Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.
Désolée pour le retard de publication, d'habitude je poste le matin mais à ma grande honte, j'avais oublié qu'on était jeudi :/ - en tout cas, je remercie Lia, noominame et Lison Abel pour leur review ! Et bonne fin de semaine à tous.
« Il n'est point de secrets que le temps ne révèle »
- Jean Racine -
Énigme
En regardant par la fenêtre, j'ai repéré une faible traînée de lumière à l'horizon qui témoignait de l'aube imminente. Souriant à la vue, je baissai les yeux sur la petite table sous la fenêtre, tendant la main du bout de mon doigt pour toucher le corsage fait de petites roses bleues d'hiver. Alice l'avait apporté de chez moi avec le reste de mes affaires il y a quelques semaines. Elle avait également disposé tous mes cadres photo sur la table, et le corsage était maintenant appuyé contre la photo de Charlie et Renée. Ils avaient tous les deux l'air très jeunes sur cette photo ; elle avait dû être prise peu de temps après leur rencontre. Ils se tenaient sur une plage venteuse qui me semblait un peu familière – je me demandai si la photo avait été prise à La Push.
Tendant une fois de plus la main vers le corsage, j'ai résisté à l'envie de le prendre dans ma main pour le sentir ; je n'avais aucune envie de le casser. Je pris une inspiration gourmande ; le léger parfum de roses étaient émoussé et légèrement sec, mais agréable. Cela ressemblait à l'odeur du pot-pourri. Je n'avais jamais compris pourquoi les gens en faisaient – j'avais toujours pensé que ça ne sentait pas si bon et que c'était juste bon à rester là à ramasser la poussière. Mais maintenant, je pouvais apprécier l'odeur des petites roses fanées. Peut-être que mon sens de l'odorat amélioré avait à voir en quelque sorte avec ça, ou peut-être que c'étaient les souvenirs que le corsage m'apportait. Ils me ramenaient à cette nuit magique deux mois auparavant – je me suis souvenue de l'air froid et frais, de la lune dans le ciel nocturne, des voix douces d'Esmée et de Miguel alors qu'ils répétaient leurs vœux… Dors bien.
Il y eut un courant contre la peau de mes bras alors qu'une présence silencieuse venait derrière moi. Les lèvres douces et tendres de Carlisle se pressèrent contre l'un des côtés de mon cou avant de m'atteindre pour prendre le corsage et de le mettre sous mon nez. Souriant, j'ai passé quelques instants à ressentir l'arôme faible et agréable. Il avait dû deviner que j'avais craint de le toucher.
« Comment savais-tu que je voulais le sentir ? demandai-je.
– Une supposition chanceuse », murmura-t-il avec amusement. Le corsage disparut de sous mon nez alors qu'il le glissait derrière ma nuque. Je me retournai pour lui faire face, remarquant qu'il était à moitié habillé.
La maison était encore exceptionnellement calme ; je me demandai si je devrais remercier Alice pour avoir eu cette chance de passer la nuit avec Carlisle. Eleazar, Miguel et Edward étaient censés revenir de l'Ontario dans la journée. Je ne savais pas pour Jasper et Emmett – peut-être avaient-ils décidé qu'il valait mieux pour leur santé mentale de rester à bonne distance. Je m'attendais à ce qu'Alice, Esmée et Rosalie soient maintenant rentrées de New-York, mais qui sait – peut-être existait-il des centres commerciaux qui restaient ouverts vingt-quatre heures par jour. Si c'était le cas, cela ne m'aurait pas surprise qu'Alice les retienne en otage dans une cabine d'essayage.
Carlisle prit le corsage derrière ma nuque et le remit sur la table pour que je puisse mettre le chemisier qui était drapé sur mon bras. J'arrivais à mieux m'habiller sans déchirer quoi que ce soit – au moins mon jean avait survécu quand je l'avais enfilé un instant plus tôt. Ce qui n'était pas le cas des vêtements que Carlisle avait portés la nuit dernière. Ce qui restait d'eux jonchait toujours le sol. Je gloussai en me rappelant mon impatience d'il y a quelques heures, me baissant pour rassembler les bouts de vêtements et les plaçant sur le lit quand j'eus fini.
Carlisle retourna dans le placard qui était situé près de la porte, y sortant une chemise pour lui. Cela me plaisait de voir que la plupart de mes vieux vêtements avaient quitté leurs boîtes et étaient maintenant accrochés aux côtés de ceux de Carlisle. J'ignorai quand ils étaient apparus là – quelques semaines plus tôt, le placard ne contenait que des couvertures et du linge de lit. Je soupçonnai qu'Alice avait quelque chose à voir avec ça. En tout cas, il semblait en quelque sorte assez intime de partager un placard avec Carlisle. Alice avait proposé de nous aménager une chambre au deuxième étage – et elle m'avait aussi rappelé qu'elle pouvait même y faire construire un dressing pour moi – mais j'avais refusé. Je ne savais pas exactement pourquoi, mais j'avais pris goût à cette pièce qui partageait un mur avec le bureau de Carlisle.
Je l'adorais – j'en aimais tout. J'adorais la fenêtre ornementale et incurvée d'un côté de la pièce, et la façon dont la lumière de la lune dansait sur les planches de bois franc la nuit, et j'aimais aussi les sombres murs lambrissés. C'était une pièce bourrée de sentiments ; j'avais une fois passé des heures interminables remplies de peur à l'intérieur de ces murs après le départ de Carlisle pour l'Italie, et j'avais également ressenti la pire douleur physique imaginable du fait des flammes invisibles qui m'avaient brûlée vive pendant ma transformation avant de m'éveiller à cette existence éternelle. Et dans cette même pièce, j'avais aussi ressenti l'un des plus grands plaisir inimaginable. C'était une pièce remplie d'agitation et de douleur, mais elle était aussi remplie de joie et d'amour. Et maintenant, après seulement quelques semaines, elle était déjà remplie de nombreux souvenirs.
