Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.

Merci à Elieene pour sa review ! ça me rassure de voir que quelques uns suivent encore cette histoire malgré cette longue pause.


« Aimer quelqu'un, l'aimer vraiment, est un privilège

et si c'est merveilleux de savoir que cette personne vous aime aussi, il est injuste d'exiger ou d'attendre cette réciprocité.

Nous devrions considérer que c'est pour nous une chance, un honneur, une bénédiction, que de posséder la capacité d'éprouver une telle tendresse,

et nous devrions en être reconnaissants, même quand cet amour n'est pas partagé.

L'amour est le seul jeu où l'on est gagnant même quand on perd »

- Tom Robbins, Tibetan Peach Pie : A True Account of an Imaginative Life -


Où le soleil ne se couche jamais

Il n'y eut pas un moment de silence dans la maison au cours des deux semaines suivantes. Non pas que cela avait été si calme auparavant – Jasper et Emmett avec leurs combats au corps à corps occasionnels s'en étaient assurés – mais l'arrivée des Denali sembla en augmenter l'intensité. Cela ne me dérangeait pas. C'était en réalité plutôt sympa que, de nuit comme de jour, il y avait toujours une ondulation de conversation dans la maison.

Comme je ne savais pas durant combien de temps les Denali resteraient, j'ai passé beaucoup de temps avec eux afin de mieux les connaître. Je continuais également de m'entraîner avec mon bouclier sous la direction d'Eleazar mais mes progrès étaient lents et frustrants. Depuis que Carlisle avait commencé à travailler, il n'était pas toujours disponible pour aider. Et il était vain de pratiquer sans lui. Comme mon maigre contrôle sur le bouclier paraissait être plus instinctif et inconscient qu'il n'était délibéré, cela signifiait que je ne pouvais que me protéger ainsi que lui. Eleazar déclarait que cela allait probablement changer avec le temps. Il semblait croire que je serais capable de mieux me concentrer une fois ma phase de nouveau-né terminée. S'habituer à tous ces instincts et réactions incontrôlables était assez distrayant, et il me rappelait de ne pas faire plus que je ne pourrais gérer, me disant que la seule personne qui finirait frustrée à la fin, serait moi.

Par conséquent, je repoussais pour le moment les pensées d'apprendre à contrôler mon don, pensant que j'aurais un temps infini pour en explorer les possibilités et le potentiel à l'avenir. Je tournais mon attention vers d'autres choses, des choses sur lesquelles je pouvais réellement progresser.

J'apprenais notamment petit à petit à contrôler ma force surhumaine – Jasper, Carlisle et parfois même Edward étaient d'une grande aide quand il s'agissait de ce point. Ils continuaient de me soumettre à une série d'exercices chaque jours, à partir d'actions simples comme tenir un stylo ou fermer la fermeture éclair de mon manteau, pour finalement travailler vers des choses plus ardues et nécessitant une certaine concentration comme écrire un texto. Cela renforçait lentement ma discipline. La clé était d'être consciente à tout moment et de faire attention à ces choses continuellement, mais ils m'assuraient que dès que ma force incroyable de nouveau-né serait partie, tout deviendrait dix fois plus simple.

Bien que je n'arrachais plus les poignées de porte par accident grâce à ces exercices quotidiens, malgré cela, j'étais encore beaucoup plus forte que le reste des vampires de la maison – apparemment Emmett était dans une sorte de déni concernant ce point. Il n'arrêtait pas de me défier pour des parties de bras de fer tous les deux jours, et il perdait toujours, mais cela ne l'empêchait pas de me défier encore et encore. J'avais envisagé l'idée de lui arracher le bras et de le conserver un jour ou deux pour bien lui faire comprendre qu'il n'était pas de taille contre moi, mais je ne voulais pas énerver Rosalie. Elle faisait peur quand elle se mettait en colère.

Au cours de ces quelques semaines, j'ai également commencé à approfondir ma tolérance face à l'odeur humaine. Je continuais de porter mes vieux vêtements qu'Alice et Rosalie avaient rapportés de mon appartement, me forçant à ignorer la brûlure sèche dans ma gorge qui devenait dix fois pire à chaque fois que j'inhalais. Cependant, j'ai réalisé plus tard que ma propre odeur humaine diluée n'était rien en comparaison des tentations auxquelles Carlisle faisait face chaque jour.

Je ne pouvais comprendre comme il faisait. Chaque fois qu'il rentrait de l'hôpital, j'étais partagée entre le fait d'aller le voir et de m'enfuir. L'odeur qui s'accrochait à sa peau et à ses vêtements était… fascinante. Même s'il y avait d'autres odeurs mêlées à l'odeur fraîche des humains, comme des désinfectants et autres fortes odeurs, je me suis retrouvée à être complètement embrouillée par le lourd nuage d'arômes qu'il apportait avec lui. Il était également extrêmement simple de dire quand il avait travaillé avec du sang. Et c'était encore plus facile à dire quand il l'avait fait avec beaucoup, beaucoup de sang.

Il prenait toujours une douche et se changeait après son temps de travail pour m'épargner de l'inconfort et de la douleur, mais il y avait des moments où je lui demandais de le reporter. Après tout, c'était un moyen sûr et efficace de développer ma résistance. Pendant ces moments où il rentrait à la maison, sentant l'humain d'une odeur merveilleuse et appétissante, mes pensées allaient vers Rosalie, et je ne pouvais m'empêcher de me demander comment elle avait réussi à être si près des humains si peu de temps après sa transformation afin de se venger de son fiancé. J'avais un tout nouveau respect pour elle, et pour les autres aussi. Chacun d'entre eux avait vécu la même chose des décennies plus tôt. Le savoir me donnait espoir et réconfort.

Façonner ma résistance à l'odeur humaine et apprendre à discipliner ma force avaient eu des conséquences néfastes, et parfois j'avais l'impression d'avoir besoin d'un dérivé à toute cette concentration et cette tension mentale. J'avais remarqué que la chasse et la course étaient de bonnes manières de se défouler, mais ce n'était pas quelque chose que je pouvais faire tous les jours. Je ne voulais pas impacter sur la faune en chassant trop souvent, d'autant plus que mon aire de chasse actuelle était plutôt restreinte. Même si la maison était à bonne distance de la ville et des établissements humains les plus proches, j'ai réalisé à quel point la zone était limitée d'un point de vue vampire.

