Disclaimer : Je considère que si Rowling autorise Cursed Child, elle autorise toutes les autres fanfictions, même celles qui naissent dans mon esprit tordu personnel. Btw, Jo, Trans Rights are Human Rights.

Attention : Rated T pour le langage et les scènes violentes.


RAR :

Shadow:

Salut ! Merci beaucoup pour ta review !
J'avoue, je suis un peu fière d'avoir réussi à te faire pleurer (encore). C'est un des plus beaux compliments qu'on puisse me faire xD J'espère que tu t'es remise quand même:)

En tout cas, je suis contente que tu ais aimé le dernier chapitre. Maellyn ne serait sans doute pas contre l'idée derrière ton plan, mais je doute que cela se déroule ainsi… La pauvre, sa vie est assez compliquée comme ça pour que Poudlard en sache trop sur son compte. Suspens pour Grant et Burt ^^
Je te laisse avec la suite. Bonne lecture !

Nyanna :

Hello ! Merci beaucoup pour ta review !
Je suis contente que le titre de cette nouvelle partie te plaise. J'ai trouvé que ça s'imposait un peu xD Maellyn a un peu le cul entre deux chaises avec toute cette histoire… A treize ans, ça fait beaucoup de choses à gérer.
Narcissa paye l'addition… Son amour pour Maellyn ne pèse pas lourd face à tous ses mensonges.

Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Kaala :

Coucou ! Merci beaucoup pour ta review !

J'ai l'impression que j'ai fait pleurer beaucoup de monde avec le dernier chapitre… Désolée ? (à moitié seulement, je suis un peu fière de moi quand même). Ah bah c'est sûr que si Grant et Burt débarquaient maintenant, Maellyn ne serait pas contre ! Il va quand même falloir faire preuve de patience les concernant (ils aiment se faire désirer).

Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Juliette :

Salut ! Merci beaucoup pour ta review !

Oui, Maellyn est un peu perturbée par la vérité… Heureusement que Sirius sait lui parler, hein ? (ils sont trop choupis tous les deux ^^ Promis, je me suis fait plaisir sur cette partie!). Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !


Merci àShadow (x2), henrismh, mimi70, Tiph l'Andouille, Sun Dae V, Nyanna, Kaala, tzvine(x2), Tigresse Otaku et Merly Flore pour leur review. C'est un très bel accueil pour cette nouvelle partie !


Bonjour à toutes et à tous !

Bon, je dois avoir épuisé le fameux jamais deux sans trois qui va de paire avec mes retards en ce moment… C'est la faute à Jean-Mi (encore) : la fermeture des établissements scolaires est arrivée une semaine trop tard pour que je trouve le temps de m'occuper de la MàJ.

Je suis toujours pas d'une productivité éblouissante. Je peine à retrouver mon groove sur 17, et c'est pas faute d'essayer. Je vais essayer de mettre à profit le confinement pour avancer, mais j'y crois que moyennement…

Sinon, chapitre 2 par ici ! Je l'aime au moins autant que le premier. Il s'y passe pleins de choses que je n'avais pas du tout prévu, mais j'ai adoré l'écrire. Bonne lecture !

Un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Black Sunset

Partie IV : Supernova.

Chapitre 2

Supernova: cataclysmic explosion caused when a starexhausts its fuel and ends its life. Supernovae are the most powerful forces in the universe.


Jeudi 7 Juillet 1994, Jamaïque.

L'île ressemblait à un paradis perdu. La végétation était luxuriante – des arbres immenses, des plantes aux fleurs éclatantes et une jungle à laquelle Buck n'avait pas eu de mal à s'adapter – et la nature s'arrêtait souvent en bordure d'une plage au sable blanc, précédent une étendue turquoise infinie.

Quand il ne devait pas partir à la recherche de nourriture – Buck réussissait à les nourrir tous les deux sans trop de difficultés mais il ne pouvait pas se contenter de viande crue –, il aimait s'installer à l'ombre et observer les vagues s'échouer, les unes après les autres, jusqu'à ce que le soleil se couche et enflamme le ciel à l'ouest.

Son horizon avait été bloqué par les barreaux d'Azkaban pendant douze ans, et il n'avait pas vraiment eu l'impression d'être libre depuis son évasion, mais il se ferait sûrement à l'idée ici.

Les Aurors ne viendraient pas le trouver là – il retrouvait la forme de Patmol dès que d'autres humains approchaient, moldus ou non, et il pouvait passer des jours sans croiser personne – et puisqu'il n'avait plus vraiment besoin de se cacher en permanence, il avait enfin l'impression qu'Azkaban était derrière lui.

Il fallait dire que le soleil aidait.

Il faisait presque trop chaud, après tant d'années à être gelé jusqu'à l'âme, mais cela lui rappelait à chaque seconde que les Détraqueurs étaient loin, et qu'il était sans doute plus en sécurité que jamais.

Ce n'était pas parfait – il était toujours un dangereux criminel en cavale aux yeux du reste du monde, Pettigrow demeurait introuvable et il avait été obligé de s'exiler – mais en un an, tout avait changé.

Il s'était échappé, Remus était à nouveau de son côté, Harry était en sécurité et Maellyn savait la vérité.

Il n'avait jamais osé croire qu'il vivrait assez longtemps pour voir tout ça.

Machinalement, il porta sa main au niveau de sa poche, là où il gardait la première lettre de sa fille. Il n'avait plus besoin de l'ouvrir pour savoir les mots qu'elle contenait. Il l'avait tellement relue qu'il la connaissait par cœur.

Patmol,

Merci pour ta lettre. Je suis rassurée de savoir que tu ne risques rien là où tu es. Ce n'est pas la peine de risquer d'être repris pour moi. Je vais m'accrocher. Narcissa m'a menacée de m'effacer la mémoire dans le cas contraire, et je préfère encore la vérité aux mensonges.

Je n'ai toujours pas le droit de quitter mon lit, et encore moins ma chambre, mais je ne suis presque plus malade. Le médicomage Perrin pense que je pourrai arrêter les potions dans quelques jours. Je commence à en avoir assez d'être enfermée. Avec un peu de chance, je pourrais voler un peu bientôt. C'est toi qui m'a offert mon Eclair de Feu, n'est-ce pas ? Je pense que oui, alors merci. C'est un excellent balai et voler avec est incomparable.

Andromeda Tonks est venue me voir la semaine dernière, pour me parler de Judy. Elle m'a dit que je lui ressemblais beaucoup et qu'elle était américaine. Elle n'avait pas tant de choses que ça à me dire... J'espérais que tu serais d'accord pour me raconter qui elle était. J'ai l'impression que je sais beaucoup trop de choses en comparaison sur Bellatrix.

J'espère que tu vas te montrer prudent et que tu vas attendre que Remus Lupin ait retrouvé Pettigrow pour revenir au Royaume-Uni. Les Aurors sont loin d'avoir abandonné l'idée de t'attraper. La seule personne qui mérite le baiser du Détraqueur est Bellatrix.

Maellyn.

Il avait été soulagé par ses nouvelles rassurantes sur sa santé. Godric, il avait bien failli s'envoler pour le nord quand il avait reçu la lettre inquiétante de Narcissa quant aux conséquences désastreuses de la vérité. Il était reconnaissant à sa cousine de s'être occupée de sa fille comme elle l'avait fait – et il n'avait que trop conscience du fait qu'il avait abandonné Maellyn – mais il était quand même en colère contre elle pour avoir joué le jeu de Bellatrix.

Pour ça, et pour ce qu'elle avait fait à Burt et Grant.

Il ne revenait toujours pas qu'elle leur ait effacé la mémoire pour la seule raison qu'ils devenaient gênants, sans lui en parler de surcroît. Maellyn était la fille de Judy et les Adler était la dernière famille à laquelle elle pouvait prétendre. Burt et Grant avaient le droit de faire partie de sa vie et de la voir quand bon leur semblait.

Narcissa ne devait pas avoir beaucoup de raisons pour justifier son acte, car elle n'avait toujours pas répondu à sa dernière lettre – qu'il aurait aimé pouvoir transformer en Beuglante –, même s'il commençait à connaître son argument préféré.

Tout ce que je fais, c'est pour protéger Maellyn.

Du fond d'Azkaban, une telle déclaration ne manquait jamais de lui rappeler que c'était à quoi il avait failli pour commencer, avant qu'il ne se rappelle que sa cousine avait peut-être ses tords, mais que sa fille était heureuse et aimée même si elle ignorait la vérité.

Depuis qu'il s'était échappé, il avait de plus en plus de mal à la croire.

Il doutait que Maellyn soit en danger pour commencer. La seule personne qui pourrait lui faire du mal était Bellatrix et il était bien placé pour savoir qu'elle ne réussirait pas à s'échapper comme il l'avait fait. Sans oublier que Maellyn aurait sans doute été plus en sécurité aux Etats-Unis si c'était vraiment le problème.

Quant à savoir si sa fille était heureuse dans le monde des Sangs-Purs, il n'y croyait plus. Narcissa avait peut-être fait un très bon travail pour la modeler en douceur afin qu'elle s'y intègre, mais elle n'y serait jamais heureuse.

Encore moins sous l'identité d'Alya Lestrange.

Toutefois, Narcissa aimait Maellyn.

Et c'était peut-être le cœur du problème.

A par réfléchir, il n'avait pas grand chose à faire ici, et sans Détraqueurs, c'était étrangement facile.

Il avait beau retourner le problème dans tous les sens et faire de son mieux pour ignorer la colère qu'il éprouvait envers sa cousine, la seule chose de clair au milieu de tout ce merdier, c'était que Narcissa ne voulait pas être séparée de Maellyn.

Et elle semblait prête à tout pour ça.

Il passa une main lasse sur son visage. Il regrettait sans doute plus que jamais de s'être lancé à la poursuite de Pettigrow après la mort de James et Lily. La vie de sa fille était l'exact opposé de ce qu'il aurait voulu pour elle, et il n'avait pas vraiment l'impression que Harry soit très heureux chez la sœur de Lily non plus. Il aurait dû être là pour eux et il allait faire tout ce qu'il pouvait pour se rattraper.

Il n'hésiterait pas à rejoindre Little Whinging pour remettre les Dursley à leur juste place, et il avait bien l'intention d'expliquer à Maellyn comment jouer ses cartes face à Narcissa.

Elle était sa fille, il était prêt à parier qu'elle pouvait devenir aussi rebelle qu'il l'avait été à son âge, et Godric en soit témoin, Azkaban n'avait pas réussi à lui faire oublier les règles du jeu de la société Sang-Pur.

Si Narcissa pensait que Maellyn était difficile depuis qu'elle avait appris la vérité, elle n'avait encore rien vu.

Mardi 12 Juillet 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.

- Et bien, quel est le programme pour cet après-midi ?

Malgré le fait que le silence était pesant depuis le début du repas, et que je ne pensais pas possible d'accentuer encore le malaise entre nous quatre, la phrase de Narcissa fut accueillie par le seul cliquetis des couverts.

J'eus comme un goût amer dans la bouche qui ne venait certainement pas des tagliatelles aux légumes dans mon assiette.

Narcissa s'acharnait à vouloir faire la conversation, quand bien même Draco refusait de lui adresser la parole à moins de ne pas avoir d'autres choix, que Christopher ne lui répondait que par des phrases courtes, et que je devais me mordre la langue pour ne pas lui hurler des insultes au visage.

A vrai dire, je ne comprenais pas pourquoi elle mangeait avec nous. Lucius était au Ministère – sans doute essayait-il de faire passer une nouvelle loi stupide –, il n'y avait donc personne devant qui prétendre, et j'aurais préféré prendre mon premier repas hors de ma chambre en toute tranquillité.

