Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.

Merci à sochic88, noominaome et Paupau15 pour leurs reviews ! Pour ceux et celles qui ont un compte, je répondrais directement par leur messagerie ça évitera de faire des entêtes trop longs XD !

Lia : merci de ta review, et tu n'es pas la seule à t'interroger sur les rêves et cette vision d'Alice ; à savoir aussi si c'est vraiment les Volturi qui en sont à l'origine. Les Cullen et Bella sont autant dans le flou et en parle dans ce chapitre donc je te laisse découvrir tout ça ;) - contente que la longueur des chapitres te va, j'avais peur qu'ils soient trop longs et j'avais failli les couper au début mais finalement j'ai laissé tel quel car l'auteur les a publié de cette façon. Bon jeudi à toi et à dimanche je l'espère !


« Le plaisir est très rarement trouvé là où il est recherché.

Nos flammes les plus brillantes sont généralement allumées par des étincelles inattendues »

- Samuel Johnson -


Un soupir de désir

Les deux jours suivants se passèrent plus ou moins sans incident. Autant cela me tourmentait, je me suis quand même mise à planifier l'avenir de ma librairie avec Alice. Quelques semaines plus tôt, elle avait suggéré qu'elle pourrait acheter le magasin sous une fausse identité, puis d'embaucher quelqu'un pour le gérer, et elle pensait toujours que ce serait la meilleure solution. De cette façon, je n'aurais pas à abandonner complètement la librairie après être devenue vampire. Tout pourrait rester fondamentalement pareil.

La seule différence était que je ne pourrais plus y travailler.

Je n'arrêtais pas de me rappeler que ça pourrait être bien pire. De plus, je devais être raisonnable cela pourrait prendre des années avant que je ne puisse à nouveau être près des humains et agir comme une personne normale. Et même après ça, il faudra même du temps avant que je ne puisse même envisager l'idée de retourner à Buffalo. Étant donné que ma mort devait être mise en scène à un moment donné, il faudrait des décennies avant que je ne puisse revenir ici. Tout bien considéré, je ne pouvais que prendre sur moi et l'accepter.

Plus facile à dire qu'à faire.

« Tu devras bientôt en parler à tes parents », me rappela doucement Alice. Elle était assise en tailleur sur le comptoir de la librairie et me regardait déballer une livraison de livres. « Dis-leur que tu as décidé de vendre ta librairie en raison de problèmes financiers, mais que tu as pris des dispositions avec le nouveau propriétaire afin que tu puisses continuer à y travailler. De cette façon, cela ne fera pas trop sourciller – je suis certaine que tes parents auraient trouvé étrange si tu décidais soudainement d'abandonner ton travail juste comme ça »

J'ai hoché la tête, approuvant doucement. « Je leur ai déjà dit à tous les deux que j'avais envisagé de trouver un partenaire commercial ou autre afin d'avoir plus de temps pour moi. Donc ce ne sera pas une énorme surprise pour chacun d'entre eux. Je ne pense pas qu'ils vont suspecter quoi que ce soit.

– Bien. Ensuite, après un certain temps, tu dois donner l'impression que tu souhaites prendre un peu de temps pour toi – ou mieux encore, démissionner de ton emploi, poursuivit-elle. Dis-leur que tu as besoin de changement dans ta vie ou autre, et que tu économisais depuis quelques mois pour voyager »

J'ai hoché de nouveau la tête. « De cette façon, ils n'auront aucune raison de demander pourquoi j'abandonne mon appartement.

– Exactement.

– Et qu'en est-il… » Ma bouche devint sèche et je commençai à me sentir étrangement déconnectée. « Et… après ça ? »

Alice savait ce que je voulais dire. Ses yeux étaient compatissants. « Nous devrons faire croire qu'il y a eu un accident. C'est quelque chose sur lequel nous allons devoir travailler car il ne restera plus de corps. A moins que… » Elle s'arrêta, hésitant. « A moins que tu ne veuilles juste… disparaître »

J'ai secoué la tête. « Je ne pense pas que je pourrais faire ça à mes parents. Je ne peux pas supporter l'idée de les condamner à ce genre de vie. Ils auraient à vivre dans l'incertitude pour le reste de leur vie, se demandant ce qui m'est arrivée…

– L'incertitude pourrait aussi leur donner de l'espoir, fit remarquer doucement Alice. Tant qu'ils ne peuvent pas être absolument sûrs que tu es morte, il y aura toujours de l'espoir. Peut-être que cela les aidera en quelque sorte »

J'ai secoué la tête. « Cet espoir deviendrait finalement un tourment » Je laissai échapper un soupir. « Je ne pense pas que ce soit le genre de destin que je choisirais pour eux. Et en plus, Charlie est flic. Il va commencer à enquêter. Et il n'abandonnera pas tant que chaque pierre n'aura pas été retournée. Il ne sera pas en paix avec lui-même tant qu'il n'aura pas trouvé ce qu'il m'est arrivé » J'ai commencé à placer les livres sur l'étagère sans vraiment prêter attention à ce que je faisais. « Pourquoi choisirais-je de ne pas lui donner cette paix ? » demandai-je doucement.

Alice me regardait tranquillement, avec une douleur dans ses yeux dorés. « N'oublie pas que rien de tout ça ne doit se produire immédiatement après ta transformation. Tu pourrais dire à tes parents que tu as décidé de voyager à l'étranger. De cette façon, tu pourrais le reporter à plusieurs mois, voire années »

Je savais qu'elle faisait de son mieux pour me réconforter et je lui en étais reconnaissante. « J'imagine, murmurai-je. Je n'ai jamais été très douée pour remettre les choses à plus tard. Et si je décidais de le faire… alors je devrais me demander si je le fais en réalité pour moi ou pour eux.

– Je ne pense pas que ça compte Bella, répondit-elle doucement. Un moment de répit est quelque chose que tu devrais te permettre. Tu es assez sous pression.

– J'y penserai », lui dis-je mais dans mon esprit, je savais déjà ce que j'avais décidé de faire.

Prenant une profonde inspiration, j'ai essayé de me concentrer une fois de plus sur les livres. Alice laissa tomber le sujet et commença à parler d'autres choses. Elle m'a dit qu'Esmée et Miguel avaient appelé la veille. Ils étaient toujours en voyage de noces – quelque part à Firenze pour le moment – et je me demandai distraitement pourquoi ils avaient choisi un endroit aussi ensoleillé. Peut-être restaient-ils à l'intérieur pendant les journées et ne sortaient-ils qu'au coucher du soleil.

Alice était devenue silencieuse durant mon débat intérieur, et je remarquai maintenant qu'elle s'était tendue et que ses yeux étaient vagues. Une seconde ou deux plus tard, elle se détendit et se tourna pour regarder la porte comme si elle attendait quelque chose.

Je n'eus pas le temps de demander quoi que ce soit car la clochette au-dessus de la porte tinta doucement. Au lieu de sauter du comptoir, Alice est restée là où elle était et a souri à la personne qui entrait, et je compris que ce n'était pas un client. Les bras toujours chargés de livres, je suis sortie de derrière l'étagère qui me bloquait la vue sur la porte.

C'était Carlisle qui était entré. Il y avait un sourire sur ses lèvres tandis que j'apparaissais de derrière les rayonnages, mais ce sourire vacilla lorsqu'il me regarda de plus près.

« Est-ce que tout va bien ? » demanda-t-il en notant mon expression grave.

J'ai hoché la tête, n'ayant soudain pas la force d'expliquer par quel genre de montagnes russes émotionnelles j'étais passée en discutant de l'avenir de ma librairie. Mais je vis dans les yeux de Carlisle qu'il connaissait probablement la cause de mon état d'esprit.

« Je ne m'attendais pas à te voir maintenant », dis-je pour changer de sujet. On était en plein après-midi et généralement il ne venait me voir qu'après le magasin fermé. Non pas que je m'en plaignais.

« Emmett et Rosalie m'ont déposé sur leur chemin, répondit Carlisle et il jeta un coup d'œil à Alice.

– Alors elle a décidé d'y aller après tout ? » murmura-t-elle presque pour elle-même.

Pour une quelconque raison, le sourire de Carlisle était triste. « J'imagine que tu le savais mieux qu'elle, comme toujours. De savoir si elle allait s'y rendre ou non.

– Crois-moi, c'est quelque chose que j'ai eu du mal à prévoir, répondit-elle. Elle a continué de faire des allers-retours à ce sujet. Mais Rosalie a toujours été imprévisible. Je suis heureuse qu'elle ait emmené Emmett avec elle.

– Il n'aurait pas été sage de la laisser y aller toute seule », déclara Carlisle. Son ton était réfléchi, mais aussi légèrement douloureux, tout comme son sourire l'avait été.

« Aller où ? » intervins-je en me demandant de quoi ils parlaient. Rosalie et Emmett avaient-ils quitté Ithaca ?

« Emmett et Rosalie ont décidé de se rendre à Rochester, expliqua Alice. Ils seront de retour ce soir.

– Oh » Je me posai toujours des questions sur leur conversation particulière, mais je décidai de ne pas m'immiscer. Alice devina cependant la direction de mes pensées.

« Rosalie vivait là-bas, expliqua-t-elle. Quand elle était humaine je veux dire. Elle n'y est jamais retournée durant sa vie de vampire, mais maintenant, elle a décidé qu'il était temps »

Je me suis souvenue que Carlisle m'avait dit une fois que Rosalie avait été transformée en vampire dans des circonstances difficiles. J'avais eu l'impression qu'il y en avait eu beaucoup plus à dire, mais je n'avais jamais eu le temps de poser des questions à ce sujet. J'ai haussé les épaules et je pensai que ces choses arriveraient en temps voulu. Puis je suis retournée déballer la livraison. Je me suis penchée pour ouvrir une autre boîte avec un cutter et lorsque je me suis redressée, Carlisle se tenait à mes côtés. Il me donna un regard pénétrant puis tendit la main pour toucher ma joue du bout des doigts.

« Comment a été ta journée ? » demanda-t-il d'une voix douce. Il y avait de l'inquiétude dans ses yeux.

Je me penchai vers son contact. « Très bien, répondis-je. Alice et moi… faisions des plans »

Il hocha la tête, comprenant. Une ride apparut entre ses sourcils.

« Et ta journée ? » demandai-je en retour.

Les yeux de Carlisle s'adoucirent. « Solitaire », répondit-il en frottant le dos de ses doigts contre ma joue.