Je me dirigeai vers Carlisle au moment où il enfilait sa chemise. Il se retourna en sentant mon approche pour me lancer un regard curieux alors que je tendais la main pour attacher les boutons. En utilisant la plus petite quantité de force que possible et avec les sourcils froncés par la concentration, je fermai soigneusement les boutons. Puis, je reculai d'un pas, contente de ne pas avoir déchiré la chemise.
« Tadaa », me réjouis-je doucement.
Carlisle sourit, ses yeux doré brillant. « Impressionnant.
– Eh bien, c'est mon deuxième prénom », plaisantai-je en roulant des yeux.
Une lueur de curiosité traversa ses prunelles. « A propos de deuxième prénom, commença-t-il. Le tien c'est Marie, pas vrai ? »
J'ai hoché la tête. « Et alors ?
– L'as-tu reçu en l'honneur de quelqu'un ?
– J'ai l'ai reçu de ma grand-mère. Elle est morte quand j'avais… douze ans ? Ou treize ?
– De quoi avait-elle l'air ? » Il avait de nouveau l'air curieux.
J'ai haussé les épaules, souriant tristement. « Elle était parfois effrayante, mais je l'aimais bien. Et je pense qu'elle m'aimait bien aussi. Elle vivait en Californie et quand Renée a quitté Forks lorsque j'étais bébé, nous avons vécu avec elle pendant quelques années avant de déménager à Phoenix. J'ai parfois eu l'impression qu'elle avait du mal à s'entendre avec ma mère »
Le froncement de sourcils de Carlisle était compatissant. « Sais-tu pourquoi ?
– Elles étaient tellement différentes, je suppose. Renée a toujours dit que ma grand-mère avait une vision dure de la vie. Je me demandais si elle était amère à propos de quelque chose. Et d'autre part, Renée… eh bien, elle est toujours si énergique et pleine de vie, de plus, elle a cette soif de vie éternelle. Elles n'étaient probablement pas compatibles, je pense. Elles se sont rapprochées un peu après ma naissance, et malgré leurs différences évidentes, elles sont restées en contact »
Il tendit la main pour toucher tendrement ma joue, ses yeux réfléchissants. « Je pense que cela en dit long sur le dévouement de ta mère qui t'a donné le nom de ta grand-mère. Même si la personnalité de certaines personnes n'est pas compatible, cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de loyauté présente. Sans parler d'amour »
J'ai hoché la tête, me demandant si lui pensait à son père. Il y avait toujours une certaine lueur dans les yeux de Carlisle lorsque ses pensées dérivaient vers son passé humain disparu depuis longtemps. Son regard se portait maintenant vers la table sous la fenêtre ; il regardait la photo de Renée et Charlie. Un petit sourire éclaira son visage.
« Tu as ses yeux, dit-il soudain d'une voix douce. Ceux de ta mère »
Je fronçai le sourcil, confuse. « Mais les yeux de Renée sont bleus. Mes yeux étaient bruns quand j'étais encore humaine, tout comme ceux de Charlie »
Il secoua la tête. « Je ne parle pas de la couleur, Bella, expliqua-t-il. Je parle de ça, dit-il en tendant la main pour tracer doucement du bout de son index la forme de mes yeux. Tu ne souris jamais seulement avec tes lèvres. Tu souris toujours aussi avec tes yeux. Tout comme ta mère »
Les coins de mes lèvres se levèrent involontairement après avoir entendu ses mots.
« Là, murmura-t-il en prenant ma joue en coupe et souriant légèrement. Exactement comme ça »
Je ris et m'approchai, pressant un doux baiser sur ses lèvres. Ses mains sont allées jusqu'à ma taille et m'ont tirée vers lui. J'aurais pu rester là pour toujours, dans le cercle de ses bras, mais un bruit lointain de pas proches venant du chemin de terre menant à la maison retint notre attention. J'ai écouté attentivement, reconnaissant les pas calmes de Jasper et la démarche puissante d'Emmett.
« Vous feriez mieux d'être décents, hurla-t-il, parce que nous entrons ! »
Carlisle rit doucement. Je secouai la tête et roulai des yeux.
« Je ne comprends pas, grommelai-je doucement. Ce n'est pas comme si nous étions le seul couple dans la maison. Comment se fait-il qu'il n'embête pas Esmée et Miguel ou Alice et Jasper ? »
Il rit doucement. « Ce pourrait être la nouveauté. Cela passera, grimaça-t-il, dans quelques décennies peut-être »
Je soupirai alors qu'Emmett éclatait d'un rire harcelant. Ils étaient maintenant dans la cour ; après une seconde, la porte d'entrée s'ouvrit et se ferma en bas. Me préparant mentalement pour les insinuations d'Emmett, je pris la main de Carlisle et le suivis hors de la pièce.
Emmett s'était jeté sur le canapé du salon, et Jasper se tenait près des baies vitrées tout en fixant le matin naissant à l'extérieur. Même s'il avait l'air à l'aise, il y avait un sentiment de tension dans ses yeux alors qu'il se tournait pour suivre notre arrivée.
Carlisle l'avait également remarqué. « Tout va bien ? » demanda-t-il.
Jasper hésita, son regard se posant momentanément sur moi. « Alice a appelé il y a un moment. Elles sont sur le chemin de retour de New-York. Elle va déposer Esmée à la librairie avant de se rendre ici » Il fit une pause, sa mâchoire se serrant. « Elle a eu une vision tôt ce matin. Comme vous le savez, elle observe l'Italie depuis la transformation de Bella » Il se tut.
Je pouvais sentir Carlisle s'être tendu à côté de moi. « Aro a envoyé quelqu'un ici pour voir Bella », finit-il à la place de Jasper. Sa voix était calme, mais il y avait de l'agitation dans ses prunelles.
