Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.

Merci à Elieene pour son commentaire au précédent chapitre. Bonne lecture à tous ;)


« Individuellement, nous sommes une goutte d'eau.

Ensemble, nous sommes un océan »

- Ryunosuke Satoro -


Unis

Véronique ne s'avéra pas être le seul ajout à notre groupe d'immortels condamnés.

Rosalie et Emmett arrivèrent le lendemain matin avec le clan irlandais. Je me souvenais les avoir vu au mariage d'Esmée et Miguel en février, mais je ne me rappelais pas de leurs noms. Carlisle me les présenta de nouveau après m'être excusée pour ma pauvre mémoire humaine.

Siobhan était le chef. C'était une femme d'une immense prestance, et son grand corps énorme était à la fois beau et fascinant, et ses mouvements étaient si agiles et gracieux que je l'enviais un peu. Son compagnon, Liam, était également grand et imposant, et il avait un visage dur et sérieux. Plus tard, j'ai remarqué qu'il n'avait jamais quitté les côtés de Siobhan. Il la regardait comme un faucon ; au début je pensais qu'il était juste très possessif envers elle, mais plus tard j'ai appris qu'il la gardait férocement parce qu'il voulait juste la maintenir en sécurité. Je me demandai si la connaissance des plans des Volturi à notre égard avait eu un impact sur son caractère protecteur – je ne me souvenais pas qu'il fut aussi nerveux lorsque je l'avais rencontré au mariage il y a quelques mois.

J'ai estimé que le troisième membre, Maggie, ne devait pas avoir plus de quinze ans lorsqu'elle avait été transformée ; elle était très maigre et les traits de son visage étaient presque enfantins. Je m'étais attendue à me sentir légèrement mal à l'aise en sa compagnie – on m'avait dit qu'elle avait la capacité de sentir lorsque quelqu'un disait des mensonges. Oh, eh bien… je n'avais jamais été une bonne menteuse de toute façon, donc ça n'avait pas vraiment d'importance si quelqu'un pouvait vraiment me faire remarquer lorsque je proférais des mensonges.

« J'aurais aimé pourvoir dire cela dans des circonstances différentes, nous avait dit Siobhan à moi et Carlisle, mais félicitations pour vos fiançailles. Rosalie et Emmett nous l'ont dit » Elle sourit tristement. « J'imagine que les récents évènements ont mis un frein aux plans de mariage »

Carlisle et moi sourîmes à son humour noir. C'était un peu étrange de parler de choses heureuses comme des fiançailles et des mariages, compte tenu de tout ce qui se passait. Ce n'était certainement pas la façon dont j'avais imaginé que les choses se passeraient. Carlisle et moi étions censés nous marier bientôt. Au lieu de ça, nous nous sommes demandé qui d'entre nous serait encore en vie dans quelques jours.

Je savais que Carlisle pensait à ça aussi, même s'il ne l'admettait pas. Tôt ce matin-là, il avait appelé l'hôpital et avait pris un congé en disant qu'il y avait une crise familiale qui avait besoin de son attention. Je m'étais retrouvée à me demander ce que les gens de l'hôpital penseraient s'il ne se présentait pas ; même après la fin de son congé. Mais cette pensée avait été trop horrible et j'avais refusé d'y réfléchir davantage.

Même si les Volturi avaient été la cause de l'agitation et des ennuis depuis maintenant un certain temps, je n'avais jamais pensé que nous nous retrouverions dans cette situation particulière. Que nous découvririons un jour que nous n'avions que quelques jours pour nous préparer à affronter un adversaire invincible. Au moins, nous ne ferions pas face aux Volturi seuls ; je ne pouvais pas décider ce que j'en pensais. Je voyais que Carlisle était également troublé par cela, peut-être plus que quiconque. Il était bien suffisant que sa propre famille soit en danger ainsi que les Denali soient impliqués, mais la pensée de mettre aussi ses amis en danger était un trop grand prix à payer pour lui.

Un nomade appelé Garrett arriva quelques heures après le clan irlandais : Irina et Laurent l'avaient envoyé. Il était grand et longiligne, avec des yeux d'un rouge rubis effrayants et de longs cheveux sableux qu'il avait attachés d'un catogan en cuir marron. Je ne me souvenais pas l'avoir vu au mariage d'Esmée et de Miguel. J'étais à peu près certaine qu'il n'avait pas été là ; je me souviendrais d'un vampire tel que lui. Il jeta un coup d'œil au visage de Carlisle et roula des yeux. « Assez d'être un martyr, Carlisle. Ce n'est pas comme si c'était la première fois que je me battais pour me prémunir de la domination d'un roi.

– Je crois que cette fois, tout est assez différent », répondit calmement Carlisle.

Ignorant les propos, Garrett plaça sa main sur l'épaule de Carlisle. Quelque chose en lui – peut-être son empressement mal caché et sa nature clairement amical – me rappelait Emmett. « J'ai pris la liberté d'informer Makenna et Charles. Ils seront ici demain »

Carlisle soupira. « Et tu t'es assuré qu'ils savent dans quoi ils s'embarquent ?

– Tu veux dire s'ils savent que les Volturi se dirigent ici pour vous tuer ? Ouais, je leur ai dit. Ils ont réagi de la même façon que lorsque moi j'ai appris ce qui se passait ici. Écoute, je comprends pourquoi tu souhaites qu'aussi peu de personnes possible soient impliquées. Je comprends que tu ne veuilles mettre personne en danger. Mais les Volturi sont sur le point d'outrepasser leur autorité d'une manière très audacieuse – même Makenna l'a concédé. Je me suis demandé si ses anciens liens familiaux avec Renata affecteraient ses opinions, mais cela dépasse des choses comme les liens du sang. Attaquer un clan pacifique… » Il secoua la tête. « Je te le dis, Carlisle. Aucun vampire, aucun nomade, aucun clan ne sera disposé à suivre une règle comme celle-ci. Personne ne veut appartenir à ce type de chefs. Plus il y a de vampires qui entendent parler de ça, mieux c'est. C'est dommage que nous manquions de temps maintenant… je parie que c'est la raison pour laquelle ils ont pris une décision aussi téméraire. Ils s'attendent à nous descendre tranquillement… eh bien, nous verrons cela… venez manteaux rouges… nous attendons… »

Il continua de murmurer pour lui-même tout en frappant si fermement le dos de Carlisle que celui-ci grimaça, puis il se dirigea vers le salon ; Tanya et Kate avaient attiré son attention.

Carlisle le regarda avec un froncement de sourcils inquiet. « Toujours révolutionnaire à ce que je vois », se murmura-t-il. Puis il secoua la tête tandis que Garrett commençait à flirter avec Tanya et Kate d'une manière très évidente.

Véronique fut présentée au clan Irlandais et à Garrett. Sa présence et son ancienne allégeance aux Volturi provoquèrent quelques surprises et même des inquiétudes au début, en particulier à Siobhan et Liam, mais Maggie se calma assez tôt. Garrett en revanche, ne semblait pas avoir de mal à interagir avec Véronique ; j'avais le sentiment qu'il pouvait s'entendre avec n'importe qui. Je me demandai pourquoi il était nomade – comment se faisait-il qu'un vampire comme lui ne se soit pas trouvé de clan ?