Malgré mon humeur plus ou moins sombre, je ne pus m'empêcher de sourire. Je fermai momentanément les yeux tout en saisissant sa main qui caressait toujours ma joue pour l'y maintenir.

Puis, j'ai regardé sur le côté, soudain gênée. Carlisle suivit mon regard.

Alice était toujours assise en tailleur sur le comptoir avec un sourire au-delà de la satisfaction. Avec ses cheveux noirs hérissés et ses vêtements de créateurs sombres, elle ressemblait à la cousine espiègle et légèrement mal élevée de Cupidon.

« Ne vous arrêtez pas pour moi, dit-elle innocemment. Ce n'est pas comme si c'était quelque chose que je n'avais jamais vu auparavant. Sans mauvais jeu de mots »

Carlisle gloussa. J'ai soupiré.

« Sérieusement, dit-elle en souriant toujours. Ne vous occupez pas de moi. Continuez.

– Comment as-tu convaincu Jasper de t'épouser, je ne le saurai jamais », lui dis-je en roulant des yeux et gagnant un autre sourire amusé de Carlisle.

Alice soupira, faisant semblant d'être offensée. Après m'avoir donné un sourire de plus, Carlisle se tourna vers elle et tendit quelque chose. C'était un journal plié – je ne l'avais pas remarqué jusqu'à présent. « En parlant de Jasper, dit-il tout en traversant la courte distance jusqu'à Alice et lui passant le journal. Cela pourrait l'intéresser – et toi aussi bien sûr. Page quinze »

Elle le prit, commençant à parcourir le journal puis s'arrêtant pour lire l'un des articles. Ses yeux bougèrent rapidement et bientôt elle fronça les sourcils. « Eleazar est-il au courant ? »

Carlisle acquiesça. « Je l'ai appelé ce matin. Il était déjà au courant de la situation. Le journal a quelques jours après tout »

Ma curiosité reprit le dessus et j'abandonnai les boîtes à moitié déballées puis je plaçai le cutter sur l'une des étagères. Je fis le tour du comptoir et commençai à lire le titre par-dessus l'épaule d'Alice.

LE NOMBRE DE DÉCÈS EN AUGMENTATION, LA POLICE CRAINT L'ACTIVITÉ D'UN GANG

L'article de presse portait sur plusieurs homicides non résolus à Anchorage en Alaska. Tous s'étaient produits au cours des deux dernières semaines. J'ai scanné rapidement l'article des yeux et j'ai également froncé les sourcils. Pas par souci comme Alice, mais par confusion.

Quand j'eus fini de lire et levai les yeux, je remarquai que Carlisle me regardait de près.

« Qu'est-ce que cela a à avoir avec quoi que ce soit ? » demandai-je, même si j'avais déjà commencé à comprendre pourquoi l'article avait retenu leur intérêt.

Carlisle chercha ses mots tandis que son expression était grave. « Tu serais surprise de voir combien de fois les vampires sont à l'origine des horreurs de l'actualité humaine, déclara-t-il calmement.

– Un vampire a fait ça ? demandai-je en recevant la confirmation de mes pensées précédentes. Comment peux-tu en être si sûr ? »

Ce fut Alice qui répondit elle regardait toujours attentivement l'article. « C'est facile à reconnaître quand on sait quoi chercher » Elle leva les yeux vers Carlisle. « Un nouveau-né ? »

Il acquiesça. « Tous les signes sont là. Les disparitions étranges, toujours dans la nuit, les cadavres mal disposés, le manque d'autres preuves… oui quelqu'un de tout jeune »

J'ai froncé les sourcils à l'article. « Mais… et celui qui l'a créé ? demandai-je. Vous m'avez dit une fois que si quelqu'un crée un vampire, c'est sa responsabilité de s'en occuper »

Il acquiesça. « C'est vrai.

– Alors pourquoi… ? commençai-je à demander.

– Quelqu'un a été négligent ou autrement désordonné, avança Alice. Peut-être n'était-ce pas l'intention du vampire de transformer sa victime. Après tout, c'est comme ça que Miguel est devenu vampire. Celui qui l'a transformé voulait seulement se nourrir de lui, mais n'a pas terminé le travail. Il était à peine vivant lorsque la transformation a commencé – c'est une chance que son cœur n'ait pas lâché au milieu du processus. Peut-être que quelque chose de similaire s'est produit ici.

– Ça vaut la peine d'être considéré », admit Carlisle. Puis il me jeta un coup d'œil. Apparemment, j'avais l'air inquiète. « Nous prêtons attention à ces choses lorsqu'elles se produisent près de chez nous – il y a eu des moments où nous avons été forcés de déménager à cause des habitudes de chasse imprudentes de quelqu'un d'autre. Et cet article en particulier a attiré mon attention parce qu'il se produit relativement proche des Denali. Il n'y a aucune raison de s'inquiéter.

– Excepté si… », commença Alice, hésitante. Carlisle et moi la regardâmes. « Si cela continue, les Volturi interviendront dans peu de temps. Aro pourrait envoyer quelqu'un de sa garde pour s'occuper du nouveau-né. Puisqu'ils ne seraient pas loin, ils pourraient décider de vérifier au sujet de Bella aussi »

Carlisle hocha la tête tandis que son expression restait grave. « J'y ai pensé. Eleazar a promis de garder un œil sur la situation. Il est possible que les choses se calment à partir de maintenant – il n'y a pas eu de rapports de nouveaux cas aux nouvelles au cours des deux derniers jours. Si cela continue de cette façon, les Volturi laisseront passer. Pour autant que nous le sachions, cela pourrait même ne pas être un nouveau-né »

Les propos suivants d'Alice me firent frissonner. « Mais il y a quelqu'un. Et s'il y a plus d'attaques qui finissent dans les nouvelles humaines, les Volturi ne le toléreront pas très longtemps »

Ils jetèrent tous deux des regards dans ma direction. Ce soudain rebondissement me fit me sentir mal à l'aise. Cela me fit aussi réaliser que les vampires étaient des participants beaucoup plus importants dans ce monde que je ne l'avais pensé. Combien de fois l'homme normal en avait-il croisé sans le savoir ? Combien de morts, signalés inconsciemment comme des crimes ou des accidents, étaient réellement dus à leur soif ? A quel point ce monde serait-il rempli quand je l'aurais finalement rejoint ?

J'entendis à peine le reste de la conversation entre Carlisle et Alice, tellement j'étais perdue dans mes pensées.

« Je vais donner ça à Jasper, dit Alice en pliant le journal en deux. J'espère qu'Edward ne fait rien de stupide »

Ses mots éclatèrent ma bulle de songes. « Que veux-tu dire ? »

Elle haussa les épaules. « Il a quitté les Denali hier.

– Où va-t-il ? demandai-je. Sait-il ce qu'il se passe à Anchorage ? »

Ce fut Carlisle qui répondit. « J'ai essayé de l'appeler, mais il n'a pas répondu. Je suis sûr qu'Eleazar a soulevé cette question avec lui cependant. Je ne sais pas si c'est une bonne idée pour être honnête » Je dus avoir l'air confuse car il commença à expliquer. « Edward arrivera à la même conclusion que nous. Si ce vampire, qu'il soit nouveau-né ou non, n'apprend pas à se contrôler autour des humains, il attirera l'attention des Volturi. Edward le sait et évidemment il ne souhaite pas plus que nous recevoir une visite des Volturi.

– Évidemment, dit sèchement Alice. Tout ce qui pourrait être un élément déclencheur pour transformer Bella est désagréable pour lui.

– Êtes-vous en train de dire qu'il pourrait essayer de chercher ce vampire ? demandai-je. Juste pour empêcher les Volturi d'interférer ? »

Carlisle fronça les sourcils. « Puisqu'il y a une raison de soupçonner qu'un nouveau-né est impliqué, je ne crois pas qu'Edward ferait quelque chose d'aussi stupide que d'essayer de le trouver. Il sait que ce serait trop dangereux. Comme tu le sais, les vampires sont à leur plus haut niveau de force au début de cette nouvelle vie. Parfois, il faut plusieurs vampires pour maintenir un nouveau-né sous contrôle – du fait de leur force. C'est cette force brute et leur sauvagerie qui les rendent très difficiles à contrôler. Ils sont esclaves de leur instinct. Ils sont esclaves de leur soif »

Je détournai les yeux de ses yeux dorés, réalisant que la créature qu'il décrivait serait moi un jour.

« Autant que je sache, il n'a pas pris la décision consciente de chercher ce vampire, murmura Alice. Il est toujours quelque part en Alaska. Il est entouré de montages… et il y a beaucoup de neige » Elle fronça les sourcils.

« Quoi ? » demandai-je.

Elle secoua la tête. « Rien. Cela me dérange un peu qu'il ait encore des doutes sur notre situation. Il remet en question notre théorie selon laquelle les Volturi sont la raison derrière la vision que je continue d'avoir de toi.

– Mais qui d'autre cela pourrait-il être ? » demandai-je.

Alice haussa les épaules. « Exactement.

– Sur quoi se fonde-t-il ? » interrogeai-je.

Elle fronça les sourcils. « Eh bien, il trouve juste que le tout n'est pas logique. Il pense que si les Volturi sont derrière ma vision, ils auraient dû faire quelque chose depuis le temps. J'admets que leur inactivité commence également à me déranger aussi.

– Comment ça ? Tout le monde m'a dit qu'ils ne voient pas le temps comme les humains et que quelques années ici ou là ne signifient rien pour eux.

– C'est vrai. Mais penses-y ça fait des mois que j'ai eu cette vision de toi pour la première fois. Si les Volturi ont pensé à faire quelque chose à ton sujet l'automne dernier, pourquoi n'ont-ils pas continué alors ? Pourquoi j'ai eu cette vision de toi si tôt si Aro n'avait pas l'intention d'envoyer quelqu'un pour s'occuper de toi avant plusieurs mois, voire plusieurs années ?

– Ce n'était peut-être qu'une pensée passagère. Pas une décision arrêtée, suggéra Carlisle. Cependant, cela a juste été suffisant pour te faire avoir cette vision. Cela expliquerait pourquoi elle reste si vague. Aro a peut-être pensé à envoyer quelqu'un pour voir quelle était la situation au cours des mois à venir mais a reporté ses plans. Il pourrait aussi penser qu'il y ait une chance que Bella soit déjà vampire et donc la surveiller n'est pas une priorité.

– Pourquoi penserait-il que je pourrais être un vampire ? demandai-je.

