Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.

Réponses aux reviews :

Lia : merci de ta review, et en effet il va se passer pas mal de choses entre eux maintenant. Leur histoire sera loin d'être simple et tranquille, mais avouons-le c'est mieux comme ça ! ;)

rougepivoine : qui est aussi noominaone, je te réponds ici même si les prochaines fois je le ferais via la messagerie privée. Je suis très flattée que ma traduction t'ai donné envie de relire des fanfictions et d'avoir récupéré ton compte :) - je suis également certaine que cela ferait plaisir à l'auteur que tu commentes ces chapitres parce qu'elle le mérite grandement, son histoire est au top ! XD C'est aussi super bien que tu essayes de les lire en anglais, tu verras c'est assez simple et l'anglais revient assez vite ! Concernant ta première review, non Carlisle ou Bella n'a pas fui devant leurs sentiments et tant mieux vu le temps qu'on a attendu ^^ - bon dimanche à toi et à ta famille, à jeudi !

et encore merci à Paupau15 d'avoir laissé un commentaire et comme elle se posait la question, pour l'instant je reste à deux publications par semaine le jeudi et le dimanche


« L'obscurité est généreuse, elle est patiente et gagne toujours.

Elle gagne toujours parce qu'elle est partout.

Elle est dans le bois qui brûle dans votre foyer et dans la bouilloire sur le feu

elle est sous votre chaise et sous votre table et sous les draps de votre lit.

Marchez au soleil de midi, et l'obscurité est avec vous, attachée à la plante de vos pieds.

La lumière la plus brillante projette l'ombre la plus sombre.

L'obscurité est généreuse et patiente, et elle gagne toujours –

mais au cœur de sa force réside sa faiblesse : une seule bougie suffit pour la retenir.

L'amour est plus qu'une bougie.

L'amour peut enflammer les étoiles »

- Matthew Stover, Revenge of the Sith -


Aux recoins de mon cœur

Je me réveillai lentement le lendemain matin, ayant l'impression d'avoir dormi trop longtemps ou pas assez. Compte tenu de ce qui m'avait tant occupé la nuit précédente, ce devait être la dernière hypothèse. Je gardai les yeux fermés encore un moment en me demandant quelle heure il était. Il devait être encore tôt, mon alarme n'avait pas encore sonné. Dans le fond de mon esprit cependant, il y avait le sentiment persistant que quelque chose m'avait sorti du sommeil. Puis je réalisai ce que c'était l'odeur du café fraîchement préparé.

Cela me fit me demander quand Alice était arrivée, et je souris intérieurement même si je n'étais même pas dans la même pièce qu'elle, je pouvais sentir cette impatience émaner d'elle.

Je sortis lentement du lit et attrapai une serviette du tiroir avant de me diriger vers la salle de bain. Je pris une douche rapide, puis me suis brossé les dents et séché les cheveux. Mon cœur battait d'une manière étrange et insistante, et le mélange grisant d'endorphines et d'adrénaline dans mon sang me faisait me sentir agitée. Le reflet du miroir me ressemblait et pourtant différait aussi. Mes yeux étaient brillants, mes joues étaient rouges… j'eus la pensée que ma peau pourrait ne pas reprendre sa couleur pâle avant un certain temps.

Je m'habillai rapidement, ne sachant pas vraiment pourquoi j'avais l'air si pressé. Je me sentais surexcitée, comme s'il y avait une surdose considérable de caféine dans mon système. C'était bizarre puisque je n'avais pas vu l'ombre d'un café ce matin.

Quand je suis sortie de ma chambre, Alice m'attendait dans la cuisine. Elle était assise sur le comptoir en agitant ses jambes d'avant en arrière avec impatience.

« Enfin, souffla-t-elle de sa voix cristalline. As-tu une idée d'à quel point la nuit a été longue pour moi ? »

Je réprimai un sourire. « Probablement aussi longue que le matin à venir avec toi pour moi ? »

Un autre soupir.

Je suis allée me verser une tasse de café. Le regard lourd d'Alice était comme un contact physique alors qu'elle suivait mes mouvements avec une impatience toujours plus croissante. J'envisageai de feindre la nonchalance ou la perte de mémoire, et donc de reporter cette imminente conversation entre filles qu'elle avait attendu avec impatience toute la nuit, mais je décidai que c'était trop cruel. Je me demandai même si les cellules cérébrales indestructibles d'Alice pourraient survivre à ce genre de torture sans exploser.

« Tu as l'air heureuse », notai-je en préparant mon café.

Elle me sourit. « Et toi aussi, remarqua-t-elle tout en agitant ses sourcils d'une manière très comique. Eh bien ? Comment était la nuit dernière ? »

J'ai gloussé, légèrement timide. « Comme si tu ne le savais pas. Tu aurais pu m'avertir, soit dit en passant. Me donner une sorte d'avertissement.

– J'avertis les gens quand quelque chose de désagréable leur arrive, déclara-t-elle. Je ne pense pas que ce qui s'est passé à la librairie hier relève de cette catégorie. Et d'ailleurs, si j'avais dit quelque chose, cela aurait ruiné la surprise.

– Je n'aime pas les surprises, lui dis-je avec un sourire. Mais celle-ci… eh bien, elle ne me dérange pas tellement.

– Je te l'avais dit » Alice souriait d'un air suffisant.

« Sérieusement cependant. Depuis combien de temps le sais-tu ? »

Elle haussa les épaules puis secoua la tête. « Eh bien, je n'étais certaine de rien jusqu'à hier après-midi. Vous avez continué de faire des allers-retours et à changer d'avis tout le temps ! Je n'ai jamais été aussi frustrée de toute ma vie.

– Ma pauvre. Je ne peux qu'imaginer ce que tu as traversé » Je ris et lui jetai un coup d'œil plein de pitié avant de jeter le reste du café. « Je suppose que Jasper le sait aussi ?

– Je ne lui ai rien dit, déclara-t-elle sur la défensive. Il en est venu à cette conclusion tout seul. Après tout, il avait quelque chose de plus tangible sur lequel s'appuyer. Moi, je dois me contenter des décisions erratiques et des caprices des gens » Elle plissa les lèvres d'une manière boudeuse.

« Tangible ? demandai-je amusée. Tu associes les émotions des gens à quelque chose de tangible ?

– Eh bien, il est beaucoup plus facile de changer d'avis que de changer ses émotions, souligna-t-elle.

– C'est vrai » J'ai attrapé une pomme du panier sur le comptoir avant de saisir mon sac sur le dos d'une chaise. Alice sauta du comptoir et se dirigea vers la porte. Je l'ai suivi à l'extérieur après avoir récupéré mon manteau et éteint les lumières.

Il avait énormément neigé pendant la nuit, et nos pieds produisaient des bruissements audibles alors que nous marchions le long de l'allée d'arbres menant à la rue.

« Est-ce que Rosalie et Emmett le savent ? demandai-je avec hésitation. A propos de… Carlisle et moi ? »

Alice haussa les épaules. « Personne ne leur a rien dit. Mais il est possible qu'ils aient l'idée que quelque chose se passe. Ils ont remarqué à quel point Carlisle passe son temps ici, et ils vous ont vu tous les deux au mariage après tout.

– Et alors ? demandai-je. Il ne s'est rien passé là-bas.

– Vous avez dansé ensemble.

– Tout le monde dansait ce soir-là, lui fis-je remarquer.

– Allez Bella. Les vampires ne sont pas aveugles, ni stupides. Quiconque a fait attention, a pu voir comment vous vous regardiez » Alice roula des yeux.

Je rougis. Je n'avais aucune idée sur le fait que c'était si évident.

« Et je suis certaine que Rosalie et Emmett ont tiré leurs propres conclusions sur la raison pour laquelle Edward est parti, ajouta-t-elle. Il n'arrêtait pas de dire à tout le monde qu'il n'était venu que pour le mariage et que cela n'avait jamais été son intention de rester à Ithaca en premier lieu. Mais tu connais Edward. Il n'a jamais été très doué pour cacher ses sentiments. Il n'est pas nécessaire d'avoir Jasper pour dire quand quelque chose le dérange »

Je devais admettre qu'elle avait raison. « J'espère qu'il ne restera pas loin pour toujours. Cela n'a jamais été mon intention de lui faire du mal. Et je peux voir à quel point son absence dérange Carlisle. J'ai le sentiment qu'Edward n'est pas du tout allé le voir avant qu'il ne parte.

