Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.

Merci à Eileene pour sa review et bonne lecture à tous !


« On rencontre quelque fois son destin sur la route qu'on a pris pour l'éviter »

- Proverbe français -


Aucune lumière

Le temps semblait s'écouler différemment lorsque vous saviez que vous viviez peut-être les derniers jours de votre vie. Un instant il se tient presque immobile, se déplaçant à petits pas lents comme pour nous tourmenter, et l'instant d'après, les heures semblent passer comme des secondes. Chaque fois que je regardais la faible lumière du soleil couchant filtrer à travers les nuages, je me retrouvais à penser que chaque jour qui passait semblait plus court que le précédent. Chaque lever et coucher de soleil nous rappelait que notre temps se raccourcissait. Comme si nous avions besoin de plus de rappels. Comme si ce n'était pas déjà assez réel.

Personne ne parlait de ces choses ; il n'y en avait nul besoin. Nous avons continué à regarder le soleil se lever et se coucher encore et encore ; ces courts moments étaient les seules pauses que nous nous étions accordées. Le reste de notre temps fut consacré à la pratique et à l'élaboration de notre stratégie, et chaque minute de la journée, lorsque je n'apprenais pas à me battre, je travaillais à apprendre à contrôler mon bouclier – ou à essayer de le forcer à coopérer, pour être plus précise. Mes progrès venaient par petits accroissements, et bien que j'étais heureuse qu'il y ait de l'amélioration, il était douloureusement évident que cela ne serait pas suffisant. Que je manquais de temps.

Que nous en manquions tous.

Esmée et Miguel n'étaient toujours pas revenus ; avec Irina et Laurent tous les quatre avaient essayé de localiser Mary et Randall, et quand il s'était avéré que les retrouver s'était avéré compliqué, ils étaient partis en Amérique du Sud pour chercher le clan des Amazones. Une partie de notre espoir qui s'amenuisait était en eux maintenant. Si nous parvenions à avoir Zafrina, Senna et Kachiri de notre côté, le don de Zafrina pourrait nous fournir un avantage. Inutile de dire que nous en avions manifestement désespérément besoin. Comme son don d'illusion ressemblait à celui d'Alec, sa présence ferait une énorme différence. Si les Volturi étaient ceux qui ne pouvaient voir, même pendant quelques instants, cela changerait tout.

Si les Amazones voulaient se ranger de notre côté, bien entendu. Personne ne pourrait leur en vouloir si elles décidaient de ne pas aller à l'encontre des Volturi. Même si le clan irlandais, Garrett – et ses deux amis nomades, Makenna et Charles – avaient rejoint notre cause sans réserve, cela ne signifiait pas que les autres ressentiraient la même chose, car se joindre à nous était évidemment l'équivalent d'une condamnation à mort.

Surtout que Jasper et Eleazar avaient mis beaucoup de poids à trouver le clan des Amazones, mais j'ai remarqué qu'ils essayaient de ne pas faire espérer. Les trois femmes sauvages que j'avais rencontrées au mariage d'Esmée et Miguel des mois auparavant, se révélaient extrêmement difficiles à trouver ; Alice avait essayé de chercher leur avenir afin d'accélérer la recherche, mais se mettre en phase avec elles était plus facile à dire qu'à faire. Elle craignait de manquer quelque chose de conséquent lorsqu'elle ne regardait pas les Volturi.

J'avais remarqué qu'elle ne parlait qu'à peine aux personnes ces jours-ci. Ses visions de l'avenir retenaient toute son attention. Elle s'était isolée dans le jardin ; je pouvais voir que Jasper s'inquiétait pour elle. Elle ne s'entraînait plus à se battre avec nous, et elle refusait même de chasser – elle n'arrêtait pas de dire qu'elle prendrait soin de se nourrir avant la bataille. Jasper n'était pas le seul à être concerné. Moi aussi, je craignais que le poids reposant sur les petites épaules d'Alice ne soit de trop pour elle.

« Tu aurais dû partir avec les autres », lui dis-je un soir lorsque je l'ai rejointe dans le jardin. Carlisle, Jasper et Eleazar étaient partis pour une chasse rapide il y avait un moment, mettant ainsi fin momentanément à notre séance d'entraînement. Certains de nos invités s'étaient dispersés, certains pour explorer les environs de la maison tandis que d'autres faisaient passer le temps grâce aux nombreux livres et ordinateurs des Cullen. J'entendais Kate et Garrett parler à voix basse au troisième étage, mais je les ai mis à l'écart ; leur conversation tranquille semblait privée.

