Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses. Celleux qui oeuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.

Attention: Rated T pour le langage et les scènes violentes.


RàR :

Pomme : Salut ! Merci beaucoup pour ta review ! Je suis contente que le dernier chapitre t'ait plus ! Bonne lecture !

Nyanaa : Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! Je réponds toujours aux reviews;) (et avec grand plaisir).
Crystal et Maellyn forment un duo d'enfer ! J'aime beaucoup leur dynamique à ces deux petites !
Awwww, ça me touche que les retrouvailles entre Sirius et Maellyn t'aient tiré une petite larme ! J'avoue qu'ils sont touchants tous les deux.
Ah, les Black sont du genre rancuniers, Narcissa est bien placée pour le savoir… Maellyn finira par lui pardonner (je pense?) mais il va lui falloir encore un peu de temps (c'est une ado, je le rappelle). !
Je ne pouvais pas résister à ce que Maellyn commence sont initiation (et Minnie non plus xD)
J'espère que la suite continuera à te plaire ! Bonne lecture !

Merci à Pomme, Nyanna, Sout, henrismh, Sun Dae V, feufollet, Tiph l'Andouille, Sakhina (x2), tzvine et Malilite pour leur review. Ca fait toujours plaisir !


Bonjour à toutes et à tous !

Bon, je ne pensais pas qu'on aurait le droit à une deuxième saison du confinement si vite, mais forcée de constater que le gouvernement m'a bien eue sur ce coup-là !
Bon, en vrai, je me sens un peu moins concernée parce que les lycées restent ouverts (bon grès, mal grès, Jean-Michel est encore dans le déni) et que, de toute façon, en période de Nano, je me confine toute seule, mais bon, c'est bizarre quand même !

Dans tous les cas, je reviens d'une échappée bretonne ensoleillée qui m'a reboostée pour les semaines à venir, j'ai terminé le chapitre 20 de Black Sunset (presque 25k, on en reparle?) et rajouté un chapitre au Spin-Off (presque 17k, on en REPARLE?). Donc le mois d'Octobre a été assez productif quand même !

Il ne me reste plus qu'à vous laisser avec le chapitre 8 ici, qui pèse quand même près de 25k (parce que, de toute évidence, c'est une habitude). Il s'y passe beaucoup de choses, les plus avisé·e·s d'entre vous y verront peut-être le premier clin d'oeil au Spin-Off, et je l'aime beaucoup !

Bonne lecture;)

Un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Entre le (re)confinement et l'anniversaire de la mort de James et Lily aujourd'hui, un petit concours*, ça vous dit ?

- La 97ème review se verra révéler le titre du Spin-Off.

- La 98ème review se verra révéler le titre et le résumé du Spin-Off.

- La 99ème review se verra révéler se verra révéler le titre, le résumé et le premier chapitre du Spin-Off.

On est dans de l'exclusivité (presque) exclusive mes petit·e·s, c'est moi qui vous le dit !

[*Moldulo vous avez un compte, toussa toussa]


Black Sunset

Partie IV : Supernova.

Chapitre 8

Supernova: cataclysmic explosion caused when a star exhausts its fuel and ends its life. Supernovae are the most powerful forces in the universe.


Dimanche 1er Novembre 1994, Poudlard, Ecosse.

Comme lors de son retour à Poudlard en septembre, il avait rejoint le château peu avant le couvre-feu, sachant très bien que Rusard et les autres professeurs patrouillaient d'abord les couloirs les plus fréquentés, avant de s'aventurer – rarement – dans les autres.

Celui qui menait au bureau de Dumbledore faisait partie de ceux-là et, dans le pire des cas, il était dissimulé derrière une tapisserie sous sa forme Animagus.

McGonagall lui avait demandé de l'attendre avant de faire quoique ce soit, arguant qu'il valait mieux qu'elle soit celle qui donne le mot de passe à la Gargouille, juste pour qu'il puisse conserver l'effet de surprise.

A priori, Dumbledore pensait vraiment qu'il allait rester sagement dans sa grotte à Pré-au-Lard, alors qu'un nouveau complot menaçait la vie de son filleul.

Merde, Harry était censé être en sécurité à Poudlard et il se retrouvait systématiquement en danger depuis son arrivée ici ! C'était à croire qu'il se fichait bien de la vie d'un gamin de quatorze ans !

Sa forme Animagus ne suffit pas à juguler la colère – une émotion que Patmol atténuait plutôt bien en général – et un grognement sourd lui échappa.

Godric en soit témoin, Dumbledore avait intérêt à avoir une putain de bonne explication, parce qu'il n'allait pas se gêner pour lui cracher ses quatre vérités au visage.

Il l'avait fait à plusieurs reprises pendant la guerre et ce n'était pas Azkaban qui lui avait appris la diplomatie.

Il eut l'impression d'avoir attendu pendant des heures quand des bruits de pas se firent enfin entendre. Il reconnut sans mal l'odeur de McGonagall – celle des gâteaux au gingembre, de l'encre et de la craie – et il quitta sa cachette. Elle donna le mot de passe sans même lui adresser un regard.

- Attendez que je sois sûre qu'il soit seul avant d'entrer, dit-elle tandis que la gargouille qui gardait l'entrée du bureau directorial pivotait sur elle-même, dévoilant un escalier.

Un frisson d'anticipation remonta son échine et il contint difficilement un jappement. Il avait passé la journée à ressasser la nouvelle de la veille et à préparer les insultes qu'il n'allait pas manquer de cracher au visage de Dumbledore, mais il n'était pas stupide au point de débarquer dans son bureau sous sa forme humaine à l'aveugle.

Pas quand Severus Rogue et Alastor Maugrey étaient professeurs ici.

McGonagall frappa trois coups secs sur la porte et l'entrouvrit à la réponse de Dumbledore.

- Bonsoir, Albus. Vous avez de la visite.

C'était le seul signal dont il avait besoin. Il quitta sa forme Animagus et fit un premier pas dans l'immense bureau.

Il y était venu un nombre incalculable de fois, d'abord en tant qu'élève parce qu'il dépassait parfois les limites, ensuite comme membre de l'Ordre quand Dumbledore dépassait les siennes. Il connaissait la disposition de la pièce circulaire par cœur – Fumseck, les tableaux, les nombreux artefacts magiques et les livres soigneusement rangés –. Dumbledore était penché au-dessus d'un bassin en pierre qui lui était vaguement familier, sans qu'il ne se réussisse à se souvenir de quoi il s'agissait.

En le voyant, il sembla se tendre pendant une brève seconde. Il se redressa lentement, ôta ses lunettes pour pincer l'arête de son nez, les yeux fermés.

Ses traits s'affaissèrent, accentuant les lignes sur son visage et les cernes sous ses yeux.

Il eut un grognement mauvais.

Si, après tout ce temps, il pensait encore que la carte du vieillard allait marcher avec lui, c'est que l'âge commençait à avoir raison de son intelligence et de sa mémoire.

Il se redressa finalement et lui lança un regard pénétrant.

Sirius plissa les yeux.

- Je suppose que tu es au courant, n'est-ce pas ?

- Non, c'est une visite de courtoisie, grinça-t-il.

Dumbledore soupira puis lui désigna la chaise devant son bureau. Il y prit place, les bras croisés sur sa poitrine et le regard sombre.

- J'espère que vous avez une putain de bonne explication, Dumbledore. Et un plan pour sortir Harry de ce merdier.

Dumbledore appuya son menton sur ses doigts joints.

- Il est évident que quelqu'un a mis le nom de Harry dans la Coupe de Feu. Harry m'a certifié que ce n'était pas lui, et quand bien même il aurait essayé, il est bien trop jeune pour passer ma Ligne d'Âge et corrompre la Coupe de Feu comme elle l'a été. Je...

Il asséna son poing sur la table, arrachant un cri indigné à Fumseck et un sursaut à Dumbledore. Il ne savait pas ce qui l'énervait le plus : le ton factuel de Dumbledore ou le fait qu'il tournait sciemment autour du pot.

- Je me fiche de savoir comment le nom de mon filleul s'est retrouvé dans cette foutue Coupe à la con ! Je veux savoir comment on en est arrivé à une telle situation quand vous êtes censé le protéger !

Dumbledore caressa sa barbe avant de se pencher vers lui.

- Contrairement à ce que certains pensent, je ne suis pas encore omniscient, Sirius. Je fais de mon mieux. Les protections de Poudlard le placent hors de portée de beaucoup d'ennemis potentiels et j'ai demandé à Alastor de reprendre du service pour garder un œil sur lui... De toute évidence, la personne qui est derrière tout cela n'a rien laissé au hasard.

- Et quelle est votre excuse pour sa première année ?! Sa deuxième ?! Combien de temps encore allez-vous le regarder risquer sa vie sans rien faire ?!

Dumbledore eut au moins la décence de paraître gêné et de détourner le regard.

- Je suis désolé pour cela, Sirius. Croyez-moi quand je vous dis que je fais de mon mieux...

- Ce n'est pas assez ! A ce rythme, il va affronter Voldemort en duel avant ses dix-sept ans !

Dumbledore releva les yeux vers lui.

- Tu as conscience que c'est inévitable, n'est-ce pas, Sirius ?

Il dut vraiment se retenir pour ne pas se lever et attraper Dumbledore par le col de sa robe. Il ne savait pas vraiment ce qui serait le plus satisfaisant entre le voir devenir écarlate à cause du manque d'air ou voir son sang gicler s'il lui brisait le nez d'un coup de tête.

Il pouvait peut-être réussir les deux à la fois...

Il préféra toutefois fermer les yeux et se forcer à avaler plusieurs goulées d'air pour ne pas céder à la pulsion qui faisait chanter son sang, lui promettant un bref instant de justice.

Comment Dumbledore pouvait-il envisager la probable mort d'Harry avec autant de sérénité ?

- Si vous osez mentionner cette putain de prophétie, je risque vraiment de devenir désagréable, gronda-t-il.

Dumbledore soupira.

- Tu préfères que je te mente, Sirius ? Que je te raconte une gentille histoire dans laquelle Voldemort ne reviendra jamais et ne cherchera pas à éliminer la seule personne qui menace sa toute puissance ? Il me semblait que tu étais un peu trop grand pour les contes de fées.

Il serra les dents à s'en faire mal à la mâchoire, essayant de conjurer un maléfice par la seule force de son regard.

Échoua.

- Que tu le veuilles ou non, Harry est l'élu de la prophétie, Sirius. Voldemort ne cessera jamais de vouloir l'éliminer.

- Il est trop jeune.

- Et Voldemort serait bien stupide d'attendre qu'il devienne un sorcier accompli pour s'en prendre à lui.

Il enfouit son visage dans ses mains, essayant vainement de juguler la panique qui commençait à prendre le dessus sur sa colère. Harry n'avait que quatorze ans et déjà trop de batailles à son actif. Il refusait de le savoir condamné à un combat avec le plus grand mage noir de l'histoire du Royaume-Uni qu'il avait toutes les chances de perdre, au moins sur le papier.

Il n'avait pas su protéger James et Lily de Voldemort treize ans de cela, il doutait qu'Azkaban l'ait laissé en état d'y parvenir aujourd'hui.

- Est-ce que Harry est au courant ? demanda-t-il finalement.

Dumbledore secoua la tête.

- Pas encore... Il a déjà traversé tellement d'épreuves que je redoute d'ajouter le poids de la vérité à ses frêles épaules. Je pense que vous êtes bien placé pour savoir les dégâts que cela peut causer...

Il grogna.

- Je ne pense pas que la situation de ma fille et celle d'Harry soient comparables. Il doit savoir, Dumbledore, avant qu'il ne soit trop tard ou que Voldemort joue avec son ignorance. Si vous ne le faites pas, je le ferais.

- Il aura besoin de réponses que tu ne possèdes pas, Sirius. Je le ferais, quand je le jugerais prêt.

Le ton de Dumbledore s'était fait plus sec, son regard bleu plus froid, et Sirius ne put retenir un sourire mauvais, tandis que la colère revenait.

Harry lui faisait confiance. S'il abordait le sujet de lui-même, il ne lui mentirait pas.

- Que comptez-vous faire pour empêcher mon filleul de participer à un Tournoi censé être réservé à des gamins de sixième ou septième année ?

- Je ne peux rien faire. Harry est tenu de participer aux épreuves en tant que champion. Le règlement est...

- Vous pouvez vous carrer votre règlement où je pense, Dumbledore ! Ça ne serait pas la première fois que vous feriez plier les règles !

- Cette fois, c'est bien au-delà de mes capacités, Sirius. Je ne peux pas aller à l'encontre d'un contrat magique. Si je le pouvais, je le ferais sans hésiter.

Il avait bien du mal à y croire mais il manquait d'éléments pour pouvoir mettre Dumbledore au pied du mur. Il lui faudrait attendre que McGonagall mette la main sur la version écrite du contrat magique, et même avec ça, il n'était pas sûr d'être plus avancé.

Outre le fait que Dumbledore pouvait avoir raison, le contrat serait sûrement rédigé dans une langue âpre qui allait diminuer leur marge de manœuvre.

- Je suis désolé, Sirius... Mais Harry a les moyens de se sortir de ce tournoi. Il est loin d'être le premier champion aussi jeune et les épreuves ont été pensées pour ne pas se terminer de façon tragique. Selon toute vraisemblance, il en sortira grandi.

- Et avec un peu de chance, il vous remerciera de l'avoir laissé participer, c'est ça ?

- Sirius...

- Non ! Ça ne prend plus ! Depuis longtemps. Je veux savoir qui est le fumier derrière ça, Dumbledore ! Et rapidement !

- Alastor s'en charge. Je te tiendrai au courant.

- Il vaudrait mieux.

Il n'apprendrait rien de plus maintenant – cet entretien n'avait pas servi à grand-chose, tout juste à rappeler à Dumbledore qu'Harry n'était plus seul – et il se leva.

Sa main était sur la poignée quand il se stoppa.

- Je ne vous laisserai pas sacrifier Harry sur l'autel de cette guerre, Dumbledore.

Mardi 3 Novembre 1994, Poudlard, Ecosse.

Je fus réveillée bien avant que l'alarme de June ne déchire le silence du dortoir. J'eus beau garder les yeux fermés et essayer de faire abstraction, j'étais à deux doigts de rejoindre la salle de bain pour vomir.

Le goût dans ma bouche me semblait plus infâme que jamais – les bonbons au miel aidaient à peine – et j'avais du mal à imaginer comment j'allais supporter ce calvaire pendant encore 26 jours.

Et dire que ce n'était même pas la partie la plus pénible si je me fiais aux carnets du professeur McGonagall. Il semblerait qu'à côté du goût de la potion d'Appel, celui de la feuille de Mandragore était on ne peut plus raffiné et délicat. Ça, sans compter la douleur associée à la première transformation, qui était responsable à elle seule de la majorité de cas mi-homme, mi-bête.

- Dans quoi me suis-je laissée embarquée, exactement ? marmonnai-je à l'intention de mon ciel de lit.

Seul le léger ronflement de June me répondit et je me résignai à me lever. J'avais eu bien du mal à m'endormir ces trois derniers jours, je doutais d'y parvenir à nouveau ce matin, et encore moins de réussir à me reposer encore davantage.

Et si je me levais maintenant, j'aurais le temps d'écrire une lettre à mon père pour son anniversaire et même de passer à la volière

Je me préparai en silence et avec efficacité, réajustant la feuille de Mandragore d'un coup de baguette. Elle n'avait pas bougé mais je ne prendrai pas le risque de l'avaler, ce qui signifierait reprendre tout le processus.

Depuis le début.

Quoique, à bien y réfléchir, je préférai encore l'avaler en début du mois que quelques jours avant la prochaine pleine lune.

Après un dernier coup d'œil dans le miroir – j'avais laissé mes cheveux libres aujourd'hui, et la fatigue n'avait pas encore réussi à creuser mes traits –, je quittai la salle de bain, puis mon dortoir, mon sac à dos sur l'épaule et une cape chaude dans les bras.

Malgré l'heure matinale – il devait à peine être sept heures –, je n'étais pas la première levée. Une dizaine de mes camarades étaient installés dans la salle commune et semblaient travailler avec application – ou urgence pour au moins deux d'entre eux –. Je saluai Avelina Odgen d'un signe de tête quand nos regards se croisèrent puis je pris la direction de la volière.

Je préférai être seule pour écrire ma lettre et je savais où trouver un banc hospitalier sur le chemin. Avec un peu de chance, je pourrais apercevoir une partie du lever du soleil.

Je me mis en chemin, un peu perdue dans mes pensées – il fallait dire que je ne manquais pas de distractions entre Narcissa, la disparition de ma famille moldue, mes deux cousins en visite et mon père en cavale – deux bonbons au miel fondant sur ma langue.

Le goût était à peine moins pire.

Le banc était situé dans une alcôve au bout d'un couloir de l'aile ouest, sous une fenêtre qui donnait sur le terrain de Quidditch et laissait se deviner le Saule Cogneur – complètement nu à cette époque de l'année –.

Je sortis le papier à lettres que je réservai d'ordinaire à Christopher – celui qu'il m'avait offert pour mon anniversaire l'année dernière, et dont il ne me restait plus que quelques feuilles – et ma plume la plus confortable.

Cher Patmol,

Joyeux anniversaire ! Pansy a déterré un exemplaire du Registre des Vingt-Huit Consacrés où tu apparais encore, et Cantankerus est formel, tu fêtes tes trente-cinq ans aujourd'hui. Reconnais quand même que ça aurait été plus sympa de les fêter au soleil que dans la grisaille écossaise, mais je suppose ce n'est pas avec cet argument que je vais te convaincre de repartir.

Je t'ai trouvé un petit quelque chose pour marquer le coup, j'espère que ça te plaira.

Pas grand-chose de plus depuis Halloween. Le goût de la feuille est proprement infâme (où puis-je trouver le sortilège qui me priverait de goût, au juste ?) et Poudlard est en ébullition à cause de cette histoire de quatre champions. J'ai du mal à comprendre comment Potter peut être autorisé à concourir, mais ce n'est pas la première fois que le Ministère se montre incompétent et Dumbledore un peu fou.

Je n'ai toujours pas reçu de nouvelles de Narcissa. J'espère qu'elle va se montrer raisonnable, ou je vais devoir me montrer vraiment désagréable (Pansy ne manque pas d'imagination sur le sujet, mais je suis preneuse d'autres idées).

Sois prudent,

MB.

J'aurais aimé que la lettre lui rappelle un peu plus que j'étais toujours en colère contre lui – moins que fin septembre, mais un peu quand même – sauf que c'était son anniversaire et qu'il allait déjà le passer seul et sans gâteau. Je pouvais lui offrir un répit pour cette fois.

Je détaillai une dernière fois la photographie de lui et ma mère, regrettant à nouveau qu'elle n'ait pas été développée à la sorcière. La chute de mon père avait dû être mémorable, et je n'aimais pas trop le sourire figé de ma mère.

