Disclaimer : Je considère que si Rowling autorise Cursed Child, elle autorise toutes les autres fanfictions, même celles qui naissent dans mon esprit tordu personnel. Btw, Jo, Trans Rights are Human Rights.
Attention: Rated T pour le langage et les scènes violentes.
RAR :
Shadow:
Hello ! Merci beaucoup pour ta review !
Awww, je suis contente que tu aimes la correspondance entre Maellyn et Sirius. Ils sont si choux ces deux-là !
Draco a lui aussi du mal à accepter toutes les conséquences de la vérité...
Merci pour la visite Square Grimmauld ! Je me suis bien amusée à l'écrire !
Pffff, ne me lance pas sur l'injustice de ne pas avoir donné de procès à Sirius, et sans parler de le laisser moisir à Azkaban sans jamais chercher à en savoir plus. C'est dégueulasse !
Je te laisse avec la suite !
Bonne lecture;)
Kaala :
Coucou ! Merci beaucoup pour ta review !
Je suis contente que le dernier chapitre t'ait plu. Je ne dis pas non à une rencontre Maellyn/Nymphadora (en vrai, je dis plutôt oui à des rencontres ^^)
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
Merci à Shadow, tzvine, MAHA1959, Sun Dae V, Tiph l'Andouille, Kaala et Merly Flore pour leur review. Ca fait toujours plaisir !
Une spéciale dédicace aux copines d'écritures (AKA Malilite, AppleCherryPie, Aliete et Sun Dae V) parce que j'aurais pas retrouvé mon groove aussi facilement toute seule !
Bonjour à toutes et à tous !
J'espère déjà que tout le monde va bien, ainsi que vos proches, et que le confinement est pas trop trop dur.
De mon côté, je suis en vacances et, pour le coup, ça va être deux semaines d'écriture au programme parce que je vais très vite épuiser les alternatives et les excuses xD. En vrai, je suis assez contente d'avoir du temps pour m'y remettre, parce que ça faisait trois mois à ne plus avancer et à trainer le même chapitre, c'est pas cool. Btw, bonne nouvelle, 17 est bouclé ! (oh yeah!) et 18 devrait rapidement dépasser la barre des 15k (je m'amuse comme une petite folle, ça fait du bien!)
Sinon, chapitre 3 ici. Alors il fait parti des beaux bébés de cette partie, et j'avais oublié qu'il se passait tout ça dedans o.O Sans surprise, c'est l'un de mes préférés, d'autant qu'il introduit une storyline que j'aime beaucoup ! Je vous laisse voir par vous-même ! Bonne lecture !
Un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !
Black Sunset
Partie IV : Supernova.
Chapitre 3
Supernova: cataclysmic explosion caused when a starexhausts its fuel and ends its life. Supernovae are the most powerful forces in the universe.
Lundi 1er Août 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.
Maellyn reculait sous les coups efficaces de Christopher, trop peu expérimentée pour contre-attaquer et trop fière pour esquiver. Elle la vit tomber à plat dos, fut certaine de voir sa tête cogner durement sur le sol et, pourtant, sa filleule lança ses jambes avec force, touchant Christopher en plein ventre, le repoussant de deux bons mètres.
Suffisamment pour qu'elle puisse se relever avec une rapidité récemment acquise. Elle porta même deux coups de poings – maladroits, quand elle voyait ce dont Christopher était capable – et réussit à le toucher avec un coup de pied.
Son avantage ne dura pas. Elle fut à nouveau submergée par son adversaire, peinant à se protéger avec efficacité, laissant échapper des cris de rage de temps à autre que le vent portait jusqu'à elle, et manquant de fluidité dans ses enchaînements.
Quand Monsieur Bogdanow mit fin au combat, Maellyn était en sueur. De longues mèches noires s'étaient échappées de sa tresse, et tombaient devant son visage rougi. Son regard n'avait pas perdu en fougue et elle appuya sur le bouton pause de ses multiplettes.
Elle ne lui avait jamais vu un air si sauvage, ses yeux bleus comme flamboyants et un rictus carnassier aux lèvres.
Ironiquement, elle ne lui avait jamais autant rappelée Bellatrix, parce qu'elle avait trop de fois vu sa sœur à l'issue d'un duel magique. Elle aussi ne s'avouait jamais vaincue, et elle n'avait jamais compris d'où lui venait cette rage de vaincre absolue.
Pour Maellyn, c'était sans doute différent.
Si sa colère était moins visible – surtout depuis qu'elle évitait de lui imposer sa présence –, elle n'avait pas pour autant disparu – au point où elle en était, elle doutait sincèrement qu'un sortilège d'Oubliette puisse en venir à bout, et elle n'allait pas se risquer à essayer –.
Aussi était-elle condamnée à espionner sa filleule depuis le petit salon bleu, une paire de jumelles à la main, et les seuls rapports réguliers des elfes pour se faire une idée de l'état de santé de Maellyn, aussi bien mentale que physique.
Concernant ce dernier point, elle n'avait toujours pas la moindre idée de l'endroit où avait bien pu se rendre Maellyn pour revenir avec une jambe à moitié brûlée, des bleus et des égratignures sur le reste du corps.
- Où étais-tu, jeune fille ?
- Ça ne te regarde pas !
- Tu as disparu je ne sais où pendant une paire d'heures et tu reviens blessée ?! Bien sûr que cela me regarde, Alya !
- Tu as menti pendant douze ans ! Chacune son tour !
Elle avait ensuite tourné les talons pour rejoindre sa chambre et, à part lui faire apporter de l'essence de Dictame par Patty, elle n'avait rien pu faire de plus, sans parler de lui arracher des confidences.
Sans surprise, Pansy avait esquivé ses questions avec une souplesse toute Serpentard, faisant preuve d'une loyauté absolue envers Maellyn, et réussissant même à lui glisser quelques reproches.
C'était à croire qu'elle n'était pas vraiment la fille de Lorelyn Parkinson.
Quelques mois de cela, elle aurait peut-être réussi à faire parler Draco – si Pansy était derrière cette idée, il était forcément dans la confidence – mais il était plus probable qu'elle arrache à Lucius ce qu'il mijotait que de voir Draco trahir sa cousine.
Elle n'avait même pas demandé à Christopher s'il savait quelque chose : il n'était pas un très bon comédien et il avait blanchi quand Maellyn était sortie de la cheminée.
Elle eut un soupir.
Cela faisait presque un mois que Maellyn avait appris la vérité, et elle n'avait toujours pas réussi à avoir une discussion avec elle sur le sujet.
Elle désespérait de pouvoir un jour s'expliquer sur ses raisons et ses erreurs, surtout depuis que Sirius lui avait très clairement fait comprendre dans sa dernière lettre qu'il refusait de l'aider après ce qu'elle avait fait à la famille de Judy Adler.
La seule solution à laquelle elle pouvait penser pour adoucir les choses avec Sirius et Maellyn consistait à retrouver Grant Adler et Burt White, mais le détective privé qu'elle avait engagé pour la tâche n'avait pas la moindre piste et ne semblait pas très optimiste.
Si seulement elle avait su...
La porte s'ouvrit dans son dos et elle se détourna de la fenêtre, dissimulant les multiplettes dans son dos en découvrant Lucius.
- Ah, tu es là !
Elle plissa les yeux malgré elle à son ton vindicatif, lui qui semblait revenir au manoir uniquement pour dîner et dormir depuis de trop nombreuses semaines.
Elle n'en connaissait toujours pas la raison et il était fort probable qu'elle perde patience avec lui en premier.
- Peux-tu me dire à quoi joue ta nièce dans le parc ?
Elle prit une profonde inspiration.
Il avait décidément le pire timing possible.
- Il me semble que Monsieur Bogdanow nomme cela des leçons de combat, mais je pourrais me renseigner auprès de lui pour en être certaine.
Le visage de Lucius se ferma, sa mâchoire se fit plus anguleuse pendant une brève seconde, puis il fit claquer sa langue avec agacement.
- Ce n'est pas une activité convenable pour une jeune femme dont le bal de Débutante est dans un an !
Depuis que Maellyn avait fêté son septième anniversaire, il ne cessait de rabâcher ce même refrain, pensant sans doute que sa filleule était un produit rare dans le monde Sang-Pur et qu'il pourrait la dresser à la manière d'un Pur-Sang.
Au début, elle s'en était amusée, parce qu'il n'y avait aucune chance qu'un quelconque contrat de mariage soit signé sans qu'elle ne donne son accord : elle comptait bien éviter un mariage politique à ses enfants en général, et à Maellyn en particulier.
Depuis que sa filleule était entrée à Poudlard, elle était tout simplement écœurée par toute cette histoire.
- Je ne vois pas où est le mal. Je suis sûre que Bellatrix aurait aimé que sa fille soit initiée aux combats magiques. Elle tenait en haute estime l'éducation prodiguée par Durmstrang.
- Si Bellatrix voulait que sa fille aille à Durmstrang, elle aurait dû s'arranger pour être là et élever Alya elle-même.
Elle lui envoya un regard sombre.
- Attention, Lucius. Elle n'est pas la seule à avoir fait l'erreur d'entrer au service du Seigneur des Ténèbres.
Il eut le bon sens de détourner les yeux.
- Dans tous les cas, je refuse que cette folie perdure !
Elle éclata de rire.
- Tu n'as pas ton mot à dire, Lucius. Elle est sous ma responsabilité, pas la tienne, et je suis d'accord pour qu'elle suive ces leçons. Une femme ne sait jamais trop se défendre.
- Je subviens à ses besoins, je l'héberge et je la nourris ! Je pense que j'ai le droit d'imposer quelques conditions de temps à autre !
- Je pense que le montant de la dot qui a été versée dans le coffre des Malefoy le jour de notre mariage couvre largement tous ces frais et tous ceux du siècle à venir. Qui plus est, ce sont les Rowle qui payent les honoraires de Monsieur Bogdanow.
Lucius ne trouva rien à répondre et elle retint de justesse un sourire satisfait. Ce n'était guère élégant de jubiler ouvertement.
En outre, s'il n'avait pas tourné les talons, c'était sans doute parce qu'il était décidé à ne pas en rester là.
- Tu cèdes trop souvent à ses caprices, ce n'est pas lui rendre service, surtout vu l'impertinence dont elle fait preuve ces derniers temps.
Elle haussa un sourcil incrédule à la première partie de sa phrase – il pouvait parler, lui qui envoyait tous les jours des sucreries à leur fils – avant de se tendre.
Elle se demandait aussi quand il allait cesser de faire semblant de ne pas avoir remarqué le lourd silence qui régnait lors des dîners.
Il était souvent perdu dans son monde, mais même lui ne pouvait pas être passé à côté de cela.
Elle eut un geste négligent de la main.
- Avant d'être une jeune femme, c'est une adolescente. Elle n'a pas apprécié que je refuse qu'elle passe tout le mois de juillet chez une de ses amies en Afrique du Sud. Cela lui passera.
Si Lucius avait mis plusieurs semaines à aborder le sujet, elle avait depuis longtemps réfléchi au parfait mensonge.
- Et Draco ?
- Comment cela, « et Draco » ? Qu'a-t-il encore inventé ?
Lucius se redressa de toute sa hauteur, comme si cela le rendait vraiment plus impressionnant.
Elle l'avait vu plusieurs fois au réveil, juste après une soirée trop arrosée, il lui en fallait un peu plus.
- Je ne suis pas stupide, Narcissa !
Parfois, elle se posait sincèrement la question, mais ce n'était pas le propos. Elle eut un soupir excédé.
- Très bien ! Notre fils vit sa première peine de cœur. Je ne connais pas les détails, et n'évoque pas le sujet, il m'a fait promettre de ne pas t'en parler. Satisfait ?
Lucius bâtit des paupières pendant de longues secondes, avant de retrouver sa contenance.
- J'espère qu'elle fait partie des Vingt-Huit Consacrées...
Elle secoua la tête, incrédule.
- Tu es incroyable, Lucius... J'ose espérer que tu prendras en compte d'autres critères que le pedigree quand viendra le moment de lui trouver une épouse !
Son ton glacial le laissa de marbre et elle se promit de creuser la question, plus tard, pour deviner quelles étaient les candidates qu'il avait déjà en tête.
- Je maintiens que ce n'est pas une activité convenable.
- Certains diront qu'être Mangemort ne l'était pas non plus mais, regarde-toi, tu as pourtant réussi à éviter Azkaban !
Ce fut à son tour de soupirer.
- Combien de temps encore vas-tu me rabâcher cela ?
Elle se détourna en direction du parc, réalisant avec déception que Maellyn et Christopher étaient déjà rentrés. Avec un peu de chance, ils profiteraient des températures clémentes pour se débarbouiller dans l'étang un peu plus tard.
En attendant, elle ferait mieux de terminer les préparatifs pour l'anniversaire de Maellyn.
- Jusqu'à ce que la mort nous sépare, mon cher. Si tu veux bien m'excuser, le devoir m'appelle.
…
Samedi 6 Août 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.
La pluie avait retrouvé le chemin de l'Angleterre durant la nuit, et le parc était noyé sous une averse interminable.
Un tour de balai était donc exclu, Monsieur Bogdanow ne venait pas le weekend, et Christopher avait décidé de profiter du mauvais temps pour terminer le devoir d'histoire qu'il avait trop longtemps négligé.
Draco, lui, était toujours reclus dans sa chambre, occupé à Merlin savait quoi, et je n'arrivais pas à rassembler mon courage pour aller lui parler.
Nous n'étions pas fâchés – pas vraiment – mais Draco était devenu de plus en plus renfermé, j'avais l'impression qu'il n'avait pas quitté sa chambre depuis une éternité et le plus inquiétant était sans doute que Pansy n'avait rien réussi à tirer de lui.
Faute d'en savoir plus, il me revenait sans doute de faire le premier pas, même si je n'avais pas la moindre idée de ce que j'allais bien pouvoir lui dire...
Deux coups furent portés à la porte du salon jaune où j'avais trouvé refuge – de tous ceux que comptaient le manoir, c'était celui que Narcissa aimait le moins sans que je ne sache pourquoi – et je crus rêver en reconnaissant la personne qui venait d'apparaître dans l'encadrement.
Ses cheveux châtains parsemés de nombreuses mèches blanches, ses vêtements rapiécés et son éternel sourire doux n'étaient que trop familiers, mais il ne pouvait pas vraiment être là.
Narcissa ne l'aurait jamais permis.
Je l'aperçus par-dessus l'épaule du professeur Lupin, l'air résigné, et peut-être même un peu triste.
Un mois de cela, Narcissa ne l'aurait pas permis, mais les choses avaient changé.
- Que faites-vous ici, professeur Lupin ? demandai-je, tout en me redressant sur le fauteuil où j'étais installée.
Son sourire tomba légèrement, mais il fit un pas de plus dans la pièce.
- J'ai démissionné, Maellyn. Tu peux m'appeler Remus si tu le souhaites.
J'avais beau savoir qu'il était un ami de mon père – l'un des rares à avoir survécu à la guerre – et que, dans une autre vie, il m'aurait peut-être tenu lieu d'oncle, il était avant tout mon professeur...
Je doutais de pouvoir le tutoyer, sans parler de l'appeler par son prénom.
La porte du salon se referma en douceur sans que Narcissa ne se décide à m'imposer sa présence, et il s'installa sur le canapé en face de moi, ses mouvements étrangement raides.
Il me détailla pendant quelques secondes en silence, et je l'imitai malgré moi. C'était peut-être le manque de lumière, mais j'eus l'impression que ses traits étaient plus tirés encore que ce dont je me souvenais, et que ses cheveux étaient parsemés de nouvelles mèches blanches...
Avant que je me souvienne que la pleine lune était imminente – deux jours, tout au plus – et qu'il en ressentait sûrement les effets.
- Comment vas-tu, Maellyn ?
Sa question me sortit de mes pensées et je voulus forcer un sourire rassurant sur mes lèvres.
J'ignorai pourquoi il était là, mais il y avait de bonnes chances que ce soit à la demande de mon père, et je ne voulais pas l'inquiéter.
Il serait bien assez idiot pour revenir en Angleterre s'il estimait que j'en avais besoin, et je préférais le savoir le plus au sud possible.
Sauf qu'il y avait une étrange lumière dans le regard de Lupin dont je ne pus me détourner, et je sus que mentir ne servirait à rien.
Il savait.
Une grimace étira mes lèvres et je serrai les dents pour enfermer les larmes dans un coin de mon cœur.
- Ça peut aller, soufflai-je tout de même.
Il hocha la tête, puis sortit un petit objet rectangulaire de la poche intérieure de sa cape d'été. Il sembla hésiter, me détaillant encore un peu plus, avant de baisser les yeux vers ses mains.
- Sirius Black.
Ce fut à mon tour de le dévisager ouvertement à nouveau, un peu perdue, mais je n'eus pas le temps de lui poser la moindre question car il se leva pour me donner l'objet.
Je le pris, sans comprendre pourquoi mes mains tremblaient autant, et mon cœur se stoppa quand mes yeux croisèrent un regard gris.
L'objet ressemblait à un miroir, mais il ne renvoyait pas mon reflet. Le visage de mon père me faisait face, un peu moins cadavérique qu'un mois plus tôt, mais encore émacié derrière sa barbe.
Je voulus parler, mais une boule était coincée dans ma gorge. Je ne pus que refermer la bouche et déglutir difficilement, essayant de ne pas me laisser envahir par les larmes.
Il se racla la gorge.
- Hey, chaton...
Je dus fermer les yeux, soudainement submergée par ce qui était en train de se passer, peinant à croire que mon père me faisait face – même s'il n'était pas vraiment là –. Après avoir loupé plusieurs battements, mon cœur pulsait trop fort et trop vite, et peut-être même un peu douloureusement.
