Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.
Voilà enfin la suite et les réponses au sujet de la vision d'Alice - bon jeudi ;) et merci à grimm-jenn, Magicworld1, Paupau15, Iaev, noominaome, sochic88 et Lia pour leur commentaire et à dimanche en espérant que le soleil revienne et que la pluie se termine ;)
« Comment un regard se transforme-t-il en vie ?
Comment un toucher se transforme-t-il en une étreinte ?
Comment les amoureux se dépassent-ils ?
Comment deux deviennent soudainement un ? »
- Us and Our Daughters, Does anybody know -
Depuis l'aube du temps
Pendant un instant infini, il n'y eut rien.
C'était comme si j'étais tombée dans le vide. Ou peut-être que ce n'était pas tellement le fait que j'étais tombée dedans. J'étais le vide. J'étais le blanc fade et sans fin qui m'entourait, entourait tout. J'étais le silence, l'immobilité qui m'enveloppait dans l'écoulement sans fin du temps. Une seconde passa alors que je flottais, laissant le courant calme m'emporter, ou peut-être que c'était un siècle ; je ne savais pas. Il n'y avait aucun moyen de mesurer le néant.
Il y avait une étrange sensation de légèreté pour moi, une sorte d'apesanteur surréaliste qui me faisait me demander si j'existais ou non – si quelque chose existait ou non. Mais encore une fois, comment pourrait-on évaluer quelque chose comme ça ? Si tout ce qu'on pouvait faire était simplement de dériver le long du courant et de laisser ses vagues douces et calmes nous emmener partout où elles se rendaient, comment pourrait-on résister ? Voudrait-on même essayer ?
Non. Ou peut-être que je l'aurais fait, mais il n'y avait pas de libre arbitre dans cet endroit. Il n'y avait pas de choix, pas de questions, pas de réponses. Juste le courant continu qui m'éloignait de plus en plus de ce qui était avant. Je pouvais me sentir m'y abandonner, céder à l'appel insistant du courant. Je me laissai couler sous sa surface, puis tout s'est relâché.
C'était silencieux au début, indiciblement immobile et calme.
Dans ce silence reposant, le courant régulier continuait de s'écouler sans tenir compte du tumulte soudain qui avait éclaté à la surface. Cela ne provoqua au début qu'une petite ondulation, quelque chose d'à peine perceptible. Cela ne perturba pas le calme ; ce n'était qu'une ondulation. Mais ensuite cette ondulation s'est transformée en une petite houle, puis la houle a pris en force et devint finalement une vague. Et soudain, le calme avait disparu, brisé en éclat, et le courant régulier était soudainement devenu une marée agitée se précipitant en avant, tout en m'emmenant avec elle. Je pouvais me sentir retourner à la surface avec ces vagues agitées.
La réalité me revint par petits paliers. Il y avait une fraction de sensation ici, un scintillement vague de conscience par-là. Les sons me sont revenus ; en premier les voix. Elles étaient distantes, disparaissant à l'intérieur et à l'extérieur, comme des vagues s'échouant sur le rivage et se retirant. Étais-je de nouveau dans le courant ? De retour sous l'eau ?
« … le poumon est perforé et s'est effondré.
– Carlisle… »
Les voix se sont éteintes. Je voulais les appeler, leur dire de revenir. D'autres sensations ont commencé à monter ; elles noyèrent les voix de leur intensité.
Il y avait la douleur. Partout. Il semblait injuste que l'agonie me revienne d'un seul coup alors que tous mes autres sens m'étaient celés. J'ai préféré les voix ; j'ai préféré le courant, la sensation calme du néant.
« … elle est en état de choc hypovolémique. Surveille sa tête et son cou, je pense… »
J'ai essayé d'appeler la voix ; elle était familière. Je connaissais cette voix, je connaissais même ce ton particulier – je l'avais déjà entendu, mais seulement une fois il y a des années. Un lointain souvenir jaillit et mourut, de celui d'un studio sombre de danse et de l'odeur d'essence, mais j'étais trop las pour m'en souvenir. J'ai essayé de respirer pour dire quelque chose, pour appeler la voix, mais mon corps refusait d'obéir. Juste au moment où j'étais prête à abandonner, mon visage a émergé de la surface et j'ai pensé que je pourrais enfin respirer, aspirer l'air dans mes poumons douloureux mais ma poitrine était trop lourde.
Les voix n'étaient plus si distantes ; elles étaient plus claires, plus proches.
« Retiens ton souffle, Jasper, si tu…
– Carlisle, je pense qu'elle revient !
– Bella ? Bella, chérie, tu m'entends ? »
Les voix étaient plus fortes maintenant, et la douleur était plus vive aussi. J'ai soudain eu envie de calme, le même que dans la sensation de néant. Il y avait une étrange et pulsante sensation de chaleur au centre de ma poitrine, se propageant rapidement et me donnant l'impression d'étouffer. Ou de me noyer peut-être. J'ai essayé de reprendre mon souffle, ma gorge me brûlant sous l'effort.
Des mains me retinrent soudainement. Des mains fraîches, douces mais urgentes. La voix était de retour ; j'ai eu du mal à l'entendre.
« N'essaye pas de bouger Bella. Reste tranquille »
Je me suis forcée à ouvrir les yeux et j'ai pensé durant un moment avoir réussi. Dans l'obscurité, je pouvais voir une paire de gentils yeux dorés qui me regardaient. Les yeux étaient familiers, mais leur lueur m'était inconnue.
Je n'avais jamais vu Carlisle effrayé auparavant.
« Bella, tu m'entends ? Tu peux comprendre ce que je dis ?
– Carlisle, son cœur… »
L'autre voix était aussi anxieuse, mais ce n'était rien comparé à la détresse et la douleur dans les mots de Carlisle, rien comparé au désespoir dans ses yeux. Sa voix sonnait comme si elle venait de quelque part très loin ; elle recommença à disparaître.
« … des saignements internes… l'aorte… a dû se rompre… il n'y a pas… »
Je voulais lui dire quelque chose, je devais – je voulais savoir pourquoi il avait si peur. Les mots refusèrent de venir – j'étais trop fatiguée. L'obscurité a recouvert ma vision, cachant le visage que je voulais tellement voir, et j'étais sur le point de m'éloigner une fois de plus ; le courant m'appelait à nouveau. Les voix commencèrent à s'éteindre, devenant de plus en plus distantes. Avec mes dernières forces, j'ai lutté contre le courant, mais j'étais fatiguée… tellement fatiguée.
L'eau m'attira de nouveau et je n'ai pas pu reprendre le chemin du retour. Je me sentais couler, très bas, bas, bas. C'était différent d'avant. Il n'y avait pas de courant calme cette fois, pas de silence, pas de vagues pacifiques me faisant avancer. Le blanc sans fin avait également disparu – seule l'obscurité restait. Il y avait aussi de la douleur – beaucoup. A tel point que ça m'a fait regretter de ne plus être à la surface. Il y avait eu de la douleur là-haut aussi, mais au moins je n'étais pas seule.
Mais ici… il n'y avait que l'océan d'agonie, et d'autres au-delà. Je me sentis m'échapper – il n'y avait rien à quoi m'accrocher.
C'était étrange comment la noirceur est venue. Pas lentement, pas furtivement. Quand elle est venue, elle est venue rapidement et avec toute sa force. Presque comme si elle savait que je perdrais de toute façon. Inutile de prolonger. On n'avait même pas le temps d'avoir peur. Un instant, j'étais là et le suivant… je n'y étais plus.
Pendant un moment, il n'y a rien eu. Seulement une étrange sensation d'éternité, et moi noyée dans ce sentiment. Cela dura une seconde, ou peut-être qu'un siècle s'était de nouveau écoulé. Tout comme le néant ne pouvait être mesuré, il n'y avait aucun moyen de le définir non plus.
Si l'obscurité ne m'avait pas autant troublée, je me serais peut-être sentie en paix.
Mais la paix ne serait pas quelque chose qui me serait accordée. Parce que tout à coup, il y avait quelque chose qui tentait de percer la noirceur qui m'avait revendiquée. L'obscurité sans fin autour de moi était impitoyable, refusant de me libérer. Mais quoi que ce fut qui essayait de me tirer de son emprise, c'était tout aussi implacable. Je pouvais sentir comment ça se battait et se débattait, comment ça ne voulait pas me laisser partir maintenant que j'avais son attention. Ça n'abandonnerait pas, et ça continuait à frapper les bords de l'obscurité, refusant de s'arrêter jusqu'à ce qu'il y ait une pause.
Cela commença par une petite entaille capillaire innocente, inoffensive. Je pus cependant en sentir les effets presque immédiatement. Là où il n'y avait autrefois qu'une noirceur engourdie, il y avait maintenant quelque chose de nouveau. De la chaleur. Une chaleur intense et pressante. Elle s'écoulait à travers cette petite entaille innocente, goutte par goutte pour former finalement un filet. Avec plus de chaleur maintenant. Presque trop.
Et puis, ce qui avait été au début un filet est soudainement devenu un torrent, et ce qui avait été au début une petite entaille est devenue une véritable rupture.
Ce n'était plus seulement de la chaleur qui affluait. C'était un feu. Un feu violent et torride. L'intensité en était déroutante.
La conscience ne m'est pas revenue comme l'autre fois à petits paliers. Elle est revenue tout d'un coup, dans une collision à couper le souffle, comme si un barrage avait éclaté à l'intérieur et tout autour de moi pour faire couler un brasier violent à travers moi comme de la lave brûlante et du feu dans mon sang. Quelque chose de tranchant me coupait la gorge, les poignets, les chevilles, les cuisses, l'intérieur de mes bras, et juste au moment où je pensais que la torture serait finie, quelque chose perça encore l'autre côté de ma gorge.
J'étais vaguement consciente des mains qui me retenaient tandis que les flammes violentes commençaient à brûler à travers moi, vaguement consciente du bruit fort et perçant qui résonnait dans mes tympans. Il y avait tellement de douleurs que le bruit n'aurait pas dû me déranger, mais pour une quelconque raison ce fut le cas. Il venait d'un endroit proche, trop proche. Une nouvelle douleur, plus sourde que l'agonie causée par le feu, me déchira la gorge. C'est alors que j'ai réalisé que le bruit venait de moi.
