Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.
Merci à Swanny Hooper pour son retour et à ceux qui suivent cette histoire. Bonne lecture !
« Ne combattez pas si vous ne gagnez rien en étant victorieux »
- Erwin Rommel -
La dernière heure
Quelques heures après le lever du soleil, Véronique était partie. Elle voulait s'assurer que son odeur ne s'attarderait pas parmi les nôtres à l'arrivée des Volturi. Carlisle et Eleazar avaient essayé de la persuader de changer d'avis sur ses plans une fois de plus, mais en vain. Elle avait clairement pris sa décision à ce sujet. J'ai remarqué qu'elle commençait à devenir impatiente et presque en colère.
« Nous n'avons aucune chance contre les Volturi si Alec et Jane vivent », répliqua-t-elle sèchement. Elle n'avait passé que quelques jours avec nous, et déjà elle se considérait comme l'une des nôtres ; ça m'a plu. « Je suis la seule qui puisse s'approcher suffisamment pour les éliminer. Personne d'autre ne peut le faire excepté moi. Ce serait une condamnation à mort certaine pour chacun d'entre vous.
– Ce sera la même chose pour toi lorsque les Volturi réaliseront ce que tu as fait, lui rappela Eleazar. Nous ferons tout notre possible pour t'aider, bien sûr, mais…
– Je sais que vous le ferez. Et c'est exactement la raison pour laquelle j'ai besoin que vous me promettiez maintenant que vous ne vous concentrerez pas sur mon sauvetage. Je vous donne une chance de prendre le dessus – ne la gaspillez pas. Dès qu'Alec et Jane ne seront plus un problème, vous devez viser Felix, Santiago et Demetri. Ne sous-estimez pas Afton non plus. C'est un bon combattant, et il est encore plus meurtrier à cause de son don. Bella pourra le voir – et Carlisle aussi, car elle a plus de succès pour le protéger » Véronique me jeta un coup d'œil. Ses yeux étaient de nouveau d'un rouge profond, portant les preuves muettes de ses préparatifs. Elle avait chassé des animaux durant le temps qu'elle était restée avec nous, et cela avait légèrement atténué la couleur rouge de ses yeux. Mais maintenant, le cramoisi obsédant était de retour. Personne n'en avait rien dit. Tout le monde savait que lui dire de porter des lentilles de contact rouges n'étaient plus une option maintenant.
« Je suis d'accord que nous aurons les mains prises dès que tu bougeras, admit Eleazar. Mais nous sommes nombreux. Quelqu'un viendra à ton secours.
– Si tu parviens à te défendre au moins pendant quelques secondes… », commença Carlisle, mais Véronique secoua la tête. Les mots semblaient la bouleverser.
« S'il vous plaît. Ne perdez pas votre seule chance en essayant de me protéger. Concentrez-vous sur Demetri et Felix et d'autres qui sont des combattants aguerris. Et éliminez Chelsea dès que vous le pourrez. Sans elle, la garde ne pourra pas fonctionner correctement. Ils seront confus lorsque personne ne les contrôlera plus » Elle fit une pause, ses yeux cramoisis nous étudiant tous avant de regarder Carlisle. Sa voix s'adoucit. « Vous avez quelque chose que les Volturi n'ont pas. Vous n'avez pas besoin de quelqu'un comme Chelsea, quelqu'un qui vous oblige à vous dévouer les uns aux autres. C'est votre plus grande force – votre loyauté les uns envers les autres.
– Et c'est pourquoi l'idée de ne pas te défendre est inacceptable pour nous », dit calmement Carlisle. Véronique ouvrit la bouche pour discuter, mais Carlisle leva la main d'une manière apaisante la faisant taire. « Nous entendons ce que tu dis. Nous savons ce qui se passera dès qu'Aro se rendra compte que tu n'es plus fidèle aux Volturi. Si tu parviens à détruire Alec et Jane, tout l'enfer se déchaînera, et nous aurons les mains prises. Nous le savons. Je comprends ce que tu dis. Pourquoi tu es inquiète »
Edward s'avança, il avait été exceptionnellement silencieux depuis quelques instants. « Mais après ce que tu es prête à faire pour nous, l'idée de ne pas t'aider va à l'encontre de tout ce en quoi nous croyons », ajouta-t-il doucement.
Véronique regarda Edward pendant longtemps. Puis elle laissa échapper un soupir discret, son regard tombant au sol. « Cela ne sert à rien de discuter. Nous devrons simplement attendre et voir ce qui se passe. Mais le moment venu, vous ne pouvez pas me considérer comme votre première priorité. C'est tout ce que je demande ici.
– Et tout ce que nous te demandons, c'est de ne pas entrer sur ce champ de bataille avec la pensée de ne pas revenir, répondit Edward d'une voix calme. Tout ce que je te demande, c'est que tu t'accroches le plus longtemps possible »
Véronique ne leva pas les yeux du sol. « Je peux le faire », dit-elle doucement après un moment.
Edward plissa les yeux. « Tu dois le dire, Véronique »
Un petit sourire sec tira ses lèvres. Elle ferma les yeux et hocha la tête avant de lever les yeux. « Très bien. Je le pense. Tu es content maintenant ? »
Il rit doucement. « C'est mieux, j'imagine » Il y avait quelque choses dans ses yeux que je n'avais jamais vu auparavant, ou peut-être que si, mais je n'arrivais pas à le situer. Le regard sur son visage était particulier, quelque chose entre l'inquiétude bien déguisée et… de l'amusement ? De l'affection ? Autre chose ?
Il allait dire quelque chose de plus, mais il hésita d'abord. « Rappelle-toi ce que j'ai… ce que j'ai dit l'autre jour, murmura-t-il après un moment. Véronique ne répondit pas elle évitait de nouveau ses yeux. « Véronique ? »
Au bout d'un moment, elle hocha la tête. « Je me souviens » Elle leva les yeux. « Merci, Edward. Pour tout »
Edward hocha la tête sans un mot. Leur échange semblait en quelque sorte privé, et pendant un instant, il sembla qu'ils n'étaient même pas conscients de nous autres. Puis Véronique redressa les épaules, sa voix reprenant un ton sérieux.
« Garde un œil sur Marcus pour moi, veux-tu ? Il sera occupé à se concentrer sur vos liens et à chercher des points faibles, mais au cas où il remarquerait que mon allégeance ne leur appartient plus… »
Edward hocha la tête. « Je surveillerai ses pensées et je te ferai savoir si je remarque qu'il soupçonne quelque chose.
– Et si cela se produit, ajouta Eleazar en lançant un regard sévère à Véronique, c'est ton travail de te retirer immédiatement. Ne fais rien de risqué, et n'essaye certainement pas de jouer au héros. Cela ne pourrait que compliquer les choses »
Véronique acquiesça son accord. Elle partit peu après. Elle était vêtue des vêtements qu'elle avait portés lorsqu'elle était arrivée il y a un peu plus d'une semaine. Sa cape grise avait disparu depuis qu'elle l'avait brûlée, mais elle avait dit qu'Aro ne se demanderait pas pourquoi elle ne l'avait pas. Elle nous avait dit qu'elle s'habillait généralement en nomade lors de ses missions.