– Parce que Victoria a eu l'impression que tu étais sous notre protection ces dernières années – c'est pourquoi elle a levé cette armée après tout. Peut-être croyait-elle que notre plan était de faire de toi une des nôtres tôt ou tard. Aro est au courant de tout ça s'il a lu dans ses pensées le jour où elle et son armée ont été détruites.

– C'est une autre chose que dérange Edward, intervint Alice tandis que ses yeux étaient pensifs. Que nous ne savons pas avec certitude si Aro était là lorsque Victoria a été exécutée. Il avait même demandé l'avis de Jasper si nous devions essayer de retrouver ce nomade qu'ils avaient rencontré avant Noël »

J'ai froncé les sourcils. « Le nomade qui faisait partie de l'armée de Victoria ? Celui qui a réussi à éviter l'exécution des Volturi ? »

Alice acquiesça. « Pas que le retrouver soit facile. Nous aurions besoin d'Alistair pour ça.

– Pourquoi voudrait-il trouver ce nomade ? Qu'est-ce qu'il espère accomplir ?

– Il voulait avoir une conversation approfondie avec lui. Lorsqu'il a été retrouvé par Edward et Jasper tous ces mois auparavant à Seattle, il a refusé de parler par peur. La seule raison pour laquelle nous savons quelque chose sur Victoria et la destruction de son armée, est parce qu'Edward l'avait lu dans l'esprit de ce nomade. Mais comme tu t'en souviens peut-être, ils n'ont rien pu tirer de lui avant qu'il ne s'enfuie. Cela dérangeait toujours Edward de ne pas être certain de savoir qui des Volturi étaient présents lorsque Victoria et son armée ont été détruites. S'il était avéré qu'Aro n'était pas là et qu'il n'ait donc pas lu l'esprit de Victoria, nous n'aurions que peu de raisons de croire qu'il sait même que tu es humaine.

– Mais même si Aro n'était pas là, il a été confirmé qu'au moins quatre des gardes y étaient, souligna Carlisle. Ils ont peut-être interrogé Victoria avant de la détruire. Qui peut dire qu'elle ne leur a pas dit pourquoi elle avait créé cette armée ? Elle connaissait probablement quel serait son sort peut-être voulait-elle s'assurer qu'elle emmènerait Bella avec elle, et nous aussi par la même occasion. Elle aurait pu dire aux gardes qui étaient présents que nous avions enfreint la loi en laissant un humain connaître notre secret. Par conséquent, la présence d'Aro est sans importance.

– Je suis d'accord, approuva Alice avec les yeux toujours pensifs, mais tu connais Edward. Il veut en être certain. Il ne veut rien fonder sur des suppositions. Il veut juste que nous examinions toutes les possibilités » Elle s'arrêta. « C'est pourquoi j'espère toujours qu'il ne fait rien d'irréfléchi.

– Tu sais ce qu'il fait maintenant ? demandai-je. Qu'est-ce qui l'a poussé à quitter les Denali ? Pourquoi n'y est-il pas resté plus longtemps ? »

Elle haussa les épaules, puis m'adressa un sourire ironique. « Il… boude. C'est ce que je pense. Je pense qu'il veut juste être seul pendant un moment »

Carlisle et moi nous nous sommes regardés. Nous nous sentions probablement tous deux comme en quelque sorte responsables de l'état d'esprit actuel d'Edward.

« Oh allez, vous deux, soupira Alice. Ce n'est pas votre faute. Edward finira par avancer. Cela peut prendre du temps, mais cela arrivera. Et en plus, se languir de Bella n'est pas la seule raison pour laquelle il a quitté les Denali. Il commençait à se sentir mal à l'aise avec Tanya »

J'ai froncé les sourcils. « Pourquoi ? »

Elle pencha la tête sur le côté tout en faisant un rictus. « Disons simplement qu'Edward donnerait pratiquement n'importe quoi – même son piano le plus cher – pour ne plus entendre chaque pensées dans la tête de Tanya »

Au début, je fronçai les sourcils avec confusion, mais ensuite la compréhension me vint. Je me souvenais de la vampire aux cheveux blond vénitien au mariage de Miguel et Esmée, comment elle s'était précipitée pour embrasser Edward et comment il avait semblé pressé de s'en éloigner.

Je secouai la tête, amusée. « Eh bien, c'est adorable »

Alice rit. « N'est-ce pas ? Dommage qu'Edward ne soit pas intéressé »

Je ris sèchement et haussai les sourcils quand Alice sauta soudainement du comptoir.

« Il y a un client en chemin, m'informa-t-elle. Je te verrai demain.

– Tu pars ? »

Elle me montra le journal. « Je veux que Jasper voie ça tout de suite », expliqua-t-elle. Après cela, elle ne fut plus qu'une forme floue alors qu'elle dansait à travers le magasin jusqu'à la porte.

Carlisle passa le reste de la journée avec moi. Après avoir fermé le magasin en fin d'après-midi, nous nous frayâmes un chemin à travers la neige fondante de mars jusqu'à chez moi. Alors que nous progressions dans le parc, je réfléchissais à l'article de presse que Carlisle avait apporté à Alice. J'ai pensé à la liste des noms sur l'article, j'ai pensé aux gens derrière ces noms, j'ai pensé aux familles qui les pleuraient à présent… mon esprit évoqua l'image d'une créature pâle, anormalement forte avec des yeux rouge vif, traquant en pleine nuit un passant inconscient du danger car incapable de résister à l'odeur fraîche et chaude de sang humain…

Mes pensées se dispersèrent soudainement lorsque mon pied glissa sur le sol glacé. Sans les réflexes inhumainement rapides de Carlisle, je me serais retrouvée sur les fesses. Il attrapa mon coude et me stabilisa, et il apparut qu'il semblait hésiter entre le fait de s'inquiéter ou d'être amusé. Je murmurai un merci, remarquant le regard attentif qu'il me lança.

« Tu sembles préoccupée, nota-t-il alors que nous recommencions à marcher. Est-ce que quelque chose t'inquiète ? »

Un soupir tranquille quitta mes lèvres. « Cet article… il m'a fait penser à mon moment futur en tant que nouveau-né », admis-je.

La compréhension vacilla dans ses yeux. « Je serais surpris si tu n'y pensais pas du tout. Et je comprends pourquoi ça t'inquiète.

– Est-ce que ce sera comme ça pour moi ? l'interrogeai-je doucement en gardant les yeux sur le sol glacé et glissant. Abattrais-je une ville entière comme ça s'il n'y a personne pour m'arrêter ? »

Carlisle a pris ma main dans la sienne et la tint fermement. « Si c'est un nouveau-né qui fait des ravages à Anchorage, rappelle-toi qu'il est très probablement seul. Ce nouveau-né n'a peut-être aucune idée de ce qu'il est devenu, de ce qu'il est. Il est seulement conscient de la soif et la seule chose qu'il peut faire est d'agir. Les nouveau-nés sont esclaves de leur instinct ; ils ne peuvent pas s'aider eux-mêmes. Il n'a peut-être personne pour lui enseigner ces choses. Ce sera différent pour toi, assura-t-il. Tu nous auras pour te guider à chaque étape du processus. J'ai vu de nombreux nouveau-né traverser leur première année après la transformation, et aucun d'entre eux n'a été pareil à l'autre »

J'ai hoché silencieusement la tête, sachant qu'il était inutile de s'en inquiéter à l'avance. En même temps cependant, cela continuait d'envahir mon esprit sur le fait que même Esmée avait glissé au début, la douce, la délicate et gentille Esmée… et si Carlisle n'avait pas pu empêcher cela de se produire, qui pourrait dire qu'il pourrait m'arrêter le moment venu ?

Puis je me suis souvenue que Carlisle lui-même avait également été un nouveau-né. Et pourtant, il avait pu se contrôler. Il s'était réveillé à sa nouvelle vie tout seul, et pourtant il n'avait pas succombé malgré la soif écrasante. Sa compassion pour les humains avait dépassé sa soif de sang. Et j'espérais que je pourrais être comme Carlisle. Peut-être aurais-je assez de force intérieure pour passer mon temps comme nouveau-né sans blesser personne. J'ai aussi pensé à Rosalie et qu'un jour, j'avais passé un moment chez les Cullen afin d'en apprendre davantage sur le monde des vampires. Jasper avait dit que Rosalie et Carlisle étaient les seuls vampires qu'il connaissait qui n'avaient jamais goûté au sang humain. Alice avait mystérieusement – et confusément – corrigé que même si Rosalie avait tué des gens, elle ne s'en était jamais nourrie. Quoi que cela pouvait bien signifier.

Par conséquent, j'aurais peut-être la même chance aussi. J'étais soudainement reconnaissante que Carlisle y ait réfléchi attentivement et décidé qu'il valait mieux que je sois transformée en Alaska. Il y avait de fortes chances que je n'aurais pas du tout à affronter les humains au cours de ma première année de vampire lorsque la soif serait à son paroxysme. Les autres n'avaient pas eu cette opportunité ; ils avaient tous été transformés dans des circonstances inattendues.

Je me sentais un peu plus à l'aise en y réfléchissant. J'ai même essayé de prendre le côté plus humoristique sur ces questions. Alors que je me préparais pour aller au lit cette nuit-là, je me suis retrouvée à penser aux capacités surnaturelles que certains recevaient après être devenu vampire. Glissant un peignoir sur mes vêtements de nuit, je sortis de la chambre.

Carlisle se tenait à l'entrée menant à ma petite bibliothèque, et alors que je sortais de ma chambre, il leva les yeux du livre épais qu'il avait découvert la nuit précédente.

« Alors », débutai-je tout en lui lançant un sourire tordu tandis que je commençais à défaire la tresse ample que je portais aujourd'hui. Il haussa les sourcils d'une manière interrogative, se demandant apparemment la raison derrière mon sourire malicieux. Je vis ses yeux balayer rapidement ma forme vêtue d'un peignoir, mais c'est arrivé si vite que je ne pouvais être sûre de ne pas me l'être imaginée.

« Alors ? » demanda-t-il partagé entre amusement et confusion. Ses yeux suivirent mes mouvements alors que je passais tranquillement les doigts dans mes cheveux.

