Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.

Merci à sochic88, Paupau15 et noominaome pour leurs reviews et à dimanche tout le monde !


« Ce qui se passe maintenant n'est pas aussi important que la manière dont on réagit à ce qui se passe »

- Ellen Glasgow -


Chaque étape du chemin

Il était bien minuit passé lorsque Carlisle me proposa de me ramener chez moi. Edward n'était toujours pas revenu alors que nous nous préparions à partir ; j'ai essayé de ne pas trop m'en inquiéter. Quand j'ai interrogé Alice à ce sujet, elle m'avait dit qu'il n'était pas allé loin. Apparemment, il voulait juste être seul. Alice essaya de convaincre Emmett de ce fait alors qu'il déclarait vouloir aller le chercher, mais ses avertissements tombèrent dans l'oreille d'un sourd. Emmett avait disparu dans la nuit avec Miguel, et j'étais déchirée entre l'inquiétude et l'amusement alors que j'essayais d'imaginer la réaction d'Edward quand il se rendrait compte qu'Emmett n'allait pas le laisser bouder pour le reste de la nuit.

Il était difficile de décrire l'atmosphère du salon lorsque nous sommes partis ; tout le monde semblait soulagé que l'épreuve des trois jours soit terminée et que le voyage inattendu en Italie se soit terminé aussi bien qu'il le pouvait dans les circonstances. Et pourtant, il semblait y avoir un air de menace inconnue planant sur nous parce que notre compréhension de la situation avait changé.

« Et maintenant ? » demandai-je doucement à Carlisle alors que nous nous dirigions vers l'autoroute. Je l'ai regardé et même dans l'obscurité de la voiture, je pus voir qu'il le ressentait également. Ce sentiment obscur de pressentiment.

« Maintenant… nous procédons comme nous l'avions prévu, répondit-il calmement. Après que nous ayons fait les préparatifs nécessaires… nous devrions penser à partir pour l'Alaska. Eleazar et moi croyons toujours que ce serait mieux si tu y étais transformée » Il se tourna vers moi.

« Avons-nous une sorte de délai ? demandai-je aussi désinvolte que possible ; tout devenait si réel tout d'un coup.

– Il est certain que les Volturi s'attendent à ce que tu sois transformée dans quelques mois. Aro comprend que les préparatifs prennent du temps ; cela n'attirera l'attention que si tu disparais sans laisser de traces, et l'attention est quelque chose que les Volturi souhaitent éviter comme tu le sais. Cela pourrait même prendre un an avant qu'Aro ne décide d'envoyer quelqu'un de sa garde pour vérifier. Tant que tu es vampire lorsque le garde arrive, nous aurons tenu notre part du marché.

– Alors, tu suggères toujours que nous attendions qu'Alice voit quand Aro décide d'envoyer quelqu'un ? demandai-je. Ne marcherons-nous pas alors sur une ligne fine ? Et s'ils nous accusaient de gagner du temps ?

– Aro a lu dans mes pensées en Italie. Il sait que ma promesse de te transformer était sincère, et que je n'ai aucune envie de le tromper.

– Alors il doit aussi savoir que tu ferais pratiquement n'importe quoi pour me donner plus de temps en tant qu'humaine, soulignai-je doucement. Par conséquent, il pourrait envoyer quelqu'un beaucoup plus tôt que prévu, juste pour nous faire agir. Après tout, il connaît aussi maintenant Alice. Il sait qu'elle le verra quand il prendra la décision d'envoyer quelqu'un »

Carlisle secoua la tête. « Aro sait que je ne jouerai pas ta vie comme ça peu importe combien je veux te donner plus de temps. Il sait que je tiendrai ma parole » Il fit une pause en gardant les yeux fixés sur la route devant lui. « Mais néanmoins, je suis d'accord sur le fait qu'il n'est pas judicieux de reporter ta transformation dans les circonstances. Une fois que nous aurons pris les dispositions nécessaires… nous devrions être prêts à partir sans délai »

Il ne dit rien d'autre pendant longtemps, semblant perdu dans ses pensées. La façon dont il avait dit dans les circonstances retint mon attention. J'étudiai son visage du mieux que je le pouvais du fait de l'obscurité de la voiture. Ce qui s'était passé en Italie l'avait quelque peu changé. Il y avait de la gravité en lui maintenant, quelque chose de plus profond qu'une simple préoccupation. Cela me noua le ventre.

Le silence me rendit agitée, et après quelques minutes, je me hasardai à demander si quelque chose s'était passé entre lui et Edward alors qu'ils étaient en Italie, même si je savais que ce n'était probablement pas Edward qui occupait son esprit en ce moment. Carlisle hésita un instant avant de répondre.

« Je ne dirais pas qu'il s'est passé quelque chose », dit-il. Même si je voyais à peine son visage, je savais qu'il fronçait les sourcils.

J'espérai qu'ils ne s'étaient pas disputés ou autre, mais cela ne m'aurait pas vraiment surprise si c'était le cas. Je savais que Carlisle ne choisirait pas de cacher ses pensées à Edward, et donc il était très probable qu'il sache déjà ce qui s'était passé entre Carlisle et moi au cours des dernières semaines.

« Je suppose qu'Edward n'était pas trop content de découvrir pour toi et moi », réfléchis-je.

Carlisle poussa un soupir discret. « Je ne voulais pas qu'il le découvre comme il l'a fait. A Volterra de tous les endroits. J'avais espéré pouvoir avoir une conversation appropriée avec lui à ce sujet au lieu qu'il voit tout dans mon esprit. Mais là comme tu peux l'imaginer, Aro n'a certainement pas facilité les choses. Il a trouvé la situation… amusante »

Ce fut mon à mon tour de froncer les sourcils. « Comment ça ? »

Il poussa un autre soupir ténu. « Puisqu'il considère les humains comme inférieurs, il ne pouvait comprendre l'idée que tu ais suscité des réactions aussi fortes chez ceux de notre espèce. Il avait déjà lu dans l'esprit d'Edward au moment où Eleazar et moi sommes arrivés à Volterra et avait connaissance de ce que toi et Edward aviez partagé. Plus tard, quand Aro a lu dans mes pensées et découvert que moi aussi j'en étais venu à ressentir des sentiments pour toi… enfin, comme je l'ai dit, il a trouvé ça amusant surtout parce que la question était encore plus ou moins irrésolue entre Edward et moi »

Je lâchai un reniflement vexé. « Eh bien, je suis contente que quelqu'un trouve ça amusant »

Carlisle eut un rire doux et sans joie.

« Alors… tu n'as pas eu l'occasion d'en parler avec Edward ? demandai-je. A propos de toi et moi ?

– Non. Il n'y a pas eu de bon moment pour ça. Et je ne sais pas s'il était prêt à entendre ce que j'avais à dire en tout cas. Il semblait distant sur le chemin du retour.

– Peut-être qu'il vaut mieux lui donner un peu de temps, suggérai-je. Je suis sûre qu'il a beaucoup de choses en tête, surtout après ce qui s'est passé en Italie » Je l'ai regardé. « Qu'en penses-tu au fait ? A propos de cette nouvelle tournure ? »

Il secoua la tête. « Je ne sais pas trop quoi penser, pour être honnête. Puisque les Volturi n'avaient aucune connaissance de toi jusqu'à présent, nous devons regarder les choses sous un angle entièrement différent.

– Mais comment ? Qui d'autre pourrait être derrière la vision d'Alice ? » demandai-je.

Carlisle secoua de nouveau la tête. Cela me dérangeait de ne pas voir ses yeux. Même si rien n'indiquait qu'il était troublé, je savais qu'il était inquiet. Je pouvais le sentir.

Le reste du trajet se passa en silence. Je regardai les paysages sombres passer pendant que nous roulions dans la nuit. J'avais peut-être somnolé un moment, parce que la prochaine chose que je sentis fut le contact léger de Carlisle sur mon bras. Je réalisai que nous étions arrivés chez moi.

Je suis restée silencieuse pendant que nous nous dirigions vers l'intérieur. Peut-être que Carlisle pensait que j'étais fatiguée et que c'était la raison pour laquelle je ne disais pas grand-chose, mais la vérité était que mon esprit bouillonnait de pensées. Après être entrée à l'intérieur, je relevai les épaules pour sortir mon manteau et je l'accrochai sur le porte-manteau en attendant qu'il fasse de même avant de commencer à parler.

« Je ne veux donner aucune raison aux Volturi de venir ici », déclarai-je. Carlisle fronça les sourcils et me regarda. Son expression était préoccupée, comme s'il était encore plongé dans ses pensées.

« Que veux-tu dire ? demanda-t-il.

– Je veux dire que je préfère être transformée avant qu'Aro ne décide d'envoyer quelqu'un pour vérifier si nous avons tenu notre promesse » Je déglutis. « Dès que possible. Et si je peux le faire, je veux aller en Italie moi-même »

La lueur dans les yeux de Carlisle était toujours pensive. « Tu t'inquiètes pour Alice, devina-t-il.

– Et pour Jasper et Edward aussi, admis-je. Si Aro était intéressé par mes possibles capacités en tant que vampire, alors je ne doute pas qu'il était au-delà de l'intrigue de ce qu'ils pouvaient faire »

Il fut difficile de lire l'expression sur le visage de Carlisle. Il hocha lentement la tête, mais il semblait toujours qu'il regardait plus à travers moi que vers moi. « Edward a dit que le don d'Alice en particulier de voir l'avenir fascinait grandement Aro, émit-il doucement et songeusement. Et la capacité de Jasper à contrôler les émotions l'a également impressionné.

– Alors, tu vois », dis-je en essayant d'attirer son regard. Pour une quelconque raison, il ne rencontra pas mes yeux. Cela m'embrouilla et m'inquiéta à la fois, et je me demandai ce que se passait dans sa tête en ce moment. « Écoute, je sais que tu ne crois pas qu'Aro obligerait Alice ou n'importe qui d'autre de ta famille à le rejoindre, mais si nous pouvons faire quelque chose pour empêcher la visite des Volturi, je ne comprends pas pourquoi nous ne choisirions pas de le faire. Je veux être transformée selon mes propres conditions, au moment de mon choix, plutôt que d'attendre leur décision de venir ici. Je veux que ce soit nous qui donnions le rythme, pas eux »

Carlisle acquiesça à nouveau en fronçant légèrement les sourcils. « C'est ta décision. Et je suis d'accord avec toi » Il se frotta le menton avec ses doigts d'une manière très humaine avant de passer devant moi. Il s'arrêta au milieu du salon pendant un court instant avant de se diriger vers la fenêtre. Je l'observai regarder dehors dans l'obscurité pendant quelques secondes avant de se retourner pour faire quelques légers pas avant de s'arrêter à nouveau. J'avais rarement vu Carlisle déambuler, mais quand cela arrivait, je savais que quelque chose l'avait énormément perturbé.

