Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.

Merci à tous pour vos reviews aux précédents chapitres ! Plus de 100 reviews c'est juste incroyable ;) merci à Paupau15 qui a posté la 100ème ^^ mais aussi à Iaev, Tsuki Banritt, sochic88, Isno et Zveka et noominaome.

Lia : salut à toi, en effet tu n'es pas la seule à avoir relevé la complexité de l'histoire et des personnages... et pourtant tu verras que tout, à la fin sera en fait très simple, mais l'auteur a pris tellement de détours en chemins que ça donne le tournis XD. C'est vrai que l'auteur voit Edward comme une personne particulièrement tourmentée par sa nature. On dirait qu'il ne s'autorise pas le droit d'être heureux et qu'il pense qu'il n'existe que la voie de la souffrance... un comble tout de même pour un télépathe qui voit pourtant le bonheur des autres membres de sa famille ! Il est en réalité - malgré ces presque cent ans je crois - assez immature. Mais il est tout de même agréable au vu de la situation plus que tendue, qu'il se soit enfin réconcilié avec Bella ;) - Bon dimanche à toi et à la prochaine !


« Tout ce que nous voyons n'est qu'une ombre projetée par les choses que nous ne voyons pas »

- Martin Luther King jr. -


Gravé dans le marbre

Edward fut silencieux sur le chemin du retour à la maison. Je me demandai si c'était parce qu'il réfléchissait à notre conversation ou si quelque chose le troublait.

« Qu'est-ce qui préoccupe ton esprit ? » demandai-je après quelques minutes sans paroles tout en gardant les yeux sur le sol glacé. Ce n'était pas très utile – je pouvais à peine voir quelque chose tellement il faisait noir. Il était peu probable cependant que j'arrive à glisser ou à trébucher avec Edward.

Je m'attendais à ce qu'il évite ma question, mais il me surprit. « Alice », répondit-il. Même si je ne pouvais voir son visage, je savais qu'il fronçait les sourcils.

« Quoi à propos d'elle ? »

Edward laissa échapper un soupir silencieux. « Sa vision de toi m'inquiète comme tu peux le deviner.

– Quelle est ton opinion ? Ou en as-tu une ? »

Je pus vaguement le voir secouer la tête. « Maintenant que les Volturi ont été écartés, il n'y a plus grand-chose à faire. Puisque la vision est si brève et si lointaine… » Je l'entendis soupirer. « J'aurais aimé que nous ayons plus à travailler. Cela dérange Alice aussi car elle ne peut voir quels évènements conduisent à cette vision. Habituellement, elle est capable de comprendre les choses comme ça.

– Elle m'a dit que la vision pouvait être très éloignée car il est possible que cela ne se produise pas encore avant longtemps », lui dis-je.

J'entendis le bout de ses cheveux frôler le col de son manteau alors qu'il hochait la tête. « C'est une explication. J'ai cependant le sentiment qu'elle commence à perdre confiance. Elle a l'impression qu'elle échoue trop ces jours-ci, que quelque chose ne va pas. Que sa clairvoyance est peut-être en train de disparaître.

– Cela peut-il arriver ? demandai-je en ne sachant pas quoi penser de sa soudaine révélation.

– J'en doute. Ces choses ont tendance à s'intensifier avec le temps » Il resta silencieux pendant un moment avant de recommencer à parler. « Mais néanmoins… elle ne l'a pas dit à voix haute mais elle commence à se demander si nous devrions ne pas nous fier autant à ses visions. Ce qui s'est passé avec Véronique… ça l'a fait bondir de ne pas être en mesure de voir ce qui arrivait jusqu'à ce qu'il ne soit trop tard. Elle a peur que la même chose ne se produise avec la vision qu'elle continue d'avoir de toi.

– Ce qui s'est passé avec Véronique a été très soudain, lui rappelai-je. Ta rencontre avec elle a été une coïncidence à la fin. Alice me l'a dit elle-même – que la situation aurait pu tourner dans les deux sens. Si tu n'avais pas trouvé cette piste lors de ton voyage de chasse, qui sait ? Les visions qu'elle avait gardé de Véronique toutes ces semaines auraient disparu d'elles-mêmes finalement. Il n'y a pas d'effet sans cause »

Edward s'arrêta si brusquement que sa réaction soudaine me fit sursauter.

« Quoi ? » demandai-je et pour la millionième fois de la soirée, j'aurais aimé voir son visage.

Edward resta silencieux un instant de plus. « Auraient disparu d'elles-mêmes… aucun effet sans cause, murmura-t-il. Hum.

– Edward, quoi ? » demandai-je en commençant à être frustrée. Peut-être le remarqua-t-il ; je pus voir les contours de son visage alors qu'il se tournait pour me regarder.

« Ce n'est peut-être rien », répondit-il. Cela n'aida pas du tout ma frustration. « Tes propos m'ont juste fait penser à quelque chose.

– Ça te dérangerait de partager ? »

Au lieu de répondre, il resta un moment silencieux. « Peut-être », murmura-t-il finalement. Il recommença à marcher et je n'eus d'autre choix que de le suivre.

Nous pûmes voir la maison après une minute ou deux de marche. Je devinai que la tête d'Edward était envahie de questions alors que nous traversions le jardin, surtout après avoir vu son expression dans la douce lumière des lanternes de glace. Il était intensément concentré, préoccupé.

Ce n'est que plus tard dans la soirée que j'ai découvert la raison de son comportement soudain et étrange. Quelque chose au sujet de mes propos l'avait fait réfléchir, et ce qui lui était arrivé accidentellement s'était avéré être le premier rayon de lumière après la longue morosité des dernières semaines.

Nous nous étions tous rassemblés dans la grande salle à manger de la maison des Cullen, prenant place autour de l'immense table en bois. Alors que je m'asseyais entre Esmée et Carlisle, j'étais soudain nerveuse et pour une bonne raison. Carlisle avait suggéré que nous fixions une date pour ma transformation dès que possible – c'était une chose que nous devions faire de toute façon, mais nous voulions également voir si cela avait un effet sur la vision d'Alice. Eleazar avait pensé que c'était une bonne idée et j'avais accepté. J'avais espéré qu'il serait un peu plus facile de respirer une fois que nous aurions quelque chose de solide sur lequel nous concentrer.

Je fus surprise de voir Edward prendre son place en face de moi. Après notre promenade, il avait disparu quelque part dans la maison, et une partie de moi s'était attendue à ce qu'il continue à éviter la compagnie de tout le monde. J'ai remarqué que la présence inattendue d'Edward sembla aussi avoir beaucoup d'importance pour Carlisle. J'ai dû me demander ce qui s'était passé entre eux au cours des deux derniers jours après leur retour d'Italie. Je savais que Carlisle avait essayé d'approcher Edward plusieurs fois, mais la réponse qu'il avait obtenue n'était pas quelque chose qu'il avait espéré. Nous savions tous les deux que ce qui s'était passé en Italie n'était évidemment pas la principale chose qui affectait tant l'état d'esprit actuel d'Edward.

Je vis les deux hommes échanger un long regard, et quelque chose se passa entre eux à ce moment-là. C'était comme s'ils avaient une conversation que personne ne pouvait entendre. Je vis Edward incliner légèrement la tête comme pour hocher la tête. La ligne tendue des épaules de Carlisle sembla s'apaiser, et il laissa échapper un soupir ténu, réagissant clairement à la réponse sans mot d'Edward. Le moment était bref et je l'aurais complètement manqué à moins de ne les avoir observés de près.

Une partie de moi se demanda si la discussion à venir ne troublait pas du tout Edward. Lors de notre promenade dans la forêt, il avait dit qu'il ne chérissait pas mon humanité plus que ma vie. Alors qu'il croisait mon regard au-dessus de la table, je me suis rendu compte qu'il avait été honnête avec ce qu'il avait dit. Compte tenu de la nature de la conversation à venir, sa simple présence était une déclaration en soi. Je lui fis un petit sourire reconnaissant et il hocha la tête en guise de réponse.

Soudain, il eut de nouveau cette expression préoccupée sur son visage, celle qu'il avait eue sur le chemin du retour à la maison. Pas d'effet sans cause, il avait répété mes paroles sur un ton étrange, presque comme si quelque chose d'important lui était venu à l'esprit. Je me demandai encore à quoi il pensait si intensément, mais ensuite mon attention fut revendiquée par Eleazar. Il disait que Tanya lui avait demandé de me dire que leur famille était prête à m'accueillir à Denali à tout moment. Je le remerciai doucement et je souris, puis j'ai tourné mon attention vers Alice alors qu'elle me demandait de lui donner une date sur laquelle elle pourrait se concentrer.