Ou tout du moins, c'était limité de mon point de vue de nouveau-né. Je n'étais pas autorisée à aller trop loin de la maison, surtout s'il y avait du vent. Même si la forêt autour de la demeure était vaste et que j'avais appris à l'aimer – principalement parce que Carlisle m'y amenait très souvent pour de longues promenades – au fil des semaines, je me suis rendu compte pourquoi tant de vampires étaient nomades. Même si j'avais finalement appris à considérer la maison des Cullen à Ithaca comme la mienne, une nouvelle soif de nouveauté s'éveillait en moi. Peut-être que c'était un truc de vampire, ou peut-être que c'était le résultat d'être coincée dans les environs de la maison depuis tant de semaines. En fait, je ressentais une flèche de désir à chaque fois que les membres de la famille de vampires commençaient à planifier leur prochain voyage de chasse, demandant aux Denali s'ils étaient intéressés à l'idée de visiter certains États ou refuges fauniques.

Apparemment, c'était la raison pour laquelle Carlisle avait voulu que nous passions mon année de nouveau-né en Alaska – peut-être savait-il que je finirais par m'ennuyer assez rapidement. Mais je ne me plaignais de rien. Être isolée quelques mois était un petit prix à payer si cela signifiait que la vie de quelqu'un pourrait être épargnée. Par conséquent, j'étais déterminée à souffrir en silence, gardant mes sentiments pour moi alors qu'Esmée, Miguel, Rosalie, Emmett et les Denali se sont engouffrés un jour dans deux jeeps et sont partis. Ils prévoyaient de se rendre quelque part au Kansas. Emmett avait été excité par ce voyage durant des jours, continuant de déblatérer sur les ours noirs et leur goût unique. Et quand ils revinrent cinq jours plus tard, il était heureux que je ne l'ai pas croisé tout de suite.

Carlisle devina mon humeur – je ne sus comment. Cela n'aurait pas dû me surprendre, car il avait toujours été très perspicace en ce qui me concernait. Il me réconforta en me rappelant que la phase de nouveau-né n'était que cela – une phase. Il me dit qu'avec un peu de chance, dans un an, j'aurais plus de retenue sur ma soif. Il proposa également de réduire son temps à l'hôpital pour qu'il puisse passer plus de temps avec moi, mais je refusais d'en entendre parler. J'étais en réalité presque près de lui en vouloir d'avoir suggéré une chose comme ça.

« Es-tu devenu stupide ? » lui demandai-je lorsqu'il souleva la question un soir de mai alors qu'on faisait une longue promenade. Ma voix résonna fort dans la forêt tranquille. J'ai arrêté de marcher devant lui, pour lui faire face. « Penses-tu honnêtement que je te demanderais de faire ça pour moi ? »

Mon indignation ne sembla que l'amuser. « Au contraire. Je suis certain que tu ne me demanderais jamais de le faire, répondit-il.

– Exactement, lui dis-je en soupirant. Parce que je sais à quel point tu aimes ton travail.

– Je l'apprécie énormément, admit-il. Mais je t'aime toi. Et tu viendras toujours en premier pour moi, Bella, peu importe face à quoi d'autre »

J'ai senti une partie de mon irritation fondre. Comment pourrais-je être en colère contre lui quand il disait des choses comme ça ? Le fixant, je laissai échapper un profond soupir et tentai de trouver quelque chose à dire.

Un sourire tira sur les lèvres de Carlisle. « T'ai-je réduite au silence ? » demanda-t-il d'un ton taquin et amusé. Il secoua la tête, feignant le choc. « Mon Dieu, cela doit être la première fois »

Je l'ai poussé du bras. « Oh, arrête » Je passai devant lui, mais il attrapa ma taille et m'obligea à me retourner, souriant maintenant ouvertement.

« Je trouve ça très mignon quand tu es irritée contre moi, murmura-t-il à voix basse alors que ses lèvres effleuraient les miennes très légèrement.

– Oh ? Tu ne me trouves pas du tout intimidante ? Je suis toujours un nouveau-né, après tout. Tout pourrait me perturber à tout moment. Tu devrais être plus prudent avec moi à moins que tu ne veuilles perdre un de tes membres.

– Je suis assez confiant au fait que je puisse te gérer, murmura-t-il tandis que son nez frottait contre mon oreille.

– Confiant ? Je pense que le terme est plutôt arrogant »

Il gloussa, se reculant pour me regarder. Ses mains se déplacèrent de ma taille vers le bas de mon dos, me rapprochant de lui.

« Plus sérieusement, dit-il alors que tout amusement quittait sa voix. Tu passes en premier pour moi, Bella. S'il te plait, n'en doute jamais.

– Et ce n'est pas le cas. Tu sais pourquoi ? Parce que tu passes en premier pour moi. Et je pensais ce que j'ai dit avant – je ne te demanderais jamais d'abandonner ou de réduire quelque chose que tu chéris si cher. Je pense que sauver des vies est une priorité en tout cas par rapport à mon ennui occasionnel » J'ai roulé des yeux, me sentant stupide d'avoir à dire quelque chose de si évident. « Et en plus… ce n'est qu'une phase comme tu l'as dit. Elle ne durera pas éternellement. Dans quelques mois, je pourrais être suffisamment prête pour me promener seule sans avoir à craindre de prendre accidentellement un randonneur pour collation. Et même si cela prend plus de temps… ça vaudra le coup. Je serai satisfaite de devoir rester coincée à l'intérieur de quatre murs pendant dix ans si c'est ce qu'il me faudra pour développer une maîtrise de moi adéquate. Je ne veux pas mettre la vie de quiconque en danger »

La main de Carlisle serra ma joue. « Je peux déjà dire que ça ne prendra pas dix ans. Tu as prouvé que tu es beaucoup plus calme que tout autre nouveau-né que j'ai jamais vu. Cela en dit long que tu puisses tolérer l'odeur sur mes vêtements après mon retour à la maison de l'hôpital.

– Je peux le tolérer, oui, mais je ne peux pas dire que c'est facile.

– Ce n'est pas censé être facile, Bella. Surtout si tôt. C'est mon point de vue. Tu ne vois pas à quel point tu te débrouilles bien » Il secoua la tête avec perplexité, un petit sourire étirant ses lèvres. « Et Bella ? Quel que soit le temps qu'il te faudra pour contrôler ta soif… que ce soit un an ou vingt, je le rattraperai au centuple. Pour chaque jour que tu dois être confiné près de la maison, pour chaque moment de frustration et de mécontentement… je trouverai un moyen de racheter ce temps perdu.

