Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.

Merci à Lia et Eileene pour leurs reviews.

Je m'excuse du temps de parutions entre les chapitres ces derniers temps, mais j'ai beaucoup à faire ces derniers temps. En tant que personnel soignant, je suis assez prise et surtout fatiguée durant mes temps de repos. Mais ne vous inquiétez pas, je compte bien finir de publier tous les chapitres restant avant la fin de l'année 2020. Bon courage à tout le monde !


« La peur estropie plus rapidement que n'importe quel instrument de guerre »

- Dan Brown -


Envahi par les ombres

L'après-midi se changea en soirée, et finalement la soirée s'assombrit en nuit. La lumière disparue ne fit que rappeler à quel point notre temps était limité. C'était en quelque sorte très déroutant de réaliser que la terre tournait toujours malgré tout ce qui s'était passé au cours des dernières heures. J'avais l'impression que tout mon esprit était en état de choc, et je ne pouvais pas comprendre comment il était possible que tout autour de moi ait changé si rapidement. Le monde était un endroit différent de celui d'il y a quelques heures ; je ne pouvais plus le reconnaître.

Mes yeux trouvèrent la bague de fiançailles à mon doigt. Je l'ai regardée ; déchirée entre avoir besoin de la voir et celui de ne pas le vouloir.

Plus tôt dans la journée, j'avais était complètement et parfaitement heureuse. Tellement heureuse que cela me faisait mal maintenant, comme s'il y avait de l'acide dans mes veines. Il était terriblement ironique que seulement quelques heures plus tôt, j'avais eu l'impression d'être en phase avec l'univers entier, comme si toutes les planètes s'étaient alignées et que tout allait bien dans le monde. Maintenant, j'avais l'impression que toutes ces planètes étaient tombées du ciel une par une, et que le monde s'était définitivement détourné du soleil. Il n'y avait plus que de l'obscurité autour de nous maintenant. De la peur. De l'incertitude.

Moins de deux semaines.

Le souvenir des mots calmes d'Edward résonna dans ma tête pour la millionième fois. Moins de deux semaines. Que se passerait-il après cela ? Combien d'entre nous seraient en vie pour voir ce qui nous attend ? Ou est-ce que nous mourrions tous ?

Il n'y avait qu'une seule chose dont je pouvais être vraiment certaine. La mort était quelque chose que je choisirais volontiers si l'autre option était de rejoindre les Volturi. Si Aro me voulait, il faudrait qu'il vienne me chercher lui-même.

Et si la vision d'Alice se réalisait… si Carlisle mourait en me protégeant… si le reste de ma famille de vampire ne serait plus… je me ferais un plaisir d'arracher mes membres un par un et de m'immoler. J'éviterais aux Volturi la peine de le faire eux-mêmes.

Je fixai le sol sombre à mes pieds, à peine capable de me concentrer sur la conversation autour de moi. C'était plus calme dans la pièce maintenant, que quelques heures plus tôt. Rosalie et Emmett étaient partis depuis longtemps – ils se dirigeaient vers l'Irlande pour informer le clan de Siobhan de notre situation. Irina et Laurent étaient également partis à la recherche de nomades. J'avais entendu les noms de Mary et Randall qui avaient été mentionnés, et apparemment, ils essaieraient de trouver le vieil ami de Carlisle, le dénommé Garrett. Depuis qu'Alice l'avait vu debout avec nous dans la clairière il y a quelques jours, il était plus que probable qu'ils réussiraient à le retrouver. Jasper avait aussi voulu partir à la recherche de Peter et Charlotte, mais il était plus utile ici, et donc Esmée et Miguel avaient été chargés de les trouver.

Jasper discutait maintenant avec Eleazar des tactiques et stratégies de combat leur conversation me rendit un peu étourdie. Et aussi un peu ennuyée.

« Quel est l'intérêt d'avoir une excellente stratégie de combat ? demandai-je au bout d'un moment d'une voix lasse. Alice a dit qu'Aro lirait nos pensées. Mes pensées sont probablement à l'abri de lui, mais cela ne s'applique pas au reste d'entre vous. Dès qu'il touchera l'un de vous, il découvrira tout ce dont nous avons discuté. Ça ne sert à rien.

– A moins que nous ne fassions tout notre possible pour l'arrêter, suggéra Jasper. Nous ne lui donnerons tout simplement pas la chance de lire dans nos pensées.

– Qu'Aro découvre nos tactiques de combat ne sera pas notre seul problème », murmura Edward. Il se tenait à sa place habituelle près des portes vitrées, ses yeux étudiant le jardin à l'extérieur. « Jane et Alec… une bonne stratégie de combat est de peu d'utilité si nous ne parvenons pas à les éliminer en premier. Jane sera plus facile à gérer car elle ne peut que se concentrer sur une cible à la fois, mais Alec… il peut nous neutraliser tous en même temps. S'il utilise son don contre nous, nous serons tous aveugles et sourds jusqu'à ce qu'ils se mettent à nous brûler vifs. Ils n'auront même pas besoin de nous démembrer car nous ne serons même pas en mesure de nous défendre » Il lança un regard curieux à Eleazar. « As-tu déjà expérimenté toi-même le don d'Alec ?

– J'étais curieux alors je lui ai demandé une fois de l'essayer sur moi, admit-il. L'expérience fut… frustrante. Il occulte complètement vos sens. On ne peut rien ressentir – pas même la douleur, ce qui peut être à la fois une malédiction et une bénédiction j'imagine. On perd la vue, l'ouïe et même le sens de l'odorat. C'est une privation sensorielle totale » Il me jeta un bref coup d'œil. « Comme Emmett l'a fait remarquer il y a quelques heures… Bella sera probablement à l'abri de son don, et de celui de Jane également. Elle ne sera pas affectée. Et Carlisle, bien sûr. Puisqu'elle a pu facilement le protéger du don de Kate il y a quelques semaines… »

Je sentis une bulle d'espoir monter en moi après avoir entendu ses propos ; au moins il y avait une personne que je pouvais protéger contre Alec et Jane.

