Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.

Merci à noominaome pour sa review ainsi qu'à Lia et bon début de semaine à tous !


« Le mystère ultime est soi-même »

- Sammy Davis Jr. -


Agitation silencieuse

« Elle a été impressionnée par nous »

La voix d'Edward était pensive. Il se tenait près des portes vitrées du salon, regardant dehors dans le jardin et les yeux fixés sur l'endroit où Véronique s'était tenue quelques temps auparavant. Nous nous étions rassemblés à l'intérieur peu de temps après son départ, certains d'entre nous encore trop tendus pour s'asseoir. Eleazar et Jasper faisaient les cent pas dans la pièce, et tous deux s'arrêtèrent aux propos d'Edward.

« Impressionnée ? » La voix de Rosalie était incrédule. « Elle me paraissait totalement arrogante »

Edward secoua la tête. « Elle a essayé de rester détacher de cette façon, mais la vérité est qu'elle n'était pas préparée à ce qui l'attendait ici. Je m'attendais à ce qu'Aro l'ait renseigné sur le genre de clan qu'elle allait rencontrer, mais apparemment pas. Elle a été surprise de voir à quel point… nous étions civilisés et pacifiques.

– Je suppose que tu as pu mieux comprendre ses pensées cette fois ? » demanda Carlisle. Il se tenait à côté du canapé où j'étais assise, le bout de ses doigts frôlant mon épaule de temps à autre. Il me touchait presque constamment depuis le départ de Véronique, semblant ne même pas s'en rendre compte. Je me demandai s'il avait été plus inquiet par sa visite qu'il ne l'avait laissé croire.

Edward fronça les sourcils. « J'ai toujours l'impression qu'elle essayait de continuellement cacher quelque chose, mais ses pensées ont continué à glisser. Dans l'ensemble, elle n'était pas si retirée et tendue comparé à son attitude lorsqu'elle m'a emmené en Italie. Il se pourrait qu'elle soit une personne très privée – mais là encore, elle est dans l'obligation de tolérer Aro. Le sens vie privée n'existe pas du tout à son contact, après tout.

– Qu'est-ce qu'elle cache alors ? » demanda Esmée. Elle était assise sur l'un des canapés à côté de Miguel, lui tenant la main. Alice était assise par terre à ses pieds. Je l'ai vue lancer à Edward un regard que je n'arrivais pas à déchiffrer.

« Et que voulais-tu dire quand tu lui as dit qu'une vie paisible était une chose qu'elle connaissait ? demanda-t-elle.

– Elle s'est énervée à ce sujet, ajouta Jasper également curieux. Je pensais presque qu'elle allait te sauter à la gorge. Pourquoi tes propos l'ont-ils autant bouleversée ? »

Edward fixa l'extérieur et le jardin pendant un moment de plus avant de se tourner vers nous avec un froncement de sourcils réflexif. Il hésita. « C'est un souvenir qui m'a fait dire ça.

– Un souvenir ? demanda Carlisle.

– De sa mémoire. A Véronique », expliqua Edward. Il fit une pause, croisant les bras sur sa poitrine. « Dès qu'elle est sortie des bois et qu'elle nous a vus, elle a été impressionnée par ce qu'elle a vu comme je l'ai dit il y a un instant. Mais il y a eu autre chose aussi. Je crois que quand elle nous a vu, elle s'est rappelé le clan auquel elle appartenait avant de rejoindre les Volturi. Cette vie lui manque comme cet ancien clan – c'était évident. Je n'arrêtais pas de voir des scintillements dans son esprit, des moments de la vie qu'elle vivait auparavant, mais elle repoussait ces pensées.

– Parce qu'elle ne voulait pas que tu les voies ? demanda Esmée.

– Probablement. Mais je ne pense pas que ce soit la seule raison » Edward se tourna vers Japer. « Je voulais te poser des questions à ce sujet. De temps en temps, as-tu eu l'impression qu'elle était…

– … en deuil, finit Jasper pour lui en hochant la tête. Elle a cependant rapidement supprimé cette émotion. Mais j'ai senti beaucoup de douleur en elle »

Je me souvins du scintillement de douleur dans les yeux de Véronique lorsque Carlisle avait prononcé le mot « famille ». J'avais pensé que je l'avais seulement imaginé, mais apparemment ce n'était pas le cas.