Des mains me tenaient à nouveau. Il y avait aussi du mouvement maintenant, quelqu'un tirant et ajustant mes membres. Une étrange sensation momentanée d'apesanteur, comme si j'étais portée. Quelque chose de dur et de froid autour de mes genoux et mollets, me tenait immobile. Des mains berçaient ma tête, des doigts froids la verrouillaient en place, empêchant les mouvements que mon corps voulait faire pour échapper aux flammes. Des mots furent prononcés, des mots que je ne pouvais entendre. Il y avait une urgence en eux, une angoisse. Je ne pouvais pas cependant me concentrer sur ça – l'agonie du feu prit un tout autre niveau, réclamant chaque part de mon attention.
Rien d'autre n'existait au-delà du feu, au-delà de cet instant. Et dans ce moment infini, tout ce qui existait était les flammes qui brûlaient l'intérieur de mes veines, me brûlant vive. La douleur doubla, tripla, quadrupla, et l'enfer me parut, soudainement ainsi qu'insupportablement réel, la douleur féroce rendait mon esprit vif et clair. Et je me suis rendu compte, je me suis souvenue ; je connaissais ce feu, oui je le connaissais. Il y avait du venin dans mes veines, torturant chaque cellule, chaque terminaison nerveuse, chaque ligament, chaque articulation, chaque muscle, chaque centimètre de ma peau, à l'intérieur comme à l'extérieur.
Cette réalisation me donna un nouvel objectif. Mes mains bougèrent pour essayer de trouver ma poitrine. Je voulais l'ouvrir et arracher mon cœur – faire n'importe quoi afin de me débarrasser de cette torture. Des mains saisirent à nouveau mes gestes et d'autres mots me furent chuchotés à l'oreille. Des mots que je ne percevais toujours pas sur mes propres cris. Mes lèvres bougeaient, suppliaient, imploraient – je n'entendais pas ce que je disais, mais j'espérais que quelqu'un le pourrait. Et si personne ne comprenait… comment sauraient-ils qu'il fallait me tuer ? Comment sauraient-ils que rien ne valait cela, que tout ce que je voulais c'était mourir, mourir, mourir, et ne jamais être née ?
Une éternité parut se passer alors que je brûlais et suppliais la mort de venir. Soudain, il y eut à nouveau cette étrange sensation d'apesanteur, et j'avais bon espoir de voir mon souhait se réaliser. Mais non – j'étais soulevée, transportée à nouveau. L'air qui se pressait était froid contre ma peau brûlante.
Des mots, des touchers, des lumières vives. Des cris, les miens, se mêlant aux tentatives de quelqu'un pour m'apaiser. Puis il y eut quelque chose de doux sous mon corps. Des mains s'enroulèrent instantanément autour des miennes alors que mes doigts cherchaient à nouveau ma poitrine. La prise était douce mais ferme.
Une conversation ténue atteignit mes oreilles, mais je ne pouvais en comprendre les mots. Quelqu'un posait des questions, quelqu'un d'autre y répondait. Encore des touchers. Des chuchotements plus apaisants. Quelqu'un s'excusait.
Peu à peu d'autres sensations commencèrent à percer la surface de lave qui brûlait à travers mon corps. Des contacts, doux et frais. Bien que je les avais déjà sentis auparavant, je pouvais maintenant me concentrer sur eux. C'était un changement bienvenu dans ce mantra de laissez-moi mourir, laissez-moi mourir, laissez-moi mourir qui me traversait constamment la tête. Je me concentrai sur les contacts, sur les respirations peu profondes et rapides qui emplissaient ma poitrine. Mes yeux étaient ouverts maintenant, ou peut-être qu'ils l'étaient restés tout ce temps. Mais c'était la première fois depuis le début que je pouvais réellement voir, percevoir ce qui était devant mes yeux.
Un visage planait au-dessus du mien, un visage doux et gentil. Et les yeux… alors qu'il y avait de la gentillesse, il y avait aussi de l'agonie. Chaque tressaillement de mon corps, chaque cri qui quittait mes lèvres, faisaient trembler ces yeux d'une nouvelle vague de douleur, presque comme si les flammes qui léchaient ma peau le tourmentait aussi. Il savait à quoi cela ressemblait, réalisai-je – il avait autrefois brûlé dans ce même bûcher. Mais je ne pouvais pas comprendre une chose – s'il savait à quoi cela ressemblait, s'il ne voulait pas que je souffre comme ça… s'il m'aimait, pourquoi ne m'avait-il pas déjà tuée ?
Il dit encore quelque chose, expliquant peut-être pourquoi il me laissait brûler, mais je n'entendais pas les mots par-dessus les cris et les hurlements qui s'échappaient de mes lèvres.
Une éternité passa, puis une autre. Il y avait un changement dans la prise douce autour de mes mains. Peu à peu, la peau fraîche contre la mienne est devenue chaude. Cela me dérouta – si tout brûlait, comment quelque chose pouvait-il être chaud ? Juste chaud ?
Il y avait du mouvement dans le coin de ma vision quelqu'un d'autre était là. Où peut-être qu'il avait toujours été là tout ce temps. Des mots furent prononcés une question a été posée. Les yeux dorés et gentils ne quittèrent jamais mon visage alors qu'il répondait, acquiesçant. Encore du mouvement, le plancher de bois grinçant alors que quelqu'un partait.
Cela aurait pu durer des secondes ou des jours, des semaines ou des années, mais finalement, le temps signifiait à nouveau quelque chose.
Le feu était resté tel qu'il était – il continuait de brûler et de faire rage, mais j'ai réalisé que je commençais à en faire l'expérience de manière différente. Il y avait une nouvelle sensibilité à ma peau, comme si des millions de terminaisons nerveuses non connues jusqu'ici avaient pris vie d'un seul coup. La prise serrée autour de mes mains se relâcha, me faisant me demander si c'était une illusion – peut-être que ma peau ne devenait pas plus sensible après tout. Peut-être qu'elle devenait encore plus engourdie par les flammes. Mais non – la prise s'était relâchée, tandis que le contact d'une peau chaude se déplaçait ailleurs. La surface douce sous mon corps disparut et je fus de nouveau en apesanteur. Des mots furent prononcés à mon oreille. Le ton était apaisant, mais aussi plein de regrets. Ils commencèrent à avoir du sens, les mots. Je pouvais finalement les écouter, les entendre sur le mantra de laissez-moi mourir, laissez-moi mourir, laissez-moi mourir. Je me suis rendu compte que pour chaque cri qui quittait mes lèvres, pour chaque gémissement de douleur qui quittait ma gorge, pour chaque laissez-moi mourir qui courait dans ma tête, il y avait un chuchotement calme « Je suis désolé » contre la peau de ma joue.
Quelque chose avait changé à nouveau – la façon dont mes gémissements retentissaient sur les murs était différente, maintenant en quelque sorte, c'était plus creux. Le sentiment d'apesanteur disparut. Il y avait de nouvelles sensations et de nouveaux sons. Quelque chose se déchirait. L'eau commença à couler. Ma peau entra en contact avec quelque chose de lisse et de frais – de la céramique.
Alors que ma peau nue touchait les carreaux froids et que l'eau chaude commençait à couler sur ma peau brûlante, je ne pouvais décider lequel était le pire. La combinaison du froid et du chaud qui se mélangeait à la chaleur brûlante en moi, était trop. Des mains me maintinrent à nouveau en place, mais avec peine ; je devenais plus forte.
Soudain, l'eau qui s'écoulait sur la peau passa de chaude à froide, puis à glacée. D'une certaine façon et de manière incroyable, cela fit une énorme différence, et je pus respirer à travers la douleur tout en essayant de me forcer à rester immobile. La brûlure attirait toute mon attention, et j'étais seulement vaguement consciente des mains douces qui pétrissaient ma peau et passaient dans mes cheveux, vaguement consciente des traînées de sang rouge vif dans l'eau alors qu'elle s'écoulait sur mon corps, vaguement consciente que quelque chose de chaud et de doux m'enveloppait quand ce fut fini.
Des nouveaux sons des bruissements de tissu. Quelque chose commença à frotter contre ma peau, la recouvrant, et il y eut à nouveau des mouvements, des gestes et des touchers rapides comme si quelqu'un essayait de travailler aussi vite et doucement que possible. La sensation d'apesanteur revint durant un moment, puis je fus posée sur quelque chose de doux. Une main chaude prit la mienne dans la sienne et la serra fermement.
Une éternité s'écoula à nouveau alors que les flammes faisaient rage. Mes cris futiles commencèrent à diminuer ; cela m'aida à me concentrer sur de nouvelles choses. De nouveaux sons, de nouvelles sensations. Je fermai les yeux et les gardai fermés, me concentrant sur la main chaude et douce qui tenait la mienne, me concentrant aussi sur le comptage des respirations qui n'étaient pas les miennes. Elles étaient même calmes, ce qui était un contraste flagrant avec le martèlement rapide de mon cœur. Plus de sons atteignaient mes oreilles ; des mots de conversations ténues, de pas sur le parquet. Cependant, ces sons ne provenaient pas de cette pièce ; je ne savais cependant pas comme je le savais. Je le savais c'est tout. La manière dont ils résonnaient à travers les murs était différente.
Il semblait y avoir beaucoup plus d'espace dans ma tête maintenant. De la place pour me souvenir de ce qui s'était passé, de la place pour me demander où j'en étais maintenant, avec encore de la place pour souffrir.
Que s'était-il passé ? Qui avait attaqué Carlisle et moi ? Est-ce que tout allait bien ?
La douleur commença à s'estomper au bout de mes doigts ; le changement fut minime, à peine là, mais il me donna plus de concentration. Je pus sentir un courant d'air contre ma peau quelqu'un avait ouvert une porte quelque part près de moi. Il y eut des pas légers, rythmés et agiles. Se rapprochant. Quelque chose de chaud toucha mon autre main, s'enroula autour d'elle et la serra fermement. De l'autre côté quelqu'un bougea.
« Encore combien de temps ? »
La voix que j'entendais était douce et base, comme de la soie et du velours combinés. Il y avait de l'inquiétude dans cette voix, mais aussi une pointe d'anticipation pleine d'espoir.
