Disclaimer : Je considère que si Rowling autorise Cursed Child, elle autorise toutes les autres fanfictions, même celles qui naissent dans mon esprit tordu personnel. Btw, Jo, Trans Rights are Human Rights.
Attention: Rated T pour le langage et les scènes violentes.
Merci à feufollet, Almayen, henrismh, mimi70, Sakhina, Tiph l'Andouille, Sun Dae V, Sout et latimia pour leur review. Ca fait toujours plaisir !
Une spéciale dédicace (encore) aux copines d'écritures (AKA Malilite, AppleCheryPie, Aliete et Sun Dae V) parce que c'est toujours aussi super de pouvoir vous affronter en battle !
Bonjour à toutes et à tous !
J'espère que vous allez toutes et tous très bien, que le déconfinement s'est bien passé mais que vous restez prudent·e·s.
De mon côté, la vraie reprise aura lieu en septembre (si j'ai bien tout compris et si Jean-Mi ne change pas d'avis d'ici là xD). J'avoue que je suis assez soulagée parce que ça sentait la grosse galère annoncée cette histoire !
Dans tous les cas, je suis très contente d'avoir pu reprendre le chemin de la nature, surtout vu le beau soleil de ce printemps magnifique ! Pourvu que ça dure !
Sinon, niveau écriture, j'ai écris pas loin de 55k pendant le mois de mai sur le spin off – je crois que c'est officiel –, exclusivement grâce à mes deux idiots préférés du moment. Je termine encore un pseudo chapitre – oui, je suis foutue – et je vais sans doute retrouver Maellyn, en espérant que cette pause prolongée ne me l'aura pas trop vexée (la tournure des événements jouant en sa faveur, elle ne devrait pas trop m'en vouloir xD). Bref, mon cerveau a donc mis à profit ce confinement pour mijoter des trucs assez sympas, que j'ai assez hâte de vous montrer (même si, il faudra vous montrer patients...).
A part tout ça, nouveau chapitre, qui fait à nouveau partie de la catégorie point lourd de cette partie (et c'est loin d'être le dernier o.O). Je l'aime plutôt beaucoup, parce qu'il s'y passe plein de choses, et qu'il y a plusieurs scènes sympas dedans ! Enjoy ?
Un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !
Black Sunset
Partie IV : Supernova.
Chapitre 5
Supernova: cataclysmic explosion caused when a star exhausts its fuel and ends its life. Supernovae are the most powerful forces in the universe.
Mercredi 31 Août 1994, Azkaban, Mer du Nord.
Bellatrix ouvrit les yeux en sursaut. La lumière qui éclairait sa cellule lui apprit que le soleil était à peine levé et le bruit sifflant du vent le long des murs d'Azkaban semblait annoncer une énième journée pluvieuse. Elle resserra la couverture trop fine autour de son corps amaigri et se recroquevilla contre le mur à la recherche d'une chaleur qui n'existait pas ici.
Le pouvoir des trois Détraqueurs à sa porte ne lui laissait aucun répit et elle avait appris à engourdir ses pensées au maximum pour ne pas attiser leur appétit.
Désormais, le seul moment où elle avait l'impression d'être à peu près elle-même était quand les gardiens passaient dans les couloirs pour lui apporter une gamelle au contenu infâme.
Tout ça à cause de Sirius !
Son cœur s'accéléra et l'air siffla dans ses poumons. Elle fut prise d'une quinte de toux qui lui donna l'impression qu'une de ses côtes allait se briser à nouveau.
Cela faisait un an que le petit traître avait réussi à s'échapper et pour tout ce qu'elle en savait, il n'avait toujours pas été rattrapé. Ce n'était pas passé loin il n'y avait pas si longtemps et il fallait croire que sa bonne étoile avait su lui éviter le Baiser.
Comment, elle n'en avait pas la moindre idée, et le seul côté positif était que cela lui laissait une chance de plus d'être celle qui mettrait fin à sa vie.
Et elle comptait bien faire preuve d'une cruauté sans pareil.
Elle ferma les yeux, savourant cette promesse, l'enfermant dans un coin encore préservé de son esprit pour pouvoir s'y raccrocher à nouveau quand le désespoir serait trop grand, ou quand son corps menacerait de l'abandonner.
Sa survie ne tenait pas à grand chose : retrouver sa fille chérie, détruire Sirius Black, purger le monde de ceux qui n'étaient pas digne de porter le nom des Black et être à nouveau à Ses côtés. Elle ne quitterait pas ce monde sans avoir assisté à l'avènement d'une nouvelle ère où les sorciers seraient enfin là où ils méritaient d'être.
Abîmée en elle-même, elle comprit enfin ce qui l'avait sortie de sa torpeur habituelle.
C'était une sensation très diffuse, la chaleur à peine perceptible, et peut-être que sans le froid des Détraqueurs, elle ne l'aurait pas remarqué.
Un léger crépitement le long de son avant-bras gauche.
Ses paupières se rouvrirent.
Elle dut lécher sa peau crasseuse pour exposer sa peau translucide à la lumière du soleil.
L'ombre était si ténue qu'elle aurait pu la prendre pour une hallucination – ce qui pouvait être le cas – mais elle reconnut la forme de Sa Marque.
Elle l'avait contemplée pendant des heures, tracée du bout des doigts une infinité de fois, admirant le contraste entre sa peau claire et le noir profond, savourant la façon dont sa magie se mêlait à la Sienne, chérissant par-dessus tout l'infime partie de Lui qu'Il avait placé en elle.
Son cœur s'accéléra, diffusant une chaleur qui partait de son avant-bras et qui se diffusait dans tout son corps à chaque battement, chacun plus fort que le précédant.
Son esprit s'éclaircit, lui donnant l'impression qu'elle avait réussi à lancer à Patronus au cœur d'Azkaban, sans baguette, et après des mois si affaiblie qu'elle avait cru mourir avant le prochain hiver.
Il allait revenir.
Il avait bravé la mort.
Il viendrait la chercher et, ensemble, ils allaient conquérir un monde qui Lui appartenait.
Le premier éclat de rire qui passa sa gorge avait déjà le goût de la liberté.
Plus tard, les Gardiens durent lui lancer un sortilège de Silence sans que cela ne ternisse l'euphorie dans lequel baignait son corps, restaurant ses forces un peu plus à chaque seconde.
Elle riait, son avant-bras serré contre elle, plus heureuse qu'elle ne l'avait jamais été.
...
Jeudi 1er Septembre 1994, King Cross, Londres.
Sur le quai 9¾, rien ne semblait avoir changé par rapport aux deux années précédentes. L'énorme locomotive rouge était aussi rutilante que d'habitude et la vapeur qui s'échappait de sa cheminée transformait les passants en silhouettes fantomatiques qui semblaient parfois disparaître le temps d'un battement de paupière. Les cris résonnaient sous les hautes arcades, mélanges d'adieux lancés à des parents, de dernières recommandations pour l'année scolaire à venir, de pleurs des enfants trop jeunes pour partir ou énervés par le bruit, et de chouettes qui faisaient savoir qu'elles n'étaient pas du tout contentes d'être là quand elles auraient pu rejoindre Poudlard en volant.
Pourtant, rien ne ressemblait à mes deux premières rentrées. J'avais autant envie de partir pour quitter le manoir, Narcissa et Lucius, que de rester pour ne pas avoir à jouer un rôle dans lequel j'étais effrayée de me perdre, devant des personnes qui feraient sans doute de ma vie un enfer s'ils apprenaient la vérité.
Comme si cela ne suffisait pas, je devrais aussi contenir la colère qui faisait battre mon cœur plus vite à chaque fois que je repensais à cette fille que j'avais aperçu dans Londres, et qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à Crystal Malhorne.
Quelques jours plus tôt, Pansy avait pris le relais de Christopher pour me rappeler que je devais être sûre avant d'organiser son pugilat public. A la différence de Christopher, les raisons de Pansy étaient beaucoup moins charitables. Là où Chris soutenait que Crystal avait prouvé qu'elle était une très bonne amie, qui prenait mes intérêts autant à cœur que lui, Pansy m'avait rappelée que je ne devais pas sous-estimer Crystal, et qu'elle avait peut-être les moyens de m'entraîner dans sa chute si je révélais qu'elle n'était pas la petite Sang-Pure qu'elle prétendait être.
Les prochaines semaines allaient être interminables et je n'avais même pas encore assisté à mon premier cours.
Le coup de sifflet du conducteur se fit entendre et je pris une profonde inspiration pour rassembler mon sang froid et mon courage.
Je laissai Draco faire ses adieux à ses parents – la poignée de main avec son père me parut raide et il accepta de mauvaise grâce le baiser de sa mère –. Je me contentai d'une rapide révérence, à peine acceptable selon les critères du monde Sang-Pur, mais je n'avais pas non plus envie de témoigner un respect infini aux deux personnes qui me faisaient face.
L'un était un Mangemort cruel qui aurait dû terminer en prison à la fin de la guerre, la deuxième était une menteuse éhontée et une manipulatrice sans vergogne.
Un an plus tôt, une part de moi ne comprenait pas tout à fait comment Narcissa Malefoy faisait pour supporter son mari au quotidien, mais j'avais eu tout le loisir de réaliser qu'ils étaient bien mieux assortis que beaucoup de couples du monde Sang-Pur.
- Travaillez bien, tous les deux, dit Narcissa. Et profitez bien du Tournoi.
Draco hocha la tête et je me détournai, ajustant mon sac à dos sur mon épaule.
J'avais relégué celui que Narcissa m'avait acheté sur le Chemin de Traverse pour ma première rentrée dans mon ancienne chambre au profit de celui de ma mère.
Le cuir était usé par endroit, sa forme n'avait pas l'élégance des pièces d'un maroquiné, mais j'avais l'impression de porter une armure.
Il me fallut toute ma concentration pour mener ma malle à travers le train sans y mettre le feu ou assommer quelqu'un avec. Si cela n'avait tenu qu'à moi, je me serais cachée dans le compartiment à bagages pour le trajet, mais ce n'était pas le plan que Pansy avait imaginé concernant Crystal, sans oublier les rumeurs qui accompagneraient ma descente du train à Pré-au-Lard.
J'étais toutefois décidée à me cacher derrière le manuel de Métamorphose de cette année et à faire semblant de dormir le reste du temps.
De toute façon, ce n'était pas comme si Deloris risquait de me faire subir ses bavardages. Je n'avais pas reçu une lettre de sa part de tout l'été et elle m'avait soigneusement évitée au bal de Débutante de Daphné. Elle ignorait sans doute que je n'avais pas la moindre envie de m'excuser.
Je verrais bien si elle admirerait toujours la force de caractère des Black une fois qu'elle aurait goûté à notre légendaire rancune.
J'étais la dernière à rejoindre le compartiment. Deloris tenait déjà salon : seul Sven semblait l'écouter si je me fiais au regard vague d'Hadrian.
Je serrai les dents avant de glisser mon regard vers Crystal. Elle semblait fascinée par ses ongles et je ne voyais presque rien de son visage. Ses cheveux, eux, étaient à peine plus longs que ceux de la fille de Londres. Il me fallut plusieurs secondes pour ravaler ma colère.
Cela commençait à faire beaucoup d'indices qui pointaient dans la même direction pourtant, j'entendais déjà Pansy en appeler à une coïncidence malheureuse.
Pour une fois, fais preuve de patience, petite.
Je soupirai pour ce qui me sembla être la millième fois depuis que j'avais ouvert les yeux ce matin, puis entrai dans le compartiment.
- Alya ! On commençait à se demander si tu n'étais pas restée sur le quai !
Je crus rêver.
Deloris me souriait de toutes ses dents, il n'y avait aucune trace de rancune sur son visage et c'était comme si elle n'avait pas passé les trois derniers mois à me faire la tête.
J'ignorai pourquoi elle avait soudainement changé d'avis depuis samedi dernier, mais elle n'allait pas s'en sortir aussi facilement.
Si j'avais bien appris quelque chose cet été, c'était bien que je n'avais pas besoin d'elle, encore moins de son amitié de façade. À la lumière des récents événements, je n'avais même plus à me forcer pour faire plaisir à Lucius en restant amie avec elle.
Je croisai les bras sur ma poitrine.
- Oh. Aurais-je loupé des excuses, Deloris ?
Son sourire se crispa et je la vis rougir avec une très grande satisfaction. J'avais grandi avec Lucius Malefoy, j'avais appris une chose ou deux sur la façon d'humilier quelqu'un. Deloris avait bien besoin de redescendre sur terre.
Voyant qu'elle restait silencieuse, j'haussai un sourcil. Si aucun son ne sortait de sa bouche dans la minute à venir, j'allais faire demi-tour et trouver un endroit tranquille. Non seulement personne n'allait troubler ma lecture, mais je pourrais en plus repousser le moment où j'allais devoir interroger Crystal.
Même si ce n'était pas exclu qu'elle me suive.
J'étais sur le point de pivoter sur mes talons quand Deloris se leva.
- Tu as raison, dit-elle, et cela sembla lui coûter de le reconnaître. Je te dois des excuses. Tu es mon amie depuis que nous sommes toutes petites et je n'aurais pas dû te reprocher d'être absente aux bals de l'été alors que tu étais malade. J'ai juste été blessée que tu ne veuilles pas te confier à moi à propos de ce qui s'est passé en juin et cela a obscurci mon jugement. Tu as le droit d'avoir des secrets et j'espère que tu pourras me pardonner.
- Et par quel miracle es-tu parvenue à cette conclusion ? Tu ne m'as pas donné l'impression d'être rongée par les remords il y a quelques jours.
J'avais principalement passé la soirée avec Pansy, qui s'était échappée du bal de Daphné en partie parce qu'elle s'était encore fâchée avec sa mère, en partie parce qu'elle n'appréciait pas beaucoup Daphné, et surtout parce qu'elle préférait comploter et critiquer Draco plutôt que danser.
Nous nous étions installées dans un coin de la grande salle à manger du manoir Greengrass, des petits fours et une bouteille de champagne entre nous. Pansy avait été celle qui avait remarqué que Deloris semblait passer la soirée à me critiquer à qui voulait bien lui prêter une oreille.
Du reste, c'est ce que nous avions déduit de son air narquois et des nombreux regards qu'elle avait lancé dans notre direction.
Je ne pensais pas que ma réponse allait la mettre aussi mal à l'aise, mais la voir basculer d'un pied vers l'autre, son regard vissé sur ses chaussures, était encore plus satisfaisant que de la voir rougir.
- Je... Ma mère m'a fait une leçon de morale ce weekend parce que Lady Malefoy s'est étonnée que nous n'ayons pas échangé de lettres durant l'été.
Ainsi, Narcissa avait intercédé. Cela ne m'étonna pas : même si elle n'aimait pas beaucoup Deloris, elle avait sans doute voulu m'éviter d'être à baguettes tirées pendant toute l'année scolaire avec elle, et sans doute jusqu'à la fin de mes études. Je pouvais me tromper, mais je savais très bien à quoi avait ressemblé la leçon de morale de Deloris : un rappel sur notre longue amitié, la nécessité de maintenir des liens forts avec la fine fleur de la société Sang-Pur et l'importance d'être bien considérée par la famille Malefoy.
Les excuses de Deloris étaient sans doute plus un acte diplomatique que sincères, ce qui résumait bien notre accointance.
- J'accepte tes excuses, Deloris, mais ton comportement envers moi m'a blessée. Je ne suis pas sûre que les choses redeviendront comme avant aussi facilement.
Elle eut un sourire hésitant et fit une bonne démonstration d'humilité en s'asseyant sans insister. Sa mère avait vraiment dû se montrer intraitable pour qu'elle fasse la paix avec moi aussi facilement.
Je verrais bien ce qu'il adviendrait de tout cela et pour le moment, j'avais autre chose à penser. Je rangeai ma malle en silence et pris place à côté de Crystal, comme lors des autres trajets.
Elle haussa un sourcil, lança un regard en coin vers Deloris, et je devinai son sourire moqueur à la façon dont ses lèvres s'étirèrent brièvement.
Malgré mes doutes sur son identité, je compris parfaitement ce qu'elle essayait de me dire. Quelque chose comme « je ne pensais pas que Deloris était capable de s'excuser, c'est un peu trop beau pour être complètement sincère ». J'eus un geste vague de la main qui la fit acquiescer.
Si j'étais obligée de faire semblant d'être son amie jusqu'à ce que je sois fixée, je pouvais au moins en profiter pour médire sur Deloris au creux d'une oreille acquise.
- Tu t'es coupée les cheveux. Ça te va bien.
Crystal sourit largement.
- Merci... Cela faisait partie de mon Initiation. J'ai eu du mal à m'y habituer.
Si nous n'avions été que toutes les deux, j'en aurais sans doute profité pour lui poser des questions. Je savais déjà qu'elle ne rentrerait pas dans les détails devant Deloris, Hadrian et Sven.
- Tu as meilleure mine qu'avant l'été, Alya.
J'haussai les épaules.
- Apparemment, il ne me fallait pas un autre traitement que deux mois passés à dormir loin des Détraqueurs. C'est une bonne chose que Dumbledore ait refusé qu'ils gardent Poudlard cette année.
- Vraiment ? Même après ce qu'il s'est passé à la Coupe du Monde de Quidditch ?
Deloris éclata de rire avant que je n'ai eu le temps d'ouvrir la bouche.
- Voyons, Crystal, cela aurait été exagéré, tu ne penses pas ? Le Ministère ne va pas prendre de telles mesures seulement parce que quatre moldus ont été un peu bousculés !
- En plus, ça m'étonnerait que ces terroristes s'en prennent à Poudlard, renchérit Sven. Ils en ont après les moldus, pas après les sorciers.
L'ahurissement me laissa sans voix et la seule chose que mon cerveau semblait capable de faire était de rejouer ce que Deloris et Sven venaient de dire.
Crystal se remit plus vite que moi.
- Oh, donc tant qu'aucun moldu n'a pas été tué, ce n'est pas si grave, c'est ça ? demanda-t-elle, son ton glacial.
Deloris fit un geste négligent de la main.
- Ils ne se souviendront même pas de ce qu'il leur est arrivé. Et puis, peut-être qu'ils l'avaient cherché ? Le gérant du camping avait l'air de poser beaucoup de questions d'après Hadrian. Que se serait-il passé s'il avait révélé notre existence ?!
Les mots de Deloris eurent l'effet d'une claque cinglante et je retrouvai mes moyens dans un sursaut.
- J'ai vu deux fillettes suspendues dans les airs, Deloris ! Elles n'avaient même pas l'âge d'être à Poudlard, je doute qu'elles aient cherché quoique ce soit !
Elle se redressa et son air pincé me rappela presque le tableau de ma grand-mère, Square Grimmauld.
- Les moldus sont fourbes dès leur plus jeune âge, Alya. Tu le sais très bien !
- Non, je ne le sais pas ! Toi non plus, puisque tu n'as jamais fréquenté de moldus de toute ta vie !
- Tu parles comme une traître au sang, Alya !
- Peut-être que je préfère ça plutôt que parler comme une futur Mangemort !
Deloris croisa les bras sur sa poitrine.
- Servir le Seigneur des Ténèbres serait un honneur. Tu devrais le savoir, tu es la fille de Bellatrix et Rodolphus Lestrange.
Je faillis me pincer pour vérifier que je n'étais pas en train d'halluciner.
- Ils sont en prison pour meurtre et torture ! Je ne vois pas à quel honneur tu fais référence.
Deloris eut une exclamation outrée, Sven me dévisagea, les sourcils froncés, et Hadrian avait plissé les yeux, comme si j'étais une énigme à résoudre.
Je pris conscience de la vitesse à laquelle mon cœur battait, du crépitement de ma magie le long de ma peau, et de l'envie de plus en plus pressante de leur hurler au visage tout le bien que je pensais du Seigneur des Ténèbres et de ses Mangemorts.
Je n'étais toutefois pas prête à être traitée en paria pour les cinq prochaines années.
- Il faut que j'aille aux toilettes, vous m'avez donné envie de vomir.
Je traversai les différents wagons à grandes enjambées, regardant à peine où j'allais, les paroles de Deloris et Sven se répétant dans mon esprit, et tout le reste de ma concentration occupé à ne pas vomir avant les toilettes.
Une main se referma sur ma main droite et la surprise me fit porter mon poing gauche au niveau de mon épaule pour me défendre. Draco eut un mouvement de recul et me relâcha aussitôt, les mains levées devant lui.
- Ça ne va pas, Ely' ? souffla-t-il, à peine assez fort pour que je l'entende.
L'espace d'une seconde, je faillis lui répondre la vérité – de toute évidence, ça n'allait pas – puis je me souvins que j'étais fâchée avec lui pour la même exacte raison qui venait de me faire quitter mon compartiment.