Je ne réalisais que plus tard à quel point j'avais mis de l'espoir dans la suggestion de Carlisle. Une grande partie de moi avait souhaité que lorsque cette question ne serait plus ouverte au débat, elle aurait un impact sur l'avenir.

Cela s'était avéré être un vœu futile.

Même si nous avons donné à Alice plusieurs délais différents sur lesquels travailler, sa vision de moi était restée la même. Tout d'abord, nous avions essayé de fixer une date dans un mois à partir d'aujourd'hui. Ensuite, trois semaines. Une semaine. Et toujours… rien.

Ce fut un peu perturbant lorsque je réalisai que je me battais peut-être vraiment contre le destin lui-même. Peut-être que ça avait toujours été le cas. Car comment l'expliquer autrement ? Si la vision de moi qu'avait Alice restait la même et cela peu importe ce que nous décidions… peut-être que certaines choses étaient vraiment écrites dans la pierre. Peut-être que j'étais vraiment marquée par le désastre.

Je me suis rendue à mon dernier recours. C'était une chose à laquelle je réfléchissais depuis la nuit où Carlisle, Eleazar et Edward étaient revenus d'Italie. C'était quelque chose dont je n'avais parlé à personne – pas même à Carlisle. La vérité était que la seule chose qui me retenait et m'empêchait de continuer à ce stade était la librairie. Je n'avais toujours trouvé personne pour la diriger, et jusqu'à ce jour, j'avais pensé que trouver quelqu'un pour prendre ma place était un souhait raisonnable. Mais peut-être que non. Et je savais que je devais être prête à faire un tel sacrifice si cela signifiait que cela changerait les évènements futurs. J'avais eu ma juste part d'expériences de mort imminente en une seule vie. Peut-être que l'avenir incertain de ma librairie provoquait une interférence et affectait la capacité d'Alice à voir ce qui nous attendait.

Mais si cette perturbation était éliminée…

« Je vais fermer la librairie », dis-je d'une voix stable, interrompant ce que Jasper était sur le point de dire. Plusieurs paires d'yeux dorés se tournèrent pour me regarder. Je pus sentir Carlisle m'étudier et je le regardai en croisant fixement son regard. « C'est la seule chose qui me retient ici à ce stade et nous empêche de quitter Buffalo », expliquai-je comme personne ne disait rien. Mes yeux balayèrent les visages autour de la table. « Peut-être que l'avenir de la librairie cause trop d'incertitudes et affecte la capacité d'Alice à voir. Si supprimer ce facteur peut aider… » Je laissai mes mots s'égrener, regardant à nouveau Carlisle pour voir ce qu'il pensait de ma suggestion.

Il fronça légèrement les sourcils. « Je pensais qu'il était important pour toi que tu t'occupes de tout ici avant notre départ pour l'Alaska.

– Ça l'est. Ça l'était, admis-je. Mais c'était avant que nous ne découvrions que les Volturi ne sont pas derrière la vision d'Alice. A l'époque, nous pensions que nous avions encore le temps et que nous recevrions un avertissement décent avant de partir. C'est différent maintenant. Ce ne seront pas les Volturi qui nous forcerons la main, du moins pas dans les prochains mois. Puisque c'est quelqu'un d'autre, quelqu'un que nous ne connaissons pas… » Mes mots s'égrenèrent tandis que je soutenais son regard. « Bien qu'il soit important pour moi de faire le point en moi sur tout ça, cela n'en vaut pas la peine si nous devons continuer de vivre dans l'incertitude. La vérité est qu'en tant qu'humaine, je mets également le reste d'entre vous en danger car vous devez me protéger. Mais si nous partons maintenant pour l'Alaska et que je peux être transformée plus tôt que nous l'avions prévu… » Une douleur me traversa la tête quand je pensai à ma librairie sombre et abandonnée, mais je repoussai l'image. « J'ai déjà décidé de devenir l'une des vôtres. Qu'est-ce que cela change vraiment si cela se produit dans six mois ou dès demain ? Si la fermeture de la librairie est ce qu'il faut faire, alors c'est ce que je ferai. Je ne veux pas jouer avec ma vie comme je ne veux pas jouer avec les vôtres » Je regardai de nouveau autour de moi, mon regard balayant les vampires assis autour de la table. « Je ne veux pas qu'il y ait une répétition de ce qui s'est passé avec James. C'était assez horrible à l'époque même si vous aviez l'avantage sur lui. Vous saviez ce que vous alliez affronter. Nous n'avons pas cet avantage maintenant – tout ce que nous avons, ce sont des suppositions et des spéculations et ce n'est pas grand-chose »

Étonnamment, les lèvres de Jasper se fendirent en un petit sourire tordu tandis qu'il me regardait. « C'est probablement la seule chose qui n'a pas changé depuis. Même avec James, tu mettais notre sécurité avant la tienne. Tu t'inquiètes plus pour nous que pour toi »

Esmée échangea un doux sourire avec Miguel avant de regarder Jasper. « En attendais-tu moins d'elle ? »

Je baissai les yeux, ne sachant pas quoi dire et me demandant si j'étais prise au sérieux. Carlisle prit ma main dans la sienne me faisant le regarder. Comme toujours, il avait deviné la direction de mes pensées.

« Nous entendons ce que tu dis Bella, m'assura-t-il. Et si tu y as réfléchi – si c'est ce que tu veux…

– C'est le cas »

Il acquiesça. « Alors nous procéderons sans plus attendre. Eleazar ? »

Le mentionné hocha la tête en me regardant. « Tu es la bienvenue chez les Denali à tout moment. J'en informerai Tanya »

Je lui fis un sourire. « Je te remercie »

Carlisle me regarda à nouveau, une ride apparaissant entre ses sourcils. « Dans combien de temps penses-tu que nous devrions partir ? » demanda-t-il.

J'ai haussé les épaules. « Je ne sais pas. Dès que possible. Je suis d'accord avec tout. Nous avons déjà essayé de fixer une date dans un mois, et après une semaine. Comme cela n'a pas eu d'impact sur la vision d'Alice…

– Cela pourrait simplement signifier que ce n'est pas assez bon, termina Jasper pour moi. Nous devons donc agir encore plus tôt »

Le froncement de sourcils sur le visage de Carlisle s'estompa en songeant aux propos de Jasper, puis il regarda Eleazar.

« Si nous prenons un avion de Buffalo à Anchorage…, commença Eleazar.

– Nous pourrions être à Denali dans un jour », conclut Carlisle.

Je pris une profonde inspiration ; les choses commençaient à vraiment bouger rapidement. Mon cœur commença à battre dans ma poitrine quand j'ai soudainement réalisé que cela pourrait être mes dernières heures en tant qu'humaine.

« Alice ? »

C'était la voix d'Edward ; il n'avait rien dit pendant toute la conversation. Je le regardai avec surprise, puis tournai mon regard vers Alice. Eleazar et Carlisle se turent tandis que leur conversation cessait.

Il y avait une lueur incrédule dans les yeux dorés d'Alice alors qu'elle regardait devant elle. La pièce entière paraissait maintenant plus silencieuse, presque comme si quelqu'un avait baissé le volume du monde.

Ses épaules tombèrent alors qu'une bouffée d'air quitta sa poitrine. Elle secoua la tête tout en lançant un regard désespéré à Edward. « Je ne comprends pas. Elle est toujours là.

– La vision ? » demanda Esmée d'une voix incrédule.

Tout mon être parut se transformer en glace.

« Je ne comprends pas, répéta Alice. Ça aurait dû changer. Si nous serons en Alaska d'ici demain… »

Carlisle bougea à côté de moi. La lueur dans ses yeux était entièrement et trop composée. « Peux-tu nous voir là-bas ? demanda-t-il.

– Pendant un moment, je l'ai pu. Mais je ne pouvais pas voir Bella comme un vampire, puis la vision d'elle après s'être faite attaquée par quelqu'un était de retour. C'est presque comme si quoi que nous décidions…

– Ça arrivera de toute façon », finis-je pour elle, ma voix étant étonnamment sans émotion.