– Il n'y a rien à racheter, lui dis-je doucement. Tu n'as rien à rattraper. Au contraire » Je m'arrêtai, mes yeux fixant les siens. « Tu sais… je ne t'ai jamais remercié, pas vrai ? D'avoir sauvé ma vie il y a toutes ces semaines.

– Tu n'as pas besoin de me remercier pour ça, ma chérie.

– Je pense que si » Je soutins son regard, caressant ses joues de mes pouces. « C'est… c'est une existence incroyable. Cela ne fait que deux mois de cette vie, mais je peux déjà te dire qu'elle est pleine de merveilles. Et j'ai hâte de voir ce qui m'attend – ce qui est devant nous. Les mots ne peuvent décrire à quel point j'attends avec impatiences toutes ces choses à venir – parce que je sais que le meilleur reste à venir »

Il a souri. « Je ne peux qu'être d'accord. Et j'ai hâte de partager ces choses avec toi. J'ai hâte de te montrer le monde – je veux que tu le voies avec moi. Lorsque tu seras capable de te fier à toi pour être près des humains, quand tu ne craindras plus ta propre nature… je t'emmènerai à tous les coins du monde. Je traverserai tous les océans de cette terre avec toi, et je trouverai un endroit pour nous où le soleil ne se couche jamais, et s'il n'en existe pas, je ferai en sorte que quand il se lèvera à l'est, je serai là pour le regarder avec toi tous les jours et aussi longtemps que tu le souhaites »

Cet élan émouvant de mots me frappa de stupeur. Je laissai échapper le souffle que j'avais retenu ; je n'avais pas voulu que le son de mes inhalations et exhalations interfère avec son ténor doux. Je plaçai mes mains pour encadrer son visage, et je l'ai juste regardé car j'avais perdu tous mes mots. Mes yeux picotaient – c'était étrange que les larmes refusent de couler, que mon corps ne puisse plus produire et exprimer par cette manifestation physique le tourbillon de mes sentiments. « Tu me donnes déjà tellement, Carlisle », murmurai-je.

Il a juste souri. « Je veux te donner plus »

J'ai secoué la tête. « Tout ce que je veux, c'est toi »

La lueur dans ses yeux dorés était soudainement sérieuse, profonde. Quelque chose bougea sur ses traits alors qu'il me regardait pendant un moment sans fin. « Je suis à toi », murmura-t-il. Il prit doucement mes mains de son visage, les enlaçant avec les siennes. Puis, il fit un petit pas en arrière, me tenant toujours les mains, et soudain tout sembla passer au ralenti alors qu'il mettait un genou à terre devant moi.

Je l'ai regardé, incapable de faire autre chose. Je voulais lui demander ce qu'il faisait, je voulais donner une tournure verbale à la montée d'émotions qui me traversaient, au choc qui sembla faire basculer le monde autour de moi puis le faire virevolter follement. C'était la première fois en tant que vampire que je me sentais comme déséquilibrée, comme si j'étais instable sur mes pieds.

Carlisle lâcha ma main droite et saisit la gauche, la tenant pendant que son autre main allait dans la poche de son manteau. Il sortit une petit boîte noire. J'étais vaguement consciente qu'il l'ouvrit et la pressait contre ma paume. Je ne l'ai pas regardé – mes yeux étaient fixés dans les siens.

« Je suis à toi, répéta-t-il doucement. Dans tous les sens du terme, je suis complètement tien. Je ne m'appartiens plus, Bella – je ne m'appartiens plus depuis longtemps. Tout ce que j'étais, tout ce que je suis, et tout ce que je pourrais être un jour… est en ta possession. Chaque partie de moi. Ma vie, mon cœur, mon âme… tout cela n'a aucun sens pour moi à moins que j'aie l'honneur de les partager avec toi » Sa voix ne vacilla jamais ; ses yeux ne quittèrent jamais les miens. « Isabella Swan… veux-tu m'épouser ? M'accorderais-tu l'honneur d'être ma femme ? »

Toujours capturée par l'intensité de ses yeux, toujours instable sur mes pieds, je laissai échapper un souffle tremblant. Même si tous mes cheminements de pensées s'étaient momentanément arrêtés, mon esprit était soudainement très clair. Ma voix fut calme et frêle, s'approchant d'un murmure, mais elle n'avait aucune hésitation. « Oui »

Il était impossible de décrire la lueur dans les yeux de Carlisle. C'était plus profond que de la joie, plus fort que l'émerveillement. Il me fixa pendant quelques secondes sans fin avant que la prise de sa main ne se desserre autour ma main gauche. Cela me rappela le souvenir de la petite boîte qu'il avait pressé dans ma main il y a un instant, et je baissai les yeux pour la voir.

Dans la boîte, il y avait une belle bague en argent. Elle n'était ni extravagante, ni excessive, et c'est exactement ce qui la rendait si belle – sa modeste simplicité. Je ne m'étais jamais beaucoup souciée des bijoux, mais cette bague… elle était magnifique. Il n'y avait vraiment pas d'autre mot pour la décrire. La bague possédait des entrelacs complexes semblables à des vignes entrelacées avec une seule petite topaze d'ambre dorée. C'était le soleil capturé et immortalisé.

Les yeux de Carlisle ne quittèrent jamais mon visage alors qu'il prenait l'anneau de l'écrin et le glissait à mon doigt. Puis, il se redressa lentement, ses mains allant jusqu'à ma taille et me tirant presque avec exigence près de son corps. Sa bouche fut à la fois douce et féroce alors qu'il se saisissait de mes lèvres, me tenant si près de lui que je pouvais sentir chaque centimètre de son corps alors qu'il se pressait contre le mien. Le baiser était si plein de sensations qu'il me coupa le souffle, me faisant haleter l'air dont je n'avais nul besoin.

Et la lueur sur son visage quand il se détacha finalement de mes lèvres, ses bras me tenant toujours fermement… si le baiser avait été à couper le souffle, la lueur dans ses yeux me laissa complètement sans voix.

Et si la topaze dorée qui ornait la bague était immortalisée par le soleil… alors le visage de Carlisle, ses prunelles, son sourire, et cette façon qu'il avait de me regarder sans rien dire… c'était l'amour personnifié.