« Qu'est-ce qu'il y a ? demandai-je en ne pouvant plus le supporter. Qu'est-ce qui te tracasse ? »

Mes mots parurent finalement le secouer de sa rêverie profonde, puis il me regarda, me regarda vraiment au lieu de laisser son regard me traverser. Il laissa échapper un profond soupir discret tout en soutenant mon regard le plus longtemps possible. Puis il est passé devant moi. Pas pour déambuler cette fois, ou pour éviter mes yeux, mais pour s'asseoir sur le canapé. Il se pencha en avant, les bras sur ses genoux tout en entrelaçant ses doigts comme s'il priait. Il avait soudain l'air épuisé, vieux. C'était comme si la pensée de ce qu'il allait dire avait le pouvoir de le vieillir. Les ombres sous ses yeux semblaient plus proéminentes, et même si ses yeux étaient de cette même nuance dorée familière, ils paraissaient soudain plus sombres et profonds tels des gouffres insondables.

« Il est très difficile d'accepter que toutes ces semaines, nous avons tout basé sur une hypothèse qui s'est révélée fausse, murmura-t-il. Edward a toujours cru qu'il y avait autre chose derrière la vision qu'Alice continue d'avoir de toi. Il n'a jamais vraiment cru que les Volturi étaient derrière tout ça. Il était sceptique à ce sujet tout ce temps » Il soupira tout en passant une main sur son visage. « Si seulement nous l'avions écouté. Si seulement, j'avais écouté. Si nous avions continué à enquêter plus en profondeur comme il le suggérait, nous aurions pu faire des progrès maintenant. Nous pourrions avoir une meilleure compréhension de la situation. Au lieu de ça, nous sommes de retour au point de départ. Complètement dans le noir » Il secoua la tête, la lueur dans ses yeux était plus que frustrée. Il avait l'air de perdre son sang-froid, et c'était l'un des niveaux les plus proches que je l'avais vu arriver.

Je franchis les quelques pas menant au canapé et m'assis à côté de lui. « Tu ne peux pas te blâmer pour ça, lui dis-je doucement. L'implication des Volturi était l'explication la plus plausible à la vision d'Alice. Et tu n'étais pas le seul à le croire. Le reste d'entre nous le croyaient aussi. Edward avait peut-être des doutes à ce sujet, mais je ne pense pas qu'il est maintenant très heureux de voir qu'il apparaît qu'il avait finalement raison. Spécialement de la manière dont il l'a découvert qui n'était pas idéale » Je suis restée silencieuse pendant un moment en souhaitant qu'il me regarde. « Et en plus… peu de choses ont changé quand on y pense. Même si les Volturi ne me connaissaient pas au début, c'est le cas désormais. Tout ce que nous pouvons faire est d'agir en conséquence. Alors arrête de remettre en question tes décisions. Tu as fait tout ce que tu pouvais au vu des circonstances. Une fois que je serais devenue vampire et que la vision d'Alice disparaîtra… » Carlisle ferma les yeux à mes mots et je me tus en réalisant que j'avais mal compris ses sentiments de regret. Parce qu'il n'était pas troublé par le simple fait qu'il avait été dans l'erreur.

Je me suis alors dit que les Volturi l'inquiétaient probablement beaucoup moins qu'ils ne m'inquiétaient moi. C'était cela la vraie raison de son agitation et de son trouble ; la vision d'Alice. Elle était la racine et le cœur de tout.

Il leva sa main pour se pincer l'arête du nez. « Si j'ai fait tout ce que je pouvais dans les circonstances comme tu le dis, commença-t-il en gardant les yeux fermés, alors pourquoi cela ne suffit-il pas ? Pourquoi cela ne semble-t-il pas avoir d'importance là où cela compte vraiment ? » Il ouvrit les yeux et entrelaça à nouveau les doigts. « Si la vision d'Alice reste la même, peu importe comment nous agissons, peu importe ce que nous décidons… » Il secoua de nouveau la tête et poussa un profond un soupir. Puis il me regarda, ses yeux devenant contrits. Il tendit la main pour toucher légèrement ma joue.

« Je suis désolé, dit-il d'une voix calme. Ce n'était pas mon intention de t'alourdir encore plus. Tu as déjà suffisamment de choses en tête »

Je secouai la tête. « Ne t'excuse pas. Je veux savoir ce que tu penses. Tu n'as pas à me protéger en gardant ces choses pour toi » Je tendis la main pour délacer ses doigts et saisis sa main avec la mienne. « Je mentirais si je disais que je n'ai pas pensé à la vision d'Alice me concernant. Tout bien considéré, elle aurait dû changer au moment où j'ai décidé de devenir un vampire, que les Volturi soient impliqués ou non. Mais peut-être que c'est comme ce que tu as dit une fois – que ce n'est pas une science exacte. Et peut-être ce que Jasper a dit était vrai aussi. Peut-être que les décisions conscientes ne sont pas les seules choses qui ont un impact sur les visions d'Alice » Je regardai nos mains liées en réfléchissant. « Il a également dit… il a dit aussi que peut-être l'avenir de certaines personnes était prédéterminé d'une manière ou d'une autre »

Carlisle se tourna pour rencontrer mon regard, la lueur dans ses yeux était soudainement alerte. « Bella. Nous en avons déjà parlé. Ce n'est pas parce que la vision d'Alice n'a pas changé maintenant qu'elle ne changera jamais. Jasper ne parlait pas de ton avenir quand il a dit ça.

– Je le sais », l'assurai-je en hochant la tête. Soupirant, je passai une main dans mes cheveux. « Mais je pensais, juste au cas où – je sais de quoi ça va avoir l'air dit comme ça, murmurai-je en riant sans joie. Quoi qu'il arrive… quoi qu'il arrive… je n'ai aucun regret. Aucun. Je te le jure »

Carlisle fronça à nouveau les sourcils. Soudain quelque chose trembla dans ses yeux ; mes propos semblèrent l'avoir bouleversé.

« Es-tu en train de dire que tu as accepté la possibilité que la vision d'Alice se réalise ? » demanda-t-il. Sa voix avait plus de force.

Je commençai à détourner la tête, trouvant soudainement difficile de le regarder dans les yeux et d'y voir l'agonie. Mais Carlisle toucha doucement mon menton, ne me laissant pas éviter son regard.

« Je voulais juste que tu le saches, lui dis-je doucement. Je pense que c'est important que tu le saches. Quoi qu'il arrive…

– Bella », me coupa-t-il. Sa voix était calme, très calme, mais il aurait aussi bien pu crier ses mots me coupèrent. Ou peut-être que ce n'étaient pas ses mots. C'était la douleur dans sa voix. Elle perça un endroit profond et vulnérable en moi. « Non. S'il te plait »

J'essayai une autre approche. « Je ne dis pas que je veux que la vision se réalise, lui assurai-je. Ce n'est pas ce que je dis. Crois-moi. Je… je déteste juste te voir comme ça. Je ne veux pas que tu doutes de toi. Je ne veux pas que tu remettes en question tes décisions passées si quelque chose devait arriver » Il ouvrit la bouche pour discuter, mais je plaçai un doigt sur ses lèvres fraîches pour le faire taire. « Te souviens-tu de ce que tu as dit sur l'amour il y a quelques jours ? Qu'il ne peut être mesuré, peu importe comment il peut être long… ou le peu de temps qu'il a duré. C'est ce que je pense de nous. A propos de toi et moi » Je m'arrêtai. Il n'essaya pas de m'interrompre cette fois. Pour une quelconque raison, il semblait perdre soudainement ses mots. « Et ce peu de temps que j'ai passé avec toi… je ne peux même pas le décrire avec des mots. J'ai l'impression d'avoir rencontré quelqu'un après une vie de solitude »

Il prit mon doigt de ses lèvres et entrelaça nos mains. « Je ressens la même chose, assura-t-il d'une voix étouffée. Maintenant en regardant en arrière… cela paraît très court. C'est pourquoi, j'espère que ça continuera. Pas vrai ? »

J'appuyai mon front contre son épaule tout en fermant les yeux. « Tu n'as même pas besoin de demander »

Nous sommes restés silencieux un moment. Les yeux fermés, je respirai son parfum apaisant. Mes sens humains étaient trop ternes pour définir l'arôme complexe de sa peau. Il évoquait des images d'un océan au clair de lune et de vagues caressant ses rives, du soleil et des pluies d'été et des prairies fleuries…

Carlisle resserra sa prise autour de ma main. « Quand nous étions en route pour l'Italie en ne sachant pas ce qui nous attendrait une fois arrivés… » Il resta silencieux pendant un moment. Je levai la tête de son épaule pour le regarder. Il secoua la tête en cherchant ses mots. « Je sais ce que je t'ai dit avant qu'Eleazar et moi ne partions. Je sais que je t'ai dit que je ferais tout ce que je peux pour m'assurer que tout se passe bien. Mais en route… j'ai dû remettre en question mes propos et ma promesse. Pendant tout ce temps, je me suis demandé si la situation avec les Volturi se révélerait pire qu'elle ne l'avait paru au départ. J'ai été forcé d'envisager la possibilité de… » Ses mots s'éteignirent.

« De… ne pas revenir ? » suggérai-je doucement.

Carlisle soupira. Il ne répondit pas directement à ma question, mais il n'était pas obligé. « J'ai essayé d'imaginer ce que ce serait de ne jamais avoir une autre chance de faire ça, murmura-t-il en faisant courir doucement ses phalanges le long de ma joue. Ou d'entendre ça, dit-il en plaçant sa paume sur ma poitrine. Ou de faire ça » Il mit ses mains de chaque côté de mon visage et baissa sa bouche vers la mienne. Ses lèvres fraîches explorèrent les miennes pendant l'un des moments les plus long, et pourtant le baiser semblait s'être terminé trop tôt. Alors qu'il se retirait enfin, j'avais l'impression de vaciller tandis que mes respirations entraient par des inhalations peu profondes. Un front froid se pressa contre le mien qui était chaud. « L'idée de ne plus avoir l'occasion de faire n'importe laquelle de ces choses… était une pure agonie, murmura-t-il.

– Mais tu es là maintenant, lui dis-je doucement. Tu es revenu. Tu as tenu ta promesse.

– Et j'ai l'intention de tenir cette promesse également je ferai tout ce que je peux pour m'assurer que la vision d'Alice ne se réalisera pas.

– Je le sais » Alors que je fermais les yeux, le laissant me tirer contre lui, je ne pus m'empêcher de croire en ses paroles. Mais peu importe à quel point sa promesse était sincère, peu importe comment il prononçait les mots, je devais me demander si c'était suffisant – si finalement tenir cette promesse était vraiment de son ressort.

