Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses. Celleux qui oeuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.

Attention: Rated T pour le langage et les scènes violentes.


RàR :

Pomme : Salut ! Merci beaucoup pour ta review ! Je suis contente que le dernier chapitre t'ait plus ! Bonne lecture !

Nyanaa : Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! Je réponds toujours aux reviews;) (et avec grand plaisir).
Crystal et Maellyn forment un duo d'enfer ! J'aime beaucoup leur dynamique à ces deux petites !
Awwww, ça me touche que les retrouvailles entre Sirius et Maellyn t'aient tiré une petite larme ! J'avoue qu'ils sont touchants tous les deux.
Ah, les Black sont du genre rancuniers, Narcissa est bien placée pour le savoir… Maellyn finira par lui pardonner (je pense?) mais il va lui falloir encore un peu de temps (c'est une ado, je le rappelle). !
Je ne pouvais pas résister à ce que Maellyn commence sont initiation (et Minnie non plus xD)
J'espère que la suite continuera à te plaire ! Bonne lecture !

Lupa :

Heyyyyy ! Comment vas-tu ?
Merci beaucoup pour ta review ! Je comprends pour la faille spatio-temporelle qu'est l'année 2020 xD Le bon côté des choses, c'est qu'elle est bientôt terminée ! De mon côté, ça va ! Je n'ai que des demi-groupes en classe, donc la charge mentale de ce côté là est allégée, mais je dois gérer le distanciel de l'autre côté… Je crois moyennement à un retour à la normale mi-janvier… Et toi ? T'es en collège cette année, non ?

Merci du fond du coeur pour tous tes compliments ! Je suis vraiment touchée que tu continues à apprécier mon histoire.

Je suis assez satisfaite de l'alliance Sirius/Minerva. Albus risque de tomber sur un os avec ces deux-là ! (je suis une grande fan de Minnie, on va pas se mentir!)

Merci pour la rencontre entre Sirius et Maellyn ! J'avoue que comme ma dramaqueen préférée est sur Pré-au-Lard (et que mon ado terrible avait besoin d'être rassurée) j'ai sauté sur l'occasion. J'aime bien que l'initiation Animagus de Maellyn soit un moyen de faire naître une relation père/fille. (Je pense que Minnie se doutait un peu que c'était pas le meilleur moment, mais c'était une excuse pour changer les idées à sa petite chouchoute). Je note tes hypothèses pour la forme Animagus de Maellyn !

Bien vu pour Gloria ! Effectivement, elle était en guest star dans TWBT ! (just because!).

Je ne croyais pas trop à Remadora (j'avoue) mais j'ai comme l'impression que c'est le genre de couple que Rowling n'avait pas prévu sauf qu'ils ne lui ont pas laissé le choix… Ils sont assez marrants à écrire et puis leur alchimie est assez détonante.

Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !


Merci à Nris, Tiph l'Andouille, Sun Dae V, tzvine (x2), NyannaCh, henrismh, feufollet, Lupa et Sakhina (x2) pour leur review. Ça fait toujours plaisir !


Bonjour à toutes et à tous !

I'M BACK !

J'espère que vous allez bien et que vous faites parti·e·s des chaceux·euses d'ors et déjà en vacances !

De mon côté, je suis soulagée de ne plus voir mes élèves pendant deux semaines, parce que certains m'ont donnée l'impression de vouloir pomper mon énergie jusqu'à la dernière goutte ! J'ai encore une petite journée de travail avant de pouvoir ranger toutes mes affaires jusqu'à la rentrée, mais le plus dur est passé.

Sinon, Nano oblige, le mois de novembre (et même le début de décembre) a été intense en terme d'écriture. J'ai écris un peu plus de 52k pour la session 2020, ce dont je suis assez fière. En terme de chapitre, le décompte est un peu plus inquiétant, car cela correspond à un chapitre sur BS et un chapitre de presque 40k sur le Spin-Off… Voilà voilà…

Je vous laisse avec le nouveau chapitre ici en guise de cadeau de Noël. Mon petit retard me permet de rattraper le bon mois, ce qui est assez sympa je trouve. C'est donc Décembre à Poudlard et c'est un chapitre que j'aime plutôt pas mal. Bonne lecture !


Un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Petite dédicace aux copines d'écritures – AppleCherrypie, malilite, Sun Dae V et Aliete – parce que le Nano aurait été mille fois plus dur sans les battles et le soutien et nos discussions. N'hésitez pas à aller faire un tour du côté de leurs histoires (parce que Sirius Black y est souvent à l'honneur!)