Alice était assise sur la balançoire en fer dans un coin du jardin alors que je m'approchais d'elle. Ses jambes étaient repliées dans une pose méditative, ses mains reposant sur ses genoux. Ses yeux étaient fermés ; je ne l'avais pas vue les ouvrir depuis des jours.

Elle les avait ouvert à présent en m'entendant parler ; ses yeux étaient comme des diamants noirs.

« Alice… » Je m'assis à côté d'elle. « Pourquoi n'es-tu pas allée chasser avec Carlisle et les autres ? »

Elle secoua la tête, serrant les mâchoires. « Je peux chasser plus tard »

Un soupir résigné quitta mes lèvres et je levai les yeux comme pour m'astreindre à la patience. Le ciel nocturne d'été au-dessus de nous était sans étoiles, couvert d'épais nuages.

« Rien de nouveau ? » demandai-je doucement. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle réponde différemment que la dernière fois, mais j'espérais toujours.

Elle fronça les sourcils, secouant la tête. « Chaque stratégie que Jasper et Eleazar essaient de concocter… elles finissent toutes de la même manière. Ou plutôt, pas exactement de la même manière. Parfois, je vois que l'un d'entre nous survit… et d'autres fois, je vois que nous mourrons tous » Elle secoua la tête. « Et il y a aussi quelque chose… quelque chose que je ne peux pas encore du tout voir. Quelque chose qui aura un impact sur le résultat.

– Qu'est-ce que c'est ? Et pourquoi n'as-tu rien dit jusqu'à maintenant ? »

Elle secoua la tête. « Parce que je n'ai rien à dire. Je ne sais tout simplement pas ce que c'est. J'ai juste ce sentiment étrange que quelque chose ne se passera pas comme nous l'espérons » Elle ferma les yeux et appuya son visage contre ses paumes, grognant doucement de frustration. Je n'avais jamais entendu un son si… fatigué.

Sa réponse simple m'a un peu surprise. Les fois précédentes où elle avait répondu aux questions d'un autre sur notre avenir possible, ses réponses avaient été vagues et évasives. Je me demandai pourquoi elle était si honnête avec moi maintenant. Cela signifiait-il qu'elle avait abandonné ? Qu'il n'y avait aucun moyen de contourner cela ? Cela voulait-il dire qu'elle croyait que nous allions faire face à un sort cruel, quoi qu'il arrive ?

N'y avait-il vraiment rien que nous puissions faire ?

« Alice…, commençai-je hésitante. Avons-nous vraiment pensé à tout ce qui pourrait nous sauver ? Chaque possibilité ? Je veux dire… la moindre possibilité ? »

Elle fronça les sourcils, me fixant de ses yeux sombres. « Je ne te suis pas, Bella »

Eh bien, ça devait être une première. Je pris une profonde inspiration, essayant de convertir le désordre de mes pensées en mots compréhensibles.

« Combien de Volturi vont mourir ? demandai-je. Peux-tu voir combien de membres ils vont perdre ? »

Alice sembla un peu déconcertée par ma question. « Ça dépend, répondit-elle lentement. Dans certaines visions, ils perdent quelques combattants, mais je vois aussi des futurs où ils subissent presque autant de pertes que nous. Peut-être… peut-être même plus. Je ne sais toujours pas comment c'est possible, depuis qu'Alec et Jane sont avec eux… peut-être que tu apprendras à bien contrôler ton bouclier et que certains d'entre nous pourront se défendre après tout… »

J'étais tellement perdue dans mes pensées que j'entendis à peine ses deux dernières phrases. Humectant mes lèvres d'une manière nerveuse, j'ai sondé son visage. « La connaissance du risque de perdre autant de vampires, pourrait-elle faire reculer Aro ? »