« Jasper peut manipuler les émotions parce qu'il était charismatique dans sa vie humaine », déclarai-je tout en recevant un signe de tête de sa part. Il plissa légèrement les yeux, ne sachant toujours pas où je voulais en venir avec ça. « Edward peut lire dans les esprits parce qu'il était bon pour cerner les gens dans sa première vie. Alice peut voir l'avenir parce qu'elle est, eh bien, bizarre » Je m'arrêtai et haussai les épaules. Carlisle gloussa doucement. Je ne savais pas vraiment s'il y avait eu des indications sur le don d'Alice pendant sa première vie. D'un autre côté, il y avait probablement une raison pour laquelle elle avait passé ses derniers moments humains dans un asile psychiatrique. « Et toi, continuai-je en me rapprochant de lui. Tu es au-delà de la compassion parce que c'est ce que tu étais quand tu étais encore humain. Je crois que c'était ta théorie selon laquelle chacun apporte quelque chose de ses traits humains les plus forts dans sa prochaine vie, et ces traits sont intensifiés durant la transformation. Ai-je raison ?

– Tu as raison », concéda Carlisle tout en portant toujours cette même expression curieuse et me regardant alors que j'étais près de lui. Il referma le livre et le posa sur la petite table à côté de la porte de la bibliothèque avant de se tourner à nouveau vers moi.

« Et je me demandais juste… », émis-je songeusement tout en souriant toujours de manière taquine en l'atteignant. J'ai passé mes cheveux sur mon autre épaule et j'ai continué à faire courir mes doigts à travers les vagues lâches pour me débarrasser de tout enchevêtrement possible. « … si certaines caractéristiques humaines sont intensifiées pendant la transformation… cela signifie-t-il que je pourrais devenir super maladroite ? »

Les lèvres de Carlisle se fendirent en un sourire, et il rit doucement. Je m'attendais à ce qu'il me rassure et me dise que puisque les vampires avaient un meilleur sens de l'équilibre, la maladresse était quelque chose que je laisserais certainement derrière moi. Au lieu de cela, son visage prit une expression pensive. « Eh bien, commença-t-il tandis que son discours était sans hâte et sa voix soudainement très formelle, compte tenu de ton histoire et de ta… propension à trébucher et à entrer dans les choses, je suppose que nous devons simplement espérer le mieux et… »

Je l'ai poussé de mon coude avant qu'il n'ait eu la chance de finir. Il ne bougea pas d'un pouce, mais mon coup lui avait fait perdre son sang-froid. Un rire doux jaillit de ses lèvres.

« Je ne suis jamais entrée dans quoi que ce soit, me défendis-je. Eh bien, excepté une fois… dans une porte. Mais elle était transparente ! dis-je avec ferveur lorsqu'un grognement de rire éclata dans sa poitrine. Qui fait des portes en verre de toute façon ? Je veux dire à quoi ça sert ? C'est censé être une porte, pas une fenêtre »

Cela prit un moment avant qu'il ne parvienne à contenir son amusement. Je devais admettre que le voir souriant comme ça était désarmant et je ne pouvais m'empêcher de sourire.

« Tu es adorable quand tu ris », lui dis-je tout en lui donnant un autre coup de coude mais plus doux cette fois.

Il tendit la main pour toucher ma joue. « Et tu es ravissante quand tu fais semblant d'être indignée.

– Sois heureux que je ne fasse que semblant », lui dis-je ironiquement. Je m'approchai de lui tandis que mes doigts commençaient à jouer avec le col de sa chemise déboutonnée. « Tu ne m'as encore jamais vu perdre mon calme. Attends juste de voir »

L'expression dans ses yeux fut à la fois tendre et amusée. Ses jointures effleurèrent à nouveau ma joue. « Je suis certain que c'est un spectacle à voir », dit-il doucement.

J'avais une remarque pleine d'esprit et prête à lui lancer mais la lueur dans les yeux de Carlisle me rendit le fait de parler soudainement difficile. Et quand ses bras sont venus m'encercler, et que ses mains errèrent sur mon dos, je parus tout à fait oublier mes mots. Il inclina lentement la tête vers la mienne, son nez effleurant légèrement le mien. Ses lèvres planèrent à un murmure des miennes, mais n'entrèrent pas en contact. Je ne savais pas s'il avait ça pour me taquiner ou pour savourer l'instant.

Quelle qu'en soit la raison, j'étais trop impatiente. Me levant sur la pointe des pieds tout en joignant mes mains derrière sa nuque, je revendiquai ses lèvres fraîches avec les miennes. Il ne protesta pas ; je pouvais le sentir sourire contre mes lèvres. Apparemment, mon impatience l'amusait.

C'était toujours un moment si divin, ici et maintenant de sentir ses lèvres fraîches contre les miennes brûlantes. Et puis au bout d'un moment, la sensation de ses lèvres changea alors qu'elles absorbaient ma chaleur. Ou peut-être que c'était ma peau qui refroidissait. Quoi qu'il en soit, il y avait quelque chose d'agréable dans cette sensation.

Il approfondit le baiser, me rapprochant encore plus contre lui ; c'était quelque chose qu'il n'avait jamais fait auparavant. La façon dont Carlisle montrait son affection était toujours si prudente, douce, et ses baisers étaient presque chastes dans leur durée et leur nature. Il y avait une ligne qu'il n'avait jamais franchie, mais maintenant, il vacillait au bord de cette ligne. Cela me ravie et m'effraya à la fois, et cela réveilla et fit revivre quelque chose au plus profond de moi.

Je pouvais sentir chaque centimètre de son corps frais et ferme alors qu'il se pressait contre le mien. Mon cœur s'envola dans un galop frénétique alors que je sentis ses mains caresser mes hanches et côtes. La fraîcheur de son corps s'infiltra à travers ma fine robe de chambre ; ma peau commença à picoter et à se transformer en chair de poule. Ce n'était pas la fraîcheur qui en était la cause. C'était quelque chose de plus profond, d'intense ; une violente sensation de chaleur au creux de mon ventre qui commença à évoluer et à se propager comme une traînée de poudre.

J'avais le sentiment que chaque centimètre de ma peau était extrêmement sensible, la fraîcheur émanant de son corps intensifiait la sensation. Ma chair brûlait, et seul son toucher éteignait les flammes. Ce sentiment était doux, enivrant. Ce désir. Ce besoin. Tout ça submergeait mon corps et mon esprit, effaçant du même temps toutes sortes de pensées rationnelles. Il y avait juste les lèvres de Carlisle moulant les miennes, son corps tremblant tandis que je passais mes doigts de son cou jusqu'à ses épaules et plus loin. Il n'y avait que lui et moi, et mon cœur qui battait à toute vitesse dans ma poitrine, ainsi que ses doigts froids délaçant ma robe de chambre et se glissant sous mon haut de satin pour caresser la peau nue en bas de mon dos… je pense alors avoir gémi. Et je remerciai le ciel de porter le bon pyjama.

Si possible ma peau devint encore plus chaude sous son toucher alors que ses doigts caressaient le bas de mon dos. Enchevêtrant mes doigts dans ses cheveux, je m'appuyai encore plus près de lui à m'en faire mal mais en craignant en même temps de me briser en mille éclats au moindre contact. Je me sentais commencer à trembler, et le monde parut tourner autour de moi de manière vertigineuse lorsque je sentis soudain mon dos se presser contre le cadre de la porte de la bibliothèque. Un autre gémissement s'échappa de mes lèvres, se mêlant aux siens ; le son semblait provenir de tout son corps. Et je le sus alors, je le sentais alors que je m'accrochais à lui et poussais son corps plus près du mien que je n'étais pas la seule à brûler, qu'il pouvait sentir ce feu avec la même violente intensité que moi. Qu'il me voulait aussi.

Et c'est alors qu'il s'est éloigné de mes lèvres, s'est éloigné de moi. C'est à ce moment-là que j'ai su que ce ne serait jamais son toucher qui me briserait en mille éclats ; c'était au contraire son absence. Je haletai alors que ses lèvres quittaient les miennes, je me sentis vide alors que ses mains glissaient du bas de mon dos et se posaient sur mes épaules à la place. Mes mains étaient toujours emmêlées dans ses cheveux à l'arrière de son cou, et je refusai de lâcher prise. Il y avait trop de distance entre nos corps, telle qu'elle était c'était mal.

Parce que tout ce que je voulais, c'était me rapprocher.

Des respirations fraîches frôlèrent mon visage, puis le front de Carlisle se pressa contre le mien. Ses mains vinrent encadrer mon visage, ses pouces traçant des dessins invisibles sur mes joues.

« Ne pars pas », m'entendis-je murmurer. Ma voix ne paraissait pas être la mienne. Elle était liée à un besoin inexprimé, et mes mots ténus étaient comme une centaine de plaidoyers fusionnés. Ne pars pas. Pas maintenant. Reste. S'il te plait. S'il te plait, s'il te plait, s'il te plait.

Sa bouche se pressa à nouveau contre la mienne et pendant un court instant, je pensai qu'il répondait à mon appel silencieux. Mais le baiser fut doux, rapide, chaste et se terminant avant que j'en eusse assez. Les yeux de Carlisle étaient sombres, masqués par le désir alors qu'il reculait. Cela envoya un frisson le long de mon échine, mais je le remarquai à peine devant le tremblement de mon corps. Ce besoin vertigineux ressenti plus tôt ne me quittait pas. Mon corps tout entier pulsait dans ce besoin.

Je vis Carlisle fermer les yeux et déglutir. Après avoir pris une profonde et calme respiration, il rouvrit les yeux l'éclat habituel et doré paraissait refuser de revenir. Il tendit la main pour mettre une mèche de mes cheveux derrière mon oreille. Le geste était tendre je savais qu'il était autant destiné à me calmer moi que lui.

Je défis à contrecœur mes mains de l'arrière de son cou et les ai glissés à ses épaules à la place. « Reste » demandai-je doucement. Il y avait un ton différent dans ma voix qu'auparavant. Il ondulait avec le sentiment inconnu que je n'avais jamais éprouvé avec cette profondeur. Même si je savais qu'il était probablement trop tôt pour le mot reste, je demandais quand même. Ou du moins ma tête le savait, mais pas mon corps. Ces deux-là n'étaient pas toujours en accord.

Carlisle prit une autre respiration lente et profonde. « Pas ce soir », répondit-il en chuchotant. Sa réponse ne me surprit pas ; je m'y attendais.

« Pourquoi pas ? demandai-je en traçant la ligne de sa mâchoire avec mon doigt. Tu ne veux pas rester ? »

L'expression dans ses yeux était déchirée. « Bella… » Mon nom sortit comme un demi-gémissement et un demi-soupir. Son autre main prit la mienne dans la sienne, et il porta mes doigts à ses lèvres. « Les mots ne pourraient décrire à quel point je le voudrais.