– En effet, il ne la pas fait, confirma Alice. Je pense qu'il ne voulait pas montrer à quel point il était bouleversé. Je n'essaye pas de le défendre – je pense que Carlisle méritait mieux que d'entendre de quelqu'un d'autre qu'Edward était parti. Mais j'ai le sentiment qu'il ne pouvait pas faire face à Carlisle à ce moment-là »

Je fronçai les sourcils. « Que veux-tu dire ? »

Alice haussa les épaules. « Carlisle est son plus vieil ami, émit-elle pensivement. Ils sont plus proches que des frères. Par conséquent, comment pourrait-il ne pas vouloir exclusivement de bonnes choses pour lui ? Et pour en venir à toi… tu as toujours signifié beaucoup pour lui, plus que les mots ne pourraient jamais le décrire. Et c'est toujours le cas. Il sait que s'il se souciait vraiment de toi, il devrait être en mesure de voir au-delà de sa souffrance et être heureux pour toi. Mais c'est évidemment plus facile à dire qu'à faire, et sa propre jalousie et son propre ressentiment lui font honte. Et… eh bien, il sait qu'il est aussi responsable de sa propre détresse. S'il n'avait pas quitté Forks toutes ces années auparavant… qui sait ? Toi et lui pourriez être encore ensemble. Bien sûr, ce n'est pas certain mais c'est néanmoins une possibilité. Il le sait, et ça le rend fou »

Je réfléchis à ses propos tout en me demandant comment les choses auraient pu être différentes si j'avais pu convaincre Edward à Forks. Serais-je devenue un vampire ? Aurais-je continué à l'aimer de cette manière désespérée et ardente ? Ce sentiment aurait-il perduré ?

Et Carlisle alors ? Aurais-je continué à le voir comme une figure paternelle, comme quelqu'un à qui demander conseil ? Serait-il toujours avec Esmée ?

Si les Denali n'avaient pas rencontré Miguel lors de leur partie de chasse, il le serait. Était-ce juste alors une coïncidence qu'ils aient croisé la personne qui était destinée à être avec Esmée ? Ou une telle chose pouvait-elle être juste une coïncidence ?

Je secouai la tête, au-delà du soulagement de ne pas avoir à répondre à aucune de ces questions. Une pensée m'est alors venue ; peut-être que la vie n'était qu'un chemin qui était continuellement ramifié en plusieurs autres petits chemins et que de temps à autre, il arrivait qu'on choisisse l'un d'eux sur lequel marcher. Peut-être n'existait-il qu'un seul chemin qu'on était censé parcourir, et que parfois il croisait et s'entrelaçait avec celui de quelqu'un d'autre.

« Tu es très silencieuse, nota Alice. Qu'est-ce qui te préoccupe ?

– Je pense juste au destin, répondis-je avec un petit rire. S'il existe. Ou s'il y a plusieurs destins et qu'on en choisissait un sans le savoir tout en prenant des décisions à la fois petites et grandes. Je sais, ça fait tellement cliché de penser à ce genre de choses.

– Je pense que c'est très intéressant, déclara-t-elle. Par exemple, même si je vois plusieurs futurs qui sont basés sur des décisions différentes, cela signifie-t-il alors qu'il y a plusieurs destins ? Ou y en a-t-il un seul et unique pour tout le monde ? »

J'ai secoué la tête. « Il est bien trop tôt pour ce genre de conversation. Attends au moins que le café agisse »

Alice rit ; le son résonna dans l'air froid du petit matin. Nous étions à mi-chemin dans le parc et je jetai un coup d'œil à ma droite vers le lac. Il n'était plus complètement gelé, ce qui signifiait que le printemps devait être en route. Cependant, il n'y paraissait pas alors que je regardais autour de moi dans le parc. Tout était recouvert d'une nouvelle couche de neige.

La neige me fit penser de nouveau à Edward, et s'il était parti en Alaska ou non. J'interrogeai Alice à ce sujet.

Elle acquiesça. « Il reste avec les Denali. Du moins pour le moment.

– Pour le moment ? » demandai-je.

Elle haussa les épaules. « Il est agité. Il joue avec l'idée de partir dans quelques jours. Je le vois entouré de montages et de nature sauvage de temps à autre, presque comme s'il ne peut se décider. Il aime faire des pauses mentales comme ça parfois. Quand l'on peut entendre chaque pensée de tout le monde autour de soi, le silence est quelque chose qu'il a appris à apprécier au cours des dernières décennies. Et je peux comprendre pourquoi la pensée d'une certaine solitude pourrait lui plaire maintenant, compte tenu de ce qui se passe »

Je me mordis la lèvre tout en fronçant les sourcils puis je me remémorai la conversation que j'avais eue avec Carlisle la nuit dernière, comment il m'avait expliqué que les changements étaient difficiles pour les vampires. J'ai parlé à Alice de notre conversation et lui ai demandé son avis.

« Il est vrai que ces choses sont différentes en ce qui nous concerne, reconnut-elle. Je ne dis pas que les changements sont plus faciles pour les humains que les vampires, mais j'imagine qu'il est plus aisé pour vous de vous adapter. C'est en quelque sorte un fait que la plupart des humains passent par certaines étapes de développement intérieur au cours de leur vie. Ce n'est pas toujours si simple avec les vampires.

– C'est pourquoi on pourrait supposer que les vampires sont en quelque sorte plus immunisés face aux changements dans leur environnement ou au temps qui passe, émis-je songeusement. Puisque les vampires sont immortels et ne subissent donc pas de changements majeurs, on pourrait penser que la notion du temps sans fin vous rendrait en quelque sorte… je ne sais pas, détaché d'une certaine manière. Après avoir vécu plusieurs décennies ou même des siècles et après avoir vu et vécu tant de choses, on pourrait s'attendre à ce que vous deveniez presque apathique par tout ce qui vous entoure.

– En regardant d'un point de vue humain, il serait logique de le croire. Pour vous, vivre des centaines d'années semble inconcevable. Mais les vampires ressentent les choses différemment. Notre capacité cérébrale est différente. Le traitement de l'information est plus efficace, notre mémoire est infaillible… et comme nous possédons une quantité infinie de temps entre nos mains, cela nous donne en quelque sorte soif d'expériences et de nouveautés. Cependant, une longue vie a ses inconvénients. Après quelques siècles, certains d'entre nous s'ennuient de temps à autre. Les vampires ne sont pas suicidaires par nature, mais… » Elle fit une pause, hésitant.

« Ouais ? l'encourageai-je.

– J'ai entendu parler de vampires qui se rendaient chez les Volturi afin de demander d'être détruits. Certains se lassent de cette vie après quelques siècles, certains ont perdu l'amour de leur vie ou leur compagnon, et n'ont donc plus la volonté de vivre… » Elle haussa les épaules. « Il n'y a pas beaucoup de vampires suicidaires mais quand c'est le cas, ce sont les principales raisons pour lesquelles ils demandent à être détruits.

– Et… quoi ? Les Volturi s'inclinent et le font ? »

Le sourire d'Alice fut sombre. « S'ils sont d'humeur. Parfois ils ont besoin d'être provoqués avant d'agir »

Un frisson picota mon échine à cette image. « Carlisle m'a dit que seul un état émotionnel fort, comme l'amour, peut être la seule chose qui peut avoir un impact profond sur un vampire. Par conséquent, perdre un être cher doit être insupportable. L'idée de porter ce chagrin avec soi pour toujours… » Je secouai la tête à court de mots.

« Les vampires aiment profondément, dit doucement Alice. Et ils pleurent profondément. Nous traitons ce chagrin à notre manière, tout comme les humains. La perte d'un partenaire de vie peut conduire à la dépression. Certains continuent de vivre parce qu'ils tirent leurs forces dans le besoin de venger la mort de leur être cher. Tu vois, les vampires sont très vengeurs par nature. Nous n'oublions jamais. Nous ne le pouvons » Elle fit une pause tandis que ses yeux dorés devenaient pensifs. « Carlisle m'a dit une fois que Marcus avait perdu sa compagne il y a des centaines d'années. Elle a été tuée dans des circonstances obscures, et le coupable n'a jamais été retrouvé. Il ne s'est jamais remis de la perte de sa compagne ; on ne se remet jamais de ce genre de chose. Durant les deux décennies que Carlisle a passé avec les Volturi, il n'a jamais vu Marcus sourire une seule fois »

Cela paraissait horrible. Évidemment, je n'étais pas la plus grande fan des Volturi compte tenu de ce qu'ils me réservaient, mais je devais admettre qu'à ce moment-là, j'avais pitié.