Alice me lança un regard confus. « Tu veux dire…

– Je veux dire que s'il découvrait qu'il va perdre une quantité indéfinie de vampires, reconsidérerait-il notre attaque ? » Je soutins son regard, attendant qu'elle se reprenne. « Penses-y. Lorsqu'Aro et Caius ont pris la décision de venir ici, ils auraient pu le faire avec la conviction qu'ils nous domineraient facilement. Grâce à Alec et Jane, ils n'attendent que peu ou pas de résistance. Ils n'ont aucun moyen de savoir ce que nous savons des évènements à venir – grâce à toi, nous sommes pleinement conscients que leur arrivée entraînera une bataille d'une manière ou d'une autre. Mais les Volturi n'ont peut-être pas la moindre idée du fait qu'il y aura un combat. Ils ne s'attendent pas à ce qui va arriver. Ils s'attendent probablement à ce que ce soit une nouvelle exécution sans opposition, comme ces autres fois par le passé.

– C'est vrai, murmura Alice, ses yeux sombres réfléchissants. Mais pour une quelconque raison, ce ne sera pas le cas. Un combat s'ensuit parce que quelque chose fait obstacle à leurs plans. Peut-être que c'est ton bouclier, comme je l'ai dit, ou peut-être que c'est quelque chose d'autre. Mais tu pourrais avoir raison, je suppose – Aro pourrait ne pas s'attendre à ce qu'une bataille prenne place.

– Peut-être que le fait de savoir qu'il peut perdre une partie de son clan le fera reconsidérer l'idée »

Alice fronça les sourcils. « Peut-être. Mais il y a un problème : je devrais laisser Aro lire dans mes pensées. C'est la seule façon de lui transmettre cette information, pour être sûr qu'il croit que nous ne bluffons pas afin de sauver nos peaux »

Notre conversation m'apporta à la fois de l'espoir et de l'angoisse, car l'idée même de laisser Alice près d'Aro me rendait agitée. J'étais sûre que Jasper n'accepterait jamais cette idée – il ne laisserait pas Alice se mettre en péril ainsi. C'était elle qu'Aro désirait le plus, après tout. Quand il verrait sa chance, il la saisirait.

Ce qui signifiait que l'idée qui m'était venue ne serait pas une solution, après tout. « Jasper ne te mettra pas en danger comme ça », murmurai-je doucement.

Alice pinça les lèvres. « S'il savait que cela pourrait nous sauver, il ne serait peut-être pas contre.

– Dans quel univers vis-tu ? demandai-je en riant sèchement. Il devra être absolument certain que de te laisser près d'Aro ne comportera aucun risque. Il ne l'acceptera pas à moins que tu puisses confirmer que cela changera sans aucun doute le futur. Et même ainsi, cela ne pourrait ne pas lui suffire. Il est trop effrayé à l'idée de te perdre » Je me demandai distraitement ce que penserait Edward de ça. Il ne serait peut-être pas non plus en accord avec notre idée, mais j'imagine qu'il pourrait se proposer d'être celui qui toucherait la main d'Aro ; il connaissait les visions d'Alice après tout, aussi bien qu'elle les connaissait elle-même.

Elle secoua la tête, ses propos me tirant de mes pensées. « Eh bien, des confirmations et des promesses sont évidemment des choses que je ne peux pas donner. Tant de décisions de personnes sont impliquées, et tout est en constante évolution »

Ses paroles me rendirent encore plus fébrile que je ne l'étais déjà. Cette agitation refusait de me quitter ; je me demandai si je pourrais jamais me sentir à nouveau apaisée, même si l'impossible se produisait et que nous nous en sortions vivants. Depuis que mon esprit était dans un état de stress continu ces derniers jours, j'avais l'impression que l'effroi bouillonnant à l'intérieur de moi avait laissé une empreinte permanente. C'était comme si j'étais en constante montée d'adrénaline.

Lorsque Carlisle, Jasper et Eleazar revinrent plus tard de la chasse, nous leur parlâmes de ce dont nous avions discuté pendant leur absence. Jasper avait exactement réagi comme je m'y était attendue ; laisser Aro lire l'esprit d'Alice afin de lui faire savoir qu'il perdrait certains membres de la garde dans la bataille ne valait pas le risque. Eleazar était d'accord.

