Disclaimer : tout appartient à Stephenie Meyer. Cette fiction a été écrite par AylenBc et si possible lisez cette histoire en VO.
« Vous ne pouvez pas revenir en arrière et changer le début,
Mais vous pouvez commencer où vous êtes et changer la fin »
- CS Lewis -
La vie, l'amour, la mort
C'était terminé.
Je ne savais pas combien de temps avait duré notre combat avec Afton. Je ne savais pas combien de temps il avait fallu à Edward et Véronique pour détruire Aro. Je ne savais pas combien de temps s'était écoulé depuis que j'avais couru à travers la clairière vers Jane, essayant désespérément de sauver Rosalie et Emmet d'une destruction certaine. J'avais l'impression que tout s'était passé il y a une éternité, mais la partie rationnelle de mon cerveau me disait que cela n'avait pas pu durer plus de quelques minutes.
Et combien de choses pouvaient-elles vraiment se produire en quelques minutes ?
Une vie, apparemment.
C'est alors que j'ai réalisé que j'avais eu tort plus tôt ; la clairière autour de moi n'était pas si silencieuse. C'est que cela semblait l'être après cette éternité de chaos et de peur. Il y avait des sons tout autour de moi. Des voix. De faibles murmures de réconforts, des sifflements et des grognements ténus d'avertissement.
Et des pas légers et rapides. Quelqu'un qui courait. Vers moi et Carlisle.
C'était Esmée se précipitant à travers la clairière, Miguel juste derrière elle. Au début, je pensais que je voyais des choses. Ils n'étaient pas censés être ici, après tout Alice n'était pas certaine s'ils allaient arriver ici à temps. Mais c'était Esmée qui courait vers nous et sanglotant sans larmes, enroulant ses bras de marbre autour de moi en premier, puis Carlisle. La façon dont elle montrait son affection était toujours si douce et tendre, mais cette étreinte… elle était féroce et forte et presque violente.
« Edward ? » demanda-t-elle lorsqu'elle se recula de Carlisle, ses yeux topaze pleins de peur.
Carlisle inclina la tête dans la direction d'où nous étions venus. Esmée laissa échapper un soupir de soulagement, puis elle se précipita à travers la fumée violet-noir et disparut. Miguel échangea un regard avec Carlisle, mais je le remarquai à peine. Mes yeux étaient toujours sur la scène qui se déroulait devant moi. Je ne pouvais pas comprendre ce que j'avais vu. Une partie de moi, une très grande partie, se battait encore, craignait et courait, vivant toujours dans la bataille. J'ai réalisé que j'emporterais toujours cette partie avec moi où que j'aille, quelle que soit la durée de ma vie.
Ce qui restait des forces Volturi avait été rassemblées au milieu de la clairière. J'en ai compté huit. Leurs yeux étaient étrangement vides et larges, comme s'ils avaient du mal à voir ce qui les attendait.
La raison de leur expression se tenait à quelques pas du misérable groupe des Volturi. Cela faisait des mois que je n'avais pas vu Zafrina, et j'étais encore humaine à l'époque, mais un vampire comme elle était impossible à oublier. Ses yeux cramoisis étaient braqués sur les Volturi restants, me faisant me demander quel genre d'images elle les obligeait à voir. Les regards sur les visages des vampires à capuche étaient légèrement dérangés. J'ai reconnu Demetri d'après la description d'Eleazar, et tout près, il y avait six vampires dont je ne connaissais pas les noms, leurs capes étaient composées de différentes nuances de gris. La cape de Demetri était la plus sombre des sept.
Le huitième vampire debout parmi le groupe désorienté portait une cape d'un noir des plus profond. Marcus. Ses yeux étaient vides aussi, mais son expression n'était pas aussi stupide que celle des autres. Quoi que Zafrina lui fasse voir, cela semblait avoir peu d'effet sur lui. C'était presque comme s'il ne se souciait pas de ce qui était devant ses yeux.
Les deux autres membres du clan Amazone se tenaient près de Zafrina. Leurs yeux rouges et méfiants regardaient le groupe des Volturi sans relâche. Elles n'étaient pas les seules à les regarder Tanya, Irina, Laurent et les Roumains faisaient également le tour des Volturi, et un soupir soulagé quitta ma poitrine lorsque je vis que Rosalie et Emmett traînaient derrière eux. Emmett avait enroulé son bras autour de Rosalie, et elle était appuyée contre lui. Ses yeux étaient fermés. Il y avait une grande cicatrice sur le côté de son cou, et sa manche était arrachée à l'épaule ; il y avait une large fissure pâle sur sa peau de marbre où son bras rejoignait son corps.