Et peut-être…

« Et si j'apprenais à contrôler mon bouclier à temps ? demandai-je en essayant de garder une voix égale. Si j'apprenais à tous nous protéger… »

Eleazar hocha la tête à mes mots, mais son expression n'était pas trop optimiste. « Bien sûr, tu pourrais essayer d'apprendre à contrôler ton don, convint-il, mais la vérité demeure qu'avec des talents comme ceux-là… cela pourrait prendre des décennies, parfois même des siècles pour apprendre à les maîtriser. Le don de Kate par exemple, est moins complexe que le tien, mais il lui a fallu des siècles pour apprendre à le contrôler pleinement »

J'ai hoché la tête, essayant de ne pas me sentir déçue.

« N'abandonne pas cependant, continua Eleazar en voyant mon expression. Si tu n'essaies pas, tu ne réussiras jamais. Beaucoup de choses peuvent arriver en quelques jours. Puisque tu es déjà en mesure de protéger Carlisle de Kate, qui sait ? Peut-être peux-tu progresser plus vite que prévu.

– Mais je ne protégeais pas consciemment Carlisle lorsque Kate essayait de l'électrocuter, lui rappelai-je.

– Je sais. Mais garde à l'esprit comment tu en es arrivée à le faire en premier lieu. Tu avais juste besoin de motivation. Quand tu as vu Kate utiliser son don sur Carlisle, et dès que tu as vu ce qui allait se passer, cela a déclenché un instinct de protection dirigé vers lui.

– Mais tu m'as dit que c'était uniquement à cause du lien de compagnon. Je n'ai pas pu empêcher Kate d'électrocuter Jasper après tout, même si je détestais tout autant le voir souffrir »

Eleazar hocha lentement la tête. « C'est vrai. Mais ces choses… parfois elles avancent pas à pas. Parfois à grands pas. Je pense que c'est une bonne idée que tu t'entraînes autant que tu le puisses. Cela ne peut pas faire de mal. Et aussi… » Il lança un regard prudent à Carlisle. « Nous devrions tous suivre une formation de base du combat. Bella sera celle qui aura le plus besoin d'enseignements car elle n'a pas l'expérience que nous avons tous. Et, elle est encore un nouveau-né – son instinct pourrait prendre le dessus dans des situations menaçantes. Nous devrons y travailler. Le temps presse »

Carlisle acquiesça. « D'accord » Sa voix était exagérément calme. Il n'avais jamais cessé de me toucher au cours des dernières heures, et il me rapprocha encore plus de lui maintenant ce qui était difficile car j'étais assise à côté de lui sur l'un des canapés, et j'étais déjà aussi près de lui que possible.

« Il y a quelque chose qui me dérange », admit soudain Edward. Kate et Tanya se turent à ses propos ; elles avaient une conversation tranquille entre elles près de la cheminée.

Edward se tourna pour faire face à la pièce. « Plus tôt, Eleazar a dit que les Volturi n'avaient pas eu à se battre loyalement depuis des siècles parce qu'ils avaient Alec et Jane. Les exécutions n'étaient que cela – des exécutions. Des massacres sans aucune forme d'opposition. Et comme Bella se le demandait plus tôt… cette fois-ci, pourquoi Alice voit-elle une bataille se dérouler ?

– Est-il possible qu'Aro change d'avis quant à emmener Alec et Jane avec lui ? » suggéra Tanya.

Jasper secoua la tête. « C'est hautement improbable. Ce sont ses membres clés les plus importants. Puisqu'il est sur le point de faire face à un clan composé de plusieurs vampires talentueux… il ne partirait jamais pour une expédition punitive comme celle-ci sans emmener les jumeaux avec lui.

– Et en plus, je peux les voir dans la bataille », intervint Alice.

Edward fronça les sourcils. « Il y a eu un moment où je me suis demandé… et bien, puisque Bella est très probablement immunisée contre leurs pouvoirs, et puisqu'elle peut aussi protéger Carlisle… j'ai pensé qu'ils réussiraient peut-être à abattre Alec et Jane ensemble, forçant les Volturi à nous attaquer physiquement. Mais puisque tu peux voir Alec et Jane se battre avec le reste des gardes…

– Je vois cela dans certaines versions du futur, expliqua Alice. Mais tout est différent dans certaines autres visions ; il y a des futurs où je ne peux pas les voir du tout. Tant de choses peuvent encore changer. Tant de décisions de différentes personnes sont impliquées que je ne peux pas les limiter afin d'avoir un seul avenir. Quelle que soit la ligne de conduite que nous prendrons, cela aura un effet sur le résultat, et tout peut changer en une fraction de seconde si les Volturi modifient leur stratégie, même d'un peu. Il en va de même évidemment pour toutes les décisions que nous prendrons. La moindre petite chose peut gâcher les choses et même changer le cours des évènements.

– Mais il y aura une bataille quoi qu'il arrive ? demanda Carlisle. En es-tu certaine ? »

Alice acquiesça. « Je suis désolée, Carlisle. Cela y mènera d'une manière ou d'une autre – c'est probablement la seule chose qui est claire. Nous ne serons pas en mesure d'éviter cela »

Carlisle acquiesça, laissant échapper un petit soupir. Je pris sa main et entrelaçai nos doigts dans une faible tentative pour le réconforter. C'était un pacifiste extrême, et je savais qu'il détestait se battre, même pour se protéger.

Mais ce n'était pas seulement sa vie qu'il essayait de protéger, de sauver. C'est pourquoi même s'il n'était pas d'accord avec tout ça, il était prêt à le faire. Pour protéger sa famille, les Denali. Pour me protéger. Il y avait un durcissement dans sa mâchoire que je n'avais jamais vu auparavant, une détermination dans ses yeux qui fit frissonner mon échine de quelque chose d'autre. Était-ce de la peur, de l'inquiétude ou de la tension… je n'en étais pas certaine.

Je me demandai si la décision d'Aro de briser notre famille faisait que Carlisle se sentait maintenant trahi. Il m'avait dit à plusieurs reprise qu'il ne faisait pas confiance à Aro. J'étais certaine qu'il avait été honnête à ce sujet, mais je connaissais Carlisle. Il semblait… déçu. Peut-être avait-il eu plus confiance en sa vieille relation avec Aro qu'il ne l'avait laissé croire. Plus qu'il n'aurait dû en avoir.

La nuit s'écoulait de manière alarmante alors que nous continuions à construire notre stratégie. La partie pessimiste de mon être disait quand même que c'était une perte de temps de le faire ; Aro n'avait qu'à toucher l'un de nous pour connaître chaque détail de nos tactiques. Jasper avait dit que nous devions juste nous assurer qu'il ne pourrait pas lire dans nos pensées, mais j'avais le sentiment que c'était plus facile à dire qu'à faire.