Jasper hocha la tête. « Tout comme nous nous y attendions. Les Volturi ne savent évidemment pas si Bella a survécu à l'attaque d'Afton, et Aro est curieux. Apparemment, il est aussi assez énervé contre Caius pour le tour qu'il a joué »
Carlisle acquiesça. « Qui est-ce ? Qui vient ? »
Jasper soutint son regard ; j'avais le sentiment qu'il savait que Carlisle était déjà au courant de la réponse. « Véronique »
Carlisle acquiesça de nouveau. Ses lèvres bougèrent à peine alors qu'il parlait. « C'est ce à quoi je m'attendais » Sa main se resserra autour de la mienne.
Emmett croisa ses chevilles, se penchant en arrière sur le canapé d'une manière détendue. Son expression était totalement satisfaite. « Enfin. Bien, c'est dommage qu'apparemment elle vienne seule. Que donnerais-je pour avoir la chance d'avoir une conversation avec Afton… ou Demetri, ou Felix… ou tous en même temps… » La lueur dans ses yeux était rêveuse.
Jasper lui lança un regard désapprobateur. « Sois heureux qu'Aro ait envoyé uniquement Véronique, déclara-t-il. Nous ne cherchons pas à déclencher un conflit, après tout.
– Si tu veux mon avis, ils en ont déjà débuté un, contra Emmett. Ils ont attaqué l'une des nôtres »
Je fus touchée par la ferveur dans sa voix. Carlisle m'approcha de lui. L'action sembla presque inconsciente, et il y avait quelque chose de particulier dans la façon dont il enroula un bras autour de mes épaules, presque comme pour me protéger.
« Écoute, je ne suis pas ravi non plus de ce qui est arrivé à Bella, dit Jasper à Emmett en adoucissant sa voix. Mais nous devons agir soigneusement. Et rappelles-toi que c'est Caius qui a agi derrière le dos d'Aro et a lancé cette offensive contre elle. Après tout, Aro allait honorer notre accord.
– Et dans quel but ? demanda Emmett d'un ton acéré. Nous donner la permission de transformer Bella n'était pas exactement basé sur des pensées altruistes. Edward a dit qu'Aro était intrigué par Bella parce qu'il croyait qu'elle était un bouclier. Et maintenant, Eleazar a confirmé qu'elle en était un. Et lorsque Véronique arrivera, et puisqu'elle peut faire ce qu'Eleazar fait lui-même, et après qu'elle aura rencontré Bella, elle retournera vers Aro qui obtiendra la confirmation du don de Bella. Et après quoi ?
– Ce n'est pas quelque chose que nous n'attendions pas, rappela calmement Jasper. On savait depuis le début qu'Aro s'intéressait aux possibles capacités de Bella. Tout comme on savait que la nouvelle de la survie et de la transformation de Bella devrait être transmise à Aro d'une manière ou d'une autre. Cela nous évite d'aller nous-mêmes en Italie »
Je me suis souvenue de mon souhait des semaines plus tôt. Je me souvenais à quel point j'avais espéré qu'aucun Volturi ne viendrait jamais ici. Je savais qu'Aro n'était pas seulement intéressé par moi après tout. Jasper ne semblait pas partager mes inquiétudes, ou peut-être que c'était le cas mais qu'il réussissait juste à bien le cacher.
« Donc, tu crois sincèrement que les Volturi vont en rester là ? demanda Emmett. Après qu'Aro ait reçu la connaissance que Bella est un vampire et n'est plus un risque pour la sécurité de notre espère, qu'il va laisser passer ?
– Eh bien, je suis certain qu'il sera plus que désireux de lui offrir une place dans la garde dans les années à venir, admit Jasper.
– Et elle va évidemment dire non. La vraie question est : Aro acceptera-t-il un non pour réponse ?
– Je suis bien conscient de ce que tu as laissé sous-entendre tout ce temps, assura Jasper. Mais ce que j'essaie de dire c'est que les Volturi ne fonctionnent pas comme ça. Ils veulent être respectés par la communauté des vampires, et tu peux être sûr aussi que le respect ça se gagne »
Il y avait quelque chose d'étrange dans la manière dont Jasper prononçait le nom des Volturi. Il le disait avec respect, presque avec révérence. D'après ce que j'avais entendu d'eux, l'idée des Volturi en tant que gentils était en quelque sorte difficile à accepter. J'étais peut-être partiale. Peut-être que j'avais entendu trop d'histoires horrifiantes à leur sujet.
« Les Volturi sont également redoutés, souligna Emmett alors que ses mots faisaient écho à mes pensées. Je pense qu'il y a aussi une bonne raison derrière cette peur. Je ne crois pas une seconde que c'est juste un respect sain pour la loi »
Carlisle avait été exceptionnellement silencieux durant leur échange. Il soupira doucement maintenant tandis que son bras se resserrait autour de moi. « Je comprends tes inquiétudes, Emmett, dit-il calmement. Et tu as raison – il existe une fine frontière entre la peur et le respect, et parfois il arrive que ces deux-là se rejoignent. En toute honnêteté, je ne peux pas dire qu'Aro est digne de confiance – il est au mieux imprévisible – mais je ne pense pas que nous devrions sauter aux conclusions et imaginer le pire. Sa curiosité envers Bella est quelque chose que nous savions tous à quoi nous attendre.
– Et si cette curiosité devient quelque chose de plus ? Imaginons que les Volturi nous rendent une seconde visite. Disons qu'Aro n'envoie pas Véronique cette fois, mais Félix, Alec et Jane par exemple.
– Dans ce cas, Aro franchira évidemment une ligne. C'est quelque chose que je ne permettrai pas, comme tu le sais très bien », répondit simplement Carlisle, son bras se resserrant autour de moi. Il se tourna pour passer d'Emmett à Jasper. « Quand est-ce qu'Eleazar revient avec Edward et Miguel ?