« Tu aimes ? »

La voix de Carlisle était silencieuse et basse, comme les bois autour de nous.

J'ai étudié l'anneau sur mon doigt un peu plus longtemps, me tournant pour lui faire un doux sourire. « Je l'adore », dis-je doucement.

Il frotta mon cou de son nez avant de presser un doux baiser dans le creux de ma gorge. « J'espérai que ce soit le cas » Ses bras se resserrèrent autour de moi, et je me retournai dans son étreinte, passant mes jambes sur ses genoux. Le rocher sur lequel nous étions assis était froid après la fraîche nuit de printemps mais le corps pressé contre le mien était chaud. Très chaud.

Carlisle prit ma main gauche dans la sienne, son pouce caressant la gemme d'ambre dorée. J'avais aussi envie de la toucher, mais j'avais trop peur de la briser. C'est pourquoi, je me suis contentée d'admirer le jeu de lumière précédent l'aube sur sa surface subtilement scintillante.

« C'est de la topaze impériale, murmura Carlisle alors que ses yeux étaient pensifs en regardant la bague. En as-tu déjà entendu parler ? »

J'ai secoué la tête – mes connaissances sur les bijoux étaient plutôt limitées.

« C'est la variété la plus rare de topaze. Les anciens Grecs pensaient que c'était une pierre puissante qui pouvait augmenter la force du porteur et même le rendre invisible, révéla-t-il en souriant. Certains disaient que la sagesse de Dieu y résidait à l'intérieur, et qu'en porter rendait l'esprit plus fort. Les anciens Egyptiens et Romains de leurs côtés, l'associaient au dieu du Soleil, prêtant à la gemme le pouvoir de protéger et guérir. Elle symbolise également l'amour et la fidélité »

Je souris, pas vraiment surprise qu'il semble en savoir autant sur ces choses. « J'ai l'impression que tu as réfléchi longuement au choix de la bague », le taquinai-je en posant mon bras droit sur son épaule.

Une expression curieuse passa sur son visage. « Oui, eh bien… »

Une pensée me vint. Je le regardai avec les yeux plissés, sondant son expression de plus près. « Tu n'as pas simplement choisi une bague que tu aimais, c'est ça ? demandai-je. Tu l'as fait spécialement pour moi »

Il sourit, me jetant un coup d'œil sous ses cils. « J'avoue ma culpabilité »

Je secouai la tête et regardai la bague, essayant de ne pas penser à combien elle avait dû coûter. Carlisle mesura mon expression, tendant la main pour écarter une mèche de cheveux égarée sur mon visage. « Tu n'es pas contrariée » Cela ressemblait plus à une question.

« Eh bien, c'est évidemment trop, dis-je en lui adressant un petit sourire et roulant des yeux. Mais je pensais ce que j'ai dit. Je l'aime vraiment, et cela en dit long alors que je n'ai jamais été attirée par les bijoux » Je m'arrêtai, remarquant qu'il me regardait toujours comme s'il s'attendait à ce que j'explose. « Tu t'attendais à ce que je pique une crise ? »

Il hésita. « Eh bien… »

Je ris de son expression. « Très bien. J'avoue que j'ai toujours eu du mal à accepter les cadeaux, surtout s'ils coûtent une fortune » Je lui lançai un regard acéré, le faisant timidement sourire. « Mais tu vois quand on y pense… si l'argent n'était pas un problème pour moi et si tu n'avais pas déjà tout ce dont tu as besoin… il n'y a rien au monde qui m'empêcherait de te faire un cadeau précieux. Je vois donc où tu as voulu en venir »

Il inclina la tête pour embrasser l'endroit derrière mon oreille. « Tu as raison – j'ai déjà tout ce dont j'ai besoin. Eh bien, excepté une chose » Il déposa un doux baiser sur mes lèvres. « Je veux être ton mari » Un autre tendre baiser. « Je veux que tu sois ma femme.

– Et je le serai, lui dis-je avec un sourire en levant mon annulaire. Nous en sommes à mi-chemin, à moins que tu ne l'ai pas remarqué. Ou n'y faisais-tu pas attention ? »

Il en rit. « Ce que je veux dire, c'est que je me retrouve soudainement extrêmement impatient de t'épouser.

– N'est-ce normalement pas les mots de la mariée ? demandai-je. De s'exciter au sujet de la robe et de la couleur du bouquet et de la musique et de la liste des invités ? Et d'être une véritable boule de nerf le jour J ? »

Il rit doucement. « Puisque tu ne rentres pas dans cette catégorie, je pense qu'il est assez certain de dire qu'Alice assumera ce rôle »

J'ai fermé les yeux. « Oh. Mon. Dieu. Elle va être en mode mariage à notre retour, pas vrai ? »

Carlisle rit à nouveau doucement et sourit – il en avait fait beaucoup au cours des dernières heures. « Certainement. Pourras-tu vivre avec ? »

Je pris une profonde inspiration. « Eh bien, oui. Je pense que oui. Après tout, nous avons survécu au mariage d'Esmée et Miguel, pas vrai ?

– Peut-être parce que ce n'était pas notre mariage », commenta-t-il d'un ton sec mais amusé.

J'ai ri doucement. « Eh bien, Miguel et Esmée y ont également survécu.

– C'est vrai » Ses bras se resserrèrent autour de moi et je me blottis contre sa poitrine, posant ma tête sur son épaule. « Quels sont tes sentiments concernant tout ça ? demanda-t-il soudain. Concernant le mariage, je veux dire »

Je fronçai les sourcils à sa question, ne sachant pas ce qu'il voulait dire. « Eh bien… puisque tu m'as fait ta demande il y a quelques heures, et que depuis j'ai dit oui, je pense que je ne suis pas vraiment une personne anti-mariage si c'est ce que tu te demandes »

Son menton se pressa contre le sommet de ma tête, et je l'entendis rire doucement. « Je déduis ce fait par moi-même. Je suppose que je repensais à cette conversation que nous avions eue à ce sujet il y a quelques mois. Tu t'en souviens ? C'était la nuit où je suis parti pour l'Italie avec Eleazar pour aider Edward »

J'ai hoché la tête. Le souvenir de cette nuit était tout à fait vivace – ou à tout le moins aussi clair que les souvenirs humains pouvaient l'être. « Et alors ? »

Carlisle resta silencieux pendant un moment, ses doigts dessinant des motifs oisifs sur la longueur de mon bras. « Cette nuit-là, tu as dit que tu pourrais avoir une position légèrement conflictuelle envers le mariage.