Les heures suivantes furent troublantes. De temps en temps, le monde semblait se tenir presque immobile, et pourtant il semblait que les secondes passaient comme si quelqu'un les avançait rapidement ; je savais que tout le monde ressentait ça. C'était peut-être la raison pour laquelle nous revîmes notre stratégie plusieurs fois – rester immobile et ne rien faire semblait impossible.
Alors que le coucher du soleil approchait, j'ai commencé à me sentir étrangement agitée, comme s'il y avait une quantité insensée d'adrénaline dans mes veines. Mes muscles continuaient à se tendre et à se détendre comme si j'étais toujours prête à fuir ou à attaquer quelqu'un, et j'ai en fait tressailli et sifflé lorsque Carlisle me toucha la main de façon inattendue. Si je me sentais énervée, je ne pouvais qu'imaginer ce que ressentait Jasper. J'ai remarqué qu'il arpentait un cercle autour d'Alice, la lueur dans ses yeux était féroce et concentrée. Alice était la seule à ne pas bouger, ni parler ses yeux étaient ouverts, mais son regard était flou.
Je pouvais entendre Carlisle avoir une discussion basse avec Siobhan, cela attira mon intérêt. Carlisle m'avait dit il y a quelques jours que Siobhan avait le don de décider de ses objectifs et de les concrétiser. Elle ne se croyait pas douée cependant, affirmant que les résultats n'étaient qu'un produit d'une bonne planification et rien d'autre.
« Moi aussi, Siobhan, entendis-je Carlisle soupirer. C'est la dernière chose que je veux – je crois que tu le sais déjà » Il lui fit un sourire triste. « Peut-être que tu devrais te concentrer sur… eh bien, garder autant d'entre nous en vie que possible »
Siobhan renifla doucement. « Tu sais que ça pourrait ne pas aider.
– Je suis sûr que ça ne peut pas faire de mal non plus »
Elle roula des yeux. « Très bien. Je vais te faire plaisir »
Carlisle sourit. « Si ce n'est pas trop demander »
Les Roumains et les nomades semblaient mystifiés par leur étrange échange, mais il n'y avait pas de temps pour expliquer, derrière la couverture nuageuse grise le soleil commença à plonger vers l'horizon, peignant le ciel avec de l'orange et du violet. Après quelques minutes, les couleurs auraient disparu, tout comme le soleil. Et le temps qu'il nous restait ne serait plus.
Eleazar et Carlisle commencèrent à nous mettre en formation. J'ai pris position, debout à un ou deux pieds derrière la ligne de front composée de Jasper, Eleazar, Carmen, Emmett, Rosalie, Tanya, Kate et Carlisle. Edward et Alice se tenaient de chaque côté de moi. Depuis que capturer Alice et moi était l'objectif principal d'Aro, nous étions toutes les deux au milieu. Le clan de Siohban se tenait à notre droite, les nomades prirent place à notre gauche.
Au cas où Véronique ne réussirait pas, c'était mon travail d'essayer de protéger le plus grand nombre possible d'entre nous. C'était plus facile à dire qu'à faire. Malgré le temps que j'avais consacré à apprendre à contrôler mon bouclier, je n'étais toujours pas en mesure de le plier à ma volonté. Mon rayon d'action était encore limité – je ne pouvais protéger que ceux qui se tenaient assez près. J'avais également remarqué que tout mouvement rendait le contrôle du bouclier plus difficile, ce qui n'était évidemment pas bon compte tenu des circonstances dans lesquelles nous étions. Il va sans dire que rester constamment en mouvement serait important lorsque la bataille éclaterait.
J'ai commencé à remettre en question mes décisions, me demandant si j'avais perdu mon temps à essayer de contrôler mon don ces derniers jours. J'aurais peut-être dû me concentrer davantage sur l'apprentissage du combat, après tout. Si le bouclier reculait à chaque fois que quelqu'un que je devais protéger bougeait, même d'un pouce…
Peu importe le don que je possédais.
Cependant, nous n'avions plus le temps de nous en préoccuper. Je devais juste faire de mon mieux avec ce que j'avais, et espérer ardemment – et peut-être bêtement – que ce serait suffisant.
J'ai vu Garrett se rapprocher de Kate. Elle le remarqua et se tourna pour regarder dans sa direction. Garrett lui fit un clin d'œil – il était le seul qui pouvait encore sourire. Même Emmett commençait à avoir l'air sérieux, après tout.
Et les Roumains… il ne souriaient pas exactement, mais il y avait une lumière étrange dans leurs yeux alors qu'ils prenaient place à côté d'Edward. Ils étaient l'anticipation personnifiée, comme deux barils remplis de poudre à canon. Et quelqu'un allait allumer l'allumette à tout moment.
J'ai regardé Alice, ses yeux étaient serrés alors qu'elle scrutait la vue. Je me demandai combien de fois elle avait rejoué la vision de l'arrivée des Volturi dans sa tête. Pour la première fois – et pour la dernière – elle verrait que cela se produirait pour de vrai. Je me demandai si cette connaissance lui apportait du soulagement, voire du réconfort.
Un faible sifflement quitta ses lèvres alors qu'elle regardait devant elle. Au son, les vampires autour de moi se préparèrent. Carlisle jeta un coup d'œil derrière lui, croisant mon regard et me tendit la main. J'ai serré fermement sa main. La chaleur commença à se répandre à travers moi, chauffant mes entrailles, et cette chaleur ne me quitta pas même lorsque j'entendis Alice et Edward grogner doucement en tandem.
Après avoir maintenu mon regard pendant un moment de plus, Carlisle laissa ma main glisser de sa prise et se tourna pour regarder où Alice et Edward en étaient. Je me suis retrouvée à m'efforcer d'entendre des bruits d'approche au fil des dernières secondes.
Il y avait quelque chose de majestueux dans la façon dont ils se déversèrent des arbres. Leur rythme était sans hâte, délibéré, ressemblant à une marche. Leur formation rigide et formelle était destinée à intimider cette forme sombre et parfaitement triangulaire aurait pu impressionner quelqu'un d'autre, mais pas moi. Seul le dédain et la haine bouillonnaient en moi alors que je regardais les Volturi approcher.
Le périmètre extérieur de la formation était gris, et la couleur s'assombrissait avec chaque ligne de vampires jusqu'au cœur qui était du noir le plus profond ce que j'ai trouvé très approprié. Leurs visages étaient ombragés par des capuchons, et pour une quelconque raison, cela m'irritait qu'ils cachent leur visage. J'ai remarqué que Jasper me jetait un coup d'œil, m'avertissant. Il voulait que je reste concentrée et m'énerver ne m'aiderait pas. Par habitude, je voulus prendre une respiration profonde et apaisante, mais mes poumons refusèrent de coopérer. Je me sentais comme si j'étais devenue de la pierre, et étrangement j'avais aussi l'impression que de l'eau glacée se précipitait dans mes veines exsangues.