La magie n'aurait pas réussi à faire porter son rire jusqu'à moi, mais elle aurait au moins eu l'air vivante sur du papier glacé.

Avec un dernier soupir, je scellai ma lettre d'un coup de baguette

La volière était quasiment vide et plus calme que je ne l'avais jamais connue. Les rapaces devaient encore être en chasse pour certains, d'autres attendaient peut-être l'heure du courrier et les gâteries qui iraient avec. Il n'y avait donc qu'un hibou de l'école – sa silhouette courbée et ses plumes ternes – et il se redressa en me voyant, une lueur méfiante dans son regard orange.

Je sortis quelques Miam Hiboux et les tendis devant moi en guise de bonne foi.

- Promis, c'est pour un courrier court, soufflai-je.

Ma réputation était bien installée dans la volière à cause des lettres que j'envoyais à Christopher – c'est-à-dire à l'autre bout de l'Europe, et dans le froid par-dessus tout – aussi n'utilisais-je plus que le hibou de mon cousin pour correspondre avec mon ami.

Nous essayions d'envoyer nos lettres ensemble, car Phaéton avait un terrible caractère.

Le hibou de l'école accepta avec mauvaise grâce mes friandises et je dus me montrer cajoleuse pour qu'il accepte de me tendre sa patte.

- Tu sauras le trouver, pas vrai ? Un hibou expérimenté comme toi doit connaître les environs comme ses plumes. Il est du côté de Pré-au-Lard... Je te fais confiance !

Il hésita une dernière fois avant de s'envoler, et je maudis la règle stupide qui voulait qu'une jeune fille de bonne famille n'avait pas le droit à un hibou – une chouette, pour être précise – avant ses quatorze ans.

Une fois que le hibou eut disparu au loin – il ne lui faudrait pas une heure pour trouver mon père, du reste, en théorie –, je me résignai à rejoindre la Grande Salle pour au moins faire acte de présence au petit-déjeuner – et éviter une remontrance de la part de Pomfresh.

Crystal était déjà installée à notre place habituelle et je m'assis à sa droite.

- Où étais-tu ?

- Volière. J'avais une lettre à envoyer.

Elle fronça les sourcils, avant que son regard ne se mette à briller.

- Je vois que tu lui en veux encore énormément.

- Tu es plus insupportable que Pansy.

- Je vais prendre ça comme un compliment.

Avec un dernier clin d'œil – moqueur –, elle reprit la lecture de La Gazette et je ne fus pas mécontente du répit.

Je me servis un peu de porridge pour la forme – je n'avais pas faim, et le goût toujours aussi amer dans ma bouche n'aidait pas – et je parcourus la Grande Salle des yeux.

Je ne me souvenais pas d'avoir déjà connu une ambiance aussi tendue dans la Grande Salle. Les Poufsouffles semblaient s'être mis d'accord pour ruminer à voix basse, adressant des regards sombres en direction des Gryffondors de façon régulière. Les lions, eux, donnaient l'impression d'être tous drapés dans leur fierté et bien décidés à soutenir Potter malgré tout. Les Serdaigles ne semblaient pas spécialement affectés par les récents développement, mais il s'agissait certainement d'une façade – peut-être attendaient-ils la première tâche pour se décider –.

Pour une fois, les Serpentards soutenaient pleinement les Poufsouffles – selon l'éternel principe que les ennemis de mes ennemis sont mes amis – et si j'avais bien retenu une chose de la journée de la veille, c'était que mon cousin était décidé à mener une vendetta contre Potter.

Comme si le Survivant avait besoin de ça.

La veille, il n'avait fait qu'une brève apparition au petit-déjeuner – Granger et lui étaient restés cinq minutes en tout et pour tout, malgré les tentatives du reste de leur maison pour les retenir – et il m'avait semblé que Potter portait le poids du monde sur ses épaules. Ça, en plus du fait que Ronald Weasley lui avait tourné le dos si je croyais la dernière rumeur.

Pour être tout à fait honnête, j'aurais sans doute été de l'avis de la majorité des élèves quelques mois plus tôt, mais j'avais du mal à souhaiter du mal à Potter aujourd'hui.

Pas quand il était le filleul de mon père et qu'il aurait dû m'être aussi proche que Draco l'était dans une autre vie.

J'eus une grimace.

Quelles étaient les chances pour que James Potter ait été mon parrain ?

- Le porridge n'est pas si mauvais, me glissa Crystal.

Le porridge dans mon assiette avait le goût de la feuille de Mandragore dans ma bouche, aussi était-il infâme, mais c'était une autre histoire.

- Il te reste exactement cinq minutes pour terminer de manger et je te rappelle que tu vois Pomfresh samedi prochain.

- Comment tu sais ça ?

- Je suis omnisciente.

Elle avait sans doute feuilleté mon agenda à mon insu – elle ou Pansy d'ailleurs – mais cela ne changeait pas le fait qu'elle avait raison. J'avais sauté plusieurs repas la semaine passée – trop préoccupée par ma rencontre imminente avec Narcissa – et je n'avais guère d'appétit à cause de la feuille de Mandragore – je doutais que les bonbons au miel comptent comme nourriture –. je devais toutefois inverser la tendance si je ne voulais pas que Madame Pomfreh mette sa menace à exécution.

Avec un soupir, je me résignai à terminer mon porridge en quelques cuillerées que j'avalais sans même mâcher. Crystal insista tout de même pour que j'emporte deux morceaux de toast et un fruit pour la pause. Apparemment, sa grand-mère avait promis ma bonne santé à mon grand-père, et elle avait ordre de veiller sur moi.

Je commençai à avoir un peu trop de babysitters à mon goût.

Nous prîmes ensuite la direction de cours de Runes, dans lequel nous nous ennuyons chaque semaine un peu plus que la précédente. Le professeur Babbling nous accueillit avec un « bonjour » un peu sec. Lean McLaggen passa au tableau pour prouver qu'elle connaissait parfaitement l'alphabet futhark et nous eûmes une traduction de plus à faire.

Pour le moment, le travail était purement technique et les textes si simples que je me demandais si le professeur Babbling ne les tirait pas d'un album pour enfant.

J'en étais arrivée au point où je regrettais de ne pas avoir choisi Soins aux Créatures Magiques ou même Divination.

- J'ai croisé Nott ce matin, me souffla Crystal, profitant de la légère rumeur autour de nous.

Le professeur Babbling n'était pas très aimable, mais elle tolérait quelques bavardages, du moment que le niveau sonore restait correct.

- Quand ça ?

- Quand tu étais à la volière.

Évidemment.

- Que voulait-il ?

- Échanger certaines de ses informations sur Potter contre quelques réponses à des questions sur toi.

Je soupirai. N'allait-il jamais lâcher l'affaire ?

- Et ?

- Je lui ai rappelé qu'il n'était pas le seul à savoir où chercher des informations croustillantes et qu'il n'avait toujours pas les moyens d'acheter ma loyauté, riche héritier ou non.

- Il a pleuré ?

Elle ricana et un bref sourire étira mes lèvres.

- Et que sais-tu de plus concernant Potter ?

Elle ouvrit la bouche, la referma, puis soupira à son tour.

- Pour tout ce que j'en sais, ce qui lui arrive ressemble beaucoup à un complot visant à le tuer, et on sait toutes les deux qui est le principal suspect.

Je baissai les yeux vers le morceau de parchemin sous ma plume et je serrai les dents pour contenir la peur.

- C'est peut-être un de ses anciens Mangemorts, soufflai-je.

- Qui perpétrerait une vengeance aussi tardive ? J'en doute.

- Si ce qu'on dit est vrai, Potter l'a empêché de revenir par deux fois déjà.

- Deux bonnes raisons de plus pour se débarrasser de lui, non ? Soit il a déjà retrouvé sa toute puissance et il ne veut plus Potter dans l'équation soit quelqu'un est décidé à faire en sorte qu'il ne puisse plus gêner une nouvelle tentative.

- Si ça se trouve, il est vraiment mort.

- J'ignorais que tu trouvais encore du réconfort en te mentant à toi-même, Lestrange.

J'aurais aimé avoir quelque chose d'inspiré à lui répondre, mais c'était comme si mes cordes vocales étaient figées. Un frisson remonta ma colonne vertébrale, suivi d'une fine pellicule de sueur qui fit coller ma chemise blanche à ma peau.

L'espace d'une seconde, je fus de retour la nuit de l'attaque de la Coupe du Monde de Quidditch, et les images me revinrent en flashs derrière mes paupières.

La Marque des Ténèbres, les moldus suspendus dans les airs, les éclairs de lumière et les cris de panique.

Je me forçai à rouvrir les yeux, ignorant l'impression de brûlure à la seule force de mon obstination, priant pour que les battements de mon cœur ralentissent d'eux-mêmes et que le goût amer sous ma langue ne stimule pas les gargouillements dans mon estomac.

Crystal serra mon poignet droit avec force, m'obligeant à lever les yeux vers elle.

- Ça va ? Tu es livide...

Je me dégageai un peu sèchement.

- C'est rien, ça va passer.

C'était un mensonge et Crystal sembla s'en rendre compte, mais elle n'insista pas. Je la vis parcourir le Syllabaire Lunerousse avec application, comme si elle en avait vraiment besoin face à la simplicité du texte que nous avions à traduire.

Je fus incapable de retrouver ma concentration pendant le reste du cours. Même si j'avais essayé de ne pas y penser depuis la Coupe du Monde de Quidditch – et même réussi –, je savais pertinemment que Crystal avait raison. La personne qui souhaitait le plus la mort de Potter était le Seigneur des Ténèbres et son spectre planait tellement au-dessus de notre monde que je pouvais presque le sentir.

Il allait finir par revenir et il ne manquerait pas de rappeler ses fidèles serviteurs à ses côtés. Azkaban réussirait tout juste à repousser l'inévitable.

Bellatrix Lestrange reviendrait aussi et cette perspective me terrifiait encore plus maintenant que je savais que je n'étais pas sa fille.

Qu'adviendrait-il de moi si elle découvrait que j'étais une Illégitime depuis le début ? Une Sang-Mêlée de surcroît ?

Qu'adviendrait-il de moi si elle continuait à croire que j'étais sa fille ? Pourrais-je échapper à une marque sur mon avant-bras ?

Je fermai les yeux.

Je ne savais même pas ce qui serait le pire. Être torturée jusqu'à la folie pour avoir eu le malheur de croiser sa route une nuit d'été, ou être forcée à servir un homme fou qui souhaitait tuer des gens comme ma famille moldue.

Il me fallut toute ma volonté pour ne pas me risquer à répondre à cette question-là, et la fin de la leçon de Runes passa sans que je ne termine ma traduction.

- Cinq points en moins pour Serpentard, Miss Lestrange. Et il vaudrait mieux que cela soit fait pour la prochaine fois.

Je me retins de justesse de lever les yeux au ciel – je faisais très peu d'erreur de traduction pour le moment, et ces exercices répétitifs étaient vraiment lassants – mais je n'avais pas vraiment envie de finir l'heure avec une retenue.

Je n'avais pas envie d'aller au cours de Flitwick. A vrai dire, la seule chose que je me voyais faire maintenant était voler au-dessus du parc, suffisamment vite pour laisser mes pensées derrière moi, et tant pis s'il pleuvait des cordes.

Comme d'habitude, je me retrouvai à côté de Luna Lovegood – Flitwick continuait à penser que son aisance naturelle en sortilèges ne pouvait être qu'une bonne chose pour moi – et elle m'offrit son éternel sourire rêveur.

Je lui répondis par une grimace peu inspirée. Avec un peu de chance, elle garderait son bavardage inutile pour elle cette fois.

Ce n'était pas arrivé souvent depuis que je partageais sa table, mais j'avais appris à me contenter de petits miracles.

- Aujourd'hui, nous allons étudier le sortilège du « tirer et attraper », ou sortilège du lasso comme il est plus souvent appelé. Qui peut me parler de ce sortilège ?

Une fois que son nom technique était donné, il n'y avait pas grand-chose à dire dessus, si ce ne n'était qu'il était assez peu utilisé depuis l'invention du sortilège d'attraction, nettement plus élégant et discret que celui du lasso.

Flitwick nous fit une démonstration qui me découragea plus qu'elle m'impressionna. Juché sur son bureau, il attrapa plusieurs objets à différents endroits de la salle – de la plume de Sven au premier rang – au chapeau de Lean McLaggen à l'autre bout de la pièce. Il faisait varier l'épaisseur de la corde de lumière qui lui permettait d'attraper les objets en fonction du poids à tirer. Résultat, les objets atterrissaient en douceur dans sa main gauche tendue ou se posait délicatement devant son bureau dans le cas d'une chaise sur laquelle Luna était assise.

Tandis que Lovegood regagnait sa place en sautillant joyeusement, Flitwick fut salué par des applaudissements sincères.

- La formule est « Carpe Retractum ». Essayezd'imaginer que votre baguette est un fouet quand vous lancerez le sortilège. Je pense qu'il vaut mieux que vous puissiez être debout pour cette fois. Rangez-vos affaires, je vais faire de la place.

En quelques coups de baguettes, toutes les tables s'alignèrent le long d'un mur. Flitwick disposa ensuite une vingtaine de coussins sur le sol.

- Vous ne vous ferez pas mal si le coussin revient un peu trop vite pour vous. Et on ne vise pas ses camarades !

Mon premier essai se solda naturellement par un échec. La corde de lumière rougeâtre que j'étais censée obtenir ressemblait plus à un filin qui ne supporterait pas le poids de grand-chose. J'essayai de mettre un peu plus de pouvoir la deuxième fois.

Ce qui sortit de ma baguette ressemblait à un énorme serpent, presque trop lourd à tenir à bout de bras.

J'eus un soupir dépité.

A ma gauche, Luna Lovegood fit un geste gracieux et son coussin décrivit une courbe parfaite jusqu'à sa main tendue.

- Très bien, Miss Lovegood. Cinq points pour Serdaigle. Miss Lestrange, faites un effort, vous avez réussi des sortilèges bien plus difficiles que celui-ci.

Je me mordis la langue pour m'empêcher de répliquer ou de lui lancer un regard noir.

J'avais effectivement réalisé de beaux progrès depuis septembre. Je ne serais jamais la meilleure élève de la classe – du moins en pratique – mais je réussissais à maîtriser un nouveau sortilège en quelques semaines – au lieu de plusieurs mois – et j'étais un peu plus régulière dans mes résultats.

Conséquence de cela, le professeur Flitwick était désormais convaincu que je n'étais plus un cas désespéré et je n'étais plus autorisée à reposer ma baguette au bout de quelques essais infructueux – sauf si j'avais réussi à faire quelque chose qu'il ne savait pas expliquer –.

J'étais condamnée à souffrir.

Je repris mes essais à contrecœur. Il m'en fallut une dizaine pour réussir à obtenir une corde convenable et régulière. Je dus ensuite me concentrer sur ma cible – un coussin d'un vert douteux –. A la première tentative, il s'arrêta à mi-chemin parce que mon fouet magique avait perdu en épaisseur. A la deuxième, il s'envola si brutalement que je n'eus que le temps de me décaler pour pas le recevoir en plein visage.

Un éclat de rire salua ma piètre performance et je répondis à Deloris par un regard sombre qui sembla la laisser de marbre. Elle agita ensuite sa baguette et récupéra son propre coussin sans mal, un sourire mauvais aux lèvres.

Je serrai les dents et je m'obligeai à prendre une profonde inspiration. Dans ma bouche, c'était comme si le goût de la Mandragore s'était soudainement décupler et j'eus envie de vomir par-dessus le marché.

Quelle merveilleuse journée qui s'annonçait interminable.

- Carpe Retractum !

La corde qui apparut était de la bonne largeur mais bien plus longue que ce que ce dont je me pensais capable.

Assez longue pour que je puisse toucher Deloris, qui me tournait maintenant le dos, très certainement occupée à se moquer de moi avec Sven.

La corde s'enroula autour de sa cheville avant que je n'ai eu le temps de décider que ça serait vraiment une mauvaise idée.

J'eus une fraction de seconde pour décider si je brisais mon sortilège ou si je tirais sèchement vers moi.

Deloris eut un cri, juste avant de s'écraser lourdement au sol, puis de glisser sur un bon mètre avant que ma corde ne disparaisse.

Tous les élèves se turent soudainement. Deloris gémit faiblement en se repoussant du sol. Je relevai les yeux et croisai le regard de Crystal.

Elle secoua la tête mais la lueur au fond de ses yeux noirs semblait étrangement approbatrice.

- Tu l'as fait exprès, grogna Deloris.

Son visage était en sang et, vu l'angle que faisait son nez et la façon dont il était enflé, il était probablement cassé.

- Que s'est-il passé ? couina le professeur Flitwick en nous rejoignant.

- Elle m'a attaquée !

- Ce n'est pas vrai ! C'était un accident ! Je n'aurais jamais fait cela, professeur ! Vous savez bien qu'entre moi et les sortilèges, c'est compliqué...

Des années à évoluer dans le monde Sang-Pur, où il était essentiel de savoir invoquer de fausses larmes pour éviter une punition, fut sans doute ce qui me permit de convaincre le professeur Flitwick de ma bonne foi.

- Monsieur Avery, veuillez accompagner Miss Yaxley à l'infirmerie. Miss Lestrange, je pensais que vous aviez un meilleur contrôle sur votre baguette que cela... Cinq points en moins pour Serpentard et que cela ne se reproduise pas.

Je baissai les yeux, acceptant ma remontrance de bonne grâce, tandis que Deloris quittait la salle appuyée sur Sven, boitillant presque.

Il fallut quelques minutes pour que tout le monde se remette du petit incident. Peu à peu, de nouvelles cordes apparurent, des coussins se mirent à voler et les bavardages reprirent.

Luna Lovegood se pencha vers moi.

- Tu l'as fait exprès, souffla-t-elle.

Je plissai les yeux.

- Bien sûr que non.

Elle eut un étrange sourire qui me donna l'impression qu'elle n'était pas tout à fait là l'espace d'une seconde.

- Ne t'inquiète pas, je ne dirais rien.

Je la dévisageai, peinant à imaginer pourquoi elle ferait une telle chose. Même si j'étais tenue de m'asseoir à côté d'elle en Sortilèges depuis notre première année, nous n'étions pas amies. A vrai dire, je m'étais montrée assez désagréable envers elle, et parfois même carrément méchante. N'importe qui d'autre aurait sauté sur l'occasion.

Elle me sourit.

- Je t'aime bien, Alya, dit-elle.

Sa réponse me laissa perplexe et très partagée quant à la raison de sa sympathie pour moi. Soit elle était encore plus folle que ce sa réputation laissait entendre, soit elle était définitivement stupide.

Elle dut trouver mon expression très drôle car elle éclata de rire d'une façon si naturelle, et sans la moindre retenue, que je me surpris à sourire en retour.