« A-t-elle quitté son ancien clan pour rejoindre les Volturi ? demanda Carlisle.

– Peut-être » Cependant, Edward n'avait pas l'air confiant. Il fronça les sourcils vers le sol pendant un moment avant de lever de nouveau les yeux. « Les brefs souvenirs qui lui traversaient l'esprit… ils étaient chaotiques, pleins de chaos. Et j'ai continué à entendre le terme « frère ». Je ne pense pas qu'elle ait quitté volontairement le clan. Je ne suis pas tout à fait certain que ce clan existe encore – il est possible qu'il ait été détruit à en juger par ce que j'ai vu de ses souvenirs. Je pense… » Il soupira et fronça les sourcils, rejouant apparemment les pensées de Véronique dans son esprit. « Je pense qu'il y a eu une bataille.

– Violences internes, suggéra Jasper. Même un clan de trois vampires – ou du moins un clan fonctionnel – est une chose rare. Surtout si le leadership n'est pas clair.

– C'est possible », acquiesça doucement Edward d'une voix incertaine.

Je savais que la famille Cullen et les Denali étaient plutôt uniques en la matière. Carlisle m'avait dit une fois que la formation de liens familiaux avait été possible pour eux en partie parce que leur existence n'était pas basée sur la compétition pour le sang humain et les territoires. Il avait dit qu'un clan n'avait pas besoin d'être très imposant pour devenir instable ; l'esprit de compétition pour le sang humain était si fort. Il avait dit que seule une relation profonde et significative ou le lien entre compagnons était suffisamment fort pour y survivre.

« Mais ça ne correspond pas, murmura Alice en fronçant les sourcils avec confusion. Il y a un instant, tu as laissé entendre qu'elle avait l'habitude de mener une vie paisibles avant de rejoindre les Volturi. Pourquoi cette paix se terminerait-elle soudainement par des violences internes ? Et pourquoi as-tu continué à entendre le terme « frère » ? »

Edward haussa les épaules, secouant la tête. « Quelque chose d'inattendu aurait pu se produire. Je ne peux même pas dire à quel point son ancien clan était grand ou pas. S'il était plus grand que la moyenne, il ne faut pas grand-chose pour le perturber. Je pense que Jasper peut en témoigner, étant donné son passé » Jasper eut un rire sec. Edward commença à se frotter le menton d'une manière très humaine. « C'est l'une des raisons pour lesquelles Véronique a été si impressionnée par nous. Elle nous a involontairement comparés aux Volturi – leur clan est évidemment le plus grand qu'elle n'ait jamais vu, et cela l'a surprise qu'il y ait tellement d'entre nous ici, et pourtant nous pouvons mener une telle existence civilisée sans leadership strict. Elle était également perplexe que nous nous abstenions tous de sang humain et de le faire volontairement, malgré le fait qu'il existe une solution beaucoup plus simple et agréable. Et puis bien sûr, elle ne pouvait pas vraiment ignorer le fait que certains d'entre nous possédaient un don. Elle n'a jamais rencontré une personne comme Alice auparavant. Tout cela la faisait se sentir mal à l'aise. La pensée d'un clan avec tant de vampires doués vivant si… ordinairement, sans but d'obtenir du pouvoir… ça la dérangeait. Les Volturi sont évidemment le seul autre clan talentueux qu'elle a vu, et ils visent tous à maintenir le pouvoir et à en gagner plus. En fait, elle a continué à imaginer ce qui se passerait si certains d'entre nous rejoignait la garde. Elle sait qu'Aro donnerait cher pour que certains d'entre nous se joignent à eux »

Un sifflement involontaire sorti presque de ma bouche, mais j'ai pu l'arrêter. Quelque chose dans mes émotions – et sur mes traits – dut changer cependant, parce que Jasper me jeta un coup d'œil, tout comme Edward.

« Cela fait parti de son mode opératoire, me dit Edward d'un ton apaisant. C'est ce qu'elle fait, après tout. Elle voyage à travers le monde et cherche des humains à fort potentiel et des vampires doués qui pourraient intéresser Aro. Comme Eleazar l'a déjà fait.