– Dans l'après-midi. Alice les a déjà informés de la situation »
Carlisle acquiesça. « Alice a-t-elle pu donner une estimation du moment où nous devrions nous attendre à ce que Véronique arrive ?
– Dans quelques jours, fut la réponse de Jasper. Apparemment, elle a d'autres affaires à régler avant de venir ici. L'heure de son arrivée dépend du temps que prendront ses autres affectations »
Carlisle acquiesça de nouveau, cette fois sans rien dire.
Il resta pensif au fil des heures tandis que l'aube tournait lentement vers le matin. Alice revint finalement avec Rosalie après avoir emmené Esmée à Buffalo, et elle répéta tout ce que Jasper nous avait dit. Sinon, elle n'avait rien de nouveau à dire, si ce n'est qu'elle avait réussi à préciser l'heure de l'arrivée de Véronique apparemment, elle serait là dans cinq jours à moins que quelque chose d'inattendu ne se produise.
Je ne savais pas pourquoi la nouvelle de l'arrivée de Véronique semblait nous rendre, ou tout du moins moi, si agités. Nous nous attendions à ce qu'Aro envoie quelqu'un dans pas longtemps après tout. Peut-être que c'étaient les mots d'Emmett qui me rendaient si mal à l'aise. Je ressentais également une inquiétude chez Carlisle. Il était calme et composé de l'extérieur comme de coutume, mais ses yeux le trahissaient. C'était comme s'il s'attendait à ce que la visite de Véronique ait un impact plus important que ce à quoi il était raisonnable de s'attendre. Ou peut-être que c'était juste moi qui projetais mes propres peurs et incertitudes sur lui.
Mais une chose que je savais avec certitude, c'était qu'il était impatient de parler à Eleazar. Il ne montra aucun signe extérieur d'impatience à mesure que la journée avançait, mais dès que nous entendîmes une voiture tourner sur le chemin de terre et finalement se garer devant la maison, Carlisle me prit la main et m'emmena dehors avec lui.
Edward sortit du côté conducteur de la voiture alors que nous arrivions au porche. Eleazar et Miguel se dirigeaient déjà vers nous à grands pas pressés.
« Rien de nouveau ? » demanda Edward en regardant Alice qui était apparue derrière Carlisle et moi, Jasper à sa suite. Elle leur parla de sa nouvelle estimation de temps.
« Je ne suis pas surpris qu'Aro ait décidé d'envoyer quelqu'un si tôt, déclara Eleazar. Même s'il peut être extrêmement patient quand il le doit, il n'aime pas les incertitudes. Et Caius a évidemment suscité des questions quand il a envoyé des gens de la garde après Bella.
– Je me demande s'il désire toujours voir Bella de lui-même une fois que sa soif de sang sera sous contrôle, émit songeusement Carlisle. Ou est-ce que ça lui suffira lorsque Véronique vérifiera que Bella est bien en vie et qu'elle a été transformée ? »
Eleazar secoua la tête, songeur. « Difficile à dire.
– Je ne pense pas que ce soit seulement la vérification qu'il recherche, murmura Edward. N'importe lequel d'entre nous pourrait se rendre en Italie et laisser Aro lire dans ses pensées après tout, et ainsi confirmer que Bella a été transformée. C'est la curiosité qui a poussé Aro à exprimer le souhait de voir Bella face à face un jour dans l'avenir. Et c'était aussi la curiosité qui l'a poussé à envoyer Véronique ici au lieu de quelqu'un d'autre.
– Il veut savoir si Bella a un don, acquiesça Eleazar en hochant la tête.
– Exact » Edward fronça les sourcils, ses yeux réfléchissants.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Carlisle.
Edward secoua la tête, fronçant toujours les sourcils. Il hésita avant de commencer à parler. « Je ne sais pas trop comment me sentir envers elle. Véronique »
La voix d'Emmett retentit de l'intérieur de la maison. « Qu'y a-t-il à ressentir ? Elle fait partie des Volturi, pour l'amour de Dieu. Ne le prends pas pour toi, Eleazar »
Edward l'ignora. « Quand elle m'emmenait en Italie… il y avait quelque chose… d'insaisissable en elle. Quelque chose d'ambigu. J'avoue que je ne fus en sa présence que quelques heures. Ce n'est guère assez de temps pour connaître le caractère de quelqu'un, que je puisse lire dans les esprits ou non.
– Alice a dit qu'elle était douée pour cacher ses pensées, interrompis-je en parcourant mes souvenirs humains brumeux. Était-elle complètement muette comme moi ? Pouvais-tu l'entendre ? »
Edward secoua la tête. « Ce n'est pas tellement que je ne pouvais pas l'entendre. C'était juste que son esprit était très contrôlé. Quand elle a senti que j'étais capable de lire dans les esprits, elle s'est en quelque sorte fermée, se concentrant sur la récitation d'ancienne poésie ou d'Écritures latines… des trucs compliqués comme ça » Il s'arrêta. « Presque comme si elle essayait de cacher quelque chose.
– Elle aurait pu le faire par loyauté envers les Volturi, suggéra Eleazar. Peut-être qu'elle pouvait briser des confidences en te permettant de lire dans ses pensées. Je suis sûr que les Volturi ont leurs propres secrets à protéger.
– C'est possible, admit Edward. Cependant… pour une quelconque raison, j'ai eu l'impression que c'était quelque chose de plus personnel. J'ai continué à entendre le terme « clan » de temps à autre, presque comme si son attention glissait de temps en temps. Il est inutile de tirer des conclusions à ce sujet, je sais. Elle a peut-être pensé aux Volturi ou s'est demandé à quel genre de clan j'appartenais.