- Ginny a fait la même tête que toi quand je lui ai dit. Elle pense que tu es maléfique mais, vraiment, elle ne comprend pas que ce n'est pas vraiment de ta faute.

Ma bouche s'assécha étrangement. Savait-elle quelque chose ?

- Vraiment ? croassai-je.

- Ton esprit était embrouillé par les Joncheruines, surtout l'année dernière. Ils ont tendance à rendre leurs victimes grincheuses, et parfois même méchantes.

Évidemment. Je parlais à Luna Lovegood, il était inévitable que des créatures imaginaires s'invitent dans notre conversation.

- Et maintenant ?

Elle me détailla, ses yeux bleus globuleux me donnèrent l'impression de voir au-delà des apparences, peut-être même jusqu'à mon âme.

- Les Joncheruines sont partis, mais tu le savais déjà.

La cloche retentit, mettant fin à nos conversations. Je voulus partir aussitôt – je m'attardais rarement en cours de sortilèges, et je voulais profiter de la pause pour essayer de mettre la main sur le sortilège censé m'enlever toute sensation de goût – mais Flitwick me fit signe de le rejoindre à son bureau.

- Vous vous exercerez pour le prochain cours, Miss Lestrange. Et c'est la dernière fois que je laisse passer ce genre d'accidents. Vous m'avez prouvé que vous aviez une bien meilleure maîtrise de votre magie depuis le début de l'année.

- Entendu, professeur.

Une meilleure maîtrise de ma magie était un bien grand mot, mais je pourrais au moins faire en sorte de ne pas m'en prendre directement à Deloris – ou n'importe qui d'autre, d'ailleurs –. Je ne tenais pas vraiment à perdre du temps en retenue.

Crystal m'attendait dans le couloir, occupée à faire jouer ses doigts d'une façon dont j'avais appris à me méfier. Tous les autres étaient partis manger, Luna Lovegood comprise, même si j'aurais été très surprise du contraire.

- On y va ?

Crystal se décolla du mur.

- C'était particulièrement stupide de ta part, mais je reconnais que c'était magnifique à voir, me souffla-t-elle en se penchant vers moi.

- C'était un accident, répondis-je, retenant le sourire qui menaçait le coin de mes lèvres.

- Mais bien sûr. Tu as intérêt à te méfier pour les semaines à venir, elle risque d'être à l'affût.

J'haussai les épaules. J'avais perdu le compte du nombre de mes disputes avec Deloris depuis des années. Je la connaissais sans doute mieux que ce qu'elle pensait.

Je survivrai.

- Il me semblait bien que c'était toi, kuzina.

La voix un peu grave, dont la prononciation était marquée d'un accent, aurait suffi à m'apprendre qu'il s'agissait de Radimir.

Le « kuzina » était une confirmation dont je me serais bien passée.

Je pris une profonde inspiration avant de me retourner, relevant le menton et repoussant mes épaules en arrière. Le sourire qui étira mes lèvres était particulièrement faux, tout comme l'air aimable de Radimir. Roksana ne fit aucun effort pour atténuer la froideur de son regard vert.

- Privet, Radimir, Roksana.

Le regard de Roksana se posa sur Crystal et elle fronça le nez. Je fis un pas vers eux.

- Crystal, voici mes deux cousins : Radimir Lomonosov et Roksana Mesyats. Mes chers cousins, Crystal Malhorne, une amie.

- Enchantée, dit-elle en inclinant la tête. Et bienvenue à Poudlard.

Roksana et Radimir échangèrent un regard qui me parut méprisant, mais peut-être faisaient-ils simplement partie de ces personnes dont l'expression était perpétuellement amère.

- Tu sembles avoir des amis très surprenants, kuzina, reprit Radimir. J'ai cru comprendre que ton informateur avait un nom.

- Christopher Rowle, mais tu le sais déjà.

Son sourire s'élargit et une lumière mauvaise fit briller son regard.

- Tout comme je sais qu'il est dans l'année de ma jeune sœur. Elle est Caporal de sa Compagnie et elle est redoutable en combat.

- Christopher a de nombreuses fois loué ses talents.

- Je suis certaine qu'il sait ce qui l'attend pour s'être montré trop bavard.

La voix de Roksana était aussi froide que ses yeux et je dus prendre sur moi pour ne pas lui cracher au visage ou, mieux, lui lancer un maléfice, juste assez mauvais pour qu'elle soit obligée d'aller à l'infirmerie.

Personne n'avait le droit de menacer Christopher.

Je choisis d'éclater de rire, reprenant une défense dont Narcissa n'hésitait pas à abuser.

- Aucune sœur digne de ce nom ne souhaite vraiment qu'un malheur advienne à son grand frère.

Radimir fronça les sourcils, puis son visage se contracta et il eut besoin de quelques secondes pour prendre le dessus sur la colère qui assombrissait son regard.

Roksana se mit à faire tournoyer sa baguette entre ses doigts parfaitement manucurés, son sourire froid toujours aux lèvres.

- Que crois-tu que tu puisses nous faire, kuzina ? Tu n'as même pas quatorze ans, pour tout ce que j'en sais, tu n'as même pas eu ton premier sang. Tu es un rebenok.

- Je suis une fille de Serpentard, contrai-je. Je suis l'un des joyaux du monde Sang-Pur et Christopher Rowle est mon ami. La Coupe de Feu ne t'a pas jugée digne de représenter Durmstrang, je doute que tu sois capable d'échapper à l'hydre de toute une maison de Poudlard, kuzina. Et c'est sans parler de ce qu'il adviendrait de Radimir.

Roksana raffermit sa prise sur sa baguette magique. Je relevai le menton, tâchant de la mettre au défi de la pointer sur moi. Je ne doutais pas qu'elle soit redoutable – Christopher m'avait prévenue – mais elle n'était pas à Durmstrang. Le clan Lestrange ne semait pas la terreur dans les couloirs, les professeurs ne fermaient pas les yeux quand les élèves réglaient leur différents en duel.

Si elle s'en prenait à moi, elle ne manquerait pas de s'attirer des ennuis.

Radimir dut parvenir à cette conclusion seul car il serra l'épaule de sa cousine en douceur et lui murmura quelque chose à l'oreille que je ne sus comprendre.

C'était peut-être du russe, c'était peut-être du bulgare.

C'était incompréhensible.

Rosksana pesta entre ses dents, mais rangea sa baguette magique dans la poche de sa cape.

Je saluai sa décision d'un signe de tête, mon regard braqué dans le sien, retenant difficilement mon sourire tordu pour marquer ma victoire.

Radimir se racla la gorge.

- Nous devons passer à la bibliothèque avant le repas, n'est-ce pas, Roksana ?

Elle approuva sa remarque d'un geste un peu raide, puis fit un pas sur le côté. Je les suivis du regard tandis qu'ils s'éloignaient. Leur démarche volontaire me rappelait un peu celle de Christopher.

- C'était bizarre, me souffla Crystal.

Je soupirai.

- Ce n'est pas peu de le dire. J'ai comme l'impression qu'ils vont être une nuisance de plus.

Elle grimaça.

- Il lui a dit que te provoquer en duel ne faisait pas partie de leur plan.

Je déglutis.

Leur plan ?

- Tu parles russe ?

- Ma grand-mère a insisté pour que j'apprenne le russe parce que nous avons des accords de commerce avec l'Europe de l'Est.

Autrement dit, Gloria Ngozi était une trafiquante internationale de renom.

- Tu vas devoir rester sur tes gardes, parce qu'ils ne vont pas en rester là.

Je ne pus que maudire Narcissa Malefoy en silence. D'une façon ou d'une autre, c'était de sa faute si Radimir Lomonosov et Roksana Mesyats en avaient après moi !

Dimanche 6 Novembre 1994, Poudlard, Ecosse.

L'air était sec et froid, le soleil commençait à avoir cet éclat terne qui annonçait l'hiver et, pour une fois, il n'y avait pas le moindre nuage dans le ciel.

J'avais donc saisi l'occasion pour enfiler ma tenue des Harpies et sortir mon Éclair de Feu de ma malle.

Je survolais le parc du château depuis au moins une heure – si je me fiais aux bouts de mes doigts gelés – et je n'avais pas la moindre intention de me poser de sitôt. Le vent sifflait à mes oreilles, l'herbe et les arbres n'étaient qu'une vaste tâche verte sous moi et mon cœur battait puissamment dans ma poitrine, dopé par l'adrénaline. Concentrée comme je devais l'être sur mes trajectoires et le contrôle de mon balai, le goût dans ma bouche n'était qu'accessoire.

Je me sentais bien, et moi – même si j'ignorais encore ce que cela signifiait –.

Une petite voix dans ma tête essayait de me convaincre de ne plus jamais redescendre au sol. De voler vers l'Ouest jusqu'à ce que mes bras ne puissent plus tenir le manche de mon balai, de prendre le temps de me reposer, avant de repartir jusqu'aux confins de la terre.

Rejoindre le pays où j'étais née et où je n'étais que Maellyn Black.

Bien plus tard, le ciel se para d'orange et de rouge, le soleil se posa au sommet des montagnes et un vent plus fort se leva. Je fis une dernière série de tonneaux à pleine vitesse, avant de m'immobiliser pour regarder le spectacle, essayant d'imaginer ce qui se trouvait tout là-bas aux États-Unis, tout en sachant parfaitement que je n'avais pas le courage de tout quitter sur un coup de tête.

Il y avait Draco, d'abord. Quand bien même il pouvait se montrer insupportable, je ne pouvais pas imaginer ma vie sans lui. Il avait été à mes côtés depuis que j'étais en âge de me souvenir, il avait consolé mes chagrins et il m'apportait un soutien sans faille depuis la Cabane Hurlante. Il était ce qui ressemblait le plus à ma vraie famille.

Je ne pouvais pas l'abandonner.

Pansy approuverait sans doute mon départ – du moment que je faisais une sortie tonitruante, après avoir annoncé la vérité au monde Sang-Pur – mais elle me manquerait aussi.

Crystal n'oublierait pas de me faire remarquer que, sans plan, mon idée était simplement stupide, et qu'il valait mieux que j'attende de retrouver ma famille moldue avant de prendre une telle décision. Les États-Unis étaient immenses, je ne risquais pas de tomber sur eux par hasard.

Christopher me laisserait sûrement partir, peut-être m'aiderait-il à organiser mon départ en toute discrétion, peut-être insisterait-il pour m'accompagner. Je me voyais mal le laisser aux griffes de Narcissa après avoir tant insisté pour l'arracher à celles d'Euphémia.

Tout ça, sans oublier que mon père n'était pas loin – quelques kilomètres, tout au plus –, que j'avais un Concours International à remporter – le professeur McGonagall serait bien capable de se lancer à ma poursuite pour me rappeler ma promesse – et que j'étais sans doute trop lâche de toute façon.

Quand le soleil eut disparu derrière les montagnes, je me résignai enfin à rejoindre le sol. J'étais officiellement gelée et je fus bien contente de me retrouver à l'abri derrière les murs épais du château. Je dus répéter trois fois le mot de passe avant d'être comprise à cause de mes tremblements – la faute à ma piteuse tentative au sortilège de chaleur qui m'avait glacée plus encore –. Une chance, Draco et ses amis étaient installés devant l'une des cheminées. Je me précipitai sur la place libre à sa gauche, déposant mon balai sans grande cérémonie au sol pour pouvoir tendre mes deux mains vers le feu.

Mon cousin eut un soupir, puis une lourde cape se posa sur mes épaules, suivie d'une main qui me frictionna énergiquement le dos.

- On est aux portes de l'hiver et tu sors avec une tenue d'été pour aller voler ? Pomfresh te manque déjà ?

Il avait de la chance que je claque encore des dents.

J'avais vu l'infirmière la veille et j'avais eu le droit à une remontrance. J'avais à peine repris deux kilos – au lieu des trois que je lui avais promis – et elle avait pointé du doigt les nombreux repas que j'avais sauté la semaine d'Halloween. Il avait fallu que je plaide que je haïssais cette fête par-dessus tout pour ne pas me voir obligée de prendre mes repas à l'infirmerie. A la place, j'avais eu le droit à une nouvelle collection de fioles, toutes plus infâmes les unes que les autres, et le pire était sans doute que ces goûts-là pâlissaient face à celui de la feuille de la Mandragore.

- Pour ton information, la première sortie à Pré-au-Lard de l'année aura lieu dans deux semaines.

- Enfin ! Je commençais à croire que le tournoi avait aussi annulé les visites au village.

Narcissa nous avait déjà emmené à Pré-au-Lard – notre grande-tante Cassiopée y avait vécu – et si le village semblait minuscule et dépeuplé en comparaison du chemin de Traverse, il offrait un but de sortie honorable quand le temps était doux.

Sans oublier que la vue sur Poudlard nous avait toujours fasciné quand nous étions plus petits, Draco et moi.

- Qu'est-ce que tu fabriques ? demandai-je après une dizaine de minutes, quand je pus enfin prononcer un mot correctement.

De nombreux morceaux de parchemins étaient étalés sur la table basse devant mon cousin. Sur chacun d'entre eux, il y avait le même cercle et des inscriptions un peu stylisées. J'en attrapai un pour l'étudier de plus près.

Vive Cedric Diggory, le vrai champion de Poudlard.

L'autre inscription me fit fermer les yeux avec un soupir.

Crève Potter.

Il y avait des indications de couleur (bronze et jaune pour le premier, noir et blanc pour le deuxième).

- Malhorne a parlé de vendre des souvenirs pour le Tournoi et ça m'a donné cette idée. Bien sûr, je compte plutôt les donner, pour que Potter réalise à quel point il n'est pas soutenu. Ça va lui montrer qu'il aurait mieux fait de ne pas faire son intéressant.

- Tu ne peux pas sérieusement distribuer des badges qui souhaitent la mort de Potter, Draco !

- Pansy m'a dit la même chose. C'est dommage, c'était plus accrocheur que « A bas Potter ». A moins que tu aies une autre idée ?

Je retins une malédiction de justesse et je préférai me lever, repérant Crystal un peu plus loin avec soulagement.

- Je ne prendrai pas part à ça, Draco. Débrouille-toi pour cette fois.

Il appela mon surnom mais je ne lui fis pas le plaisir de me retourner. Ne comprenait-il pas que je ne pouvais plus prendre part à ce genre de plan douteux ? Potter n'était plus simplement le Survivant ou l'élève de Gryffondor qu'il haïssait le plus dans tout le château. Il était le filleul de mon père, quelque chose comme un cousin, une pièce rapportée dans ma famille brisée. Je ne comptais pas devenir son amie – je doutais qu'il m'accepte pour commencer – mais je n'allais pas non plus intriguer pour le rendre misérable – il se débrouillait très bien tout seul pour cela –.

Crystal était penchée sur ce qui ressemblait à un devoir pour Rogue – qui continuait de lui demander des rédactions longues et très pointues, comme s'il espérait encore la décourager – et elle resta un long moment à écrire.

Je n'avais jamais vraiment fait attention avant, mais sa calligraphie peu soignée aurait pu me mettre sur la voie de son secret plus tôt. Elle se débrouillait bien pour quelqu'un qui avait grandi dans le monde moldu, mais elle tenait sa plume bizarrement, et son écriture restait brouillonne.

Toutefois, je la connaissais assez pour savoir qu'elle aurait trouvé une explication, invoquant son enfance en Afrique du Sud, avant de changer de sujet.

Dans tous les cas, c'était un détail qu'elle devrait améliorer si elle voulait être prise au sérieuse plus tard. Les femmes se faisaient encore juger par la délicatesse de leur écriture et la finesse de leur calligraphie.

- Quelle est la nouvelle invention de ton cousin ?

Je grognai et elle releva la tête pour me dévisager.

- Apparemment, tu lui as donné l'idée de distribuer des badges de soutien à Diggory.

Elle plissa le nez.

- Je ne distribue rien du tout. Je vends.

- Tu veux amasser des Gallions, il veut que Potter passe une mauvaise année.

- De toute évidence, la consanguinité n'a pas que du bon.

Je levai les yeux au ciel – c'était l'une de ses moqueries préférée ces derniers temps, depuis qu'elle avait découvert que mes grands-parents avaient été cousins au premier degré – et je m'étais résignée à attendre qu'elle trouve quelque chose de plus original.

- Tu as oublié ça, petite. C'est à croire que tu veux que je te le confisque !

Pansy déposa mon Éclair de Feu sur mes genoux et s'installa sans grâce sur la chaise à ma droite, son expression dure et ses yeux noirs brillant d'une étrange façon. Crystal releva la tête, un sourcil relevé.

- Les badges de Malefoy sont de si mauvais goût ? s'étonna-t-elle.

Pansy fronça les sourcils, puis eut un geste négligent de la main.

- Cela va sans dire, mais ça l'occupe, ce qui n'est pas une si mauvaise chose. Il est plus insupportable qu'un gamin de cinq ans quand il s'ennuie pendant les cours de Binns.

- Alors qui veux-tu tuer ?

- Yaxley.

La mention de Deloris me fit grimacer. Je m'étais attendue à ce qu'elle s'en prenne à moi à la première occasion – elle ne manquait pas d'imagination pour ce genre de chose – mais elle s'était contentée de m'écorcher du regard à chaque fois que nous nous croisions.

- Je l'ai vue en pleine discussion avec Lomonosov et Mesyats à la bibliothèque. Elle avait cet air de petite fouineuse qui me donne envie de lui mettre des claques. Je n'aime pas ça, petite.

J'eus un soupir lasse.

Évidemment.

Deloris avait dû apprendre que deux de mes cousins faisaient partie de la délégation et elle savait que la famille Lestrange ne me portait guère dans leur cœur. C'était sans doute une occasion en or de me nuire pour elle.

- Qu'allons-nous faire ? demanda Crystal.

Je passai mes mains sur mon visage. J'avais suffisamment de choses à penser pour ne pas rajouter un affrontement avec Deloris et, pour être tout à fait honnête, je me fichais un peu de ce qu'elle pouvait bien raconter à Lomonosov et Mesyats. Elle n'avait jamais été ma confidente, elle en savait à peine plus que le reste des Vingt-Huit Consacrées sur mon compte.

- On ne fait rien pour le moment. Elle veut me provoquer et je n'ai pas envie de jouer à ce jeu-là. J'ai passé l'âge.

Crystal ouvrit la bouche pour protester et Pansy fit claquer sa langue contre son palais.

- C'est stupide d'ignorer une menace pareil, petite. Lomonosov et Mesyats vont sans doute profiter de leur année ici pour essayer de te nuire au maximum, et Yaxley est tout ce qu'il leur faut pour y parvenir. Elle partage ton dortoir, c'est un petit rat et tu es nulle en sortilège de verrouillage.

- Peut-être, mais j'apprends des erreurs des autres. Il n'y a rien dans mes affaires qui pourrait trahir quoique ce soit. Contrairement à Deloris, je ne tiens pas de journal intime.

Un sourire mauvais étira les lèvres de Pansy.

- Voyez-vous cela...