– Alors qu'est-ce qui t'arrête ? » demandai-je.

Sa main vint prendre ma joue en coupe. Je saisis son poignet et portai sa main au creux de ma gorge où mon pouls palpitait sauvagement. « Le ressens-tu ? l'interrogeai-je en chuchotant. Tu ne sens pas ce que tu me fais ? »

Son front se pressa à nouveau contre le mien. « Je peux. Et crois-moi Bella, ça continue de me distraire même maintenant. Pas une seule fois dans ma longue existence, je n'ai ressenti cela… ait été tenté »

Je glissai de nouveau mes mains sur ses épaules. « Et… céder à cette tentation est quelque chose que tu ne veux pas faire ? » demandai-je, incertaine et douloureuse de connaître ce qui le retenait.

Il se recula pour me regarder, encadrant mon visage de ses mains. Pendant un moment, il sembla plongé dans ses pensées. Son pouce traça la forme de mes lèvres alors qu'il cherchait mes yeux.

« Ce temps que j'ai passé avec toi…, commença-t-il en cherchant ses mots. Bien qu'il puisse paraître court d'un autre point de vue, il a fini par signifier plus pour moi que je ne pourrais l'exprimer avec des mots. C'est pourquoi je veux prendre le temps. Je veux savourer chaque instant » Il me fit un petit sourire. « Je suis certain que mes manières désuètes doivent te sembler bizarre. Pardonne-moi, je viens d'une autre époque »

Je secouai la tête, sa confession touchant une corde tendre et profonde. « Ne t'excuse pas. Et en plus… ça ne me dérange pas d'y aller lentement. Et je vois ce que tu veux dire quand tu dis que ce temps que nous avons passé ensemble, d'abord en tant qu'amis et ensuite en quelque chose de plus… est assez bref en y repensant. Et pourtant… » Je secouai la tête alors que je perdais mes mots. « Et pourtant, ça ressemble à une vie entière et distincte. Comme si je t'avais toujours connu, que j'avais toujours été avec toi dans la vie. Dans cette vie » Je ris, secouant de nouveau la tête. « Est-ce que j'ai l'air folle ? »

Une expression particulière apparut sur son visage, comme s'il avait soudain pris conscience d'une pensée qui le poursuivait depuis longtemps. « Non, répondit-il lentement. Pas du tout » J'étais sur le point de lui demander à quoi il pensait si intensément, mais il en est sorti et a de nouveau concentré son attention sur moi.

« Ça ne te dérange pas alors ? demanda-t-il en pinçant mon menton avec ses doigts. De prendre le temps ? »

J'ai secoué la tête en souriant. « Je pense que c'est romantique. Et la romance ne vieillit jamais » Je me levai sur la pointe des pieds pour lui donner un rapide baiser. « J'ai une question cependant, avouai-je alors qu'il inclinait la tête et pressait un doux baiser sous ma mâchoire où palpitait mon pouls.

– Mmh-hmm ? » fredonna-t-il tandis que ses lèvres se déplaçaient vers ma joue.

Je tentai de me concentrer. « Quand tu as dit que tu étais démodé… et que tu venais d'une époque différente… et quand tu as dit que tu ne t'es jamais senti aussi tenté, cela signifie-t-il que tu considères… eh bien, comme un péché de céder à cette tentation ? »

Ses doigts glissèrent à nouveau une mèche de mes cheveux derrière mon oreille. « C'est ainsi que j'ai été élevé. L'intimité hors mariage était inenvisageable comme tu le sais. Et je suppose que… une partie de moi suit toujours cette pensée. Je suis sûr que cela doit te paraître étrange – tu viens d'une époque qui a un point de vue très différent sur ces questions » Il fit une pause, scrutant mon visage. « Quant à savoir si je considère cela comme un péché… j'ai toujours pensé que l'intimité sans réelle affection est nuisible – pour les deux parties. Mais même si deux personnes sont mariées mais ne partagent ni confiance, ni affection… je crois que cela peut l'être également. C'est donc peut-être un péché au cas où il n'y aurait pas de vrais sentiments » Il toucha ma joue du dos de ses doigts, fronçant légèrement les sourcils. « Certaines valeurs et morales ont tendance à être plus enracinées que d'autres. Et celle-ci a persisté en moi simplement parce que j'ai toujours cru que l'amour physique ne devait pas être pris à la légère. Je pense personnellement que cela doit être une relation significative où deux personnes sont dévouées l'une à l'autre et qui ont promis de rester ensemble jusqu'à la fin. Le mariage est à son meilleur ainsi. Je viens d'une époque où c'était une fatalité de se marier à un âge relativement jeune – et relativement rapidement. C'est très différent maintenant. Le concept et la signification du mariage ont changé pour certaines personnes depuis. Mais pas pour tous. Et malgré ce qui s'est passé entre moi et Esmée… je tiens toujours le mariage avec le plus grand respect » Il avait regardé par-dessus mon épaule de temps à autre alors qu'il réfléchissait à voix haute à propos de ces choses, mais maintenant, il me regardait. Sa bouche se redressa en un demi-sourire, et l'expression dans ses yeux était quelque chose entre amusement et inquiétude. « J'espère que je ne t'effraie pas en parlant de choses comme ça. Je suis sûr que tu penses qu'il est trop tôt pour aborder des questions comme le mariage. Et j'avoue que mes vues sur ces choses sont plutôt romancées et… enfin un peu anciennes. Je sais aussi – et j'accepte – que tu ne partages peut-être pas certains de ces points de vue.

– Parce que je ne suis pas… croyante ? » demandai-je. Il inclina en quelque sorte la tête comme un signe de tête. « J'admets que ma vie est assez dépourvue de croyance religieuse. Mais je ne peux quand même pas dire que je suis en désaccord avec ce que tu as dit, émis-je songeusement en cherchant mes mots. Et en ce qui concerne le mariage… j'admets que j'ai peut-être un avis légèrement conflictuel. J'ai été élevée à grimacer face à la pensée de robes bouffantes et de bouquets. Tu vois, le mariage était en quelque sorte le baiser de la mort pour mes parents. Renée en particulier, a toujours eu des opinions très vives sur le mariage et assez jeune. Je pense que le mariage à un trop jeune âge est en tête de sa liste noir avant les chiots qu'on ébouillante » Je ris doucement en voyant l'expression de Carlisle. La pensée de ma mère me fit soudainement ressentir un peu de chagrin, et j'ai tenté de chasser ce sentiment. « Mais c'est seulement parce que le sien avec Charlie a fini comme ça. Je suppose qu'elle n'a jamais voulu que je fasse les mêmes erreurs qu'elle. Elle ne voulait pas que je regrette quoi que ce soit, d'où toutes ces conférences sur le fait de ne pas se marier sur un coup de tête »

Les doigts de Carlisle dessinaient à nouveau ma mâchoire. « Donc… tu n'es pas entièrement opposée au mariage alors ? demanda-t-il, hésitant.

– Non, lui assurai-je en glissant mes mains de ses épaules vers ses coudes tout en lui donnant un léger coup de coude taquin. Pas avec la bonne personne »

Quelque chose de nouveau prit vie dans ses yeux, quelque chose que je n'avais jamais vu en lui auparavant. Il pinça mon menton avec ses doigts, le geste était tendre. « C'est… très bon à savoir », dit-il simplement et il sourit.

J'eus la sensation de me sentir brûlante à l'intérieur. Ce n'était pas exactement comme celle ressentie plus tôt, comme la sensation de chaleur brûlante qui avait retenu tout mon être. Cette chaleur-ci était douce et apaisante, caressant tendrement et délicatement ma peau comme des vagues caresseraient le rivage au coucher de soleil. Cette chaleur, elle venait de quelque part au plus profond de moi. J'ai réalisé que c'était une chose que je porterais en moi pour le reste de ma vie.

Je fermai les yeux en sentant les lèvres de Carlisle se presser contre ma tempe. Un soupir quitta mes lèvres ; un soupir de désir. Il me dérouta par sa force. Mon sang devenait si chaud à chaque fois qu'il me touchait. Je pouvais sentir ses doigts rapides attacher ma robe de chambre. Pas ce soir, avait-il dit. Il y avait une promesse tacite dans ses mots.

J'ouvris les yeux pour voir Carlisle me regarder. Me levant sur la pointe des pieds, j'appuyai un doux baiser sur ses lèvres fraîches, un baiser qui l'aurait certainement gardé éveillé s'il avait été un mortel de chair et de sang. Bien qu'il ne soit pas mortel, et bien qu'il n'ait pas de cœur battant dans sa poitrine et de sang qui coule dans ses veines, il était néanmoins un homme. Pour le savoir, je n'avais qu'à sentir son grand corps frémir contre moi tandis que je l'embrassais. Ce frisson paraissait venir d'un endroit très profond en lui. Je souris contre ses lèvres, ravie, puis je m'écartai légèrement.

« Bonne nuit », murmurai-je contre sa peau.

Ses yeux étaient redevenus sombres et pendant un certain temps, je crus qu'il ne me laisserait pas partir alors que je m'éloignais de lui. Il tenait fermement ma main alors que je me détournais dans son étreinte, ne lâchant prise que lorsqu'il fut vraiment obligé.

Je n'avais pas besoin de me retourner et de le regarder pour savoir que ses yeux me suivaient à chaque étape jusqu'à ce que je disparaisse par la porte de ma chambre.


Cette nuit-là, je me suis endormie avec le sourire aux lèvres et une rougeur sur mes joues. Mon sommeil fut sans rêve et serein ce qui était peut-être dû à l'état d'esprit joyeux dans lequel je m'étais couchée. Pour la première fois depuis plusieurs nuits, je n'ai pas eu à me réveiller avec un cauchemar dans lequel quelque chose d'invisible, une présence malveillante me poursuivait.

Plus tard en y repensant, j'aurais préféré choisir quelques mauvais rêves plutôt que le cauchemar dans lequel je me suis réveillée.

Je ne pus dormir longtemps – peut-être trois heures environ – quand un son ferme me réveilla du sommeil. Il me fallut un moment pour ouvrir les yeux puis un autre pour déterminer le son. Puis j'ai réalisé que quelqu'un frappait à la porte de ma chambre. Le son était frénétique, urgent. Je cherchai l'interrupteur d'éclairage sur la table de chevet, et une fois la pièce baignée de lumière, je me levai rapidement et me dirigeai vers la porte. Je l'ai ouverte et j'ai trouvé un Carlisle très inquiet de l'autre côté.