Au fur et à mesure que la formation parfaitement synchronisée se rapprochait, les silhouettes couvertes de gris ont commencé à se propager aux flancs. Les formes noires au milieu continuaient vers l'avant, leurs mouvements étroitement contrôlés. Il n'y avait toujours pas de hâte ni de tension dans leurs mouvements. C'était comme s'ils savaient comment cette journée allait se terminer – comme s'ils savaient qu'il n'y avait aucune raison de se précipiter.
Comme s'ils savaient que la victoire leur était déjà assurée.
Étonnamment cela me dérangeait de savoir à quel point ils étaient tous sans émotion. Leurs expressions n'ont montré aucune surprise, ni consternation en voyant le nombre de vampires qui les attendaient ici. Je me demandai si nous avions l'air désorganisés et non préparés en comparaison. Et c'est là que j'ai commencé à compter ; je ne pouvais pas m'en empêcher.
La dernière vision d'Alice avait été correcte. Il y en avait trente et un.
Nous n'avions pas de salut. Même si Esmée et les autres arrivaient à temps avec les Amazones – ce qui commençait à sembler plutôt improbable maintenant – nous serions toujours en infériorité numérique. Même si Véronique réussissait à neutraliser Jane et Alec, les Volturi pourraient encore nous détruire. J'ai littéralement senti la même compréhension pénétrer les autres autour de moi. Le désespoir pesait dans l'air, pas seulement le mien mais aussi celui de tout le monde. Le sentiment m'a poussé vers le bas avec plus de pression que jamais auparavant. La respiration semblait devenir encore plus difficile maintenant.
J'ai senti mon bouclier commencer à flotter à la vie. J'ai fermé les yeux pendant une fraction de seconde pour rassembler mon attention. En voyant les Volturi marcher vers nous, il m'a été à la fois facile et plus difficile d'invoquer mon bouclier. Plus facile, parce que leur approche confiante et presque arrogante m'a rendu furieuse, et cette rage me donna de la force. Et plus dur, parce que chaque pas qu'ils faisaient plus près de nous me rappela le fait que bouclier ou pas, nous étions désavantagés. Cela était douloureusement clair.
« Les manteaux rouges arrivent, les manteaux rouges arrivent, entendis-je marmonner et glousser sombrement Garrett.
– Ils sont vraiment venus, murmura Vladimir à Stefan.
– Presque toute la garde, chuchota Stefan en retour, ses yeux brillants étrangement. C'est mieux que ce que nous aurions pu imaginer. C'est bien que nous n'ayons pas essayé d'attaquer Volterra »
Tout d'un coup, Edward grogna. « Nous avions raison », murmura-t-il doucement.
Je regardai Carlisle jeter un regard interrogateur sur Edward, mais il ne risquait pas de détourner le regard des Volturi trop longtemps.
« Que veux-tu dire ? entendis-je Tanya murmurer.
– Caius et Aro viennent détruire et acquérir, souffla Edward avec une voix si basse que seul notre côté pouvait entendre. Ils ont plusieurs stratégies en place. Ils utiliseront n'importe quelle excuse pour s'offusquer. Ils allaient nous accuser d'attirer trop l'attention – ils ont dit à la garde que notre clan était devenir trop grand et qu'ils n'avaient pas d'autre choix que d'intenter une action contre nous afin de protéger notre secret des humains. Mais maintenant qu'ils ont vu la foule que nous avons rassemblée, ils vont également l'utiliser contre nous. Caius prévoit d'attiser la garde dans leur frénésie en leur disant que notre intention est de renverser les Volturi. Ils n'ont besoin d'aucune autre preuve – la seule présence des Roumains convaincra la garde.
– Ont-ils l'intention de s'arrêter et d'entendre ce que nous avons à dire ? » demanda doucement Carmen.
Edward secoua la tête, incertain. « Caius ne veut pas s'arrêter. Il veut attaquer immédiatement. Aro réfléchit toujours à la façon de procéder, mais s'il choisit d'arrêter leur approche, ce sera juste pour le spectacle. Lui aussi pense qu'il n'y a rien à dire maintenant. En rassemblant des alliés à nos côtés, nous avons en fait rendu cela plus simple pour lui. Comme je l'ai dit, il peut utiliser nos chiffres comme excuse pour attaquer. Il pense pareil que Caius. Il envisage toujours de lire certains de nos esprits, mais comme je l'ai dit, c'est juste pour le spectacle. Il fera semblant d'au moins pardonner à Alice et Bella ; elles sont toujours ses cibles principales. Maintenant qu'il voit que Kate est ici avec nous, il est intrigué par son talent également. Depuis qu'il a lu mon esprit en Italie il y a quelques mois, il connait la puissance de son don à travers mes pensées »
Tanya et Carmen sifflèrent. Kate ricana juste.
« Et les autres ? murmura Rosalie. Est-ce qu'il a l'intention de pardonner à Eleazar ou Jasper ? Ou toi ?
– Il y réfléchit, mais… » Edward fronça les sourcils en se concentrant sur les pensées d'Aro. Puis il secoua la tête. « C'est ce que je pensais. Aro ne va pas risquer de perdre Alice et Bella. Elles sont sa première priorité – il a juste décidé que si ça en venait là, le reste d'entre nous serait consommable » Il fit une pause, ses yeux dorés intenses. « Il a remarqué que certains d'entre nous manquent. Il ne se soucie pas beaucoup d'Esmée et de Miguel – il prévoit d'envoyer Demetri après eux quand il aura fini ici. Mais il se demande où ils sont, essayant de déterminer ce que cela pourrait signifier. Il s'attendait à ce que nous soyons tous ici aujourd'hui »
J'ai scruté les silhouettes vêtues de noir au milieu de la formation. Je pouvais facilement reconnaître les trois vampires que j'avais vus à plusieurs reprises dans la peinture de Carlisle. La plupart des visages ombragés des Volturi revêtaient toujours une expression inquiétante seulement deux paires d'yeux trahissaient une émotion.
Aro et Caius. Il marchaient au centre de la formation, se touchant les mains. Même si les deux ne se regardaient pas, il était évident qu'ils communiquaient sans mots. Pour une quelconque raison, le troisième chef – Marcus – ne semblait pas faire partie de la conversation. Je me posai la question. Ses yeux étaient vides, sans expression. Il n'avait pas l'air vraiment ennuyé c'était bien plus que ça. Il avait l'air complètement… sans vie.
Pendant que j'étudiais les trois leaders, j'ai verrouillé le regard à celui d'Aro. Ses yeux se plissèrent en signe de reconnaissance il m'avait déjà vue, mais seulement dans les souvenirs de quelqu'un d'autre. J'ai refusé d'être celle qui détournerait le regard en premier, et j'ai essayé d'ignorer la façon inquiétante dont il me regardait. Ses yeux étaient hantés par le pourpre, mais la couleur en était en quelque sorte opacifiée, presque laiteuse. Tout comme les Roumains, il était étrange, sa peau ayant presque un aspect translucide.