Je me levai.

- C'est sans moi cette fois. Je vais me laver, je ne sens toujours pas mes orteils.

- Bien fait. Tu n'as qu'à t'habiller plus chaudement quand tu vas voler.

Je lui tirai la langue et je pris la direction de mon dortoir. Avant de disparaître au sommet des escaliers, je ne pus m'empêcher de lancer un dernier regard vers Crystal et Pansy. Elles étaient penchées l'une vers l'autre et Pansy avait cet air décidé dont j'avais appris à me méfier. Je pouvais me tromper, mais elles allaient s'occuper de Deloris – sûrement avec un grand plaisir – et je n'aurais qu'à continuer à me montrer prudente pour ne pas me vendre.

La routine.

...

Mercredi 11 Novembre 1994, Poudlard, Ecosse.

- Et n'oubliez pas de le mettre bien en évidence surtout ! La première tâche est dans deux semaines, il faut montrer à Diggory qu'on est tous derrière lui !

Draco était campé au milieu de la salle commune et distribuait ses badges – reçus la veille – à toutes les personnes qui passaient près de lui.

- Et il y a une surprise quand vous appuyez dessus !

Cela faisait près de cinq minutes que Crystal et moi attendions au sommet des escaliers menant à notre dortoir dans l'espoir de lui échapper, mais je le soupçonnais d'avoir déjà déjeuné. Il ne bougerait pas et il allait m'épingler son badge lui-même dès qu'il me verrait.

- Vous comptez rester là encore longtemps ? demanda Pansy. Parce qu'il t'attend en particulier. Tu es sa cousine, il estime que tu devrais mettre plusieurs badges et que tu devrais même l'aider à en distribuer.

Je grognai.

- Il peut toujours rêver. Son idée est stupide.

- Pour avoir eu le droit à toute la genèse du projet, je peux t'assurer qu'on s'en sort plutôt bien. Allez, ce n'est qu'un mauvais moment à passer !

Elle serra mon épaule en faisant exprès de me faire mal et rejoignit Draco. Elle accepta son badge avec bonne grâce, se retourna pour me faire un clin d'œil, puis s'en alla prendre son petit-déjeuner.

- Parkinson n'a pas tout à fait tort... J'ai faim en plus.

Je me résignai avec un soupir.

- Ah, Ely' ! Tu es un peu en retard, non ?

Mon regard sombre ne suffit pas à refroidir son enthousiasme. Il attacha le badge sur ma cape. Les lettres rouges se détachaient nettement sur le tissu noir et l'écriture était assez grosse pour être visibles de loin.

- Regarde !

Il appuya sur son badge et le message devint « A bas Potter ! ». Je n'étais vraiment pas fan du vert qu'il avait choisi – entre le vert gazon et le vert citron – et personne n'allait manquer de faire le raccourci entre les badges et les Serpentards – ce qui était sans doute le but –.

- Alors, tu en penses quoi ?

- Potter va détester.

Cela sembla être la bonne chose à dire. Il me sourit.

- J'espère avoir le temps d'en donner aux Poufsouffles avant que ça sonne. Tiens, Malhorne.

Crystal le fit tourner entre ses doigts et eut une moue sceptique.

- C'est dommage d'avoir choisi du haut de gamme pour le donner, Malefoy. Tu n'es pas très bon en commerce.

Il haussa les épaules.

- Il faut savoir faire des sacrifices pour affaiblir l'ennemi.

Je me fis violence pour ne pas lever les yeux au ciel – il ne participait même pas au tournoi, il n'avait pas besoin d'en faire autant – et je prétextai l'heure avancée pour lui échapper.

Tandis que nous rejoignions la Grande Salle, je m'efforçai de trouver un emplacement plus discret pour le badge sur ma cape. Draco – et le reste de Serpentard – devait être en mesure de le voir, mais j'espérais le dissimuler un peu, autant parce que je ne voulais pas vraiment prendre part, et aussi parce que c'était un accessoire hideux.

- Pansy aurait pu l'aider à choisir des couleurs moins criardes.

- Parkinson aurait pu le dissuader tout court. C'est ridicule.

Pour une fois, elle était vraiment agacée par les bêtises de mon cousin – d'ordinaire, elle se montrait plus volontiers caustique – et il me fallut un long moment pour comprendre pourquoi.

- Tu es énervée parce que tu auras moins de succès avec les souvenirs que tu comptes vendre, pas vrai ?

Elle releva le menton.

- Je ne vois pas de quoi tu veux parler.

J'éclatai de rire, doublement ravie de pouvoir me moquer d'elle pour changer.

- Tu peux toujours imaginer des badges dans le même esprit en faveur de Potter. Je suis sûre que les Gryffondors seront ravis d'être sponsorisés.

- Ma grand-mère ne fait pas dans la charité, tu devrais le savoir.

L'allusion ne réussit pas à me faire perdre le sourire, et je me servis des œufs et des toasts avec un enthousiasme certain. Je n'avais pas plus faim que d'habitude – tant que cette maudite feuille serait sous ma langue, je voyais difficilement comment – mais la perspective de manger ne me donnait pas envie de vomir, ce qui était un net progrès.

Crystal resta murée dans un silence légèrement vexé – un aveu à lui seul – et je mis le calme à profit pour relire mes notes de Métamorphose pour ma séance du soir même. Je commençais à vraiment bien maîtriser les sortilèges d'Apparition – j'avais réussi à conjurer une élégante tasse samedi dernier – et le professeur McGonagall voulait que j'affronte à nouveau les sortilèges de Disparition. Je devais être au point sur ce sujet avant les vacances de Noël si je ne voulais pas prendre de retard, et j'étais bien décidée à me montrer digne de son planning.

Quelque chose me bloquait lorsque j'essayai de bannir un objet dans le non-être, comme si ma magie se heurtait à une frontière invisible que je peinais à apprivoiser. J'avais essayé de faire disparaître de petits objets ces derniers jours, et je n'avais rien obtenu de probant. Il me faudrait sans doute l'aide du professeur McGonagall pour surmonter cette difficulté...

Je n'aimais pas cette perspective, mais j'avais retenu la leçon de l'année dernière, et je préférais encore lui demander de l'aide plutôt qu'elle me fasse une remarque assassine.

L'arrivée du courrier me rappela qu'il fallait que je me dépêche si je ne voulais pas être en retard au cours de Binns, aussi portai-je mon attention un peu plus sur mon assiette, et un peu moins sur mes notes.

Je fus interrompue dans ma lecture par un coup de coude sec dans les côtes.

- Quoi ?! grognai-je, tout en assénant un regard noir à Crystal.

- On dirait bien que Lady Malefoy t'a enfin répondu.

Echo, la jolie chouette effraie de Narcissa, s'était posée devant moi, et attendait patiemment que je daigne récupérer la lettre accrocher à sa patte.

Je déglutis.

Elle avait pris son temps pour répondre, et j'ignorais s'il s'agissait d'un bon ou d'un mauvais signe. Draco soutenait que sa mère n'aurait pas d'autre choix que de céder. Quand bien même elle était fière, toute cette histoire était de sa faute et c'était le minimum qu'elle devait faire si elle voulait que je lui pardonne un jour. Pansy et Crystal s'étaient montrées plus pragmatiques, imaginant comment lui forcer la main si elle refusait, ou comment obtenir une réponse si jamais les choses traînaient encore. Dans les deux cas, mon père était l'argument majeur, et j'étais certaine qu'il n'y verrait pas d'inconvénient.

J'échangeai la lettre contre un morceau de bacon et une caresse. Echo hulula doucement puis s'envola.

- Si seulement ma grand-mère avait choisi une chouette aussi douce... J'ai l'impression que Chernobog veut m'arracher les yeux à chaque fois qu'il me regarde.

- Ne te fies pas aux apparences. Echo est capable d'être une vraie teigne si tu as le malheur de la vexer.

- Vous devez bien vous entendre.

Je levai les yeux au ciel.

Chère Alya,

J'espère que cette lettre te trouvera en bonne santé et que tout se passe bien pour toi à Poudlard.

J'ai pris le temps de bien réfléchir à la proposition de Gloria Ngozi et je suis prête à l'accepter. Toutefois, je souhaite rencontrer cette femme en personne dans les meilleurs délais, afin de savoir à qui j'ai réellement à faire.

De plus, je ne signerais pas de contrat magique sans que ce dernier n'ait été étudié de très près par mon avocate. Il va sans dire que j'ai quelques clauses en tête moi-même.

Souhaite le bonjour à Draco de ma part.

Vous me manquez, tous les deux.

Narcissa M.

Un soupir soulagé m'échappa et je tendis la lettre à Crystal pour répondre à sa question silencieuse.

L'accord de Narcissa était une excellente nouvelle, même si j'avais peur que nous ayons perdu un temps précieux pour remonter la piste de ma famille moldue, surtout si Burt White était aussi doué que ce que Crystal soutenait.

- Je ne pensais pas qu'elle accepterait aussi vite, souffla-t-elle. Lady Malefoy doit vraiment se sentir acculée, ce qui est à la fois une très bonne nouvelle pour moi, et une moins bonne pour toi. White et Adler ont dû sortir un grand numéro pour ce coup-ci, et ils vont être d'autant plus difficiles à retrouver.

Mon cœur s'accéléra douloureusement et ma gorge se serra.

- Tu le penses vraiment ?

Elle grimaça.

- Je peux me tromper, mais je pense que Lady Malefoy a dû essayer de les retrouver par ses propres moyens, non ? Les détectives privés existent certainement dans le monde sorcier, ou elle a pu engager un moldu... De toute évidence, ils n'ont rien trouvé.

- Comment ta grand-mère va pouvoir les retrouver si personne d'autre ne trouve rien ?

- Et bien ma grand-mère a des informateurs dans beaucoup de milieux. Et elle sait comment fonctionnent les réseaux illégaux... Et si elle ne les retrouve pas, personne d'autre n'y arrivera.

J'eus un nouveau soupir, et je fis de mon mieux pour ne pas me laisser emporter par l'inquiétude qui pesait dans le fond de mon ventre. Je ne pouvais pas partir battue, pas tant que la grand-mère de Crystal n'aurait pas tout essayé. Elle était ma meilleure chance de retrouver ma famille moldue, et je devais la tenter, quoiqu'il m'en coûte.

- Ta grand-mère va accepter de la rencontrer ?

- Ma grand-mère a hâte de la rencontrer, tu veux dire ! Elle adore se mesurer à un nouvel adversaire. La réponse de Lady Malefoy va la mettre d'excellente humeur, et mon oncle ne manquera pas d'en être ravi.

Je secouai la tête.

- Tu as une idée je suppose ?

Son sourire m'assura que oui. Peut-être même avait-elle prévu les détails depuis longtemps, et qu'il ne lui restait plus que la réponse positive de Narcissa et une date.

- Peut-être. Je ne prévoirais pas grand-chose pour notre sortie à Pré-au-Lard si j'étais toi.

Son clin d'œil était le signe que je n'arriverais pas à lui arracher des détails tant qu'elle ne serait pas décidée à en donner, mais cela ne m'empêcha pas d'essayer sur le chemin vers la salle de Binns.

Nous étions les dernières à arriver et, à la façon dont les regards des Gryffondors se fixèrent sur nous – plus précisément sur moi –, je ne pus m'empêcher de penser que ce n'était peut-être pas une mauvaise chose.

Je fis mine de n'avoir rien remarqué, mais Ginny Weasley se porta à mon niveau.

- Je vois que, toi aussi, tu as le dernier accessoire à la mode. Je suppose que ton cousin n'a rien trouvé de plus malin ? J'avoue que je n'avais jamais compris pourquoi il traînait avec Crabbe et Goyle, mais qui se ressemble s'assemble, de toute évidence.

Une part de moi fut presque tentée de lui donner raison. Sa tête vaudrait sûrement le détour pour commencer et, moi aussi, je trouvais l'idée de Draco stupide. Toutefois, ce crétin était mon cousin, Ginny Weasley était une Gryffondor, et je devais faire croire à tout Serpentard que j'étais Alya Lestrange.

- La façon dont tu prends à cœur les intérêts de ton petit-copain est très romantique, Weasley, dis-je donc, le plus froidement possible, espérant que cela suffirait.

Elle releva le menton.

- Harry n'est pas mon petit-copain.

- Oh... donc le poème que tu lui avais écrit ne t'a pas ouvert les portes de son cœur ? Il faut dire que comparer la couleur de ses yeux à celle d'un crapaud était un peu maladroit. Si tu veux mon avis, tu devrais lui faire payer en portant ce badge. Je peux facilement t'en obtenir un si tu veux.

- Je ne veux pas de cette horreur. Par contre, je te promets que ton cousin ne tardera pas à regretter son idée.

Je haussai un sourcil.

- Essaye un peu pour voir, Weasley.

La sonnerie mit fin à notre échange et, sans le savoir, donna le ton à ma journée. En tant que cousine de Draco Malefoy, et puisque ce crétin se vantait d'être à l'origine des badges, je fus prise à partie par un nombre incalculable de Gryffondors, tandis que les autres ne se cachaient pas pour me lancer des regards meurtriers. Même quand les plus folles rumeurs avaient couru sur moi – m'accusant d'avoir essayé de ramener le Seigneur des Ténèbres avec Crystal, ou d'avoir aidé Sirius Black à entrer dans le château –, je ne m'étais pas sentie comme une cible à abattre. Draco eut de la chance que je ne le croise pas au déjeuner – je lui aurais volontiers lancé son maudit badge au visage – et je ne fus pas mécontente de retrouver les Poufsouffles au cours de Métamorphose.

Ils ne portaient pas tous de badges, mais ils semblaient dans l'ensemble ravis par l'initiative de Draco. Clarissa Belby, la petite sœur d'un cinquième année de Serpentard, me demanda même de le remercier.

Je ne lui promis rien, puisque j'hésitais encore à l'écorcher vif la prochaine fois que je le croiserais. Ou à le transformer en fouine pour lui faire regretter ses idées loufoques.

Je trouvai refuge au premier rang. Nous avions travaillé sur le sortilège Musvitae – transformer des bobines de fils blanc en petites souris – et j'ignorais ce que le professeur McGonagall nous avait réservé pour aujourd'hui. Notre prochain devoir portait sur les sortilèges de Transfert, mais je la soupçonnais de préparer le terrain pour l'année prochaine. J'espérais qu'il s'agirait de quelque chose de compliqué pour me faire oublier ma mauvaise journée.

- La leçon d'aujourd'hui porte sur le sortilège Draconifors. Nous avions travaillé sur la théorie l'année dernière, et il est temps de passer à la pratique. Qui peut me parler de ce sortilège ?

Je levai la main, tout comme quatre autres élèves et le professeur McGonagall interrogea Carlyn Forest.

- C'est un sortilège qui transforme un objet en dragon.

- Très bien, cinq points pour Poufsouffle. Quelles sont les difficultés de ce sortilège ?

Ma main fut à nouveau ignorée en faveur de Jeremy Harper et je retins difficilement un grognement agacée. J'avais beau savoir que le professeur McGonagall ne m'interrogeait uniquement quand le reste de la classe restait muette, cela était irritant.

L'interrogation dura encore quelques minutes, puis le professeur McGonagall nous distribua de vieux livres.

- Méfiez-vous, le coefficient de viscosité est très élevé avec cette transformation. Il vous faudra faire preuve de pouvoir et de viscosité pour obtenir des résultats satisfaisants. Vous pouvez commencer.

J'obtins un petit dragon bleu à peine plus grand que ma main au premier essai. Comme celui que j'avais fait apparaître lors de mon examen l'année dernière, c'était un mélange d'Opaleyes – il avait les yeux multicolores – et du Roumain à Longue Corne. Il agita ses ailes, puis éternua une bouffée d'étincelles qui faillirent bien enflammer ma plume.

Puisqu'il était petit – et presque inoffensif – je tendis la main pour le caresser, ce qui lui arracha une sorte de ronronnement un peu sifflant.

J'eus un sourire.

- Très bien, Miss Lestrange. Cinq points pour Serpentard. Voyons si vous arrivez à conjurer des espèces précises...

Elle déposa un nouveau livre devant moi et sembla l'ouvrir au hasard. Il y avait une gravure représentant un vert Gallois commun, à l'allure un peu lourde. A mon sens, c'était le dragon le moins élégant de tous.

J'acceptai toutefois le défi et je passai le reste de l'heure à moduler mon pouvoir pour obtenir des petits dragons aussi racés que possible. J'en réussis trois – le Gallois, le Roumain à longue corne et le Boutefeu chinois –, ce qui me permit de récolter une quarantaine de points pour Serpentard. A côté de moi, Crystal passa l'heure à pester. Son dragon ressemblait plus à un rat recouvert d'écailles qu'à autre chose.

- C'est très moyen, Miss Malhorne. Je vous conseille de vous exercer d'ici à notre prochain cours.

Nous croisâmes les septièmes années de Serpentard et Gryffondor en quittant la salle – sans doute avaient-ils été libérés plus tôt – et je ne pus que constater que la tension était presque palpable. Lomonosov et Mesyats étaient également présents. Radimir eut un sourire charmant pour Deloris quand elle passa devant lui.

C'était si prévisible et si peu subtile que je faillis éclater de rire en passant devant mes cousins. J'avais grandi dans le monde Sang-Pur, j'avais vu des complots se former, éclater puis être oubliés. J'avais été bercée par des histoires de réputations ruinées, de génies manipulateurs et de secrets murmurés au-dessus de coupes de Champagne. Si Mesyats et Lomonosov espéraient me nuire ou me faire chanter, ils auraient au moins pu le faire avec panache et ingéniosité.

- Ils sont ridicules, souffla Crystal.

- Je t'avais bien dit qu'il ne fallait pas s'inquiéter.

- Parce que tu crois encore que la stupidité fait le bien sur cette planète ?

Si je doutais encore que Pansy et elle ne s'étaient pas mis en tête d'affronter Lomonosov et Mesyats pour moi, j'aurais été corrigée par l'air mauvais de Crystal. Si elles avaient du temps et de l'énergie à perdre, je n'allais pas me battre contre elles.

Pas quand j'avais tout le reste à gérer.

Il était encore tôt, et il n'y avait pas grand monde dans la salle commune, à l'exception des premières et des quatrièmes années.

Je défis mon badge et je pris une grande inspiration. Je fus en face de mon cousin en trois grandes enjambées. Il releva les yeux vers moi et seul son air un peu sombre m'empêcha de lui jeter son badge au visage. Je me contentai de le laisser tomber sur ses genoux.

Il plissa les yeux.

- Tu dois le porter, dit-il froidement.

- D'après qui ? Sais-tu par combien de personne j'ai été importunée à cause de ce truc hideux ?

Il releva le menton.

- Les Gryffondors se lasseront avant nous. Avec un peu de chance, Potter ne survivra pas à sa première tâche. Je crois que tu peux faire l'effort de porter ce badge pendant encore deux semaines.