– Eh bien… je pense que c'était le cas auparavant, émis-je songeusement. Mais quand j'y pense vraiment… je ne sais pas dans quelle mesure ce point de vue s'est formée du fait de mes propres sentiments et opinions. Je suppose que ce qui est arrivé à mes parents a eu un impact dessus, et puisque ma mère a toujours eu un avis bien tranché sur le mariage à un jeune âge, comme je te l'ai dit ce soir-là… Peut-être que j'ai adopté sa position et certains de ses raisonnements tandis que je grandissais. Mais cela ne veut pas dire que je ne me suis jamais forgé ma propre opinion à ce sujet. Après tout, je savais la raison pour laquelle Renée était ainsi vis-à-vis du mariage du fait du sien raté avec Charlie, et à quel point cela a fini par affecter son opinion. Le chagrin… cela laisse une personne prudente. Elle protégeait son cœur depuis si longtemps avant de finalement rencontrer Phil. Et j'ai finalement réalisé qu'elle essayait peut-être de me protéger de la même blessure de regret qu'elle avait dû endurer. Ces opinions et arguments sévères qu'elle ne cessait de répéter étaient un moyen de me protéger » Je m'arrêtai, momentanément perdue dans mes pensées. « Elle était si jeune lorsqu'elle a rencontré Charlie. Ils se connaissaient à peine lorsqu'ils se sont mariés. Elle ne savait pas qui elle était, ou elle devait aller. Si elle l'avait rencontré quelques années plus tard, alors qu'elle était plus âgée et plus expérimentée dans la vie… » Je m'arrêtai et haussai les épaules. « Qui sait. Ils auraient peut-être été plus équilibrés et seraient même restés ensemble.

– Tu ne serais alors pas là, me rappela Carlisle. Si les choses ne s'étaient pas passés comme elles l'ont fait.

– Peut-être pas » Je soupirai, m'éloignant légèrement de lui pour voir son visage. Mes doigts ont commencé à tripoter les cols de sa chemise. « Renée ne cessait de me le rappeler également. Bien qu'elle n'ait jamais caché son avis et ses pensées sur les mariages hâtifs, elle ne m'a jamais fait ressentir qu'elle regrettait de m'avoir eu. Elle n'a jamais oublié de me parler des bonnes choses qui sont sortie de son court mariage avec Charlie. Et… elle m'a rappelé une fois que je n'étais pas elle. Que je ne reproduirais pas ses erreurs. C'était peu de temps après que j'ai déménagé à Buffalo et rencontré Adrian, et je me remettais en question alors qu'il emménagé avec moi. Elle m'a dit alors que même si elle a dit beaucoup de choses sur le mariage et la stupidité de prendre des décisions rapides uniquement sur la base des sentiments… elle m'a rappelé que cela s'appliquait à elle. Elle m'a dit que ses décisions – et ses erreurs – étaient les siennes et que je finirais par faire mes propres erreurs » J'ai souri avec nostalgie. « Et lorsque finalement cela n'a pas fonctionné entre Adrian et moi… ma mère ne m'a jamais dit : je te l'avais dit. Je ne m'y attendais pas »

Carlisle frotta doucement le dos de ses doigts le long de ma joue. « Elle te manque beaucoup, n'est ce pas ? »

Je lui fis un sourire triste. « En effet. Elle a été ma meilleure amie pendant que je grandissais. C'est peut-être la raison pour laquelle je l'appelle habituellement par son prénom. Je sais que c'est bizarre, ajoutai-je avec désinvolture tout en baissant les yeux pour admirer à nouveau la bague. J'aurais aimé qu'elle soit là, et Charlie aussi, lorsque nous nous marierons. J'aurais aimé qu'ils puissent savoir à quel point je suis heureuse » Je savais qu'il ne servait à rien de m'étendre là-dessus, je savais que le dire à voix haute ne changerait rien. Mais donner une forme verbale à la nostalgie en moi me faisait me sentir plus légère. Et alors que la prise de bras de marbre se resserrait autour de moi, je me sentais plus réchauffée également.

« Je sais », murmura doucement Carlisle, son front se pressant contre ma tempe. Soudain, il gloussa doucement. « Je dois cependant me demander ce que ton père dirait s'il savait que tu es fiancé à un très vieil homme »

J'ai souri. « Eh bien, même s'il t'a toujours apprécié, je pense qu'il pourrait sortir très rapidement son arme » Nous rîmes tous les deux doucement. J'ai de nouveau appuyé ma tête contre son épaule et j'ai soupiré. Les premières éclaircies commencèrent à se fendre à travers les nuages au loin, signalant que la nuit était bientôt terminée. « Pouvons-nous rester ici ? demandai-je. Doit-on rentrer ? Dois-je vraiment parcourir les centaines de magazine de mariage dont Alice a à présent rempli la maison ? »

Il rit. « Bien sûr que non. Laisse-là digérer la nouvelle, et alors tu pourras lui dire que nous ne sommes pas pressés »

Je recula pour le regarder, confuse. « Mais il y a un instant, tu as dit que tu étais impatient de m'épouser, soulignai-je. As-tu changé d'avis ? »

Il secoua la tête en souriant. « J'ai vraiment hâte de t'épouser, bien entendu. Mais nous avons une éternité devant nous, et je n'ai pas l'intention de te presser à ce sujet. Si tu veux, nous pouvons faire la cérémonie dans un an, dans dix ans, ou dès demain… mais tout ce qui importe au final c'est que cela arrivera un jour. Sais-tu pourquoi ? Parce que tu as fait de moi l'homme le plus heureux du monde bien avant même que tu acceptes de me donner ta main. Bien avant »

Je fermai les yeux, posant mon front sur le sien. « Tu sais… éternité ou pas, je suis une personne qui aime saisir l'instant présent. Même si nous avons une quantité de temps infinie devant nous, je ne suis pas disposée à le gaspiller parce que je préfère attendre. Je sais que ça fait très cliché, et je sais aussi qu'il doit y avoir des immortels qui ne seraient pas d'accord avec moi, mais… la vérité est que la vie est trop courte pour attendre » J'ai reculé pour voir ses yeux. « Quand il s'agit de toi et moi… je suis tout à fait certaine. Je veux que tu le saches. Je veux être à toi, et je veux que tu sois à moi… de toutes les manières possibles. Je n'ai pas peur »

Les mains de Carlisle sont venues encadrer mon visage. « Moi non plus » Puis, il captura mes lèvres des siennes, la caresse de sa bouche alternant entre doux mordillements et des baisers plus exigeants. Je dus me rappeler qu'il devait très bientôt se rendre à l'hôpital… qu'il avait des devoirs à accomplir, et probablement de la paperasse à faire avant de partir… mais bon sang, rester consciente de ces choses était difficile alors que ses lèvres opéraient leur magie sur mes sens. Je me laissai aller un moment de plus, savourant la façon dont son corps se pressait contre le mien.