« Ils pourraient essayer de m'éliminer à la première occasion, déclara Edward à un moment donné en répondant à quelque chose qu'avait dit Eleazar. Je peux anticiper leurs mouvements. Aro n'appréciera pas tellement ma capacité à lire dans les esprits et abandonnera l'idée de m'épargner si je commence à causer des ennuis. Ils essaieront de vaincre Alice aussi, et ils le feront le plus tôt possible car elle a un avantage qu'ils n'ont pas. Puisqu'Alice est celle qu'il veut désespérément le plus, l'objectif d'Aro est évidemment de la prendre en vie, mais…

– Je ne vais pas lui faciliter la tâche, promit Alice. Mais tout, y compris cela, se base sur Jane et Alec. Aucun de nous ne peut vraiment riposter tant qu'ils seront là.

– A ce propos…, commençai-je en serrant la main de Carlisle. Nous devrions faire usage de mon bouclier. S'il est vrai qu'ils ne peuvent pas utiliser leurs pouvoirs sur moi, je suis celle qui devrait faire quelque chose à leur sujet »

Carlisle se racla doucement la gorge à côté de moi. J'ai résisté à l'envie de rouler des yeux. « Très bien, puisque je peux aussi te protéger… peut-être que tu peux aussi faire quelque chose.

– Jane et Alec seront bien protégés, émit songeusement Eleazar. En fait… il est probable que les atteindre sera presque impossible. Comme Aro connaît ton bouclier, il en est arrivé à la même conclusion que nous. Il saura que tu es peut-être à l'abri de leurs dons depuis qu'il sait qu'Edward n'a jamais pu lire dans tes pensées et que je n'ai pas pu te lire moi-même à cause de ton bouclier. Il s'attendra à ce que nous profitions de ton don, et il s'assurera que ses atouts les plus importants soient bien gardés. Même si Jane et Alec n'ont jamais eu à se défendre physiquement, ils sont néanmoins bien entraînés au combat. Aro s'en sera assuré. Surtout maintenant qu'il sait qu'il existe des dons qui peuvent contrecarrer les pouvoirs mentaux » Il fit une pause, me lançant un regard d'excuse. « Je n'ai aucunement l'intention de t'offenser, Bella, mais au combat… j'ai bien peur que tu n'ai aucune chance contre eux. La plupart des membres de la garde ont des siècles d'expérience et tu n'en a aucun. Et comme je l'ai dit plus tôt, tu es encore un nouveau-né. Tes instincts peuvent te dominer dans des situations menaçantes. J'admets que tu as été plus calme que la plupart des nouveau-nés, mais…

– Aro ne sait pas que Bella peut me protéger, dit soudainement Carlisle. Il suppose que Bella ne peut que se protéger – qu'elle commence à peine à découvrir son don » Il s'arrêta. « Peut-être que c'est notre solution. Aro ne s'attendrait jamais à ce que ce soit moi qui frappe. Et comme je ne suis pas un nouveau-né, je serai plus compétent dans des situations de combat que Bella. Les Volturi ne s'attendraient jamais à ce que ce soit moi qui abatte Alec et Jane.

– C'est vrai, murmura Jasper en échangeant un regard avec Eleazar.

– Non » Ma voix était plus calme qu'elle n'aurait dû. J'ai essayé de retirer ma main de l'étreinte de Carlisle, mais il la tenait fermement.

« Bella, sois raisonnable, dit-il doucement. Autant je déteste tout ça… autant il est nécessaire de jouer sous tous les tableaux. Tout dépend de Jane et Alec. Si je peux les rendre impuissants…

– En te sacrifiant dans le procédé ? demandai-je en essayant de ne pas lui crier dessus. Tu as entendu ce qu'a dit Eleazar ! Ils seront bien protégés ! Tu ne pourras pas gérer plusieurs vampires à toi tout seul ! »

Il sourit ironiquement. « Il y a un instant, tu étais prête à faire exactement la même chose. Tu étais si prête à te mettre en danger et à te sacrifier, mais tu ne supportes pas l'idée de voir quelqu'un d'autre en danger.

– C'est différent, dis-je avec lassitude. Je veux dire… si ce n'est que ma vie qui est en jeu, ça vaudra le coup. Ce serait un million de fois pire de te regarder te précipiter face au danger la tête la première.

– Je sais ce que tu ressens, Bella, dit-il doucement. Crois-moi, je le sais »

J'ai dégluti et j'ai détourné le regard de ses gentils yeux dorés. Parce qu'il le savait ; je lui avais demandé la même chose il y a un instant, la même chose qu'il me demandait maintenant.

Je n'avais pas le monopole de l'abnégation ; je le savais. Je suppose que je devais également l'accepter.

« Nous allons le faire ensemble, alors, dis-je doucement. Si tu m'apprends à me battre et si j'apprends assez vite, nous le ferons ensemble. Deux personnes valent mieux qu'une. Peut-être que c'est du suicide de toute façon, mais… nous devrions essayer. C'est notre seule chance »

Carlisle réfléchit attentivement à mes paroles. Je pouvais voir la bataille dans ses yeux je savais qu'il voulait faire tout ce qu'il pouvait pour me garder en sécurité, mais il savait aussi qu'il n'avait pas le droit de m'empêcher d'aider. Et il savait aussi que ma participation pourrait faire une différence cruciale ; c'était quelque chose qu'il ne pouvait nier.

Finalement, il acquiesça lentement. En faisant cela, il parut vieillir devant mes yeux. Je pouvais facilement voir ce qu'il lui en coûta pour dire les mots suivants : « Nous verrons à quelle vitesse tu pourras apprendre »

Il en dit très peu durant le reste de la nuit alors que nous nous réunissions dans le jardin, trouvant un endroit assez large pour nos besoins. Je fus soudain très irritée contre l'endroit ; Alice et moi avions parlé d'organiser la cérémonie de mariage ici dans le jardin. Et maintenant… maintenant, je devais me demander si certains d'entre nous vivraient assez longtemps pour voir le mariage arriver.

« Emmett sera énervé quand il découvrira que nous avons commencé à pratiquer sans lui », murmura Edward en essayant d'alléger l'atmosphère. Mais personne ne sourit. Je n'arrivais même pas à me souvenir comment sourire.