Je serrai les poings, l'affrontant d'un regard aussi noir que mon nom, ignorant les picotements le long de mes bras. S'il continuait à se montrer aussi désagréable, il pourrait très bien terminer en torche humaine, et je n'étais pas tout à fait sûre d'avoir envie de contenir ma magie.

J'ouvris la bouche pour contrer sa logique douteuse sur le bout de la langue – et tant pis si je faisais un esclandre dans la salle commune – mais une main serra mon épaule assez fort pour me laisser un bleu.

- Et si vous terminiez cette charmante discussion ailleurs, hein ?

Je voulus me libérer de la prise de Pansy, mais elle tint bon, et me poussa même en direction des dortoirs des garçons.

- Yaxley et Nott te dévorent des yeux, Lestrange, siffla-t-elle à mon oreille. Obéis.

Je capitulai avec un grognement, et je vis Draco se lever du coin de l'œil. Pansy ne me libéra qu'une fois dans le dortoir de mon cousin – chaque année un peu plus en bazar que l'année précédente, le coin de Nott compris – et mon regard noir me valut de me faire pousser sur le lit de Draco sans ménagement.

- Arrête un peu de faire cette tête Black, tu ressembles à Bellatrix Lestrange.

C'était sans doute la pire insulte qu'elle pouvait me faire et elle le savait pertinemment.

- Franchement, c'est tout à fait ridicule. Tout ça pour un badge.

- Écoutez qui parle, railla Crystal en se laissant tomber à côté de moi.

Draco releva le menton et croisa les bras sur sa poitrine.

- On peut changer de sujet ? Je crois savoir que tu as reçu une lettre de Lady Malefoy, petite, et j'aimerais bien savoir ce qu'elle a dit.

La réplique de Pansy eut le mérite de faire oublier à Draco son indifférence.

- C'est vrai ?

Je voulus me lever et le laisser mariner dans sa curiosité pendant au moins deux ou trois jours, mais il s'agissait de sa mère et de ma famille moldue. Je trouverai un autre moyen de me venger à propos de ce maudit badge.

Je sortis la lettre de la poche de ma cape et la lui tendit. Pansy l'intercepta en chemin et réussit à tenir Draco à distance le temps de sa lecture.

- Je t'avais bien dit qu'elle n'aurait pas d'autre choix que d'accepter ! Elle doit vraiment être coincée !

Ses paroles ravivèrent celles de Crystal le matin-même – si Narcissa faisait des concessions, c'était sûrement parce que ma famille moldue avait vraiment disparu – et je fis de mon mieux pour ignorer l'impression désagréable au niveau de mes entrailles.

- Alors, quel est le plan, Malhorne ?

Crystal eut un sourire énigmatique qui ne suffit pas à décourager Pansy. Elle essaya de lui arracher des confidences – ou au moins un indice – et Crystal prouva à nouveau qu'elle excellait en esquives.

Un coup d'œil sur l'horloge m'apprit que j'allais devoir assister au spectacle pendant encore une demi-heure avant de pouvoir m'échapper pour mon cours avec le professeur McGonagall.

Les chances pour que je finisse par arbitrer leur échange étaient donc très élevées.

- Et tu n'es pas plus curieuse que ça, Black ?

J'eus un soupir.

Douce Circée, cette journée était interminable.

Samedi 19 Novembre 1994, Pré-au-Lard, Ecosse.

Je n'avais jamais vu autant de monde à Pré-au-Lard. La majorité des élèves de Poudlard participait à cette première sortie de l'année : les rues du petit village semblaient aussi bondées que celles du chemin de Traverse au moment des courses scolaires, et des files se pressaient dans les boutiques les plus populaires.

Crystal jouait les touristes de bonne grâce, exigeant des arrêts fréquents depuis notre arrivée – Honeydukes d'abord, puis Zonko et maintenant la poste – et je m'efforçais d'être une bonne guide, même si mon regard s'attardait souvent sur les horloges que je croisais.

- Tu sais que la meilleure façon de faire passer le temps plus vite est de te changer les idées, pas vrai ?

Mon grognement la fit rire – une réaction à laquelle seul Christopher m'avait habituée – et je me promis de retarder le plus longtemps possible leur rencontre, au risque de me sentir bien seule.

Autour de nous, de très nombreuses chouettes et hiboux semblaient s'interpeller depuis leurs étagères colorées. Nous n'étions pas les seuls troisièmes années à observer l'étrange ballet, mais rares étaient ceux qui faisaient la queue pour envoyer une lettre. Les élèves qui n'avaient pas de hiboux pouvaient toujours emprunter ceux de l'école. La Poste faisait partie des incontournables de Pré-au-Lard et d'ici quelques visites, ils se contenterait d'un tour dans les quelques boutiques avant de retourner au château.

- Mademoiselle ? Que puis-je pour vous ?

La question fut suivie d'un coup sec dans mes côtes de la part de Crystal. La sorcière qui me faisait face avait une expression dure et elle haussa un sourcil.

- Bonjour, je voudrais envoyer cette lettre à Durmstrang.

Le hibou de Draco s'était soi-disant froissé une aile et, puisqu'il était le digne animal de mon cousin, il me donnait l'impression d'en rajouter. Je me demandai même s'il n'essayait pas de me faire payer la débâcle des badges à sa façon.

Dans tous les cas, un long voyage était exclu, les hiboux de l'école n'avaient pas oublié qu'ils devaient m'éviter, et je devais donc me résigner à passer par l'office pour envoyer mes lettres à Christopher.

- Normal, rapide ou chemiboux ?

- Normal.

- Onze Mornilles, s'il-vous-plaît. La lettre devrait arriver en milieu de semaine prochaine.

Je tendis l'argent et ma lettre.

L'élève derrière moi était le cousin de Fleur Delacour. Il m'adressa un clin d'oeil qui me laissa interdite.

Crystal me dévisagea, les sourcils froncés.

- Tu connais Alexis Delacour ?

- Non. Je ne lui ai jamais adressé la parole.

Il n'avait pas fallu longtemps pour que tout Poudlard – et donc Millicent Bulstrode – apprenne que Fleur Delacour, la championne de Beauxbâtons, avait un cousin parmi la délégation française. Il était d'ailleurs assez rare de les voir l'un sans l'autre.

Dans tous les cas, j'ignorais ce qu'il me voulait – et je n'étais pas certaine de vouloir en apprendre plus –.

- Tu m'expliques pourquoi tu n'as pas attendu notre petit rendez-vous pour répondre à Rowle ?

- Parce que la Poste sera fermée d'ici à ce qu'on termine, et que ça fait presque deux semaines que je dois lui répondre. Phaéton finira bien par guérir.

- Oui, ou arrêter de faire la diva.

- Draco écrit aussi à Christopher, principalement pour se plaindre de moi. Je saurais saisir l'occasion.

- Si tu le dis... Mais je trouve ça stupide que tu n'aies pas le droit d'avoir ton propre hibou juste parce que tu n'as pas encore quatorze ans. Si tu voulais entretenir une correspondance illégitime avec un garçon, tu as toujours accès à ceux de l'école.

- Tu veux vraiment analyser les traditions dépassées du monde Sang-Pur aujourd'hui ?

- Pourquoi pas ? Ça pourrait te changer les idées.

J'avais comme l'impression que cela allait être le refrain de sa journée, ce qui me donnait une raison de plus de souhaiter qu'il soit déjà l'heure du thé.

Nous étions censées retrouver Narcissa et Gloria Ngozi pour discuter de ce fameux contrat magique. Crystal m'avait toutefois prévenue : sa grand-mère voulait juste nous rencontrer, Draco et moi, pour nous jauger et tous les détails seraient discutés sans nous.

Gloria Ngozi ne négociait pas avec les enfants, et Narcissa Malefoy aimait être en position de contrôle. J'avais horreur de savoir que j'allais être mise de côté – encore – sous-prétexte que j'étais trop jeune – une rengaine qui me donnait envie de briser quelque chose – et j'étais bien décidée à ne pas me laisser faire.

Toute cette histoire me concernait ! On parlait de mon grand-père et de mon oncle. J'allais m'assurer que la grand-mère de Crystal mette tous les moyens à sa disposition pour les retrouver, et que je serais celle à prévenir en premier si jamais elle y parvenait.

Je me fichais des autres termes. Crystal était une amie, je n'allais pas trahir son secret. J'étais plutôt satisfaite de pouvoir l'aider à berner la société Sang-Pur. Plus longtemps elle réussirait à maintenir sa façade, plus le scandale serait sans précédent, et j'avais hâte de voir leur monde parfait vaciller.

Ça ne vaudrait sans doute pas la révélation de mon propre secret, mais cela serait quand même intéressant à voir.

- Je suppose que tu ne tiens pas à aller faire un tour du côté de la Cabane Hurlante ? me demanda Crystal.

Mon cœur s'accéléra à cette seule possibilité. Ma vie avait basculé là-bas, je n'étais pas certaine de pouvoir garder mon sang-froid si nous nous en rapprochions.

- Pas cette fois, marmonnai-je. De toute façon, je ne vois pas trop l'intérêt. Elle n'a jamais été hantée par autre chose qu'un loup-garou. Si tu veux du lugubre, on peut faire un crochet par le cimetière. Il est moins impressionnant que celui de Greyfriars Kirkyard mais il y a deux ou trois tombes qui témoignent encore de la démesure des Sang-Purs.

- Je n'ai pas besoin de preuves de ce côté-là, mais pourquoi pas. Il y aura moins de monde en plus.

Le cimetière de Pré-au-Lard était situé un peu à l'écart à la sortie du village. Vers la gauche, une rue menait vers un plumier réputé, puis un chemin partait vers les montagnes. A droite, un haut mur séparait les morts des vivants. Le portail en fer forgé était à peine assez large pour nous laisser passer, Crystal et moi, en même temps. Il grinça sinistrement.

Des tombes étaient éparpillées sans ordre apparent. Certaines étaient modestes – une stèle marqué de dates et d'un nom – d'autres étaient issues d'une autre époque. Les stèles – même si le nom n'était plus appropriées – étaient plus hautes que le garde-chasse, décorées de portraits, de gravures évoquant des moments de bravoure ou retraçant l'histoire de la famille. Certaines étaient taillées dans la pierre grise locale mais certains défunts avaient choisi du marbre ou d'autres pierres nobles.

Les fleurs étaient rares, il y faisait plus sombre qu'ailleurs à cause des murs qui entouraient le cimetière et, pour parfaire le décor, un vent froid faisait voler des feuilles par rafales, laissant penser qu'un esprit gardait les lieux.

- Démesure, hein ? Je parie que les Black sont enterrés là-bas.

Elle pointa la stèle la plus haute – au moins cinq mètres –, la plus large, et la plus décorée.

J'eus un sourire en coin.

- Non, le caveau familial est au cimetière Greyfriars Kirkyard, à Londres. Il n'est même pas si outrancier pour ton information.

- Hum. J'attends de le voir de mes propres yeux pour en juger.

Je levai les yeux au ciel et elle m'emboîta le pas. Je ne tardai pas à reconnaître les noms des Vingt-Huit Consacrées – Macmillan, Travers, Burke, Selwyn – et je me fis une joie de trouver une anecdote ridicule ou une rumeur mémorable. Crystal ne se fit pas prier pour donner son avis sur l'inutilité de certaines mises en scène, le piètre talent d'un sculpteur ou le manque d'entretien généralisé.

Nous étions arrivées devant l'immense stèle – au nom de Eekins – qui contait une lutte acharnée contre des Géants, quand un aboiement me fit sursauter.

Crystal me lança un drôle de regard mais je tournai déjà la tête pour déterminer si, oui ou non, j'avais rêvé. La silhouette de l'immense chien noir à une dizaine de mètres à ma droite fit battre mon cœur plus vite et je ne pus retenir le sourire qui étira mes lèvres.

Patmol trottina jusqu'à nous et je m'agenouillai pour le serrer contre moi. Il glissa sa tête sur mon épaule, sa queue balayant furieusement le sol recouvert de feuilles, et des glapissements lui échappant de temps à autre.

Il ne sentait pas très bon – moins fort que l'année dernière, mais il était évident qu'il était parfois dehors quand il pleuvait – toutefois, je m'en fichais. Le visage enfoui dans sa fourrure, mes bras autour de son corps chaud, je ne pouvais nier qu'il était bien là, réel, vivant et en bonne santé.

Quand il passa sa langue râpeuse sur ma joue, je le repoussai avec force – manquant de tomber sur mes fesses – pour essuyer sa bave.

- T'es dégoûtant, grognai-je.

Il aboya et le ricanement de Crystal me rappela qu'elle venait d'assister à la scène.

- Je ne savais pas que tu aimais autant les bêtes, Black, se moqua-t-elle.

- C'est un ami, répondis-je en me relevant, chassant les feuilles accrochées à ma cape.

- Un ami ? Depuis quand ?

J'haussai les épaules et entrepris de gratter Patmol entre ses deux oreilles.

- L'année dernière. Je l'ai croisé plusieurs fois dans le parc du château. Son maître doit habiter à Pré-au-Lard.

Crystal resta silencieuse un long moment et je dus me faire violence pour ne pas commencer à raconter les dernières semaines à mon père – le goût atroce de la feuille de Mandragore, la lettre de Narcissa, mon rendez-vous imminent avec Gloria Ngozi – au risque qu'elle me pense folle.

Soudainement, elle éclata de rire, marmonnant quelque chose qui ressemblait beaucoup à de l'Afrikaans, même si cela aurait pu être du Gaëlic pour tout ce que j'en savais.

- Quoi ? marmonnai-je, bien consciente que si son regard était moqueur, c'était qu'elle se fichait de moi.

- Tu es amie avec un gros chiennoir depuis l'année dernière ?

Ma main occupée à caresser Patmol se stoppa, et mon père grogna, laissant apparaître des crocs impressionnants.

- Et alors ?

Crystal haussa un sourcil.

- Vraiment ? Est-ce que toi et ta famille êtes biologiquement incapables de la moindre subtilité ou est-ce simplement une conséquence de votre sens dramatique ?

Cette fois, je croisai les bras sur ma poitrine et je me contentai d'un silence buté. J'avais beau lui faire confiance, la survie de mon père reposait presque entièrement sur sa forme Animagus. Nous étions peut-être seules dans ce cimetière, aucun aveu ne passerait mes lèvres.

A mes côtés, Patmol cessa de gronder, mais je le sentais tendu, comme s'il était prêt à s'élancer – loin de nous ou sur Crystal, je ne saurais dire – au moindre signe.

Crystal ne sembla pas impressionnée, ni par la taille de Patmol, ni par mon regard noir.

Elle s'approcha et se pencha légèrement.

- C'est un plaisir, Monsieur Black, railla-t-elle. Pour votre information, votre belle-famille a mis une prime de cent mille dollars sur votre tête. Je resterais à bonne distance de n'importe quel biker à votre place.

Il grogna, mais il me sembla plus résigné qu'en colère cette fois.

- Tu as perdu la raison, Malhorne, dis-je tout de même.

Elle éclata de rire.

- Mais bien sûr. Je ne dirais rien, Black, pas même à ma grand-mère. Parlant d'elle, je t'attends au niveau du portail ? Tu as sans doute pleins de choses à raconter à ton ami.

Elle s'éloigna d'un bon pas, sa cape d'hiver tourbillonnant dans son sillage à la façon de Severus Rogue et je me promis de lui rappeler que, quoiqu'elle ait cru comprendre, il ne fallait pas que cela arrive aux oreilles de notre directeur de maison.

Je compris un peu trop tard qu'il était grand temps que je m'inquiète de cela. Crystal en savait presque trop sur moi, et elle passait plusieurs heures par semaine à apprendre la Légilimentie auprès de Rogue. Vu la haine qu'il portait à Potter et aux Maraudeurs, je doutais d'apprécier le changement s'il découvrait que j'étais la fille de Sirius Black.

Je me laissai tomber sur un morceau de la stèle de Eekins avec un soupir. La tête de Patmol fut sur mes genoux presque immédiatement, son regard gris aussi pénétrant que sa forme humaine braqué sur moi.

- C'était Crystal Malhorne, marmonnai-je. Elle n'a pas tout à fait tort, tu sais ? De toutes les formes Animagus du monde, la tienne est la plus prévisible dont j'ai jamais entendu parler.

Il grogna, dévoilant à nouveau ses crocs, sans réussir à vraiment m'inquiéter. Je repris mes caresses entre ses deux oreilles.

- C'est une bonne amie. Ma meilleure amie pour être précise. Elle ne dira rien tant que tu ne menaces pas ses intérêts, ce qui ne risque pas d'arriver. C'est d'elle dont je t'ai parlé l'autre fois. Si tout s'est passé comme prévu, sa grand-mère est en train de négocier avec Narcissa en ce moment...

Son grognement résuma bien ce que je pensais du fait d'avoir été mise à l'écart – même si je comptais bien demander des comptes à Narcissa, que cela lui plaise ou non – et je décidais de changer de sujet. Je comptais bien lui faire un compte-rendu de ce que j'apprendrais plus tard, surtout si Narcissa se montrait butée. J'étais presque certaine qu'il pourrait convaincre Androméda d'aller défendre mes intérêts s'il le fallait.

Je lui racontai donc mes dernières aventures à Poudlard, passant sous silence la campagne de mon cousin contre Potter – je ne tenais pas à ce que Draco se fasse dévorer – et l'altercation avec les Lestrange – il ferait une indigestion pour sûr –. J'avais l'impression qu'il était sur le point de s'endormir quand je m'arrêtai enfin, sa tête particulièrement lourde sur mes genoux.

Une part de moi regrettait qu'il ne puisse pas prendre forme humaine pour me répondre, mais ce n'était pas déjà très prudent de sa part de sortir en plein jour de sa cachette pour errer dans Pré-au-Lard, alors il n'était pas question qu'il prenne ce risque.

Le silence s'éternisa sans que je n'ai envie de le briser. L'atmosphère du cimetière était un peu moins hostile avec Patmol comme garde du corps et les hauts murs nous coupaient du reste du monde. Je savais que Crystal montait la garde – sa réputation allait bien au-delà de Serpentard maintenant, personne n'oserait l'affronter – et je profitais simplement de l'instant présent, ignorant quand je recroiserais mon père à nouveau.

La silhouette de mon cousin au niveau du portail me fit comprendre qu'il était temps de rejoindre notre point de rendez-vous.

J'eus un nouveau soupir et j'embrassai le crâne du molosse.

- Je dois y aller. D'après ce que j'ai cru comprendre, la grand-mère de Crystal est encore plus à cheval que Narcissa sur la ponctualité.

J'eus le droit à un concert de jappements qui me tirèrent une grimace et me donnèrent l'impression que mon cœur sombrait dans mes entrailles. Patmol me suivit jusqu'au portail et Draco me donna l'impression de cacher le badge qu'il ne manquait jamais de mettre.

Il se racla la gorge quand Patmol fut à son niveau.

- Bonjour, cousin, lança-t-il.