L'autre voix qui répondit était comme mille carillons de clochettes, délicate et charmante.
« Ce sera bientôt fini » Il y eut une pause. Je voulus demander une meilleure réponse, mais je gardai les dents serrées sachant que si j'ouvrais la bouche maintenant, seul un cri allait en sortir. Quelque chose toucha mon bras, de doux doigts lissant le tissu qui recouvrait mon corps. « J'aurais choisi la robe rouge que j'ai suggérée », commenta la voix de carillons de clochettes. Son discours ressemblait à un chant.
Il y eut un doux rire de l'autre côté. Quelque chose de chaud toucha ma joue. « Bella ne l'aurait pas préféré », murmura la voix douce et précédente. Il y avait un sourire dans cette voix maintenant elle ne paraissait plus aussi inquiète.
« C'est vrai » La voix délicate qui répondit, était légèrement chagrinée mais aussi résignée. Quelque chose toucha mes cheveux. « Elle va être magnifique »
De nouveau, un contact doux sur ma joue. « Elle l'a toujours été »
– Tu sais ce que je veux dire. Regarde-là »
La prise autour de ma main se resserra. Quelque chose de chaud et de doux frôla mes jointures. Je ressentis plus que j'entendis les mots suivants ; des bouffées d'air chaud chatouillaient la peau de ma main.
« Est-ce qu'Eleazar et Jasper reviennent ? »
Il y eut encore un léger courant d'air contre ma peau, comme si quelqu'un hochait la tête.
« Oui.
– Vont-ils y arriver ? » La voix douce et basse était incertaine. « Nous pourrions avoir besoin de Jasper quand elle se réveillera.
– Ils seront de retour juste à temps », assura la voix chantante.
Il y eut encore des sons ; des pas légers et hâtifs. La neige et la glace craquaient sous deux paires de pieds. Je pouvais les entendre se rapprocher, mais je savais qu'ils étaient encore loin.
« Tu vois ? dit la voix de carillons de clochettes. Juste à temps »
Il n'y avait presque plus de douleur dans mes paumes maintenant. Cela m'aurait ravie, mais alors que le feu disparaissait de mes extrémités millimètre par millimètre, il sembla se déplacer vers l'intérieur pour prendre une autre forme alors qu'il se rassemblait dans ma poitrine où mon cœur battait maintenant frénétiquement. Lorsque les flammes allumèrent mon cœur, elles apportèrent une autre sensation avec elles ; il y avait maintenant une douleur sèche et desséchée dans ma gorge.
Les pas se rapprochaient ; ils étaient maintenant à un kilomètre et demi de la maison. Encore une fois, je ne savais pas comment je connaissais la distance. L'information était juste là. La neige cessa de craquer.
« Elle ne crie plus » La voix était grave et avait un léger accent traînant. Jasper.
« Je me demande… ? » L'autre voix était familière aussi, mais seulement maintenant, je remarquai qu'elle avait elle aussi un accent. Cependant très subtil, à peine perceptible. De l'Espagnol ?
Ils furent de nouveau en mouvement, courant cette fois-ci. J'entendis à peine leur pieds toucher le sol, mais je pouvais entendre comment l'air sifflait autour de leurs corps alors qu'ils se précipitaient vers la maison.
Je les oubliai assez tôt car quelque chose d'autre attira mon attention. Tout à coup, je devais me concentrer d'autant plus pour prendre des respirations régulières. Le feu dans mon cœur était plus intense maintenant, devenant encore plus brûlant. Je ne pouvais pas comprendre comment c'était possible – ça ne pouvait pas être pire que ça, non ? Je verrouillai ma mâchoire et serrai encore plus fort les dents, mais un gémissement de douleur s'échappa néanmoins de mes lèvres. La main autour de la mienne se resserra et il y eut un bruit distinct de chaise raclant le sol lorsque la personne à côté de moi se leva. Une main chaude me prit la joue en coupe.
La choix chantante de l'autre côté semblait dans l'expectative. « Bientôt »
Ce fut comme une invitation ou un signal prédéterminé une porte a été ouverte et fermée quelque part. En bas, j'ai réalisé. Deux étages plus bas. Il y eut encore des pas qui approchèrent, plus d'une personne. J'en dénombrai sept.
Un rire doux et ravi quitta les lèvres de quelqu'un. Cela sonnait comme des clochettes.
« Quoi Alice ? demanda la voix douce près de moi. Qu'est-ce qu'il y a ?
– Tu verras bien assez tôt.
– Alice…
– Tu verras, Carlisle. Patience. Ça vaut la peine d'attendre. Crois-moi »
Un doux soupir se fit entendre de mon autre côté. La main chaude quitta ma joue et écarta une mèche de cheveux de mon visage.
La douleur à l'intérieur de ma poitrine empirait maintenant. D'une manière ou d'une autre qui paraissait impossible, le feu qui faisait rage dans mon cœur était maintenant encore plus brûlant qu'il y a un instant. Je fus vaguement consciente d'une porte s'ouvrant à quelques mètres de moi, vaguement consciente des présences silencieuses se déversant dans la pièce, se rassemblant plus près, mais pas trop ; elles gardèrent leurs distances.
La douleur s'était retirée de mes bras et de mes jambes, de mes épaules et de mes côtes ainsi que de mon visage, mais rien de tout ça n'avait d'importance cela ne m'apportait aucun soulagement. Parce que le feu flamboyait maintenant au centre de ma poitrine, et mon dos se cambrait et s'inclinait sous l'intensité de la sensation. La main chaude autour de la mienne se resserra. Je pouvais sentir la grimace me tordre le visage alors que la bataille en moi faisait rage, le feu grillait mon cœur qui battait. Aucun ne gagnerait, je le savais le feu avait tout consumé – il ne restait plus rien à brûler. Et mon cœur, mon cœur fatigué et sprintant, galopait vers son dernier battement…
Il y eut une dernière vague de feu insupportable, suivie d'un bruit profond et creux de mon cœur. Il bégaya deux fois, puis battit à nouveau doucement.
Après ça… silence.
Personne ne respirait. Pas même moi.
Je m'étais tellement habituée à l'agonie constante que lorsqu'elle disparut soudainement, je ne pus le comprendre. Il me fallut un moment avant que je ne puisse faire attention à autre chose qu'à l'absence de douleur.
Et puis, j'ai ouvert les yeux.
Tout était si… net.
Je regardai le plafond au-dessus de moi avec étonnement, mes yeux décelant chaque variation de couleur, chaque ton sombre dans les panneaux de bois. Cela me dérouta un peu, de me concentrer sur quelque chose d'aussi simple que la couleur du plafond. Et pourtant, je ne pouvais en détourner le regard.
Mon moment d'admiration ne dura pas longtemps quelque chose d'autre revendiqua ma concentration alors que je respirais d'un souffle surpris. Je remarquai que l'action de respirer n'était plus un réflexe. Inhaler semblait presque contre nature, faux. Je réalisai que c'était parce que l'action ne m'apportait aucun soulagement.
En fait, c'était plutôt l'opposé.
Parce qu'au lieu de me soulager, respirer ne causait que de la douleur. Pendant ce qui parut être un long moment, la douleur sèche et desséchée dans ma gorge était tout ce sur quoi je pouvais me concentrer. Je voulus déglutir pour la faire disparaître, mais pour une quelconque raison, je pris une autre respiration, mes sens essayant de détecter quelque chose dans l'air. Quelque chose dont j'avais désespérément besoin. Il y en avait de faibles traces dans l'air autour de moi, mais l'odeur était diluée, affaiblie. Je me suis posée des questions à ce sujet durant une demi-seconde, mais une nouvelle sensation étrange perturba mes pensées, me surprenant si profondément qu'elle me fit oublier la brûlure sèche de ma gorge.
Il y avait quelque chose de chaud et lisse qui se pressait contre ma paume, se resserrant autour de mes doigts. Je ne reconnus pas le contact. Cela me prit au dépourvu et me mit en alerte en un instant. Je fis une rapide évaluation de la situation ce qui ne dura pas plus d'une fraction de seconde. J'étais allongée, réalisai-je, ce qui me rendait vulnérable et incapable de me défendre.
Une autre fraction de seconde passa et j'étais debout, à neuf mètres de mon emplacement précédent. Un sifflement éclata entre mes lèvres et du venin commença à couler dans ma bouche alors que je tombais en position accroupie défensive. Mes yeux se précipitèrent d'un mur à l'autre, et je réalisai que la pièce m'était familière – j'avais passé quelques nuits ici il y a seulement quelques jours. Je rangeai les informations et je respirai pour sentir l'air tout en comptant le nombre de menaces dans la pièce. Neuf. La complexité des odeurs et des arômes me dérouta, mais je repoussai la sensation ; je ne pouvais pas être distraite par ça en ce moment. Mes yeux ont fouillé les formes de l'autre côté de la pièce, mon cerveau les cataloguant rapidement en fonction de leur taille et de leur masse. Trois femelles et six mâles. Mes yeux se posèrent sur le plus imposant mâle ; c'est lui qui paraissait le plus menaçant.
Une demi-seconde s'écoula pendant que je saisissais la situation et évaluais la menace. Alors seulement, je me suis permise de regarder de plus près leurs visages. Mes yeux ne quittèrent jamais le plus grand mâle aux cheveux brun foncé, légèrement bouclés, yeux dorés, fossettes. Des bras musclés, des épaules énormes… tout en lui était gigantesque et impressionnant. Même le sourire sur ses traits était énorme.
Oh.
C'était Emmett. Je le connaissais – il ne serait pas une menace pour moi.
Mes yeux se déplacèrent vers les deux vampires se tenant à côté de lui. Ils étaient également sombres dans leurs traits. Les deux paraissaient méfiants, mais pas d'une manière menaçante. L'un d'eux plissa les yeux, soudain curieux. Il se rapprocha un peu, presque comme s'il voulait me regarder de plus près.
« Eleazar », avertit une voix basse. Je tournai mon regard vers lui, et je fus à nouveau instantanément sur la défensive alors que j'étudiais le propriétaire de la voix. Je ne pouvais détacher le regard des cicatrices entachant son cou, son visage et ses bras. Je réalisai que ma précédente évaluation de la menace avait été erronée – ce vampire était plus dangereux que les autres, encore plus dangereux qu'Emmett. Ses yeux étaient fixés sur mon expression.