Alors que les bras de Carlisle venaient encercler mes épaules pour me tenir fermement contre lui, je gardai les yeux fermés et me concentrai sur son toucher comme si cela pourrait éloigner ces pensées.

Mais même son toucher n'était pas suffisant pour y parvenir.

Cette nuit-là dans mes rêves, j'étais de retour dans cette rue inconnue. La neige tombait en gros flocons épais en laissant une couverture blanche sur le tout. Y compris moi. Alors que je rampais sur le sol froid, je laissai une tache rouge derrière moi dans la neige. Il y avait de la douleur ; beaucoup. Je ne pouvais pas dire cependant ce qui l'avait causé et je n'avais pas l'énergie pour me concentrer sur autre chose que l'adrénaline et la peur qui me traversaient tout en me criant de m'échapper et forçant mes muscles fatigués d'agir.

Un être invisible me regardait depuis l'ombre alors que je continuais ma fuite désespérée. Mon cœur s'envola, poursuivit sa course désespéré, même s'il savait que la bataille avait été perdue.


J'ai passé beaucoup de temps à Ithaca au cours des jours suivants. Ce qui s'était passé en Italie semblait avoir été le catalyseur pour faire bouger les choses, et j'ai passé la plupart de mon temps libre avec les Cullen, à planifier, organiser, à me préparer pour ce qui allait arriver. Après leur retour d'Italie, Eleazar avait décidé de rester avec les Cullen pendant un certain temps, et j'ai passé nombres de mes soirées avec lui, Jasper et Carlisle pour en savoir plus sur les Volturi et le monde des vampires en général. Nous avions souvent parlé tard dans la nuit avant que Carlisle ne me ramène à Buffalo. Une nuit, Alice suggéra à moitié sérieuse que puisque j'avais passé déjà tellement de temps avec eux à Ithaca, je ferais aussi bien d'y emménager avec eux.

Bien que cette pensée ne soit pas désagréable, je me suis retrouvé à m'accrocher aux petits pans simples de ma vie normale aussi longtemps que possible. Je voulais dormir dans mon propre lit. Je voulais être entourée par les murs familiers de mon appartement. Je voulais savoir que si je me réveillais au milieu de la nuit, je pouvais entrer dans la petite bibliothèque et me pelotonner sur le canapé avec mon livre préféré que j'avais lu au moins vingt fois par le passé. Je voulais aller à pied à la librairie le matin et profiter du temps frais de mars et deviner quand la neige fondrait complètement. Je voulais faire toutes ces choses aussi longtemps que possible.

Je suppose que c'était ma façon de gérer les changements qui devraient arriver un jour. Je ne savais pas à quelle distances ce jour serait, mais je voulais être prête quand il arriverait. Eleazar semblait croire que nous avions beaucoup de temps pour faire les préparatifs et qu'il faudrait plusieurs mois avant que les Volturi n'envoient quelqu'un pour vérifier. Puisqu'il connaissait les Volturi encore mieux que Carlisle et connaissait la façon dont ils fonctionnaient, j'avais foi en ce qu'il disait. Mais, il y avait encore ce malaise non-dit en moi. Je ne pouvais pas exprimer ce sentiment avec des mots, et finalement j'ai simplement décidé de ne pas y prêter attention et j'ai plutôt essayé de rester sereine. J'avais peu de raisons de me sentir mal à l'aise après tout – Alice surveillait les décisions d'Aro, et quand elle n'était pas concentrée sur ce qui se passait en Italie, elle me surveillait.

Jusqu'à présent, il n'y avait rien de nouveau. Alice disait qu'Aro ne semblait pas pressé d'envoyer quelqu'un pour l'instant, confirmant ainsi l'opinion d'Eleazar.

« Les Volturi savent que les préparatifs prennent du temps et que tu ne peux tout laisser tomber et disparaître, expliqua-t-elle. Cela attirerait l'attention, et c'est quelque chose qu'ils veulent éviter à tout prix »

Par conséquent, ma vie ne changea pas radicalement au cours de ces quelques jours. Ma vie de tous les jours n'était cependant pas la seule chose qui était restée la même. C'était peut-être la raison de mon malaise constant, de l'agitation bouillonnante sous la surface. Parce que peu importe combien d'heures nous passions chaque jour à planifier ma prochaine transformation, que peu importe avec quelle détermination je me préparais pour les années à venir en tant qu'immortelle… quoi que nous fassions, la vision qu'Alice avait de moi restait la même.

Elle n'en avait plus parlé, mais elle n'était pas obligée de le faire. J'étais certaine que c'était dans l'esprit de tous. Je n'avais certainement pas besoin de rappeler que tous nos efforts pourraient finir par être vains. Je n'ai jamais dit cela à voix haute cependant, surtout parce que je ne voulais pas que Carlisle pense que j'avais abandonné, que j'avais succombé à l'idée que la vision d'Alice pourrait se réaliser et ce peu importe ce que nous faisions ou décidions. La vérité était que je n'avais pas baissé les bras, pas vraiment. Je ne savais pas si c'était sain ou pas, mais une partie de moi devenait presque indifférente à la vision. C'était peut-être une manière inconsciente d'essayer de mettre de côté ma peur et mon inquiétude. Cependant, cela ne fonctionnait pas très bien. Il y avait eu plus d'une occasion où je m'étais réveillée au beau milieu de la nuit, un cri étouffé sur mes lèvres et mon cœur martelant à mes oreilles. Je souhaitais généralement me calmer et me forçais à rester éveillée ces quelques heures du matin jusqu'à ce qu'il soit raisonnable de se lever. Carlisle me regardait toujours avec attention lorsque je sortais de ma chambre. Il n'en parlait plus le matin si j'avais été agitée dans mon sommeil. Au début, je pensais que c'était pour moi, mais j'ai réalisé plus tard que mes cauchemars, ou les raisons derrière, le troublaient autant qu'ils me troublaient. Peut-être même plus.

Il avait essayé de ne pas me le montrer, mais de petites choses le trahissaient. Par exemple, chaque fois que je passais du temps à Ithaca chez eux, et si Alice cessait de respirer alors que ses yeux devenaient flous de cette manière, Carlisle apparaissait toujours à côté de moi en moins d'une seconde même s'il se trouvait de l'autre côté de la maison à ce moment-là. Et quand Jasper suggéra que quelqu'un garde le périmètre de la ville, au moins pendant les nuits, Carlisle soutint l'idée. Il était également réticent à me quitter pendant de longues périodes, et j'ai remarqué qu'il essayait de rester le plus longtemps possible sans chasser. Ce n'était pas comme s'il ne faisait pas confiance aux autres pour garder un œil sur moi pendant son absence car bien sûr qu'il leur faisait confiance. Il y avait une autre raison derrière son anxiété et à sa réticence à me quitter, et c'est ainsi que j'ai su que je n'étais pas la seule en proie à cette agitation indéfinissable provoquée par la vision d'Alice. Que lui aussi avait l'impression que nous vivions le calme avant la tempête.

Pour cette raison, ça faisait du bien de faire quelque chose même si ce quelque chose était de me préparer pour les mois à venir. C'était à la fois une préparation pratique et mentale pendant les journées, Alice et moi nous nous sommes mises à prendre soin de ce qui devait être fait pour l'avenir de ma librairie. Elle s'était occupée de la plupart des aspects pratiques et des documents nécessaires – tout ce que j'avais à faire était de signer quelques papiers. C'était étrange de voir mon propre nom dans les documents qu'Alice m'avait apportés, et une vague de tristesse me remplit après avoir signé le dernier papier.

« Là », soupirai-je puis mettant de côté mon stylo. Alice ajouta sa propre signature aux papiers dans une écriture qui n'était pas la sienne. Comme prévu, même le nom n'était pas le sien. J'ai cligné des yeux devant le « Rachel Lee » soigneusement calligraphié au bas du document et je décidai de ne pas demander combien d'alias elle avait. Je me sentis étrangement vide en regardant ma propre signature à côté de l'écriture soignée d'Alice. « Eh bien…, soupirai-je à nouveau. Félicitations Alice. Tu viens d'acheter une librairie »

Elle roula des yeux. « Ne fais pas ça Bella. Chaque pan est toujours à toi. C'est une formalité comme tu le sais »

Je le savais et je savais aussi que je pourrais toujours y revenir. Cela prendrait quelques décennies cependant, mais je suppose que ce qui importait le plus c'était que cette possibilité soit toujours là. Mais quand même, je me sentis étrangement mélancolique quand Alice me donna les copies de mes documents, presque comme si je fermais une porte que je ne pourrais plus jamais ouvrir.

Plus tard dans l'après-midi, j'ai appelé mes parents pour leur parler de mes soi-disant projets de recommencer à voyager. Ma révélation les a moins surpris que ce que je pensais, ce qui me rendis reconnaissante d'avoir choisi d'en parler et d'en jeter les bases lors de ma dernière visite. Je me suis sentie aussi légèrement coupable lorsqu'ils ont tous deux réagi à mes nouvelles exactement comme je m'y attendais Renée paraissait à la fois heureuse et enthousiasmée par mes plans, tandis que Charlie était prudemment inquiet. Même s'il avait été un peu contre l'idée que j'achète une librairie en premier lieu, il semblait maintenant penser que l'abandonner comme ça était imprudent.

« Je n'abandonne pas, tentai-je de lui expliquer. Pas vraiment. Je vais encore travailler là-bas, je ne vais plus en être propriétaire. C'est beaucoup moins risqué pour moi quand on y pense vraiment.

Comment vas-tu travailler là-bas si tu prévois de commencer à voyager ? demanda-t-il, légèrement bourru. Je suis sûr que la nouvelle propriétaire ne fera pas de toi l'employée de l'année ou autre si tu escalades les Alpes ou d'autre choses alors que tu es censée travailler.

– La nouvelle propriétaire est super, lui dis-je en faisant un clin d'œil à Alice. Et je ne vais pas commencer à voyager tout de suite » J'étais bonne quand il s'agissait de mentir. Il était un peu surprenant de constater qu'au cours de ces quelques jours, j'avais appris à balayer les contrevérités avec facilité. « Honnêtement, je ne sais pas quand je vais partir. Je ne suis pas encore certaine » Au moins, il y avait une chose dans notre conversation sur laquelle je pouvais être honnête – cela me soulageait étrangement. « Arrête de t'inquiéter Charlie. Je travaille sur tout ça »

Il resta silencieux à l'autre bout du fil pendant une minute avant de soupirer. « Je le sais. Tu es douée pour arranger les choses. Tu as toujours été responsable, et je sais que tu ne vas pas me donner des cheveux gris exprès »

Je dus prendre une profonde inspiration à cet instant. « Bien. Merci »

Alice me jeta un coup d'œil plein de sympathie et je parvins à me frayer un chemin à travers le reste de la conversation.