– As-tu réussi à avoir une idée de sa personnalité ? demanda Carlisle. Il nous serait utile de savoir quel type de personne nous accueillerons »
Edward secoua la tête. « Comme je l'ai dit, elle était insaisissable – distante. Elle ne paraissait pas aussi soumise et sans expression comme certains vampires de la garde. Peut-être parce qu'elle passe moins de temps à Volterra que les autres à cause de ses affectations et qu'elle n'est donc pas sous l'influence de Chelsea. Elle semblait… je ne dirais pas agressive, mais peut-être têtue et défensive. Enthousiaste. Elle ne semblait pas stupide et impassible comme d'autres membres de la garde. Encore une fois, cela pourrait être parce qu'elle est moins impactée par le don de Chelsea »
La lueur dans les prunelles d'Edward était pensive alors qu'il décrivait sa rencontre avec Véronique. Je pouvais voir qu'il y avait quelque chose en elle qui l'avait laissé rempli de questions. Je me demandai si cela le mettait mal à l'aise – il était si habitué à pouvoir lire sans problèmes les gens, après tout.
Il commença à pleuvoir après un certain temps, obligeant les vampires occupant le porche à se rendre à l'intérieur. Miguel fut une exception. Il commença à retourner vers la voiture – je devinai qu'il allait rejoindre Esmée à la librairie. Je lui ai demandé comment ça se passait, voulant détacher mon esprit des Volturi pendant un moment et me distraire avec des choses ordinaires et simples.
« Nora sera probablement prête à commencer à travailler seule la semaine prochaine », répondit-il avec un sourire. C'était le nom de la nouvelle employée qu'Esmée et Miguel avaient embauché il y a quelques temps.
« C'est super, lui dis-je en souriant. Cela signifie que toi et Esmée seraient enfin libres. J'espère que ça n'a pas été trop fastidieux de passer toutes ces semaines au magasin. Je sais que l'endroit peut être calme par moments »
Miguel secoua la tête. « Ça a été loin d'être fastidieux, Bella, assura-t-il.
– Je ne pourrais te remercier assez pour avoir pris soin de tout, dis-je maintenant plus sérieuse. La librairie a été le centre de ma vie ces dernières années, et c'est agréable de savoir qu'elle est entre de bonnes mains.
– Ce fut avec plaisir, déclara Miguel d'un ton sincère. Et aussi compétente que soit Nora, je pense qu'Esmée pourrait être en fait un peu réticente à laisser la librairie derrière elle – tu n'es certainement pas la seule à être charmée par l'endroit »
Souriant à son compliment, je l'ai regardé se diriger vers la voiture et s'éloigner. Il était facile de voir pourquoi Miguel était parfaitement compatible avec Esmée. Je ne pouvais toujours pas dire que je le connaissais très bien, même si je l'avais vu beaucoup plus au cours du dernier mois. Il semblait doux par nature, un peu comme Carlisle et Eleazar, mais il me rappelait aussi un peu Jasper. Parfois, il y avait du sérieux chez Miguel, de la gravité, et je me demandai si c'était à cause de son passé humain difficile.
Écoutant les sons de la conversation venant de l'intérieur de la maison, je m'attardai un instant dehors pour rassembler mes pensées et apprécier l'odeur du printemps et de la pluie. Je sortis du porche pour descendre les escaliers en me demandant combien d'années il me faudrait pour m'habituer à toutes ces odeurs dont j'avais été complètement inconsciente en tant qu'humaine. Insouciante de la pluie trempant mes cheveux et vêtements, j'ai fermé les yeux et tourné mon visage vers le ciel gris de l'après-midi.
J'entendis la porte d'entrée derrière moi s'ouvrir et se fermer, et j'ai souri en sentant une présence chaleureuse derrière mon dos. Des bras forts s'enroulèrent derrière moi, des lèvres douces effleurèrent ma tempe.
« Est-ce que tout va bien ? » demanda calmement Carlisle.
J'ai hoché la tête. « Je profite juste de la pluie. Ça sent bon »
Il gloussa doucement. « Je trouve attachant que tu prennes plaisir à des choses simples comme celle-ci.
– C'est peut-être la nouveauté. Cela passera peut-être dans quelques décennies, dis-je avec un sourire en répétant ce qu'il avait dit il y a quelques temps à propos d'Emmett et de son empressement à nous sortir des commentaires inappropriés. Peut-être que dans dix ans, je trouverai l'odeur de la pluie complètement ennuyeuse et je n'évoquerai plus d'amusement chez les autres en m'extasiant sur les choses les plus ordinaires »
Carlisle gloussa de nouveau. « Je ne sais pas, murmura-t-il. J'en ai été témoin des centaines de fois au fil des saisons et pourtant je ne m'en lasse pas. Je ne pense pas que ce soit quelque chose auquel on puisse s'habituer. Le soleil est nouveau tous les jours, après tout »
Je me retournai dans son étreinte. « Héraclite ? » demandai-je.
Il sourit et acquiesça. La pluie assombrissait rapidement ses cheveux, les gouttes froides et claires qui coulaient sur son visage s'accrochaient à ses cils. Il tendit la main pour écarter un rideau humide de mon visage, ses yeux fixant les miens.
« Es-tu inquiète ? interrogea-t-il. A propos de l'arrivée de Véronique ? »
Je mis mes mains sur ses épaules, m'appuyant plus près de lui. Ses bras s'enroulèrent autour de ma taille. « L'es-tu ? »
Il fronça pensivement les sourcils. « Je suis prudent en ce qui la concerne, peut-être, admit-il.
– Quand tu es allé en Italie avec Eleazar, l'as-tu rencontrée ? demandai-je.
– Je l'ai vu brièvement oui, mais je ne lui ai pas parlé »
J'ai hoché la tête. J'étais sur le point de dire autre chose, mais une forte inspiration venant du troisième étage de la maison attira mon attention. Le halètement fut suivi d'un murmure ténu et agacé.