A quelques pas d'eux, Eleazar était agenouillé au sol. Je l'ai vu penché sur la silhouette de Carmen, s'occupant d'elle. Ma main a alors cherché celle de Carlisle ; Carmen ne bougeait pas. Eleazar se pencha une fois de plus sur elle, ses lèvres caressant le bord de sa gorge. Enfin, elle bougea et je laissai échapper le souffle que je retenais alors qu'elle se redressait lentement, ses yeux dorés confus. J'ai réalisé en sursautant qu'il lui manquait un bras.
Se tenant à quelques pas de Zafrina, Jasper observait également la scène, Alice près de lui. Quand ils nous repérèrent Carlisle et moi, Jasper jeta un coup d'œil prudent vers les Volturi restants avant qu'il ne commence à nous approcher avec Alice.
« Caius ? » demanda Carlisle quand ils ne furent qu'à quelques pas.
Jasper échangea un regard avec Alice. « Kate et Tanya l'ont détruit, juste après que Garrett et Eleazar aient abattu Chelsea » Il regarda de nouveau Alice. « Alice a dit qu'Edward et Véronique avaient tué Aro » Il le disait comme s'il ne savait pas s'il devait le croire ou non.
Carlisle acquiesça, soupirant doucement. « C'est exact.
– Et Jane ? » demandai-je.
L'expression de Jasper devint glaciale. Ses yeux étaient à la fois tristes et en colère. « Peter l'a eue… en fin de compte. Elle utilisait son don sur Emmett et Rosalie, et après eux sur Alice. Felix était sur le point de la tuer – j'avais les mains prises avec Santiago, et je n'avais aucun moyen de l'aider. Nous tous serions probablement morts si Esmée et Miguel n'étaient pas revenus avec Irina et Laurent ainsi que les Amazones. Zafrina a aveuglé Jane et les vampires la protégeant. Emmett et moi avons pris soin de Felix et Santiago pendant que Peter détruisait Jane.
– Et Alec ? demandai-je. Qu'est-ce qui lui est arrivé ? Avant qu'Afton ne m'attaque, j'ai vu que Jane était seule.
– Les Roumains l'ont attrapée, mais d'une certaine manière, la mort d'Alec était de la faute de Jane ; je pense qu'elle le savait elle-même.
– Que veux-tu dire ? » Je me souvenais de la lueur étrange et froide dans les yeux de Jane lorsqu'elle avait utilisé son don sur Peter et Charlotte.
« Jane s'est séparée de son jumeau à un moment donné, expliqua Jasper. Contre les ordres, je pense. Cela aurait pu être dû à un caprice né de la frustration. Cela l'a rendue furieuse lorsqu'elle a remarqué que certains d'entre nous étaient à l'abri de son don. Elle ne pouvait pas supporter l'idée que tu sois en mesure de protéger autant d'entre nous, me dit-il. Elle a quitté Alec pour trouver des cibles plus faciles, sachant que ton bouclier s'étirait seulement jusqu'à un certain point. Les vampires protégeant les jumeaux ont été forcés de se séparer à cause de sa décision. Alec n'était pas d'accord avec son choix et a essayé de la faire changer d'avis ; il voulait qu'ils restent ensemble. Leur désaccord les a momentanément distraits et les Roumains y ont vu leur chance. Kate et Garrett ont abattu trois des vampires protégeant les jumeaux, et pendant ce temps, Vladimir et Stefan ont attaqué Alec et l'ont détruit » Il fit une pause pendant un moment, ses yeux dorés étant à la fois en colère et tristes. « Jane était furieuse, et elle a essayé de venger la mort d'Alec, bien sûr. Certains d'entre nous devaient être à la portée de ton bouclier car elle ne pouvait pas nous toucher tous. Emmett et Rosalie étaient toujours dans une situation difficile, et Peter et Charlotte étaient en route pour les aider. Et puis… » Il fit une pause et baissa les yeux vers le sol.