Personne ne parut savoir quoi dire. J'entendis Carlisle respirer profondément à côté de moi. Son emprise sur ma main se resserra momentanément. Ce n'est qu'à cet instant que je réalisai que nous nous tenions par la main, et je me suis demandé ce que les autres en pensaient. Mais je n'avais pas l'énergie pour m'en soucier. Je me sentais soudainement… épuisée.

« Revenons en arrière, suggéra Eleazar d'une voix calme. Nous devons tout reprendre soigneusement. Puisque notre décision d'agir n'a pas eu d'effet sur la vision, nous devons tout regarder sous un angle différent. C'est la seule façon dont nous pourrions apprendre et comprendre la situation pour éventuellement la résoudre »

Carlisle acquiesça. « D'accord », dit-il doucement. La lueur dans ses yeux était bien trop calme.

Je remarquai qu'Edward le regardait, avec des yeux soudainement peinés. Je me suis posé des questions à ce sujet mais Emmett parla ensuite, réclamant l'attention de tous.

« La seule façon de résoudre ce problème est de découvrir qui est l'attaquant, déclara Emmett. Si quelqu'un a une vendetta personnelle contre Bella, gardez à l'esprit que devenir un vampire ne garantit pas automatiquement sa sécurité. Certes les choses deviendront plus faciles lorsque tu seras à l'épreuve des balles, admit-il en me regardant, mais malgré tout, c'est important de savoir qui est derrière tout ça »

Je sentis mon esprit se briser. Cela ne finirait-il jamais ? Étais-je éternellement condamnée à être pourchassée par des ombres et forcée de rester de côté pendant que je regarderai les Cullen se mettre en danger pour moi maintes et maintes fois ? Parfois, j'avais l'impression d'être coincée dans une boucle sans fin de malheurs, et que quelqu'un d'autre choisissait quand je devais sauter – si je le devais en réalité.

Eleazar se tourna vers Alice.

« La vision reste-t-elle éloignée ? lui demanda-t-il. Est-ce encore juste un flash rapide ? »

Elle acquiesça. « Oui. Il semble toujours que ce ne soit qu'un aperçu. Comme si c'était un petit fragment d'une plus grande série d'évènements, des évènements que je ne peux pas voir parce que la vision les bloque.

– Et quand tu te concentres sur la vision, tu ne peux l'explorer plus loin ? » s'enquit-il en fronçant les sourcils. Alice secoua la tête en réponse.

« Non. Ça ne dure qu'une seconde. Un instant c'est là et puis l'instant d'après, c'est parti. Elle continue de glisser.

– Et tu ne peux déterminer l'heure à laquelle cela a lieu ? »

Elle ferma les yeux, se frottant les temps comme si elle avait mal à la tête. « Si cela devait se produire bientôt, je pense que je devrais pouvoir le voir plus clairement. Mais ce n'est pas le cas. C'est presque comme si les évènements menant à cette vision ne se produiraient pas avant un certain temps. Presque comme si les facteurs dépendent en quelque sorte de certaines conditions… ou comme si la personne derrière tout ça attendait son heure… » Ses mots s'égrenèrent tandis qu'elle ouvrait soudainement les yeux, presque comme si elle venait de saisir une idée qu'elle recherchait depuis longtemps. Mais elle secoua la tête avec une expression au-delà de la frustration. « C'est ce qui m'embrouille. Même si nous avons décidé de partir pour l'Alaska dès aujourd'hui, la vision est restée telle qu'elle était. Pourquoi est-elle si éloignée, alors ? Comme si c'était encore loin de se produire ? »

Je me raclai doucement la gorge. « Tu m'as dit une fois que tu ne peux pas me voir aussi clairement parce que je suis humaine. C'est peut-être pour ça que tu as tellement de difficultés avec ça »

Elle se mordit la lèvre d'une manière très humaine. « Mais je suis tellement à ton écoute maintenant. Chaque fois que je me concentre sur toi et juste sur toi, je peux même voir les plus petites variantes de ton futur proche. Par exemple, tu m'as rendu folle hier lorsque tu faisais l'inventaire de la librairie. Mais si j'essaye de regarder plus loin… je ne fais que retrouver la vision que je continue d'avoir de toi depuis l'automne dernier. Cette vision… elle est en quelque sorte différente. Ce qui a toujours été le cas tout ce temps. C'est presque comme si je ne pouvais voir au-delà. Comme si cela détermine tout ce qui vient après. C'est comme si cela importait peu ce que nous décidons, parce que ce sont les actions de quelqu'un d'autre qui finiraient par être impliquées d'une manière ou d'une autre. Mais qui que ce soit, il n'a pas encore pris la décision d'agir. Et jusqu'à ce qu'il le fasse…

– Peut-être qu'ils hésitent, qui que ce soit », suggéra Miguel.

Alice secoua la tête. « Normalement je serais d'accord mais maintenant… » Elle laissa échapper un soupir frustré. « S'il s'agissait d'hésitation, la vision ne serait pas aussi nette et définie. Elle serait plus obscure, et elle disparaîtrait peut-être et reviendrait lorsque la personne derrière la décision allait et venait sur le sujet. Je serais également en mesure de voir d'autres futurs à côté de cette vision. Mais il semble presque qu'il n'y ait qu'un seul avenir. Celui-ci, dit-elle doucement en me lançant un regard d'excuse. Même si la vision que je continue d'avoir n'est qu'un aperçu, elle est solide. L'automne dernier, quand je l'ai vue pour la première fois, elle était floue. Mais elle n'a fait que se clarifier avec le temps. Vers le mariage d'Esmée et Miguel, il y a eu un changement important soudain. Comme si quelque chose s'était produit à cette période et qui l'a rendu soudainement plus nette »

Je commençai à me sentir étrangement détachée de la conversation. C'était peut-être la manière qu'avait trouvé mon esprit pour se protéger. « Je ne comprends tout simplement pas qui ça pourrait être, murmurai-je. Je ne peux pas penser à des ennemis. Je veux dire… à part les Volturi et Victoria, je ne connais personne d'autre qui voudrait me rayer du paysage. Victoria n'est plus une préoccupation depuis qu'elle est morte, et depuis que les Volturi ont accepté votre demande de me transformer… » Je secouai la tête. « Qui nous reste-t-il ?

– Personne », répondit Emmett. Il était assis à l'autre bout de la table, les bras croisés sur sa poitrine.

« C'est utile », murmura Rosalie en lui donnant un petit coup de coude.

Emmett haussa les épaules. « Peut-être que vous rendez les choses plus difficiles qu'elles ne le sont vraiment, suggéra-t-il. Je sais que nous avons en quelque sorte exclu l'implication des Volturi, mais j'ai fini par penser qu'ils n'étaient peut-être pas aussi sincères dans leur promesse de te laisser transformer Bella, suggéra-t-il en regardant Eleazar et Carlisle. Peut-être qu'ils enverront de toute façon quelqu'un pour l'éliminer. Je ne crois pas totalement en eux »

Ce fut Edward qui répondit. « Non. Aro a été intrigué par elle. Il veut voir Bella en vampire plus que tu ne le crois, dit-il à Emmett en parlant d'un ton calme et plat. Il ne songerait même pas à l'idée de la tuer. La simple information que je n'ai jamais pu lire dans son esprit l'a étonné. Je ne pense pas qu'il n'ait jamais entendu parler d'un humain capable de repousser un talent intrusif comme le mien. Il a même envisagé d'envoyer Véronique ici afin qu'elle puisse confirmer si Bella est un bouclier ou si elle possède un don encore plus puissant.

– Eh bien, cela pourrait être la réponse, dit Emmett. Peut-être que c'est Véronique qui attaque Bella dans la vision d'Alice. Peut-être qu'elle a une réaction incontrôlable à l'odeur de son sang, tout comme cela t'est arrivé à Forks, et qu'elle l'attaque accidentellement alors que tout ce qu'elle était censée faire était de regarder de plus près » Il me jeta un coup d'œil à ce point-ci. « Ne te vexe pas gamine, mais le fait est que tu es difficile à résister »

J'ai roulé des yeux. « Il n'y a pas de mal. Je crois »

Alice secoua la tête. « Ce n'est pas elle. Je le saurais, intervint-elle.

– Comment en être certain ? la défia Emmett. Tu ne l'as pas vue non plus tomber sur Edward. Pas avant qu'il ne soit trop tard.