« Je suis désolée de te réveiller » Il parla très rapidement ; j'étais à peine capable de saisir les mots. « A quelle vitesse peux-tu t'habiller ? »

Jusque-là, j'avais tellement eu sommeil que je n'avais même pas été inquiète, mais un coup d'œil sur ses traits changea cela. J'étais soudainement complètement réveillée. Je n'ai posé aucune question ; j'ai vu dans l'expression de Carlisle qu'il n'y avait pas de temps pour ça.

« Donne-moi une minute », lui dis-je en me retournant et en parcourant en même temps une liste de choses dans ma tête qui auraient pu mal tourner. La première chose qui m'est venue à l'esprit était que les Volturi arrivaient, mais cela n'avait aucun sens. Nous aurions assez de temps lorsqu'Alice les verrait décider ; vampire ou non se rendre d'Italie jusqu'ici prendrait du temps.

J'ai enfilé le premier jeans et pull que je trouvais et je me suis retournée pour partir. Carlisle m'attendait à l'extérieur de ma chambre, mon manteau dans une main et mes bottes dans l'autre. Je glissai mes pieds dedans aussi vite que possible et enfonçai mes bras dans les manches tandis que Carlisle tenait le manteau ouvert pour moi. Sentant son urgence, je laissai mes questions en attente.

Je n'ouvris pas la bouche jusqu'à ce que nous soyons dans sa voiture et en toute sécurité sur l'autoroute. Après avoir effectué un demi-tour dans ma cour glacée, j'avais été forcée de m'accrocher à mon siège alors qu'il avait mis les gaz. Heureusement, c'était la nuit donc le trafic était moindre. Je jetai un coup d'œil par-dessus mon épaule, m'attendant en partie à voir le gyrophare bleu et rouge d'une voiture de police quelque part derrière nous d'une minute à l'autre – Carlisle conduisait très vite.

« Que se passe-t-il ? lui demandai-je en réalisant seulement maintenant à quel point mon cœur battait fort dans ma poitrine. Que s'est-il passé ? »

Carlisle garda les yeux sur la route. « Jasper a appelé. Alice a eu une vision d'Edward il y a quelques minutes – je ne sais pas exactement ce qu'elle a vu – mais ça devait être quelque chose d'urgent parce que Jasper m'a dit de venir immédiatement. Il était catégorique. Je suis désolé d'avoir dû te réveiller comme ça, mais je ne voulais pas risquer de te laisser seule »

Je laissai échapper un soupir, maintenant encore plus confuse qu'il y a un instant. « Qu'est-ce qui aurait pu arriver à Edward ? Il est toujours en Alaska, non ? »

Il acquiesça en me regardant. « Très probablement. Je n'ai aucune idée de ce qui s'est passé – Jasper ne m'a pas donné les détails. Nous en saurons plus quand nous y serons »

Le trajet vers Ithaca n'eut jamais l'air aussi long, même si Carlisle avait dépassé quelques limites de vitesse sur notre chemin. Nous gardâmes le silence pendant la majeure partie du trajet. Ma tête grouillait de questions, et je savais que c'était également le cas de Carlisle. Il avait l'air très calme et composé de l'extérieur comme il l'était toujours, mais de temps à autre la lueur dans ses yeux changeait et devenait angoissée.

« Qu'est-ce que Jasper a dit exactement ? » demandai-je lorsque je ne pus plus supporter ce silence. C'était mieux de parler, peu importe à quel point cela était inutile puisque nous ne savions pas exactement ce qui se passait.

Carlisle fronça les sourcils. « Seulement qu'Edward avait rencontré une sorte de problème – ou qu'il se dirigeait vers des problèmes. Alice essayait toujours d'avoir une idée plus claire de tout ça quand Jasper a appelé »

Je passai mes doigts dans mes cheveux, secouant mon cerveau et essayant de comprendre ce qui aurait pu arriver. « J'espère que cela n'a rien à voir avec ce qui se passe à Anchorage », murmurai-je. Ma préoccupation pour Edward doubla soudainement.

Carlisle n'a rien dit ; il n'était pas obligé. Je savais que son esprit avait dérivé vers la même inquiétude. J'espérai qu'Edward n'avait rien fait de stupide, comme partir à la recherche de ce vampire. J'ai pensé à l'article de presse que Carlisle avait apporté à la librairie dans l'après-midi, j'ai pensé à la liste des personnes disparues dans cet article…

« Edward arrivera à la même conclusion que nous. Si ce vampire, qu'il soit nouveau-né ou non, n'apprend pas à se contrôler autour des humains, il attirera l'attention des Volturi. Edward le sait et évidemment il ne souhaite pas plus que nous recevoir une visite des Volturi… »

Les mots d'Alice de cet après-midi me revinrent. Je fermai les yeux en espérant de tout cœur qu'Edward n'avait rien fait de téméraire ou de déconseillé. S'il avait décidé de retrouver ce vampire à Anchorage afin d'empêcher les Volturi de venir ici…

Respirer fut soudain un exploit. J'ouvris donc les yeux. La raison pour laquelle je les avais gardés fermés était que j'espérais puérilement que lorsque je les rouvrirais, je réaliserais que tout cela n'était qu'un mauvais rêve.

Lorsque nous arrivâmes à la maison des Cullen, il y avait de la lumière qui sortait de chaque fenêtre même si nous étions au beau milieu de la nuit. Carlisle s'est arrêté devant la maison au lieu de rentrer la voiture dans le garage, et j'eus à peine le temps de cligner des yeux qu'il était déjà sorti de la voiture et qu'il m'ouvrait la portière passager. Je pris la main qu'il m'offrit et sortis. Il ne semblait pas impatient face à mon rythme alors que nous nous dirigions vers la porte d'entrée, mais je savais que sous cette attitude calme, il était inquiet. Il ne lâcha pas ma main alors que nous nous dirigions vers l'intérieur, et j'ai trouvé sa prise réconfortante ; je me demandai aussi si cela lui apportait aussi un certain apaisement.

Ils nous attendaient tous dans le grand salon. Ce fut comme entrer dans un musée, tout le monde était figé comme des statues et dans diverses poses de détresse. Alice était assise par terre dans un coin de la pièce près de la cheminée, ses doigts sur ses tempes et ses coudes sur ses genoux. Elle fronçait les sourcils et ses yeux étaient fermés quelqu'un qui ne la connaissait pas aurait cru qu'elle souffrait de maux de tête. Jasper rôdait près d'elle, avec un regard sur son visage étonnamment calme malgré l'atmosphère de la pièce. Rosalie était assise sur le canapé, tenant un téléphone portable dans sa main. Emmett se tenait à côté d'elle et dès que nous entrâmes dans la pièce, il commença à arpenter le salon.

« Jasper ? demanda Carlisle dès que nous franchîmes la porte. Qu'est-il arrivé ? »

La grande forme longiligne de Jasper était tendue. « Nous n'en savons pas plus que vous.

– Qu'est-ce que tu veux dire ? » Carlisle fronçait les sourcils maintenant. « Qu'est-ce qu'Alice a vu ? Tu as dit au téléphone que quelque chose était arrivé à Edward »

Ce fut Alice qui répondit. Sa voix était légèrement étouffée car elle avait posé son front contre ses genoux. « Je ne sais pas ce qui se passe. Je suis désolée, Carlisle – tout s'est passé si vite. Je ne sais toujours pas ce qui a conduit à ça – et pourquoi je ne l'ai pas vu venir.

– Voir venir quoi ? » demanda Carlisle. Sa voix était calme, mais je savais qu'il y avait une tempête sous cette façade soigneusement composée.

« Je ne cherchais même pas Edward », commença-t-elle à expliquer en levant la tête pour le regarder. Ses yeux dorés étaient sans espoir. « Je n'observais même pas son avenir à ce moment-là. Si je l'avais fait, nous aurions peut-être eu une meilleure idée de ce qui s'est passé. J'aurais dû savoir

– Dis-leur déjà, dit Emmett d'une voix à la fois irritée et étonnamment fatiguée. Aucune raison de laisser traîner »

Alice prit une profonde inspiration. « Cette vampire blonde que j'ai continué à voir ces derniers mois, commença-t-elle tandis que son expression dépeignait maintenant la culpabilité. Pendant tout ce temps, nous nous sommes demandé qui elle était. Maintenant nous savons » Elle fit une pause comme si la formation des mots suivants était extrêmement douloureuse pour elle. « Elle fait partie des Volturi »

Un souffle choqué quitta les lèvres de Carlisle. Sa voix avait été calme et composée durant l'échange, mais elle était maintenant consternée. « Excuse-moi ? » demanda-t-il incrédule.

Ce fut Jasper qui parla ensuite. « Elle doit être un nouveau membre dont nous n'avons jamais entendu parler auparavant. C'est pourquoi Alice ne pouvait la voir correctement. Jusqu'à aujourd'hui.

– Et qu'est-il arrivé ensuite ? interrogea de nouveau Carlisle. Qu'est-ce qu'elle a à voir que ce qui est arrivé à Edward ?

– Je ne sais toujours pas exactement ce qui s'est passé, répondit Alice. La vision est juste venue de nulle part – elle est arrivée si vite que je ne peux toujours pas dire ce qui l'a amené – mais j'ai vu Edward tomber sur cette femelle quelque part en Alaska. On aurait dit qu'il chassait quand c'est arrivé. La vision suivante que j'ai vue, c'est que cette vampire emmenait Edward en Italie pour voir les Volturi. Je peux voir des aperçus d'Aro et de Caius de temps à autre – ils se disputent sur ce qu'il faut faire avec Edward – sur le fait qu'il soit coupable ou non.

– Coupable ? demanda Carlisle. Pour quoi ? » Il avait l'air plus calme maintenant, mais son teint déjà pâle semblait être devenu absolument blafard.

Alice secoua la tête. « Je ne sais pas. Je n'ai aucune idée de ce qui a provoqué ça »

Je remarquai que je ne tenais plus la main de Carlisle, mais au lieu de cela je m'accrochais à son bras comme pour m'empêcher de tomber.

Je ne pouvais rien appréhender. Tout ce que je savais, c'était que c'était mauvais. Très mauvais.

« Est-ce que quelqu'un a pu le joindre ? demanda Carlisle. Peut-être qu'il est encore temps de le prévenir avant…

– J'ai essayé de l'appeler, l'interrompit Rosalie, mais il n'y avait pas de tonalité. Il était probablement au milieu de nulle part et il n'y avait pas de réception. Ou alors, il a éteint son téléphone. Il a presque été impossible de le joindre ces derniers jours » Ses mots étaient innocents, et il n'y avait rien d'accusateur dans son ton, mais je ne pus m'empêcher de remarquer que ses yeux dorés nous étudiaient Carlisle et moi tandis que son regard plongeait dans notre étroite proximité.