« Je ne suis pas exactement sûr de ce qui s'est passé, il s'est passé tellement de choses en même temps, poursuivit-il calmement. Jane utilisait son don sur Peter et Charlotte avant de tourner son attention vers Rosalie et Emmett. Il a fallu une seconde de trop à Charlotte pour se remettre de l'attaque de Jane. L'un des Volturi l'a démembrée et l'a jetée dans les flammes. Peter a essayé de l'aider, mais il était trop tard. Il est allé après Jane pour venger la mort de Charlotte, mais il n'a réussi à faire que quelques pas avant que Jane ne le frappe encore. C'est à ce moment-là que les Amazones sont arrivées, donnant ainsi la possibilité à Peter d'agir. Eleazar et Garrett ont détruit Chelsea, et cela a complètement perturbé les Volturi. La mort de Chelsea a scellé leur sort. J'ai toujours su à quel point son rôle était important, mais cela me surprend toujours de voir à quel point sa destruction a eu un impact important sur la garde restante. C'était presque comme s'ils avaient momentanément oublié pourquoi ils étaient ici et quel était leur but. Seul Caius est resté en quelque sorte fonctionnel. Il a essayé de fuir, bien sûr mais Tanya et Kate ne l'ont pas laissé faire »
Les yeux de Carlisle se tournèrent alors vers Marcus. « Et lui ? »
Jasper regarda également Marcus. « Eh bien… Marcus est celui qui a causé le moins de problèmes. Il s'est rendu et a dit aux autres membres de la garde d'arrêter de se battre également. Il aurait probablement été la cible la plus facile depuis le début, mais tout le monde était occupé dans la bataille et personne n'a eu le temps de se concentrer sur lui. Et comme il ne menaçait personne… » Il soupira. « En fait, j'ai l'impression qu'il espérait être décapité par quelqu'un. Comme s'il suppliait. Son souhait peut cependant se réaliser. Les Roumains ont hâte de mettre la main sur lui, comme tu peux le voir »
Vladimir et Stefan tournaient autour des Volturi restants. Ils ressemblaient à deux chats sur le point de bondir. Vladimir jouait avec la torche argentée et ornée que j'avais vue sur Caius avant le début de la bataille. On aurait dit qu'il lui fallait toute sa retenue pour ne pas mettre le feu aux vampires à capuche.
Je me demandai combien de temps il serait capable de se contenir. C'était ce dont Stefan et lui rêvaient depuis des siècles, après tout.
« Carlisle… »
La voix de Jasper attira mon attention des Roumains. Son ton était lourd, triste. Il laissa échapper un long soupir, luttant pour trouver les mots.
« Charlotte… elle n'est pas la seule que nous ayons perdue », dit-il doucement. Il ne rencontrait pas les yeux de Carlisle. « Emmett a également vu Makenna et Charles tomber. Felix les a détruit. Et…
– Qui d'autre ? » demanda Carlisle. Lorsque Jasper ne répondit pas, il commença à fouiller la clairière, mais l'expression sur son visage impliquait qu'il aurait plutôt préféré fermé les yeux ; il ne voulait pas voir qui avait disparu.
« Maggie… et Liam, dit finalement Jasper d'une voix calme. Siobhan était dans une situation difficile et ils ont essayé de la défendre »
Le souffle jaillit de la bouche de Carlisle comme s'il avait été frappé à l'estomac. Il ferma les yeux et couvrit son visage de ses mains. Je me pressai contre lui dans une faible tentative de le réconforter et après un moment, il enroula son bras autour de ma taille. Mes yeux ont fouillé la clairière, et j'ai essayé de voir au-delà des deux feux enflammés et de la fumée dense, pourpre-noire, planant dans l'air. Au bout d'un moment, je l'ai repérée.
Siobhan n'était plus que l'ombre d'elle-même. Tanya, Eleazar et Carmen étaient allés vers elle ; je les ai vus lui parler à voix basse. Siobhan hochait la tête de temps en temps, mais son visage était vide.
Jasper commença à recenser les blessures subies par certains membres de notre groupe. Carmen avait perdu un bras, tout comme Garrett ; les Volturi avaient jeté leurs bras dans les incendies et par conséquent, ils n'avaient pas pu être sauvés. Nous avions presque tous été mordus ; j'ai vu qu'il y avait une grande cicatrice derrière l'oreille d'Emmett. Les cicatrices que j'avais vues sur l'épaule et le cou de Rosalie reçurent également des explications. Quelqu'un avait presque réussi à la démembrer, mais Emmett était intervenu juste à temps.