– C'est parce que je ne savais pas quoi chercher. Je n'avais jamais entendu parler d'elle auparavant. J'ai maintenant un lien avec elle, quelque chose que je n'avais pas auparavant », expliqua-t-elle.

Edward hocha la tête. « Je suis d'accord – ce n'est pas Véronique. Et comme je l'ai dit, Aro a seulement envisagé l'idée de l'envoyer jeter un coup d'œil. C'était une pensée passagère, pas une décision. Il est prêt à attendre que nous transformions Bella nous-mêmes ; je l'ai vu dans son esprit.

– Et même si Aro avait soudainement changé d'avis et ordonné à quelqu'un de venir ici, je l'aurais vu, ajouta Alice. Je le surveille. J'attends ses ordres.

– Sur quel avenir es-tu la plus concentrée ? demanda soudain Jasper. Bella ou Aro ? »

Alice y réfléchit. « Eh bien, j'avais l'habitude d'observer autant les Volturi que Bella, répondit-elle. Mais depuis ce qui s'est passé en Italie, je suis plus qu'exclusivement concentrée sur Bella. Puisqu'Edward peut confirmer qu'Aro a accepté notre demande de la transformer, je ne pense pas que ce soit lui qui va causer des ennuis. Je ne le surveille que par précaution »

Jasper hocha la tête, fronçant les sourcils. « Tu le devais. Mais je pense que tu devrais davantage te concentrer sur Bella à partir de maintenant.

– Qu'est-ce qu'il y a ? demanda soudain Carlisle. A quoi penses-tu ? » Il était terriblement silencieux depuis un moment maintenant ; ça m'avait un peu inquiétée. La lueur dans ses yeux était difficile à déchiffrer.

Jasper secoua la tête. « Je ne sais pas quoi penser pour être honnête. J'ai l'impression que nous regardons tout cela sous le mauvais angle comme l'a dit Eleazar » Ses yeux dorés fixaient la surface sombre de la table. « Je continue d'avoir le sentiment que ce ne sera pas une décision que nous prendrons qui mènera finalement à la vision d'Alice – ou qui finira par l'empêcher de se réaliser.

– Es-tu en train de dire que cela n'a vraiment pas d'importance ce que nous faisons ou décidons ? » demandai-je, ne sachant quoi en penser.

Il poussa un soupir, me regardant un long moment. « Je ne sais pas. Il y a autre chose à l'œuvre ici. Et puisque nous ne pouvons penser à personne qui voudrait te faire du mal, la seule chose que nous pouvons faire est de prendre constamment soin de toi. Jusqu'à ta transformation s'entend. Et peut-être même après, s'il s'avère que quelqu'un t'en veut. Je suis d'accord avec Emmett. Te transformer en vampire ne résout pas tout le problème »

Ses paroles ne provoquèrent pas vraiment de réaction énorme en moi. Je m'y étais habituée au cours des derniers mois, à être observée 24h/24. Cela ne me dérangeait pas autant que cela l'aurait pu, et les seules pensées négatives que j'ai eues à ce sujet son venues du fait que je détestais être un poids pour quiconque, sans mentionner à quel point cela me troublait que quelqu'un d'autre serait en danger à cause de moi. Je savais que les Cullen veillaient sur moi de bon cœur. Mais je savais aussi que cela ne pouvait durer éternellement.

« Peut-être que nous regardons vraiment cela du mauvais côté, suggéra Esmée. Peut-être que c'est juste une coïncidence… » Elle s'arrêta lorsqu'elle vit les expressions incrédules de tous. « Par coïncidence, je veux dire qu'il n'y a peut-être personne qui attend intentionnellement quelque part d'avoir une chance de nuire à Bella. Jusqu'à présent, nous avons pensé que quelqu'un prévoyait de l'attaquer exprès. Mais si ce n'est pas du tout cela. Peut-être que quelqu'un deviendra curieux à un moment donné, un nomade ou un autre passant, et arrivera à tomber par hasard sur Bella. Notre parfum est tout autour de son appartement, par exemple. Et si quelqu'un se demande ce qui nous attire là-bas ? Supposons qu'il ne partage pas notre alimentation… » Elle me lança un regard d'excuse à ce stade, me serrant la main.

« Tu suggères que quelqu'un attaque Bella parce qu'il est nerveux ? » demanda Jasper en semblant considérer sérieusement la suggestion d'Esmée.

Elle acquiesça. « Cela expliquerait pourquoi la vision est ainsi. Juste un éclair. Si quelqu'un avait pris une décision concrète de nuire à Bella, ne serais-tu pas en mesure d'en voir plus ? demanda-t-elle à Alice. Ta vision ne serait-elle pas plus précise ? »

Elle hésita. « Normalement, je dirai oui.

– Normalement ? » demanda Emmett en s'interrogeant sur son choix de mots.

Alice poussa un soupir. « Je n'ai jamais eu autant moins confiance en moi qu'en ce moment. Après tout, je n'ai cessé d'avoir de brèves visions de Véronique depuis l'automne dernier, mais comme tu l'as dit, le tableau ne s'est pas réuni jusqu'à ce qu'il se soit réalisé. Jusqu'à ce qu'il soit déjà trop tard. J'ai l'impression… que je faillis trop »

Personne ne sut quoi répondre à cela. Alice comprenait manifestement mieux que quiconque ses propres capacités, et la voir si incertaine à ce sujet était légèrement troublant.

Esmée continua finalement là où elle s'était arrêtée, voulant probablement rompre le silence agité que les mots d'Alice avaient provoqué.

« Comme Bella l'a dit, elle ne peut penser à des ennemis. Peut-être que c'est notre réponse – peut-être que celui qui l'attaque dans la vision d'Alice n'est pas du tout un ennemi, du moins pas dans le sens profond du terme. Que c'est juste quelqu'un qui arrive à être curieux en passant. Et quelqu'un qui a soif également » Elle se tourna pour me regarder, reprenant ma main dans la sienne et la serrant tendrement. « Emmett a raison ma chérie. Pour tous ceux qui ne suivent pas notre régime, il est très difficile de te résister »

Les Cullen et Eleazar réfléchirent aux mots d'Esmée avec diverses expressions. Je pouvais voir que certains d'entre eux étaient presque convaincus. Edward, Alice et Jasper avaient tous des expressions pensives sur leurs visages en songeant à sa théorie. Carlisle se frottait le menton d'une manière très humaine. De l'extérieur, il paraissait calme mais la lueur dans ses yeux m'était encore étrangère.

« A bien y penser, ça n'a même pas besoin d'être un vampire, suggéra Emmett en regardant Alice. Cela pourrait aussi bien être un humain. Peut-être que c'est juste un détraqué qui attaque Bella. Ou peut-être qu'elle a une sorte d'accident »

Eleazar lança un regard curieux à Alice. « Ta vision exclut-elle ces choses ? »

Alice soupira, hésitant. « Je n'ai aucune preuve pour me soutenir, mais quand même, je ne pense pas que ce soit un humain à qui nous avons à faire. Et je ne suis pas prête à croire que ma vision soit le résultat d'un accident non plus. Je la surveille constamment après tout. Nous devrions pouvoir empêcher ce genre de choses de se produire très facilement.

– Alors pourquoi ne pouvons-nous pas empêcher la vision de voir le jour ? argumenta Emmett. Comme tu l'as dit, nous surveillons Bella en permanence et nous le ferons évidemment jusqu'à ce que toute cette affaire soit réglée. Pourquoi notre présence ne semble-t-elle pas avoir d'importance alors ? Comme tu le dis, nous devrions être facilement en mesure de l'empêcher d'avoir un accident ou de subir une agression par un assaillant par exemple. Cela ne s'applique-t-il pas également à notre espèce ? Pourquoi ne pourrions-nous pas faire de même si c'est un vampire à qui nous avons affaire ? » souligna-t-il.

Alice fronça les sourcils. « Je n'ai pas toutes les réponses évidemment. C'est juste un sentiment que j'ai. La seule explication que j'ai c'est que tout ce qui se passe dans ma vision, sera quelque chose de soudain. Quelque chose que nous n'attendons pas. Comme tu l'as déclaré, si notre seule présence pouvait faire une différence et changer l'avenir… »

Sa phrase resta inachevée ; Carlisle s'était levé de son siège pour sortir de la pièce. C'était arrivé si rapidement et si silencieusement qu'il me fallut un moment pour réaliser qu'il était parti. Les vampires assis autour de la table échangèrent des regards.

