Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.
Salut et bonne fêtes de mères à tout le monde ! Voilà la suite des aventures de Bella ;)
Merci à Lison Abel, grimm-jenn et Lia Menina pour leur review au précédent chapitre.
« Sommes-nous nés uniquement pour mourir ?
Ou encore d'être fécond et reproduire et repeupler la terre avant de céder la place à nos générations ? S'il y a un début, doit-il y avoir une fin ?
Nous brûlons comme des feux à notre époque pour finalement s'éteindre. S'abandonner à la récupération éternelle des éléments. Matière et gaz… tout cela aura-t-il une fin un jour ?
La vie ne passant plus à la vie, la Terre restant stérile comme les étoiles d'en haut, comme le cosmos.
La main qui alluma la flamme, la laissera-t-elle brûler ? La laissera-t-elle s'éteindre ?
Ou si ce feu de vie vivant en nous est destiné à perdurer, qui décide ?
Qui s'occupe des flammes ?
Peut-il rallumer l'étincelle alors qu'elle devient froide et faible ? »
- Les X-Files, Biogenesis -
Destinée
Debout derrière le comptoir de la librairie, je poussai un soupir silencieux en regardant autour de moi une fois de plus. Ensuite, j'ai placé la clé de la caisse enregistreuse sur l'étagère sous le comptoir. Esmée et Miguel la trouveraient le matin. J'ai regardé l'heure pour la millionième fois ce jour-là, incapable de décider si elle se déplaçait trop lentement ou trop vite. Il me restait quelques heures avant de partir pour l'aéroport – notre vol pour Anchorage devait partir avant minuit.
Il y eut un léger courant d'air contre la peau de mon cou. Une paire de mains fraîches se posa par derrière sur mes épaules. Je fermai les yeux, un autre soupir silencieux quitta mes lèvres.
Un souffle frais frôla le haut de ma tête. « Est-ce que tu vas bien ? » demanda calmement Carlisle.
Ouvrant les yeux, je pris une profonde inspiration et restai silencieuse un moment.
« Ce sera le cas », murmurai-je finalement en réponse.
Ses bras s'enroulèrent autour de moi et je sentis son menton se presser contre le haut de ma tête. Il n'a rien dit ; il n'était pas obligé. Je me penchai en arrière dans son étreinte, fermant à nouveau les yeux et laissant l'odeur familière de la librairie m'apaiser. Elle se mélangeait au parfum réconfortant de Carlisle, et pour la première fois de la journée, je pouvais me sentir un peu sereine.
Les dernières heures avaient été une montagne russe émotionnelle. Autant que j'avais essayé, j'avais finalement réalisé et accepté le fait qu'il n'existait pas de bonne façon de me préparer pour cette dernière journée à Buffalo – pas de bonnes manières de me préparer à partir, à dire au revoir. Cette ville était ma maison depuis longtemps ; cela me manquerait. Plus que des mots ne pourraient jamais le décrire.
Se réveiller dans les bras de Carlisle avait été la meilleure façon de commencer ma dernière journée ici. Il était également très approprié que je n'aie pas passé ma toute dernière nuit seule dans mon lit, mais avec lui également. J'avais presque l'impression que ma vie humaine était arrivée à la fin la plus heureuse et la plus belle, et que me réveiller dans les bras de Carlisle le lendemain matin avait été mon premier pas dans une nouvelle vie.
C'était une vie que je connaissais peu – j'en avais seulement entendu parler, j'avais seulement essayé d'imaginer à quoi cela ressemblerait et de cette façon, j'ai essayé de me préparer à tout ce qui pouvait être préparé. Une partie de moi avait peur de tout ça, mais surtout… la plupart du temps, j'étais juste étrangement sereine. Parce que je savais que c'était comme ça devait être. C'est là que me pas m'avaient amenée toute ma vie. J'en était soudain très assurée.