« Est-il toujours à la recherche de celui qui causé la mort de sa compagne ? demandai-je en pensant à ce qu'Alice venait de dire sur la nature vengeresse des vampires.

– C'est possible. Carlisle ne sait pas exactement depuis combien de temps elle est morte – cela s'est peut-être passé il y a plus de mille ans.

– Cela me laisse encore perplexe cette idée même de compagnons, émis-je songeusement. Tout à propos de ce sujet me semble si bizarre.

– Comment ça ? »

J'ai haussé les épaules. « L'idée en général. Cela devrait prendre du temps de tomber amoureux. Tu m'as dit un jour que lorsqu'un vampire voit son compagnon, tous ces sentiments qui devraient prendre du temps à se forger, sont instantanément là presque comme s'ils l'avaient toujours été.

– C'est la meilleure façon de l'expliquer, dit Alice songeusement. C'est difficile de mettre ces choses en mots. Il faudrait en faire l'expérience par toi-même pour bien le comprendre, et pourtant… pourtant il est presque impossible de l'expliquer, même pour nous qui en avons fait l'expérience » Une expression pensive est venue sur ses traits. « Je pourrais imaginer que c'est la même chose lorsqu'un parent voit son nouveau-né pour la première fois. Il y a quelque chose d'instinctif. On vient juste de rencontrer cette personne et pourtant on sait qu'il n'y a rien qu'on ne ferait pas pour elle. Ce sentiment, cette dévotion… c'est comme si elle était innée. Et elle est dormante, en attente, jusqu'à ce qu'on la rencontre.

– Tu as également dit une fois qu'il n'y a pas beaucoup de différence entre ce qu'on ressent envers son compagnon et ce qu'on ressent pour la personne dont on est amoureux.

– C'est vrai. Le lien entre compagnons est juste plus instinctif, presque primitif. C'est immédiat, alors que tomber amoureux prend généralement du temps. Comme je te l'ai déjà dit, Rosalie et Emmett ne sont pas des compagnons malgré le fait que leur amour ait fleuri rapidement. Mais même s'ils ne sont pas compagnons, il suffit de les regarder pour savoir que leur amour est impérissable. Laurent et Irina en sont un autre exemple »

Je me tus un instant en me demandant comment mettre ma prochaine interrogation en mots. « Et si… je veux dire, ne sont-ils pas inquiets que l'autre puisse un jour rencontrer la personne qui est destinée à être leur compagnon ? N'ont-ils pas peur qu'un jour tout change ? Cela est arrivé à Esmée et Carlisle alors même qu'ils étaient ensemble depuis des décennies.

– Bien sûr ils sont conscients de cette possibilité. Mais par exemple Rosalie et Emmett… ils ne s'en préoccupent pas. Ça arrivera si ça doit arriver. Ils prennent la vie comme elle vient. Et en plus, le véritable amour est désintéressé. Parfois, il s'agit de lâcher prise. Ils le savent également »

Je devrais être d'accord avec ce qu'elle essayait de dire mais j'imagine qu'accepter ces choses était beaucoup plus ardu qu'il n'y paraissait. « Connais-tu quelqu'un d'autre que toi et Jasper – ou Esmée et Miguel bien entendu – qui ont trouvé leur compagnon ?

– Eleazar et Carmen, répondit-elle. Tu les as rencontrés au mariage comme je suis sûre que tu t'en souviens. Eleazar a-t-il déjà mentionné qu'il avait travaillé pour les Volturi ? »

J'ai hoché la tête. « Il a dit qu'il avait trouvé leurs façons de faire trop agressives et cruelles, et Aro lui a permis de quitter le clan après avoir rencontré Carmen »

Alice acquiesça. « Je suis certaine que perdre Eleazar fut une chose difficile à digérer. Sa capacité à identifier les dons chez les autres était au-delà de l'importance pour Aro.

– Pourquoi ça l'est ?

– Aro aime… collectionner les vampires talentueux. Sa garde est la plus impressionnante comme on te l'a dit. Chacun d'entre eux est unique et puissant à sa manière. Ce qui fait en sorte qu'Aro se sent en sécurité à être entouré de vampires avec des capacités spéciales – Carlisle me l'a dit une fois. Il a en réalité dit que pour lui, trouver des vampires avec des capacités impressionnantes était plus comme une obsession. Aro ne cesse de chercher de nouveaux vampires à ajouter à sa garde »

Une sensation indéfinissable et inquiétante commença à s'accumuler dans le creux de mon estomac. « Peut-il forcer quelqu'un à rejoindre les Volturi contre sa volonté ?

– Les Volturi sont relativement civilisés. Ils doivent l'être, car ils appliquent la loi. Les vampires après tout doivent avoir une raison de les respecter. D'un autre côté, ce respect est plus né de la peur que de toute autre chose. Cependant… » Elle s'arrêta, hésitant clairement.

« Pourtant ? l'incitai-je à poursuivre.

– Tu te souviens de ce jour des semaines plus tôt quand tu as passé une journée chez nous et que nous t'en avons dit plus sur les Volturi ? Tu te souviens de ce que nous avons dit à propos de Chelsea ? »

J'ai fouillé ma mémoire mais ce fut inutile. Beaucoup de choses s'étaient produites ce jour-là, et il était impossible de se souvenir de tout.

« Chelsea est celle qui peut influencer les liens émotionnels entre les individus, me rappela Alice en remarquant que je ne m'en souvenais pas. Pour cette raison, elle est l'un des membres de haut rang des Volturi. Elle maintient la garde intact, empêchant quiconque de partir car elle les attache émotionnellement aux Volturi. Elle peut également par exemple créer des liens émotionnels drastiques et coordonnés au cas où la garde doit prendre des mesures contre un clan hostile. C'est assez similaire à ce que Marcus peut faire – la seule différence est que Marcus ne peut voir que les liens émotionnels entre les vampires sans avoir la capacité de les manipuler.

– Et… avec ce pouvoir, Chelsea pourrait attacher n'importe quel vampire aux Volturi quand elle le voudrait ? demandai-je.

– Oui. Mais Eleazar pense qu'elle ne peut influencer les liens affectifs des membres d'une famille – pas si aisément tout du moins » Elle fronça les sourcils.

« Et si Aro découvre pour toi et ta capacité à voir l'avenir ? » demandai-je. Ce sentiment indéfinissable ressenti plus tôt est soudainement devenu de l'horreur. « Ou la capacité de Jasper à influencer les émotions, ou la capacité d'Edward à lire dans les esprits ? S'il recherche des vampires talentueux…

– Bella, il est plus que probable qu'Aro soit déjà au courant de ces choses. S'il était là quand Victoria et son armée ont été détruites, il a pris connaissance de nous et de nos dons dans ses pensées, tout comme il a appris pour toi et ta connaissance du monde vampire.

– Est-ce censé me faire me sentir mieux ? »

Alice renifla doucement. « Calme-toi. Comme je te l'ai dit, les Volturi sont civilisés. Si mon chemin croise celui d'Aro – ou si Jasper ou Edward le rencontraient un jour – il ne serait probablement pas capable de résister à la tentation avec n'importe lequel d'entre nous et nous offrirait sans doute une place parmi sa garde. Mais il a trop de respect pour Carlisle pour commencer à forcer n'importe lequel d'entre nous à le rejoindre. Et rappelle-toi qu'il a laissé Eleazar partir parce qu'il a rencontré Carmen. Il n'est pas totalement déraisonnable »

Je laissai échapper un soupir. Je voulais la croire, mais ce sentiment de malaise ne me quittait pas. J'avais une sensation étrange au fond de moi, de celle que vous aviez lorsque vous avez oublié quelque chose d'important, ou quand vous avez oublié quelque chose de significatif et savez que lorsque vous vous rendrez compte de ce que c'était, il serait trop tard.

« Eleazar a eu la chance de rencontrer Carmen », continua Alice. Je ne savais pas si elle avait essayé de changer de sujet exprès après avoir remarqué mon inquiétude grandissante, ou si elle avait simplement continué là où nous nous en étions arrêtées plus tôt. « Il n'aurait pas pu trouver cette paix intérieure s'il était resté avec les Volturi. Il est trop doux par nature, un peu comme Carlisle. Trouver sa compagne dans cette situation fut la meilleure chose qui pouvait lui arriver.