Et dernière dédicace à feufollet, Lupa et Sakhina pour avoir remporté le petit concours de la dernière fois. Histoire d'être fair play, je dévoilerais sans doute le nom et le résumé du Spin Off à la prochaine mise à jour !
Merci à tous·tes celleux qui ont permis au compteur de review s'atteindre le nombre 100 !


Black Sunset

Partie IV : Supernova.

Chapitre 9

Supernova: cataclysmic explosion caused when a star exhausts its fuel and ends its life. Supernovae are the most powerful forces in the universe.


Mardi 6 Décembre 1994, Pré-au-Lard, Ecosse.

La grotte était à peine assez éclairée pour qu'il puisse discerner son propre reflet dans le miroir, et il espérait que rien de ce qui pourrait être visible allait permettre à Tonks de deviner où il se trouvait.

Sa cousine avait beau être tout juste diplômée, et probablement de son côté, il ne voulait pas prendre le risque d'être repris pour autant.

Il n'était toujours pas certain que cela soit une bonne idée. Il se souvenait assez bien de la petite fille qu'il avait connu pour savoir qu'elle était intelligente et obstinée. Elle risquait de poser des questions auxquelles il ne voudrait pas répondre – ce qui n'allait pas la convaincre de son innocence – ou bien tout cela pouvait être une ruse pour déterminer où il se trouvait – s'il se fiait à ce que Remus lui avait raconté, cela ne serait même pas le pire dont elle était capable –.

Lunard estimait toutefois que le risque en valait la peine. Au-delà du fait que Tonks était sa cousine et qu'il trouvait une forme de réconfort de se savoir innocent aux yeux de sa famille, avoir une Auror de son côté pourrait lui assurer une cavale plus sereine. Sans aller jusqu'à lui faire accepter de brouiller les pistes – elle était sans doute trop intègre pour ça –, elle pourrait le renseigner et mener d'autres recherches sur la disparition de Pettigrow.

Après tout, si Voldemort rassemblait ses forces, cela finirait par se faire sentir au département des Aurors, au moins un peu.

Son reflet dans le miroir se troubla et il imita le sourire crispé de Remus.

- Prêt ?

Il haussa les épaules. Remus avait insisté qu'il se montre conciliant – apparemment, il tenait vraiment à ce que Tonks le croit – mais il se connaissait assez pour savoir qu'il n'hésiterait pas à mettre fin à cette conversation si ses tripes décelaient un piège.

Il ne pouvait pas retourner à Azkaban.

Il aperçut le coin d'une fenêtre, un plafond dont la peinture s'écaillait, puis Nymphadora Tonks apparut.

La dernière fois qu'il l'avait vue, elle avait sept ans, il lui manquait deux dents et ses cheveux blonds lui arrivaient au milieu du dos.

Il avait beau savoir qu'elle avait désormais vingt-et-un ans, le changement lui tira une grimace.

- Andy te laisse sortir avec cette coupe de cheveux ?

Elle releva le menton.

- Je suis majeure. Elle s'est faite une raison.

En plus de ses cheveux, il dénombra au moins cinq piercings au niveau de son oreille gauche et si le miroir l'avait permis, sans doute verrait-il un tatouage ou même plusieurs.

Savait-elle que, de tous les Black, c'était à lui que son apparence ne manquerait pas de faire penser ?

- Félicitations pour ton diplôme, Tonks.

Son « merci » sembla lui brûler les lèvres.

- Alors, qu'est-ce que tu veux me demander ?

Si cela était encore possible, son visage se ferma, et il eut l'impression de faire face à Andy.

- Pour commencer, j'aimerais que tu me racontes tout, depuis la mort de Judy Adler.

Il déglutit.

- Il me semble que Remus s'est déjà chargé de te faire un topo.

- Et il s'est montré très convaincant, mais on m'a appris à recouper les témoignages. C'est quand tu veux, Black.

Il soupira. Après des années passées à souhaiter que quelqu'un – Remus, Dumbledore, McGonagall, un Auror – vienne à Azkaban pour enfin l'interroger et qu'il ait une chance de défendre sa version de l'histoire, il commençait à se demander combien de personnes encore il devrait essayer de convaincre.

Tonks haussa un sourcil.

- Très bien…

Repenser à la mort de Judy, à l'horreur de sa découverte en plein milieu de la nuit, à l'absence de Maellyn dans son lit, lui donna l'impression qu'une dizaine de Détraqueurs étaient postés à l'entrée de la grotte.