Il me fallut une éternité pour reprendre le contrôle sur ma respiration hachée, et je réalisai avec un temps de retard que des larmes avaient coulées le long de mes joues. Je pris une profonde inspiration avant de rouvrir les yeux.
Le visage de mon père était toujours dans le miroir, son regard un peu plus brillant, mais une sorte de sourire rassurant sur les lèvres.
Il haussa un sourcil tandis que j'essuyais mes joues de ma main libre.
- Ça va aller ?
Je ne pus que hocher la tête, ma gorge encore trop serrée pour parler sans donner l'impression d'être à l'agonie. A ma réponse, son sourire s'élargit un peu plus, le rajeunissant de plusieurs années.
- C'est un miroir à double sens, dit-il finalement. Un cadeau de mon Oncle Alphard. On s'en servait pour communiquer avec James, et Remus a réussi à les récupérer... J'ai pensé que ça serait mieux que des lettres.
C'était sans doute mille fois mieux qu'une lettre et je détournai le regard pour remercier le professeur Lupin, sans plus le trouver face à moi. Il avait dû quitter la pièce sans que je ne le remarque.
Mon père me glissa un clin d'oeil quand je baissai les yeux vers le miroir à nouveau.
- Il reviendra plus tard. Il a deux ou trois petites choses à discuter avec Narcissa pendant que l'on parle, toi et moi.
Mon visage se ferma malgré moi à la mention de Narcissa. Je ne lui avais pas adressé la parole depuis que j'étais revenue de Square Grimmaurd avec Pansy, et qu'elle avait insisté pour que je lui dise où nous étions et comment je m'étais blessée. Je doutais toutefois qu'elle ait vraiment abandonné et j'appréhendais plus que jamais l'approche de ma fête d'anniversaire.
Dans tous les cas, je n'étais pas sûre que Lupin soit de taille à demander des comptes à Narcissa Malefoy.
Mon père eut un bref éclat de rire – semblable à un aboiement – et je sortis de mes pensées à temps pour le voir secouer la tête.
Je fronçai les sourcils.
- Tu es définitivement la petite-fille de Grant Adler, souffla-t-il.
Mon incompréhension devait être écrite sur mon visage, car il reprit, même si son regard semblait être perdu complètement ailleurs.
- A chaque fois que je me retrouvais seul avec lui, il faisait la même tête que toi.
Il haussa les épaules et grimaça.
- Il ne m'a jamais vraiment beaucoup apprécié. Il doit me haïr maintenant...
- Si tant est qu'il se souvienne encore de toi, grognai-je.
Mon cœur battait à nouveau trop fort en pensant à ce que Narcissa avait fait à la famille de ma mère. A ma grande surprise, mon père haussa les sourcils, l'air particulièrement sceptique.
- Oh, Narcissa est peut-être douée, mais je doute qu'elle le soit assez pour faire oublier à Grant Adler et Burt White qui je suis.
Il passa une main sur son visage, puis accrocha mon regard à nouveau, ses yeux gris encore plus perçants que ce dont je me souvenais de notre entrevue dans le bureau de Flitwick.
J'eus à nouveau cette désagréable impression d'être faite de verre.
- Comment vas-tu, Maellyn ?
Je voulus lui répondre la même chose que j'avais dit au professeur Lupin, même si c'était loin de refléter la réalité. J'allais sans doute mieux qu'un mois plus tôt, quand le poids de la vérité m'avait cloué au lit et me retournait l'estomac dès que je mangeais quelque chose. Les cauchemars continuaient à hanter mes nuits, j'avais bien du mal à avaler plus de deux bouchées sans avoir la nausée et une part de moi était constamment en colère – contre Narcissa, contre Bellatrix, contre tous ceux qui savaient et qui ne m'avaient rien dit –.
S'il y avait eu une étrange lueur dans les yeux de Lupin, il s'agissait d'un brasier dans ceux de mon père et la demi-vérité mourut dans ma gorge.
- Je m'accroche, soufflai-je finalement, ma voix à nouveau tremblante.
Un sourire triste étira ses lèvres et il hocha la tête, comme s'il approuvait ma réponse, ou peut-être pour me remercier en silence d'avoir été honnête avec lui.
- Et toi ?
Il haussa les épaules.
- Je ne sais pas vraiment où je suis, mais c'est beaucoup mieux que l'Ecosse. La pluie me manque presque... Je ne pense pas que les Aurors viendront me chercher ici.
Il y eut un silence et je me retrouvais incapable de trouver quelque chose à dire pour le briser. Mon cœur se serra quand je réalisai qu'il avait beau être mon père, il était comme un étranger pour tout un tas de raisons, à commencer par le fait que Narcissa ne l'avait quasiment jamais évoqué en treize ans.
Un bouffée de colère accéléra les battements de mon cœur et je détournai les yeux.
- C'est bien le 6 août en Angleterre, pas vrai ?
Il me fallut une seconde pour en être certaine et je hochai la tête, incapable de voir où il voulait en venir.
Il hésita avant de reprendre.
- Dans ce cas, joyeux anniversaire, chaton.
Mes poumons se vidèrent d'un coup, comme cette fois où Christopher avait un peu trop bien ajustée une de ses attaques et que j'étais tombée lourdement sur le dos. Je repris de l'air dans une inspiration sifflante, l'air brûlant ma gorge, mon cœur battant trop vite et trop fort dans mes oreilles, et je serrai les dents pour ne être emportée.
Il y avait une raison pour laquelle je n'étais pas pressée d'être au 9 août cette année : à l'aune de tout ce que j'avais appris dans la Cabane Hurlante, je doutais être vraiment née ce jour-là, treize ans plus tôt.
Ce n'était pas vraiment une surprise, mais j'aurais préféré que mon père fasse preuve d'un peu plus de délicatesse.
J'eus l'impression qu'il me fallut une éternité pour reprendre le contrôle de mon corps et de mes pensées.
Quand je pus enfin baisser les yeux vers le miroir, il me semblât que mon père était un peu plus pâle et il passa une main tremblante sur son front.
- Désolé, souffla-t-il d'une voix rauque.
Je ne pus détourner mon regard du sien, comme si le gris de ses yeux étaient deux aimants, ou peut-être aussi à cause des regrets qui semblaient écrits sur chacun des traits de son visage.
Mon cœur se serra à nouveau, d'une façon que je ne lui connaissais pas, et une étrange chaleur se déversa dans mes entrailles, apaisant ma colère et allégeant un peu le poids des dernières révélations.
Un mois plus tôt, je lui avais demandé – après avoir hésité pendant plusieurs jours à l'écrire – s'il accepterait de me donner quelques réponses... Il était un foutu Gryffondor, attendre de la délicatesse de leur part revenait sans doute à croire encore aux contes de Beedle le Barde.
Pendant une folle seconde, j'eus l'impression de me trouver au sommet d'un précipice, et j'étais la seule à pouvoir décider si je sautais dans le vide ou si je restais en sécurité sur la terre ferme.
Alya Lestrange n'aurait pas bougé.
Mais je n'étais pas Alya Lestrange.
Je déglutis, puis inspirai profondément, calmant la brûlure dans mes poumons et retrouvant un peu de courage au fond de mon cœur.
Je forçai finalement un sourire sur mes lèvres – même s'il devait sans doute plus ressembler à une grimace –.
- Le 6 août, hein ? murmurai-je finalement.
Il fronça les sourcils, mais l'ombre d'un sourire en coin familier éclaira son visage – j'étais sûre d'avoir vu jouer le même sur les lèvres de Narcissa, particulièrement quand elle provoquait Lucius –.
Son regard devint étrangement brillant, transformant le gris en un argent des plus purs.
- Plus beau jour de ma vie.
Mon cœur accéléra à nouveau, sans que je ne ressente la moindre douleur pour la première fois en un mois.
Je m'enfonçai un peu plus dans le fauteuil et ramenai mes genoux contre ma poitrine.
- Vraiment ?
Cette fois, il sourit plus largement, perdant plusieurs années sous mes yeux, et faisant presque oublié qu'il avait passé plus d'une décennie à Azkaban.
- Tu as bien failli naître dans le jardin de Grant et Burt, reprit-il.
Je faillis me laisser emporter par le fait que je n'étais même pas née au Royaume-Uni, mais j'aurais le temps de digérer ça plus tard.
Je doutais que cette discussion puisse durer une éternité.
Quelques secondes plus tard, je me surpris à être pendue à ses lèvres, écoutant le début de mon histoire et elle était sans doute à des années lumières que ce que j'avais cru pendant toutes ses années.
Ma mère n'avait pas voulu dire qu'elle avait des contractions pendant plusieurs heures. Mon grand-père avait conduit sa voiture comme un fou furieux pour l'emmener à l'hôpital le plus vite possible. Ma mère avait copieusement insulté les médicomages moldus. Mon grand-père avait pleuré en me voyant et mon grand oncle s'était évanoui.
- Je crois que je n'ai jamais vu Judy aussi heureuse qu'à ce moment-là, souffla-t-il finalement, ses yeux perdus au loin.
Il eut comme un sursaut et son regard accrocha à nouveau le mien.
Tu es devenu le centre de son univers en quelques secondes et elle t'aimait plus que tout.
J'hochai la tête en silence, sa déclaration diffusant une étrange chaleur en moi, qui explosa au niveau de mes paupières.
Ma mère m'aimait.
Je ne l'avais connue que quelques jours – une ridicule poignée d'heures – mais elle m'avait aimée.
J'eus l'impression qu'un poids dont j'ignorais l'existence quittait mes épaules et de pouvoir respirer plus librement.
Parce qu'au fond, ma mère ne m'avait jamais abandonnée.
- Ça va aller, chaton ?
Je pleurai, des larmes que je ne cherchai à pas retenir – j'en étais incapable de toute façon – mais contrairement à toutes ces fois depuis la Cabane Hurlante, je n'avais pas l'impression de me noyer.
Un pli soucieux s'était creusé entre les sourcils de mon père, et il me dévisageait avec inquiétude.
J'hochai la tête, essuyant mes joues une fois de plus, avant de lui sourire sans avoir besoin de me forcer.
- Pourquoi tu m'appelles « chaton » ? demandai-je en reniflant, cherchant le mouchoir en tissu qui ne quittait pas mes poches sans le lâcher des yeux.
Il haussa les épaules.
- C'était le surnom que Lily Potter avait pour moi... Je trouve qu'il te va bien.
Ce fut à mon tour de froncer les sourcils.
- Je croyais que ta forme Animagus était un chien.
Il eut un geste vague de la main et sembla se retenir de lever les yeux au ciel.
- Je crois que c'était précisément pour cette raison qu'elle m'appelait comme ça.
Si son regard désabusé ressemblait sans doute à celui que m'arrachait Pansy quand elle me confiait une nouvelle idée impossible – il semblait avoir renoncé à la comprendre depuis longtemps –, les traits de son visage étaient affaissés et il secoua la tête, comme pour se sortir de ses pensées.
- Assez parlé de moi, reprit-il, son ton enjoué particulièrement forcé. Il paraît que tu es douée en Métamorphose ?
- D'après le professeur McGonagall. Enfin, si elle ne m'a pas menti, elle aussi.
Il haussa un sourcil, me dévisagea, puis éclata de rire.
- Je doute que Minerva McGonagall soit du genre à perdre du temps à préparer quelqu'un pour le Grand Concours International juste par charité... Ou alors, elle se ramollit avec l'âge.
- Elle savait que je n'étais pas la fille de Bellatrix et elle ne m'a rien dit, grognai-je.
- Si tu veux mon avis, elle va se montrer encore plus exigeante avec toi maintenant que tu sais la vérité. Je ne t'envie pas, chaton.
Mon regard noir ne fit qu'élargir son sourire moqueur. Si nous avions été dans la même pièce, peut-être aurais-je tourné les talons et claqué la porte pour faire bonne mesure. Il avait beau être mon père, je n'aimais pas vraiment qu'on se moque de moi.
- La petite rouquine et la grande noire qui te suivent partout ont des prénoms ?
Une voix dans ma tête le corrigea malgré-moi – « je ne suis pas rousse, mais blonde vénitienne » –.
- Deloris Yaxley et Crystal Malhorne.
Il grogna.
- J'ai toujours trouvé les Yaxley détestables. Aussi faux qu'une planche pourrie.
J'étais bien placée pour le savoir, et concernant Deloris, je n'aurais sans doute pas de mal à écrire une longue liste de défauts en comparaison de ses qualités, mais comme beaucoup de choses, je n'avais pas eu le choix.
- C'est la seule fille des Vingt-Huit Consacrées qui a mon âge.
- Ce n'est pas tout à fait vrai. Si je me souviens bien, tu n'as que quelques jours d'écart avec la petite Weasley.
Je me fis presque mal en levant les yeux au ciel et il éclata à nouveau de rire.
La vérité était sans doute que, dans une autre vie – dans laquelle Bellatrix n'avait pas assassiné ma mère et Pettigrow n'avait pas trahi les Potter –, j'aurais sans doute été amie avec Ginevra Weasley.
Si je me fiais à nos derniers échanges acides, il était sans doute trop tard pour cela.
- Peut-être que les Malhorne sont pires.
- Ce n'est pas un nom que je connais mais les Irlandais sont rarement plus malfaisants que la fine fleur de la société Sang-Pur.
- Sa famille vit en Afrique du Sud.
Il haussa un sourcil, avant de les froncer, pour finalement secouer la tête.
- De toute façon, tu n'es pas obligée d'être amie avec Yaxley.
J'aurais aimé que cela soit aussi simple. Que je puisse me débarrasser de Deloris parce qu'elle était insupportable – et qu'elle ne manquerait pas de me mépriser si elle apprenait la vérité – mais je m'attirerais la rancune de Sven au passage, attiserais la curiosité d'Hadrian – et sûrement celle de Nott, ce qui serait une catastrophe – sans oublier que Lucius me servirait une interminable leçon de morale sur le sujet, avant d'exiger que je m'excuse auprès de Deloris.
Je n'aurais qu'à faire semblant cinq ans de plus. Je n'étais plus à un mensonge près.
J'eus un nouveau soupir, et ce fut à mon tour d'avoir besoin de changer de sujet.
- Comment tu as rencontré ma mère ?
Il passa une main sur son front, puis ébouriffa encore plus la barbe qui lui mangeait le visage. Il sembla chercher ses mots pendant une éternité, et je crus une folle seconde qu'Azkaban lui avait volé une partie de sa mémoire. Il finit par se redresser et planta son regard gris dans le mien.
- J'avais une moto volante à l'époque. Une vieille Bonnie que j'avais trouvé dans la cave d'oncle Alphard. Il y avait un gars – Max – qui était plutôt doué pour enchanter les objets moldus. C'est lui qui avait fait voler ma moto et quand j'avais des pannes, je retournais le voir pour qu'il regarde. La première fois que je l'ai vue, elle était dans l'atelier de Max, à négocier le prix qu'il lui prendrait pour enchanter sa moto. C'est pour lui qu'elle était venue au Royaume-Uni. On ne s'est même pas adressé la parole.
Il se pencha un peu plus vers le miroir, et je l'imitai malgré moi, littéralement pendue à ses lèvres.
- Le soir même, elle m'a retrouvé à un bar et m'a annoncé que c'était le carburateur du moteur de ma moto qui était mort. Après ça, on est devenu amis.
- Elle est vraiment venue à Londres pour acheter une moto volante ?
Il haussa les épaules.
- De ce que j'ai cru comprendre, elle est presque née sur une moto. Et Max aurait pu travailler chez Nimbus s'il avait voulu... C'était le meilleur et Judy ne voulait rien d'autre quand il s'agissait de moto... Elle...
Il fronça les sourcils, ses yeux s'écarquillèrent, puis il grimaça, comme s'il se maudissait en silence.
- Quoi ?
Il eut un vague geste de la main.
- Juste... Je viens juste de penser que si Grant Adler était à Londres, il est forcément passé au Hell's Angels. Je vais avoir du mal à convaincre Remus d'aller y faire un tour.
- C'est quoi ça, le Hell's Angels ?
- Un bar de bikers, sur la route Finchley à Londres. Judy y a travaillé et il me semble que le patron était un ami de son père.
Je n'étais pas tout à fait sûre de savoir ce qu'était vraiment une moto – encore moins une Bonnie ou un biker, sans parler d'un carburateur – et une nouvelle vague de colère fit accélérer les battements de mon cœur.
Parce que sans Bellatrix et Narcissa, j'aurais dû grandir dans cet univers à la place de celui des Sang-Purs !
Je pris une profonde inspiration pour reprendre le contrôle sur mes nerfs – j'aurais le temps d'être en colère contre Narcissa plus tard, Lupin n'allait pas la tenir occupée pendant des heures – et une autre pour rassembler mon courage.
- Comment était-elle ? demandai-je après une ultime hésitation.
A moitié parce que mon père semblait être sur le point d'être englouti sous les regrets, et à moitié parce que j'avais presque peur d'en apprendre trop.
Comment ferais-je si, après tant d'années passées à croire que ma mère était Bellatrix Lestrange, je découvrais que Judy Adler n'était pas si différente d'elle ?
J'eus l'impression que le reflet de mon père se mettait à trembler dans mon miroir, et son regard gris devint plus brillant.
Il se racla la gorge et sa main se perdit dans ses cheveux trop longs.
- Physiquement, tu lui ressembles énormément, répondit-il finalement, la voix enrouée. Sauf qu'elle était blonde et qu'elle avait un accent américain.
- Andromeda me l'a dit.
Il fronça les sourcils.
- Andy est au courant ?
- Elle sait qui je suis.
Je ne l'avais pas revue depuis cette fois où elle était venue boire le thé dans ma chambre, et nous avions peu parlé au final. J'ignorais si Narcissa lui avait expliqué qu'il était innocent.