Je fus soulagée lorsqu'il détourna finalement le regard de moi, mais ce soulagement ne dura pas longtemps alors que ses yeux rubis s'étaient posés sur Alice à la place. Jasper siffla et ajusta sa position, faisant un pas sur sa droite et bloquant Alice à la vue d'Aro.
Je remarquai à présent qu'il y avait une femme dans une cape gris foncé juste derrière Aro. On aurait dit qu'elle touchait son dos. Ce devait être le bouclier, Renata. La garde du corps personnel d'Aro. Mes yeux continuèrent de chercher la ligne principale des Volturi, et je n'eus aucune difficulté à repérer les deux petits vampires près du cœur de la formation. Ils portaient les manteaux les plus sombres à côté du noir pur des chefs. Les deux avaient des visages angéliques de chérubin, des yeux écarquillés et des lèvres pleines. J'estimai qu'ils ne pouvaient avoir plus de treize ans lorsqu'ils avaient été transformés ; ils étaient largement les plus petits vampires de la garde.
J'aurais probablement deviné leur identité même si Carlisle ne m'avait pas décrit leur apparence quelques jours plus tôt. Alec et Jane. Les jumeaux en sorcellerie, comme les Roumains avaient toujours aimé les appeler. Ils marchaient près de Marcus, flanqué de plusieurs vampires. Je ne pus m'empêcher de remarquer qu'ils étaient tous grands et imposants, leur taille me rappelant Emmett. Véronique avait raison. Se rapprocher des jumeaux serait presque impossible.
Mes yeux tombèrent sur un autre vampire que je cherchais. Il y avait une femme près d'Aro et de Caius. Son apparence n'était pas imposante – elle avait en fait l'air petite et insignifiante par rapport à l'équipe de combattants entourant Alec et Jane – mais c'était la couleur gris foncé de sa cape qui me révéla son importance. Ce devait être Chelsea. Près d'elle, un grand homme marchait, et même si les deux ne se touchaient pas, j'ai immédiatement eu l'impression qu'il la protégeait.
Ce devait être Afton, le compagnon de Chelsea. Un lointain souvenir humain me vint. Je me souvenais que Carlisle s'était accroupi devant moi, me protégeant de son corps. Je me suis souvenu de la force accablante qui s'était écrasée dans ma poitrine. Je me suis souvenue du goût du sang sur ma langue, et des grognements et des grondements bruyants déchirant la nuit. Je me souvenais du visage de Carlisle, de la peur dans sa voix quand il m'avait dit de rester immobile.
Et puis je me suis souvenue de la cicatrice sur son cou. La cicatrice qu'Afton avait laissée. Quelque chose de chaud commença à pulser en moi. Ce n'était plus de l'eau glacée qui coulait dans mes veines, mais du métal fondu brûlant. Profitant des sentiments aigus et intenses qui me traversaient, je me concentrai de nouveau sur mon bouclier, mes souvenant des avertissements de Véronique. Je semblais à l'abri du don d'Afton qui était de se protéger en se rendant invisible, et je devais m'assurer que le reste d'entre nous le voient aussi.
Et puis, soudainement et sans avertissement, la formation s'arrêta. Chaque vampire se figea dans une parfaite immobilité. Je me suis demandé si l'un des dirigeants avait donné un signal invisible et, dans les faits, cela m'inquiéta de l'avoir manqué. Les Volturi se tenaient à un peu moins d'une centaine de mètre de nous maintenant. Même cela semblait trop proche.
« Edward ? » demanda Carlisle d'une voix basse et anxieuse. Il semblait presque plus inquiet maintenant que les Volturi s'étaient arrêtés, il ne s'y attendait pas.
« Ils choisissent des cibles clés, essayant de décider qui rayer en premier, souffla Edward. Moi, bien sûr. Eleazar, Tanya, Emmett, les Roumains, Jasper… et toi. Aro sait que dès que toi et Jasper serez hors du chemin, ce sera plus facile d'atteindre Alice et Bella. C'est le boulot d'Afton. Aro suppose que Jasper et toi ne pourrez pas le voir à cause de son don Ce qui serait vrai, bien sûr, sans le bouclier de Bella… » Il fit une pause, fronçant les sourcils. « Marcus lit la force de nos liens, à la recherche de points faibles »
Je vis Marcus toucher la main d'Aro. Son hochement de tête était presque imperceptible alors qu'il réagissait aux pensées de Marcus. Caius, à son tour, toucha brièvement la main d'Aro. Il acquiesça de nouveau.
« Dois-je parler ? » demanda Carlisle.
Ma réaction instantanée fut un « non » absolu. Edward semblait d'accord avec moi.
« Ça n'aidera pas, chuchota-t-il à Carlisle. Ils ont déjà décidé de leur plan d'action. Il n'y a rien que tu puisses dire.
– Il se peut que ce soit le cas, mais je pourrais peut-être nous faire gagner du temps. Si nous continuons à parler… »
Edward hocha la tête avant qu'il ne puisse terminer. « Je sais. Mais je ne compterais pas sur Esmée et les autres pour remonter le temps. J'avoue que la présence des Amazones ferait une énorme différence maintenant, mais… » Il s'interrompit.
Carlisle se tourna pour jeter un regard interrogateur à Alice. Elle secoua la tête, fermant les yeux. « Ils arrivent aussi vite qu'ils le peuvent. C'est tout ce que je peux dire pour le moment »
Le silence après leur échange rapide ne dura qu'une seconde, mais pendant ce court laps de temps, Carlisle prit une décision. Il me jeta un bref coup d'œil avant de se tourner pour regarder de nouveau devant lui, puis il fit une pas lent en avant. J'avais l'impression qu'une tonne de plomb avait été projetée dans ma poitrine alors que je réalisais qu'il allait effectivement essayer de parler aux Volturi.
Mon désir fervent de le protéger fut si fort que j'étais presque submergée par ce sentiment. Mon bouclier jailli vers l'extérieur et l'enveloppa sans mon ordre, et je l'ai enveloppé aussi près que possible de son corps. C'était comme une armure élastique épousant parfaitement sa forme cela ne s'était jamais produit auparavant. Le changement m'a confondue et soulagée. J'ai observé, trop effrayée pour que Carlisle se sente intrigué alors qu'il faisait un pas de plus en avant. Le bouclier s'étirait avec lui, attiré vers lui comme un aimant au métal.
Un souffle tremblant s'échappa de mes lèvres. Gardant le bouclier étroitement autour de lui, je m'aventurai à regarder la ligne sombre et organisée de capes. Je vis les yeux d'Aro se fixer sur Carlisle, son expression étant impénétrable.