J'avais passé une partie de la journée à faire mes valises et à essayer de décider quoi emporter avec moi en Alaska – il avait été un peu difficile de se concentrer sur cette tâche car les souvenirs de la nuit précédente m'étaient revenus à maintes reprises. Finalement, j'avais réussi à prendre une décision pour emballer mes albums photos, quelques vêtements et livres qui avaient la valeur la plus sentimentale. Je n'avais pas décidé quoi faire de mes meubles, mais c'était quelque chose dont je n'avais pas le temps de m'occuper de toute façon – il faudrait que j'en parle avec Alice quand elle reviendrait à Buffalo dans les semaines à venir. Le mobilier était le moindre de mes problèmes en tout cas ; j'avais passé plusieurs moments debout à la porte de ma petite bibliothèque, déchirée sur ce qu'il fallait faire avec tous les livres qui s'y trouvaient. Il n'y avait pas d'espace supplémentaire dans le magasin, et donc Carlisle avait suggéré que je puisse par exemple les donner à une école. L'idée m'avait énormément plu. J'étais sûre qu'Alice pourrait arranger ça.
« Es-tu fatiguée ? » entendis-je Carlisle demander doucement, ses lèvres étant quelque part près de mon oreille gauche.
Me détournant de mes pensées, je secouai la tête. « Je pense juste à aujourd'hui. A quelle vitesse cela s'est passé » Je me retournai dans son étreinte, lui faisant face et plaçant mes mains sur ses épaules. Sa main est venue prendre ma joue en coupe.
« Es-tu sûre que tu vas bien ? » demanda-t-il alors que la lueur dans ses yeux topaze était douloureuse.
J'ai hoché la tête. « Oui. C'est juste que… j'ai l'impression que mon esprit a besoin de temps pour rattraper tout ça. Je ne peux toujours pas croire que nous en sommes arrivés à ce point après ces quelques heures »
Il acquiesça. « Je suis sûr que cela a été une journée déroutante.
– Oui, admis-je en souriant maintenant et joignant mes mains derrière son cou. Mais elle a été bien d'autres choses également.
– Oh ? » Il haussa un sourcil.
Je souris à nouveau. « Eh bien, se réveiller à côté de toi… c'était la meilleure façon de commencer mon dernier jour ici » Je rougis en me rappelant ce qui s'était passé lorsque je m'étais réveillée la première fois pendant la nuit. Je me souvins des carreaux frais contre mon dos, de la chaleur de la douche qui tombait sur nous, de la peau soyeuse et humide de Carlisle contre la mienne…
« Peut-être que j'aurais dû te laisser dormir plus la nuit dernière », murmura-t-il alors que son ton était maintenant enjoué. Je pouvais cependant voir qu'il y avait une réelle inquiétude dans ses yeux. Le bout de son index redessina la forme de mes lèvres. « Nous avons un long vol devant nous, plus le temps qu'il faudra pour conduire d'Anchorage à Denali.
– Je peux toujours dormir dans l'avion, répondis-je. Et en plus, je pense que c'est surfait. Le sommeil bien sûr.
– Tu es une humaine étrange. Je t'ai déjà dit que j'avais l'impression que la plupart des gens aimaient dormir.
– Tu m'as également dit que je n'étais pas comme la plupart des gens, répliquai-je avec espièglerie. As-tu changé d'avis ?
– Ce n'est pas le cas », assura-t-il. Il se pencha plus près, ses lèvres flottant à un pouce au-dessus des miennes. « Toi, Bella, tu es vraiment unique en ton genre » Puis, il captura mes lèvres des siennes, et j'oubliai tout le reste. Des choses insignifiantes comme respirer ou même mon propre nom avaient soudain peu de sens.