Bien sûr, c'était sans compter sur l'obstination de Narcissa Malefoy. Elle était décidée à ne pas nous laisser oublier qu'elle incarnait l'autorité parentale à laquelle nous devions nous conformer, de gré ou de force.

Ma période de grâce ne durerait sans doute plus très longtemps. Le Médicomage Perrin n'était plus inquiet pour ma santé, ma seule potion était l'éternel Filtre de Paix afin de contenir une partie de mes cauchemars, et j'avais le droit de reprendre certaines activités, du moment qu'elles n'étaient pas trop fatigantes. Ce n'était pas encore idéal, mais c'était toujours mieux que d'être coincée au lit.

J'avais hâte de pouvoir voler à nouveau.

- Combien de temps encore allez-vous me faire subir la punition du silence ?

Son ton plaintif déclencha une bouffée de chaleur, ce qui signifiait sans doute que mon teint pâle venait de passer au rouge.

Ma réplique, elle, fusa sans que je ne cherche à la taire. Lucius n'était pas là – nous avions tous un accord tacite concernant l'importance de son ignorance – et Narcissa avait perdu le droit à mon empathie.

- Pourquoi, tu préférerais que l'on te mente ?

Sa fourchette se figea à mi-parcours et je la vis pâlir derrière son maquillage étudié. Un sourire mauvais étira mes lèvres et mon cœur battit un peu plus librement pendant une folle seconde.

Elle passa une main lasse sur son front, réajusta une mèche rebelle invisible et un tic que je ne lui avais jamais vu agita ses joues.

- Maellyn...

Avant, je me serais sentie très mal de l'avoir blessée – et je me serais excusée aussitôt – mais c'était comme si tout l'amour que j'avais eu pour elle s'était transformé en une haine brûlante qui saturait mes veines.

- C'est Alya pour toi, répliquai-je, mon ton plus glacial que ce dont je me pensais capable.

Elle avait tellement travaillé à ce que je sois la fille de Bellatrix aux yeux de tous qu'elle ne méritait pas de connaître Maellyn.

Après tout, j'ignorais qui elle était pour commencer, et c'était de sa faute.

Narcissa se figea parfaitement l'espace d'un battement de seconde, puis posa sa fourchette avec une délicatesse trop étudiée, avant de croiser les bras sur sa poitrine et de relever le menton d'une façon impérieuse.

- Je m'attendais à ce que tu énonces tes termes à un moment ou à un autre, Alya. Je suppose que celui-ci n'est pas le seul.

Ce fut à mon tour de relever le menton. Grandir dans le monde Sang-Pur m'avait mise aux premières loges pour apprendre l'art de la négociation, et Narcissa s'était avérée être une très bonne enseignante en la matière, vu le nombre de fois où elle avait dû faire preuve de concessions avec Lucius.

Je n'étais pas stupide. Je savais que de nous deux, j'étais celle qui avait la main. Elle m'avait mentie, elle s'en était prise à la famille de ma mère, et si elle avait appelé Andromeda Tonks à l'aide, cela signifiait qu'elle voulait quand même se faire pardonner.

Toute chose avait un prix, et j'étais bien décidée à lui en faire payer un très élevé.

- Plus de fêtes stupides, ni de leçons inutiles, et encore moins de fiançailles pour le jour de mes dix-sept ans. Remus Lupin s'est lancé à la poursuite de Pettigrow, et un peu d'aide ne sera pas de trop. Et je veux voir Burt White et Grant Adler au plus tôt, leur mémoire à nouveau complète.

Elle haussa un sourcil et me dévisagea, sans réussir à me faire détourner les yeux. Je n'étais pas celle qui devait avoir honte de ses paroles.

- Rien que cela ?

- C'est une liste ouverte. Je trouverai bien des idées pour l'allonger.

Le second sourcil imita le premier et elle cligna des yeux avec emphase, avant de laisser échapper un soupir railleur.

- Je sais que tu as été blessée par la vérité, Alya, et je comprends que tu m'en veuilles, mais tu aurais tort de croire que toute cette histoire va se transformer en une carte blanche qui te permettra d'obtenir tout ce que tu veux. Je reste ta responsable légale et tu es une jeune fille de treize ans. Tu te trompes si tu t'imagines que quiconque préférera ton histoire à la mienne. Après tout, tu n'as pas de preuves de ce que tu avances.

Je serrai les dents une brève seconde. Draco m'avait assurée que sa mère céderait facilement, mais il avait tendance à faire les mêmes erreurs de jugement que son père. Narcissa Malefoy n'était tout simplement pas le genre à se laisser dicter sa conduite.

Christopher, lui, avait été d'une aide précieuse pour m'aider à trouver des arguments, sans doute parce qu'il avait lui aussi chercher comment échapper aux Rowle, l'année dernière.

- Je n'ai peut-être pas de preuve – pour le moment – mais je sais très bien que ce n'est pas le plus important. La bonne rumeur, lancée par la bonne personne, et je ne manquerais pas de provoquer le scandale de la décennie, peut-être même du siècle. Je suis presque sûre que Madame Tonks sera d'accord pour m'aider.

Si je n'avais pas consacré un temps infini à la détailler pour apprendre à l'imiter depuis que j'étais en âge de me souvenir, j'aurais sans doute manqué le léger plissement de ses yeux et la façon dont ses lèvres se serrèrent.

- Un tel scandale ne sera pas sans conséquence sur toi, Alya.

- Peut-être que je m'en fiche.

Elle soupira, trop dramatiquement pour que cela ne cache pas quelque chose, puis porta son verre de vin blanc à ses lèvres.

- Je ne suis pas tout à fait sûre que cela soit vrai, mais je suppose que mon point de vue n'a plus d'importance...

- Et bien, il faut dire que tu as beaucoup menti.

Je n'avais jamais cru que je pourrais me montrer aussi insolente, autant dans le choix de mes paroles et dans le ton avec lequel je venais de les cracher, et encore moins face à Narcissa.

Draco lâcha sa fourchette dans un bruit métallique, Christopher manqua de s'étouffer avec sa bouchée de pâtes et le masque de Narcissa se fissura à nouveau, la laissant à nouveau les yeux brillants.

Ce dont je n'avais rien à faire. J'étais la seule qui avait le droit d'avoir envie de pleurer, elle avait pris la décision de mentir en toute connaissance de cause.

Je m'attendais à ce qu'elle se reprenne aussitôt – elle pouvait critiquer Lucius autant qu'elle le voulait, mais elle était au moins aussi fière que lui, si ce n'était pas plus – mais je vis une larme rouler le long de sa joue.

- C'était la seule façon pour que je puisse t'élever, Maellyn, et j'avais promis à ton père de prendre soin de toi.

Je serrai les dents, si fort qu'une langue de douleur remonta le long de ma mâchoire, réveillant le mal de tête que le médicomage Perrin n'avait pas encore réussi à éliminer.

Si c'était l'une de ses fameuses raisons, il aurait mieux valu qu'elle mente encore pour en trouver une meilleure !

- Je suis sûre que Sirius Black rêvait que je grandisse dans le monde Sang-Pur, répliquai-je, mauvaise. Peut-être que j'aurais été plus heureuse si ma famille moldue s'était occupée de moi, mais je suppose que personne ne le saura jamais, parce que ce n'est même pas sûr qu'ils se souviennent que j'existe pour commencer !

- Me crois-tu si cruelle ? Je n'ai effacé que le strict minimum ! Ils pensent que tu vis quelque part en France !

Je me levai brusquement, projetant ma chaise au sol, les poings serrés le long de mon corps pour me retenir de contourner la table pour la blesser, peu importait la façon. Comment pouvait-elle parler de ce quelle avait fait comme si ce n'était rien ?!

Et c'était si elle ne mentait pas encore.

- Quelle générosité ! Je suis sûre que ça fera une grande différence pour eux !

Elle détourna le regard une seconde avant de me faire face à nouveau.

- Je n'aurais pas dû faire ce que j'ai fait, je le reconnais. C'était une erreur de jugement de ma part et j'en suis désolée. Essaie de te calmer maintenant... Le Médicomage Perrin t'a autorisée à quitter ton lit si tu te montrais raisonnable.

- C'est la spécialité d'Alya Lestrange, pas la mienne ! crachai-je, avant de tourner les talons.

Je fis claquer la porte en quittant la pièce, et pris la direction du parc.

Mon cœur battait à nouveau à cent à l'heure – ce qui n'était pas une bonne chose – et ma respiration hachée menaçait de devenir incontrôlable. J'avais besoin d'air frais et d'être seule si je voulais réussir à me calmer avant que ma magie ne m'échappe une fois de plus.

Par habitude, mes pas me menèrent à l'étang et je marchai jusqu'au bout du ponton, avant de me laisser tomber sur les planches de bois.

Me crois-tu si cruelle ?

Je secouai la tête. Narcissa était prête à tout pour protéger sa famille, même si elle avait de toute évidence sa propre définition de ce que signifiait « protéger ».

Mon rythme cardiaque accéléra encore et mon estomac se serra, ce qui pouvait très bien se terminer avec de nouveaux vomissements. Je fis de mon mieux pour ignorer la sueur froide qui coulait le long de ma colonne et je ramenai mes genoux contre ma poitrine pour pouvoir y cacher mon visage.

Je devais retrouver mon calme si je ne voulais pas passer une nouvelle semaine de plus enfermée, ce qui finirait pas me rendre complètement folle.

Même si je pouvais à nouveau lire ce que je voulais, j'en avais plus qu'assez de contempler les quatre mêmes murs de ma chambre, d'autant plus que l'Angleterre connaissait un ciel exceptionnellement bleu.

Si seulement je pouvais voler, juste un peu...

A l'idée d'enjamber mon Eclair de Feu et de pouvoir traverser le parc à grande vitesse, un sourire étira brièvement mes lèvres. Finalement, Deloris avait eu raison depuis le début quand elle soutenait que Sirius Black me l'avait envoyé sauf, qu'évidemment, ce n'était pas pour les raisons qu'elle pensait. Mon père avait juste profité d'être loin d'Azkaban pour m'offrir quelque chose pour Noël – et peut-être avait-il voulu se rattraper pour tous ceux que la prison lui avait fait manquer –, quand bien même j'ignorais encore la vérité à ce moment-là.

Il ne m'avait pas oubliée et si je me fiais à sa dernière lettre, il n'allait pas permettre que j'oublie qui j'étais de sitôt.

Comme souvent depuis une semaine, je ne pus m'empêcher d'imaginer ce qui se passerait si Lupin réussissait à retrouver Pettigrow. Le Ministère n'aurait pas d'autres choix que de l'innocenter, et je doutais qu'il laisse quoique ce soit dans l'ombre. Je pourrais cesser d'être Alya Lestrange pour toujours, et peut-être même que je pourrais vivre avec lui.

J'arriverais sans doute à le convaincre de partir s'installer aux Etats-Unis, là où personne ne nous connaîtrait, ni lui, ni moi. La société Sang-Pur deviendrait vite un lointain souvenir et j'aurais encore le temps de découvrir l'univers de ma mère...

J'eus un soupir triste. C'était sans doute trop idyllique pour que cela puisse se produire un jour, surtout si je prenais en compte le manque de chance de mon père et le talent de Pettigrow pour disparaître.

Parce que rien de tout cela ne serait possible tant que Pettigrow était dans la nature. Je pouvais peut-être provoquer un scandale sur mon identité en semant le doute auprès des bonnes personnes, mais je n'étais pas naïve au point de penser qu'une telle technique fonctionnerait sur le Magenmagot.

Surtout que mon père risquait toujours d'être repris. J'étais proprement terrifiée à l'idée de me réveiller un jour pour découvrir qu'il avait reçu le Baiser des Détraqueurs dans la nuit.

Je serais alors orpheline et Alya Lestrange me collerait à la peau pour toujours.