Carlisle écarta les bras et leva les paumes comme pour saluer. « Aro, mon vieil ami. Cela fait des siècles »
La clairière verte fut un silence mortel pendant ce qui sembla être une très longue période. Edward était tendu à côté de moi alors qu'il se concentrait sur les pensées d'Aro. Les secondes s'écoulèrent lentement, et juste au moment où je pensais que les Volturi ignoreraient simplement les salutations de Carlisle, Aro s'avança du centre de la formation. Renata bougea avec lui, le bout de ses doigts touchant constamment son dos.
L'action d'Aro provoqua une forte réaction dans les rangs des Volturi. Des chuchotements commencèrent à rouler à travers la ligne grise, les lèvres commencèrent à se replier sur les dents. Les visages qui avaient été si inexpressifs et presque sans émotions peu de temps plus tôt, étaient maintenant tous renfrognés.
Aro tendit une main vers eux, les faisant taire. « Paix », dit-il doucement. Sa voix était aérienne, comme un léger soupir… ce n'était pas comme je m'y attendais. Il fit deux pas de plus vers nous et regarda fixement Carlisle. Ses yeux laiteux prirent un ton triste ; je ne pouvais pas dire si l'émotion était authentique ou non.
« De belles paroles, Carlisle, souffla-t-il de sa voix mince et aérienne. Mais qui semblent tout à fait hors de propos, compte tenu du bataillon de vampires que tu as rassemblé ici pour me détruire et détruire des êtres chers »
Carlisle secoua la tête. « Tu me connais, Aro, et donc tu dois aussi savoir mieux que personne que ce n'est pas quelque chose que je souhaite voir arriver. Nous ne faisons que nous défendre. J'ai bien peur que tu ne nous donnes pas le choix. Cela n'a jamais été notre intention que de te menacer »
Aro plissa les yeux. « Comment ton intention peut-elle avoir de l'importance face à ce qui va se passer ? » Il fit un geste vers notre « bataillon », comme il l'avait appelé. L'implication sans mots était évidente pour tout le monde la garde derrière Aro se mit à grogner et à gronder.
« Je t'assure, nous n'avons jamais eu l'intention de menacer les Volturi de quelques façons que ce soit, répéta calmement Carlisle. Comme je l'ai déjà dit, nous ne faisons que nous défendre. Quoi qu'il arrive, nous ne l'avons pas choisi. C'est vous qui avez fait le premier pas, et donc vous qui nous avez forcé la main en venant ici. Je crois que tu le sais aussi bien que moi »
Il y eut du mouvement derrière Aro, un bruissement rapide de cape noire tandis que quelqu'un d'autre sortait de la formation. Caius. Il retira la capuche de sa tête, le mouvement plein d'impatience et de colère. Tout comme dans la peinture de Carlisle, ses cheveux étaient incroyablement blancs.
« Si tu dis la vérité, cracha-t-il en se rapprochant, alors pourquoi rassembleriez-vous une armée autour de vous ? Vos actions parlent plus fort que tes excuses. Ce n'est pas de la légitime défense. C'est une tentative de nous renverser, de mettre un terme à notre paix qui dure depuis des millénaires » Ses yeux rouges furieux se posèrent sur les Roumains. La garde derrière lui recommença à grogner.
Carlisle attendit patiemment qu'Aro les fasse taire. C'était un peu troublant de voir à quel point la garde lui obéissait humblement et docilement. Aro n'avait qu'à lever la main, et immédiatement, le silence résonna dans la clairière.
« Peut-être as-tu raison, commença Carlisle d'une voix calme, mais seulement en partie. Il est vrai que nous aurions pu choisir de rester seuls aujourd'hui. Lorsque nous avons reçu un avertissement concernant vos intentions de nous attaquer, nous aurions pu choisir de ne pas mettre nos amis en danger en leur parlant du sort auquel nous sommes sur le point de faire face. Mais comme certains membres de ma famille l'ont soulignée… » Il se tourna pour jeter un coup d'œil à Edward et Emmett. « … la vérité serait morte avec nous » Il adressa ses prochaines paroles à la garde qui se tenait derrière Aro et Caius. « La vérité sur la direction corrompue que nous subissons. Par conséquent, finalement, les décisions qui ont conduit à ce jour ne nous atteindront pas seulement nous, mais aussi d'autres vampires. Et je ne peux que prier pour le fait que si nous ne survivons pas à ce jour, quelqu'un d'autre ne sera pas confronté au même sort cruel et injuste que nous subissons »
La garde ne réagit en aucune façon aux paroles de Carlisle. Il était clair qu'ils s'attendaient à ce que nous nous défendions d'une manière ou d'une autre. Véronique avait raison, ils avaient été nourris de mensonges, et rien de ce que nous avons dit ne pouvait les faire changer d'avis. Peut-être que l'influence de Chelsea avait également un effet sur eux, et empêchait la garde de considérer tout ce que nous avions dit.
Caius renifla aux propos de Carlisle. « Tant de règles inutiles et de lois stupides que tu crées pour toi-même, Carlisle, siffla-t-il. Et d'une manière ou d'une autre, tu te justifie d'enfreindre les lois qui comptent vraiment.
– Dis-moi alors, vieil ami, répondit calmement Carlisle, quel est mon crime ?
– Regarde autour de toi. Tu as passé des décennies à intriguer et comploter notre destruction en rassemblant des vampires doués autour de toi afin de nous défier. Et d'une manière ou d'une autre, tu les as persuadés de suivre ton mode de vie contre nature et pervers. Enfin et surtout, tu t'associes avec les Roumains maintenant – cela seul parle de tes intentions »
Je pouvais facilement imaginer le sourire sec sur les lèvres de Carlisle. « Je vois », répondit-il doucement. Il resta silencieux un moment avant de se tourner pour regarder Aro. « Tu connais mon esprit aussi bien que moi, Aro. Peut-être même encore mieux. Même si tu refuses maintenant de l'admettre, tu es pleinement conscient que le pouvoir et gouverner sont des choses que je n'ai jamais recherchés. Je sais que rien de ce que je dis ne te fera changer d'avis sur ce que tu envisages de faire – ce que tu envisages peut-être de faire depuis un certain temps maintenant. J'aurai aimé que nous puissions discuter des choses comme nous le faisions autrefois, vieil ami, mais je vois que c'est impossible »
Il reporta son attention sur Caius. « Et puisque tu as parlé de complots et d'intrigues… » La voix de Carlisle avait maintenant un léger avantage. « Tu continues à laisser entendre que c'est nous qui vous avons offensé. Je voulais profiter de cette occasion pour souligner que vous avez toujours été les transgresseurs ici. Comme vous le savez, plus tôt ce printemps, nous nous sommes séparés après avoir conclu un accord. Je m'attendais à ce que cet accord se devait d'être honoré par les deux partis. Inutile de dire que j'ai été plus que déçu quand cela ne s'est pas produit. Envoyer Afton après Bella afin de mettre fin à sa vie est quelque chose que je ne pourrais jamais oublier, encore moins pardonner » Carlisle regarda Caius jusqu'à ce qu'il détourne le regard, échangeant un sombre regard avec Aro.
