Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.
Merci à Iaev, Paupau15 et Lia pour leur review et bon dimanche à tous !
« Je ne suis pas tombé amoureux de toi.
J'ai suivi cet amour vers toi, avec les yeux grands ouverts, en choisissant de faire chaque pas sur ce chemin.
Je ne crois pas en la fatalité et au destin, mais je crois que nous sommes seulement destinés à faire les choses que nous choisirons de faire.
Et je te choisirais dans cent vies, dans cent mondes,
Dans n'importe quelle version de la réalité, je te trouverais et je te choisirais »
- Kiersten White, The Chaos of Stars -
Nuit éternelle
Le reste de la nuit fut… fascinant.
Tout était si nouveau, si étrange, et j'avais du mal à équilibrer toutes les émotions et sensations qui me traversaient. J'étais au-delà du soulagement que maintenant l'appréhension et le stress qui avaient duré plusieurs mois étaient terminés – que le mystère derrière la vision d'Alice ait été résolu, même si cela ne s'était pas du tout passé comme nous l'avions prévu. Tous ces meilleurs plans et tout ça.
Peu après qu'Edward ait quitté la pièce, Jasper a commencé à devenir de plus en plus nerveux ; il voulait que je chasse le plus tôt possible. J'ai remarqué qu'il m'observait constamment, presque comme s'il s'attendait à ce que je perde pied et explose d'une seconde à l'autre. Je me suis sondée, essayant d'aller au fond de mes sentiments et de les évaluer.
Est-ce que je me sentais instable ? Comme si je pourrais exploser soudainement sans raison particulière ? C'était un peu difficile de se concentrer, oui, mais je ne me sentais pas… instable. La soif me dérangeait cependant, et à chaque minute qui passait, il était de plus en plus difficile de détourner mon attention des flammes léchant ma gorge. Mais il y avait tellement de choses que je devais savoir encore, et j'avais l'impression d'avoir tellement d'espace dans ma tête que je pouvais ignorer la douleur sèche dans ma gorge pendant quelques minutes de plus – ou je pouvais essayer au moins.
On me dit qu'Eleazar avait informé Tanya et le reste des Denali de ce qui s'était passé trois jours plus tôt. Nous n'irions pas en Alaska de sitôt car je n'étais pas encore en capacité de voyager, et j'ai réalisé que j'avais vraiment eu hâte d'y aller. J'étais légèrement déçue maintenant de cette tournure soudaine qui avait mis un coup d'arrêt brutal à nos plans. Je pouvais voir que Carlisle en avait aussi des regrets ; la raison pour laquelle nous devions y aller en premier lieu était parce que mon année de nouveau-né aurait été plus facile si j'avais eu l'occasion de la passer en Alaska.
Mais je voulais aussi croire que je serais bien ici à Ithaca. Une partie de moi était également heureuse qu'il y ait au moins un changement de moins dans ma vie à présent ; j'aimais beaucoup la maison des Cullen à Ithaca. Il n'y a pas si longtemps, j'étais sortie de cette maison et je pensais qu'il me faudrait encore longtemps pour parcourir à nouveau ses vielles chambres et couloirs charmants.
Je voulais savoir ce qui s'était passé d'autre pendant que j'étais inconsciente. Carlisle m'a dit qu'Esmée et Miguel avaient passé trois jours à librairie, s'en occupant comme ils l'avaient promis, et pendant ce temps, Rosalie et Alice avaient commencé à vider ma maison. La tristesse me remplit quand je réalisai que je n'avais pas eu la chance de dire au revoir à ma maison. J'ai pensé à mon tout petit salon et à ma cuisine, à la façon dont j'avais peint les murs en jaune quelques semaines plus tôt par caprice. J'ai pensé à ma petite bibliothèque, imaginant comment les étagères étaient maintenant vides et tous les livres emballés dans des boîtes ainsi que prêts à être emportés. Je pensai au corsage bleu épinglé au frigo, espérant soudain qu'Alice l'avait emmené avec elle à Ithaca. J'ai pensé à mon lit, à la façon dont je n'y dormirais plus jamais. Et puis, j'ai pensé à ma dernière nuit en tant qu'humaine, comment j'avais pu la partager avec Carlisle. Je me souvenais de m'être réveillée au milieu de la nuit, enveloppée dans des couvertures chaudes, et je me souvenais des respirations fraîches contre la peau de mon cou. Je me souvenais de l'éclairage tamisé de la salle de bain, des carreaux frais contre mon dos, des frissons qui traversaient le grand cadre de Carlisle et de ses respirations lourdes et rapides…
J'étais soudain très contente de ne plus pouvoir rougir.
Quelque chose dans mon expression dû refléter mes pensées cependant, car Carlisle fronça les sourcils d'une curieuse manière alors qu'il m'étudiait.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il. Le bout de ses doigts dessinait des motifs invisibles sur mon bras.
J'ai secoué la tête en souriant. « Rien. Je pensais juste à… des choses.
– Telles que ? »
Je me mordis la lèvre, très consciente que nous n'étions pas seuls dans la pièce. « De l'eau chaude », répondis-je en essayant d'avoir l'air décontractée. Je ne savais pas si j'avais réussi ; je savais qu'il devinerait de quoi je parlais. Un petit sourire s'étira au coin des lèvres de Carlisle et ses yeux s'assombrirent visiblement. La vue rendit ma bouche sèche.
« Où en est cette liste de dernières volontés, Bella ? entendis-je demander Alice avec un rire dans la voix.
– Elle avait une liste de dernières volontés ? demanda Emmett, sa curiosité piquée. Qu'est-ce qu'il y avait dedans ? »
Je lançai un regard meurtrier à Alice, un vague souvenir humain me remplissant la tête dans le même temps.
« Eh bien… il y a eu ce petit quelque chose qui s'est passé ce soir… qui t'a impliqué… et moi… et un lit… Et je me suis dit que ce quelque chose aurait dû être le numéro un sur ma liste. Et en second. Et en troisième. Et peut-être en quatrième… et cinquième… »
Ignorant la question d'Emmett, je secouai la tête et fixai Alice. « Y a-t-il une intimité autour de toi ? »
Carlisle rit doucement à côté de moi.
« Non. Habitue-toi à ça », sourit Alice en dansant à travers la pièce pour me faire un câlin féroce. Je me suis de nouveau inquiétée de ma nouvelle force, soulagée quand elle s'est éloignée avant d'avoir la chance de la prendre dans mes bras. Je n'étais pas la seule à paraître soulagée ; je vis Jasper jeter un coup d'œil à Alice. J'étais le dangereux nouveau-né, après tout.
J'ai remarqué qu'Eleazar me regardait de près ; je me demandai s'il essayait de me lire. Si c'était le cas, il ne dit pas s'il y était parvenu ou non. Il échangea un regard avec Carlisle avant de se tourner de nouveau vers moi.
« Tu es assez contrôlée pour un nouveau-né », déclara-t-il, une expression réflexive sur son visage.
J'ai pensé au chaos des émotions et des sensations ainsi qu'à la difficulté de se concentrer, mais avant de pouvoir répondre, j'entendis Emmett murmurer quelque chose dans un souffle.
« Cela ne durera pas », dit-il. Il avait l'air presque impatient. Rosalie lui donna un petit coup de reproche.
« Emmett pourrait avoir raison », déclara Jasper. Il me lança un regard prudent mais adoucit ses paroles avec un sourire. « Tu devrais aller chasser le plus tôt possible. Les sautes d'humeur sont plus faciles à gérer une fois que tu n'as plus soif.
– Elle n'a pas de sautes d'humeur », grommela Emmett en semblant déçu. Je me demandai à quoi il s'était attendu. Peut-être qu'il avait voulu avoir un combat au corps à corps avec moi dès mon réveil de ma transformation.
Carlisle a pris ma main dans la sienne. « Jasper a raison, me dit-il. Tu dois t'habituer à de nombreux nouveaux changements, et la mise au point sera beaucoup plus facile une fois que tu te seras nourrie »
J'ai hoché la tête, soudain nerveuse. « D'accord.
– Peut-être que quelqu'un devrait venir avec toi, suggéra Jasper en regardant Carlisle tout en fronçant les sourcils. C'est sa première chasse après tout.