– La défends-tu ? demanda Emmett, incrédule. Et qu'est-ce qui te rend si obsédé par son passé ? Qu'importe qui elle est et d'où elle vient, ou ce qui lui est arrivé dans son ancien clan ? Pourquoi es-tu si intrigué par elle ?

– Intrigué est un mot un peu extrême, répondit Edward en lui lançant un regard agacé. Je suis juste curieux, c'est tout. Il y a quelque chose en elle qui ne correspond pas. Il y a quelque chose que la rend différente du reste de la garde. Je ne sais pas ce que c'est, et je ne sais pas pourquoi, mais… » Il s'interrompit, haussant les épaules.

« D'accord. Mais ça importe ? demanda Emmett plus lentement cette fois comme si Edward était un peu lent.

– Pas vraiment, j'imagine.

– C'est exact. Elle est venue, elle a vu, elle est partie, et bientôt elle sera de retour en Italie. Aro lira dans ses pensées et il sera ravi de découvrir qu'Afton n'a pas tué Bella et qu'elle est maintenant un vampire et peut-être un bouclier. Il va baver après elle pendant quelques siècles jusqu'à ce qu'il tombe sur quelque chose de plus intéressant. Ne sois pas offensée, petite », ajouta-t-il en me souriant. J'ai roulé des yeux. « Et nous – nous vivrons heureux pour toujours. Le dossier est clos. Pas vrai ? » Il n'attendit la réponse de personne et tendit la main vers la télécommande et parcourut l'écran plat, le laissant en mode silencieux.

« A propos du bouclier de Bella, dit Eleazar en adressant ses mots à Edward. Que pensait Véronique d'elle ?

– Je pense que son don à identifier les vampires doués pourrait être un peu plus approfondi que la tien. Elle nous lisait tous comme si le nom de nos dos était écrit sur notre front. Elle avait du mal à lire Bella cependant, tout comme tu as eu des difficultés à le faire à chaque fois que tu as essayé. Cela la rendait perplexe au début évidemment, mais elle semblait tirer la même conclusion que toi – que Bella doit posséder un bouclier mental quelconque. Quelque chose en elle lui rappelait Afton et Renata »

Eleazar hocha la tête. « Aro sera intéressé d'entendre ça »

Ses paroles m'ont fait penser à ce que Véronique avait dit à Carlisle et moi avant son départ – que nous serions les bienvenus pour rencontrer les Volturi à tout moment. Cela me contrariait un peu que cela ne semble pas être suffisant pour Aro de juste obtenir une confirmation de ma transformation. Il devait me voir de ses propres yeux. Sa curiosité pour les personnes talentueuses n'était pas seulement de la simple et saine curiosité – c'était une obsession tout comme Alice l'avait dit une fois.

Même si mon opinion sur les Volturi avait toujours été un peu biaisée et que je les avais toujours vu comme des méchants, je pouvais admettre que leur statut dans le monde vampire était important. Je savais que la loi du secret devait être respectée par n'importe quel moyen afin de garder notre monde caché des humains. Mais malgré tout, j'avais le sentiment que les Volturi s'attendaient à ce que tout le monde leur soit redevable d'une manière ou d'une autre en raison de leur statut royal et supérieur. J'en détestais même l'idée.

N'était-ce pas suffisant que nous vivions en paix avec les humains ? N'était-ce pas suffisant que nous leur cachions notre vraie nature ? Bon sang, puisque nous et les Denali vivions uniquement de sang animal, nous attirions beaucoup moins l'attention que la plupart des vampires. Cela semblait un peu déraisonnable d'être constamment dans la ligne de mire des Volturi. Et juste parce que j'avais un don – ou simplement parce qu'Edward avait un don, ou Alice, ou Jasper, ou n'importe qui – cela ne devrait pas signifier qu'Aro pouvait nous appeler quand il le souhaitait pour une étude et une inspection plus approfondies. Cela me donnait le sentiment qu'il voyait des vampires talentueux comme des trophées plutôt que comme des êtres individuels et qui ressentent.

C'était peut-être pour cela que l'invitation cordiale d'Aro à venir les voir à Volterra ne ressemblait pas du tout à une invitation. Cela ressemblait à un ordre. Ce qui provoqua une agitation profonde et tacite en moi.