Mon ventre se contracta, la sensation trop familière pour que je l'ignore, et je m'obligeai à respirer profondément. Ma gorge commençait tout juste à ne plus me faire mal quand j'avalais quelque chose et je ne souhaitais pas tout saboter à nouveau.

Le Médicomage Perrin était d'une patience infinie, ce qui signifiait sans doute que ses colères étaient au moins aussi terrifiantes que celles de Narcissa.

A la place d'un vomissement, je laissai une larme glisser le long de ma joue et j'adressai une prière silencieuse à toutes les divinités qui pouvaient exister afin qu'elles protègent mon père.

Je dus me perdre dans mes pensées à un moment, car je crus que mon cœur se décrochait dans ma poitrine quand une main se posa sur mon épaule.

Je relevai la tête et trouvai Draco à ma droite, un sandwich et une banane dans la main qu'il me tendit.

- Tu n'as presque rien manger.

Ce n'était pas tout à fait vrai. Avant que Narcissa réussisse à me faire perdre mon sang-froid, j'avais eu le temps de déguster un délicieux gaspacho au concombre et quelques cuillerées du plat principal.

L'expression butée de Draco m'apprit toutefois qu'il ne me lâcherait pas tant que je n'aurais pas cédé. Viviane en soit témoin, il pouvait se montrer têtu.

Le sandwich était composé d'un œuf brouillé, d'une compotée de tomate et d'un morceau de fromage. Je mordis dedans sans beaucoup d'appétit, me répétant la promesse que j'avais faite au Médicomage Perrin pour avoir le droit de quitter mon lit.

Je devais avoir repris au moins deux kilos d'ici la fin de la semaine. Sauter un repas n'allait pas manquer de m'attirer des ennuis.

- Je crois que tu es la première personne que je connais qui a réussi à faire pleurer ma mère et qui ne va pas le payer de sa vie, dit-il après que j'ai terminé mon repas.

- Pourtant, ton père est toujours vivant.

- Pleurer de rage ne compte pas.

J'eus un bref éclat de rire. Draco le salua d'un sourire qui se transforma presque aussitôt en grimace. Je le connaissais assez pour deviner que quelque chose le tracassait.

- Quoi ?

Il eut un soupir et détourna le visage vers l'étang, ce qui était juste une invitation pour que j'insiste. Il aurait pu mentir – inventer quelque chose, même n'importe quoi – mais peut-être avait-il peur que je le pousse dans l'eau.

Toute cette histoire m'avait donné une sainte horreur des mensonges et savoir que j'allais devoir continuer à jouer le jeu de ma tante si je ne voulais pas être séparée à jamais de Draco et Christopher m'avait littéralement rendue malade.

Même si je n'étais pas sûre d'avoir assez d'énergie pour le supporter s'il devenait trop dramatique, il m'avait trop soutenue ces dernières semaines pour que je lui tourne le dos.

J'attrapai sa main avec douceur.

- Qu'y a-t-il ?

Sa bouche s'ouvrit à plusieurs reprises sans qu'un seul mot n'en sorte et je serrai sa main. Il me fit face à nouveau.

- Tu penses vraiment ce que tu as dit à ma mère ? Que tu aurais été plus heureuse avec ta famille moldue ?

Ce fut à mon tour de détourner le regard. Après avoir passé deux semaines enfermée dans ma chambre, sans possibilité de lire ou de me distraire pendant de longues heures, j'avais eu plus que le temps nécessaire pour réfléchir à tout ce que j'avais découvert.

J'étais la fille de Sirius Black et il s'était enfui de chez ses parents à seize ans, après avoir passé des années à se rebeller contre les usages de la famille Black et de la société Sang-Pur.

Ma mère était américaine et Née-Moldue.

Je n'étais pas faite pour le monde des Sang-Purs.

Je haïssais le monde Sang-Pur.

- Tu te souviens quand on était petits, et qu'on passait nos journées à jouer dans le parc ?

- Oui... Mère désespérait parce que tu rentrais toujours couverte de terre.

Cela devait sans doute être un euphémisme. Draco et moi avions un parc de jeu infini pour nous deux. Il y avait l'étang et une petite forêt. Nous avions inventé des centaines de jeux, dont la majorité impliquait de monter aux arbres ou de sauter par-dessus le petit ruisseau. A l'époque, je portais plus souvent les vêtements de Draco trop petits pour lui, et Narcissa soutenait encore aujourd'hui que j'avais été une petite sauvageonne jusqu'à mes sept ans.

Le lendemain de mon anniversaire, Lucius m'avait appelée dans son bureau pour me menacer de me renvoyer chez les Lestrange si je ne rentrais pas dans le rang dans la semaine à venir.

- J'étais vraiment heureuse à cette époque-là.

- Les mensonges de ma mère mis à part, je ne crois pas que tu aies tellement de raisons d'être malheureuse ici non plus.

Je déglutis difficilement, ma gorge soudainement serrée et une sensation de brûlure sous les paupières.

- J'ai toujours eu horreur de l'étiquette de la société Sang-Pur.

- Tu ne l'as jamais dit.

- Parce que je croyais que je n'avais pas le choix... Ton père m'aurait envoyée en Russie si je ne m'étais pas conformée à ce que l'on attendait d'une parfaite petite héritière.

- Ma mère ne l'aurait jamais laissé faire une chose pareille.

- Peut-être pas, mais il se serait montré encore plus cruel et on le sait tous les deux.

Il resta silencieux un long moment, et j'en profitais pour reprendre le contrôle sur mes émotions. Je savais que si j'avais été élevée par la famille de ma mère, Draco aurait été un étranger pour moi, sans parler de Christopher ou de Crystal – puisque j'aurais sans doute fait mes études aux Etats-Unis – mais il n'y aurait pas eu tout le reste.

Et j'avais eu plus qu'assez de temps pour contempler la longue liste que cela incluait.

- Est-ce que ça veut dire que si ta famille moldue te proposait d'aller vivre avec eux, tu dirais oui ?

Je fermai les yeux, autant pour ne pas croiser son regard accusateur que pour retenir les larmes qui revenaient à la charge, infatigables.

- Je ne sais pas...

Étrangement, Draco ne chercha pas à me convaincre que cela serait forcément une mauvaise idée. Il se leva sans un mot et me laissa seule au bout du ponton, ce qui était sans doute pire.

C'était la première fois que je me sentais seule face à la tragédie qui bouleversait ma vie.

Je ne pus retenir mes larmes plus longtemps.

...

Lundi 18 Juillet 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.

Je fis une nouvelle accélération fulgurante, transformant les arbres sous moi en un ruban vert infini. Je gardai les yeux fixés sur l'horizon, prête à éviter le moindre obstacle, même si je volais assez haut et assez loin du manoir.

J'aurais sans doute pu traverser le parc les yeux fermés, me fiant uniquement à la chance pour ne pas percuter les barrières magiques qui protégeaient le domaine Malefoy de toute intrusion, mais je ne tenais pas à ce que Narcissa me confisque mon balai à nouveau.

Je l'avais récupéré depuis seulement deux jours et j'avais interdiction d'en faire plus d'une heure pour ne pas me fatiguer.

Ce n'était sans doute pas raisonnable de ma part d'atteindre des vitesses aussi vertigineuses, mais j'étais raisonnable depuis mes sept ans, et je comptais bien rattraper le temps perdu.

Quand l'étang fut en vue – une tâche bleue un peu sombre au loin –, je redressai le manche de mon balai sèchement. Le brusque freinage m'emporta et je fis plusieurs tours sur moi-même, juste retenue par mes jambes et mes bras.

Narcissa avait horreur de cette cascade. Avec la vitesse, c'était l'une des raisons pour laquelle je n'avais jamais eu un vrai balai de course avant Noël dernier. Il me fallut plusieurs secondes pour retrouver mes esprits – ma tête tournait un peu et mon cœur battait à cent à l'heure, boosté par l'adrénaline – puis je repris mon vol à une allure plus mesurée. L'Eclair de Feu répondait à la moindre de mes sollicitations, parfois avant même que je ne l'ai vraiment pensé, et un simple survol du parc devenait inoubliable.

C'était dans les airs que je me sentais le mieux, comme si mes soucis restaient au sol, et l'impression de légèreté était grisante.

J'aurais aimé ne jamais redescendre.

Tandis que je contournais le manoir par l'ouest, je repérai Christopher et son professeur de combat, en pleine séance d'entraînement.

Je me stoppai en plein air pour l'observer.

Un an plus tôt, je n'aurais jamais pensé voir mon ami faire du sport de façon si assidue. Je savais qu'il courait tous les matins dans le parc – une habitude de Durmstrang – et Narcissa avait trouvé quelqu'un pour qu'il continue à s'entraîner en combat. Sa première rentrée avait été assez douloureuse sur le sujet pour qu'il ne veuille pas perdre le bénéfice des conseils de Bjorn.

Monsieur Bogdanow était un homme d'une trentaine d'année, blond, solidement bâti et doté d'un fort accent allemand. J'ignorai où Narcissa avait été le chercher, mais Christopher était très content de ses leçons.

Je vis mon ami enchaîner des coups de pied avec une aisance impressionnante, avant qu'il ne se laisse tomber au sol, l'air de toute évidence épuisé. Il ne tarda pas à me faire signe et je me résignai à le rejoindre.

J'avais déjà passé un long moment dans les airs et je savais que Narcissa serait bel et bien capable de me reprendre mon balai si elle estimait que je me fatiguais trop.

- Ça va, Chris ? demandai-je après m'être posée avec délicatesse à côté de lui.

Il respirait vite, était couvert de sueur et avait enfoui son visage dans ses mains.

Il ne sembla pas m'entendre et je jetai un regard accusateur à Monsieur Bogdanow. Il n'avait pas intérêt à tuer mon meilleur ami !

Il resta impassible.

- Il va bien.

Comme pour lui donner raison, Christopher se redressa, le souffle toujours court, mais un large sourire sur les lèvres, ce qui était assez rare pour le souligner.

Je m'assis à sa gauche et lui tendis la bouteille d'eau à côté de moi.

- Merci, Maellyn. Tu as bien volé ?

Je fis la moue.

- Pas assez.

Christopher eut un soupir.

- Pour cette fois, je crois que Lady Malefoy a raison...

Je détournai la tête malgré moi et je vis son sourire désolé du coin de l'oeil.

- Tu ne t'en es peut-être pas rendue compte, mais tu as été très malade. Tu ressemblais à un Inferi. Et ce n'est pas comme si tu étais connue pour être prudente sur un balai.

Christopher n'avait jamais caché ce qu'il pensait de mon goût pour la vitesse, et l'accident auquel il avait assisté était sans doute une des raisons pour laquelle il refusait tout net de voler.

Il était sans doute le seul garçon au monde à ne pas saisir l'opportunité de monter sur un Eclair de Feu.

- Je me sens bien uniquement quand je vole, avouai-je du bout des lèvres, finalement incapable de lui cacher quelque chose très longtemps.

Il hocha la tête et son regard se perdit au loin. Je le connaissais assez pour remarquer la tension dans ses épaules et la façon dont il serrait sa mâchoire trop fort.

Il réagissait ainsi à chaque fois que ses parents étaient mentionnés.

- C'est la même chose pour moi avec le combat.

- Vraiment ?

C'était une confession à des années lumières du Christopher avec lequel j'avais grandi, lui à qui ses parents reprochaient d'être trop doux, trop calme, trop réservé. Je ne comptais plus le nombre de fois où je l'avais défendu lors d'une joute verbale, la façon préférée de se battre des enfants dans le monde Sang-Pur.

Christopher ne manquait pourtant pas de répartie, mais il prenait les insultes trop à cœur et perdait ses moyens.

L'un des avantages d'avoir grandi sous le même toit que Lucius Malefoy était que j'avais très tôt appris à rester de marbre.