– Attends, attends, attends, attends ! » Alice disparut momentanément de la pièce, mais elle revint trois secondes après, un large sourire aux lèvres. « Carlisle a choisi les vêtements, il est donc équitable que je puisse choisir les chaussures » Elle m'apporta une paire de bottines plates et brunes. « Et en plus, les randonneurs pourraient commencer à s'interroger s'ils trouvent des empreintes de pieds humains dans la neige au milieu des bois »
Je n'avais pas remarqué que j'étais pieds nus jusqu'à présent. Je baissai les yeux pour me regarder, remarquant également que je portais une tenue que je n'avais jamais vu auparavant un jean bleu et un pull bordeaux. Je me rappelai vaguement comment quelqu'un – ça devait être Carlisle, je m'en rendais compte maintenant – m'avait habillée après m'avoir aspergée d'eau froide ; je me souvins que cela avait offert un moment de répit au feu. Je me suis souvenue des traînées de sang dans l'eau qui avaient coulé le long de mon corps, me faisant me demander à quoi je ressemblais après l'attaque d'Afton. Je me demandai si quelqu'un avait nettoyé le sang que j'avais dû laisser dans l'allée menant à chez moi. Probablement.
Mon cheminement de pensées fut interrompu quand Alice est tombée devant moi, tirant une de mes chevilles pour enfiler une bottine brune. Ses doigts agiles et rapides commencèrent à attacher les lacets.
J'ai roulé des yeux. « Alice, je peux attacher mes propres lacets.
– Tu veux parier ? » Elle fit un travail tout aussi rapide sur l'autre bottine avant de se redresser, me faisant un sourire avant de regarder autour d'elle comme pour chercher quelque chose. Elle se dirigea vers une commode en bois dans un coin de la pièce et ouvrit le tiroir du haut, attrapant un crayon.
« C'est la raison pour laquelle je ne t'ai pas laissé attacher tes propres lacets, expliqua-t-elle en se tournant vers moi avant de lancer le crayon de l'autre côté de la pièce. Attrape ! »
Je passai une fraction de seconde à me demander ce qu'elle faisait avant de regarder le crayon jaune voltiger dans les airs. La tâche fut presque trop facile. Le crayon semblait se déplacer au ralenti, et il était facile d'estimer à quelle vitesse il se déplaçait et où il toucherait le sol. J'ai placé parfaitement mes pas en allant l'attraper, satisfaite de moi-même en l'attrapant sans effort. Je ne m'étais jamais sentie aussi coordonnée et maître de moi. Ça me plut.
Puis je clignai des yeux de surprise, et clignai de nouveau les yeux en regardant ma paume avec confusion. Le crayon avait disparu ; il n'en restait que des éclats. Je l'avais écrasé sans même m'en rendre compte.
Carlisle rencontra mes yeux surpris.
« Ta force de nouveau-né se dissipera d'ici un an, me rassura-t-il. Tu resteras évidemment beaucoup plus forte qu'un humain moyen, mais avec le temps, tu apprendras à contrôler cette force »
Alice acquiesça. « Il m'a fallu par exemple plusieurs mois pour ouvrir une porte sans l'arracher de ses gonds.
– Plusieurs… plusieurs mois ? » réussis-je à demander d'une voix plate.
Elle haussa les épaules. « Ça pourrait prendre moins avec toi. Ou plus. Tout le monde est différent. Et Eleazar a raison – tu es plus calme que la plupart des nouveau-nés. J'ai vu comportement pire.
– Mais Jasper a dit…, commençai-je tout en lançant un regard à la personne en question.
– J'ai des préjugés à cause de mon passé, expliqua-t-il en haussant les épaules. C'est dans ma nature d'être aussi prudent que possible autour des nouveau-nés »
Je me tournai vers Carlisle, soudain inquiète. « Quand je t'ai embrassé après mon réveil… je ne t'ai pas fait mal j'espère ? » demandai-je en me souvenant avec quelle facilité le crayon s'était émietté dans ma main.
Il secoua la tête. « Ce ne fut pas le cas, je t'assure » Il s'approcha de moi, tendant la main pour tenir la mienne. Je le fixai, hésitante, soudain très incertaine de la sécurité à le toucher.
Carlisle ignora mon incertitude. Il prit ma main et enroula mes doigts autour des siens en souriant. « Tu vois ? demanda-t-il. Essaye de mémoriser la pression que tu utilises quand tu me tiens la main. Cela t'aidera à partir de là »
Je fronçai les sourcils, resserrant doucement ma prise autour de sa main et surveillant les signes d'inconfort. Il n'y en avait pas.
« Mais… je ne fais pas ça consciemment, tentai-je d'expliquer. Je sais juste à quel point je peux te tenir fermement sans te causer de douleur. C'est comme si ce savoir était programmé en moi »
Carlisle avait l'air curieux. Il échangea un coup d'œil avec Eleazar.
« Bella a passé beaucoup de temps à se préparer mentalement à ça. Peut-être que cela a un impact là-dessus, suggéra-t-il. Aussi… » Il hésita et se tut tandis que son visage prenait une expression réflexive. « Je ne suis pas au courant d'un autre cas où le lien de compagnon s'est formé lorsque l'individu est encore un nouveau-né. Quand j'ai rencontré Carmen, nous étions tous les deux des vampires adultes. Il en va de même pour Esmée et Miguel ainsi que Jasper et Alice. Peut-être que le lien a un effet calmant sur Bella. Cela pourrait être la raison pour laquelle elle est si… enfin, docile. Peut-être que tu es un moyen de la canaliser », suggéra-t-il, toujours en regardant Carlisle. Puis il se tourna vers moi et s'approcha et tendit la main. « Tiens, essaye avec moi »
Fronçant les sourcils, je retirai ma main de celle de Carlisle et pris celle d'Eleazar à la place. Je me suis souvenue de combien il avait été difficile d'embrasser Esmée quelques instants plus tôt, combien il m'avait fallu de concentration pour m'assurer que je ne lui faisais pas de mal. J'ai resserré ma prise autour de la main d'Eleazar, me concentrant si profondément que j'ai oublié momentanément tout le reste. Je levai un sourcil vers lui après un moment, heureuse lorsque je découvris qu'il ne grimaçait pas de douleur. C'était quelque chose.
« A quel point trouves-tu cela difficile ? » s'enquit-il en m'étudiant de près.
Je haussai les épaules, relâchant sa main en décidant d'arrêter pendant que je le pouvais. « Il me faut plus de concentration que pour toucher Carlisle, admis-je. Beaucoup plus. Mais cela ne me paraît pas impossible »
Il hocha la tête, une expression pensive sur le visage. « Intéressant »
Jasper s'impatientait et encore une fois, il suggéra que quelqu'un vienne avec moi et Carlisle, au cas où. Alice réussit à l'apaiser en lui disant que nous irions bien par nous-mêmes.
« Allez vers le nord », dit-elle à Carlisle alors que nous descendions l'escalier et sortions dans la nuit. Je jetai un coup d'œil à la vieille et belle maison derrière nous une fois de plus avant de permettre à Carlisle de me conduire à travers le jardin et dans les bois entourant la maison. Même s'il faisait nuit, il ne faisait pas noir. Ou peut-être que c'était le cas, mais mes nouveaux yeux semblaient filtrer l'obscurité et la changer en différents tons de bleu, gris et violet, faisant de la couleur rouge-brun de la maison un beau et riche ton. Je haletai d'émerveillement en regardant autour de moi, incapable d'appréhender encore que je pouvais réellement voir avec une clarté parfaite alors même qu'il faisait complètement noir. Je n'aurais pas dû haleter cependant ; l'air froid pénétrant dans mes poumons causa de la douleur plutôt que du soulagement. Je ne m'étais toujours pas habituée au fait qu'à partir de maintenant, respirer n'apporterait que de l'agonie. Les flammes léchant ma gorge exigèrent mon attention, ce qui rendit difficile la tâche de me concentrer sur autre chose.
Je suis restée près de Carlisle alors que nous nous enfoncions plus profondément dans les bois. La course à pied était un plaisir et j'ai été intriguée quand j'ai remarqué qu'une fois que nous avions pris suffisamment de vitesse, nous ne laissâmes aucune trace derrière nous dans la neige. Carlisle m'observait attentivement alors que je courais à ses côtés. Au début, je pensais qu'il avait peut-être récupéré une partie de la paranoïa de Jasper et que c'était pourquoi il me regardait si attentivement, mais ensuite j'ai réalisé que ce n'était pas ça. La lueur dans ses yeux était reconnaissante, joyeuse et heureuse, et des millions d'autres choses que je ne pouvais déchiffrer. C'était comme s'il ne pouvait en avoir assez de me regarder.
Il y avait aussi autre chose derrière ces émotions, quelque chose comme du soulagement, mais encore plus profond. Je m'interrogeai un instant avant de lui faire un sourire et d'accélérer mes pas.
Je fus surprise quand il se laissa distancer. J'ai jeté un coup d'œil espiègle par-dessus mon épaule, toujours un peu confuse à l'idée que je n'étais pas rentrée dans un arbre ou autre alors même que je ne regardais plus devant moi. C'était presque comme si tout ce qui m'entourait se déplaçait au ralenti, et que je pouvais en saisir chaque petit détail. La semelle de mes chaussures touchait le sol avec une grande précision, évitant les roches perfides et les racines cachées sous la neige. Pas qu'elles auraient pu me faire trébucher de toute façon.
