Disclaimer : Je considère que si Rowling autorise Cursed Child, elle autorise toutes les autres fanfictions, même celles qui naissent dans mon esprit tordu personnel. Btw, Jo, Trans Rights are Human Rights.

Attention: Rated T pour le langage et les scènes violentes.


RàR :

Juliette : Salut ! Merci beaucoup pour ta review ! Je suis contente que Crystal continue de te plaire ! (Moi, il m'arrange bien ce Poufsouffle qui cache la forme de l'Epouvantard de Crystal, le suspens reste entier xD). Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !


Merci à TigresseOtaku, feufollet, mimi70, henrismh, Sout, Sakhina, Tiph l'Andouille, Niris, Sun Dae V, Almayen, Juliette et bylbash pour leur review. Ca fait toujours plaisir !


Bonjour à toutes et à tous !

Comment allez-vous ? J'espère que vous avez passé de bonnes vacances et un bel été !

De mon côté, je n'avais pas spécialement prévu de faire une trêve estivale (je vous aurais prévenu·e·s quand même!) mais j'ai pas mal vadrouillé et, du coup, j'ai préféré consacré mes petits instants tranquilles à l'écriture (histoire de ne pas devenir complètement barge). Ceci explique donc cela !

Dans tous les cas, cette longue pause a fait du bien. Je me sens à peu près parée pour la rentrée (même si bon, l'année s'annonce compliquée…) et prête à relever de nouveaux défis !

Sinon, niveau écriture, j'ai terminé le chapitre 19 et j'ai rajouté un chapitre et plusieurs scènes à mon spin off (ce qui le porte à près de 100k, déjà!).

A part tout ça, nouveau chapitre ! Alors je l'aime assez bien parce qu'il y a quelques révélations au programme, mais on m'a rapporté que ce n'est pas celui où Maellyn est la plus attachante xD


Un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Un petit coup de gueule ce mois-ci, quand même. Parce que j'ai remarqué depuis un moment que, de toute évidence, de plus en plus de personnes lisent cette histoire. Si j'en suis très touchée, je ne peux pas m'empêcher d'être un peu énervée quand je vois que le taux de review est de 0,8 % pour le dernier chapitre et de 1,2 % en moyenne.

Écrire prend du temps. Ce que vous lisez en quelques heures me demande un à deux mois de travail, parce que j'ai une vie à côté. Mettre à jour prend aussi du temps. La moindre des choses, c'est de laisser une review de temps en temps. Personne n'attend des dissertations de quinze pages et une analyse du texte comme lorsqu'on passait le bac de français. Juste un petit mot pour dire ce que vous avez aimé, ce qui vous a fait rire ou pleurer. Rien qu'un petit retour, parce que lorsqu'on vous donne quelque chose gratuitement, la moindre des politesses est de dire merci.

C'est juste la base.


Black Sunset

Partie IV : Supernova.

Chapitre 6

Supernova: cataclysmic explosion caused when a starexhausts its fuel and ends its life. Supernovae are the most powerful forces in the universe.


Lundi 26 Septembre, Cimetière de Godric's Hollow, Angleterre.

Les rangs serrés des tombes n'avaient pas changé. Les arbres commençaient à prendre les couleurs de l'automne, et les dégradés de bruns, d'orange et de rouge lui donnaient toujours l'impression que Lily n'était pas vraiment loin.

A l'approche d'Halloween, les tombes étaient plus fleuries que ce dont il avait l'habitude : en plus de la fête religieuse des moldus qui s'était partiellement infiltrée dans le monde sorcier, beaucoup venaient se recueillir sur la tombe de ceux qui étaient tombés pendant la guerre lors de l'anniversaire de la chute de Voldemort.

Il était de ceux-là. Il évitait le 31 octobre – il avait fait cette erreur la première année, et il avait bien failli faire la une de La Gazette – mais il venait tous les ans, apporter quelques fleurs pour Lily, souffler une histoire drôle à l'intention de James, et se confier dans le silence sur l'année passée.

Avec tout ce qui avait bouleversé sa vie depuis l'été dernier, il aurait pu venir cent fois et avoir toujours quelque chose à dire, mais le courage lui avait fait défaut.

Une part de lui craignait que le fantôme de James surgisse de nulle part pour lui faire subir les pires tourments, même si c'étaient des conneries.

James n'aurait pas laissé Sirius moisir douze années à Azkaban en le sachant innocent s'il avait pu faire quoique ce soit pour son frère depuis l'au-delà. Une part de lui était convaincu qu'il aurait quand même essayé de comprendre s'il n'avait pas su pour le Gardien et s'il avait survécu à cette nuit-là, parce qu'il n'avait jamais pu s'empêcher de penser que ses amis étaient bien meilleurs que ce que le reste du monde pensait d'eux.

C'était sans doute pour ça qu'il avait accepté que Peter devienne le Gardien à la place de Sirius...

Il passa une main lasse sur son visage. Parfois, il avait encore l'impression d'être en train de rêver, sans qu'il ne sache vraiment depuis quand. Depuis la mort de James et Lily ? Depuis ce jour où Minerva McGonagall lui avait appris que Peter était mort et que Sirius avait trahi ? Depuis l'évasion de Sirius ?

Depuis la nuit de la Cabane Hurlante ?

Il ne s'était toujours pas décidé sur ce qui avait été le plus incroyable : Peter vivant depuis tout ce temps, Sirius innocent depuis aussi longtemps ou la façon dont son ami avait échappé aux Détraqueurs in extremis ?

Il s'arrêta devant la tombe de James et Lily. De nombreux bouquets habillaient la pierre grise sur laquelle leurs noms étaient gravés. Il n'eut pas besoin de lancer le moindre sortilège pour chasser la mousse ou redonner du brillant au marbre. Il n'avait jamais vu cette tombe sale, comme si chaque visiteur mettait un point d'honneur à faire un geste.

Ils étaient moins nombreux que dix ans plus tôt, mais l'habitude perdurait malgré tout.

- Salut, vous deux... souffla-t-il tout en déposant son bouquet de roses blanches entre les nombreux lys. Je ne sais pas dans quelle mesure vous pouvez voir ce qu'il se passe depuis là où vous êtes, mais j'ai l'impression que les récents rebondissements ont dû mettre fin à une sacrée litanie d'insultes et de malédictions...

Un sourire triste étira brièvement ses lèvres. Il n'avait pas besoin de beaucoup d'imagination pour voir la scène comme s'il y était. James et Lily, vêtus de blancs, juchés sur un nuage, lui hurlant d'ouvrir les yeux, d'utiliser son cerveau, de « comprendre, par Merlin ! » que Sirius était innocent, qu'il avait échangé sa place avec Peter et que le sale petit rat était bel et bien vivant.

Peut-être que James avait plusieurs fois essayé de revenir sur terre, même sous la forme d'un fantôme, pour lui faire subir la leçon de morale la plus interminable de son existence, tandis que Lily cherchait une solution pour le tuer de milles façons différentes, toutes plus horribles les unes que les autres quand il les rejoindrait – s'il les rejoignait un jour au Paradis – quand bien même il serait déjà mort.

- Je suis désolé d'avoir eu besoin de tout ce temps pour comprendre que Sirius n'avait pas trahi, reprit-il. J'aurais dû savoir.

Sirius avait été l'un des membres de l'Ordre les plus acharnés, il avait risqué sa vie des centaines de fois, juste pour permettre à un Né-Moldu de plus de quitter le pays ou pour sauver quelqu'un lors d'une attaque. Comment aurait-il pu rejoindre le camp des Mangemorts alors qu'il avait bien failli mourir en s'opposant à ses parents, l'été de son seizième anniversaire ?

Pourquoi n'avait-il pas pu voir la vérité qui était sous ses yeux depuis le début ?!

Il soupira, encore, se répétant qu'il était bien trop tard pour rejouer le passé. Cela ne rachèterait pas les années que Sirius avait passé à Azkaban, pas plus que cela lui ferait oublier la solitude intolérable de la décennie passée.

- Je vais essayer de le garder en vie, même s'il a décidé de me compliquer la tâche en revenant. Si je retrouve Pettigrow, je pourrais même faire en sorte qu'il soit innocenté. Il ne mérite pas de vivre le reste de sa vie comme un fugitif...

Comme souvent, il se laissa aller à des confidences qu'il aurait eu du mal à leur faire quand ils étaient vivants. Peut-être était-ce la certitude qu'ils ne pouvaient plus qu'écouter, incapables de le couper quand ils n'étaient pas d'accord avec lui – quand il laissait entendre qu'il méritait la méfiance de la société sorcière, au moins un peu – ou quand il mentait ouvertement – Lily avait toujours été très forte à ce jeu-là –. Toujours était-il qu'il se confiait plus facilement ici que n'importe où ailleurs, et que cela lui faisait du bien de vider son sac de temps en temps.

Il leur raconta son année à Poudlard, en tant que professeur de Défense, à quel point il était reconnaissant envers Dumbledore de lui avoir permis de réaliser son rêve, au moins un peu, et tant pis s'il avait été engagé parce qu'il connaissait Sirius.

Il leur décrivit Harry, bien sûr. Combien il leur ressemblait, plus que ce qu'il aurait cru possible. Il essaya de leur conter le courage de ce gamin de treize ans, sa droiture à toute épreuve, sa loyauté sans concession, et son cœur en or.

- Bien entendu, il a refusé que l'on tue Pettigrow, même s'il risque de nous causer pas mal d'ennuis puisqu'il a réussi à s'enfuir. Je t'assure, James, j'ai cru que tu étais revenu d'entre les morts pendant une folle minute. Si sa tignasse infernale ne le prouvait pas déjà, personne n'aurait pu douter qu'il est bel et bien un Potter.

Il laissa passer un long silence, peinant à rassembler ses pensées, quand bien même il avait eu plus d'une occasion de se faire à l'idée depuis qu'il avait découvert la vérité grâce à la Carte du Maraudeurs.

- La fille de Judy et Sirius est vivante, souffla-t-il finalement. Narcissa Malefoy l'a élevée pendant toutes ces années, la faisant passer pour la fille de Bellatrix Lestrange. Sirius n'a toujours pas voulu m'expliquer comment une telle chose a pu être seulement possible, mais c'est la réalité.

Une réalité bien trop tordue pour une gamine de son âge. Il espérait sincèrement que Sirius et Narcissa réussiraient à lui éviter le pire si une guerre éclatait à nouveau. Entre le rôle qu'elle devait jouer et qui elle était vraiment, elle risquait de se retrouver au cœur de la tourmente bien plus rapidement que beaucoup d'autres.

- Je ferais tout ce que je peux pour les protéger, Harry et elle, promit-il finalement. Ils ont assez souffert.

Il caressa une dernière fois le marbre froid du bout des doigts et déposa une photo de l'équipe de Quidditch de Gryffondor, brandissant la coupe bien haut. Harry était au centre de l'image, souriant largement, et porté en héros par ses coéquipiers après la façon dont il avait attrapé le Vif d'Or.

Tout comme les fleurs, le temps et les éléments finiraient par la faire disparaître, mais James et Lily méritaient un peu de temps avec leur fils unique.

...

Samedi 1er Octobre 1994, Poudlard, Ecosse.

Les trois coups portés à la porte de mon dortoir me tirèrent un grognement, mais je me gardai bien de répondre. J'avais une fine idée de la personne qui souhaitait entrer et mon avis sur la question ne changerait pas grand-chose. Je réajustai juste les rideaux de mon lit à baldaquin et reportai mon attention sur les carnets du professeur McGonagall.

Étant donné mes piètre performances pratiques au cours des deux semaines passées, McGonagall avait suspendu nos leçons particulières, mais compensait notre inactivité en me donnant un devoir tous les trois jours pour « m'obliger à réfléchir ». Le dernier en date portait sur les effets des feuilles de Mandragore dans le processus pour devenir Animagus et leur action sur la Métamorphose en elle-même.

Il y avait beaucoup de termes techniques, le double de formules, et des notions que nous étions loin d'avoir commencé à aborder en potions – notamment le lien entre les cycles lunaires et la concentration nécessaire d'un ingrédient – mais je devais rendre mon devoir lundi matin sans faute, en plus d'en terminer un pour le professeur Vector et un autre pour Binns. La dernière chose dont j'avais besoin était d'être dérangée.

Les rideaux de mon baldaquin s'ouvrirent sèchement.

- Alors, comment se passe l'hibernation précoce, petite ?

Bien entendu, il s'agissait de Pansy. Sa silhouette se découpait dans la lumière verdâtre dispensée par le lac Noir, et le contre-jour n'était pas suffisamment marqué pour que je puisse ignorer son air mauvais.

Ma seule réponse fut un regard sombre.

Elle fit claquer sa langue contre son palais et me prit mon carnet des mains, puis le début de mon devoir avant qu'elle ne referme un des livres de la Réserve d'un geste sec. Toutes mes affaires furent abandonnées sur le sol sans cérémonie.

- Pour l'amour de Merlin, PARKINSON !

- Ah, elle parle ! répliqua-t-elle en écartant les bras d'un air dramatique, comme si une audience assistait à la scène.

- Oublie-moi !

- Je ne crois pas, non.

Elle s'installa en face de moi et déposa deux scones devant mes jambes pliées en tailleur. J'haussai un sourcil.

- Personne ne t'a vue au petit-déjeuner. Je doute que Madame Pomfresh serait ravie d'apprendre que tu as encore sauté un repas.

- J'ai du travail, sifflai-je.

- Mais bien sûr. Tu as raison, entamer une grève de la faim va définitivement régler tes problèmes en Métamorphose. Mange !

Je croisai mes bras sur ma poitrine. Je m'étais réveillée plus tard que prévu, et Draco m'avait forcée à avaler plus de nourriture que de raison la veille, aussi n'avais-je simplement pas vu l'intérêt de perdre du temps à rejoindre la Grande Salle, même pour boire un thé.

- Tu as conscience que tu ressembles étrangement à Bellatrix Lestrange quand tu fais la tête comme ça ?

- Et pourtant, tu continues à vouloir t'attirer mes foudres, Parkinson.

Elle eut un sourire mauvais.

- Cette réplique marchait tellement mieux quand tu croyais être sa fille.

- Ça peut s'arranger.

Pansy resta silencieuse, mais son sourire moqueur était une énième provocation, comme si elle essayait de me pousser à en venir là.

Cela impliquerait sans doute ma baguette et un maléfice sournois dont personne ne pourrait prédire les effets, à commencer par moi.

Ma magie était loin de vouloir coopérer ces dernières semaines, et j'avais fait fondre le plateau de ma table en Sortilèges quand j'avais lancé un récurvite.

Le professeur Flitwick avait longuement inspecté ma création avant de la faire disparaître, l'air pensif.

Ça serait bien ma chance d'avoir inventé un sortilège, de ceux qui restent à jamais dans les livres d'histoire et qui porterait mon nom à la prospérité pour un accident.

Vu la quantité d'approximations qui semblait régner en maître sur cette discipline, c'était sans doute un miracle qu'aussi peu d'élèves terminaient à l'infirmerie à cause d'un essai malheureux.

- Je suis presque sure d'avoir vu un hibou survoler la table des Serpentards à ta recherche ce matin, avant qu'il ne reparte bredouille.

- Pauvre bête.

- Tu as conscience que tu vas devoir trouver autre chose qu'ignorer ses lettres pour le décourager ?

- Je n'ignore pas ses lettres. Je les lis avant de les brûler, et ceci par sécurité. Je n'ai pas tout à fait confiance dans mes camarades de chambre pour être honnête.

Je crus qu'elle allait saisir l'occasion pour me parler à nouveau de Crystal – qui devait être l'une des raisons de sa venue dans mon dortoir pour commencer – mais elle se contenta de l'un de ses sourires carnassiers, comme si elle voyait clair dans mon jeu.

Ce qui était sans doute le cas.