De façon inattendue, gérer Renée fut légèrement plus difficile que je ne le pensais. Elle était enthousiasmée par mes projets et semblait même légèrement soulagée que je n'aurais pas autant de responsabilités envers la librairie que par le passé. Mais pendant toute la conversation, j'eus le sentiment qu'il y avait quelque chose qu'elle voulait me dire mais qu'elle ne pouvait tout simplement pas se résoudre à le dire.

« Et l'homme dont tu as parlé quand je t'ai rendu visite ? finit-elle par éclater juste au moment où je me préparais à mettre fin à notre conversation. Celui qui t'a donné le corsage ? J'avais l'impression que tu l'aimais vraiment »

J'ai essayé de vite réfléchir. « Euh oui. C'était le cas. C'est le cas. Mais ce qui est… je ne pense pas qu'il pense à moi de cette façon » Je grimaçai. Alice leva les yeux au ciel en pensant probablement que je n'avais pas d'imagination.

« Tu ne penses pas qu'il pense à toi de cette façon ? demanda Renée.

– Je sais que non, continuai-je à mentir. Je lui ai demandé. Il s'est avéré que je voyais des choses qui n'étaient pas là » C'était presque douloureux de mentir sur quelque chose d'aussi important que cela, mais je savais qu'amener Carlisle dans tout cela était trop dangereux. Si je devais disparaître quelque part d'une manière ou d'une autre dans un avenir proche, ce serait plus sûr et beaucoup moins compliqué si je n'étais impliquée avec personne.

« Oh d'accord » Renée essaya de cacher sa déception, mais j'avais toujours pu voir à travers elle.

« Maman, ça va, lui dis-je. C'est toujours mon ami. Un bon ami. Cela ne changera jamais » Du moins, c'était vrai.

« Mais tu ne penses pas partir à cause de lui ? demanda-t-elle. Je sais ce que c'est d'avoir le cœur brisé Bella mais…

– Ce n'est pas ça, assurai-je. Je réfléchis à ça depuis un certain temps maintenant comme tu le sais. Je sais que la vente de la librairie semble venir à l'improviste, mais j'avais prévu depuis longtemps maintenant d'apporter des changements à ma vie. Et j'ai hâte de recommencer à voyager. Ça me manque vraiment »

Cela parut la convaincre. Quand nous nous dîmes finalement au revoir à la fin de la conversation, je me sentie épuisée comme si j'avais couru un marathon.

« Tu t'améliores, commenta Alice.

– J'aimerais ne pas avoir à le faire », répondis-je en recevant un autre regard compatissant de sa part.

Plus tard dans la journée, je me suis mise à faire une offre d'emploi. Alice avait proposé de s'occuper de ces choses pour moi au cas où je trouverais cela trop difficile, y compris de gérer les entretiens si quelqu'un postulait pour le poste, mais j'avais refusé. Je suppose que je ressentais le besoin de voir tout cela du début à la fin. Ou peut-être que j'étais tout simplement masochiste.

« Tu n'as pas besoin d'embaucher quelqu'un tout de suite, me rappela-t-elle alors que je regardais l'écran de mon ordinateur pendant cinq minutes sans réussir à taper quoi que ce soit. Et même si tu trouves quelqu'un que tu aimes assez, tu n'as pas à abandonner ton travail ici immédiatement. Tu peux rester quelques semaines et travailler avec le nouvel employé et le suivre avec un fouet et un mégaphone pour t'assurer que tous tes livres bien-aimés reçoivent le traitement qu'ils méritent »

Je souris à sa tentative d'humour puis reniflai. « Et quoi ? Mettre au nouvel employé un hors-jeu s'il déchire accidentellement une page ou oublie d'embrasser les livres pour leur souhaiter bonne nuit ? »

Alice haussa les épaules. « Par exemple »

Je lui donnai un autre sourire mais je réfléchis au bout d'un moment. « Je suppose. Je ne sais pas. Une partie de moi est un peu impatiente de faire bouger les choses. Ne te méprends pas – je ne suis pas pressée de tout laisser derrière, mais… » Je fis un geste autour de moi tandis que mes yeux balayaient les hautes étagères en bois et les murs rouge vin de la boutique. « Mais je suppose que je n'aime pas rester immobile comme ça, d'attendre constamment quelque chose. J'aimerais partir la tête haute, tu sais ? J'aimerais savoir que j'ai tout pris en charge si quelque chose de soudain arrive. Je ne veux pas laisser les choses en suspens. Si les Volturi prennent la décision hâtive d'envoyer quelqu'un pour vérifier à mon sujet… » Je laissai les mots s'éteindre, sachant que je n'avais pas besoin de terminer ma phrase.

Alice acquiesça. « Je comprends cela. Mais si cela peut te réconforter, les Volturi ne voient pas le passage du temps comme les humains. Le temps signifie quelque chose de différent pour eux que pour toi, ou même moi. Ils comptent les années comme tu comptes le nombre de jours. C'est dû au fait du nombre de temps qu'ils sont là. Je ne serais pas surprise que tu ais quarante ans avant que tu ne traverses encore leurs esprits » Elle roula des yeux, à moitié sérieuse.

Si seulement ce n'était que les Volturi dont nous devrions nous inquiéter.

Alice parut sentir ce que je pensais, son expression devenant sobre. « Je sais ce que tu veux dire cependant. Et je comprends pourquoi tu préfères agir plutôt que d'attendre que des problèmes ne surviennent. De plus, Eleazar m'a dit qu'Aro est plus qu'impatient de voir comment tu vas être en tant que vampire. Par conséquent, il pourrait penser que plus tôt tu seras transformée, mieux ce sera.

– Il n'a pas fixé de date ou autre, pas vrai ? » demandai-je.

Alice secoua la tête. « Il n'a pas l'intention d'envoyer quelqu'un pour l'instant. J'en suis certaine »

J'ai hoché la tête, soulagée. « Tu sais, je pensais… Eleazar a dit qu'Aro aimerait me rencontrer en personne quand je serais en mesure de voyager.

– C'est vrai, mais je ne sais pas à quel point son souhait est réalisable à ce stade. Il faut plusieurs années à certains vampires pour perfectionner leur maîtrise de soi, et donc la pensée de toi prenant l'avion pour l'Italie avec un tas d'humains dans un an environ est loin d'être raisonnable. C'est pourquoi je pense qu'Aro pourrait décider d'envoyer quelqu'un dans quelques mois pour voir si nous avons été fidèles à notre parole, et il se contentera de te rencontrer en personne plus tard. Aussi imprévisible qu'il soit, il est également extrêmement patient »

J'ai hoché la tête tout en réfléchissant à ce qu'elle venait de dire. « Pourtant, je déteste l'idée que l'un d'entre eux vienne ici. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais même cette pensée me met mal à l'aise.

– Tu n'es pas la seule, admit Alice. Edward m'a dit qu'en lisant l'esprit d'Aro, il avait découvert que la capacité de Jasper à influencer les émotions intriguait grandement Aro. Il a rarement rencontré un tel talent. C'est assez similaire à ce que Corin peut faire, bien que son pouvoir soit plus limité…, émit-elle songeusement tout en réfléchissant.

– Corin ? » demandai-je, incertaine sur le fait que j'avais déjà entendu ou non ce nom. Il me paraissait familier. Eleazar ou Carlisle auraient pu en parler au cours de la semaine qui était passée.

« Elle peut faire en sorte que les autres se sentent satisfaits quelle que soit la situation, mais pas grand-chose d'autre. Comme je l'ai dit, c'est un pouvoir limité. Apparemment, Aro a été impressionné par la capacité de Jasper parce qu'il est polyvalent, et donc plus efficace. C'est ce qu'Edward a dit.

– Est-ce qu'Edward a parlé de… d'autre chose ? » demandai-je en faisant relever les sourcils noirs d'Alice. Soupirant, je décidai d'expliquer. « Je ne l'ai pas aperçu depuis son retour d'Italie, même si j'ai pratiquement passé tous les soirs chez vous la semaine dernière. J'aimerais avoir une conversation avec lui, mais il est toujours sorti quand je viens. Je suis presque certaine qu'il se glisse hors de la maison dès mon arrivée, et ce n'est pas comme si je pouvais lui courir après ou autre »

Alice se mordit la lèvre d'une manière très humaine. « Je suppose qu'il ne sait pas comment t'affronter. Il se sent un peu coupable de ce qui s'est passé en Alaska. S'il n'était pas devenu curieux et avait suivi cette piste dans les montagnes, après tout il ne serait pas tombé sur Véronique. Par conséquent, il ne serait pas allé en Italie et les Volturi n'auraient rien découvert à ton sujet.

– Mais comme je l'ai dit il y a quelques jours, si tout cela ne s'était pas produit, nous serions encore dans l'ignorance totale de la situation.

– C'est vrai, mais pense à quel point c'est ironique pour Edward. Il a continué à dire depuis le début que nous ne devrions pas tirer de conclusions hâtives et de supposer que les Volturi sont derrière la vision que je continue d'avoir de toi. Il était également contre l'idée de te transformer en vampire juste parce qu'il ne voulait pas que nos actions soient basées sur cette supposition. Et maintenant que les Volturi ont appris à ton sujet par son intermédiaire, nous forçant maintenant à agir et à te transformer, peut-être même plus tôt que ce que nous avions prévu initialement… » Elle secoua la tête en riant.

« Je suis certaine que sa tête est sur le point d'exploser, dis-je sèchement.

– Exactement. Et il sait que tout cela aurait pu être évité s'il n'avait pas croisé Véronique. Et maintenant qu'il est confirmé qu'il y a autre chose derrière la vision que j'ai de toi… disons simplement que nous avons assez de choses sur lesquelles nous inquiéter pour le moment et sentir le souffle des Volturi sur nos nuques ne nous facilite pas vraiment les choses »

Je suppose qu'il était facile de comprendre pourquoi il m'évitait encore plus que pendant le peu de temps qu'il avait passé à Ithaca après le mariage d'Esmée et Miguel. Je devais cependant me demander s'il restait hors de ma vue juste par culpabilité. Je savais qu'il évitait également Carlisle, ce qui indiquait qu'Edward n'était pas vraiment d'accord avec ce qui s'était passé entre moi et Carlisle pendant son absence.