« Bella », dit-il. Je sifflai en réponse, mes muscles se contractant alors que je me préparais à fuir ou à bondir – je ne savais pas encore. Il leva la main d'une manière apaisante. Je grognai. « Tout va bien »
Une vague de calme m'envahit. Peut-être était-ce ça ou peut-être que mon cerveau rattrapa finalement le fil de la situation et s'est rendu compte que c'était Jasper – juste Jasper – et je me sentis me détendre.
Je m'étais redressée de mon accroupissement avant de prendre une décision consciente de le faire. C'est alors qu'Alice jeta un coup d'œil derrière le grand cadre de Jasper, rayonnante vers moi. La lumière scintilla sur ses dents d'une étrange manière, et je dus m'arrêter et regarder l'étrange phénomène pendant une seconde. Elle échangea un regard avec quelqu'un. Je suivis son regard.
Je n'avais jamais vraiment vu Esmée et Rosalie auparavant. Ce fut un léger mouvement quelqu'un cligna des yeux. Mes sens affûtés l'enregistrèrent de toute façon, et mes yeux quittèrent Esmée et se dirigèrent vers la personne debout près de la porte et me regardant avec une expression mitigée sur le visage. C'était comme s'il ne savait pas vraiment quelle émotion ressentir en premier.
Mes sens se concentrèrent instantanément sur Edward ; je réalisai que son visage était aussi quelque chose que je n'avais jamais vraiment vu avant ce moment. Je me demandai distraitement combien de temps, combien d'heures, de semaines et de mois j'avais passé à rêver de sa beauté, à m'en émerveiller. Il avait l'air tout aussi étonnant que les autres. Je ne pouvais cependant pas déchiffrer son regard. Il était à nouveau mitigé, conflictuel. Je vis sa poitrine se soulever et tomber alors qu'il expirait, et quelque chose sur son visage passa ; il avait soudain l'air d'essayer de se réconcilier avec quelque chose. Ses yeux dorés dérivèrent vers sa droite, se concentrant sur quelqu'un auquel je n'avais pas eu le temps de prêter attention jusqu'à présent. Je suivis son regard, mes yeux atterrissant sur la personne se tenant près du lit qui avait été mon bûcher.
C'était vraiment étrange, insondable que la personne la plus proche de moi soit la dernière à attirer mon attention. C'était aussi étrangement approprié ; juste. Parce qu'il était vraiment la dernière personne à avoir attiré mon attention.
Parce que lorsque ses yeux rencontrèrent les miens, et que mes yeux rencontrèrent les siens, tout s'arrêta. Le temps, la terre. Tout.
Je ne sus pas combien de temps cela dura – combien de temps lui et moi, et tout ce qui nous entourait fut immobile et figé tandis que je le regardais et qu'il me fixait. Mais soudain, tout redémarra. Le sol s'inclina sous mes pieds alors que le monde se redressait, et que le temps recommençait à avancer, mais il y avait un changement dans sa façon de s'écouler. La terre tournait autour de son axe une fois de plus, mais il semblait qu'elle ne bougeait plus que pour personne d'autre que nous deux.
Quand j'ai commencé à marcher vers lui, mes mouvements ne furent plus d'une rapidité inhumaine comme ils l'avaient été jusque là. Tous ces réflexes et instincts étrangers et incontrôlables semblèrent tomber en dormance. Même la brûlure agonisante dans ma gorge qui avait été présente tout ce temps parut s'émousser et l'instinct exigeant de trouver au plus vite des proies devenait soudain moins important. Un autre instinct était en marche maintenant, et mes pas étaient lents et mesurés à mesure que je m'approchais de lui, mais aussi impatients ; il n'y avait aucune partie de moi qui ne voulait pas aller vers lui. Aussi contrôlés et délibérés que soient mes mouvements, cela ne voulait pas dire que j'étais maîtresse de moi ; quelque chose avait pris le dessus, quelque chose qui était hors de l'ordinaire et de l'habituel.
Cette même chose l'avait également envahi ; il s'approchait aussi de moi, presque comme si ce n'était pas une décision consciente qui le faisait faire ces pas vers moi. Cela ne m'a pas surprise, ça ne me dérouta pas non plus, mais cela m'épata tout de même. Parce que cela signifiait qu'il ressentait aussi cela, cette attraction et cette gravité inexplicable qu'il était impossible de combattre ou d'ignorer. L'arrêter revenait à essayer d'empêcher la marée de monter.
Comment pourrait-on mettre un terme à quelque chose qui était si inévitable et si dévorant ? Quelque chose d'aussi certain que le changement des saisons ou le lever et coucher de soleil ?
On ne pouvait pas. Et alors que nous nous rencontrions au milieu de la pièce, les mains tendues, les doigts entrelacés, deux cœurs silencieux se déplaçant si doucement que seuls nous deux pouvions l'entendre… à cet instant, je sus. Il n'y avait pas de retour en arrière, pas d'issues à l'avant, pas d'endroit où aller. Nous pourrions rester ainsi jusqu'à la fin des temps et ne jamais ressentir l'envie de bouger. J'étais enfin là où je devais être, et lui aussi.
Glissant mes doigts de la douce étreinte de Carlisle, je fis un pas de plus et encadrai son visage de mes mains. Je passai un moment à m'émerveiller de la chaleur de sa peau lisse contre la mienne. C'était si juste. Lui et moi, tout aussi chauds ou tout aussi froids. Tout aussi bien. Une seconde passa, ou plus comme une vie, vraiment, alors que je le regardais avec étonnement. Carlisle avait aussi la même lueur émerveillée dans les yeux.
Quelqu'un s'est raclé la gorge, mais je ne l'entendis pas. Des regards furent échangés, mais je n'y prêtai aucune attention. Et tandis que les mains de Carlisle se dirigeaient vers ma taille et tiraient mon corps contre le sien, ses lèvres chaudes réclamant les miennes dans un baiser brûlant, le ciel aurait pu tomber que je ne l'aurais pas remarqué.
Alors qu'il moulait ses lèvres aux miennes, il y avait encore du feu qui me traversait. C'était une sorte de brûlure différente de celle d'avant – ces flammes étaient douces et chaudes, faisant se tordre mon estomac et accélérer rapidement et de manière erratique mes respirations. Mon corps n'avait peut-être pas besoin d'air, mais mon esprit et mon cœur figé en avaient besoin. C'était un peu surprenant de réaliser que l'organe n'essayait pas de sortir de ma poitrine, un peu déroutant que mon sang ne commence pas à rugir dans mon corps comme autrefois. Mais mon esprit ne s'attarda pas longtemps sur ces changements. Ces réponses que mon corps avait l'habitude de faire avaient été remplacées par d'autres sensations. Des sensations puissantes. J'avais l'impression que chaque centimètre de ma peau s'animait d'une manière jamais inégalée auparavant. Le contact de Carlisle, ses mains agrippées à ma taille, ses lèvres caressant les miennes, ses respirations chaudes se mêlant aux miennes… toutes ces choses faisaient que le désir me traversait, plus fort et plus net que jamais.
Quelqu'un se racla encore la gorge. Il y eut aussi d'autres sons ténus, comme si quelqu'un déplaçait son poids d'un pied à l'autre. Un « Prenez une chambre » se murmura doucement à mes oreilles. La voix était tiraillée entre amusement et inconfort. Un rire discret et à peine contenu suivit, comme des clochettes dans le vent.
Même si ces sons étaient insignifiants, ils attirèrent néanmoins mon attention. Tout cet espace supplémentaire qu'il y avait dans ma tête il y a un instant, avait été rempli de Carlisle, et j'avais tout simplement oublié tout le reste.
Y compris le fait que nous n'étions pas seuls.
Je m'écartai à contrecœur de ses lèvres, mais ne détournai pas les yeux de lui. Les prunelles de Carlisle étaient assombries par quelque chose de sombre, quelque chose de familier, quelque chose qui me serrait merveilleusement le ventre. Inspirant profondément pour maîtriser toutes ces sensations qui me traversaient, je laissai mes mains glisser de son visage vers ses épaules tout en maintenant son regard.
Quelqu'un siffla. Emmett. J'entendis le bruit d'une main de marbre de quelqu'un heurtant l'arrière de sa tête alors qu'on le frappait – probablement Rosalie.
« Quoi ? protesta-t-il. Si ce n'est pas le moment de siffler, je ne sais pas quand c'est alors »
Ce fut Alice qui répondit, ses mots sortant comme un sifflement. « Ils passent un moment, à moins que tu ne l'ais pas remarqué. Tu le gâches avec ton impudence »
Emmett renifla. « Eh bien, si tu nous avais prévenus que cela arriverai, nous leur aurions donné un peu d'intimité. Mais comme tu ne l'as pas fait, cela fait de toi une voyeuse impudique, pas moi »
Je ne pus arrêter le sourire qui se répandit sur mon visage. Les coins de la bouche de Carlisle se contractèrent, comme s'il réprimait un sourire. Il secoua la tête à leur échange avant de relâcher sa prise autour de ma taille. Sa main chercha la mienne, la tenant fermement. Puis il se tourna pour regarder le groupe de vampires attendant contre le mur du fond près de la porte. Certains souriaient. Certains d'entre eux semblaient surpris et un peu choqués, bien qu'ils essayaient de le cacher. Edward et Jasper avaient tous les deux l'air légèrement mal à l'aise, et je m'attendis à rougir en réalisant quelle en était probablement la principale raison, mais je me suis alors souvenue que mes joues ne redeviendraient jamais rouges.
J'ai passé un moment à étudier Edward, essayant de sonder son expression. Une partie de moi s'attendait à ce qu'il se dérobe d'une seconde à l'autre. Bien sûr, il savait pour Carlisle et moi depuis un moment maintenant, mais peut-être qu'une démonstration en temps réel de notre affection était quelque chose pour laquelle il n'était pas prêt. Et le fait était que ce n'était pas simplement un baiser que nous venions de partager. Quelque chose de plus venait de se produire entre nous. Dès l'instant où mes yeux avaient rencontré ceux de Carlisle, j'avais su que plus rien ne serait plus jamais pareil. Le monde avait vraiment changé pour nous deux, et chaque personne dans la pièce savait ce qui venait de se passer.