Alors qu'il me rapprochait de son corps, je me suis soudain souvenue de notre premier baiser. Cela avait aussi eu lieu ici, dans l'ombre des étagères. Je me rappelai comment les livres dans mes bras étaient tombés au sol, et comment chaque centimètre de ma peau avait semblé prendre feu à son plus simple toucher. Je me souvins du silence haletant qui avait suivi et des frissons qui montaient et descendaient de mon corps…
Rien n'avait changé depuis ce premier baiser ; mon corps réagissait toujours de la même manière. Son toucher me faisait encore frissonner et brûler, et mes poumons avaient soif d'air. Et lorsque Carlisle rompit finalement le baiser, peut-être quelques minutes, peut-être quelques heures plus tard, je remarquai que sa respiration était exagérément calme, comme s'il avait du mal à la contrôler. Aussi doux et tendre que le baiser avait été, il nous avait laissé tous les deux sous le choc.
Je me demandai à quel point ces choses seraient différentes lorsque ma peau serait aussi dure que du marbre et aussi froide que de la glace. Quand il n'y aurait pas de sang coulant dans mes veines, pas de pouls rapide battant à mes oreilles…
Aurais-je l'impression qu'il manquait quelque chose ? Les réactions de mon corps seraient-elles plus faibles, plus ténues ? D'un autre côté… Carlisle semblait répondre aussi fortement à mon toucher que moi. On m'avait également dit que toutes les sensations s'intensifiaient après être devenu vampire. Si c'était vrai, je me demandai vaguement comment on pouvait y survivre – je ne pouvais pas imaginer ressentir des choses plus intensément que maintenant.
Ou peut-être que c'était quelque chose auquel je n'aurais même pas à penser lors de l'année qui arrivait. Peut-être que ma soif de sang serait si difficile à contrôler qu'il faudrait des années avant que je ne puisse même penser au plaisir qui venait de son toucher.
Carlisle s'était reculé pour me regarder. Il passa doucement le bout de ses doigts sur ma joue avant de poser ses mains sur ma taille.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » interrogea-t-il doucement.
J'ai secoué la tête. « Je me demandais juste combien de temps cela pourrait prendre après ma transformation avant que je ne ressente à nouveau ça. Si tout ce à quoi je pourrais penser, c'est au sang durant les prochains mois… »
Il me fit un doux sourire. « Tout le monde est différent, me rappela-t-il doucement. Certains apprennent à contrôler leur soif en quelques mois. Pour d'autres, cela prend plus de temps. Mais il y aura un jour où elle ne contrôlera plus chacune de tes pensées. Je te le promets. Et je veux que tu te souviennes de cette promesse si un jour, la soif te paraît impossible à surmonter » Il lissa une mèche de cheveux près de mon visage.
« Je vais essayer de m'en souvenir »
Il fronça les sourcils d'une manière insatisfaite. J'ai ri doucement.
« D'accord, je vais m'en rappeler, lui promis-je.
– Bien. Et je te le rappellerai s'il t'arrive que tu l'oublies » Il déposa un baiser rapide sur ma bouche.
« Je te remercie » Je lui ai donné un autre sourire et un soupir discret quitta à nouveau mes lèvres alors que je regardais autour de moi. La librairie était silencieuse et sombre, comme si elle dormait – je n'avais pas pris la peine d'allumer beaucoup de lumière puisque l'endroit n'était même pas ouvert aujourd'hui. Mis à part les réverbères, il n'y avait pas non plus de lumière venant de l'extérieur ; il y avait quelque temps maintenant que le soleil s'était couché derrière l'épais voile de nuages.
Une partie de moi s'était demandé si cela avait été une sage idée de venir ici une dernière fois. Je n'avais rien eu d'autre à faire que de laisser la clé de la caisse quelque part où Esmée et Miguel pourraient la trouver le lendemain. J'avais également griffonné une liste de contrôle hâtive sur les choses habituelles à faire, même si je savais qu'ils n'en avaient probablement même pas besoin. Ils pouvaient toujours appeler s'ils avaient quelque chose à demander.
Malgré le fait qu'il n'y avait eu aucune raison pratique pour moi de revenir ici une dernière fois, je n'avais même pas pu imaginer ne pas dire au revoir à l'endroit où j'avais passé la plupart de mon temps ces dernières années. Je savais que peut-être une coupure nette aurait été plus facile, moins douloureuse. Mais je savais aussi que souffrir l'agonie et recevoir des blessures et cicatrices étaient parfois inévitable, et impossible à éviter.