« Isabella Marie Swan. J'aurai ta tête pour ça, je le jure… »
Je me mordis la lèvre pour ne pas rire – apparemment, Alice avait trouvé le tas de vêtement en ruine que j'avais laissé plus tôt sur le lit. J'avais depuis longtemps accepté le fait qu'il n'y avait pas d'intimité dans cette maison et surtout autour d'Alice, et cela m'étonnait un peu maintenant qu'elle avait semblé ignorer le fait que j'avais ruiné une autre tenue de Carlisle – peut-être avait-elle appris à filtrer certaines choses quand il s'agissait de ses visions, et qu'elle venait seulement de découvrir le crime que j'avais commis.
« Quoi ? demandai-je innocemment en sachant qu'elle pouvait m'entendre. Pourquoi mon nom est cité au milieu ?
– Tu sais très bien pourquoi, répondit-elle. Cette chemise c'était du Valentino. Du Valentino, Bella »
Je roulai des yeux, me joignant au rire tranquille de Carlisle. Prenant sa main, j'ai commencé à le tirer avec moi vers la forêt qui entourait la maison. Il me suivit sans protestation.
Peut-être que lui aussi pensait qu'il serait plus sûr de mettre une certaine distance entre nous et Alice avant qu'elle ne détourne son attention des vêtements ruinés pour se concentrer sur la couette déchirée et la tête de lit cassée.
Le jardin derrière la maison était complètement silencieux. Il était minuit passé, et j'ai pu voir le scintillement des étoiles à travers le mince voile de nuages, me faisant me demander si la journée serait claire demain. La pelouse ne s'était pas encore remise de l'hiver ; elle était brune et inégale, craquant sous mes chaussures pendant que je marchais ; la température devait avoisiner le zéro. Je me dirigeai vers le milieu du jardin où se tenaient Carlisle et Eleazar qui avaient une conversation feutrée. Ils se tournèrent tous les deux vers moi alors que je m'approchais.
« Alice a dit que ce ne serait plus que l'affaire de quelques minutes », dis-je, les nerfs flottant soudainement au creux de mon estomac.
Carlisle hocha la tête, tendant la main pour me tirer contre son flanc. J'avais le sentiment que cela l'apaisait autant qu'à moi.
Ces cinq derniers jours d'attente pour l'arrivée de Véronique avaient été longs et légèrement frustrants. Tout le monde semblait énervé par le fait qu'un des Volturi était sur le point de marcher jusqu'à notre maison – enfin, tout le monde excepté Emmett. Il était même maintenant au fond du jardin et à quelques pas de la limite des arbres. Il était resté là toute la journée, à attendre.
Carlisle poussa un soupir résigné alors qu'il regardait Emmett allait et venir avec impatience. Je l'avais entendu discuter plus tôt avec Eleazar pour savoir si nous devrions tous être présents à l'arrivée de Véronique – ils ne voulaient pas lui donner l'impression d'être menaçants. Cela m'avait fait réaliser à quoi nous allions ressembler de son point de vue. Qu'elle soit des Volturi ou non, elle ferait face à dix vampires et dès qu'elle se rapprocherait suffisamment, elle pourrait sentir que cinq d'entre nous possédaient un don si mon bouclier non développé était inclus. La situation pourrait la rendre défensive car elle serait définitivement désavantagée.
Finalement, Carlisle et Eleazar avaient décidé – peut-être pour faire taire les protestations d'Emmett – que nous serions tous là lorsque Véronique arriverait. Il avait été décidé cependant que seuls Eleazar, Carlisle et moi-même l'approcherions et que les autres resteraient en retrait.
J'entendis les portes vitrées sur le salon s'ouvrir, et bientôt le bruit des pas calmes et rythmés d'Alice atteignit mes oreilles. Jasper était juste derrière elle, et bientôt le reste des Cullen nous rejoignit également, Miguel et Esmée venant en dernier.
Alice s'arrêta à côté d'Eleazar. « Bientôt, dit-elle ses yeux dans le vague.
– Emmett », appela calmement Carlisle.
Grommelant dans un souffle, Emmett tourna le dos aux bois et se dirigea vers nous, allant directement vers Rosalie et l'entourant d'un bras.
Carlisle me jeta un bref coup d'œil avant de resserrer son bras autour de moi. Puis nous nous sommes tous tournés un par un pour regarder la ligne des arbres en arborant des expressions variées. J'ai remarqué que Jasper était prudent et tendu alors qu'Edward avait l'air à la fois impatient et curieux. Tout le monde cessa de respirer quand un son ténu atteignit nos oreilles ; il y eut un léger craquement alors que quelqu'un marchait sur de la mousse gelée.
Carlisle lança un coup d'œil à Edward.
« Elle se méfie, dit Edward dans un souffle en répondant à la question silencieuse de Carlisle. Elle sait que nous l'attendons – Aro l'a probablement renseignée sur les détails et lui a dit que nous avions les moyens d'anticiper son arrivée »
Carlisle acquiesça, se retournant pour regarder à nouveau la forêt. Après quelques secondes, le bruit de pas feutrés atteignit nos oreilles ; apparemment Véronique avait décidé qu'il était inutile d'essayer de cacher son approche.
Quand elle émergea finalement de la nuit, ses mouvements étaient prudents mais néanmoins sûrs, me rappelant la façon gracieuse dont un jaguar se déplaçait. Elle était grande – plus grande que Rosalie – et je pensais distraitement qu'elle pourrait être sa sœur aînée avec ses cheveux blonds mi-longs. Son visage était plus anguleux que celui de Rosalie, mais pas moins beau. Même si elle avait l'air jeune, elle était clairement plus âgée que moi ou Esmée – j'ai estimé qu'elle devait avoir environ trente ans ou peut-être quelques années de plus au moment de sa transformation en vampire.
La couleur profonde et rouge sombre de ses yeux attira mon attention, même si je savais à quoi m'attendre. Ils étaient aiguisés, ses yeux, attentifs alors qu'elle saisissait rapidement notre groupe silencieux en attente. L'expression sur son visage était prudente, mais distante. Maintenant, je savais ce qu'Edward avait voulu dire il y a quelques jours – elle semblait réservée, presque renfermée.