- Tu devrais poser cette question à Deloris. Je suis sûre que tu comprendras bien mieux sa réponse que la mienne.
Je me détournai avant de voir sa réaction et, heureusement, les toilettes étaient au bout du wagon. Personne n'y faisait la queue et je pus m'y enfermer.
A l'intérieur, il n'y avait plus que le bruit des rails sous le train, plus fort qu'ailleurs. Mon visage enfoui dans mes mains, je me concentrai dessus en attendant que ma nausée passe.
Quand le danger fut éloigné, la possibilité de passer le reste du trajet ici était devenue très séduisante. Je ne risquai pas d'y entendre des horreurs, je n'avais pas besoin de passer pour la parfaite héritière Alya Lestrange – même si je venais de lamentablement échouer de ce côté-là, et en moins de dix minutes – et si j'avais eu mon manuel de Métamorphoses, j'aurais probablement passé un agréable voyage.
Toutefois, quelqu'un finit par frapper à la porte et je rouvris les yeux avec un soupir. Je passai un peu d'eau sur mon visage pour atténuer la rougeur que ma colère avait causé et faire disparaître la sueur froide qui avait perlé à la base de mon front.
Il y avait la queue devant les toilettes et j'eus une grimace d'excuse pour la cinquième année qui m'adressa un regard sombre.
Au bout de la file, il y avait aussi Crystal, son sac sur une épaule et le mien à ses pieds. Elle me le tendit quand j'arrivai à son niveau.
- Allez, viens, il reste de la place dans les wagons communs.
Les wagons communs – ceux dépourvus de compartiments – se situaient tout au bout du train, juste avant les wagons à bagages. Selon les années, ils étaient soit déserts, soit pris d'assaut par des septième années qui voulaient donner un accent festif à leur dernier voyage vers Poudlard. Cette année, ils semblaient surtout être le refuge de beaucoup de premières années qui n'avaient pas osé s'installer dans un wagon avec des personnes qu'ils ne connaissaient pas. Deux sièges étaient libres dans un coin dépourvu de fenêtre et je me calai contre le mur, espérant un peu que personne ne me remarque.
J'étais bien contente de ne plus avoir à supporter Deloris pour le reste du trajet, mais si Alya Lestrange était vue ici, cela n'allait pas manquer de faire jaser.
Après ce que j'avais dit à Deloris, il était peut-être un peu tard pour me soucier des rumeurs...
Je sortis mon livre de Métamorphose et je ne tardai pas à être parfaitement absorbée par ma lecture. C'était déjà la cinquième fois que je relisais le Manuel du cours moyen de métamorphoseet, malgré tout, le chapitre sur les Animagi ne manquait pas de me fasciner.
Avant que je ne sache que mon père avait réussi à devenir un Animagus, seul, et de façon illégale, c'était tout le processus qui m'avait subjuguée – et toutes les questions théoriques qui en découlaient, d'une façon ou d'une autre – mais il y avait quelque chose en plus depuis juin dernier...
J'eus un soupir.
McGonagall n'accepterait sans doute jamais de me guider dans cette entreprise-ci. J'ignorais encore si nous allions continuer nos séances particulières à la rentrée, ou si tout cela aussi avait fait partie de son mensonge. Après tout, elle savait, elle aussi, et elle ne m'avait rien dit.
L'arrivée du chariot de friandises me coupa dans mes réflexions et je me contentai de quelques patacitrouilles et de bonbons à la menthe poivrée.
- Tu ne risques pas d'avoir faim avec ça ?
Comme d'habitude, Crystal avait presque acheté un peu de tout et son sac à dos débordait littéralement de bonbons.
- Ce n'était pas qu'une façon de parler tout à l'heure. Ils m'ont vraiment donné envie de vomir.
- Je ne te savais pas si acquise à la cause des moldus, dit-elle avant de décapiter sa Chocogrenouille d'un coup de dents.
- Je ne leur ai jamais souhaité de mal. Nos mondes sont différents, mais ça ne veut pas forcément dire qu'il y en a un meilleur que l'autre.
Elle me lança un drôle de regard mais s'abstint de commentaire.
Je faillis relancer la conversation, afin de pouvoir glisser quelques unes des questions que Pansy avait passé les deux dernières semaines à imaginer, mais je n'étais pas d'humeur à jouer les espionnes. En moins d'une heure, j'avais réussi à me disputer avec Deloris et Sven, et j'avais envoyer paître mon propre cousin dans la foulée. Je n'avais pas tellement envie de rajouter Crystal à cette liste d'ici le grand buffet de rentrée.
Je reportai donc mon attention sur mon paquet de Patacritrouille, essayant de savourer le goût acide sur ma langue pour oublier que mon estomac était encore parcouru de spasmes désagréables.
Mis à part le coup d'éclat qui en avait marqué le début, ce fut sans doute le trajet le plus calme que j'avais connu. Je lus la moitié du manuel de Métamorphose, griffonnant quelques questions sur un morceau de parchemin par habitude, puis je finis par commencer à somnoler en milieu d'après-midi, ce contre quoi je n'essayai même pas de lutter. Quand Crystal me réveilla, le soleil était bas dans le ciel, signe qu'il était temps d'aller récupérer nos capes avant que notre arrivée imminente ne rende la traversée du train impossible.
Dans le compartiment, Deloris m'ignora royalement, Sven fit mine d'être absorbé par son magazine de Quidditch, et Hadrian sembla plusieurs fois sur le point de dire quelque chose, avant de se raviser.
A Pré-au-Lard, l'ouverture des portes du train fut salué par un puissant coup de tonnerre et je rabattis ma capuche sur ma tête, tout en me maudissant de ne pas avoir pris ma cape de mi-saison. Elle était plus chaude et le sortilège qui la rendait imperméable avait été pensé pour les déluges écossais. Sans me soucier de savoir si Crystal me suivait, je courus en direction des calèches, priant pour ne pas être complètement trempée et ne pas attraper froid avant même que les cours aient commencé.
Quand la portière de la calèche se referma sur moi, j'avais évité le pire, mais j'avais hâte d'arriver à Poudlard pour me réchauffer dans la Grande Salle.
- Tiens, petite. Le hasard fait les choses drôlement bien.
Je relevai la tête : Pansy, Millicent et Tracy me faisaient face, tandis que Crystal avait apparemment réussi à me suivre.
- Tu aurais pu venir me dire bonjour, Lestrange, siffla Pansy.
- Et tomber sur mon cousin ? Merci mais non merci.
Elle eut un sourire carnassier qui me fit craindre le pire.
- Il paraît que tu t'es disputée avec Yaxley et que tu t'en aies pris à lui sans raison ?
Je fis claquer ma langue.
- Ne fais pas comme si tu ne connaissais pas tous les détails, Pansy.
A la façon dont elle fronça les sourcils avant de les hausser, je compris qu'elle ne savait pas du tout à quoi je faisais référence.
Deloris aurait-elle fait preuve de discrétion ?
Il s'agissait d'une telle première que je faillis éclater de rire, avant de comprendre la raison d'un tel miracle : sa mère avait dû se montrer très insistante.
- Je te raconterai, dis-je finalement.
La promesse d'une histoire croustillante sembla lui faire oublier sa rancune quant à mon manque de politesse.
- J'en conclus que ton cousin ne s'est toujours pas excusé de sa stupidité ?
- Non.
Draco et moi avions passé les derniers jours de vacances sans nous adresser la parole. Je lui en voulais encore pour ce qu'il avait dit sur l'attaque de la Coupe du Monde de Quidditch et, comme souvent, il refusait d'essayer de comprendre en quoi il s'était montré insensible. Il faudrait sans doute que Pansy lui explique plusieurs fois sa bêtise avant qu'il ne consente à s'excuser, ce qui prendrait plusieurs semaines.
L'avantage était qu'il allait m'épargner tous ses bavardages de rentrée concernant Harry Potter et sa critique approfondie du nouveau professeur de Défense.
- Draco m'a parlé du Tournoi des Trois Sorciers, reprit Pansy quand la calèche commença à bouger. C'est vrai ou il affabule une fois de plus ?
- C'est son père qui nous en a parlé donc je pense que c'est vrai.
- C'est quoi, le Tournoi des Trois Sorciers ?
Je me tendis à la question de Crystal. Un an plus tôt, j'aurais mis son ignorance sur le compte de ses origines Sud Africaines, mais c'était peut-être simplement parce qu'elle avait grandi dans le monde moldu.
- C'est une compétition entre les trois plus grandes écoles européennes : Beauxbâtons, Durmstrang et Poudlard. Elle avait lieu tous les cinq ans à une époque, jusqu'au jour où les trois champions sont morts lors de la deuxième épreuve. Ça a un peu refroidi tout le monde...
Crystal haussa les sourcils.
- Et ils remettent cette folie au goût du jour parce que ?
Pansy échangea un regard avec Millicent.
- Ça fait plus d'un siècle que Beauxbâtons, Poudlard et Durmstrang ne se sont pas affrontés, répondit Millie. Ils souhaitent sans doute pouvoir dire qui est la meilleure école.
- Oh, je vois.
- Il y a ce genre de compétitions en Afrique, Crystal ? demanda Pansy, un sourire avenant aux lèvres.
Bien sûr.
Crystal ne fut pas décontenancée.
- Uagadou est la plus prestigieuse école d'Afrique, alors elle n'a pas vraiment besoin d'asseoir sa domination encore plus. Toutefois, beaucoup de sorciers apprennent la magie auprès des Aînés, qui les initient aussi aux secrets de leur clan. A chaque fois que les Sages prédisent une éclipse au-dessus d'une partie de l'Afrique, les clans s'y retrouvent et les meilleurs guerriers s'affrontent. Le clan qui remporte le tournoi doit alors accueillir un enfant de chacun des autres clans pour l'instruire.
- Tu ne nous as jamais dit pourquoi tu étais venue à Poudlard...
Un sourire étrange étira les lèvres de Crystal.
- C'est parce que c'est un secret.
Pansy ouvrit la bouche pour tenter d'en apprendre plus, mais la calèche s'arrêta et Crystal ouvrit la porte pour rejoindre le château. Je laissai Millicent et Tracy passer devant moi.
- Bien essayé.
- Oui, si je veux que le travail soit fait, je crois que je ne peux que compter que sur moi-même. Elle est toutefois très douée.
Quelqu'un d'autre aurait pu être découragé par la tâche, mais il me sembla que Pansy semblait ravie par la tournure des événements.
Comme si elle avait enfin trouvé un défi à sa hauteur.
Je me dépêchai de monter les marches qui me séparaient d'un abri providentiel mais je fus stoppée net par la masse d'élèves agglutinée devant les portes du château.
- Pourquoi personne n'avance ? On va être trempés !
J'étais presque obligée de crier pour me faire entendre et ce fut un Serpentard de septième année – dont la taille lui permettait de dominer presque tout le monde – qui me répondit.
- Peeves lance des bombes d'eau sur tous ceux qui entrent. McGonagall est en train de régler le problème.
Je n'eus pas d'autre choix que de resserrer les pans de ma cape autour de moi et de prendre mon mal en patience, même si je trouvais mes camarades particulièrement stupides.
Peeves serait sans doute incapable de nous viser tous si nous entrions en masse, mais avec les trombes d'eau qui tombaient sur nous, le résultat serait le même.
Bien entendu, le sol était glissant et nos chaussures maculées de boue n'aidaient en rien. Heureusement, la table des Serpentards était la plus proche et je me laissai tomber à côté de Crystal avec un grognement qui la fit rire.
- Tu avais oublié les charmes de l'Ecosse ?
Mon regard noir lui fit rouler les yeux. Elle fit un geste étrange avec ses mains – une sorte de huit, puis un geste sec du poignet – et j'eus soudainement beaucoup moins froid. Un regard sur mes vêtements m'apprit qu'ils étaient secs. Je relevai la tête pour la remercier, mais une grimace contrite déformait ses lèvres, et elle ne me semblait pas adressée.
Derrière moi, Théodore Nott était figé, ses vêtements aussi trempés que s'il avait reçu une des bombes à eau de Peeves et il fixait Crystal comme s'il essayait de la tuer par la seule force de son regard.
Elle finit par se racler la gorge.
- Toutes mes excuses, Nott. Il s'agit d'un très regrettable accident.
Il serra les dents puis sortit sa baguette pour se sécher, ses lèvres bougeant à peine. Il s'éloigna sans un mot de plus et mon regard croisa celui de Crystal.
Nous éclatâmes de rire, incapable de nous retenir, ni même d'être discrètes. Je sentis bien vite des larmes couler le long de mes joues. Je dus enfouir mon visage entre mes bras pour me soustraire aux regards appuyés dans ma direction, comme si l'héritière Lestrange n'avait pas le droit de rire en public.
Au bout de trois essais – qui se terminèrent tous de la même façon : un regard entre Crystal et moi – nous réussîmes enfin à retrouver notre calme. Les premières années étaient déjà alignés devant la table des professeurs et le professeur McGonagall déposa le Choixpeau sur le tabouret.
Il y eut un long silence, puis une déchirure dans l'étoffe élimée du chapeau, tout près du bord, s'ouvrit comme une bouche.
Le Choixpeau commença à chanter.
Voici un peu plus de mille ans,
Lorsque j'étais jeune et fringant,
Vivaient quatre illustres sorciers
Dont les noms nous sont familiers :
Le hardi Gryffondor habitait dans la plaine,
Poufsouffle le gentil vivait parmi les chênes,
Serdaigle le loyal régnait sur les sommets,
Serpentard le rusé préférait les marais.
Ils avaient un espoir, un souhait et un rêve,
Le projet audacieux d'éduquer des élèves,
Ainsi naquit Poudlard
Sous leurs quatre étendards.
Chacun montra très vite
Sa vertu favorite
Et en fit le blason
De sa propre maison.
Aux yeux de Gryffondor, il fallait à tout âge
Montrer par-dessus tout la vertu de courage,
La passion de Serdaigle envers l'intelligence
Animait son amour des bienfaits de la science,
Poufsouffle avait le goût du travail acharné,
Tous ceux de sa maison y étaient destinés,
Serpentard, assoiffé de pouvoir et d'action,
Recherchait en chacun le feu de l'ambition.
Ainsi, tout au long de leur vie,
Ils choisirent leurs favoris,
Mais qui pourrait les remplacer
Quand la mort viendrait les chercher ?
Gryffondor eut l'idée parfaite
De me déloger de sa tête,
Les quatre sorciers aussitôt
Me firent le don d'un cerveau
Pour que je puisse sans erreur
Voir tout au fond de votre cœur
Et décider avec raison
Ce que sera votre maison.
La Grande Salle éclata en applaudissements et je m'y joignis, même si c'était d'une façon à peu mécanique. L'euphorie de mon fou rire se dissipait de plus en plus vite tandis que je me revoyais à la place des premières années, seulement deux ans plus tôt, à attendre mon tour pour être Répartie.
Puisque j'avais terminé à Serpentard, ce à quoi tout le monde s'attendait, moi la première, je n'avais repensé à ce que le Choixpeau m'avait dit ce soit-là.
Hummmm, ce n'est pas ce que j'ai l'habitude de voir dans la tête d'une Lestrange... Tu m'as tout l'air d'être un curieux mélange, ma chère petite. Oui, il y a de l'entêtement, et tellement de fierté... Du courage aussi.
Qu'avait-il vu au fond de mon cœur, ce soir-là ? La fille de Sirius Black et Judy Adler ? Ou s'était-il laissé berné par mon nom comme toute la société sorcière avant lui ? Je ne doutais pas d'être entêtée et de souffrir de temps en temps de la fierté des Black, mais de quel courage parlait-il ?
Aurais-je vraiment pu aller à Gryffondor ?
Mon regard parcourut la longue table des rouges et or, cherchant quelqu'un qui pourrait me ressembler parmi eux, quand bien même j'en connaissais très peu, et seulement de nom. Je repérai la tête couronnée d'épis d'Harry Potter, un garçon aux côtés duquel j'aurais pu grandir, dans une autre vie. De tous les Gryffondors, il était sûrement celui qui incarnait le plus les valeurs du Fondateur, et je doutais d'avoir quoique ce soit de commun avec lui.
Pritchard, Graham, fut envoyé à Serpentard et je repris les applaudissements de ma maison pour compenser le silence assourdissant des trois autres tables.
En regardant autour de moi, je ne pus m'empêcher de me demander si un seul d'entre eux me ressemblait aussi. Je n'étais certainement pas habitée par l'ambition qui caractérisait ma maison, je ne passais pas mon temps à imaginer des intrigues, et la seule chose qui me raccrochait aux attentes de Salazar était peut-être ma loyauté.
Pour tout ce que j'en savais, je n'avais peut-être rien à faire ici.
- Regarde-mieux, Choixpeau. Je suis faite pour Serpentard.
Si j'avais su la vérité, deux ans plus tôt, aurais-je demandé au Choixpeau de m'envoyer à Serpentard malgré tout, ou l'aurais-je laissé décider pour découvrir ce que je valais vraiment ?
Crystal passa une main devant mes yeux et haussa les sourcils quand je revins à moi.
- Ça va ?
- Oui, je réfléchissais...
Je me servis en purée, choux de Bruxelles et rosbif. La vue de mon assiette pleine tira un spasme à mon estomac, mais je m'obligeai à manger quand même, sachant pertinemment que le médicomage Perrin n'avait pas oublié de prévenir Madame Pomfresh, et qu'il n'était pas exclu qu'elle veuille me voir bien avant la fin du mois.
Sauter deux repas la même journée serait une preuve de bêtise.
Crystal attendit que les desserts apparaissent pour tenter de discuter.
- Tu penses que Deloris va nous ignorer au dortoir, ou qu'elle va exiger des excuses ?
Je passai une main lasse sur mon front. J'avais presque oublié ce détail. Contrairement à tout l'été, Deloris n'allait pas rentrer chez elle après s'être montrée particulièrement désagréable, mais j'allais la retrouver dans notre dortoir, et chaque jour qui suivrait après ça.
- Si quelqu'un doit s'excuser, c'est elle. Mais si tu veux mon avis, elle va faire comme si rien ne s'était passé. Elle a l'air de vouloir que nous redevenions amies.
- J'ignorais que vous vous étiez disputés avant les vacances.
- Tu connais Deloris. Il ne faut pas grand chose pour qu'elle prenne la mouche. Le côté positif, c'est que j'ai été épargnée par son habitude de me faire un point sur tous les ragots qui fleurissent pendant l'été dans le monde Sang-Pur.
Bien sûr, ce n'était pas tout à fait ce qui s'était passé, mais je n'étais pas d'humeur à expliquer par le menu tout ce que me reprochait Deloris depuis juin dernier. Notre dispute de ce matin ne servirait qu'à allonger une longue liste qui n'en resterait probablement pas là.
Si je n'avais jamais été très intéressée par mon rôle de parfaite petite héritière, j'en haïssais désormais chacun des aspects, et je ne comptais faire que le minimum pour que les gens continuent à penser que j'étais Alya Lestrange.
Dumbledore choisit ce moment pour se lever. La rumeur des discussions s'éteignit presque aussitôt et on n'entendait plus que le gémissement du vent et le martèlement de la pluie sur les vitres et le toit de la Grande Salle.
- Et voilà ! dit-il avec un grand sourire, maintenant que nous avons été nourris et abreuvés, je dois, une fois de plus, vous demander votre attention afin de vous donner quelques informations. Mr Rusard, le concierge, m'a demandé de vous avertir que la liste des objets interdits dans l'enceinte du château comporte également cette année les Yo-Yos hurleurs, les Frisbees à dents de serpent et les Boomerangs à mouvement perpétuel. La liste complète comprend quatre cent trente-sept articles, si mes souvenirs sont exacts, et peut être consultée dans le bureau de Mr Rusard, pour ceux qui seraient intéressés.
Les coins de la bouche de Dumbledore tressaillirent.
- Je voudrais également vous rappeler, poursuivit-il, que, comme toujours, la forêt est interdite à tous les élèves et le village de Pré-au-Lard à celles et ceux qui n'ont pas encore atteint la troisième année d'études. Je suis également au regret de vous annoncer que la Coupe de Quidditch des Quatre Maisons n'aura pas lieu cette année.
Un peu plus loin, je ne pus louper l'exclamation outrée de Draco, lui qui avait passé une bonne partie de l'été à s'entraîner.
- Cela est dû, continua Dumbledore, à un événement particulier qui commencera en octobre et se poursuivra tout au long de l'année scolaire, en exigeant de la part des professeurs beaucoup de temps et d'énergie. Mais je suis persuadé que vous en serez tous enchantés. J'ai en effet le grand plaisir de vous annoncer que cette année, à Poudlard...
Mais, au même instant, un coup de tonnerre assourdissant retentit et les portes de la Grande Salle s'ouvrirent à la volée.