J'ai ralenti au bout d'un moment, ne sachant pas s'il était sûr d'aller beaucoup plus loin car je ne savais pas qu'elle était la taille de cette forêt. Je ne voulais pas finir dans la cour de quelqu'un ou autre. Carlisle me rejoignit à grandes enjambées, ralentissant jusqu'à l'arrêt complet en même temps que moi. Je m'attendais presque à ce que nous soyons tous les deux à bout de souffle, mais je ne me sentais pas du tout essoufflée. Ses bras m'entourèrent par derrière et je laissai échapper un petit rire alors qu'il pressait des baisers volants le long de mon cou. J'ai senti son odeur ; elle était complexe, me rappelant les plages et l'océan… le coton et la menthe poivrée… et les nuits d'été après la pluie. Aussi invitante que soit son odeur, la respirer faisait que les flammes léchaient de nouveau l'intérieur de ma gorge. Un gémissement s'échappa de ma bouche, mais je ne savais pas si c'était à cause de ses baisers ou de le soif insensée.
« Je pensais que tu étais censé m'apprendre à chasser », le réprimandai-je avec espièglerie d'une voix frêle et essoufflée, ce qui tordit les mots. Je le sentis rire et il se recula, me souriant.
« Je suis certain que tu n'auras pas besoin de beaucoup de conseils. C'est complètement instinctif », me rassura-t-il. Il me prit par les épaules et me retourna, me faisant faire face à la forêt endormie. « Ferme les yeux et écoute », me dit-il doucement. Sa voix se rapprochait de mon oreille gauche, faisant picoter mon échine. En secouant les fourmillements qui dansaient sur ma peau, j'ai essayé de me concentrer et de faire ce qu'il avait dit.
Mes yeux se fermèrent et la forêt s'anima autour de moi. C'était un peu surprenant qu'elle soit si pleine de sons même au cœur de la nuit. Je me demandai combien de sons il y aurait en été quand la nature se serait éveillée de son sommeil hivernal profond, quand la neige aurait fondu et que les animaux auraient rampé hors de leurs nids…
J'ai écouté. Il y avait un hibou quelque part à proximité, à quelques centaines de mètres de nous. Il émit un sifflement discret et inquiétant avant de se redresser et de s'envoler. J'ai laissé mon audition s'étendre vers l'extérieur et j'ai remarqué que si je me concentrais très fort, je pouvais entendre le bruit des voitures qui roulaient sur l'autoroute. Est-ce que c'était ça ? Elle devait être à plusieurs kilomètres d'ici après tout. Ignorant le son ténu, j'ai écouté quelque chose de plus spécifique. Il y avait un appel lointain d'un loup au nord-est, et je me concentrai plus fort, la bouche sèche comme du papier. A quelle distance était ce loup ? J'ai essayé de faire une estimation, la brûlure agonisante dans ma gorge rendant la tâche de se concentrer beaucoup plus difficile.
Ensuite, ce fut là ; j'entendis quelque chose bouger dans les bois entre nous et le loup. Il y avait une touche ténue de sabots contre la croûte de neige. Je pouvais entendre le bruit rapide de petits cœurs alors qu'ils pompaient des flots de sang chaud et humide…
J'ai dégluti, la brûlure dans ma gorge était si importante qu'elle dissipa presque ma concentration. Il y avait une légère brise contre mon visage et je pris une grande inspiration. L'odeur qui était transportée jusqu'à mes narines était forte et acidulée, pas du tout appétissante mais je me suis quand même retrouvée à revivre avec cette seule respiration. Je sentis les mains de Carlisle glisser de mes épaules alors que mes pieds commençaient à me porter vers l'odeur. J'avais besoin d'aller à l'endroit d'où venait cette brise. J'avais besoin de ce sang chaud, je le voulais plus que la vie elle-même. Le bruit des cœurs battants se rapprocha tandis que je courais sans bruit, mes longues enjambées avalant les kilomètres. J'atteignis ma destination en quelques secondes. Je m'accroupis derrière un énorme pin, mes yeux cherchant la clairière parmi les arbres. Le venin déferla dans ma bouche quand je repérai un petit troupeau de cerfs à quarante mètres de moi. Ils étaient cinq. Ils étaient tous immobiles, leurs oreilles levées – m'avaient-ils entendue ? Sentie ? Mes yeux suivirent chacun de leurs mouvements alors qu'ils finissaient par se frayer un chemin à travers la clairière en émettant des bouffées de vapeur par leurs narines.
Le plus gros mâle ne sut jamais ce qui le frappa. Avec quelques longues enjambées, j'avais traversé la clairière, mes pieds touchant à peine le sol alors que je prenais de la vitesse et bondissais. Le reste du troupeau se dispersa dans toutes les directions, mais je m'en fichais. Mes dents cherchaient la gorge du mâle, coupant le pelage et la peau délicate, mes lèvres se bloquant sur le point où le flux de chaleur semblait se concentrer. La saveur était horrible, rassis et acidulée, mais je m'en fichais – je m'en fichais. Le sang était chaud et humide, et c'était tout ce qui comptait. Il apaisa les braises dans ma gorge et éteignit les flammes. Le mâle cessa de lutter mais je continuai de boire jusqu'à ce que je sente la chaleur rayonner dans tout mon corps, réchauffant ma peau de l'intérieur vers l'extérieur.
Le mâle commença finalement à s'assécher, mais la soif était toujours là, légèrement plus faible mais toujours présente. Cela m'énerva quelque peu.
Un mouvement soudain et discret quelque part derrière moi, à une vingtaine de mètres de là, me fit perdre la tête et tourbillonner. Je me suis accroupie dans une position défensive. Un grognement déchira ma gorge alors que j'exposais mes dents en signe d'avertissement. Le son qui s'échappa de ma bouche fut si fort qu'un groupe de corbeaux décolla du sommet d'un arbre à 800 mètres. Sans même m'en rendre compte, j'avais commencé à avancer sur le challenger inconnu, mon instinct me disant de défendre ma proie. Il me fallut un certain temps pour réaliser que mon adversaire s'éloignait de moi à la même vitesse à laquelle j'avançais sur lui. Ses mains se levaient d'une manière non menaçante, presque comme si elles étaient en signe de capitulation. Le brouillard se dissipa dans mon esprit et mes sifflements et grognements s'apaisèrent lorsque mes yeux rencontrèrent de l'or.
Carlisle avait une expression méfiante sur le visage alors qu'il observait chacun de mes mouvements, faisant encore quelques pas en arrière pour faire bonne mesure. Je me suis redressée de mon accroupissement au moment où j'ai réalisé que c'était lui, soudainement surprise de mon propre comportement. Il remarqua le changement de position et s'arrêta, les yeux toujours prudents et contrits.
Apparemment, c'était ce que Jasper et Emmett s'attendaient à voir se réaliser. Je me souvenais des mots qu'Eleazar avait prononcés il y a moins d'une heure, comment il avait dit que j'étais assez contrôlée pour un nouveau-né. Je me souvins de la remarque enthousiaste d'Emmett. Cela ne durerait pas, avait-il dit, et je m'étais demandé pourquoi il avait eu l'air si sûr de lui. Je suppose qu'il avait su de quoi il parlait.
Je rencontrai le regard de Carlisle il avait toujours l'air méfiant.
« Désolée », soufflai-je, soudain gênée par ma réaction incontrôlée.
Il se détendit visiblement, un petit sourire étira sa bouche. « C'est moi qui devrais m'excuser, déclara-t-il. Tu étais en train de te nourrir – défendre ses proies est une réaction naturelle. Même les vampires matures réagissent ainsi lorsqu'ils sont pris au dépourvus. Je devrais mieux le savoir que d'attraper par surprise un nouveau-né comme ça »
Je levai un sourcil vers lui, commençant à me rapprocher de lui. « Alors, c'est ce que je suis pour toi maintenant ? interrogeai-je de manière taquine. Juste un nouveau-né volatile et imprévisible ? »
Il rit doucement et sourit avec espièglerie, me prenant dans ses bras alors que je m'arrêtais devant lui. Il mit ma tête contre sa poitrine ; soudain il y avait comme du désespoir dans son contact alors qu'il resserrait sa prise autour de moi.
« Non, murmura-t-il alors que le côté taquin avait soudain disparu. Tu es Bella. Tu l'as toujours été, et tu le seras toujours » Il recula puis me tint à bout de bras et me regarda pendant longtemps. Si longtemps que j'ai commencé à m'inquiéter. Elle y était encore dans ses prunelles, la même émotion que j'avais vue quand nous avions traversé la forêt quelques temps auparavant – quelque chose comme du soulagement, mais en plus profond.