J'ai déplacé ma main dans la sienne, entrelaçant nos doigts. Nos paumes semblaient s'emboîter parfaitement.
La voix d'Emmett perturba ma calme réflexion. « Depuis combien de temps vous vous cachez de nous ? demanda-t-il en fixant toujours Alice. C'est le genre de chose que tu devrais partager, tu sais »
Elle roula des yeux. « Ce n'était pas à moi de divulguer ces informations. Je suis douée pour garder des secrets quand je le dois. Demande plutôt à ces deux-là – ce sont eux qui se voient en cachette depuis des semaines maintenant » Elle fit un sourire narquois à Carlisle.
Ce fut Esmée qui parla ensuite. Elle avait un sourire confus sur ses lèvres. « Des semaines ? demanda-t-elle. Pourquoi aucun de vous n'a dit quoi que ce soit ? » Elle traversa la pièce pour prendre Carlisle dans ses bras. Je vis Jasper se tendre, lançant un regard prudent à Esmée, puis ses yeux se fixèrent sur mon expression – peut-être pensait-il que le geste soudain me rendrait défensive. Esmée ne paraissait pas du tout inquiète. Après avoir tendrement embrassé Carlisle, elle enroula ses bras de pierre chauds autour de moi. Je voulus lui rendre son étreinte, mais je fus soudainement très consciente de ma nouvelle force. Un vague souvenir humain me revint, de ces nombreuses leçons de vampire que j'avais reçues en tant qu'humaine, et je savais que j'étais le vampire le plus fort de la pièce en ce moment. Très soigneusement, je posais les mains sur les épaules d'Esmée car trop incertaine pour faire plus que ça. Je me demandai vaguement pourquoi il ne m'avait pas fallu autant de concentration pour embrasser Carlisle il y a un instant. J'étais peut-être trop préoccupée pour m'en inquiéter.
« C'est merveilleux », me dit Esmée dans mon oreille avant de reculer. Le sourire sur ses lèvres était vraiment heureux. J'avais le sentiment qu'elle pleurerait maintenant si elle avait pu. « Sérieusement, pendant des semaines ? » Elle se tourna à nouveau vers Carlisle, lui frappant doucement le bras d'une manière réprobatrice. Eleazar avait suivi l'exemple d'Esmée, et il tenait maintenant la main droite de Carlisle dans la sienne. Je ne savais pas ce qui se passait entre les deux – aucun mot ne fut échangé. Les deux hommes paraissaient à la fois graves et ravis en se regardant. Puis Carlisle se tourna à nouveau vers Esmée, riant doucement à ses propos.
« Alice exagère, dit-il avec un sourire. Ça fait moins d'un mois » Il me lança un regard tendre, sa main cherchant à nouveau la mienne. « Et quant à la raison pour laquelle Bella et moi n'avons rien dit… c'est que tant de choses semblaient se passer à l'époque. Nous avions prévu de le dire à toute la famille très prochainement, mais ensuite… eh bien, les choses ont pris une tournure inattendue » Il me lança un autre regard, une ombre passant dans ses prunelles.
« Qu'est-il arrivé au fait ? » demandai-je maintenant, et je dus m'arrêter un moment pour écouter ma nouvelle voix. Elle était claire comme une clochette. Bien que la voix sonnait comme la mienne, il y avait un carillon doux qui n'était pas là auparavant. Mes pensées ne s'arrêtèrent pas longtemps sur ce changement – j'étais désespérée de savoir ce qui s'était passé pendant que je brûlais. « Combien de temps ai-je été… inconsciente ? demandai-je en me tournant vers Carlisle.
– Un peu plus de trois jours, répondit Carlisle. Le processus de transformation a été très rapide au fur et à mesure que ces choses évoluent » Il était sur le point de dire quelque chose de plus, mais c'est à ce moment-là que Jasper se déplaça, et cela attira son attention. Carlisle hocha la tête avant de se tourner à nouveau vers moi. Sa main autour de la mienne se resserra. « Mais cette histoire peut attendre. Tu dois chasser – tu dois avoir très soif »
Ce qui s'était passé entre lui et moi tout à l'heure m'avait fait miraculeusement oublier la brûlure vive dans ma gorge. Mais maintenant que je m'en souvenais, la soif redevint implacable. J'ai dégluti, utilisant chaque once de ma volonté pour ignorer les flammes qui léchaient ma gorge. « Mais j'ai besoin de savoir ce qui s'est passé. Je me souviens que tu as été attaqué, dis-je en l'étudiant attentivement avec ma nouvelle vu améliorée. Je t'ai entendu te battre avec quelqu'un avant de perdre connaissance. Qui était-ce ? »
Une ombre passa à nouveau dans les yeux de Carlisle. Je l'ai fouillé de mon regard avec attention, mes nouveaux yeux précis trouvant rapidement la crête légèrement inégale à quelques centimètres sous l'angle de sa mâchoire. Je tendis la main pour écarter le col de sa chemise, révélant une longue cicatrice qui se propageait le long de son cou. Je me sentis me figer et devenir complètement immobile – cette réaction étrangère aurait pu me choquer, mais mon attention était entièrement concentrée sur la peau de marbre endommagée de Carlisle. J'ai réalisé qu'il avait fallu plus d'une morsure pour laisser une telle marque. Il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre que celui qui l'avait causé n'avait pas seulement essayé de l'immobiliser, mais de faire quelque chose de bien pire.
« Que s'est-il passé ? » redemandai-je en sortant de mon état stationnaire de choc. Mes doigts se tendirent pour caresser la peau inégale.
Une fureur soudaine m'envahit et ma bouche se remplit de venin. J'étais soudainement impatiente de découvrir qui lui avait fait ça. Non, pas impatiente. Anxieuse ou désespérée, serait plus juste.
« Carlisle », avertit Jasper en sentant le changement soudain de mon humeur. Je pouvais le sentir essayer de me calmer avec son don. Cela prit du temps.
Carlisle prit ma main sur son cou pour l'embrasser. S'il avait remarqué ma soudaine fureur, cela ne l'inquiétait pas. « S'il te plaît, ne t'inquiète pas. Il n'y a aucune raison que tu t'inquiètes pour moi » Il réfléchit à quelque chose pendant une demi-seconde avant de décider d'expliquer. Peut-être qu'il savait que je ne pourrais pas me concentrer sur autre chose avant d'apprendre ce qui s'était passé. « De quoi te souviens-tu sur ce qu'il s'est passé ? » demanda-t-il.
Fermant momentanément les yeux, je repensai aux derniers moments de ma vie humaine. « Euh… Eleazar t'a appelé. Emmett avait trouvé une piste pendant leur partie de chasse et il la suivait avec Miguel. Edward est parti pour les aider. Tu as commencé à m'emmener vers ta voiture, puis… » Je secouai la tête les souvenirs étaient brumeux. « Tu me portais quand tu t'es soudain arrêté… et… » Je fronçai les sourcils, me rappelant comment Carlisle m'avait déposé et poussé derrière son dos. Il y avait eu quelque chose d'étrange dans la manière dont il avait regardé les arbres – comme si quelque chose l'avait surpris.
« De quoi te souviens-tu d'autre ? » demanda-t-il.
Je secouai la tête. « Pas beaucoup d'autre chose. Tu m'as poussée derrière ton dos. Et puis quelqu'un t'a percuté – je n'ai rien vu »
Ce que Carlisle me dit ensuite me fit le regarder avec confusion.
« Nous sommes donc deux, déclara-t-il.
– Que veux-tu dire ? » Ces informations me déroutèrent d'autant plus. J'avais supposé que je n'avais pas vu l'attaquant parce qu'il se déplaçait si vite, mais si Carlisle n'avait pas pu le voir non plus… « Tu ne savais pas qui c'était ? » demandai-je en ne sachant pas exactement ce qu'il voulait dire.
Carlisle échangea un coup d'œil avec Eleazar. « Je sais qui c'était – j'ai reconnu instantanément son odeur, je parlais de façon littérale quand je disais que je ne voyais rien.
– Tu n'as pas vu l'attaquant ? interrogeai-je incrédule. Es-tu en train de dire qu'il était invisible ou autre ?
– C'est exactement ce que je dis, répondit-il. J'ai pu l'entendre pendant qu'il se déplaçait et j'ai pu le sentir. Ce sont les choses sur lesquelles je devais compter lorsque j'ai réalisé que nous n'étions pas seuls.
– Mais pourquoi tu ne l'as pas vu ? demandai-je en trouvant toujours cela difficile à croire. Comment est-ce possible ? Qui était-ce ? »
Les yeux généralement dorés de Carlisle étaient maintenant d'une teinte plus foncée quelque chose le troublait. Il échangea un autre regard avec Eleazar avant de croiser mes yeux. « Tu te souviens quand nous avons mentionné le nom Afton ? »
J'ai froncé les sourcils. Afton. Le nom me paraissait vaguement familier.
Carlisle commença à m'expliquer quand il remarqua mon incertitude. « Nous avons parlé de lui en passant une ou deux fois. Comme tu le sais, nous avons passé en revue les membres des Volturi avec toi ces dernières semaines. On t'a parlé des membres clés et de leur position dans la garde – je suis sûr que tu te souviens maintenant des choses importantes » Il attendit que j'acquiesce. « Tu te souviens de ce que nous t'avons dit à propos de Chelsea ? »
J'ai hoché de nouveau la tête. Même si mes souvenirs humains semblaient flous et distants maintenant, il y avait des choses dont je pouvais me souvenir avec peu d'effort. Cela m'a plu – on m'avait dit que les souvenirs humains s'effaceraient avec le temps, surtout si on n'y pensait pas assez souvent. Il y avait beaucoup de choses que je ne voulais jamais oublier, et même si les leçons que j'avais reçues sur les Volturi et le fait d'être un vampire n'étaient pas mes souvenirs les plus précieux, je savais néanmoins qu'ils étaient importants.