Patmol grogna puis aboya. Draco recula d'un bon pas, ce qui ne manqua pas de faire ricaner Crystal.

- Je veux dire, Monsieur Black.

Cela sembla plus convenir à mon père.

- On doit vraiment y aller, cousine. J'ai été repérer la maison avec Pansy, ce n'est pas du tout par ici.

Ce fut à mon tour de grogner.

- Très bien... Sois prudent, Patmol, rappelai-je en embrassant une dernière fois le dessus de son crâne.

Si le rendez-vous avec Narcissa et Gloria Ngozi n'avait pas été si important, je serais sans doute restée au cimetière jusqu'à ce que la nuit tombe. Je n'avais toutefois pas le choix et je sentis ma magie crépiter le long de ma peau tandis que je refermais le portail derrière moi.

Draco attendit que nous nous soyons éloignés pour reprendre la parole.

- Tu sens le chien mouillé.

- La ferme.

Nous retournâmes en direction du centre-ville, avant de bifurquer dans une petite rue que je n'avais jamais empruntée, et qui menait vers des maisons entourées de plus grands jardins. Je mis le trajet à profit pour faire le vide dans mon esprit, déterminée à ne pas montrer le moindre signe de faiblesse, aussi bien devant Gloria Ngozi que devant Narcissa.

Il me faudrait sans doute plus de sang-froid que ce que je possédais, mais ma petite entrevue avec Patmol m'avait au moins apaisée – j'avais l'impression que rien ne pouvait m'arriver avec un tel garde du corps – et j'étais dans de meilleures dispositions pour notre rendez-vous qu'une heure plus tôt.

Idéalement, mon père aurait pu se joindre à nous. Après tout, si je devais signer un contrat magique, je préférais son autorisation à celle de Narcissa, et il était concerné, ne serait-ce parce que j'entendais bien mettre fin à la chasse à l'homme organisée par mon grand-père. Toutefois, cela aurait été imprudent. Je ne faisais pas assez confiance à Gloria Ngozi – et à Narcissa – pour prendre le risque de le mener dans un piège.

La maison du professeur McGonagall était entourée d'un muret qui m'arrivait à la hanche, et l'immense serre qui jouxtait la maison était presque aussi délicate que celles que j'avais vu à Paris.

- J'ignorais que McGonagall aimait les plantes, souffla Draco.

- C'est professeur McGonagall. Peut-être qu'elle cohabite avec le professeur Chourave ?

Draco leva les yeux au ciel, avant de plonger son regard dans le mien.

- Tu es prête ?

Je rejetai les épaules en arrière.

- Allons-y.

Il poussa le portail, puis s'effaça pour nous laisser passer, Crystal et moi. Je fus donc celle à qui revint l'honneur d'actionner la cloche à côté de la porte d'entrée. Le professeur McGonagall apparut presque aussitôt, son expression un peu moins neutre qu'à Poudlard.

- Suivez-moi.

L'intérieur de la maison était dominé par du bois – le sol, les meubles anciens et un escalier imposant que je ne fis qu'apercevoir – et les tartans – toujours le même motif, sûrement celui des McGonagall –. Quelques photographies étaient affichées de temps à autre, quelques bibelots à l'allure fragile et beaucoup de livres dans le salon.

Le professeur McGonagall nous mena à l'arrière de la maison, dans un petit jardin d'hiver meublé de façon spartiate – une table en fer forgé et ses six chaises assorties – dans lequel Gloria Ngozi et Narcissa Malefoy semblaient prendre le thé.

A la tension dans la pièce – si tangible que je sentis des cheveux se dresser sur ma nuque – je compris que le thé avait – pour une fois – échoué à adoucir les mœurs.

Narcissa me semblait encore plus tirée à quatre épingles, entre son chignon parfait, son maquillage étudié et sa robe d'un vert sombre que je ne connaissais pas. Elle me sourit – d'une façon crispée – et je lui offris un regard sombre en réponse.

Si elle pensait que la distance et les mois passés m'avaient adoucie, elle se trompait lourdement.

En face d'elle, Gloria Ngozi semblait presque banale et inoffensive, entre sa canne, ses cheveux blancs coupés très courts et sa robe bleue marine, juste rehaussée par un collier de perles.

Elle me rendit mon regard scrutateur, son expression impénétrable, avant de faire signe à Crystal de la rejoindre. Mon amie déposa un baiser sur la joue qui lui était tendue.

- Hallo, Ouma.

Sa grand-mère lui répondit quelque chose en Afrikaan qui tira un bref sourire en coin à Crystal.

- Je te présente Maellyn Black et Draco Malefoy. Voici Gloria Ngozi, ma grand-mère.

Du coin de l'œil, je vis Draco hocher la tête d'une façon un peu raide – sans doute était-il aussi perdu que je l'étais – et je pris donc sur moi pour faire un pas en avant.

- Enchantée de vous rencontrer, madame. J'ai beaucoup entendu parler de vous.

- Pas trop, j'espère.

Je fus incapable de dire si sa façon de rouler les « r » était plus marquée par l'accent irlandais ou par celui sud-africain auquel Crystal m'avait habitué.

La ressemblance avec Judy Adler est encore plus frappante en vrai, jeune fille, reprit-elle, me désignant la place libre à sa droite, tandis que Crystal s'installait à sa gauche.

Mon cœur s'accéléra à la mention de ma mère, et mon ventre se détendit un peu.

- Vous l'avez rencontrée ?

- Une seule fois, l'été 1980. Elle avait le sale caractère de son père et l'intelligence de son vieux renard d'oncle. J'ai toujours pensé qu'il me faudrait l'avoir de mon côté plutôt que contre moi. Une vraie tragédie qu'elle soit partie si tôt, mais le Seigneur devait avoir ses raisons.

Ses derniers mots me perdirent et je lançai un regard à Crystal. Elle dessina ce qui semblait être une croix du bout de ses doigts, ce qui ne m'avança pas plus.

Elle leva les yeux au ciel.

Je pris place, Draco se glissa entre sa mère et moi – ce qui valait sans doute mieux – et je me forçai à accepter la tasse de thé qu'on me tendait, quand bien même la seule chose que j'avais envie de faire était de lire ce qui était soigneusement écrit sur les documents en milieu de table.

La page de garde était blanche – du papier moldu – et ne laissait rien deviner. Toutefois, la pointe de la plume de Narcissa était encore humide, signe que des modifications avaient été apportées, et j'espérais qu'on écouterait ce que j'avais à dire.

- Tout se passe bien à Poudlard ? demanda Narcissa, son ton enjoué forcé.

Je vis Draco relever le menton.

- Mieux qu'au manoir, répondit-il froidement.

La tasse de Narcissa se stoppa à mi-chemin entre la soucoupe et sa bouche, et je ne cherchai pas à dissimuler mon sourire en coin. Avait-elle vraiment cru que nous allions faire front commun avec elle ? Jouer la famille unie, envers et contre tout, quand c'était précisément par sa faute que nous allions devoir signer un contrat magique avec Gloria Ngozi ?

J'allais vraiment finir par penser qu'elle était stupide.

- Alors, dis-je finalement après une profonde inspiration, quand les recherches commenceront-elles ?

Gloria Ngozi posa sa main sur les documents entre Narcissa et elle.

- Quand mes exigences auront été satisfaites.

Narcissa plissa les yeux.

- Et quelles sont ces exigences ? demandai-je, plantant mon regard le plus dur dans celui de Narcissa, la mettant au défi de ne pas me répondre ou, pire, de me mentir.

Je me sentais suffisamment à fleur de peau ces derniers jours pour que ma magie prenne le dessus une fois de plus. Elle pourrait très bien traverser les fenêtres du salon d'été si elle me provoquait.

Elle réussit à hésiter, ce qui me fit serrer les poings et ravaler difficilement un grognement mauvais. Merlin, j'avais le droit de savoir !

J'ouvrais la bouche pour le lui rappeler quand elle me donna l'impression d'abdiquer.

- Madame Ngozi souhaite que Crystal bénéficie de la protection des Malefoy, que nous gardions le silence quant à sa véritable identité – ce qui sera également valable pour Pansy Parkinson et Christopher – et que je finance les recherches des Adler. En échange de cela, elle s'engage à tout mettre en œuvre pour retrouver ta famille moldue et à taire ta véritable identité.

J'haussai un sourcil.

- Étant donné que c'est de ta faute s'ils ont disparu, c'est un peu normal. Autre chose ?

Ma question était plus adressée à Gloria Ngozi qu'à Narcissa – j'avais appris à ne plus lui faire confiance – et la grand-mère de Crystal ne s'y trompa pas.

- Dans les grandes lignes, non, mais je me suis montrée un peu plus spécifique sur certains points, et Lady Narcissa craint de ne pas être capable de tenir sa part du contrat. D'après mes informations, cela pourrait lui coûter sa magie.

- Et vous coûter la vie. La rédaction d'un contrat magique demande du temps, Maellyn. Crois-moi, tu ne veux pas signer n'importe quoi.

- Plus on attend, plus ma famille moldue sera difficile à retrouver.

- Le temps presse, confirma Gloria Ngozi.

- Vu le temps qui s'est écoulé, les pistes sont déjà froides, contra Narcissa. Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Je signerai ce contrat, Maellyn. Je refuse toutefois de signer n'importe quoi.

Son ton était définitif et toute la haine que j'avais pour elle ne changeait pas le fait que je savais que je ne la convaincrais pas du contraire. Une part de moi avait envie de lui hurler qu'elle avait de la chance que Gloria Ngozi puisse nous aider, et qu'elle était celle qui devait faire des concessions. Toutefois, j'avais grandi dans le monde Sang-Pur. Je savais ce qu'était un contrat magique.

Je n'étais pas sûre de vouloir tenter le destin et de me retrouver Cracmol du jour au lendemain.

Je pris une profonde inspiration pour calmer les battements désordonnés de mon cœur. Narcissa avait accepté l'idée du contrat magique, il ne restait que les détails à régler, et il y en avait un en particulier auquel je refuserai de renoncer. Je me tournai vers Gloria Ngozi.

- Je veux être la seule à être prévenue des avancées des recherches. Je veux être la seule à être prévenue quand vous les retrouverez. En aucun cas, Narcissa Malefoy ne doit savoir où ils sont.

- Maellyn !

J'ignorai le ton outrée de Narcissa.

- Je préfère encore ne jamais les retrouver que de les mettre en danger. Je ne signerai rien si cette clause n'est pas écrite noir sur blanc. Et si je ne signe pas, rien ne m'obligera à taire le secret de Crystal.

Gloria Ngozi resta impassible.

- Je n'y vois aucun inconvénient. Cela sera sans doute plus pratique, puisque Crystal pourra gérer la communication. Je fais plus confiance à ma petite-fille qu'à un hibou.

Je tournai la tête vers Narcissa pour la mettre au défi de refuser.

Elle secoua la tête.

- Nous en sommes donc là, Maellyn ?

- La dernière fois que tu as croisé leur route, tu leur as effacé la mémoire. Je ne prendrai pas le risque que cela se reproduise.

Elle eut le bon goût de détourner les yeux et je vis Draco se redresser du coin de l'œil.

- Je ne signerais rien non plus si ce n'est pas rajouté.

Le rôle de Draco était encore plus proéminent aux yeux de Gloria Ngozi – le jour venu, il devrait faire profiter Crystal de l'appui du nom Malefoy – et son intervention la décida à écrire une ligne sur le contrat au milieu de la table, sans que Narcissa ne proteste.

- Et en ce qui concerne mon père ? repris-je.

- Comment cela ? releva Narcissa. Sirius n'a rien à voir là-dedans.

Mon père aurait sans doute eu un tout autre avis sur la question, mais il était occupé à hanter le cimetière de Pré-au-Lard sous sa forme Animagus, ce qui n'était pas plus mal.

- Je sais que mon oncle et mon grand-père ont placé une prime sur sa tête. Il a assez des Aurors pour ne pas rajouter des Bikers motivés par l'appât du gain.

Gloria Ngozi se tourna vers Crystal et dit sèchement quelque chose en Afrikaans. Mon amie croisa les bras sur sa poitrine et lui répondit. Je ne compris que le mot « Ouma » mais le reste ne sembla pas plaire à Gloria.

- Si mon grand-père et mon grand-oncle savaient ce que je sais, ils seraient d'accord pour mettre un terme à cette stupide chasse à l'homme qui ne mènera à rien, par-dessus le marché.

- La sûreté de mon cousin n'est pas négociable, insista Narcissa, refermant ses ongles parfaitement manucurés sur le contrat.

- Très bien mais ce n'est pas moi qui expliquerais ça à Grant Adler et Burt White.

J'avais bien l'intention de faire comprendre à ma famille moldue que mon père était innocent et que la seule personne qui méritait leur haine éternelle était Bellatrix Lestrange.

Et peut-être Narcissa Malefoy aussi.

- Autre chose, demoiselle ?

Ce fut à mon tour de croiser les bras sur ma poitrine. J'avais eu plusieurs semaines pour imaginer cette rencontre et mes exigences – aidée de Crystal, Draco et Pansy –. Si j'avais oublié quelque chose, c'était sans doute un détail insignifiant à côté d'une aide précieuse pour retrouver ma famille moldue et l'assurance de leur sécurité pour les années à venir.

- Très bien, je crois que mon avocate aura de quoi travailler, dit Narcissa en se levant. Je vous ferais parvenir une première version dans les plus brefs délais, Madame Ngozi.

- Mon avocat l'attend avec impatience.

Je ne doutais pas une seconde que la grand-mère de Crystal ait réussi à acheter les services de quelqu'un de très compétent.

Je me levai à mon tour, bien décidée à ne pas laisser la moindre occasion à Narcissa de me parler en aparté, ce qu'elle était bien capable de tenter.

- J'ai quelque chose pour toi, Maellyn.

Le ton de Gloria Ngozi s'était adouci et elle tendit une enveloppe. Un coup d'œil à Crystal m'apprit que je ne risquais rien.

Les photographies me rappelèrent celles qui avaient été prises à l'insu de ma mère, sauf que ce n'était pas elle, cette fois.

Le premier homme semblait immense à côté des autres passants, son crâne rasé et sa barbe impressionnante. Je pouvais deviner de nombreux piercing et un tatouage au-dessus de son oreille droite. Le deuxième était un peu plus petit, trapu, ses traits obscurcis par une casquette qui avait vu des jours meilleurs. Si le premier homme portait une veste de cuir semblable à celle de ma mère, la tenue du deuxième était plus passe partout.

- Grant Adler est le colosse et Burt White le petit teigneux. Ne leur dis pas que je les ai fait suivre, je doute qu'ils apprécieraient… A la différence de ta mère, ils sont encore vivants pour me demander des comptes.

Je détaillai la photographie pendant encore de longues secondes, essayant de graver leur image de façon indélébile dans ma mémoire, avant de refermer l'enveloppe soigneusement.

J'aurais tout le temps de regarder les autres photographies dans mon dortoir ce soir.

- Merci, Madame Ngozi.

Elle eut un vague geste de la main.

- Crystal a insisté pour que je les amène.

Crystal roula des yeux derrière elle et je ne pus retenir un sourire.

Gloria Ngozi n'était peut-être pas si terrifiante finalement.

Mardi 22 Novembre 1994, Pré-au-Lard, Ecosse.

L'arène était si grande que les gradins – pourtant bondés, personne n'était resté au château – couvraient à peine un quart de sa circonférence. A l'intérieur, le sol était en terre battue et de nombreux rochers avaient été disposés un peu au hasard, soit pour offrir des cachettes aux champions, soit pour compliquer un peu plus leur Tâche.

Les spéculations allaient bon train concernant ce que les quatre Champions allaient devoir affronter et même Nott semblait réduit à des hypothèses – ou alors, il avait décidé de se montrer égoïste –. Crystal, qui avait épluché un livre d'histoire du Tournoi au mois de septembre, penchait plus pour quelque chose qui mettrait les réflexes des Champions au défi, ce qui ne permettait pas d'éliminer grand-chose.

J'espérais simplement que Potter allait en sortir vivant, juste pour éviter à mon père de se sentir trop misérable.

Draco, lui, ne cachait pas ses attentes. Il avait redoublé d'efforts pour s'assurer qu'une grande majorité porte son badge – ce qui n'avait pas été très difficile après l'article de Skeeter qui ne mentionnait même pas le nom de Diggory – et il avait passé les deux dernières semaines à préparer de grandes pancartes sur lesquelles il avait écrit ses passages préférés de l'article. Il les avait distribué ce matin à des Serpentards et des Poufsouffles triés sur le volet.

Il était si content d'avoir une telle opportunité pour nuire à Potter que c'était à se demander s'il n'était pas celui qui avait mis son nom dans la Coupe de Feu.

Dans tous les cas, seuls les Gryffondors – et même pas tous – soutenaient Potter aujourd'hui si je me fiais aux rares banderoles rouge et or en comparaison à celles bronze et jaune.

Les quatre juges étaient installés en face de nous, sur une estrade qui dominait parfaitement l'arène. Dumbledore était en pleine discussion avec Madame Maxime, tandis que Karkaroff fixait le vide d'un air maussade. Mr Croupton, lui, me donna l'impression de ne pas trop savoir pourquoi il était là, ce qui était surprenant vu sa réputation.

Un puissant coup de sifflet résonna et Verpey entra dans l'arène en courant, vêtu pour changer de sa vieille robe du temps où il était batteur dans l'équipe des Frelons.

Exactement comme le jour de la finale de la Coupe du Monde de Quidditch, il posa la pointe de sa baguette sur sa gorge.

- BIENVENUE A TOUS ET A TOUTES POUR LA PREMIERE TACHE DU TOURNOI DES TROIS SORCIERS. OU DEVRAIS-JE DIRE DES QUATRE SORCIERS ?

Si sa première phrase avait arraché des cris enthousiastes à la foule, la deuxième lui valut quelques sifflets. Verpey éclata de rire.

Je passai une main lasse sur mon front.

- Je vois que certains ont déjà choisi leur favori !Le moment de les départager approche et je suis sûr que vous mourrez tous d'envie de découvrir en quoi consiste la première tâche.

Les acclamations se mêlèrent aux applaudissements enthousiasmes et je me redressai sur mon banc malgré moi.

- JE N'AI PAS ENTENDU POUDLARD ! AVEZ-VOUS ENVIE DE DECOUVRIR EN QUOI CONSISTE LA PREMIERE TÂCHE ?!

Cette fois, les cris étaient dignes d'une finale de la Coupe des Quatre Maisons. Mes oreilles se mirent à vibrer, mon cœur accéléra dans ma poitrine, et je me laissai gagner par l'ardeur générale.

- C'est ce que j'appelle une foule en délire !

Verpey se baissa pour ramasser une sorte d'œuf qu'il tendit bien haut au-dessus de lui.

- Voilà ce que les champions doivent récupérer aujourd'hui. Cet œuf contient un indice essentiel pour la deuxième tâche. sans lui, ils n'auront aucune chance de continuer dans ce tournoi.