Mes yeux trouvèrent Peter, son visage et son cou étaient couverts de nouvelles cicatrices. Ses yeux me rappelaient ceux de Siobhan : ils étaient vides, comme des fenêtres sombres. Il se tenait près d'un des feux qui brûlait toujours, les flammes se reflétant dans ses iris rouges.
Alice avait aussi un œil sur Peter. Elle le regardait attentivement, fronçant les sourcils.
« Jasper », murmura-t-elle et elle lui donna un coup de coude, inclinant la tête vers Peter.
Jasper s'approcha de lui, mettant sa main sur l'épaule de Peter juste au moment où il s'apprêtait à entrer dans les flammes. Carlisle se tendit à côté de moi, prêt à aider Jasper, mais après une seconde, il se détendit. J'ai vu que Jasper conduisait Peter loin des feux, vers le bord de la forêt. Peter ne résistait pas ; je me demandai si c'était dû à Jasper. Ou peut-être était-il tellement dévasté qu'il n'avait aucune force pour s'opposer.
Le bras de Carlisle se resserra autour de moi. Il soupira, appuyant un doux baiser sur ma tempe ; je m'écartai légèrement de lui et je vis que ses yeux étaient sur Siobhan. Elle était maintenant assise sur un rocher bas, près de la lisière des bois. Carmen était assise à côté d'elle, Eleazar et Tanya se tenant à côté.
« Je dois aller lui parler », dit calmement Carlisle. Ses yeux brûlaient à nouveau, et je savais qu'il pensait à notre décision d'impliquer nos amis dans tout ça. Je ne pouvais rien lui dire. Aucun mot n'allégerait sa culpabilité, aussi inutile que soit ce sentiment.
J'ai hoché la tête, attrapant brièvement sa main. Il sembla hésiter alors que je relâchais ma prise comme s'il ne voulait pas quitter mon côté. Je savais ce qu'il ressentait. Maintenant que la bataille était terminée, il semblait trop beau pour être vrai que nous soyons tous les deux ici. Que nous ne nous étions pas perdus. J'avais l'impression que même une courte séparation de lui était comme si nous nous moquions de notre incroyable chance. Nous savions tous les deux après tout, que tous n'avaient pas été aussi chanceux que nous. Makenna et Charles étaient partis. Peter avait une éternité devant lui sans l'être cher. Et Siobhan avait perdu tout son clan.
Je repris la main de Carlisle, la serrant doucement. « Vas-y, dis-je doucement. Siobhan a besoin de toi. Je serai là quand tu reviendras »
Il hocha la tête, laissant échapper un soupir ténu et plaçant un baiser rapide sur ma joue. Puis il se dirigea vers la lisière de la forêt. Je l'ai observé pendant un moment, le chagrin sur son visage m'envoyant des pics de douleurs.
Le bruit de l'approche de quelqu'un me fit me retourner. Edward et Véronique émergèrent de la fumée violette-noire avec Esmée. Miguel s'approcha d'eux, attirant Esmée à ses côtés et Edward ainsi que Véronique se dirigèrent vers moi.
Les yeux d'Edward étaient sur les vampires rassemblés autour de Siobhan. Il n'avait pas besoin de lire dans leurs pensées pour savoir ce qui s'était passé. Leurs visages lui disaient tout ce qu'il avait besoin de savoir.
« Maggie et Liam ? » demanda-t-il d'une voix basse et ténue.
J'ai hoché la tête pour répondre à sa question. Je lui ai également parlé de Makenna, Charles et Charlotte, sachant qu'il était inutile de le lui cacher. Il le découvrirait de toute façon. Et peut-être qu'une partie de moi croyait – ou espérait bêtement – que recevoir toutes les mauvaises nouvelles à la fois était mieux que les recevoir par fragment.
Edward expira lentement en regardant la clairière. « Eh bien… je suppose que nous devons juste être reconnaissants que nous ne soyons pas tous partis en fumée » Il resta silencieux un moment, puis il se tourna pour donner un regard acéré à Véronique. « Reprends ça », dit-il de sa voix calme et un peu trop égale.