- J'ai du mal à comprendre le projet, petite. Tu vas refuser de répondre à ses lettres jusqu'à ce qu'il te promette de repartir dans un pays lointain ? Quand bien même tu n'auras aucun moyen de t'assurer qu'il le fera vraiment ? Et après ? Vous reprendrez votre correspondance ? Alors que tu pourrais peut-être le voir en vrai pendant l'année ?

Je serrai les lèvres, bien décidée à ne pas reprendre cette conversation-là. Sirius Black était complètement stupide d'avoir décidé de revenir en Ecosse, et je lui en voulais terriblement de se mettre en danger. Ses lettres étaient toutes des tentatives de me rassurer quant au fait qu'il ne risquait rien – ce qui était faux, puisque tous les Aurors du Ministère étaient encore à sa recherche – parce que Dumbledore avait fait le nécessaire – le même Dumbledore qui avait laissé entrer le Seigneur des Ténèbres par deux fois dans le château si j'en croyais les rumeurs concernant Potter –, qu'il n'avait pas le choix – même si ce n'était pas tout à fait vrai – et qu'il voulait être là pour nous protéger, Potter et moi – quand bien même le Seigneur des Ténèbres restait une menace aussi lointaine que celle de Bellatrix, et que comptait-il faire sans baguette magique, exactement ? Lui sauter dessus sous sa forme Animagus ? –.

J'eus un rictus à cette pensée et je me promis de la garder pour moi. Il était bien capable de retenir l'idée.

En attendant de trouver mieux – et après que mon plaidoyer pour le convaincre de repartir ait lamentablement échoué –, j'avais décidé de lui faire subir le même traitement qu'à Narcissa.

Un silence absolu.

J'avais sans doute sous-estimé l'obstination des Black sur ce coup-là : si Narcissa n'avait pas essayé de m'envoyer la moindre lettre depuis ma rentrée, mon père m'en écrivait une par jour, quand bien même j'ignorais la façon dont il se procurait autant de hiboux et malgré le fait qu'il pourrait très bien éveiller les soupçons. Les lettres étaient devenues de moins en moins éloquentes au fur et à mesure – la dernière en date était un simple bout de parchemin où était griffonné un faible « S'il-te-plaît, chaton » mais je tiendrai bon.

Après tout, j'étais moi aussi une Black, et j'avais la rancune dans le sang.

- Je crois que tout cela ne te regarde pas vraiment, Parkinson. Je ne me mêle pas de tes disputes avec ta mère.

- Et c'est sans doute pourquoi tu es encore vivante. Ta mauvaise humeur commence à influencer celle de Draco. Il s'exprime par des grognements depuis deux jours et je suis celle qui le supporte à longueur de temps, pendant que tu fais la tête dans ton coin. Donc pour répondre à ta réponse, si, cela me regarde un peu quand même. Sans compter que tu fais preuve d'une bien piètre idée en te passant de mes conseils. Comme tu l'as si bien fait remarquer, j'ai une énorme expérience en ce qui concerne les disputes avec un parent. Je pourrais sans doute écrire un livre sur le sujet.

- Je ne voudrais pas t'empêcher de mener à bien à tel projet. Maintenant, laisse-moi travailler.

Pansy fit claquer sa langue contre son palais, serra les poings, puis expira bruyamment.

- Merlin tout puissant, qu'ai-je donc fait dans une autre vie pour me retrouver coincée avec Draco et toi ? Vous avez le crâne aussi épais que celui d'un troll, et ce n'est pas rien !

Je lui souris froidement. Je ne lui avais pas demandé de se mêler de cette histoire pour commencer. C'était entre mon Gryffondor de père et moi. J'avais sans doute peu de chance de réussir à le faire changer d'avis, mais je pouvais au moins faire en sorte de lui faire regretter sa décision.

- Ça sera tout ?

Elle esquissa un geste, et je crus que j'avais enfin réussi à l'agacer suffisamment pour qu'elle abandonne, au moins pour aujourd'hui.

Elle serra l'arête de son nez avec force, prit une profonde inspiration, ce qui sembla lui suffire pour retrouver un semblant de sang-froid.

- Très bien, tu as gagné, j'abandonne concernant ton père. Je suppose que vous avez un don pour les mauvaises décisions dans la famille, et je n'hésiterai à me montrer particulièrement désagréable quand tu viendras me supplier de t'aider. En attendant, il faut que l'on règle le problème Crystal Malhorne parce qu'on est pas plus avancées que cet été.

J'avais beau savoir que le sujet ne tarderait pas à être abordé, j'eus tout de même du mal à retenir un grognement agacé.

- Ne fais pas cette tête ! Ce n'est pas moi qui ai bien failli m'évanouir quand on l'a peut-être croisée à Londres.

Les images de Crystal devant le bar où ma mère avait travaillé me revinrent, un peu plus floues que la dernière fois que j'y avais repensé. Ce jour-là, j'avais été certaine de la reconnaître – après tout, j'avais passé le plus clair de mon temps avec elle en première et en deuxième année – mais j'avais perdu mes certitudes depuis la rentrée.

Crystal avait réponse à tout. Depuis la rentrée, aucune question n'avait semblé la déstabiliser et elle glissait juste un peu plus souvent une réflexion qui commençait par « dans mon pays », sans que ni Pansy, ni moi, ne puissions déterminer si, oui ou non, il s'agissait de la vérité ou si elle était simplement douée pour édulcorer la réalité.

En plus d'un mois, la seule information valable que j'avais réussi à avoir était qu'elle aurait pu être à Londres, puisque la pleine lune du mois d'août avait eu lieu quelques jours avant notre escapade moldue.

Si, bien sûr, une Initiation suivait bel et bien les cycles lunaires, ce qui pouvait être une invention de sa part pour tout ce que j'en savais.

- Je ne vois qu'une seule solution, petite...

Je fermai les yeux une brève seconde.

Deux semaines plus tôt, je me serais sans doute moquée de Pansy : après avoir passé tout le mois de septembre à me soutenir que nous devions attendre avant de nous résoudre à fouiller dans les affaires de Crystal, elle n'avait plus que cette solution à la bouche.

Toutes nos tentatives pour en apprendre plus autrement avaient lamentablement échoué et Pansy espérait trouver des lettres, ou une photo dans sa malle.

Juste quelque chose qui nous permettrait – ou non – de faire le lien avec la fille que nous avions vu cet été.

- C'est toi qui voulais savoir, Black, je te signale ! Si tu ne le fais pas, je le ferais, mais ne viens pas te plaindre que l'on te cache des choses si tu le tolères aussi bien !

Ce n'était pas aussi simple.

Ma dispute avec Deloris – nous nous étions toujours pas adressées la parole depuis la rentrée, ou presque – avait mis en lumière une réalité dont je n'avais pas pris la pleine mesure jusque-là.

Crystal Malhorne était ma seule vraie amie au château.

Au-delà du fait que nous aimions discuter – de presque tout –, nous étions assises côte à côte dans tous les cours, et elle était l'une des rares personnes auxquelles je pensais quand j'avais besoin de me confier. Crystal savait garder un secret – peut-être encore mieux que ce que j'avais toujours pensé –, elle savait écouter et elle donnait de bons conseils.

Je lui en voulais toujours de m'avoir menti – si elle avait vraiment menti – mais je n'étais pas certaine de vouloir abattre la toute-puissance de ma colère sur elle et la rayer de ma vie pour toujours.

En face de moi, Pansy haussa un sourcil.

- Et bien ?

J'eus un soupir. Si je la laissais faire, elle pourrait très bien se jeter sur la malle de Crystal immédiatement, peut-être au risque de se faire prendre – même si elle avait sans doute bien choisi son moment pour venir me confronter –.

Elle avait toutefois raison sur un point, il fallait que je sois fixée, une bonne fois pour toute.

- Je vais m'en occuper. Mais laisse-moi le temps de trouver le bon moment.

- Tu as deux semaines, Black. Après, c'est moi qui prendrai les choses en main.

- Explique-moi à nouveau pourquoi c'est si important pour toi de savoir ?

Elle eut un large sourire.

- Elle a peut-être réussi la plus belle arnaque du siècle, juste après ce que Narcissa Malefoy a fait. Je veux savoir le comment et le pourquoi. Et puis, si je sais la vérité, je serais dans une excellente position pour obtenir quelque chose d'elle. Si elle a vraiment réussi à se faire passer pour une Sang-Pur ici, c'est une fille à avoir de son côté.

Je doutais sincèrement que Crystal soit aussi facilement manipulable que ce que pensait Pansy, mais elle avait le droit de se casser les dents sur un os de temps en temps, ce qui ferait un spectacle très distrayant à regarder.

- En attendant, je n'ai pas oublié que tu n'as toujours pas touché aux deux scones que je t'ai ramenés, et je n'ai pas l'intention de te laisser tranquille tant que tu ne les auras pas mangés.

Je voulus lui répliquer qu'il me faudrait plus que sa présence pour m'empêcher de travailler, mais elle sortit sa lime à ongles en verre – celle qui faisait un bruit à me faire dresser les poils et grincer des dents –, et je fus contrainte d'abdiquer.

Viviane, qu'avais-je fait dans une vie antérieure pour me retrouver coincée avec elle ?

Jeudi 6 Octobre 1994, Poudlard, Ecosse.

Le dortoir était vide. Deloris tenait cour dans la salle commune – puisque notre amitié semblait consumée, elle s'était rabattue sur Romey Marchebank et Lavinia Hilliard, d'un an nos cadettes, et qu'elle pouvait facilement manipuler –, Jin travaillait à la bibliothèque avec O'Riley et Harper, et Crystal était avec Rogue pour sa leçon d'Occlumentie.

Selon toute vraisemblance, la voie était donc libre et je me devais de profiter de l'occasion si je voulais enfin savoir si, oui ou non, Crystal mentait et, au passage, me débarrasser de Pansy, au moins à ce sujet.

C'est toi qui voulais savoir, Black, je te signale ! Si tu ne le fais pas, je le ferais, mais ne viens pas te plaindre que l'on te cache des choses si tu le tolères aussi bien !

Je m'approchai donc du lit de Crystal. De nous quatre, elle était sans doute la plus ordonnée et, naturellement, celle qui avait le moins décoré sa table de chevet et le pan de mur qui lui était réservé, à l'exception d'une photo de ses parents.

Si je voulais trouver un indice, je devais donc fouiller sa malle, quand bien même je doutais de trouver quelque chose de vraiment compromettant. Soit Crystal ne mentait pas, auquel cas il n'y avait rien à trouver, ou soit elle mentait, mais si je devais me fier au mois passé, elle était bien trop douée pour laisser traîner quelque chose de compromettant.

Je sortis le morceau de parchemin que Pansy m'avait donné ce matin, contenant plusieurs sortilèges de déverrouillages, que j'étais censée pouvoir réussir à jeter sans trop de problème, même si ma magie faisait des siennes.

Avec un soupir, je me mis au travail.

Naturellement, Alohomora ne fonctionna pas et je dus lancer trois sortilèges de plus avant de tomber sur le bon – pas le plus difficile à lancer, ce que j'aurais remarqué vu le mouvement de baguette compliqué qu'il nécessitait, mais pas le plus simple non plus, au moins pour moi –. Le délicat clic qui s'éleva de la serrure m'arracha un sourire satisfait.

J'ignorai toujours pourquoi, mais j'avais un peu moins de difficultés en sortilèges et chaque nouveau progrès était une véritable victoire personnelle.

L'intérieur de la malle de Crystal était aussi ordonné que son coin de dortoir. D'un côté, sa trousse de toilette était posée sur ses différentes tenues soigneusement pliées – toutes venaient de Madame Guipure sur le Chemin de Traverse – et de l'autre, de nombreux livres étaient triés par sujet – Sortilèges, Histoire et Légilimencie pour la plupart –. Il y avait sa réserve de parchemin pour l'année, des ingrédients de potion que Rogue n'avait pas encore réclamé et sa paire de gants en peau de dragon. Dépitée par mon inspection, je faillis louper la boîte en bois exotique qui se confondait avec le fond de la malle. Un coup d'œil vers le réveil de Jin m'apprit que j'avais largement le temps, et je sortis les livres, prenant bien soin de ne rien mélanger, puisqu'une absence de bazar signifiait que Crystal ne manquerait pas de remarquer que quelque chose n'était pas comme avant –. La boîte était un petit bijou de marqueterie – des bois de différentes essences formaient des dessins géométriques entremêlés – et je ne rencontrai aucune résistance en l'ouvrant.

J'eus une exclamation satisfaite en découvrant de nombreuses lettres. Je saisis la plus récente et mon enthousiasme retomba aussitôt quand je fus incapable de comprendre un seul mot, à part le prénom de Crystal. L'écriture cursive était élégante et la signature ressemblait à celle en bas d'une lettre que j'avais reçu de la part de la grand-mère de Crystal l'année dernière, quand je l'avais remerciée pour mon bracelet.

Je vérifiai rapidement qu'aucune lettre n'était écrite en anglais, juste pour être sûre avant de refermer la boîte avec un soupir.

Il n'y avait rien.

Peut-être avais-je rêvé, finalement, songeai-je en remettant les livres dans la malle, essayant de reproduire l'ordre parfait dans lequel je les avais trouvés, avant de me figer en lisant le titre de celui que je tenais dans la main.

Geskiedenis van Magie in Republiek van Suid-Afrika

Je n'étais pas surprise qu'elle ait un livre sur l'histoire de son pays – du reste, c'était ce à quoi cela ressemblait – mais, un mois plus tôt, Pansy avait trouvé une lettre de mon oncle dans le livre de Cantankerus Nott, qui représentait toute la doctrine Sang-Pur à lui seul.

Le livre s'ouvrit naturellement sur une photographie.

Je reconnus Crystal, coiffée de nombreuses tresses et plus petite que maintenant, entourée par un jeune homme d'une trentaine d'année – maximum – et une femme d'un certain âge.

Malgré ses cheveux blancs, sa canne et sa silhouette enveloppée, elle dégageait un charisme presque inquiétant avec son visage sévère et son regard sombre.

Mon cœur se mit à accélérer et le monde tangua soudainement autour de moi, à l'exception de la photographie que je tenais dans les mains.

Au-delà de la coïncidence la plus improbable de l'histoire – j'étais certaine que la femme était celle que j'avais vu devant le Hell's Angels –, les trois personnes étaient parfaitement figées sur le papier glacé.

- Satisfaite par tes trouvailles ?

Je repris mes esprits dans un sursaut. Crystal se tenait devant la porte du dortoir, à moitié cachée par la pénombre qui régnait en permanence sous le Lac Noir.

Je ne l'avais pas entendue entrer.

Une part de moi se sentit coupable face à son regard accusateur, l'autre – celle qui en avait assez d'être entourée de menteurs – me soufflait de me montrer sans pitié.

- Tu n'es pas Sang-Pur, crachai-je.

A ma plus grande surprise, elle éclata d'un rire moqueur et fit un pas en avant, quittant les ombres.

- Je crois que tu es très mal placée pour me critiquer, Adler.

J'en perdis le contrôle sur ma mâchoire une brève seconde, avant de me rappeler de l'endroit devant lequel je l'avais vue, presque deux mois plus tôt.

- Je crois que nous avons à parler, n'est-ce pas ? Si tu veux bien avoir l'obligeance de ranger tout ça...

Son accent avait soudainement changé, perdant son côté rocailleux pour quelque chose qui ressemblait beaucoup à de l'irlandais.

- Je crois qu'il y a plus urgent que ranger ta malle.

- Je ne vais certainement pas discuter de ça ici, quand Yaxley ou Wan peuvent nous surprendre à tout moment. Allez !