« Ce n'était certainement pas notre intention de violer notre accord », répondit Aro d'une voix mielleuse. Son ton était soudain agréable, aimable. Pour une quelconque raison, cela fit sonner les alarmes dans ma tête. « C'était simplement un… malentendu, entre mon frère et moi. Je suis sûr que tu peux le comprendre.
– J'ai bien peur de ne pas pouvoir », répondit Carlisle. Sa voix était dure, mais aussi étrangement douce à la fois. C'était un ton que je n'avais jamais entendu auparavant.
« Je dois dire cependant, qu'il semble que tout se soit bien terminé compte tenu des évènements » Les yeux d'Aro m'étudiaient maintenant avec avidité. « Votre Isabella semble s'être très bien adaptée à cette vie. L'immortalité lui réussit » Ses yeux cramoisis se retournèrent vers Carlisle. Il le jaugea pendant un moment. « Pourquoi ne veux-tu pas… me la présenter ? » Il leva la main, paume vers le haut.
« Je ne pense pas » La voix de Carlisle était maintenant comme de l'acier, froide et coupante. Cela donna à Caius une raison de recommencer sa diatribe.
« A-t-elle quelque chose à cacher ? demanda-t-il d'un ton mordant. Combien de secrets protège-t-elle, puis-je te demander, puisque tu ne permets pas à Aro de la toucher ? »
Eleazar s'éclaircit doucement la gorge. Les yeux de Caius se tournèrent vers lui.
« Je suis sûr que vous savez très bien que Bella est probablement à l'abri du don d'Aro, étant donné le fait qu'Edward n'a jamais pu l'entendre », déclara-t-il calmement. Caius plissa les yeux vers lui. Je me demandai d'où venait toute cette fureur – et je me demandai comment quelqu'un pouvait supporter d'être en sa compagnie.
Edward commença à parler. Sa voix n'était pas calme et polie comme l'avait été celle d'Eleazar, mais sèche et méprisante. « Et je suis sûr que Carlisle n'a pas besoin de rassasier la curiosité d'Aro en ce qui concerne cette question de toute façon. Nous savons tous pourquoi vous êtes ici, après tout. Pensiez-vous honnêtement que nous allons juste livrer Bella ? Et Alice aussi ? »
Le visage d'Aro ne réagit pas, mais Caius grogna au ton irrespectueux d'Edward. Il ignora complètement son accusation directe.
« Eh bien, alors. Si vous êtes aussi innocents que vous prétendez l'être, sûrement que Carlisle lui-même peut s'avancer et laisser Aro recueillir toutes les facettes de la vérité », cracha-t-il. Ses doigts tremblaient, et j'aurais su même sans entendre le grognement bas d'Edward ce qui traversait l'esprit de Caius – il n'y avait qu'une seule raison pour laquelle il voulait que Carlisle les approche.
J'ai soudain remarqué que les mains de Caius n'étaient plus vides, il tenait un étrange objet métallique sculpté et orné. Mon échine piqua alors que je réalisais ce que c'était. Une torche plus petite.
Quelque chose de rouge obscurcit ma vision en un instant. Ma fureur atteignit son apogée comme jamais auparavant, et j'ai senti ma colère traverser mes muscles comme un raz-de-marée d'énergie pure. J'ai à peine remarqué comment Aro toucha l'épaule de Caius pour le calmer, ou peut-être pour lui dire d'être patient et d'attendre – pour lui dire qu'il aurait sa chance. La vue même a nourri ma colère. M'assurant que le bouclier étreignait toujours la forme de Carlisle, je commençai à l'étirer, l'obligeant à se dilater. Il nous couvrait presque tous maintenant seuls le clan de Siobhan et les nomades étaient hors de ma portée. Je fronçai les sourcils de concentration en essayant de forcer le bouclier à les atteindre également.
La conversation s'était poursuivie pendant mon moment de folie. Une partie de mon esprit se concentra dessus, mais je me concentrai principalement sur le maintien du bouclier intact.
« Alors ? demanda Caius en levant son autre sourcil vers Carlisle. Si ta conscience est propre, rien ne t'empêche sûrement de nous le prouver.
– Ou peut-être, intervint Aro en souriant aimablement. Edward lui-même me ferait l'honneur de déterminer la vérité »
Bien sûr, il voulait Edward. Une fois qu'il pourrait voir dans l'esprit d'Edward, il connaîtrait toutes nos pensées. Exceptées les miennes. Il apprendrait chaque pensée secrète, chaque stratégie que nous avions construite, chaque intuition… tout ce qu'Edward avait entendu dans les esprits autour de lui ces derniers jours. Il découvrirait également pour Véronique, et évidemment, nous ne pouvions pas laisser cela se produire.
Maintenant que j'avais vu les nombreux vampires protégeant Alec et Jane, je le savais avec certitude, tout comme les autres ; Véronique était notre meilleur espoir. On ne pouvait pas faire entièrement confiance en mon bouclier, et s'il échouait… si je perdais le maigre contrôle que j'avais sur lui…
« Alors ? »
La voix d'Aro était toujours aimable, toujours agréable. Aussi authentique qu'elle puisse paraître, je savais mieux ce qu'il en était que d'y croire. Son visage prit un air compatissant, presque triste alors qu'il fixait Edward.
« Vraiment, rien ne me ferait plus plaisir que de préserver une partie de vos vies aujourd'hui, dit-il doucement. Si j'apprends que certains d'entre vous ont été moins impliqués dans ce pitoyable stratagème pour nous défier… et si je peux déterminer qui d'entre vous se repent vraiment… » Il s'interrompit significativement avant que ses lèvres ne se fendent en un sourire gracieux.
J'entendis Emmett renifler bruyamment. Les yeux de Caius se tournèrent vers lui, et Aro toucha de nouveau son bras d'une manière apaisante. Il se tourna à nouveau vers Edward, ses yeux dans l'expectative.
Edward était sur le point de dire quelque chose, mais il y eut un changement soudain et subtil dans son expression. Je sentis Alice se raidir à côté de moi, puis sa petite silhouette se détendit. Le moment passa si vite que je ne pus dire si Aro l'avait remarqué. Et même si c'était le cas, quelque chose d'autre attira son attention, le faisant se détourner de nous. Il se tourna pour regarder dans la direction d'où venait leur formation, une lueur de surprise dans son regard rouge. Il cacha rapidement l'émotion ; il le réussit beaucoup mieux que Caius qui se renfrogna ouvertement tandis que ses yeux se dirigeaient vers les bois de l'autre côté de la clairière.
On pouvait l'entendre aussi. Un murmure de mouvement parmi les arbres. Edward devint rigide à côté de moi. Ses yeux dorés étaient intenses alors qu'il regardait à travers la clairière.