- J'imagine toujours que ma cible ou mon adversaire est ma mère. C'est Björn qui m'a donné ce conseil et j'ai commencé à progresser grâce à ça. Tu devrais essayer.

Monsieur Bogdanow était occupé à griffonner quelque chose dans un petit carnet, les cibles, sur lesquelles Chris s'était entraîné étaient abandonnées près de nous, parfaitement incongrues dans le monde sophistiqué des Sang-Purs.

Que penserait-on d'une jeune fille de bonne famille sachant se battre, et sans sa baguette par dessus le marché ?

Mon sourire tordu étira mes lèvres.

- Tu peux me montrer ?

Chris imita mon sourire avant de se lever et de saisir la cible. Il me tendit une main et me remit sur mes pieds avec une facilité que je ne lui connaissais pas, puis se mit en face de moi.

- Donne un coup de poing.

- De quelle main ?

- On s'en fiche. C'est juste pour voir comment tu t'y prends.

Je serrais mes poings et je lançai mon bras gauche avec force.

Christopher haussa un sourcil peu impressionné.

- On ne frappe pas seulement avec son bras. Il faut que tout ton corps participe au mouvement.

- Tes jambes ne sont pas bien mises.

Monsieur Bogdanow illustra sa remarque par une démonstration, plaçant un pied devant l'autre, ses genoux légèrement pliés et ses poings remontés vers son visage, un peu tournés vers l'avant. Son dos était étrangement courbés.

- C'est la position de base. Tu ne veux pas que ton adversaire puisse te toucher au niveau des côtes ou du visage. Avant d'attaquer, on se protège toujours.

Tandis que Christopher tenait la cible, Monsieur Bogdanow me montra les bonnes façons de porter des coups simples, n'hésitant pas à décomposer les mouvements au ralenti.

Ça avait l'air terriblement facile quand il le faisait, ce qui signifiait sans doute qu'il avait derrière lui plus d'entraînement que ce que je pouvais imaginer.

Je suivis le conseil de Christopher, essayant d'imaginer que la cible était Narcissa, que je la faisais payer pour les mensonges et les manipulations, sauf que mon corps se tendait et je perdais systématiquement le fil sur ce que j'étais en train de faire.

- Reste concentrée !

J'abandonnai la tactique de Christopher pour me focaliser sur ce que j'étais censée faire, sur les nouvelles sensations que je ressentais et le jeu de mes muscles sous ma peau.

- C'est bon pour aujourd'hui, demoiselle, finit par annoncer Monsieur Bogdanow, ce qui me sembla une éternité plus tard.

J'avais le souffle court, mes vêtements de Quidditch me collaient à la peau et les muscles de mes jambes tremblaient un peu sous mon poids.

Ce fut au tour de Christopher de me tendre la bouteille d'eau. Je le remerciai d'un simple sourire qui me valut un clin d'oeil en retour.

- C'était pas mal pour une première fois, dit Monsieur Bogdanow.

- Je pourrais essayer à nouveau ?

Il me détailla, son air sérieux durcissant ses traits.

- Si tu essayes à nouveau, il faudra que tu sois présente à chaque séance. Je n'aime pas perdre mon temps.

J'hésitai pendant une folle seconde. J'avais passé trop d'étés rythmés par des leçons pour lesquelles je n'avais pas d'intérêt. J'avais enfin la possibilité de faire uniquement ce que je voulais pendant deux mois, sans oublier que je n'étais pas censée me fatiguer.

Toutefois, Narcissa risquait de ne pas apprécier que j'apprenne à me battre comme une moldue.

Mon cœur s'accéléra brusquement.

- D'accord, soufflai-je, sans prendre le temps d'y réfléchir à deux fois.

C'était la dernière chose que la société attendait d'une héritière digne de ce nom et j'étais bien décidée à ne plus en être une.

Mercredi 20 Juillet 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.

Deux coups résonnèrent sur ma porte et j'eus tout juste le temps de tourner la tête pour voir Pansy apparaître dans l'encadrement, un large sourire aux lèvres et presque l'air de trop bonne humeur.

Elle se jeta sur moi avec son éternelle délicatesse et me serra dans ses bras si fort qu'elle me coupa presque le souffle.

- On dirait que tu vas mieux, petite. A nouveau le nez plongé dans tes bouquins ? railla-t-elle sans pour autant me libérer.

- Je ne sais pas si tu le sais, mais j'ai quelques devoirs pour la rentrée, et ni Rogue, ni McGonagall ne vont croire que j'ai été trop malade durant deux mois pour les faire.

Ses ongles parfaitement manucurés – un noir brillant – se refermèrent sur mon devoir.

- Je vois que Rogue donne les mêmes sujets d'une année sur l'autre. Je dois avoir le mien quelque part. Je crois même que j'ai eu une bonne note à celui-ci.

Les potions n'étaient pas vraiment la matière favorite de Pansy – elles demandaient trop de délicatesse et de mesure – mais elle avait toutefois une plume efficace et elle se débrouillait très bien pour les devoirs écrits.

- C'est gentil, mais je vais m'en sortir.

J'arrivais à peu près à rester concentrée sur mes devoirs, ce qui constituait un beau progrès depuis les révélations de la Cabane Hurlante, et il fallait bien que je m'occupe quand la pluie était de la partie.

- Je suis sûre que tu as assez travaillé pour aujourd'hui. Allez !

Elle m'obligea à me lever, avant de me guider vers mon lit et de s'installer contre les oreillers, comme s'il s'agissait de sa chambre plus que de la mienne.

Je la rejoignis, un peu à contre cœur – je la connaissais assez pour savoir qu'elle allait m'arracher des confidences – et peut-être un peu parce que j'étais quand même contente de la voir.

Je n'aurais jamais cru que Pansy deviendrait une amie aussi proche quelques années plus tôt.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- Draco m'a invitée à ma demande.

J'eus une grimace. Même s'il essayait de ne pas trop me le montrer, je savais qu'il n'avait toujours pas digéré ce que je lui avais dit sur le ponton de l'étang. Il mettait un point d'honneur à passer quelques heures avec moi tous les jours, mais il était étrangement silencieux le reste du temps et passait beaucoup de temps seul dans sa chambre.

Il disait dessiner et travailler – ce qui était sans doute vrai – mais ce n'étaient pas les seules raisons.

Pansy eut un geste négligent de la main.

- Je m'occuperai de ça après, même si je ne comprends pas comment il peut être mon ami depuis si longtemps et n'avoir toujours pas compris que le monde Sang-Pur n'est pas tout à fait le même pour les filles.

- Il t'en a parlé ?

Elle haussa un sourcil.

- Il n'a pas eu le choix. Il paraît que tu as reçu la visite d'Andromeda Tonks ?

Je soupirai et me laissai tomber contre les oreillers, mes yeux fixés sur le plafond de mon lit.

- On sait toutes les deux que tu sais déjà tout ce qu'elle a bien pu me dire.

- C'est vrai, mais rien ne vaut un récit de première main. Alors ?

Je lui résumai tout ce que Madame Tonks m'avait confié – mes parents s'aimaient, ma mère était américaine et une personne bien – et ce que j'avais découvert – le sort réservé à ma famille moldue par non moins que Narcissa Malefoy –.

- J'ai aussi reçu deux lettres de mon père. Elles ont été apportées par d'énormes oiseaux tropicaux, ce qui signifie sans doute qu'il a enfin quitté le pays.

- Il était temps... Tous ces mariages consanguins, ça n'a pas dû arranger les performances intellectuelles des Black.

- Quelle est l'excuse des Crabbe et des Goyle ?

- Ils n'ont jamais prétendu être meilleurs que les autres, je te signale. On ne peut pas vraiment en dire autant de ta famille.

Je gardai le silence, sachant pertinemment qu'elle n'avait pas tout à fait tort. Après tout, mes grands-parents paternels étaient cousins.

- Finalement, tu n'as pas appris grand chose, pas vrai ?

- Tu veux dire, à part le fait que je ne suis qu'à moitié britannique en plus de n'être qu'à moitié Sang-Pur ?

Elle eut un bref éclat de rire.

- Rappelle-moi tout ce que tu sais sur Bellatrix et Rodolphus Lestrange, au juste ?

Je serrai les dents.

- Au moins, mes parents ne sont plus deux psychopathes assoiffés de sang, ce qui est plutôt un net progrès.

Elle se pencha au-dessus de moi, son visage presque trop proche du mien, sans que cela ne semble la gêner.

- Rassure-moi, Black, tu ne vas quand même pas rester là à attendre que les informations tombent du ciel, si ?!

Je fermai les yeux pour ne plus voir la lumière dangereuse au fond de son regard sombre.

- Je ne garde pas un très bon souvenir de la dernière fois où j'ai écouté aux portes.

Elle eut une sorte de feulement et attrapa mon menton avec force. Je n'eus pas d'autre choix que de rouvrir les yeux – Pansy n'avait aucun remords à se montrer violente si elle le jugeait nécessaire – et je retins difficilement une grimace.

Ses longs cheveux noirs avaient formé une sorte de rideau entre nous et le reste du monde, et j'étais seule face à son expression mauvaise.

- Es-tu en train de me dire que tu préfères les mensonges à la vérité, petite ? Parce que je vais devoir me montrer très désagréable si c'est le cas.

Je secouai la tête. Je n'avais pas la moindre hésitation sur ce point : je préférai mille fois être la fille unique de Sirius Black et de Judy Adler. Je n'avais toutefois pas encore digéré toutes les révélations de ces dernières semaines, et mon père semblait bien décidé à répondre à mes questions.

Une correspondance entre l'Angleterre et l'endroit exotique où il avait trouvé refuge n'était pas rapide, mais cela me laissait la possibilité de respirer entre deux salves d'informations.

- Je préfère ça, dit finalement Pansy, avant de s'affaler à nouveau sur le matelas. Tu n'as même pas de photos d'elle, pas vrai ?

Ma gorge se serra. Il y avait quelques photographies de Bellatrix et Rodolphus dans mon ancienne chambre, et j'avais grandi en cherchant ma ressemblance avec eux dans le miroir.

Je ne m'étonnais plus de ne pas en trouver, et Madame Tonks avait beau me dire que je ressemblais à ma mère, j'ignorais quand même comment elle était.

- Où suis-je censée en trouver une, au juste ? Narcissa a banni ma famille moldue aux Etats-Unis.

- C'est étrange que tu poses la question, parce que j'ai eu l'occasion de me pencher sur la réponse.

Je me retins de justesse de ne pas lever yeux au ciel. Pourquoi n'étais-je pas surprise ?

- Ton père devait bien avoir une ou deux photos d'elle. Je n'ai pas réussi à trouver où il pouvait bien vivre en fouillant dans les journaux de ma mère, alors je me suis dit qu'il fallait que l'on remonte à la source.

Je faillis lui demander par quel miracle elle avait réussi à lire les journaux de sa mère, mais je la connaissais assez pour savoir qu'elle n'allait pas daigner répondre.

- Quelle source ?

- Le dernier endroit où ton père vivait avant de tourner le dos à ses parents.

- Square Grimmaurd ? Je doute qu'il ait laissé des traces de ses plans là-bas. Bellatrix voulait le tuer pour avoir trahi les Black. Ça aurait été du suicide de sa part.

Elle fit la moue.

- Etant donné les nombreux exploits de Sirius Black, je n'ai pas l'impression qu'il réfléchisse beaucoup avant de faire quoique ce soit. Alors, tu es partante ?

- Partante pour quoi ?

- Pour aller faire un tour au Manoir Black ? Pour tout ce que j'en sais, c'est au cœur du Londres moldu. Si on ne trouve rien, on pourra toujours faire un tour !

Je sus à son ton décidé que mes chances de la convaincre que tout cela n'était pas une bonne idée étaient très minces, pour ne pas dire inexistantes.