Véronique regarda le sol à ses pieds. « Je ne peux pas.
– Il ne sert à rien de s'attarder sur ce qui s'est passé. Il y a assez de misère et de culpabilité comme ça, Véronique » Je l'ai vu jeter un coup d'œil à Carlisle qui essayait toujours de consoler Siobhan.
« Je le sais, répondit Véronique. Mais je ne peux pas contrôler ce que je ressens. Et je ne peux pas non plus contrôler mes pensées » Elle fit une pause, poussant un soupir. Ses yeux se tournèrent vers Marcus. « Je ne m'attendais pas à me rendre inutile dans la bataille. J'aurais dû prêter plus d'attention à Marcus. Je savais qu'il pourrait remarquer que mon lien avec les Volturi avait changé. Je comptais sur le fait qu'il soit trop occupé par vous, ce qui ne fut pas le cas. Je ne pensais pas qu'il prêterait attention à moi. Je regrette également d'avoir perdu du temps à essayer d'être discrète, j'aurais dû aller à la rencontre d'Alec et Jane immédiatement et les attaquer »
Edward secoua la tête. « Je ne pense pas que les résultats auraient été très différents. Et en plus, une action ouvertement hostile comme celle-ci aurait probablement fait réagir les Volturi encore plus vite. Ils t'auraient enflammée tout de suite. C'est la seule raison pour laquelle tu es toujours là. Et d'ailleurs, je ne dirais pas que tu as été inutile. Tu as détruit Aro après tout »
Véronique n'a rien dit pendant un moment. Elle poussa une longue inspiration, ses yeux étudiant les feux fumants. « Je n'avais pas le choix. Je ne voulais pas seulement me venger, j'en avais besoin, murmura-t-elle. Je savais qu'il n'y aurait pas de paix pour moi dans ce monde, dans cette vie, à moins que je ne réussisse. Je sais que la vengeance est parfois un acte ignoble, mais… je ne pourrais jamais avoir de pardon pour lui. Pas après ce qu'il a fait pour Lucian et Alexander » Elle fit une pause, levant les yeux vers le ciel qui s'assombrissait. « Quant à ce que tu as dit avant… peut-être que tu as raison. Peut-être que j'ai de la chance d'être ici.
– Je pense que cela nous concerne aussi », murmurai-je, mes yeux trouvant Peter. Jasper était toujours avec lui. Il ne voulait probablement plus le laisser hors de sa vue.
Edward hocha la tête. « Non pas que j'ignore ceux que nous avons perdus, mais la vérité est que nous aurions pu facilement en perdre plus.
– Pourquoi pas nous ? » demandai-je en commençant à me sentir légèrement hors de mon corps maintenant. Même si je ne l'avais pas admis, pendant des jours je m'étais préparée à l'idée que nous puissions tous mourir. « Je veux dire, je ne me plains évidemment pas que tant d'entre nous aient survécu, mais… nous étions toujours en infériorité numérique. Même si les Volturi n'avaient pas eu Alec et Jane de leur côté, nos chances n'ont jamais été vraiment bonnes. Et nous avons eu si peu de temps pour nous préparer après tout. Je ne croirai jamais que nous avons juste eu de la chance »
Les yeux d'Edward étaient réfléchissants. « Eh bien, nous avions des avantages que les Volturi n'avaient pas. Même si la plupart des membres de la garde étaient bien entraînés au combat, la vérité est qu'ils manquaient d'expérience pratique. Pendant des centaines d'années, ils ont compté sur Jane et Alec. Comme on l'a déjà dit, depuis que les Volturi ont obtenu les jumeaux, ils n'ont été impliqués que dans des massacres sans opposition. Ils ont rarement eu besoin de se salir les mains. Et puis il y a le fait qu'Eleazar connaissait leurs tactiques, et Jasper a ses propres expériences en ce qui concerne les guerres et les batailles, et ils nous ont transmis leurs précieux enseignements et informations. Nous avions également Kate – grâce à son don elle est pratiquement invincible dans les combats au corps à corps. Elle a en fait abattu autant de vampires que Jasper, tu sais. Nous avions aussi Alice qui pouvait prédire les mouvements de son adversaire. Et ma capacité à lire dans les esprits ne m'a pas exactement ralenti, dit-il d'une manière sèche. Et puis il y avait toi »
Je me tournai vers lui, surprise. « Je ne pense pas avoir réussi à faire beaucoup. Si j'avais pu contrôler mieux mon bouclier… »
Edward secoua la tête, me coupant. « Aro ne s'attendait pas à ce que tu puisses protéger quelqu'un d'autre que toi. Cela l'a prit au dépourvu que tu apprennes à contrôler ton bouclier ainsi. Jane aurait pu faire beaucoup plus de dégâts s'il n'y avait pas eu toi. Même si tu ne pouvais pas nous protéger tous, ton bouclier a fait une énorme différence. Jane s'est soudainement retrouvée dans une position où elle devait œuvrer pour réussir. Elle n'y était pas habituée – tu sais probablement à quel point elle était furieuse. Et puis il y avait Alec – ses mouvements furent tout le temps assez limités. Il ne s'était probablement jamais senti aussi inutile de toute sa vie. Il savait que ton bouclier rendrait son don impuissant, et puis il y avait le fait qu'il devait faire attention à ne pas l'utiliser sur n'importe lequel des Volturi. Et je pense… » Il fit une pause, un froncement de sourcils réflexif traversant ses traits.