« Et les Denali ? demanda Carlisle. Si Edward est toujours en Alaska, Eleazar pourrait peut-être le joindre à temps »

Jasper secoua la tête. « Je suis désolé, Carlisle. Lorsqu'Alice a eu cette vision d'Edward, il était déjà trop tard. Cette femme – quel que soit son but – emmène déjà Edward en Italie pendant que nous parlions. Elle avait un jet privé qui attendait »

La main de Carlisle était maintenant sur mon épaule – je ne savais même pas quand il l'avait mise là. Je ne savais pas s'il voulait m'apaiser ou se calmer lui-même alors qu'il me rapprochait soudainement à ses côtés.

Pendant toute la conversation, je m'étais sentie légèrement hors de mon propre corps. Les dernières minutes avaient été une surcharge d'informations, et cela s'ajoutait au fait que je n'avais dormi que deux ou trois heures, ce qui me rendait encore plus désorientée. J'ai secoué la tête dans une vaine tentative d'effacer le cheminement de mes pensées.

« Je suis certain que vous avez tout de même informé Eleazar, dit à présent Carlisle en adressant ses paroles à Jasper.

– Rosalie l'a appelé. Il est en route pour Anchorage pendant que nous parlons. Il va prendre un avion pour New-York – il y sera dans quelques heures »

Carlisle acquiesça tandis que son expression devenait déterminée. « Alors c'est là que j'attendrai.

– Je vous ai déjà réservé un vol pour vous deux. Vous devrez changer de correspondance à Rome », l'informa Alice.

Carlisle acquiesça. « Bien, merci »

Ceci, m'éclaira plus que le reste. Je lançai un regard alarmé à Carlisle. Il rencontra mon regard, serrant mon épaule de sa main.

Il partait pour l'Italie ? Qu'est-ce que cela voulait dire ?

Ma tête grouillait d'une dizaine de questions, mais j'étais tellement choquée par tout ça que j'avais l'impression que former des mots était impossible. D'un autre côté, sa décision de partir pour l'Italie n'aurait pas dû être aussi surprenante ; si Edward avait des ennuis, rien au monde empêcherait Carlisle de lui venir en aide. J'aurais juste aimé que nous en sachions plus sur ce qui se passait, et pourquoi cette vampire avait emmené Edward chez les Volturi en premier lieu. Je me demandai en vain quel était son rôle parmi les Volturi et pourquoi elle avait reçu une place dans leur garde. D'après ce que j'avais entendu, les Volturi n'acceptaient pas n'importe qui dans leurs rangs.

« Je viens aussi », déclara Emmett en me tirant de mes pensées. Il croisa les bras sur sa poitrine d'une manière têtue.

Jasper et Carlisle secouèrent la tête. Rosalie changea de position sur le canapé et plissa ses yeux dorés vers Emmett.

« Seuls Carlisle et Eleazar devraient y aller, dit Jasper. Ils connaissent tous les deux les Volturi. Et en plus, si nous entrons tous en trombe, ils pourraient le voir comme un acte hostile. Nous ne voulons aucunement les provoquer. D'autant plus que nous ne savons pas pourquoi ils ont pris Edward.

– Je ne suggérai pas que nous devrions tous y aller avec eux, grommela Emmett. Juste moi. Ils pourraient avoir besoin d'aide. Je viens.

– Je suis d'accord avec Jasper, déclara Carlisle de sa voix douce mais ferme. Ce problème ne sera pas résolu par l'agressivité. Il y a une raison pour laquelle cette vampire a emmené Edward en Italie pour l'interroger. Et puisque nous n'avons pas plus d'informations sur la situation, nous ne devons pas agir imprudemment. Pour ce que nous savons, cela pourrait être juste un malentendu. Eleazar et moi y voyageons au cas où » Sa main sur mon épaule se resserra légèrement. Je savais qu'il essayait de me rassurer sans mots.

« Juste au cas où, répéta Emmett en semblant ne pas croire du tout Carlisle. Si tu faisais confiance aux Volturi pour libérer Edward sans incident, tu n'irais pas, pas vrai ?

– Nous n'avons toujours pas une vue complète de ce qui s'est passé en Alaska, souligna Jasper. La situation pourrait avoir besoin d'être éclaircie. Seuls Eleazar et Carlisle ont une chance »

Emmett renifla. Il était clairement opposé, mais il savait qu'il n'avait pas d'autre choix que d'accepter la situation. Il recommença à déambuler dans le salon tout en frottant ses jointures d'une manière agitée.

Quelque chose remua en moi, un souvenir ou une pensée que je ne pus saisir au début. Mais alors je me souvins d'il y a quelques jours, Carlisle avait dit qu'il avait envisagé de rendre visite aux Volturi – pour une raison évidemment différente de celle-ci – et Alice avait vu une vision de lui et d'Eleazar en Italie avec Edward. Tout devenait clair maintenant. Cette dernière tournure des évènements avait toujours conduit à cette vision.

J'entendis les autres commencer à spéculer tout en se demandant quel genre de rôle cette femme pouvait avoir parmi les Volturi et depuis combien de temps elle les servait. Ils commencèrent à lancer des idées, perplexes quant à la raison pour laquelle elle avait emmené Edward voir les Volturi et s'il était parti volontairement ou non. Je sentis le bras de Carlisle glisser de mon épaule, puis je l'entendis demander à Jasper s'il serait disposé à le conduire à l'aéroport. Une forte vague de peur indéfinissable commença à m'envahir quand je réalisai qu'il partait vraiment.

Je suivis Carlisle au troisième étage alors qu'il allait récupérer son passeport et d'autres documents dont il aurait besoin. Je me tenais à la porte de son bureau alors qu'il fouillait son bureau, et aucun de nous deux ne dit quoi que ce soit pendant un moment. Après quelques instants, je ne pus plus le supporter.

« Emmène-moi avec toi », demandai-je.

Ses mouvements cessèrent un instant, mais je remarquai que ma demande ne l'avait pas surpris. Il poussa un profond soupir tout en glissant son passeport dans sa poche et sortit deux petits téléphones portables du tiroir de son bureau. Il les glissa tous les deux dans la poche intérieur de son manteau.

« Je suis désolé Bella, dit-il finalement d'une voix douce mais déterminée. C'est quelque chose que je ne peux pas faire. En aucun cas.

– Pourquoi pas ? demandai-je doucement. Pourquoi penses-tu qu'ils ont emmené Edward ? Et si cela avait quelque chose à voir avec moi ? »

Il secoua la tête. « Ne sautons pas aux conclusions.

– Je ne tire pas de conclusions hâtives, exprimai-je en désaccord. Cela a du sens. Pourquoi sinon cette vampire l'emmènerait-elle en Italie ? Les Volturi ont appris par Victoria qu'Edward était une fois avec moi et que j'ai appris l'existence des vampires par lui. Et s'ils le punissaient à cause de ça ? Tu l'as entendu d'Alice – elle a vu Aro et Caius se disputer pour savoir si Edward était coupable ou non.

– Nous ne pouvons pas savoir avec certitude pourquoi cette vampire a pris Edward, me rappela Carlisle. Mais je doute fortement que cela ait quelque chose à voir avec toi. J'admets qu'il pourrait y avoir une chance, mais je crois que les actions de cette femme prouvent le contraire. Pourquoi n'est-elle pas venue ici pour te chercher, ou nous ? Nous sommes également responsables du fait que tu connaisses l'existence des vampires. Pourquoi prendre juste Edward alors ?

– Je ne sais pas, peut-être s'est-il sacrifié, répondis-je avec impatience. Tu connais Edward. Mais est-ce vraiment important de savoir pourquoi ils l'ont emmené juste lui et personne d'autre ? S'il y a même une toute petite chance que je puisse être la raison pour laquelle ils l'ont fait, je veux juste la corriger »

Carlisle ferma le tiroir et me fit face. « En faisant quoi ? demanda-t-il doucement. Que penses-tu qu'il se passerait si je t'emmenais aux Volturi maintenant ? » Il attendit que je réponde, mais soudain je ne pus le regarder ; la lueur dans ses yeux me figea sur place. Il y avait une réelle peur dans ses yeux dorés alors qu'il me regardait. Comme je n'ai rien dit, il répondit à ma place.

« Si je t'emmène avec moi en Italie, les Volturi pourraient l'utiliser comme excuse pour te transformer tout de suite pour s'assurer que leur secret restera sauf – qu'aucun humain n'est au courant de notre monde. Ils pourraient même ne pas me laisser l'opportunité de te transformer moi-même.

– Je suis prête à prendre ce risque », lui dis-je en ne disant que la vérité. Je ne savais pas d'où venait ce courage – je savais juste que l'idée de rester en arrière et de le laisser partir était insupportable.

« Je ne le suis pas » Le regard de Carlisle était inébranlable alors qu'il me regardait. « Aro pourrait facilement demander à quelqu'un de sa garde de te transformer, et c'est quelque chose que je ne pourrais accepter. Je ne veux pas leur donner cette opportunité. Te mettre dans ce genre de risque serait impardonnable. Même si les membres de la garde sont plus civilisés que de nombreux autres vampires, cela ne signifie pas qu'ils ont un contrôle parfait d'eux-mêmes. Ce ne serait pas sûr. Ils pourraient facilement te tuer par accident – l'odeur de ton sang est plus puissante que tu ne le crois. Edward n'est certainement pas le seul à en être affecté. Et en plus, Caius… » Il se tut, ayant soudain l'air de vouloir se mordre la langue.

« Quoi ? demandai-je en retrouvant ma voix. Caius quoi ? »

Il secoua la tête. « Rien.