Je me suis levée de mon siège sans un mot. Esmée libéra ma main de sa douce étreinte alors que je me levais en me lançant un long regard. Emmett et Alice continuèrent leur dispute à voix basse tandis que je quittais la salle à manger.

« Tout ce que je dis, c'est que nous ne devons rien exclure pour le moment, entendis-je dire Emmett.

– Et nous ne le faisons pas, répondit Alice.

– Il serait peut-être plus sûr de supposer que c'est un vampire à qui nous avons affaire, intervint Jasper. Il vaut mieux se préparer au pire des cas que… »

Je n'entendis pas le reste de sa phrase. Le couloir devant moi était vide et désert alors que je me dirigeais vers la maison silencieuse. Mes pas m'emmenèrent au salon ; je ne savais pas comment je sus que je le trouverai là-bas. Mais c'est là qu'il était néanmoins, debout devant les baies vitrées menant au jardin et regardant la nuit au dehors. Je suis allée me tenir à ses côtés, lui touchant le bras sans un mot.

Il ferma les yeux au contact et il resta complètement immobile pendant un certain temps avant de tendre la main et avec son bras me tira près de lui. J'appuyai ma tête contre son épaule tout en écoutant les bruits ténus de sa respiration pendant quelques instants sans fin. Je me demandai si cela le calmait – de respirer. Je me demandai aussi à quel point il était bouleversé par la discussion d'Emmett et Alice depuis qu'il était parti comme ça. Je n'avais jamais vu Carlisle perdre son sang-froid, mais maintenant il en était proche.

J'ai regardé son visage ses yeux étaient toujours fermés.

« Ils essaient juste de retourner chaque pierre, lui rappelai-je d'une voix douce. Ils veulent tout prendre en considération »

Il inspira profondément avant de laisser échapper un long soupir. Sa voix fut basse lorsqu'il parla. « Je le sais. Et ils ont tous de bons arguments » Il ouvrit les yeux, resserrant momentanément sa prise autour de mes épaules. « Jasper a raison cependant. Bien que la spéculation puisse éventuellement nous éclairer, la seule chose que nous pouvons vraiment faire est de veiller constamment sur toi, et de cette façon, d'essayer d'assurer ta sécurité.

– Nous ne pouvons pas la garantir pour toujours cependant. Je dois être transformée tôt ou tard – de préférence avant que les Volturi ne viennent pour une visite.

– Je suis d'accord, dit-il doucement. Mais ce qu'Emmett a dit est vrai. Si quelqu'un a le désir de te faire du mal, te transformer ne garantira pas ta sécurité. Il est important que nous découvrions qui est celui qui t'attaque dans la vision d'Alice. Eleazar a également raison – nous devons être capable de comprendre les circonstances derrière la vision. Puisque les décisions que nous avons tentées ce soir n'aboutiront pas au scénario que nous espérons… » Il s'interrompit, se taisant.

« Mais si la vision d'Alice est le seul scénario ? demandai-je en me détachant de lui pour le regarder. Je ne veux pas être l'oiseau de mauvaise augure ici, mais nous devons le prendre en considération. Peu importe le genre de délai que nous avons donné à Alice concernant ma transformation, elle n'a fini que par avoir cette même vision de moi. Et la vision reste lointaine, presque comme si c'était encore loin de se produire…

– Ce pourrait être parce qu'il ne semble pas seulement que cela se produise dans longtemps. Cela pourrait très bien être le cas, suggéra Carlisle. Ce qui signifie que tout est encore possible – tout peut encore changer.

– Mais si tel était le cas, les décisions que nous avons prises ce soir auraient dû faire la différence. Mais au lieu de ça, nous continuons à nous retrouver dans une impasse », fis-je remarquer en soupirant. Carlisle ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais aucun son n'en sortit. Je ne pouvais pas lui en vouloir – il n'y avait pas de mots pour ça, pour ce sentiment de désespoir.

Je poussai un autre soupir, appuyant ma tête contre son épaule. Ses doigts commencèrent à dessiner des motifs invisibles sur la longueur de mon bras. Soudain, il bougea et se tourna pour regarder la porte du salon. Je me tournai également, m'éloignant de lui.

Après un moment, Edward apparut à la porte. Il avait encore cette lueur pensive dans les yeux, la même qui m'avait fait me demander ce qui se passait dans sa tête quand nous étions rentrés à la maison plus tôt dans la soirée.

Il hésita à la porte, ses yeux flottant entre moi et Carlisle. « J'ai pensé à quelque chose, commença-t-il tandis que la lueur dans ses yeux était songeuse. Carlisle et si nous en sommes la cause ?

– Que veux-tu dire ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils.

Edward entra dans la pièce, ses bras se croisant sur sa poitrine. « Quelque chose que Bella m'a dit aujourd'hui m'est resté à l'esprit. Elle a dit qu'il n'y avait pas d'effet sans cause »

Carlisle fronçait toujours les sourcils. « Je ne te suis pas.

– Qui le suit ? » C'était la voix d'Emmett s'approchant du salon. Il entra à l'intérieur après Edward, Alice et Jasper juste derrière lui. Bientôt, le reste d'entre eux se déversa également dans la pièce.

Edward ignora le commentaire d'Emmett. « Les actions que nous entreprenons dépendent des visions d'Alice. En d'autres termes, nous basons nos décisions sur le résultat possible de nos décisions.

– C'est vrai », convint Carlisle d'une voix toujours incertaine. Je remarquai que Jasper avait soudain un regard concentré, presque comme s'il savait où Edward voulait en venir. Peut-être que c'était le cas.

« La vision d'Alice de Bella ne change pas ou ne disparaît pas et ce quel que soit le type de choix que nous faisons ou quel que soit le calendrier que nous essayons de fixer, continua Edward en hésitant. Et si c'est parce que… nous avons déjà en quelque sorte pris la décision de ne pas agir si sa vision ne change pas ou ne disparaît pas complètement ? Et si en restant inactifs, nous alimentons la situation et créons un cercle sans fin. Nous attendons toujours qu'Alice voit quelque chose de nouveau pour que nous puissions agir… et elle ne voit rien parce que nous n'agirons pas vraiment tant qu'elle n'aura pas vu quelque chose. Donc, elle ne peut pas finalement en voir le résultat réel.

– Tu penses que c'est une prophétie auto-réalisatrice ? » demanda Jasper. Ses yeux brillèrent soudain d'une étrange manière. Il échangea un regard avec Carlisle avant de se tourner vers Alice. « Qu'est-ce que tu en penses ? »

Son expression était pensive. « C'est possible, j'imagine. Cela n'explique toujours pas pourquoi la vision reste si lointaine et brève. Cela n'explique pas non plus qui est derrière tout ça, ni ce qui l'a provoquée en premier lieu tous ces mois auparavant.

– Plus tôt, tu as dit que tu te sentais comme si les facteurs dépendaient en quelque sorte de certaines conditions, déclara Edward tandis que ses yeux étaient toujours songeurs. Une explication à cela est que la vision reste si éloignée parce que nous sommes encore loin d'atteindre ces conditions. Ce qui est évidemment bon.

– Bien sûr, soit encore plus vague s'il te plait », murmura Emmett dans un souffle.

Edward l'ignora. « Et si c'est vrai ? Peut-être que nous ne pouvons vraiment pas connaître le résultat avant de passer à l'action, poursuivit-il. Peut-être que nous devrons le faire aveuglément.

– Transformer Bella même si Alice ne peut pas la voir comme un vampire ? demanda Eleazar.

– Oui », répondit Edward. Il rencontra brièvement mes yeux, et c'était tout ce dont j'avais besoin pour savoir combien cela lui avait coûté de le dire. Quand il continua, sa voix était vaincue mais déterminée. « Il n'y a pas d'effet sans cause comme l'a dit Bella. Alors que l'avenir est basé sur des décisions, il est également basé sur des actions solides. Sans parler des coïncidences et des évènements de tous les jours. Comme Jasper l'a déjà dit, les décisions conscientes ne sont pas les seules choses qui peuvent avoir un effet sur son avenir.

– Ce qui voudrait dire que la vision de Bella est seulement une variation de plusieurs avenirs possibles, médita soudainement Jasper en fronçant les sourcils.