Et puis, avec une énorme quantité de volonté, je me suis détachée de sa bouche, me demandant négligemment quand je m'étais déplacée de ses genoux pour l'enfourcher. Je souris devant l'expression sombre et hébété de ses prunelles, tremblante alors que le bout de ses doigts se pressait contre le bas de mon dos pour m'empêcher de m'éloigner.

« Continue comme ça et tu vas manquer ton heure de travail à l'hôpital », lui dis-je en le faisant gémir d'une manière résignée. Il se pencha pour déposer un baiser de plus sur mes lèvres.

« Tu as raison, murmura-t-il contre ma bouche. Nous devrions y aller »

Soupirant, je m'éloignai de lui. Mes pieds heurtèrent le sol avec un bruit sourd tandis que je glissais du gros rocher sur lequel nous étions assis, et attendis que Carlisle atterrisse à côté de moi. Nous fîmes le chemin à travers la forêt main dans la main, à notre rythme et sans hâte.

L'aube se leva juste au moment où nous atteignîmes la maison. Des bruits de conversation dérivèrent jusqu'à nous, et je pus facilement distinguer la voix confuse et légèrement harcelante d'Emmett et les pulsions impatientes d'Alice alors qu'elle disait à quelqu'un de se dépêcher. Après avoir échangé un regard, Carlisle et moi traversâmes le jardin et pénétrâmes à l'intérieur par les portes vitrées.

Tout le monde nous attendait dans le salon – on aurait dit qu'Alice avait réussi à les y rassembler. Juste au moment où j'y entrais avec Carlisle, Eleazar et Carmen vinrent du couloir, Rosalie et Esmée à leur suite. Ils jetèrent un regard confus à Alice, confirmant mon intuition qu'elle était derrière ce rassemblement.

« C'est pour quoi ce sommet ? » demanda Emmett – apparemment Alice avait refusé d'expliquer la raison pour laquelle elle avait appelé tout le monde ici.

« Dans une minute », lui dit Alice en nous faisant un grand sourire à Carlisle et moi. Mes yeux trouvèrent Edward il se tenait de l'autre côté de la pièce avec Tanya et Jasper. Nos yeux se rencontrèrent. Au début, la lueur dans ses yeux fut difficile à lire, mais ensuite un petit sourire presque résigné courba ses lèvres. Le sourire était authentique, malgré son côté mélancolique.

Carlisle lâcha ma main, enroulant un bras autour de ma taille à la place. Il lança un regard amusé à Alice. « Je suppose que tu as gardé le secret durant ses dernières heures ?

– Oui, et ça me tue ! Je voulais que tu sois le seul à le partager cependant – après tout, je ne suis pas complètement déraisonnable »

Il en rit. « Merci Alice » Puis, il se tourna pour regarder les vampires rassemblés dans la pièce, respirant profondément avant de me regarder. J'ai souri et hoché la tête. Avant que Carlisle ne puisse dire quoi que ce soit, Emmett l'interrompit.

« On dirait que tu es sur le point de prononcer un discours », le taquina-t-il. Alice siffla.

Carlisle rit doucement. « Eh bien, peut-être pas un discours. Une annonce, plutôt » Son bras se resserra autour de ma taille, et il regarda à nouveau les vampires dans la pièce avant de se tourner vers moi. « Je voulais que vous sachiez tous que… Bella a accepté de m'épouser »

Un chaos de sons éclata ; il était difficile de dire qui disait quoi. Carmen et Esmée étaient probablement les plus bruyantes, toutes deux criant des choses inintelligibles alors qu'elles traversaient la pièce pour nous assaillir d'étreintes serrées. Durant les instants qui suivirent, je fus noyée sous les câlins et les baisers, et après un certain temps, je ne savais même plus à qui appartenait les bras de marbre qui me tenait. Alice se tenait au milieu de tout ce chaos, complètement immobile et souriant simplement. Je ne me souvenais pas de la dernière fois où je l'avais vu être si… sereine.

Je vis Rosalie serrer très fort Carlisle. Même si son sourire était un peu réservé, il n'en était pas moins authentique alors qu'elle nous regardait et nous félicitait. Emmett me fit un clin d'œil avant de lancer un large sourire à Carlisle. « Épouser une femme plus âgée ? Joli »

J'ai roulé des yeux. Je n'avais que trois ans de plus que Carlisle – physiquement du moins – mais bien sûr Emmett devait le relever.

Rosalie et Emmett s'éloignèrent tous deux alors qu'Edward s'approchait de nous, ses yeux fixés sur le visage de Carlisle. Je l'ai étudié attentivement, sachant que s'il avait traîné près d'une certaine vampire aux pouvoirs prémonitoires au cours de ces dernières heures, il devait être au courant de la demande en mariage de Carlisle en même temps qu'Alice. Je me demandai ce qui s'était passé dans sa tête quand il avait lu dans ses pensées, qu'il avait vu la vision de Carlisle agenouillé devant moi… s'était-il senti triste ? Amer ? Ou heureux pour son plus vieil ami, et pour moi également ?

Quoi qu'il ait ressenti, il semblait qu'il avait surmonté le plus fort du bouleversement émotionnel, s'il y en avait eu un. Il ne sourit pas en prenant la main de Carlisle, ne dit rien alors qu'ils se regardaient dans les yeux pendant ce qui me parut être un long moment. Je retins mon souffle, la tension soudaine entre eux me faisant me sentir mal à l'aise.