Comme cela ne ferait pas de mal que tout le monde répète les tactiques de combat, nous nous sommes séparés en paires ou en groupe. Kate s'entraînait avec Carmen, Tanya avec Edward et Carlisle, Jasper avec Alice. J'ai d'abord commencé avec Eleazar il me montra plusieurs mouvements défensifs de base, me demandant de les répéter au ralenti. Puis, il m'attaqua pour savoir si j'avais appris quelque chose.

Ce fut étonnamment difficile de penser à ce qu'il m'avait appris lorsqu'il s'approcha de moi à toute vitesse. Mes instinct me disaient que mes manœuvres devraient être plus simples et directes, et cela contredisait tout ce qu'Eleazar avait essayé de m'apprendre ces dernières minutes. Ce court moment d'hésitation eut un coût. Seulement une fraction de seconde s'était écoulée, puis je remarquai soudainement qu'il m'avait cloué au sol. Je me raidis de surprise.

« Pas aussi facile que tu le pensais ? » demanda Eleazar en me soulevant.

Je laissai échapper un soupir déçu. « Eh bien, je ne m'attendait pas à ce que cela soit facile, mais…

– Je sais. Ce n'était que ton premier essai, cependant. Tu dois apprendre à ignorer tes instincts et à réfléchir autour d'eux. Il s'agit de tactique. Il ne s'agit pas de forcer ou d'aller à la mise à mort la plus rapide. Ta force de nouveau-né te sera utile dans la bataille, mais seulement si tu apprends à l'utiliser correctement »

J'opinai. « Recommençons à nouveau »

Ma progression fut laborieuse ; je ne pus même pas battre Eleazar une seule fois. Je faisais toujours quelque chose de mal et j'ai remarqué que c'était de petites choses qui me faisaient échouer. J'hésitais une fraction de seconde, ou j'essayais d'attaquer Eleazar de manière trop évidente. J'ai remarqué qu'il m'approchait beaucoup par le côté, restant toujours en mouvement, et pour une quelconque raison cela me rendait d'autant plus difficile pour moi de le battre.

Je continuai ensuite avec Jasper ; je m'attendais à être associée à lui à un moment donné car il avait beaucoup d'expérience au combat en raison de son passé violent. Si Eleazar avait été difficile à battre, Jasper fut un million de fois pire. Il était implacable, ne me donnant pas un instant de répit. Chaque fois qu'il réussissait à passer ses bras autour de moi, ses dents flottant à quelques centimètres de mon cou, il me laissait partir pour presque instantanément m'attaquer à nouveau, me donnant à peine assez de temps pour me remettre sur mes pieds. Il ne me donnait même pas une fraction de seconde pour récupérer et rassembler mes pensées.

Il le faisait exprès, je le savais, et après un certain temps, il a commencé à voir des résultats.

Après plusieurs tentatives infructueuses de le battre, j'ai appris à être constamment sur mes gardes, ne laissant jamais ma concentration glisser. J'ai pris conscience de ses mouvements d'une manière différente. Une partie de mon esprit gardait un œil sur la vitesse à laquelle il se déplaçait, et d'autres parties observaient la posture de ses mains, la lueur dans ses yeux, la tension de ses muscles, essayant de repérer ses prochains mouvements avant même qu'il ne commence à les faire… est-ce qu'il se précipiterait sur moi cette fois ? Allait-il bondir, allait-il essayer de se mettre derrière mon dos ? Son objectif était-il de m'empêcher de lui échapper, ou essaierait-il de me clouer au sol ?

Je ne parvenais toujours pas à le déjouer lorsque notre combat se termina finalement quelques minutes plus tard. Il fit un mouvement soudain et inattendu que je savais toujours pas comment je m'étais retrouvée à plat sur le dos. Mais alors qu'il me tirait de la pelouse humide, la lueur dans ses yeux était satisfaite peut-être qu'il ne s'attendait pas à ce que je m'accroche aussi longtemps. Cela me fit espérer que j'allais peut-être comprendre ce truc.

« A mon tour », dit Carlisle en s'approchant de nous et lançant un long regard à Jasper que je ne parvins pas à déchiffrer. J'ai mesuré Carlisle du regard. L'idée de me battre contre lui était un peu troublante, mais je l'acceptai quand même.

Mais si la simple pensée de me battre contre lui avait été troublante, les combats réels le furent définitivement.

Il était meilleur que ce à quoi je m'attendais. Puisque Carlisle favorisait toujours les mots à la violence, cela me rendait perplexe face à ses capacités. Peut-être que c'était ça, ou peut-être que j'étais tellement choquée par le fait que l'homme doux et gentil que je connaissais se soit si soudainement transformé en cet adversaire impitoyable, mais il ne lui fallut pas plus de trois secondes pour me déjouer.

Un souffle surpris quitta ma bouche tandis que son bras s'enroulait autour de ma gorge. Je pouvais sentir son souffle chaud contre le côté de mon cou, puis il me relâcha en s'éloignant de moi. Ses yeux étaient sombres, envahis par les ombres.

« Si cela avait été une véritable situation de combat, tu serais morte maintenant » Sa voix était calme et tranquille, et j'ai essayé d'interpréter son ton pour savoir à quel point il était bouleversé. C'était difficile.

Je laissai échapper un soupir lent. « Je sais.

– Je sais que tu sais, Bella. En quoi ça aide ? »

Cela me perturba qu'il réagisse si fortement à ma défaite. Eleazar et Jasper ne m'avaient pas exactement félicitée à chaque fois que j'avais perdu un combat maintes et maintes fois, mais la façon dont Carlisle amenait ça… je ne savais pas comment le décrire. Ce n'était pas de la déception – pas exactement. C'était quelque chose de plus profond, quelque chose comme de l'agitation. Quelque chose comme de la peur.

« Je ferai mieux », lui promis-je en comprenant pourquoi il était si désespéré que j'apprenne.

Il acquiesça, acceptant ma réponse. Sans avertissement, il fut de nouveau en mouvement, mais je savais à quoi m'attendre. Tout comme Jasper, il voulait que j'apprenne qu'il n'y avait pas de pause sur le champ de bataille, pas de temps de m'orienter ou de reprendre mon souffle. J'évitai sa fente, et il essaya de feindre instantanément, mais je ne tomba pas dans le piège. Je me suis concentrée sur l'élan de son corps, mes yeux repérant chaque contraction de ses muscles qui me donneraient des indices sur ce que pourrait être son prochain mouvement.