Crystal se pencha vers moi.

- Potter sait ce qu'il lui reste à faire, me glissa-t-elle.

Je secouai la tête. Je pouvais me tromper, mais le contrat magique avec la Coupe de Feu stipulait sans doute qu'un champion devait mourir en essayant de réussir une tâche.

- Et qui est plus qualifié pour garder un tel œuf que des…

Il y eut du bruit, comme le raclement de quelque chose de lourd sur le sol, et toute la foule tourna la tête vers la gauche. Une partie de l'arène venait de s'ouvrir à notre gauche.

Il eut un rugissement qui fit dresser mes poils sur mes avant-bras.

Ils n'avaient pas… ?

- DES DRAGONNES !

Les acclamations et les applaudissements atteignirent de nouveaux sommets et je vis plus Draco éclater de rire que je ne l'entendis. Ses lèvres bougèrent et j'étais prête à parier qu'il venait de dire quelque chose à propos de Potter.

Je n'eus pas le temps de le maudire pour sa bêtise car la première dragonne entrait dans l'arène, ses ailes claquants – ce qui n'était pas bon signe – et de la fumée s'échappant de sa gueule – ce qui était encore un moins bon signe –.

C'était une femelle Suédois à museau court d'un joli gris-bleu. Il me sembla qu'elle était petite pour une dragonne de son espèce mais elle restait effrayante.

Du reste, si j'avais dû l'affronter, armée seulement de ma baguette.

- MESDAMES, MESDEMOISELLES, MESSIEURS, FAITES UN MAXIMUM DE BRUIT POUR NOTRE PREMIER CHAMPION MONSIEUR CEDRIC DIIIIIGGORYYY !

Diggory entra dans l'arène par une porte à la droite de la table des juges. Maintenant que je savais ce que les quatre champions devaient affronter, je trouvais que Diggory était bien chétif pour faire face à une dragonne en période de couvée. Si toutes les autres tâches étaient du même ordre, je n'étais plus si sûre qu'il n'y aurait pas de morts cette année.

Diggory se mit l'abri derrière un rocher et observa pendant de longues minutes la dragonne, occupée à souffler des flammes sur ses œufs pour les réchauffer, les arrangeant avec délicatesse dans son nid, acceptant l'œuf doré comme l'un des siens.

La foule imitait le silence et l'immobilité de Diggory, et je retins mon souffle quand il quitta sa cachette pour une seconde, un peu plus proche de la dragonne.

Il se rapprocha peu à peu, réussissant à ne pas se faire repérer – ce qui était déjà un exploit puisque les Suédois avaient un excellent flair –. Diggory agita enfin sa baguette et je reconnus la Métamorphose avant qu'il ne la réussisse du premier coup.

Ce qui ressemblait à un labrador venait d'apparaître dans l'arène et Diggory l'envoya faire diversion.

Le chien s'avança directement jusqu'à la dragonne et commença à grogner, puis à aboyer. La dragonne sembla d'abord décidée à l'ignorer – il était ridicule comparé à elle – mais elle changea d'avis quand il commença à renifler un de ses œufs.

Le chien évita la langue de flamme par pure chance et la dragonne abandonna son nid pour le suivre. Diggory ne laissa pas passer sa chance. Il jaillit hors de sa cachette, rejoignit les œufs en quelques enjambées, et saisit l'œuf en or.

La foule salua sa réussite par des cris exaltés, ce qui eut pour conséquence de faire se retourner la dragonne.

Elle rugit en découvrant Diggory à côté de son nid et cracha des flammes impressionnantes. Je me levai en même temps que les autres pour essayer de voir si Diggory avait réussi à se pousser à temps. Il réapparut derrière son rocher, sa cape en feu, l'œuf coincé sous son bras, et une grimace de douleur sur son visage.

- MONSIEUR DIGGORY A EU DE LA CHANCE ! IL DOIT ENCORE REGAGNER LA PORTE SANS PERDRE SON OEUF !

La dragonne se mit à rugir, comme si elle venait de s'apercevoir que son nombre d'œufs n'était plus le bon et le bruit terrifiant sembla décider Diggory à déguerpir le plus vite possible. La dragonne le guettait et Diggory se jeta au sol au bon moment pour échapper à de nouvelles flammes. Il se releva aussitôt, le diable littéralement aux trousses, et slaloma entre les rochers pour rejoindre la porte par laquelle il était entré. La dragonne l'avait suivi, crachant des gerbes de flammes d'un rouge profond et rugissant de colère. Je faillis bien me cacher les yeux jusqu'à ce que Verpey me donne le verdict de cette course folle, mais Diggory réussit à se mettre à l'abri.

Je réalisai que je retenais mon souffle depuis le premier jet de flammes et je ne pus qu'imaginer ce que cela avait pu être pour Diggory.

Qui, exactement, avait eu cette idée ?!

La foule salua la prestation de Diggory avec ferveur et Poudlard ne tarda pas à chanter le nom de son champion.

- BRAVO ! Vraiment très bien ! Voyons maintenant les notes de juges !

Madame Maxime, Dumbledore et Croupton attribuèrent un 7 et Karkarroff un 4.

- Cela nous fait donc un total de 25 points pour notre premier champion ! Allez ! Il mérite un peu plus d'applaudissements que ça, non ?

La foule scanda à nouveau le nom de Diggory, et je me forçai à mêler ma voix aux cris, même si le stress de ce que je venais de voir me serrait encore la gorge.

Les chances de Potter de s'en sortir me semblaient encore plus minces qu'une heure plus tôt.

- Encore trois autres concurrents, à présent ! Miss Delacour, s'il vous plait !

J'ignorais comment ils avaient réussi à convaincre la précédente dragonne de retourner dans son enclos, même s'il me sembla apercevoir plusieurs sorciers derrière la large porte.

Une dragonne de l'espèce Vert Gallois apparut alors, bien plus large que la petite Suédois. Allaient-ils présenter des dragons de plus en plus dangereux à mesure que les champions défilaient ? N'était-ce pas inéquitable qu'ils affrontent tous une espèce différente ?

Pourquoi des dragons ?!

Fleur Delacour semblait avoir perdu de sa superbe entre hier soir et maintenant. Son teint avait l'air verdâtre et elle resta figée au bout de l'arène pendant un long moment. Ses camarades de Beauxbâtons commencèrent à scander son nom pour lui donner du courage, et le chant fut repris par beaucoup d'autres. Delacour se redressa, rejetant ses épaules en arrière, et fit un premier pas dans l'arène.

Contrairement à Diggory, elle ne chercha pas à se cacher. Elle avança lentement, un pas après l'autre, ce qui ne tarda pas à attirer l'attention de la dragonne une fois qu'elle eut fait le tour de ses œufs.

La dragonne la fixa, de la fumée s'échappant de ses narines, prête à cracher des flammes qui seraient encore plus impressionnantes que celles du Suédois.

Delacour commença à agiter sa baguette d'une façon étrange. Ses gestes étaient trop larges et trop lents pour qu'il s'agisse d'un sortilège, mais une sorte d'harmonie se dégageait de ses mouvements. Ces derniers ne s'arrêtaient pas à sa baguette ou à ses mains. Tout son corps participait et l'étrange danse me rappela celle des Vélanes lors de la Coupe du Monde de Quidditch. Peu à peu, le silence se fit dans la tribune et je fus presque certaine de discerner la mélodie d'un chant que je ne connaissais pas.

La dragonne resta d'abord impassible, balayant l'air de sa queue avec humeur, faisant claquer ses longues ailes de temps à autre, comme pour tenir Delacour à distance puis, peu à peu, elle commença à s'apaiser. Sa tête se mit à imiter les mouvements oscillants de Delacour, sa queue reproduisait les gestes de la baguette et ses ailes se replièrent.

Delacour ralentit encore sa danse, sans pour autant perdre en grâce et, quand elle arriva à un mètre de la dragonne, elle s'était endormie.

Elle était allongée sur ses œufs et Delacour dut faire preuve de patience et de prudence pour dégager celui en or, son visage à quelques centimètres d'une patte dotées de griffes effrayantes. Elle venait de réussir à le récupérer quand un grognement sourd s'éleva de la dragonne. Une langue de flammes s'échappa de sa gueule et prit dans la cape de Delacour, sans que la dragonne ne donne l'impression de vouloir bouger ou de s'être réveillée.

Delacour réagit vite et éteignit les flammes d'un jet d'eau précis, avant de s'éloigner à grands pas. La foule attendit qu'elle soit hors de danger pour saluer sa prestation.

- Voilà ce qu'on appelle une très belle prestation pour Beauxbâtons ! Qu'en pensent notre jury ?

Dumbledore attribua un 7, Madame Maxime un 9, Karkaroff un 4 et Croupton un 6.

- Ce n'est pas juste, m'écriai-je. Elle s'en est mieux sortie que Diggory !

Pansy se retourna.

- C'est une fille. La seule façon pour elle d'avoir quarante points d'un coup aurait été de tuer cette dragonne à mains nues.

- Tu exagères, Pansy ! intervint Draco. Elle a plus de points que Diggory alors qu'elle a bien failli brûler vive !

Pansy leva les yeux au ciel et se retourna.

- VOICI A PRESENT MR KRUM !

Durmstrang réussit à donner l'impression de faire plus de bruit que tout Poudlard réuni quand Krum apparut quelques minutes plus tard, le temps que des dragonniers s'occupent de remettre le vert gallois dans l'enclos et installe le Boutefeu Chinois.

A croire que Potter allait affronter un Pansedefer ukrainien, un Magyar à pointes ou un Dent-de-vipère du Pérou.

Parce qu'il fallait qu'il soit tombé sur le plus dangereux des quatre – du reste, si j'avais bien compris la logique derrière cette épreuve –.

Krum ne s'éternisa pas et il fit une véritable démonstration des techniques militaires qui avaient rythmé sa vie à Dumstrang. Il passa d'une cachette à une autre avec bien plus d'aisance que Diggory, rampa à une vitesse impressionnante et se retrouva près de la dragonne en quelques minutes, sans même paraître essoufflé.

Il attendit que la dragonne s'installe confortablement sur ses œufs pour passer à l'action. Son attaque fut aussi brève qu'efficace. La dragonne rugit de douleur et secoua sa tête violemment. Quelques boules de feu lui échappèrent et l'une d'entre elle passa à un mètre de la tête de Croupton.

Krum ne se laissa pas impressionné. Il rampa jusqu'au nid, récupéra son œuf – évitant les pattes de la dragonne en roulant plusieurs fois sur lui-même – puis courut jusqu'à la porte.

Les Dragonniers intervinrent dès qu'il fut sorti et il leur fallut unir leurs efforts pour stupéfixier la dragonne, au risque qu'elle ne détruise l'arène de douleur. Tandis qu'on l'emmenait – tant bien que mal – dans son enclos, elle laissait derrière elle un nid en ruine.

De la dizaine d'œufs qu'un Dragonnier avait installé un peu plus tôt, il n'en restait que quatre entiers.

Tout à coup, je ne me sentis plus du tout impressionnée par la prestation de Krum, mais plutôt en colère. Contre lui, et contre l'idiot qui avait eu l'idée de cette première tâche.

Les juges semblèrent de mon avis.

Si Karkaroff donna 10 à son élève – sans surprise –, Croupton et Dumbledore se contentèrent d'un 6, et Madame Maxime d'un 7. Malgré cela, Krum prit la tête de la compétition.

- J'espère que Potter va lui mettre une raclée, grinçai-je.

Crystal ricana.

- J'ignorais que tu aimais autant les dragons, Lestrange, se moqua-t-elle.

- Tu ne sais pas tout de moi, Malhorne.

Petite, je rêvais de devenir Dragonnière, quand bien même ce n'était pas un travail respectable pour une jeune fille de bonne famille. Ce dernier point avait changé et c'était l'une des conséquences à laquelle je n'avais pas eu le temps de réfléchir.

Les Dragonniers installèrent les nouveaux œufs et je ne pus que secouer la tête en reconnaissant une Magyar à pointes, à l'air particulièrement féroce avec ses yeux jaunes immenses.

Merlin tout puissant.

Potter apparut enfin, déclenchant des huées sans précédent d'une majeur partie du public, en plus d'un chant qui semblait avoir été écrit par Draco.

Le Survivant avait l'air particulièrement frêle comparé aux autres, mais si la moitié des rumeurs sur son compte étaient vraies, il s'était déjà sorti de situations plus délicates encore – certains évoquaient le Seigneur des Ténèbres, d'autre un Basilic géant, et c'était sans compter la centaine de Détraqueurs qu'il avait repoussé l'année dernière –. Il n'allait peut-être pas mourir aujourd'hui.

Potter leva sa baguette et hurla un sortilège que je ne reconnus pas, mais qui fit rire Draco à gorge déployée devant moi.

- Un Accio ? Vraiment ? Aux dernières nouvelles, il n'arrivait pas à le maîtriser !

C'était bien petit de se moquer des déboires en sortilèges de quelqu'un, mais cela ne servait pas à grand-chose de le rappeler à Draco, obnubilé comme il l'était par ce qu'il se passait dans l'arène.

Les secondes commencèrent à s'étirer, les sifflets laissèrent place à des exclamations moqueuses le chant contre Potter s'éleva de plus en plus fort… Je n'expliquais pas vraiment la boule désagréable au creux de mon ventre, ni l'envie que j'avais de porter mes ongles à ma bouche pour rogner ce qui avait réussi à repousser depuis mon rendez-vous avec Narcissa et Gloria Ngozi.

Finalement, l'Eclair de Feu apparut, fendant les airs avec cette précision que je connaissais mieux que personne. Potter sauta dessus dès qu'il fut à sa hauteur.

La première tâche changea complètement de visage.

- Ça c'est ce que j'appelle une bonne idée, me glissa Crystal. Il ne va peut-être pas mourir tout de suite finalement.

Je ne pus retenir mon sourire en coin en imaginant la déception de mon cousin, lui qui avait tant travaillé pour zapper le moral de Potter.

Potter s'engagea dans un exercice de haute voltige qu'il réservait d'ordinaire aux matchs de Quidditch quand il lui fallait redoubler d'efforts pour faire gagner son équipe. Il piqua, remonta en chandelle, évitant une langue de feu de justesse

- MILLE MEDUSES ! VOILA QUI S'APPELLE SAVOIR VOLER ! VOUS AVEZ VU CA, MONSIEUR KRUM ?

Potter reprenait déjà de l'altitude, volant en cercle à la façon d'un oiseau de proie, narguant la dragonne qui ne perdait rien de son manège. Combien de temps avant qu'elle se lance à sa poursuite ? Combien de provocation pour qu'elle ouvre le feu ?

Potter piqua à nouveau et je retins mon souffle, sursautant quand il n'évita pas la queue hérissée à temps, sans pour autant perdre le contrôle sur son balai ou paniquer face à la dragonne. Il entreprit d'harceler la dragonne, s'approchant assez pour qu'elle se sente menacée, mais réussissant à rester à distance pour pouvoir éviter les jets de flammes. Peu à peu, il montait un peu plus haut, forçant la dragonne à se redresser, découvrant ses œufs, dont celui doré.

Quand elle leva sur ses pattes arrière et déploya ses ailes, Potter passa à l'action.

En l'espace d'une fraction de seconde, il plongea tout droit sur les œufs, passa sous ses pattes antérieures, et reprit aussitôt de l'altitude, son prix coincé sous son bras.

- REGARDEZ-CA ! NON MAIS REGARDEZ CA ! NOTRE PLUS JEUNE CHAMPION A ETE LE PLUS RAPIDE POUR S'EMPARER DE SON OEUF ! VOILA QUI VA FAIRE MONTER LES PARIS SUR MR POTTER !

Draco me glissa un regard en coin sans que je n'ai besoin de l'interpeller, et son air sombre me fit éclater de rire. Chaque année – littéralement –, il semblait se faire surprendre par le talent de Potter à rebondir qu'importe la situation, et à s'en sortir avec seulement quelques égratignures et des points supplémentaires pour Gryffondor.

Cette fois, il réussit à se placer ex-aequo avec Krum dans le classement du Tournoi, délivrant au passage la prestation la plus spectaculaire face au dragon le plus dangereux.

Douce Circée en soit témoin, j'avais vraiment envie qu'il gagne, juste pour voir la tête de Draco !

Mercredi 30 Novembre 1994, Pré-au-Lard, Ecosse.

J'étais rarement restée aussi tard dans la salle commune de Serpentard. Jusqu'à l'année dernière, les préfets nous avaient toujours obligés à rejoindre notre dortoir avant vingt-deux heures, et je m'efforçais de garder cette habitude pour éviter que Madame Pomfresh m'écorche vive.

Ce soir, j'avais laissé Crystal monter sans moi et je feignais d'être plongée dans un devoir de Métamorphose pour lequel je n'étais absolument pas concentrée.

Le goût amer dans ma bouche me semblait plus fort que jamais – mon père n'avait pas eu tout à fait tort, on finissait par s'habituer – et j'avais du mal à imaginer que j'en serais débarrassée dans moins d'une heure.

Le cycle lunaire s'était enfin écoulé, une nouvelle pleine lune s'était levée en début de soirée, et j'allais peut-être pouvoir terminer la potion d'Appel. Il me faudrait encore attendre un orage, réciter l'incantation de Souhait à chaque lever et coucher du soleil jusqu'à un autre orage pour, enfin, boire la potion.

La première transformation – si elle avait lieu – était la plus douloureuse et la plus dangereuse.

J'étais loin d'avoir compris toutes les subtilités du processus, tout comme je doutais parfois de seulement y parvenir, mais je me laissais parfois aller à imaginer ce que pourrait être ma forme Animagus.

La génétique jouait-elle un rôle ? A l'exception de Patmol, je n'aimais pas trop les chiens, et Pansy ne manquerait pas de se moquer de moi si je marchais si près dans les pas de mon père.

Était-il possible d'influencer le choix ? Draco serait terriblement jaloux si je me transformais en Dragon – quand bien même une telle forme Animagus n'était prêtée qu'à Viviane, si elle avait vraiment existé –.

Une chose était sûre, les mécanismes qui régissaient le choix de la forme Animagus étaient complexes et encore très mal connus, car très peu de sorciers se révélaient capables de maîtriser cette branche de la Métamorphose.

Une de mes craintes était de me retrouver avec une forme Animagus ridicule – je ne tenais pas du tout à être un rat – ou une complètement inutile – certaines premières transformations étaient connues pour avoir très mal tournées quand le sorcier ou la sorcière s'était retrouvé incapable de respirer hors de l'eau –.

Je ne pouvais qu'espérer que ma forme Animagus révélerait quelque chose de moi qui ne serait pas trop douloureux à affronter…

Un coup d'œil à l'une des horloges dans la salle commune m'apprit qu'il était presque vingt-trois heures trente et que le professeur McGonagall devait déjà être en chemin.