Puis cette tension éclata en une seule seconde alors qu'Edward secouait la tête, peut-être pour répondre aux pensées de Carlisle, ou peut-être pour autre chose. Un sourire tordu et familier se fraya un chemin jusqu'à son visage, et il éclata d'un rire doux qui allégea considérablement l'atmosphère. Je me suis soudain retrouvée à ravaler mon émotion alors que leur poignée de main se transformait en une étreinte cette vue me faisait ressentir des choses étranges.

Il était difficile de décrire l'expression de Carlisle lorsqu'ils se séparèrent. Je sentis une nouvelle paix en lui, et quelque chose comme du soulagement aussi alors qu'Edward lui murmurait de silencieuses félicitations. Peut-être qu'il avait été plus inquiet de la réaction d'Edward que je ne l'avais même su.

J'essayai toujours de surmonter les émotions positives causées par leur étreinte chaleureuse et fraternelle lorsqu'Edward se tourna vers moi. Il hésita.

Moi non.

J'ai essayé de ne pas le blesser en me jetant sur lui – je ne savais pas si j'avais réussi. Je l'ai entendu rire doucement alors qu'il enroulait ses bras autour de moi, me retournant mon étreinte après un temps d'hésitation. J'avais étreint Edward des centaines de fois toutes ces années auparavant, mais cette étreinte… était différente. C'était peut-être parce que nous étions différents. J'avais changé – c'était une évidence – mais j'ai réalisé qu'il y avait eu aussi des changements chez lui. Peut-être qu'après tout, les vampires n'étaient pas à l'abri de ces choses au fil du temps.

Ou peut-être qu'à la fin, c'était une question de choix.

« Félicitations Bella, dit-il doucement. Sois heureuse.

– Merci Edward. Je le suis », lui assurai-je en reculant. J'ai remarqué qu'il essayait de cacher une grimace – apparemment, je n'avais pas été si douce après tout.

« Alors dîtes-nous, commença Carmen lorsque je libérais Edward, avez-vous déjà choisi une date ? »

Carlisle et moi nous nous sommes regardés.

« Nous n'avons rien programmé, répondit Carlisle. Mais je pense que nous avons tous les deux convenu qu'il ne servait à rien de perdre du temps.

– C'est une bonne chose. Tu ne rajeunis pas, intervint Emmett.

– Ou plus, plutôt, fit remarquer Jasper.

– Combien de temps avez-vous l'intention de rester à Ithaca ? » demandai-je en regardant Carmen puis Eleazar. Nous n'en avions pas discuté avec Carlisle, mais il était évident que nous voulions tous deux que les Denali soient présents pour le mariage.

Eleazar échangea un regard avec Kate et Tanya. « Nous pensions retourner en Alaska dans un mois peut-être.

– Cela dépend du moment où Irina et Laurent se rendront ici, ajouta Tanya. Ils ont appelé hier soir, disant qu'ils passeraient probablement ici pour une visite dans peu de temps. Nous avions prévu de partir ensuite pour l'Alaska ensemble après ça.

– Dans un mois…, murmura Alice. C'est parfait, en fait. Eleazar, tu es toujours ordonné pour faire un mariage depuis celui d'Esmée et Miguel, pas vrai ? Je ne pense pas qu'un pasteur humain soit exactement une bonne option à ce stade de toute façon, émit-elle songeusement en me souriant. Mais un mois… c'est un peu juste… je veux dire, la robe, les décorations…

– Ne deviens pas folle s'il te plait, lui dis-je en faisant émettre un petit rire à Carlisle. Et tu dis que tu ne peux pas organiser un mariage dans un mois ? »

Elle roula des yeux. « Ne joue pas avec moi. Je peux tout faire en un mois, comme tu le sais. J'adore les défis. Mais un mois… bon sang… Vera Wang a une liste d'attente… je me demande si quelqu'un d'autre pourrait… ou peut-être… », marmonna-t-elle encore et encore, ses yeux devenant vides alors qu'elle cherchait l'avenir, probablement pour voir si ses plans étaient réalisables. Un froncement de sourcils soudain plissa son front. « Hum.

– Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Carmen.

Alice fronçait toujours les sourcils. Elle ferma les yeux et secoua la tête. Edward fit un pas en avant, ses yeux étaient intenses.

« Ça c'était quoi ? demanda-t-il. Alice, retournes-y. Qu'est-ce que c'était ? »

Elle secoua de nouveau la tête, ouvrant les yeux. Après une seconde ou deux, elle se détendit et expira. « Ça y est. Mais je me demande… » Elle échangea un regard confus avec Edward. « As-tu reconnu cet endroit ? »

Edward fronça les sourcils. « Newfield State Forest, je pense. Cette clairière… je l'ai pris en raccourci la semaine dernière quand je chassais.

– Que se passe-t-il ? demanda Rosalie. Quelle clairière ? Qu'as-tu vu, Alice ?

– Ouais, assez parlé en énigmes », grommela Emmett.

Les yeux dorés d'Alice étaient préoccupés. « Je ne pouvais pas voir le mariage se produire au début, admit-elle. C'était comme si quelque chose m'empêchait d'avoir une vue… comme si quelque chose gênait… »

Emmett donna un coup de coude à Edward. « Envisages-tu de causer des problèmes, Eddie ? »

Edward sourit à peine à sa plaisanterie, ses yeux étaient réfléchissants.

« Qu'est-ce que tu as vu, alors ? demanda Esmée. Qu'est-ce qui empêche le mariage ? »

Alice secoua la tête. « Eh bien, plus rien apparemment. Je vois que ça se passera dans trois semaines. Est-ce que ça vous va ? » nous demanda-t-elle à Carlisle et moi. Nous acquiesçâmes tous les deux.

« Bien. Il fera vraiment beau ce jour-là.

– Mais pourquoi as-tu eu du mal à le voir en premier lieu ? » demandai-je tandis qu'une sensation de malaise s'installait au creux de mon estomac.

Alice secoua la tête. « Eh bien, je ne peux pas toujours voir les choses immédiatement. J'ai dû trouver un jour où il ne pleuvait pas – ou nuageux également. Si vous vous mariez, alors autant le faire lors d'une belle journée. Et puis, j'ai dû m'assurer qu'Irina et Laurent seraient là ce jour-là – ce sera le cas d'ailleurs. Ils arriveront cette semaine.