– Est-ce que chaque vampire a son propre compagnon quelque part, quelqu'un qu'il est destiné à rencontrer ? » Je réfléchis à voix haute. « Et si c'est le cas, alors pourquoi certains vampires finissent-ils par passer une éternité tout seuls ? »

Elle haussa les épaules. « Pour la même raison que certains humains recherchent l'amour tout au long de leur vie sans jamais le trouver. Il se trouve que c'est juste ainsi j'imagine. On le trouve ou on ne le trouve pas » Elle me jeta un coup d'œil avec maintenant un sourire taquin. « Pourquoi ? Es-tu inquiète de ne pas trouver le tien une fois devenue vampire ? Quelqu'un avec qui passer l'éternité ? »

Mon visage flamba en rouge vif. « Tu sais très bien que ce n'est pas ce que je voulais dire. Et en plus, je… » Je voulus me mordre la langue puis je déplorai totalement d'avoir ouvert la bouche.

« Oui ? insista Alice en souriant largement. Et en plus, tu… quoi ? »

J'ai soupiré. « Oh, tais-toi. Tu sais très bien quoi »

Nous étions arrivées à la librairie. J'ai déverrouillé la porte et nous entrâmes. Alice me suivit alors que je déambulais parmi les rayonnages. Pour une fois, elle resta silencieuse pendant une période plus longue que dix secondes et me regarda juste pendant que j'enlevais mon manteau. J'ai rejeté mes cheveux sur mon épaule et j'ai commencé à les dompter en une tresse tout en lui lançant un regard frustré.

« Je sais à quoi tu pensais », dit-elle doucement après un moment. Il y avait une expression tendre dans ses yeux, et sa voix avait perdu sa note taquine.

« Quoi, tu peux lire dans les esprits aussi ? demandai-je en riant doucement.

– D'accord, je sais ce qui tu allais dire », corrigea-t-elle puis attendit que je la regarde. Cela faisait longtemps que je ne l'avais pas vu comme ça. Il y avait une étincelle de bonheur dans ses yeux, et elle avait l'air si contente, presque sereine d'une manière qui paraissait presque hors de propos – c'était Alice après tout, et elle était rarement sereine.

« Je suis sûre que tu le sais, assurai-je, mais pour l'instant garde-le pour toi, veux-tu ? Il est peut-être trop tôt pour le dire tout de suite à voix haute »

Elle ne fit que sourire avec contentement.

Tout en l'ignorant, je continuai mes affaires, allumant les lumières et commençant à assembler une nouvelle vitrine. Il y avait un sourire sur mes lèvres, et j'ai commencé à me sentir fébrile, presque énervée mais d'une manière positive et agréable. C'était parce que je songeais à la chose que j'allais dire un instant auparavant, à la chose que j'avais demandé à Alice de garder pour elle. C'était bien d'y penser, pas vrai ? Même s'il était peut-être un peu trop tôt pour le dire tout de suite ?

Que ce soit bien ou non, j'y ai quand même pensé. Peut-être que je me précipitais, et que c'était peut-être trop prématuré, trop tôt pour y penser…

Mais indépendamment de ces choses, je ne pouvais m'empêcher de penser en moi-même qu'il n'y avait qu'une seule personne dans ce monde avec laquelle j'imaginais passer une éternité.


Les deux jours suivants s'écoulèrent comme un rêve irréel.

Il y avait une nouvelle routine dans mes journées qui était à la fois confortable et familière. Ma vie poursuivait son cours habituel et paisible je partais pour la librairie le matin, généralement accompagnée d'Alice, et elle finissait souvent par y passer la journée avec moi. Peut-être que sa présence était l'une des raisons pour lesquelles Jasper était également devenu un régulier familier de la librairie. L'autre raison était les livres ; j'avais pensé que Carlisle était le seul lecteur passionné de la famille, mais il s'avéra que Jasper était également attiré par la littérature, et il pouvait facilement passer une heure ou deux dans la section philosophie du magasin.

Lorsque l'horloge s'orientait finalement vers la fin de l'après-midi, c'était à ce moment-là qu'Alice et Jasper partaient généralement. Parfois Emmett venait les chercher, seul ou avec Rosalie. J'allais à la porte pour les voir et les regarder partir. Et après cela, je restais généralement immobile à la porte ouverte en attendant et regardant dehors le crépuscule qui s'assombrissait.

C'était toujours le meilleur moment de ma journée, cet instant-là et juste celui-ci, en train de parcourir des yeux les rues et essayer de voir au-delà des gens occupés qui rentraient du travail. Je sentais toujours mon estomac se retourner, comme si une nuée de papillons décollait et décidait de faire des acrobaties aériennes.

Je n'avais jamais à attendre bien longtemps. Il venait toujours de la même direction, presque comme si suivre ce nouveau schéma quotidien lui plaisait également. Je me tenais toujours devant la porte ouverte, refusant de rentrer à l'intérieur malgré l'air froid qui s'infiltrait à travers mes vêtements, et le regardais juste se diriger vers moi.

Il était inutile de dire qu'au cours de ces quelques jours, le crépuscule est devenu mon moment préféré de la journée.

Il y avait eu des moments – plusieurs fois – dans ma vie où j'avais été délirante de bonheur. Ce n'était pas un sentiment inconnu pour moi. J'avais déjà été bénie de moments de joie et de relations enrichissantes auparavant. J'avais obtenu ma juste de part de ces fragments de bonheur. Par conséquent, cela me semblait presque répréhensible, me faisait me sentir presque coupable que je paraissais en recevoir encore plus. Je sentais que je n'avais rien fait après tout pour mériter ce genre de bonheur. A bien des égards, j'avais toujours été privilégiée en ce qui concernait ces choses je n'avais jamais été vraiment seule. Même pendant ces moments où j'avais l'impression que je n'étais pas synchronisée avec tout le monde comme si je ne m'intégrais pas, peu importe où j'étais, il y avait toujours quelqu'un à mes côtés d'une manière ou d'une autre. Habituellement, c'était Renée ou Charlie. Un temps ce fut Edward, et après lui Adrian. La solitude – émotionnelle ou autre – était quelque chose dont je n'avais jamais vraiment eu à souffrir. Au fond, j'avais toujours su qu'il y avait quelqu'un vers qui je pouvais aller.

Par conséquent, le sentiment que j'avais chaque fois que j'étais avec Carlisle était difficile à expliquer ; sa présence était épanouissante d'une manière que je ne pouvais décrire. J'avais l'impression d'avoir rencontré une personne après une vie de solitude, ce qui était un peu contradictoire compte tenu de la façon dont j'avais toujours vécu ces choses. Aussi cliché que cela puisse paraître, c'était comme si j'avais trouvé quelque chose que j'avais inconsciemment cherché toute ma vie. Je me demandais parfois s'il ressentait la même chose – si cette sensation inexplicable dans les recoins de mon cœur était une chose qu'il percevait aussi.

Je ne pouvais pas non plus m'empêcher de me demander comment ses sentiments pour moi différaient de ceux qu'il avait ressenti pour Esmée – comment il se sentait toujours vis-à-vis d'elle d'une forme ou d'une autre. Non pas que je m'attendais à ce qu'il me compare à elle ou vice versa. Les sentiments et les relations n'étaient pas une chose qu'on pouvait simplement retirer et examiner comme ça. Les sentiments qu'on avait pu avoir pour quelqu'un avaient tendance à être comme des flocons de neige : unique et singulier. Je l'interrogeais tout de même à ce sujet ; si Esmée ne venait jamais à lui manquer. S'il ne pensait jamais à elle. Un soir, nous nous promenions dans le parc et la question tomba de mes lèvres.

Une expression pensive apparut sur ses traits, et il prit son temps pour répondre. « Elle me manque de la manière dont on désire la compagnie d'une amie – d'une vieille amie, émit-il songeusement. Je suis content d'avoir pu la garder dans ma vie. Elle apparaît dans mes pensées de temps à autre, comme n'importe qui d'autre » Il m'a alors jeté un coup d'œil en sachant pourquoi je le lui avais demandé. Il savait que ma question n'avait rien à voir avec de la jalousie ou de l'insécurité. C'était de la curiosité plus que toute autre chose, la soif d'en savoir plus sur lui.