Je ne pris le dessus qu'une seule fois pendant la nuit, mais ce petit succès me plut beaucoup. Je pouvais voir que mes progrès plaisaient aussi à Carlisle.

La nuit se changeait en aube lorsque quelque chose se passa et arrêta brusquement nos activités.

Alice avait participé à quelques répétitions avant de s'asseoir sous l'un des pommier, les yeux fermés. Elle avait observé les Volturi le reste de la nuit, voulant attraper chaque changement et décision. Cela s'était avéré difficile ; il s'était avéré qu'Aro et Caius faisaient tous les deux des plans et des décisions, et ce n'était pas clair sur le fait qu'ils se disputaient ou qu'ils faisaient exprès pour confondre Alice. Peut-être que c'était les deux. Elle disait que Marcus semblait très indifférent à tout ça en fait, il ne semblait pas impliqué et encore moins attaché aux intentions d'Aro et de Caius de nous attaquer, mais même ainsi, il ne semblait pas qu'il choisirait non plus d'aller contre eux.

Jasper et Eleazar m'observaient pendant que je pratiquais avec Edward ; ils voulaient que je combatte avec tout le monde afin que je m'habitue au plus grand nombre d'adversaire et de styles de combat possibles. J'avais fait des progrès durant la nuit, mais il était douloureusement évident que j'avais encore beaucoup de travail à faire. Apprendre ces choses était déjà assez difficile, mais comme j'étais toujours le vampire le plus fort de la maison, je devais également faire attention de ne pas étêter quelqu'un accidentellement si je réussissais à prendre de manière inattendue le dessus.

Non pas que j'avais pris le dessus tant de fois ; j'ai commencé à penser que c'était peut-être un vœu futile d'essayer de faire de moi une combattante décente en moins de deux semaines.

« Approche par le côté », me rappela patiemment Jasper alors qu'Edward me tirait sur mes pieds pour la vingtième fois. Je remarquai que Carlisle avait mis fin à son propre entraînement avec Tanya afin de m'observer.

« Tu sais, commençai-je alors que j'étais à nouveau debout. Puisque je suis la seule dont tu ne parviens pas à lire dans les pensées, ça devrait être beaucoup plus difficile pour toi que ça ne l'est »

Edward me fit un sourire ironique. Il fut sur le point de dire quelque chose quand il fronça soudainement les sourcils, tournant la tête vers Alice. Sa bouche s'ouvrit de confusion.

« Ça c'était quoi ? ordonna-t-il. Alice qu'est-ce que c'était ? »

Les yeux d'Alice étaient fermés. Elle était appuyée contre le tronc d'arbre, mais à présent, elle se courbait vers l'avant, le front plissé de concentration. « Attends, murmura-t-elle. Attendez… »

Jasper fut à côté d'elle en un instant, à genoux à côté d'elle. Il plaça sa main sur son épaule.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Carlisle à Edward tout en parlant doucement pour ne pas perturber la concentration d'Alice.

Edward secoua la tête, ses yeux toujours fixés sur son visage. Il ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun mot n'en sortit au début. Quoi qu'Alice ait vu, cela semblait l'avoir pris au dépourvu.

« Véronique, parvint-il à répondre au bout d'un moment. Elle vient. Elle sera là à minuit »

Jasper se redressa dans un mouvement rapide, alarmé. « Quoi ? siffla-t-il, ses yeux topaze étant furieux.

– Attends » Edward leva la main dans un geste apaisant. La lueur dans ses yeux était perplexe alors qu'il voyageait dans les pensées d'Alice. « Ce n'est pas… ce n'est pas ce que tu penses.

– Que veux-tu dire par là ? » demanda Jasper. Lorsqu'Edward ne répondit pas, il s'accroupit à nouveau à côté d'Alice.

Carlisle vint se tenir à côté de moi ; c'était arrivé si vite et sans bruit que je l'avais à peine remarqué. « Edward ? » demanda-t-il doucement d'une voix calme. Il prit ma main et la tint fermement.

Edward secoua la tête. Il regardait toujours attentivement Alice.

Nous nous sommes tous rassemblés autour d'elle et de Jasper, attendant. Alice resta silencieuse quelques secondes de plus, et quand elle sortit enfin de sa transe, plusieurs paires d'yeux dorés la fixaient. Elle échangea un regard perplexe avec Edward.

« En es-tu certaine ? lui demanda-t-il. Absolument certaine ? »

Alice acquiesça. « Ses intentions sont claires. Je ne pense pas qu'elle bluffe.

– Qu'est-ce qui lui a fait faire un acte comme ça ? demanda Edward. Aro le sait-il ? »

Alice secoua la tête. « Je ne pense pas. Elle a pris la décision après avoir quitté Volterra »

Ils se regardèrent pendant plusieurs longues secondes, l'air à la fois perplexe et… surpris ? Optimistes ? Je n'étais pas sûre.

Je ne pouvais pas comprendre ce qui se passait – et je n'étais certainement pas la seule. J'entendis Kate laissait échapper un soupir exaspéré. Jasper avait juste l'air agité.

« Alice ? » demanda patiemment Carlisle.

Elle détourna les yeux d'Edward, passant d'Eleazar à Carlisle.

« Véronique, expliqua-t-elle. Elle a quitté Volterra et elle se dirige maintenant ici » Elle hésita, une lueur incertaine et déconcertée dans les yeux. « Je la vois debout avec nous quand… quand les Volturi arriveront.

– Tu dis avec nous ? demanda Eleazar. Veux-tu dire qu'elle a quitté les Volturi ?

– Elle change de camp ? » demanda Kate, incrédule.

Alice hocha la tête, ses yeux dorés écarquillés. « Je ne sais pas pourquoi. Ni comment. Elle a fait des allers-retours sur sa décision – elle a clairement hésité. Mais maintenant, elle est résolue à ce sujet.