Je me demandai si je ne prenais pas trop les devants, laissant mon imagination prendre le dessus. Après tout, j'étais encore novice dans tout ça. J'ai étudié les visages autour de la pièce, sachant qu'ils avaient vécu pendant des décennies et des siècles dans ce monde, sous les quelques lois que les Volturi appliquaient depuis des milliers d'années. Étaient-ils aussi agités au début de cette existence ? Ce malaise en moi était-il quelque chose qui s'estomperait avec le temps ?

Je l'espérais.

J'enviai Emmett à cet instant. Il avait calé ses pieds contre la table basse, les yeux sur l'écran du téléviseur. Il avait l'air complètement détendu – il aurait pu être un peu déçu quand il était devenu clair que la visite de Véronique n'apporterait aucun drame ou action à sa journée ennuyeuse, mais apparemment il était déjà passé à autre chose.

Cela semblait être plus ou moins le cas pour les autres également. Rosalie éjecta les pieds d'Emmett de la table basse – il y avait de la boue au bas de ses chaussures – puis elle disparut à l'étage avec Esmée et Alice. Miguel s'était levé du canapé et il se tenait entre Eleazar et Jasper. Les trois avaient maintenant une conversation tranquille entre eux. Carlisle serra doucement mon épaule et déposa un doux baiser sur ma tempe avant de les rejoindre.

Il n'y avait qu'une seule personne dans la pièce qui semblait partager ma calme pensivité. Quelques heures plus tard, alors que les premiers rayons du soleil levant finissaient par traverser l'obscurité, Edward regardait toujours de ses yeux dorés le jardin à l'endroit où Véronique s'était tenue.


L'agitation obscure qui me hanta après la visite de Véronique s'estompa peu à peu au fil des jours. J'en avais parlé avec Carlisle pour savoir si j'étais la seule à souffrir de cet étrange malaise. Il a admis qu'il avait espéré qu'une visite des Volturi apaiserait la curiosité d'Aro en ce qui me concernait, mais il m'a dit également qu'il s'attendait à ce qu'Aro ne lâche pas l'affaire. Carlisle ne trouvait pas l'idée de rendre visite aux Volturi très agréable, mais il avait accepté que nous devions faire quelque chose pour garder Aro satisfait. Maintenant que Véronique pouvait confirmer que j'avais un don, je savais que ce n'était peut-être pas une question de savoir si Aro voulait m'offrir une place dans la garde, mais c'était une question de quand.

Je me demandai en vain ce qui se passerait si nous ignorions simplement la demande d'Aro de nous rendre à Volterra. Combien d'années cela prendrait-il avant qu'il ne commence à se demander pourquoi je ne suis pas venue ? Dix ans ? Vingt ? Cent ? Alice avait dit une fois que les Volturi comptaient les années comme les humains comptaient les jours. Enverrait-il finalement quelqu'un pour me récupérer ? Ou viendrait-il ici de lui-même ?

Carlisle pensait qu'une visite en Italie à un moment donné dans l'avenir était le moyen le plus simple de résoudre la situation. Puisqu'il semblait se rapporter à la question de manière si calme et rationnelle, je sentis mes nerfs commencer à finalement se calmer aussi.

« Il faudra cependant beaucoup de temps avant que nous puissions même envisager de nous y rendre, me rappela-t-il. Cette première année en tant que vampire sera la pire pour toi. Après cela, tu apprendras lentement à surmonter ta soif de sang. Perfectionner sa maîtrise de soi peut prendre beaucoup de temps – il faut des années pour que certains vampires soient près des humains sans les tuer. Aro ne s'attendra pas à ce que nous lui rendions visite à Volterra de sitôt. Il est extrêmement patient quand il doit l'être »

J'ai hoché la tête, ses assurances faisant en sorte qu'une partie du poids que j'avais quittait ma poitrine. Ce poids avait semblé me plomber depuis la visite de Véronique.