– Dis-moi, interrogeai-je. Qu'en est-il de lui ? »

Il inspira profondément. « Caius pourrait ne pas être du tout d'accord avec l'idée de te transformer. Il est le plus coléreux des trois leaders, le plus agressif. Il n'a pas de capacités extraordinaires mais la raison pour laquelle Aro voulait qu'il le rejoigne en premier lieu était pour sa compétence passionnée à haïr. Tu dois comprendre à quel genre de personne nous avons affaire. Il est sans trop de difficultés la personne la plus cruelle que je n'ai jamais rencontré. Il pourrait ordonner que tu sois tuée instantanément au lieu de permettre à quiconque de te transformer. Il en a le pouvoir, et Aro pourrait facilement se ranger à ses côtés. Je ne pense pas que ça le gênerait »

Je laissai tomber mon regard au sol, comprenant maintenant son point de vue. Si j'allais en Italie avec lui et Eleazar, je deviendrais un handicap. Carlisle ne permettrait jamais à aucun des Volturi de me transformer, encore moins de me tuer. Lui et Eleazar me défendraient jusqu'à la mort, et cela pourrait aussi conduire à la destruction d'Edward. Même la frêle connaissance que Carlisle et Eleazar avaient des Volturi ne nous sauverait pas.

Il y eut un toucher froid sous mon menton Carlisle avait traversé la pièce pour me rejoindre. Ce n'est qu'à ce moment-là que je pris conscience des larmes coulant le long de mes joues. Je ne pouvais pas dire à quand remontait la dernière fois où j'avais tellement été absorbée par la peur ; j'avais peur que si je le laissais partir maintenant, il ne revienne jamais. Et si les Volturi les punissaient pour m'avoir laissé entrer dans leur secret ? Et si c'étaient les derniers moments que je passais avec lui ? Comment pourrais-je le laisser partir et rester en arrière tout en sachant cela ?

Des bras froid m'enveloppèrent dans une étreinte forte mais douce. « Essaye de ne pas t'inquiéter, chuchota-t-il dans mes cheveux. Et s'il te plait, comprends pourquoi je dois y aller.

– Bien sûr que je comprends, murmurai-je contre sa poitrine. Tu dois aider Edward, je le sais. Mais je déteste juste que tu doives t'offrir comme ça. Que tu doives t'y rendre sans protection, sans savoir ce qui va se passer…

– Rien ne se passera, dit-il doucement. Je te le promets. Je ferai tout pour que ça se termine bien. Et je pensais ce que j'ai dit en bas, cela pourrait être juste un malentendu. Si les Volturi avaient voulu faire du mal à Edward cette femme ne l'aurait pas emmené vivant »

Je fermai les yeux et inspirai contre sa poitrine en laissant son parfum apaisant remplir mes poumons. Je voulais qu'il me promette de revenir en toute sécurité je n'avais que ces mots et supplications. Mais même si mon cœur demandait des assurances, je suis restée silencieuse. Peut-être que j'avais peur que ce soit une promesse qu'il ne pouvait donner et encore moins tenir. Peut-être avais-je peur que cette affaire ne soit pas entre nos mains.

Carlisle recula légèrement et me regarda, presque comme s'il avait perçu les mots que je n'avais pas prononcé à voix haute. Ses doigts froids essuyèrent mes larmes brûlantes, puis ses mains encadrèrent soudain mon visage, ses lèvres réclamant les miennes. Il y avait quelque chose de désespéré et urgent dans le baiser ; ce n'était pas lent et tendre comme l'étaient ses baisers. Réalisant ça, je me suis retrouvée déchirée entre peur et bonheur, et je ne pouvais m'empêcher de me demander s'il m'embrassait ainsi parce qu'il avait lui aussi une peur profonde et tacite dans son esprit. Une peur qu'il refusait d'admettre.

Je m'en fichais que les autres soient en bas, en attente. A écouter notre conversation et le silence qui la suivit. Je m'en fichais qu'ils aient entendu comment mon cœur s'est envolé dans un sprint, presque comme s'il courrait pour sa vie. D'une certaine façon, c'était le cas. Et quand nous nous séparâmes enfin, mon cœur continua à galoper. Comme s'il essayait d'intégrer le plus de battements possibles dans ces dernières secondes. Comme s'il savait qu'après ce moment, nous ne respirerions plus le même air.

Alors que Carlisle se reculait de moi et attrapait ma main pour se préparer à redescendre, je sentis toute force quitter mon corps.

Les autres nous attendaient alors que nous traversions la maison silencieuse. Ils nous regardaient tous attentivement Carlisle et moi, et je savais qu'ils avaient entendu notre conversation, qu'ils l'avaient voulu ou non. Alice vint se tenir à côté de moi avec une expression incertaine en regardant Carlisle.

« Dois-je informer Esmée et Miguel ? » demanda-t-elle.

Carlisle y réfléchit durant un bref instant. « Sont-ils toujours à Firenze ? demanda-t-il.

– Oui »

Finalement, il acquiesça. « Je déteste l'idée de les déranger durant leur lune de miel, mais je suis sûr qu'ils choisiraient de savoir. En particulier Esmée. Assure-toi simplement qu'ils restent à Firenze, au moins jusqu'à ce que nous en sachions plus sur la situation. En aucun cas, ils ne doivent se rendre à Volterra »

Alice approuva doucement. Ses yeux dorés étaient inquiets ; je n'étais pas la seule à avoir peur. « Je te tiendrai au courant. Sois prudent »

Carlisle acquiesça, puis se tourna pour regarder Emmett et Rosalie. Emmett avait toujours l'air plutôt mécontent parce qu'il n'avait pas pu l'accompagner et je réalisai que derrière cette bravade agressive se cachait une véritable préoccupation. Le visage de Rosalie était comme de la pierre, son expression était illisible lorsqu'elle rencontra le regard de Carlisle ; je me demandai si c'était sa façon à elle de gérer cette situation stressante.

« Je te verrai dans quelques jours », dit-elle doucement. Sa voix était d'une grande fermeté, presque comme si elle refusait de penser à une autre alternative. Elle n'était pas la seule.

Carlisle acquiesça de nouveau. Puis il s'est tourné vers moi. Il n'a rien dit et moi non plus. Il a juste regardé mes yeux plus longtemps avant de tendre la main pour dessiner du bout de ses doigts la ligne de ma mâchoire. Il semblait avoir oublié que les autres étaient présents, ou peut-être qu'il s'en fichait.

Le temps parut s'arrêter un instant.

Puis ce fut terminé, et le temps recommença à s'égrener alors qu'il retirait sa main. Je refusai de même cligner des yeux en le regardant se détourner et suivre Jasper jusqu'à la porte puis dans la nuit.

Quand il ne fut plus visible, j'ai laissé mes yeux se fermer.


Notes de l'auteur : Si certains d'entre vous se posent des questions sur le nomade dont parlent Alice et Bella dans ce chapitre, je vous conseille de relire les chapitres 12 et 13.

Certains d'entre vous ont peut-être remarqué qu'il y a plusieurs références aux romans dans ce chapitre. Les phrases suivantes sont extraites d'Eclipse. Certaines sont des citations directes et d'autres des références très étroites. J'ai ajouté un mot ici ou là et supprimé quelques petites choses des lignes d'origines. « LE NOMBRE DE DÉCÈS EN AUGMENTATION, LA POLICE CRAINT L'ACTIVITÉ D'UN GANG » « Tu serais surprise de voir combien de fois les vampires sont à l'origine des horreurs de l'actualité humaine » « Un vampire a fait ça ? » « C'est facile à reconnaître quand on sait quoi chercher » « Tous les signes sont là. Les disparitions étranges, toujours dans la nuit, les cadavres mal disposés, le manque d'autres preuves… oui quelqu'un de tout jeune » « Cela me fit aussi réaliser que les vampires étaient des participants beaucoup plus importants dans ce monde que je ne l'avais pensé. Combien de fois l'homme normal en avait-il croisé sans le savoir ? Combien de morts, signalées inconsciemment comme des crimes ou des accidents, étaient réellement dues à leur soif ? A quel point ce monde serait-il rempli quand je l'aurais finalement rejoint ? » « Ce fut comme entrer dans un musée, tout le monde était figé comme des statues et dans diverses poses de détresse »

Les répliques de Bella : « J'admets que ma vie est assez dépourvue de croyance religieuse » et « Le mariage était en quelque sorte le baiser de la mort pour mes parents » sont des références à ses propos dans New Moon. Les répliques suivantes sont des références/citations de Breaking Dawn « J'ai été élevée à grimacer face à la pensée de robes bouffantes et de bouquets. Renée en particulier, a toujours eu des opinions très vives sur le mariage et assez jeune. Je pense que le mariage à un trop jeune âge est en tête de sa liste noir avant les chiots qu'on ébouillante » et « J'espérais que je pourrais être comme Carlisle »

La phrase de Bella : « Comment as-tu convaincu Jasper de t'épouser, je ne le saurai jamais » est une référence à la série télévisée FriendsComment as-tu réussi à épouser trois femmes, je ne le saurais jamais » - Joey à Ross, saison 6, épisode 9)

A propos de la presque scène d'amour qui a eu lieu dans ce chapitre… j'ai reçu des interrogations (des reviewvers anglo-saxons NDT) sur le fait que Carlisle veuille ou non épouser Bella avant de coucher avec elle. C'est une bonne interrogation. Je n'ai pas beaucoup lu de fanfictions ces dernières années, mais la dernière fois que je l'ai fait (au moment où New Moon est sorti en tant que film), j'ai remarqué que beaucoup ne semblaient pas prêter attention au fait que Carlisle venait d'une époque différente et qu'il pouvait donc avoir des opinions assez réservés sur l'intimité prénuptiale en raison de son éducation. Beaucoup d'auteurs occultent ce fait ou n'en tiennent pas compte d'une manière ou d'une autre (j'avoue l'avoir fait moi-même dans le passé). J'ai été très déchirée à ce sujet (je le suis toujours) et je me suis arraché les cheveux parce que je ne pouvais décider comment m'y prendre. Ecrire une scène d'amour à ce stade est très tentant car il y a évidemment énormément de passion maintenant. Mais je veux aussi rester fidèle aux personnages et à leurs origines, et c'est un peu difficile de décider ce qui l'emporte sur l'autre. Je ne voudrais pas non plus torturer très longtemps les lecteurs avec cette affaire (haha D). Il a fallu 24 chapitres à Bella et Carlisle pour s'embrasser, et je ne veux pas qu'il y ait cinquante chapitres avant qu'ils n'atteignent un point plus intime de leur relation. Je voulais que ce sujet soit au moins abordé entre eux au lieu de complètement l'ignorer, et j'ai délibérément laissé la question ouverte dans la discussion entre Bella et Carlisle. Pour l'instant, je pense laisser évoluer les choses naturellement et de laisser les choses suivre leur propre cours.

NDT : alors pas trop déçu ? Qui est inquiet pour Carlisle et Edward ? Que pensez-vous de l'entrée en scène des Volturi et de cette nouvelle vampire qui a emmené Edward ?