Je serrai doucement ses poignets. « Qu'est-ce qu'il y a ? » interrogeai-je doucement en me demandant pourquoi il me regardait comme ça – comme si me voir debout devant lui était comme une réponse à sa prière la plus désespérée.
Il secoua la tête, cherchant ses mots pendant un moment. « Je ne peux pas décrire ce que ça fait… de te voir là, si forte et pleine de vie. Si vivante, bien et indemne… » Sa voix était tombée dans un chuchotement. « Il y a eu un moment où j'ai pensé… » Il s'interrompit, incapable de terminer sa phrase.
Les mots d'Alice dit plus tôt dans la soirée résonnèrent dans ma tête. « Ton avenir a disparu. Et puis, il est réapparu et je t'ai vu comme un vampire, et un instant plus tard, cet avenir avait disparu de nouveau. Je ne savais pas si… si Jasper et Edward arriveraient à temps pour aider Carlisle afin qu'il puisse avoir la chance de te transformer. Quand j'ai vu Carlisle se battre avec quelqu'un, j'ai pensé qu'il serait trop tard… »
Mes doigts glissèrent des poignets de Carlisle pour prendre ses mains. « Je vais bien maintenant, le rassurai-je. Merci à toi. Je savais que tu ferais tout pour me sauver »
La lueur dans les yeux de Carlisle était sombre. « Ce n'était presque pas suffisant, murmura-t-il. Quand j'ai été finalement libéré d'Afton pour examiner tes blessures… » Il déglutit, tirant doucement son autre main hors de ma prise pour la passer dans ses cheveux d'une manière affligée.
« A quel point étais-je mal ? » demandai-je, pas tout à fait certaine si je voulais entendre la réponse. Mais en même temps, je voulais que Carlisle m'en parle. Si nous en parlions, il serait peut-être plus facile pour lui de laisser cette nuit derrière lui. Ce qui s'était passé semblait beaucoup le troubler.
Il ne rencontrait pas mes yeux. « La majeure partie de ta cage thoracique avait été brisée, murmura-t-il alors que sa voix prenait un ton distant forcé. L'un de tes poumons avait été perforé et s'était effondré, et tu avais un saignement interne. Tu avais également eu une légère fracture du crâne »
Un faible souvenir humain me revint. Je me suis souvenue du goût du sang dans ma bouche et de la douleur explosive dans ma poitrine. Je me souvenais de la voix de Carlisle, de la peur bien cachée qu'elle contenait. « … elle est en état de choc hypovolémique. Surveille sa tête et son cou, je pense… »
Carlisle parla à nouveau ; on aurait dit qu'il devait forcer les mots à sortir de sa bouche. « L'impact sur ta poitrine avait finalement causé une rupture aortique, poursuivit-il. Tu étais à quelques secondes de l'insuffisance cardiaque. Faire entrer du venir dans ton système sanguin assez rapidement pour réparer les dommages fut… difficile. Nous avions prévu d'utiliser de la morphine pour atténuer la douleur causée par le venin, mais je n'avais pas mon sac avec moi et il n'y avait pas de temps pour la récupérer… »
J'ai secoué la tête. « Ça n'a pas d'importance, le rassurai-je. J'ai réussi. Tu ne m'as jamais abandonnée »
Son autre main vint prendre ma joue en coupe. « Tu te souviens de ce qui s'est passé ? »
Je fronçai les sourcils, parcourant les souvenirs flous. « D'une partie. Après que je me sois évanouie, il y avait eu cette étrange sensation d'apesanteur. C'était très calme et tout était blanc » Je lui fis un sourire ironique. « Je n'ai jamais cru aux expériences de mort imminente, ni aux tunnels pleins de lumière vive, ni à la façon dont la vie est censée passer devant nos yeux comme un film… tout ce genre de choses. Mais maintenant, je me demande… » J'ai haussé les épaules, encore un peu déconcertée par cette étrange expérience. « Je me souviens que c'était si calme que je voulais y rester. Mais ensuite, j'ai entendu une voix – ta voix »
La lueur dans les yeux de Carlisle était une de celle que je ne pouvais déchiffrer. Sa main continuait de couvrir doucement mon visage. « Tu as repris conscience pendant quelques secondes avant… avant que ton aorte ne se rompe »
J'ai hoché la tête, me souvenant de l'explosion soudaine de chaleur et de douleur quelque part en moi, et de l'obscurité qui m'avait engloutie après. « Il y avait quelqu'un d'autre qui était là aussi, me souvins-je. Tu parlais à quelqu'un.
– Jasper et Edward. Ils sont revenus après s'être assurés qu'Afton était parti. Ils voulaient l'appréhender mais Eleazar était contre. Malgré le fait que notre accord avec les Volturi ait été violé par eux, ou par Caius pour être plus précis, Eleazar craignait que faire quelque chose d'offensif ne pourrait qu'aggraver la situation avec les Volturi. Une action hostile de notre part n'aurait rien apporté de bon »
Je pouvais voir que laisser Afton partir après ce qu'il m'avait fait n'avait pas été facile pour Carlisle. C'était un pacifiste extrême, et c'est pourquoi la lueur glaciale dans ses prunelles me surprit un peu.
« Tu m'as emmenée à Ithaca après ça, dis-je pour l'y faire sortir. Je veux dire après que tu m'as mordue »
Carlisle acquiesça. « Je t'ai porté jusqu'à ma voiture. Edward m'a aidé à te garder immobile pendant le trajet. Jasper conduisait, même si c'était difficile pour lui car il pouvait ressentir la douleur dans laquelle tu étais » Une lueur d'admiration et de fierté passa dans ses yeux. « Il y avait… tellement de sang que je ne savais pas s'il pourrait le supporter. Mais il l'a fait. Il a parcouru un long chemin pour se contrôler » Il me lança un regard interrogateur. « Tu te souviens beaucoup de la transformation ? »
Je frissonnai, riant doucement et ironiquement. « Plus que je ne le voudrais. Il n'y a pas de mots, vraiment. Je ne comprends pas comment tu as pu te taire pendant ta transformation. La douleur était… c'était comme si le temps avait cessé d'exister, ce qui était d'autant plus horrible »
Ses yeux étaient désolés. « Je suis vraiment navré. J'aurais vraiment aimé qu'il y ait plus de temps pour utiliser la morphine »
J'ai encadré son visage avec mes mains. « Ne t'excuse pas. Tu as fait tout ce que tu pouvais. Et ça m'a aidée de savoir que tu étais là tout le temps. Tu n'as jamais quitté mon chevet »
Une émotion étrange et profonde flottait dans ses prunelles ; cela me serra la gorge. « Et je ne le ferai jamais », promit-il doucement.
Je souris. Il y avait une curieuse sensation de picotement dans mes yeux et fosses nasales, et cela m'a un peu ébranlée lorsque les larmes ont refusé de remplir mes yeux. Une seule fois auparavant je lui avais dit ces mots – c'était lors de ma dernière nuit en tant qu'humaine. Il était en quelque sorte très approprié que je les répète maintenant lors de ma première nuit en tant qu'immortelle. Ces mots semblaient porter un nouveau poids après ce qui s'était passé. Et alors que cette simple déclaration ténue quittait mes lèvres, mon existence humaine révolue et cette nouvelle vie à laquelle je venais de m'éveiller semblèrent se lier de la plus belle des manières.
« Je t'aime », lui chuchotai-je.
Les mains de Carlisle prirent mes joues en coupe. « Et je t'aime », murmura-t-il en retour. Alors que ses mains caressaient toujours mon visage, il se pencha pour saisir mes lèvres des siennes. Le baiser était doux, tout à fait tendre. Je me sentis fondre contre lui et je me penchai plus près, mes doigts s'agrippant à ses épaules de leur propre chef. Une fois de plus, j'avais l'impression que mes mains savaient à quel point je pouvais le tenir fermement sans lui causer de douleur, comme si chaque centimètre de ma peau était conscient qu'il devait être touché avec tendresse et affection.
Il était légèrement écrasant de voir à quelle vitesse le désir pouvait éclater, à quel point une seule étincelle pouvait devenir une véritable explosion. Cela me plus et me confondis à la fois ; je m'étais préparée à l'idée que ces sensations intenses et ardentes seraient quelque chose que je ne vivrais pas avant longtemps. J'étais un nouveau-né après tout. Seul le sang était censé occuper mon esprit. J'aurais dû me concentrer sur l'étanchement de ma soif, mais la douleur sèche dans ma gorge était quelque chose que j'avais complètement oublié maintenant. Il y avait une autre douleur en moi, au fond de mon ventre. Une douleur agréable et merveilleuse.