Je mis les livres dans sa malle sans grande cérémonie et je pris la cape qu'elle me tendait. En traversant la salle commune, je surpris le regard consterné que Pansy lança dans notre direction, avant qu'elle n'assène un coup de coude dans les côtes de mon cousin. Draco sembla prêt à se lever pour nous suivre. Par chance – ou peut-être par miracle –, mon regard sombre suffit à l'en dissuader.

Je laissai Crystal décider de l'endroit où nous pourrions parler et je la suivis en silence, essayant d'ordonner les nombreuses questions qui tournaient sous mon crâne. Je m'interrogeai sur une partie d'entre elles depuis cet été – qui était vraiment Crystal ? Pourquoi mentait-elle ? Où s'arrêtait son mensonge, exactement ? Que faisait-elle devant le Hell's Angels ? – mais, en un mot, une myriade de nouvelles venaient de faire leur apparition – Comment savait-elle qui j'étais ? Depuis quand ? Connaissait-elle ma famille moldue ? Savait-elle où ils étaient ? –.

Le vent froid qui nous accueillit au sommet de la tour Noire eut au moins le mérite de me sortir de ma propre tête. Crystal s'appuya contre le muret qui faisait le tour de la terrasse, ses bras croisés sur sa poitrine et une expression fermée que je ne lui avais jamais vue.

- Par pure curiosité, quelle erreur m'a trahie ?

- Te trouver devant le Hell's Angels le seul jour de l'été où je m'y suis rendue.

Elle haussa les sourcils, puis sembla approuver ma réponse d'un mouvement de tête.

- Oh. Donc ce n'est pas de ma faute ?! C'est une très bonne nouvelle.

- Comment ça ?

- Ma grand-mère m'aurait écharpée vive si j'avais fait quelque chose de stupide, mais comme elle a insisté pour que je l'accompagne à Londres cette fois-là, elle n'aura qu'à s'en prendre à elle-même.

Le silence retomba entre nous. Crystal était parfaitement immobile mais son regard me fixait avec intensité, comme si elle essayait de lire mes pensées, ce qui m'incita à vérifier que mon Mur était toujours en place et qu'elle ne pourrait pas utiliser la Légilimentie pour en apprendre plus que ce que je pourrais bien lui concéder.

- Comment as-tu su que j'allais fouiller tes affaires ?

Elle leva les yeux au ciel.

- Parkinson peut critiquer ton cousin autant qu'elle le veut, mais elle manque autant de subtilité que lui. Vous avez vraiment cru qu'en me harcelant de questions comme vous l'avez fait, je ne me douterais de rien ?

Je haussai les épaules.

- On avait pas de meilleur plan et j'espérai un peu que tu te confierais à un moment.

Je ne réussis pas à masquer ma déception et je m'en voulus d'autant plus que j'aurais dû être en colère contre elle pour m'avoir menti, et qu'au lieu de ça, j'étais inquiète à l'idée de devoir passer les cinq prochaines années sans son amitié.

Elle grimaça.

- Je suis sûre que tu comprends mieux que beaucoup pourquoi je ne l'ai pas fait...

Elle semblait le regretter, au moins un peu, mais ce n'était pas le sujet.

- Pourquoi ?

Elle eut un mouvement de recul conséquent puis me dévisagea.

- Tu es sérieuse ? Tu sais très bien ce que pense la majorité des Serpentards sur les Sangs-Mêlés, même ceux qui ne le crient pas sur les toits ! Je n'allais certainement pas prendre le risque d'être découverte !

Je serrai les dents.

- Tu n'es pas Née-Moldue, alors ?

Elle se frotta le visage à deux mains.

- Ce n'est pas aussi simple...

- Alors explique, assénai-je, avant de m'asseoir sur le dessus du parapet, à bonne distance.

Crystal hésita. Je la vis esquisser un geste vers la poche où elle gardait sa baguette, avant qu'elle ne marmonne un truc inintelligible.

- Ma grand-mère est une Cracmol, dit-elle finalement. Elle a été bannie de son clan quand elle avait onze ans, avec pour consigne de ne jamais revenir sur la terre de ses ancêtres tant qu'elle n'aurait pas une descendance magique, pour prouver que la malédiction avait quitté son sang. Étant donné que les Cracmols sont tabous ici aussi, je n'ai pas réussi à déterminer ce que ça fait de moi, mais je doute que Née-Moldue soit vraiment adéquat.

Vu la tendance des Sang-Purs à tuer les enfants nés sans pouvoirs magiques, et le reste de la société à les rejeter en direction du monde moldu, je ne pouvais que lui concéder ce point-là.

- De toute façon, ça ne change pas grand-chose, pas vrai ? Je ne suis pas Sang-Pur, alors par définition, je ne suis pas respectable.

A la façon dont elle cracha la fin de sa phrase, je compris que cette réalité la mettait profondément en colère. Cela expliquait un peu mieux pourquoi elle se montrait aussi dure quand elle critiquait le monde Sang-Pur.

- C'est pour ça que tu as menti alors ? Pour devenir respectable ?

Mon ton était un peu plus sec que ce que j'avais voulu et elle plissa les yeux. D'ordinaire, elle ne m'aurait pas vraiment impressionnée – j'étais habituée aux menaces silencieuses depuis ma tendre enfance, et elle était une alliée – mais ses aveux changeaient tout.

Perchées au sommet de la tour Noire, le soleil se couchant derrière nous tandis qu'un vent glacial faisait claquer nos capes, nous n'étions plus dans le même camp.

- Ma grand-mère a tout perdu quand elle a été bannie de son clan. Parce qu'elle est travailleuse et très intelligente, elle a tout de même réussi à rebondir, mais elle s'est toujours promis qu'elle ne laisserait pas les siens connaître le même sort qu'elle. Avec beaucoup d'argent, elle a presque réussi à faire oublier la couleur de peau de ma mère et de mon oncle mais, dans le monde magique, il faut un sang pur, alors on a fait ce qu'il fallait pour faire croire que c'était le cas. Pour être honnête, ce n'était pas si dur.

Christopher et Pansy avaient assez loué l'idée de Crystal cet été pour que je n'ai pas besoin de lui demander pourquoi. Les différentes communautés magiques vivaient repliées sur elle-même. Les échanges étaient rares, et on n'avait que quelques brides d'informations sur ce qu'il se passait ailleurs. Crystal n'avait aucune chance de se faire passer pour une Sang-Pur si elle se disait originaire d'Irlande ou du Royaume-Uni, mais personne n'avait les moyens de la contredire si elle était l'héritière d'une grande famille étrangère.

- A ta place, j'aurais tout fait pour rester loin de la société Sang-Pur...

- C'est facile à dire pour toi, tu y as grandi. Ils dominent le monde magique et je ne veux pas être du côté des dominés. C'est aussi simple que ça.

Ça ne serait pas aussi simple que cela. Être Sang-Pur ne faisait pas tout dans le monde magique – certains noms fermaient même plus de portes qu'ils n'en ouvraient – mais Crystal aurait bien le temps de l'apprendre, si elle ne le savait pas déjà.

- J'imagine que tu n'as pas vraiment grandi en Afrique du Sud, pas vrai ?

- Non, je suis née à Belfast...

Cela expliquait un peu mieux son nouvel accent.

- Que faisais-tu à Londres, dans ce cas ?

Elle serra les lèvres et je crus qu'elle n'allait jamais me répondre. Comme si la raison derrière sa visite au Hell's Angels était un plus gros secret que ce qu'elle cachait à toute la société magique. Finalement, elle secoua la tête.

- Ma grand-mère avait un rendez-vous avec le gérant du bar. Il travaille plus ou moins pour elle depuis l'année dernière, et elle aime se déplacer en personne pour faire le point sur certaines transactions. Je l'ai accompagnée parce que je passe dix mois de l'année ici et qu'il me reste tout un tas de trucs à apprendre pour pouvoir assurer la relève un jour. Et toi, que faisais-tu dans le Londres moldu ?

Ce fut à mon tour d'avaler ma langue. J'étais certaine de ne pas avoir rêvé, un peu plus tôt. Crystal m'avait appelée Adler.

Pas Lestrange, pas Black.

Adler.

J'ignorai comment, mais elle savait quelque chose que Narcissa s'était donnée beaucoup de mal pour effacer. Christopher aurait trouvé ça impressionnant de sa part, mais je ne me sentais pas vraiment rassurée. Crystal en savait plus sur moi que j'en savais sur elle. Je n'avais aucun moyen de vérifier si elle était bien en train de me dire la vérité depuis toute à l'heure ou si elle essayait de m'endormir avec une histoire bien ficelée.

- Les confessions ne vont pas marcher que dans un sens, siffla-t-elle pour mettre fin à mon silence.

- Qu'est-ce qu'il me prouve que tu ne mens pas, encore ?

Elle haussa les épaules.

- Rien du tout, d'autant plus que je suis une excellente menteuse, initiée à la Magie de l'Esprit. Toutefois, je doute que beaucoup de personnes te croiraient si tu allais raconter mon histoire.

- Je peux me montrer très persuasive, Malhorne. Comme tu me l'as si bien fait remarquer un peu plus tôt, j'ai grandi dans le monde Sang-Pur. J'ai vu des réputations être détruites par une seule phrase et pour bien moins que tout ça.

Crystal me dévisagea, son regard froid et calculateur me donnait l'impression d'être un produit particulièrement exotique dont elle essayait de déterminer le prix exact.

- Peut-être que je connais une histoire très intéressante sur toi qui pourrait également te coûter ta réputation...

J'haussai un sourcil, ignorant l'affolement de mes battements de cœur.

- Sans vouloir être méchante, Malhorne, tu as peut-être réussi à te faire passer pour une Sang-Pur ces deux dernières années, mais je suis l'héritière la plus en vue du pays. Ça sera ta parole contre la mienne, et je serais sincèrement très surprise que tu puisses gagner ce combat-là. Ta vie à Serpentard risque toutefois d'en pâtir énormément.

Elle quitta le parapet après un long silence et avança jusqu'à moi, ses bras toujours croisés sur sa poitrine et son regard sombre soutenant le mien sans ciller.

- Je suis sûre que l'on peut trouver un arrangement.

- Je me fiche de l'argent de ta grand-mère.

Elle sourit, comme si je venais de dire exactement ce qu'elle attendait.

- Non, mais tu ne te ficherais pas de retrouver Grant Adler et Burt White.

Je réussis à rester impassible, mais mes oreilles se mirent malgré tout à siffler d'une façon désagréable. Je n'aimais définitivement pas que Crystal en sache aussi long sur moi quand j'en savais si peu sur elle.

Toutefois, je ne pouvais pas nier qu'elle avait raison. Puisque mon père avait été assez stupide pour quitter la sécurité d'un pays lointain, ma famille moldue pourrait très rapidement devenir ma seule famille tout court. Je devais les retrouver, même si cela signifiait passer un marché avec Crystal concernant son secret.

Je n'avais jamais eu l'intention de la dénoncer – cela aurait été particulièrement hypocrite de ma part – mais elle n'était pas obligée de le savoir.

- Tu sais où ils sont ? demandai-je finalement, abandonnant ma façade de faux-semblants.

Ma voix me donna l'impression d'être celle d'une petite fille et si Pansy avait été là, elle m'aurait sans doute giflée.

Crystal s'abstint de tout commentaire.

- Non, mais je peux demander à ma grand-mère de vraiment faire un effort pour les retrouver. Je suis sûre qu'elle y consentira si tu me promets ton silence. Et la protection des Malefoy pour mon entrée en société.

Sa deuxième condition me fit lever un sourcil.

- Outre le fait que je ne suis pas certaine que la protection des Malefoy soit une si bonne chose, je doute de pouvoir l'arracher à mon très cher oncle.

- Celle de Narcissa Malefoy me suffira bien. Je crois savoir que tu es en position de lui réclamer à peu près ce que tu veux.

C'était loin d'être aussi simple. Narcissa avait beau m'avoir donnée l'impression d'être prête à tout pour que je lui pardonne ses mensonges – ce pourquoi elle pouvait toujours rêver –, j'avais l'impression qu'elle était de plus en plus résignée sur la question. Elle jouait désormais la carte de l'autorité toute puissante – ce dont j'avais horreur – et il se pourrait très bien que ma demande donne lieu à un autre marché, bien plus désagréable cette fois – lié à mon bal de Débutante, très certainement –.

- Et la protection des Black ?

Elle eut un sourire dur.

- La réputation des Black n'est plus ce qu'elle était, et tu n'es qu'une Illégitime. Je n'ai pas fait tous ces efforts pour me contenter d'un rôle de second plan.

Je fermai les yeux une folle seconde pour conserver mon sang-froid. Pansy, Draco et moi avions négligé un détail de taille quand nous avions imaginé comment une confrontation avec Crystal pourrait bien tourner.

Elle avait un sens des affaires redoutable.

- De ce que j'en sais, une nouvelle guerre ne tardera pas, et être du côté des Black pourrait se révéler être un meilleur pari.

Crystal ne cilla même pas.

- Sans vouloir être pessimiste, Sirius Black a passé douze ans en prison quand Lucius Malefoy a été blanchi de tous ses crimes.

Je me retrouvai à court d'arguments et un sourire carnassier étira brièvement les lèvres de Crystal, comme si elle savait déjà qu'elle venait de gagner la partie.

Je retins de justesse un soupir – je n'allais pas me montrer vaincue aussi facilement – mais j'hochai la tête – il s'agissait de ma famille moldue, et Viviane seule savait ce qui avait bien pu leur arriver depuis que Narcissa avait effacé leur mémoire –.

- Très bien. Je ferais en sorte de convaincre Narcissa Malefoy. En attendant, tu auras celle de Draco.

Elle tendit sa main dans ma direction et je ne pus que la serrer, espérant que je n'allais pas regretter mon choix.

Avec un soupir, elle s'assit à côté de moi.

- Juste histoire que je sois fixée, sommes-nous amies ou ennemies ?

Il y avait une hésitation dans sa voix que je ne lui connaissais pas, et je ne fus pas si surprise que ça de la voir jouer avec le bracelet qu'elle avait reçu en cadeau après ses premières règles.

Je voulais être en colère contre elle, au moins un peu – parce qu'elle avait menti et que je détestais ça plus que tout – mais j'avais l'impression que Christopher transplanait à mes côtés à chaque fois que je considérais cette possibilité.

La longue liste de ses arguments en faveur de Crystal – sa loyauté, le fait qu'elle m'avait défendue de Rogue, sa discrétion absolue à chaque fois que je m'étais confiée à elle, et nos nombreuses similarités au regard de ma véritable identité – me donnait l'impression de peser bien plus lourd que la liste de défauts que Draco avait dressé en guise de contre-attaque – et qui se résumait presque au fait qu'elle avait menti –.

La vérité était sans doute que je ne me voyais pas affronter les cinq prochaines années aux côtés de Deloris.

- Être ton ennemie va me demander beaucoup trop de travail, dis-je finalement. J'ai un Concours International à remporter.

Je fus presque sûre de l'entendre soupirer de soulagement – malgré le vent – et mon sourire tordu étira mes lèvres un bref instant.

- Je suis d'accord. Et je risque d'avoir du mal à trouver quelqu'un d'aussi bon que toi pour relire mes devoirs de Métamorphose et m'aider à m'entraîner en Légilimencie.

- J'ai failli y laisser ma santé mentale la dernière fois. Oublie-moi.

Elle eut un bref éclat de rire que je ne pus qu'imiter, puis elle redevint sérieuse.

- Je crois que j'ai su avant toi qui tu étais vraiment, dit-elle avec une grimace.

- Comme à peu près tout le monde, alors ne te sens pas trop spéciale.

Elle secoua la tête, son regard insistant, et je préférai la couper avant qu'elle ne me dise combien elle était désolée pour le chaos qu'était devenu ma vie.

- Comment as-tu su ?

Elle fit un geste vague de la main.