A vrai dire, j'ignorais si Narcissa savait que mon père avait passé douze ans à Azkaban pour rien.
- Que t'a-t-elle dit d'autre ?
- Que ma mère était quelqu'un de bien.
Son sourire ressembla plus à une grimace.
- Andy a raison... Elle pouvait se montrer sans pitié quand elle le voulait, mais elle était indépendante, et forte, et courageuse. Je suis désolé que tu ne l'aies pas connue.
Ce fut à mon tour de grimacer. Tous les regrets du monde ne ramèneraient pas ma mère à la vie, et au moins n'était-elle pas une dangereuse criminelle.
- C'est vrai que vous vous étiez mariés en secret ?
Il sembla perdu pendant une seconde, avant qu'un éclat de rire allège la tension dans ses épaules.
- On ne s'est pas mariés en secret, non... Pour mes vingt-et-un ans, elle m'a aidé à piéger le manoir Black à la moldu, juste pour faire enrager Walburga. Sans me le dire, elle a laissé un mot à l'intention de ma chère génitrice et a signé « Judy Black ». Tu sais aussi bien que moi qu'il n'en faut pas plus pour lancer une rumeur.
Je n'eus pas besoin de beaucoup d'imagination pour deviner la réaction de ma grand-mère – puisque c'était ce qu'elle était – et j'eus un sourire mauvais en repensant aux paroles odieuses qu'elle avait eu envers moi moins d'une semaine plus tôt.
Deux coups sur la porte du salon résonnèrent soudain et j'eus un soupir en réalisant que mon tête-à-tête avec mon père était sur le point de s'achever.
Comme s'il avait lu mes pensées, il eut un sourire désolé.
- Entrez, dis-je.
Ma voix était étrangement rauque et je ne pus qu'espérer que mon visage n'était pas trop marqué par les larmes.
Malgré tout, Lupin restait mon ancien professeur.
Il entra et revint s'installer sur le canapé en face de moi, l'air un peu plus sombre qu'un peu plus tôt.
- A quel point a-t-elle menti, cette fois ?
Il demeura impassible, ce que je savais rare de la part d'un Gryffondor.
- Je ne pense pas que cela soit dans son intérêt de mentir, n'est-ce pas ?
- Pour tout ce que j'en sais, elle est capable de se montrer particulièrement stupide quand elle l'a décidé.
Lupin haussa un sourcil et mon père se racla la gorge.
- Alors ?
Il y eut un silence – Lupin hésitait clairement à répondre, sans doute parce que j'étais là – et j'eus un regard provocant malgré moi, le mettant au défi de me cacher une partie de la vérité.
J'en avais plus qu'assez de ces adultes qui pensaient me protéger en me mentant, surtout sur quelque chose qui me concernait.
Et je pouvais sans doute mettre ma baguette brûler que Narcissa et lui avaient surtout parlé de moi – ou de mon père – pendant tout ce temps.
- Apparemment, le père et l'oncle de Judy ont disparu. Narcissa a engagé un détective privé pour les retrouver, mais les pistes sont pour le moins ténues.
Je me sentis pâlir et je baissai les yeux vers le miroir.
- Ils ne sont pas morts, pas vrai ?
A la simple possibilité que le peu de famille qui me restait n'existait peut-être déjà plus, mon cœur se serra douloureusement et je dus serrer les lèvres pour ravaler les larmes, me raccrochant à la colère qui bouillonnait au fond de mon ventre.
Si Narcissa était responsable...
- Ils ne sont pas morts, Maellyn.
La voix de mon père me ramena à la réalité.
- Tu n'en sais rien ! Narcissa a peut-être trop endommagé leur mémoire et quelque chose leur est arrivé !
- Si tu veux mon avis, Narcissa a bien eu du mal à entrer dans leur crâne épais pour commencer, alors pour ce qui est d'effacer complètement leur mémoire, j'ai beaucoup de doutes. De deux choses l'une, soit ils sont en prison, soit Burt a décidé de se faire oublier. Et je penche plus pour la deuxième solution. Le détective de Narcissa ne les retrouvera pas si c'est le cas.
- Pourquoi seraient-ils en prison ?
Mon père eut un geste de la main assez vague.
- Je n'étais pas dans la confidence, mais je suis absolument certain que le père de Judy était à la tête d'un trafic quelconque, que Burt en était le véritable cerveau, et que Judy usait de la magie pour les aider.
J'en perdis l'usage de ma langue pendant une seconde.
- Oh.
Je n'étais pas bien sûre de savoir quoi penser de cette révélation-là.
- Et concernant Pettigrow ? demanda mon père.
- Rien de plus que moi. Il est de toute évidence très doué pour se faire oublier, mais il finira par faire une erreur.
Le grognement de mon père ressemblait définitivement à celui d'un énorme molosse, mais je ne pouvais qu'être d'accord avec lui.
Pour en avoir discuté avec Christopher, je ne savais que trop bien que la seule façon de laver le nom de mon père était de ramener Pettigrow au ministère. Personne n'accepterait de le croire autrement, qu'il ait le soutient de Dumbledore ou non.
- Rien de vraiment nouveau alors ?
Lupin passa une main lasse sur son visage.
- Je ne crois pas... Tu ne seras pas surpris d'apprendre que les Aurors essayent toujours de te retrouver et qu'il vaudrait mieux que tu restes là où tu es jusqu'à nouvel ordre.
Le silence de mon père me fit plisser les yeux.
- Il a raison ! Tu ne dois surtout pas revenir ici !
Son visage se fit plus dur, et il détourna le regard une seconde avant de croiser mes yeux à nouveau.
- Je ne vais pas faire des promesses que je ne pourrais pas tenir, Maellyn. Voldemort va finir par revenir, d'une façon ou d'une autre, et je ne le laisserai pas s'en prendre à Harry, tout comme je ne laisserai pas Bellatrix te faire du mal quand elle sortira d'Azkaban.
Je regrettai qu'il ne soit pas là pour que je puisse lui jeter un maléfice.
- Pourquoi les Gryffondors se sentent-ils toujours obligés de jouer les héros ! sifflai-je, faute de mieux.
Il haussa un sourcil.
- Méfies-toi, Maellyn. Tu es ma fille, tu es sûrement plus Gryffondor que ce que tu penses.
Mon regard sombre le laissa de marbre et je relevai la tête vers Lupin, espérant trouver de l'aide de son côté.
Il leva les mains d'un air désolé.
- Je suis tout à fait d'accord avec toi, Maellyn, mais lui faire entendre raison quand il a quelque chose dans le crâne est quasiment impossible.
La bêtise de mon père m'aurait presque arraché un cri. Il risquait d'y laisser son âme si jamais il revenait au Royaume-Uni, et je doutais que Potter soit plus enthousiaste que moi à l'idée. Que lui fallait-il de plus comme raison pour rester là où il était jusqu'à ce que Pettigrow soit retrouvé, et qu'importe le temps que cela prendrait ?!
- Sirius m'a dit que c'était ton anniversaire aujourd'hui, Maellyn ?
Je me tendis au rappel. Je n'étais toujours pas certaine de savoir si c'était une bonne chose ou non. Je me contentai donc de hocher la tête, tandis que Lupin sortait quelque chose de l'intérieur de sa robe, auquel il rendit sa taille originelle d'un coup de baguette.
Il s'agissait d'un paquet assez imposant, recouvert d'un papier doré et surmonté d'un nœud bleu.
Il me fallut une seconde pour me décider à déposer le miroir sur la table du salon pour pouvoir l'ouvrir.
En soulevant le couvercle de la boîte, je découvris une veste de cuir pliée avec soin et mon cœur rata un battement.
Je jetai un coup d'oeil vers le miroir. Le sourire rassurant de mon père aurait dû m'apaiser, au moins un peu, mais il ne réussit qu'à me donner envie de vomir.
J'étais presque sûre de savoir ce que c'était, et je savais que j'allais m'écrouler si ma main effleurait le cuir du vêtement.
- J'avais rassemblé les affaires de Judy pour les rendre à Burt et Grant mais... Je pense que tu devrais les avoir. Ce n'est sans doute pas le cadeau idéal pour tes treize ans, mais aucun balai plus performant que L'Eclair de Feu n'est sorti entre temps...
Mes paupières me brûlaient à nouveau, sans que je ne réussisse à mettre des mots sur les émotions qui me remuaient l'estomac et faisaient battre mon cœur beaucoup trop vite.
Ce n'étaient que des objets, mais j'avais grandi entourée de reliques ayant appartenu à Bellatrix, et après tous les mensonges, j'avais besoin d'en faire autant avec Judy Adler.
Une larme m'échappa malgré moi, et je me dépêchai de l'essuyer, avant de renifler sèchement.
Je repris le miroir entre mes mains tremblantes, essayant malgré tout de faire bonne figure.
- Je... Merci, murmurai-je finalement, ma voix comme agonisante à mes propres oreilles. Pour ça, et pour le balai. J'adore voler avec.
Mon père me fit un clin d'oeil, et le poids sur ma poitrine s'allégea un peu.
- C'est ce que j'ai vu à Poudlard... Mais ne te tues pas avec, d'accord ? Judy serait bien capable de revenir me hanter jusqu'à la fin de mes jours, et c'est sans compter ce que me fera subir Grant.
- Promis, soufflai-je.
Il eut un large sourire – un vrai, cette fois, qui réussit presque à effacer les traces d'Azkaban sur son visage – et je réalisai soudainement que je n'avais pas envie que notre conversation se termine.
Parce que je ne savais pas si je pourrais lui parler de cette façon à nouveau – encore moins quand – et que j'avais encore des centaines de questions à lui poser.
Lupin se racla la gorge et je ne pus que fermer les yeux.
- Je suis vraiment désolé, Maellyn, mais je dois y aller...
Je me raccrochai à ma foutue obstination pour enfermer ma déception – même si c'était plus que cela – dans un coin de mon crâne.
- Je comprends, professeur. Je vous suis reconnaissante d'être venu.
- Remus, Maellyn. J'insiste.
Je forçai un sourire.
- J'y travaille.
Je baissai les yeux vers le miroir.
- On est pas sans se reparler, d'accord, chaton ?
- D'accord. Reste où tu es et sois prudent.
- Je ne me ferai pas reprendre, Maellyn, je te le promets. Prends soin de toi. Burt et Grant auront assez de choses à me reprocher pour y ajouter ton teint trop pâle quand on les aura retrouvés.
J'allais finir par croire que mon grand-oncle et mon grand-père étaient plus terrifiants que tous les Détraqueurs d'Azkaban.
- Je t'aime, chaton. Encore un joyeux anniversaire.
- Merci, papa.
Il me lança un dernier long regard – et j'eus l'impression qu'il voyait jusqu'à mon âme – avant qu'il ne se fende d'un clin d'oeil.
Et juste comme ça, le miroir me renvoya mon propre reflet – je grimaçai en remarquant mes joues livides et mes yeux cerclés de rouge – puis je le tendis à Lupin.
Il m'adressa un sourire rassurant.
- Je vais faire en sorte qu'il se montre raisonnable, d'accord ?
J'hochai faiblement la tête, une partie de moi peinant à réaliser que j'avais pu parler à mon père – presque comme s'il avait été à quelques mètres de moi – et que c'était désormais terminé, me donnant l'impression que la pièce avait été vidée de tout son air.
J'aurais aimé pouvoir me réfugier dans les bras de quelqu'un, sauf que mon père était à l'autre bout de la terre, que ma mère était morte depuis des années et que Narcissa m'avait trahie.
Je saluai Lupin d'un seul signe de tête et le bruit délicat de la porte qu'il referma derrière lui résonna à la façon d'un coup de tonnerre sous mon crâne.
J'étais seule.
Je fermai les yeux une seconde, juste pour ne pas perdre le contrôle, et je me levai, résistant à l'envie de me rouler en boule dans mon fauteuil jusqu'à ce que les larmes me bercent jusqu'à l'inconscience.
Je saisis la boîte sur la table et je quittai le petit salon jaune à mon tour, mes pas précipités et une urgence au creux du ventre.
Je faillis ouvrir la porte à la volée, avant de me retenir in-extremis.
Un soupir de soulagement m'échappa quand Draco apparut dans l'encadrement.
- Maellyn ?
- Est-ce que je peux entrer ?
Ma voix n'était qu'un mince filet, et je crus que Draco ne m'avait même pas entendue à la façon dont il me dévisagea, avant qu'il ne s'écarte.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Si ma mère a encore fait quelque chose, je vais vraiment finir par ne jamais lui adresser la parole à nouveau.
Je secouai la tête.
- Non... Je... Le professeur Lupin est venu et j'ai pu parler à mon père et... Apparemment, c'est mon anniversaire aujourd'hui.
Je ne reconnus pas ma propre voix, le monde commençait à tourner autour de moi et des larmes coulaient définitivement le long de mes joues, particulièrement brûlantes.
Draco me prit la boîte contenant les affaires de ma mère des mains pour la déposer sur son bureau, puis m'attira contre lui avec force, ses bras verrouillés autour de mes épaules.
Un sanglot me déchira la poitrine, un pâle avant-goût de la tempête qui ne tarda pas à me secouer, et sans mon cousin, je me serais sans doute écroulée au sol.
- Ça va aller, souffla-t-il à mon oreille, tandis que je m'accrochais à sa robe comme si ma vie en dépendait. Je suis là, petite sœur.
…
Lundi 8 Août 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.
Les trois coups secs me firent sursauter. Je crus d'abord que Draco était déjà là malgré le quart d'heure qui restait avant que ne sonne minuit – mais le bruit se répéta, venant de droite, et je compris que j'avais du courrier.
Je pris soin de marquer ma page avant d'aller ouvrir, le parquet tiède sous mes pieds nus. J'hésitai devant la fenêtre.
Il faisait nuit noire dehors, et seule une lampe à huile était allumée sur ma table de chevet, mais j'étais presque certaine que l'oiseau qui était sur le bord de ma fenêtre n'était pas un hibou.
Parce qu'aucun hibou ne mesurait plus d'un mètre de haut.
Je sortis ma baguette et je pris sur moi pour ouvrir la fenêtre, essayant de me convaincre qu'il s'agissait sûrement d'une lettre de mon père – peut-être les oiseaux colorés qu'il m'avait envoyé jusqu'ici s'étaient lassés de devoir voler aussi longtemps ? –. La bête sauta à l'intérieur de ma chambre, manquant de m'assommer avec une de ses ailes et je ne pus retenir un cri, tandis que je reculai précipitamment, ma baguette pointée devant moi.
L'oiseau m'arrivait presque à l'épaule et était juchée sur une longue paire de jambes. Il avait beau avoir l'air élégant avec sa huppe noire à l'arrière de sa tête, j'aimais beaucoup moins son bec crochu.
Il eut un nouveau mouvement d'ailes et je remarquai enfin qu'il tendait une de ses pattes vers moi, à laquelle était accrochée une enveloppe.
Regrettant de ne pas encore maîtriser un simple Accio, je me penchai pour la récupérer.
- Merci, noble oiseau. Tu trouveras sans doute de quoi te rassasier dans la volière.
J'étais presque sûre que son regard tombait dans la catégorie « condescendant » mais je préférai reculer à nouveau quand il déploya ses ailes pour rejoindre le bord de ma fenêtre, puis il s'envola dans un cri.
J'allais vraiment devoir dire à mon père d'envoyer un oiseau plus discret la prochaine fois. Les Aurors avaient beau ne plus surveiller le manoir depuis des mois, ils seraient bien capables de revenir si les moldus apercevaient un peu trop souvent des oiseaux exotiques dans les environs.
En baissant les yeux vers l'enveloppe, je réalisai qu'il ne s'agissait pas de mon père.
La seule personne qui écrivait en scripte était Crystal.
Chère Alya,
Je te souhaite un joyeux anniversaire. Puisse cette nouvelle année t'apporter tout ce que tu souhaites, et si possible un peu moins d'ennuis.
J'espère que le messager sagittaire ne t'a pas effrayée. C'est l'oiseau qui remplace les hiboux ici. Il est censé arriver à l'heure pour le jour de ton anniversaire, mais ils ne sont pas très fiables. Je m'excuse si j'ai du retard ou si je suis en avance...
Je te donnerai ton cadeau à Poudlard. Je suis rentrée dans le clan de ma grand-mère pour mon Initiation et je n'ai pas le droit de quitter le village, encore moins de me rendre à Kaapstad pour faire du shopping. Ceci explique pourquoi tu n'as pas eu de lettres de ma part depuis le début des vacances... Enfin, je ne vais pas me plaindre, j'apprends tellement de choses auprès des Aînées que ça en vaut la peine. Je te raconterai ce que je peux à la rentrée !
En attendant, j'espère que tu passes de bonnes vacances et tu t'es remise de la mauvaise nouvelle que tu as appris à la fin de l'année.
A dans un mois,
Crystal M.
J'étais plus touchée par sa lettre que ce que j'aurais pu penser. Je ne m'étais pas vraiment inquiétée de son absence de nouvelles : elle m'avait assez répétée dans l'année que son Initiation aurait lieu pendant la majeure partie de l'été que je m'étais doutée qu'elle était trop occupée pour m'écrire. Toutefois, elle avait pensé à moi pour mon anniversaire, et elle avait affronté cet énorme oiseau pour m'envoyer une lettre. J'avais hâte de la retrouver à Poudlard – en espérant que son Initiation ne l'aurait pas trop changée – pour qu'elle me parle de l'Afrique du Sud et du clan de sa grand-mère.
Deux coups secs – à nouveau – me tirèrent de mes pensées et, cette fois, ils venaient bien de la porte de ma chambre.
Draco apparut dans l'encadrement, enveloppé dans une robe de chambre brodée de plumes de pans, et je souris en découvrant Christopher derrière lui.