– Alors pourquoi ne puis-je pas voir toutes ces autres variations ? demanda Alice avec frustration. Pourquoi juste celle-ci ?

– Peut-être que tu t'es trop concentrée dessus, suggéra Jasper. Quand tu l'as vu pour la première fois l'automne dernier, peut-être que tu t'y es accrochée trop fort. Jusqu'à présent, nous n'avons eu aucune raison de creuser plus profondément. Maintenant, nous le faisons. Après tout pendant des mois, nous avions l'impression que les Volturi étaient derrière la vision. Nous avons commencé d'une certaine manière à prendre les circonstances pour acquises. Nous n'avions aucune raison de remettre en question quoi que ce soit » Il passa une main dans ses cheveux blonds en commençant à déambuler. « Supposons que la théorie d'Esmée par exemple, soit correcte. Supposons que ce soit un nomade nerveux ou un autre passant aléatoire qui soit à l'origine de la vision. Nous ne savons pas quand ce nomade croisera Bella – nous savons seulement que ça va arriver à un moment donné. Ça pourrait être la semaine prochaine, ou dans un mois ou un an à partir de maintenant – nous n'avons aucun moyen de le savoir encore parce que ta vision est ce qu'elle est. Cependant, tu as dit que si la vision devait avoir lieu bientôt, tu devrais la voir plus clairement.

– Normalement oui, répondit Alice avec découragement. Mais depuis ce qui s'est passé avec Véronique, je ne peux être sûre de rien. Je ne peux faire aucune promesse »

Jasper hocha la tête. « Je vois. Eh bien, ça n'a pas d'importance de toute façon. Chaque fois que la vision va avoir lieu, il est évident que si Bella est toujours humaine quand ça arrive, ça peut être fatidique pour elle. Et si la théorie d'Edward est correcte et que ta vision est vraiment une prophétie auto-réalisatrice… »

Eleazar avait commencé à hocher pensivement la tête. « Si nous continuons à botter en touche parce que nous hésitons à agir et à transformer Bella parce qu'il n'y a pas de changement dans la vision, elle finira par se réaliser.

– Bien. Par conséquent, nous la gardons sous garde constante par précaution au cas où cet agresseur inconnu arriverait soudainement. Et puis nous partons pour l'Alaska le plus tôt possible afin que Carlisle puisse la transformer. Et une fois que ce sera fait…

– La vision devrait disparaître d'elle-même » C'était la voix de Carlisle ; il avait l'air prudemment optimiste.

« C'est ça, dit Jasper en recevant un signe de tête d'Edward. Ce n'est qu'une théorie, je l'avoue. Agir est le seul moyen de savoir si nous avons raison ou tort.

– Peut-être que j'ai regardé trop de films, commença Emmett, mais n'est-ce pas généralement une mauvaise idée d'essayer d'empêcher une prophétie auto-réalisatrice de se réaliser ? Cela n'amène pas à l'effet inverse habituellement ? Alice continue de parler des conditions et des circonstances. Et si nous créons nous-même ces circonstances en agissant et en faisant quelque chose de téméraire, menant ainsi à la réalisation de la vision ?

– Je suis d'accord. Tu as regardé trop de films, dit sèchement Jasper. Le fait demeure, nous devons faire quelque chose. Je ne dis pas que nous devons sauter dans un avion dans l'instant et emmener Bella en Alaska pour être transformée tout de suite. Si Alice a raison et que sa vision ne prendra pas place avant un certain temps…

– Je ne peux pas en être certaine, intervint-elle en semblant frustrée parce qu'elle devait continuer à se répéter. C'est comme ce que j'ai dit – pendant tous ces mois, j'ai toujours eu l'impression que quelque chose devait se produire avant que la vision ne se réalise. Les évènements dépendent de certaines conditions. Je ne sais pas quelles sont ces conditions, cria-t-elle à l'intention d'Emmett lorsqu'il ouvrit la bouche pour demander. Si je le savais, je te le dirais. Crois-moi »

Jasper avait l'air pensif. « Au lieu de se concentrer sur cette vision, je pense que tu devrais essayer de voir au-delà. Creuser plus profondément. Je sais que tu as déjà essayé, ajouta-t-il quand il remarqua qu'Alice était sur le point d'argumenter. Mais si tu peux voir quelque chose – n'importe quoi – qui pourrait soutenir notre théorie, cela rendrait tout beaucoup plus facile. En attendant… » Il se tourna vers moi à présent. « … jusqu'à notre départ pour l'Alaska nous garderons un œil sur toi 24h/24. Je sais qu'il n'y a rien de nouveau là-dedans. Je pense que tu devrais t'occuper des choses que tu n'as pas encore faites. Abandonne ton appartement et essaye de trouver quelqu'un pour diriger ta librairie » Il s'arrêta pour réfléchir à quelque chose. « Ce n'est pas la fin du monde si tu ne trouves personne pour y travailler, et si tu es prête à la fermer tout de suite comme tu l'as suggéré auparavant, c'est ta décision. Mais je pense que cela attirerait moins l'attention si tu t'en tiens au plan d'origine. Et si le pire venait à venir et que nous devons accélérer les choses, Alice ou quelqu'un d'autre pourra s'occuper de ces choses pour toi »

Carlisle avait l'air pensif, la lueur dans ses yeux soudainement hésitante.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » interrogeai-je en me demandant s'il n'était pas d'accord sur quelque chose.

Il me regarda, son regard me mesurant. « Je pense que nous serions en sécurité si nous partons sans délai pour l'Alaska, dit-il calmement. Ce n'est pas que je n'ai pas confiance en la théorie d'Edward, expliqua-t-il en jetant un coup d'œil à la personne en question. Mais je crois toujours que plus tôt nous agirons… »

Edward hocha la tête. « Je suis d'accord. Même si j'ai raison le fait demeure que nous ne pouvons pas être certains du moment exact en ce qui concerne la vision d'Alice » Il me jeta un coup d'œil. Une fois de plus, je me demandai à quel point cela demandait de l'exigence de sa part de dire les mots suivants. « Tu as raison. Nous ne devrions pas prendre plus de risques que nécessaire. Plus tôt Bella sera transformée, mieux ce sera »

Carlisle et Edward se regardèrent longuement. Une fois de plus, j'avais l'impression qu'ils avaient une conversation que personne d'autre ne pouvait entendre. Après un moment, Edward hocha la tête sans un mot et Carlisle se tourna pour me regarder.

« Quand je vous ai dit que je suis prête à fermer la librairie si la situation l'exige, je pensais ce que j'ai dit, lui assurai-je en lui prenant la main. Je suis prête à partir dès demain s'il le faut » Je jetai un coup d'œil à Jasper en hésitant soudain. « Enfin, tu as dit que cela attirerait moins d'attention si je m'occupais d'abord des choses ici… »

Jasper avait l'air pensif. « Eh bien dans les mois à venir, nous devrons orchestrer un accident et faire croire que ça ne l'était pas. C'est pourquoi il serait plus sûr si tu prends soin des choses ici avant ton départ. Quand ta mort fera l'objet d'une enquête, et s'il s'avère plus tard que tu venais de vendre ton commerce et que tu avais immédiatement quitté la ville à la hâte, je crains que cela ne soulève des questions. Surtout si le commerce que tu viens de vendre à quelqu'un d'autre ferme ses portes sans préavis.

– Tu penses à Charlie », déclara Carlisle.

Jasper hocha la tête. « Juste pour être sûrs, nous ferions mieux de nous assurer de ne laisser aucune preuve.

– J'ai une caméra de sécurité à la librairie, réalisai-je soudain en regardant Carlisle. Trois en réalité. Tu es sur les enregistrements, ainsi que Jasper et Alice évidemment » Un frisson me traversa lorsque je songeais à plus tard – si Charlie avait une raison de penser que mon prétendu accident avait des composantes suspectes, il deviendrait paranoïaque et pourrait commencer à enquêter davantage. Il n'avait pas d'autorité ici, mais je savais que rien de l'arrêterait s'il commençait à avoir des soupçons. Et il avait toujours été minutieux s'il décidait de faire quelque chose. S'il commençait à enquêter sur mes déplacements avant de quitter Buffalo et s'il mettait la main sur les enregistrements… il reconnaîtrait sans aucun doute les Cullen.