Comme Eleazar, Garrett semblait penser que la présence de Véronique nous procurerait un avantage tactique, d'autant plus que les Volturi n'avaient aucune idée que Véronique était même ici, nous fournissant de tous les détails qu'elle pouvait. Je devais cependant me demander si tout cela allait finalement faire une différence. La vérité était que personne ne s'était engagé dans une bataille comme celle-ci contre les Volturi et n'avait assez vécu pour en raconter l'histoire.

« Qu'est-ce que c'était cette discussion au sujet des Roumains ? » demandai-je à Carlisle plus tard dans la soirée lorsqu'il y eut un moment de calme dans la maison. J'avais entendu Eleazar et Garrett en parler quelques heures plus tôt, et ce n'était pas la première fois que les Roumains étaient mentionnés. Les noms de Vladimir et Stefan étaient souvent prononcés sur un ton inquiet et nerveux.

Nous étions debout dans le jardin, profitant de ce court moment de paix tant qu'il durait. Nous avions continué de répéter les tactiques de combat après l'arrivée du clan Irlandais et de Garrett. Maintenant qu'Emmett était revenu avec Rosalie, il avait plus que hâte de m'apprendre quelques trucs. Parfois cependant, j'avais le sentiment qu'il était juste heureux que je ne puisse pas utiliser ma force de nouveau-né pour le battre cette fois-ci, mais que j'étais plutôt focalisée sur les tactiques et la technique. J'avais aussi le sentiment que j'aurais dû être couverte d'ecchymoses après sa manipulation brutale, et j'ai été forcée d'admettre qu'Emmett était un bon combattant. Il était plus simple que Jasper et Eleazar, mais cela ne voulait pas dire qu'il était pour autant plus facile à battre.

Nous avions continué pendant plusieurs heures jusqu'à ce que le soleil soit descendu derrière l'horizon et que le crépuscule ait prit la suite. La plupart des vampires occupant la maison étaient partis pour une chasse rapide, donc seules Tanya et Carmen étaient restées avec Carlisle et moi. Je n'osais pas penser aux endroits où nos invités aux yeux rouges dîneraient ce soir. Même si les membres du clan irlandais semblaient gentils, penser à leur source évidente de nourriture me faisait un peu peur. Eleazar et Edward avaient réussi à convaincre Garrett et Véronique d'essayer le sang animal, et se demandaient dans le même temps à quelle vitesse la faune d'Ithaca diminuerait si notre régime « végétarien » serait quelque chose qu'ils pourraient envisager au long terme. Au moins, Garrett avait hâte de relever ce défi. J'avais le sentiment qu'il était un peu aventurier, et qu'il accepterait probablement n'importe quel défi se présentant à lui, juste pour se tester.

Véronique n'avait pas été si facile à convaincre. Elle avait jeté un regard douteux à Edward lorsqu'il lui avait assuré que le goût serait quelque chose auquel elle s'habituerait après un certain temps. Finalement, elle avait cédé, mais j'avais le sentiment qu'elle l'avait fait par politesse et non parce qu'elle croyait vraiment aux assurances d'Edward.

J'avais remarqué que Véronique était très méfiante par nature même si elle était venue de son plein gré, elle ne semblait pas faire entièrement confiance à aucun d'entre nous. Elle s'était surtout tenue en retrait au cours des dernières heures, ne parlant que lorsqu'on lui adressait la parole. Je me demandai si les années passées avec les Volturi avaient eu un impact sur son caractère, ou si c'était son passé tragique qui la rendait si méfiante. Je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir. Même si cela faisait des décennies qu'elle avait perdu son créateur et son frère jumeau, il semblait que c'était quelque chose dont elle ne s'était jamais remise.

Je me demandai si elle avait vraiment fait le deuil de la perte de sa petite famille de vampires.

« Le clan roumain, commença à expliquer Carlisle alors que sa voix me tirait de mes pensées tout en me rappelant que je lui avais posé une question, est probablement l'un des plus anciens clans de vampire existant. Il y a des milliers d'années, leur coven était également le plus grand ayant jamais existé, et finalement ils en sont venus à gouverner le monde des vampires.

– Que leur est-il arrivé ?

– Les Volturi les ont renversés. Ils étaient en guerre depuis un siècle. La force du clan roumain résidait dans leur nombre, mais les Volturi avaient quelque chose de beaucoup plus puissant ; des vampires avec des capacités surnaturelles, comme tu le sais. Cela a finalement conduit à la chute des Roumains. Ils ont sous-estimé l'avantage des vampires doués présents dans les rangs des Volturi, pas qu'une fois mais deux. J'ai entendu dire que certains membres du clan roumain avaient essayé de reprendre leur position en rassemblant des dizaines de recrues, estimant que leur nombre dépasserait la garde talentueuse des Volturi.

– N'était-ce pas un peu… eh bien, idiot ? demandai-je en haussant les sourcils. Je sais que je suis novice dans ce genre de choses, mais comme les Volturi ont Alec et Jane…

– Tu as raison. C'était stupide. Mais il est plus que probable qu'Aro ait gardé secrète l'existence d'Alec et Jane jusqu'au dernier moment. Aro a probablement montré tous ses pouvoirs pour la première fois lorsque les Roumains ont attaqué. Cela les a évidemment pris au dépourvu, et après ça, il n'y avait rien à faire. Les Roumains n'ont pas pu s'enfuir et ils ne pouvaient pas se battre ou se défendre. Seuls deux membres ont survécu ; Vladimir et Stefan. Mais ce n'est pas parce qu'ils attendaient une porte de sortie, ils s'attendaient à ce que les Volturi battent en retraite lorsque l'attaque a commencé et ils avaient prévu un piège pour eux. Mais leur attente fut manifestement infructueuse » Carlisle fit une pause, me faisant un sourire ironique. « Depuis, ils nourrissent du ressentiment envers les Volturi. Le terme « assoiffé de sang » est une expression trop douce, vraiment. Je les ai rencontré par le passé et je me suis rendu compte à quel point ils sont désespérés à l'idée de se venger. J'imagine qu'ils seraient prêts à faire n'importe quoi pour voir les Volturi tomber »

J'ai froncé les sourcils. « Où sont-ils maintenant ? Et pourquoi les Volturi les laissent-ils vivre ?

– Ils se cachent. Eleazar m'a dit une fois qu'Aro envoyait Demetri après eux une fois toutes les quelques décennies pour voir ce qu'ils faisaient. Mais puisque les deux ne représentent pas une menace pour les Volturi, Aro a décidé de les laisser tranquille à moins qu'ils ne causent des problèmes »

Je réfléchis aux choses qu'ils venaient de me dire, me mordant la lèvre par habitude. « Je me demande si ces Roumais furent de meilleurs dirigeants que les Volturi »

Il rit doucement. « Je crois qu'il y a de nombreux avis à ce sujet. Les Roumains… eh bien, on m'a dit qu'ils faisaient beaucoup de choses différemment des Volturi.