Véronique sortit du crépuscule comme un fantôme. Ses yeux cramoisis saisirent la scène, et je l'ai vue étudier attentivement notre groupe, comme si elle nous voyait pour la toute première fois. Puis, elle redressa les épaules et s'approcha des Volturi, son expression scolaire et sa posture incarnant parfaitement la discipline. Elle s'arrêta avant d'atteindre la formation, inclinant la tête dans un salut.
La voix d'Aro n'était ni surprise ni confuse lorsqu'il lui parla ; il semblait seulement ravi.
« Véronique, ma chère. Je suis heureux de te voir ici. Ton voyage a-t-il été un succès ?
– Maître, l'accueillit Véronique avant de répondre à sa question. Ce fut une déception, je le crains. C'est pourquoi je suis rentrée plus tôt que prévu.
– Je vois. Et qu'est-ce qui t'amène ici maintenant ? Pourquoi n'es-tu pas retournée à Volterra, ma chère ? »
Véronique commença à expliquer, tissant une histoire sur un nomade qu'elle avait croisé en route pour l'Italie. Elle expliqua à Aro que le nomade lui avait parlé d'un rassemblement qui aurait lieu ici, et on lui avait également dit que les Volturi seraient en quelque sorte impliqués et éventuellement menacés. Elle avait décidé de venir ici pour offrir son aide au lieu de retourner en Italie.
Tandis que Véronique présentait son rapport à Aro, d'une voix convaincante et sans aucune trace d'hésitation, Carlisle recula de deux pas et retourna à sa place à côté d'Eleazar. Les vampires qui m'entouraient se mirent à chuchoter d'un ton bas et urgents, gardant leurs voix ténus pour que seul notre côté puisse les entendre. J'ai remarqué que certains se touchaient les mains et faisaient des adieux silencieux. Je vis Siobhan et Liam s'embrasser rapidement c'était la première fois que je voyais une forte émotion en Liam habituellement réservé. Makenna et Charles partagèrent un baiser passionné, tout comme Rosalie et Emmett. Peter et Charlote n'exprimèrent pas ouvertement leurs sentiments ; ils se tenaient simplement la main et se regardaient.
« Si nous survivons à ça, entendis-je Garrett chuchoter à Kate, je te suivrai n'importe où, femme »
Elle roula des yeux, incrédule. « C'est maintenant que tu me le dis ?
– Mieux vaut tard que jamais »
Elle gloussa et secoua la tête, amusée.
Certains de ceux qui ne se disaient pas au revoir s'octroyaient leurs adversaires.
« Aro nous doit beaucoup de vies, tu ne crois pas ? entendis-je Vladimir chuchoter à Stefan. Il est à nous.
– Emmett et moi allons nous occuper de Demetri, déclara doucement Jasper, ses yeux dorés féroces.
– Nous voulons juste Caius », dit également Tanya en échangeant un regard avec Kate. Je me demandai si elles pensaient à leur mère.
Carlisle se tourna pour me regarder, et Eleazar aussi. Il y avait une question dans leurs yeux. Je savais qu'ils voulaient savoir combien d'entre nous je pourrais protéger au cas où Véronique ne parviendrait pas à rejoindre Alec et Jane.
Je travaillais toujours à faire coopérer le bouclier ; une grande partie de mon esprit y était constamment concentrée, malgré tout ce qui s'était passé au cours des moments passés. Dans mon esprit, je pouvais voir que le bouclier ressemblait maintenant à un petit dôme s'arquant sur notre petite formation qui semblait insignifiante par rapport aux rangs organisés et disciplinés des Volturi. Je fermai les yeux, forçant le bouclier à fléchir et à s'étendre, luttant pour qu'il atteigne le clan des Irlandais et les nomades. Finalement, je réussis et je laissai échapper un soupir lent. Il fallut toute mon attention pour maintenir le bouclier.
J'ai hoché la tête pour répondre à leur question silencieuse. « Je vais devoir me concentrer. Si – ou quand – on sera dans le combat à mains nues, il sera difficile de garder le bouclier autour des bonnes personnes » Je savais que si l'un des Volturi talentueux passait sous le dôme que j'avais réussi à créer, il ne protégerait plus que moi. Même si je pouvais protéger Carlisle, je savais que je ne pouvais pas protéger les autres membres de notre groupe individuellement. C'était une compétence que je ne maîtrisais pas encore.
Carlisle hocha la tête à mes mots. « Je vais te protéger.
– Espérons que ce ne sera pas nécessaire », murmura Eleazar, les yeux sur Véronique.
Nous nous tournâmes tous pour regarder à nouveau les Volturi. Notre échange rapide et discret avait duré moins de cinq secondes, Aro conversait toujours avec Véronique.
Il y eut alors soudain une pression flottante contre l'extérieur de mon bouclier. Je ne pouvais dire d'où cela venait, mais j'avais l'impression que c'était dirigé vers les bords de notre groupe, Siobhan et Liam en particulier. La pression était inconfortable, mais elle ne causa aucun dommage. Et puis, elle disparut aussi vite qu'elle était apparue.
J'ai froncé les sourcils, inquiète. L'attention d'Aro était toujours sur Véronique. Caius nous regardait toujours comme s'il pensait à différentes façons de nous déchiqueter – ce qui était probablement le cas. Il n'y avait eu aucun changement dans la formation silencieuse et toujours derrière Aro et Caius. Il devait y avoir eu un signal que j'avais manqué – la pression que j'avais ressentie contre le bouclier avait été bien réelle.
« Edward », demandai-je en chuchotant.
Il fronça les sourcils, ses yeux concentrés sur quelqu'un dans la ligne des Volturi. « Chelsea vient d'essayer de briser nos liens, répondit-il. Mais elle n'a pas pu les détecter » Ses yeux me regardèrent. « C'est toi qui fait ça ? »
Je lui fit un sourire sinistre, répondant sans mots à sa question.
Soudain, Edward se précipita en avant, sa main tendue vers Carlisle. Au même moment, j'ai senti un coup sec et intense contre le bouclier où il s'était enroulé de manière protectrice autour de la forme de Carlisle. La sensation ne fut pas exactement douloureuse, mais ce n'était pas agréable.
« Carlisle ? haleta frénétiquement Edward. Est-ce que tu vas bien ? »
Carlisle se tourna pour le regarder. « Oui, pourquoi est-ce que tu demandes ça ?
– Jane », chuchota Edward.
A la seconde où il prononça son nom, plusieurs attaques acérées frappèrent, poignardant de partout le bouclier élastique. J'ai fermé les yeux pour me concentrer, m'assurant que le bouclier n'était pas endommagé. Il semblait que Jane n'était pas en mesure de le percer. Ouvrant les yeux, je regardai autour de moi pour m'assurer que tout le monde allait bien.
« Incroyable », entendis-je Edward murmurer. Eleazar et Carlisle se tournèrent tous les deux pour lui jeter un coup d'œil. « Jane essaie de nous neutraliser, expliqua-t-il alors que sa voix était un simple souffle. Mais elle ne peut traverser le bouclier de Bella. Elle n'a jamais rien vécu de tel auparavant, et elle ne sait pas comment procéder.