– De quoi parlais-tu au sujet d'une clairière il y a un instant ? demanda Carlisle. Et qu'est-ce qu'il y a au sujet de Newfield State Forest ? Ce n'est pas si loin d'ici »

Ce fut Edward qui répondit. « Alice nous a vus tous debout dans une clairière quelque part dans le futur. Je suis presque sûre que c'est une clairière dans la Newfield State Forest – la forme est similaire.

– Pourquoi étions-nous là-bas ? »

Edward secoua la tête. « Je ne sais pas. Mais nous étions tous là, y compris les Denali, et Irina et Laurent également. Et… Garrett.

– Garett ? » demanda Carlisle. Le nom me semblait vaguement familier – je pensais l'avoir vu au mariage d'Esmée et Miguel, mais seulement brièvement. C'était un nomade, si ma mémoire était bonne, et un vieil ami de Carlisle.

« Je suis aussi perplexe que toi, dit Alice en haussant les épaules. Ce n'était qu'un scintillement, cependant – cela n'a duré qu'une demi-seconde. Peut-être que cela signifie qu'il viendra nous rendre visite bientôt.

– Mais pourquoi nous vois-tu tous dans cette clairière ? demanda Eleazar. Et pourquoi n'as-tu pas vu Garrett venir ici ?

– Il se peut qu'il n'ait pas pris sa décision. Comme je l'ai dit, ce n'était qu'un scintillement.

– Que cherchais-tu exactement quand tu as vu ça ? demanda Carlisle.

– Juste notre avenir en général. Ensuite, je l'ai limité à toi et Bella.

– Mais il t'a fallu un moment avant que tu ne puisses voir le mariage, murmura Edward presque comme pour lui-même.

– Il y avait des variables sur le chemin, lui rappela Alice. Comme la météo, l'arrivée d'Irina et Laurent… mais je le vois à présent. Tout est clair »

Rosalie, Esmée et les sœurs Denali voulurent alors voir ma bague, et elles passèrent quelques minutes à s'extasier sur le sujet. La vision d'Alice de cette clairière me resta cependant. J'essayai négligemment de me rappeler à quoi ressemblait Garrett – il y avait eu tellement d'invités au mariage d'Esmée et Miguel que je ne me souvenais pas de tous. Je me demandai si le scintillement d'Alice pourrait devenir plus clair avec le temps – peut-être que je ne rencontrerais pas Garrett avant longtemps. A moins qu'il ne lui arrive de changer d'avis et de venir pour une visite.

« A propos de Garrett, demandai-je plus tard à Carlisle alors qu'il se préparait à partir au travail. Il m'est venu à l'esprit de te demander… voudrais-tu l'inviter pour le mariage ? Ou tes autres vieux amis ? Ou ce sera juste nous et les Denali ? »

Carlisle avait fini de nouer sa cravate, la redressant en se tournant vers moi. « Il peut être difficile de localiser Garrett, émit-il songeusement. Puisqu'il est nomade, il est continuellement en mouvement. Il en va de même pour la plupart de nos autres amis qui n'ont pas de maisons permanentes. Alice a eu en fait du mal à tous les trouver à temps pour le mariage d'Esmée et Miguel. Quel est ton avis sur la question ? Que préfères-tu ? »

J'ai haussé les épaules. « J'ai aimé le mariage d'Esmée et Miguel bien entendu. Il y avait cependant beaucoup de vampires durant l'évènement, et cela m'a un peu déroutée »

Il hocha la tête, me rejoignant sur le lit où j'étais assise pendant qu'il s'habillait pour son travail. « J'ai pensé que tu préférerais peut-être pas avoir une grande foule d'invités, murmura-t-il. Cependant, nous pouvons réaliser tout type de mariage de ta préférence »

J'ai souri. « J'aime les choses petites et intimistes, avouai-je. Mais je voulais savoir ce que tu en pensais. Si c'est important pour toi d'avoir tes plus proches amis à ce moment-là, je n'ai rien contre. Je suis sûre que c'est une occasion assez rare où vous pouvez avoir la chance de tous vous réunir.

– C'est rare, admit-il. Mais puisque tu le demandes… j'ai toujours imaginé que ce ne serait que notre famille et les Denali. Je ne suis pas un adepte des foules non plus, dit-il en souriant. Nous aurons toujours l'occasion de rencontrer le reste de nos amis et connaissances plus tard » Il étudia mon expression, se demandant apparemment pourquoi je retenais un sourire. « Quoi ? »

Je secouai la tête, souriant maintenant ouvertement. « Tu imagines depuis longtemps notre mariage ? »

Il eut un rire penaud. « Eh bien… c'est quelque chose que j'attends avec impatience » Il prit ma main gauche dans la sienne, son pouce frôlant légèrement l'anneau. « Immensément »

Je souris, me penchant plus près pour l'embrasser. « Eh bien, tu n'es certainement pas le seul à ressentir ça »

Il fredonna contre mes lèvres, et je l'aurais volontiers gardé ici avec moi toute la journée. Mais le temps n'était pas de notre côté, et Alice dut appeler du rez-de-chaussée pour avertir Carlisle qu'il serait en retard s'il ne partait pas tout de suite. A contrecœur, je relâchai ses lèvres et le suivis en bas pour le regarder partir.

Alice ne cacha pas le fait qu'elle était impatiente de le faire sortir de la maison. « Nous allons parler de la robe, et le marié ne doit rien savoir, dit-elle sévèrement tout en tendant à Carlisle son manteau et sa mallette. Maintenant – dehors »

J'ai levé les yeux au ciel devant sa fougue fervente envers les traditions et superstitions du mariage, mais j'ai dû admettre qu'il y avait eu un serrement dans mon ventre au terme « marié ». Jeune marié. Fiancé. Carlisle.

Ne prenant pas la peine de cacher mon sourire à Alice, je dis au revoir à Carlisle puis suivis Esmée et Rosalie à l'étage. Je vis que Carmen avait déterré tous les magazines sur le mariage qu'elle avait pu trouver dans un délai aussi court. J'étais soudainement très confiante dans le fait que la sensation agréable qui flottait au creux de mon ventre allait me soutenir pendant les heures à venir.

Peut-être même durant les trois prochaines semaines.


Notes de l'auteur : lorsque Bella et Carlisle ont eu cette conversation sur le mariage, les mots de Bella sur sa mère et son mariage se réfèrent à la conversation qu'elle et Renée ont eue au début de Breaking Dawn.

La ligne d'Edward : « Sois heureuse » est une citation de New Moon.