Et en regardant autour de moi, mes yeux balayèrent les hautes étagères sombres et les murs rouge vin, j'ai aussi réalisé que parfois cela valait le coup au final. L'agonie s'estomperait avec le temps et les blessures deviendraient cicatrices. Peut-être qu'un jour, il ne resterait que de bons souvenirs et des sourires.
Prenant une profonde inspiration, je regardai Carlisle. Il m'observait de près.
« Je suis prête à partir », lui dis-je d'une voix étonnamment stable.
Il hocha la tête, ses mains glissant de ma taille. Je le suivis dans l'arrière-boutique pendant qu'il allait chercher mon manteau, et il le tint ouvert pour moi pendant que je manœuvrais mes bras à travers les manches. Mon regard tomba sur la porte du petit frigo dans un coin de la pièce les aimants étaient toujours disposés en cœur. Je les avais laissés ainsi après la visite de Renée. Le souvenir me fit sourire.
Il était cependant plus difficile de sourire alors que j'éteignais les lumières dans l'arrière-boutique et commençais à traverser la librairie sombre avec Carlisle. Je ne regardai pas autour de moi comme je l'avais fait ces dernières heures ; j'avais déjà fait mes adieux aux murs qui m'entouraient. Au lieu de ça, je fis doucement courir le bout de mes doigts contre les reliures des livres en passant devant un rayonnage. Au revoir, au revoir, au revoir. Arrivée au bout, je pris la main de Carlisle et me dirigeai vers la porte en marchant côte à côte avec lui.
Alors que nous passions devant l'étalage des livres près de la porte, mon coude se coinça dans l'un des supports, faisant tomber l'un des livres qui atterrit sur le sol dans un bruit sourd. Je m'accroupis pour le ramasser, jetant un coup d'œil triste sur la couverture.
Destinée.
Avec un soupir, je remis le livre sur le support et remontai la fermeture éclair de mon manteau ; j'avais soudain froid, un léger frisson parcourant mon échine.
Je n'ai pas regardé derrière moi alors que nous traversions la rue et nous dirigions vers le parc au bord du lac, main dans la main. Je l'ai fait à mi-chemin dans le parc avant que la première larme ne s'échappe, mais je l'ai ravalé. Carlisle n'a rien dit. Il a libéré ma main de sa prise et a mis son bras autour de mes épaules à la place pour me rapprocher de lui.
La neige commença à tomber du ciel sombre, couvrant la passerelle glacée ; la température était redescendue en-dessous de zéro. Même après toutes ces années, il était encore difficile de s'habituer à l'idée qu'il pouvait neiger autant en mars, malgré le fait que ce n'était pas si rare à Buffalo. Je ne pouvais que me demander à quoi cela ressemblait en Alaska. Heureusement que je m'étais habituée aux longs hivers.
Ma pensée fut interrompue lorsque Carlisle leva soudainement la tête et s'arrêta, regardant devant lui. Je m'arrêtai aussi, me demandant ce qui avait attiré son attention. La passerelle du parc était éclairée par des lampadaires, mais je ne pouvais évidemment pas voir au-delà de leur portée.
Après une seconde ou deux, Edward est sorti de l'obscurité. Ses cheveux étaient soufflés par le vent, me faisant me demander s'il était venu à pied d'Ithaca. Il nous regardait Carlisle et moi avec une expression ambivalente tandis qu'il s'approchait de nous. La lueur dans ses yeux était anxieuse, comme s'il avait des centaines de choses urgentes à dire et ne savait pas par où commencer.
Carlisle fut instantanément alarmé par son expression.
« Edward ? demanda-t-il tandis que ses muscles se contractaient. Que s'est-il passé ? »
Edward secoua la tête, levant la main d'une manière apaisante. « Il n'y a rien de mal, assura-t-il. Tout va aussi bien que possible… enfin, dans les circonstances »
Carlisle poussa un soupir de soulagement, son bras se resserrant autour de mes épaules. Edward regarda le sol à ses pieds en le voyant.