« Quoi ? » demandai-je, son expression me déroutant.
Il hésita. « Tu te souviens de la discussion que Siobhan et Carlisle ont eue avant la bataille ? »
J'ai hoché la tête.
« Et tu sais de quoi il s'agissait, j'imagine ? »
J'ai hoché de nouveau la tête. « Carlisle m'a dit une fois que Siobhan avait un don, même si elle n'y croyait pas tout à fait.
– Exact. C'est un don subtil, mais puissant à sa manière. Carlisle a toujours cru qu'elle pouvait concrétiser ses objectifs. Je me demande maintenant si elle a eu un certain effet sur la fin de cette journée »
Je me rappelai de la discussion que Carlisle et Siobhan avaient eue avant la bataille. C'était comme si c'était arrivé il y a quelques jours. Carlisle avait demandé à Siobhan de se concentrer pour garder le plus grand nombre possible d'entre nous en vie, et elle avait promis de lui faire plaisir.
« Alors tu penses que… » Je m'arrêtai, réfléchissant.
Edward hocha la tête. « J'ai écouté ses pensées après que Carlisle eut fait sa demande. Siobhan a gardé son objectif simple – peut-être qu'elle ne voulait pas tenter le destin. Elle espérait que le plus grand nombre possible d'entre nous survivrait, et que l'issue de la bataille serait aussi favorable que possible. Elle aurait pu espérer que nous survivions tous, je suppose, mais elle a reconnu que même cette pensée était irréaliste, compte tenu de ce que nous allions affronter » Il fit une pause, ses yeux trouvant le petit groupe de vampires de l'autre côté de la clairière. Siobhan était toujours assise sur le rocher bas, Carlisle maintenant à côté d'elle. Ils avaient une discussion tranquille ; je me demandai ce qu'il lui disait. Connaissant Carlisle, il trouverait les bons mots, même dans des situations comme celle-ci. Je savais qu'il se sentait responsable de la mort de nos amis, mais il ne voulait pas ajouter au fardeau de Siobhan avec sa propre culpabilité.
« Donc… aujourd'hui est le résultat de sa décision ? C'est ce que tu essaies de dire ? demanda Véronique.
– Peut-être. Peut-être que c'est ce qu'elle a incité dans la pratique. Je suis sûr qu'elle ne s'attendait pas, et encore moins espérait, que son clan serait détruit, mais… elle était également consciente de la possibilité. Nous savions tous que chacun de nous pourrait être perdu » Il regardait à nouveau Siobhan. Puis ses yeux ont commencé à étudier notre famille et nos amis, et il ajouta tranquillement : « Peut-être que ça a fonctionné. Peut-être que c'est le meilleur résultat qu'il puisse y avoir »
Véronique lui fit un sourire sec. « C'est presque comme si tu disais que c'était notre destin »
Edward eut un rire doux et triste. « Je ne sais toujours pas si je crois en ces choses.
– Tu ne crois pas au destin ?
– Et toi, tu y crois ? En toute honnêteté, Véronique, je pensais que tu étais plus raisonnable.