« Chelsea est celle qui peut influencer les liens émotionnels entre les gens, me souvins-je. Elle est un membre de haut rang grâce à son don »
Carlisle acquiesça. « Les Volturi ne pourraient pas très bien fonctionner sans elle. Elle maintient la garde fidèle et intact. Puisqu'elle est un membre si important en raison de ses capacités, Aro la tient en haute estime et lui fournit tout ce qu'elle veut. L'une de ces choses est le compagnon de Chelsea : Afton.
– D'accord » J'ai hoché la tête, en me demandant où il voulait en venir.
Ce fut Eleazar qui parla ensuite. « Afton n'a jamais été suffisamment habile pour se voir offrir une place dans la garde, expliqua-t-il. La seule raison pour laquelle Aro lui a permis de rester, c'est parce que Chelsea a insisté. Comme Carlisle l'a dit, Afton est son compagnon, et comme Chelsea est un membre si important, Aro lui donne pratiquement tout ce qu'elle demande » Il fit une pause, échangeant un regard avec Jasper.
« Qu'est-ce que tu essayes de dire ? » demandai-je.
Jasper parla. « C'est Afton qui t'a attaqué ainsi que Carlisle. Comme l'a dit Eleazar, il n'a jamais montré suffisamment de compétences pour impressionner Aro, mais cela ne signifie pas qu'il ne possède aucune sorte de capacités. Il a un pouvoir qui fonctionne sur une base mentale. Il peut se protéger en se rendant invisible »
Je fronçai les sourcils à cela.
« C'est pourquoi Carlisle ne pouvait pas le voir, continua Jasper. Il ne pouvait que le sentir, ce qui a rendu la situation assez difficile, j'en suis sûr »
Carlisle acquiesça, ses yeux s'excusant. « Quand il a attaqué, j'ai pu le retenir un instant. Mais j'étais visiblement désavantagé et je n'ai pas pu le saisir. Une seconde a suffi. Il m'a momentanément neutralisé, puis… » Il soupira, sa main se resserrant autour de la mienne. Un lointain souvenir humain me revint, de quelque chose de dur qui s'était écrasé contre ma poitrine avec une force incroyable et qui m'avait envoyée dans les airs. Je me souvenais de la douleur, de la sensation d'étouffement, de l'obscurité, du goût de sang dans ma bouche…
En regardant Carlisle, j'ai réalisé que je n'étais pas la seule perdue dans ces souvenirs. « Tu n'aurais rien pu faire de plus, lui dis-je. Tout s'est passé si vite. Ça n'a pas dû être facile de me défendre dans cette situation. Et en plus, continuai-je alors qu'il ne me regardait pas, je vais bien maintenant. Pas de mal »
Carlisle secoua la tête. « Tu étais loin d'aller bien, alors. Si Jasper n'était pas arrivé à ce moment-là – il était censé vérifier la zone entre Ithaca et Buffalo, puis ensuite rejoindre Eleazar et les autres. Mais quand il a attrapé la piste d'Afton et a remarqué qu'elle menait à ton appartement, il l'a immédiatement suivie. Edward avait fait demi-tour et se dirigeait également vers nous »
Je jetai un coup d'œil surpris à Edward. Il était toujours debout près de la porte, la lueur dans ses yeux était difficile à lire. Il rencontra mon regard en sentant le mien.
« Eleazar m'a appelé un moment après que je vous ai quitté Carlisle et toi, expliqua-t-il. La piste qu'Emmett et Miguel suivaient avait disparu dans un lac à proximité. Je savais qu'il serait difficile de la retrouver après ça, surtout parce que le vent avait commencé à souffler. Si le lac avait été gelé… Emmett et Miguel n'auraient évidemment pas perdu la piste » Il secoua la tête d'une voix chagrinée. « Malgré tout, je partais les rejoindre pour les aider, mais c'est à ce moment-là qu'Alice a appelé et m'a dit ce qui se passait avec toi et Carlisle » Il jeta un coup d'œil à la petite forme près de lui. Le sourire d'Alice était tombé – je l'avais rarement vue aussi grave. « Nous n'avions pas réalisé au début que peut-être Miguel et Emmett étaient censés trouver cette piste, poursuivit-il en me regardant à nouveau. C'était une distraction, destinée à nous tenir occupés. C'était leur objectif de nous éloigner autant que possible de toi. Ils voulaient que tu sois la moins protégée possible. Jasper était déjà là avec toi et Carlisle au moment où je suis revenu, et Rosalie, Esmée et Alice étaient en route d'Ithaca. Afton a déguerpi à mon arrivée – peut-être qu'être en infériorité numérique ne faisait pas partie de leur plan. Je voulais évidemment le suivre mais quand j'ai vu dans quel état tu étais…
– Tu n'arrêtes pas de dire « ils », l'interrompis-je. De qui parles-tu exactement ? Afton travaillait-il avec quelqu'un ? » Je jetai un regard confus à Alice. « Et qu'est-ce que cela veut dire le retour des Volturi dans tout ça ? Je pensais qu'Aro avait accepté la proposition de me transformer en vampire. A-t-il soudainement changé d'avis et envoyé quelqu'un pour s'occuper de moi finalement ? Ou quelqu'un a-t-il soudain décidé d'agir seul ? Et pourquoi ne l'as-tu pas vu ? »
Alice secoua la tête. « Ce n'était pas Aro. Aucun ordre officiel n'a été donné, dit-elle d'un ton certain. Je l'observais tout ce temps. Je suis en observation pour ça. Ce n'était pas lui » Un froncement réflexif apparut sur son front. « Ce fut ma pire erreur – que j'attende un ordre officiel donné par Aro et personne d'autre. Cette nuit-là, lorsque tout cela s'est passé, j'essayais de me concentrer sur ton avenir depuis des heures. Je voulais savoir si la théorie d'Edward sur la prophétie auto-réalisatrice avait du sens. Chaque fois que j'essayais de m'y concentrer, je gardais cette même vision de toi attaquée, comme tous ces derniers mois. J'ai essayé de voir au-delà de cette vision, comme Jasper l'avait demandé. Il y a eu des brides de toi en tant que vampires après un certain temps, et j'ai été soulagée parce que cela semblait prouver que notre décision de partir pour l'Alaska cette nuit-là avait été le bon mouvement, et cela a également servi à soutenir la théorie d'Edward selon laquelle cela pourrait être une prophétie auto-réalisatrice dont nous parlons. C'était le cas, mais pas de la manière dont nous l'attendions » Elle fit une pause, et je voulus lui demander ce qu'elle voulait dire par là mais elle continua avant que je ne puisse dire quoi que ce soit.
« La vraie raison pour laquelle j'ai commencé à te voir comme un vampire était évidemment parce que le moment de ta transformation se rapprochait plus tôt que prévu – je ne le savais pas à l'époque. Et puis… » Elle se tut un moment à nouveau, ses sourcils noirs se rassemblant dans un ensemble de détresse. « Tout à coup, ce fut comme si un interrupteur avait été actionné quelque part. J'étais soudainement bombardée de l'avenir de plusieurs personnes. C'était comme si quelqu'un continuait de changer de chaînes une fois par seconde. J'ai vu Emmett trouver cette piste, et je l'ai vu lui et Miguel s'en occuper. J'ai vu Eleazar essayer de les trouver, et j'ai vu Edward s'éloigner de toi et Carlisle pour aider Emmett et Miguel… puis je t'ai vu Carlisle et toi, être attaqués par quelqu'un. Et puis… » Elle fit une pause, me regardant avec des yeux insondables. Elle hésita. « Ton avenir a disparu. Et puis il est réapparu, et je t'ai vu comme un vampire, et un instant plus tard cet avenir était reparti. Je ne savais pas si… Jasper et Edward arriveraient à temps pour aider Carlisle afin qu'il puisse avoir la chance de te transformer. Quand j'ai vu Carlisle se battre avec quelqu'un, j'ai pensé qu'il serait trop tard… » Elle secoua à nouveau la tête avec une lueur désespérée dans ses yeux. Jasper enroula un bras autour de ses épaules.
La main chaude autour de la mienne resserra sa prise. J'ai jeté un coup d'œil à Carlisle. Ce qu'Alice avait dit le troublait manifestement – il ne rencontrait pas mes yeux. « Mais il n'était pas trop tard », dis-je à Alice en me tournant à nouveau vers elle. Je voulais la rassurer elle et Carlisle, car ils semblaient toujours ébranlés par ce qui s'était passé.
Alice secoua la tête. « Je ne pense pas que tu comprennes à quel point c'était proche, Bella.
– Peut-être que ça l'était, concédai-je. Mais je veux dire que c'est fini maintenant. J'ai survécu.
– A peine », murmura doucement Edward. J'ai remarqué qu'il avait lancé un long regard inquiet à Carlisle.
« Que s'est-il passé… après ça ? demandai-je en voulant changer de sujet. La piste qu'Emmett a trouvé… à qui était-elle ? Afton ? Quelqu'un d'autre ? Combien y en avait-il finalement ?
– Ce n'était pas la piste d'Afton, répondit Eleazar. C'était celle de Demetri. Et nous avons trouvé plus tard une autre piste à proximité, à un peu plus de dix kilomètres de ton appartement. Elle appartenait à Felix. Ils se déplaçaient séparément exprès, je pense. Diviser pour mieux régner.
– Ce qui nous amène à l'une de tes questions précédentes, intervint Jasper. Tu as demandé comment les Volturi pouvaient de nouveau être impliqués dans tout ça »
J'ai hoché la tête. « S'ils avaient décidé de faire quelque chose pour moi, pourquoi Alice n'a-t-elle pas pu le voir ? Je ne te blâme de rien, ajoutai-je quand les yeux d'Alice se remplirent de regrets. Je veux juste savoir tout ce qui s'est passé. L'invisibilité d'Afton a-t-elle eu un effet sur ta vision ? Est-ce pour cela que tu as eu du mal à voir clairement ? »
La prise de Carlisle autour de ma main se relâcha et je me tournai vers lui alors qu'il libérait ma main de sa prise et la tendait pour remettre une mèche de cheveux égarée derrière mon oreille. « C'est possible. Une chose dont nous sommes certains, c'est qu'Aro n'a jamais décidé d'envoyer quelqu'un ici pour toi. Alice l'observait après tout, et une décision majeure comme celle-ci n'aurait pas échappé à son attention. De plus, cela n'a pas été un ordre officiel. Il est venu de quelqu'un qu'Alice ne surveillait pas. Nous supposons que l'ordre a été donné par quelqu'un ayant la même autorité qu'Aro. Quelqu'un qui peut donner des affectations aux membres de la garde et de s'assurer que les ordres sont sans aucun doute suivis. Quelqu'un d'assez audacieux pour agir dans le dos d'Aro.