- Ma grand-mère tient des dossiers très précis, sur beaucoup de gens, et ça a toujours fait partie de mes devoirs de les étudier. Quand je suis rentrée aux vacances de Noël, j'ai compris que Grant Adler et Burt White étaient sur Londres, après douze ans d'absence, alors j'ai repris leur dossier. C'est un miracle que personne ne soupçonne rien, vu comment tu ressembles à ta mère.

- C'est ce que j'ai cru comprendre... Tu les as vus ?

Elle secoua la tête.

- Ma grand-mère n'a pas voulu.

- Pourquoi ?

- Elle avait ses raisons... mais d'après mon oncle, elle me gardait comme levier, étant donné que j'avais un accès direct à toi. Je les aurais peut-être rencontrés en début d'été, avant de partir pour l'Afrique du Sud, mais ils avaient déjà disparu alors...

Au rappel, je déglutis un peu plus difficilement que d'habitude. Entre mon père en cavale – et de retour en Ecosse – et ma famille moldue introuvable, j'avais plus de raisons que nécessaire d'être inquiète, et autant d'occasions d'imaginer le pire.

- Ta grand-mère a une idée de l'endroit où ils pourraient être ?

Elle fit la moue.

- Elle n'a pas vraiment cherché à savoir. Ça ne va pas être aussi simple de les retrouver s'ils ne le souhaitent pas. De ce que j'en sais, Burt White est connu dans le milieu pour faire disparaître des gens. Toutefois, il s'avère que ma grand-mère est très douée pour retrouver ceux qu'elle cherche.

J'eus un vague sourire, espérant en silence qu'elle ne disait pas ça juste pour me remonter le moral. Je préférai me préparer au pire – ce pourquoi Narcissa paierait très cher – que de me fatiguer à prier pour un miracle.

- Une partie de l'accord entre ma grand-mère et ton grand-père est une sacrée prime sur la tête de ton père.

Je serrai les dents et fusillai la Forêt Interdite du regard, espérant que mon père s'y cachait, même si c'était peu probable.

- Je ne manquerai pas de lui dire, grognai-je. Il se montrera peut-être raisonnable.

Crystal éclata de rire.

- Comme si c'était seulement possible !

Je lui lançai un regard noir et je n'obtins qu'un nouvel éclat de rire qui me donna presque envie de la pousser par-dessus le parapet de la tour Noire.

Malhorne est la seule personne à laquelle je ferais confiance pour te raisonner en mon absence quand tu es à Poudlard.

La voix de Christopher me tira une grimace.

Pour quel pétrin venais-je de signer, exactement ?

Samedi 8 Octobre 1994, Poudlard, Ecosse.

Pour une fois, la Grande Salle était relativement calme et je me félicitai de ne pas avoir pris de petit-déjeuner en échange d'un déjeuner anticipé. La majorité des élèves se levait tard le samedi (et le dimanche) à l'exception éventuelle d'une équipe de Quidditch. Le petit-déjeuner était donc servi jusqu'à dix heures trente, et très peu de personnes étaient attablées à peine plus d'une heure après.

Outre le calme salvateur, j'étais presque certaine de réussir à éviter Pansy et Draco, qui ne manqueraient pas de vouloir en apprendre plus concernant Crystal, ignorant le fait que je leur avais demandé de me laisser le temps de digérer ce que j'avais appris pour commencer.

Même si je me doutais depuis plus d'un mois qu'elle n'était pas Sang-Pur, je ne m'étais pas attendue à ce qu'elle ait découvert mon propre secret et encore moins qu'elle puisse avoir des liens avec ma famille moldue, aussi ténus soient-ils.

Sa grand-mère et mon grand-père évoluaient dans le même milieu, ils avaient passé un accord – dont une des clauses constituait un danger supplémentaire pour mon père – et je tenais peut-être une chance de retrouver ma famille moldue plus concrète que ce que Narcissa avait réussi à obtenir en plus de trois mois.

J'avais beau essayé de ne pas me laisser emporter par l'espoir, c'était loin d'être aussi simple...

L'arrivée d'un hibou devant nous me tira de mes pensées et je faillis maudire mon père à voix haute, avant de reconnaître le hibou de la grand-mère de Crystal – une bestiole assez agressive que Crystal était la seule autorisée à toucher –.

Crystal reposa l'exemplaire de La Gazette de ce matin, qu'elle n'avait pas eu le temps de terminer puisqu'elle avait eu un cours de Legilimencie avec Rogue une bonne partie de la matinée. Elle récupéra sa lettre avec un soupir et grimaça au bout de quelques secondes.

J'aurais aimé pouvoir lire par-dessus son épaule, mais je savais très bien que ses lettres étaient écrites en Afrikaanset j'étais loin de pouvoir le déchiffrer.

J'attendis donc en silence, avalant deux cuillerées de plus de mon plat, sachant pertinemment que je n'avais pas le choix, et encore moins depuis la veille. Contrairement à ce que j'avais commencé à croire, Pomfresh ne m'avait pas oubliée. J'avais reçu une lettre me conviant à l'infirmerie dans l'après-midi, et j'étais presque certaine que je n'allais pas passer un bon moment.

- Alors ? demandai-je finalement, après que Crystal ait relu une deuxième fois sa lettre, puis l'ait repliée avec soin.

- Je pense qu'elle est en colère, mais comme ce n'est pas vraiment de ma faute, elle m'accorde que ça aurait pu être pire. J'ai apparemment bien réagi face à l'adversité, mais elle attend des garanties avant de se mettre à la poursuite de White et Adler.

Je fronçai les sourcils.

- Quel genre de garanties ?

- Un contrat magique avec Narcissa Malefoy et toi.

- Quoi ?!

Crystal eut un sourire d'excuse, mais je la connaissais assez pour savoir qu'elle ne le pensait pas vraiment.

- Ma grand-mère n'est pas devenue celle qu'elle est en faisant dans les bons sentiments et la confiance aveugle. Je pense que tu peux reconnaître que Narcissa Malefoy n'est pas vraiment digne de confiance.

Me concernant, j'en étais convaincue – et je ne pouvais pas vraiment reprocher à la grand-mère de Crystal de vouloir se montrer prudente –, mais un contrat magique allait être bien plus difficile à obtenir de Narcissa qu'un accord de principe avec une Cracmol dont elle ne connaissait rien – et qui en savait bien plus long que beaucoup sur son vilain petit secret –.

Je passai une main lasse sur mon visage. J'allais devoir discuter de tout cela avec Draco, et mon cousin pourrait très bien se montrer difficile.

- Autre chose ?

- Malgré la disparition de ton grand-père, elle continue de tenir ses engagements vis-à-vis de lui. Dans l'hypothèse où on ne les retrouverait pas, l'accord passerait en ton nom et tu peux compter sur elle comme sur une loyale alliée. « Alliée » est peut-être un peu fort si tu veux mon avis, mais elle ne te poignardera pas dans le dos.

Grandir dans le milieu Sang-Pur avait au moins eu le mérite de me préparer à ce genre de situation, au moins un peu.

- Elle serait ouverte à la modification d'une clause ?

Crystal haussa les épaules.

- Ton père est introuvable et ce qu'elle a promis de faire pour le retrouver lui coûte de l'argent au lieu de lui en rapporter. Elle sera soulagée de se passer de tout ce cirque.

Si je me sortais de cette histoire avec un moyen pour retrouver ma famille moldue et une menace de moins concernant mon père, je n'aurais pas tout perdu.

- Je vais devoir en parler avec mon cousin. Et probablement Pansy.

Le visage de Crystal s'assombrit.

- J'aimerais autant qu'ils n'en sachent pas plus.

J'haussai les sourcils et je retins difficilement un éclat de rire moqueur.

- Ils étaient avec moi à Londres. Crois-moi, il vaut mieux qu'ils sachent la vérité plutôt qu'ils continuent à avoir des raisons de creuser de leur côté. Pansy n'est pas du genre à laisser tomber une histoire pareille, et mon cousin refusera de m'aider autrement.

Elle se détourna avec un grognement et je terminai mon assiette – dont le contenu était presque froid – en l'observant jouer avec son bracelet du coin de l'œil.

- Juste ce que je t'ai dit à la tour Noire, dans ce cas.

- Tu n'as rien rajouté depuis, de toute façon.

Elle me regarda d'une étrange façon, mais je fus incapable de deviner ce qu'elle pouvait bien penser. Une part de moi était toutefois frustrée par le nombre de questions qui me restait – et que je finirai par lui poser un jour – sur elle, sur le monde moldu, sur le milieu dans lequel mon grand-père évoluait, sur mon grand-père, si jamais elle avait des informations que mon père n'avait pas...

Nous terminâmes de manger dans le silence puis nous regagnâmes la bibliothèque pour terminer notre devoir de Runes et commencer celui de Potions. Un peu avant seize heures, je dus toutefois lui fausser compagnie pour aller à l'infirmerie, quand bien même je n'avais pas du tout envie de passer un moment en tête à tête avec Pomfresh.

Elle m'était beaucoup moins sympathique que le Médicomage Perrin.

Je me retrouvai devant les doubles portes de l'infirmerie et je frappai avant d'entrer.

Je manquai de percuter Deloris de plein fouet. Elle s'écarta vivement de moi et resserra contre elle la fiole qu'elle tenait entre les mains. Je faillis lui demander ce qu'elle faisait là – il ne m'avait pas semblé qu'elle soit malade cette semaine, mais nous nous évitions beaucoup – avant de me souvenir que j'avais mentionné mon rendez-vous avec Pomfresh non loin d'elle, et qu'elle pouvait très bien avoir trouvé une fausse excuse en espérant tomber ici en même temps que moi.

Cela ne serait pas la première fois qu'elle intriguerait, que ce soit pour me soutirer un secret ou pour se retrouver seule avec moi, et je doutais que ce soit la deuxième solution.

- Ah, Miss Lestrange. Je vous attendais. Vous pouvez y aller, Miss Yaxley.

Deloris lança un regard en coin à l'infirmière avant de passer la porte et de la refermer délicatement derrière elle.

- Installez-vous.

Je pris place sur le lit qu'elle me désignait, espérant en silence qu'elle ne me demande pas de passer une chemise de nuit pour une simple visite de contrôle.

- Bien, vous savez pourquoi vous êtes là, j'imagine ?

- Le Médicomage Perrin a insisté pour que vous preniez la suite de mon suivi pendant l'année, même si je pense que c'est une perte de temps.

- Je serai le juge de cela, n'est-ce pas ? Avez-vous eu des nausées depuis la rentrée ?

- Non.

Je ne m'étais pas bien sentie après avoir reçu la lettre de mon père, trois semaines plus tôt, mais rien de bien alarmant comparé à ce que j'avais déjà ressenti.

Si je voulais être débarrassée de cette comédie, je n'allais pas m'étendre sur ce genre de détails.

- Avez-vous sauté des repas depuis la rentrée ?

- Non.

Pomfresh haussa les sourcils.

- Je crois pourtant savoir que ce n'est pas vraiment le cas. J'ai demandé aux professeurs de me prévenir s'ils ne vous voyaient pas et j'ai l'impression que c'est une mauvaise habitude de plus en plus récurrente.

J'étais certaine que le Médicomage Perrin lui avait soufflé cette idée, sans doute parce qu'il me connaissait un peu trop bien et qu'il voulait s'assurer que je me montrais raisonnable maintenant qu'il ne pouvait plus intervenir directement.

- J'ai beaucoup de devoir et je ne vois pas l'intérêt de manger si je n'ai pas faim, grognai-je finalement.

- Les élèves de sixième et septième années ont sans doute davantage de devoirs encore et ils trouvent tous le temps de venir manger. Et vous savez que vous êtes tenues à trois repas par jour, sans exception. J'ose espérer que vous prenez vos potions avec davantage de sérieux, n'est-ce pas ?

J'hochai la tête. Même si leur goût était plus infâme l'une que l'autre, je m'étais tenue à les prendre sans faute matin et soir, de peur que le Médicomage Perrin ne réussisse à convaincre Madame Pomfresh que je devais passer à l'infirmerie tous les jours.

- C'est ce que nous verrons...

Elle sortit sa baguette, et comme chaque visite médicale qui avait rythmé mon été, elle l'agita autour de moi, faisant parfois apparaître des nuages de couleurs aux formes étranges. Elle examina mes yeux, le fond de ma gorge et écouta mes poumons.

Son air sévère et son silence me firent presque regretter le Médicomage Perrin. Lors d'une auscultation, il me faisait la conversation, évoquant des anecdotes sur ses autres patients ou les derniers faits divers.

- Bien, ce n'est pas aussi catastrophique que ce dont j'avais peur. Juste un passage sur la balance pour que je puisse en être certaine.

Elle me laissa enlever mon uniforme et ce fut à mon tour de grimacer quand l'aiguille m'indiqua que j'avais réussi à perdre deux kilos depuis la dernière fois, quand j'étais censée les reprendre, sinon les garder.

Pomfresh attendit que je me sois rhabillée pour reprendre.

- Vous n'êtes pas raisonnable, Miss Lestrange. Pour m'être occupée de vous quand vous étiez petite, je sais que vous avez un petit appétit et que la moindre contrariété vous influence grandement, mais vous êtes suffisamment intelligente pour savoir qu'en sautant un repas, vous ne mangerez pas assez ce jour-là, et vous obligez votre corps à puiser dans vos maigres réserves, que vous ayez faim ou non.

Je baissai les yeux vers mes mains croisées sur mes cuisses.

- Je vais vous redonner des potions et je veux vous revoir dans deux semaines. Si vous n'avez pas repris au moins un de ces deux kilos, je vous ferai prendre chacun de vos repas ici.

Je relevai la tête pour la dévisager, espérant trouver un sourire moqueur sur son visage, quand bien même j'étais incapable de savoir si je l'avais déjà vue sourire un jour.

Son air sévère finit par me convaincre qu'elle était parfaitement sérieuse.

- Ne m'obligez pas à rendre votre vie difficile, Miss Lestrange, ce n'est pas mon rôle.

Elle ne semblait pas dévorée par les regrets pour autant.

- Je vais me montrer raisonnable, soufflai-je.

Elle haussa un sourcil, comme si elle doutait – elle aussi – que cela me soit seulement possible. J'allais pourtant devoir me forcer à avaler les trois repas par jour requis, et peut-être un scone ou deux pendant les récréations, au moins pour les deux prochaines semaines.

Comme si je n'avais que ça à penser entre l'école et tout le reste.

Avec un soupir, je glissai les quatre fioles dans mon sac à dos et je promis d'être de retour dans deux semaines à la même heure.

Sans vraiment de surprise, Deloris m'attendait dans le couloir, adossée contre le mur juste en face des deux portes.

Je me stoppai net pour la dévisager alors que je savais que j'aurais dû continuer ma route et l'ignorer complètement – ce qu'elle détestait plus que tout –.

- Alors comme ça, tu es toujours malade...

- Absolument pas. Madame Pomfresh m'apprécie tellement que je suis invitée pour prendre le thé toutes les semaines.

Mon trait d'ironie lui fit plisser les yeux et je décidai que c'était une victoire aussi honorable qu'une autre. Je pouvais donc reprendre mon chemin et espérer qu'elle ne me suivrait pas.

Aux bruits de pas, je compris que ce n'était pas mon jour.

- C'est tout de même étrange cette maladie qui n'est toujours pas guérie depuis le début de l'été... Toutes ces potions que tu dois prendre, tes sautes d'humeurs, ta magie incontrôlable, ton air constamment fatigué... Sans compter tes visites hebdomadaires à l'infirmerie.

Je pris une profonde inspiration. Sortir ma baguette maintenant et lui lancer un maléfice n'allait rien arranger. Je risquai même de recevoir une Beuglante de la part de Lucius et les préfets de Serpentard me feraient une longue leçon de morale puisque nous ne devions pas nous attaquer les uns les autres.

- Je suis profondément touchée par toute l'attention que tu me portes, Deloris, mais je crois que ça ne te regarde plus, non ?