– Pouvons-nous lui faire confiance ? demanda Jasper d'une voix douteuse. Si elle hésitait…

– Son hésitation est compréhensible, émit songeusement et pensivement Edward. Chelsea pourrait avoir un effet sur cette hésitation. Et quelle que soit la raison pour laquelle elle a fait le choix de venir ici en premier lieu… elle sait que ce choix pourrait facilement la conduire à la destruction. La question est : qu'est-ce qui lui a fait prendre un tel risque ? Pourquoi vient-elle ? »

Alice secoua la tête, fermant à nouveau les yeux. « Je n'ai pas de réponse à ça. Mais Aro ne sera pas content quand il l'apprendra »

Jasper lança un regard inquiet à Carlisle et Eleazar. « Je ne sais pas si c'est une sage idée de la laisser entrer ici. Nous n'avons aucune idée derrière ses motivations. Cela pourrait être un piège. Et même si ce n'est pas le cas, qu'est-ce qui l'empêchera de changer de camp à nouveau ? »

Les yeux de Carlisle étaient pensifs. « Nous devrions au moins entendre ce qu'elle a à dire.

– Cela pourrait nous donner un avantage tactique, reconnut Eleazar.

– Ce ne sera le cas que si elle travaillera avec nous et non contre nous.

– Edward pourra obtenir une confirmation à ce sujet, fit remarquer Carlisle. Et n'oublions pas que Véronique est consciente des capacités d'Edward – elle sait qu'elle ne pourra pas nous cacher des choses. Si elle avait quelque chose à cacher, je doute qu'elle viendrait volontiers ici.

– Elle a pu lui cacher ses pensées il y a quelques mois lorsqu'elle l'emmenait en Italie, rappela Jasper. Qu'est-ce qui l'empêchera de recommencer ?

– Nous ne savons toujours pas pourquoi elle essayait de garder ses pensées sous contrôle à l'époque, intervint Edward. Et en plus, c'était une réaction naturelle. Ce n'est pas le premier vampire que j'ai rencontré qui a essayé de cacher ses pensées après avoir découvert que je peux lire dans les pensées. Certaines personnes apprécient leur vie privée.

– Mais la vérité demeure que tu n'es pas le premier vampire qu'elle a rencontré qui peut lire dans les pensées, fit remarquer Jasper. Elle a renoncé à son intimité il y a longtemps lorsqu'elle a commencé à travailler pour les Volturi. Pourquoi ressentirait-elle soudain le besoin de garder ses pensées cachées lorsqu'elle t'a rencontré ? » répondit Jasper, toujours pas convaincu. Il jeta un coup d'œil inquiet à Alice. « Je veux dire… cela pourrait mal finir. Nous ne savons absolument rien d'elle.

– Aucun de nous ne lui fera confiance dès le départ, lui assura Edward. Je vais surveiller ses pensées en permanence. Je vais trouver ce que sont ses intentions.

– Et s'il s'avère qu'elle est là pour recueillir des renseignements ? »

Alice secoua la tête. « Elle ne vient pas ici pour ça, Jazz.

– Tu ne peux pas savoir ça.

– Je la vois debout avec nous. Et plus que ça – elle va se battre avec nous. Je ne sais pas comment, ni pourquoi cela se produira, mais cela arrivera. Fais-moi confiance à ce sujet » Elle soutenait le regard de Jasper, et je savais qu'elle seule serait en mesure de le mettre à l'aise à ce sujet.

Finalement, Jasper soupira avec résignation. « Je la veux sous constante surveillance dès son arrivée.

– Ce ne sera pas nécessaire », assura Alice. Elle ferma de nouveau les yeux, s'appuyant contre le tronc d'arbre.

J'ai jeté un coup d'œil confus à Eleazar. « Edward a dit que le don de Chelsea pourrait avoir quelque chose à voir avec l'hésitation de Véronique, dis-je en parlant doucement car je ne voulais pas déranger Alice. Cela m'a fait me demander… Chelsea n'est-elle pas censée empêcher que ces choses se produisent ? Tu as dit une fois qu'elle maintenait les Volturi soudés, ce qui rendait la défection de la garde difficile pour quiconque. Alors, comment Véronique a-t-elle pu prendre une décision comme ça ? Comment a-t-elle pu s'éloigner ainsi, si Chelsea l'a attachée aux Volturi ?

– Merci », murmura Jasper dans sa barbe.

Eleazar sembla réfléchir, ignorant la remarque sèche de Jasper. « Véronique passe moins de temps à Volterra sous l'influence de Chelsea que le reste de la garde à cause de ses affectations. Cela pourrait avoir un effet, mais bien sûr, je ne peux en être sûr. Ce n'est certainement pas quelque chose qui se produit tous les jours » Il soupira, échangeant un regard avec Carlisle. « Je suppose que c'est quelque chose que seule Véronique pourra expliquer »

Carlisle acquiesça. « Je suis sûr que ce n'est pas la seule question à laquelle il faut répondre ici »

Il fut difficile de se concentrer sur l'entraînement après ça. J'ai remarqué que même Jasper et Eleazar semblaient distraits alors qu'ils commençaient à me montrer des manœuvres plus avancées. Les mémoriser était évidemment facile, mais les utiliser dans un combat réel l'était moins. Je me forçais cependant à continuer, sachant que nous n'avions pas de temps à perdre.

Au fur et à mesure que les heures diminuaient, je ne pouvais décider si c'était une malédiction ou bénédiction que je ne pouvais me fatiguer, et donc que je n'avais pas besoin de pauses. Je ne me sentais pas fatiguée, pas physiquement du moins, mais je devenais étrangement épuisée mentalement.

« Peut-être que cela suffit pour aujourd'hui », suggéra Eleazar à la fin de l'après-midi. Pour la première fois en tant que vampire, j'avais l'impression que ma conscience du temps s'était déformée. J'ai pensé à la façon dont j'étais assise sur la balançoire en fer avec Carlisle hier après-midi, à parler de l'avenir d'une manière légère et taquine. C'est comme si cela s'était à présent passé dans une autre vie.

Ce souvenir semblait se moquer de moi maintenant alors que mes yeux trouvaient la balançoire à quelques mètres de moi. La pelouse autour d'elle était en désordre ; nos entraînement n'avaient pas été doux. Je me demandai combien de semaines il faudrait pour que l'herbe repousse.

Je me demandai si nous serions toujours là pour le voir.

Moins de deux semaines.

J'ai forcé mes yeux à se détourner de la balançoire, secouant la tête aux propos d'Eleazar. « Nous devons continuer, lui dis-je.

– Une petite pause ne fera pas de mal, répondit-il. Et en plus, nous devons être prêts pour notre invitée »

Je voulus discuter, dire que chaque minute comptait, mais soudain, j'avais l'impression que tous mes membres étaient en plomb. Je sentis une main chaude se poser sur mon épaule, et avec un soupir, je me retournai pour faire face à Carlisle.