– Qui ? » demandai-je, même si j'en avais déjà une bonne intuition.
Ce fut Edward qui répondit. Son ton était sombre, méprisant. « Caius » Il cracha le nom entre ses lèvres. « Quand j'ai lu dans son esprit en Italie, la pensée d'un être humain conscient de notre secret, lui était intolérable. Il n'a jamais accepté la décision d'Aro de te laisser vivre. Il n'était pas d'accord avec lui, à la fois dans ses pensées et dans ses mots lorsque Carlisle a émit la requête de te transformer. Mais comme je te l'ai déjà dit Aro n'acceptait pas l'envie de Caius de mettre fin à ta vie – il était très intrigué par ton possible don latent. Caius était fou de rage évidemment, mais il savait qu'Aro ne serait pas influencé. Rien dans ses pensées n'indiquait à l'époque cependant qu'il allait envoyer quelqu'un pour s'occuper de toi. Il a dû commencer à y penser seulement après notre départ.
– Ça aurait pu être Jane aussi, suggéra Jasper.
– C'est possible, accorda Edward. Mais j'ai le sentiment qu'elle est trop désireuse de plaire à Aro. Caius n'a pas cette ambition.
– Qui que ce soit, Aro n'aurait-il pas découvert ses intentions ? demandai-je. S'il peut lire dans les pensées avec le toucher de sa main…
– Il ne lit peut-être pas tous les jours dans l'esprit de Caius et Marcus. Il le fait régulièrement, j'en suis sûr, juste par curiosité si ce n'est pour aucune autre raison. Mais il est juste de supposer que Caius a pu cacher ses plans à Aro aussi longtemps que nécessaire »
Carlisle hocha la tête, acquiesçant. « Bien que la nature cruelle et colérique de Caius ne soit pas une surprise, sa soudaine insubordination peut être quelque chose qu'Aro ne s'attendait pas. Il peut être légèrement arrogant et sûr de lui quant au fonctionnement de la garde. Peut-être pensait-il que l'influence de Chelsea serait suffisante pour maintenir Caius en échec »
Ses propos me firent froncer les sourcils. « Où est-ce que tout cela mène ? me demandai-je à voix haute. Si l'un des leaders sort du rang… qu'est-ce que cela signifie pour les deux autres ? Tu m'as dit une fois que même si Marcus, Caius et Aro gouvernent ensemble, Aro est considéré comme le leader.
– Aro ne chassera pas Caius si c'est ce que tu demandes, émit songeusement Edward. Ils existent depuis plus de trois millénaires. Compte tenu de leurs natures et de leurs caractères, je suis sûr qu'ils ont eu plus d'un conflit les uns avec les autres. Aro n'est cependant pas content des actions de Caius. Si Carlisle n'était pas arrivé à temps, tu serais morte à l'heure qu'il est, ce qui était évidemment le but de Caius.
– Aro sait ce qui s'est passé ? demandai-je en recevant un signe de tête d'Alice.
– Demetri, Felix et Afton sont rentrés hier en Italie. Il n'a pas fallu longtemps à Aro pour découvrir les ordres que Caius leur avait donnés »
Je fronçai les sourcils tout en réfléchissant, commençant à repenser à mes derniers moments en tant qu'humaine. « Pourquoi ont-ils abandonné si facilement ? méditai-je. Je veux dire, je comprends pourquoi Afton a déguerpi après qu'Edward et Jasper sont arrivés. Il s'est visiblement rendu compte qu'il était en infériorité numérique, invisible ou pas. Mais avec Demetri et Felix… on m'a dit qu'ils étaient extraordinairement bons au combat. Pourquoi ne se sont-ils pas battus plus que ça s'ils étaient venus d'Italie pour me supprimer ? Non pas que je me plaigne qu'ils aient échoué.
– Nous avons balayé la zone autour de chez toi et nous avons découvert que Felix et Demetri ne se sont jamais approchés de toi – seul Afton était là, expliqua Eleazar. Ce qu'Edward a dit un peu plus tôt est très probable – que Felix et Demetri n'étaient là que pour nous distraire en essayant de faire en sorte que le plus grand nombre possible d'entre nous suivent leurs traces. Pendant ce temps, Afton avait été choisi pour s'occuper de toi et de la personne restée derrière pour te protéger. Avec son don, le travail aurait dû être facile. Mais quand il s'agit de combattre, Carlisle n'est pas exactement mauvais. Afton aurait pu s'attendre à moins de résistance. Il est également possible qu'il pense avoir réussi son coup. Il t'a causé des blessures mortelles. C'est d'ailleurs étonnant de voir que le venin a réussi à te guérir compte tenu de l'état dans lequel tu te trouvais. Carlisle a dû te mordre plusieurs fois pour accélérer la propagation du venin. Si ton cœur avait lâché dans le processus, ce qui a failli arriver… » Il s'interrompit et détourna le regard de moi pour lancer un regard d'excuse à Carlisle. Je sentis des doigts chauds s'enrouler à nouveau autour de ma main.
« Alors… Aro croit-il que je suis morte ? demandai-je en me demandant s'il allait être suffisamment intéressé pour envoyer quelqu'un ici s'en assurer.
– C'est possible, répondit Eleazar. Il sembla deviner où mes pensées dérivaient. « Nous devrions nous attendre à un visiteur italien dans quelques temps futurs »
J'ai hoché de nouveau la tête, soudain inquiète. C'était exactement le genre de scénario que je n'espérais pas. J'étais toujours inquiète qu'Aro montre un peu trop d'intérêt pour les capacités d'Alice, Edward et Jasper. Excepté si…
Si j'apprenais à contrôler ma soif assez rapidement, je pourrais peut-être me rendre en Italie pour rencontrer Aro moi-même, de préférence avant qu'il n'envoie quelqu'un ici. Je ne savais pas à quel point ce souhait serait réaliste. Maintenant en repensant à ma soif, l'échauffement dans ma gorge s'intensifia. Il devenait de plus en plus difficile de se concentrer sur autre chose.
Jasper se déplaça de là où il se tenait, me jetant un coup d'œil avant de regarder Carlisle. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, voulant probablement lui révéler la détérioration de ma maîtrise de moi, mais ma soif d'information dépassa ma soif de sang – un instant de plus tout du moins. Je me tournai vers Alice tout en m'interrogeant toujours sur quelque chose qu'elle m'avait dit il y a un instant.
« Tu as dit que la vision que tu avais de moi ces derniers temps était vraiment une prophétie auto-réalisatrice, mais pas comme nous nous y attendions, commençai-je. Qu'est-ce que tu entends par là ? »
L'expression d'Alice devint pensive. « Eh bien comme tu le sais, nous nous sommes demandé si c'était notre inactivité qui avait fait que la vision restait la même pendant tout ce temps, puisque nous basions nos décisions sur le résultat possible de nos décisions. Nous attendions toujours que je voie quelque chose de nouveau, donc avoir décidé de ne pas agir jusqu'à ce que je voie quelque chose m'empêchait peut-être de voir le résultat réel »
J'ai hoché la tête. Même si cette conversation avait eu lieu il y a seulement quelques jours, elle semblait appartenir à une autre vie.
« Alors que la théorie d'Edward semblait très plausible à ce moment-là, je ne pense pas que cela explique tout, continua Alice. Rappelle-toi quand je t'ai dit une fois que la vision de toi était devenue plus nette au moment du mariage d'Esmée et Miguel ? Et aussi, tu te souviens quand je t'ai dit que j'avais toujours l'impression que le moment de la vision dépendait en quelque sorte de certaines conditions ? Comme si la personne derrière attendait son heure ?
– Ouais, acquiesçai-je en me souvenant soudainement de ce qu'Edward avait dit quand il était venu nous voir Carlisle et moi il y a trois jours. Tu as mentionné quelque chose à propos d'une variable qui pouvait encore changer et qui t'empêchait d'avoir une bonne visibilité. Edward m'a dit que tu avais dit quelque chose comme ça.
– C'est vrai » Alice se mordit la lèvre avec une expression réflexive. « Je pense qu'il est possible que Felix, Demetri et Afton attendaient une bonne occasion d'agir depuis un moment maintenant. Peut-être qu'ils sont venus peu de temps après que Carlisle, Edward et Eleazar soient revenus d'Italie afin de faire une reconnaissance. Je ne peux pas en être sûre à ce sujet bien sûr, mais… »
Jasper secoua la tête. « Nous l'aurions su. Nous patrouillions régulièrement le périmètre de Buffalo. Il y aurait eu des pistes.
– A moins qu'ils ne restent à bonne distance pour ne pas être détectés, suggéra Alice. Et même si ce n'était pas le cas, peut-être ont-ils profité des conditions météorologiques chaque fois qu'ils le pouvaient. Il a plu un jour – cela aurait pu emporter les pistes. Et le vent a beaucoup soufflé ces derniers temps. Si Afton par exemple s'est approché dans une certaine direction, nous n'aurions pas pu le sentir. Et la piste aurait peut-être disparu en une heure ou deux, compte tenu du temps.