Mes pensées revinrent à la vision d'Alice, même si je savais à quel point il était inutile d'en être obsédé. « Je pensais…, commençai-je en hésitant. Et si notre interprétation de ta vision est, eh bien… fausse ? lui demandai-je. Tu m'as dit que dans la vision, je paraissais avoir mal comme si j'étais blessée. Mais que se passerait-il s'il n'y avait pas d'attaquant comme nous le pensons ? Suis-je en train d'être transformée ? »

Alice fronça les sourcils tout en secouant la tête. « J'y ai pensé, mais ça ne correspond pas.

– Comment ça ?

– Parce que tu es clairement blessée dans la vision, comme je te l'ai déjà dit. Tu saignes et tu appelles quelqu'un.

– Qui ? » demandai-je.

Elle secoua la tête. « Je ne sais pas. C'est presque comme si… comme si c'était encore incertain, murmura-t-elle en fronçant les sourcils. Comme si c'était une variable qui pouvait encore changer.

– Y a-t-il eu un changement dans la vision ? N'importe quoi ? »

Alice hésita. « Elle est un peu plus nette maintenant, surtout par rapport à ce qu'elle était à l'automne dernier quand je l'ai vu pour la première fois. Mais elle est encore lointaine et brève, presque comme si elle se produisait dans longtemps. Presque comme s'il devait y avoir des conditions pour qu'elle change. C'est ce qui me confond. Si certains ont fait le choix conscient de t'attaquer, pourquoi ne pas agir immédiatement ? Et quelle a été la pensée ou la décision qui a fait naître la vision il y a tous ces mois ?

– Je n'en sais pas plus que toi », soupirai-je. Cela m'énerva un peu de remarquer à quel point nous parlions avec désinvolture de ça et je secouai la tête en décidant de changer de sujet. Je ne pouvais pas me permettre de perdre plus de sommeil j'étais assez fatiguée comme ça.

Mes pensées revinrent à Edward ainsi qu'à son comportement récent, et je me demandai combien de temps il lui faudrait pour surmonter ce qui s'était passé en Alaska. Ce n'était pas comme s'il avait rencontré cette Véronique exprès.

« Que savons-nous de cette vampire qui a emmené Edward en Italie », demandai-je soudain, fixant paresseusement l'écran de l'ordinateur portable.

Alice haussa les épaules. « Pas grand-chose. Seulement qu'elle a servi les Volturi pendant quelques décennies, peut-être même un siècle. Pourquoi demandes-tu ?

– Aucune raison particulière. La nuit du retour d'Edward d'Italie, j'ai juste eu l'impression qu'il y avait quelque chose en elle qui l'agaçait.

– Eh bien, il est toujours un peu contrarié de l'avoir rencontré en Alaska. Et quand elle a emmené Edward en Italie, il s'est avéré qu'elle était plutôt douée pour contrôler ses pensées autour de lui. Il a dit que c'était presque comme si elle essayait de lui cacher quelque chose. Edward est habitué à pouvoir pénétrer dans la tête des autres sans effort. Peut-être que cela l'a frustré de voir que Véronique maîtrisait si bien ses pensées.

– Je suppose qu'il n'est pas si étonnant qu'il continue de m'éviter alors étant donné qu'il ne peut pas lire du tout dans mon esprit, murmurai-je en plaisantant à moitié. Peut-être que je l'ennuie. Ce serait quelque chose »

Alice rit doucement. « Je ne pense pas que ce soit le cas. C'est cette tournure soudaine des évènements qui le frustre. Quoi qu'il en soit, il y a un bon côté à tout ça aussi étrange que cela puisse paraître. Je pense qu'Edward est sur le point de changer d'avis sur le fait de te transformer. Il ne s'oppose plus fermement à l'idée que tu deviennes un vampire, révéla-t-elle. Pas autant qu'auparavant tout du moins. Apparemment, la position agressive de Caius envers toi l'inquiète. Comme tu le sais, Caius n'est pas exactement d'accord avec l'idée de te transformer »

J'ai hoché la tête, perdue dans mes pensées. « Ça peut faire se demander ce qu'il a dit en quelque sorte. Ça ne devait pas être joli si cela a convaincu Edward qu'une vie de vampire est soudainement une bonne option pour moi.

– Eh bien apparemment, même la patience de Carlisle a faibli alors qu'il négociait avec les Volturi. Eleazar m'a dit qu'il a fallu à Carlisle tout ce qu'il avait pour rester diplomate avec Caius. Et si tu connais Carlisle, tu sais que cela peut prendre beaucoup de temps avant de le contrarier »

J'étais trop horrifiée à penser à ce qui aurait pu arriver s'il avait perdu patience. En même temps cependant, je n'ai pas été surprise d'apprendre qu'il avait réussi à rester civilisé même dans une situation aussi difficile.

Je me suis soudain retrouvée à désirer sa compagnie apaisante. Non pas que cela soit un désir inattendu, ni la force et l'intensité du sentiment qui m'envahissait. Même si je le voyais tous les jours, j'avais récemment eu l'impression que nous n'avions pas eu la chance de passer assez de temps ensemble, juste lui et moi. Au cours des derniers jours, j'avais passé la plupart de mon temps libre à Ithaca, à préparer mon prochain moment en tant que vampire, et cela ne nous avait pas laissé beaucoup de temps pour être ensemble. Je ne savais toujours pas avec certitude si quelqu'un savait pour nous, exceptés Alice et Jasper – et Edward bien entendu. Nous n'étions pas ouvertement affectueux l'un envers l'autre lorsque nous étions autour des autres, à l'exception de prise de main occasionnelle. Pour être honnête, je n'avais pas eu beaucoup de temps ou d'énergie pour penser à parler aux autres de Carlisle et moi. Ce qui s'était passé en Italie semblait avoir mis toutes ces choses de côté pour l'instant. Il se passait simplement trop de choses, et il me semblait presque mal de rester silencieuse à ce sujet alors que tout ce que je voulais parfois était de le déclarer au monde entier. C'était un sentiment contradictoire ; un instant tout ce que je faisais était de m'inquiéter au sujet des Volturi et de ma vie humaine qui touchait à sa fin, et l'instant d'après je pensais que tout cela ne comptait pas à la fin que peu importe ce qui se passait et quoi qu'il advienne, je savais que je n'aurais pas besoin de le vivre seule. Il y aurait toujours quelqu'un à mes côtés à chaque étape du chemin.

Et maintenant, tu t'exprimes comme les cartes de vœux, me dis-je.

« Tu roules des yeux à tes propres pensées, nota Alice en me faisant lever les yeux de mon écran d'ordinateur.

– Oh. Je suis surprise que tu ne souffres pas du même problème toi aussi »

Elle souffla et sortit un magazine de mode de son sac tout en me lançant un regard vexé avant de se cacher derrière. Je retins un rire et me tournai à nouveau vers l'écran d'ordinateur en essayant de me concentrer sur la fin de l'annonce d'emploi. Je commençai à taper sans enthousiasme tandis qu'une partie de moi optimiste me rappelait qu'il y avait peut-être un rat de bibliothèque qui était comme moi et qui serait tout aussi enchanté par le magasin que moi quand il ou elle entrerait pour la toute première fois. Cette pensée était suffisante pour m'aider à continuer.

Après avoir quitté le travail ce jour-là, Alice m'emmena de nouveau à Ithaca comme la plupart des soirs de la semaine dernière. Il pleuvait aujourd'hui – la première pluie convenable depuis l'automne dernier – mais lorsque le crépuscule est devenu sombre, les routes commencèrent à être recouvertes de glaces alors que la température redescendait en dessous de zéro. Alice me lança un regard confus lorsque je baissai la vitre de la voiture et laissai le vent froid passer sur mon visage. Ça ne sentait pas encore le printemps, mais c'était proche.

J'ai soudainement souhaité pouvoir vivre l'expérience du printemps à venir en tant qu'humaine. Juste ce dernier printemps. Je ne savais pas si souhait pouvait être exaucé. Préférablement pas dès que j'aurais tout arrangé à la librairie, je serais prête à partir. Je devais l'être.

La question d'Alice interrompit mon flot de pensées c'était presque comme si elle avait senti ce que je pensais.

« Alors, commença-t-elle, as-tu déjà fait une liste de dernières volontés ? »

Je me tournai pour lui donner un regard surpris.

« Tu sais, expliqua-t-elle. La liste de choses que tu veux faire avant de mourir – ou dans ce cas-là, des choses que tu veux faire avant de devenir vampire.

– Je sais ce qu'est une liste de dernières volontés, lui dis-je en roulant des yeux. Mais euh, non. Je n'ai jamais vraiment pensé à en faire une. Peut-être que cela rendrait la vie comme étant trop une prestation. Je ne veux pas écrire mille choses que je devrais faire avant la fin de ma vie et me sentir obligée de les réaliser. La plupart des gens écrivent des choses qui les forceront à sortir de leur zone de confort, et il se trouve que j'aime les miennes.

– Eh bien la liste concerne généralement les choses que tu veux faire, pas les choses que tu devrais faire. Les choses qui te passionnent. Les rêves que tu aimerais se voir réaliser. Tu n'as pas besoin de faire du saut à l'élastique ou de prendre des cours de parachutisme ou autre chose du même acabit.

– Hum » Je fermai les yeux pendant un moment, laissant l'air froid de la nuit frôler mon visage pendant un moment encore.

« Bella, tu es pire que certains chiens. Tu vas prendre froid »

En riant, j'ai ouvert les yeux et remonté la fenêtre. Je soupirai tout en appuyant ma tête contre l'appui-tête, et pendant un instant, je repensai à ce qu'elle avait dit.

« Je ne sais pas, murmurai-je. J'ai déjà fait beaucoup de choses qui me passionnent. Et j'ai aussi fait des choses qui m'ont surprise. J'ai étudié, j'ai acheté une librairie et trouvé un travail que j'aime, j'ai voyagé, je suis tombée amoureuse, j'ai pris des cours de kickboxing…

– Quoi ? Quand ? »

Je ris doucement. « Il y a deux ans. Adrian m'en a fait faire. Ou pas exactement – il ne m'a pas fait en faire, il a fait le pari que je n'aurais pas le courage de participer à un cours avec quinze hommes et pas une seule femme »

Alice rit. « Comment c'était ?

– Très bien. J'ai suivi ce cours pendant six mois et j'ai gagné le pari »

Elle secoua la tête, l'air amusée et décontenancée. « Wow. Eh bien, Bella je ne l'ai pas vu venir. Jeu de mot voulu »

Je ris et elle me jeta un coup d'œil en souriant. « Alors, pas de liste de dernières volontés ? »

Je secouai la tête. « Je ne pense pas »

Alice haussa les épaules et se tourna pour regarder à nouveau la route. Je réfléchissais à notre conversation en me demandant si j'étais naïve ou autrement irréfléchie. Parce que comment pourrait-on avoir trop de vie, trop d'expériences ? Était-ce arrogant de penser que j'avais fait à peu près tout ce que j'avais voulu faire maintenant, au moins quand il s'agissait de choses que je considérais comme les plus importantes ?