Un homme se tenait sur le seuil, appuyé sur un grand bâton et enveloppé d'une cape de voyage noire. Toutes les têtes se tournèrent vers le nouveau venu, soudain illuminé par un éclair qui zébra le plafond magique. L'homme ôta son capuchon, secoua une longue crinière de cheveux gris sombre, puis s'avança en direction de la table des professeurs.
Je plissai les yeux, certaine de l'avoir déjà vu quelque part, sans réussir à me souvenir de qui il s'agissait, ni quand j'avais bien pu le croiser.
Un claquement sourd, régulier, résonnait en écho dans la Grande Salle, ponctuant ses pas. Lorsqu'il eut atteint l'extrémité de la table des professeurs, il se dirigea vers Dumbledore d'un pas lourd et claudicant.
Un nouvel éclair traversa le plafond magique et illumina le visage du nouveau venu.
Je déglutis.
Il était bardé de cicatrices, un morceau de son nez manquait et son œil gauche ressemblait à s'y méprendre à celui de Miss Ross.
J'eus la désagréable impression qu'il resta fixé sur moi pendant une fraction de seconde et je détournai le regard.
Alastor Maugrey.
Je ne l'avais croisé qu'une fois, et je ne devais pas avoir huit ans. Les Aurors avaient fouillé le manoir, à la recherche d'artefacts interdits. Draco et moi – enfin, surtout Draco – avions voulu les espionner pour en apprendre plus, mais Fol-Oeil nous avait repérés au bout de cinq minutes, puis nous avait immobilisés d'un sortilège.
- Ça ne se fait pas d'espionner des Aurors en plein travail, les mioches. Je pourrais vous arrêter si je le voulais.
- Mon père ne vous laissera pas faire !
- Ton père et moi, on est des vieilles connaissances, je suis sûr qu'il fera profil bas, ou il retournera dans les cellules du Ministère. Je pourrais même m'arranger pour retrouver celle qu'il occupait il n'y a pas encore si longtemps. Maintenant disparaissez !
J'ignorai encore comment Draco avait trouvé le courage – et l'impertinence – de lui répondre, parce que j'avais été terrifiée. Par ses cicatrices, son bout de nez manquant, son sourire inquiétant, son air dur et son œil magique.
Fol-Oeil échangea quelques mots avec Dumbledore puis prit place à la table des professeurs, sur la dernière chaise libre. Il commença à manger, reniflant avec méfiance ce que contenaient les plats avant de s'en servir une part.
- Je vous présente notre nouveau professeur de défense contre les forces du Mal, déclara Dumbledore d'une voix claire qui rompit le silence. Le professeur Maugrey.
J'en perdis le contrôle sur ma mâchoire. Maugrey, professeur ?
- Tu penses qu'il a obtenu ses cicatrices parce qu'il est incompétent, lui aussi ? me demanda Crystal.
- Non... C'est un ancien Auror. Je doute qu'on puisse lui reprocher de ne pas savoir de quoi il parle.
Le visage de Crystal s'illumina.
- Ça, c'est une excellente nouvelle !
Je n'étais pas certaine d'être de son avis, mais ça ne pouvait pas être pire que Lockhart, ce qui était déjà une bonne chose. Si je me fiais aux applaudissements peu nourris, la majorité des élèves semblaient aussi mitigés que moi.
Comme je m'apprêtais à vous le dire, reprit Dumbledore, nous allons avoir l'honneur d'accueillir au cours des prochains mois un événement que nous n'avons plus connu depuis un siècle. J'ai le très grand plaisir de vous annoncer que le Tournoi des Trois Sorciers se déroulera cette année à Poudlard.
- Vous PLAISANTEZ ! s'exclama l'un des jumeaux Weasley, brisant le silence étrange qui s'était installé avec l'arrivée de Fol-Oeil.
Presque tout le monde éclata de rire et Dumbledore lui-même pouffa d'un air amusé.
- Non, je ne plaisante pas, Mr Weasley, dit-il. Mais si vous aimez la plaisanterie, j'en ai entendu une très bonne, cet été. C'est un troll, une harpie et un farfadet qui entrent dans un bar...
Le professeur McGonagall s'éclaircit bruyamment la gorge.
- Heu... c'est vrai..., dit Dumbledore. Le moment n'est peut-être pas venu de... Où en étais-je ?
Je n'écoutai que d'une oreille le rappel historique sur le Tournoi des Trois Sorciers et je n'étais pas la seule à la table des Serpentards. La promesse de mille Gallions et d'une gloire éternelle semblait intéresser beaucoup de mes camarades, des verts premières année au Préfet de cinquième année dont j'ignorai le prénom.
Je glissai un regard vers Draco mais mon cousin semblait plutôt résigné, étant donné que nous savions que seuls les élèves majeurs seraient autorisés à participer. Je ne doutais pas qu'il aurait tenté sa chance autrement, juste pour avoir une opportunité de briller plus fort que Potter autre part que sur le terrain de Quidditch, dont les portes lui seraient fermées cette année.
- Je vous demande donc de ne pas perdre votre temps à essayer de vous porter candidat si vous avez moins de dix-sept ans. Comme je vous l'ai déjà dit, les délégations des écoles de Beauxbâtons et de Durmstrang arriveront en octobre et resteront parmi nous pendant la plus grande partie de l'année scolaire. Je ne doute pas que vous manifesterez la plus grande courtoisie envers nos hôtes étrangers tout au long de leur séjour et que vous apporterez votre entier soutien au champion de Poudlard lorsqu'il — ou elle — aura été désigné. Mais il se fait tard, à présent, et je sais combien il est important que vous soyez frais et dispos pour vos premiers cours, demain matin. Alors, tout le monde au lit ! Et vite !
Un vacarme sans nom suivit la fin du discours de Dumbledore, et je dus à nouveau faire preuve de patience pour pouvoir passer les portes de la Grande Salle, puis atteindre l'escalier qui menait aux cachots. Même si j'avais dormi dans le train, je ne rêvais plus que de retrouver mon lit.
Sauf que je devrais sans doute affronter Deloris avant cela, et que j'avais aussi besoin d'une douche pour me débarrasser de la crasse du voyage.
Crystal donna le nouveau mot de passe – Facta, non verda – sans que je ne sache vraiment à quel moment elle en avait pris connaissance.
Jin Wan était déjà dans le dortoir, occupée à décorer son coin avec de nombreuses photos. Elle s'était coupée les cheveux pendant l'été, faisant le choix d'une frange, et quelques mèches rouges tranchaient singulièrement avec ses cheveux noirs.
- Bonjour les filles ! Vous avez passé un bon été ?
- Excellent pour ma part, répondit Crystal. Très enrichissant.
- J'ai été pas mal malade, mais au moins, je me suis bien reposée, dis-je, me tenant à la version officielle que Narcissa avait chanté tout l'été. Et toi ?
- Je crois que c'était le meilleur été de toute ma vie !
Jin entreprit de nous raconter tout ce qu'elle avait fait ces deux derniers mois – un stage de danse, un voyage en Italie et le tour de sa famille – et je laissai Crystal faire la conversation pour nous deux. Dès que l'occasion se présenta, je m'excusai en direction de la salle de bain. Une douche chaude me fit oublier celle écossaise à mon arrivée, et je me contentai de rassembler mes cheveux en une natte lâche. Mes boucles ne vaudraient pas celles obtenues avec des papillotes, mais j'avais comme perdu toute patience pour l'exercice au cours de l'été.
Pansy n'avait pas manqué de me dire tout le bien qu'elle pensait de ma décision – elle qui avait toujours soutenu que les anglaises étaient ringardes depuis au moins cinquante ans – et cela avait semblé agacer Narcissa au plus haut point.
Deloris avait finalement rejoint le dortoir et elle me lança un drôle de regard que je ne sus décrypter. Elle reporta bien vite son attention sur ses affaires, puis se glissa à ma place dans la salle de bain.
Je me laissai tomber sur mon lit avec un bâillement qui me laissa les yeux humides et bien décidée à ne pas traîner pour fermer les rideaux.
Crystal me rejoignit toutefois, un objet emballé d'un tissu d'un bleu profond.
- Joyeux Anniversaire, Alya.
- Merci, Crystal, répondis-je avec un sourire automatique, celui qui satisfaisait Lucius quand nous étions en société.
Recevoir un cadeau de sa part, alors qu'elle mentait peut-être, ou qu'elle jouait à être mon amie pour obtenir les bonnes grâces des Malefoy et des Lestrange, aurait dû m'irriter au plus haut point. Il était dix heures passées, je ne rêvais que de m'envelopper dans ma couverture jusqu'au lendemain, mais je devais pourtant faire une représentation supplémentaire pour ne pas éveiller les soupçons de Crystal tant que je serais pas sûre.
Pourtant, elle semblait particulièrement impatiente de me voir déballer mon cadeau, comme si elle était certaine d'avoir fait un excellent choix et qu'elle avait attendu ma réaction tout l'été.
Il s'agissait d'une sculpture en bois, à peine plus grande que ma main, et taillée en forme d'une fleur que je ne sus reconnaître. L'artiste s'était donné la peine de reproduire chaque détail avec soin, ce qui donnait l'impression que les pétales de la fleurs allaient bouger si je soufflais dessus.
- C'est une fleur de Protéa, la plus belle fleur d'Afrique du sud. Et ce n'est pas tout.
Elle enveloppa ma main gauche de la sienne, et dévissa le cœur de la fleur avec délicatesse.
- On appelle ça une Gees Boks. Un coffret à esprit. Si tu as une pensée qui te gène, un souvenir que tu souhaites oublier ou un cauchemar qui te hante, il te suffit de l'écrire sur un morceau de parchemin, puis tu le froisses et tu l'appliques sur ton front.
Crystal appliqua ses paumes l'une contre l'autre, le morceau de papier coincé entre ses index, et le bout de ses doigts touchant l'endroit au milieu de son front.
- Il faut que tu imagines que le papier absorbe ce qui alourdit ton esprit. Ensuite, quand tu as terminé, tu mets le feu au morceau de parchemin, tu le mets dans la Gees Boks, et tu le refermes. Le bois va emprisonner ce que tu souhaitais oublier et cela ne te dérangera plus. Les Aînées de mon clan l'ont bénie, j'espère que cela t'aidera.
C'était la deuxième fois seulement que Crystal m'offrait quelque chose pour mon anniversaire, mais comme le bracelet l'année dernière – que Pansy m'avait fait promettre de porter aujourd'hui et aussi souvent que possible jusqu'à ce que nous ayons tiré les choses au clair –, elle s'était donnée du mal pour me trouver quelque chose d'une très grande élégance, et qui pouvait m'aider.
Tu serais stupide de tourner le dos à une telle amitié, Maellyn.
Je secouai la tête pour éloigner la voix de Christopher – j'allais peut-être tester la Gees Boks dès maintenant – et je plongeai mon regard dans celui brun de Crystal, paré d'or avec le reflet des bougies.
- Merci, Crystal. C'est un magnifique cadeau.
Elle me fit un clin d'oeil, mais j'eus l'impression que c'était plus pour dissiper son émotion.
- Je me suis dis que ça pourrait t'aider en Occlumentie. Après tout, c'est un peu de ma faute si tu as perdu en endurance...
Il me faudrait sans doute plusieurs mètres de parchemins si je souhaitais me débarrasser de toutes les pensées parasites qui m'empêchaient de me concentrer ces derniers temps.
- C'était un accident. Et j'aurais dû savoir que c'était une mauvaise idée, en plus...
Elle ouvrit la bouche, mais Deloris choisit cet instant pour sortir de la salle de bain, ses cheveux enveloppés dans ce qui semblait être une serviette en soie – sûrement la dernière invention de Sorcière Hebdo –. Crystal m'offrit une dernière grimace avant de rejoindre son lit, et je déposai la Gees Boks sur ma table de chevet, juste à côté de la photo de Draco, Christopher et moi.
Il me sembla que l'image de mon meilleur ami me lançait un de ses regards supérieurs, de ceux qui signifiaient qu'il avait raison et que je ferais bien de l'écouter, mais c'était sans doute un tour joué par la lumière.
Ce qui était sûr, c'était que Pansy allait être de cet avis. Je fermai mes rideaux avec un soupir : j'allais avoir besoin de toute l'énergie possible demain.
…
Vendredi 2 Septembre 1994, Poudlard, Ecosse.
Je me réveillai en sursaut. Il me fallut de longues secondes pour comprendre où je me trouvais quand j'échouai à reconnaître le ciel de lit qui me surplombait.
Celui de mon ancienne chambre avait été un camaïeu de roses, celui de ma nouvelle chambre représentait les grandes constellations...
Des serpents brodés d'argent ne pouvaient signifier que Poudlard.
Un coup d'oeil à mon réveil m'apprit qu'il était à peine six heures du matin, et que je pouvais me rendormir pour une bonne heure, presque deux si je décidais de sauter le petit-déjeuner – ce qui serait le moyen le plus rapide pour gagner un abonnement à l'infirmerie –.
A côté de mon réveil, trônait le cadeau de Crystal. La Gees Boks semblait briller dans la pénombre du dortoir – il ne faisait jamais vraiment nuit sous la surface du Lac Noir – et je fermai les yeux, bien décidée à grappiller tout le sommeil que je pouvais emmagasiner.
La rentrée était toujours fatigante. Je pouvais en plus jouer de malchance et avoir Sortilèges, Botanique, Histoire de la Magie et une de mes nouvelles options dans la même journée. Sans oublier que je m'étais couchée sans adresser la parole à Deloris, ce que je pourrais difficilement répéter durant la journée.
Après avoir changé trois fois de position, passé cinq minutes à tenter d'ignorer le plaidoyer de ma vessie en faveur d'un voyage aux toilettes, et échoué lamentablement à retrouver la torpeur qui précédait le sommeil, je dus toutefois me résoudre face à la réalité.
J'étais bel et bien réveillée. Rester dans mon lit à prétendre le contraire n'allait réussir qu'à me mettre de mauvaise humeur ce qui, combiné au reste, risquait de faire un cocktail explosif.
Je maudis Merlin, Viviane et Morgane en rabattant mes couvertures à défaut de pouvoir crier de frustration, et je me faufilai dans la salle de bain, attrapant mes affaires au passage.
Sans mes papillotes à enlever, ni mes cheveux à arranger pour parfaire mon image de parfaite petite héritière, je fus prête bien plus rapidement que les autres années.
Toutefois, mon reflet me tira une grimace.
Ma frange dissimulait difficilement les quelques boutons qui maculaient mon front, mes yeux étaient soulignés de rouge, mon teint donnait l'impression que je n'avais pas vu le soleil de l'été et mes joues étaient définitivement trop creuses.
Avec tout ça, j'avais l'impression que je ressemblais moins à ma mère que ce que j'aurais dû, et bien plus à Bellatrix, et ce n'était pas entièrement dû à mon air sombre.
Mes traits creusés faisaient ressortir l'angle de ma mâchoire et mes pommettes, accentuant la marque des Black sur mon visage, comme si, inconsciemment, je voulais donner plus de corps au mensonge que j'étais.
Un rictus étira mes lèvres, achevant un portrait qui me donnait envie de faire exploser le miroir, et je détournai le regard pour terminer d'ajuster ma tenue.
Quand je traversai le dortoir, les respirations profondes m'apprirent que j'avais une paire d'heures de tranquillité devant moi.
Même s'il était sans doute beaucoup trop tôt, je pris la direction de la Grande Salle, craignant de me retrouver nez-à-nez avec Théodore Nott si je restais dans la salle commune. Pansy m'avait confié lors du bal de Daphné qu'il avait essayé à plusieurs fois de lui soutirer des informations depuis ma fête d'anniversaire, et que je devrais absolument faire attention à tout ce que je dirais à Poudlard.
Qu'il soit à portée de vue ou non.
Comme si je n'avais pas assez de choses à gérer comme ça.
Les couloirs étaient parfaitement calmes et je ne croisai personne, ce qui me donna l'impression d'être la seule élève à avoir effectué sa rentrée la veille. Je savais que ça ne durerait pas. Le château avait beau être immense, on finissait toujours par croiser quelqu'un, quelque part, et l'annonce de la tenue du Tournoi risquait d'ajouter une sorte de fébrilité digne de la finale de la Coupe des Quatre Maisons, ce qui ne serait sans doute rien comparé à ce que cela deviendrait une fois que les épreuves auraient commencé.
J'avais espéré une année tranquille, sans monstre en liberté dans les couloirs et sans meurtrier en cavale dans le parc, mais ce n'était pas pour cette fois. Je commençais à douter que Poudlard connaisse un jour la quiétude.
Ou alors, il fallait se lever très tôt.
J'étais la première à entrer dans la Grande Salle ce matin. Je levai les yeux vers le plafond par réflexe, la seule façon que j'avais pour me faire une idée de la météo en venant des cachots. L'orage s'était éloigné, mais le ciel demeurait sombre, ce qui pouvait annoncer de la pluie dans la journée. Tout en me promettant de prendre la bonne cape en retournant au dortoir pour chercher mes affaires, je formulai une prière à l'intention de Merlin.
Faites que je n'ai pas Botanique aujourd'hui.
En attendant que les plats se remplissent devant moi, je sortis mon manuel de Métamorphose, bien décidée à le terminer avant mon premier cours. Je terminai le chapitre sur les Métamorphoses Atoniques – celles qui consistaient à transformer un animal en un objet, ce que je maîtrisais déjà depuis l'année dernière – quand des bruits de pas me firent lever les yeux. Le professeur Rogue haussa un sourcil en me voyant déjà installée à la table, mais se garda de tout commentaire. Il avait de nombreux morceaux de parchemins dans les mains, en plus de ce qui ressemblait à un exemplaire de La Gazette. Sachant qu'il devait s'agir des emplois du temps, je faillis lui demander le mien, tout en pestant d'être incapable de me souvenir par quoi Draco commençait ses journées du vendredi l'année dernière.
Je ne demandais pas grand chose : une de mes nouvelles options, Métamorphose et peut-être Astronomie ou Potions pour parfaire le programme. Pas de Botanique, pas de Sortilèges et encore moins Défense.
Vu la renommée d'Alastor Maugrey et celle de mon nom de famille – le vrai comme le faux –, quelque chose me soufflait que je n'allais pas être son élève favorite cette année. J'attendais le premier cours pour être fixée sur mon sort, mais je gagnerais sans doute à faire profil bas.
L'avantage était qu'il partirait en juin, comme tous ceux avant lui.
L'arrivée de Rogue annonça le début de la journée pour Poudlard. Les plats apparurent sur la table des professeurs dix minutes après son arrivée – à l'exact moment où il referma son journal d'un geste sec – et d'autres professeurs arrivèrent peu à peu. Sans doute aimaient-ils profiter du calme qui régnait sur la Grande Salle, à l'opposé de ce que je connaissais d'ordinaire.
L'horloge qui dominait le grand hall sonna à sept heures précises et les plats devant moi se remplirent. Je refermai mon manuel avec un soupir pour me servir, me répétant que je n'avais pas le choix : c'était manger maintenant ou subir le courroux légendaire de Madame Pomfresh plus tard.
Peu à peu, les tables commencèrent à se remplir, les Poufsouffles ayant le plus de lèves-tôt dans leurs rangs que toutes les autres maisons réunies. J'étais prête à partir – si je me débrouillais bien, je pouvais facilement passer au dortoir plus tard, quand la majorité de ma maison serait attablée devant leur petit-déjeuner – mais j'avais besoin de mon emploi du temps pour faire mon sac, et une part de moi espérait recevoir une lettre de la part de Christopher.
Après tout, cela faisait plus d'une semaine qu'il avait effectué sa rentrée, ses cours avaient dû recommencer maintenant et j'avais hâte d'avoir de ses nouvelles, même si elles seraient accompagnées d'un véritable interrogatoire concernant Crystal...
Le souvenir du fou rire que nous avions partagé la veille – l'un des plus irrésistibles dont je me souvenais – me fit grimacer et je le repoussai dans un coin de mon cerveau.
Il était trop tôt pour que je me penche sur la question.
- Tenez, Miss Lestrange.
Je sortis de mes pensées avec un sursaut. Le professeur Rogue me tendait mon emplois du temps, une corvée qu'il déléguait en général aux Préfets.
- Merci, professeur.
J'eus l'impression qu'il me dévisageait un peu plus longuement que nécessaire. Je vérifiai l'état de mon Mur d'une caresse de mon esprit. Je n'avais pas oublié qu'il avait été là, lui aussi, dans la Cabane Hurlante. Entre autre chose, mon père et lui se haïssaient, et si Pansy disait vrai, il avait essayé de livrer mon père aux Détraqueurs.