Je m'attendais à ce que mon cœur se déchaîne alors que les lèvres de Carlisle quittaient ma bouche et se déplaçaient vers mon cou, embrassant doucement le creux de ma gorge. Il n'y avait pas de battement de cœur à entendre ou à ressentir, et momentanément je me sentis perplexe. Mon corps ne réagissait pas à son toucher comme il en avait l'habitude. C'était curieux cependant à quel point mes poumons semblaient avoir besoin d'air, même si l'oxygène était quelque chose dont je n'avais pas besoin pour survivre. Un soupir ténu quitta mes lèvres tandis que Carlisle me tirait contre son corps, sa bouche retournant à nouveau sur la mienne. Je pouvais le sentir, tout entier alors qu'il me tenait, que ses lèvres dévoraient les miennes, que ses mains allaient vers le bas de mon dos pour voler sous l'ourlet de mon pull…
Mon corps manquait peut-être de certaines réactions auxquelles je m'étais habituée, mais d'autres réactions et sensations les avaient remplacées. Ma peau semblait plus sensible maintenant. Même le plus simple des touchers me paraissait tellement plus puissant, tellement plus agréable. Je haletai involontairement alors que le bout de ses doigts malaxait la peau au bas de mon dos. Il semblait y avoir quelque chose de nouveau dans son toucher, dans la texture de sa peau. Mes mains glissèrent de ses épaules pour étudier la pente de sa poitrine avant de retomber sur ses côtes. La peau sous le tissu de sa chemise n'était plus dure et froide comme de la pierre. Elle était chaude, souple, douce. Je voulais soudain la sentir, j'avais besoin de la sentir, et avant même que je ne m'en rende compte, mes doigts étaient allés jusqu'aux boutons de sa chemise bleue. Il portait souvent des chemises habillées, je l'avais remarqué. La façon dont il s'habillait était toujours très sophistiquée et raffinée, et aussi bien que cela lui allait, je me suis soudainement sentie irritée contre son choix vestimentaire. Les boutons me frustraient – il y en avait un trop grand nombre.
Mes doigts avaient commencé à ouvrir les boutons supérieurs, mes lèvres toujours sur les siennes, et alors que je reculais pour donner plus d'espace à mes mains pour travailler, j'ai soudain remarqué qu'au lieu de simplement ouvrir les boutons, je les avais arrachés.
Carlisle ne fit que rire doucement de mon expression effrayée avant que ses lèvres ne cherchent à nouveau les miennes. Je haussai intérieurement des épaules, abandonnant l'idée d'épargner sa chemise et arrachai également le reste des boutons.
Cette fois, Carlisle ne rit pas. Un son profond gronda dans sa poitrine, quelque chose entre un gémissement et un grognement doux, et comme je tendis la main pour repousser la chemise de ses épaules – oh ma parole, il avait des épaules incroyables – sa bouche sur la mienne n'était plus tendre et douce. Son baiser était soudain plein de besoin et de ferveur. Ses mains caressant ma peau étaient toujours douces, mais il y avait de l'urgence dans son toucher maintenant. Alors qu'il se reculait de mes lèvres pour me retirer mon pull, il n'y avait plus aucune trace d'or dans ses yeux. Une petite partie de mon esprit qui fonctionnait encore a brièvement noté que je ne portais pas de sous-vêtements, et un souvenir vague et lointain me revint. Je me souvenais du venin léchant l'intérieur de mes veines, et je me souvenais de la céramique fraîche contre ma peau alors que Carlisle avait lavé le sang de mon corps et de mes cheveux.
Ce souvenir ne resta pas longtemps dans mon esprit. Les lèvres de Carlisle caressaient soudain mes épaules nues avant de déposer des baisers légers sur mes clavicules. Je me sentais curieusement étourdie et à bout de souffle alors que sa bouche se déplaçait vers la courbe de ma poitrine, sa langue tourbillonnant autour d'une pointe durcie. Je poussai un souffle tremblant, surprise que ma peau ne se transforme pas en chair de poule ; une partie de moi s'attendait toujours à ce que le toucher de ses lèvres soit frais. Mais ses lèvres étaient chaudes, très chaudes, et ses baisers laissèrent une trace brûlante dans leur sillage. J'ai passé un bref moment à étudier la surface blanche laiteuse qu'il avait révélée il y a un instant en étendant mon bras nu pour examiner la couleur pâle de ma peau. Elle était presque aussi blanche que la neige à nos pieds. Cependant, j'oubliai assez rapidement la nouvelle apparence de ma peau ; Carlisle s'était mis à genoux devant moi et était en train de presser de doux baiser sur mon ventre.
Soudainement impatiente, je me suis mise à genoux devant lui, mes lèvres cherchant à nouveau les siennes avec une ferveur désespérée. Il me tira vers lui presque brutalement, et ma peau commença à me picoter de partout quand ma poitrine nue toucha la sienne. Ses mains allèrent alors à mes hanches, et il me tira aussi près de lui que nos vêtements le permettaient.
Ce n'était pas encore assez.
Nous retirâmes le reste de nos vêtements comme une rose perdant ses pétales. Lentement et savoureusement. Le revêtement de neige me semblait étrange contre mon dos alors que Carlisle finit par m'allonger sur le sol. Les cristaux blancs et gelés n'étaient pas froids ou inconfortables comme je m'y attendais. Mais je n'ai pas pensé longtemps à la neige sous mon corps. Le regard de Carlisle était comme un contact physique alors qu'il me regardait, ses yeux dévorant ma peau nue. Il tendit la main, passant le bout de ses doigts chauds le long de mon bras avant de remonter. Le toucher était léger, mais il me fit frissonner. C'était comme si des milliers de nouvelles terminaisons nerveuses avaient fleuri sous ma peau, chacune s'animant dans une explosion de sensation alors que son contact continuait à errer sur ma peau sensible.
Je ne pouvais donc pas faire entrer suffisamment d'air dans mes poumons, et c'était bizarre parce que je savais toujours que je n'avais pas besoin de respirer, et pourtant j'avais l'impression que respirer était le moyen concret de relâcher la tension de mes muscles. J'étais vaguement consciente que je tremblais de partout alors que le nœud dans le creux de mon ventre se resserrait de plus en plus, la sensation était si intense qu'elle était presque insupportable. Des supplications douces et désespérées s'échappaient de mes lèvres ; ma voix était calme mais elle sonnait fort dans le silence de la nuit. Je gardai les yeux fermés – j'avais l'impression que tout stimulus visuel me conduirait à ma perte. Il me touchait à peine, et j'avais déjà l'impression de me balancer au bord de l'extase.
Une autre flot de s'il te plait, s'il te plait, s'il te plait s'échappa de mes lèvres, puis le contact me quitta. J'ai ouvert les yeux, juste à temps pour avoir un aperçu du visage de Carlisle alors qu'il s'installait sur moi, ses lèvres plaçant un baiser brûlant sur ma bouche. Un gémissement ténu de désir quitta ma poitrine alors qu'il s'éloignait et caressait l'angle de mon cou. Tandis qu'il parlait, je pouvais sentir son souffle chaud et doux au-dessus de l'endroit où mon pouls aurait dû battre follement.
« Que veux-tu ma chérie ? » demanda-t-il doucement, sa voix était si basse que ce simple bruit me serra d'autant plus le ventre.
Mes lèvres formèrent à nouveau des mots sans mon consentement. « Toi, m'entendis-je murmurer. Je te veux. S'il te plait, s'il te plait… Carlisle, s'il te plait… »
M'entendre dire son nom ainsi, sembla lui faire des choses. Je l'ai entendu gémir doucement, le son venant de quelque part au fond de sa poitrine et ressemblant presque à un grognement. Ses lèvres pressèrent un doux baiser sur mon cou avant de reculer. Il y avait quelque chose de différent dans ses mouvements maintenant que ses mains parcouraient mon corps, le touchant, le caressant, le cherchant. Il y avait du désespoir dans son toucher, dans son besoin alors que son autre main venait encadrer mon visage et son pouce caressait la peau de ma joue.
« Seigneur, Bella », chuchota-t-il, ses lèvres légères juste au-dessus des miennes. Mes mains allèrent à ses hanches, mes doigts effleurant doucement sa peau douce et chaude. Ses yeux se fermèrent à mon contact, et j'entendis le début d'un gémissement bien haut dans sa poitrine. Je me suis déplacée contre lui, mon corps cherchant automatiquement le contact qu'il refusait de me donner. Mes mains continuèrent leur tendre exploration, le bout de mes doigts descendant le long de son ventre. Lorsque ma main le trouva, mon nom jaillit de ses lèvres dans un souffle tremblant. Il semblait avoir du mal à se contrôler quand il ouvrit les yeux et me regarda.