– Comment ça ? »

Carlisle sourit ironiquement. « Eh bien, pendant leur règne, ils ne gardaient pas l'existence des vampires secrète par exemple. Il y a une raison pour laquelle les gens étaient si superstitieux et croyaient en leur folklore à cette époque. Il était aisé de croire aux mauvais esprits et démons lorsqu'il fallait constamment vivre dans la peur d'être vidé de son sang »

J'ai secoué la tête, déconcertée. « Ouah. Je ne peux même pas imaginer ce que ça aurait été de vivre dans un monde comme celui-ci »

Carlisle hocha la tête de manière réfléchie. « C'était il y a des milliers d'années. Les vampires étaient une réalité plutôt qu'un mythe. Les Volturi ont changé évidemment ce fait lorsqu'ils ont pris le pouvoir »

Un silence pensif s'ensuivit tandis que nous regardions le sombre ciel d'été. J'ai écouté la conversation oisive de Tanya et Carmen qui dérivait de la maison ; elles se demandaient quand Peter et Charlotte arriveraient. Esmée et Miguel avaient appelé quelques heures plus tôt pour informer qu'ils avaient trouvé les vieux amis de Jasper.

Irina et Laurent n'étaient toujours pas revenus. Après avoir trouvé Garrett, ils avaient commencé à traquer des nomades du nom de Mary et Randall. Esmée et Miguel iraient probablement les aider. Mais s'il s'avérait que les deux nomades soient trop difficiles à trouver, il était convenu que tous les quatre se rendent en Amérique du Sud pour trouver le clan des Amazones. Alice avait essayé de les aider en cherchant l'avenir de Mary et Randall afin de déterminer où ils étaient, et elle avait également essayé de rechercher Zafrina, Senna et Kachiri, mais jusqu'à présent, elle n'en avait eu que de brefs aperçus. Je savais que c'était parce qu'elle avait trop de choses à gérer. Au cours des dernière heures, elle avait observé les Volturi presque constamment, essayant de saisir chaque détail de leurs décisions. Finalement, Jasper lui avait dit de se concentrer uniquement sur eux et d'oublier la recherche de l'avenir des nomades. Savoir ce qui se passait chez les Volturi était plus important maintenant. Surtout lorsqu'Alice avait révélé quelques heures plus tôt que leur nombre était passé de seize à trente et un.

Eleazar avait été ouvertement consterné. Jasper avait été furieux. Carlisle n'avait rien dit ; il avait croisé les bras sur sa poitrine et froncé les sourcils en direction du sol, et son silence seul avait révélé à quel point les nouvelles d'Alice l'avaient troublé.

« Doués ? » avait demandé Jasper quand il était parvenu à se reprendre.

Alice avait secoué la tête. « Je ne pense pas. Ils ressemblent à des combattants. Ils sont tous baraqués, comme Felix. On dirait que les Volturi ont appris une ou deux astuces des Roumains d'il y a tout ce temps peut-être que cela apporte un sentiment de sécurité à Aro de nous approcher avec suffisamment d'effectif. Il s'attend clairement à ce que nous nous battions, et c'est pourquoi il veut être le plus préparé possible face à nous.

– Les Volturi ont toujours privilégier le talent face au nombre, avait médité Edward. Donc c'est nouveau. S'ils sont prêts à utiliser la force plutôt que la tactique… »

Jasper s'était soudainement raidi lorsque quelque chose lui était venu à l'esprit. « Est-il possible qu'ils utilisent des nouveau-nés ? »

Alice avait secoué la tête. « Non. Ce ne sont pas des nouveau-nés – je peux le voir à leurs yeux. Ce sont des vampires matures.

– Des nouvelles recrues ?

– Peut-être »

Véronique nous avait lancé un regard hésitant. « Je ne dirais pas exactement que ce sont des nouvelles recrues, avait-elle déclaré. Caius a commencé à enrôler des forces il y a quelques décennies. Il s'est concentré sur la recherche de vampires qui étaient significativement plus forts que la moyenne. Il les a entraînés lui-même. Je ne sais pas exactement combien ils sont »

La colère de Jasper avait enflé et il avait en fait grogné contre elle. Je suppose que tout ce stress et cette appréhension commençaient à lui monter à la tête. Cela n'aidait probablement pas qu'il doive aussi gérer les émotions de tous les autres.

« Et tu nous dis ça que maintenant ? avait-il demandé.

– Que veux-tu dire par là ? avait demandé Véronique sur la défensive.

– Tu ne penses pas que c'est quelque chose que tu aurais pu nous dire immédiatement, peut-être ?

– Ne pensez-vous pas qu'il est un peu naïf de supposer que les Volturi n'auraient pas plusieurs combattants efficaces dans leurs rangs ? avait-elle répliqué.

– Eh bien, je ne sais pas. Nous n'avons pas tous passé plusieurs décennies à les servir, avait rétorqué Jasper d'un ton mordant. C'est toi après tout qui possède toutes les informations privilégiées.

– Et à présent, tu laisses sous-entendre que j'ai retenu cette information exprès.

– Je me retrouve soudain à me demander de quel côté tu es »

Edward s'était alors avancé. Son expression féroce m'avait surprise. « Ce n'est pas comme si elle essayait de nous cacher des secrets, Jasper. Recule »

Recule ? Tu ne la trouves pas un peu…

– Assez » La voix de Carlisle avait été calme, mais cela ne voulait pas dire qu'elle ne faisait pas son petit effet. « Je pense que nous avons assez de luttes et de conflits devant nous. Ne nous retournons pas les uns contre les autres »

Jasper avait laissé échapper un soupir lent, passant une main agitée dans ses cheveux avant de regarder Véronique. « D'accord. Je suis désolé. C'était inutile »

Véronique avait hoché la tête avec raideur. « Tu as demandé de quel côté j'étais. Je pensais que c'était clair, mais comme il semble que ce ne soit pas le cas, je ferais aussi bien de répondre à ta question. Et je vais juste y répondre une fois, alors écoutez bien » Elle avait fait une pause, jetant un bref coup d'œil à certains d'entre nous. « J'ai vu la puissance des Volturi, et je sais que quiconque va contre eux sera désavantagé. Mais je suis toujours là avec vous, pas vrai ? Et pas seulement parce que je n'ai nulle part où aller. Je suis ici parce que je sais qu'autrement ce serait mal.

– Nous le savons », lui avait dit Edward d'un ton apaisant.

Un sourire ironique avait courbé ses lèvres. « Eh bien, bien sûr, toi tu sais. Tu es un lecteur d'esprit après tout »

Edward avait doucement gloussé.

La conversation était alors revenue aux nouvelles recrues Volturi. Il était douloureusement évident que nous avions été désavantagés dès le début, mais maintenant c'était encore pire. S'il s'avérait qu'Esmée, Miguel, Irina et Laurent ne trouvaient pas les nomades qu'ils recherchaient…

Je devais me demander de toute façon combien de temps ils seraient prêts à consacrer à une telle recherche ; il avait été convenu avec tout le monde, y compris eux, devaient pratiquer les techniques de combat autant que possible. Cela ne ferait certainement pas de mal. Mais serait-ce plus avantageux pour nous malgré tout ? Et que faire si le nombre de Volturi continuait d'augmenter ?