« Une partie de moi veut juste en finir le plus tôt possible, je suppose, murmurai-je. Je n'aime pas l'idée qu'Aro se promène dans son château et se demande à quoi je ressemblerais dans une de leurs capes grises. Je ne veux pas qu'il prenne les devants sur l'idée et qu'il rêve que les rejoindre est une option que je pourrais réellement envisager »

Carlisle gloussa doucement. « Aro peut être persuasif, et il peut être extrêmement obstiné, mais il n'est pas complètement déraisonnable. Il a permis à Eleazar de partir quand il a trouvé Carmen, après tout »

J'ai hoché la tête en lui souriant. « J'ai hâte de revoir Carmen. Je me souviens d'elle du mariage d'Esmée et de Miguel, mais mes souvenirs humains sont un peu flous »

Carmen, Tanya et Kate arriveraient ici demain – son mari manquait à Carmen, et ce depuis qu'Eleazar avait décidé de rester à Ithaca pendant un certain temps, les Cullen avaient demandé que les Denali nous rendent visite car il était difficile pour nous de nous rendre en toute sécurité là-bas à cause de moi. Irina et Laurant ne viendraient pas cette fois – ils voyageaient à travers le monde, et apparemment ils ne savaient pas quand ils rentreraient. Cependant, ils avaient promis d'essayer de venir nous voir dans quelques semaines.

Je ne savais pas exactement pourquoi Eleazar voulait rester à Ithaca. Je savais qu'il valait mieux avoir autant de gens que possible quand il y avait un nouveau-né à éduquer, mais jusqu'à présent je m'étais avérée plus calme que les autres. J'avais le sentiment que c'était mon don non développé qui l'avait maintenu ici. Pour une quelconque raison, il semblait intrigué par lui et peut-être qu'il voulait en avoir une meilleur idée avant de se forcer à partir. Cela ne me dérangeait pas – je l'aimais bien, et je pouvais voir qu'il était un très proche et bon ami de Carlisle. J'avais remarqué qu'ils pouvaient facilement s'immerger dans une conversation pendant des heures.

Il y avait quelque chose dans mes propos récents qui fit maintenant sourire Carlisle. Il me regardait avec une étrange lumière dans les yeux. « A quel point sont-ils obscurs ? demanda-t-il. Tes souvenirs humains ? »

J'ai haussé les épaules. « Il y a des choses dont je me souviens plus clairement que d'autres. Je ne dirais pas que j'ai oublié quoi que ce soit, mais les souvenirs… c'est un peu comme si je les regardais à travers une fenêtre brumeuse »

Carlisle souriait toujours, cette étrange lueur ne quittant jamais ses yeux. Soudain, il se pencha pour m'élever dans ses bras. Un rire surpris et étonné quitta mes lèvres tandis que le sol disparaissait sous moi.

« Te rappelles-tu ça ? » demanda-t-il doucement alors qu'il commençait à me porter, pressant sa bouche contre la mienne. Nous étions actuellement dans son bureau, et il ouvrit facilement la porte avec son coude, me transportant dans notre chambre de l'autre côté du mur. Ses lèvres étaient sur les miennes pendant qu'il me portait, mais quand il me posa finalement sur mes pieds près du lit, il se détacha de mes lèvres.

Bien sûr, je savais qu'il faisait référence à ma dernière nuit en tant qu'humaine. Je me suis souvenue de la façon dont il m'avait portée jusqu'à ma chambre, et je me suis souvenue de mon rythme cardiaque battant dans mes oreilles et de la fraîcheur de sa peau, et comment mon corps avait tremblé sous son toucher.

Feignant l'oubli, je pinçai les lèvres d'une manière réfléchie. « Je ne suis pas sûre. Qu'est-ce que tu veux que je me souvienne ? »

Carlisle secoua la tête. « Bella, Bella… si inattentive. Il faut y remédier » Il reprit mes lèvres, ses mains prenant ma taille. Il commença à me soutenir jusqu'à ce que l'arrière de mes jambes touche le lit, et j'ai basculé en arrière tout en l'emmenant avec moi. Un soupir essoufflé quitta ma poitrine tandis que sa bouche abandonnait la mienne et se déplaçait au creux de ma gorge à la place.

« Tu te souviens maintenant ? » murmura-t-il contre ma peau.