« Bella… il n'y a aucun moyen de décrire… aucun mot ne peut comparer… », souffla-t-il. Ses yeux fermés, son pouce caressait toujours ma joue d'une manière tendre alors qu'il tentait de former une phrase complète et échouant. Il semblait devoir forcer ses yeux à s'ouvrir, puis son autre main commença à suivre mon corps dans une douce caresse, et mon souffle se bloqua dans ma poitrine alors que je sentais sa main bouger derrière mon genou pour soulever légèrement ma jambe. J'arrêtai ma caresse intime alors qu'il se déplaçait, donnant à mes lèvres un bref et doux baiser avant de se reculer et de me regarder.
Ce fut un moment sans fin, juste ici et maintenant, alors qu'il se tenait au-dessus de moi, très près de moi mais toujours pas assez près, me regardant juste. Ses yeux étaient aussi sombres que le ciel nocturne au-dessus de lui. Je traînai à nouveau mes mains le long de son corps, appréciant la manière dont ses muscles tremblaient à mon toucher. Liant mes doigts à l'arrière de son cou, je l'ai tiré vers le bas pour rencontrer mes lèvres. Alors que sa bouche rencontrait la mienne, je le sentis bouger de nouveau et s'aligner, et d'un seul mouvement lent à couper le souffle, nos corps ne firent plus qu'un.
Il avait eu raison avant ; il n'y avait aucun moyen de décrire ce sentiment, aucun mot ne pourrait jamais se comparer à ce que ça faisait de l'avoir si près de moi. Les supplications et gémissements quittant mes lèvres n'étaient plus calmes et contrôlés alors qu'il commençait à bouger alors que son rythme était si lent et mesuré qu'il rendit mon corps tout entier tendu de plaisir et de frustration. J'avais l'impression d'être une corde trop tendue, et chaque contact de la peau de Carlisle, chaque parcelle de ses lèvres, chaque mouvement de son corps contre le mien, chaque souffle sortant de sa bouche, me rapprochaient du point de rupture. Mes mains se courbèrent autour des muscles de ses épaules avant de s'enrouler autour de son cou et de son dos, et j'oubliai momentanément ma force de nouveau-né. Une petite partie de mon cerveau qui fonctionnait encore s'en souvint cependant, et je retirai précipitamment mes bras de lui, seulement Carlisle empêcha le mouvement.
Les secousses de plaisir traversant mon corps étaient si puissantes que je ne savais pas si je pouvais le supporter. Chaque vague, chaque spasme était plus intense que le précédent, et je mordais ma lèvre de marbre pour calmer les gémissements et les cris qui se libéraient. Carlisle prit ma joue en coupe et soulagea doucement ma lèvre inférieure d'entre mes dents pointues avant que sa bouche urgente ne revienne vers la mienne.
Alors que la tempête en moi continuait de faire rage, la sienne a pris en force. Au fur et à mesure qu'elle atteignait un point critique, je le sus et le sentis comme si c'était la mienne. A bien des égards, elle l'était. De toutes les manières. Et alors que cette tempête lui tombait dessus, ses muscles se resserrèrent et tremblèrent puis son souffle se mit à frémir. Je regardai son visage alors qu'il se libérait, hypnotisée par la vue et portai mes mains à ses joues tandis que ses yeux se fermaient sous la pluie de sensations qui le traversaient. Ses mains me tenaient fermement, plus serrées que jamais, et mon nom quitta ses lèvres en une série de gémissements alors qu'il s'effondrait finalement contre moi.
Il s'accorda quelques secondes essoufflées pour reposer son visage dans le creux de mon cou avant de bouger sur le côté et de me ramener contre lui, nos bras et nos jambes toujours enchevêtrés. Pour la première fois cette nuit-là, je me sentis épuisée comme si je pouvais m'endormir. Il y avait un brouillard particulier de fatigue et de faiblesse qui s'installait dans mes membres et dans ma tête. Et pourtant, tout mon être vibrait de sensations et de conscience ce qui était une curieuse contradiction.
Je sentis la poitrine de Carlisle se soulever alors qu'il poussait un profond soupir. Ses bras se resserrèrent autour de moi et je me recroquevillai contre son corps, inspirant son odeur unique alors que je fourrais mon visage contre son cou. Je le sentis presser ses lèvres contre le haut de ma tête, ses doigts commençant à dessiner des motifs légers sur mon dos nu. Le contact était lent et doux, languissant comme s'il était lui aussi épuisé.
La forêt autour de nous était silencieuse, le ciel sombre sans étoiles au-dessus de nous et l'air autour de nous était froid. Mais je ne fis pas attention à ces choses. Le silence du monde qui nous entourait était rempli de la respiration de Carlisle. L'obscurité de la nuit était illuminée par la lueur de ses yeux dorés alors qu'il s'éloignait pour me regarder. Et le lit de neige sous nous n'était pas froid, car le corps de marbre entrelacé avec le mien était chaud.
Tellement chaleureux.
Je passai le bout de mes doigts le long du côté du cou de Carlisle, caressant légèrement la crête inégale de sa cicatrice. Les trois marques en forme de croissant étaient si proches l'une de l'autre qu'il était difficile de dire où chaque cicatrice commençait et se terminait. J'ai continué ma douce caresse, presque comme si je m'attendais à ce que mon toucher guérisse la peau de marbre endommagée. Il frissonna tandis que mes doigts suivaient les marques en forme de croissant, et je levai les yeux pour voir son visage en remarquant qu'il me regardait attentivement.
« Est-ce que cela t'est désagréable ? » l'interrogeai-je en faisant courir légèrement mes doigts le long des crêtes inégales.
Il secoua la tête, fermant momentanément les yeux. « Loin de là », assura-t-il doucement.
Sa réponse me plut, mais je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir du ressentiment envers les cicatrices qui entachaient maintenant cette peau parfaite. L'effroi me remplit alors que je pensais à la raison de ces cicatrices, mon esprit s'attardant sur la possibilité de ce qui aurait pu arriver.
Carlisle saisit doucement mes doigts et les éloigna de sa peau abîmée. Il porta mes mains à ses lèvres pour y donner un baiser affectueux. Comme toujours, il avait senti la tournure de mes pensées.
« Ne t'inquiète pas, s'il te plait, dit-il doucement. J'étais bien moins en danger que toi à l'époque »
J'ai secoué la tête. « Je ne suis pas dupe, Carlisle. Il est facile de voir qu'Afton ne cherchait pas à te faire du mal, mais quelque chose de bien pire.
– Peut-être que c'était le cas, mais la vérité demeure que je vais bien. Je peux remercier Jasper et Edward pour ça »
La neige chatouilla ma joue et ma tempe tandis que je posais ma tête sur le sol. C'était étrange que mes membres ne deviennent pas engourdis ou raides après des heures passées dans la neige. Quel spectacle cela aurait été pour des yeux humains – deux immortels emmêlés sur le sol blanc au milieu de la forêt endormie.
Je savais qu'il ne faudrait pas longtemps avant que l'aube ne se lève. Il faudrait bientôt rentrer à la maison. Mais je ne voulais pas. Pas encore. Jamais.
Carlisle bougea, se soutenant sur un coude. Il tendit la main pour écarter quelques flocons de neige de mes épaules et côtes – un instant auparavant, une brise légère avait déplacé les branches du pin qui nous dominait, nous arrosant de neige. C'était étrange que ma température corporelle ne puisse plus la faire fondre.
Essayant d'ignorer les sensations que son contact léger sur ma peau nue provoqua, je pris une profonde inspiration. L'air avait un goût et une odeur propre et vivifiante – je me demandai si la neige en était la cause, ou si l'air de la forêt était toujours aussi frais. Il y avait tellement de choses que je ne savais pas, tant de nouvelles choses et sensations auxquelles je devais apprendre à m'habituer. Cela m'inquiétait et me ravissait.
Mes yeux se posèrent à nouveau sur la cicatrice sur le côté du cou de Carlisle, et les sensations de frissons disparurent en arrière-plan. Il inclina doucement mon menton, me faisant le regarder.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il doucement en remarquant le changement dans mon expression.
Je m'appuyai également sur mon coude pour que nos visages soient au même niveau. Hésitante, j'ai cherché mes mots. « Tu as dit plus tôt qu'Eleazar ne voulait pas que Jasper et Edward poursuivent Afton pour ne pas aggraver la situation avec les Volturi. Et je me demandais… c'est possible que ce soit déjà le cas lorsque tu m'as défendue et que tu t'es battu contre Afton… »
Les yeux de Carlisle devinrent réflexifs et il hocha la tête pour me dire qu'il savait où je voulais en venir. « Eh bien, je pense qu'il est prudent de dire que Caius pourrait voir mes actions comme offensantes, émit-il songeusement. Et malgré le fait que j'étais dans mes droits de te défendre et de me défendre, il pourrait ne pas décider de voir les choses de cette façon »
– Où cela mènera-t-il ? demandai-je avec inquiétude.