« Le problème est que nous ne savons pas si une telle connaissance pourrait même faire reculer les Volturi, souligna-t-il. J'avoue qu'Aro veut se sentir non menacé et en sécurité, c'est certain. C'est l'une de ses plus grandes faiblesses. Le fait de savoir qu'il va perdre certaines personnes de sa garde le dérangerait certainement. Mais j'ai le sentiment que seule l'idée de perdre les membres les plus importants de la garde comme Chelsea, Alec ou Jane, le ferait revenir sur sa décision d'attaquer. Et puisque rien n'est certain et qu'Alice peut voir plusieurs résultats de la bataille… » Il s'interrompit.

J'ai remarqué que notre petit rassemblement dans le jardin n'était pas passé inaperçu ; Edward et Véronique nous rejoignirent, bientôt suivis par le clan irlandais ainsi que Makenna et Charles. En quelques secondes, le reste des Cullen et des Denali se tenaient également autour de nous. J'entendis la fenêtre s'ouvrir dans le bureau de Carlisle et je me tournai juste à temps pour voir Garrett sauter avec Kate. Ils atterrirent sur la pelouse douce sans bruit avant de se diriger vers nous.

« Nous devons également garder à l'esprit que leur nombre est supérieur au nôtre, ajouta Jasper. Il doit y avoir une raison à cela. S'ils pensaient que les choses se passeraient bien ici, pourquoi entreraient-ils en force ? Beaucoup d'entre nous sont doués, je l'admets, mais la plupart des dons que certains d'entre nous possèdent ne sont pas offensifs. Je pense qu'ils en amènent beaucoup, car ils doivent anticiper une certaine résistance. Sinon, pourquoi viendraient-ils en grand nombre ?

– Aro bénéficie d'un public, souligna Véronique. C'est peut-être la raison pour laquelle il amène presque toute la garde. Ou peut-être que c'était l'idée de Caius. Ou… » Elle s'interrompit, lançant un regard pensif à Edward.

« Ou quoi ? demanda Jasper.

– Ou peut-être qu'Aro a anticipé le coup, aussi simplement que ça, suggéra-t-elle. Il savait qu'Alice verrait leur décision de venir ici. Il sait que vous les attendez. Depuis qu'il a lu dans l'esprit d'Edward en Italie il y a quelques mois, ainsi que dans celui de Carlisle et d'Eleazar, il sait que vous avez des amis – des alliés potentiels même – partout dans le monde. Aro connaît votre esprit aussi bien que vous vous connaissez vous-même après tout. Peut-être qu'il sait que vous pourriez demander de l'aide de vos amis dans une situation comme celle-ci. Peut-être qu'il sait que vous pourriez ne pas être seuls quand ils viendront.

– C'est probablement vrai, concéda Eleazar. Mais quand même, cela ne devrait pas vraiment leur importer combien nous sommes. Ils ont Alec et Jane, après tout. Les Volturi n'ont jamais compté sur les chiffres au détriment des talents. Pourquoi le feraient-ils maintenant ?

– Eh bien, Aro n'a jamais entendu parler d'une personne à l'abri des talents psychiques, souligna Véronique, jusqu'à ce qu'elle arrive » Elle inclina la tête vers moi. Je me sentis un peu intimidée lorsque plusieurs paires d'yeux dorés et rouges se tournèrent pour me regarder.

Véronique continua, me regardant toujours. « Elle est encore à l'état brut, et même si Aro le sait, il n'est pas un idiot. Il ne sous-estimera pas un don qui s'est déjà manifesté si clairement avant la transformation. Cela a dut le rendre prudent » Elle se tourna de nouveau vers Eleazar. « Il y a un instant, tu as dit que l'une des faiblesses d'Aro est le besoin de se sentir en sécurité. Cela pourrait être aussi l'une des raison pour lesquelles il amène autant de vampires avec lui. Cela lui apporte un sentiment de sécurité.

– Certes, il ne s'attend pas ce que je puisse faire beaucoup de choses, réfléchis-je. Je commence tout juste avec ce truc, après tout.

– Je suis sûre qu'il ne s'attend pas à ce que tu contrôles pleinement ton don, acquiesça-t-elle. Mais étant donné que tu as toujours été immunisée contre les capacités d'Edward par exemple, et sans aucune formation… et pendant que tu étais encore humaine, rien de moins… cela seul fait qu'Aro avance avec prudence. Il ne souhaite pas te sous-estimer au cas où nous utiliserions ton don.

– Alors… est-il possible qu'il attend de moi que je m'en prenne à Alec et Jane ?