Puis je me suis souvenue de ce que j'avais dit à Carlisle il y a quelques nuits.

Quoi qu'il arrive… quoi qu'il arrive… je n'ai aucun regret. Aucun. Je te le jure.

Je repensai aux mots que j'avais prononcé et soudain, je me sentis à nouveau en paix. Parce que je savais que j'avais été sincère avec Alice tout à l'heure, et je savais aussi que mes paroles à Carlisle avaient été sincères également.

Parce que dans mon cœur, je savais que ce qui comptait vraiment, je n'en avais vraiment aucun regret.


« La transformation peut durer environ deux à cinq jours. Cela dépend de la quantité de venin dans les veines et de la proximité avec le cœur là où le venin entre »

J'ai hoché la tête lentement aux propos de Carlisle alors qu'il m'expliquait le cours de la transformation. C'était notre sujet de conversation depuis une heure environ. La plupart des Cullen étaient présents ; ils étaient dispersés dans le salon, assis ou debout. Tout le monde semblait avoir quelque chose à en dire sur le sujet – le processus de transformation était quelque chose dont ils pouvaient tous se souvenir de leur vie humaine.

Seul Edward avait disparu de la pièce. Apparemment, il avait décidé de rester fidèle à ses habitudes et de quitter la maison au moment où j'apparaissais.

« Mon changement a pris un peu plus de quatre jours », déclara Miguel en me regardant. Son expression était hésitante, comme s'il n'était pas certain qu'il aurait dû me le dire. Peut-être pensait-il que je pourrais trouver l'information troublante. « Mais je crois comprendre qu'il n'est pas très courant que la transformation dure aussi longtemps »

Eleazar approuva. « Le vampire qui t'a attaqué ne voulait que se nourrir de toi, émit-il songeusement en le regardant. Par conséquent, il ne devait pas y avoir beaucoup de sang dans ton organisme, et ton agresseur n'avait aucune raison de t'injecter beaucoup de venin afin de t'immobiliser. Si la quantité de venin et de sang dans le système est faible, la transformation prend plus de temps » Il se tourna vers moi. « La propagation du venin est plus lente par rapport à la vitesse à laquelle le sang circule dans les vaisseaux sanguins. C'est parce que le venin est plus épais que le sang. Mais c'est la reconstruction des cellules qui prend le plus de temps, et c'est finalement la raison pour laquelle la transformation dure si longtemps »

Carlisle hocha la tête aux propos d'Eleazar et me regarda. « Nous ne sommes pas très sûrs des détails car le processus de transformation est quelque chose que personne n'a eu la chance d'étudier de très près. Ce n'est pas exactement quelque chose sur lequel on peut faire des expérimentations. Mais nous pensons que le venin doit saturer chaque cellule du corps avant que le processus ne soit terminé. Selon l'endroit où le venin pénètre dans la circulation sanguine, il fait d'abord son chemin dans le corps et le cœur avant de commencer à se rencontrer dans les veines. Ensuite, il brûlera toutes les veines jusqu'à ce que ton cœur cesse de battre »

J'ai hoché de nouveau la tête. Mes lèvres étaient froides, mais j'ai essayé de ne pas montrer à quel point toutes ces informations étaient vraiment dérangeantes. Je n'arrêtai pas de me dire que tous avaient survécu à la transformation – pourquoi pas moi ? Bien sûr, je reconnaissais que ça ferait mal comme l'enfer – apparemment, on avait l'impression de brûler vif – mais pour le bien de ma santé mentale, je continuais à me rassurer encore et encore que cela ne me tuerait pas. La douleur était juste de la douleur.

Pas vrai ?

Je me raclai doucement la gorge en essayant de trouver quelque chose à dire ou à demander. Je ne voulais pas restée assise là, la langue liée.

« Et s'il y a beaucoup de dégâts sur le corps ? demandai-je tout en étant incertaine de vouloir ou non entendre la réponse. Cela a-t-il un effet sur la durée de la transformation ?

– S'il y a beaucoup de vaisseaux sanguins cassés, cela peut ralentir la propagation du venin. Ou s'il y a un traumatisme osseux majeur par exemple, la reconstruction des cellules prend plus de temps », expliqua Carlisle. Il jeta un coup d'œil à Esmée qui était assise sur le canapé à côté de Miguel. « La transformation d'Esmée a pris plus de temps que celle d'Edward par exemple, parce que ses blessures différaient beaucoup des siennes. Elle avait plusieurs os cassés, alors qu'Edward mourait de la grippe espagnol comme tu le sais. J'ai vu le venin de vampire faire des miracles, mais il n'y a pas tout que le venin peut surmonter. S'il y a une insuffisance cardiaque par exemple, avant que le venin n'arrive à atteindre le cœur… »

J'ai hoché la tête en comprenant, et je pris une respiration lente.

« Nous avons réfléchi à la possibilité d'engourdir ou au moins atténuer la douleur causée par le venin, expliqua Eleazar en attirant mon attention sur lui.

– Oh ? » Je fronçai les sourcils de surprise, ne m'y attendant pas du tout. J'avais pensé que l'agonie de la transformation était une sorte de passage obligé. Qu'il n'y avait aucun moyen de la contourner, et que je devais simplement la supporter et y faire face.

« Je me suis demandé si suffisamment de morphine pouvait atténuer la douleur, me confia Carlisle. J'ai essayé avec Emmett mais le venin avait scellé les veines avant que la morphine n'ait la chance de se propager. La morphine fut une réflexion après coup dans cette situation cependant – j'aurais dû la donner avant de le mordre bien sûr, mais il perdait si rapidement du sang que j'ai été forcé d'agir avant qu'il ne soit trop tard. J'ai pensé que cela pourrait fonctionner avec toi cependant. Si je te donnais suffisamment de morphine avant d'injecter le venin dans ta circulation sanguine… »

J'ai réfléchi à sa suggestion, une étincelle d'espoir s'alluma quelque part en moi. Peut-être que je n'aurais pas à avoir l'impression de brûler sur un bûcher pendant plusieurs jours. Le soulagement fut de courte durée cependant, car je me souvins soudain que j'avais auparavant eu de la morphine et du venin dans ma circulation sanguine. Je me souvenais du studio de danse sombre, de l'odeur forte de l'essence, de la voix calme de Carlisle alors qu'il essayait de stopper le saignement de ma tête… je me souvenais de la voix d'Edward mendiant, suppliant… je me souvenais de la douleur aiguë et brûlante dans mon poignet où James m'avait mordu…

« Bella »

Réalisant que j'avais divagué dans mes pensées, je levai les yeux sur la voix de Carlisle en rencontrant ses yeux. Fronçant les sourcils, je cherchai mes mots.

« Combien de morphine m'as-tu administré… au studio de danse à Phoenix il y a neuf ans ? » demandai-je en hésitant.

Eleazar me jeta un coup d'œil perplexe, puis se tourna vers Carlisle qui fronçait également les sourcils, ayant apparemment une idée de là où je voulais en venir.

« Beaucoup, répondit-il. Pourquoi demandes-tu ? »

Je me mordis la lèvre, hésitant toujours. « J'avoue que mes souvenirs de ce jour sont un peu flous, mais je peux facilement me souvenir de ce que ça faisait quand le venin a commencé à se répandre dans mon poignet après que James m'a mordu. Je ne me souviens pas que la morphine ait eu un effet sur la douleur »

Carlisle avait l'air déçu, même si je pouvais voir qu'il essayait de le cacher. « Je vois. C'est bon à savoir. Nous devrons peut-être reconsidérer cela alors.

– Je suis désolée », lui dis-je.

Il secoua la tête en me faisant un sourire rapide. « Ne t'excuse pas. En ce qui concerne ces choses, toute nouvelle information est toujours utile.

– Que dirais-tu d'une plus grande dose ? » suggéra Eleazar.

Carlisle acquiesça, ses yeux réfléchissants. « Ça vaut la peine d'être considéré »

Leur délibération dura un certain temps, et bientôt ils furent si profondément absorbés par la conversation que les autres abandonnèrent. Après un moment, Emmett et Miguel ont commencé à repenser à leurs propres transformations, partageant leurs souvenirs plutôt vifs de leurs derniers moments humains. Leurs descriptions sont finalement devenues si graphiques qu'il était parfois difficile d'écouter, mais en même temps, je ne pouvais arrêter de le faire. C'était comme regarder le déraillement d'un train sur le point de se produire – on ne pouvait tout simplement pas regarder ailleurs. Esmée les réprimanda doucement après un moment en remarquant qu'apparemment leur conversation ne me remontait pas exactement le moral.

Quelque chose dans ma vision périphérique attira soudainement mon attention, et je regardai de côté vers la grande fenêtre donnant sur le jardin. Il faisait sombre dehors mais le jardin était faiblement éclairé par des lampes et lanternes de glace ; apparemment Alice s'était de nouveau occupée. Fronçant les sourcils, je regardai dehors et me demandai ce que j'avais vu. Au moment où je m'apprêtais à me détourner, presque convaincue que j'avais rêvé, je le revis. Un rapide éclair de bronze au fond du jardin. Edward.

C'était la première fois que je le voyais depuis son retour d'Italie. Décidant que cela ne pouvait pas durer éternellement, je me levai de l'endroit où j'étais assise et regardai Carlisle. Il avait cessé de parler à Eleazar, son regard s'attardant sur la fenêtre pendant un moment avant de croiser mon regard. Apparemment, il avait également vu ce que j'avais vu.

Les autres Cullen ne m'accordèrent pas beaucoup d'attention alors que j'attrapais mon manteau sur le dossier de la chaise où je l'avais laissé à mon arrivée. Ou peut-être firent-ils semblant de ne pas le remarquer tandis que je me glissais à travers les doubles portes puis dehors dans la nuit froide.

Ce fut une bonne chose que le jardin soit éclairé ; le ciel était complètement noir. Pas de lune ce soir. Je gardai les yeux sur le sol tandis que je progressais sur le chemin sinueux et pavé en essayant d'échapper aux endroits où la neige fondante avait créé des flaques glacées. Je ne levai pas les yeux avant d'avoir atteint le bout du jardin où le bois débutait. Je m'arrêtai à côté du vieux bassin à oiseaux qui se tenait sous l'énorme chêne, et je regardai autour de moi en attendant que mes yeux s'adaptent à l'obscurité.

Il me fallut un certain temps avant que je ne le repère au milieu des arbres.