– Cela pourrait ne mener à rien, rassura-t-il. Nous avons fait un accord avec Aro après tout, et je suis certain qu'il n'est pas satisfait de la décision trompeuse de Caius d'envoyer quelqu'un après toi. Aro le voit comme une sorte de trahison malgré le fait qu'un stratagème comme celui-ci n'est pas vraiment rare pour Caius. Comme Edward l'a dit plus tôt ce soir, Caius et Aro ont sûrement eu pas mal de conflits l'un avec l'autre au cours des siècles. Ils ont tous deux aussi soif de pouvoir, mais étant donné les différences de leur nature, cela ne s'est jamais exactement fait, eh bien…
– En douceur ? proposai-je en faisant échapper un bref rire doux à Carlisle.
– C'est ça »
Mes doigts se tendirent pour caresser à nouveau la cicatrice sur son cou. « Si Caius a tellement soif de pouvoir, et puisqu'il semble assez audacieux pour prendre des décisions dans le dos d'Aro, qu'est-ce qui l'empêche de prendre sa place ?
– Chelsea, émit-il songeusement. Son don permet de maintenir la garde loyale, et il est plus que plausible qu'Aro lui ait fait utiliser son don pour rendre Marcus et Caius loyaux également, indépendamment du fait qu'ils devraient régner ensemble. Mais Caius a un caractère fort. Ce n'est pas dans sa nature d'être dépendant ou le subalterne de quelqu'un d'autre. Sa décision de donner un ordre à Afton, Demetri et Felix derrière le dos d'Aro le prouve assez »
Je posai à nouveau ma tête sur le sol enneigé. « Je ne sais pas quoi penser de tout ça, avouai-je. Je continue d'avoir l'impression que les actions de Caius auront un impact sur ce qui va arriver. J'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui tourbillonne sous la surface, et cela m'énerve de ne pas savoir ce que c'est »
Carlisle se rapprocha également du sol, et s'allongea sur le côté. J'ai cherché son expression en me demandant si la sensation de malaise au creux de mon estomac était quelque chose qu'il ressentait également. Ses yeux ne trahirent rien il semblait soudain plongé dans ses pensées.
« Es-tu inquiet ? » interrogeai-je sans détour en sachant qu'il serait honnête avec moi.
Il inspira profondément et expira lentement. « Pas inquiet, mais pensif peut-être, admit-il. Alice surveille la situation au cas où. Je me demande comment Aro va gérer les actions de Caius »
Je rejouai la conversation qui avait eu lieu à la maison plus tôt dans la soirée. « Edward a dit qu'Aro n'était pas content de son action »
Carlisle acquiesça. « Comme tu le sais, tes possibles capacités latentes ont énormément intrigué Aro, et il attendait avec impatience de te rencontrer en personne. Maintenant, il doit se demander si tu es encore en vie. Afton t'a blessé gravement, et il n'a aucun moyen de confirmer si tu as survécu à son attaque. Aro n'apprécie pas l'incertitude – il enverra quelqu'un dans pas longtemps pour savoir ce qui s'est passé.
– Dans combien de temps penses-tu que cela arrivera ? » demandai-je.
Carlisle secoua la tête. « Il n'y a aucun moyen de le savoir. Bien que le temps ait très peu de sens pour les Volturi, j'ai le sentiment qu'Aro pourrait s'impatienter assez rapidement. Il a été très intrigué par toi quand il a découvert qu'Edward n'avait jamais pu entendre tes pensées et qu'Eleazar n'a pas pu te lire correctement quand il a essayé »
J'ai hoché la tête en me souvenant du mariage d'Esmée et Miguel lorsque j'avais rencontré Eleazar pour la première fois.
« Cependant, je ne comprends toujours pas, murmurai-je en jouant distraitement avec les cheveux doux de sa nuque. Qu'est-ce que cela change pour Aro s'il s'avère que j'ai un don ? Je l'ai déjà dit, et je le répète – ce n'est pas comme si je les rejoindrais même si je me révélais assez talentueuse pour en recevoir une demande.
– Aro est… eh bien, disons simplement que sa curiosité et sa soif de nouvelles connaissances sont infinies. Son enthousiasme est presque enfantin. Il est obsédé par les vampires talentueux, et les rencontrer et les rassembler pour de nouvelles expériences, est comme un divertissement pour lui. Sans oublier lire l'esprit des autres. Même si Edward possède un don similaire, il a toujours été discret à ce sujet et fait l'effort de donner de l'intimité à ceux qui l'entourent. Aro en est l'exact opposé. Plonger dans l'esprit des autres ne lui paraît pas du tout intrusif. Cela signifie à lui seul à quel point il désire des connaissances et à quel point il peut être assez arrogant pour les obtenir.
– Il me semble un peu grossier », murmurai-je alors que j'étais pas du tout certaine d'être impatiente de le rencontrer lorsque ce moment arriverait finalement.
Carlisle rit doucement. « Tu as raison – Aro peut être impoli. Mais ce n'est pas seulement ce qu'il est. Un moment, il peut être délibéré et patient, et l'instant suivant, il est l'exact opposé. Le mot imprévisible n'est pas assez fort pour le décrire »
Je lui fis un sourire sec. « Parfois, tu parles de lui comme si tu l'aimais tout en le désapprouvant à la fois. Lequel est-ce ? »
Il sourit en réponse. « Parfois, je ne le sais pas tout à fait moi-même. Même après avoir passé deux décennies avec lui, je ne sais toujours pas quoi penser de lui. Nous avons de nombreux points en commun, tels que la soif sans fin d'apprendre, et je peux m'identifier à son zèle enfantin à découvrir de nouvelles choses. Mais sinon, nous sommes comme le jour et la nuit. Je ne lui fais pas confiance, mais je sais quel genre de comportement attendre de lui.
– Tu lui as fait confiance quand il a donné son accord pour ma transformation, lui fis-je remarquer.
– Oui, mais seulement parce que je savais que cela n'aurait pas servi ses intérêts de ne pas être sincère avec moi. Et Edward était là. Il a pu confirmer que la promesse d'Aro était sincère »
J'ai hoché la tête, me tournant sur le ventre et posant ma tête entre mes bras. Je suis restée silencieuse un moment, perdue dans mes pensées. « Je n'aime toujours pas l'idée que quelqu'un vienne ici. Si seulement, je pouvais m'y rendre au lieu de… » Je m'arrêtai, les yeux fermés.
« C'est certainement une chose sur laquelle tu n'as aucun pouvoir, me rappela doucement Carlisle. De plus, si c'est Alice et Jasper qui t'inquiètent, Aro les connaît déjà. Par conséquent, essayer d'empêcher quiconque des Volturi de venir ici ne fait aucune différence.
– Je sais » Je gardai les yeux fermés, essayant de donner un sens au vague sentiment de malaise en moi. Je ne savais pas pourquoi il semblait si important de garder les Volturi aussi loin que possible de nos vies. Peut-être que j'avais des préjugés après toutes les histoires négatives que j'avais entendu parler.
Le bout des doigts de Carlisle commença à caresser mon épaule nue, me faisant ouvrir les yeux. Son contact traîna sur mes omoplates avant de commencer à tracer la ligne de ma colonne vertébrale. La lueur dans ses yeux était difficile à décrire – elle était indiciblement tendre, pleine d'affection et d'appréciation. Quand il a remarqué que je le regardais, il me fit un sourire et se rapprocha pour poser de doux baisers sur mon épaule.
« Le vieux moi ne te manque pas ? demandai-je à moitié sérieuse. La chaleur de ma peau, le bruit de mon cœur ? »
Carlisle sourit. « Le son de ton rythme cardiaque me manque. C'était un son très apaisant, admit-il. Mais de t'avoir avec moi pour toujours, en sachant que je n'aurais jamais à être séparé de toi… » Il secoua la tête à court de mots. « Rien ne peut décrire ce sentiment. Et en plus, ajouta-t-il en caressant à nouveau de ses doigts la longueur de mon dos ce qui provoqua des tremblements, tu es toujours toi. Ton cœur peut être silencieux, et il peut ne pas y avoir de sang qui coule sous ta peau… mais tu es toi »
Souriant, je me suis roulée sur le côté et me suis rapprochée de lui pour que je sois au ras de lui. J'ai appuyé mon front contre le sien et j'ai respiré son parfum pendant un moment ou deux. « Tu sais… quand j'ai ouvert les yeux après ma transformation et que l'instant suivant je t'ai vu pour la première fois après mon réveil… » Je cherchai mes mots et m'écartai légèrement pour voir son visage. « Je ne peux même pas commencer à décrire les choses qui m'ont traversé la tête au moment où j'ai posé les yeux sur toi. Je sais que je n'ai pas à l'expliquer, parce que tu sais déjà ce que je veux dire »
Il me prit doucement la joue. « Oui, ma chérie », assura-t-il en attendant que je continue.