Je remarquai distraitement qu'il y avait une cape grise drapée sur ses épaules. Je me souvins que Carlisle m'avait dit une fois que la couleur de la cape était une indication du statut du garde plus elle était foncée, plus le vampire était considéré comme précieux.
Il y a eu un moment où personne n'a bougé ni fait de bruit. Puis, Carlisle a recommencé à respirer à côté de moi. Son bras se resserra encore une fois alors qu'il me jetait un bref coup d'œil. J'ai hoché la tête, m'approchant de lui alors que nous commencions à traverser le jardin à pas lents et calmes. Eleazar est entré dans le pas de mon autre côté.
Nous laissâmes une bonne vingtaine de mètres entre nous et Véronique ; elle avait regardé notre approche avec ce même regard inexpressif dans les yeux. Quand nous nous sommes arrêtés, je l'ai vue jeter un autre regard sur le reste des Cullen – peut-être qu'elle était surprise qu'ils soient restés en arrière, ou peut-être qu'elle faisait une évaluation de la menace.
Son attention revint sur nous lorsque Carlisle commença à parler.
« Bienvenue, dit-il calmement. Nous t'attendions »
Véronique rencontra le regard de Carlisle. Un coin de ses lèvres bougea imperceptiblement – c'était le sourire le plus mince que je n'ai jamais vu.
« Oui, répondit-elle. Je peux voir ça » Sa voix était claire comme le carillon d'une clochette, mais légèrement plus profonde que celle d'Alice ou de Rosalie. Elle jeta un autre coup d'œil aux vampires disséminés dans le jardin.
« Je crois que nous nous sommes rencontrés brièvement il y a quelques semaines, continua agréablement Carlisle, mais je crains que nous n'ayons pas été correctement présentés. Je suis Carlisle, et voici ma famille » Il se tourna pour regarder tout le monde. Je n'ai pas manqué le regard de surprise qui brilla dans les yeux de Véronique à la mention du mot « famille ». L'émotion fut rapidement remplacée par quelque chose comme du chagrin, mais je pensai alors que je devais l'avoir imaginé parce que ses yeux eurent une lueur lointaine presque immédiatement. Je ne savais pas si Carlisle l'avait remarqué – il récitait nos noms, me mentionnant en premier et finissant par Edward et Eleazar. Les yeux perçants de Véronique se posèrent sur Edward – peut-être parce qu'elle était plus familière avec lui que nous autres, mais bientôt son attention revint à Carlisle.
« Aro envoie ses salutations, déclara-t-elle formellement. Je suis sûre que tu es déjà au courant de la raison de ma venue. Je suis ici pour voir le nouveau-né »
Ce fut Eleazar qui répondit : son ton était poli et agréable, mais il y avait un timbre caché dans ses mots. Je ne savais pas si Véronique l'avait remarqué, et si c'était le cas, il était possible qu'elle n'en connaissait pas la raison.
« Je suis certain qu'Aro est très impatient de t'entendre et de savoir si notre accord a été respecté, déclara-t-il. Je suis sûr qu'il sera plus qu'heureux d'apprendre que nous avons tenu notre part du marché malgré le fait que Caius semblait avoir eu d'autres plans »
Lorsque Véronique n'a pas répondu aux paroles d'Eleazar, Carlisle se tourna vers moi. J'ai rencontré son regard avant de me tourner vers Véronique, en verrouillant mes yeux sur elle. Elle sembla comprendre l'implication sans mot – je me demandai si elle venait seulement de réaliser que le nouveau-né qu'elle était venue voir était en réalité moi. Elle ne s'était peut-être pas attendue à quelqu'un d'aussi calme. Elle prit en compte mon apparence, ses yeux rouges et obsédants explorant les miens. La couleur de mes yeux dut la prendre aussi au dépourvue – ils n'étaient plus d'un rouge vif cramoisi, mais d'un orange rougeâtre un peu terne. Le sang animal avait commencé à diluer la couleur étonnamment rapidement.
« Quel âge a-t-elle ? » Véronique regarda Carlisle et Eleazar pour obtenir une réponse comme si je n'étais même pas présente.
« Elle a été transformée il y a un peu moins d'un mois, répondit Carlisle. Au cas où tu te poserais des questions sur la couleur de ses yeux, elle se nourrit uniquement d'animaux »
La lueur sur ses traits était maintenant ouvertement douteuse. Elle me donna un dernier coup d'œil avant de regarder le groupe de vampires derrière notre dos. L'expression lointaine sur son visage disparut momentanément – elle avait l'air presque perplexe.
Je fus surprise d'entendre Edward commencer à parler ; apparemment, il répondait aux pensées de Véronique.
« Tout cela est très possible, dit-il doucement. Mener un style de vie paisible comme le nôtre est un choix que tous les vampires peuvent faire, si seulement ils le veulent »
Même si la couleur des yeux de Véronique était très chaude, leur lueur devint soudain froide. Le masque précédent d'indifférence reprit sa place et elle redressa les épaules. Cela me rappela la façon dont un soldat attire l'attention.
« Mais tu le sais déjà, pas vrai ? » Edward continua doucement en ignorant la différence évidente de la position de Véronique. « Une vie paisible n'est pas une chose que tu ne connais pas du tout après tout, pas vrai ?
– Edward », dit Jasper à voix basse d'un ton plein d'avertissement.
Un sifflement ténu quitta les lèvres de Véronique, une émotion plus profonde remontant à la surface avant qu'elle ne se reprenne. Je me demandai comme elle y était parvenue – Edward avait eu raison plus tôt. Elle avait vraiment un esprit contrôlé.
« Les Volturi sont pacifistes », déclara-t-elle. Sa voix était ferme mais il y avait une légère fêlure. « Et ils maintiennent la paix dans notre monde depuis des millénaires »
Je me demandai ce qu'Edward avait découvert dans ses pensées et ce qui la rendait si défensive maintenant.