- Vous venez de manquer le plus gros oiseau voyageur du monde sorcier, soufflai-je, tandis qu'ils entraient dans ma chambre.
- Plus gros encore que ces monstruosités volantes que ton père envoie ? répliqua Draco.
Je retins difficilement un sourire : Draco n'aimait pas les oiseaux qui apportaient les lettres de mon père depuis qu'il s'était soit disant fait attaquer par l'un d'eux.
Il oubliait souvent de préciser qu'il avait voulu réceptionner une lettre qui n'était pas pour lui.
- Il m'arrivait à l'épaule. Je ne suis même pas sûre qu'il puisse entrer dans la volière.
Draco haussa un sourcil et se laissa tomber sur mon lit.
- Et qui t'a envoyé une telle horreur ?
- Crystal.
Il sembla se faire violence pour ne pas répliquer quelque chose de méchant à l'égard de mon amie, à laquelle il reprochait toujours notre accident d'Occlumentie.
- Je suis sûr que Deloris va te snober cette année, dit Christopher.
- Je serais surprise du contraire.
Deloris ne m'avait pas envoyée une seule lettre de l'été – une première – et d'après Pansy – qui l'avait croisée lors d'une fête quelconque –, elle m'en voulait de ne pas lui avoir confié ce qui s'était passé à la fin de l'année scolaire, et de l'avoir ignorée lors de la fête de Présentation de mon cousin.
Il y eut un silence, que Draco se dévoua à briser d'un léger raclement de gorge.
- Prête, cousine ?
Mon regard fusa vers la boîte qui trônait sur mon bureau.
Je n'avais toujours pas regardé ce qu'elle contenait. Après ma crise de larmes, Draco m'avait proposé de la déballer avec moi, mais je lui avais répondu que j'avais eu assez d'émotions pour la journée. Il s'était donc mis en tête d'improviser une fête d'anniversaire, ordonnant aux Elfes de préparer un gâteau le plus rapidement possible. J'avais passé la soirée avec Christopher et lui au bord de l'étang, et ils m'avaient offert leur cadeau.
Pour la première fois, j'avais échappé aux trop nombreuses lettres des patriarches des Vingt-Huit Consacrées, je n'avais pas eu de surprise de la part de Narcissa, et nous n'avions pas mangé chez Gusteau, pourtant, c'était l'un des meilleurs anniversaires que j'avais connu.
Le lendemain, j'avais décidé que je déballerai la boîte à minuit, le neuf août.
Treize ans, jour pour jour, après la mort de ma mère.
Je pris une profonde inspiration, essayant de calmer les battements de mon coeur, puis je rejoignis mon bureau. Le papier doré se froissa un peu sous mes doigts et la boîte me sembla plus lourde que ce dont je me souvenais, mais je n'avais sans doute pas vraiment été en mesure d'apprécier son poids quelques jours plus tôt.
Je pris place en tailleur contre mes oreillers, tandis que Draco et Christopher me faisaient face. Si mon cousin avait l'air d'avoir du mal à contenir sa curiosité, Christopher m'offrit un sourire rassurant.
Mes mains tremblaient et j'eus du mal à enlever le couvercle de la boîte. La veste de cuir était toujours soigneusement pliée, la lumière de ma lampe à huile la faisant étrangement briller. Je la saisis, le cuir plus lisse encore que ce que j'avais imaginé.
En la soulevant, je compris pourquoi la boîte me semblait si lourde. Les épaules et les coudes étaient étrangement renforcés, et j'étais presque certaine qu'elle était ensorcelée.
- On a vu des moldus avec ce genre de vestes en cuir quand on était à Paris, l'année dernière, dit Christopher. Ils avaient tous des motos.
Oh.
- D'après mon père, ma mère est pour ainsi dire née sur une moto, soufflai-je.
Christopher leva les yeux au ciel, si dramatique que je faillis lui demander s'il avait pris des leçons avec Draco sur le sujet.
- Quoi ?
- Et bien, je sais maintenant pourquoi tu as bien piètre sens du danger.
Draco ricana.
- C'est la fille de Sirius Black !
Ce fut à mon tour de sourire, même si je pressentais que Draco allait se faire un malin plaisir de ramener ça sur le tapis aussi souvent que possible, pour la simple et bonne raison que cela faisait de moi la fille d'un Gryffondor.
Voire peut-être même de deux.
A la suite de la veste, je trouvai un pull beige qui devait avoir été porté un million de fois tant la laine semblait élimée à certains endroits.
- Ne laisse pas Pansy voir ça.
- Pour qu'elle s'indigne de ne pas avoir été invitée au déballage ? Je ne suis pas suicidaire.
Sous le pull, il y avait un sac à dos en cuir noir. Je suivis du bout des doigts les nombreuses marques que le temps avait patiné. Contrairement à la veste qui semblait récente – presque neuve –, le sac avait vécu plusieurs aventures à lui seul.
- Tu ne l'ouvres pas ? m'interrompit Christopher alors que j'allais à nouveau plonger la main dans la boîte pour attraper l'objet suivant.
La fermeture éclair résista un peu au départ, sans doute parce que cela faisait bien trop longtemps qu'elle n'avait pas travaillé, et je secouai la tête en découvrant un vrai bazar à l'intérieur.
- Et bien voilà un autre mystère de résolu, se moqua Draco.
Mon regard noir le fit éclater de rire, et je me promis de saisir la première occasion pour me venger.
- J'étais petite, grognai-je. Et puis, ça ne veut rien dire. La chambre de mon père n'était pas non plus immaculée Square Grimmaurd.
Il haussa un sourcil et j'eus envie de lui lancer mon livre de métamorphose en plein visage.
- Je t'en prie, enfonce-toi.
- Par pitié, Chris, fais-le taire.
Christopher glissa un regard en coin à Draco, et mon cousin se leva aussitôt, sa main se refermant sur le manche de sa baguette.
J'imitai mon ami tandis qu'il éclatait de rire.
Depuis qu'il avait assisté – de loin – à l'une des séances d'entraînement de Christopher avec Monsieur Bogdanow, Draco semblait considérer que Christopher était devenu dangereux.
Un an plus tôt, il l'aurait défié au corps à corps sans la moindre hésitation, certain d'avoir le dessus sur lui avec sa tête de plus, mais cette époque était définitivement révolue.
Draco finit par se rasseoir, drapé dans sa fierté et sa baguette toujours à la main.
- Quelque chose d'intéressant dans ce capharnaüm ?
Je retrouvai mon sérieux et commençai à fouiller. Il y avait un paquet de cigarettes à peine entamé – ce qui allait faire rire Pansy –, une bouteille d'eau vide et déformée par les années, des mouchoirs en tissu et, enfin, une pochette fleurie.
La première fermeture renfermait de nombreuses pièces, dont quelques unes sorcières. Je fis tourner entre mes doigts une petite en cuivre, incapable de mettre un nom sur la silhouette gravée côté face.
- « En Dieu nous avons confiance »... lut Draco sur le pile d'une autre. C'est qui ça, Dieu ?
- Heureusement qu'on a fait un voyage dans le monde moldu il y a moins d'un an, Draco, répondis-je.
- Oui, exactement, c'était il y a un an. Je suis passé à autre chose. Alors ?
Je n'avais pas l'intention de lui répondre – il pouvait aussi réfléchir, parce que nous avions visité assez d'églises à cause de lui en Italie – mais Christopher eut pitié de lui.
- C'est la divinité des moldus. Lui, et son fils Jésus.
Je vis sur le visage de Draco le moment où sa mémoire refit surface sous son crâne.
- Ah oui ! Jésus, c'est celui qui était accroché sur la croix dans les églises ? Ils doivent beaucoup l'aimer aux Etats-Unis... Même nous on a pas mis la tête de Merlin sur nos pièces.
- Je doute qu'il s'agisse de lui... répondis-je, tout en refermant la fermeture.
J'aurais sans doute le temps d'étudier les autres pièces de plus près plus tard.
Le deuxième compartiment était plein à craquer de nombreux papiers. Je m'armai de patience, écartant ceux qui ressemblaient aux billets que Narcissa avait utilisé l'année dernière, et perplexe face à ceux sur lesquels rien n'était écrit. Je finis par trouver une première carte au nom de ma mère et gravée de numéros que je tendis à Christopher.
- Je crois que c'est une carte qui sert à payer. Il faut la mettre dans une machine et faire un code.
La carte suivante était aussi au nom de ma mère et je déglutis en découvrant la photo.
Ce n'était pas ce à quoi je m'attendais. Ma mère était censée être blonde pour commencer – ses cheveux étaient plus foncés que les miens – et je ne l'avais jamais imaginée les cheveux aussi courts – plus courts encore que ceux de Christopher –, sans parler de son maquillage trop marqué autour de ses yeux et sur ses lèvres, mais j'étais définitivement son portrait craché.
Je lâchai la carte pour passer mes deux mains sur mon visage, peinant à retrouver le fil de ma respiration et essayant de calmer les tremblements qui traversaient mon corps.
Un bras passa autour de mes épaules, et je reconnus l'odeur de Christopher.
- Ça va aller, Ely' ?
Mon nouveau surnom m'arracha un sourire malgré tout – Draco avait décrété que je devais en avoir un, et ils s'étaient mis d'accord sur celui-ci sans même prendre en compte mon avis –. J'hochai la tête, calquant ma respiration sur la sienne du mieux que je pus, et je me redressai à temps pour voir la grimace de Draco tandis qu'il détaillait le portrait de ma mère.
- On dirait un animal sauvage.
Cette fois, mon regard noir le fit déglutir.
- Je commence à comprendre pourquoi ton père a peur de la famille de ta mère, marmonna-t-il.
Christopher récupéra la carte d'un geste sec et la détailla avec attention.
- Elle avait quinze ans, dit-il après un long silence. Je suppose qu'à cet âge-là, Bellatrix Lestrange s'entraînait déjà à jeter des sortilèges noirs malgré ses toilettes raffinées. Les bêtes sauvages ne sont pas toujours là où on les croit.
Je me redressai et Draco ne trouva rien à répondre à la remarque de Christopher.
Il se racla la gorge.
- Il y a autre chose ?
Je repris mon exploration : il y avait un nombre absurde de cartes avec des noms différents dont je ne comprenais pas l'utilité – parce qu'elles n'étaient pas toutes des cartes de paiement, c'était impossible – et j'étais sur le point d'abandonner – je pourrais toujours le vider consciencieusement plus tard – quand je trouvai les photographies cachées dans un repli de tissu.
Cinq personnes souriaient à l'objectif – trois hommes, une femme et une fillette –, tous parfaitement figés sur du papier glacé.
Je les dévisageais un par un, essayant de décider qui ils pouvaient bien être, de deviner si Grant Adler et Burt White étaient sous mes yeux, ou s'il s'agissait d'amis de ma mère.
Mes mains se mirent bientôt à trembler, rendant la photo floue, à moins que ce soit à cause des larmes que j'étais décidée à ne pas laisser couler.
C'était trop injuste !
Je pouvais réciter l'arbre généalogique des Lestrange sur dix générations et sûrement reconnaître tous ceux qui étaient encore vivants si jamais je les croisais, alors que ce n'était même pas ma famille !
Mon cœur accéléra soudainement, mon visage devint brûlant.
Le grognement qui passa mes lèvres aurait pu appartenir à Patmol.
Tout ça, c'était la faute de Narcissa ! En plus de m'avoir menti pendant des années, elle n'avait pas pu s'empêcher de me transformer en la parfaite héritière Lestrange !
Aujourd'hui, ma vraie famille était une bande d'inconnus dont je ne connaissais même pas le visage.
La lampe à huile s'éteignit soudainement et la pénombre engloutit la pièce aussitôt.
Je sentais ma magie crépiter au bout des doigts de ma main gauche, et j'avais eu assez d'accidents magiques au cours du mois passé pour savoir que le prochain pourrait bien envoyer Draco contre le mur, ou enflammer Christopher.
- J'ai besoin d'air, grognai-je en sautant au sol.
En quelques secondes, je fus sur le balcon, les mains agrippées à la rambarde, si fort que je sentais déjà les muscles de mes bras se tétaniser. Je ne portais qu'une fine chemise de nuit, de la chair de poule ne tarda pas à recouvrir mon corps, et je m'obligeai à me concentrer sur le froid qui m'envahissait, au moins pour laisser le temps à ma colère de retomber.
Quelque chose de lourd enveloppa mes épaules et je relevai la tête dans un sursaut.
Un seul coup d'oeil m'apprit qu'il s'agissait de la veste en cuir de ma mère. Je relâchai la rambarde pour en resserrer les pans autour de moi, avant de me tourner vers Christopher.
- Tu es en train de te transformer en Gryffondor, dit-il.
Sa diction plus lente et parfaitement aristocratique – que je ne lui connaissais plus depuis qu'il vivait au manoir – me fit hausser les sourcils.
Il prit un air supérieur avant de me tendre la photo, réussissant à ce que la lumière provenant de ma chambre la rende visible.
- Ou peut-être que Alya est une Serpentarde et que Maellyn était destinée à être à Gryffondor ?
Il leva les yeux au ciel, puis tapota sur la photographie, ramenant mon attention sur l'essentiel.
- Elle a été prise en 1967. Ta mère avait sept ans, c'est donc la fillette, qui pourrait être toi si elle avait été brune, soit dit en passant. Vu l'air de famille marqué, la femme est très probablement sa mère. Le plus massif des trois hommes est le seul à être brun, et si j'en crois sa veste de cuir, je dirais que c'est ton grand-père. Les deux hommes qui restent sont sûrement les frères de ta grand-mère. Je ne suis pas capable de deviner qui est Burt White, toutefois, je miserais sur le plus âgé des deux.
- Et pourquoi ?
- Les certitudes de l'âge, petite. Tu comprendras quand tu seras plus grande.
J'eus un soupir. Les déductions de Christopher étaient sans doute tout ce que la photographie pouvait m'apprendre.
Je parcourus les différents visages, essayant de m'imprégner de tous les détails possibles : les cheveux longs de mon grand-père, le sourire solaire de ma grand-mère, celui plus doux d'un de ses frères et l'air presque solennel du dernier.
Pour tout ce que j'en savais, ils avaient au moins l'air heureux, ce qui me changeait des portraits des familles Sang-Pur, particulièrement ceux des Lestrange.
- Ce n'est pas la seule photo. Regarde...
Quatre petites photos étaient regroupées sur un même cliché, et sur chacune d'entre elle, mes parents semblaient douloureusement amoureux.
S'ils avaient l'air intimidant sur la première – leur visage sérieux et un regard provoquant parfaitement bien assorti –, leurs grimaces sur la suivante rappelaient qu'ils étaient plus jeunes encore que ce que j'avais pu imaginer. Ils s'embrassaient sur la troisième et l'objectif avait capturé un éclat de rire un peu flou sur la dernière.
Le visage de mon père n'était pas encore marqué par Azkaban, et ma mère était encore pleine de vie, son sourire creusant des fossettes sur ses joues dont j'avais hérité.
Etait-elle déjà enceinte lorsque la photo avait été prise ? Ou venaient-ils seulement de se rencontrer dans l'atelier de Max ?
Je n'eus pas le temps de demander à Christopher ce qu'il en pensait, car il passa à l'image suivante.
Elle était en noir et blanc, tout un tas de chiffres étaient écrit autour et ce qui ressemblait vaguement au profil d'un bébé se détachait au centre.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Il faudra que je vérifie, mais je pense que c'est toi.
Je tournai la tête pour le dévisager.
- Comment ça ?
- C'est une photo de toi, quand tu étais encore dans le ventre de ta mère.
- C'est impossible.
Christopher haussa les épaules.
- Pas pour les moldus. J'ai même lu quelque part qu'ils arrivaient à changer le cœur de quelqu'un en le remplaçant par celui d'une personne qui venait juste de mourir.
Mon cerveau se sentit obligé de me montrer ce à quoi une telle folie pourrait ressembler – une personne couverte de sang, un trou béant au niveau de la poitrine, tandis qu'une paire de mains retirait un bloc rouge et gluant – et j'eus un haut le cœur.
- Pourquoi tu me racontes des horreurs pareils ?!
- C'est toi qui regrettes de ne rien savoir sur les moldus, je te rappelle.
J'eus un soupir. Ce n'était pas tout à fait faux, bien sûr – j'aurais certainement dû grandir avec un pied dans chaque monde si mes parents m'avaient élevée, et peut-être même plus si Narcissa n'avait pas été aussi égoïste – mais ce n'était pas à ce genre d'anecdotes auxquelles je pensais.
- On rentre ? Je commence à avoir froid.
Je pris une dernière inspiration – Viviane seule savait ce que le carton contenait d'autre, et je ne tenais pas à perdre mon contrôle sur ma magie – puis j'hochai la tête.
Draco n'avait pas bougé de sa place, mais il dévorait le carton posé devant lui du regard, comme si, avec suffisamment de volonté, il allait réussir à voir ce qu'il contenait encore.
Il avait dû passer les deux derniers jours dévoré par la curiosité.
- Ça va ? me demanda-t-il, après m'avoir détaillée de la tête au pied.
- Ça va aller, répondis-je, grimpant sur le lit avec précaution de peur d'abîmer quelque chose parmi le bric-à-brac étalé sur la couette.
Je glissai les photos là où je les avais trouvées, me promettant de les regarder à nouveau plus tard. Je compris rapidement que la pochette avait livré tous ses secrets, et je plongeai ma main dans le sac à dos à nouveau. Au toucher, je sentis un morceau de tissu qui semblait entourer quelque chose de dur.
Le tissu était rose et étrangement doux au toucher. En le dépliant, je trouvais une bouteille de verre surmontée d'une tétine – j'en avais un semblable dans la vitrine de mon ancienne chambre –, un vêtement minuscule – décoré de l'inscription « Méfait accompli » – et un bracelet en plastique sur lequel quelque chose était écrit.