« Cela peut sembler curieux en d'autres termes, poursuivit-il. C'est difficile à expliquer. Mais par exemple… dirais-tu qu'Edward te manque ? Ou Adrian ? Ou que tu y penses beaucoup ? »

J'ai réfléchi à sa question, sachant maintenant ce qu'il voulait dire en disant que c'était une chose difficile à expliquer. « Je pense à eux parfois oui, répondis-je. Surtout Edward. Et il m'arrive que ces moments me manquent – mais ce n'est pas comme si j'avais envie de retourner à ces périodes, même si le court laps de temps que j'ai passé avec lui a toujours signifié beaucoup pour moi. Et ce sera toujours le cas »

Carlisle acquiesça. « Je ressens la même chose pour le temps que j'ai passé avec Esmée. Même si ces jours sont révolus et passés et que je sais qu'ils ne reviendront jamais, je ne me sens plus triste. Je suis seulement très reconnaissant de l'avoir rencontrée, d'avoir appris à la connaître comme je la connais et d'avoir fini par l'aimer. C'est quelque chose que je ne pourrais jamais abandonner. Je suis sûr que tu comprends ce que je veux dire. Tu dois ressentir la même chose pour Edward par exemple »

Je souris alors. « Je n'ai passé que quelques mois avec Edward. Tu étais marié avec Esmée depuis près d'un siècle. Et pourtant tu en parles comme si mon amour pour Edward était en quelque sorte… » Je secouai la tête à court de mots.

« Tout aussi profond ? proposa Carlisle. Ne l'était-il pas alors ?

– Je dis simplement que tout le monde ne ferait pas de comparaison entre nos deux situations, expliquai-je. Qu'est-ce qu'une courte romance adolescente après tout par rapport à l'amour qui a duré plusieurs décennies ? Certains déprécieraient instantanément mon expérience avec juste cette base. Mais toi… » Je secouai de nouveau la tête ; sa gentillesse et sa compassion avaient toujours le moyen de m'étonner.

« Je ne pense pas que l'amour puisse être mesuré ou comparé, peu importe combien de temps il dure, émit-il songeusement tandis que ses mots faisaient écho à mes réflexions antérieures sur les sentiments et comment ils étaient tous uniques. Certains reçoivent le don d'aimer intensément tout au long de leur vie. D'autres ne peuvent aimer quelqu'un qu'un certain laps de temps. Et parfois l'amour entre deux personnes meurt tout simplement après plusieurs années. Néanmoins, cela n'efface pas le fait qu'il ait été là, cet amour. Après tout, même les étoiles s'éteignent. Mais elles laissent toujours des traces de leur existence » Il se tut alors. « Certaines personnes passent leur vie sans avoir la chance de ressentir quelques affections. Je suppose que c'est pourquoi on devrait se considérer chanceux de rencontrer quelqu'un qui prend soin de soi et aime sans crainte. Quelqu'un qu'on puisse aimer inconditionnellement même si ce n'est que pour une courte période de temps. C'est plus que ce que l'on peut demander. C'est plus que ce dont on peut rêver » Il fit une pause et s'arrêta de marcher, se tournant pour me regarder. Je m'arrêtai aussi. Il leva sa main vers ma joue pour frôler légèrement ma peau du bout des doigts. « Mais quand on nous donne plus d'une chance pour ce genre d'amour… l'idée même d'une telle chose est incommensurable. Cela paraît trop beau pour être vrai. Cela nous donne l'impression d'être au-delà de la bénédiction »

Je pris sa main dans la mienne. « Je ressens la même chose. Parfois, je ne peux pas croire que cela se passe vraiment » J'ai secoué la tête. « J'ai presque peur d'être aussi heureuse. J'ai l'impression que je vais éclater. Je continue à me demander ce que j'ai fait pour mériter ça »

Il y eut un autre toucher léger sur ma joue. « Tu mérites chaque bonne chose que le monde a à offrir Bella.

– Je ne veux qu'une chose, lui dis-je doucement en m'approchant de lui. Le monde peut garder le reste pour autant que je m'en soucie »

Carlisle gloussa doucement. Puis il se pencha pour déposer un baiser sur mes lèvres.

Et c'est ainsi que ces jours heureux passèrent. Le temps passé avec Carlisle semblait appartenir à une autre vie, et il semblait impensable que je sois la destinataire d'un tel plaisir. J'étais tiraillée entre l'excitation et la peur chaque fois que mes pensées dérivaient vers le fait que je n'avais jamais été aussi heureuse, aussi dotée de toute ma vie. Le terme « heureux » semblait bien trop simple pour le décrire. Il n'était même pas assez suffisant pour commencer à expliquer tous les aspects de mes sentiments.

C'était peut-être pour cela qu'il paraissait soudainement y avoir un revers à cette joie. Pour une quelconque raison, une partie de moi avait peur que cela ne dure pas. Au cours de ma vie, j'avais appris que le bonheur avait parfois un prix. Cependant, cela ne m'avait jamais empêché de le poursuivre et cette connaissance ne me gênait pas tellement maintenant alors que je tenais ce bonheur à ma portée. Mais soudain, alors que ces quelques jours merveilleux passaient d'une manière délicieuse et facile, j'ai pris conscience du fait que parfois la lumière la plus brillante projetait l'ombre la plus sombre.

Je ne savais pas exactement ce qui avait donné vie à ces pensées. C'était peut-être la discussion que j'avais eue avec Alice au sujet des Volturi quelques jours auparavant. Peut-être que c'étaient les cauchemars obsédants et oppressants qui avaient soudainement fait leur retour. C'était peut-être le sentiment que j'avais chaque fois que Charlie ou Renée appelaient. Entendre le son de leurs voix était doux-amer j'étais tiraillée entre joie et agonie à chaque fois que je leur parlais. Et chaque fois que je mettais fin à notre conversation, je me demandais si c'était la dernière fois que j'entendrais leur voix. Je savais que c'était lâche de ma part, mais il y avait des moments – peu nombreux tout de même – où je décidais de ne pas répondre lorsque l'un d'eux appelait. Je le regrettais par la suite, surtout parce que lorsqu'un jour j'ai essayé de rappeler une fois Renée, il n'y avait pas eu de tonalité ; sa batterie devait être à plat. Elle oubliait toujours de recharger son téléphone.

Aussi durement que j'ai essayé de cacher ces choses à Carlisle, il remarqua un changement dans mon comportement. Un soir, il me fit asseoir et voulut savoir ce qui me tracassait.

« Ce n'est rien », lui dis-je. Mais mes paroles étaient vaines ; il fut implacable.

« Je ne veux pas qu'il y ait de secrets entre nous Bella, dit-il doucement. Le veux-tu ? »

Soupirant, je fixai mon regard sur ses mains posées sur mes genoux. Il avait raison ce serait une erreur de lui cacher ces choses. « Non bien sûr que non »

Carlisle s'assit à côté de moi sur le canapé, restant silencieux un moment et me regardant attentivement. « Tu peux me parler de tout. J'espère que tu le sais.

– Je le sais.

– Qu'est-ce qui te dérange alors ?

– J'ai juste… » J'ai cherché mes mots ; exprimer ces pensées était plus difficile que je ne le pensais. « Cela ressemble juste au calme avant la tempête. Cela ne peut continuer ainsi, pas vrai ? »

Il resta silencieux pendant une minute mes mots l'avaient confondu. « Que veux-tu dire ? »

J'ai secoué la tête. « Je me sens si heureuse tout le temps, expliquai-je en sachant à quel point je devais lui paraître folle. Et il semble tellement déplacé de ressentir ça, étant donné tout ce qui se passe »

Il essaya de croiser mon regard, mais je n'ai pas pu le regarder. « Tu veux parler de tes parents ? » demanda-t-il doucement. Je me suis demandé s'il avait remarqué ma soudaine réticence à répondre à leurs appels.

« Peut-être, admis-je. C'est mal d'être si heureuse compte tenu de ce que je vais éventuellement leur faire subir »

Je vis Carlisle hocher la tête du coin de l'œil. Ses doigts froids s'enroulèrent autour de ma main.

« Je sais que nous en avons déjà parlé auparavant, poursuivis-je. Je sais que je n'ai pas d'autre option. Après ma transformation, il serait trop dangereux d'envisager l'idée même de les garder dans ma vie. Et ce n'est pas mon intention de pleurnicher à ce sujet, mais… c'est difficile. Plus dur que je n'aurais pu l'imaginer.

– Je sais Bella, m'assura-t-il. N'oublie pas que tu as parfaitement le droit de ressentir de tels sentiments. Je sais que ce n'est pas facile pour toi, et personne ne s'attend à ce que tu fasses la paix avec une telle chose du jour au lendemain. Mais garde à l'esprit ce que je t'ai dit ; il n'y a pas d'urgence. Nous faisons ça à tes propres conditions, à ton rythme »

Je secouai la tête. « Si seulement c'était si simple » Je me suis finalement retournée pour rencontrer son regard. « Il y a aussi les Volturi à considérer. Ce sont eux qui donnent le rythme. Pas moi.