Enroulant mes bras autour de moi et essayant de maintenir l'air froid de la nuit à distance, je le regardai. Je l'ai juste regardé sans rien dire pendant un moment. Les yeux d'Edward étaient sombres. Peut-être était-ce dû au manque de lumière, ou peut-être qu'il n'avait pas chassé depuis un moment.

« Toujours pas fan des foules pas vrai ? » demandai-je comme il semblait que ce ne serait pas lui qui entamerait la conversation.

Edward resta silencieux un moment de plus. « Qu'est-ce qui te fait dire ça ? »

J'ai haussé les épaules. « Je ne sais pas. Peut-être le fait que tu te tiennes ici tout seul quand le reste d'entre nous est à l'intérieur ? Je pensais que tu évitais la compagnie, ou…

– Ou ? » insista-t-il. Sa voix était lointaine et légèrement formelle comme s'il s'adressait à une étrangère.

« Ou alors tu m'évite juste moi », finis-je ma phrase tout en lui lançant un regard perçant.

Il y eut un autre moment de silence. J'ai alors pensé qu'il allait continuer ainsi plus longtemps que je n'avais de patience, mais il me surprit. Je le vis s'éloigner du tronc d'arbre sur lequel il s'était appuyé et il inclina la tête vers les bois derrière lui.

« Tu te promènes avec moi », demanda-t-il d'une voix toujours plus ou moins flegmatique.

L'idée de se promener dans les bois d'un noir profond et si tard dans la soirée ne semblait pas vraiment idéal. Il y avait encore une légère couche de neige sur le sol et mon esprit fut accaparé par les racines perfides et les branches tombées se cachant sous la couche glacée. Heureusement que je portais des bottes.

Edward parut deviner mes pensées. « Ne t'inquiète pas. Il y a un chemin. Il se poursuit à quelques kilomètres de la maison.

« Ah d'accord » Je fis un pas en avant alors qu'il se retournait vers les arbres, et j'ai jeté un coup d'œil par-dessus mon épaule pour regarder la maison avant de le suivre. Je me demandai pourquoi il voulait m'emmener faire une promenade – peut-être souhaitait-il que notre conversation reste privée. Si c'était le cas, je me demandai jusqu'où nous devrions aller pour y parvenir.

Le chemin n'était pas aussi glissant que je m'y attendais. Malgré tout, notre rythme fut plutôt lent au début mais après quelques minutes de marche, mes yeux s'étaient adaptés à l'obscurité. Le chemin s'élargit à un moment donné et après un certain temps, Edward fit correspondre son rythme au mien pour marcher à mes côtés plutôt que devant moi. Il me jeta un coup d'œil et sembla évaluer mon expression. Cela me dérangeait un peu qu'il puisse voir mon visage avec une clarté parfaite quand je ne pouvais voir le sien.

« Alors, dis-je pour briser le silence. De quoi est-ce que tu voulais parler ? »

Edward s'arrêta en se tournant pour me faire face. « J'avais l'impression que c'était toi qui voulais me parler »

Je me suis aussi arrêtée. « C'est vrai, concédai-je, mais c'est toi qui as suggéré que nous nous promenions. Cela me donne l'impression que tu pourrais aussi avoir quelque chose à dire »

Il étudia mon visage – où c'est du moins ce que je pensais. Je l'entendis respirer profondément et discrètement.

« Tout d'abord, je n'avais pas l'intention de t'éviter, commença-t-il. Je suis désolé si je t'ai donné l'impression que je me faufile par la porte arrière dès que tu entres dans la maison, me dit-il.

– D'accord » Je fronçai les sourcils, enfonçant mes mains dans mes poches pour protéger mes doigts du froid. « Pourquoi ne t'ai-je pas vu avant maintenant alors ? J'ai passé presque tous ces derniers soirs à la maison la semaine dernière »

Je vis le mouvement de ses épaules alors qu'il haussait les épaules. « Je n'ai pas passé beaucoup de temps à la maison ces derniers jours pour être honnête. Cela n'a pas grand-chose à voir avec le fait de t'éviter.

– Alors tu évites pratiquement tout le monde donc ? demandai-je en essayant de comprendre ce qu'il voulait dire. Depuis ton retour d'Italie… »

Je pus à peine voir Edward détourner la tête. Mais si je ne pouvais voir son visage clairement, je savais que chaque muscle de sa mâchoire s'était tendu. J'entendis ses dents se serrer.

Sa réaction ne me surprit pas. Bien sûr que ce qui s'était passé avec les Volturi le dérangeait.

« Edward, dis-je en parlant doucement. Tout ce qui s'est passé en Italie… et tout ce qui est arrivé pour que tu te retrouves finalement là-bas… tu dois trouver le moyen de passer à autre chose »

Il secoua la tête. « Je ne sais pas du tout si je peux faire ça.

– Sois rationnel. Si tu n'avais pas rencontré cette Véronique en Alaska, nous n'aurions jamais découvert que les Volturi ne me connaissaient pas pour commencer. N'est-il pas préférable de savoir quelle est la situation plutôt que d'en avoir une fausse compréhension ?

– Alors penses-tu que les choses se sont améliorées maintenant ? Maintenant qu'il y a deux menaces au-dessus de ta tête au lieu d'une ? » demanda-t-il. Sa voix était d'un calme glacial. « Nous ne savons toujours pas qui est derrière la vision qu'Alice continue d'avoir de toi. Nous n'avions pas besoin que les Volturi soient mêlés à tout ça.

– Peut-être pas. Mais rien n'a vraiment changé quand on y pense. Pas là où ça compte vraiment.

– Vraiment ? » Edward eut un rire sardonique.

« J'avais déjà pris la décision de devenir l'une d'entre vous. Peu importe que les Volturi me connaissaient ou non auparavant. Plus maintenant. Ils savent pour moi à présent, et nous ne pouvons pas revenir en arrière pour le changer. Tu dois l'accepter. Je l'ai fait » Edward resta silencieux, me faisant soupirer. « Avant même que tout cela ne se produise en Italie, Carlisle avait envisagé le fait de rendre visite aux Volturi afin de m'offrir plus de temps pour rester humaine. Je suis sûre que tu as entendu parler de ses plans. A l'époque, nous avions encore l'impression que les Volturi savaient à mon sujet. Si Carlisle avait décidé d'aller jusqu'au bout et de leur rendre visite, et si cela s'était avéré être lui au lieu de toi qui avait exposé mon existence, penses-tu que j'aurais gardé rancune contre lui à cause de ça ? Non. Juste comme je ne garde pas rancune contre toi maintenant, ni à quiconque qui aurait pu se retrouver dans cette position. Tu n'as été que la victime des circonstances.

– J'ai aussi créé ces circonstances. Je n'aurais pas dû suivre cette piste en Alaska. Mais je l'ai fait. J'ai pris cette décision consciente de la poursuivre, même si je savais que cela n'en valait pas le risque. Mais je l'ai quand même fait, juste parce que j'étais curieux.

– C'était juste de la curiosité ? » demandai-je prudemment.

Ma question parut le déconcerter. Il resta silencieux pendant un moment. « Que veux-tu dire ? »

J'ai hésité. « Alice a dit que tu avais du mal à décider où aller après avoir quitté les Denali. Elle a dit que tu avais besoin de temps pour être seul… et je me demande si tu as suivi cette trace dans les montagnes parce que tu étais bouleversé ou frustré ou en colère… » Je m'arrêtai, inspirant profondément. « A cause de moi et de Carlisle »

Ce fut silencieux. Je regardai la statue devant moi, souhaitant une fois de plus pouvoir voir son visage.

« Je ne t'accuses toujours de rien, lui dis-je alors qu'il ne rompait pas son silence. Je veux juste savoir ce que tu ressens à ce sujet. Cela me dérange de ne pas savoir ce que tu penses. A propos de Carlisle et moi »

Edward resta silencieux un long moment. J'ai fermé la bouche, décidant que cette fois ce serait lui qui devrait parler. J'étais prête à rester là toute la nuit si c'était nécessaire. J'avais le temps.

Il y eut une expiration discrète dans l'obscurité, quelque chose comme un soupir songeur. « Tu ne sais vraiment pas ce que j'en pense ? demanda doucement Edward. Que penses-tu que je ressente à ce sujet ?

– J'ai un pressentiment, répondis-je sèchement. Mais je suppose que je voulais juste que tu le sortes et le dises simplement, si tu as quelque chose à dire. Peu importe à quel point c'est désagréable. Même à Forks, tu ne me parlais jamais des choses que t'ennuyaient. Je voulais mettre fin à ce système ici et maintenant »

Il soupira à nouveau. J'entendis le mouvement de sa main alors qu'il passait ses doigts dans ses cheveux. « Je ne sais pas comment me sentir à ce sujet pour être honnête, murmura-t-il finalement. Ce n'est pas vraiment facile, la pensée de toi et lui ensemble. C'est bizarre pour moi… pour un tas de raisons »

J'ai hoché la tête. « D'accord. Je comprends »

Il y eut un autre moment de silence. « Es-tu en train de dire… que ce n'était pas du tout bizarre pour toi alors ? A aucun moment ? »

J'y réfléchis attentivement avant de répondre. « Bien avant qu'il ne se soit passé quelque chose entre nous, alors que je venais juste de commencer à le voir sous un angle différent… je suppose que c'était un peu, je ne sais pas, surprenant. Mais je ne dirais pas bizarre. Et quand, j'ai finalement réalisé ce que je ressentais pour lui, et quand j'ai découvert qu'il ressentait la même chose… ça ne m'est jamais parut mal. C'était juste bien, comme si c'était censé arriver » Je m'arrêtai, cherchant mes mots. Il n'y en avait pas comment pouvait-on amener tout ça en une explication compréhensible ?

« Combien de temps ? » demanda soudain Edward en me surprenant. J'eus du mal à lire son ton. « Depuis combien de temps te sens-tu ainsi pour lui ? »

J'ai secoué la tête. « Je ne sais pas si je peux répondre à ça. Quand Carlisle est venu à Buffalo pour veiller sur moi l'automne dernier… eh bien, il était évident que nous avons passé beaucoup de temps ensemble. Je me suis liée d'amitié avec lui, et c'est ainsi que je l'ai vu durant longtemps – en tant qu'ami. Finalement, les changements dans mes sentiments se sont produits si… furtivement. Lentement. Et en même temps cependant, cela m'a pris au dépourvu, émis-je songeusement. Comme si j'étais soudainement tombée dans un monde différent dans lequel je n'avais jamais été. Comme si tout autour de moi était familier à un moment donné pour être très différent le moment suivant »

Cela prit un moment avant qu'Edward ne parle à nouveau. Pour une quelconque raison cette fois, son silence sembla plus significatif qu'auparavant.