Elle resta à ma hauteur.

- Ma cousine Léonie a eu exactement les mêmes symptômes quand elle était enceinte.

De surprise, je trébuchai et me rattrapai de justesse. Deloris semblait avoir tendu la main pour m'empêcher de tomber et l'inquiétude sur son visage m'apprit qu'elle était sérieuse.

J'éclatai de rire.

- C'est une excellente hypothèse, Deloris. Je ne manquerai pas de la faire parvenir à mon Médicomage. Je suppose que lui aussi a besoin de rire de temps en temps.

Elle croisa les bras sur sa poitrine et elle releva le menton.

- Tu ne serais pas la première à qui cela arrive, Lestrange. Et ne dit-on pas que ce sont toujours celles pour qui on s'y attend le moins qui tombent dans le piège ?

- Merlin, Yaxley, j'ai treize ans !

Elle roula des yeux tout en papillonnant des cils, dans ce geste que j'avais en horreur.

- Et après ? Douze ans est un âge normal pour avoir son premier sang. C'est un signe de fertilité !

De toute évidence, elle avait beaucoup réfléchi à ma situation. Entre cela et une maladie incurable, elle s'était sans surprise rabattue sur l'explication qui ferait le plus gros scandale.

- Et qui serait le père, hein ? Draco ou Christopher ? Ou pourquoi pas Lucius tant qu'on y est ?!

Elle porta une main à sa poitrine et son expression se fissura, me laissant entrevoir une véritable peur.

- Ce n'est pas lui, n'est-ce pas ? Il est comme un père pour toi ! Sans oublier qu'il est marié !

- Oui, et il a trente ans de plus que moi, Yaxley ! Viviane toute puissante, tu ne peux pas sérieusement penser ça !

Elle fit la moue.

- Je suppose que je pourrais garder cette théorie pour moi...

La façon dont elle fit traîner sa voix me rappela toutes ces fois où elle avait utilisé le chantage pour se faire pardonner quelque chose. Qu'elle pense encore que cette technique allait fonctionner à notre âge remettait en question son intelligence.

- En échange de ? demandai-je, curieuse, même si je me doutais de sa réponse.

- Je veux que nous redevenions amies. Et que tu arrêtes de parler à Malhorne. Elle a une mauvaise influence sur toi.

Oh, Crystal risquait surtout de bien rire quand j'allais lui raconter cette conversation.

- Tu es donc prête à t'excuser ?

Elle se rembrunit

- Je n'ai pas à m'excuser de quoique ce soit...

- Oh que si, Yaxley. Si je me souviens bien, tu m'as insultée de Traître au Sang dans le Poudlard Express, tu viens de passer cinq minutes à sous-entendre que je suis une Phryné, sans oublier le chantage qui a suivi. Si nous continuons cette conversation, peut-être cette liste s'allongera-t-elle ? Tu fais de la Divination, qu'en penses-tu ?

A la fin de ma réplique, le visage de Deloris avait pris une jolie teinte carmin qui jurait avec le blond-roux de ses cheveux. Je ne pus retenir mon sourire tordu.

- Si tu veux que la rumeur sur ma grossesse prenne vraiment, je te conseille de dire que j'attends des jumeaux. Certains penseront peut-être que l'un des Weasley est le père. Bonne après-midi, Deloris.

Je n'avais pas fait trois pas qu'elle retrouvait sa langue.

- Tu ne pourras pas dire que je ne t'ai pas prévenue, Lestrange !

Je ne répondis pas et je continuais mon chemin en direction de la Salle Commune, où j'étais certaine de trouver Pansy, Draco et peut-être même Crystal si j'avais vraiment de la chance. Si je leur répétais cette histoire devant les bonnes personnes, Deloris allait être l'héroïne d'une rumeur qui ne la montrerait vraiment pas sous son meilleur jour.

Comme souvent un samedi après-midi, Draco et Pansy étaient installés avec Millicent, Blaise, Daphné, Vincent et Grégory. Chacun était penché au-dessus d'un morceau de parchemin qui se noircissait à vue d'œil. Les livres ouverts sur la table basse m'apprirent qu'il s'agissait d'un devoir de Métamorphose et que j'avais déjà traité le sujet des Sortilèges de Transfert l'année dernière avec le professeur McGonagall.

- Tu as l'air d'une excellente humeur, cousine, me lança Draco quand je me perchai sur l'accoudoir du large canapé. Je commençais à croire que tu avais oublié comment sourire.

C'était sûrement très riche venant de lui, mais cela ne suffit pas à ternir mon entrain.

- Tu ne devineras jamais à qui je le dois.

Pansy releva la tête à son tour, imitée par les cinq autres.

- McGonagall ? tenta mon cousin.

Je secouai la tête.

- Malhorne ? suggéra Pansy, l'air tout de même sceptique.

- Yaxley, affirma Millie, avec un signe du menton en direction de l'entrée de la salle commune.

J'eus le droit à une véritable démonstration de discrétion de la part de tout le monde, sauf de Draco qui se retourna complètement. Deloris passa devant nous d'un pas raide, m'adressa un regard sombre, et monta dans notre dortoir.

Je me promis de vérifier qu'elle n'avait pas touché à mes affaires en remontant, puis je me penchai vers mon public, retenant difficilement un éclat de rire en repensant à la discussion que je venais d'avoir avec elle.

-Deloris m'a vu sortir de l'infirmerie, et elle pense que j'attends un heureux événement.

Pansy éclata aussitôt de rire, avant de cacher son visage entre ses mains pour étouffer le bruit qu'elle faisait, Millicent me dévisagea et Daphné haussa les sourcils.

- Tu as treize ans !

- C'est ce que je lui ai dit.

Le regard de Draco fit un drôle d'aller-retour entre l'escalier menant à mon dortoir et moi, et je devinai que Deloris avait vraiment bien fait de trouver refuge dans le seul endroit que mon cousin ne pouvait pas rejoindre.

Elle avait intérêt de faire preuve d'un trésor d'imagination pour éviter de croiser sa route dans les semaines à venir.

- Oh, petite, je veux tous les détails ! s'exclama Pansy après avoir repris son souffle. Je savais qu'elle n'était pas bien brillante, mais à ce niveau, c'est de l'Art ! Fais-moi rêver !

Je ne me gênai pas pour rapporter au mot près ce que Deloris m'avait dit, passant toutefois sous silence notre dispute dans le Poudlard Express. A la fin de mon histoire, Pansy pleurait de rire, Daphné et Millicent semblaient partager entre l'incrédulité et la consternation. Blaise, Vincent et Gregory avaient un sourire amusé aux lèvres.

Draco était furieux.

- Je comprends un peu mieux pourquoi Christopher ne l'aime pas, me souffla-t-il. C'est une bonne chose que vous ne soyez plus amies.

- Je pense aussi. Tu devrais savoir qu'elle rêve que tu l'épouses un jour, me moquai-je.

Il eut une grimace dégoûtée.

- Ce n'est pas près d'arriver... Qu'est-ce que Pomfresh t'a dit ?

Mon grognement lui fit hausser les sourcils.

- Je dois reprendre un kilo d'ici deux semaines ou je devrais prendre tous mes repas à l'infirmerie.

- Bien fait, il ne fallait pas sauter de repas...

Je levai les yeux au ciel.

- Merci pour ton soutien.

- Attends de voir ce que Pansy va te dire avant de jouer la mal aimée.

Je grimaçai et il eut un sourire en coin.

- Et Malhorne ?

La question était inévitable et il allait falloir que j'y réponde à un moment ou à un autre. Le faire, devant ses amis, pour l'empêcher de hurler au scandale et d'exiger des explications n'était pas la pire des options.

- C'était bien elle. Mais c'est une longue histoire et je ne vais pas certainement pas la raconter sans elle et au milieu de la salle commune.

Il ouvrit la bouche protester et je me levai.

- On se voit au dîner ? Il faut vraiment que je termine mon devoir de potion !

Je m'échappai avant qu'il n'ait eu le temps de répliquer, et je rejoignis la bibliothèque, le pas léger. Cela faisait longtemps que je n'avais pas passé un aussi bon moment. Les dernières vacances n'avaient pas été agréables et l'ambiance au manoir n'avait pas été propice à la détente, à l'exception de ma journée d'anniversaire et de la fête des irlandais après la victoire de la coupe du monde de Quidditch.

Si je devais être tout à fait honnête, ma colère contre mon père avait coupé court à beaucoup de choses sans régler le problème pour autant. Peut-être pourrais-je faire un effort et éviter de passer mes nerfs sur tout le monde...

Je me promis de réfléchir à la question plus tard en passant la porte de la bibliothèque. Je retrouvai Crystal là où je l'avais laissée. Elle semblait avoir terminé son devoir de potion et était naturellement plongée dans un livre sur la Magie de l'esprit. A la vitesse où elle les parcourait, elle finirait par avoir fait le tour de la section avant la fin de l'année – ce qui agacerait sans doute Rogue et c'était peut-être son but –. Elle releva les yeux quand je tirai la chaise en face d'elle pour m'asseoir.

- Tu en as mis du temps. Je commençais à croire que Madame Pomfresh avait décidé de te garder pour avoir un œil sur toi et ta définition de trois repas par jour.

Son ton mordant aurait ravi Pansy et Draco, mais j'étais exceptionnellement de bonne humeur, aussi décidai-je de ne pas l'assassiner du regard.

Elle haussa un sourcil, posa son livre à l'envers – ce dont Madame Pince avait horreur – et se pencha vers moi.

- Que s'est-il passé ?

- J'ai croisé Deloris... soufflai-je.

Je lui racontai ma péripétie de l'après-midi, dont les meilleurs moments lui arrachèrent un éclat de rire qu'elle eut bien du mal à dissimuler.

- Et elle a cru que son plan allait fonctionner ? Elle doit être vraiment désespérée.

- Elle n'a pas l'habitude que quelqu'un lui refuse un caprice, répondis-je en haussant les épaules. Ça lui fera du bien.

Crystal resta pensive un instant.

- Je ne pense pas que cela soit aussi simple. Elle aime tourner autour des puissants. Tu es l'un des joyaux des Vingt-Huit Consacrées et elle pensait que tu lui étais acquise toutes ces années. Rien n'a changé pour toi depuis que vous n'êtes plus amies, mais j'ai l'impression que ce n'est pas tout à fait vrai pour elle.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- Pendant que tu vivais recluse dans notre dortoir le weekend dernier, elle a été gentiment envoyée sur les roses par plusieurs personnes qui semblaient l'apprécier jusque-là.

- Oh. Cela serait plus facilement l'œuvre de Pansy ou de Draco que mon influence seule.

- Je n'en suis pas convaincue... Si le Seigneur des Ténèbres est vraiment sur le retour, beaucoup doivent penser qu'il vaudra mieux être du côté de la fille de Bellatrix Lestrange que du côté de la cadette Yaxley.

Un goût métallique envahit ma bouche et je dus prendre une profonde inspiration pour ignorer que la simple mention de Bellatrix semblait invoquer mes nausées.

- J'ai plus ou moins avoué à Draco que mes soupçons sur toi s'étaient vérifiés. Il va vouloir des détails.

Le visage de Crystal se ferma.

- Que vas-tu lui dire ?

- Rien du tout. C'est ton histoire, tu te débrouilles.

Cela sembla la soulager un peu et elle bascula contre son siège.

- Je vais réfléchir à ça dans ce cas. Je suppose que Parkinson sera de la partie ?

- Je doute qu'elle nous laisse le choix.

Son regard se fixa au loin et je sortis l'ébauche de mon devoir de potions. Je fus soulagée de voir que j'avais bien avancé dans mes recherches sur les applications des thorax de libellules dans les potions, et plus particulièrement dans les antidotes aux poisons les plus courants, ce qui semblait être le grand thème de notre année. Mon devoir s'écrivit presque tout seul, et j'empruntai celui de Crystal pour vérifier que je n'avais rien oublié à cause de ma longue pause. Je finis pile à temps pour l'heure du dîner, ce que Crystal ne manqua pas de me faire remarquer. Nous prîmes donc la direction de la Grande Salle. Sans la moindre surprise, Draco et Pansy s'étaient installés un peu à l'écart des autres et nous avaient réservé deux places en face d'eux.

Naturellement, mon cousin avait l'air sombre et Pansy semblait vibrer d'excitation.

- Pour information, petite, tu n'as pas le droit de lâcher une information pareille et de disparaître comme tu l'as fait !

- Tu exagères ! Tu étais encore plus convaincue de la vérité que moi.

- Et je veux des détails depuis le début ! Tous ces vieux croûtons vont faire un infarctus le jour où la vérité éclatera, Malhorne ! A côté de ça, le vilain petit secret de Narcissa Malefoy fera l'effet d'un pétard humide !

- Je préférerai que tout cela reste un secret, Parkinson. J'ai horreur des mises en scènes.

Pansy fit la moue à la façon d'une enfant de cinq ans qu'on viendrait de priver de dessert.

- Il faut qu'on parle, ce soir, reprit Draco.

- C'est prévu, lui assurai-je tout en commençant à remplir mon assiette, choisissant l'option la plus calorique possible, même si je n'avais jamais été très fan des ragoûts de porc.

J'avais un kilo à prendre puisqu'il était hors de question que je passe tous mes repas en tête à tête avec Pomfresh.

Le repas fut assez vite expédié et plus calme que ce à quoi je m'étais attendue – principalement parce que Crystal était perdue dans ses pensées et que Draco faisait la tête –. Pansy me fit donc la conversation, profitant de l'occasion pour me faire un résumé de tous les potins que j'avais pu manquer – les noms de celles et ceux qui tenteraient leur chance au Tournoi des Trois Sorciers, les nouvelles bestioles horribles d'Hagrid, les cours de Maugrey dans lesquels il jetait l'Imperium à ses élèves, et un bien trop grand nombre de nouveaux couples à travers le château –.

Après une part de fondant à la citrouille – et très certainement au beurre –, il fut temps de quitter la Grande Salle. Comme deux jours plus tôt, je laissai Crystal nous guider dans les couloirs. Elle prit la direction de l'aile Ouest, et je crus pendant un moment qu'elle essayait de nous perdre, avant qu'elle n'emprunte un passage secret caché derrière une armure, qui nous mena dans une partie du château qui ne me disait pas grand-chose.

- Le troisième étage de l'aile Ouest ? s'étonna Draco.

- Peu de personnes y viennent depuis qu'il a été interdit il y a trois ans. Nous devrions être tranquilles pour discuter.

Elle déverrouilla une porte et je découvris une immense salle, au plafond soutenu par des arches. De hautes fenêtres en ogives étaient percées de part et d'autre. J'eus un regard envieux en direction de l'immense cheminée au fond de la pièce, et je resserrai les pans de ma cape autour de moi.

- Alors ? demanda aussitôt Draco, les bras croisés sur sa poitrine et l'air un peu revêche.

J'eus l'impression que Pansy lut dans mes pensées quand elle lui asséna un coup de coude dans les côtes. Le regard qu'elle lui lança ressemblait beaucoup à un « sois gentil ».

Crystal releva le menton.

- C'était bien moi que vous avez vu devant le Hell's Angels, dit-elle simplement. Le gérant travaille pour ma grand-mère.

- Ta grand-mère moldue, donc, dit Draco.

- Ma grand-mère Cracmol, précisa Crystal.

Cela eut au moins le mérite de surprendre suffisamment mon cousin pour qu'il referme la bouche et ravale son venin. Pansy eut un sourire gourmand.

- Continue, Malhorne, j'adore le début de cette histoire.

Crystal reprit, expliquant brièvement le bannissement de sa grand-mère, mentionnant son exil en Irlande du Nord et sa détermination à ce que sa famille ne soit jamais rejetée pour ce qu'ils n'étaient pas.