Pour la millionième fois, il devenait de plus en plus évident pour moi de noter à quel point il était peu probable que l'un de nous s'en sorte vivant.

Carlisle me prit la main, me ramenant dans l'instant présent. Je détournai mon regard du sombre ciel d'été, inspirant l'odeur fraîche du jardin en me tournant vers lui. J'ai remarqué qu'il me regardé attentivement.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il doucement. Je savais que quelque chose dans mon expression devait refléter mes pensées.

J'ai haussé les épaules, souriant tristement. « Je me demandais juste si nous vivions nos derniers jours »

Carlisle n'a rien dit. Au lieu de ça, il m'attira contre lui, enroulant ses bras autour de moi et me serrant près de lui.

« J'aimerai…, soupira-t-il doucement après un moment. J'aimerai pouvoir tout changer. J'aimerai pouvoir changer les choses afin que nous ne tombions jamais dans cette situation »

Je reculai pour lui faire un sourire triste. « Je ne le ferais pas, si cela signifie que tout ce qui concerne ces derniers moi change aussi » Je levai ma main pour prendre sa joue en coupe, caressant de mon pouce sa lèvre inférieure. « Et si… » Je m'arrêtai et inspirai lentement. « S'il s'avère que… s'il s'avère que ces derniers mois, c'est tout ce que nous pouvons avoir… »

Carlisle ferma les yeux. « Bella…

– Non, écoute-moi. S'il te plait, écoute-moi. Je ne changerais rien. J'ai besoin que tu le saches »

Il prit ma main sur son visage et la pressa contre ses lèvres, donnant un tendre baiser aux dos de mes doigts. Puis, il plaça ma paume sur sa poitrine au-dessus de l'endroit où se trouvait son cœur silencieux. Ses yeux de topaze me regardaient de près.

« Tu parles comme si… comme si tu avais abandonné » Sa voix était mesurée, prudente. « Comme si tu avais accepté que tel était notre destin » Il y avait de la douleur maintenant dans ses yeux. Du chagrin.

« Je n'ai pas abandonné. Pas vraiment, lui assurai-je. Je suppose que j'essaie juste d'être réaliste ici. S'il s'avère que nous vivons maintenant les derniers jours de notre existence, je ne veux pas regarder en arrière et réaliser que je les ai vécus dans un mensonge.

– Pas dans un mensonge, désapprouva Carlisle. Dans l'espoir.

– L'espoir est quelque chose de différent ; j'en ai. C'est le cas. Et même si cela ne l'était pas, j'irai de toute façon jusqu'au bout. Même si Alice venait maintenant vers nous pour nous dire que nous allons tous mourir avec certitude, je passerais par là. Même si on me donnait le choix de fuir et d'éviter ce sort, je passerais par là. Je peux le promettre »

Carlisle passa un doigt le long de ma pommette. Il avait maintenant une expression particulière sur ses traits ; c'était quelque chose entre un froncement de sourcils inquiet et un petit sourire confus.

J'ai soupiré. « C'est ton ami, Garrett. Il déteint sur moi. J'ai écouté ses histoires de guerre toute la journée »

Il en rit. « Il est plutôt passionné, pas vrai ? »

J'ai souri et hoché la tête, mais j'ai rapidement dégrisé. « Mais plus sérieusement, continuai-je. Je pensais ce que j'ai dit. Et quand j'ai dit que j'avais de l'espoir… je le pensais également »

Carlisle berça ma tête dans ses mains, ses doigts plongeant dans mes cheveux. Il avait l'air inquiet maintenant ; il savait qu'il y avait quelque chose derrière mes mots, quelque chose que je n'avais pas encore dit à haute voix. « Et… qu'est-ce qui te donne cet espoir ? »

Je me mordis à nouveau la lèvre. « La vérité est… qu'il n'y a qu'une seule façon pour nous de nous en sortir vivants. Si j'apprends à me battre assez bien à temps… j'aurais peut-être une chance contre Alec et Jane. Je pense toujours que c'est notre meilleure chance. Je suis sûre que Jasper et Eleazar sont d'accords.

Nous pourrions avoir une chance contre Alec et Jane, corrigea-t-il en arquant son autre sourcil. Ou aurais-tu oublié que tu peux me protéger ? »

Je plissai les yeux vers lui. « Non. C'est juste que, eh bien… je trouverai le truc de démolir-les-jumeaux-même-si-c'est-la-dernière-chose-que-je-fais plus facile si je n'ai qu'à me soucier de ma propre sécurité »

Carlisle ne dit rien, mais me regarda plutôt pendant longtemps. Finalement, j'ai levé les yeux au ciel et levé les mains pour me rendre. « Très bien, bien, soupirai-je. Je ne suis pas la seule personne dans l'univers à devenir un martyr qui se sacrifie » J'ai mis mes mains sur ses épaules, luttant soudainement avec les mots. « C'est juste que… la pensée même que tu sois en danger… » Je secouai la tête à court de mots et inspirai, mais mes poumons semblaient refuser de prendre l'air. « Et puis il y a la vision d'Alice… elle ne me quitte pas. Depuis qu'elle t'a vu te sacrifier pour moi…

– Garde à l'esprit qu'elle a vu plusieurs résultats de la bataille dans ses visions, me rappela doucement Carlisle.

– Mais comment saurons-nous quelles actions mènent à quels résultats ? Peu importe si nous nous contentions de certaines tactiques puisque les plans des Volturi ont également leur impact. Et c'est une bataille, pour l'amour du ciel. Tout peut changer en un quart de seconde.

– Je sais. Tout ce que nous pouvons vraiment faire, c'est… de nous préparer au mieux »

Je fixai le tissu de sa chemise, momentanément perdue dans mes pensées. J'étais vaguement consciente des pas qui s'approchaient d'un kilomètre ou deux de la maison ; les autres revenaient de leur partie de chasse. « Je sais qu'Eléazar et Jasper pensent que je devrais me concentrer sur la pratique des techniques de combat. Mais je me demandais… si je pouvais apprendre à nous protéger davantage… cela augmenterait nos chances sans aucun doute »

Les yeux de Carlisle étaient pensifs. « Cela pourrait aussi faire de toi le cible principale.

– Je suis déjà une cible, soulignai-je. Aro veut Alice et moi, après tout. Mais garde à l'esprit qu'il veut que nous vivions. Nous devrions profiter du fait qu'ils ne vont pas nous tuer en premier. Et en plus… Aro ne sait pas à quel point je peux utiliser mon bouclier. Il supposera que j'ai que peu ou pas de contrôle sur lui, ce qui est un peu vrai pour le moment, mais mon point de vue est que je veux tout faire pour changer ça. Imagine si je pouvais protéger non seulement toi et moi, mais nous tous ? Cela nous donnerait une chance de combattre. Je ne suis clairement pas Jasper, et je ne connais rien aux tactiques de combat, mais je sais qu'un élément de surprise pourrait être la seule chose qui pourrait faire la différence ici.