Maellyn Liberté Black – 06/08/1981 – 2 : 07 am
Je repassai mon deuxième prénom avec mon pouce, essayant de ne pas trop penser à l'ironie de ma situation. J'avais grandi dans la société Sang-Pur, un monde codifié à l'extrême – encore plus pour les femmes –, où la moindre réaction spontanée était moquée et dans lequel le futur de chaque enfant était décidé avant même sa naissance.
J'ignorai pourquoi mes parents m'avaient donné ce deuxième prénom en particulier – et il faudrait que je pose la question à mon père dans ma prochaine lettre – mais cela confirmait que ma vie aurait dû être bien différente de celle que Bellatrix – et Narcissa – m'avait condamnée à avoir.
Je pris une profonde inspiration pour tempérer la colère qui menaçait de m'emporter à nouveau, et je repliai le tissu autour des souvenirs que ma mère avait conservé de mes premiers jours.
Draco et Christopher étaient étrangement silencieux. Je fis mine de ne pas remarquer le regard qu'ils échangèrent et reportai mon attention sur le sac de cuir, réalisant bien vite qu'il ne contenait plus rien d'intéressant.
Dans le carton, je trouvai une dizaine de lettres, soigneusement maintenues ensemble par une ficelle. Les enveloppes moldues étaient toutes au nom de mon père, l'écriture m'était tout à fait inconnue – même si le mélange de lettres scriptes et cursives me rappelaient celle de Crystal – et l'identité de l'expéditeur était une évidence.
Je libérai la première lettre maladroitement, mes mains à nouveau tremblantes tandis que mon cœur avait repris son habituelle course contre la montre.
Hey, beau gosse !
J'espère que cette lettre te trouvera vivant et pas trop abîmé. Les journaux américains moldus parlent tous les jours de votre « guerre civile » et je suis presque sûre de t'avoir aperçu lors d'un reportage. Ceci explique donc tes munitions : je serais ravie d'apprendre que l'un de ces salopards a fini avec une de ces balles entre les deux yeux.
A part le sujet qui fâche : je suis de retour au travail chez mon ancien patron – je suis apparemment irremplaçable – et mon père a adoré sa balade dans les airs. Mon oncle moins (je crois qu'il s'est découvert une tendance au vertige). J'ai une compétition de boxe dans un mois. Mon entraîneur ne me lâche donc pas et mon coach est un tyran. Il s'avère que ce dernier est aussi mon oncle, aussi lui ai-je promis de m'exercer sur lui s'il oubliait de m'acheter des gâteaux.
Comment va ton adorable filleul ? (Ironie, ironie, i-ro-nie !). Une demi page Sirius ! Tu es complètement gaga de ce gosse ! A croire que tu es le père ! Dois-je envoyer une lettre à Potter pour lui faire part de mes doutes ?
Ah, et Lily peut m'envoyer des lettres si ça lui fait plaisir. Je ne suis pas sûre que ma vie soit si passionnante mais je lui accorde que j'ai plus de conversation que vous quatre Maraudeurs réunis. Qui plus est, nous devons mettre sur pied notre business : j'ai parié avec mon oncle que je serais millionnaire avant mes trente ans et il va bien falloir que je commence quelque part (à moins que tu connaisses un héritier en mal d'amour ou un vieil homme riche sur le point de mourir ?)
Je vais te laisser, j'ai une journée shopping demain et Dieu m'en soit témoin, une compétition de boxe est une promenade de santé à côté de ça.
Sois prudent, ne joue pas les héros et achète-toi un coup de poing américain pour l'amour de Dieu !
Je t'embrasse.
Judy A.
La signature de ma mère me trouva avec un sourire aux lèvres et des yeux brûlants. Mon cerveau peinait à assimiler toutes les informations et plus d'une dizaine de questions tournaient en boucle sous mon crâne – au rythme où allaient les choses, la prochaine lettre que j'écrirai à mon père ferait sans doute plusieurs pages –.
Je ne pus m'empêcher de relire la lettre une seconde fois, savourant un peu plus le ton enjoué des mots de ma mère, sa maîtrise chirurgicale de l'ironie et l'affection qu'elle semblait avoir pour mon père et ses amis.
Je la tendis ensuite à Draco, de peur que le papier moldu ne prenne feu sous l'insistance du regard de mon cousin.
Il eut la générosité de permettre à Christopher de pouvoir la lire par dessus son épaule – ou peut-être ne le remarqua-t-il pas – et il ne put s'empêcher de commenter au fur et à mesure de sa lecture.
- Oui, Sirius Black luttant du côté des gentils lors de la guerre est vraiment surprenant. Je comprends un peu mieux ce nouvel amour pour le duel moldu. Potter avait visiblement un grand fan avant même de devenir le Sauveur du monde magique. Je crois que je serais obligé de te renier si l'hypothèse de ta mère se révèle un jour être la vérité.
Christopher fut plus mesuré. Il me rendit la lettre avec un clin d'oeil.
- Tu as de la chance que je ne puisse pas dire à Monsieur Bogdanow que ta mère faisait de la compétition en boxe. Il ne te laisserait vraiment plus rien passer.
- Parce qu'il se montre laxiste avec moi depuis quand ?
Le sourire moqueur de Christopher me donna presque envie de rejouer un de nos exercices, même si je savais qu'il gagnerait, parce qu'il s'entraînait depuis un an maintenant.
Je rangeai la lettre avec soin, me promettant de lire les autres plus tard.
Je n'étais pas sûre de pouvoir retenir mes larmes pour ce soir, et je n'avais pas envie de les abîmer aussi bêtement.
Draco me lança un drôle de regard en me voyant tendre la main vers la boîte, mais il garda le silence, ce pourquoi je lui fus reconnaissante.
L'objet était rectangulaire et je ne fus pas vraiment surprise de sortir un petit cadre.
Ma mère était juchée sur une moto rouge sang, ses longs cheveux blonds flottant au vent venu de la mer derrière elle. Elle me fit un clin d'oeil, souffla un baiser, puis éclata de rire.
La magie ne me permit pas de l'entendre et j'eus un pincement au cœur.
Au moins savais-je maintenant à quoi ressemblait son visage.
Je restai les yeux fixés sur elle, essayant de graver ses traits à jamais dans ma mémoire, essayant d'effacer jusqu'au souvenir de Bellatrix et Narcissa. La seule mère que j'aurais dû avoir été coincée sous une plaque de verre à jamais et j'étais décidée à raviver son souvenir, par tous les moyens.
- Un jour, j'aurais une moto, soufflai-je finalement.
Christopher se couvrit le visage de ses mains et secoua la tête. Il marmonna quelque chose que je ne sus déchiffrer, peut-être parce que ce n'était pas vraiment de l'anglais.
Draco prit le cadre que je venais de poser au-dessus du pull beige.
- Tu auras intérêt à me faire faire un tour dessus, dit-il simplement.
- Ton père me tuerait.
Son visage se durcit.
- Qu'il essaye un peu pour voir.
Sa voix s'était faite soudainement plus grave et le rictus qui jouait sur ses lèvres était dangereux. J'avais toujours su qu'il était de mon côté concernant Lucius – un an plus tôt, il avait percuté une fenêtre pour m'éviter une leçon de morale mémorable – mais c'était la première fois qu'il l'affirmait avec autant de véhémence.
Ma poitrine se fit moins serrée, et j'eus l'impression de respirer plus librement. Si Draco était prêt à s'opposer à son père – physiquement, s'il le fallait – cela voulait sans doute dire qu'il serait toujours là pour moi, quoiqu'il puisse se passer.
Je le remerciai d'un sourire – plus ou moins réussi – et je plongeai à nouveau la main dans la boîte sans rien y trouver de plus.
- Voilà... dis-je en désignant la pile d'affaires à côté de moi. Maintenant, il faudra que je retrouve mon grand-père et mon oncle pour en apprendre plus.
- Ce qui ne sera qu'une question de mois, affirma Christopher. Narcissa te supplierait à genoux de lui pardonner si cela pouvait fonctionner, elle ne va pas lésiner sur les moyens.
- Il se pourrait que mon oncle soit particulièrement doué pour se faire oublier...
Christopher eut un sourire désolé et j'entrepris de remettre toutes les affaires de ma mère dans la boîte avec soin pour ne pas trop me morfondre sur la disparition de ma famille moldue. Je gardai toutefois le cadre – que je comptais bien mettre sur ma table de chevet, au moins ici – et les lettres – que je lirais au plus vite –.
- Et bien, c'est une bonne chose de faite ! s'exclama Draco en se levant. Je pense qu'il est temps pour nous de rejoindre nos quartiers, Christopher. Il nous faut être en forme pour le reste de la journée.
Je me tendis.
- Narcissa n'a rien prévu, n'est-ce pas ? Je ne veux pas fêter quoique ce soit !
Le clin d'oeil de Draco ne fit rien pour me rassurer.
- Tu verras bien, cousine. En attendant, fais de beaux rêves.
Il m'embrassa sur la joue avant de quitter la pièce, et je tournai la tête vers Christopher.
Il leva les mains devant lui.
- Je ne sais pas du tout de quoi il parle mais, dans le doute, ne tarde pas trop à te coucher.
Je lui adressai un regard noir – il mentait, et plutôt mal avec ça – et je ravalai un grognement agacé quand la porte de ma chambre se referma.
J'avais laissé le soin à Draco de prévenir sa mère que je ne voulais pas fêter mon anniversaire. Pas de cadeaux, pas de déjeuner chez Gusteau et encore moins la traditionnelle surprise.
Je contemplai la possibilité de disparaître – le manoir était immense, entouré par une forêt, et je connaissais de nombreuses cachettes – mais Draco semblait être l'instigateur de toute cette histoire, et si Christopher était au courant, il y avait de bonnes chances pour que cela ne soit pas si dramatique.
Avec un soupir, j'éteignis la lumière, résignée à affronter le pire.
Il s'avéra que le pire s'appelait Pansy Parkinson.
- Debout, Black ! Le soleil brille, les oiseaux chantent et je suis certaine d'avoir aperçu des scones sur la table du petit-déjeuner !
Je rabattis la couverture sur moi et enfouis mon visage sous un oreiller, autant pour étouffer le son de sa voix que pour atténuer la soudaine luminosité dans ma chambre.
Je n'avais certainement pas assez dormi pour supporter Pansy au sommet de son enthousiasme.
- Allez, Black ! On a un programme à respecter !
Elle tira brusquement sur ma couverture et se laissa tomber à mes côtés. Craignant qu'elle profite de mes yeux fermés, je m'obligeai à me redresser.
- Qu'as-tu fait à tes cheveux ?!
Depuis que j'étais en âge de me souvenir, j'avais toujours vu Pansy avec de long cheveux noirs, qui lui arrivaient depuis plusieurs années au milieu du dos. Je n'aurais jamais cru qu'elle puisse les couper au niveau de son menton.
- Tu aimes ?
Si jamais cela était encore possible, elle avait l'air encore plus dangereuse qu'avant et son regard sombre ressortait davantage.
- Tu pourrais être chauve et réussir à rendre la moitié des filles de Poudlard jalouses, répondis-je.
Elle me fit un clin d'oeil.
- J'y penserais la prochaine fois que ma mère se montrera insupportable. Maintenant, va t'habiller.
J'étouffai un bâillement tout en me levant, maudissant mon cousin d'avoir choisi une heure aussi matinale. Une fois devant mon armoire, je me retournai pour regarder comment Pansy était habillée, histoire de savoir à quoi m'en tenir.
Sa tenue moldue – une sorte de chemisier vert qui me disait vaguement quelque chose et un short noir – me fit douter d'être vraiment réveillée.
- Où as-tu eu ça ?
Je doutais que Lady Parkinson aurait accepté d'emmener sa fille unique faire les boutiques dans le monde moldu.
Pansy fit un geste négligent de la main.
- Je l'ai fait moi-même. Je commence à vraiment bien maîtriser les sortilèges de couture.
Je la connaissais assez pour savoir que sa mère avait encore dû décider de passer les deux mois d'été au manoir Parkinson, ce qui avait tendance à rendre Pansy folle. Rien d'étonnant à ce qu'elle ait trompé l'ennui en créant un tenue qui aurait fait enrager sa mère.
- Si tu ne fais pas quelque chose de ce don plus tard, Parkinson, je ne te laisserais jamais l'oublier.
Elle me montra la porte de ma salle de bain d'un signe du menton et je pris rapidement un short et un t-shirt, espérant en silence que je ne croiserais pas oncle Lucius aujourd'hui.
J'étais en train de m'habiller quand la porte s'ouvrit sans prévenir derrière moi. J'eus juste le temps de plaquer mon t-shirt contre ma poitrine avant que Pansy ne me mette le cadre contenant la photo de ma mère sous le nez.
- C'est ta mère ?!
J'aurais aimé pouvoir lui hurler dessus qu'elle aurait pu attendre, et qu'on frappait avant d'entrer dans une pièce quand quelqu'un s'y changeait, mais Pansy n'avait jamais été très douée pour respecter les convenances, et elle risquait de retourner la situation en ma défaveur.
Je me contentai donc d'un soupir agacé.
- Oui.
Pansy pivota la photographie vers elle et sembla détailler ma mère avec encore plus d'attention, avant d'éclater de rire.
- C'est littéralement un miracle que personne ne se doute de rien ! A croire que Lady Malefoy t'a jeté un sortilège occultant quand tu étais bébé !
Je serrai les dents.
- Vaudrait mieux pas.
Pansy m'ignora, les yeux rivés sur la photographie.
- Tu vas avoir du travail si tu veux te montrer à la hauteur de ta mère... Avec Bellatrix, c'était facile, il fallait juste que tu te fasses globalement oublier, mais là ? Il faut que tu ravives le souvenir de quelqu'un dont personne ne se souvient !
Son enthousiasme à l'idée était particulièrement inquiétant – Merlin, que se passait-il exactement dans sa tête parfois ? – et il valait mieux que je ne demande pas de détails.
- Je vais me contenter de raviver la mémoire de mon grand-père et de mon oncle si tu le veux bien. Je peux terminer de me changer ?
- Tu devrais déjà être prête.
Elle me laissa toutefois seule, et je me dépêchai de passer un peu d'eau sur mon visage, peu sereine à l'idée de la laisser livrée à elle-même dans ma chambre.
Elle m'attendait devant la porte, l'air aussi impatiente que si je l'avais fait attendre des heures, et je la suivis à travers le manoir vers la petite salle à manger.
- Quel est le programme ?
- Tu verras... mais, pour une fois, Draco a vraiment eu une bonne idée.
Cela me rassura un peu et, au moment de passer la porte pour rejoindre Christopher et Draco, je décidai de laisser mes idées noires dans un coin de ma tête.
J'avais comme l'impression que ma mère n'aurait pas vraiment apprécié que je me morfonde sur son sort.
Attablé devant une assiette remplie de viennoiseries françaises, Draco semblait encore plus excité que d'habitude et un frisson remonta ma colonne vertébrale.
A bien y réfléchir, Pansy n'était pas la personne la plus raisonnable que je connaissais, et elle aimait un peu trop les idées dramatiques de mon cousin pour être objective.
Douce Viviane, qu'avait-il encore inventé, exactement ?
- Devine quoi, cousine !
Je pris une profonde inspiration, me répétant que si Narcissa était d'accord, ce n'était peut-être pas si déraisonnable.
Bien sûr, elle semblait prête à tout pour que je lui pardonne de m'avoir menti et elle avait effacé la mémoire de ma seule famille pour éviter que la vérité éclate au grand jour...
- Il va me falloir au moins quelques indices, dis-je.
Il se pencha vers moi.
- Que se passe-t-il à la fin du mois ?
Je le dévisageai, un peu perdue. Le mois d'août était toujours conclu par la fête d'anniversaire de Daphné Greengrass – son bal de Débutante cette année – mais il devait s'agir d'autre chose, car Draco ne m'avait pas semblé très enthousiaste à l'idée d'aller à une quelconque fête au cours de l'été.
- Je croyais que tu avais prévu quelque chose pour aujourd'hui ?
Il fronça les sourcils, balaya ma réponse d'un geste de la main, et me donna l'impression qu'il allait s'allonger sur la table tant il était penché vers moi.
- Pas ça ! Père a obtenu des places pour la finale de la Coupe du Monde de Quidditch ! On serra dans la tribune officielle !
Je faillis lui demander de quoi il parlait, exactement, quand ma mémoire sauta à mon secours. L'Irlande s'était qualifiée avec talent pour la finale, et le Royaume-Uni avait été choisi pour l'organiser. Draco avait immédiatement décidé d'harceler son père pour qu'il se procure des places de choix, imaginant très mal passer à côté d'un tel événement alors qu'il se déroulerait au pied de sa porte.
Bien entendu, Lucius n'avait pas manqué d'user de ses relations pour obtenir les meilleures places possibles, et moins surprenant encore, il l'avait annoncé à son fils le jour de mon supposé anniversaire.
- Super ! m'exclamai-je finalement, en espérant que je n'avais pas mis trop de temps à réagir. Je pense que ça va être une finale très intéressante.
Même si j'allais devoir supporter Lucius et Narcissa toute une soirée – et peut-être plus encore si le match s'éternisait –, je n'allais certainement pas passer à côté d'un tel match.
Draco me dévisagea.
- Tu es sûre ?
Je fermai les yeux une seconde, faillis mentir, avant de me raviser.
J'allais devoir mentir à tout le monde, et pas plus tard que samedi pour ma fête d'anniversaire, à laquelle je n'allais pas pouvoir échapper.
Pas à Draco par-dessus tout.