J'ignorai s'il savait la vérité sur moi, mais je ne lui ferais pas le plaisir de laisser traîner une pensée qui pourrait le mettre sur la voie.
Dans tous les cas, mon Mur était intact et je ne percevais pas un autre esprit à la frontière du mien.
Un sourire étira mes lèvres quand je découvris mon emploi du temps pour ce matin : Métamorphose et Astronomie. L'après-midi était un peu moins enthousiasmante (Botanique et Histoire de la Magie) mais au moins, échapperai-je aux Sortilèges pour ce jour de rentrée, et j'avais jusqu'à lundi pour me préparer à mes retrouvailles avec le professeur Flitwick.
La Grande Salle se remplissait à vue d'oeil et je décidai de partir avant d'être attrapée par Pansy ou Deloris.
Je devais avoir parfaitement chronométré ma sortie car, moyennant un petit détour dans les cachots, je ne croisais pas les filles sur le chemin, et le dortoir était vide. Je fis rapidement mon sac et gagnait le troisième étage.
A mesure que je m'approchais de la salle, mon entrain se transformait en appréhension et peut-être en autre chose aussi.
Parce que Minerva McGonagall savait.
J'ignorais depuis combien de temps, ni comment elle avait appris la vérité, mais elle savait.
Elle m'avait menti, elle aussi – même si Narcissa l'y avait peut-être contrainte, comme me l'avait fait remarqué Christopher, ce dont elle était capable –. Je me demandais sincèrement si cela ne l'avait pas influencée à me préparer pour le Concours International.
J'aimais la Métamorphose et j'adorais mes leçons particulières, qui me donnaient vraiment l'occasion de me dépasser et de progresser...
Peut-être que McGonagall avait eu pitié de moi. Peut-être que je n'étais pas aussi douée que ce qu'elle laissait entendre.
Mon père était doué en Métamorphose – après tout, il était devenu Animagus, seul, pendant sa cinquième année – mais être sa fille ne faisait pas tout...
Avec un soupir, je me laissai glisser le long du mur de la salle de McGonagall, et j'enfouis mon visage dans mes genoux, priant en silence pour que la cloche résonne le plus tard possible, juste pour que j'ai le temps de retrouver mon sang-froid.
D'une certaine façon, je ne fus pas du tout exaucée.
- Ah, Miss Black. Vous faites bien d'être en avance, je voulais vous voir.
Je sentis mon sang quitter mon visage et je déglutis difficilement, mes yeux étrangement brûlants.
Je me forçai toutefois à bouger, hissant mon sac sur une épaule pour la suivre dans son bureau, juste à côté de la salle de classe.
Je refermai la porte derrière moi et je pris place sur une chaise en face d'elle. Elle me dévisagea ouvertement, puis elle se racla la gorge.
- Vous ne semblez pas surprise que je sache la vérité, n'est-ce pas ?
Je m'obligeai à me redresser sur mon siège.
- Non.
Elle hocha la tête, comme si je venais de donner une bonne réponse.
- Je crois que je vous dois une explication, dans ce cas. Et peut-être même des excuses.
Je plissai les yeux une brève seconde, avant de me rendre compte que ma magie me donnait déjà l'impression de crépiter le long de ma peau. Je rouvris les poings et posai mes mains sur mes cuisses pour ne pas perdre le contrôle.
- Lady Malefoy n'a pas eu d'autre choix que de me dire qui vous étiez vraiment l'été avant votre première année, quand elle est venue négocier votre inscription à Poudlard. Vous n'étiez pas née au Royaume-Uni, aussi votre inscription n'a-t-elle pas été automatique... J'avais des doutes avant cela, quand vous étiez sous la responsabilité de l'infirmière après la fin de la guerre, mais aucune certitude. J'ai cru que Narcissa Malefoy n'avait pas eu d'autre choix, et je lui reconnais le mérite de vous avoir élevée. Toutefois, ce n'est pas tout à fait vrai, et je regrette de ne pas avoir essayé de lui faire changer d'avis à propos de toute cette histoire.
Je serrai les dents.
- Elle ne vous aurait pas écouté, grognai-je.
McGonagall se pencha vers moi.
- Peut-être, mais j'aurais pu essayer. Je suis désolée que vous ayez eu à vivre cela, Miss Black. Toute cette histoire était déjà bien assez compliquée sans avoir eu besoin de rajouter de tels mensonges...
Je détournai les yeux pour les fixer sur mes genoux. La vie d'Alya Lestrange n'était pas des plus simples : Bellatrix et Rodolphus étaient en prison pour torture, meurtres et actes Mangemort, elle avait été élevée par sa tante parce que sa propre mère avait préféré partir à la recherche du Seigneur des Ténèbres mais elle était toutefois l'héritière d'une famille des Vingt-Huit Consacrées avec tout ce que cela impliquait dans la société Sang-Pur.
Maintenant, je devais faire face à tout cela alors que je n'étais pas Alya Lestrange, et que j'aurais pu échapper à toute cette comédie si Narcissa avait vraiment tenu la promesse qu'elle avait fait à mon père.
- Au vu des circonstances, je comprendrais que vous n'ayez pas eu le temps de vous acquitter de toutes vos lectures durant l'été, toutefois, si vous avez votre devoir supplémentaire, j'aimerais le récupérer maintenant. Je devrais pouvoir le corriger avant notre séance de ce soir.
Je relevai la tête si vite qu'un os craqua dans ma nuque.
Le professeur McGonagall haussa un sourcil et je ne sus interpréter son regard brillant.
- Vu ce que votre père m'a confié en juin dernier, je suis convaincue que nous pouvons passer aux choses sérieuses, vous et moi.
Elle poussa ce qui ressemblait à plusieurs carnets reliés ensemble entre nous et je crus rêver quand je lus le titre écrit en rouge sur la couverture.
Animagus : mémoire d'une transformation.
…
Lundi 5 Septembre 1994, Poudlard, Ecosse.
- Tu veux découvrir la vérité, oui ou non ?
En réponse à mon regard sombre, Pansy me pinça sauvagement le bras.
- Mais ça va pas ! Je vais au moins avoir un bleu !
- Tant mieux ! Au moins tu penseras à ce que tu dois faire à chaque fois que tu le verras ! D'ici trois siècles, on en saura peut-être un peu plus !
- Tu exagères, Pansy !
Je voulus ouvrir la porte de mon dortoir – j'allais finir par être en retard, et je ne voulais pas commencer la semaine en donnant une mauvaise impression au professeur Babbling – mais Pansy la referma d'un geste sec.
- Quoi, encore ?!
- Je veux bien te donner un coup de main, Black, mais il faut que tu y mettes du tien. Malhorne ne se confiera jamais à moi comme elle le pourrait avec toi. Arrête de vivre en ermite dans ton lit et creuse un peu la question dans la semaine. Profite du cours de Babbling, Yaxley ne sera pas dans tes pattes.
J'eus un soupir. J'avais parfois l'impression que Pansy avait encore plus envie que moi de découvrir ce que cachait Crystal, même si je n'arrivais pas tout à fait à comprendre pourquoi. Une autre fois, j'aurais demandé à Draco son avis, mais comme mon cousin ne s'était toujours pas excusé, je ne comptais pas arrêter de l'ignorer de si tôt.
- Je vais essayer, mais je ne te promets rien. Crystal est sacrément douée pour changer de sujet.
J'avais tenté une ou deux questions vendredi à propos de ses vacances, et elle avait réussi à rediriger la conversation vers les miennes ou celles de Deloris en une phrase.
- Elle ne dira rien devant Yaxley, elle la déteste. Tu devrais le savoir.
Pansy se décala pour me laisser passer et je saisis l'occasion, de peur qu'elle ne change d'avis. Je dus courir pour arriver devant la salle d'Etude des Runes. Crystal était déjà là, feuilletant le Syllabaire Lunerousse d'un air abstrait. Nous étions une quinzaine d'élèves, parmi lesquels je retrouvais sans surprise Lean McLaggen, Clarissa Belby et Hadrian.
Le choix des options de troisième année n'en était pas vraiment un dans la société Sang-Pur : Etude des Moldus était exclu pour la majorité d'entre nous, Soins aux Créatures Magiques avait mauvaise réputation depuis que le garde-chasse l'enseignait et il fallait avoir un vrai goût pour la Divination pour choisir cette matière. Après cela, il ne restait donc qu'Arithmancie et Etude des Runes.
Pour être tout à fait honnête, je me demandais si je n'aurais pas mieux fait de faire comme Draco, quitte à m'occuper de bestioles répugnantes pour les trois prochaines années. Créatures Magiques ne demandait guère de travail et j'aurais eu un peu plus de temps à consacrer à la Métamorphose...
- Que te voulait Parkinson ? me demanda Crystal.
- Plaider pour mon cousin, ce pourquoi elle peut toujours rêver, répondis-je en haussant les épaules.
- Pourquoi vous vous êtes disputés, cette fois ?
Son ton las me rappela celui de Pansy lors du bal de Daphné Greengrass. Compte tenu de la tendance à l'excès de mon cousin, nous nous disputions pas si souvent que ça.
- Il a fait preuve de stupidité.
- Il va te falloir être un peu plus spécifique, Lestrange.
Je fronçai un sourcil en la voyant rouler des yeux, exactement comme la fille moldue de Londres. Pansy avait raison, je devais faire ma part pour essayer d'en apprendre plus, avant de devoir me résoudre à des méthodes moins subtiles.
L'arrivée du professeur Babbling m'évita d'avoir à répondre. Il s'agissait d'une sorcière aux longs cheveux noirs, que j'avais toujours vu habillée de sombre et je n'étais pas bien sûr qu'elle sache sourire. Je l'avais longtemps confondue avec le professeur Vector, jusqu'à ce que Pansy et Draco commencent à se plaindre de son haut niveau d'exigence et de la difficulté des cours d'Arithmancie.
- Bonjour à toutes et à tous, je... commença le professeur Babbling, avant d'être interrompue par un coup à la porte.
Elle fit un geste de baguette pour ouvrir. Luna Lovegood et Ginevra Weasley entrèrent, le souffle cours et leur tenue débraillée.
- Excusez-nous, professeur, on s'est perdues, expliqua Weasley.
- Je pensais que deux troisièmes années n'auraient aucun mal à trouver cette salle, mais nous n'avons pas tous les mêmes facilités à nous repérer, de toute évidence. Si cela se reproduit, je n'hésiterais pas à vous enlever des points. Asseyez-vous.
Elles prirent place au premier rang et au sourire qu'elles échangèrent, je compris sans mal qu'elles ne s'étaient pas vraiment perdues, même si j'aurais bien eu du mal à deviner quelle était vraiment la raison de leur retard.
- Comme je le disais, je suis le professeur Babbling. Pour cette première année, j'attends de mes élèves trois choses : qu'ils connaissent parfaitement les alphabets principaux : le futhark, l'égyptien, le grecque et le cyrillique, que vous ayez des notions d'histoires concernant différents textes majeurs et que vous sachiez traduire des textes simples d'ici la fin de l'année. Les applications magiques des runes, notamment celles liées au futhark, ne sont abordées qu'à partir de la sixième année, aussi inutile d'y faire allusion d'ici là.
Elle nous avait tenu le même discours, en fin d'année dernière, quand elle était passée dans les classes pour présenter son option, pourtant il y eut plusieurs soupirs déçus à travers la salle.
- Bien, nous allons commencer par le futhark. Veuillez copier la correspondance avec l'alphabet latin, puis vous réécrirez l'hymne de Poudlard dans l'alphabet futhark pour vous familiariser avec les notations. Faites-en sorte d'être lisible.
Etant donné que je connaissais déjà les alphabets grecques et cyrillique, je partais avec une longueur d'avance qui me simplifierait sans doute la tâche dans les semaines à venir.
- Je suppose qu'on étudiera pas de runes africaines, pas vrai ?
Le professeur Babbling semblait tolérer quelques bavardages étant donné qu'elle n'avait toujours pas repris Lovegood et Weasley, deux rangs devant nous.
- Chaque clan utilise un alphabet qui lui est propre et qui n'est jamais divulgué à des non initiés, sans oublier tout un tas de symboles qui ont chacun des propriétés magiques différentes... Il faut des années pour être parfaitement versé dans leur signification.
- Tu ne regrettes pas d'être ici plutôt que là-bas ?
Elle haussa les épaules.
- J'apprends des choses différentes ici, qui enrichissent mon clan quand j'y retourne.
- C'est pour ça que tu es venue étudier à Poudlard alors ?
- En partie, mais comme je l'ai dit à Parkinson vendredi, la vraie raison est un secret.
Son sourire crispé me confirma qu'il ne valait mieux pas que je pousse ma chance et je m'en retournai à ma traduction de l'hymne de Poudlard.
- Vous me terminerez votre travail pour la semaine prochaine et j'interrogerai certains d'entre vous sur l'alphabet, annonça le professeur Babbling juste avant que la cloche ne résonne.
Je rangeai mes affaires sans enthousiasme : ce premier cours d'Etude des Runes était loin d'avoir été fascinant, mais j'aurais préféré rester une deuxième heure ici plutôt que de me rendre là où mon emploi du temps me disait d'aller.
- Allez, Alya, je suis sûre que tu ne mettras pas le feu à quoique ce soit, cette fois !
- Merci de ta sollicitude, Malhorne. J'espère qu'on va commencer par un cours de théorie...
- Tu dois être la seule à souhaiter une telle chose !
Je ne le savais que trop bien, et je connaissais assez le professeur Flitwick pour deviner qu'il allait vouloir nous faire revoir tous les sortilèges que nous avions étudié en deuxième année avant de nous en apprendre de nouveaux.
Il n'y avait décidément que le professeur McGonagall qui ne nous prenait pas par la main. Notre cours de vendredi avait porté sur les Animagi, et nous avions une dissertation de cinquante centimètres à lui rendre à la fin de la semaine sur le sujet.
Je devais pour ma part écrire trente centimètres de parchemin sur le sortilège de Disparition appliqué aux objets, et lire le premier carnet manuscrit rédigé par McGonagall à propos des Animagus. Cela me rajoutait beaucoup de travail – ce qui faisait dire à Pansy que je me comportais en ermite – mais je n'aurais renoncé pour rien au monde.
La Métamorphose était bien la seule chose qui avait du sens dans ma vie en ce moment.
Crystal et moi étions les premières à arriver devant la salle de sortilèges : Hadrian était parti en direction de la bibliothèque, Sven et Deloris avaient divination avant la pause – ils mettraient un peu de temps avant de nous rejoindre – et il me semblait que les autres avaient choisi soins aux créatures magiques. Quant aux Serdaigles – puisque nous étions encore avec eux cette année pour les Sortilèges – ils avaient tendance à arriver une ou deux minutes avant que la cloche ne lance le début des cours.
J'avais donc une occasion de plus pour arracher des confidences à Crystal, sauf que c'était loin d'être aussi facile que ce que Pansy soutenait. Je n'étais pas une commère professionnelle, je n'avais pas non plus un don de manipulatrice. Crystal allait peut-être baisser sa garde plus facilement avec moi parce qu'elle me faisait confiance, mais si elle gardait le secret que j'imaginais, elle se méfierait sans doute si je me montrais trop insistante.
- Nott pose beaucoup de questions sur toi.
Je retins une grimace.
Évidemment.
Pansy avait décrété que j'étais la mieux placée pour interroger Crystal et en apprendre plus sur ses secrets, j'aurais dû me douter que Nott userait de la même technique pour découvrir les miens.
- Vraiment ? A quel sujet ?
Crystal joua avec son bracelet à son poignet gauche avant de me répondre.
- Il semble convaincu que tu as appris quelque chose de très important en juin et il veut savoir de quoi il s'agit. Il a essayé d'acheter mes services.
- Oh, il est encore là-dessus ? J'espérais un peu qu'il allait se lasser. Que lui as-tu dit ?
- Qu'il n'avait pas assez d'argent pour acheter ma loyauté, ce qui a eu l'air de le vexer.
J'eus un bref éclat de rire. Je ne doutais pas que Crystal soit loyale – elle me l'avait prouvé à plusieurs reprises – mais j'ignorais si elle était loyale à Alya Lestrange par intérêt ou par amitié.
- Toutefois, il a raison, n'est-ce pas ? Il s'est passé quelque chose qui a tout changé en juin, non ?
Je me tendis et elle leva une main.
- Je ne veux pas savoir si tu ne veux pas en parler, Alya. Mais si je peux faire quoique ce soit pour aider, sache que je suis là.
La vérité était qu'elle pouvait peut-être aider.
Si c'était elle que j'avais vu devant le bar où ma mère avait travaillé, et qu'elle avait un pied dans le monde moldu, alors elle pourrait peut-être découvrir ce qui était arrivé à ma famille...
Tant que je ne serais pas fixée, je ne pouvais pas lui confier toute l'histoire.
- Je ne peux pas en parler, soufflai-je finalement. Mais c'est gentil de proposer.
Elle me sourit, même si cela semblait un peu forcé.
Je me détournai avec un soupir.
- Assez parlé de moi... Je crois me souvenir que tu avais promis de me raconter ton Initiation, au moins un peu.
La seule lettre que j'avais reçu de la part de Crystal pendant les vacances avait été pour mon anniversaire – et je ne savais toujours pas comment l'immense oiseau qui me l'avait apportée réussissait à voler – mais elle avait mentionné quelques confidences.
Du coin de l'oeil, je vis un vrai sourire creuser ses joues, celui qui réchauffait son regard brun et creusait une fossette dans sa joue gauche.
- C'était génial... J'ai appris tellement de choses, Alya, à commencer par ne pas utiliser de baguette pour faire de la magie. Tu verrais ce dont sont capables certaines personnes là-bas... Je ne suis même pas sûre que Dumbledore puisse en faire autant ! Les Aînées ont commencé à m'apprendre les symboles de mon clan, son histoire depuis le début de la mémoire des hommes... Et je leur ai appris ce que je savais sur la magie d'ici et sur l'histoire en Europe. Ils avaient aussi des questions précises, alors j'ai pas mal de devoirs pour l'année... J'espère que tu pourras m'aider.
- McGonagall a l'air de vouloir réquisitionner tout le temps libre que je pourrais avoir cette année, mais je ne suis pas contre l'idée.
- J'ai cru comprendre qu'elle se montrait encore plus exigeante avec toi que d'habitude lors du premier cours.
C'était sans doute un euphémisme. Le premier cours avait porté sur les Animagi – ce qui était la tradition en troisième année si je me souvenais bien des jérémiades de mon cousin l'année dernière – et pendant que la classe lisait une partie du chapitre dans le manuel, j'avais dû réfléchir à des questions très précises sur le texte, parce qu'apparemment, il était évident que j'avais déjà lu ce qui était à lire.
Inutile de dire que je devais les terminer pour demain.
- Moi, je dis que tu seras en Métamorphose Avancée dès l'année prochaine.
Je grimaçai à l'idée : l'ASPIC de Métamorphose était connu pour être le plus difficile d'entre tous, malgré les efforts de Rogue pour obtenir ce titre avec celui de Potion.
- Tu as passé tout l'été dans ton clan finalement ?
- J'y suis restée pendant deux cycles lunaires. J'aurais aimé continuer, mais ça m'aurait fait louper la rentrée de Poudlard et je doute que le professeur Rogue aurait été d'accord.
Donc elle n'avait pas passer les deux mois de vacances en Afrique du Sud. J'allais devoir vérifier quand avait eu lieu la dernière pleine lune pour savoir si elle avait pu être à Londres la semaine avant la finale de la Coupe du Monde.
Je n'eus pas l'occasion de lui poser une question de plus, car Deloris et Sven approchaient. Ils discutaient avec animation, sans chercher à se montrer discrets. J'eus l'impression que l'oreille de Crystal se tendait physiquement et je fis de même.
- Je te dis que c'est un signe, Sven ! L'année dernière, elle a prédit la mort de Potter, et maintenant, celle de ce petit Sang-de-Bourbe ? Ça, en plus de ce qui s'est passé à la Coupe du Monde ? Je suis sûre que mes frères en savent plus que ce qu'ils ont bien voulu laisser entendre ! Je vais écrire une lettre à Corban ce soir !
- Il paraît que Trelawney prédit la mort de quelqu'un chaque année pour son premier cours avec les troisièmes années, Deloris. Elle n'a pas pris un gros risque en prédisant celle de Potter l'année dernière, on sait tous les deux que c'est ce qui l'attend.
Leurs paroles me donnèrent envie de hurler, puis de leur jeter un maléfice particulièrement mauvais. Comment pouvaient-ils parler du retour du Seigneur des Ténèbres comme s'il s'agissait de la meilleure nouvelle que notre monde allait connaître depuis la naissance de Merlin ?