Je ne pouvais pas comprendre comment il avait l'air aussi calme. Si posé. Je n'étais pas la seule à ressentir ça, pas vrai ? Comme si je brûlais lentement, comme si quelqu'un avait tourné un sablier pour nous. Comme si je voulais crier de rage face à l'absurdité de tout ça.

Carlisle prit ma main et la serra fermement, comme s'il voulait me faire savoir que non, je n'étais pas la seule. Qu'il brûlait lui aussi.

Moins de deux semaines.

La soirée sembla passer lentement, et pourtant on avait l'impression que le temps nous échappait, s'épuisait c'était une étrange contradiction. Je n'avais jamais bien géré le stress, et je suppose que le ressentir semblait prendre un tout autre niveau maintenant que j'étais un vampire. J'avais déjà été dans des situations mettant la vie en danger, plus de fois que je ne pouvais en compter, mais cette… cette fois, c'était différent. C'était peut-être parce que nous étions tous en danger, parce que toutes nos vies étaient suspendues à un fil.

Ou peut-être était-ce parce que notre destruction était une probabilité plutôt qu'une simple possibilité.

Carlisle m'emmena faire une promenade alors que la soirée se poursuivait. Peut-être avait-il senti ce chaos croissant en moi, ou peut-être en souffrait-il lui-même. Rien dans son expression ne l'indiquait cependant. Il semblait pensif mais calme alors que nous nous enfoncions plus profondément dans les bois. Une partie de moi l'enviait d'un autre côté, je voulais le secouer et lui demander pourquoi il était si serein. Mais finalement, je me suis contentée de rester silencieuse et de grimper sur l'énorme rocher sur lequel nous nous asseyons parfois.

C'est ici que nous avions vu le soleil se levait après sa demande en mariage. Était-ce il y a seulement quelques jours ? Était-ce possible ?

Je l'ai senti s'installer à côté de moi et j'ai fermé les yeux alors qu'il me tirait vers lui. Appuyant ma tête contre son épaule, je laissai échapper un soupir fatigué. Je n'en fis pas d'autre même respirer semblait me créer une certaine tension.

« Pourquoi ? »

Ma voix était calme dans la douce nuit de juin. La question était puérile et inutile, mais une quelconque raison, j'avais de toute façon ressenti le besoin de la poser. Si je la posais assez régulièrement, je recevrais peut-être une réponse un jour.

« Pourquoi ? demandai-je à nouveau. Pourquoi nous ? »

Le bras de Carlisle se resserra autour de moi et je sentis son menton se presser sur le sommet de ma tête. « J'ai bien peur de ne pas pouvoir y répondre, Bella.

– Et si tu pouvais ? murmurai-je. Est-ce que tout cela paraîtrait plus simple ? Plus significatif ? »

Il eut un rire doux et douloureux. « Peut-être pas. Certaines choses… peut-être ne sont-elles pas censées avoir de signification plus profonde.

Ça ne te ressemble pas du tout »

Il eut un autre petit rire, puis resta silencieux un moment. « Ce que je voulais dire, c'est que si certaines choses sont injustes, cruelles ou erronées, ou tout cela à la fois… peut-être qu'essayer de leur donner un sens plus profond revient à essayer de les justifier.

– Mais une personne n'est-elle pas censée essayer de trouver une lueur d'espoir dans les nuages les plus sombres ?

– C'est je pense, encore différent. Il s'agit d'essayer de trouver de l'espoir au milieu du désespoir »

J'ai levé la tête de son épaule et l'ai regardé. « Y a-t-il de l'espoir pour nous ? demandai-je en soutenant son regard. Y a-t-il une lueur d'espoir dans notre désespoir ? »

Carlisle tendit la main pour caresser ma joue. « Je ne sais pas. Je veux croire qu'il y en, répondit-il. Mais à la fin… je ne connais que ma propre destinée »

J'ai dégluti. « Laquelle est-ce ? »

Il prit ma main et la porta à ses lèvres, me regardant. Il ne répondit pas – il n'était pas obligé. Parce que je savais que sa destinée serait aussi la mienne, comme la mienne serait la sienne.

« La vision d'Alice…, commençai-je tout en fermant les yeux et déglutissant. Edward a dit… il a dit qu'Alice t'avait vu te sacrifier pour moi dans une vision » J'ai forcé mes yeux à s'ouvrir. J'ai maintenu son regard jusqu'à ce qu'il détourne le sien. « Je dois te le demander… si tu fais ça, si tu meurs pour me protéger… que penses-tu qu'il me restera ici, alors ?

– Bella…

– Non, le coupai-je en encadrant son visage de mes mains. Sérieusement. Penses-tu que c'est quelque chose que je pourrais surmonter ? Quelque chose que je pourrais laisser derrière moi ? Quelque chose que le temps pourrait guérir ? » Je ris doucement et sans joie, et secouai la tête. « Même une éternité ne serait pas suffisante »

Carlisle prit doucement mes mains, les éloignant de son visage. Il entrelaça nos doigts, regardant nos mains entrelacées avant de croiser mon regard.

« Bella… si quelqu'un peut avoir l'opportunité de donner sa vie pour une personne qu'il aime, comment pourrait-il ne pas la prendre ? »

Ma gorge se serra et je clignai des yeux alors que ces derniers commençaient à me piquer de larmes qui n'existeraient jamais. « Si tu abandonnes ta vie, que penses-tu qu'il me restera ? »

Carlisle ferma les yeux. Son autre main quitta la mienne et atteignit mon cou, me rapprochant jusqu'à ce que nos fronts se touchent.

« Il n'y a rien que je ne ferais pas pour te garder en vie et en sécurité, Bella. Te protéger même au détriment de ma propre vie… je crois que c'est mon droit en tant que personne qui t'aime.

– Alors, tu dois accepter le fait que je possède ce même droit »

Carlisle se recula pour me regarder. L'agonie dans ses yeux était palpable, si crue et réelle que cela me donna envie de reprendre mes propos – tout pour lui épargner la douleur qu'il ressentait à cet instant. Mais cela aurait été mentir, et ce n'était pas le moment de mentir.

« Tu comprends maintenant ? lui demandai-je. Sais-tu maintenant ce que je traverse à chaque fois que je pense à toi en train de te sacrifier pour moi ? »

Il ferma les yeux, son autre main tenant si fort la mienne que sa prise était presque douloureuse. « Je n'ai pas le choix, murmura-t-il.