– Alice le verra quand Aro prendra la décision d'envoyer quelqu'un de sa garde pour enquêter et savoir si tu es toujours humaine. Nous possédons beaucoup d'avertissement »

Je me mordis la lèvre. « C'est autre chose qui me préoccupe. Alice et moi avons parlé des Volturi la semaine dernière… et quelque chose est venu me déranger depuis »

Carlisle eut l'air pensif en me regardant. « J'avais le sentiment qu'il y avait autre chose qui te dérangeait » Il hésita. « Tu as été… agitée dans ton sommeil »

Je le regardai avec surprise en me demandant si j'avais encore parlé dans mon sommeil, cela arrivait parfois quand j'étais stressée par quelque chose. Carlisle passait généralement les nuits dans le salon ou dans ma petite bibliothèque pendant que je dormais – peut-être pensait-il que toute autre disposition serait inappropriée du fait qu'il était assez vieux-jeu – et je ne pouvais que me demander ce qu'il avait entendu.

« Ais-je dit quelque chose dans mon sommeil ? » demandai-je.

Il fronça les sourcils. « Rien de particulier. Tu semblais juste agitée. En détresse. Une ou deux fois, j'ai pensé à te réveiller, mais tu as toujours paru te calmer après un moment » Il libéra ma main de sa prise et la porta à ma joue. « Tes rêves concernent les Volturi ? »

Les souvenirs de mes rêves étaient incohérents et dispersés dans mon esprit, je me souvenais seulement que j'avais essayé de fuir quelque chose – ou quelqu'un – que je ne pouvais voir. C'était comme s'il y avait un être invisible dans mon rêve, et je savais que je n'avais aucun moyen de me défendre. Ce qui aggravait cent fois plus mon sentiment de désespoir. Rêves ou non, c'était déjà assez effrayant de pouvoir voir son agresseur – mais pour une quelconque raison, c'était encore pire quand on ne pouvait pas le voir.

« Je ne sais pas, lui dis-je en réalisant que j'étais restée silencieuse pendant un long moment et que je n'avais pas répondu à sa question. Peut-être que ce dont Alice et moi avons parlé me préoccupe plus que je ne le pensais. Notre conversation sur les Volturi m'a fait réaliser qu'il y avait beaucoup plus en jeu ici.

– Que veux-tu dire ? De quoi avez-vous parlé exactement alors ?

– Alice a dit qu'Aro aimait collectionner les vampires talentueux, expliquai-je en remarquant le changement d'expression de Carlisle, ses yeux devinrent réservés. Et s'il cherche à recruter Alice ou Jasper ou Edward… et qu'être humaine ne soit qu'une excuse pour venir nous rendre visite ?

– Il m'est venu à l'esprit qu'Aro pourrait être intéressé par eux. Les vampires talentueux sont quelque chose qui l'intrigue plus que tout.

– Alice m'a dit que tu l'avais plutôt décrit comme une obsession »

Un sourire ironique se dessina sur ses lèvres. « Aro envoie ses serviteurs partout dans le monde pour rechercher des vampires avec des capacités spéciales. Je suis certain que cela l'a énormément dérangé de découvrir par l'intermédiaire de Victoria que j'ai rencontré plusieurs vampires talentueux au cours de ma vie, et qu'aucun d'entre eux ne pourra jamais appartenir à son clan. Au lieu de ça, ils ont choisi de faire partie d'une famille. Cela rend la chose encore plus difficile à supporter, j'en suis sûr. Il sait que leurs pouvoirs spéciaux ne sont pas la raison pour laquelle ils me sont chers »

J'ai hoché la tête. « C'est pourquoi je suis si inquiète. Et s'il veut Alice, Jasper et Edward pour lui ? Alice m'a parlé de Chelsea – que ses pouvoirs obligent les membres de la garde à servir avec volonté parce qu'elle les a liés émotionnellement aux Volturi.

– Les liens familiaux ne sont pas si faciles à briser, me rappela-t-il. Je suis sûr qu'Alice l'a mentionnés aussi »

Elle l'avait fait, mais cela n'avait pas apaisé cette agitation obscure qui se débattait en moi. « Et si tu te trompes ? demandai-je. Je veux dire, est-il sage de notre part de prendre le risque ? Je sais que vous pensez que la meilleure solution est d'attendre qu'Alice voie quand Aro décide de faire quelque chose à mon sujet. Mais je me demandais si nous devions l'attendre encore longtemps. Est-il sage de leur donner une raison de venir ici ? Est-il sage d'attendre jusqu'au dernier moment ? Ne mettons-nous pas en danger Alice, Jasper et Edward en attendant ? »

Je pouvais voir que mes propos l'avaient fait réfléchir, mais il semblait toujours croire que je ne m'inquiétais pour rien. « Je suis sûr que si on lui en donnait l'occasion, Aro ne laisserait pas passer la chance de demander à Alice, Jasper et Edward de le rejoindre. Mais je veux croire qu'il a du respect pour moi et ne s'efforcerait pas de déchirer notre famille d'une part importante de celle-ci »

J'ai étudié son visage, me demandant ce qui se passait dans sa tête. « Alors tu es en train de dire qu'Aro te tient en si haute estime qu'il passerait outre son obsession pour les vampires puissants et son souhait qu'ils rejoignent son clan ? Pourrait-il résister à la tentation ?

– Quand j'ai quitté les Volturi, Aro et moi nous nous sommes séparés en bons termes, émit-il songeusement. Nous sommes venus à nous respecter malgré nos nombreuses différences. Je n'irais pas jusqu'à l'appeler mon ami, mais peut-être une connaissance »

J'ai fouillé ses yeux dorés. « Mais tu ne lui fais pas confiance » Je savais que c'était vrai je n'avais qu'à le regarder pour le savoir.

« Aro peut être… capricieux. C'est probablement la personne la plus complexe que j'ai jamais connue. Il existe cette certaine impitoyabilité à son sujet, mais il la cache bien. Même après tout ce temps que j'ai passé en Italie, je ne peux toujours pas être certain de bien le connaître complètement. Je ne sais même pas si Caius et Marcus peuvent le dire également.

– Alors… tu ne lui fais pas confiance », répétai-je.

Il me regarda. « Je ne lui confierais pas ma vie. Ou la vie de n'importe qui d'autre d'ailleurs. Comme je te l'ai dit, il peut être imprévisible et capricieux » Il hésita comme s'il allait dire quelque chose de désagréable. « Pendant le temps que j'ai passé avec les Volturi en Italie, j'ai pris l'habitude de lire et d'étudier durant les nuits. Il y a eu une fois où Aro s'est arrangé pour qu'un corps humain sanguinolant soit amené à l'extérieur de la bibliothèque où j'étudiais. Et il l'a fait pour l'unique raison de tester ma maîtrise de soi. Il n'a aucun respect pour la vie humaine, et ma compassion pour les humains et donc par extension mon alimentation, ont toujours été un grand sujet de perplexité pour lui. J'ai parfois eu le sentiment qu'il me voyait comme un puzzle qu'il devait résoudre »

Son histoire sur l'humain en sang m'horrifia. A défaut d'autre chose, la personnalité d'Aro est devenue alors plus claire pour moi.

« Il peut te respecter dans une certaine mesure, mais si cela n'est pas suffisant ? » demandai-je. Il ne répondit pas. « Si tu me regardes dans les yeux et me dis que mes inquiétudes sont complètement déraisonnables, alors je te croirais et oublierais cette affaire » Je soutins son regard en sachant qu'il ne me mentirait pas.

Carlisle resta silencieux un long moment avant de parler. « Tes inquiétudes sont fondées sur des bases solides, admit-il finalement. Je crois que l'idée d'avoir quelqu'un comme Jasper, Alice ou Edward dans sa garde serait au-delà de la tentation pour Aro. Mais même ainsi… je ne suis pas tout à fait prêt à croire que les Volturi outrepasseraient leurs droits en recrutant quelqu'un de force.

– Je n'essaie pas de te faire croire que je connais ou comprend plus de choses sur ce sujet. La vérité est que je sais très peu de choses. Mais pourquoi auraient-ils besoin de quelqu'un comme Chelsea s'ils n'ont jamais forcé quelqu'un à les rejoindre, sans parler de forcer quelqu'un à rester ?