Les douze années à Azkaban avaient gravé ces souvenirs-là au plus profond de son âme et il était certain qu'il n'oublierait jamais les yeux vides de Judy et la surprise figée sur les traits de son visage.

Il s'entendit à peine raconter la traque qui avait suivi pour retrouver Maellyn, l'aide d'Androméda et les réponses de Narcissa, une part de son cerveau encore en train de lutter pour que la douleur ne l'emporte pas tout à fait.

- Je devais aller voir Pettigrow après mon rendez-vous avec Narcissa, pour m'assurer qu'il allait bien. Quand je suis arrivé dans sa cachette, j'ai vite compris qu'il était parti de son plein gré. Je me souviens encore du carnet des pleines lunes dans les toilettes… J'ai voulu transplaner à Godric's Hallowmais faut croire que j'étais loin d'être en état. J'ai failli me désartibuler donc j'y suis allé en moto…

Se replonger dans la nuit d'Halloween était une autre forme de torture. Il essuya la larme qui roula le long de sa joue en revoyant les corps immobiles de James et Lily, en entendant résonner les pleurs d'Harry dans les ruines de la maison.

Ce n'était pas plus mal que la caverne soit si sombre.

- Pourquoi tu n'as prévenu personne ? Fuir n'a jamais joué en la faveur de personne.

Il se surprit à dévisager Tonks pendant de longues secondes, peinant à croire qu'elle avait presque le même âge que lui à l'époque et que, pourtant, elle avait été – était toujours – épargnée par les horreurs de la guerre.

- Deux de mes meilleurs amis venaient de mourir à cause de quelqu'un que je considérais comme un frère. J'étais très loin de pouvoir faire des choix rationnels.

Elle plissa les yeux, ouvrit la bouche.

- D'autant qu'il n'a jamais été très doué pour ça de toute façon, coupa Remus, sa voix lointaine. Je suis certain que Fol-Œil ou Shacklebolt se souviennent encore du nombre de missions qui ont mal tourné parce que Sirius est incapable de suivre des ordres ou de prendre des décisions sensées.

Il grogna tandis que Tonks semblait griffonner quelque chose.

- Tu aurais pourtant pu avoir de l'aide pour traquer Pettigrow.

- A ce moment-là, je n'étais pas sûr de savoir à qui je pouvais faire confiance et, quand bien même, il aurait fallu que je perde un temps précieux à expliquer pourquoi Pettigrow pouvait se transformer en rat. J'ai été au plus simple. Ce sale connard a juste été plus malin que moi.

Tonks le fixa pendant quelques secondes.

- Et pourquoi Pettigrow est-il un Animagus illégal ?

Il réussit à rester impassible malgré les battements saccadés de son cœur et la colère qui faisait trembler sa main gauche. Le secret des Maraudeurs demeurait inviolable, quand bien même ils n'étaient plus que deux à le garder.

- Parce que Remus avait besoin de nous lors des pleines lunes. Et avant que tu ne poses la question, je ne peux pas te dire quelle est ma forme Animagus, Tonks. Je suis certain que tu comprends très bien pourquoi.

- Parce que tu ne me fais pas confiance.

- Parce que c'est mon assurance vie et que beaucoup trop de personnes à mon goût sont déjà au courant.

Elle plissa les yeux à nouveau, son expression plus dure. Elle n'avait pas tout à fait tort malgré tout. Il ne lui faisait pas confiance – pas suffisamment – et la réciproque était sans doute vraie aussi. Il était un criminel en cavale, quelques mois plus tôt, elle avait passé plus de temps à le croire coupable de trahisons et de meurtres qu'à le considérer comme l'oncle qu'il avait essayé d'être à l'époque.

- Reprenons.

Il secoua la tête puis il fit de son mieux pour retrouver le fil de son récit – la traque de Pettigrow, le désastre dans le Londres moldu, son arrestation, son arrivée à Azkaban – en essayant d'être le plus précis possible pour que Tonks puisse être en mesure de vérifier ce qu'il disait, puisque c'était la raison de cette conversation.

- Mary MacDonald est toujours vivante ?

Il haussa les épaules, même si la question semblait plus adressée à Remus qu'à lui.

- Elle s'appelle Mary Catermol maintenant. Son mari travaille au ministère si ma mémoire est bonne. Ils ont trois enfants.