L'image des quatre moldus, suspendus dans les airs sans aucun moyen de se défendre, sachant qu'une chute leur serait à coup sûr fatale, rejoua dans mon esprit une brève seconde, accompagnée par les applaudissements de la foule et les éclats de rire quand la femme bascula, explosant son postérieur à la vue de tous.
Je secouai la tête pour éloigner le souvenir, me promettant d'utiliser ma Gees Boks ce soir.
Du coin de l'oeil, je vis Crystal faire un étrange geste de la main qui me rappela celui qu'elle avait fait pour sécher mes vêtements, le soir de la rentrée.
Elle me fit un clin d'oeil et, au même moment, le sac de Deloris se déchira, libérant tout ce qu'il contenait sur le sol. Sa bouteille d'encre se brisa, tâchant une bonne partie de ses affaires.
Le cri catastrophé de Deloris se révéla particulièrement satisfaisant et je dus me mordre la langue pour ne pas éclater de rire.
- Mon père m'a acheté ce sac pour la rentrée !
Connaissant Corban Yaxley Senior, il avait dû le payer une petite fortune pour faire plaisir à sa fille chérie. Vu d'ici, il semblait pourtant irrécupérable.
Elle jeta un regard mauvais dans notre direction, comme si nous étions responsables de ce qu'il venait de se passer. Je fis de mon mieux pour avoir l'air désolée pour elle – ce que je n'étais pas – mais Crystal ne fit même pas semblant.
- Je n'ai jamais fait de Divination, mais même moi je sais que le Karma peut se montrer sans pitié.
Par chance, la cloche retentit à ce moment-là, coupant la réponse de Deloris, et elle préféra ramasser ses affaires plutôt que de se disputer avec Crystal devant tous nos autres camarades.
- Tu me paieras ça, Malhorne, siffla-t-elle toutefois quand elle passa devant nous.
- J'espère bien.
En entrant dans la salle de Flitwick, mon professeur me désigna aussitôt la place libre à côté de Luna Lovegood, ce qui ne me surprit même pas. J'étais désormais résignée sur le fait que j'allais passer toute ma scolarité à côté d'elle, même si je n'étais pas du tout convaincue que cela avait un intérêt, en plus du fait qu'elle me donnait envie de me mettre le feu quand elle commençait ses divagations à propos de choses qui n'existaient pas.
Comme d'habitude, elle me salua avec un grand sourire auquel je répondis par un forcé.
- Tu as passé un bon été, Alya ?
- Très agréable, merci.
J'avais très vite appris à ne pas lui retourner la question, sous peine de subir un récit détaillé en réponse.
Après avoir ramassé nos devoirs sur les sortilèges permettant de manipuler l'eau, il dévoila une longue liste de sortilèges.
- Voyons voir ce qui a résisté aux derniers mois d'oisiveté !
Il déposa une plume devant moi et je sortis ma baguette magique avec un soupir. Le premier sortilège était celui de lévitation, dont ma maîtrise était fluctuante au bas mot. Je n'arrivais toujours pas à comprendre dans quelle humeur je devais être pour réussir à lancer ce maudit sortilège !
- Wingardium Leviosa !
A ma plus grande surprise, ma plume s'envola aussitôt. Elle s'éleva jusqu'à toucher le plafond de la salle, avant de redescendre docilement quand j'inclinai ma baguette vers le sol.
Tandis qu'elle se posait sur mon bureau, à l'endroit exact d'où elle était partie, je restai un long moment à la fixer, la bouche entrouverte.
C'était une blague, pas vrai ?
A côté de moi, Lovegood se mit à applaudir.
- Bravo, Alya ! Je savais que tu finirais par y arriver !
Je tournai lentement la tête vers elle.
- J'ai l'impression que les nuages qui embrumaient ton esprit se sont levés pendant l'été. Je suis sûre que tu vas très vite progresser en Sortilèges maintenant !
J'aurais aimé la faire mentir, mais il s'avéra que je réussis à lancer chacun des sortilèges de la liste de Flitwick et qu'à aucun moment, je ne manquai de mettre le feu à mon bureau.
Flitwick récompensa mes efforts de trente points pour Serpentard sans que cela ne me satisfasse. J'avais travaillé sans relâche pendant deux ans, essayant tout ce à quoi je pouvais penser pour progresser sans vrais résultats, et tout s'arrangeait du jour au lendemain ?
Il n'y avait définitivement aucune logique à laquelle se raccrocher dans cette discipline.
…
Jeudi 8 Septembre 1994, Poudlard, Ecosse.
La cloche retentit mais le simple haussement de sourcil du professeur Maugrey m'obligea à ramener la main que j'avais tendu vers mon sac pour ranger mes affaires.
- Vous me ferez trente centimètres sur les Epouvantards pour la semaine prochaine et nous passerons aux travaux pratiques mardi, alors réfléchissez bien à ce que votre plus grande peur peut bien être et à comment la transformer en quelque chose d'amusant. Tout le monde passera, que ce soit bien pouvez y aller.
Je fis de mon mieux pour ignorer la façon dont mon cœur s'était accéléré à l'idée de devoir passer devant un Epouvantard dans moins d'une semaine, et je me dépêchai de ranger mes affaires pour quitter la pièce au plus vite.
J'avais la désagréable impression que l'oeil magique de Fol-Oeil passait beaucoup de temps fixé sur moi, même quand il tournait le dos. Outre le fait que je n'aimais pas être surveillée d'aussi près par quiconque, la seule raison qui pouvait expliquer pourquoi je méritais une attention aussi particulière faisait courir ma magie le long de ma peau.
Quand bien même aurais-je vraiment été la fille de Bellatrix et Rodolphus Lestrange, je n'avais commis aucun crime, et je n'étais pas stupide au point d'en commettre un lors d'un cours enseigné par un ancien Auror.
J'étais l'une des premières à sortir – malgré le fait que j'avais trouvé refuge tout au fond de la salle – et je m'éloignai un peu avant d'attendre que Crystal me rattrape.
Il était fort possible que Maugrey puisse toujours me voir, mais je me sentais mieux quand il était hors de vue.
Deloris, Sven et Hadrian passèrent devant moi sans ralentir – tout juste Deloris releva-t-elle le menton pour bien insister sur le fait qu'elle m'ignorait volontairement – et je les regardai s'éloigner en secouant la tête.
Selon toute vraisemblance, mon amitié avec Deloris était terminée. Depuis que Crystal avait déchiré son sac, elle ne nous avait pas adressé la parole, même pas pour essayer de me convaincre que je faisais une grave erreur en choisissant Malhorne plutôt qu'elle – même si je n'étais pas bien sûre de choisir qui que ce soit pour le moment –. Naturellement, Sven avait pris le parti de Deloris, et Hadrian avait suivi, plus pour éviter un conflit qu'autre chose. Pansy m'avait informé hier que Deloris ne se gênait pas pour lancer tout un tas de rumeurs sur moi, à commencer par le fait que je serais une traître au sang et que je ne croyais pas à l'idéologie des Sang-Purs.
Je ne peux pas te reprocher de t'être enfin débarrassée de cette petite pimbêche, mais méfie-toi : elle est capable de faire de toi une paria.
- On aurait dit que tu avais le diable aux trousses, Lestrange.
J'haussai les épaules et je fis signe à Crystal de reprendre son chemin en direction de la Grande Salle.
- Pour être tout à fait honnête, je n'aime pas vraiment cet œil magique non plus, dit-elle.
- Imagine-le braqué sur toi en permanence et tu comprendras un peu mieux pourquoi je ne m'éternise pas quand la cloche sonne.
- C'est dommage, parce que c'est un plutôt bon professeur dans l'ensemble. Et puis, il parle en connaissance de cause. Tu sais déjà quelle forme va prendre ton Epouvantard ?
J'avais sans doute trop d'idées, et si je me laissai aller à y réfléchir maintenant, cela allait sans doute me couper l'appétit, aussi éludai-je la question d'une grimace.
- Pas encore tout à fait. Et toi ?
Elle repoussa ses épaules en arrière et elle me sembla encore plus grande que ce qu'elle était déjà.
- Le corps de ma grand-mère. Sa mort est ce que je redoute le plus au monde.
Son corps trembla, mais je sautai quand même sur l'occasion, même si ce n'était peut-être pas le bon moment.
- Tu parles souvent d'elle. Elle m'a l'air d'être une femme exceptionnelle.
Crystal eut un sourire que je ne lui connaissais pas.
- Oui... C'est elle qui m'a élevée. Elle n'a pas eu une vie facile, mais elle a toujours fait en sorte que j'accède à ce qu'il y avait de mieux... Un peu comme ta tante.
Je retins une grimace dégoûtée juste à temps, et tournai la tête pour terminer de faire diversion. Nous passâmes les portes de la Grande Salle et notre conversation en resta là. Comme tous les jours depuis la rentrée, je choisis une place le plus loin possible à la fois de Draco et de Deloris, histoire d'être parfaitement tranquille.
Je fus tout de même interrompue dans mon repas par l'arrivée d'un immense hibou parfaitement blanc. L'heure du courrier était largement dépassée, et la livraison tardive me donna l'impression d'attirer l'attention de tout le monde, surtout quand le hibou se fendit d'un cri suraigu.
Il me tendit la patte d'un geste raide et je me dépêchai de le libérer de son fardeau, lui offrant un morceau de poulet pour faire amende honorable.
Christopher et moi devions être les seules personnes en Europe à être haïes par autant de hiboux à cause de notre correspondance.
Le hibou s'envola aussitôt dans un nouveau cri et j'ouvris la lettre pour pouvoir cacher mon visage derrière.
Ely',
Je profite que ma semaine sportive ait pris fin hier pour t'écrire un peu. J'aurais aimé le faire plus tôt, mais malgré les entraînements auxquels je me suis astreint tout l'été, la reprise a été douloureuse à Durmstrang. Je ne rêvais que de dormir à la fin de chaque journée. Les cours ont toutefois repris ce matin et je vais avoir ma première leçon d'Alchimie dès demain !
J'ai retrouvé Anton, bien sûr (il a visité l'Egypte avec sa famille, je suis un peu jaloux) et Bjorn te passe le bonjour.
Et maintenant, la grande nouvelle, même si je pense que tu es déjà au courant : le Tournoi des Trois Sorciers va avoir lieu à Poudlard cette année ! Je tiens à te prévenir que c'est un événement ici. Tout le monde est surexcité à l'idée d'une confrontation avec Beauxbâtons et Poudlard, alors presque tous ceux qui seront majeurs à temps veulent participer, au point que les professeurs vont être obligés de faire passer des tests pour ne laisser partir que ceux à même de gagner. Je tiens d'ailleurs à te prévenir que certains de tes « cousins » Lestrange sont bien entendus partant, et je pense que Radimir Lomonosov a de bonnes chances d'être accepté. Je ne suis pas mécontent qu'il parte en Ecosse pour sa dernière année, mais je doute que tu sois de mon avis. Dans tous les cas, il te faudra faire attention car il n'est vraiment pas commode. Je vais essayer d'en apprendre plus sur lui pour que tu aies un avantage.
Il paraît que Viktor Krum va également se présenter.
A part tout ça, j'espère que ta rentrée s'est bien passée. Que penses-tu de tes cours d'Arithmancie et de Runes ? Anton m'a confirmé qu'il s'agissait de deux matières fascinantes et j'ai hâte de pouvoir m'y plonger. Quel est le programme de McGonagall pour toi cette année ? Ton père avait-il raison ?
Comment se sont passées tes retrouvailles avec Deloris ? Je parie qu'elle a fait comme si de rien était, comme l'hypocrite qu'elle est.
Et la grande question – celle qui m'intéresse vraiment, du reste – comment va Crystal ? As-tu réussi à en apprendre plus sur sa véritable identité ? J'espère vraiment que tu t'es montrée raisonnable et que tu ne lui fais pas la tête sans avoir toutes les cartes en main, parce qu'au risque de me répéter, je pense qu'elle est une bien meilleure amie que Deloris. D'ailleurs, tu lui passeras le bonjour de ma part. J'espère que je pourrais la rencontrer un jour, je suis sûre que nous avons plein de choses à nous dire.
En attendant de tes nouvelles, prend bien soin de toi. J'enverrai peut-être une lettre à ton cousin la prochaine fois, histoire de pouvoir me moquer des situations ridicules dans lesquelles il ne manquera pas de se mettre, et qu'il puisse me confier tout ce que tu ne veux pas que je sache sur tes aventures à Poudlard.
Je t'embrasse,
Chris.
Le ton enjoué de la lettre me laissa avec un sourire sur les lèvres. Un an plus tôt, je n'aurais jamais pensé que Christopher puisse se plaire autant à Durmstrang, et lui non plus d'ailleurs. J'étais en tout cas soulagée que sa rentrée se soit bien passée et sa lettre adoucissait un peu notre séparation.
- Comment va Christopher ? me demanda Crystal, un sourire en coin aux lèvres.
- Très bien. Apparemment, sa rentrée s'est très bien passée. Il te souhaite le bonjour.
- Et bien tu lui diras que j'en fais de même. J'aimerais bien le rencontrer un jour, je suis sûre qu'on aurait plein de choses à se dire.
Le fait qu'elle utilise l'exacte même phrase me fit grincer des dents. Je me promis de tout faire pour qu'ils se rencontrent le plus tard possible.
Je pouvais me tromper, mais il était fort possible que ce jour signe le début de ma fin.
- Apparemment, les élèves de Durmstrang sont tous prêts à défendre les couleurs de leur école dans le Tournoi. Le champion de Poudlard va devoir se montrer à la hauteur.
- Je ne suis pas surprise pour Durmstrang. Je me suis un peu renseignée à propos de ce Tournoi des Trois Sorciers et jusqu'à aujourd'hui, Poudlard a gagné soixante-trois fois, Beauxbâtons soixante-deux fois et il ne sont qu'à cinquante-sept victoires. S'ils gagnent celui-ci, ça serait une belle revanche.
- Et une cuisante défaite pour nous. L'école qui reçoit le Tournoi se doit encore plus de défendre son prestige.
- Nous verrons bien... Que dit-il de plus ?
- Qu'il a hâte de commencer l'Alchimie.
Les yeux de Crystal se mirent à briller.
- Ils enseignent l'Alchimie à Durmstrang ?! Je suis officiellement jalouse !
De toute évidence, je me liais d'amitié avec un type de personnes très précis. Ce n'était peut-être pas si étonnant que cela que Deloris et moi ayons passé notre enfance et les deux premières années de Poudlard à nous disputer.
- Oui. Christopher a décidé de prendre ça en plus des Runes et de l'Arithmancie. Si les professeurs de Durmstrang sont aussi exigeants que les nôtres, j'ignore comment il va bien pouvoir faire pour affronter la masse de travail. J'ai l'impression d'avoir repris les cours depuis trois mois avec tous les devoirs que nous avons déjà !
Crystal se fendit d'un clin d'oeil.
- Ça, c'est parce que nous avons des cours particuliers avec deux tyrans.
Si j'avais repris mes leçons supplémentaires avec le professeur McGonagall dès le premier jour de cours, récoltant au passage du travail supplémentaire, Crystal avait retrouvé le chemin du bureau de Rogue pour ses leçons de Légilimencie. Il ne lésinait pas non plus sur le nombre de lectures ou de rédactions qu'elle devait lui rendre, sans doute parce qu'il espérait encore réussir à la décourager... Comme si cela risquait d'arriver un jour.
- N'empêche, de l'Alchimie... J'aurais peut-être dû aller à Durmstrang, finalement.
Je la laissai contempler la question – connaissant Crystal, elle aurait été aussi à l'aise au milieu de l'univers militaire de Durmstrang qu'elle l'était à Poudlard – et jeterminai mon repas en essayant de ne pas trop penser à la dernière partie de la lettre de Christopher, celle qui me pressait à nouveau de ne pas tourner le dos à Crystal, qu'importe les mensonges.
Nous rejoignîmes ensuite la salle du professeur Vector. Nous étions en avance, mais le professeur d'Arithmancie était réputée pour être particulièrement ponctuelle et encore plus stricte que McGonagall, aussi la classe était-elle au complet dans le couloir. Deloris me jeta un regard mauvais avant de reprendre sa conversation avec Hadrian, et j'offris un petit sourire à Ryan O'Casey, le seul autre Serpentard à avoir choisi cette option.
Le professeur Vector arriva au bout du couloir au moment où la cloche résonnait, très élégante dans une robe rouge carmin, assortie à son chapeau. Je ne l'avais croisée qu'à de très rares reprises dans les couloirs de Poudlard – principalement parce que sa salle se situait au septième étage, loin de toutes les autres, mais je l'avais à chaque fois trouvée intimidante.
Elle était grande, sa silhouette élancée, ses longs cheveux noirs encadrant un visage aux traits fins et au regard intelligent. Surtout, elle dégageait une aura d'autorité semblable à celle du professeur McGonagall. Nous savions tous que nous n'aurions pas le droit à l'erreur avec elle, aussi toute la classe entra dans un silence parfait et sortit ses affaires dans le calme.
- Bonjour à toutes et à tous. Comme vous le savez sans doute déjà, je suis le professeur Septima Vector. J'espère que je côtoierais la majorité d'entre vous pour les cinq prochaines années, mais cela est sans doute optimiste de ma part si je me fie au nombre de mes élèves qui demandent à continuer l'Arithmancie après les BUSES.
J'eus une légère grimace au rappel. L'Arithmancie était réputée pour devenir très difficile après les BUSES, et seuls ceux qui étaient particulièrement à l'aise se risquaient à continuer. D'après Pansy, il n'y avait que cinq élèves en sixième année et huit en septième pour cette rentrée.
- L'Arithmancie se divise en deux grandes branches. La première est dévouée à la prédiction de l'avenir par l'étude des poids numériques des lieux, des dates et des personnes. La deuxième, et c'est celle qui constitue la majorité du programme, s'intéresse plus volontiers à la structure géométrique des sortilèges, au rythme des incantations et aux effets de ces derniers sur le contrôle que nous avons de la magie. Cette année, nous allons nous concentrer sur la branche divinatoire de l'Arithmancie, en alternance avec des travaux purement numériques ou géométriques qui vous seront indispensables pour la suite. Prenez de quoi écrire…
De la même façon que le premier cours de Runes, nous passâmes une bonne partie de l'heure à prendre des notes sur les toutes premières bases de l'Arithmancie, et nous eûmes à peine le temps d'appliquer la table de Septimus Tripoli à nos prénoms quand la cloche résonna.
- Pour la prochaine fois, je vous demande juste de connaître les tables de Tripoli et d'Agrippan, et je vous expliquerai plus en détails en quoi consiste ces méthodes.
La cloche retentit et Crystal se tourna vers moi, un sourire aux lèvres et les yeux brillants.
- L'Arithmancie m'a l'air aussi intéressant que ce que j'imaginais. Qui plus est, je suis contente de pouvoir étudier une matière qui se rapproche un peu des mathématiques.
Je fronçai les sourcils.
- Les quoi ?
Crystal marqua un temps d'arrêt.
- Les mathématiques ?
- Qu'est-ce que c'est ?
Elle haussa brièvement un sourcil, puis fit un geste négligent de la main.
- La science des calculs. C'est comme ça qu'on appelle dans mon clan. On va à la bibliothèque ? J'aimerais commencer le devoir de Défense.
J'acquiesçai en silence et je me dépêchai de ranger mes affaires, tout en me promettant de me renseigner à propos de cette étrange science des calculs.
Il n'y avait pas beaucoup de monde à la bibliothèque, et nous pûmes nous installer devant le rayon consacré à la Défense contre les Forces du Mal. Crystal se chargea de faire une sélection de livres, parmi lesquels certains me semblaient familiers, sûrement parce que nous les avions déjà utilisés l'année dernière.
Je ne perdis pas de temps avant de me lancer dans mes lectures : j'avais exactement une heure trente avant le repas, et je comptais bien me débarrasser de ce devoir-ci, et au moins commencer celui de Botanique. Avec un peu de chance, il me resterait du temps ce soir pour continuer la lecture des carnets du professeur McGonagall – si Pansy ne prenait pas en embuscade à nouveau pour savoir ce que j'avais bien pu arracher à Crystal dans la journée –.
J'avais presque terminé de prendre des notes sur un passage pertinent dans l'Abécédaire des Créatures Obscures, quand Crystal fit claquer des longs doigts devant mes yeux.
- Quoi ? grognai-je, sans même daigner relever la tête.
- J'ai une question à te poser.
- Je t'écoute.
Elle eut un bref ricanement.
- Non, tu fais juste semblant. Lestrange, s'il te plaît.
Je consentis à lever les yeux vers elle avec un soupir, sachant pertinemment qu'elle ne me laisserait pas tranquille tant qu'elle n'aurait pas obtenu gain de cause.