– C'est un très bon argument, admit-il. Et je ne dis pas que quelque chose comme ça ne s'est jamais produit auparavant. Il est très probable que ce soit le cas. Mais comme je te l'ai dit plus tôt, Aro et moi nous nous sommes séparés en bons termes. J'ai confiance en cette connaissance mutuelle et complexe que nous avons nouée autrefois » Il s'arrêta. « Je ne veux pas minimiser ou ignorer tes inquiétudes Bella. Tu soulèves un point important. Et tu as raison : je ne fais pas confiance à Aro. Il peut être impitoyable, et quand il s'agit de vampires avec des pouvoirs spéciaux, il est aussi très gourmand » Il hésita. « J'avoue qu'il y a quelques jours, j'ai envisagé l'idée de les approcher avant qu'ils ne prennent la décision de venir ici. Non seulement parce que ce serait mieux si les Volturi ou l'un des gardes n'entrent jamais en contact avec Alice, Jasper ou Edward – et encore moins toi – mais cela nous ferait également gagner du temps. Si nous devions les informer que tu es toujours humaine mais que nous avons l'intention de te transformer tôt ou tard, cela pourrait les maintenir satisfait un certain temps et alléger la pression.

– Qu'as-tu en tête alors ? demandai-je. Envisages-tu de leur rendre visite ?

– J'y ai pensé. Aro n'aurait qu'à toucher ma main pour savoir que je suis sincère. Et leur rendre visite serait plus rapide que d'envoyer une lettre.

– Ils n'ont pas de téléphone portable alors ? demandai-je sèchement. Ou des comptes WhatsApp ? »

Cela fit rire Carlisle ; le son était intrigant. « Je ne pense pas. D'une certaine manière, ils sont assez détachés du monde qui les entoure. Ils existent depuis des milliers d'années, et j'imagine que cela les rend presque indifférents face à toutes sortes de changements et d'évolutions modernes »

J'ai réfléchi à sa suggestion. « Je n'aime pas l'idée que tu y ailles, admis-je. Pas seul tout du moins.

– Eleazar aurait été plus que disposé à m'accompagner. Je lui en ai déjà parlé en fait » Il frotta doucement ses jointures le long de ma joue. « Je dois dire que te voir t'inquiéter pour moi est… touchant.

– Bien sûr que je suis inquiète, déclarai-je. De jour en jour, je suis de plus en plus convaincue que nous avons affaire à des psychopathes au lieu d'un clan d'anciens vampires un peu paranos à propos des règles. Comme si je t'aurais laissé y aller seul » Je lui jetai un coup d'œil. « Tu n'envisagerais pas l'idée de m'emmener avec toi, pas vrai ? »

Il secoua immédiatement la tête. « En aucun cas. De plus, cette conversation est hautement spéculative. L'idée de leur rendre visite n'était que cela – une idée. Et cela ne deviendra probablement pas plus que ça »

Je n'étais pas surprise qu'il n'envisage pas de m'emmener avec lui. J'ai décidé de ne pas en discuter cependant – on doit choisir ses batailles, et je perdrais sûrement celle-ci.

L'ombre d'une pensée commença à me hanter, mais ne se matérialisa pas au début. Mais alors que j'étudiais attentivement le visage de Carlisle tout en notant le froncement de sourcils troublé sur son visage, j'ai commencé à avoir le sentiment qu'il y avait quelque chose qu'il avait oublié.

« Pourquoi ne m'as-tu rien dit avant, au sujet de ton idée de rendre visite aux Volturi ? demandai-je avec l'intention de découvrir ce qu'il ne m'avait pas dit. Si tu en as parlé avec Eleazar, tu as dû sérieusement l'envisager à un moment donné. Et tu as dit qu'Eleazar aurait été plus que disposé à t'accompagner. Cela signifie-t-il que tu n'envisages plus de leur rendre visite ? »

Carlisle rencontra mon regard. Il y avait quelque chose dans ses yeux que je n'avais jamais vu auparavant. C'était quelque chose de plus profond que l'inquiétude ou l'incertitude, et cette lueur dans ses yeux m'inquiétait plus que tout autre chose jusqu'à présent.

« Rien n'échappe à ton attention pas vrai ? » demanda-t-il doucement. Il y avait un sourire sur ses lèvres ; il semblait partagé entre amusement et inquiétude.

« Qu'est-ce qu'il y a ? demandai-je. Qu'est-ce que tu ne m'as pas dit ? »

Il soupira, s'appuyant contre le canapé. Je dus me retourner pour voir son visage, et j'ai ramené mes jambes sous moi tout en rapprochant mon corps de lui.

Lorsque Carlisle commença à parler, il ne me regarda pas au début. Sa voix était calme, d'une résolution placide. « La semaine dernière quand j'ai commencé à envisager le fait de rendre visite aux Volturi, je voulais entendre l'opinion d'Alice sur la question. Je lui ai demandé si elle pouvait voir Eleazar et moi voyager en Italie, et je voulais savoir quel genre d'impact notre visite aurait sur l'avenir. Pour une quelconque raison, elle avait du mal à voir le résultat de notre visite – c'était peut-être seulement parce que je pensais à cette idée à l'époque et que je n'avais pas vraiment pris la décision de partir.

– Alors… elle ne pouvait pas vous voir, toi et Eleazar aller en Italie ?

– En réalité, elle l'a vu. Cela lui a pris plusieurs heures de concentration, mais elle a réussi à nous voir rapidement à Volterra – c'est la ville dans laquelle les Volturi résident – mais la vision était très courte et obscure. Cela nous a évidemment confondus tous les deux, mais ce qui nous a encore plus dérouté, c'est qu'elle pouvait voir Edward avec nous là-bas.

– Edward ? demandai-je. N'est-il pas en Alaska ? »

Carlisle acquiesça. « Je l'ai contacté à ce sujet. Il était aussi confus que nous.

– Qu'est-ce que ça veut dire alors ? » demandai-je.

Il secoua la tête. « Je ne sais pas » Il fronça de nouveau les sourcils, et cette lueur étrange s'épanouit à nouveau dans ses yeux – cette lueur qui était comme entre l'inquiétude ou l'incertitude mais en bien plus profond.

« Il y a plus, pas vrai ? » demandai-je.

Il poussa un profond soupir et tourna la tête pour me regarder, tendant la main pour remettre une mèche de cheveux derrière mon oreille. « Qu'est-ce qui te fait penser ça ? demanda-t-il.

– Je peux le voir dans tes yeux, lui dis-je. Carlisle, peu importe ce que c'est, je veux savoir. Me garder dans le noir, n'aidera pas.

– Cela n'aidera pas non plus si je t'inquiète encore plus. Tu as déjà suffisamment de choses en tête.

– Dis-moi, demandai-je. Savoir qu'il y a quelque chose que tu occultes me fait me sentir bien pire »

Il sembla considérer mes paroles. Ses doigts ont commencé à paresseusement jouer avec une mèche de mes cheveux, et quand il commença à parler, sa voix était de nouveau résolument placide. « La vision qu'Alice a de toi… celle où tu es attaquée par quelqu'un… » Il expira. « Elle n'a pas changé. Elle est restée la même malgré le fait que j'ai envisagé de rendre visite aux Volturi »

Je suis restée silencieuse pendant un moment. « Tout comme ma décision de devenir vampire n'a pas eu d'effet sur elle » J'ai secoué la tête en émettant un rire désabusé. « C'est comme si j'étais marquée par le désastre. Et si ce que j'ai dit une fois à ce propos était juste ? Et si nous rendions les choses plus difficiles qu'elles ne le sont vraiment ? Peut-être que cela n'a pas d'importance ce que je décide – ou ce que n'importe qui d'autre décide d'ailleurs. Et si la vision qu'Alice a de moi signifie qu'il n'y a aucun moyen de contourner ça. Peut-être qu'elle continue d'avoir cette vision de moi parce que cela deviendra mon avenir et ce quoi qu'il arrive »

Carlisle ne m'a pas regardé. Il est resté assis et complètement immobile ainsi que silencieux pendant un moment. Je ne pouvais pas reconnaître le regard sur son visage ; je ne l'avais jamais vu auparavant.

Et puis d'un mouvement fluide, il se leva du canapé. Je le regardai alors qu'il commençait à marcher dans le salon, la lueur dans ses yeux dorés ne m'étant toujours pas habituelle. C'était quelque chose comme de l'angoisse, ou de l'incertitude, ou de la détresse, ou peut-être une combinaison des trois.

Je me suis levée lentement et je suis allée vers lui. Il arrêta son rythme alors que je touchais son coude.