- Ça m'était sortie de la tête, avouai-je. Mais je suis vraiment contente qu'on y aille. Avec un peu de chance, on pourra même avoir des autographes !
Il ne sembla pas tout à fait convaincu, mais il n'insista pas, et il ne me sembla pas faire la tête non plus.
Quand j'eus terminé mon troisième scone – en me forçant un peu, juste pour que Pansy ne me tombe pas dessus –, le silence entre nous quatre me décida à poser la seule question à laquelle je voulais une réponse.
- Alors, quel est le programme ?
Pansy, Draco et Christopher échangèrent un regard complice, et l'annonce sembla revenir de droit à mon cousin.
Il semblait un peu trop enthousiaste et fier de lui pour que je sois tout à fait sereine.
- On va passer la journée dans une fête foraine moldue, dit-il.
Un éclat de rire m'échappa.
- Vraiment ?
- Évidemment. J'ai tout arrangé avec mère.
Tout d'un coup, la tenue moldue de Pansy faisait plus sens. Elle m'adressa un clin d'oeil, avant de se pencher vers moi.
- Je veux faire tous ceux qui font peur, Black. Je compte sur toi.
Mon sourire tordu étira mes lèvres.
Malgré tout, la journée s'annonçait mémorable.
…
Samedi 13 Août 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.
- Buvons tous à la santé de ma très chère nièce. Joyeux anniversaire, Alya.
J'imitai le sourire faux de Lucius avec une facilité que seules les années confèrent, et je portai mon verre de champagne à mes lèvres, essayant d'ignorer les regards fixés sur moi, et l'évaluation tacite à laquelle on me soumettait.
L'estrade n'avait pas pour but de me permettre de voir tous mes invités – ceux de Narcissa et Lucius pour être précise – mais plutôt le contraire.
Je fêtais mon treizième anniversaire. Mon bal de Débutante aurait lieu dans un an précisément, et les enchères pour obtenir le droit de marier un fils à l'héritière de la puissante famille Lestrange pourraient officiellement commencer.
Ce soir, j'étais un morceau de viande de choix, et les potentiels acquéreurs étaient venus pour vérifier si je tiendrais les promesses de mon lignage, ou si un terrible épisode d'acné m'avait défigurée depuis la dernière fois.
Je fus reconnaissante à la brûlure de l'alcool de m'offrir une distraction éphémère et, quand je rouvris les yeux, ce fut pour croiser ceux de Pansy.
Elle se tenait au premier rang, entourée de Draco et Christopher, et ils ressemblaient à trois gardes du corps particulièrement hostiles. Pansy et Draco m'avaient promis de s'échapper dès que possible – ce qui serait compliqué, chacun étant un héritier en vue – et il ne resterait que Christopher pour m'empêcher de perdre mon sang froid.
Une chance qu'il ait toujours eu un don quand il s'agissait de lire mes pensées, et encore mieux qu'il soit désormais capable de me projeter au sol en quelques gestes.
Une main légère se posa sur mon épaule – celle de Narcissa, sans aucun doute – et je fis un pas en avant pour m'y soustraire, engageant ma descente au passage, sans un regard en arrière.
Quelques heures plus tôt, j'avais été obligée de rester dans la même pièce qu'elle tandis qu'elle m'expliquait le programme de la soirée – sensiblement le même que celui des autres années – et je ne savais pas encore comment j'avais réussi à garder mon calme quand elle avait essayé de m'amadouer avec ses larmes de crocodile.
Mon silence avait sans doute pire pour elle qu'un excès de colère, et c'était une victoire comme une autre.
Je traversai la grande salle de réception la tête haute et mon regard fixé sur les portes, certaine que Christopher serait dans mon sillage, et à mes côtés avant que je n'ai rejoint le grand salon et les enfants qui n'avaient pas encore l'âge d'assister au toast des hôtes. Une fois dans le hall, je terminai ma coupe de champagne – espérant que Pansy ait raison concernant l'alcool et la patience qu'il conférait – et je me stoppai devant la double porte ouverte sur le parc.
Un courant d'air frais porta jusqu'à moi les senteurs du jardin en fleur, le ciel était clair et j'aurais pu être sur mon balai à l'heure qu'il était... Au lieu de ça, je me sentais plus engoncée que jamais dans ma robe, mes chaussures me torturaient les pieds et je finirais sans doute la soirée avec un mal de crâne à cause de ma couronne de tresses trop serrée.
Je sentis une présence à ma gauche et j'y trouvai Christopher, plus élégant que beaucoup dans une robe grise des plus simples. Il m'offrit un léger sourire, puis me tendit son bras pour m'escorter à l'étage.
- Pendant une seconde, j'ai cru que tu allais vider ton verre au visage de Lucius.
J'eus du mal à retenir un sourire amusé, et je vis son regard bleu s'illuminer. Je me détournai, mon menton bien plus haut que nécessaire.
- Moi aussi, mais je ne voulais pas gâcher un excellent champagne.
Nous rejoignîmes le grand salon et prîmes position près de la porte – autant par tradition que pour surveiller l'arrivée peu probable de Pansy ou Draco –.
J'affichai un sourire poli pour remercier mes invités pour leurs vœux d'anniversaire, ignorant certaines tournures ironiques – certainement dues au fait que j'avais brillé par mon absence à toutes les fêtes durant l'été, ce qui représentait un bon nombre d'anniversaires –.
Astoria Greengrass fut la dernière à gravir l'escalier, très élégante dans une robe bleu pâle, ses longs cheveux bruns cascadant librement dans son dos.
- Joyeux anniversaire, Alya, dit-elle en arrivant à ma hauteur.
Face à l'enthousiasme dans sa voix et à son large sourire, je me sentis obligée de lui répondre un peu plus chaleureusement.
Autant Daphné pouvait se montrer glaciale tant elle appliquait l'étiquette Sang-Pur à la lettre, autant Astoria m'avait toujours parue plus spontanée, peut-être parce qu'être la seconde fille d'une grande famille lui offrait une sorte d'insouciance, ou peut-être plus simplement parce que son caractère était plus souple que celui de sa sœur aînée.
Elle fit un pas vers le salon, avant de changer d'avis et de se tourner à nouveau vers moi.
- Je pense que tu devrais savoir que Yaxley n'est pas du tout malade. Je l'ai entendu dire à Flint qu'elle voulait te faire payer de l'avoir ignorée tout l'été.
Je ne pus m'empêcher de lever les yeux au ciel.
- Oui... Deloris n'est pas très subtile, je me doutais que c'était la véritable raison derrière son absence.
Astoria serra les lèvres, son regard brun clairement réprobateur.
- Cette fille est un cauchemar ambulant. Je pense sincèrement que Malhorne fait une bien meilleure amie que Yaxley.
Son honnêteté me toucha bien plus que ce que j'aurais pu imaginer, et je sentis le masque d'Alya Lestrange glisser de mon visage.
Il me fallut une longue seconde pour me reprendre.
- Je pense que tu as beaucoup de chance d'être à Serdaigle, dis-je en réponse.
Son sourire fut aussi sincère que mon aveu, avant qu'elle ne me détaille avec sérieux.
- Alya... Tu vas bien, n'est-ce pas ?
Ma gorge se serra et je ravalai ce qui ressemblait à des larmes avant de répondre, sans mentir.
- Pas tout à fait, mais merci d'avoir demandé.
Elle attrapa ma main avec douceur et la serra pendant une longue seconde.
- Quoiqu'il ait pu se passer, je suis sûre que cela va s'arranger.
Avec un dernier sourire rassurant – auquel une partie de moi décida de croire –, elle s'en alla rejoindre les jumelles Carrows.
- Je suis d'accord avec Astoria, me souffla Christopher en faisant un premier pas dans le grand salon.
Je secouai la tête et l'imitai.
- Tu n'as jamais aimé Deloris.
Le regard en coin qu'il me lança était si équivoque que je sentis mes joues brûler sous le maquillage qui cachait la pâleur de mon teint et mes cernes.
- C'est une très bonne chose que tu ne sois plus à Poudlard, marmonnai-je. Crystal et toi vous seriez trop bien entendus et ma vie aurait été un véritable enfer.
Cette fois, il éclata de rire – celui qu'il réservait d'habitude aux moments où nous étions seuls – et je n'eus pas besoin de beaucoup d'imagination pour deviner la réaction de Crystal quand je lui raconterais que Deloris n'était pas venue à ma fête d'anniversaire.
Quelque chose comme un haussement de sourcil réprobateur et une longue énumération de toutes les raisons pour lesquelles je ne devrais plus adresser la parole à Deloris.
Le pire était sans doute que Christopher et Crystal avaient raison. Deloris était chaque année un peu plus dure à supporter que celle d'avant, et je savais pertinemment qu'elle me tournerait le dos à la seconde où elle apprendrait que ma mère était née-moldue. Seulement, j'avais assez à gérer depuis un mois pour ne pas rajouter sa haine éternelle et les reproches de Lucius par dessus tout le reste.
L'idéal serait qu'elle se lasse en premier de notre amitié et qu'elle se contente de Sven et Hadrian jusqu'à la fin de nos études.
C'était sûrement trop demander à ma bonne étoile – si tant est que j'en ai vraiment une –.
Christopher m'arracha à mes pensées en me présentant une assiette de canapés, un sourire un peu trop froid aux lèvres, comme s'il me mettait au défi de décliner une bouchée ou deux.
Je n'avais toujours pas retrouvé mon appétit d'avant et Christopher veillait à ce que je mange au moins assez pour ne pas tomber dans les pommes à la moindre contrariété.
Je fis donc bonne figure, essayant d'apprécier la cuisine française – Narcissa avait passé commande chez Gusteau, ce qui était une tentative de plus pour m'amadouer – sans vraiment y parvenir – le luxe du monde Sang-Pur avait un goût amer depuis que je savais comment j'avais été amenée à y vivre –.
Tandis que je grignotais, Christopher me fit la conversation, évoquant ses nombreuses lectures au sujet des moldus – conseillées par Miss Ross – puisqu'il avait choisi de prendre une option qui ressemblait beaucoup à l'étude des moldus de Poudlard – une chose que je lui enviais terriblement –.
- Les rumeurs sont donc vraies... Tu es un traître à ton sang, Rowle.
Nous nous retournâmes à la voix familière, et trouvâmes Sven et Hadrian derrière nous. Si Flint semblait indifférent, Avery était particulièrement hostile.
- Peut-être que la société Sang-Pur ne mérite pas ma loyauté, Avery.
- Tu sembles plutôt content de pouvoir te goinfrer de canapés et de vivre au manoir Malefoy. J'ai l'impression que tu es un sacré hypocrite en plus d'être un sale traître ! Ta seule présence ce soir est une insulte ! Je ne comprends pas pourquoi Lucius Malefoy ne t'a pas encore jeté à la rue !
Les mots d'Avery me donnèrent l'impression de prendre une gifle, et je sentis la colère accélérer mon cœur.
Comment osait-il parler à Christopher de cette façon ?
Je voulus lui dire le fond de ma pensée, mais mon ami fit un pas en avant, l'air toujours aussi calme, mais une expression dangereuse sur son visage.
Il avait beau être un peu plus petit qu'Avery, il était plus solidement bâti et je savais qu'il n'aurait pas la moindre difficulté à avoir le dessus si les choses tournaient mal.
- Contrairement à toi, je sais faire preuve de politesse à l'égard de Lord et Lady Malefoy. Toutefois, si ma présence t'insulte, Avery, tu es libre de partir. Je doute qu'Alya regrettera ton sens particulier de la fête.
- Etant donné qu'on ne l'a pas vue de l'été, c'est à croire qu'elle a perdu son sens de la fête. A moins que tu lui aies monté la tête à propos de la maléfique société Sang-Pur ?!
Je fermai les yeux une seconde. Sven avait des défauts, mais il n'était pas prompt aux théories du complot.
- Je vois que Deloris n'est pas si absente que cela ce soir, Sven. Si elle voulait vraiment connaître la raison de mon absence aux fêtes, elle aurait dû venir elle-même. Puisque tu sembles être un bon messager, tu le lui diras de ma part.
A la fin de ma tirade, je réalisai que j'avais parlé plus fort que ce que je pensais. Tous les visages étaient tournés vers moi. Les conversations s'étaient tues, et on entendait plus que la musique de fond et les cris des plus jeunes. Je les vis échanger des regards entre eux, à moitié gênés, mais surtout curieux, comme s'ils attendaient une révélation croustillante.
Mon refus de me rendre à la moindre fête pendant tout l'été avait sans doute animé plus de discussions que ce que j'aurais pu imaginer.
- Je doute que tes parents apprécieraient que tu sois amie avec lui, Alya, reprit Sven, se détournant de Christopher. Il va t'entraîner dans sa chute.
La mention de Bellatrix était la plus mauvaise idée que Sven avait eu ce soir, et je contins ma magie à l'ultime seconde, sachant pertinemment que cela jouerait en ma défaveur.
- Bellatrix et Rodolphus Lestrange ont tué et torturé pendant la guerre ! grognai-je, ma voix rauque. Je doute qu'ils soient de bon conseils et, de toute façon, ils ne sont pas là pour me les donner étant donné qu'ils ont été assez stupides par dessus tout ça pour se faire arrêter ! Christopher a raison, si sa présence t'insulte, tu peux partir. Et ça vaut pour tout le monde.
J'attendis que Sven détourne le regard avant de dévisager les personnes qui m'entouraient. Si certains affichèrent leur désapprobation, d'autres firent mine de ne pas avoir tout écouter. En croisant le regard d'Astoria, elle leva son verre de jus de fruit en signe de soutien.
Finalement, Sven battit en retraite, et Hadrian le suivit, l'air un peu gêné – le concernant, je doutais que Caelina Flint aurait été ravie d'apprendre qu'il était du côté d'Avery –. L'atmosphère du grand salon mit une éternité à se détendre, les discussions reprenant peu à peu, et les coups d'oeil dans ma direction devenant un peu moins appuyés.
Je tremblai bien plus que de raison, le feu de ma colère encore brûlant dans mes veines et je ne pouvais pas quitter la pièce en claquant la porte comme je l'avais fait tant de fois cet été. C'était le meilleur moyen pour que les rumeurs deviennent incontrôlables.
Je pris donc sur moi pour faire bonne figure, réussissant à avaler deux autres canapés, même si j'avais l'impression que la nourriture avait le goût de terre et que ma gorge était plus rêche que jamais quand j'avalais.
A mes côtés, Christopher s'abstint de tout commentaire, mais je le vis se positionner entre moi et quiconque osait s'approcher de trop près.
- J'ai besoin d'air, soufflai-je finalement, après m'être assurée qu'assez de temps se soit écoulé.
Je ne pouvais pas donner l'impression de fuir, même si c'était ce que je désirais le plus à cet instant.
- Tu veux que je vienne avec toi ?
Je secouai la tête.
- Assure-toi qu'Avery ne fasse pas son intéressant en mon absence. Je ne serai pas longue.
A côté du grand salon, la température du couloir me fit déjà un bien fou. Je pris une première inspiration un peu plus libre et ma démarche me sembla un peu moins raide. Une autre fois, j'aurais rejoint la terrasse de toit – Draco y avait peut-être caché une autre bouteille de champagne, comme pour sa propre fête d'anniversaire – mais je risquai de ne plus vouloir redescendre, et je ne pouvais pas laisser Christopher seul trop longtemps.
A défaut, je pris la direction de la petite salle à manger, certaine de n'y croiser personne, contrairement au parc. La pièce s'ouvrait sur une belle terrasse qui surplombait une partie du jardin d'été du manoir, et offrait une belle vue sur l'étang et la forêt au loin. La rumeur de la fête était presque entièrement noyée par le bruit des insectes nocturnes et je fermai les yeux pour me raccrocher aux senteurs familières.
Même si j'en détestais désormais l'idée, le manoir restait l'endroit où j'avais grandi et je savais que je pourrais pas m'enfuir comme mon père l'avait fait.
Pas encore, du reste.
Je pris une profonde inspiration, essayant de calmer les battements de mon cœur, et de ne pas ressasser ce que Sven m'avait dit. J'aurais dû me douter que les rumeurs iraient bon train et que Deloris ferait partie de ceux qui spéculeraient le plus.
Merlin, je n'avais pas du tout envie de la retrouver à la rentrée. Le mieux que je pouvais espérer était qu'elle me ferait la tête le plus longtemps possible, mais je la connaissais assez pour savoir qu'elle essaierait plutôt de m'arracher des confidences. J'allais devoir réfléchir à une histoire convaincante si je voulais acheter ma tranquillité le plus tôt possible.
J'eus un soupir. J'aurais le temps penser à tout cela plus tard. Je devais d'abord terminer cette soirée sans perdre le contrôle sur ma magie, et j'allais avoir besoin de tout mon sang-froid.
Je me détournai donc à contre cœur – passer la soirée sur cette terrasse était bien plus tentante que de retourner au grand salon – avant de me figer en découvrant une personne installée sur le banc près de la porte.
Il fit semblant d'être surpris de me découvrir en relevant les yeux de son livre.
- Que fais-tu ici, Nott ?
Son sourire poli me fit plisser les yeux.
- Bonjour à toi aussi, Lestrange. Et un joyeux anniversaire.
L'ironie cinglante dans sa voix me donna envie de lui jeter un maléfice, ce qui finirait par m'échapper s'il continuait à se moquer de moi, baguette ou non.
- Pour répondre à ta question, j'ai effectué mes deux heures de présence obligatoire négociées avec mon père. J'ai donc le droit de vagabonder comme bon me semble, du moment que je ne me fais pas prendre.
Je déglutis difficilement et je fis de mon mieux pour ignorer la sueur froide à la base de ma nuque. Si Nott aimait vagabonder dans le manoir, il pouvait très bien être monté visiter mon ancienne chambre – voire ma nouvelle – et je ne pourrais pas affronter ce qu'il pourrait bien avoir à me dire sur tout ça.