– Pourquoi n'attend-elle pas l'ordre d'Aro ? demanda Tanya.
– C'est une procédure normale, expliqua-t-il. Elle invalide généralement ceux qui sont jugés afin qu'ils ne puissent pas s'échapper. Ou Alec le fait »
J'ai regardé les jumeaux. Jane regardait notre groupe avec une incrédulité furieuse. Comme Edward l'avait dit, elle n'avait probablement jamais vu une personne rester debout durant sa douloureuse agression.
Ce que je fis ensuite n'était pas très mature. Mais j'ai pensé qu'Aro connaissant mon bouclier, j'avais déjà une grosse cible apposée sur le front. Alors, j'ai donné à Jane un énorme sourire suffisant.
Elle plissa les yeux et je sentis une autre poussée de pression, plus forte et plus intense cette fois.
J'ai souri encore plus.
Jane laissa échapper un cri aigu et strident, son visage angélique se tordant de colère. Tout le monde sursauta, même la garde disciplinée. C'était hilarant à regarder, malgré les circonstances. J'ai entendu Emmett et Garrett rire doucement. Aro arrêta sa conférence avec Véronique, jetant un regard interrogateur à Jane. Sa confusion évidente amusa encore plus Emmett et Garrett. Rosalie dut gifler le bras d'Emmett pour le faire cesser de rire.
Jane s'accroupit, mais son jumeau lui attrapa la main. Il lui tapota doucement l'épaule avant de la glisser sous son bras. Son visage restait complètement lisse, son calme contrastant avec la rage incontrôlable de sa sœur.
Les Roumains gloussaient d'une sombre anticipation.
« Regarde leurs visages », gloussa Stefan.
Pour des raisons évidentes, l'attaque de Jane avait attiré l'attention d'Aro. Il termina sa conversation avec Véronique, et j'entendis Edward respirer de soulagement lorsqu'Aro dit à Véronique de prendre place dans la formation. Je savais qu'Edward craignait qu'Aro ne veuille lire dans ses pensées.
Jusqu'à présent, tout se passait selon nos plans.
Véronique se dirigea vers Marcus elle n'était plus qu'à dix pas d'Alec et Jane. Le cercle de vampires protégeant les jumeaux ne lui prêta aucune attention alors qu'elle se rapprochait d'eux, ses yeux rouges se fixant sur nous. Pour quelqu'un ne connaissant pas ses intentions, il semblait seulement qu'elle cherchait un bon endroit pour elle-même et qu'elle essayait de décider où sa présence serait la plus utile. Aucun des Volturi ne savait qu'il y avait un traître au milieu d'eux c'était quelque chose qu'ils ne pouvaient même pas deviner. Aucun d'eux n'en avait la moindre idée.
Excepté un.
Plusieurs choses se produisirent en même temps. Tout sembla changer en une seule seconde. Aro se tourna vers nous pour nous parler à nouveau, peut-être pour demander une fois de plus à Carlisle ou à Edward de s'avancer pour continuer la mascarade. Dans le même temps, Véronique se rapprocha du groupe de vampires gardant Alec et Jane. J'étais tellement concentrée à maintenir mon bouclier intact qu'au début, je ne réalisais pas qu'Edward était devenu rigide à côté de moi. Quand j'ai remarqué le subtil changement en lui, je me suis tournée pour le regarder. Il y avait quelque chose sur son visage, quelque chose de plus fort que l'inquiétude. C'était de l'agitation, de l'alarme. Ses yeux étaient concentrés sur quelqu'un dans la ligne des Volturi.
Il y eut du mouvement dans la formation centrale, quelqu'un sortant de la rangée de vampires masqués et s'approchant de Caius et Aro. C'était le troisième leader – Marcus. Ses yeux rouge foncé étaient étrangement vides alors qu'il fermait la courte distance entre lui et ses frères. Son expression était toujours vide et creuse, mais j'ai remarqué qu'il observait Véronique.
Nous savions que cela pouvait arriver – nous savions que Marcus serait en mesure de dire que l'allégeance de Véronique aux Volturi avait changé. Mais nous avions placé nos espoirs dans la possibilité qu'il se concentre sur l'ennemi – sur nous – et ne prête pas attention à Véronique. Il n'avait aucune raison de remettre en question sa loyauté après tout. Véronique avait reconnu que c'était un risque, mais elle l'avait pris malgré tout.
Tout autour de moi cela sembla bouger au ralenti, et pourtant tout se passa si vite que ce fut fini avant qu'aucun de nous ne réalise ce qui se passait.
Marcus atteignit Aro et lui toucha la main. En même temps, Edward fit deux pas en avant et ouvrit la bouche – peut-être pour lâcher un avertissement. Il était cependant trop tard. Peut-être qu'il le savait lui-même.
A l'instant où Marcus relâcha la main d'Aro, lui ayant transmis ses pensées, l'enfer se déchaîna.
Véronique avait réussi à s'infiltrer dans le cercle des vampires protégeant Alec et Jane ; elle se concentrait entièrement sur eux. Je vis la tension monter dans son corps alors qu'elle fermait la courte distance entre elle et les jumeaux, se préparant. Elle n'était plus qu'à un pas maintenant – si proche, mais pourtant trop loin.
Véronique ne vit jamais le signal d'Aro. Elle ne vit jamais comment le cercle de vampires gardant les jumeaux se transforma soudainement en un. Elle entendit probablement Aro crier quelque chose en italien, mais à part ça… avant qu'elle n'ait le temps de réagir, c'était déjà fini.
Plusieurs soldats Volturi bondirent en avant, et Véronique fut complètement obscurcie par leurs capes grises. Un horrible crissement métallique commença à déchirer la clairière. Au même instant, Caius sauta au centre de la mêlée grise, sa torche levée.
Et c'est alors qu'Edward décolla, ses pieds touchant à peine le sol alors qu'il traversait la clairière en direction des Volturi.
Notes de l'auteur : il y a de nombreuses références à Breaking Dawn dans ce chapitre, et certaines scènes ressemblent aux moments qui se déroulent au chapitre 37 (Bloodlust) et au chapitre 38 (Power). J'ai toujours voulu réécrire la scène des Volturi et la façonner à mon goût. A mon avis, la fin de Breaking Dawn était un peu trop heureuse et douce, et cela me dérangeait en quelque sorte que le bouclier de Bella fonctionne soudainement si parfaitement.
Les lignes suivantes sont des citations directes de Breaking Dawn :
« Il ne restait plus qu'à attendre »
« Nous n'avons pas eu de prière »
« Dois-je parler ? »
« Aro, mon vieil ami. Ça fait des siècles »
« Paix »
« Belles paroles, Carlisle »
« Bien sûr qu'il voulait Edward. Une fois qu'il pourrait voir dans l'esprit d'Edward, il connaîtrait toutes nos pensées. Excepté les miennes »
« Si nous survivons à ça, je te suivrai n'importe où, femme »