Je rangeai mes affaires avec soin, puis passai mon sac à l'épaule, préférant l'emporter avec moi plutôt que prendre le risque que quelqu'un – Deloris, par exemple – fouille à l'intérieur.

Personne ne sembla remarquer que je me dirigeais dans la direction opposée à mon dortoir, et je doutais que l'on s'offusque de me voir quitter les quartiers de Serpentard à une telle heure.

Du moment que cela ne coûtait aucun point à notre maison.

- Bonsoir, Miss Lestrange.

- Bonsoir, professeur.

L'hiver approchait et les couloirs étaient glacials, ce qui expliquait sans doute l'épaisse cape en tweed du professeur McGonagall. Je la suivis sans qu'elle n'ait besoin d'ajouter quoique ce soit, et je fis de mon mieux pour garder le contrôle sur mes nerfs.

La fin de la période de Persévérance ne signifiait en aucun cas le début des autres phases. Il suffisait qu'un seul nuage passe devant la lune à minuit et il me faudrait tout recommencer depuis le début. J'étudiais avec inquiétude les prévisions de La Gazette depuis une semaine, et je savais pertinemment que la météo n'était pas vraiment de mon côté. Dans le meilleur des cas, le ciel serait couvert, et comme nous étions dans le nord de l'Ecosse, il se pourrait très bien qu'il pleuve pour faire bonne mesure.

Nous arrivâmes bien vite dans la cour intérieur du château, non loin de la salle de Métamorphose et je déglutis difficilement en reconnaissant le tapage humide sur les dalles de pierre.

Une bourrasque de vent m'apporta une bouffée d'air familière, parce que de semblables avaient rythmé les semaines depuis notre arrivée.

De véritables trombes d'eau se déversaient sur Poudlard, lavant les murs du château et inondant la terre déjà détrempée.

Ceux qui se rendraient en Botanique ou en Soins aux Créatures Magiques reviendraient couverts de boue.

J'avais supporté le goût de la feuille de Mandragore pour rien.

Le professeur McGonagall serra mon épaule avec douceur.

- Peut-être aviez-vous raison, Miss Black. Le mois de novembre ne nous a pas été favorable.

J'eus un soupir et je redessinai la forme de la feuille du bout de ma langue, sans plus grimacer au goût ou à la texture désormais flétrie, presque poisseuse. J'avançai jusqu'au banc de pierre à l'abri sous la coursive.

- Il n'est pas encore minuit, professeur.

L'averse était trop soutenue pour qu'il y ait la moindre éclaircie d'ici un quart d'heure, mais je ne m'avouerai pas vaincue pour autant.

Elle s'installa à mes côtés, parfaitement droite, ses mains croisées sur ses genoux.

La pluie continuait de tomber sans montrer le moindre signe de faiblesse.

- Je me souviens encore de ma déception la première fois, me souffla-t-elle. J'avais hâte de me débarrasser de ce goût atroce et j'étais prête à affronter le premier orage pour commencer l'incantation du Souhait...

Je fis la moue et je me penchai pour essayer d'apercevoir la lune.

Le ciel était sombre, les étoiles absentes et aucun signe de l'astre nocturne.

- Vous savez à combien de fois j'ai dû m'y reprendre, n'est-ce pas ?

- Six fois.

- Six fois.

Je grimaçai. La lecture des carnets du professeur McGonagall m'avait appris que mère nature avait tendance à compliquer encore plus les choses, surtout en Ecosse, où les nuits claires et les orages étaient rares certaines années. Le professeur McGonagall s'était exilée au centre de l'Afrique pendant deux mois pour réunir les conditions d'une première transformation.

Il y avait une certaine logique derrière le nombre incroyable d'Animagi en Afrique.

- Avec un peu de chance, nous n'aurons pas besoin d'en arriver à de telles extrémités. Et dans le pire des cas, je crois savoir que Miss Malhorne pourra arranger votre voyage.

J'eus un bref éclat de rire.

- Ça lui ferait trop plaisir de jouer un rôle clé dans tout ça.

Je surpris un rare sourire du coin de l'œil.

- Je demanderai au professeur Sinistra quelle période est la plus propice pour un nouvel essai. En attendant, nous allons tâcher de terminer les programmes de cinquième et sixième année. Vous ne serez que mieux armée à affronter votre première transformation.

Nous restâmes assises à regarder la pluie tomber jusqu'à ce que l'immense horloge du château sonne les douze coups de minuits. Avec un soupir, je retirai la feuille de Mandragore sous ma langue – désormais noire, fripée, et à la limite de se décomposer en petits morceaux – puis je la jetai dans la cour en essayant de ne pas m'attarder sur ce qu'elle représentait.

Devenir Animagus était un long et difficile processus, semé d'embûches et de dangers. Ce premier échec ne serait sans doute pas le dernier.

Samedi 26 Novembre 1994, Hell's Angels, Londres, Angleterre.

Il n'avait pas souvenir d'avoir un jour mis les pieds dans un bar tel que celui-ci. Les clients se ressemblaient tous – des tatouages, du jean, du cuir, des piercing, des coupes de cheveux hirsutes et un bon ventre de bière pour la majorité –, une moto impressionnante trônait au milieu de la salle, des pièces mécaniques étaient accrochées aux murs en guise de décoration, et un atelier de réparation tournait à plein régime derrière une large verrière malgré l'heure tardive.

Bien évidemment, son arrivée un peu plus tôt lui avait valu de nombreux regards méfiants, et la fille qui était venu prendre sa commande lui avait conseillé de ne pas trop s'attarder.

- J'ai rendez-vous, avait-il répondu.

Il n'avait aucun mal à imaginer Judy et Sirius ici, plus d'une décennie plus tôt. Au-delà des vêtements, de leur façon de parler ou des motos, il se dégageait de ces bikers une sorte d'énergie familière. Patmol avait sans doute raison quand il soutenait que s'il n'obtenait pas des réponses ici à propos de Burt White et Grant Adler, alors il ne trouverait rien de plus à Londres sur eux.

Patmol avait eu d'autant plus raison de lui conseiller de ne pas y aller tout seul.

La porte du bar s'ouvrit à nouveau et laissa entrer une jeune femme aux cheveux rose. Il ne put retenir un soupir soulagé.

Tonks détailla le bar avec un sourire en coin appréciateur, avant de le repérer.

Contrairement à lui, elle ne dénotait pas au milieu des Bikers. Son long manteau noir était passé par-dessus une chemise ouverte sur un t-shirt des Bizarr' Sisters, son jean était déchiré au genou droit et ses cheveux partiellement rasés auraient presque pu dévoiler un tatouage.

Elle se laissa tomber en face de lui sans grâce et lui offrit une grimace.

- Bonsoir, Tonks.

- Lupin. Alors, quelle est la mission ?

Il secoua la tête.

- C'est toi qui voulais me voir.

Elle haussa un sourcil, imitant parfaitement Andromeda.

- Et de tous les endroits où tu aurais pu me donner rendez-vous, tu as choisi ce bar ? Je suis une Auror, je ne suis pas complètement stupide.

- Qui te dit que je ne suis pas un habitué ?

Elle le dévisagea, puis éclata de rire.

- Mais bien sûr.

Il ne put retenir un sourire face à son sourire moqueur et à ses yeux brillants, à des années lumières de l'expression dure qu'elle lui réservait encore il y avait quelques mois.

Il ne l'avait pas revue depuis son embuscade chez Andromeda. Après avoir exigé des explications, elle avait écouté l'histoire des Maraudeurs en silence, s'abstenant de poser des questions au prix parfois d'immenses efforts, pour finalement reconnaître que sa version des faits se tenait peut-être.

Sans qu'elle n'ait eu besoin de le lui expliquer, il avait deviné qu'elle comptait bien recouper son explication avec tout ce qu'elle savait déjà sur l'affaire Black, avant de décider si, oui ou non, elle le croyait.

Comme trois mois s'étaient écoulés depuis, il commençait à penser qu'elle refusait la vérité et il avait été très surpris de recevoir une lettre une semaine plus tôt.

- J'ai cru comprendre que tu voulais me parler et personne ne nous surprendra ici.

Elle retrouva son sérieux et se pencha vers lui. La serveuse choisit ce moment-là pour venir prendre sa commande et Tonks demanda un Whisky. Elle en prit une gorgée avant de reprendre.

- J'ai beaucoup réfléchi à ce que tu m'as dit, la dernière fois, et je suis obligée de reconnaître que c'est une explication très plausible, mais je ne suis toujours pas sûre que c'est la vérité.

Il hocha la tête. Il la comprenait. Lui aussi avait passé près de treize ans à haïr Sirius et à le tenir responsable de beaucoup de choses, à commencer par la mort de James et Lily. S'il n'avait pas vu Peter avec ses propres yeux, sans doute aurait-il eu du mal à y croire.

- Je n'ai pas d'autres preuves à te donner, Tonks. Sirius non plus, d'ailleurs. J'ai essayé de retrouver Pettigrow, Madelyn aussi, mais il a réussi à se faire passer pour mort pendant treize ans. Je crains qu'il réussisse à nouveau… Peut-être a-t-il rejoint Voldemort, auquel cas il est presque intouchable.

Il la vit pâlir.

- Comment ça ?

Il hésita. Tonks était jeune et si elle avait des souvenirs de la première guerre, elle avait été assez épargnée à côté d'autres familles. Travailler aux côtés des Aurors et chasser des Mages Noirs ne signifiait pas forcément que l'on était prêt à affronter l'idée d'un nouvel affrontement contre Lord Voldemort.

- Les récents événements laissent penser qu'il est peut-être sur le retour, Tonks. Peut-être que Pettigrow l'a rejoint, peut-être qu'il se terre dans le grenier d'une maison sorcière et qu'il n'y est pour rien, mais j'en doute. Peter a toujours pris le parti des plus forts et Sirius et moi sommes à sa poursuite… Il aura très certainement choisi de rejoindre Voldemort pour assurer sa sécurité.

- Et ça risque de faire les affaires de cet enculé de psychopathe. Comme si on avait besoin de ça…

Elle resta un long moment à faire tourner le liquide ambré dans son verre, les yeux perdus dans le vide.

- Madelyn McGonagall n'a pas de piste ?

- Pour tout ce que j'en sais, elle est toujours en Albanie. Je n'ai pas plus de nouvelles.

- Ouais, elle a l'air d'être du genre rancunière. Fol Œil m'a toujours dit qu'il valait mieux éviter de se la mettre à dos.

Il était sans doute encore mieux placé que Maugrey pour parler de ça, mais c'était la dernière chose dont il avait envie.

- Des nouvelles de mon cousin ?

Si elle considérait Sirius à nouveau comme son cousin, c'était qu'elle était presque convaincue par leur version de l'histoire.

Il haussa les épaules.

- Il va aussi bien que sa situation le permet. J'ai cru comprendre qu'il était très en colère contre Dumbledore pour toute cette histoire de quatrième champion… J'ai bien peur qu'il finisse par lui balancer son poing à la figure un de ces jours.

Elle grimaça.

- Je ne comprends pas pourquoi ils ont obligé Potter à participer à ce truc. Bien que, d'après Charlie Weasley, il s'en est très bien sorti pour la première épreuve…

C'était ce que lui avait dit Sirius, qui s'était arrangé pour pouvoir assister de loin à la première tâche, soi-disant pour pouvoir intervenir si quelqu'un s'en prenait directement à son filleul. Harry était définitivement doué sur un balai.

- Il n'y a pas moyen que je le rencontre, pas vrai ?

Il haussa un sourcil, pas vraiment surpris par sa requête puisque Tonks n'était pas du genre à se contenter d'un récit de seconde main.

- Que veux-tu lui demander de plus ? Je t'ai dit tout ce que je savais.

Elle se mordilla la lèvre pendant une poignée de secondes.

- Il y a des trucs qui ne collent pas tout à fait entre le dossier sur la mort de Judy Adler et ce que je sais sur son évasion. Mais je voudrais lui parler à lui.

Il porta son verre de bière à la bouche – c'était loin d'être la meilleure qu'il avait jamais bu – pour se laisser quelques secondes de réflexion. Ce n'était pas impossible – il avait le miroir sur lui, ça pouvait même être tout de suite – mais il devrait d'abord en parler avec Sirius. Il était hors de question qu'ils prennent le moindre risque que Tonks devine où Sirius se trouvait.

Il lui faisait confiance mais elle restait une Auror.

- Je vais voir ce que je peux faire. En attendant, je veux bien un petit coup de main.

Le regard de Tonks s'illumina et elle se pencha vers lui.

- Je le savais ! Quelle est la mission ?

Il se fit violence pour rester impassible et essayer d'oublier que Tonks lui rappelait un peu trop le Sirius insouciant qui s'était engagé dans l'Ordre sans y réfléchir à deux fois.

- Judy a travaillé ici pendant quelques mois et Sirius est convaincu que le gérant connaît son père. Si quelqu'un à Londres sait où Burt White et Grant Adler se trouvent, c'est sûrement lui.

Tonks tourna la tête lentement en direction du bar. Le gérant était un homme de grande taille, au visage dissimulé par l'ombre de sa casquette, et dont le regard semblait tout voir.

- Il n'a pas l'air sympathique. Tu as déjà tenté quelque chose ?

- Non.

- Et pourquoi Sirius tient tellement à retrouver sa belle-famille ? D'après ce que j'ai cru comprendre, ils veulent encore plus sa peau que le Ministère.

- Maellyn a besoin d'eux.

La mention de la fille de Sirius eut un effet étrange sur Tonks. L'espace d'un battement de paupière, son image étudiée de punk rebelle tomba pour laisser entrevoir son vrai visage – la forme du visage d'Andromeda en plus doux, les yeux verts de son père, des cheveux blonds et de jolies taches de rousseur – avant qu'elle ne reprenne le contrôle sur son pouvoir.

- Ouais… Si ma mère m'avait tout dit depuis le début, peut-être que j'aurais pu faire en sorte que Narcissa soit arrêtée pour ce qu'elle a fait à ces deux moldus. Je m'en occupe.

Elle se leva et disparut dans les toilettes. Une dizaine de minutes plus tard, un homme immense, au crâne lisse et à la barbe impressionnante ressortit. Beaucoup de personnes le dévisagèrent, à commencer par le gérant.

Ce dernier fit signe à Tonks de le suivre dans une pièce derrière le bar, ce qui ne le rassura pas beaucoup. Elle avait beau avoir sa baguette – et être redoutable avec d'après Ted – elle pouvait aussi s'inventer des ennuis et s'enfoncer par-dessus ça parce qu'elle était une foutue Black.

Les minutes passèrent lentement et il se promit d'intervenir si elle n'était pas ressortie dans un quart d'heure.

Ted allait le tuer et Andromeda réduirait son corps en cendres, non sans avoir réalisé un rituel qui lui interdirait le repos éternel avant.

Tonks réapparut – sous ses traits – dix minutes plus tard, le début d'une ecchymose sur la joue gauche, mais l'air satisfaite de son aventure.

Elle termina son verre de Whisky d'une traite.

- Terry a un méchant crochet du droit, dit-elle en appliquant son verre vide sur sa joue bleuie.

- Il n'a pourtant pas l'air d'être homme à facilement perdre son sang-froid.

- J'ai l'impression que c'est sa façon à lui de dire bonjour à Grant Adler.

- Grant Adler ? Comment peux-tu savoir à quoi il ressemble ?

Elle haussa les épaules.

- Il avait pour habitude de monter la garde en face de la maison de Sirius et j'avais pour mission de garder les lieux. On s'est parlé une fois. Bref. Terry ne sait pas du tout où ils sont.

- Ou il n'a pas du tout envie de te le dire.

Elle lui fit un clin d'œil.

- Fais-moi confiance, Lupin, j'ai mes méthodes. Il m'a promis de diffuser le mot comme quoi Maellyn les cherche et qu'elle a besoin d'eux. Mais ça peut prendre des années avant que ça leur arrive aux oreilles…

Remadora in ON. I repeat, REMADORA IS ON (je les adore, vous avez pas idée).

J'avoue que j'ai pas mal hâte d'avoir votre retour sur :

- La confrontation entre Bubus et Sirius (ça faisait longtemps, je suis sûre que ça n'avait pas manqué tant que ça à Albus…)

- Maellyn qui se venge de Deloris (le petit moment de complicité entre Luna et Maellyn en prime).

- La petite mise au point entre Maellyn et ses cousins Lestrange (cette petite a du cran, quoiqu'on en dise).

- Draco, son obsession pour Harry et ses badges ridicules (vraiment, ce gamin est usant).

- La rencontre inattendue de Maellyn et Patmol dans le cimetière de Pré-au-Lard (oui, je n'ai pas résisté. Oui, Crystal est peut-être un peu trop perspicace mais je n'ai pas pu résisté. Oui, Draco est stupide).

- La seule, l'unique, Gloria Ngozi (qui a un coeur derrière cette façade un peu dure).

- Narcissa Malefoy qui, de toute évidence, tombe sur un os avec Gloria (en même temps, elle ne peut pas toujours avoir le dessus).

- La première tâche (qui est ma préférée des trois je pense, même si je reste horrifiée par cette histoire de tournoi).

- L'échec de Maellyn avec sa feuille de Mandragore (les aléas de la météo en Ecosse en même temps…).

- L'un de mes duos préférés : Remus et Tonks ! (promis, ils reviendront souvent, parce que Tonks est un peu comme ça. Quand elle a une ouverture, elle se faufile!)

J'oublie sans doute beaucoup de choses (encore). Mes chapitres deviennent trop longs pour que je fasse une liste détaillée.

Bon, rien à voir, mais si vous avez des soirées à tuer pendant le mois de Novembre (paraît qu'on va pas trop pouvoir sortir…), je vous conseille les formations gratuites du collectif Nous Toutes sur les violences sexuelles et sexistes, la culture du viol ou l'intersectionnalité. C'est en ligne, c'est pertinent, et c'est d'intérêt public !

Rien à voir non plus, mais je vous conseille aussi le dernier album de Taylor Swift, folklore, parce que je l'aime vraiment beaucoup.


Entre le (re)confinement et l'anniversaire de la mort de James et Lily aujourd'hui (39 ans, c'est abusé ou pas?), un petit concours*, ça vous dit ?

- La 97ème review se verra révéler le titre du Spin-Off.

- La 98ème review se verra révéler le titre et le résumé du Spin-Off.

- La 99ème review se verra révéler se verra révéler le titre, le résumé et le premier chapitre du Spin-Off.

On est dans de l'exclusivité (presque) exclusive mes petit·e·s, c'est moi qui vous le dit !

[*Moldulo vous avez un compte, toussa toussa]


En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté du UA complet de cette histoire : There will be time.

Prenez bien soin de vous, portez votre masque, lavez-vous les mains et profitez du confinement pour lire des livres féministes ! (Lauren Bastide, Alice Coffin, Pauline Harmange, Victoire Touillon...)

Orlane.

Mis à jour le samedi 31/10/2020