« Je suis désolée, lui dis-je doucement. Je ne voulais pas te bouleverser »

Carlisle laissa échapper une profonde inspiration silencieuse. Il prit ma main dans la sienne et entrelaça nos doigts mais ne rencontra pas mes yeux. « Parfois, je suis tenté de te transformer tout de suite sans attendre la décision des Volturi, confessa-t-il d'une voix feutrée. De cette façon, je pourrais m'assurer que tu es en sécurité et qu'aucun danger ne te menace. Peut-être as-tu raison – peut-être qu'attendre le dernier moment est imprudent.

– Qu'est-ce qui t'empêche de me transformer alors ? demandai-je en me demandant depuis combien de temps il nourrissait ce genre de pensées. Et pourquoi n'as-tu rien dit avant ? »

Une expression pensive est venue sur ses traits. « Je voulais te donner le plus de temps possible. Ce serait mal d'agir autrement. Je voulais aussi te donner une chance de rester le plus longtemps possible en contact avec tes parents – je sais que tu ne veux plus les voir, mais même ainsi, je n'ai pas voulu t'enlever ces derniers instants » Il fit une pause, amenant sa main libre sur le côté de mon cou et passant son pouce sur ma mâchoire. « Il y a aussi la question de la préparation. Des dispositions doivent être prises. Tu dois décider quoi faire de ta librairie – encore une chose que je ne veux pas que tu abandonnes plus tôt que tu ne devrais – et tu dois rompre le bail de ton logement et donner l'impression que tu t'éloignes ou que tu recommences à voyager comme tu l'as suggéré »

J'ai hoché la tête, sentant un coup d'agonie me transpercer le cœur. « Que se passerait-il alors ? » demandai-je. Ma voix était plus calme qu'elle n'aurait dû. « Vais-je venir à Ithaca ?

– Ce serait mieux si nous t'emmenions à Denali, répondit Carlisle. Eleazar et Carmen l'ont suggéré. Je pense que l'idée vaut la peine d'être considérée. Ils vivent dans un endroit très isolé. Notre maison à Ithaca est également isolée, mais je pense que ton année de nouveau-né serait plus facile en Alaska. Il y a de nombreuses zones inhabitées là-bas, et tu serais plus à l'écart des humains qu'à Ithaca »

Je pris une profonde inspiration tout en hochant mécaniquement la tête. « C'est vrai »

Il est resté silencieux pendant un moment. J'étais contente qu'il n'ait pas évoqué le sujet de ma mort qui devrait tôt ou tard être mise en scène d'une manière ou d'une autre. Peut-être savait-il que c'était une chose que je ne pouvais gérer en ce moment. Même y penser était angoissant.

Carlisle plaça ses doigts sous mon menton et inclina ma tête pour que je le regarde. « Je ne te presse à rien, me rappela-t-il doucement comme je ne disais rien. Cette conversation peut attendre.

– Je sais que tu ne veux pas que je me précipite, lui assurai-je. Mais tu as raison je dois vraiment commencer à réfléchir à ces choses. Prendre des dispositions pourrait prendre du temps, et si les Volturi prennent soudainement la décision de venir ici, le temps pourrait être quelque chose que nous n'aurons pas » Je déglutis. « Je vais commencer à travailler sur ces choses avec Alice quand je la verrai demain » Je mordis l'intérieur de ma joue, sentant des larmes s'accumuler dans mes yeux.

La main de Carlisle vint caresser ma joue, et avant que je ne m'en rende compte, il m'avait attirée vers lui. Je pris une profonde inspiration contre sa poitrine tandis que je sentais ses bras frais s'enrouler autour de mon corps.

« Je n'aurais pas dû en parler, murmura-t-il dans mes cheveux.

– Il fallait que ce soit évoqué, répondis-je. Et tu es si gentil, tu veux me donner plus de temps, mais… la vérité est que nous n'avons aucun contrôle sur ça, peu importe combien nous le voudrions. Je vis déjà en sursis – et ce depuis que les Volturi ont tué Victoria – et je ne pense pas qu'il soit sage d'essayer d'en demander plus. Je devrais être satisfaite du temps qui m'a été accordé »

Je sentis son menton effleurer ma tempe. « Mais je voulais t'en donner tellement plus, murmura-t-il.

– Tu l'as fait, soulignai-je. Tu me donnes une éternité. C'est une chose que la plupart ne font que rêver » Je reculai légèrement pour encadrer son visage avec mes mains. Il tendit la main afin d'essuyer une larme sur ma joue.

« Mais est-ce que ça en vaut la peine ? demanda-t-il en chuchotant toujours. Si en retour, tu perds tout ce qui est important pour toi…

– Pas tout, m'opposai-je. Je t'aurais. C'est plus que je ne pourrais jamais demander. C'est la seule raison pour laquelle j'ose même espérer traverser cette situation en étant entière et non brisée »

Il inclina la tête, appuyant son front contre le mien. J'ai fermé les yeux, laissant les larmes couler sur mes joues, mais il attrapa chacune d'entre elles avant qu'elles ne puissent tomber. Cela me faisait me sentir étrangement calme malgré la tempête qui déferlait en moi. Savoir qu'il y avait quelqu'un pour attraper chaque larme versée… ce genre de certitude avait juste un certain impact sur soi. Cela m'apaisait et me réconfortait de le savoir, même dans des moments comme celui-ci. Surtout dans des moments comme celui-ci.

« Merci », m'entendis-je murmurer.

Il y avait de la peine dans le rire doux et bref de Carlisle. « Pour quoi ?

– D'être là », répondis-je.

Un autre petit rire doux quitta ses lèvres. Il n'était pas triste cette fois cependant. Il se recula pour me regarder, ses mains fraîches essuyant l'humidité restante de mes joues. « Je ne voudrais être nulle part ailleurs », assura-t-il.

Et alors qu'il se penchait pour m'embrasser, je pensai que malgré le fait que la lumière la plus brillante projetait l'ombre la plus sombre, malgré le fait que cette joie, ce bonheur avait un revers… indépendamment de ces choses, je savais qu'il n'y avait aucun autre endroit ou je préférerais être non plus.


Notes de l'auteur : ce chapitre s'est avéré un peu plus angst que je ne l'avais prévu. Je sais qu'il peut ressembler à un chapitre de remplissage, mais il y a en fait beaucoup de détails qui se révéleront importants à l'avenir (c'est tout ce que je vais dire maintenant cependant, hehe * sourire diabolique *)

Les mots d'Alice « Après quelques siècles, certains d'entre nous s'ennuient de temps à autre » est une référence à ses propos dans le livre New Moon. La phrase d'origine est « Mais, après quelque siècles, parfois l'un de nous s'ennuie » La ligne suivante est également de New Moon : « Il n'y a pas beaucoup de vampires suicidaires »

Pour ceux qui ne le savent pas, la compagne de Marcus qui a été mentionnée dans le chapitre s'appelait Didyme. Elle avait la capacité de rendre les autres autour d'elle incroyablement heureux. Elle était la sœur d'Aro et est décédée de la main de son propre frère (cela s'est produit vers 1000 av JC). Aro avait découvert que Marcus et Didyme prévoyaient de quitter les Volturi pour avoir leur propre vie, et comme on peut le deviner, il ne souhaitait pas qu'une telle chose arrive. Afin de garder Marcus dans le clan, Aro a tué sa propre sœur puis Chelsea a utilisé son don sur Marcus pour le maintenir dans le clan. Marcus ne s'est jamais remis de la mort de Didyme et n'a manifestement jamais eu aucune idée sur le fait qu'Aro était derrière sa mort.

Il est mentionné dans The Twilight Saga : The Official Illustrated Guide (page 159) qu'Aro aimait tester et pousser continuellement Carlisle, et en réalité, l'un des membres de la garde a un jour livré un corps humain sanguinolant à la bibliothèque où Carlisle étudiait, juste pour voir ce qu'il ferait. Je suis presque sûr que Carlisle n'a jamais approuvé ça…

Les propos de Bella à Carlisle « C'est comme si j'étais marquée par le désastre » est une référence à la Préface de Breaking Dawn. La citation originale est « Comme si j'étais vraiment marquée par le désastre »

Les paroles de Carlisle à Bella plus tôt dans le chapitre (et aussi la citation du début de chapitre) « Même les étoiles s'éteignent » est une référence à l'un de mes livres préférés : Revenge of the Sith de Matthew Stover. Je l'ai lu un million de fois sans jamais en avoir eu assez.

Des théories sur pourquoi la vision d'Alice de Bella ne change pas ?

NDT : alors cette petite discussion entre filles ? Alice était surexcitée et comme vous avez dû vous en douter déjà au courant pour Carlisle et Bella ! De son côté Bella semble inquiète, a-t-elle raison ou tort à votre avis ?