Je pris une profonde inspiration, mes sens momentanément embrouillés par son parfum enivrant. « Je me sentais comme si tout avait changé à ce moment-là, et pourtant tout était resté pareil qu'avant. J'avais l'impression que tout ce que j'étais a soudainement éclaté en morceaux et que ces morceaux se sont de nouveau réajustés, me reconstruisant totalement pendant cette fugitive seconde. Et cette seule seconde a fait de moi une personne différente, une personne que je n'avais jamais été auparavant, et en même temps, je suis devenue la personne que j'aurais toujours dû être »
Carlisle sourit et acquiesça il savait.
« Mais il y a une chose qui n'a jamais changé. Mes sentiments pour toi, continuai-je. A certains égards, ils sont maintenant plus intenses. Plus profonds. J'ai l'impression que mon esprit a maintenant une capacité plus conséquente pour appréhender leur vraie profondeur. Une partie de moi aime à croire que cela ne deviendra pas plus fort que cela l'est maintenant, mais j'ai le sentiment que je devrais peut-être reprendre mes propos demain, et encore le jour d'après » Je m'arrêtai, perdant momentanément le fil de ma pensée alors que Carlisle attrapait ma main et la portait à ses lèvres.
« Ce que j'essaie de dire, c'est que… peut-être que rien dans mes sentiments n'a changé après que j'ai posé les yeux sur toi en tant que vampire, simplement parce que j'avais déjà appris à t'aimer du fond du cœur en tant qu'humaine. Alice m'a dit une fois que lorsqu'un vampire rencontre celui auquel il est destiné, tous ces sentiments qui sont censés prendre du temps à se développer et à se déployer, sont déjà là. Mais je ne pense pas que ce soit le cas avec moi. Je te connaissais déjà quand j'étais toujours humaine ; j'étais déjà tombée amoureuse de toi » Je caressai la peau de son cou, soutenant son regard. « Peut-être que mon cœur était déjà si rempli de toi que devenir un vampire l'a fait déborder »
Un sourire tira sur ses lèvres. Il ramena le dos de mes doigts à sa bouche. « Ces choses que tu viens de dire… chaque mot que tu as dit aurait pu être l'un des miens, Bella. Je n'aurais pas mieux dit moi-même » Il déposa un baiser sur mon front, ses doigts effleurant mes cheveux retenus derrière mon oreille.
« Crois-tu qu'Alice a raison ? lui demandai-je doucement. Que la vision qu'elle a eue de moi était une prophétie auto-réalisatrice depuis le début ? Que si vous l'aviez ignoré l'automne dernier, rien n'aurait finalement changé dans nos vies ? »
Carlisle secoua la tête. « Nous n'aurions jamais pu l'ignorer, Bella. C'est ce qui fait toute la différence, et qui a finalement fait de la prophétie ce qu'elle était.
– Donc tu crois vraiment que certaines choses ne peuvent être changées ? Que nos vies sont prédéterminées ? »
Une lueur pensive lui traversa le visage. « J'aime à croire que nous avons la liberté de choix. Mais je crois aussi que nous sommes dirigés et guidés. Alors oui. Comme je l'ai dit à la maison, je crois que certaines de nos étapes sont préordonnées. Elles doivent l'être »
J'ai souri ; cela ressemblait bien à Carlisle de dire ça, de mettre les choses en évidence de cette manière.
« Imaginons que vous n'ayez jamais quitté Forks il y a toutes ces années, émis-je songeusement et doucement. Imaginons que je sois restée avec Edward. Imaginons que les Denali n'aient jamais rencontré Miguel lors d'une de leur partie de chasse » Je m'arrêtai alors que Carlisle plissait pensivement les yeux avant d'acquiescer. « J'aurais été transformée en vampire par toi ou Edward au bout d'un moment. Après ma transformation, je t'aurais regardé et ressenti cette même attraction indéniable vers toi, et tu aurais ressenti la même chose pour moi. Ce qui se forme entre compagnons… je ne vais pas prétendre que je peux le comprendre ou complètement l'expliquer. Même à présent que je l'ai moi-même expérimenté, je trouve impossible de l'expliquer en termes compréhensibles »
Carlisle hocha silencieusement la tête, attendant que je rassemble mes pensées pendant quelques secondes.
« Est-ce que cette tournure d'évènements aurait causé plus de chagrin d'amour ? me demandai-je. Si les choses étaient arrivées de cette façon au lieu de la manière dont elles ont fini par arriver ? »
Un léger froncement de sourcils apparut sur ses traits alors qu'il réfléchissait à mes propos. « Peut-être, émit-il songeusement. Je trouve qu'il est presque impossible d'imaginer à quoi cela aurait ressemblé, à quel point les choses auraient été différentes, mais si cela s'était passé comme tu l'as dit… si nous n'étions jamais partis, et si par quelque caprice du destin, les Denali n'avaient pas rencontré Miguel et demandé notre aide… si Esmée ne l'avait jamais rencontré… »
J'y ai pensé, réfléchissant à ce que cela aurait signifié pour elle si elle n'avait jamais rencontré celui auquel elle était destinée. Et Edward… même si je savais maintenant qu'il n'avait jamais cessé de m'aimer, je devais me demander quel genre d'impact ces dernières années avaient eu sur lui. Ces années avaient-elles donné de la distance et l'avaient-elles en quelque sorte préparé à ce qui allait arriver ? Était-il plus facile, moins douloureux pour lui que les choses se soient passées comme elles l'avaient fait, dans cet ordre et ce mode en particulier ?
J'ai secoué la tête et fermé les yeux les et si et ce qui aurait pu être et qui n'a jamais été, je ne devrais pas m'y attarder. Je me demandai pourquoi je pensais trop à ces choses maintenant. Était-ce un attribut de vampire ?
Ce que Carlisle dit ensuite fit stopper ma sur-analyse. Ses mots me centrèrent et arrêtèrent mes pensées tournantes, tout en m'apaisant et me rassurant.
« Je n'ai peut-être pas de réponses à tout, mais ce que je sais, dit-il doucement en me regardant dans les yeux, c'est que tu as toujours été destinée à faire partie de nos vie. Tu devais emménager dans cette petite ville nuageuse de Forks il y a toutes ces années. Tu devais découvrir le secret que nous étions parvenus à cacher à des milliers et des milliers de personnes qui ont vécu avant toi » Il fit une pause, tendant lentement la main pour placer sa paume au-dessus de mon cœur silencieux. « Et ça… toi et moi… ça devait arriver. D'une manière ou d'une autre. Dans cette vie ou dans la suivante. Peu importe comment cela s'est passé, ou comment cela aurait pu arriver… ce qui compte, c'est que cela se soit produit, ou se serait produit d'une manière ou d'une autre. Ce qui compte, c'est que… c'est que nous soyons ici maintenant. Toi et moi… » Il secoua la tête à court de mots, l'émotion dans ses yeux était si soudainement profonde qu'il était difficile pour moi de respirer.
« Je sais », murmurai-je. J'ai placé mes mains de sorte à encadrer son visage, et je me serais rapprochée de lui si je n'avais pas déjà été aussi près de lui que possible. Je me penchai pour capturer ses lèvres, en partie parce que j'en ressentais le besoin, et en partie parce que nos bouches n'étaient pas douées pour parler en ce moment. La vérité était qu'il n'y avait pas de mots, aucun moyen d'articuler pleinement ce sentiment que nous ressentions et partagions.
Il n'y avait peut-être pas de mots pour ça, mais il y avait d'autre moyens de l'exprimer. Par des actions. Des gestes. Des contacts. Et après un moment, c'était tout ce qui restait ; les contacts. J'étais soudain très sûre de pouvoir vivre seulement par eux.
La forêt autour de nous était toujours sombre et calme, la neige sous mon corps toujours agréablement fraîche et douce alors que Carlisle me faisait rouler sur le dos et parsemait mon cou de baisers. Une sensation familière de chaleur pulsée se répandit dans mes muscles alors qu'il s'installait sur moi, chaque centimètre de nos corps se touchant. J'ai accueilli la chaleur, les flammes insistantes qui ont fait que mon ventre s'était contracté et que mes orteils s'étaient crispés. J'ai salué les tremblements qui nous traversaient alors que notre achèvement mutuel finissait par s'approcher, peut-être quelques minutes, ou quelques heures plus tard. Et je savais que je ne voulais jamais que la nuit ne s'achève. Je ne voulais pas que mon corps soit séparé du sien cette simple notion semblait fausse. Je ne voulais pas que l'aube se lève. Pas encore.
Jamais.
Parce que si l'aube apportait la séparation, je vivrais avec plaisir dans une nuit éternelle si je pouvais garder Carlisle avec moi.