Jasper hocha la tête. « Nous nous occuperons des enregistrements en temps voulu »

Esmée s'avança, regardant Carlisle. « Si cela peut vous aider, Miguel et moi pourrions rester un moment, proposa-t-elle. Nous pourrions diriger la librairie jusqu'à ce que nous trouvions quelqu'un pour y travailler. Moins de soupçons seraient soulevés si Bella n'avait pas à la fermer. Et une fois que nous aurions trouvé quelqu'un pour la faire fonctionner, nous pourrions nous occuper des enregistrements avant de partir » Son regard passa de Carlisle à moi tandis que Miguel s'approchait d'elle et lui prenait la main.

« Nous le ferions avec plaisir », assura-t-il en me souriant.

J'ai hoché la tête, ravalant soudainement mes larmes. « Je vous remercie »

Esmée sourit également. Je levai les yeux vers Carlisle pour savoir ce qu'il pensait de sa suggestion. Il hocha la tête pour remercier Esmée et Miguel avant de croiser mon regard.

« Quand tu as dit que tu es prête à partir dès demain… », commença-t-il.

J'ai hoché la tête. « Je le pensais. C'est juste que… eh bien, pour chez moi…

– Après ta transformation, je peux retourner à Buffalo et vider l'appartement, proposa Alice. Je suis sûre que tu veux emporter des choses avec toi en partant, mais si tu te rends compte plus tard que tu as oublié quelque chose, je pourrai te l'apporter plus tard » Avant de pouvoir la remercier, elle se retourna tandis que Rosalie s'approchait d'elle.

« Je pourrais aussi revenir avec Alice », offrit-elle. Sa voix n'était pas réticente ou peu enthousiaste, mais peut-être incertaine. « Je veux dire, si ça aide… »

Je pus en quelque sorte que murmurer un doux remerciement – encore une fois, je ravalai des larmes. Il semblait que tant de choses s'étaient passées au cours de la dernière heure, même si rien de dramatique se s'était vraiment produit. C'était un peu déroutant d'être là, entourée d'un groupe de vampires qui faisaient tout ce qui pouvait être fait pour moi. Ils étaient comme un front uni, essayant de s'assurer que tout se terminerait bien.

Aucun de nous n'était certain de ce qui nous attendait – pas même Alice qui normalement savait tout. Mais quand même, je me sentais étrangement forte à cet instant alors que je me tenais parmi ces créatures, comme si une partie de leur force m'était transmise juste en restant avec elles.

La main de Carlisle autour de la mienne resserra sa prise, me faisant le regarder. Alors que je rencontrais ses yeux, j'osai soudainement croire à la possibilité que tout se passe bien. Que la vision d'Alice allait peut-être changer après tout. Que ce destin pourrait peut-être changer si on se battait suffisamment contre.

Que peut-être certaines choses n'avaient pas à être gravées dans le marbre.


Il était tard lorsque Carlisle et moi quittâmes Ithaca. J'avais l'impression que tout était un peu surréaliste en sortant de leur maison, en réalisant que je ne pourrais pas y retourner avant longtemps. Alice nous avait réservé des vols pour Anchorage le lendemain – l'avion partirait tard le soir suivant.

Après cela, elle s'était isolée dans les bois derrière la maison en disant au reste d'entre nous qu'elle avait besoin de se concentrer. Jasper lui avait demandé de creuser plus profondément, et il semblait qu'elle allait obéir à sa demande avec une vigueur sans précédent. La théorie d'Edward sur la prophétie auto-réalisatrice lui avait remonté le moral et je savais que même si cela prenait des heures de solitude et de concentration, elle ferait tout ce qu'elle pourrait si cela signifiait que la théorie pouvait être confirmée.

Alice n'était pas la seule à être devenue plus optimiste. En quittant leur maison ce soir-là, j'ai remarqué qu'il y avait aussi un changement chez Carlisle – il semblait vraiment serein pour la première fois depuis son retour d'Italie. Il me lança un regard acéré alors que nous passions de la route sinueuse en terre à la route principale.

« Tu es certaine pour tout ça ? » me demanda-t-il une fois de plus, s'interrogeant probablement à quel point je serais bouleversée le lendemain. Ce serait mon dernier jour à Buffalo, et ma dernière chance de passer du temps à la librairie – après, Miguel et Esmée s'en occuperaient jusqu'à ce qu'ils nous rejoignent en Alaska. Même si cela me brisait le cœur de laisser ça derrière moi, je savais qu'il aurait été beaucoup plus difficile de la fermer complètement. Mais savoir que l'endroit continuerait de vivre et d'exister même après mon départ… cette pensée me réconfortait.

J'ai hoché la tête. « Esmée et Miguel ont été gentils de proposer de rester en arrière »

Carlisle détacha momentanément son autre main du volant pour attraper la mienne. « Et Buffalo ? demanda-t-il en me regardant. Cette ville va te manquer ?

– Je suis sûre qu'elle me manquera, admis-je. Elle est devenue ma maison au cours des dernières années. Mais je pourrais toujours y revenir. Cela prendra quelques décennies, mais… » J'ai ris doucement en ayant du mal à imaginer ce que ce serait d'avoir un temps sans fin entre mes mains. Je le découvrirais assez tôt.

J'ai demandé à Carlisle ce qu'il pensait de la théorie d'Edward. Je pus entendre le filet pensif dans sa voix alors qu'il répondait.

« Je n'ai jamais pensé à la vision d'Alice de cette manière, admit-il. Plus j'y réfléchis, plus je suis convaincu. Il n'y a qu'une seule façon de nous en assurer » Il se tourna pour me regarder à nouveau, tendant une nouvelle fois la main. Les lumières de l'autoroute illuminaient l'intérieur de la voiture tout en éclairant son visage toutes les quelques secondes. Penser à Edward me rappela les regards que Carlisle avait échangés avec lui pendant la soirée.

« Comment ça va, entre toi et Edward ? demandai-je avec attention en étudiant son expression. Tout va bien ? »

Les yeux de Carlisle étaient songeurs alors qu'il réfléchissait à ma question et il finit par laisser échapper un long soupir. « Je pense que nous y arriverons, émit-il pensivement et incertain. Je suis certainement plus optimiste que je ne l'étais après notre retour d'Italie. Tu avais raison quand tu as dit qu'il avait besoin de temps. Je n'aurais pas dû essayer de l'approcher avant qu'il ne soit prêt. J'ai essayé de lui parler il y a quelques jours, mais je pense que cela aurait pu l'éloigner encore plus. Donc ce soir était un changement bienvenu à plus d'un titre.

– Cette situation avec Edward… elle t'ennuie beaucoup non ? demandai-je. Tu parais être à des kilomètres depuis ton retour d'Italie »

Carlisle tendit la main pour reprendre la mienne. « Je suppose que je viens de m'habituer à sa présence constante. Et cette nouvelle distante entre nous… elle s'est avérée plus difficile que je ne l'imaginais. Malgré nos divergences et nos désaccords occasionnels au fil des années, j'ai toujours pu compter sur Edward et son soutien quelles que soient les circonstances. Il a avancé à mes côtés pendant un siècle, plus longtemps que quiconque de ma famille. Je l'ai connu non seulement en tant que fils, mais aussi en tant que frère et ami. Parfois, j'ai l'impression qu'il me connaît aussi bien qu'il se connait lui-même – et encore mieux que je me connais moi. Bien que sa capacité à lire dans mon esprit ait eu son propre impact sur lui, la vérité demeure que son don n'a pas grand-chose à voir avec le fait qu'il connait également mon cœur » Il fit une pause, resserrant sa prise autour de ma main. « Ce matin-là quand il est venu me voir avant le mariage d'Esmée et Miguel… quand il a découvert mes sentiments pour toi, j'ai su qu'il l'avait pris très mal. Je ne m'attendais pas à ce que ce soit facile pour lui. Je m'étais préparé à sa réaction. Mais après cela, quand Eleazar et moi sommes arrivés à Volterra et qu'il a découvert que quelque chose s'était réellement passé entre toi et moi… c'était la première fois en cent ans que je pensais que je pourrais le perdre. C'était quelque chose pour laquelle je n'aurais pas pu me préparer. Je n'avais pas besoin de savoir lire dans les esprits, ni de Jasper et sa capacité à ressentir les émotions, pour savoir ce que cela lui avait fait d'apprendre pour toi et moi ensemble. Bien sûr il sait et a toujours su que je n'avais jamais eu l'intention de le blesser. Après tout, il a également été l'esclave de son propre cœur. Cela a peut-être aggravé les choses pour lui de vraiment pouvoir me comprendre. Abhorrer et comprendre quelqu'un en même temps…

– Il ne te détesterait jamais, lui assurai-je. Il ne pouvait pas. Il était blessé certes, mais Edward ne pourrait jamais te détester. Ne pense jamais ça »

Carlisle me lança un regard tout en resserrant sa prise autour de ma main. « Je le sais. Bien sûr que oui. Mais il y a eu un moment où une telle notion paraissait possible. C'était ma propre peur qui me surpassait, mais seulement parce que je le permettais.