« J'ai envisagé d'appeler, expliqua-t-il, mais de toute façon j'étais ici, alors j'ai pensé que je devrais vous le dire en face à face.
– Nous dire quoi ? » demandai-je. Mon cœur commença à marteler dans ma poitrine, presque comme s'il savait quelque chose que j'ignorais.
Quelque chose passa dans les yeux d'Edward. Pendant un moment, on aurait dit qu'il était déchiré entre l'anxiété et le soulagement. « Alice a réussi », dit-il en ne me laissant pas plus informée qu'avant.
Je n'avais rien vu, ni entendu d'Alice depuis la nuit dernière. Jasper lui avait demandé de creuser plus profondément et d'essayer de voir au-delà de la vision qu'elle avait toujours de moi depuis tous ces mois afin d'appuyer la théorie d'Edward sur la prophétie auto-réalisatrice. La nuit dernière, avant que Carlisle et moi ne partions, elle s'était isolée dans les bois derrière leur maison et avait demandé à être seule pour pouvoir se concentrer sans distraction.
Mon cœur battait dans ma poitrine d'une manière insistante alors que je regardais Edward.
« Qu'est-ce qu'elle a vu ? » demanda Carlisle. Ses yeux étaient prudemment optimistes, même si je pouvais voir que l'expression conflictuelle de soulagement et d'anxiété d'Edward l'inquiétait.
Edward regarda vers Carlisle. « Elle a commencé à voir un… scintillement.
– De quoi ?
– De Bella, fut sa réponse. Elle est enfin capable de la voir comme un vampire, mais cela lui prend plusieurs heures de concentration pour y parvenir. Elle a de nouveau parlé de conditions, comme s'il y avait une variable qui pouvait encore changer et l'empêchait d'avoir une bonne visibilité. Mais le bout qu'elle parvient à voir est assez solide – je l'ai vu moi-même de son esprit. Je n'ai pas pu en retirer plus que ça – elle m'a chassé, disant qu'elle devait se concentrer »
L'air quitta précipitamment ma poitrine et je me tournai pour regarder Carlisle. Il croisa mon regard, son bras autour de mes épaules se resserrant. Je vis son propre soulagement se refléter sur moi.
« Pourquoi est-ce juste des scintillements ? demandai-je à Edward tandis que ma tête était envahie de questions. Et pourquoi ne pouvait-elle rien voir avant maintenant ? »
Edward secoua la tête. « Je ne sais pas. Il se pourrait qu'elle ne voie pas plus que cela jusqu'à notre arrivée en Alaska. Il se pourrait aussi qu'elle aurait pu voir ces choses avant, mais qu'elle n'a jamais essayé assez fort. Jusqu'à maintenant. Jusqu'à ce que nous ayons une raison de remettre en question la première vision. Si ma théorie est correcte et que c'est une prophétie auto-réalisatrice que nous traitons, cela pourrait être notre preuve. Elle soutient la théorie » Une ombre passa alors dans ses yeux. Carlisle et moi le remarquâmes tous deux.
« Qu'y a-t-il d'autre ? » demanda Carlisle avant que je ne le puisse.
Edward laissa échapper un soupir. « La vision qu'Alice a gardée de Bella depuis l'automne dernier… même si elle est maintenant capable de la voir comme un vampire, cette autre vision est restée la même »
J'ai senti une partie de cet espoir nouvellement allumé disparaître.
« Ça ne veut rien dire, continua Edward en voyant mon expression. En fait, je ne m'attendais même pas à ce qu'elle change tout de suite. Il est possible qu'elle ne disparaisse pas jusqu'à ce que nous arrivions en Alaska et que tu sois transformée »
Carlisle hocha la tête, acquiesçant. « Eh bien, tout bien considéré, c'est une tournure pour le mieux. Une tournure très positive » Son bras glissa de mes épaules alors qu'il prenait ma main dans la sienne, me regardant. Il y avait du soulagement dans ses yeux ; j'ai réalisé qu'il avait mis beaucoup d'attente dans la théorie d'Edward.