Pas ce soir.
- Tu perds la main, dans ce cas. Ce livre vient de la bibliothèque, j'imagine ?
- Non... Malheureusement, tout ce qui aurait pu revêtir un quelconque intérêt n'y est pas rangé, et je n'ai toujours pas réussi à convaincre Malefoy de me les montrer.
- Oui, je suppose que Draco ne tient pas à se faire assassiner par son propre père. Je te laisse à ta lecture, Nott. Mes invités m'attendent.
Il se leva dans un geste fluide pour me barrer le chemin.
- A vrai dire, j'espérais pouvoir te parler en privé, Lestrange.
Je serrais les dents et croisai les bras sur ma poitrine pour cacher le tremblement de mes mains. Pourquoi fallait-il toujours qu'il se mêle de ce qui ne le regardait pas ?
- Vraiment ? De quoi s'agit-il, cette fois ? Ton père a commencé la rédaction d'un contrat de mariage ?
Un sourire glacial étira ses lèvres, et la peur fit battre mon cœur plus vite.
Par pitié, tout sauf ça.
Il fit un pas vers moi.
- Il s'est passé quelque chose en juin dernier...
Je fus presque soulagée par sa réponse. Pansy m'avait prévenue que Nott avait essayé de lui arracher des confidences, et que je serais sans doute la prochaine avec qui il tenterait sa chance.
- Vraiment ? Tu as un sens d'observation incroyable, Nott. A ce niveau-là, c'est presque de la divination.
Pour une fois, mon trait d'ironie toucha juste, et j'en pris bonne note. A priori, se moquer de ce qu'il considérait comme une de ses forces fonctionnait aussi bien avec lui qu'avec le commun des mortels.
- Dis-moi de quoi il s'agit, Lestrange, et je te dirais ce que je sais sur la coupe du monde de Quidditch.
Je fronçai les sourcils, soudainement perdue, avant de reprendre mes esprits aussitôt.
Peu importait, mon secret ne valait certainement pas le sien et, quand bien même, Nott était la dernière personne à laquelle je voulais le confier.
- Tu veux dire que tu sais qui va gagner ? Si c'est le cas, je vais être obligée de décliner ton offre et de m'excuser. Il faut vraiment que je retourne à ma fête d'anniversaire.
Il fit claquer sa langue contre son palais.
- J'ai surpris une conversation entre mon père et Lucius Malefoy...
Je souris malgré moi en remarquant la frustration qui faisait trembler sa voix. Nott tenait tellement à découvrir ce qui s'était passé en juin dernier qu'il en perdait la maîtrise de lui-même.
- Tu n'as pas la moindre idée de ce qui a bien pu se passer, pas vrai, Nott ?
Son regard sombre valait un aveu et j'éclatai d'un rire mauvais.
- Tu vas devoir apprendre à vivre sans, parce que je ne serais pas celle qui te dira quoique ce soit. Maintenant, laisse-moi passer.
Il me défia du regard, sans donner le moindre signe qu'il allait accéder à ma requête, comme si me laisser partir était au-delà de ses forces.
S'il pensait m'impressionner de la sorte, il oubliait que j'avais grandi avec Draco.
- Alya ? Ah, tu es là ! Je te cherche partout depuis une demi-heure !
Le ton faussement enjoué de Pansy mit fin à notre affrontement, et elle nous rejoignit sur la terrasse.
- C'est bientôt l'heure de souffler tes bougies, Lestrange ! Tu viens ?
J'eus un dernier regard provocateur à l'intention de Nott avant de faire un premier pas en avant.
Il se décala d'un geste raide.
- Bonne lecture, Nott, railla Pansy en me poussant à l'intérieur.
Elle attendit que nous nous fûmes suffisamment éloignées pour m'attirer dans la première pièce sur notre chemin – un petit boudoir dans lequel nous n'allions jamais –.
- Qu'est-ce qu'il te voulait ?
- Selon toi ?
Pansy eut un grognement et se pinça l'arrête du nez.
- Son obsession pour les secrets devient gênante ! Il va falloir qu'on trouve de quoi le distraire si on veut qu'il nous laisse tranquille !
J'haussai les épaules.
- Il ne découvrira rien, Pansy...
Elle m'attrapa par le menton et m'obligea à la regarder dans les yeux.
- On parle de Nott, Black ! Je ne sais pas comment il fait pour découvrir le quart de tout ce qu'il sait, mais il a de toute évidence des méthodes efficaces. Il suffira qu'on fasse une seule erreur pour qu'il découvre la vérité. Je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il en ferait, mais je ne tiens pas non plus à le découvrir !
Plus qu'autre chose, ce fut l'inquiétude de Pansy qui me rappela à quel point Nott pouvait se montrer dangereux à sa façon.
- Je vais réfléchir à quelque chose. En attendant, évite de te retrouver seule avec lui, tu n'es pas la meilleure menteuse que je connaisse.
Je levai les yeux au ciel.
- Ça fait treize ans que je fais croire à tout le monde que je suis la fille de Bellatrix et Rodolphus Lestrange à tout le monde.
- A ton insu, très chère. Tu es nettement moins convaincante depuis que tu sais la vérité.
Je déglutis.
- Vraiment ?
- Oui... Mais personne n'ira chercher une idée pareille. Je crois que Narcissa a commencé à laisser entendre que le sale caractère des Black avait rattrapé ses deux précieux enfants, et que vous étiez des adolescents plus difficiles que prévu, Draco et toi.
- Génial...
Elle eut un geste négligent de la main.
- Ce n'est même pas un mensonge. Tu es prête ?
J'hochai la tête, avant de la retenir en attrapant son bras.
- Quoi ?
Je pris une inspiration. J'avais eu le temps de réfléchir depuis ma discussion avec mon père, et s'il y avait des questions auxquelles il ne pouvait pas répondre, j'étais bien décidée à trouver les réponses par moi-même.
- Je veux aller voir le bar où travaillait ma mère avant qu'on retourne à Poudlard.
Elle me dévisagea pendant plusieurs secondes, puis un sourire étira ses lèvres.
- Je peux certainement arranger ça, petite. Mais ce n'est pas sûr du tout qu'on en apprendra plus.
Je soutins son regard.
- Je sais. Sauf qu'entre Remus Lupin et moi, je pense que je suis celle qui a le plus de chance d'obtenir des réponses.
- J'aime quand tu prends des initiatives, Black. Tu me redonneras les détails plus tard, on doit vraiment rejoindre le grand salon ou Christopher va devoir souffler tes bougies à ta place.
Je la laissai emmêler ses doigts aux miens et me mener à travers le manoir sans rechigner. Plus que quelques heures, et je serais débarrassée de cette maudite fête.
…
Jeudi 18 Août 1994, Chemin de Traverse, Londres, Angleterre.
Comme chaque année à la fin de l'été, le Chemin de Traverse était en ébullition. De nombreuses familles se pressaient de commerce en commerce, à la recherche de toutes les fournitures requises par Poudlard.
L'espace d'un instant, la rumeur de la foule, les cris des plus jeunes et le soleil brillant au-dessus de moi me fit presque croire que j'étais de retour à la fête foraine où nous avions passé la journée, Draco, Christopher, Pansy et moi. C'était sûrement le meilleur moment de mon été et Draco n'imaginait pas à quel point je lui étais reconnaissante d'avoir eu cette idée.
Pendant quelques heures, j'avais réussi à ne plus penser à tout ce que j'avais découvert en si peu de temps, et je n'imaginais pas passer l'anniversaire de la mort de ma mère autre part que dans le monde moldu.
Un frisson d'excitation remonta ma colonne en même temps que mes entrailles se serraient.
J'ignorai ce que j'allais réussir à apprendre en me rendant au Hell's Angels mais je passerai quand même quelques minutes dans un endroit que ma mère avait fréquenté quand elle était venue à Londres. Avec un peu de chance, je croiserai même des personnes qui se souviendrait d'elle. Ce n'était pas grand chose, mais si j'avais bien une certitude, c'était que j'allais devoir apprendre à m'en contenter tant que je n'aurais pas retrouvé mon grand-père et mon oncle.
En attendant, je suivais Pansy le long de la rue principale du Chemin de Traverse, et nous ne tardâmes pas à rejoindre les ruelles secondaires qui menaient vers des habitations ou des magasins moins prestigieux. Nous croisâmes de moins en moins de monde, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus personne du tout à croiser. Pansy s'arrêta non loin d'une boutique d'antiquaire dans laquelle Narcissa m'avait déjà emmenée.
- Bon, voilà ce qu'on va faire, dit Pansy en sortant ce qui ressemblait à une carte de Londres – j'ignorais comment elle réussissait à obtenir ce genre de chose –. Nous sommes à peu près par ici et nous devons aller là.
Le premier point était en bas à droite de la carte, le second bien plus au nord, et je grimaçai.
- Exactement, petite. L'idéal, ça serait de demander au Magicobus de nous déposer juste à côté, mais mon père a toujours dit que le chauffeur était la plus grande pipelette du pays. Il y a assez de rumeurs comme ça sur toi, Ely'.
J'aurais dû me douter que mon nouveau surnom ne tarderait pas à arriver à ses oreilles.
- C'est pourquoi, on va demander au Magicobus de nous déposer pas très loin du Ministère de la Magie. Il nous restera encore une bonne heure de marche, mais je ne peux pas faire mieux. Vous avez tous pensé à mettre des vêtements moldus sous vos robes ?
- Évidemment, répondit Draco, l'air un peu vexé qu'elle ose poser la question.
- Parfait.
Elle rangea la carte et sortit sa baguette, qu'elle agita d'un geste sûr.
Quelques minutes plus tard, un BANG tonitruant retentit dans la ruelle, et l'immense bus violet à trois étage apparut de nulle part, occupant presque toute la place entre les deux rangées d'immeuble. Les doubles portes s'ouvrirent sur un jeune homme en uniforme violet.
- Bienvenue à bord du Magicobus, transport d'urgence pour sorcières et sorciers en perdition. Faites un signe avec votre baguette magique et montez, montez, nous vous emmènerons où vous voudrez. Je m'appelle Stan Rocade et je serai votre contrôleur pour...
- Oui, oui c'est bon, on connaît la chanson, l'interrompit Pansy. Quatre tickets pour le Ministère de la Magie.
Stan Rocade nous dévisagea l'un après l'autre.
- Où sont vos parents ?
- Au Ministère de la Magie, de toute évidence, répliqua Draco, son ton aussi dédaigneux que son père quand il s'adressait à un subalterne. On est attendu.
Pendant une seconde, je crus que Rocade allait nous refuser le voyage, mais il haussa ses épaules et sortit sa machine à tickets. Draco se chargea de régler et Pansy nous poussa vers le fond du bus où nous trouvâmes quatre sièges libres à peu près confortables.
A part nous, il n'y avait qu'une dizaine de passagers, ce qui signifiait sans doute que nous n'en aurions pas pour très longtemps avant d'arriver à destination. Ce n'était pas plus mal.
Le Magicobus était une épreuve pour n'importe quel estomac et je n'avais pas envie de me vomir dessus.
Nous restâmes silencieux, trop occupés à ne pas être projeter au sol à chaque bond du bus.
- Depuis le temps que ce truc existe, ils auraient pu faire quelque chose pour améliorer le confort, marmonna Christopher.
- Je suis d'accord, on aurait dû y aller en balais.
Il me lança un regard noir.
- Je préfère encore le bus, merci bien.
Mon ricanement lui fit lever les yeux au ciel et je m'abstins de commenter son soupir de soulagement quand Rocade vint nous annoncer que nous arrivions dans une minute.
Le Magicobus s'était arrêté devant la cabine téléphonique qui marquait l'entrée des visiteurs et nous attendîmes qu'il disparaisse pour nous en éloigner, espérant qu'aucun autre sorcier ne nous avait vus. Pansy ne tarda pas à trouver une rue peu passante pour que nous puissions enlever nos robes de sorciers. J'eus un sourire satisfait en retrouvant l'air sur mes jambes nues. Les quatre vêtements trouvèrent leur place dans le sac à doc de ma mère, qui devait être ensorcelé pour contenir plus qu'il ne le devrait car il restait encore de la place à l'intérieur.
Pansy déplia sa carte et me fit un clin d'oeil.
- Prête, Black ?
- Après toi, Parkinson.
Nous nous mîmes en chemin et je ne tardais pas à imiter la démarche conquérante de Pansy – à la fois élégante et décontractée dans une robe bien plus courte que ce que sa mère lui aurait permis de mettre dans le monde sorcier –.
J'avais hâte de rejoindre le Hell's Angels – même si je doutais un peu de mon idée et si je n'avais pas encore décidé de ce que j'allais dire, encore moins à qui, une fois là-bas –, mais je m'étais aussi promise de profiter de cette rare sortie dans le monde moldu – illégale, avec ça, puisque Narcissa nous croyait sur le Chemin de Traverse pour l'après-midi –.
Il faisait beau, mais pas trop chaud. La ville était remplie d'odeurs qui m'étaient encore étrangères – celle entêtante des voitures, la crasse qui se mêlait parfois au sucre d'une boutique – et je ne me lassais pas de ces bâtiments si différents du monde sorcier – plus haut, plus grand, plus nombreux –.
Je n'étais pas la seule à aimer notre promenade forcée. Draco se plaisait à tout critiquer – ce qu'il faisait tout le temps, de toute façon –, sauf que son ton était léger et qu'il semblait plus chercher à nous faire rire qu'à être méchant. Il nous obligea plusieurs fois à nous arrêter devant une pâtisserie, ce qui permit à Christopher d'exiger plusieurs minutes devant une librairie et à Pansy de rêver devant une boutique de vêtements.
- Tant de couleurs, de formes et de tissus... Millie serait folle si elle voyait tout ça.
- Et ta mère ferait une crise cardiaque si elle te voyait dans des tenues pareilles, lui répondis-je.
- Ne me tente pas, Black.
J'éclatai de rire.
- Tu n'as pas d'argent moldu.
- Peut-être, mais mon Bloque-jambe est redoutable et je cours sûrement plus vite que cette vendeuse enceinte.
- Une autre fois, Pansy.
Elle me suivit à contre cœur et je devinai que ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle ne réussisse à organiser une journée shopping dans le monde moldu, à laquelle je serais obligée de participer.
A mesure que nous nous rapprochions de la route Finchley, les magasins se faisaient plus rares et les bâtiments moins élégants, signes que nous avions quitté le cœur de Londres pour la banlieue.
- C'est la prochaine à droite, indiqua Pansy.
- Normalement, il devrait y avoir beaucoup de motos garées devant le bar, dit Christopher.
Juste... Je viens juste de penser que si Grant Adler était à Londres, il est forcément passé au Hell's Angels. Je vais avoir du mal à convaincre Remus d'aller y faire un tour.
Je pris une profonde inspiration, rassemblant mon courage et mon sang-froid. Je devais au moins essayer. Je ne me pardonnerai pas d'avoir laissé passer une occasion de découvrir où avait pu disparaître mon grand-père et mon oncle.
Une fois sur la route Finchley, nous n'eûmes pas longtemps à marcher avant de repérer une devanture plus sombre que toutes les autres façades et devant laquelle étaient garées près d'une vingtaine de motos.
Mon cœur accéléra dans ma poitrine et j'allongeai mes pas, impatiente d'en voir plus, de découvrir cet univers dans lequel j'aurais dû grandir si les choses n'avaient pas tourné si mal.
A mesure que je m'approchais, je découvris de nombreux hommes habillés de jeans et de cuir, certains aux cheveux longs, la majorité mal rasés, et juste deux femmes. Tous fumaient en discutant bruyamment, un verre de ce qui ressemblait à de la bière à la main.
J'étais sur le point de traverser quand quelqu'un m'attrapa par le bras et me tira sèchement en arrière, avant de m'obliger à reculer pour me cacher derrière une voiture plus haute que nous.
- Quoi ?! m'indignai-je, un regard mauvais pour Draco.
Son visage crispé me fit froncer les sourcils. Il échangea un regard avec Pansy avant d'ouvrir la bouche.
- Je crois que Crystal Malhorne est devant le bar.
Je ne compris pas.
- Quoi ?
Ce fut au tour de Pansy de m'attraper par le bras et de me guider vers l'arrière de la voiture. Elle fit dépasser sa tête avec prudence et je l'imitai, mon cerveau essayant encore de mettre du sens sur les mots de Draco.
Il devait avoir mal vu, parce que Crystal était en Afrique du Sud, occupée à terminer son Initiation. Et quand bien même elle serait rentrée à Londres plus tôt, elle n'aurait rien eu à faire dans cette partie de la ville.
Je vis d'abord une femme d'un certain âge. Malgré ses cheveux blancs, sa cane et sa silhouette enveloppée, elle dégageait un charisme presque inquiétant avec son visage sévère et son regard sombre.
A côté d'elle, un jeune homme d'une trentaine d'année, son costume tranchant nettement avec la dégaine de l'homme à la gauche de la femme, semblait absorbé par sa discussion.
Enfin, un peu retrait, une adolescente de notre âge attendait patiemment, les bras croisés sur une veste de cuir sombre, de laquelle dépassait un chemisier aux motifs colorés.
Je déglutis.
Mis à part ses cheveux ras et ses traits plus émaciés, la fille était le portrait craché de Crystal.
Je me mis à trembler malgré moi, et je fermai les yeux une seconde pour ne pas perdre tout mon sang-froid.
C'était impossible.
Crystal était Sang-Pur. Elle était la descendante d'une grande famille en Afrique du Sud. Pour tout ce que j'en savais, elle était en Afrique du Sud en ce moment.
Il devait y avoir une explication.