- Toi qui t'y connais en Occlumentie, tu penses qu'on peut empêcher un Epouvantardde prendre la forme de notre plus grande peur ?
- Comment ça ?
- Et bien, si on pense très fort à quelque chose qui nous fait peur, et qu'on le projette vers l'Epouvantard, est-ce que ça peut suffire à lui faire croire que c'est ça, notre plus grande peur ?
Je posai ma plume dans mon encrier.
- Où veux-tu en venir, Malhorne ?
Elle grimaça.
- Je n'ai pas très envie que toute la classe de Défense, et par extension tout Poudlard, connaisse ma plus grande peur. Ça serait un peu trop facile de s'en servir contre moi. Alors si je pouvais tromper l'Epouvantard mardi prochain, ça serait bien. L'Occlumentie avait l'air de t'aider contre les Détraqueurs, non ? Dans ce livre, ils disent que le pouvoir des Détraqueurs et des Epouvantards ont plusieurs points communs.
Je me redressai et pris le temps de réfléchir à la question.
- Je ne sais pas si c'est la même chose. Les Détraqueurs font remonter les pires souvenirs... Avec l'Occlumentie, ils étaient juste un peu plus durs d'accès... Et puis, je n'ai pas l'impression que ça ait fait une grande différence pour moi l'année dernière.
Crystal resta pensive un long moment, son regard perdu dans le vague.
- Tu devrais en parler au professeur Rogue. C'est lui l'expert sur le sujet.
Elle grimaça.
- Il risque plutôt de me donner un devoir supplémentaire sur la question, pour que « je me forge mon propre avis sur les questions théoriques avant de l'importuner avec mes questions de néophyte ».
Son imitation de la voix traînante de Rogue, accentué par son accent sud africain, me tira un sourire.
- Et bien essaye de trouver des réponses avant de lui poser la question. Tu le vois jeudi, c'est ça ?
Elle me fixa, une moue aux lèvres et ses sourcils froncés, mais ses yeux bougeaient à toute vitesse et je sus qu'elle allait se résoudre à aller faire un tour dans la Réserve – à laquelle elle avait accès pour les livres sur la Magie de l'Esprit – avant même qu'elle ne se lève.
J'aurais dû en profiter pour filer vers le rayon sur l'Etude des Moldus, et vérifier si les mathématiques n'apparaissaient pas quelque part, mais je devais réfléchir à la partie la plus compliquée de mon devoir.
Quelle était ma plus grande peur et comment allais-je bien pouvoir faire pour transformer mon Epouvantard en quelque chose de drôle ?
…
Mardi 13 Septembre 1994, Poudlard, Ecosse.
La salle de Défense contre les Forces du Mal avait été réaménagée depuis notre dernier cours. Toutes les tables étaient empilées le long du mur donnant sur le couloir, ce qui dégageait un large espace que surplombait le squelette d'un dragon.
Le professeur Maugrey nous fit nous regrouper au fond de la salle puis fit apparaître une énorme malle d'un simple coup de baguette.
- Bien, qui peut me rappeler l'incantation qui permet de se débarrasser d'un Epouvantard ?
Je fis mine de continuer à écouter, même si je n'avais pas besoin de ces rappels théoriques pour savoir ce à quoi j'allais être confrontée. J'avais beau me répéter que j'allais agir vite, que ce n'était qu'un mauvais moment à passer et qu'il y avait de bonnes chances pour que je réussisse mon sort du premier coup si je me fiais à mes derniers exploits, cela ne réussissait pas à me rassurer pour autant.
La seule perspective de me confronter à ma plus grande peur me donnait envie de vomir : je n'avais rien pu avaler au déjeuner et j'avais difficilement grignoté un scone ce matin.
Comme si cela ne suffisait pas, je n'étais pas complètement sûre d'avoir deviné juste concernant la forme qu'allait prendre mon Epouvantard. Si j'avais essayé de réfléchir à un plan de secours pour chacun des choix possibles, je n'étais toutefois pas à l'abri d'une surprise, ce que j'avais appris à détester en magie.
A l'approche de l'échéance, je regrettais définitivement de ne pas avoir aidé Crystal dans ses recherches durant le weekend. Comme elle l'avait prévu, Rogue ne s'était pas contenté de répondre à sa question, mais il avait au moins consenti à lui conseiller plusieurs ouvrages qui abordaient le sujet. De ce que j'avais compris, il était possible en théorie de manipuler un Epouvantard, mais cela nécessitait des défenses mentales impénétrables, ce que Crystal ne possédait pas encore tout à fait.
Toutefois, elle semblait décidée à tenter sa chance. Au lieu d'écouter les dernières explications de Maugrey, elle avait fermé les yeux, ramené ses mains jointes devant ses lèvres et elle respirait profondément.
- Crystal va bien ? me demanda Jin Wan, après m'avoir jeté plusieurs regards insistants.
- Oui... Elle n'a pas plus envie que nous tous de faire face à sa plus grande peur, c'est tout.
Elle grimaça, puis un sourire que je ne lui connaissais pas étira ses lèvres.
- Quelle est celle de Yaxley, selon toi ?
Je me retins difficilement de rire.
- Il y a plein de possibilités, mais peut-être devenir laide ?
Jin se composa un visage neutre.
- Elle l'est déjà à l'intérieur.
Ce n'était pas faux, mais Deloris ne s'en rendait pas compte, car elle était convaincue d'être le joyau du monde Sang-Pur depuis sa naissance et que tout le monde finissait toujours pas être sous son charme si elle se donnait la peine de les séduire, qu'importe qu'elle doive mentir pour y parvenir.
En cela, elle me faisait penser à Narcissa Malefoy.
- Bien, qui veut nous faire l'honneur ?
Je reportai mon attention en direction de Maugrey, tout en essayant de me faire aussi petite que possible. Je ne m'étais pas mise au fond de la salle pour passer en premier.
- Ah, Towler, merci de vous porter volontaire. En avant !
Je passai sur la pointe des pieds pour y voir quelque chose. Maugrey ouvrit la malle d'un coup de baguette et une forme humanoïde en sortit lentement. La peau de l'Epouvantard était verdâtre, un liquide visqueux semblait en suinter et sa tête dodelinait à chacun de ses mouvements, à la façon d'un somnambule en pleine crise.
- Riddikulus !
Le cadavre devint un squelette habillé d'un short à fleurs coloré, et il se mit à danser en agitant ses membres d'une façon grotesque, ce qui ne manquait pas de faire cliqueter ses os.
Il y eut ensuite un clown, une immense araignée, une silhouette encapuchonnée armée d'une faucille, un morceau de parchemin, puis ce fut le tour de Deloris.
Un petit garçon blond apparut et ses grands yeux vert d'eau – ceux de Deloris – étaient embués par les larmes. Tout, de ses vêtements à la façon dont il se tenait, clamait une éducation Sang-Pur.
- Maman, je suis un Cracmol.
Deloris releva le menton.
- Riddikulus !
Le garçon grandit subitement et se retrouva habillé d'une tenue de Gryffondor, ce qui ne manqua pas de tirer un sourire suffisant à Deloris, avant qu'elle ne laisse sa place à Sven. Je la suivis du regard tandis qu'elle allait rejoindre Hadrian près de la porte, les bras croisés sur sa poitrine et l'air de s'ennuyer ferme.
Il y avait quelque chose qui me gênait dans la forme qu'avait pris son Epouvantard, un détail essentiel qui m'avait sauté tout de suite sauté aux yeux, mais que je n'arriverais pas à décrire si ma vie en dépendait.
- Miss Lestrange, vous êtes la suivante !
Je n'eus pas d'autre choix que de chasser la vision du petit garçon de mon esprit et de serrer les dents en attendant que Harper se débarrasse d'un chien qui me sembla encore plus gros que la forme Animagus de mon père, mais en beaucoup plus agressif. Ramassé sur lui-même, il aboyait avec force et semblait se retenir de se jeter sur mon camarade de Serpentard.
- Riddikulus !
Une muselière d'un rose percutant apparut autour de la gueule de l'animal, assortie à une laisse qui s'enroula autour de la malle.
Avec une dernière inspiration, je fis un pas en avant, même si une petite voix me hurlait de me sauver à toutes jambes, et tant pis si cela se terminait avec une retenue.
Le chien disparut dans un tourbillon de couleurs, puis Bellatrix Lestrange me fit face.
Son corps émacié flottait dans une robe de sorcière rayée en lambeaux, ses longs cheveux noirs étaient sales et lui arrivaient à la taille. Son visage creusé par les années à Azkaban ressemblait à celui d'un squelette, et seule la lumière malsaine de son regard rappelait qu'elle était bien vivante.
Elle tendit une main aux ongles noircis et crochus vers moi.
- Il est l'heure, ma fille.
Même s'il ne s'agissait que d'une illusion, je dus fermer les yeux pendant une seconde pour retrouver mes esprits.
Fais moi confiance, petite. Tu ne verras plus jamais Bellatrix Lestrange de la même façon après ça.
La voix de Pansy m'insuffla le courage qui me fuyait et le plan que j'avais imaginé me revint.
- Riddikulus !
La tenue de bagnarde disparut au profit de la pire robe de mariée qu'il m'avait été donnée de voir. Les manches étaient bouffantes, le col était une fraise immense qui semblait avoir été fait pour étouffer quelqu'un, si le corset aux trop nombreuses dentelles ne remplissait pas déjà cette tâche. Le jupon était si imposant que l'Epouvantard semblait avoir triplé de taille et était décoré d'un mélange de broderies et de dentelles d'un encore plus mauvais goût que celui de la véritable robe de mariée de Bellatrix Lestrange.
Cela ne réussissait pas à faire oublier les marques de la folie sur le visage de l'Epouvantard, mais le tableau me tira un sourire et je cédai ma place avec un soupir soulagé.
Mes entrailles me donnaient l'impression de s'être transformées en plusieurs serpents, et chacun d'entre eux voulait sortir de mon corps, ce à quoi je n'aimerais pas assister. Une chance, la file des élèves qui n'étaient pas encore passés diminuait à vue d'oeil, ce qui signifiait que la fin de l'heure approchait sans doute. Je pourrais très vite trouver refuge dans la bibliothèque et oublier toute cette histoire en me plongeant dans mon nouveau devoir de Métamorphose, que j'avais gardé en prévision d'aujourd'hui.
- Alors comme ça, on a peur de sa mère, Lestrange ?
Je glissai un regard à ma droite. Deloris m'avait rejoint sans que je n'y prête attention. Elle avait un sourire suffisant sur les lèvres et je n'aimais pas la façon dont elle me dévisageait.
- Si tu n'étais pas complètement sotte, tu aurais peur d'elle aussi, Yaxley.
- Je ne vois pas pourquoi, je serais de son côté quand elle reviendra. Et tu n'aurais pas à t'inquiéter si tu retrouvais la raison.
J'eus envie de lui cracher au visage, d'autant que j'étais presque sûre que Maugrey me donnerait des points si je lui expliquai mes raisons, sauf que ses paroles venaient d'assécher ma bouche.
- Bellatrix n'avait déjà plus toute sa tête avant d'être arrêtée, et je doute qu'Azkaban ait arrangé son cas, mais si tu veux continuer à croire qu'elle ne sera pas une folle furieuse quand elle reviendra, libre à toi. Je ne miserai pas ma vie dessus.
C'était au tour de Crystal, et je choisis de m'avancer, curieuse de découvrir si elle allait réussir à tromper l'Epouvantard en usant de la Legilimencie.
L'Epouvantard tourbillonna sur lui-même à la recherche d'une forme définitive plus longtemps que pour les autres et quand il se décida enfin, un bruit d'éclair résonna dans la salle et un ciel orageux se dessina à moins de deux mètres de Crystal. Je la vis serrer le poing en signe de victoire et j'eus un sourire.
Vu l'exploit qu'elle venait de réaliser, Dumbledore avait vraiment bien fait de forcer Rogue à lui donner des cours de Legilimentie.
Et puis l'Epouvantard changea de forme. En l'espace d'un battement de paupière, il disparut et un Poufsouffle bougea, me bloquant la vue. Le temps qu'il me fallut pour passer sur la pointe des pieds et en voir plus, Crystal lançait déjà le sortilège pour se débarrasser de l'Epouvantard. Cette fois, un feu d'artifice illumina la salle de classe et Maugrey appela un nouvel élève.
Crystal me rejoignit, l'air sombre.
- Que s'est-il passé ? demandai-je.
- Je me suis laissée emporter par ma réussite et ça m'a déconcentrée. L'Epouvantard devait sentir qu'il y avait quelque chose de louche, et il s'est engouffré dans la brèche... Visiblement, j'ai encore du travail pour être convaincante. Enfin, tu t'en es bien sortie, non ?
J'haussai les épaules.
- J'aurais préféré éviter ce spectacle pour commencer. Ça sonne dans combien de temps ?
Crystal était l'une des rares personnes que je connaissais à avoir une montre alors qu'elle n'avait pas dix-sept ans.
- Dans cinq minutes, souffla-t-elle.
Je rejoignis donc l'endroit où j'avais laissé mon sac, prête à l'attraper pour partir aussi vite que possible, autant parce que l'oeil magique de Maugrey m'avait donné l'impression de ne pas m'avoir quitté de l'heure, et aussi parce que je craignais qu'il veuille me poser des questions sur mon Epouvantard.
Après tout, il s'agissait tout de même de Bellatrix Lestrange, et il n'avait pas pu manquer de la reconnaître.
- Bon travail, tout le monde, dit Maugrey, après que Forest ait affronté son Epouvantard avec courage. Vous méritez tous cinq points chacun pour votre maison. N'oubliez pas de déposer votre travail sur mon bureau en passant. La semaine prochaine, je compte vous faire revoir les sortilèges de défense, alors tâchez de réviser un peu.
Les deux heures qui nous séparèrent du repas se passèrent dans l'ambiance studieuse de la bibliothèque – ce qui allait certainement devenir un endroit où je passais plus de temps que dans mon dortoir –. Je me laissai absorber par mes recherches sur le sortilège de Bannissementet si je me fiais à l'allure des livres ouverts devant Crystal, j'étais prête à parier qu'elle essayait de comprendre son erreur face à l'Epouvantard, et comment elle pourrait réussir la prochaine fois – parce qu'elle allait faire en sorte qu'il y ait une autre fois –.
- Il est dix-huit heures et j'ai faim. On va manger ?
Je baissai les yeux vers ma rédaction. Je venais tout juste de la commencer, mais mes idées étaient fraîches et bien organisées dans ma tête. Descendre maintenant à la Grande Salle signifiait perdre du temps en remontant, parce que je ne serai plus dedans.
- Ce n'est pas vraiment une question, Lestrange. Tu n'as rien mangé ce midi et ton ventre gronde depuis au moins une heure. Tu seras bien avancée si tu fais un malaise.
Je relevai la tête pour la détailler, soudainement suspicieuse.
- Pansy t'a demandé de jouer les gardes malades ?
- Non, c'est ton cousin qui s'en ait chargé. Il a même loué mes capacités à te faire entendre raison, ce qui fait de moi quelqu'un d'exceptionnelle. Range tes affaires, avant que je ne me décide à aller rendre visite à Madame Pomfresh.
Je la fusillai du regard.
- Ça serait petit, Malhorne, même pour toi.
- Je suis une Serpentarde, il faut bien que je fasse vivre le mythe. Allez ! J'ai faim !
Je savais reconnaître quand je devais battre en retraite et je lui concédai cette victoire, même si elle avait de la chance que je sois fâchée avec Draco, ou je me serais arrangée pour qu'il revienne sur sa demande.
Même si ce n'était pas sûr du tout que cela suffise à décourager Crystal de veiller à ce que je me montre raisonnable malgré tout.
Pansy nous fit signe de venir la rejoindre quand elle nous aperçut, et puisque mon cousin était installé loin d'elle, en compagnie de Blaise, Vincent et Gregory, je n'avais même pas une excuse pour décliner son invitation.
- Alors ?! Ça a marché ? me demanda-t-elle avant même que mes fesses aient touché le bois du banc.
Je pris donc mon temps pour déplier une serviette sur mes genoux et me servir un verre d'eau.
- Sérieusement, je sais que ça a fonctionné. Je veux tous les détails !
- Comment peux-tu bien savoir que ça a fonctionné ?
- J'ai peut-être surpris une conversation entre Yaxley et Avery. Et puis, le sortilège pour se débarrasser d'un Epouvantard n'est pas si difficile. Même toi tu peux le réussir du premier coup. Donc ?
Si elle n'avait pas été la personne qui m'avait largement aidé à trouver une parade pour rendre mon Epouvantard ridicule – un concept que j'avais beaucoup de mal à associer avec Bellatrix Lestrange –, je l'aurais sans doute laissé mariner plus longtemps.
Je cédai toutefois, lui décrivant du mieux que je pus l'allure d'une Bellatrix fraîchement échappée d'Azkaban – et déterminée à faire de moi une Mangemort – engoncée dans la robe de mariée de Lady Parkinson.
- Cette robe devrait être illégale, tu ne trouves pas ? Il est hors de question que je porte une pareille horreur si un jour je me marie.
- Je croyais qu'un rien pouvait t'habiller ?
- Oh, cette robe est tout sauf un rien. Elle pèse au moins vingt kilos parce que l'armature du jupon et du corset est en métal. Honnêtement, je ne comprends toujours pas comment mon père a bien pu dire oui le jour de la cérémonie.
La motivation de Lord Parkinson était sans doute proportionnelle au montant de la dot de sa fiancée, comme c'était le cas pour la majorité des mariages Sang-Pur.
- Il a dû être quand même surpris quand il l'a vue arriver.
- Honnêtement ? J'ai toujours trouvé qu'il pâlissait à chaque fois que ma mère évoque le jour de leur mariage. C'est soit lié à la robe, soit lié à la nuit de noces, et je ne sais pas ce qui est le pire.
Je me détournai avec une grimace qui fit rire Pansy à gorge déployée.
- Assez parlé, petite. Mange un peu pour changer.
Je me servis, assez copieusement pour acheter ma tranquillité, mais pas trop non plus pour réussir à vider mon assiette. Pansy et Millicent ne tardèrent pas à faire le point sur les futurs candidats pour le Tournois des trois sorciers, et Crystal ajouta son avis sur leurs chances d'être sélectionnés.
- Les critères de la Coupe sont un peu obscures. Le sexe du candidat a l'air de peu importer, mais le Tournoi a été inventé à la fin du treizième siècle, et je doute que beaucoup de filles aient été incitées à y participer, au moins au début.
Elle me jeta un regard que je trouvai lourd de sous-entendus, sans que je puisse lui rétorquer qu'elle exagérait. Cinq siècles plus tard, McGonagall avait dû insister pour que j'accepte de me présenter au Concours International, et je ne voyais aucune septième année se présenter parmi les rares Sang-Pur que comptait Poudlard. Il fallait un goût du risque certain pour vouloir défier la mort trois fois, en plus d'une bonne maîtrise magique.
- Dans tous les cas, ça serait bien qu'un Serpentard devienne le Champion de Poudlard et remporte le tournoi, conclut Crystal.
Pansy plissa le nez.
- Jouer les héros, ce n'est pas vraiment notre style, Malhorne.
Crystal se pencha vers elle.
- Certes, mais imagine les conséquences. Tout Poudlard, même les Gryffondors, serait obliger de soutenir un Serpentard pendant toute une année. Si il ou elle remporte le Tournoi, Serpentard perdra définitivement de cette réputation de lâcheté et d'opportunisme sans vrai talent. Ça, et les Gryffondors en seraient malades pour le siècle à venir.
Pansy replaça une mèche derrière son oreille.
- J'aime ta façon de penser, Malhorne. Je ne sais pas si c'est parce que tu as grandi en Afrique du Sud ou si c'est parce que tu ne subis pas la société Sang-Pur britannique depuis que tu es née, mais c'est intéressant.
Crystal eut un large sourire, et je fus ensuite la témoin de non moins de cinq tentatives de la part de Pansy pour essayer d'arracher un secret ou une contradiction à Crystal en glissant des questions sur son enfance, sa famille ou sur son pays, et par cinq fois, elle fut bottée en touche par une réponse sans hésitation, parfois précise, parfois très vague, mais qui permettait à Crystal de changer de sujet en moins de deux phrases.
A la fin du repas, Pansy me sembla agacée par son échec cuisant – elle plissait un peu plus les yeux que d'habitude et son sourire s'était raidi – mais elle refusa pourtant de s'avouer vaincue et décida de nous accompagner jusqu'à la bibliothèque, soit disant pour rendre un livre.
Nous passions les portes quand un puissant BANG nous stoppa net, suivi par un rugissement qui résonna dans tout le hall d'entrée.
- PAS DE CA, MON BONHOMME !