- Ça peut fonctionner, dit Pansy après un moment de silence. Tu ne serais pas la première à t'imposer dans la société Sang-Pur sans y avoir grandi. La mère de Blaise a séduit et tué pour y parvenir, mais je ne pense pas que ça soit obligatoire.

Regina Zabini était une intrigante née en Italie, et elle était arrivée en Angleterre par un premier mariage arrangé avec le patriarche Selwyn. Son mari était mort au bout de deux ans d'union, mais elle était restée et elle était désormais incontournable.

- La mère de Blaise n'est pas vraiment respectée, et elle ne joue pas sur le terrain de la politique. Il faut un nom prestigieux pour obtenir une influence digne de ce nom.

- Selon ton père, le coupai-je. Le Ministère n'est pas uniquement dirigé par des Sang-Purs, Draco. Fudge est Sang-Mêlé, et il n'y a pas eu tant de Premier Ministre Sang-Pur que ça.

- De toute façon, je ne suis pas intéressée par ce poste-là.

- Lequel, dans ce cas ?

Elle eut un sourire dur.

- Peu importe pour le moment. Et puis, je peux très bien changer d'avis d'ici là.

Draco ne sembla pas du tout satisfait par sa réponse – il lui faudrait du temps pour qu'il cesse d'être sur la défensive avec elle, tout comme il lui avait fallu du temps pour complètement accepter Christopher –.

- Dans tous les cas, Draco a raison. Il me faudra être un peu plus qu'être perçue comme une Sang-Pur pour réussir. C'est pour cela que je compte sur la protection des Malefoy.

Draco ricana et je grimaçai. Je n'étais pas sûre que Crystal ait choisi la meilleure des façons pour amener sa deuxième révélation.

- Mon père ne fait pas dans la charité. Il n'acceptera jamais.

- Je compte sur l'approbation de Narcissa Malefoy pour être tout à fait honnête. Et sur la tienne, bien sûr.

Draco la dévisagea.

- Pourquoi je ferais ça ?

- Parce que ma grand-mère est votre meilleure chance pour retrouver Grant Adler et Burt White.

Draco et Pansy se tournèrent vers moi.

- Tu lui as dit ?! s'écrièrent-ils d'une même voix scandalisée.

A la façon dont ils me dévisageaient, j'avais l'impression d'être particulièrement stupide.

- Elle savait déjà. Avant moi, même. Sa grand-mère et mon grand-père travaillent ensemble.

- Quoi ?!

J'avais imaginé qu'il leur faudrait plusieurs minutes pour digérer l'information, ou qu'ils agoniseraient Crystal de questions, mais au lieu de ça, ils échangèrent un regard que je ne sus décrypter. Pansy me prit par le bras et m'attira à l'autre bout de la salle, tandis que Draco restait auprès de Crystal.

- Tu es sûre ? me demanda-t-elle dans un souffle.

- Oui.

Elle fronça les sourcils.

- Je suis obligée d'insister. Tu es sûre ? On parle de Malhorne ! Si Nott me sortait qu'il savait, j'aurais besoin de quelques garanties !

- Elle m'a appelé Adler, elle sait que je ressemble à ma mère, elle était devant le Hell's Angels !

- Et tu ne lui as jamais parlé de Judy Adler, à tout hasard ? On avait déjà son nom avant la Cabane Hurlante.

Je grimaçai et Pansy secoua la tête.

- Tu es parfois tellement naïve, c'est à se demander ce que tu fais à Serpentard, petite. Qui plus est, tu ne ressembles pas beaucoup à ton père, que ce soit Rodolphus ou Sirius. Quant au bar, peut-être qu'elle a mené l'enquête de son côté, pour retrouver la trace d'une Née-Moldue à Londres et qu'on s'est retrouvé là-bas en même temps.

Mon cœur rata un battement et je glissai un regard vers Crystal. Je n'avais pas du tout pensé à cette possibilité, quand bien même je savais que Crystal avait un don pour le bluffe. Elle avait très bien pu surprendre une conversation entre Draco, Pansy et moi sans que nous la remarquions.

Après tout, les capes d'invisibilités étaient rares, mais on pouvait encore en trouver si on était prêt à y mettre le prix.

- Elle peut aussi dire la vérité, mais il va falloir qu'elle se montre un peu plus convaincante.

Je soupirai.

- Tu as raison...

- Je sais. Et ne fais pas cette tête, j'ai déjà une idée ou deux. On sera vite fixé.

Puisque Pansy arrivait – elle aussi – toujours à ses fins, je n'eus pas d'autre choix que de la croire, tout en espérant que Crystal n'avait pas menti encore.

...

Mercredi 12 Octobre 1994, Poudlard, Ecosse.

Binns flottait lugubrement au-dessus de son bureau et récitait ses notes de cours concernant les chasses aux sorcières qui avaient rythmé notre histoire avec l'exact même ton traînant qui nous avait conté les crimes de Emeric le Maléfique.

J'avais lu des versions romancées des chasses aux sorcières avant d'arriver à Poudlard – ce genre de littérature était très populaire dans la société Sang-Pur – et même les plus ennuyeux n'avaient pas été aussi assommant ! Personne ne devrait être capable de rendre les aventures de Wendelin l'Etrange si soporifiques.

A ma droite, Crystal ne semblait pas du tout du même avis que moi. Elle noircissait son parchemin de notes serrées, tournant de temps en temps les pages de notre manuel – sans doute pour vérifier une date ou l'orthographe d'un mot –.

Sa capacité à suivre avec autant d'enthousiasme les cours de Binns me rendait particulièrement admirative, encore plus quand elle me résumait le cours quelques heures plus tard, insufflant la pointe de passion qui était morte avec notre professeur.

Ce n'était pas suffisant pour que j'écoute en cours, mais si j'avais aussi souvent des bonnes notes en histoire de la magie, c'était très certainement grâce à elle.

Une autre fois, j'aurais au moins fait semblant d'écouter – même si je récitais plus volontiers les dernières formules que j'avais étudié en Métamorphose, tout en visualisant le geste qu'il me faudrait exécuté avec ma baguette – mais la journée avait été longue et la soirée s'annonçait aussi difficile – j'allais passer deux heures avec McGonagall après le repas – aussi choisis-je de mettre à profit la demi-heure qui me restait pour commencer ma réponse à Christopher.

Sa dernière lettre était arrivée le matin même – j'avais manqué de me faire crever les yeux par le hibou qui l'avait apportée – et elle m'avait mise de si bonne humeur que tout s'était bien passé en Sortilèges et en Métamorphose.

Crystal me fit les gros yeux en me voyant déplier ma lettre.

- Tu exagères, Lestrange ! siffla-t-elle.

- Je relirai ton devoir de Métamorphose ce soir alors ne joue pas les martyres.

Une autre fois, elle m'aurait sans doute répliqué quelque chose de désagréable, mais Binns prononça un nouveau nom et elle retourna à sa prise de note.

Ely,

Comment vas-tu ? (Inutile de me mentir, j'ai reçu une lettre de ton cousin deux jours avant la tienne : il paraît que tu es d'une humeur exécrable et que tu sautes des repas). Même si je comprends toutefois que tu sois en colère contre Patmol, je ne suis pas vraiment surpris par sa décision. Après tout, il s'est échappé d'Azkaban pour protéger Potter, et aussi pour veiller sur toi. C'était un vœu bien trop pieu que de souhaiter qu'il reste loin de l'Ecosse pour le reste de sa vie. Outre le fait que je ne l'imagine pas laisser les autres se battre seuls contre Tu-Sais-Qui et ses Mangemorts vu tout ce qu'il a perdu pendant la première guerre, il n'a pas tout à fait tort concernant la menace grandissante. J'ai surpris d'étranges bruits de couloirs pas plus tard que la semaine dernière. Beaucoup semblent convaincus qu'Il va revenir et que la nouvelle guerre sera à l'aulne de celle de Grindewald... Je ne sais pas ce qui leur fait penser ça, ni ce qu'il en est vraiment, mais ce n'est pas très rassurant pour autant.

Ici, les cours se passent bien. Le premier tournoi aura lieu la semaine après l'équinoxe. Bjorn est confiant concernant les chances de notre peloton. Selon lui, Monsieur Bogdanov m'a bien fait progresser et je suis un peu plus Bulgare que l'année dernière. Je ne sais pas ce que tu en penses, mais je trouve l'Etude des Runes assez décevante. J'ai l'impression de passer mon temps à chercher des mots dans un dictionnaire sans que cela ne serve à grand-chose. J'espère que ça s'améliora avec le temps, mais du peu que j'ai vu dans les devoirs d'Anton, ce n'est pas tout à fait le cas. L'arithmancie est déjà plus intéressante. L'alchimie continue à me plaire. C'est encore plus complexe que ce que je t'avais expliqué dans ma dernière lettre, et je suis loin d'être capable d'en expliquer toutes les subtilités sur un morceau de parchemin – sans y passer plusieurs heures – mais c'est simplement fascinant !

Sinon, nos champions potentiels ont tous été choisis au terme de tests sans pitié. Radimir Lomonosov a été retenu de justesse (tu ne peux pas le louper : il est grand, brun, un sourire faux toujours plaqué sur ses lèvres et un regard glacial) et Roksana Mesyats s'est qualifiée haut la main (c'est une de tes cousines éloignées. Plutôt petite, un peu potelée, de long cheveux roux foncé, et l'air charmant, jusqu'à ce qu'elle sorte sa baguette). Bien entendu, Krum fera partie de la délégation, même s'il n'a pas vraiment pris part aux sélections (il est clairement le petit protégé de Karkaroff).

Enfin, j'arrive à la grande nouvelle que j'attendais ! L'histoire de Crystal est fascinante ! Je reste impressionnée par ce qu'elle a réussi à faire, et j'espère que le monde Sang-Pur le découvrira le plus tard possible, juste pour savourer les conséquences d'un tel scandale ! Dans tous les cas, je suis aussi fier de toi. Tu m'as eu l'air de garder ton calme, ce qui est sans doute un miracle compte tenu de ta mauvaise humeur. Tu es obligée de reconnaître que j'avais raison, n'est-ce pas ? Imagine à quel point tu aurais pu le regretter si tu avais tout simplement décidé de ne plus lui parler... Enfin, si elle dit la vérité, bien sûr. Lady Malefoy risque de ne pas être ravie par la tournure des événements, tu as intérêt à me raconter sa réaction en détails !

J'attends de tes nouvelles. J'espère qu'elles seront meilleures concernant ta santé et que tu n'as plus l'intention de tuer ton père pour ce qu'il a fait.

Chris.

Son ton enjoué ne manquait pas de me tirer un sourire à chaque fois que je la relisais, et je regrettai déjà de devoir en brûler une partie, juste au cas où – je blâmai Maugrey pour l'épidémie de méfiance qui sévissait dans les couloirs de Poudlard –.

J'entrepris de lui résumer la semaine passée – la nouvelle concernant Crystal avait vraiment dû le ravir car il m'avait répondu en un temps record –. Je fis de mon mieux pour rendre honneur à la conversation que j'avais eu avec Deloris – je savais d'avance que cela allait le faire beaucoup rire, d'autant plus que Deloris était devenue la risée d'une partie des Serpentards, ce pour quoi elle me tenait entièrement responsable –.

Je ne savais trop quoi lui dire concernant mes cousins Lestrange. Je ne les connaissais pas – leur nom ne m'étaient pas familiers – et j'espérais simplement qu'ils n'allaient pas me traquer dans les couloirs pour m'intimider ou Merlin seul savait quoi.

Je glissai un regard vers Crystal quand j'en vins à la partie qui la concernait. J'attendais toujours la preuve de ce qu'elle avançait – que sa grand-mère avait passé un accord avec mon grand-père et qu'elle avait les moyens de les retrouver – mais je n'arrivais toujours pas à la considérer autrement que comme une amie, même si quelque chose avait changé depuis notre discussion au sommet de la tour Noire.

Crystal me semblait un peu moins réservée quand nous n'étions que toutes les deux. Elle souriait plus, son enthousiasme faisait parfois ressortir son accent irlandais et elle se montrait encore plus sarcastique que d'habitude, aussi bien envers moi qu'envers les autres. Elle avait un sens de la formule qui m'avait fait rire aux larmes par deux fois déjà et il m'avait semblé que Madame Pince avait été sur le point de me faire sortir à un moment.

J'ignorais si j'avais changé à ses yeux depuis notre grande discussion, mais une part de moi était soulagée qu'elle sache la vérité sur mon identité. Je n'avais pas à porter le masque d'Alya Lestrange en sa présence – ou du reste, il me semblait moins étouffant – et si je me fiais aux quelques réflexions qu'elle m'avait glissée au cours de la semaine, je réussirais peut-être à rire de mon sort avant la fin de l'année, au moins un peu.

Je me gardai bien d'entrer dans de tels détails dans ma lettre. Christopher allait déjà se montrer bien assez insupportable, en sautant sur la première occasion pour me rappeler à quel point il avait eu raison concernant Crystal, pour que j'en rajoute de mon propre gré...

Reconnaître par écrit qu'il avait eu raison me coûtait déjà énormément, et plusieurs mois ne seraient pas de trop pour que je me prépare au fait que j'allais devoir le reconnaître devant lui et sans doute plusieurs fois.

Parce qu'il n'avait pas seulement eu raison pour Crystal en affirmant qu'elle était une bien meilleure amie que Deloris. Elle et moi, nous nous ressemblions bien plus que ce que j'aurais jamais cru penser, si bien que j'en avais du mal à croire ma chance – si, bien sûr, elle disait la vérité –. Même les meilleurs Maîtres Arithmanciens n'auraient sans doute pas pu prédire que je deviendrai amie avec la petite-fille de la seule Cracmol en business avec mon grand-père.

Ma bonne étoile n'était peut-être pas une totale bonne à rien.

Là encore, je me contentai d'admettre qu'il s'était montré de bon conseil, et que je réfléchirai à deux fois avant de lui soutenir qu'il avait tort sur une question ou une autre.

Je terminai de rédiger une phrase rassurante sur mon état de santé – j'allais étriper Draco pour son manque de discrétion, cela lui apprendrait – quand la cloche retentit.

Crystal roula des yeux une fois de plus en me voyant agiter la main au-dessus de l'encre fraîche pour la faire sécher plus vite.

- Tu devrais t'acheter des buvards, Lestrange.

- Et pourquoi pas du sable, tant que tu y es ? Ça y est, c'est bon. C'est moi qui suis pressée en plus, pas toi, dis-je en rangeant mes affaires aussi vite que possible, ma lettre pour Christopher bien à l'abri dans mon manuel d'histoire.

- Rogue considère que je suis en retard si je n'ai pas au moins cinq minutes d'avance, parce qu'il est tordu à ce point.

J'éclatai de rire.

- Moque-toi. Je suis sûre que McGonagall va se montrer impitoyable.

Je faillis lui tirer la langue – sauf que je n'étais pas au manoir Malefoy et qu'il ne fallait pas que je l'oublie – et je pris la direction du bureau de mon professeur de Métamorphose, bien décidée à réussir ce maudit Sortilège de Banissement–. J'avais si bien progressé depuis le retour des vacances, faisant peu de cas d'un escargot, puis d'une souris. Si mon père n'avait pas pris cette décision stupide, le chaton auquel McGonagall m'avait confrontée n'aurait certainement pas connu un sort si sinistre...

J'espérais juste que Hagrid avait réussi à soigner ses brûlures.

- Ah, Miss Black ! Installez-vous, je vous prie.

Pour ma plus grande déception, il n'y avait aucun chaton à l'horizon, même pas une petite souris. J'avais pourtant cru comprendre que je reprendrai les séances pratiques cette semaine, puisque mon « humeur le permettait enfin ».

Rien qu'en y repensant, je sentais mes joues me brûler. Je ne savais pas bien ce qui était le pire : que mes émotions me fassent perdre tout contrôle ou que McGonagall m'en ait fait la remarque avec un ton sec qui ne m'avait jamais été réservé.