J'avais du mal à former des mots pour lui répondre. « Euh… je pense que je commence à m'en rappeler, même si je pense que tu devrais continuer juste au cas où pour que je me souvienne de chaque détail. Je ne voudrais en oublier aucun, tu sais.

– Ce serait terrible », approuva-t-il d'une voix basse.

Une litanie de malédictions et de jurons retentit deux étages plus bas. « Je déménage », grommela Emmett. Il y eut un temps de silence avant que la voix calme d'Edward ne se fasse entendre.

« Je devrais peut-être venir avec toi », dit-il. J'ai essayé d'interpréter son ton. Au cours des deux dernières semaines, il avait commencé à venir même avec Carlisle et moi ici. Au moins, il ne nous évitait pas, mais une ou deux fois il avait eu l'air de devoir faire attention à son expression quand il avait vu Carlisle m'embraser, et une fois il était entré dans le salon alors que j'étais recroquevillée sur ses genoux. Cependant, ces gestes intimes avaient semblé être plus faciles à gérer pour Edward, et il y avait même eu une fois où il avait éclaté de rire quand Emmett m'avait fait une remarque graveleuse à propos de quelque chose.

« Nous avons une maison à Rochester, non ? » Emmett avait poursuivi la conversation, plein d'espoir.

J'ai entendu comment les cheveux d'Edward ont effleuré son col alors qu'il secouait la tête. « Non. Esmée l'a vendue il y a quelques années.

– Zut.

– Je suppose que nous devons juste faire avec » Maintenant, Edward semblait clairement amusé, et je me sentis me détendre. Mais même s'il avait parcouru un long chemin en ce qui concernait ma relation avec Carlisle, l'intimité était quelque chose que je me suis retrouvée à avoir envie lors de moments intimes comme celui-ci. J'avais en quelque sorte accepté qu'il n'y avait pas d'intimité dans cette maison, mais il y avait des limites que je ne pouvais pas franchir. Au moins, pas encore. Peut-être que ce serait différent après un siècle ou deux.

Carlisle sembla arriver à la même conclusion. Il avait cessé d'agresser mon cou avec ses lèvres, mais il ne s'était pas retiré. Son corps me clouait toujours au lit, et sa main était maintenant en coupe sur ma visage, le bout de ses doigts dessinant des motifs sur ma peau.

Je tendis la main vers son autre main, la tournant pour regarder la montre autour de son poignet. J'ai froncé les sourcils à ce que j'ai vu et j'ai pincé les lèvres d'une manière boudeuse.

Il sourit à mon expression. « As-tu des réserves ? »

Je secouai la tête, ma bouche se fondant en un sourire. « Non. Je veux que tu y ailles. Tu vas cependant me manquer.

– Ce ne sera que quelques heures.

– Je sais » Je soupirai intérieurement à cette pensée. Même une minute sans lui semblait soudainement difficile, mais je fermai ma mâchoire d'une manière déterminée. Je le voulais pour lui – il était temps qu'il retourne vers le travail qu'il aimait tant.

Il y a quelques jours, Alice avait laissé entendre qu'il y avait une place pour un médecin dans l'un des hôpitaux locaux. Au cours des derniers mois, Carlisle n'avait pas travaillé à cause de notre situation, mais maintenant que le mystère derrière la vision d'Alice était résolu et que j'étais enfin vampire, il n'y avait plus de raison de s'inquiéter pour moi. C'était aussi un avantage que la visite des Volturi était passée et que nous n'avions plus à nous soucier de leur visite pour voir si nous avions respecté la partie de notre accord.

Malgré tout ça, convaincre Carlisle de postuler pour le poste n'avait pas été simple. Il avait dit qu'il avait prévu de rester à la maison au moins jusqu'à la fin de ma première année en tant que vampire. Je lui avais dit qu'il était libre de faire ce qu'il voulait et que je ne l'obligerait pas à postuler pour ce poste. Mais j'avais également souligné qu'il y avait suffisamment de gens – ou vampires plutôt – autour de moi pour me surveiller et m'accompagner dans des parties de chasse pendant son absence. Après cela, je n'avais plus rien dit à ce sujet pendant quelques jours, voulant qu'il réfléchisse et prenne la décision de lui-même. Finalement, il avait consenti en demandant encore une fois si j'en étais certaine. Je l'avais été.

