ai donné un sourire enjoué, mais il s'estompa rapidement lorsque je repensais à Renée. « Tu sais, elle serait tellement tolérante à ce sujet. Je le sais. Elle se moquerait de savoir combien tu es plus âgé ou plus jeune – et le fait que toi et moi soyons d'espèces différentes seraient probablement le plus excitant pour elle, plaisantai-je tout en roulant des yeux et recevant un petit rire de Carlisle. Elle voudrait juste que je sois heureuse. Ça me brise le cœur de n'être jamais en mesure de lui en parler. De parler de toi »
Carlisle tendit la main pour caresser ma joue. « Je sais, murmura-t-il. J'aurais aimé que tout soit différent »
J'ai secoué la tête. « Je ne le veux pas. Je ne changerai pas tout. Je te garderais tout pareil »
Il sourit en me donnant un rire doux et surpris. « Est-ce vrai ? » Il me tapota le menton de son doigt ; il y avait quelque chose de très attachant dans le geste. Il y avait encore une lueur d'hésitation dans ses yeux. « Je suppose que ça ne te dérange pas alors ? La différence d'âge, entre autres ?
– Je trouve chaque aspect de toi au-delà de l'intrigant, Carlisle, lui assurai-je. Et en plus… on m'a toujours dit que je suis une vieille âme. Donc, ça uniforme les choses pas vrai ? Et on m'a aussi déjà dit que je ne comprends pas les gens. Ainsi que les substances des êtres. Par conséquent, nous sommes une bonne association. N'es-tu pas d'accord ? »
Un sourire avait fait lentement son chemin jusqu'aux lèvres de Carlisle tandis que je parlais, et maintenant ses mains encadraient mon visage. Ma peau commença à picoter sous son toucher froid. « Si je le suis », accorda-t-il. Il y avait de l'amusement dans ses yeux alors qu'il disait cela, mais aussi quelque chose de profond et sérieux.
Mon corps tout entier sembla savoir ce qui allait arriver. Mon cœur recommença à s'échapper hors de ma cage thoracique. Le sang dans mes veines courait dans mon corps, presque comme si son toucher avait le pouvoir de le faire s'écouler plus vite. Mes yeux se fermèrent de nouveau de leur propre gré, presque comme si une connexion visuelle avec le reste du monde n'était pas nécessaire.
Et ce fut le cas lorsque ses lèvres rencontrèrent les miennes. Très peu de choses semblaient nécessaire à chaque fois qu'il m'embrassait. La vue en faisait partie. Le besoin de respirer en était une autre. Le sens de l'équilibre était quelque chose que je n'avais pas de toute façon, donc le perdre lorsque ses lèvres me touchaient n'étaient pas une grande perte. Maintenant quand j'y pensais, je pouvais aussi vivre sans entendre…
Laisse-moi juste te toucher et tout ira bien.
Les pouces de Carlisle retraçaient mes pommettes tandis que ses lèvres caressaient les miennes. J'avais remarqué qu'il faisait ça chaque fois qu'il m'embrassait tout en encadrant les côtés de mon visage de ses mains avec un toucher léger et doux, comme si j'étais faite en un matériaux fragile. Ses baisers étaient similaires également tendres, doux, sans hâte. Et chaque fois que le baiser approchait du bord de quelque chose de plus profond, de plus ardent, il s'éloignait toujours avant de glisser de ce bord. Et cela me rappela qu'il venait d'une époque différente après tout.
Il s'éloigna cette fois aussi, et ses manières de gentleman me frustrèrent et me satisfirent à la fois. Alors qu'il appuyait son front contre le mien, sa respiration fut d'une lenteur forcée comme s'il avait du mal à la maintenir de manière uniforme.
Je soupirai alors qu'il s'éloignait et touchait mon menton de son pouce. « Dors bien », dit-il. Puis il s'est dirigé vers la porte et s'est tourné vers moi une fois de plus. Ses lèvres se relevèrent en un sourire intime.
Alors que je le regardais disparaître par la porte dans la nuit, je fus certaine que le souvenir de son sourire serait suffisant pour me tenir éveillée pendant des heures.
Notes de l'auteur : Je me suis mis beaucoup de pression en écrivant la scène des baisers – j'imagine que lorsque la tension entre deux personnes s'est développée si longtemps et si lentement, rien de ce que j'écrivais ne me paraissait assez satisfaisant. Il n'aurait pas dû se passer autant de temps entre Bella et Carlisle avant qu'ils en arrivent là, mais certaines choses devaient d'abord arriver avant de pouvoir admettre ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre. J'ai toujours été fan des romances lentes, mais ce n'est pas la seule raison pour laquelle il a fallu si longtemps pour que l'histoire arrive à ce point. Je voulais que le reste des Cullen soit de retour avant que quoi que ce soit ne se produise entre Bella et Carlisle, et leur retour aurait dû se produire bien plus tôt dans l'histoire que ce qu'il s'est en fait passé. Il était également important pour Edward de faire une apparition et de repartir. Cela jouera un facteur important plus tard dans l'histoire, mais c'est tout ce que je vais révéler pour l'instant. Vous verrez :)
Certains d'entre vous (les commentateurs anglais – ndt) se sont interrogés sur le lien de compagnon dans l'histoire. Quand j'ai posté les premiers chapitres, j'ai mentionné alors que je voulais rendre le lien entre les compagnons plus significatif qu'il ne l'est dans l'univers canon de Twilight et je voulais en quelque sorte que cela ressemble à l'imprégnation des loups. Par conséquent, certains vampires de mon histoire sont compagnons et d'autres non. Je me souviens avoir lu une interview ou Stephenie Meyer mentionnait que l'amour entre certains couples de vampires, ou la force de leur amour plus probablement, varie (j'ai cherché cette interview un jour, mais je ne la trouve plus). Par exemple l'amour que Victoria ressentait pour James était différent de celui qu'elle ressentait pour Riley (si elle ne l'a jamais aimé s'entend), et la façon dont Irina et Laurent se sentaient l'un envers l'autre, était différente de ce qu'Alice et Jasper ressentaient l'un pour l'autre, etc. Je crois que cela prouve que tous les couples de vampires ne sont pas compagnons dans l'univers de Twilight. Autre exemple : je n'ai jamais compris pourquoi Laurent était considéré comme le compagnon d'Irina dans l'univers canon. Dans New Moon, il avait quitté les Denali (temporairement ou autre) et Bella avait noté que ses yeux étaient rouges au lieu de dorés, il avait manifestement abandonné le mode de vie végétarien qu'il avait essayé. Et ce n'est pas comme s'il avait « glissé » une ou deux fois, mais il avait en réalité admis qu'il trichait en ce qui concernait le mode de vie végétarien. S'il avait été le compagnon d'Irina et donc vraiment dévoué à elle, je ne pense pas qu'il aurait agi de cette façon.
Les informations concernant le lien de compagnon reviendront plus tard dans l'histoire d'une manière ou d'une autre (le chapitre suivant par exemple, traitera un peu de ce sujet) mais juste pour clarifier dans mon histoire, Esmée et Miguel sont compagnons, tout comme Eléazar et Carmen ainsi qu'Alice et Jasper. Rosalie et Emmett sont « juste » amoureux, tout comme Irina et Laurent. Mais comme cela a déjà été mentionné dans l'histoire, être « juste » amoureux ne signifie pas que les sentiments sont en quelque sorte plus faibles.
Avant d'oublier, voici des citations du livre New Moon : « Laisse-moi passer, Edward » et « Ses lèvres se relevèrent dans un sourire intime »