Quand je rouvris les yeux, la fille était en train de rouler les siens d'une façon bien trop familière – Crystal faisait la même chose quand Deloris se montrait insupportable, ce qui arrivait assez souvent – puis elle fit un pas en avant, comme pour intervenir. La femme tendit un bras impérieux en arrière pour la stopper sans même se retourner, et la fille fit une nouvelle tête qui finit par me convaincre que, s'il ne s'agissait pas de Crystal Malhorne, alors c'était sa sœur jumelle dont elle avait omis de me parler.
La discussion sembla parvenir à une fin, la femme claqua des doigts et un bruit de moteur précéda l'arrivée d'une voiture noire aux vitres teintées. La femme, l'homme et le sosie de Crystal y montèrent, puis la voiture s'en alla.
Je la fixai jusqu'à ce qu'elle disparaisse au coin d'une rue, un goût métallique dans la bouche, et une douleur sourde dans la mâchoire qui me donnait l'impression que mon cœur battait presque directement dans mon cerveau.
C'était impossible !
Un regard vers Pansy m'apprit toutefois que je n'avais certainement pas rêvé ce qui venait de se passer, et qu'elle aussi pensait qu'il s'agissait de Crystal.
Crystal, devant le bar où ma mère avait travaillé.
Crystal, habillée en moldue et plus à l'aise que je ne le serais jamais dans ce monde, parce qu'il était soudainement possible qu'elle y ait grandi.
Le monde se mit à tanguer autour de moi et je m'affalai contre la voiture, avant de me laisser glisser au sol, mes jambes trop faibles pour me porter.
Pansy et Draco furent aussitôt à mes côtés.
- Ça va, Maellyn ?
J'eus un grognement, peinant à retrouver assez de contrôle sur mon propre corps pour pouvoir former des mots.
- Tu es livide, petite...
L'inquiétude dans la voix de Pansy chassa le choc de notre découverte et une vague de chaleur traversa mon corps.
- Pourquoi tout le monde me ment, exactement ?!
…
Lundi 22 Août 1994, Résidence de Ted et Androméda Tonks, Angleterre.
La maison des Tonks donnait l'impression d'être étrangement colorée au milieu de la grisaille anglaise qui avait pris en otage le pays pour quelques jours. Les fleurs étaient innombrables, les volets roses et une guirlande lumineuse courrait sous une gouttière – un oubli datant de Noël ou une fantaisie réclamée par Nymphadora, il n'aurait su dire –.
Avec un soupir, il quitta le recoin qui lui avait permis de transplaner en toute discrétion, et fit un premier pas en direction de la porte.
Il s'était attendu à se faire convoquer à un moment ou à un autre pour rendre quelques comptes – il ignorait ce qu'Andromeda savait, mais Tonks avait dû rapporter sa défection pour la cause de Sirius –, et il n'avait pas été surpris de se retrouver invité pour une tasse de thé.
Il avait eu Sirius par miroir le jour où il avait reçu la lettre et ils s'étaient mis d'accord pour qu'il raconte toute l'histoire des Maraudeurs. Outre le fait qu'Andromeda méritait autant que lui de connaître la vérité, Sirius ne cachait pas qu'il espérait retrouver son soutien, au moins concernant Maellyn.
Il appuya sur la sonnette et les bruits de talons ne tardèrent pas à s'élever derrière le panneau de bois. Andromeda apparut dans l'encadrement, aussi élégante que d'habitude dans une robe rose, ses longs cheveux noirs relevés en un chignon un peu sévère, et un léger sourire aux lèvres.
Deux ans plus tôt, quand il était venu pour partager un barbecue avec Ted et Tonks, Andromeda l'avait étreint. Cette fois, elle se contenta de se décaler pour le laisser entrer.
- Bonjour, Remus. Merci d'être venu.
Il eut une grimace.
- Merci pour l'invitation, Andromeda.
Il se dirigea naturellement vers le salon et s'arrêta net au moment d'entrer dans la pièce quand il réalisa qu'il n'était pas le seul invité.
Madelyn McGonagall était déjà installée – à nouveau brune, habillée en moldue et un sourire presque sournois aux lèvres – une tasse de thé à la main, son œil magique braqué sur lui.
- Bonjour, Lupin.
Il y avait comme un écho métallique dans sa voix et il déglutit malgré lui. Il ne l'avait pas revue depuis la fois où elle l'avait embarqué pour une fouille du dortoir des troisièmes année de Gryffondor. Il était fort probable qu'elle ait découvert qu'il était au courant depuis le début pour la forme Animagus de Sirius, ce qu'il lui avait sciemment caché – et il ne le regrettait pas vu la tournure des événements –.
S'il y avait bien une chose à garder en tête, c'était qu'il valait mieux éviter de trahir la confiance des McGonagall.
- Je crois que je n'ai pas besoin de faire les présentations, n'est-ce pas ?
Andromeda passa près de lui pour regagner sa place à la droite de Madelyn et il fut soulagé de pouvoir se réfugier sur le fauteuil en face d'elles, même si la situation pourrait encore plus facilement tourner en interrogatoire.
- Du lait ?
Il baissa les yeux vers la tasse de thé posée sur la table basse.
- Non, juste du sucre, merci.
Andromeda déposa un morceau de sucre dans sa tasse avec délicatesse et il se pencha pour la prendre. Il sentait le regard insistant des deux femmes sur lui et la dernière fois qu'il s'était senti aussi mal à l'aise, il était dans le bureau de Minerva, peinant à trouver ses mots pour lui avouer à quel point il était désolé d'avoir menti.
Il s'avère que vous avez peut-être bien fait de garder cette information pour vous – même si je pense que cela aurait pu apporter une lumière bien différente sur toute cette histoire – mais je pensais que nous nous faisions confiance, vous et moi.
Il n'avait pas eu la moindre nouvelle de son ancien professeur depuis.
Dans tous les cas, il ne s'était pas préparé à affronter Madelyn et Androméda, et il préféra attendre que l'une des deux se décide à rompre le silence pesant pour lui.
- Je n'ai pas été surprise d'apprendre que tu en savais beaucoup plus long que ce que tu affirmais, Lupin, mais ce que je ne comprends toujours pas, c'est pourquoi tu n'as rien dit.
Il inspira profondément avant de relever la tête pour croiser le regard de Madelyn – aussi bien son œil brun que celui magique –.
- J'avais promis de ne rien dire.
Elle haussa un sourcil, aussi impérieuse que sa tante au sommet de son art.
- Une promesse faite à un homme que tu disais haïr il y a encore trois mois !
Les regrets firent battre son cœur plus vite, mais il avait appris à ne plus trop y prêter attention depuis des années.
- J'avais promis à James.
Cela échoua à adoucir Madelyn.
- Je suis sûre qu'il t'aurait été très reconnaissant de garder le silence pour protéger celui qui était responsable de sa mort.
Il déglutit.
- Sirius n'a jamais trahi James et Lily.
- Et si ça avait été le cas, hein ? Combien de temps encore aurais-tu continué à te taire ?
Il serra les dents. Une part de lui savait que Madelyn n'avait pas tout à fait tort – il avait passé toute l'année scolaire à se reprocher son silence et à haïr sa lâcheté – mais il n'était pas encore prêt à le reconnaître à voix haute, et encore moins devant Andromeda et Madelyn.
- Combien de temps encore comptais-tu taire la véritable identité d'Alya Lestrange ?
Le visage de Madelyn se contorsionna et il sut qu'il n'avait pas choisi la bonne réponse.
- Je te demande pardon, Lupin ? siffla-t-elle. Je ne vois pas ce que la fille de Black vient faire là-dedans ! Il y a une légère différence entre un secret de famille et une information qui aurait pu permettre de remettre Black sous les verrous !
Il ouvrit la bouche pour répliquer – au moins quelque chose, sinon n'importe quoi – mais aucun mot ne réussit à passer ses lèvres. En désespoir de cause, il se tourna vers Andromeda, espérant trouver une forme de soutien du côté de la cousine de Sirius.
A son expression fermée et à son menton relevé, il comprit que c'était peine perdue.
Il passa une main tremblante sur son visage, son cœur battant à nouveau trop vite et ses yeux étrangement brûlants.
Il se racla la gorge.
- La vérité, c'est que j'avais honte et que je suis plus lâche que ce que tu crois, Madelyn, grogna-t-il finalement. James, Sirius et Pettigrew sont devenus des Animagi à Poudlard pour moi, et en les laissant m'accompagner dans la Cabane Hurlante... Dumbledore a pris de gros risques pour moi à l'époque et je me suis toujours senti coupable d'avoir trahi sa confiance... Et... Mais je ne regrette plus de ne t'avoir rien dit. Tu l'aurais retrouvé et il serait de retour à Azkaban, ou il aurait reçu le baiser du Détraqueur, alors qu'il est innocent !
Il réalisa qu'il avait le souffle court et que son précédent trouble s'était transformé en colère sans qu'il ne sache vraiment pourquoi.
Madelyn cligna des yeux.
- Parfois, tu es particulièrement stupide, Lupin. Tu crois vraiment que ma première réaction aurait été de ratisser la Forêt Interdite ? Je suis peut-être une Gryffondor, mais je réfléchis avant de prendre des décisions !
Il eut l'impression d'avoir reçu une claque retentissante, et son expression devait en dire long car Madelyn leva les yeux au ciel.
- Je n'aurais pas eu besoin de voir Pettigrow de mes yeux pour comprendre que cette crevure était toujours vivant ! J'ai toujours trouvé étrange que le sortilège que Black avait utilisé le jour où il a été arrêté avait détruit une rue et déchiqueté les corps de tous les moldus, quand le doigt de Pettigrow était tranché aussi nettement que si quelqu'un avait utilisé un sortilège de découpe.
Elle se pencha vers lui, une expression mauvaise sur le visage.
- Si j'avais su la vérité, j'aurais arrêté de courir après Black. Je me serais lancée aux trousses de Pettigrow, il serait déjà mort et Black serait peut-être même innocenté. Ce qui, au passage, lui aurait permis de récupérer sa fille.
Il se sentit pâlir et il eut soudainement envie de vomir.
- La prochaine fois que tu songes à me cacher quelque chose, Lupin, réfléchis-y à deux fois.
Si le silence avait été pesant avant leur discussion, il lui donnait l'impression de bourdonner dans ses oreilles, à moins que ce ne soit le début d'un malaise causé par tout le sang qui s'était brutalement retiré de son visage.
Chaque bouffée d'air lui donnait l'impression que quelque chose était en train de se déchirer dans sa poitrine et ses entrailles étaient en partie glacées ou en partie en fusion, il n'arrivait pas à décider.
- Dites-moi que je rêve !
Le cri le ramena à la réalité et il crut halluciner en découvrant Andromeda Tonks devant la cheminée, ses vêtements légèrement salis par la suie, et complètement différents de ceux avec lesquels elle l'avait accueilli.
Son expression furieuse et le regard sombre qu'elle pointait en direction de Madelyn lui fit tourner la tête.
Ce n'était plus Andromeda qui lui faisait face, mais sa fille, légèrement blême et crispée sur son canapé. Tonks fixait sa mère, les yeux écarquillés à la façon d'une biche prise dans les phares d'une voiture en pleine nuit.
- Viviane toute puissante ! s'écria Madelyn.
En lui jetant un coup d'oeil, il la trouva la bouche ouverte, et il ne put s'empêcher de se faire la remarque que cela devait être la première fois qu'il voyait Madelyn aussi dépassée par les événements.
- Nymphadora Sophie Tonks ! Je te promets que tu vas regretter cette idée !
Tonks sembla reprendre ses esprits, et la transformation lui rappela qu'elle était bel et bien la cousine de Sirius.
Elle se redressa, comme drapée dans sa fierté, croisa les bras sur sa poitrine et releva le menton.
- Je t'avais dit que je trouverais un moyen d'apprendre ce que tu me cachais ! Si tu t'étais montrée raisonnable...
- Raisonnable ? Ce n'est pas du tout le mot que tu veux employer maintenant, jeune fille ! Ta punition va être exemplaire !
Tonks leva les yeux au ciel.
- J'ai vingt-et-un ans, maman ! J'aimerais bien voir comment tu comptes me punir.
- Oh, ne t'inquiète pas pour ça. Tu n'es pas la seule à pouvoir faire preuve d'imagination ! Madelyn, Remus, je suis sincèrement désolée.
Il eut un geste vague de la main. Vraiment, il n'était pas si surpris que ça par la tournure de l'après-midi, et s'il devait être tout à fait honnête, il appréciait la diversion.
Madelyn avait l'air un peu trop décidé à lui faire regretter sa bêtise pour la décennie à venir.
- C'est bien pour ça que je déteste les Métamorphomages ! On ne peut pas leur faire confiance !
Tonks lui lança un regard en coin.
- Tu vieillis, Ross. Tu es plus observatrice d'habitude !
- Tu as raison, Nymphadora, enfonce-toi.
La voix de Madelyn avait retrouvé cet écho métallique et les traits de son visage s'étaient durcis. Tonks tourna la tête vers sa mère.
Il l'imita.
Andromeda avait retrouvé une partie de son sang-froid – l'expression de son visage était presque détendue – mais ses lèvres n'étaient plus qu'une fine ligne et son regard était aussi sombre que son nom de jeune fille.
Merlin en soit témoin, Tonks allait sûrement regretter son coup d'éclat, Auror ou non.
- Alors comme ça, Alya Lestrange est la fille de Sirius Black ? Rassure-moi au moins sur un point, elle n'est pas également la fille de Bellatrix, n'est-ce pas ?
Il ne put retenir une grimace dégoûtée à la simple idée, et il se promit de redire ça à Sirius plus tard, juste pour qu'il ne soit pas le seul à affronter la vision d'horreur.
Andromeda, elle, resta de marbre.
- Je ne pense pas que tu mérites la moindre réponse à tes questions, jeune fille. Maintenant, j'aimerais pouvoir discuter seule avec Madelyn et Remus.
- Je ne vais nulle part ! répliqua Tonks. J'ai le droit de savoir !
- Pas après ta mise en scène !
- Je n'aurais pas eu besoin d'en arriver là si tu m'avais dit ce que tu savais !
- Parce que la seule chose qui semblait t'intéresser était de savoir où est Sirius ! Je ne connais pas tous les détails, mais je doute que Remus le croit innocent sans avoir de bonnes raisons. Tu as beau être ma fille, tu es aussi une Auror.
Si Tonks semblait être sur le point d'interrompre sa mère à chaque mot de plus qu'elle prononçait, elle referma pourtant la bouche quand sa mère eut terminé.
Par réflexe, il plongea sa main dans la poche de robe pour attraper sa baguette magique, et se félicita de ne pas avoir bu une goutte de son thé. Il n'était pas Sirius, il n'était pas plus résistant que la moyenne au Véritaserum.
- Mais je pourrais aussi aider, souffla finalement Tonks, sa voix tremblante et son visage un peu pâle.
Il n'en crut pas ses oreilles, et s'il se fait aux sourcils levés de Madelyn et aux yeux plissés d'Androméda, il n'était pas le seul.
- Ross a peut-être marqué un point un peu plus tôt et... Si je suis convaincue que Black est vraiment innocent, je pourrais aider.
Madelyn, Andromeda et lui échangèrent plusieurs regards. Sirius était d'accord pour qu'il raconte la vérité à Andromeda, arguant qu'il devait bien ça à sa cousine, et qu'il préférait qu'elle le sache innocent après toutes ces années. Il ne serait sans doute pas furieux s'il lui disait avoir avoué à Tonks dans la foulée – et il pouvait toujours laisser certains points sous silence, comme Patmol – mais elle restait une Auror.
Le Ministère avait envoyé Sirius à Azkaban sans même lui accorder un procès – et c'était sans parler du traitement des loup-garous – il n'était pas sûr du tout de pouvoir leur faire confiance.
Tonks soupira.
- Je me contenterais de ce que vous me direz, et je ne demanderais pas où est Black. Promis.
Finalement, Andromeda prit place sur le dernier fauteuil de libre.
- Remus, c'est à toi de décider. Je ne connais que quelques brides.
Il croisa le regard de Tonks, et il sut qu'il était foutu quand elle lui fit des yeux de chien battu.
Elle lui rappela trop Sirius pour qu'il lui refuse la vérité.
Ou presque, du reste.
- Très bien... Mais il va me falloir un autre thé. Celui-ci est froid et trop infusé.
…
Qui a dit que les Poufsouffles étaient tous des petits anges, hein ?
J'avoue que j'ai pas mal hâte d'avoir votre retour sur :
- Lucius, toujours prêt à défendre le patriarcat (j'ai de plus en plus hâte qu'il termine en zonzon il me gave !).
- La discussion entre Maellyn et Sirius (Remus ne s'est pas cassé la tête dans le dernier chapitre pour rien !).
- Maellyn qui rend hommage à Judy comme elle le peut (ça m'a rendu triste un peu – beaucoup – ).
- La fête d'anniversaire de Maellyn, un brin tendue (Nott et Sven se disputent un peu le titre de « trou-du-cul » de la soirée, non ?)
- L'escapade moldue qui ne se termine pas comme prévue ? (pfiou, cette storyline mijote depuis tellement longtemps, j'ai hâte d'avoir votre avis dessus!)
- Le hold-up de Tonks (c'était absolument pas prévu et je ne suis absolument pas surprise).
Je prends encore les dons de câlins pour Maellyn cette semaine, parce qu'elle s'est encore prise quelques claques qui piquent...
Les reviews marchent très bien pour illuminer ce confinement. Alors à vos claviers!
En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté du UA complet de cette histoire : There will be time.
Prenez bien soin de vous (RESTEZ A LA MAISON!) et de vos proches.
Orlane.
Mis à jour le samedi 11/04/2020