« Alice a dit que notre vol pourrait être retardé à cause du temps », informa Edward et il jeta un coup d'œil au ciel sombre couvert de nuages. Le neige tombait à présent en gros flocons ; je me demandai si ça allait se transformer en blizzard. Ce ne serait pas le premier de cet hiver.
Carlisle fronça les sourcils. « De combien ?
– D'une heure ou deux, au maximum »
Je laissai échapper un soupir de soulagement calme. Autant Buffalo me manquerait, autant une partie de moi était maintenant impatience de faire bouger les choses. Cela aurait été au-delà de la frustration si le temps avait mis un frein à nos plans et nous avait empêchés de partir.
Nous commençâmes à marcher, notre rythme étant tranquille. J'entendis Edward dire à Carlisle que Miguel, Eleazar et Emmett étaient partis pour une rapide partie de chasse, se dirigeant vers le refuge faunique à proximité, et ils feraient un contrôle du périmètre autour de la ville dans la foulée. Je me demandai si Emmett s'était porté volontaire pour ça. Jasper avait appelé Carlisle plus tôt dans la journée et lui avait dit qu'Emmett était resté dehors presque toute la nuit, faisant un grand cercle autour de Buffalo apparemment la théorie d'Esmée sur le nomade assoiffé l'avait énervé.
« Et Bella, ajouta Edward ce qui attira mon attention sur lui, Esmée et Miguel vont s'arrêter plus tard à ton appartement avant de partir pour l'aéroport, précisa-t-il. Ils voulaient te voir et te dire au revoir car ils ne savent pas quand ils nous rejoindront en Alaska »
J'ai hoché la tête, heureuse. Je voulais les remercier encore une fois de rester derrière et de s'occuper de la librairie. Nous avions convenu qu'ils prendraient également en charge l'embauche du nouvel employé dès qu'un bon candidat se présenterait.
J'écoutai à moitié la conversation nonchalante de Carlisle et Edward alors que nous tournions vers l'allée d'arbres qui menait à chez moi. La neige tombait maintenant abondamment, recouvrant rapidement le sol glacé et les arbres dénudés dominant la route. J'ai commencé à fouiller mes poches pour mes clés tout en frottant mes doigts pour les réchauffer. Je n'avais pas de gants comme d'habitude – la soirée était devenue plus froide que ce à quoi je m'attendais.
Soudain, la conversation décontractée de Carlisle et Edward cessa brusquement et ils arrêtèrent de marcher. Je m'arrêtai aussi et me tournai pour leur jeter un regard confus, remarquant que Carlisle avait sorti son téléphone portable – il vibrait.
« Si c'est Jasper…, commença à dire Edward.
– Ce n'est pas lui, le coupa Carlisle alors que son expression était soudainement tendue alors qu'il répondait. Eleazar, qu'est-ce que… » Il se tut, me jetant un bref coup d'œil avant de se tourner vers Edward. « Nous sommes sur le point d'arriver chez elle. Oui, Edward est ici… »
Les yeux d'Edward se plissèrent en fentes, et quelque chose qu'Eleazar dit à l'autre bout de la ligne le fit se retourner et commencer à regarder fixement les arbres clairsemés entourant l'allée. « Il sera là. Nous en informerons également Jasper » Carlisle ferma le téléphone et le mit en hâte dans sa poche.
Edward avait son propre téléphone à l'oreille avant même que Carlisle n'ait terminé sa phrase ; il appelait quelqu'un, sifflait si vite que je ne pouvais comprendre ce qu'il disait. Je ne savais pas ce qu'Eleazar avait dit, mais quoi que ce fut, cela les avait mis tous deux à fleur de peau.
« Que se passe-t-il ? demandai-je alors que leurs expressions féroces m'inquiétaient. Qu'est-ce qu'Eleazar a dit ? Quelque chose est arrivé ? »
A peine trois secondes s'étaient écoulées, mais Edward avait déjà terminé sa propre conversation téléphonique, et une fois encore, il commença à regarder fixement les arbres entourant l'allée. Ils ignorèrent tous deux mes interrogations cela me rendit encore plus inquiète.