Et au fond, je doutais d'avoir envie de me battre avec elle. Mon père était la preuve qu'on pouvait grandir comme l'héritier de l'une des plus grandes familles des Vingt-Huit Consacrées et réussir à s'enfuir malgré tout.

Je connaissais si peu de choses sur lui que je n'étais pas contre en apprendre un peu plus – à moins de me découvrir un frère ou une sœur caché, je voyais difficilement ce qui pourrait me choquer – et puis, une escapade dans le monde moldu rendrait Narcissa folle de rage.

- Quand veux-tu faire cela ?

- Aujourd'hui ! Draco se charge de faire diversion.

- Il ne vient pas ?

Cela serait bien une première. Si Draco et Pansy avaient bien un point commun, c'était leur curiosité maladive, et mon cousin avait été si obsédé par Sirius Black tout au long de l'année que cela ne lui ressemblait pas de laisser passer une occasion d'en apprendre plus sur lui.

A moins bien sûr qu'il m'en veuille encore plus que ce que je pensais.

Mon cœur se serra à cette possibilité.

Malgré les récentes révélations – qui allaient à l'encontre de tout ce que son père lui avait appris –, il ne m'avait pas laissé tomber, et je serais sans doute encore alitée si cela avait été le cas.

Il ne pouvait pas me tourner le dos.

Une paire de doigts claqua devant mon visage et je revins à la réalité dans un sursaut.

- Je disais donc que d'après ce que j'ai compris, ton imbécile de cousin est terrifié par le Manoir Black. Une histoire de tableaux maléfiques et d'Elfes décapités.

Je déglutis.

- Tu es sûre que c'est la vraie raison ?

- C'est un bon comédien, mais je l'ai rarement vu pâlir comme il l'a fait quand je lui ai parlé de mon idée tout à l'heure. J'ai hâte de voir de quoi il en retourne !

Évidemment.

En septembre dernier, Pansy avait été la seule élève de troisième année à être déçue de ne pas avoir pu affronter un Epouvantard – elle considérait que connaître sa peur la plus profonde était une très bonne chose – et je savais qu'elle avait fait le tour des endroits sombres du château pour en trouver un – Draco s'en était assez plaint –.

Ce n'était donc pas vraiment surprenant qu'elle soit enthousiaste à l'idée de visiter une maison de l'horreur.

- Alors ?

Je basculai hors de mon lit avec mauvaise grâce, puis fis quelques pas en direction de mon armoire.

- Laisse-moi le temps d'enfiler quelque chose de plus confortable que cette robe, et je suis toute à toi.

Pansy eut un cri extatique.

Il ne me fallut que quelques minutes pour me glisser dans une des tenues moldues que Narcissa m'avait acheté l'été dernier – un short en jeans et un chemiser fleuri – et nous rejoignîmes le rez-de-chaussée discrètement.

Je ne doutais pas de réussir à obtenir l'autorisation de me rendre Square Grimmaurd – mon nom de famille était un premier argument – mais Narcissa risquait de vouloir nous accompagner et je n'y tenais pas du tout.

Il n'y avait personne dans le hall d'entrée. Je pris une pincée de poudre de cheminée dans le pot ouvragé.

-Manoir Black, Square Grimmaurd, Londres.

Les flammes vertes m'engloutirent aussitôt et je fermai les yeux pour ne pas avoir envie de vomir. Je détestais les voyages en cheminée, et une des raisons pour cela était que j'avais horreur de la sensation de ballottement ce qui, combiné à la vitesse, était la meilleure façon de me faire rendre mon déjeuner.

Je ralentis bientôt et je fis de mon mieux pour me préparer à l'atterrissage.

Avec un peu de chance, je ne serais pas projetée hors de la cheminée.

L'arrêt fut brutal.

Et douloureux.

Une sensation de brûlure remonta le long de ma jambe droite, comme si j'étais tombée sur un sol particulièrement râpeux. Je voulus bouger, mais mes mains étaient bloquées entre mon corps et les parois du conduit, ma baguette hors de portée.

Je rouvris les yeux juste à temps pour recevoir une copieuse quantité de cendres en plein visage quand mon corps descendit de presque un mètre, ravivant la douleur le long de ma jambe.

J'avais de la cendre dans le nez et je n'osais pas ouvrir la bouche pour respirer, de peur d'en avaler en plus du reste.

Je glissai encore une fois, et je ne pus retenir un cri.

Le conduit devenait de plus en plus étroit, compressant ma poitrine au moment où mon cœur commençait une douloureuse course contre la montre.

J'allais finir par être coincée ici, en chemin vers une maison où plus personne ne vivait, et le temps que Draco se rende compte qu'il y avait un problème, Pansy et moi...

Pansy !

Elle risquait d'arriver d'une seconde à l'autre !

Je devais absolument être sortie avant qu'elle n'arrive !

Je pris l'inspiration la plus profonde possible et je fis de mon mieux pour me tortiller le long du conduit, essayant de glisser un peu plus bas, ou de libérer mon bras pour pouvoir tenter quelque chose avec ma baguette, ignorant la douleur ou la cendre qui rendait l'air presque irrespirable.

Je devais me sortir de là ! Je devais...

Je glissai.

Mes jambes furent subitement libres – elles devaient pendre dans la cheminée – et en les balançant, je réussis à gagner quelques centimètres, puis une poignée d'autres, jusqu'à ce que mes bras puissent passer à leur tour.

Une poussée de plus et je tombai lourdement sur mes fesses, avant de basculer en avant pour recracher la suie qui tapissait ma bouche et ma gorge.

La première goulée d'air me fit réaliser que je n'étais pas passée loin de m'étouffer, la deuxième m'arracha une première quinte de toux qui me donna l'impression que j'allais finir par vomir mes poumons, d'une façon ou d'une autre.

- Viviane toute puissante ! Tu vas bien ?!

Pansy m'obligea à m'asseoir, frappant dans mon dos avec sa délicatesse habituelle.

A travers ma vision trouble, je remarquai toutefois que, si elle était couverte de suie, elle semblait n'avoir rencontré aucun problème lors de son voyage.

- Essaye de respirer profondément et... Qu'est-ce qui est arrivé à ta jambe ?! Il y a du sang partout !

Ça expliquait la douleur.

- De l'eau, grognai-je pour toute réponse.

Elle grimaça.

- Je vais te chercher ça ! Ne meurs pas, je ne veux pas de problèmes avec Sirius Black !

Ma toue commençait à se calmer et je fermai les yeux, essayant de me concentrer sur mes respirations, priant pour que Pansy se dépêche de me ramener un verre d'eau pour apaiser ma gorge en feu, quand un cri retentit, suivi par des bruits de pas précipités qui se rapprochaient.

- VERMINE ! VAURIEN ! CATIN ! PERSONNE NE VOLE LA NOBLE ET TRES ANCIENNE FAMILLE BLACK ET EN RESSORT VIVANT !

Les cris continuèrent et deux mains agrippèrent mes épaules.

- Il y a un Elfe fou dans cette maison ! Il a essayé de m'attaquer avec un couteau ! On doit partir !

Je rouvris les yeux.

- Non ! On reste !

Je n'avais pas manqué de mourir dans cette cheminée pour repartir aussi vite !

Je me redressai maladroitement, juste à temps pour faire face au fameux Elfe de maison quand il passa la porte du petit salon où nous étions arrivées.

- Vauriennes ! Mécréantes ! Qui ose troubler le repos de ma maîtresse ?! La maîtresse a demandé à Kreattur de veiller sur le manoir Black et Kreattur préférerait mourir que de laisser deux moldues voler les affaires de la maîtresse !

Il était d'une saleté repoussante, la taie d'oreiller qui lui servait d'uniforme était verte par endroit et noire à d'autres, et il dégageait une odeur répugnante. Ses mains aux ongles trop longs tenaient un couteau de cuisine à la lame impressionnante qu'il pointait sur nous, comme s'il avait oublié qu'il ne pouvait pas faire de magie...

Ou comme si c'était le moyen approprié pour tuer deux moldues.

Pansy m'aida à me relever et je tendis ma main gauche vers lui.

J'avais le droit d'être ici et ce n'était pas un Elfe de maison à moitié sénile qui allait me chasser.

- Je suis Alya Reina Lestrange, fille de Bellatrix Black et Rodolphus Lestrange, coassai-je. Et petite-nièce de Walburga Black. Lâche ce couteau, Kreattur !

Il se figea, ses yeux firent un aller-retour entre mon visage et ma tâche de naissance en forme d'étoile, puis le couteau tomba au sol dans un bruit de ferraille.

- Kreattur est désolé, Miss Alya. Kreattur n'avait pas reconnu la fille de Lady Bellatrix. Kreattur se punira, Miss Alya. Oh oui, il se punira énormément.

Je retins une grimace. Je n'avais que quelques brides de souvenirs concernant Walburga et le manoir Black, mais je doutais que Kreattur ait été traité avec beaucoup de gentillesse. Il risquait de ne pas apprécier que je lui interdise de se punir.

Si tant est qu'il m'obéisse.

- En attendant, ramène-moi un verre d'eau fraîche.

Il tourna les talons à toute vitesse et je me laissai tomber sur le fauteuil le plus proche, recouvert d'un drap blanc pour le protéger de la poussière.

Pansy me dévisagea.

- Et bien, j'ignorais que tu savais gérer les Elfes psychopathes, petite.

- J'ai été élevée par Narcissa Malefoy : j'ai retenu deux ou trois astuces au fil des années.

Ma jambe gauche pulsait toujours aussi furieusement, et je grimaçai en baissant les yeux pour voir l'étendue des dégâts. La chair était à vif et le sang avait transformé la suie en une pâte épaisse. Mon autre jambe était aussi griffée, mais de façon moins importante, et j'ignorais pas quel miracle mes bras étaient intacts, la couche de suie mise à part.

- Tu as mal ?

- J'ai vu pire... Tu connais un sortilège pour enlever la suie ?

Kreattur revint à ce moment-là, une carafe d'eau en cristal et deux verres assortis sur un plateau argenté. Il déposa le tout sur le petit guéridon et m'apporta mon verre en premier.

- Merci, Kreattur.

L'eau me fit le plus grand bien, apaisant aussitôt la sensation de brûlure dans ma gorge et chassant le goût de cendre dans ma bouche.

Ce n'était certainement pas l'eau la plus savoureuse que j'avais pu boire jusqu'ici, mais je me sentis un peu mieux.

- Je peux tester le Récurvite, reprit Pansy, un geste du menton en direction de la couche de suie qui me recouvrait. Mais ce n'est pas le sortilège que je réussis le mieux...

Je grimaçai. J'avais entendu beaucoup d'histoires à propos du Récurvite, et la majorité d'entre elles ne se terminaient pas très bien – des uniformes avaient été troués, des parchemins avaient pris feu et des chevelures avaient mis des années à retrouver leur éclat –. La douleur était tolérable, je ne tenais pas à ce qu'elle devienne insupportable et que Pansy n'ait pas d'autres choix que d'aller chercher Narcissa Malefoy.

- L'état de Miss Alya est de la faute de Keattur, Miss. Kreattur n'a pas entretenu la cheminée et Kreattur a honte, Miss Alya. Très honte. Kreattur se punira pour cela aussi, mais Kreattur peut arranger les dégâts, si Miss Alya le veut.

Je relevai les yeux vers l'Elfe, cherchant un piège – il avait essayé de nous attaquer quelques minutes plus tôt, et avec non moins qu'un couteau – pour ne trouver que des yeux étrangement brillants et ses mains plaquées l'une contre l'autre.

Sans être tout à fait certaine de faire le bon choix, je hochai la tête.

Son visage sembla s'illuminer sous la couche de crasse et il fit claquer ses doigts à plusieurs reprises, jusqu'à ce que mes vêtements aient retrouvé leur aspect d'origine et que ma blessure soit propre.