– Moi non plus », répondis-je.

Ses bras me tinrent soudainement, m'écrasant contre sa poitrine. Je me serrai contre lui, cachant mon visage dans le creux de son cou. Si seulement nous pouvions rester ici, comme ça. Si seulement nous n'avions pas à revenir sur nos pas et à affronter le monde. Si seulement.

Je respirai son parfum apaisant, l'attirant dans mes poumons comme une personne en train de se noyer et à bout de souffle. Voilà comment je me sentais en ce moment comme si je me noyais. Comme une naufragée. Mais je savais que si je me noyais, je ne me noierais pas seule. Un instant plus tôt, il avait dit qu'il ne connaissait que sa propre destinée. C'était aussi quelque chose que je connaissais. Parce que ma destinée sera la sienne et la sienne sera la mienne.

Cette pensée m'apporta à la fois réconfort et désespoir.


Quelques heures plus tard, aux alentours de minuit, nous nous étions tous rassemblés dans le jardin. Je regardai autour de moi, me souvenant de la dernière fois que nous étions restés là à attendre Véronique. Ce sentiment de déjà-vu aurait été plus prononcé si Esmée, Miguel, Rosalie et Emmett avaient été là, se tenant avec nous comme la dernière fois. Rosalie avait appelé plus tôt dans la soirée ils arriveraient demain avec le clan irlandais. Nous n'avions pas eu de nouvelles d'Irina et Laurent ou d'Esmée et Miguel.

La nuit avait été légèrement plus fraîche que d'habitude. Des frissons dansaient le long de mon dos, mais étant donné ma température corporelle basse, l'air frais de la nuit n'y était pour rien. J'ai échangé un regard avec Carlisle avant de me tourner à nouveau vers les bois au bout du jardin. Sa main chercha la mienne. Je l'ai entendu échanger des mots tranquilles avec Eleazar et Tanya, mais j'étais trop préoccupée pour prêter attention à leur conversation. L'expression de Japer attira mon attention il faisait les cent pas parmi nous, les yeux froids et inquiets. L'arrivait de Véronique l'énervait toujours, et je le voyais lancer de temps à autre des regards acérés à Alice comme pour s'assurer qu'elle était toujours là. Je me demandai s'il luttait contre l'envie de la jeter par-dessus son épaule afin de l'emmener en lieu sûr.

« Une minute » La voix d'Alice était basse, mais elle attira l'attention de tout le monde. Les conversations cessèrent immédiatement. Edward vint se tenir de mon autre côté, ses yeux dorés braqués sur la forêt endormie. Le regard sur son visage était concentré je me demandai s'il pouvait déjà entendre les pensées de Véronique.

Il y eut du mouvement à environ un kilomètre de distance. Elle s'arrêta au bout d'un moment. Il y eut une inspiration calme et profonde. Ensuite, des pas lents. Les vampires avaient généralement tendance à se déplacer presque sans bruit, et j'ai réalisé que Véronique avait choisi de ne pas cacher exprès son approche. C'était un geste d'ouverture. Son rythme était lent et mesuré elle savait que nous l'attendions, tout comme quelques semaines plus tôt, et apparemment elle ne voulait pas donner une impression menaçante.

Quand elle émergea finalement de la nuit, il y avait quelque chose de différent en elle que la dernière fois qu'elle était venue. Il y avait toujours une cape gris foncé drapée sur ses épaules cela n'avait pas changé. Son expression était encore lointaine et prudente, mais ses yeux… il y avait de l'hésitation et de l'incertitude en eux alors qu'elle prenait note de notre groupe qui attendait. Elle s'arrêta et nous fixa juste un instant de ses yeux rouge foncé.

Puis elle leva la main, lentement et délibérément, afin de défaire le fermoir de sa cape. Elle tomba sur la pelouse humide à ses pieds. Un autre geste.

Cela ne convainquit pas Jasper. Il jeta un coup d'œil à Edward.

Ce dernier secoua la tête. « Je pense que tu pourrais vouloir entendre ça, Jasper. Fais-moi confiance »

Véronique resta immobile, ses yeux nous observant sans relâche. Elle ne s'est pas rapprochée, et j'ai réalisé que ce n'était pas seulement parce qu'elle ne voulait pas paraître menaçante, mais aussi parce qu'elle s'inquiétait de notre réaction. Peut-être ne s'attendait-elle pas à un accueil chaleureux de notre part, compte tenu des circonstances. Peut-être qu'elle s'était attendue à ce que nous la détruisions dès qu'elle aurait mis le pied sur notre gazon.

Elle commença à parler. Sa voix était calme et déterminée. « Je ne veux pas vous faire du mal » Ses yeux nous balayèrent tous avant qu'elle ne s'adresse à Carlisle. « Je suis là pour vous avertir »

Carlisle acquiesça. « Nous sommes déjà conscients de la menace dont tu es venue ici pour nous avertir.

– Je sais que vous l'êtes » Les yeux de Véronique se tournèrent momentanément vers Alice. « Mais vous n'avez pas tous les détails.

– Nous en savons assez », dit froidement Jasper. Je savais que Jasper avait cru Edward quand il avait dit que Véronique valait la peine qu'on lui fasse confiance, mais apparemment, il souhaitait la tester. Je n'en attendais pas moins de lui la confiance de Jasper devait être gagnée.

Véronique rencontra sans se détourner son regard féroce. « Peut-être est-ce le cas, répondit-elle, pas perturbée par son accueil peu chaleureux. Mais plus de savoirs équivaut à plus de valeur » Ses yeux devinrent soudain tristes. « Et moins de pertes, j'espère.

– Peut-être, répondit Carlisle. Et si tu as des informations à nous fournir, ce serait très apprécié. Je pense que nous aimerions tous savoir cependant, pourquoi tu te sens obligée de nous fournir ces informations.

– Exactement. Qu'est-ce que ça t'apporte ? » demanda Jasper.

Véronique baissa les yeux au sol. J'entendis Edward reprendre une inspiration surprise.

« Parce que je n'ai rien à perdre, répondit Véronique après un moment. Parce que j'ai déjà tout perdu » Elle leva son regard rouge du sol. « Je suis ici parce que… parce que je ne veux pas que mon propre passé se répète »


Alors que pensez-vous de cette Véronique ? Est-elle sincère ?