– Je suis d'accord »

Ce n'était pas Carlisle qui avait répondu. Nous nous tournâmes tous les deux pour regarder la ligne des arbres. Les pas discrets que j'avais perçus quelques temps auparavant devinrent plus forts, et je reconnus facilement la démarche calme d'Edward et les pas prudents et presque silencieux de Véronique.

C'était Véronique qui avait parlé. Quant elle émergea des bois avec Edward, ses yeux rouges étaient légèrement réservés. Je me demandai où étaient les autres – peut-être étaient-ils allés plus loin pour chasser.

« Tu es d'accord ? » lui demandai-je alors qu'ils s'approchaient de nous.

Véronique jeta un bref coup d'œil à Carlisle avant de me regarder à nouveau.

« Je crois que ça vaut la peine d'essayer, émit-elle songeusement. Les boucliers peuvent être difficiles à contrôler, et manipuler le tien pour le plier à ta volonté pourrait prendre beaucoup de temps.

– Eléazar a dit que cela pourrait prendre des siècles, lui dis-je.

– C'est possible, admit-elle en semblant soudain incertaine. Je suis sûre qu'il sait de quoi il parle. Par rapport à lui, je suis relativement novice dans tout cela.

– Après que tu nous ai rendu visite ce printemps, Edward a dit que ta capacité à identifier les talents pourrait être plus approfondie que celle d'Eléazar », dis-je en jetant un coup d'œil à Edward.

Il hocha la tête et regarda Véronique. « C'est vrai. J'ai remarqué que tu nous lisais comme un livre. A l'exception de Bella, bien entendu »

Véronique sembla d'abord surprise par ça, mais elle haussa les épaules. « J'ai passé longtemps à complètement ignorer mon don. J'apprends toujours à l'utiliser, même après toutes ces décennies. Mon don est peut-être plus précis, mais le fait est que je ne le contrôle pas complètement comme Eleazar le fait » Elle me lança un regard curieux. « Ce qui nous ramène à ton bouclier. Edward m'a dit que tu te protégeais inconsciemment, mais tu as aussi appris à protéger ton compagnon.

– Je ne sais pas si « apprendre » est le bon terme, admis-je. C'est arrivé par accident »

Edward expliqua à Véronique ce qui s'était passé quelques semaines plus tôt. Il lui dit comment je m'entraînais avec Kate et quand elle avait essayé d'électrocuter Carlisle, je l'avais instinctivement protégé après avoir vu les effets de son don douloureux.

Pendant qu'Edward parlait, les autres ont commencé à revenir de leur chasse comme ils ont remarqué notre petit rassemblement dans le jardin, ils nous rejoignirent un par un. J'ai remarqué que les yeux de Garrett étaient toujours rouges, tout comme ceux de Véronique. Je me demandai combien de temps il faudrait au sang animal pour en diluer la couleur.

« As-tu pu entendre les pensées de Carlisle ? demanda Véronique à Edward après un moment. Quand Bella le protégeait ? »

Edward secoua la tête. « Non.

– Ou de Bella ?

– Non. Je n'ai jamais pu l'entendre.

– Je connais ça. C'est juste ça, eh bien… » Elle s'interrompit, les yeux pensifs. Elle échangea un regard avec Eleazar. « Pendant un moment, je me suis demandé si Bella se laissait vulnérable lorsqu'elle protégeait quelqu'un d'autre. Mais si Edward ne pouvait pas l'entendre quand elle protégeait Carlisle, cela devait signifier qu'elle étendait le bouclier ou alors…

– Ou alors son esprit forme un bouclier supplémentaire pour la protéger chaque fois qu'elle protège quelqu'un d'autre, finit Eleazar pour elle en semblant savoir ce qu'elle pensait. Ou les deux à la fois »

J'ai haussé les sourcils avec surprise.

« Alors Bella a deux boucliers au lieu d'un ? demanda Edward.

– D'une certaine manière, répondit Eleazar. Elle pousse probablement l'autre bouclier en dehors d'elle, comme elle l'a fait avec Carlisle lorsque Kate a essayé de l'électrocuter. Mais son esprit reste toujours protégé. Ce doit être le cas puisque tu n'as pas pu l'entendre »

Véronique me regardait maintenant, ses yeux rouges curieux. « Peux-tu le visualiser ? Ton bouclier ? »

Je me remémorai notre courte séance d'entraînement avec Kate quelques semaines plus tôt. « Je ne pouvais pas au début mais maintenant je le peux, je suppose.

– Qu'as-tu vu lorsque tu as protégé Carlisle ? »

J'ai froncé les sourcils, essayant de trouver les bons mots. « Je ne suis pas vraiment sûre. Le bouclier était un peu comme une couche, ou une fine membrane qui s'enroulait autour de lui, émis-je songeusement en haussant les épaules. Je ne peux le décrire autrement.

– Peux-tu le manipuler ?

– J'ai réussi à en élargir le champ il y a quelques semaines, mais une seule fois. Lorsque je pratiquais avec Kate et Eleazar, Edward a confirmé qu'il y a eu un court instant où il n'a pas pu entendre les pensées d'Eleazar. Mais à chaque fois que je réussissais à obtenir une prise dessus, je me sentais comme si j'avais pour ainsi dire perdu mon emprise. Il a continué à glisser loin de moi »

Véronique acquiesça. « Tu es toujours un nouveau-né, et cela seul rend difficile la concentration. Et comme on l'a dit, apprendre à pleinement contrôler un don comme celui-ci peut prendre des décennies, voire des siècles. Mais je pense que c'est bon signe que tu sois même en mesure d'autant le contrôler »

Eleazar accepta. « Le plus gros problème est que Bella a toujours été complètement inconsciente de ce qu'elle fait, émit-il songeusement. Puisqu'elle a toujours été complètement inconsciente de son bouclier, devenir pleinement consciente de ses fonctions peut être difficile. Son don pourrait être vraiment comparé à un réflexe.

– Alors… je dois juste en prendre conscience, déclarai-je.

– Cela peut sembler simple mais mettre cette pensée en pratique sera plus difficile, souligna Véronique.

– Mais ça vaut le coup, comme tu l'as dit ? demandai-je. Nous avons quelques jours. Si je m'entraîne constamment, je pourrais apprendre au moins quelque chose à temps. Si je pouvais tous nous protéger de Jane et Alec… » Je m'arrêtai.

Eleazar avait l'air incertain. « Compte tenu des circonstances auxquelles nous sommes sur le point de faire face, je conviens que cela vaut la peine d'essayer. Cependant, je ne saurais que trop insister sur l'importance de t'apprendre à te battre aussi. Tu auras besoin de compétences en combat, que tu apprennes ou non à contrôler ton bouclier, et surtout s'il s'avère que tu ne peux pas maîtriser ton don à temps. Et puisque nous manquons de temps ici…

– Elle apprend vite. Elle connaît les bases maintenant, émit songeusement Jasper. Il est plus que probable cependant que par rapport à nous tous, sa vie ne sera pas autant en danger. Aro veut après tout que Bella et Alice soient en vie.