Ce n'était pas si grave que ça, juste une méchante brûlure due au fait que ma peau avait frotté le long du conduit et cela aurait sans doute pu être pire.

Kreattur s'inclina puis quitta la pièce.

- Comment tu t'es fait ça, au juste ?

- La cheminée était bouchée, grognai-je. J'ai tout juste eu le temps d'en sortir avant que tu arrives.

Ce fut à son tour de grimacer.

- Merlin soit loué que tu sois débrouillarde. Mourir d'un accident de Cheminée est une cause de décès particulièrement ridicule.

- Ta sollicitude me va droit au cœur. Tu...

- Alya ? Alya, ma chère petite, viens donc saluer ta grande-tante !

Je tournai la tête vers la porte, sans vraiment comprendre qui chantonnait ce prénom avec du miel dans la voix, quand quelques secondes plus tôt, un concert d'insultes et de malédictions battait son plein.

- Je commence à comprendre ce que Draco disait à propos des tableaux maléfiques, glissa Pansy. Tu devrais aller voir, après tout, c'est ta grand-mère.

Elle avait susurré le reste de sa phrase avec un sourire de loup et je regrettai qu'elle n'ait pas eu la bonne idée de passer en première dans la cheminée.

Avec un peu de chance, la douleur lui aurait coupé le sifflet.

Je me levai en serrant les dents, sans trop savoir à quoi m'attendre de l'autre côté de la porte. Je gardai très peu de souvenirs de Walburga Black – une femme à la chevelure blanche allongée dans un lit, l'odeur désagréable de la menthe-poivrée, les nombreux compliments avec lesquels elle m'accueillait à chaque fois que nous lui rendions visite et son enterrement – et quand la société Sang-Pur l'évoquait, c'était souvent pour rappeler qu'elle n'avait pas été capable de donner un héritier digne de ce nom à la famille Black.

Le hall du manoir était bien plus petit que ce dont je me souvenais. De lourds rideaux habillaient les murs et une dizaine de portraits donnait l'impression qu'il s'agissait d'un conseil de famille.

Le plus large d'entre eux était celui d'une femme en grandeur nature, toute de noire vêtue, dont le port de tête me rappela celui de Narcissa, une certaine raideur en plus.

- Par le sang des Vingt-Huit Consacrées ! Quelle est cette tenue ?! Le monde a-t-il glissé dans le Chaos le plus total ou Narcissa a-t-elle perdu l'esprit ?

Elle n'avait beau être qu'un portrait, son regard gris était rempli d'un tel mépris que je faillis tirer sur mon short pour couvrir davantage mes cuisses.

Il ne s'agissait toutefois que d'un portrait – celui d'une femme que je savais cruelle – et si mon père s'était senti obligé de fuir le manoir Black à seulement seize ans, c'est qu'elle était sans doute du même acabit qu'Euphémia Rowle.

Il était hors de question que je m'écrase face à elle.

- Il fait très chaud aujourd'hui.

Elle plissa les lèvres.

- Ce n'est pas une raison pour se vêtir de la façon d'une traînée. Tu es une sorcière, si tu as chaud, utilise ta baguette.

- Je n'ai pas encore l'âge de faire de la magie hors de Poudlard.

Elle éclata d'un rire particulièrement faux.

- Cette règle n'est bonne que pour cette vermine de Sang-de-Bourbes. Ce manoir est incartable, j'aimerais bien voir le ministère y envoyer ses argus ici. Qui t'accompagne ?

- Pansy Parkinson, Lady Black, dit-elle en se fendant d'une révérence un peu trop profonde pour être parfaitement sincère.

Cette fois, ma grand-mère fit la moue.

- Je n'ai jamais compris pourquoi Cantankerus Nott avait inclus les Parkinson parmi les Vingt-Huit Consacrées, mais je suppose que cela aurait pu être pire.

Pansy eut un regard meurtrier pour Walburga et je ne pus retenir mon sourire tordu.

- Pourquoi es-tu là, Alya ? Et pourquoi Narcissa ne t'a-t-elle pas accompagné ? M'aurait-elle oubliée ? Ou son bon à rien de mari est-il à nouveau en prison ?

Il était fort probable que Lucius finisse par obtenir un aller simple pour Azkaban s'il continuait ses manigances, mais ce n'était malheureusement pas à l'ordre du jour.

Et pour le moment, je devais surtout échapper à ce qui ressemblait de plus en plus à un interrogatoire.

- Je voulais montrer la Tapisserie à Pansy, Tante Walburga, dis-je, soudainement inspirée par un mensonge crédible.

Cela arracha une sorte de sourire au tableau.

- Je vois que, tout comme ta mère, tu n'oublies pas d'où tu viens, Alya. Va donc, mais n'oublie pas de me dire au revoir avant de partir.

Ce fut à mon tour de me fendre d'une rapide révérence, avant de prendre la direction de l'étage en boitillant.

Je me figeai sur la première marche.

Des têtes d'Elfes séchées étaient accrochées le long du mur, soulignées par une plaque, et je ne pus retenir une grimace dégoûtée.

- Et voilà les Elfes décapités ! s'exclama Pansy. Draco a des souvenirs très précis de cet endroit.

Chaque seconde passée ici me permettait de comprendre un peu plus pourquoi mon père l'avait fui.

Je gagnai l'étage en longeant la rampe pour être le plus loin possible des têtes d'Elfes. Outre le fait qu'un tel choix de décoration était du plus mauvais goût, je trouvais ça particulièrement dégoûtant.

A l'étage, la couche de poussière était encore plus importante encore, et si je me fiais à l'absence de pas, Kreattur ne devait pas souvent monter faire le ménage.

Pansy fut celle qui trouva la porte du grand salon. Les meubles étaient également recouverts de draps, les volets étaient fermés, et l'odeur de renfermé prenait à la gorge. Malgré cela, la tapisserie reprenant l'arbre généalogique des Black semblait briller dans la pénombre.

Je m'approchai, allumant la pointe de ma baguette pour y voir un peu mieux, et je trouvai bien vite l'endroit où le nom de mon père avait été.

Juste à côté de Regulus A. Black, une marque noircie parfaitement circulaire contait une histoire à elle seule.

Ce n'était pas la seule et j'en comptais sept au total, dont je connaissais les noms et la raison pour laquelle ils avaient été reniés de la famille Black...

- Alya Lestrange n'est pas dessus ?

Je revins à la réalité avec un sursaut.

- Walburga n'a pas eu le temps de réaliser le rituel avant sa mort, et Narcissa ne s'en est jamais chargé depuis. Je sais pourquoi maintenant.

- Et ?

- Je doute qu'elle puisse corrompre les enchantements des Gobelins et faire croire à la Tapisserie que je suis la fille de Bellatrix. On continue ?

Nous continuâmes notre progression dans les étages, surprenant de nombreux mouvements dans certains tableaux vides en apparence, soulevant de plus en plus de poussière à chacun de nos pas et craignant de tomber sur une Goule ou un Epouvantard.

Arrivées en haut de l'escalier, nous nous retrouvâmes face à deux portes se faisant face. Mon cœur bondit dans ma poitrine en découvrant une plaque sur laquelle était gravée « Sirius ».

Je pris une profonde inspiration et poussai la porte, incapable de deviner ce que j'allais découvrir de l'autre côté du panneau de bois.

La chambre était aussi spacieuse que la mienne au manoir Malefoy, meublée d'un lit baldaquin au cadre de bois sculpté. Les fenêtres étaient très hautes et masquées par de lourds rideaux en velours vert. L'immense lustre venait tout droit d'un autre siècle et était recouvert par une épaisse couche de poussière, tout comme les murs, les tableaux et la tête de lit.

Kreattur semblait cantonner ses efforts au rez-de-chaussée en matière de ménage, et je doutais qu'il se serait donné la peine d'entretenir la chambre de quelqu'un qui avait été renié.

Avant de s'enfuir, mon père avait tout de même réussi à marquer les lieux : les murs étaient recouverts d'immenses bannières aux couleurs de Gryffondors – que le temps avait délavé –, de photos – sorcières et moldues – et même de jeunes moldues en sous-vêtements.

Vu la réaction du tableau de Walburga au rez-de-chaussée, je ne pouvais qu'admirer l'audace de mon père.

Je fis un pas de plus dans la pièce, et je remarquai du coin de l'oeil la seule photo sorcière de la pièce, accrochée au-dessus d'un bureau encore encombré de morceaux de parchemins, de plumes et de flacons d'encre.

Quatre adolescents bras dessus bras dessous, vêtus de la tenue de Gryffondors, riaient devant l'objectif. Je ne pus retenir un sourire en reconnaissant mon père, plus jeune que je ne l'avais jamais vu, et sans doute plus heureux encore.

James Potter était à sa gauche, et je compris un peu mieux pourquoi beaucoup soutenaient que Harry Potter était son portrait craché. Ils avaient les mêmes traits, le même teint brun, et surtout, la même tignasse impossible.

A la droite de mon père, je reconnus Peter Pettigrow – ou du reste, ça ne pouvait être que lui –. Petit, grassouillet, les yeux humides, sa présence jurant d'autant plus qu'il se trouvait à côté de mon père.

- Sale vermine, grinçai-je.

Depuis ma dernière dispute en date avec Narcissa – elle partageait notre table uniquement aux soupers et n'essayait plus de m'imposer sa compagnie –, j'ignorai où en étaient les recherches de Remus Lupin concernant Pettigrow. J'espérais qu'il avait au moins une piste sur laquelle se baser, même si je savais que ses chances étaient minces.

Pettigrow avait réussi à se faire passer pour mort pendant presque treize années, il avait donc un certain talent pour disparaître.

Le dernier garçon était bien entendu mon ancien professeur de Défense. Ses vêtements déjà défraîchis et l'air un peu surpris d'être là, entouré comme il l'était.

Je voulus récupérer la photographie – Pansy réussirait sans doute à faire disparaître Pettigrow – mais le sortilège qui la maintenait au mur n'avait pas faibli depuis que mon père l'avait accroché, et je m'obligeai à ne pas insister de peur de la déchirer.

Je fis le tour de la pièce, ouvrant les tiroirs avec méfiance, cherchant quelque chose qui pourrait m'indiquer où mon père vivait avant la fin de la guerre, mais ne trouvant qu'une majorité de babioles sans intérêt. L'armoire était remplie de robes semblables à celles qu'Euphémia Rowle aimait faire porter à Christopher, Draco avait reçu certains des livres dans la bibliothèque et les tiroirs des tables de nuit étaient vides.

De deux choses l'une : soit mon père avait emporté toutes ses affaires quand il s'était enfui, soit Walburga avait brûlé ce qu'il avait oublié en représailles.

Sans surprise, Pansy et moi étions venues pour rien. En désespoir de cause, je me laissai tomber sur la chaise devant le bureau et contemplai la pièce, essayant de graver le plus de détails possibles dans ma mémoire.

Mon père avait grandi ici, dans un manoir qui ressemblait beaucoup à celui des Malefoy, à une plus petite échelle, et il avait réussi à tourner le dos à sa famille et à la société Sang-Pur.

Mon regard s'attarda sur l'une des bannières de Gryffondor.

Il n'y avait pas de fatalité, pour peu que l'on ait un peu de courage...

Pansy toqua trois fois avant de me rejoindre finalement, faisant preuve d'un tact rare.

- Et bien, je vois d'où ton cousin tient son don de la demi-mesure, railla-t-elle après avoir détaillé la pièce du regard. Tu as trouvé quelque chose ?

Je haussai les épaules.

- Non. Je crois que la décoration est la seule chose de vraiment personnel qu'il a laissé ici. Mais tu peux regarder si tu veux.

Elle balaya mon idée d'un geste de la main.