« Mais si même une seule infirmière essaie de te faire des avances, je vais avoir besoin que tu démissionnes », lui avais-je dit à moitié sérieuse. Il avait ri, puis il avait été sur le point de rouler des yeux tandis qu'Emmett avait déclaré que même tous les médecins et infirmiers de sexe masculin allaient divorcer de leur femme avant la fin de la première journée de Carlisle à l'hôpital.

Après un second regard sur sa montre, Carlisle se recula de moi avec un soupir et se leva. Il remit en place ses vêtements, et je m'apprêtai presque à l'aider avant de me rattraper juste à temps. Il était plus probable que je les lui arracherais par accident. J'avais commencé à appréhender ma force petit à petit, et je ne cassais plus absolument tout ce que je touchais. C'était un progrès, au moins.

Assise sur le lit, je le regardai alors qu'il se dirigeait vers le placard et sortait une cravate bleu pâle de la même couleur que sa chemise. Avant qu'il n'ait la chance de l'enfiler, je me levai du lit et allai vers lui, lui prenant la cravate. Souriant, je me levai sur la pointe des pieds et l'enroulai autour de son cou, me concentrant durement pour utiliser le moins de force possible alors que je nouais habilement le nœud et le redressais. Je dus cligner des yeux en le voyant – il avait exactement la même apparence que la première fois où je l'avais vu aux urgences toutes ces années auparavant. C'était un peu déroutant.

« Nerveux ? lui demandai-je avec un sourire taquin. Après tout, c'est ton premier jour dans un nouvel hôpital »

Carlisle gloussa. « Je ne dirais pas nerveux – je l'ai fait des milliers de fois. Mais je suis peut-être dans l'expectative » Il me fit un autre sourire éblouissant, et j'ai soudain espéré que ces sourires ne fussent réservés qu'à moi. J'espérai vraiment qu'il ne sourirait pas ainsi aux infirmières…

« Alice ou Rosalie auraient-elles un rouge à lèvres ? demandai-je d'un ton exagérément décontracté. Ou Esmée ? »

Carlisle fronça les sourcils, désarçonné par ma question. « Je ne peux dire. Pourquoi ? »

J'ai haussé les sourcils, me rapprochant de lui. « Eh bien, tu sais… j'envisagerais de laisser une tache ici » J'ai laissé traîner le bout de mon index le long de son col avant de toucher la ligne de sa mâchoire. « Et une tache là-bas… » Mon doigt se dirigea vers le creux de sa gorge. « Et aussi ici… » Puis je touchai ses lèvres. « Mais pas là. Ça pourrait être bizarre »

Sa poitrine trembla de rire. Puis il se pencha pour capturer mes lèvres dans un baiser brûlant. « On pourrait penser que tu revendiques tes droits en voulant laisser des taches de rouge à lèvres sur les vêtements et ma peau, murmura-t-il contre ma bouche.

– Tu te plains ?

– Mon Dieu, non. Mais ton action est plutôt inutile. Tu sais déjà que je t'appartiens, et seulement à toi »

J'ai souris. « Mais les infirmières de l'hôpital ne le savent pas »

Après avoir placé un doux baiser sur ma joue, il se recula. « Cette erreur se doit d'être rectifiée d'une manière ou d'une autre »

Fronçant les sourcils avec confusion à ses mots, je le regardai se déplacer dans la pièce et rassembler son manteau et sa mallette noire. Je le suivis en bas alors qu'il s'apprêtait à partir, et alors que nous passions devant le salon en allant vers la porte, je fis un doigt à Emmett quand je remarquai qu'il me faisait des grimaces ennuyeuses. Jasper gloussa, et quand Rosalie tendit la main pour taper l'arrière de la tête d'Emmett, Edward se mit à rire doucement.

Je me tins sous le porche et regardai Carlisle monter dans sa Mercedes noire, levant la main pour lui dire au revoir. J'ai réalisé que ce serait la première fois depuis des semaines que nous nous séparions pour plusieurs heures. Carlisle me fit un sourire chaleureux avant de partir. Cela me fit soupirer.

J'étais certaine cependant que le souvenir de son sourire me soutiendrait pour le reste de la journée.