« Ce n'était pas dans mon intention d'être en désaccord avec ça, dit calmement Edward. Je ne faisais que souligner un point et j'essayais de dire qu'il existe des options sur la façon dont la majorité de la communauté des vampires vit. Je pense que tous ceux qui se tiennent ici en sont la preuve vivante »
Je vis les yeux de Véronique balayer à nouveau notre groupe. Elle nous étudia comme elle l'avait fait de nombreuses fois auparavant au cours des derniers instants, et je réalisai maintenant que ce n'était pas parce qu'elle essayait de faire une évaluation de la menace comme je l'avais pensé plus tôt.
Elle était perplexe à propos de ce qu'elle avait vu, peut-être même un peu curieuse. La mer de yeux dorés à elle seule avait dû être un spectacle étrange, mais je me demandai à quel point la dynamique de notre clan inhabituel la laissait perplexe. Nous étions complètement à l'aise et détendus les uns avec les autres, après tout. Même si nous considérions Carlisle comme une sorte de leader et peut-être aussi Eleazar, il y avait un respect mutuel entre nous tous. Il n'y avait pas de hiérarchie stricte, pas de rangs, pas de supérieurs ou de subordonnés, pas d'ordres à suivre aveuglément et sans réserve. Voir un clan fondé sur l'amour plutôt que sur le contrôle devait lui sembler plus qu'étrange. Si le style de vie que Carlisle avait fondé par compassion était une curiosité pour tout vampire moyen, à quel point semblions-nous particuliers à un membre des Volturi ?
Quelqu'un – peut-être Edward – avait estimé il y a quelques semaines que Véronique avait servi les Volturi pendant une vingtaine d'années tout au plus. C'était un court laps de temps du point de vue de n'importe quel vampire plus âgé, mais pour moi, cela paraissait être long. Malgré la couleur gris foncé de sa cape, il était possible qu'elle soit considérée comme une jeune recrue parmi les Volturi. Mais même ainsi, elle avait dû voir beaucoup de choses pendant le temps où elle les avait servis, et j'avais le sentiment que nous voir comme nous étions maintenant, n'était pas quelque chose auquel elle était entièrement habituée. Il y avait encore du doute et de l'incrédulité dans ses yeux alors qu'elle nous regardait. Puis, elle cligna des yeux et leva légèrement la tête, et son apparence entière parut changer. La lueur dans ses yeux était à nouveau lointaine, presque comme si elle s'était fermée.
Son attention alla à Eleazar. « Je sens en toi un don apparenté », dit-elle, sa voix toujours complètement formelle.
Eleazar ne fut pas perturbé par le changement soudain de sujet. Il acquiesça. « Comme moi à ton encontre. J'ai déjà servi les Volturi, tout comme tu les sers maintenant. Aro te l'avait-il dit ? »
Elle acquiesça. « Il t'envoie également ses salutations et m'a dit de te dire que son vieil ami Eleazar lui manquait. Il m'a dit que tu étais un atout inestimable »
Le rire d'Eleazar fut un peu sec. « La vie à Volterra a ses avantages. Mais je suis assez heureux où je suis maintenant.
– Tu fais partie de ce clan ?
– D'une certaine manière, répondit-il. J'ai une famille à moi en Alaska, et nous avons toujours considéré la famille de Carlisle comme faisant partie de la nôtre, et vice versa »
Véronique cligna lentement des yeux. Je savais qu'elle l'avait fait pour cacher sa surprise – cligner des yeux n'était pas exactement une fonction naturelle pour un vampire. Elle regarda Eleazar un instant de plus avant de se tourner de nouveau vers Carlisle et moi.
« J'ai reçu les informations pour lesquelles je suis venue ici, nous dit-elle en se préparant apparemment à partir. C'est l'espoir d'Aro d'avoir un jour l'opportunité de te rencontrer dans l'avenir. Il a dit que Volterra vous accueillera chaque fois que vous le désirerez »
Carlisle acquiesça poliment. « Merci. Peut-être accepterons-nous l'invitation dans les années à venir, une fois que Bella aura le plein contrôle de sa soif »
Les yeux rouges et obsédants de Véronique se tournèrent vers moi. Elle m'étudia un instant en silence, ses yeux se plissant légèrement. « Je n'ai jamais rencontré un nouveau-né qui n'avait pris une seule vie. Mais là encore, je rencontre rarement des vampires qui mènent une existence comme celle-ci. Aro sera plus qu'impressionné par ta maîtrise »
Je lui fis un sourire ironique et serré. « Cela ne concerne pas tellement la maîtrise de soi, mais les conseils que j'ai reçus depuis le tout début »
Véronique ne dit rien à cela. Elle passa un moment de plus à m'étudier de ses yeux implacables avant de lancer un autre regard incrédule sur les vampires aux yeux dorés répartis dans le jardin. Le reflet de la vieille et belle maison de l'autre côté du jardin se refléta dans ses yeux rouges avant qu'elle ne se détourne d'un seul mouvement fluide.
Sa cape gris foncé traîna sur le sol alors qu'elle disparaissait sans bruit dans la nuit, laissant des dizaines de questions dans son sillage.
Notes de l'auteur : la phrase « Il y avait quelque chose d'étrange dans la manière dont Jasper prononçait le nom des Volturi. Il le disait avec respect, presque avec révérence » est une référence à Eclipse. « Le soleil est nouveau tous les jours » est une citation d'Héraclite. « Je suis Carlisle, et voici ma famille » vient de Twilight. La ligne de Bella : « Pourquoi mon nom est cité au milieu ? » est une référence à la série télévisée Friends (The One With All The Cheesecakes).
NDT : bon ça avance un peu maintenant, et on entre dans un nouveau virage. Qui pense que cette visite inattendue va produire des effets possiblement inquiétants ?