– Mais Alice a dit qu'il voulait prendre autant de vampires doués que possible, fit remarquer Tanya. Quiconque possédant un don ne sera pas exactement à l'abri de lui.

– Bien sûr, Aro ne dirait pas non s'il a la possibilité de m'emmener, ainsi que Kate, Edward et Eleazar par exemple, acquiesça Jasper. Mais comme Edward l'a dit plus tôt, nous sommes remplaçables. Si nous commençons à causer trop de problèmes, Aro pourrait plutôt nous faire mourir plutôt que de nous voir retirer certains membres de la garde. Nous ne pouvons rien lui offrir de plus qu'il n'a pas déjà après tout.

– Tu as raison, émit songeusement Véronique. Puisqu'Aro est déjà lui-même un lecteur d'esprit, il n'a pas besoin d'Edward. La capacité de Jane est plus forte que celle de Kate, et il n'aura pas besoin du retour d'Eleazar puisqu'il m'a – ou c'est ce qu'il pense tout du moins actuellement – et ton don à influencer les émotions… » Elle étudia Jasper de près. « C'est évidemment plus polyvalent que le talent de Corin, mais je suis d'accord avec toi Aro ne sacrifiera pas Alice et Bella afin d'obtenir les dons qu'il a déjà à sa disposition sous une forme ou une autre » Elle se retourna pour me regarder de nouveau. « Si tu es sérieusement disposée à essayer d'en savoir plus sur ton don, je peux t'aider de toutes les manières possibles. Et s'il s'avère que tu ne progresses pas assez vite…

– Nous nous reconcentrerons à nouveau sur l'entraînement au combat », conclu Eleazar pour elle.

J'ai hoché la tête pour exprimer mon consentement. Après cela, nous nous mîmes immédiatement au travail. J'ai essayé de ne pas me sentir gênée quand tout le monde fut là pour regarder, et j'ai été soulagée lorsque Jasper a suggéré après un moment que les autres devraient continuer leurs propres entraînements. Les vampires qui occupaient la pelouse se sont alors divisés en paires et en groupes, et j'ai écouté d'une demi-oreille pendant que Jasper expliquait au clan irlandais et à Garrett les choses sur lesquelles nous avions travaillé avant leur arrivée. Alice alla s'asseoir à son endroit habituel sous l'un des pommiers où elle pouvait voir tout le monde. Elle croisa les jambes et ferma les yeux, mais de temps en temps elle les ouvrait et regardait juste les vampires se répandre autour du grand jardin, ses yeux prenant un éclat triste.

J'ai vraiment essayé de ne pas penser à ce que cela pouvait signifier.

Alors qu'Eleazar, Véronique, Edward, Kate et Carlisle se rassemblaient autour de moi, j'ai commencé à ressentir la pression de la situation. Je n'arrêtai pas de me rappeler que personne ne s'attendait à l'impossible de ma part – Eleazar et Véronique semblaient tous les deux avoir accepté le fait qu'apprendre à contrôler mon bouclier assez rapidement pourrait s'avérer impossible. Non pas que leurs attentes aient provoqué plus de pression en la matière. Le vrai problème était que je m'attendais à l'impossible.

« Ferme les yeux », me dit Véronique. Je fis ce qu'elle me dit, essayant de couper les autres voix et les sons qui dérivaient dans le jardin.

« Je ne l'ai pas fait depuis quelques semaines, l'avertis-je, alors n'en attendez pas trop.

– Nous allons commencer par quelque chose de simple, rassura Eleazar. Nous n'introduisons pas Kate pour l'instant – je veux essayer autre chose d'abord. Edward ? »

J'entendis les extrémités de ses cheveux frôler son col alors qu'Edward acquiesçait. « Je peux entendre Carlisle, murmura-t-il. Bella ne le protège pas pour l'instant »

J'ai froncé les sourcils. Visualiser le bouclier semblait difficile – je me demandai si c'était parce que je n'y avais pas prêté attention depuis plusieurs semaines. Je regrettai soudain beaucoup d'avoir renoncé à pratiquer plus tôt ce printemps – qui sait combien de progrès j'aurais pu faire maintenant si j'avais continué à explorer mon don ?

J'ai repoussé les sentiments négatifs – faire des hypothèses était inutile. Prenant une profonde inspiration, j'ai essayé de me concentrer à nouveau, luttant désespérément avec l'intérieur de mon esprit.

« Je peux encore l'entendre, entendis-je Edward murmurer à quelqu'un.

– Donne-lui un moment », répondit Eleazar.

Il semblait cependant qu'un moment n'était pas suffisant. Plusieurs minutes s'écoulèrent alors que j'essayais de me concentrer avec peu de succès. Le bouclier est resté insaisissable, et il semblait que je ne pouvais même plus le visualiser comme la dernière fois que j'avais essayé. Essayant de ne pas laisser la frustration prendre le dessus sur moi, je secouai la tête et soupirai.

« Ça ne marche pas, dis-je en essayant de garder ma voix égale.

– Attends un instant, déclara Eleazar. Reste patiente. Je m'y attendais en fait »

J'ai froncé les sourcils, Eleazar se tourna vers Kate. Elle s'avança sans avertissement, tendant la main avec son doigt pour toucher l'épaule de Carlisle. Je m'entendis reprendre une grande inspiration, me préparant à dire que je n'étais pas encore prête, mais il s'avéra que mes mots ne furent pas nécessaires.

Carlisle ne s'effondra pas au sol en souffrance comme je m'y attendais, pas même lorsque Kate plaça toute sa paume sur son épaule. Eleazar passa de moi à Kate, puis il se tourna vers Edward.

Ce dernier secoua la tête. « Au moment où Kate a touché Carlisle, j'ai arrêté de l'entendre.

– Je pensais que cela pourrait arriver, émit songeusement Eleazar en échangeant un regard avec Véronique.

– Tu penses que Bella a réagi envers Kate et pas Edward parce que son talent est plus offensant ? » lui demanda-t-elle.

Eleazar hocha la tête. « Peut-être. Même si le don d'Edward peut être considéré comme intrusif, Bella ne ressent pas le besoin de protéger constamment Carlisle de lui car cela ne lui fera pas de mal.

– Alors le mouvement menaçant de Kate a déclenché l'instinct d'utiliser le bouclier, émit songeusement Véronique. Tu avais raison. Son bouclier… c'est comme un réflexe pour elle. Elle devrait cependant travailler à déclencher le bouclier sans déclencheurs aussi offensifs. Elle doit être capable de travailler contre des dons qui ne semblent pas menaçants. Le don d'Alec paraît plutôt innocent après tout, mais la vérité est qu'il est encore plus mortel que celui de Jane » Elle se tourna pour me regarder. « Peux-tu visualiser ton bouclier maintenant ? »

Je fermai de nouveau les yeux, fronçant les sourcils. Je pouvais sentir plus précisément l'élasticité du bouclier à présent et voir comment la fine membrane était enroulée autour de Carlisle de la tête aux pieds. Je savais que cela me couvrait également, mais j'y prêtais moins attention et me concentrais plutôt sur la protection de Carlisle. Je savais que Kate le touchait toujours et essayait de l'électrocuter ; le savoir m'aidait à resserrer le bouclier.