– Mais qu'en retirerait-il ? demanda Miguel. Et au lieu de faire de la reconnaissance, pourquoi ne pas attaquer Bella tout de suite ? »
C'est Edward qui répondit – il semblait savoir où Alice voulait en venir. « Parce qu'ils savaient qu'il n'y avait pas un seul moment où elle serait seule – Caius devait les avoir renseignés sur les détails, leur disant à quel point elle serait protégée, émit-il songeusement en lançant un regard à Carlisle. Carlisle a pratiquement passé chaque instant avec elle depuis notre retour d'Italie. Il y avait généralement quelqu'un d'autre autour, au moins pendant les journées – comme Jasper ou Alice. Alors attaquer Bella en plein jour, aurait été stupide et ils se seraient battus – et je suis sûr que Caius ne voulait pas que cela finisse dans les nouvelles humaines ou un autre truc du même genre. N'oublions pas que Bella passait pratiquement tous les soirs avec nous à Ithaca, entourée de neuf vampires, et chaque fois qu'elle a passé du temps chez elle, il y avait aussi quelqu'un pour la surveiller. De plus, l'un d'entre nous patrouillait régulièrement le périmètre de la ville, comme Jasper l'a dit. S'ils restaient assez loin et vers la direction du vent tout le temps… » Il s'arrêta en jetant un coup d'œil à Alice. « C'est ce que tu voulais dire par conditions, n'est-ce pas ? »
Elle haussa les épaules. « Comme je l'ai dit, j'ai toujours eu l'impression que quelqu'un attendait son heure. La vision est restée si distante, et c'est pourquoi je l'ai mal interprétée – je pensais qu'elle était si éloignée parce qu'elle était encore loin d'avoir lieu. Mais ensuite, le soir est venu lorsque Miguel, Eleazar et Emmett sont partis chasser. Peut-être qu'Afton et les autres avaient attendu une opportunité de ce genre. Felix et Demetri ont peut-être quitté l'endroit où ils se cachaient, sachant qu'ils attireraient leur attention et les garderaient occupés un moment. Pendant ce temps, Afton a été envoyé vers Bella. Quand il a vu que seulement l'un d'entre nous était resté pour la surveiller, il a vu une opportunité.
– Qu'en est-il de la partie de la prophétie auto-réalisatrice ? demandai-je en fronçant les sourcils.
– C'est ce qu'Emmett a dit il y a quelques jours qui m'a fait réfléchir, répondit-elle. Je sais qu'il n'était peut-être pas sérieux, mais…
– Tout ce que je dis, je le dis en toute sincérité », interrompit la personne en question.
Alice renifla doucement, l'ignorant ensuite. « Il a dit qu'essayer d'empêcher une prophétie auto-réalisatrice de se réaliser est généralement une mauvaise idée – que cela pourrait se retourner contre nous. Cela m'a fait réfléchir à la raison pour laquelle notre décision de partir immédiatement pour l'Alaska il y a quelques jours n'avait eu aucun effet sur ma vision. Je me suis mise à penser que notre tentative soudaine de départ a peut-être forcé Afton, Demetri et Felix à agir, menant ainsi à la concrétisation de cette vision »
Je lui fis un sourire ironique. « J'ai vraiment été marquée par le désastre dès le début ? Je n'ai jamais eu la chance de mon côté, hein ? »
Alice hésita, fronçant les sourcils. « Pas nécessairement.
– Que veux-tu dire ? »
Elle se mordit la lèvre, incertaine. « Eh bien, quand on pense vraiment à tout ça… » Elle soupira. « Tout d'abord, j'ai eu cette vision de toi pour la première fois l'automne dernier. C'était il y a des mois. Les Volturi ne te connaissaient même pas à l'époque, mais même ainsi, cette vision est apparue. Par conséquent, c'était notre décision de venir ici et de te protéger qui a finalement conduit à la réalisation de la vision. Parce que si nous n'étions pas venus ici pour veiller sur toi, tu aurais continué normalement ta vie. Tu ne te serais jamais liée d'amitié avec Carlisle et finalement… eh bien, tu ne serais pas tombée amoureuse de lui » Elle jeta un coup d'œil prudent à Edward à ce stade avant de se tourner à nouveau vers moi et de continuer. « La raison pour laquelle la vision est devenue plus nette autour du mariage d'Esmée et Miguel, c'est parce que c'est à ce moment-là qu'Edward a découvert les sentiments que Carlisle avait pour toi. Cela a finalement amené Edward à partir en Alaska pour… faire le tri de ses pensées. Et cela l'a amené à rencontrer Véronique et à se rendre en Italie avec elle – leur rencontre était purement fortuite après tout. En Italie, Aro a fini par lire l'esprit d'Edward et à apprendre pour toi, et Caius se sentant amer et plein de ressentiment, le poussa finalement à envoyer quelqu'un ici pour s'occuper de toi. Tout cela mène à la conclusion que si nous n'étions pas venus à Buffalo pour te protéger tous ces mois auparavant, rien de tout cela ne serait arrivé » Elle échangea un regard avec Jasper. « Les décisions conscientes sont les principaux facteurs qui affectent mes visions. Mais comme Jasper l'a dit il y a quelques jours… ce ne sont peut-être pas les seules choses qui ont un effet sur l'avenir. Je sais que j'étais un peu sceptique à ce sujet à l'époque, mais maintenant… » Elle secoua la tête. « Peut-être que c'est vrai. Peut-être que l'avenir de certaines personnes est prédéterminé. Peut-être que certains destins ne peuvent vraiment pas être modifiés »
Le silence suivit ses propos. Je me tournai pour regarder Carlisle – l'expression dans ses yeux fut soudainement difficile à lire. Ce fut Edward qui rompit le silence, et je me demandai si sa prochaine question expliquait l'expression sur le visage de Carlisle. Peut-être qu'ils pensaient à la même chose.
« Donc tu dis que si nous avions décidé d'ignorer ta vision l'automne dernier…, commença Edward alors que ses sourcils se fronçaient. Que si nous n'avions pas fait le choix de venir à Buffalo pour protéger Bella, la vision aurait finalement disparu d'elle-même ? Es-tu en train de dire qu'elle n'a jamais été en danger avant notre arrivée ? Que c'est nous qui avons causé cela en premier lieu ? »
Alice soutint le regard d'Edward. « C'est ce que je dis et en même temps ce n'est pas ce que je dis.
– Que veux-tu dire par là ?
– Es-tu en train de dire que nous aurions pu faire facilement un choix différent ? Que nous aurions pu ignorer ma vision de Bella et de la laisser ainsi sans agir ? Juste comme ça ? »
Edward me regarda brièvement, puis regarda Carlisle. Quelque chose se passa entre les deux – je ne savais pas quoi.
Ce fut Carlisle qui répondit à la question d'Alice après une pause silencieuse.
« Je crois que nous sommes tous d'accord quand je dis qu'il n'y a jamais eu de choix ou d'hésitation en ce qui concerne la protection de Bella » Sa voix était calme, douce. Ses yeux étaient toujours fixés sur Edward. « Par conséquent… peut-être que toutes nos étapes étaient prédéterminées. Au moins en ce qui concerne cela »
Après un moment, Edward acquiesça silencieusement. J'ai déplacé ma main dans celle de Carlisle, resserrant ma prise. Le regard d'Edward s'attarda sur nos mains liées pendant quelques secondes.
« Je ne sais pas si je n'ai jamais cru au destin, dit-il d'un ton feutré. Mais à la lumière des évènements récents… » Il nous regardait, son regard retrouvant nos mains enlacées. J'avais l'impression qu'il ne parlait plus de la vision d'Alice. « Je suppose qu'il serait stupide de dire que rien ne se produit jamais sans raison. Parce que certaines choses se produisent clairement » Il leva son regard pour rencontrer le mien, et il me regarda plus longtemps que nécessaire avant de hocher lentement la tête. J'eus du mal à déchiffrer la lueur dans ses yeux – c'était quelque chose entre le désir ou la mélancolie et l'acceptation tranquille. Après avoir longuement regardé Carlisle, il se retourna et quitta la pièce.
Je l'entendis sortir de la maison, la neige et la glace craquant sous ses pieds alors qu'il s'éloignait de plus en plus.
J'ai échangé un regard avec Carlisle, ne sachant pas quoi faire des mots d'Edward. Esmée me toucha l'épaule et me fit un sourire rassurant.
« Laisse-lui un moment, dit-elle doucement. Je suis certaine qu'il est très heureux pour vous deux, mais cela peut prendre du temps jusqu'à ce qu'il soit prêt à le dire. Ce qu'il s'est passé entre toi et Carlisle… cela pourrait prendre un certain temps pour qu'il s'y habitue.
– Parle pour moi, intervint Emmett en me faisant un rictus harcelant. Dois-je commencer à t'appeler maman maintenant ? »
Jasper a ri. J'ai secoué la tête. « En aucun cas », répondis-je.
Esmée me donna une autre étreinte – elle semblait transpirer le bonheur. Encore une fois, j'avais peur de la serrer trop fort alors que je la prenais doucement dans mes bras, mais elle me libéra avant que j'ai le temps de m'en inquiéter. Elle donna un rapide baiser sur la joue de Carlisle avant de le serrer à nouveau dans ses bras en murmurant des mots de joie à son oreille.
« Merci Esmée », répondit-il doucement en souriant. Alors qu'elle retournait vers Miguel, Carlisle tendit la main et me rapprocha de lui.
Je suis allée vers lui sans arrière-pensée. C'était à la fois une décision consciente et non consciente qui m'a fait faire un pas de plus vers lui. C'est mon libre arbitre qui m'a fait entrelacer ma main avec la sienne, et c'était mon choix de lever les yeux pour rencontrer ses yeux gentils et doux. Et pourtant… pourtant je sentais que je ne me possédais pas tout à fait quand je faisais ces choses.
Et je savais c'était plus qu'un sentiment ou une émotion qui nous avait amenés ici, qui nous faisait maintenant nous tenir côte à côte comme si nous avions existé côte à côte depuis la nuit des temps. Je me suis dit tranquillement que peut-être, juste peut-être, le destin existait sous une forme ou une autre, que peut-être que certaines choses arrivaient vraiment pour une raison.
Que peut-être certaines de nos étapes étaient vraiment prédéterminées.
Notes de l'auteur : les lignes suivantes sont tirées de Breaking Dawn et ce sont soit des citations, soit des références proches : « Je me suis sentie m'échapper – il n'y avait rien à quoi s'accrocher », « Tout pour se débarrasser de cette torture », « Cela aurait pu durer des secondes ou des jours, des semaines ou des années, mais finalement, le temps signifiait à nouveau quelque chose », « De la place pour se souvenir de ce qui s'était passé, de la place pour se demander où j'étais maintenant, avec encore une infinité de place pour souffrir. Et avoir à s'inquiéter aussi », « Elle va être magnifique », « Elle l'a toujours été », « Tu vois ce que je veux dire. Regarde-là »