Je tournai la tête en reconnaissant la voix du professeur Maugrey, qui descendait les marches de l'escalier de marbre en claudiquant, sa baguette magique pointée vers Granger, Potter et Weasley.
Un silence terrifié semblait avoir pris le hall en otage. Personne n'osait bouger, et encore moins prononcer un mot.
- Tu as été touché, grogna Maugrey à l'intention de Potter.
- Non, répondit Potter. Il m'a raté.
Je glissai un coup d'oeil vers Pansy, et je la vis porter sa main gauche sur son front en secouant la tête, comme si la situation allait changer de tournure si elle se cachait les yeux et le visage.
Je grimaçai.
Je ne connaissais qu'un crétin notoire, capable de s'en prendre à Potter sur un coup de tête, et sans penser à vérifier qu'aucun professeur ne pouvait le surprendre à l'oeuvre.
- LAISSE-LE ! s'écria Maugrey.
- Laisse quoi ? bredouilla Potter, visiblement perdu.
- Pas toi, lui ! gronda Maugrey en montrant du pouce par-dessus son épaule Vincent Crabbe, qui venait de s'immobiliser au moment où il s'apprêtait à ramasser quelque chose.
Maugrey se dirigea vers Vincent et Gregory, le bruit sec de sa jambe de bois semblant faire encore plus de bruit que d'habitude dans l'immensité du hall.
- Non, pas par là ! rugit Maugrey en pointant à nouveau sa baguette magique vers le sol.
Une fouine blanche apparut alors. L'animal fit un bond d'au moins trois mètres et retomba avec un bruit sourd sur le sol, avant de s'élever à nouveau dans les airs.
- Je n'aime pas les gens qui attaquent par derrière, grogna Maugrey, tandis que la fouine faisait des bonds de plus en plus hauts en lançant des cris de douleur. C'est lâche, c'est minable, c'est répugnant...
La fouine fut à nouveau projetée en l'air, agitant inutilement sa queue et ses pattes.
Je déglutis difficilement, soudainement mal à l'aise sans réussir à comprendre pourquoi.
- Ne — refais — jamais — ça ! lança Maugrey, en détachant chaque mot au rythme des bonds et des chutes de la fouine.
- Professeur Maugrey ! s'exclama une voix d'un ton scandalisé, m'arrachant au spectacle avec un sursaut.
Le professeur McGonagall descendait l'escalier de marbre, les bras chargés de livres.
- Bonjour, professeur, dit calmement Maugrey, qui continuait de faire bondir l'animal de plus en plus haut.
- Que... Qu'est-ce que vous faites ? balbutia le professeur McGonagall en suivant des yeux
l'animal qui se tortillait dans les airs.
- J'enseigne, répondit-il.
- Vous ens... Maugrey, c'est un élève ? s'écria le professeur McGonagall d'une voix suraiguë en laissant tomber ses livres par terre.
- Ouais, dit Maugrey.
- Non ! hurla McGonagall qui dévala l'escalier, sa baguette magique en avant.
Un instant plus tard, il y eut un craquement sonore et Draco apparut, recroquevillé sur le sol, ses cheveux blonds et soignés tombant sur son visage qui était devenu d'un rose brillant. Il se releva en faisant la grimace et je portai une main à la bouche, mon cœur battant beaucoup trop vite.
Je le revoyais dans les airs, de plus en plus haut, chaque bond ponctué par le bruit sourd de son corps sur le sol.
- Viviane toute puissante, soufflai-je, la voix tremblante.
- Maugrey, nous n'avons jamais recours à la métamorphose pour infliger des punitions ! dit le professeur McGonagall d'une voix faible. Le professeur Dumbledore vous l'a sûrement précisé ?
- Il y a peut-être fait allusion, c'est possible, répondit Maugrey. Mais j'ai pensé qu'un bon traitement de choc...
- Nous donnons des retenues, Maugrey ! Ou nous parlons avec le responsable de la maison à laquelle appartient l'élève fautif !
- D'accord, c'est ce que je ferai.
Je lâchai mon cousin des yeux une seconde, juste à temps pour surprendre le regard dégoûté que Maugrey lança à mon cousin. Mon cœur s'accéléra à nouveau et j'attrapai ma baguette.
La main de Crystal se referma sur mon poignet et elle secoua la tête.
Draco marmonna quelque chose, et je reportai mon attention sur lui, bien décidé à lui montrer qu'il avait des personnes de son côté dans la foule. Je ne compris pas grand chose, à part « mon père ».
- Ah ouais ? reprit Maugrey en s'approchant de Draco d'un pas claudiquant, ponctué par le claquement régulier de sa jambe de bois qui résonnait dans tout le hall. Je le connais depuis longtemps, ton père, mon bonhomme... Tu n'as qu'à lui dire que Maugrey surveille son fils de près... Dis-lui ça de ma part... Le responsable de ta maison, c'est Rogue, non ?
- Oui, répondit Draco d'un ton hargneux.
- Encore un vieil ami, grogna Maugrey. Ça fait longtemps que j'ai envie de bavarder avec le vieux Rogue... Allez, viens un peu par là...
Il saisit Draco par le bras sans la moindre délicatesse et l'entraîna en direction du sous-sol. Je les suivis des yeux jusqu'à ce qu'ils aient disparu dans l'escalier qui menait aux cachots.
- Que tout le monde s'en retourne à ses affaires ! ordonna le professeur McGonagall. Vous n'avez pas à traîner dans le hall à cette heure !
Crystal, qui tenait toujours mon poignet, m'obligea à avancer et je me retrouvai dehors. Le vent écossais fit claquer ma cape et la soudaine fraîcheur me sortit de mon état second.
J'avais mal à la mâchoire à force de serrer les dents et je tremblai de rage. Comment Maugrey osait-il ? Qu'importe ce qu'avait bien pu faire mon cousin – sans doute quelque chose de stupide –, il ne méritait pas d'être projeté au sol plusieurs fois, que ce soit sous une forme d'emprunt ou non !
- Ça va aller, petite ? Tu es livide...
Il me fallut une seconde pour réussir à me concentrer sur le visage de Pansy et une de plus pour interpréter son expression comme une sincère inquiétude.
- Je hais ce fou furieux d'Auror ! Comment peut-il être professeur ici ?! Il n'a plus toute sa tête !
Pansy grimaça.
- Le prof de l'année dernière était un loup-garou, celui d'avant un mythomane professionnel et si ce qui ce dit est vrai, Quirrel était possédé par Tu-Sais-Qui. Je crois que Dumbledore n'est tout simplement pas regardant.
- Et bien j'ai hâte que Narcissa Malefoy lui crache ses quatre vérités au visage, à lui aussi !
J'avais beau haïr Narcissa plus que tout au monde depuis que j'avais découvert ses mensonges, je savais toutefois qu'elle n'allait pas rester sans rien faire après que son fils unique ait été violenté par un professeur, le tout devant une trentaine de témoins.
- En attendant, que dirais-tu d'aller attendre Draco devant la salle commune ? Je doute que Rogue le retienne très longtemps.
Ma colère se calma un peu d'ici à ce que nous rejoignons le pan de mur qui cachait l'entrée à la salle commune des Serpentards. Certains de nos condisciples nous lancèrent des coups d'oeil suspicieux en nous voyant rester dans le froid des cachots, mais il était certain que l'histoire avait déjà fait le tour de Poudlard, et je leur répondis par un regard sombre qui eut le mérite de les motiver à disparaître.
J'étais presque sûre que je fis peur à trois premières années trop curieuses.
Au bout d'une attente interminable, Draco apparut au bout du couloir qui menait au bureau de Rogue, seul. Il marchait normalement et ne semblait pas trop souffrir, mais il pouvait aussi être en train de faire bonne figure. En remarquant ses yeux bordés de rouge et encore brillants, j'abandonnai toute retenue et je me portai à sa rencontre.
Je le pris dans mes bras sans réfléchir. Qu'importe qu'on nous surprenne en pleine effusion dans le couloir, je le connaissais assez pour savoir qu'il avait besoin de moi. J'étais encore trop en colère pour trouver les mots.
Il resta immobile un long moment, avant de m'entourer de ses bras en retour et de poser son menton sur le sommet de mon crâne.
- Ça va ? soufflai-je dans son épaule.
Il resserra son étreinte autour des miennes et un soupir soulagé s'échappa de sa poitrine.
- Ça va mieux maintenant, cousine, répondit-il.
Mon cœur se serra à sa voix enrouée – je ne savais pas encore comment, mais Maugrey allait payer – et je le laissai me libérer, non sans qu'il ait embrassé mon front, comme Narcissa l'avait longtemps fait.
Pansy et Crystal n'avaient pas bougé – elles semblaient monter la garde devant l'entrée de la salle commune – mais l'expression de Pansy ne me disait rien qui vaille.
- Je sais à quoi me résoudre la prochaine fois que vous ne faites pas la paix comme des grands, dit-elle en nous désignant d'un geste du menton.
Crystal sembla retenir un sourire, Draco plissa les yeux et je lui tirai la langue.
…
Dimanche 18 Septembre 1994, Poudlard, Ecosse.
Le dortoir des garçons de quatrième année n'avait pas beaucoup changé depuis l'année dernière. Blaise était toujours le tenant du titre du lit le moins rangé – il appelait ça la Dolce Vita –, tout comme le coin de Nott donnait l'impression qu'il n'était pas vraiment là – ce qui était presque la réalité de toute façon –. Le lit de Draco était au centre de tout ça, une place de choix qu'il appréciait énormément.
Il me sourit en me voyant entrer – même s'il se forçait – puis tapota le matelas, juste à côté de lui, refermant sa bouteille d'encre et repoussant son devoir pour me faire un peu plus de place tandis que je le rejoignais
- Que me vaut l'honneur de ta visite ici ?
Je laissai ma tête rouler sur son épaule et contemplai la possibilité de tourner autour du chaudron pendant une petite demi-heure, juste pour voir s'il se confierait de lui-même, sauf que je n'avais toujours pas terminé mon devoir d'Astronomie et qu'il était hors de question que je le reprenne une fois de plus.
- Je ne sais pas si Pansy est vraiment convaincue que ta lettre de ce matin contenait une mauvaise nouvelle ou si elle ne voulait pas plutôt se ménager un tête à tête avec Crystal.
- Elle ne veut toujours pas s'avouer vaincue ?
- A quand remonte la dernière fois où tu as vu Pansy abandonner une idée fixe ? Elle est pire que toi quand elle veut.
Il grimaça et je soupirai. Cela faisait maintenant deux semaines que Pansy et moi essayions de déterminer si, oui ou non, Crystal était celle qu'elle prétendait être, et nous n'étions pas plus avancées qu'au mois d'août. Malhorne évitait les pièges avec une facilité déconcertante et si elle mentait vraiment, alors elle était encore plus douée que Narcissa à ce jeu-là, ce qui n'était pas peu dire.
Si Pansy trouvait toujours un nouvel angle d'attaque ou une façon de l'interroger à la fois inédite et subtile – ce qui restait discutable –, j'avais un peu lâché l'affaire de mon côté. J'étais convaincue que Crystal était beaucoup plus douée que moi pour mentir – si elle mentait – et McGonagall semblait s'être donnée pour mission d'occuper tout mon temps libre, ainsi que de monopoliser mon cerveau.
C'était comme si nous avions repris les cours depuis six mois.
- Il va falloir qu'elle se résolve à passer au plan B.
- Elle soutient que c'est trop risqué.
- Parce qu'elle se croit discrète à harceler Malhorne de questions dès que l'occasion se présente ? Je me demande si Nott ne commence pas à trouver ça bizarre.
- Laisse-le. Il oubliera peut-être qu'il veut absolument découvrir mon secret.
- Tu peux toujours rêver, Ely'.
Nott continuait à poser problèmes. Lui aussi était à l'affût de la moindre graine d'information qui pourrait le mettre sur la voie de ce que j'avais bien pu apprendre dans la Cabane Hurlante. Pansy et Draco ne pouvaient plus prononcer mon prénom sans qu'il ne tende l'oreille, et ils en étaient arrivés au point de ne plus parler de moi tout court quand il pouvait débarquer à n'importe quel moment.
- Alors, que disait ta lettre ?
Draco soupira et bascula la tête en arrière.
- Est-ce que c'est si important ?
- Tu fais la tête depuis ce matin, donc je suppose que oui. Allez, je suis sûre que Lucius m'a déjà dit bien pire.
- Il t'a insultée de traînée, je ne vois pas comment je pourrais te battre.
- Ce n'est pas à ça que je pensais. Il m'a mise en colère cette fois-là, mais il ne m'a pas vraiment blessée. Quand il m'a sermonnée parce que j'avais appelé Narcissa « Maman », là, ça avait fait mal. Ce qui est particulièrement ironique, pas vrai ? Je crois que je lui suis presque reconnaissante de m'avoir interdit cette voie-là. Ça aurait été bien plus douloureux.
Draco attrapa ma main gauche et joua à redessiner les contours de ma tâche de naissance – celle qui faisait de moi une Black –, un geste qu'il n'avait pas eu depuis des années.
Je fermai les yeux, savourant le silence confortable entre nous.
- Je lui avais écris pour lui dire ce qu'il s'était passé avec Fol-Oeil et il m'a répondu que je n'avais eu que ce que je méritais si j'avais été assez idiot pour attaquer Potter devant des professeurs. Il a aussi laissé entendre que ce n'était pas le moment d'attirer l'attention d'un ancien Auror sur le nom des Malefoy.
Je secouai la tête et serrai sa main.
- Même si ça me coûte de le reconnaître, tu aurais peut-être dû écrire à ta mère. Ancien Auror ou pas, je doute qu'elle serait restée sans rien faire après ce que Maugrey t'a fait.
- Après tout ce qu'elle a fait, tu continues de la surestimer.
- Elle a effacé la mémoire de ma famille moldue parce qu'ils voulaient me voir. Maugrey a levé sa baguette sur toi et aurait bien pu gravement te blesser. C'est toi qui fait preuve de naïveté, mon très cher cousin.
Il soupira.
- Ton père a tort, tu sais ? Maugrey n'aurait pas dû faire ce qu'il a fait. Par contre, évites de t'en prendre à Potter devant des professeurs. Tu sais très bien que ça ne tournera jamais en ta faveur.
- Les professeurs étaient censés être déjà en train de manger.
- McGonagall attend toujours la fin du service pour manger au calme, et Maugrey a l'air d'être imprévisible. « Censés » était un gros pari de ta part.
Il grommela quelque chose d'inintelligible et je souris, satisfaite d'avoir eu le dernier mot. Je le connaissais assez pour savoir qu'il allait avoir besoin de plusieurs minutes pour digérer le fait qu'il n'avait pas été très malin – et c'était sans mentionner le fait qu'il avait lancé un maléfice sur quelqu'un en plein milieu du Grand Hall – aussi attrapai-je le devoir sur lequel il travaillait, espérant tomber sur de la Métamorphose et pouvoir lui pointer les bêtises qu'il ne manquerait pas d'écrire.
Le sujet me fit froncer les sourcils.
Expliquer pourquoi les sortilèges Impardonnables sont impardonnables.
- Vous étudiez les sortilèges Impardonnables en Défense ?! Je croyais que c'était au programme des ASPICS ?
J'aurais été incapable de dire où j'avais entendu ça, mais c'était ce que j'avais toujours cru comprendre en écoutant les élèves plus âgés discuter – pour les rares d'entre eux qui continuaient la Défense contre les Forces du Mal après les BUSES –.
Draco se tendit à mes côtés et je me redressai pour lui faire face. Il avait la tête de quelqu'un qui cherchait un mensonge, qui ne trouvait rien, tout en se sachant déjà acculé. Il finit par grimacer.
- Quoi ?
- Pansy ne voulait pas que je t'en parle... Elle va me tuer.
- Pourquoi ?
Il sembla hésiter et je le fusillai du regard pour le décider.
- Maugrey nous a fait une démonstration des Impardonnables la semaine dernière. Et il a commencé à nous jeter l'Imperium, soit disant pour nous apprendre à y résister.
- Je te demande pardon ?
Draco me fit des yeux de chien battu, comme si ça changeait quoi que ce soit à ce que Maugrey faisait. Les sortilèges Impardonnables étaient impardonnables. Personne n'avait le droit de les utiliser, à moins de vouloir terminer à Azkaban, et un professeur en faisait la démonstration en cours ?!
Ce n'était pas mieux que les cours de Magie Noire à Durmstrang !
- Dumbledore est au courant ?
- Apparemment, Dumbledore est même complètement d'accord...
Je pris mon visage entre mes mains pendant une seconde.
- Je vais vraiment finir par penser que Dumbledore est le plus fou d'entre tous, grognai-je. Et pourquoi Pansy ne voulait pas que je le sache ?
Draco se racla la gorge et jeta un coup d'oeil en direction de la porte du dortoir.
- Elle pense que c'est un sujet sensible et que tu as assez à penser comme ça.
Je fronçai les sourcils, peinant à comprendre où il voulait en venir.
- Comment ça ?
Il serra les lèvres puis haussa les épaules.
- Peu importe... Mais puisque tu sembles intéressée par la lecture de mes devoirs, McGonagall nous en a donné un et...
- Draco, arrête ! Quel est le rapport entre les Impardonnables et moi ?!
Il me dévisagea, puis sembla jurer entre ses dents, même si je ne réussis pas à comprendre quoi.
- Ce n'est vraiment pas important, Ely'…
- Au contraire, je pense que si. On a dit plus de mensonges !
J'ignorai si j'avais dit la formule magique adéquate, ou s'il se sentait toujours coupable pour notre dernière dispute, mais il s'affaissa sur lui-même en signe de rédhibition.
- Les Lestrange ont utilisé l'Endoloris sur les Londubat. Il est possible que ma mère ait utilisé l'Imperium sur ta famille moldue, et quant à l'Avada... Enfin... Tu as eu assez des Détraqueurs l'année dernière, non ?
J'eus l'impression d'avaler du verre pilé et je sentis le sang quitter mon visage.
Je revis l'éclair vert derrière mes paupières, celui qui mettait fin à la berceuse de ma mère dans mon pire souvenir.
Je pris une profonde inspiration pour essayer de calmer les battements désordonnés de mon cœur.
Évidemment.
Bellatrix avait dû utiliser l'Avada sur ma mère, et elle avait sans doute eu de la chance qu'elle n'ait pas user de l'Endoloris avant.
- Il a utilisé l'Avada ? demandai-je finalement.
Draco hocha la tête.
- Est-ce que...
Ma gorge se serra et ma voix s'éteignit.
- Est-ce qu'on souffre, quand on meurt par l'Avada ?
Une larme roula sur ma joue gauche et je m'empressai de l'essuyer.
- Non... Je ne pense pas, en tout cas. Il y a un bruit, comme une grande rafale de vent, et après, c'est fini. Juste comme ça.
J'eus l'impression de pouvoir respirer un peu plus librement – juste un peu – mais je me promis de poser la question à mon père, juste pour être sûre. Ma mère avait été une des nombreuses victimes de Bellatrix Lestrange, et elle n'était pas connue pour faire preuve de compassion quand elle donnait la mort.
Elle avait torturé les Londubat jusqu'à la folie, les condamnant à une existence coupée de la réalité, et ils auraient sans doute préféré une autre fin que celle-ci.
- Ça va aller, Maellyn ?
Je me redressai.
- Oui. Je... Je n'avais pas réfléchi à ça, c'est tout. Tu es sûre que ça va, toi ?
Il fronça les sourcils.
- Oui, je... On dirait que tu vas pleurer, Maellyn.
Mes yeux me brûlaient férocement, aussi n'avais-je pas beaucoup de mal à le croire, mais je ne voulais pas que les larmes gagnent la partie, pour la bonne et simple raison que ça pouvait durer des heures. Outre le fait que je n'avais pas de temps à perdre avec ça, j'en avais assez de pleurer à cause de Bellatrix.
- Ça va aller, ne t'inquiète pas. Il faut que je redescende, je dois terminer mon devoir d'Astronomie. A plus tard.
Je ne lui laissai pas le temps de me répondre, et je filai – fuyai – hors du dortoir. J'eus besoin de reprendre mon sang-froid en haut des escaliers – personne ne devait me voir dans cet état, où les rumeurs me concernant allaient connaître de nouveaux sommets.
Une fois que ma respiration fut de nouveau sous contrôle, et que mes yeux me donnèrent l'impression d'être enfin secs, je me faufilai dans la Salle Commune. Pansy et Crystal semblaient en grande discussion, mais l'idée de les rejoindre me serra le ventre. Pansy n'allait pas manquer de me demander des détails concernant Draco, et elles étaient toutes les deux trop observatrices pour ne rien remarquer quand j'essaierai de laisser une partie de notre conversation dans l'ombre.