« Jasper se trouvait à proximité. Il prend la direction sud-est juste pour être en sécurité, murmura doucement Edward, la voix tendue. Il retrouvera Eleazar et les autres après »
Carlisle acquiesça. « Il n'y a presque pas de vent. Cela ne trahira pas ton approche si tu vas vers le nord-est »
Leur discours était si rapide que j'avais du mal à saisir tous les mots.
« Que se passe-t-il ? » demandai-je à nouveau. Mon cœur commença à marteler dans ma poitrine.
Edward me jeta un coup d'œil avant de regarder de nouveau Carlisle, soudain incertain. « Bien que Jasper soit meilleur au combat. Peut-être que je devrais être celui qui reste, suggéra-t-il en hésitant. Nous pourrions prendre Bella… »
Carlisle secoua la tête. « Tu peux lire dans les pensées sur de grandes distances. C'est peut-être notre meilleur avantage. Si Miguel et Emmett perdent la piste… »
Edward hocha la tête, soudain impatient. « Je sais » Il me lança un regard inquiet avant de regarder à nouveau Carlisle, semblant toujours déchiré par quelque chose.
« Vas-y », dit calmement Carlisle. Edward hocha la tête une fois, puis ses mouvements ne furent qu'un flou pour moi alors qu'il disparaissait dans les arbres.
Leur conversation s'était terminée en moins de dix secondes. Carlisle ne perdit pas de temps alors qu'il prenait mon bras et commençait à me conduire vers ma maison. J'entendis le tintement de ses clés de voiture alors qu'il les prenait de sa poche. Il commença à m'expliquer la situation en mots pressés, d'une voix tendue mais calme. « Emmett a trouvé une piste pendant qu'ils chassaient – il la suit maintenant avec Miguel. Eleazar était sur le point de les trouver quant il a appelé. Edward est allé à leur aide. Il balaiera la zone entre nous et eux pour s'assurer que personne ne se dirige vers là.
– A quelle distance c'était de Buffalo ? La piste ? demandai-je tout en étant ravie de constater que ma voix ne tremblait pas. Où l'ont-ils trouvé à Ithaca ? »
Carlisle secoua la tête. « Emmett l'a trouvé sur le côté nord d'un refuge faunique qui se trouve à un peu plus de trente kilomètres d'ici. Cela pourrait être rien, mais nous devons en être sûrs. Je t'emmène à Ithaca et nous attendrons là jusqu'à ce que nous en sachions plus »
J'avais du mal à saisir la situation – tout avait changé si vite, et j'étais tellement prise au dépourvue par les évènements des vingt dernières secondes que je n'avais même pas peur. Mais même ainsi, mon cœur battait dans ma poitrine et ma peau me démangeait d'une manière désagréable, presque comme si mon esprit était à la traîne de ce que ressentait mon corps.
Soudain, Carlisle s'arrêta et me fit signe de grimper sur son dos. J'ai hésité une fraction de seconde avant d'enrouler mes bras autour de ses épaules de pierre. Alors qu'il s'élançait, un fragment de mémoire me traversa l'esprit, Edward me faisant courir à travers la forêt sombre après cette rencontre fatidique avec James. J'ai repoussé le souvenir.
Nous étions à mi-chemin dans l'allée d'arbres lorsque Carlisle s'arrêta à nouveau, cette fois plus brusquement. Mon corps tressaillit à cet arrêt soudain, desserrant ma prise autour de ses épaules. Je pouvais à peine respirer alors que Carlisle me reposait sur mes pieds sans un mot, sa tête fouettant l'air tandis que ses yeux scrutaient les frênes du côté gauche de l'allée. Je pus voir ses pupilles se dilater de façon alarmante, la noirceur prenant le dessus sur les tons dorés en une fraction de seconde.