– Je suis raisonnable, rétorqua Véronique. Alors que toi, tu es un cynique morose et renfrogné. Tu devrais élargir un peu plus ton esprit »
Je ne savais pas si elle était vraiment offensée par les propos d'Edward, leur échange était presque taquin. J'ai fermé les yeux et j'ai tout compris. J'avais l'impression qu'il s'était passé toute une vie depuis que j'avais entendu une conversation légère et désinvolte. Je me suis retrouvée à presque l'apprécier, ce moment de légèreté, aussi temporaire et éphémère qu'il puisse être.
Ou peut-être que c'était la raison pour laquelle je l'appréciais. Parce que cela pourrait être temporaire et éphémère. Peut-être que j'en était venue à accepter que certaines choses n'étaient que cela et à essayer d'apprendre à les apprécier davantage à cause de cela.
Il y eu un léger contact sur ma main. Je savais sans même regarder que Carlisle était revenu. Je le sentis enrouler un bras autour de moi et je m'approchai de lui, m'appuyant contre lui.
Ouvrant les yeux, j'ai regardé les incendies fumants, regardé la mort et le chagrin autour de moi. C'était peut-être un souhait naïf, mais j'espérai que ces choses soient également temporaires et éphémères.
Sinon… je trouvais du réconfort dans la pensée qu'il y avait aussi des choses qui étaient permanentes et durables. Certaines personnes avaient dû l'apprendre à la dure en appréciant ces choses aussi. La triste vérité était que certains les prenaient pour acquises, puis quelque chose – que ce soit l'univers ou un être supérieur ou une simple malchance – enlevait soudainement ces choses.
En écoutant la respiration calme de Carlisle, j'en vins à espérer que je ne prendrais jamais ces choses pour acquises. Que j'avais déjà appris ce qu'il y avait à apprendre. C'était peut-être un souhait naïf et désespéré. Mais ce souhait était également sincère. Il jaillissait du fond de mon cœur silencieux, du désir d'être sans souci et sans peur. Du désir de simplement respirer et d'être… aimé.
Surtout d'être aimé.
Notes de l'auteur : tout d'abord, je voudrais m'excuser d'avoir tué certains des gentils. Je sais que tous les personnages de Twilight ont leurs propres fans fidèles, et je suppose que c'était un peu cruel de ma part d'enlever Maggie et Liam à Siobhan, par exemple. Je ne crois pas en des fins irréalistes et heureuses, et je pense qu'il était inutile de dire qu'il existait un moyen pour que chaque vampire combattant aux côtés des Cullen puisse survivre. La guerre est une question de perte et de sacrifice, après tout. Il y a eu un moment où j'ai envisagé de tuer certains des Cullen ou des Denali, mais c'est là que j'ai décidé de me faire plaisir en leur donnant une fin relativement heureuse (que ce soit réaliste ou non). J'ai également voulu rendre justice à certains personnages, il était important pour moi que Kate et Tanya s'occupent de Caius, et que Carlisle et Bella détruisent Afton ensemble. Et puis, il y a avait Véronique. J'ai toujours voulu qu'elle soit celle qui détruise Aro. Et voici un fait amusant si quelqu'un est intéressé il y a une raison pour laquelle j'ai choisi le prénom Véronique pour elle. Le nom serait une variante de Bérénice, « porteuse de victoire ».
Le nom de ce chapitre fait référence à Love Death Birth de Carter Burwell. En ce qui concerne les bandes originales des films Twilight, cette pièce est ma préférée.
Les mots de Jasper à propos de Marcus dans ce chapitre (« J'ai vraiment eu l'impression qu'il espérait être décapité par quelqu'un. Comme s'il suppliait ») se réfèrent au moment qui se déroule dans la deuxième partie de Breaking Dawn. Ceux qui ont vu le film savent probablement de quoi je parle. Je suis désolé, Marcus, tu n'as pas pu dire « Enfin ! » dans mon histoire. Je sais que la mort est quelque chose que tu attends avec impatience. Eh bien, peut-être la prochaine fois.
Que pensez-vous qu'il adviendra du reste des Volturi ? Les Roumains vont-ils construire un immense bûcher funéraire et emmerder Carlisle ? Je peux déjà imaginer comment cette conversation se déroulera : « Mais ils se sont rendus. C'est tellement cruel ! » « Mais s'il te plait, Carlisle, nous attendons depuis des milliers d'années… »