Véronique m'informa que Kate allait maintenant lâcher Carlisle je savais qu'elle voulait voir si je pouvais le garder à l'abri même lorsque la menace aurait disparu. J'ai serré les dents de concentration en entendant Kate retirer sa main de l'épaule de Carlisle. J'ai gardé la couche sécuritaire enroulée autour de lui, m'assurant qu'elle le recouvrait complètement avant de m'aventurer à ouvrir les yeux ; je voulais voir si les distractions visuelles perturberaient ma concentration.

Les vampires qui étaient rassemblés autour de moi me regardaient de près alors que j'ouvrais les yeux. Seul Edward ne me regardait pas ses yeux étaient fixés sur le visage de Carlisle. Il secoua la tête.

« Je ne l'entends toujours pas »

Je me sentis me détendre et refermer instantanément les yeux quand je sentis le bouclier glisser, mais je réussis à emmailloter complètement Carlisle à l'intérieur avant que quoi que ce soit ne se passe.

« Bien. Maintenant, essaye de l'étendre », suggéra Véronique.

J'ai commencé à me sentir étrangement essoufflée. Grinçant des dents, j'ai forcé la couche flexible à aller plus loin, sans la relâcher jusqu'à ce qu'elle touche la personne la plus proche de Carlisle et de moi ; Edward. Haletant doucement sous l'effort, j'enroulai également le bouclier autour de lui.

« Alors ? réussis-je à demander d'une voix légèrement tendue.

– Je peux à nouveau entendre Carlisle », dit Edward. Il avait l'air déçu, même si je pouvais dire qu'il avait essayé de le cacher.

« Eh bien, c'est normal, dis-je à bout de souffle, puisque tu es aussi sous le bouclier maintenant.

– Oh » La voix d'Edward était surprise. « Oh.

– Kate, touche-le » Les mots sont sortis de ma bouche à la hâte ; il fallut chaque once de ma concentration pour garder à la fois Edward et Carlisle protégés. J'entendis un mouvement quelque part et la question que Kate murmura alors qu'elle demandait à Edward s'il pouvait ressentir quelque chose.

« Non, l'entendis-je répondre.

– Et maintenant ? »

J'ai entendu Edward secouer la tête. « Rien. Waouh. C'est assez impressionnant. Si Bella continue de progresser aussi vite, alors… ouch ! Put… ! »

Un souffle haletant s'échappa de mes poumons et mes yeux s'ouvrirent. « Désolée ! dis-je. Je suis vraiment désolée, je l'ai perdu ! »

Edward était allongé à plat ventre sur le sol. Carlisle lui tendit une main pour l'aider à se relever, et Edward la prit, poussant un soupir tremblant alors qu'il se levait.

« Je suis désolée, dis-je à nouveau. Je ne sais pas ce qui s'est passé.

– Ne t'inquiète pas pour ça, repoussa-t-il en grimaçant toujours. Nous commençons tout juste après tout. Tu as fait de bons progrès à l'instant »

J'ai soupiré. « Mais je dois apprendre plus vite que ça si je veux être utile »

Carlisle vint se tenir à côté de moi. « Bella, tu dois accepter le fait que ces choses arrivent à leur propre rythme. Je pense que tu te mets trop de pression »

Je laissai échapper un soupir frustré, essayant de ne pas me sentir découragée.

« Recommençons encore », suggéra Edward. Je lui ai jeté un coup d'œil hésitant.

« Tu es sûr ? »

Il hocha la tête, mais il se retourna alors que Garrett s'approchait de nous de l'autre côté du jardin.

« Si vous cherchez des volontaires, en voici un, informa-t-il d'un sourire. Ça avait l'air amusant.

– Avoir l'air est bien le mot, murmura Edward d'une manière sèche. Mais je t'en prie – fais-toi plaisir »

Garrett me sourit avant de se tourner vers Kate, la regardant spéculativement de la tête aux pieds. « Donc, dit-il, tu peux mettre un homme à plat sur le dos, j'ai entendu dire »

Kate haussa un sourcil, souriant sournoisement. « De plusieurs façons » Elle lui fit un clin d'œil.

Edward roula des yeux, s'éclaircissant inconfortablement la gorge.

Kate agita les doigts avec espièglerie vers Garrett. J'ai fermé les yeux, essayant rapidement de pousser le bouclier vers l'extérieur. L'étirer semblait un peu plus facile maintenant qu'avant ; je pouvais le faire atteindre Carlisle et Edward, et j'ai même réussi à ce qu'il touche Eleazar, mais ensuite le bouclier commença à glisser vers l'intérieur, comme s'il résistait à mes tentatives de l'élargir. Quelque chose le retenait clairement et je le sentis soudain reculer comme un élastique trop tendu. Je haletai et me battis pour rester concentrée mais c'était trop tard. J'ai entendu Garrett pousser un cri étranglé. Avec un soupir résigné, j'ouvris les yeux.

Il était étendu sur le sol, les paupières tremblantes. Après avoir pris une respiration tremblante, il ouvrit les yeux et regarda Kate qui lui souriait. Garrett se leva lentement, un sourire étonnant lui illuminant le visage alors qu'il la regardait.

« Waouh », souffla-t-il.

Kate haussa les sourcils de confusion. « Waouh ? Tu as aimé ça ? »

Garrett lui fit un clin d'œil. « Est-ce que ça te dérangerait si c'était le cas ?

– Tu veux que je recommence ?

– Peux-tu l'atténuer ? demanda-t-il curieux. Le faire ressentir, tu vois, agréable au lieu de douloureux ?

– Je peux le contrôler dans une certaine mesure, oui. Mais je ne pense pas pouvoir le rendre agréable.

– Et zut » Garrett secoua la tête, lui lançant un regard à la fois joueur et désireux. « C'est juste dommage. Tu sais, parce que je pensais que peut-être que tu voudrais peut-être… »

Edward se racla de nouveau brusquement la gorge. « Pourriez-vous continuer cette discussion plus tard ? Dans l'intimité peut-être ? Et en vous assurant que c'est dans un endroit insonorisé, ou tout du moins très, très loin ? Comme en Sibérie ou autre ? »

Garrett gloussa en faisant de nouveau un clin d'œil à Kate. « Très bien. Toutes mes excuses à ton pauvre esprit puceau, Edward »

Edward roula des yeux.

Garrett resta avec nous pour le reste de la nuit pendant que je continuais à pratiquer. Le matin, je pus les protéger tous les six. J'ai essayé d'étendre le bouclier pour qu'il couvre également tout le monde, essayant de le faire atteindre au reste des vampires qui faisaient les cent pas dans le jardin ou qui recevaient des instructions de combat de Jasper.