La fois suivante après mon clignement des yeux, tout ce que je pouvais voir était le dos de son manteau – il m'avait poussé derrière lui, me protégeant de son corps. Je voulais lui demander ce qui n'allait pas, mais les mots restèrent bloqués dans ma gorge, et je ne pouvais pas parler. Si je n'avais pas eu peur un instant plus tôt, maintenant c'était le cas. Je tendis la main pour attraper son bras sans décision consciente de le faire, mes doigts s'enroulant presque convulsivement autour du tissu de son manteau. C'était étrangement silencieux – je pouvais presque entendre les flocons de neige frapper le sol blanc.
Ce furent les quatre secondes les plus longues de ma vie. Elles semblèrent s'étirer pour toujours alors que Carlisle observait l'obscurité, ne bougeant pas d'un pouce alors qu'il me tenait derrière son dos. Je ne savais pas pourquoi, mais soudain j'avais l'impression que ce n'était pas seulement sa vue et son ouïe sur lesquelles il comptait. C'était presque comme si quelque chose dans la situation l'avait perturbé. Cette pensée m'inquiétait plus que tout ici. Parce que ; qu'avait-il fallu pour surprendre Carlisle ?
Je ne reçus jamais de réponse à ma question. Tout sembla passer du ralenti à pleine vitesse en une seule seconde. Si le monde avait été envahi jusqu'ici d'un silence menaçant, il explosa soudainement en un kaléidoscope de bruit et de mouvement.
Je n'avais jamais entendu Carlisle grogner auparavant. Ce fut la dernière pensée qui me traversa l'esprit avant de le voir tomber dans un accroupissement protecteur que je reconnus et que je ne connaissais que trop bien. La dernière chose que j'entendis fut le bruit familier de deux corps de pierre entrant en collision, comme si deux rochers massifs s'étaient écrasés l'un contre l'autre. Un instant, Carlisle était là, accroupi devant moi, et l'instant d'après, il était parti. Des grognements et sifflements furieux transpercèrent l'air, et je restai figée sur place pendant une demi-seconde avant de tourner la tête et d'essayer de comprendre ce qui venait de se passer.
Je ne vis jamais rien, ni n'entendis rien. Cela m'aurait troublée si j'avais eu le temps de me sentir confuse.
Parce que soudain, quelque chose de dur s'écrasa sur ma poitrine avec une force énorme. L'impact a été si violent que tout est devenu noir en un instant. Il y eut un moment où je me suis sentie en apesanteur comme si j'étais soudainement en l'air, puis la réalité revint en trombe alors que mon corps entrait en collision avec le sol froid et dur. Le monde éclata dans la douleur et l'obscurité ainsi que des sons forts. Quelque chose de chaud coula sur mon visage, et ma poitrine se convulsa dans un soulèvement soudain. Un goût de sang rouillé emplit ma bouche.
A travers la douleur, je pus m'entendre appeler quelqu'un, n'importe qui. Le sol glacé sous moi semblait vibrer alors que la bataille se poursuivait quelque part près de moi, le silence de la nuit se remplissant de grognements et de grondements furieux alors que les bruits forts de deux corps en marbre entrant en collision se faisaient entendre maintes et maintes fois. J'ai essayé de bouger, j'ai ouvert les yeux pour voir, mais la douleur dans ma poitrine explosa sous une pluie d'étincelles chauffées à blanc. Mon cœur battait toujours dans ma poitrine, même s'il savait que la bataille avait déjà été perdue.
Je ne pouvais pas sentir les flocons de neige atterrir sur mon visage, je ne pouvais pas voir le sol blanc sous ma tête s'assombrir de pourpre. Les bruits du combats s'estompèrent plus lentement, comme pour me tourmenter. Puis un bruit précipité emplit mes oreilles, et l'obscurité me prit, emportant la douleur déroutante et tout le reste avec.
Après cela, je ne sus rien d'autre.
NDT : bon qui s'y attendait ? Il était temps que la vision d'Alice se réalise... maintenant à voir quelles en seront les conséquences pour Bella.