– Probablement » Elle me fixa d'un regard qui était spéculatif. « Je sais que tu es prête à essayer de faire exactement ça. Mais cela a déjà été dit, Alec et Jane seront bien gardés. Cela n'aidera pas que tu sois à l'abri de leurs dons si tu es confronté à plusieurs vampires entraînés à protéger les jumeaux. Je sais que tu peux te protéger toi et Carlisle, mais même si vous essayez de les éliminer ensemble… comme je l'ai dit il y a quelques jours, ce serait du suicide. Aucun de vous ne pourra s'approcher d'Alec et Jane » Elle fit une pause, jetant un bref coup d'œil à Edward ; il s'était soudain tourné pour la regarder avec une expression ouvertement inquiète. Elle inspira profondément. « Ce qui signifie qu'il n'y a qu'une seule solution.

– Et qu'elle est-elle ? » demanda calmement Carlisle tout en jetant un regard confus à Edward et se demandant visiblement pourquoi il regardait Véronique ainsi.

Véronique passa de moi à Carlisle. « Aucun de vous ne pourra s'approcher d'Alec et Jane. C'est impossible » Elle fit une pause, serrant fermement les mâchoires. « C'est pourquoi, je suis celle qui devrait le faire. C'est moi qui devrais les détruire.

– Toi ? » demanda Eleazar, clairement pris au dépourvu pas sa suggestion soudaine.

Véronique fronça les sourcils d'une manière réfléchie. « Les Volturi n'ont toujours pas la moindre idée du fait que je suis ici. Ils n'ont aucune idée du fait que je les ai trahis. Nous pourrions l'utiliser.

– Si tu échoues, tu te feras condamner à mort, dit doucement Edward, une lueur dure dans les yeux.

– Cela se produira de toute façon à moins que nous ne trouvions quelque chose, fit-elle remarquer en passant de lui à Carlisle puis Eleazar. Considérez-le au moins.

– A quoi penses-tu exactement ? demanda Jasper. Comment pourrais-tu t'y prendre ?

– Quand les Volturi arriveront, je ne resterai pas parmi vous pour exposer ainsi ma trahison. Je garderai mes distances en premier et observerai, et quand le bon moment viendra, j'aborderai les Volturi de la même direction par laquelle ils viendront.

– Comment expliqueras-tu ton arrivée soudaine ? demanda Carlisle.

– Je pourrais dire que je revenais de mon affectation et lorsque j'étais en route pour l'Italie, j'ai entendu ce qui se passait ici. Je pourrais dire que j'ai décidé de m'arrêter et d'offrir mon aide. Ce n'est pas exactement le protocole, mais Aro ne remettra pas en question mon explication. J'en suis sûre.

– A moins qu'il ne décide de lire dans ton esprit et que ton stratagème ne soit exposé, fit remarquer Jasper.

– Je ne vais pas lui laisser la chance de le faire alors. Et en plus, je ne pense pas qu'il serait pressé de lire dans mes pensées dans une telle situation. Il aura d'autres choses en tête.

– Très bien. Supposons qu'Aro souscrit à ton explication. Comment vas-tu procéder ensuite ? »

Véronique haussa les épaules. « Je vais me rapprocher le plus possible de Jane et d'Alec et attendre ma chance. Dès qu'elle arrivera, je frapperai. Cela ne provoquera aucun soupçon chez les vampires qui gardent les jumeaux ; je pourrais m'approcher pour qu'on ait l'impression que j'offre mon aide aux protecteurs.

– Tu oublies quelque chose, fit remarquer Edward. Marcus. Il peut voir les liens émotionnels entre les gens. Il pourra dire en un instant que tu n'es plus fidèle aux Volturi.

– J'y ai pensé. Et je conviens que c'est un risque, mais je ne peux qu'espérer qu'il soit trop préoccupé par la lecture de la force de vos liens, en essayant de déterminer vos points forts et vos points faibles. Il pourrait ne pas faire attention à moi lorsqu'il se concentre sur l'ennemi – dont toi »

Edward secoua la tête. « Même comme ça, c'est très risqué.