– Mais tu ne l'a pas laissé prendre le dessus »

Il me regarda à nouveau, apportant le dos de mes doigts contre ses lèvres. « J'ai assez de confiance et d'estime en Edward pour qu'il ne laisse pas cela se produire. Cela m'a pris un moment pour que je m'en souvienne » Il déposa un doux baiser sur mes jointures avant de poser nos mains liées sur l'accoudoir entre nous.

« Il m'a dit ce soir qu'il avait besoin de temps, révélai-je doucement. Mais même ainsi, je sais qu'il veut faire un effort – il me l'a dit. Il a dit que nous le méritions tous les deux. Il a également dit qu'au fond, il était content que tu ne sois plus seul.

– Il a dit ça ? » La voix de Carlisle était douce et ténue. Son ton me disait combien cela signifiait pour lui d'entendre ça.

J'ai hoché la tête. « Tu as dit plus tôt que vous y arriveriez tous les deux – que tu l'espérais. Je suis sûre que ce n'est pas pour rien. Cette soirée le prouve. Edward était plus communicatif ce soir qu'il ne l'a été depuis longtemps. Je pense qu'il va y arriver. Si ce n'est pas maintenant, alors un jour »

Carlisle hocha la tête. « Quand il a accepté ma suggestion de te transformer le plus tôt possible… cela a eu une grande conséquence à plus d'un titre. Peut-être que cette situation l'a forcé à remettre en question ses croyances qu'il a eues à l'égard de cette vie jusqu'à ce jour. Cela a toujours été une grande lutte pour lui d'accepter ce que nous sommes – c'est pourquoi te rencontrer et finalement même venir à se soucier de toi a été une telle épreuve pour lui en quelque sorte. Même s'il a fini par apprécier certains aspects de cette existence sans fin au cours des décennies, celles-ci n'ont jamais suffi à éclipser les côtés plus sombres de cette vie. A un certain point, il se demande toujours s'il a une âme ou non. Je suppose qu'il a voulu faire tout ce qu'il pouvait pour s'assurer que tu n'aurais jamais à remettre en question l'existence de la tienne. Cela l'a finalement amené à la décision de quitter Forks comme tu le sais. Et maintenant toutes ces années plus tard, c'était aussi la raison pour laquelle il voulait explorer toutes les possibilités avant de même considérer l'idée que te transformer soit le plan d'action le plus raisonnable. La manière dont il s'est impliqué dans cette affaire ce soir… prouve qu'il a commencé à accepter la situation telle qu'elle est. Cela conduira peut-être aussi à l'acceptation dans d'autres domaines.

– J'espère » Je me souvins des propos d'Edward dans les bois, comment je lui avais demandé s'il chérissait plus mon humanité que ma vie. Comment le pourrais-je ? avait-il répondu. Une partie de moi était triste que la situation doive devenir si désastreuse et que ma vie devait être mise en jeu avant qu'il ne puisse enfin accepter ma décision de rejoindre leur monde. Mais j'ai aussi compris d'où il venait. Finalement, combien choisiraient d'abandonner leur vie et tout ce qu'ils avaient en échange de l'immortalité ? J'étais sûre que certains le feraient mais pas tous. La vérité est que pour beaucoup, ce serait un trop grand sacrifice d'une manière ou d'une autre.

Heureusement, il y avait plus que cela cependant. J'espérais qu'Edward arriverait un jour à réaliser cela aussi. Que la vie sans fin dans laquelle j'allais entrer n'était pas seulement une question de perte et de problèmes ainsi que de marcher dans l'ombre au lieu du soleil. Je voulais croire que ce n'était que le revers de la médaille. Par conséquent, c'était peut-être notre approche qui comptait le plus finalement. Si on choisissait de ne voir que les ombres et les ténèbres, ils finiraient par peut-être être nos compagnons constants.

Et d'autre part… si on acceptait en premier lieu leur présence et qu'on choisissait ensuite de rechercher la beauté, la lumière et le calme à la place… ces choses avaient également tendance à laisser une marque. Je n'avais qu'à regarder Carlisle pour le savoir. Il s'était également rebellé contre sa nature. Lui aussi avait lutté contre sa nouvelle existence et avait même désespérément essayé d'y mettre fin. Mais une fois qu'il avait découvert qu'il n'aurait pas à se suicider pour vivre avec ses principes, il avait véritablement embrassé l'humanité qu'il pensait avoir définitivement perdue.

La main de Carlisle se resserra à nouveau autour de la mienne, et il rencontra brièvement mon regard avant de se tourner pour regarder à nouveau la route. Il se demandait probablement à quoi je pensais si intensément.

« Parle-moi de l'Alaska », lui demandai-je soudain.

Il souriait maintenant. « Je suis certain que tu vas adorer. Les hivers sont aussi très froids et les étés sont magnifiques. La faune est très diversifiée – Emmett en particulier a pris goût à Denali simplement à cause de ça. Et pendant l'hiver, il y a les aurores boréales à admirer. En as-tu déjà vus ? »

J'ai secoué la tête. « J'en ai entendu parler » Même si Buffalo me manquerait, l'Alaska ne paraissait pas si mal. Je ressentis un serrement dans mon ventre en pensant à demain. Tout bougeait si rapidement, et j'étais contente d'avoir encore un jour de normalité devant moi. Après cela, beaucoup de choses seraient différentes. Heureusement, demain c'était dimanche. Cela me laisserait plus de temps pour arranger les choses et réfléchir à quoi emporter avec moi. J'avais le sentiment cependant, que je passerais la majorité du lendemain à la librairie malgré le fait que ce soit mon jour de congé.

D'une voix apaisante, Carlisle continua à décrire le paysage montagneux autour de la maison où vivaient les Denali. Je pouvais tout voir clairement ; la neige blanche, les hautes montagnes à l'horizon, le ciel nocturne sombre et rempli d'étoiles, l'étrange appel des loups…

En quelques secondes, sa voix douce et profonde m'avait endormie.


Notes de l'auteur : Tout au long de l'histoire, il y a eu de nombreuses citations et références au livre Eclipse. L'une des raisons est que l'idée de cette histoire m'est venue lorsque j'ai relu ce bouquin il y a quelques années. D'une certaine manière, c'est un soulagement d'avoir pu la mettre en mots, car ce scénario en particulier ne m'a jamais laissé tranquille et suppliait simplement d'être écrit. Ce chapitre contient aussi de nombreuses références et citations du livre.

« Elle commence à perdre confiance. Elle a l'impression qu'elle échoue trop ces jours-ci, que quelque chose ne va pas. Que sa clairvoyance est peut-être en train de disparaître »

« Cela peut-il arriver ? »

« Ces choses ont tendance à s'intensifier avec le temps »

La suggestion d'Esmée fait également référence à Eclipse. La scène d'origine se déroulait ainsi : « Peut-être que nous regardons cela dans le mauvais sens. Peut-être que c'est une coïncidence…, commença Esmée mais s'arrêtant quand elle vit les expressions incrédules de tout le monde. Je veux dire par un hasard qu'un étranger est venu fouiller la maison de Bella par hasard. Je voulais dire que peut-être quelqu'un était juste curieux. Notre odeur est tout autour d'elle. Se demandait-il ce qui nous attirait là-bas ? »

Enfin et surtout, la théorie d'Edward fait également référence à Eclipse. Ce qui suit est sa ligne originale du roman : « Une prophétie auto-réalisatrice, je pense. Nous attendons toujours qu'Alice voit quelque chose pour que nous puissions agir… et elle ne voit rien parce que nous n'agissions pas vraiment tant qu'Elle ne peut pas nous voir là-bas. Peut-être que nous devrions juste le faire à l'aveugle »