« On dirait que… qu'il a eu un impact sur toi comme personne d'autre ne l'a jamais fait »

Je devais réfléchir soigneusement à ce que je devrais dire ensuite, sachant que je devais être honnête mais tout en sachant que mon honnêteté le blesserait d'une manière ou d'une autre. Avant que je puisse dire quoi que ce soit cependant, Edward parla à nouveau. Sa voix était calme.

« C'est bon. Tu n'as rien à dire. Il était injuste de ma part de dire ça »

Je me mordis la lèvre. « Edward… » J'hésitai, prenant une profonde inspiration. « Malgré tout ce qui nous est arrivé à la fin… malgré le fait que tout se soit déroulé ainsi… je veux que tu saches que je chéris le temps que j'ai passé avec toi. Ce sera toujours le cas. C'est pourquoi j'ai eu le cœur brisé après ton départ. J'avais l'impression que tu avais pris un morceau de moi avec toi, et d'une certaine manière… je ne le récupérerai jamais, ce morceau » Je m'arrêtai, n'essayant plus de distinguer son visage dans l'obscurité. « Je ne veux pas revenir à ce que j'ai ressenti pour toi il y a toutes ces années, mais cela ne veut pas dire que je ne me soucie plus de toi. Tu es la première personne dont je suis tombée amoureuse après tout. Ce genre de choses à également un impact sur une personne. Un impact important »

Il ne dit rien pendant quelques secondes. « J'ai peut-être été le premier, dit-il doucement. Mais pas le dernier. Je suppose qu'une partie de moi souhaite toujours que ce soit le cas. D'être le dernier » Il soupira. « Je sais que je n'ai pas le droit de le dire. Je sais que j'ai abandonné ce droit quand j'ai décidé de partir. Et si je devais prendre cette décision à nouveau… » Je pouvais à peine le voir secouer la tête. « Je ne sais pas ce que je ferais pour être honnête. Ce que je déciderais »

Ses mots me surprirent moins qu'ils n'auraient dû. Je serrai mes bras contre ma poitrine, me demandant quoi répondre à ça, me demandant si j'aurais pu ressentir la même chose si j'avais été à sa place.

Un frisson me traversa. Je commençai à avoir froid – la nuit était étonnamment glaciale – mais j'essayais de ne pas y prêter attention. J'avais le sentiment qu'avoir la chance de parler ainsi à Edward était unique.

Une question transperça le silence. Une question calme et hésitante. « Tu l'aimes ? »

Je pris une profonde inspiration. Elle sonna fortement dans le silence de la nuit. « Tu connais la réponse à cette question »

Cela lui fit faire une pause. Il resta immobile pendant un moment avant d'incliner la tête en guise de reconnaissance. Je l'ai étudié du mieux que je pouvais dans l'obscurité, la posture de ses épaules, les ombres sur son visage… pour la dixième fois au moins, j'aurais aimé voir ses yeux. J'aurais ainsi pu avoir au moins une petite chance de découvrir ce qui se passait dans sa tête.

Mais je ne pouvais pas voir ses yeux. Les mots étaient la seule chose sur laquelle je pouvais compter.

« Ça va aller ? demandai-je. Un jour ? »

Edward hésita. « Je ne sais pas, répondit-il lentement. Je sais que je n'ai pas vraiment essayé d'être compréhensif ces deux dernières semaines, mais… » Il laissa échapper un soupir profond et discret. « Je ne peux faire aucune promesse pour le moment. Tout ce que je peux dire, c'est que je peux essayer de faire un effort. Carlisle… eh bien Carlisle le mérite. Et toi aussi » Il fit une pause. J'entendis le bruissement de son manteau alors qu'il croisait les bras sur sa poitrine. « Il a été seul pendant plus de deux siècles avant de trouver Esmée. Il a fini par la perdre. Je ne cesse de me le rappeler. Je sais qu'il dit qu'il ne l'a pas perdue, pas là où ça compte vraiment, mais… malgré ce qu'il dit, il était très seul après qu'Esmée et Miguel se soient rencontrés. Nous étions tous inquiets pour lui. Je suppose… au fond, je suis content que cela soit terminé pour lui maintenant. La solitude » Il s'arrêta un instant. « Si j'étais un homme meilleur, j'aurais pris l'exemple de ses relations avec Esmée et Miguel lorsque j'ai découvert ses sentiments pour toi. Mais ce n'est pas le cas. Carlisle me surpasse également en bien des manières.

– Tu ne t'accordes pas assez de crédit, dis-je doucement.

– Et tu m'en donnes trop… si tu penses que c'est quelque chose que je peux surmonter aisément.

– Je ne le pense pas, lui dis-je. Je n'ai pas le droit de demander ou d'attendre quelque chose de ce genre de ta part. Et je ne vais pas commencer à déballer une tonne de clichés et nous demander d'être amis. Si c'est quelque chose pour lequel tu n'es pas prêt, je comprends. Je veux juste que tu saches que si tu changes d'avis un jour, je serai là »

J'attendis qu'il parle, et au début j'ai pensé qu'il ne dirait rien. Mais ensuite, il parla avec un ton une fois de plus difficile à lire. « J'ai juste besoin d'un peu de temps, murmura-t-il. Je ne sais pas combien de temps »

J'ai hoché la tête. « Je comprends.

– Et Carlisle ?

– Tu connais Carlisle, murmurai-je. Sa capacité à comprendre les autres se rapproche parfois d'une compétence surnaturelle »

Ce fut encore silencieux. « Je sais. C'est vrai »

Nous sommes restés longtemps là, lui et moi. Les bois sombres autour de nous étaient silencieux, et j'ai soudain pensé à une autre nuit sans lune dans les bois plusieurs années auparavant. J'ai pensé à quel point nous étions différents de ces deux personnes qui se trouvaient autrefois sur le même chemin il y a tout ce temps. Nous avions eu tous les deux peur à l'époque l'un de partir et l'autre de rester en arrière.

Et encore une fois alors que nous étions là, je me sentais comme s'il repartait. Comme s'il était loin, même s'il était juste devant moi. Mais alors je me demandai plutôt si ce n'était pas l'inverse – peut-être que cette fois-ci s'était lui qui restait derrière pendant que je quittais ce qui avait été auparavant.

Du temps. Il a juste besoin de temps.

J'entendis le bruissement de ses vêtements alors qu'il déplaçait son poids d'un pied à l'autre. Cela attira mon attention – Edward ne s'agitait jamais. C'était presque comme s'il était nerveux à propos de quelque chose qu'il allait dire.

« Pour ce que ça vaut Bella… » Mon nom sortit de sa bouche avec incertitude. Son ton était différent d'avant, presque à nouveau formel, et je savais qu'il avait changé de sujet. « Je te dois des excuses pour t'avoir mise dans cette position où tu es maintenant. Mes actions sont la raison pour laquelle les Volturi te connaissent » Il eut un rire sans joie. « C'est plutôt ironique alors que je voulais faire tout mon possible pour te garder en sécurité, et que j'ai fini par faire exactement le contraire. Et je ne parle pas seulement de ce qui s'est passé en Italie. Je parle aussi des actions ainsi que des décisions que j'ai prises il y a plus de huit ans. Comme je te l'ai dit il y a un instant, je ne sais pas ce que je ferais si je devais prendre de nouveau cette décision. La réponse devrait être facile quand on y réfléchit. Si j'avais accepté de te transformer à l'époque, nous ne serions pas en train de parler de ça en ce moment. Tu ne serais pas en danger. Beaucoup de choses seraient différentes »

J'ai hoché la tête. « Pourquoi est-il si difficile de penser à prendre une décision différente alors ? Si tu le peux maintenant ? »

La voix d'Edward était plus ténue maintenant il regardait le sol. « Parce que c'est à quel point je pensais que c'était important… de te donner la chance de mener une vie normale. C'était à quel point, je chérissais ton humanité. Ce qui est toujours le cas.

– Mais tu ne la chéris pas au-dessus de ma vie, dis-je. Pas vrai ? »

Il fallut un moment avant qu'il ne réponde. Peut-être hésitait-il avec ce qu'il allait dire, ou peut-être voulait-il s'assurer en lui-même que sa réponse serait sincère. Honnête.

Sa réponse ne fut qu'un murmure. « Comment le pourrais-je ? »

Un soupir discret quitta mes lèvres à ses mots. Même si ma décision de devenir vampire ne dépendait pas de l'opinion d'Edward, je me sentais un peu plus légère maintenant, sachant qu'il avait commencé à accepter mon choix, ou tout du moins à un certain niveau. Je ne lui ai rien dit, mais je lui ai tendu la main. Il hésita un instant avant de desserrer les bras de sa poitrine et de serrer ma main dans la sienne, sa prise se resserrant momentanément avant de laisser ma main glisser de nouveau de sa prise.

Ce n'était pas un accord ou une réconciliation, mais c'en était peut-être un premier pas.


Notes de l'auteur : La phrase d'Alice « Le temps signifie quelque chose de différent pour eux que pour toi, ou même moi. Ils comptent les années comme tu comptes le nombre de jours. C'est dû au fait du nombre de temps qu'ils sont là. Je ne serais pas surprise que tu ais quarante ans avant que tu ne traverses encore leurs esprits » est empruntée à New Moon, excepté que c'est Edward qui prononce ses mots. La ligne originale se présente comme suit : « Le temps signifie quelque chose de très différent pour eux que pour toi, ou même pour moi. Ils comptent les années comme tu comptes les jours. Je ne serais pas surpris que tu ais trente ans avant qu'ils n'y pensent à nouveau… »

Lorsqu'Alice signe les papiers concernant l'achat de la librairie de Bella, elle utilise le nom de Rachel Lee. Il y a un chapitre sur le site web de Stephenie Meyer qui n'a pas été publié dans le livre Twilight. Dans celui-ci, Alice utilise une carte de crédit qui indique Rachel Lee.

La citation suivante est tirée de Breaking Dawn, « J'ai vu le venin de vampire faire des miracles, mais il n'y a pas tout que le venin peut surmonter » et la phrase suivante d'Edward est une citation de New Moon : « Carlisle me surpasse également en bien des manières »

Tout au long de l'histoire, j'ai reçu des questions inquiètes (des reviewvers anglophones NDT) à propos d'Edward et s'il finira heureux ou non. Dans les romans, le personnage d'Edward avait de nombreuses caractéristiques que j'aimais mais parfois aussi il m'énervait beaucoup. Cela ne signifie pas que je suis prête à dénigrer son personnage, mais j'essaie de rendre son comportement et ses réactions aussi réalistes que possible. Et pour savoir s'il aura une fin heureuse ou non… disons simplement que ce n'est pas le but de cette histoire, d'essayer de le rendre aussi misérable que possible, soyez-en rassuré. C'est tout ce que je voulais dire :)