Pansy allait maudire Draco de tous les noms, avant d'insister pour savoir si, oui ou non, j'étais troublée par ce que je venais d'apprendre.
Je n'avais pas la patience pour cela aujourd'hui – ni jamais pour être tout à fait honnête –. Avec un dernier soupir – quelque chose me soufflait que je ne finirai pas mon devoir d'Astronomie aujourd'hui –, je montai au dortoir. Deloris était installée sur son lit, occupée à feuilleter le dernier Sorcière Hebdo tout en faisant sa manucure –. Elle me jeta un regard polaire – qui me fit rouler les yeux – avant de faire comme si je n'existais pas, même si ses coups d'oeil n'étaient pas aussi discrets que ce qu'elle pensait.
Il ne me fallut que quelques minutes pour enfiler ma tenue de Quidditch aux couleurs des Harpies de Holyheads, une cape chaude et prendre mon Eclair de Feu. La partie compliquée serait sans doute de traverser une deuxième fois la Salle Commune sans être remarquée, mais ma bonne étoile sembla veiller au grain pour une fois car je fus dans le couloir sans être interpellée. En quelques minutes, je rejoignis le terrain de Quidditch – passer par les serres de Botanique restait le meilleur chemin depuis la salle commune de Serpentard – et un soupir de soulagement passa mes lèvres quand je quittai le sol.
L'air était encore humide à cause des nombreuses pluies de la semaine passée, mais le soleil faisait une apparition timide entre deux nuages, mettant en valeur les couleurs de l'automne qui commençaient à arriver en Ecosse. Je savais que la Forêt Interdite ne tarderait pas à se transformer en un magnifique camaïeu de rouge et d'orange, et je regretterai comme tous les ans qu'il soit interdit de la survoler.
Toutefois, je n'étais pas sortie pour contempler le paysage, et il aurait bien pu faire nuit que cela n'aurait rien changé. Le parc du château était immense et dépourvu d'obstacles une fois dépassé la hauteur des gradins du stade, et je pouvais faire des pointes d'accélération vertigineuses sans craindre de percuter quoique ce soit. Une fois dans les airs, lancée à plusieurs dizaines de kilomètres par heure, toute ma concentration se devait d'être au service de ma trajectoire et de ma position sur mon balai. Je ne tardai pas à me débarrasser de ma cape, et si le froid se fit tout de suite plus mordant, je gagnai aussi en vitesse, sans plus être gênée par le bruit du vent s'engouffrant dans le tissu derrière moi.
J'oubliai les secrets, le rôle étouffant que je devais jouer devant toute l'école et la société magique, le sortilège qui avait emporté ma mère et tout le travail que je n'étais pas en train de faire parce que j'étais ici et pas dans la salle commune.
Quand le froid devint insupportable – mes membres étaient raides, je ne sentais plus mes extrémités et la peau qui était exposée me donnait l'impression d'être en feu –, je me posai là où j'avais laissé ma cape. L'enfiler à nouveau me donna l'impression de me glisser dans une épaisse couverture.
Je me mis à frissonner mais cela ne suffit pas à me convaincre de regagner le château. J'étais bien ici. Le parc était vide, les seuls bruits venaient de la Forêt Interdite – le vent dans les feuilles, les occasionnels cris d'animaux – et mon esprit était plus apaisé qu'avec une potion ou après des dizaines d'exercices d'Occlumentie.
Le soleil, plus présent qu'à mon arrivée sur le terrain, commençait à descendre, sa chaleur s'en allant peu à peu, et je ne tarderai sans doute plus très longtemps.
Je m'étais presque convaincue à partir quand une chouette se posa à côté de moi, une lettre accrochée à sa patte.
Je reconnus aussitôt l'écriture de mon père – une calligraphie élégante qu'Azkaban n'avait pas réussi à lui faire oublier – et un sourire étira mes lèvres. Je lui avais envoyé une lettre la veille de la rentrée, et le début des cours n'avait pas suffi à me faire trouver le temps long tandis que j'attendais sa réponse.
Maellyn,
J'espère que ta rentrée s'est bien passée et que le remplaçant de Remus ne se montre pas trop dur avec toi. Maugrey Fol-Oeil est loin d'être un pédagogue patient, et je doute que cela soit entré en compte quand Dumbledore lui a demandé de venir enseigner à Poudlard.
Avais-je raison concernant McGonagall ? Je crois me souvenir qu'elle m'avait promis de faire de toi la meilleure élève de Poudlard en Métamorphose, je doute qu'elle ait renoncé à l'idée.
Remus n'a toujours pas de nouvelles concernant Grant et Burt, mais il continue de chercher. Je ne doute pas qu'ils finiront par refaire surface à un moment ou à un autre.
Je suis désolé que tu te sois retrouvée aux premières loges lors de l'attaque de la Coupe du Monde de Quidditch. J'aimerais pouvoir te dire que tu n'as aucune raison de t'inquiéter concernant le possible retour de Bellatrix, mais tous les signes pointent dans cette direction. L'histoire se répète et la dernière fois qu'il y a eu ce genre d'événements, Voldemort était en train de rassembler des fidèles. Il fait la même chose maintenant, j'en suis convaincu. Pettigrow l'a peut-être rejoint ou il a simplement retrouvé assez de forces après toutes ces années, mais je ne serais pas surpris qu'il finisse par revenir dans les mois à venir.
C'est pour cela que j'ai décidé de revenir au Royaume-Uni. Je ne devrais pas être loin de Poudlard quand tu recevras cette lettre. Harry et toi risquez trop d'être en danger quand Voldemort reviendra et je veux être là pour vous protéger.
Je ne serais pas repris par les Détraqueurs. Je compte me faire discret et j'ai un très bon déguisement, d'accord ? J'aimerais toutefois que tu me tiennes au courant de tout ce qui se passe à Poudlard. Certains de tes camarades à Serpentard savent peut-être plus de choses que tu ne le crois.
Au cas où tu y penserais, Narcissa et Andy m'ont déjà envoyé une Beuglante chacune et cela n'a rien changé.
Prends bien soin de toi,
Papa.
Je dus relire plusieurs fois la phrase qui m'annonçait que, contre tout bon sens, il avait décidé de quitter la sécurité d'un pays lointain et aussi éloigné que possible des Détraqueurs, pour revenir près de Poudlard, là où les Aurors continuaient de le chercher parce que Potter y suivait ses cours.
Etait-il complètement stupide ?!
Comment voulait-il que je ne m'inquiète pas ? J'avais déjà assez de mal à me convaincre qu'il ne serait pas rattrapé en le sachant au sud de l'Equateur... Et s'il se faisait rattraper...
Mon cœur accéléra encore et je dus lutter pour prendre une bouffée d'air. Mes yeux me brûlèrent à nouveau et, cette fois, j'échouai à retenir les larmes.
Ma mère avait été tuée treize ans de cela, ma famille moldue avait disparu – peut-être pour toujours – et il était tout ce qui me restait. Je ne pouvais pas le perdre lui aussi, pas quand je ne savais la vérité que depuis trois mois.
J'avais besoin de lui.
…
Mercredi 21 Septembre 1994, Poudlard, Ecosse.
Poudlard se tenait devant lui et, comme un an plus tôt, il avait presque l'impression d'être de retour chez lui. Il faisait nuit noire pourtant, le château se détachait nettement, et pas seulement parce que des lumières étaient allumées derrière des certaines fenêtres. La pierre renvoyait les rayons de la lune d'une façon qui ne devait pas être étrangère à la magie qui saturait les vieux murs de pierres.
Il avait beau être plus en danger ici que n'importe où ailleurs – les Aurors n'étaient pas complètement stupides et Alastor Maugrey lui-même rôdait dans les couloirs du château –, il n'avait presque plus l'impression d'être en cavale.
Sous lui, Buck s'ébroua et il caressa son puissant cou avec douceur.
- Je sais que tu veux le voir, mon vieux, mais ce n'est pas le moment. Hagrid n'est pas la personne la plus douée que je connaisse quand il s'agit de garder un secret... Bientôt. Allez, j'ai un rendez-vous et je ne voudrais pas être en retard.
Il raffermit sa prise sur la corde qu'il avait passé autour du cou de Buck et serra ses mollets. L'Hippogriffe s'élança de la falaise abrupte sur laquelle il s'était posé, après plus de deux heures de voyage. Il aurait aimé pouvoir survoler l'Ecosse d'une traite, mais il avait préféré alterner avec une partie de marche, espérant ainsi limiter le risque d'être repéré.
Si des moldus apercevaient un homme sur un cheval volant, les Aurors ne manqueraient pas de faire le lien entre sa disparition et celle de Buck la même nuit, trois mois plus tôt, et il perdrait un avantage de taille sur eux.
Après tout, être en cavale à pieds était une chose, mais avoir la possibilité de pouvoir traverser la moitié du pays en moins d'une nuit en était une toute autre.
C'était en partie pour cela qu'il n'avait pas hésité longtemps avant de revenir. S'il était repéré, il avait de bonnes chances de pouvoir s'échapper sans risque. L'Islande ou la France n'étaient pas si loin à dos d'Hippogriffe.
Buck prit soin de ne pas monter trop haut tandis qu'ils rejoignaient la vallée encaissée qui abritait Poudlard, puis il se posa dans une clairière non loin de la lisière près du Lac Noir. Dès qu'il descendit de sur son dos, l'Hippogriffe se roula au sol en faisant claquer son bec.
Sirius eut un sourire.
- Toi aussi, tu es content d'être rentré, pas vrai ?
Une fois de plus, la culpabilité lui serra le ventre. Il pourrait très bien rendre sa liberté à l'animal. Buck lui avait rendu assez de services comme ça et, contrairement à lui, il n'était sans doute plus recherché par le Ministère – et quand bien même c'était le cas, il doutait que quiconque à part Hagrid et lui soient capables de reconnaître Buck parmi un troupeau d'Hippogriffes lui ressemblant –. Toutefois, il avait encore besoin de lui. Il ignorait ce que les prochains moins lui réserveraient. Buck lui avait plusieurs fois sauvé la mise au cœur des forêts tropicales.
Aussi, il l'attacha à un arbre, lui laissant assez de longueur pour qu'il puisse bouger un peu, mais refusant de prendre le risque de ne pas le retrouver quand il reviendrait.
- Je ne serais pas long, Bucky.
Il retrouva sa forme Animagus et partit rejoindre le passage secret le plus proche qui le ramènerait au château tout en lui épargnant de traverser le parc à découvert.
Il était trop tôt pour que Rusard soit déjà en patrouille dans les couloirs, et si la majorité des élèves avaient terminé de manger, ils étaient soit à la bibliothèque, soit de retour dans leur salle commune. Il ne croisa donc personne et prit le soin d'emprunter le plus de passages secrets possibles et le moins de couloirs contenant des tableaux, quitte à faire des détours.
Il arriva finalement dans le couloir qui menait à la gargouille.
Si vous revenez à Poudlard, j'aimerais que vous passiez me voir dans mon bureau. J'ai une idée ou deux concernant l'endroit où vous pourriez vous cacher. Je ferais en sorte d'être seul à vingt-et-une heures. Le mot de passe est « Nid de Cafards ». Frappez quatre coups.
Il était sûr que le couvre feu n'était pas passé, aussi resta-t-il caché derrière une tapisserie qui dissimulait un raccourci vers l'aile est en attendant que la cloche raisonne.
De tous ceux qui savaient qu'il avait décidé de retourner au Royaume-Uni, Dumbledore était le seul qui n'avait pas essayé de le décourager, et qui essayait même de l'aider. Il n'était pas dupe, ce n'était pas par bonté d'âme. Dumbledore savait aussi bien interpréter les signes avant-coureurs que lui et sans doute n'était-il pas mécontent d'avoir un ancien membre de l'Ordre de plus près de Poudlard.
Puisque Harry y passait dix mois sur douze, c'était sans doute ici que Voldemort essaierait de frapper en premier, afin de se débarrasser de la menace que faisait peser la prophétie sur son pouvoir.
Il pouvait toujours essayer.
Penser à son filleul ramena inévitablement ses pensées vers sa fille. Elle n'avait toujours pas répondu à sa lettre, et il n'était pas sûr que ce soit bon signe. Quand il lui avait parlé le jour de son anniversaire, elle n'avait pas manqué de lui faire remarquer à quel point il serait stupide de revenir au Royaume-Uni, il s'était attendu à recevoir une Beuglante, sinon une longue liste de menaces de mort... Un silence buté ne faisait pas partie des possibilités.
La cloche mit fin à ses réflexions. Il attendit encore quelques minutes pour être sûr que personne ne venait par là – les élèves traînaient rarement du côté du bureau du directeur, mais la salle commune de Serdaigle n'était pas si loin, et il ne pouvait pas ignorer la possibilité – avant de rejoindre la Gargouille.
Il se transforma juste le temps de donner le mot de passe puis disparut dans l'escalier dès qu'il apparut. Il tendit l'oreille pour être certain que Dumbledore était seul et le silence – à peine troublé par le bruit d'une plume grattant un parchemin – le rassura suffisamment pour qu'il retrouve forme humaine.
Il frappa quatre fois, comme convenu.
- Entrez, Sirius.
Le bureau n'avait pas changé par rapport à la dernière fois où il était venu, treize ans de cela pour demander des comptes au chef de l'Ordre. L'immense pièce circulaire baignait dans la lumière de nombreuses bougies, les anciens directeurs et directrices faisaient mine de dormir dans leur tableau, et de nombreux objets dont il ignorait la fonction décoraient les étagères, pour le reste encombrées de livres. Dumbledore était installé derrière le bureau, Fumseck sur ses genoux.
Le phénix laissa échapper une trille mélodieuse avant de s'envoler pour retrouver son perchoir.
- Bonjour, professeur, dit-il.
Dumbledore lui désigna la chaise devant lui.
- Votre voyage s'est bien passé ?
Il haussa les épaules. Il avait dû faire bien trop d'étapes à son goût, mais il avait promis à Maellyn et Harry d'être prudent, au moins un peu. Personne ne l'avait vu – du moins, à sa connaissance – et il avait même réussi à manger à sa faim en chemin grâce à Buck.
Ça ne valait pas une traversée en moto, mais ça aurait sans doute pu être pire.
- Buck est content d'être de retour. Je risque d'avoir du mal à l'empêcher d'aller rejoindre Hagrid.
- Monsieur MacNair a pris son évasion comme une insulte personnelle. Il ne manquera pas de se précipiter ici s'il apprend que Hagrid a de nouveau un Hippogriffe de compagnie. Il faudra qu'il se montre raisonnable, tout comme vous, Sirius.
Il grogna et Dumbledore le dévisagea par-dessus ses lunettes en demi-lune, exactement comme à l'époque de Poudlard. Il aurait aimé pouvoir l'envoyer au diable, lui et sa légendaire bienveillance à toute épreuve, mais il aurait besoin d'aide s'il ne voulait pas que sa cavale se termine par un baiser avec un Détraqueur.
- Je vous écoute, soupira-t-il.
Dumbledore se pencha vers lui.
- J'ai bien réfléchi à votre situation. La Cabane Hurlante est, bien entendu, exclue d'avance. Les Aurors savent désormais qu'il s'agit de l'une de vos cachettes et je soupçonne Severus Rogue de s'y rendre de temps en temps, pour vérifier qu'il n'y a pas des traces fraîches... Il est évident que vous ne pouvez pas rester au château, même comme le nouveau chien de chasse d'Hagrid.
- Pourquoi ?
De toutes les solutions auxquelles il avait pensé, c'était celle qui paraissait la plus commode. Il ne serait pas loin de Harry – il pourrait même voir son filleul, et peut-être même sa fille – et il aurait au moins un peu de confort.
- Maellyn et Harry sont une trop grande tentation, Sirius. Vous allez vouloir reprendre forme humaine, tôt ou tard, et le risque que vous soyez découvert sera trop grand.
- Remus vous a donné son avis sur la question, n'est-ce pas ? grommela-t-il.
- Si Monsieur Lupin semble résigné quant à votre présence ici, il ne l'est pas encore tout à fait concernant la façon dont toute cette histoire pourrait se terminer.
Il n'allait pas manquer de l'en remercier très chaleureusement.
- L'idéal serait donc Pré-au-Lard. Il y a de nombreuses grottes à l'est du village, vous devriez en trouver une suffisamment grande pour Buck et vous. Je me suis arrangé avec Alberforth, il fera en sorte de vous ravitailler.
- Il tient toujours la Tête de Sanglier ?
- J'ai renoncé à le faire changer d'avis depuis une bonne vingtaine d'années maintenant. Et puis, beaucoup d'informations circulent par les bars.
Il hocha la tête. La guerre s'était chargée de lui apprendre cette leçon et bien d'autres après elle.
- Très bien... Pré-au-Lard me convient. Personne ne sera vraiment surpris de voir Patmol traîner dans les rues, j'y ai fait de nombreuses expéditions l'année dernière. Vous en savez plus concernant Voldemort ?
- Je crains que non. J'attends de savoir ce que Madelyn McGonagall va réussir à découvrir à propos de Bertha Jorkins.
Il secoua la tête. Il n'était pas certain que l'urgence soit en Albanie.
- Les Aurors n'ont pas réussi à découvrir qui était à l'origine de l'attaque de la Coupe du Monde de Quidditch ?
- Ils ont des suspects, bien sûr, les mêmes noms que pendant la première guerre, mais aucune preuve. Ils ont tous transplané quand la Marque des Ténèbres est apparue et personne n'a vu de visages, pas même ces pauvres moldus. Nous devons attendre et tendre l'oreille. Remus Lupin a pris contact avec des loup-garous pour en apprendre plus, Madelyn McGonagall a mis tout son réseau à contribution et j'ai demandé à certaines personnes de confiance de me tenir informé. S'il se passe quelque chose de plus, nous serons parmi les premiers à le savoir, et nous pourrons prendre les mesures qu'il faut pour protéger Harry.
Il voulut évoquer Maellyn, et l'importance que Bellatrix ne quitte jamais Azkaban, mais deux coups portés sur la porte l'obligèrent à retrouver la forme de Patmol.
- Entrez, dit Dumbledore.
Minerva McGonagall apparut, une liasse de parchemins dans une main. Ses yeux tombèrent presque aussitôt sur lui et elle leva les yeux au ciel, sans même paraître surprise de le voir là.
- Ah, je comprends mieux maintenant...
Face à son ton accusateur, il reprit forme humaine.
- Quoi ?
- Votre fille est d'une humeur massacrante depuis une semaine et je suppose que nous devons ce développement à votre retour ici, n'est-ce pas ?
Il grimaça.
- J'ai certaines ambitions pour elle, jeune homme, et je n'ai pas réussi à lui tirer une seule transformation correcte lors de nos derrières séances, sans mentionner le fait que j'ai l'impression de parler à un mur quand nous discutons théorie. Il vaudrait mieux que les choses redeviennent normales, et très vite ! Je repasserai, Albus, vous êtes occupé.
Elle lui lança un dernier regard sombre avant de tourner les talons et il se laissa tomber sur la chaise derrière lui.
Si Maellyn était à moitié aussi rancunière que sa mère avant elle, il n'était pas près de se faire pardonner.
…
J'avais oublié à quel point il était looooooong, celui-ci !
J'avoue que j'ai pas mal hâte d'avoir votre retour sur :
- Le retour de Trixie (avouez, ça faisait longtemps, vous étiez inquiet·e·s toussa toussa...)
- Deloris, ce pur produit du monde Sang-Pur qui pourrait presque en apprendre à Lucius (à ce rythme, elle va devenir son choix #1 pour sa futur belle-fille o.O)
- Minerva McGonagall, the Queen, qui assume ses erreurs et arrange les choses avec classe (elle pourrait définitivement donner des cours à Narcissa sur la question... Allez, j'attends vos prognostiques quant à la forme Animagus de Maellyn !)
- L'amitié consumée entre Deloris et Maellyn (ça couvait depuis un moment, on va pas se mentir).
- Les suspicions concernant Crystal (qui, de toute évidence, a bien commencé son Initiation donc...?)
- L'Epouvantard de Maellyn (et l'idée de Pansy pour s'en débarrasser)
- La scène de la fouine bondissante (qui est nettement moins drôle quand on imagine que c'est un garçon qui est en train de rebondir sur le sol)
- Le retour de Sirius en Écosse (à qui je souhaite bon courage, parce que sa fille est rancunière).
J'oublie sans doute beaucoup de choses, parce qu'il s'en passe des trucs dans celui-ci mine de rien !
Les reviews marchent très bien pour illuminer mes journées. Alors à vos claviers!
En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté du UA complet de cette histoire : There will be time.
Prenez bien soin de vous et n'oubliez pas de faire un bisou à votre maman demain !
Orlane.
Mis à jour le samedi 06/06/2020