J'échoua autant de fois que j'essaya cependant. Chaque fois que j'essayais d'élargir le champ, le bouclier reculait comme un ressort lâché. La même chose se produisait si quelqu'un dans mon voisinage bougeait trop. Je ne voyais plus le bouclier comme un emballage plastique cela ressemblait plus à un petit dôme maintenant. Et chaque fois que quelqu'un sortait du dôme, tout le bouclier semblait flotter comme une flamme de bougie soufflée par le vent.

Carlisle et Eleazar ne cessaient de me rappeler que j'avais fait beaucoup de progrès en quelques heures seulement, mais malgré cela, je commençai à être frustrée et étrangement fatiguée. C'était de la fatigue mentale plus qu'autre chose, et je fus en réalité un peu soulagée lorsque l'arrivée de Peter et Charlotte le matin mit fin à nos entraînements.

« N'abandonne pas », me dit doucement Edward alors que nous observions de loin tandis que Véronique et Garrett étaient présentés à Peter et Charlotte. Apparemment, Edward avait remarqué que mon désir furieux d'être utile commençait à m'épuiser.

« Je n'abandonne pas, lui dis-je. Je me sens juste… je ne sais pas, ennuyée et gênée. C'est frustrant de savoir que je suis peut-être celle qui détient la solution à notre problème, et que je ne peux pas me rendre à la destination évidente.

– Garde à l'esprit que les choses ne sont pas si noires et blanches. Même si tu apprenais à contrôler complètement ton bouclier, cela n'empêcherait pas les Volturi de nous attaquer physiquement. Nous avons un combat devant nous – rien ne peut changer ça. Depuis qu'Alice a confirmé que le nombre de Volturi a augmenté et qu'ils amèneront des combattants, cela prouve seulement qu'Aro ne s'attend pas à ce que leur voyage ici soit soigné et rapide » Il s'arrêta et me regarda. « Ce que j'essaie de dire, c'est que même si ton bouclier peut nous être des plus utiles, tu ne peux pas être tenue comme responsable de la sauvegarde de tout le monde. Nous n'attendons pas de miracles de ta part. Et plus important encore, tu dois comprendre que tu devrais pas te demander l'impossible. S'il s'avère que nous allons manquer de temps et qu'il semblerait que tu ne sois pas en mesure de contrôler ton don, tu devrais te focaliser sur des choses que tu peux faire. Des choses qui te mettent en confiance »

J'ai réfléchi à ses mots, ne sachant pas exactement ce qu'il voulait dire par là. « Tu veux dire que je devrais me contenter de juste me protéger moi et Carlisle ? »

Il haussa les épaules. « Je ne dirais pas ça comme ça – je ne dirais certainement pas que tu dois te contenter que de ça si tu recommences. Je dis juste que puisque tu te protèges inconsciemment, et que protéger Carlisle est tout aussi facile grâce au lien entre vous… » Il fronça les sourcils de manière réfléchie. « Je pense simplement qu'il serait sage de se concentrer et de s'appuyer sur les forces que tu possèdes déjà au lieu d'essayer d'acquérir des compétences difficiles à maîtriser en si peu de temps.

– Alors, penses-tu que je devrais abandonner l'idée d'essayer de tous nous protéger ? Et qu'au lieu de ça, je dois me concentrer sur l'acquisition de compétences de combat aussi bonnes que possible ?

– Je dis que tu n'as pas à choisir entre l'un ou l'autre. Compte sur les choses que tu sais que tu peux bien faire, et affine les choses qui nécessitent le plus de travail. Tire le meilleur parti du temps que nous avons encore. Et aussi, arrête de te soucier de choses que tu ne peux contrôler.

– Tu rends ça si simple » Je lui fis un sourire ironique. « Mais je suppose que tu as raison. Je me fixe des objectifs trop élevés. C'est seulement parce que je sais que tout se résume à Jane et Alec. Si nous n'arrivons pas à les éliminer en premier… »

Edward hocha la tête. « Je sais. Nous sommes morts » Ses yeux dorés étaient désormais sur Alice. Elle était toujours assise sous le pommier. Elle n'avait pas bougé d'un pouce depuis des heures. Sa petite physionomie était figée dans une posture d'angoisse extrême. Elle garda les yeux fermés alors qu'elle traversait des réalités que personne d'autre qu'elle n'avait vues. Je me demandai comment elle se sentait maintenant. Comment était-ce pour elle de voir avenir après avenir, possibilité après possibilité, de les faire parcourir sans cesse dans son esprit ? D'être le témoin de la destruction de sa famille et de ses amis à maintes reprises, peu importe ce que nous décidions, peu importe le type de stratégie que nous bâtissions ?

Cette pensée m'aida à me décentrer et à voir au-delà de mon propre désespoir ainsi que de ma frustration. Je savais que chaque vampire ici était plus ou moins anxieux et inquiet, même effrayé par ce qui allait arriver, mais je savais que ce devait être Alice qui avait le plus de difficultés.

Respirant lentement, je reportai mon attention sur Edward.

« Penses-tu que nous avons une chance ? demandai-je doucement. Si Alec et Jane n'étaient plus un problème, combien cela augmenterait-il les chances ? »

Edward regarda Véronique d'un air pensif ; elle s'approchait de nous de l'autre côté du jardin. J'ai remarqué que Peter avait rejoint Jasper et l'aidait maintenant à enseigner ; le clan irlandais se rassembla autour de lui, et bientôt Rosalie et Carmen les rejoignirent.

« Eh bien, les jumeaux sont évidemment les plus grands obstacles, émit-elle songeusement. Mais même si nous parvenons à les éliminer ou à les rendre impuissants, nous aurons du pain sur la planche même à ce moment-là » Il fronça les sourcils lorsque Véronique nous rejoignit, réagissant probablement à quelque chose à laquelle elle pensait.

« Je ne pouvais pas m'empêcher d'entendre votre discussion, dit-elle tandis que ses lèvres devenaient une fine ligne. J'ai bien peur qu'éliminer Alec et Jane sera aussi difficile que de détruire les dirigeants, sinon plus. Ce sont les biens les plus précieux d'Aro. Il s'assurera qu'ils sont bien protégés. Personne ne s'en approchera. Les atteindre serait du suicide »

Ses mots me firent froncer les sourcils. J'ai remarqué que même si personne n'avait arrêté ses activités, chaque vampire du jardin écoutait Véronique pendant qu'elle parlait. Leurs expressions étaient dures et serrées, mais ils continuèrent leur entraînement. C'était tout ce qu'ils pouvaient faire après tout. C'est ce que Carlisle avait dit auparavant – que tout ce que nous pouvions faire était d'être aussi préparé que possible.

Alors que j'étudiais les visages sinistres qui m'entouraient, mes yeux rencontrant des regards dorés et rouges, je savais à quoi ils pensaient. Je pensais la même chose.

Être aussi préparé que possible ne serait pas suffisant. Nous le savions tous. Nous ferions de notre mieux avec ce que nous avions, et nous garderons la tête haute, mais la vérité est que certains d'entre nous, sinon tous, marchaient la tête la première vers une mort certaine.


Alors que pensez-vous de ce chapitre, on reste toujours dans l'attente angoissante des évènements à venir ! Bella arrivera-t-elle à contrôler son bouclier assez vite pour protéger le plus de monde ?