– Tout cela est risqué, déclara-t-elle. Mais je préfère prendre ce risque et mourir plutôt que de ne rien faire »

Edward soupira, passant une main dans ses cheveux. Sa voix était étrangement serrée. « Très bien. Imaginons que tu te rapproches d'Alec et de Jane, assez près pour pouvoir les éliminer. Que penses-tu qu'il se passera alors ? Les vampires qui les gardent te tueront dans l'instant. Nous ne serons peut-être pas capable de l'arrêter.

– Il a raison, acquiesça calmement Carlisle. Aussi courageux que soit ton plan, il est trop dangereux. Nous ne pouvons pas te mettre dans une position pareille. Nous ne te demanderions jamais ça.

– Je sais que vous ne me demandez pas de le faire, répondit Véronique. C'est moi qui me mets dans cette position, pas vous. Je choisis de le faire. Je suis prête à prendre le risque.

– C'est ça, dit Edward d'une voix douce et forte. Ce ne sera pas seulement un risque que tu prends. C'est du suicide clair et simple. Dès que tu auras tué Alec et Jane, tu seras condamnée. Nous ne serons pas en mesure de te rejoindre à temps pour t'aider.

– Je ne vous le demande pas » Véronique soutint le regard d'Edward, ne parlant pas durant longtemps. « Je suis pleinement consciente des risques, Edward. Je sais quelles sont les chances. Mais si je réussis, cela vous donnera une chance de combattre, quelque chose qu'aucun de vous n'aura tant que Jane et Alec seront en vie. Quelque chose que ma famille n'a pas eu lorsqu'ils étaient dans votre position » Elle regarda Edward encore un long moment avant de se tourner pour nous regarder. « J'ai passé des décennies au service d'une autorité qui n'a jamais mérité ma loyauté. Cela suffit, et les Volturi sont aussi la raison pour laquelle mon clan a été détruit. Je sais que ma destruction ne ramènera pas mon frère et mon créateur, mais si cela permet de donner à une autre famille une chance de vivre, cela en vaudra la peine » Elle fit une pause et regarda le sol à ses pieds, laissant échapper une longue et calme expiration. « C'est le meilleur moyen de rembourser toutes ces décennies où ils m'ont trompée. Si je meurs, je ne regretterai rien » Elle leva les yeux et regarda Alice, une question sans mots dans les yeux.

Le regard d'Alice était dans le vague tandis qu'elle essayait de voir quel genre d'impact la décision de Véronique avait sur l'avenir. Elle secoua la tête après un moment. « Je ne peux pas être sûre que tu réussiras ou non. Je vois toujours une bataille, ce qui n'est pas surprenant. Il y a trop de choses qui peuvent encore changer et s'avérer faux – même le plus petit des évènements peut tout gâcher »

Véronique acquiesça. « Je vois. Ce n'est cependant pas grave. J'ai pris ma décision.

– J'admire ta détermination, dit calmement Carlisle. Mais n'agissons pas de façon imprudente. Nous considérerons ta suggestion, mais comprends que la pensée de te mettre si évidemment en danger est loin d'être acceptable pour nous.

– Je n'ai rien à perdre, lui répondit-elle. Il ne me reste plus rien ici, après tout. Il n'y en a plus depuis longtemps.

– Cela pourrait changer un jour, souligna doucement Carlisle. J'espère bien.

– Mais cela n'arrivera pas si tu ne t'en donnes pas la chance », ajouta doucement Edward. Véronique regarda dans sa direction. « L'attachement ne mène pas toujours à la perte. Cela peut ne pas sembler vrai, et encore moins juste de ma part de te dire ça, compte tenu de ce que tu as vécu, mais… »

Elle acquiesça, ses yeux regardant le sol. « Merci, Edward. Je m'en souviendrai »

Il la regardait attentivement. « Tu ne vas pas changer d'avis » Ce n'était pas une question, mais Véronique répondit tout de même.

« Non, j'en ai bien peur » Elle leva les yeux vers lui. Elle ne souriait pas, mais il y avait une lumière étrange dans ses yeux. « Tu t'attendais vraiment à autre chose de ma part ? »

Un sourire ironique éclaira le visage d'Edward, mais ses yeux étaient à l'opposé complet des siens il n'y avait aucune lumière en eux.

« Non, répondit-il doucement. Pas vraiment »


Notes de l'auteur : « Si les Volturi étaient ceux qui ne pouvaient voir, même pendant quelques instants, cela changerait tout » est une citation de Breaking Dawn.