Elle récupéra mon devoir et le parcourut rapidement. Il traitait du sortilège permettant de conjurer des objets inanimés, un sujet qu'elle réservait d'ordinaire aux cinquièmes années – du reste, d'après Pansy –. Au cours des dernières semaines, j'avais considérablement avancé sur la partie théorique du programme – qui ne me posait pas beaucoup de problèmes, à part quelques maux de têtes à l'occasion – et je ne tarderais pas à aborder les Métamorphoses humaines.

Si j'arrivais à quelque chose ce soir...

- J'ai décidé de changer de tactique avec vous cette semaine. Puisque le sortilège de Bannissement se montre imprévisible, nous allons voir ce que vous pouvez faire pour le Sortilège de Conjuration. Vous souvenez-vous de ce scarabée que vous m'aviez transformé en bouton l'année dernière ?

Je pouvais le sentir dans la poche de ma cape, là où je l'avais glissé et d'où il n'avait plus bougé. McGonagall – et de nombreux auteurs – m'avait prévenue qu'il reprendrait sa forme initiale tôt ou tard – ce que je pourrais regretter – mais j'avais vraiment dû faire du bon travail, car ce n'était toujours pas le cas.

J'hochai la tête.

- J'aimerais que vous m'en conjuriez un aussi ressemblant que possible. Vous avez travaillé la formule en faisant votre devoir, et vous devriez avoir compris le principe d'Artificianimate. Au travail.

Je faillis contester. J'avais certes fait des recherches aussi approfondies que possible, mais tous les livres que j'avais bien pu lire sur le sujet avaient attiré mon attention sur le fait qu'il était indispensable de maîtriser le sortilège de Bannissement avant de se lancer dans de la conjuration.

En face de moi, le professeur McGonagall haussa un sourcil impérieux et je sortis ma baguette. Jusqu'ici, elle ne m'avait jamais lancé de défi que je n'étais pas à même de relever. Celui-ci ne devrait pas déroger à la règle.

Je commençai par visualiser aussi précisément que possible ce que je voulais obtenir – un bouton de deux centimètres de diamètre, dont les reflets bleu rappelaient la carapace d'un scarabée – puis je m'imaginai que ma magie l'entraînait de mon cerveau au bout de ma baguette, à laquelle je fis décrire un cercle resserrée afin de délimiter la taille de ce que je cherchai à faire apparaître.

Sans vraiment de surprise, il ne se passa rien.

Forte de mon expérience, je choisis une autre stratégie. Au lieu de chercher à faire apparaître quelque chose de précis, je me rabattis sur un objet un peu informe, mais noir et à peu près de la bonne taille.

Il ne se passa pas plus de chose et je compris un peu mieux pourquoi nous ne l'étudions pas avant la sixième année. Transformer une dinde en un cochon d'inde demandait une certaine puissance magique, mais face à un bon coefficient de Viciosité, la matière qui composait l'animal ne pouvait que céder. La transformation était alors plus ou moins réussie, mais il se passait quelque chose.

Là, je devais faire apparaître quelque chose à partir de rien.

Je fronçai les sourcils.

Ce n'était pas tout à fait cela.

Je devais faire apparaître quelque chose à partir du non-être, donc du Tout.

J'avais lu la première mention du non-être un an plus tôt, dans un livre que Miss Ross m'avait apporté. Plus tard en Italie, elle avait fait la moue en le voyant, le décrivant comme une œuvre plus philosophique que pratique. Je n'avais pas tout compris – et il me faudrait sûrement plusieurs lectures pour mettre du sens derrière chacun des concepts – mais certaines parties m'avaient rappelé les écrits de Raistlin Majere qui continuaient à me fasciner.

Le non-être n'était pas tant l'absence de quelque chose que son omniprésence. Nous étions entourés de matières, et pas seulement par celle qui constituait des objets. L'air même était composé de milliers de particules microscopiques, auxquelles j'avais accès.

Je pris une profonde inspiration et je changeai mon chemin de visualisation, guidant ma magie vers quelque chose de plus précis, accentuant ma Viciosité pour faire plier le vide au-dessus du bureau du professeur McGonagall.

Au premier essai, il ne se passa rien, mais j'eus l'impression de ressentir une forme de résistance au bout de ma baguette, comme si l'air s'était épaissi l'espace d'une fraction de seconde.

Un sourire mauvais étira mes lèvres.

Je fis un geste plus précis et plus sec avec ma baguette, me concentrant encore davantage sur ce que je voulais et rendant ma Viciosité encore plus implacable. Il me fallut une dizaine d'essais pour avoir l'impression de remuer une potion épaisse au bout de ma baguette, mais la sensation ne durait pas assez longtemps pour que j'ai le temps de transformer mon porridge d'air en quelque chose d'autre.

Une métamorphose momentanée était le signe d'un manque de puissance magique, ce qui était le plus gros défaut de mes pouvoirs ces dernières semaines – quand ils n'échappaient pas à tout contrôle le reste du temps –.

Je fermai les yeux pour vider mon esprit en espérant que mes pensées parasites – à propos de mon père, ma famille moldue, Narcissa, Crystal et tous les mensonges – étaient la raison derrière mon manque de constance dans mes sortilèges.

A mon nouvel essai, j'eus l'impression que ma baguette était coincée en plein air et la sensation perdura pendant une longue minute, au cours de laquelle je fus incapable de ramener la magie à moi pour libérer ma baguette.

J'étais presque sûre que le professeur McGonagall me jeta un coup d'oeil satisfait par-dessus ses lunettes, mais peut-être était-elle simplement irritée par mes piètres performances ce soir – encore –.

Cette pensée eut au moins le mérite de me déconcentrer suffisamment pour que je puisse récupérer ma baguette, et je réussis à trouver un entre-deux satisfaisant en quelques essais supplémentaires. Je me devais de doser : trop d'intensité et ma baguette était inutilisable pas assez et ma pâtée d'air n'était pas assez épaisse pour que je réussisse à la métamorphoser en autre chose.

Je sentais un mal de tête commencer à descendre le long de mes tempes quand je réussis à faire apparaître un bouton.

Le léger clic qu'il fit en tombant sur le bureau m'arracha une exclamation particulièrement satisfaite.

Plus petit et moins régulier que celui qui était dans la poche de ma robe, le bouton était toutefois noir et était percé de deux trous.

Ce n'était pas une œuvre d'art, et je doutais que McGonagall s'en contente, mais il répondait aux grandes lignes de la commande qu'elle m'avait passée.

Elle abandonna la correction de sa copie pour prendre le bouton et elle le détailla sous toutes ses formes. Elle bascula ensuite contre le dossier de sa chaise, un sourire amusé sur les lèvres.

- Je savais que vous y parviendriez bien mieux que pour les sortilèges de Bannissement.

- Vraiment ?

- Bien sûr. Après tout, les Black ont un don pour tout exagérer.

J'en perdis le contrôle sur ma mâchoire un bref instant, incapable de trouver une réplique inspirée. Déjà parce qu'elle était mon professeur, et ensuite parce que je n'aimais pas la façon dont son regard brillait.

Elle me tendit le bouton, et je le fis tourner entre mes doigts. La surface n'était pas lisse mais, pour une fois, les imperfections ne me gênaient pas. Je l'avais fait apparaître à partir de rien, et en une seule séance, je pouvais être fière de moi.

Surtout après mes piètres exploits au cours des dernières semaines.

J'eus un soupir.

- Vous avez réussi un bel exploit ce soir, Miss Black. Je connais très peu de troisième année qui aurait été capable de réussir un sortilège d'Apparition en si peu de temps.

Je relevai la tête.

- Même pas mon père ?

Elle serra les lèvres.

- Sirius Black était doué, mais il ne faisait que ce qu'il avait envie. C'est-à-dire beaucoup de bêtises et très peu d'efforts. Avec du travail, peut-être aurait-il pu se hisser à votre niveau, mais cela aurait exigé de la discipline de sa part, ce dont il manque cruellement.

J'approuvai sa dernière remarque d'un grognement.

- Il est de nouveau dans les environs, dis-je après une ultime hésitation.

Ce n'était pas la première fois que je voulais aborder le sujet avec elle. Il m'avait semblé qu'elle avait laissé une forte impression à mon père pendant son temps à Poudlard, et elle était une des rares personnes qui savaient la vérité. Peut-être y avait-il une chance, même infime, qu'elle réussisse à lui faire entendre raison et à le convaincre de repartir vers le sud du globe.

- Je le sais. Remus Lupin m'a prévenue il y a presque deux mois qu'il comptait remonter dans le nord, pour être à même de protéger Harry Potter, et vous aussi. Je crois qu'il espérait que je l'aide à le décourager, quand bien même nous savions tous les deux que c'est une cause perdue. Sirius a bien des défauts, mais personne ne peut remettre en cause la loyauté sans faille qu'il porte à sa famille.

Les traits de McGonagall s'affaissèrent et elle sembla perdre le fil avec la réalité pendant plusieurs secondes.

Elle n'était pas la première adulte à réagir de cette façon-là. A chaque fois que cela était arrivé, il était question de la guerre, d'une façon ou d'une autre.

- Cela étant dit, je doute qu'il soit rattrapé, Miss Black. D'après ma nièce, les Aurors n'ont pas la moindre piste sérieuse le concernant et je me suis assurée personnellement qu'il choisisse une cachette digne de ce nom. S'il s'abstient d'attaquer le château à nouveau, il est autant en sécurité en Ecosse que nulle part ailleurs.

Ma gorge se serra. J'espérais vraiment qu'elle avait raison – et je me sentais sans doute un peu plus rassurée à l'idée qu'elle veillait sur mon père, même de loin – mais je n'aimais toujours pas qu'il soit dans le pays où il était le plus recherché.

- Vous pensez vraiment qu'Il va revenir ? soufflai-je.

Elle eut un sourire triste.

- Pour tout ce que j'en sais, il a déjà failli revenir par deux fois, et beaucoup d'événements récents laissent penser qu'il rassemble ses forces. Il faut s'attendre au pire et espérer avoir tort...

Un froid désagréable se diffusa au niveau de mon ventre et je dus fermer les yeux brièvement pour ne pas me laisser aller au pire.

Il n'était pas encore revenu, comme disait Pansy. Avoir peur maintenant n'y changerait pas grand-chose.

- En dix ans de guerre, Voldemort n'a jamais réussi à passer les protections de cette école, Miss Black, et Bellatrix Lestrange non plus. Nous renouvellerons l'exploit, n'ayez crainte.

Je décidai de croire à son expression déterminée, même si cela ne serait sans doute pas aussi simple. Après tout, je ne serais pas toujours à Poudlard...

- Maintenant, il est bientôt l'heure du repas, et je ne voudrais pas que Madame Pomfresh m'accuse de travailler contre votre bon rétablissement. Pour samedi, j'aimerais que vous vous entraîniez à conjurer des boutons. Je ne compte pas en rester là.

C'était la première fois depuis le début de l'année que je quittai son bureau sans une nouvelle rédaction de plus de soixante centimètres à lui rapporter la prochaine fois. Avec un peu de chance, Rogue n'allait pas se montrer aussi clément avec Crystal et j'allais pouvoir me vanter en toute impunité.

- Bonne soirée, professeur, dis-je en atteignant la porte.

- Bonne soirée, Miss Black. Et j'oubliais : je pense que vous avez bien mérité trente points pour Serpentard aujourd'hui.

Je la remerciai d'un large sourire avant de refermer la porte derrière moi. Dehors, Crystal m'attendait. Adossée contre le mur, une jambe repliée et les bras croisés sur ce qui ressemblait à une pochette.

- Déjà fini ?

- C'est toi qui as pris ton temps. Alors, combien de chatons as-tu sacrifié cette fois ?

Je relevai le menton. Je n'aurais jamais dû raconter à Crystal ce qui s'était passé trois semaines plus tôt. Avec ma chance, elle n'allait jamais laisser tomber le sujet...

- Aucun. Je me suis mesurée à un sortilège de Conjuration et j'ai réussi à faire apparaître un bouton.

Je voulus le sortir de ma poche pour le lui montrer, mais je fus incapable de le retrouver. Le sortilège devait avoir cessé de faire effet et j'allais devoir faire preuve de plus de puissance magique pour allonger le temps d'apparition de mes objets.

- Pas mal.

- Pas mal ?! C'est un sortilège de sixième année !

Elle abandonna son pan de mur et fit un premier pas en direction de la Grande Salle.

- J'ai réussi à surprendre un souvenir que Rogue ne voulait pas que je vois, et je serais vraiment impressionnée quand tu sauras conjurer des diamants.

- Je vais finir par croire que tes raisons pour être amie avec moi sont purement vénales. Le souvenir était à quel sujet ?

Ce n'était pas la première fois que Crystal passait la garde de Rogue lors d'une session. Elle avait aperçu une personne qui ressemblait à Harry Potter, une pile de rouleaux de parchemins non corrigés, un homme sévère assis à côté d'une bouteille d'alcool vide et ce qui semblait être un laboratoire d'Alchimie. Nous n'avions pas tiré grand-chose de ces images fugaces, mais Rogue avait tendance à se montrer plus exigeant que jamais après ce genre d'accidents.

- J'ai eu l'impression qu'il s'agissait de plusieurs souvenirs qui se sont succédés très rapidement. Il y avait une sorte de tatouage.

Je me stoppai.

- Quel genre de tatouage ?

- Un serpent et une tête de mort ? Je ne pense pas que Rogue soit du genre à avoir un tatouage alors...

Quelques semaines plus tôt, j'aurais attribué sa réponse au fait qu'elle avait grandi en Afrique du Sud, mais je savais désormais que c'était parce qu'elle venait du monde moldu. Il y avait certains sujets sur lesquels elle ne savait pas grand-chose, et la guerre en faisait partie.

- Je ne sais pas pour les tatouages, mais Rogue pourrait avoir été du genre à être un Mangemort...

Crystal me dévisagea, avant de ricaner.

- Dumbledore n'aurait jamais engagé un Mangemort pour être professeur de Potion.

- Vraiment ? Je suis sûre que tu te souviens que notre ancien professeur de Défense était un loup-garou, celui d'avant était un menteur pathologique et Quirrel est censé avoir été possédé par Tu-Sais-Qui lui-même.

- Lupin n'a pas demandé à être loup-garou ! Et les deux autres n'ont certainement pas tué ou torturé des Nés-Moldus !

- Ce n'est qu'une hypothèse, mais je ne serais pas surprise si c'était le cas.

Crystal marmonna quelque chose dont je ne saisis pas grand-chose – je la soupçonnais de grommeler en Africaans quand l'envie lui prenait –. Par habitude, je tournai à gauche au bout du couloir – ce qui était le chemin le plus court pour rejoindre la Grande Salle – sauf que Crystal m'attrapa par le bras et me fit prendre la direction de l'aile nord. Cela ne fut toutefois pas notre destination finale. Un peu avant d'atteindre l'escalier qui permettait de monter au sommet de la tour nord, elle souleva une immense tapisserie représentant une licorne au milieu d'une clairière.

J'étais passée devant des dizaines de fois depuis que j'étais arrivée à Poudlard, j'ignorai pourtant qu'elle dissimulait une petite alcôve, comme conçue pour permettre l'échange de secrets. Crystal me tendit sa pochette sans un mot.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Le dossier de ma grand-mère sur Judy Adler, en guise de bonne foi.

J'acceptai la pochette et je m'installai sur le rebord en pierre. Crystal ne s'était pas vexée quand Draco et Pansy avaient exigé des garanties concernant ce qu'elle avançait. Son visage avait pris cet air dur qu'il prenait toujours quand elle devait faire preuve de son sens aigu des affaires. Elle avait promis d'arranger quelque chose avec sa grand-mère dans les plus bref délais, et je n'étais pas surprise qu'elle ait déjà de quoi me convaincre.