- Inutile. J'ai fait le tour de la chambre de Regulus et je pense que j'ai ce que l'on cherchait.

Elle me tendit un morceau de parchemin.

Reggie,

Je ne suis pas sûr que tu prennes le temps de lire cette lettre. J'imagine que tu y mettras le feu en reconnaissant mon écriture, mais je devais au moins essayer.

Hier, je suis devenu un membre de l'Ordre du Phénix. Nous sommes donc officiellement dans deux camps adverses et le seul côté positif est que tu es toujours coincé à Poudlard. Je peux donc lancer des maléfices sur les Mangemorts de Voldemort sans avoir à me demander si tu es l'un d'eux.

Tu peux encore changer de camp. Dumbledore te fera disparaître le temps que nous remportions cette foutue guerre. Tu n'es pas obligé de te sacrifier pour toutes ces conneries de pureté du sang.

Si jamais tu retrouvais ton bon sens, je vais habiter dans l'ancienne maison d'Oncle Alphard. Je ne sais pas si tu y as une seule fois mis les pieds, alors je te redonne l'adresse :

34 Christchurch Hill,

Londres.

Ton frère,

Sirius.

De toute évidence, mon père s'était trompé en pensant que Regulus ne lirait pas sa lettre, d'autant plus qu'il semblait l'avoir dépliée un grand nombre de fois.

- Où as-tu trouvé ça ?

- Cachée entre les pages du Registre des Vingt-Huit Consacrées. Prévisible. Toutes les affaires de ton oncle sont encore dans sa chambre, comme s'il allait revenir d'un jour à l'autre, et c'est immaculé. Apparemment, Kreattur l'aimait plus que Sirius.

Ce n'était pas vraiment surprenant. Je ne savais pas grand chose sur Regulus, juste assez pour comprendre qu'il avait été un héritier bien plus respectable que mon père.

Je repliai la lettre soigneusement et la glissai dans la poche arrière de mon short, avant d'embrasser la chambre de mon père du regard.

Ce que je cherchais, je le trouverai à Christchurch Hill.

Il n'y avait rien pour moi ici.

...

Samedi 30 Juillet 1994, Christchurch Hill, Londres.

Le quartier avait définitivement perdu en standing depuis l'époque où Alphard Black y avait acheté une maison. La plupart des façades étaient décrépies, les portails grinçaient, attaqués par la rouille comme ils l'étaient, et les voitures alignées le long du trottoir n'étaient plus les derniers modèles.

Il s'était souvent demandé si le monde moldu n'était pas lui aussi sorti fragilisé de la guerre contre Voldemort. L'économie remontait doucement la pente, mais il était très bien placé pour témoigner du chemin qu'il restait à parcourir.

Comme tous les jours depuis une semaine, il se glissa discrètement dans un jardin mal entretenu, et se retrouva presque invisible au milieu de la haie. A défaut de pouvoir utiliser la cape de James – à nouveau en possession de Harry –, il s'était contenté d'un sortilège de désillusion, retrouvant les habitudes nées de la guerre avec une facilité presque inquiétante.

Cela n'aurait pas dû être aussi facile d'espionner des Aurors.

Il sortit les multiplettes de la poche de sa veste – il n'était pas Sirius, il ne prenait pas des risques stupides, et il avait choisi la maison la plus éloignée pour jouer les espions. Après tout, c'était désormais officiel qu'il était du côté de Sirius Black – et les braqua sur l'ancienne maison de son ami.

La maison d'Alphard Black était en plutôt bon état comparée au reste du quartier, surtout si on prenait en compte qu'elle était inhabitée depuis plus d'une décennie.

Il s'était préparé à être venu pour rien – la chance ne soufflait pas vraiment dans sa direction – mais il dut retenir une exclamation ravie.

Une jeune femme était installée sur les marches menant à la porte d'entrée comme pour prendre le soleil. Ses cheveux d'un rose percutant semblaient encore plus provoquant ici.

Au début, il avait cru que le Ministère abandonnerait la surveillance de l'ancienne maison de Sirius. Il était sans doute plus probable que son ami trouve refuge au manoir Potter qu'ici – après tout, il n'était pas si stupide – mais il s'était visiblement trompé. Peut-être le chef des Aurors était-il un idiot – il ne connaissait Scrimgeour que de nom –, soit il voulait donner l'impression qu'ils allaient réussir à arrêter Sirius – quand bien même il avait réussi à leur glisser entre les doigts quelques semaines de cela, aidé par deux adolescents par-dessus le marché –. Dans tous les cas, ça n'allait pas simplifier sa mission.

Parce que, bien évidemment, Sirius lui avait demandé de l'aide, et qui était-il pour lui refuser cela après l'avoir laissé moisir à Azkaban pendant douze ans ?

Il attendit encore une heure, prenant le risque que Tonks soit remplacée par quelqu'un d'autre, mais voulant être certain qu'elle était seule, ce qui semblait avoir été le cas de tous ceux qu'il avait aperçu ici.

Et il était presque certain que la surveillance de la maison était uniquement réservée aux Aspirants.

- Quand faut y aller...

Il prit une profonde inspiration, ramassa ses multiplettes, leva le sortilège de désillusion, puis transplana dans la ruelle un peu plus proche de la maison de Sirius.

Il essaya de remonter la rue le plus naturellement possible, tout en sachant pertinemment que ce genre de bluffe n'avait jamais vraiment été sa spécialité, puis s'arrêta à bonne distance.

Avec un peu de chance, Tonks ne serait pas équipée d'un radar à l'aune de celui de McGonagall...

- Lupin ?

Il fit mine de ne pas l'avoir remarquée et la chercha des yeux.

- Oh, bonjour Tonks. Que fais-tu ici ?

- Je travaille ici, grommela-t-elle.

Elle se leva pour le rejoindre – même si elle ne dépassa pas le portail, le détaillant avec attention, sa main droite glissant discrètement vers sa baguette.

Il retint une grimace. Cela ne s'annonçait pas aussi facile que ce qu'il avait imaginé.

Foutue Black.

- Et toi ?

- Je ne travaille plus, alors j'ai du temps à perdre.

Elle releva le menton, plissa les yeux et croisa les bras sur sa poitrine. Il sut qu'il n'allait pas spécialement apprécié ce qui allait suivre et, pourtant, une part de lui faillit bien éclater d'un rire moqueur face à la mise en scène trop familière.

Merlin, cela coulait-il dans leurs veines après tant de siècles à cultiver un sens théâtral certain ?

- Ouais, j'ai entendu dire que tu avais démissionné pour aider Black à disparaître.

Il soupira et passa une main sur son visage, avant de croiser son regard à nouveau.

- Je ne l'ai pas aidé à s'enfuir, Tonks...

- Non, mais tu es de son côté maintenant.

Son ton s'était fait accusateur et son expression plus dure. Il n'en était pas surpris. Tonks ne cachait pas la haine qu'elle vouait à Sirius pour avoir trahi – elle et tant d'autres – et si leurs places avaient été échangées, il se serait sans doute montré encore moins cordial.

- Oui. Je pense qu'il est innocent, je n'ai pas peur de le dire.

Elle eut un éclat de rire mauvais. Ses cheveux virèrent au rouge et son regard se fit plus noir, presque meurtrier.

- Je n'en reviens pas que tu te sois laissé manipuler, Lupin. Après tout ce qu'il a fait ?!

Il s'affaissa sur lui-même, à nouveau écrasé par une nouvelle forme de culpabilité, terriblement plus lourde à supporter que celle qu'il avait traîné pendant presque treize ans.

Il n'avait pas échoué à protéger James et Lily de Black, il n'avait pas ignoré les signes ou été particulièrement naïf.

Il avait laissé son seul ami croupir à Azkaban pendant douze ans, acceptant l'histoire qu'on lui avait servi sans jamais la remettre en question, et sans avoir essayé de voir Sirius pour obtenir des explications.

Il enfonça les mains dans ses poches pour que Tonks ne voit pas à quel point elles tremblaient, puis prit une profonde inspiration, avant de lui faire face à nouveau.

- J'ai vu Peter Pettigrow de mes propres yeux, Tonks. Je l'ai vu, et il était bien vivant.

- Et il a disparu dans la nuit et c'est terriblement pratique, n'est-ce pas ? Pettigrow est mort, de la main de Black !

Cette fois, elle pointa sa baguette sur lui et il leva aussitôt les mains pour lui montrer qu'il n'avait aucune intention de la provoquer en duel.

Il n'était pas encore suicidaire.

- Qu'est-ce que tu fais là, hein, Lupin ? Et ne me dis pas que tu te promènes pile le jour où je suis de surveillance, parce que je vais avoir du mal à te croire !

Il hésita, pesant les chances qu'il reçoive un sortilège pour sa réponse contre celles de se faire arrêter s'il revenait plus tard pour essayer d'entrer sans se faire prendre.

Il ne savait pas ce que valaient les autres Aspirants, mais faire le guet était à la portée de tous... Il se ferait arrêter et ça ferait sans doute les affaires du Ministère.

- J'espérais que tu me laisserais entrer.

Il crut que ses yeux allaient sortir de ses orbites, avant que son visage se contracte à nouveau, lui donnant un aperçu de ses dents étrangement pointues. Il crut qu'elle allait se mettre en colère – au moins pour lui reprocher son culot – mais elle se reprit presque aussitôt, et elle le dévisagea à nouveau, non sans baisser sa baguette magique.

Au contraire, elle resserra sa prise dessus et verrouilla son bras dans une garde parfaite.

- Qu'a caché Black de si important dans cette foutue maison, Lupin, hein ?

Il se retint de lever les yeux au ciel. Le croyait-elle vraiment si stupide ? Quand bien même Sirius aurait réussi à le convaincre de venir récupérer un artefact de magie noire – ce qu'il n'avait jamais possédé, du reste à sa connaissance –, il aurait trouvé un autre moyen que de demander de l'aide aux Aurors.

- Je ne suis pas venu chercher quelque chose pour Sirius.

Du reste, pas directement pour lui.

- Mais je suppose que tu ne peux absolument pas me dire ce que tu fiches ici, pas vrai ?

Il eut un soupir. Depuis qu'il avait reçu la lettre de Sirius, un peu plus d'une semaine plus tôt, il avait tourné le problème dans tous les sens : puisqu'il ne pouvait pas cambrioler la maison sans finir en prison, il lui restait seulement deux options, Tonks et Madelyn.

Il n'avait pas eu l'occasion de croiser Madelyn depuis son départ de Poudlard, et s'il se fiait à son silence – elle n'avait toujours par répondu à son hibou –, il était en disgrâce.

Il n'était pas certain de faire le bon choix en misant sur Tonks, mais de tous les Aurors, elle était la seule à mériter la vérité.

Après tout, Maellyn était sa cousine.

- Si tu acceptes de m'écouter jusqu'au bout sans me jeter de maléfice, je peux au moins te dire une partie de la vérité.

- Et pourquoi pas toute la vérité, tant qu'on y est ?

- J'ai promis à Sirius d'être un minimum discret.

Tonks eut une moue dure, et elle plissa les yeux pour le dévisager à nouveau, avant de baisser sa baguette.

- Tu ne me convaincras pas que Black est innocent, dit-elle finalement en rejoignant les marches du perron.

Tant qu'il ne pourrait pas rapporter le corps de Pettigrow au département des Aurors, il doutait de convaincre beaucoup de monde.

Il la rejoignit sur les marches, retenant difficilement une grimace quand ses muscles protestèrent. La pleine lune avait beau remonter à presque deux semaines, son corps ne s'était toujours pas remis du choc de l'absence de la potion Tue-Loup. L'animal en lui s'était déchaîné et il avait été obligé de passer plusieurs jours au fond de son lit, en proie à ce qui ressemblait à une mauvaise grippe.

- Alors ?