C'était toujours un peu étrange d'apprendre que certaines personnes avaient été épargnées par la guerre, encore plus des Nés-Moldus.

- J'essaierais de l'interroger. Qu'est-ce qui t'a décidé à t'échapper d'Azkaban, Black ?

Sa petite histoire sur la photo des Weasley trouvée dans l'exemplaire de La Gazette que Fudge lui avait donné lui tira un haussement de sourcils.

- D'après Charlie Weasley, Croutard est le rat le plus ordinaire du pays.

- Beaucoup dirait la même chose de Pettigrow et pourtant, il a réussi à jouer les espions sous le nez de Dumbledore lui-même. Moi le premier, je ne l'ai jamais soupçonné, précisément à cause de ça et il en a conscience.

- Et pour un rat aussi banal, il a quand même vécu très longtemps, ajouta Remus. D'après ce que j'ai compris, il est dans la famille Weasley depuis douze ans. Outre le fait que cela coïncide parfaitement avec la mort de Pettigrow, je doute que cela soit une durée de vie normale, même pour un rat magique.

Tonks se mordit la lèvre inférieure, puis hocha la tête, comme si elle concédait le point à Remus.

- Il faudrait que je me renseigne, mais c'est en effet étrange… Comment t'es-tu échappé ?

- J'ai utilisé ma forme Animagus.

- Aussi simplement que ça ?

- Ouais.

- Et comment as-tu rejoint la côte ?

- En nageant. Un bateau moldu m'a repêché à un moment, mais j'ai surtout nagé.

- Azkaban est au moins à soixante kilomètres de la terre ferme !

- Ma forme Animagus est un dauphin.

Remus éclata de rire et un sourire étira brièvement les lèvres de Tonks, avant qu'elle ne retrouve son sérieux.

- Et après ?

Il soupira.

Sa petite cousine avait plutôt intérêt à se ranger de son côté à la fin de cette discussion interminable, ou il n'allait pas se gêner pour envoyer une lettre à Andy et se plaindre du démon qu'elle avait enfanté.

Samedi 10 Décembre 1994, Poudlard, Ecosse.

Au-dessus du grand hall, l'immense horloge sonna neuf coups et si je n'avais pas été à la bibliothèque, j'aurais sûrement laissé échapper une malédiction fleurie.

Je savais toutefois que Madame Pince était particulièrement à cran depuis que le fan club de Viktor Krum avait élu domicile dans son antre – où l'Attrapeur Bulgare semblait passer encore plus de temps que moi depuis la première tâche – aussi ne pris-je pas le risque de me faire remarquer.

Me faire bannir de la bibliothèque n'allait pas du tout faire mes affaires.

Devant moi, mon morceau de parchemin n'était pas encore à moitié rempli, ce qui annonçait sans doute une soirée de plus de recherches.

Douce Circée, le sujet du professeur McGonagall – quelle différence structurelle entre le charme de Dédoublement et le maléfice ? – ne m'avait pas semblé compliqué sur le papier, mais la réalité s'avérait différente. Des chapitres entiers étaient consacrés à l'un ou à l'autre, avec plus ou moins de précisions et de rigueur, mais je n'étais pas encore tombée sur l'auteur qui avait bien voulu les comparer. J'avais fait le choix – deux jours de suite – d'essayer de le trouver pour être certaine de ne pas écrire de bêtises, mais forcée de constater que j'allais devoir prendre les devants.

En attendant, je n'avais toujours pas commencé la dissertation sur le sortilège d'Allégresse ou encore celui sur les plantes vampiriques.

Je pouvais sans doute faire une croix sur une séance de vol demain, soleil ou non.

La chaise à ma droite racla le sol de pierre et je relevai la tête, prête à assassiner Draco du regard – puisque qui d'autre – pour découvrir Marcus Belby, un Serdaigle de cinquième année qui ne m'avait jamais adressé la parole.

- Je peux m'installer ?

Entre Crystal – penchée sur un devoir d'Occlumentie au moins aussi compliqué que le mien – et moi, la table était presque entièrement recouverte de livres empilés les uns sur les autres. Il n'y avait pas de place pour une troisième personne. Mon haussement de sourcil ne fut pas perçu comme la réponse évidente car Belby commença à sortir un morceau de parchemin et son plumier.

Il tendit la main pour pousser une pile de livre et j'attrapai son poignet avant qu'il ne les touche, retenant à grand peine un feulement.

- Je suis certaine que la bibliothèque n'est pas bondée à cette heure. Trouve-toi une autre table, Belby.