Le papier de la pochette était d'un marron foncé, le nom de ma mère y était écrit en larges lettres noires et le dossier pesait assez lourd dans mes mains. J'allais peut-être découvrir plus de choses aujourd'hui que le jour où j'avais déballé les affaires de ma mère.

- Tu sais ce qu'il y a dedans ?

- Non. Le hibou de ma grand-mère me l'a apporté après ma leçon avec Rogue. J'ai juste une bonne idée de ce que tu risques d'y trouver. Tu n'es pas obligée de l'ouvrir maintenant, mais je pensais que tu voudrais le parcourir seule. Parkinson et Malefoy peuvent se montrer étouffants.

Pansy et Draco allaient sans doute me reprocher d'avoir regardé ce que la pochette contenait sans eux, mais le papier entre mes doigts me donnait l'impression de brûler ma peau et je n'avais pas la patience de les attendre.

Je pris une profonde inspiration.

La pochette contenait surtout des photographies. La silhouette de ma mère était figée sur le papier glacé, saisie dans des rues du monde moldu. Je reconnus le sac à dos que j'avais récupéré. Sur la majorité d'entre elles, elle portait une veste de cuir et un de ces jeans, ses longs cheveux blonds cachant parfois les traits de son visage. Chaque photo semblait avoir été prise un jour et à un endroit différent, suffisamment près pour qu'on puisse la reconnaître, mais sûrement trop loin pour qu'elle ait pu le savoir.

- Ta grand-mère espionnait ma mère en 1980 ?

Crystal haussa les épaules.

- Elle a dû apprendre que la fille de Grant Adler était sur Londres et elle voulait savoir pourquoi. C'est plus de la surveillance que de l'espionnage. Vois le côté positif, ça te fait des photos souvenirs.

- Très drôle.

Je n'avais pas le temps de les détailler les unes après les autres, et je voulais passer aux différents documents quand mon père apparut sur l'une des photos.

Ils remontaient une rue côte à côte, et les nombreuses photos qui avaient été prises donnaient l'impression qu'ils étaient au milieu d'une discussion animée. Ils formaient une paire assortie, avec leurs cheveux longs mal coiffés, leurs vestes de cuir et leurs jeans déchirés aux genoux. Sur l'une des photos, le visage de mon père avait été entouré en noir, accompagné d'un point d'interrogation.

Dans les photographies qui suivirent, mon père était de plus en plus souvent présent, mes parents de plus en plus proches. Je ne fus pas vraiment surprise que l'espion de la grand-mère de Crystal les ait surpris en train de s'embrasser, et encore moins qu'il ait écrit « enceinte ? » sur l'un des clichés, quand bien même son ventre arrondi parlait de lui-même.

Les documents étaient une longue liste de dates, de lieu et parfois de noms que je ne connaissais pas. Crystal me fit signe de les lui donner.

- Je reconnais certains noms. Terry Sharman est le patron du Hells Angels. Pour les autres, ce sont sûrement des membres de son réseau, il faudra que je vérifie.

Elle feuilleta rapidement les feuilles et écarquilla soudainement les yeux, se stoppant immédiatement.

- Quoi ?

Elle eut un bref éclat de rire.

- Apparemment, tes parents se sont fait arrêter par la police moldue.

- Pardon ?

Je me levai pour pouvoir lire par-dessus son épaule. Ce qui ressemblait à un document officiel – si je me fiais au logo au sommet de la page – mentionnait le nom de mes parents – précisant qu'ils n'avaient pas de papiers pour justifier leur identité –, la date de leur arrestation – le 14 février 1981 – et le motif – intrusion au sommet du Tower Bridge de Londres –.

- On dirait bien qu'ils ont passé la nuit de la Saint-Valentin en garde à vue.

Elle rit à nouveau et je passai une main lasse sur mon visage.

- Il ne faut pas que Pansy apprenne un truc pareil, grognai-je.

J'allais en entendre parler jusqu'à ma mort, et cela ne suffirait pas à l'arrêter si elle me survivait.

- Tu ne vas pas avoir le choix.

- Pourquoi ?

- Si tu veux la convaincre que je ne mens pas, c'est le meilleur moyen. Tu n'auras qu'à demander à ton père de confirmer l'histoire.

Je sentis mon enthousiasme retomber aussitôt. Demander une telle chose à mon père signifiait que j'allais devoir lui écrire, ce à quoi je me refusais, puisqu'il avait été assez stupide pour revenir à Poudlard.

Que McGonagall me soutienne qu'il n'était pas plus en danger ici qu'ailleurs n'y changeait rien.

Crystal me jeta un regard en coin, puis croisa les bras sur sa poitrine.

- Je sais que tu ne veux pas me dire ce que tu reproches à ton père, mais il va falloir que tu fasses un choix, Black. Ma grand-mère ne consentira à rien tant qu'elle n'aura pas obtenu son contrat magique avec Narcissa Malefoy, et j'ai l'impression que tu vas avoir besoin de ton cousin pour qu'elle cède.

Étant donné que Narcissa avait effacé la mémoire des derniers moldus qui avaient croisé sa route, elle n'allait pas accepter facilement de lier sa magie à la grand-mère de Crystal, Cracmol ou pas. Je savais déjà que la négociation serait compliquée, et que j'allais devoir faire des concessions déplaisantes, ce pourquoi je ne serais pas la seule. Narcissa allait sauter sur l'occasion pour essayer de reprendre la main sur Draco et moi, quand bien même toute cette histoire était sa faute pour commencer.

C'était peut-être ma seule vraie chance de retrouver ma famille moldue et, cette fois, Narcissa ne pourrait pas me cacher quoique ce soit.

Je soupirai.

- Je lui écrirai demain. Mais seulement pour cette fois.

- Comme tu veux, Black. Mais de toi à moi, je donnerai n'importe quoi pour pouvoir écrire à mon père tous les jours.

Je détournai les yeux, puis décidai de remettre les photos et les documents dans la pochette pour meubler le silence.

- On va manger ? Il faut qu'on trouve Draco et Pansy pour leur montrer tout ça, et discuter de la façon dont on va s'y prendre pour convaincre Narcissa Malefoy de signer un contrat magique avec ta grand-mère...

Crystal rangea son dossier dans son sac et je la laissai passer devant moi avec un soupir. Le plus dur restait à faire.

Jeudi 20 Octobre 1994, Pré-au-Lard, Ecosse.

Le ciel était à nouveau encombré de nuages, qu'un pâle soleil couchant embrasait timidement. S'il se fiait au vent d'est et à l'humidité qui saturait l'air, il pleuvrait sans doute cette nuit, et il serait obligé de se réfugier contre Buck au fond de sa grotte pour dormir au sec.

C'était comme si la météo écossaise essayait de le convaincre de repartir en direction du sud, vers des climats plus cléments et un soleil brûlant.

Il n'allait pas mentir, il regrettait la végétation luxuriante, les plages de sables fins immaculées et le luxe de pouvoir dormir à la belle étoile, seulement dominé par la voûte céleste et les étoiles.

Il se sentait oppressé au fond de sa grotte, à peine assez large pour que Buck s'y tienne debout, et empestant une vague odeur de chien mouillé et de paille humide.

A la sortie du village – bien après avoir dépassé Derviche et Bang –, il prit la direction de la montagne qui surplombait le village, escaladant facilement les rochers qui ne tardèrent pas à se dresser sur son chemin, ses quatre pattes lui permettant d'ignorer le terrain irrégulier.

A l'approche de sa grotte, il se figea.

Un hibou – d'un noir de jais – était perché sur la branche d'un arbre rachitique, visiblement ravi de pouvoir dominer le monde depuis une hauteur supérieure à la sienne.

Ce n'était pas tant le fait qu'il reçoive du courrier qui ne manquait pas de le surprendre, mais plutôt la possible identité de l'expéditeur.

De l'expéditrice. Du reste, c'était ce qu'il espérait.

Il regarda soigneusement autour de lui, humant l'air environnant sans trouver autre chose que les effluves familières de la grotte, l'encre des journaux qu'il tenait dans sa gueule et la terre gorgée d'eau. Aucun être humain ne semblait à portée de museau, soit donc à portée de vue, et il reprit forme humaine pour récupérer sa lettre.

Le hibou – un grand duc au caractère exécrable – tendit sa patte à regret, une ombre étrange dans ses yeux orange – comme s'il réfléchissait encore à la possibilité de l'attaquer si l'occasion se présentait –.

- Essaye un peu et je te transforme en poulet grillé.

Cela sembla l'insulter au plus haut point, et il s'étonna qu'il n'en profite pas pour s'envoler dès que la lettre fut dans ses mains.

Il n'y avait pas d'inscriptions sur l'enveloppe, mais il avait grandi dans le monde Sang-Pur, il n'avait pas oublié le toucher velouté d'un parchemin de grande qualité – ce dont ni Remus, ni Harry, ne s'encombraient –.

Son cœur accéléra et une boule se forma dans sa gorge, quand bien même il pourrait s'agir de Narcissa.

Il voulut l'ouvrir immédiatement, mais il s'obligea à se mettre à l'abri d'abord, autant parce que la pluie semblait de plus en plus imminente, et par sécurité.

Il avait promis à Maellyn, Remus et Harry qu'il se montrerait prudent. Il ne se pardonnerait jamais d'être rattrapé aussi stupidement.

Buck l'accueillit avec un cri, agita ses ailes, puis reposa sa tête sur ses pattes, ses yeux immenses fixés sur lui. Il passa une main sur sa tête tout en veillant à ne pas déranger ses plumes, ce dont l'hippogriffe avait horreur.

- Je n'ai rien pour toi ce soir, mon vieux. Je t'emmène chasser demain, promis.

Comme Dumbledore l'avait prévenu son frère, Alberforth, le nourrissait tous les jours – une gamelle contenant des restes plus ou moins appétissants – mais il avait plus de difficultés à ramener à Buck de quoi manger. L'hippogriffe ne semblait pas en souffrir, ce qui ne l'empêchait pas de se sentir coupable pour autant.

Il pourrait le libérer. Dans l'immensité de la Forêt Interdite, le ministère ne le retrouverait pas – et quand bien même, Macnair aurait bien du mal à le reconnaître avec certitude – et la pauvre bête l'avait déjà bien aidé, il méritait sa liberté.

Sauf qu'il n'avait pas vraiment le choix...

Avec un soupir, il s'installa près de Buck, son dos plaqué contre son flanc gauche pour profiter de la chaleur qui irradiait de lui.

Il ouvrit la lettre.

Patmol,

J'espère que tu as retrouvé ton bon sens et que tu as quitté la région. Si ce n'est pas le cas, la pluie et le froid tombent à point nommé pour te faire regretter ta stupide décision. J'espère que l'hiver sera précoce et particulièrement rigoureux.

J'ai peut-être trouvé un moyen de retrouver ma famille moldue. Avez-vous été arrêtés, Maman et toi, le soir de la Saint-Valentin en 1981 ? Si oui, qui d'autre était au courant ?

Soit dit en passant, je ne vois pas ce que tu pourrais bien faire face à Tu-Sais-Qui si jamais il réussissait à s'en prendre à Potter. Tu n'as pas de baguette, et je doute qu'il soit effrayé par Patmol. Pour ma part, Bellatrix est en prison, et quand bien même elle sortirait, elle n'est pas prête d'atteindre Poudlard. C'est sûrement une encore plus mauvaise décision que de choisir Pettigrow comme Gardien du Secret, et on sait tous les deux où celle-ci t'a conduite.

MB.

Si le ton était particulièrement sec et hargneux – Merlin en soit témoin, Narcissa avait bien travaillé avec elle –, la question noyée au milieu des reproches le laissa sans voix, voire même légèrement inquiet.

Personne n'était censé être au courant de cette histoire. Judy et lui s'étaient mis d'accord : il ne la mentionnait pas devant son père et son oncle, et elle ne l'évoquait pas face aux Maraudeurs. C'était leur secret à eux, et il était certain de n'en avoir jamais parlé, à quiconque.

Le souvenir lui tira un sourire nostalgique, un peu tremblant. S'il se concentrait assez fort, il pouvait encore sentir le vent depuis le sommet du Tower Bridge, l'odeur de Judy à ses côtés, la chaleur de la boîte contenant la nourriture chinoise entre ses doigts. Ça n'avait pas été la première fois qu'il se faisait arrêter par la police moldue – Euphémia Potter était venue les libérer, James et lui, à quelques occasions Lily ou Remus par la suite – mais c'était sans doute la première fois que c'était pour quelque chose d'aussi stupide.

Ça n'avait pas eu la moindre importance.

Il passa une main sur son visage et décida de se raccrocher au présent. Il avait enfin reçu une lettre de sa fille. Elle avait beau le maudire pour sa décision, elle avait tout de même signé par son vrai nom, et elle s'était tournée vers lui pour avoir des réponses. Après plus d'un mois sans la moindre nouvelle, ça ressemblait presque à un miracle.

Il attrapa une des plumes que Buck avait arraché en faisant sa toilette, et la petite bouteille d'encre que Remus lui avait envoyé avec sa dernière lettre – peu de nouvelles informations, que ce soit concernant Voldemort ou Pettirow –. Après trois essais, il réussit à effacer une des pages de La Gazette – il reprenait des forces, et retrouvait un peu plus de contrôle sur sa magie au fil de jours –. Il commença à répondre à sa fille.

Qui sait qui a hérité du sale caractère rancunier de son grand-père (et du sens de la demi-mesure de son père, aussi) ? Hein ? Hein ?

J'avoue que j'ai pas mal hâte d'avoir votre retour sur :

- Remus et sa promenade sur memory lane (il a été seul pendant si longtemps, heureusement qu'il a retrouvé Sirius quand même…)

- Maellyn, AKA l'ado terrible, doublée d'un caractère de cochon (elle est un peu casse pied dans ce chapitre et je ne suis pas vraiment surprise).

- Les révélations sur Crystal Malhorne (z'avez vu, je suis sympa, je vous ai pas fait mijoter pendant des années).

- La tentative pathétique de Deloris pour manipuler Maellyn (elle est pas très fine la petite… pas dit pour autant qu'elle en reste là).

- Minnie, qui connaît si bien les Black qu'elle peut les faire danser du bout de sa baguette (Maellyn est sans doute en passe de devenir sa chouchoute absolue).

- Le dossier Judy Adler (aucun·e d'entre vous n'est prêt·e à rencontrer la grand-mère de Crystal).

- Sirius, toujours en cavale, toujours décidé à faire l'impossible pour ses deux enfants (quel père et parrain dévoué).

J'oublie sans doute beaucoup de choses, parce qu'il se passe des trucs dans celui-ci mine de rien !


Un petit coup de gueule ce mois-ci, quand même. Parce que j'ai remarqué depuis un moment que, de toute évidence, de plus en plus de personnes lisent cette histoire. Si j'en suis très touchée, je ne peux pas m'empêcher d'être un peu énervée quand je vois que le taux de review est de 0,8 % pour le dernier chapitre et de 1,2 % en moyenne.

Écrire prend du temps. Ce que vous lisez en quelques heures me demande un à deux mois de travail, parce que j'ai une vie à côté. Mettre à jour prend aussi du temps. La moindre des choses, c'est de laisser une review de temps en temps. Personne n'attend des dissertations de quinze pages et une analyse du texte comme lorsqu'on passait le bac de français. Juste un petit mot pour dire ce que vous avez aimé, ce qui vous a fait rire ou pleurer. Rien qu'un petit retour, parce que lorsqu'on vous donne quelque chose gratuitement, la moindre des politesses est de dire merci.

C'est juste la base.


En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté du UA complet de cette histoire : There will be time.

Prenez bien soin de vous et bonne rentrée aux merveilleux·euses enseignant·e·s !

Orlane.

Mis à jour le samedi 29/08/2020