Il lui jeta un ultime coup d'oeil avant de se lancer, espérant qu'elle n'allait pas exiger toute l'histoire si elle jugeait qu'il n'avait pas assez parlé.

Après tout, les Black étaient tout sauf mesurés.

- Tu dois savoir que Sirius a eu une fille, n'est-ce pas ?

Tonks tourna la tête si vite vers lui qu'il en eut mal pour elle.

- Si j'en crois le rapport de Fol-Oeil, elle est morte depuis longtemps.

Il retint une grimace. Lui aussi avait cru cela pendant toutes ces années. C'était sans doute pour cela qu'il n'avait pas reconnu Alya Lestrange pour ce qu'elle était au moment où il l'avait vue, parce que si Black était le monstre qu'il n'avait pas su voir, alors il avait certainement tué Judy et sa fille, pour Merlin seul savait quelle raison.

- Et bien, elle n'est pas morte.

Les sourcils de Tonks montèrent si hauts qu'ils disparurent sous les mèches roses qui barraient son front.

- Mais bien sûr. Comme si Black ou Lestrange allaient laisser vivre une Illégitime.

Il fit de son mieux pour rester de marbre face à la mention de Bellatrix.

- Pourquoi Lestrange ?

Elle haussa les épaules.

- A part Black, c'est elle la suspecte la plus probable, même si l'absence de torture ne lui ressemble pas.

Kidnapper une Sang-Mêlée pour en faire sa fille était sans doute la dernière chose dont il aurait cru Bellatrix capable, et c'était sans doute pour cela que personne n'irait chercher Maellyn là où elle était.

- C'est ce que j'ai longtemps pensé, mais elle est vivante. Je suis plus là pour elle que pour Sirius.

Il lui sembla que Tonks se tendait encore plus, comme si elle était convaincue qu'il était en train de lui mentir ouvertement et qu'il n'allait pas tarder à tenter de la tuer pour pouvoir atteindre la maison de Sirius.

- Si elle est vivante, où est-elle ?

Il grimaça et elle fit claquer sa langue contre son palais.

- Laisse-moi deviner, tu ne peux pas me le dire ?

- Pas vraiment, non...

Cette fois, elle se leva et laissa échapper une bordée de jurons vaguement familiers.

Même s'il ne comprenait pas pourquoi Sirius acceptait le secret de Bellatrix pour commencer – il trouvait particulièrement cruel de faire jouer à Maellyn le rôle de la fille de la meurtrière de sa mère –, c'était entre Narcissa et lui, et il avait de toute évidence sous-estimé leur relation.

Du reste, c'était ce que Sirius lui avait dit, et il ne pouvait pas trahir la confiance de son seul ami.

Plus jamais.

- C'est quand même remarquablement pratique, toute cette histoire ! D'abord Pettigrow qui serait vivant, ensuite la fille de Black, mais dans aucun cas tu ne peux fournir de preuves sur ce que tu avances ! Si tu crois que je vais te laisser entrer, tu rêves, Lupin !

Avec un soupir, il passa une main sur son visage. Il avait espéré qu'elle se montrerait un peu plus compréhensive, sans trop y croire...

Il faut que je lui parle, Lunard.

Il se refusa à abandonner.

- Je veux juste récupérer quelques affaires qui ont appartenu à Judy Adler pour que sa fille puisse les avoir. Tu pourras jeter autant de sortilèges dessus que tu veux, Tonks. Et si tu penses que quelque chose pourra être d'une quelconque aide à Sirius, je ne le prendrais pas. S'il te plaît ?

Elle croisa les bras sur sa poitrine, sa mâchoire verrouillée et son regard d'autant plus sombre que ses yeux avaient virés au noir.

- Ce n'est qu'une gamine de douze ans, Tonks. Elle n'a jamais connu sa mère et elle n'y est pour rien. S'il te plaît ?

Il eut l'impression de la défier du regard pendant une éternité, une expression suppliante sur le visage dont il n'avait pas honte – Maellyn n'y était pour rien et la vérité devait être très dure à accepter –.

Tonks eut finalement un grognement.

- Je veux ta baguette et tu ne touches à rien sans ma permission !

Il savait reconnaître quand il n'obtiendrait rien de mieux et il tendit donc sa baguette à Tonks sans pousser sa chance.

- Et n'essaye pas de m'arnaquer, Lupin. Ami de ma mère ou non, je t'arrêterais pour avoir aidé Black.

Elle déverrouilla la porte avec un geste compliqué et le battant de bois s'ouvrit dans un grincement sinistre. La poussière dansait dans les rayons du soleil d'été et il ne réalisa qu'après un long moment qu'il retenait sa respiration.

Godric, il n'avait jamais pensé qu'il reviendrait ici.

Il fit un premier pas en avant. Le parquet grinça sous son poids et l'odeur de renfermé l'étreignit. Derrière lui, Tonks alluma sa baguette, balayant le sol et illuminant toute l'entrée. Une couche épaisse de poussière formait comme un tapis et la peinture commençait à s'écailler.

La maison d'Alphard Black avait définitivement perdu en noblesse.

Il prit une profonde inspiration, grimaçant à l'odeur entêtante, et entra dans le salon, espérant qu'il pouvait se fier aux indications de Sirius.

Le temps s'était comme arrêté : une couverture était posée en travers du canapé, plusieurs bouteilles vides traînaient au sol et une pile d'exemplaires de la Gazette masquait presque toute la table. S'il n'y avait pas eu tant de poussière, partout, il aurait pu penser que Sirius allait revenir un peu plus tard.

Il doutait que son ami remette un jour les pieds ici.

Les cadres sur le manteau de la cheminée attirèrent son attention. Quelqu'un en avait frotté le verre récemment et il eut un pincement au cœur en reconnaissant James, Lily et Harry. Il se souvenait encore du moment où la photo avait été prise, quelques jours après la naissance de Harry. Ils avaient l'air si heureux, tous les deux. Ils ignoraient encore que Voldemort en avait après leur fils et que l'un de leurs meilleurs amis allaient les vendre, précipitant leur mort.

Il effleura le verre d'une main tremblante.

Godric, il oubliait parfois à quel point ils étaient jeunes et à quel point ils lui manquaient.

Dans les autres cadres, il trouva les Maraudeurs et Lily lors de leur dernier jour à Poudlard ; les Potter – Fleamont et Euphémia – et une autre d'Andromeda et Tonks – prise le jour de ses six ans s'il se fiait aux bougies –.

- Ce n'est pas vraiment la décoration qu'on s'imagine chez un Mangemort, pas vrai ?

Sa remarque échoua à l'adoucir.

- Black n'est pas stupide. Il n'allait certainement pas afficher une photo de lui et Tu-sais-qui en train de se serrer la main.

Il ne chercha pas à la convaincre du contraire – deux mois plus tôt, il aurait eu la même réponse – et désigna plutôt l'emplacement vide.

- Il y avait une photo de Judy, ici. Ce sont tes collègues qui l'ont ramassée ?

- J'étais là lors de la première fouille qu'on a fait ici, dit-elle après une seconde. Je ne me souviens pas l'avoir vue, et je suis sûre qu'elle n'était pas dans le carton des preuves, parce que c'est moi qui les aies étiquetées.

- Judy venait de mourir à l'époque. Sirius l'a peut-être enlevée.

- Si tu le dis...

Il fit le tour de la pièce, ignorant les bouteilles vides et les traces d'une vie qui s'était arrêtée net.

Au milieu du bazar qui régnait un peu partout – des numéros de La Gazette qui semblaient venus d'un autre monde, les boîtes de pizzas vides et les cendriers qui ne seraient jamais vidés – il faillit passer à côté de ce qu'il était venu chercher.

Le miroir était déposé négligemment sur la table, à côté d'une bouteille de Whisky Pur Feu et d'un verre sale.

Je l'ai utilisé le jour d'Halloween, juste avant d'aller rendre visite à Pettigrow.

Le plus dur allait sans doute être de convaincre Tonks que le miroir était banale et sans intérêt.

- C'était à Judy, dit-il en le désignant du menton.

Tonks lui lança un regard suspicieux avant de l'attraper avec précaution, jaugeant son poids et le regardant sous tous les angles.

- Je n'ai vu Judy qu'une fois, mais de ce que je me souviens d'elle, elle ne semblait pas être le genre de fille qui se trimballe avec un miroir partout où elle va.

Il haussa les épaules.

- C'était pourtant à elle. Je suppose qu'elle lui trouvait une utilité quelconque.

Tonks ne se contenta pas de se fier aux apparences et jeta plusieurs sortilèges pour vérifier que le miroir ne cachait rien de plus.

Il fut inquiet pendant une paire de secondes, avant de se souvenir dans un éclair fulgurant que les miroirs à double sens de Sirius étaient passés à travers plusieurs inspections de Minerva McGonagall et de Filius Flitwick, du temps de Poudlard.

Tonks avait beau être Auror, il doutait qu'elle en tire quelque chose.

- Très bien, soupira-t-elle après un moment. Quoi d'autre ?

Il récupéra le miroir et continua son tour. La cuisine, où régnait un véritable bazar – des plats attendaient toujours d'être lavés dans l'évier ; de la vaisselle brisée traînait au sol – ne lui apprit rien, pas plus que la véranda. Il hésita à monter à l'étage tout de suite ou à tenter sa chance dans le bureau de l'Oncle Alphard, mais il craignait de passer à côté de quelque chose.

Il s'attendait à trouver des piles de cartons et tout un tas d'objets inutiles – et souvent insolites – entassés le long de la bibliothèque, mais il se retrouva dans une pièce presque trop ordonnée.

Les cartons avaient disparu – les étagères étaient à nouveau recouvertes de livres – et la collection d'excentricité d'Alphard Black avait disparu.

Soit Sirius avait vraiment fait un effort question rangement – ce qu'il avait toujours repoussé depuis la mort de son parrain – soit les Aurors avaient tout ramassé.

- C'était aussi comme ça quand vous êtes venus ?

- Oui, pourquoi ?

- Parce que j'étais convaincu que je ne verrais jamais cette pièce rangée de ma vie.

Le seul carton ne manqua pas d'attirer son attention, posé comme il l'était sur le bureau.

Il s'approcha et découvrit une veste de cuir noir, un sac à dos assorti et un pull qui avait dû être beige, une décennie plus tôt.

Posé au-dessus des vêtements, il y avait le cadre qui n'était plus sur le manteau de la cheminée.

Judy Adler – juchée sur une moto rouge sang – lui envoya un baiser avant de le gratifier d'un clin d'oeil faussement aguicheur.

- Je crois que tout le reste est là, souffla-t-il.

Et Remadora is on (enfin, façon de parler).

J'avoue que j'ai pas mal hâte d'avoir votre retour sur :

- Le retour de Sirius (en sécurité, au soleil, et beaucoup moins misérable).

- Maellyn, qui a repris du poil de la bête (pour le meilleur et pour le pire).

- Les petites tensions entre Draco et Maellyn (ça, c'est presque sans surprise).

- Maellyn, futur ninja (allez, ce qui me suivent depuis longtemps ne doivent pas être si surpris que ça xD Je blâme la trilogie du samedi à 100 %)

- L'aventure de Pansy et Maellyn (genre le truc qui en dit très long sur le contrôle que j'ai sur Pansy et la place qu'elle s'octroie. Elle s'est clairement invitée à sa demande).

- L'entrevue musclée entre Remus et Tonks (aka mon nouveau duo préféré).

Je prends encore les dons de câlins pour Maellyn cette semaine, la pauvre est tellement pas au bout de ses peines

Les reviews marchent très bien pour me remonter le morale et me motiver. Alors à vos claviers!

En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté du UA complet de cette histoire : There will be time.

Prenez bien soin de vous (RESTEZ A LA MAISON!) et de vos proches.

Orlane.

Mis à jour le samedi 21/03/2020