Je fis de mon mieux pour écraser son énorme poignet et imprimer mes ongles trop courts dans sa peau.

Il sourit.

- Allez, Lestrange, tu sais très bien pourquoi je suis là…

Je plissai les yeux, le mettant au défi de poursuivre avec une formule que j'avais beaucoup trop entendu cette semaine.

- Veux-tu m'accompagner au Bal de Noël ?

A l'autre bout de la table, Crystal se mit à ricaner d'une façon qu'elle pensait discrète, mais que je ne pouvais que reconnaître malgré tout.

Parce que c'était loin d'être la première fois de la semaine que je l'entendais.

Je fis claquer ma langue contre mon palais.

- Je crains qu'il y ait erreur, Belby. Je n'ai pas quatorze ans.

Il fronça les sourcils.

- Ce n'est pas grave si tu y vas avec un élève de cinquième année.

- Ça l'est selon l'étiquette Sang-Pur. Plus pour toi que pour moi, d'ailleurs.

Il sembla perdu et si j'avais été initiée en Légilimentie, j'aurais sans doute découvert un inquiétant marasme en tendant mon esprit vers le sien.

- Pourquoi ?

- Si je t'accompagnais au Bal de Noël, mon oncle pourrait très bien exiger que tu portes tes parties intimes autour du cou pour les trois prochaines lunes.

Marcus Belby blanchit et ce fût à mon tour de sourire, mauvaise.

- Tu n'es pas sérieuse.

- Si tu avais un jour lu le Petit Précis de l'Étiquette Sang-Pur tu saurais que ce n'est pas le cas. Autre chose ?

Il déglutit, sembla regarder autour de lui avec une certaine urgence, puis se leva, laissant son plumier derrière lui.

Je le suivis du regard jusqu'à ce qu'il ait quitté la bibliothèque – où j'étais certaine de ne l'avoir jamais vu avant aujourd'hui – avant de me tourner vers Crystal. Elle essayait de discipliner ses traits en un masque de sérieux et d'indifférence, mais des larmes avaient creusé deux sillons jumeaux sur ses joues et ses yeux avaient toujours cet éclat moqueur.

- Ris tant que tu le peux encore, Malhorne. J'ai bon espoir que tu te fasses harceler à ton tour.

Elle me glissa un clin d'œil qui semblait tout droit inspiré de ceux de Pansy.

- Comme tu le sais, je rentre chez ma grand-mère pour les vacances de Noël, et je ne fais malheureusement pas partie des joyaux des Vingt-Huit Consacrées.

A défaut de pouvoir lui envoyer un livre en plein visage – Madame Pince me tuerait –, je lui jetai la boule de parchemin en laquelle mon devoir de Métamorphose s'était transformé une demi-heure plus tôt.

Elle l'esquiva souplement.

Je fis de mon mieux pour retrouver le fil de ma concentration, sans vraiment de succès entre l'impression que ma peau était trop étroite pour mon propre corps et la soudaine chaleur au niveau de ma nuque.

Je subissais ce cirque depuis à peine une semaine et j'avais de plus en plus souvent envie d'envoyer une lettre à Rita Skeeter lui dévoilant mon grand secret, juste pour être tranquille.

Merlin, je n'avais pas encore quatorze ans ! J'étais censée être tranquille pendant encore huit mois, protégée par cette règle de l'âge minimum pour être courtisée. Toutefois, une bonne partie des élèves de Poudlard n'avait pas connaissance de cette coutume – je jouissais donc d'une certaine notoriété que je devais sans doute autant à mon physique qu'aux Gallions qui m'appartiendraient à ma majorité – et ceux qui la connaissaient avaient de toute évidence décidé de l'ignorer.

Je ne savais pas encore si cela était dû au fait que nous étions bien loin de tout chaperon, ou si ces mêmes chaperons n'essayaient pas de positionner leur fils avant le début officiel des hostilités.

Un an plus tôt, j'aurais sans doute envoyé une lettre plaintive à Narcissa, qui n'aurait pas manqué de rappeler à l'ordre une partie du monde Sang-Pur, avant de me donner des conseils pour naviguer ces eaux troubles. Ce n'était malheureusement plus une option, et je devais me contenter de la méthode de Pansy, qui consistait à menacer mes soupirants des pires malheurs.

D'après elle, plus ces derniers touchaient de près leurs précieux attributs masculins, moins vite ils revenaient à la charge.

Madame Pince nous mit sèchement dehors un quart d'heure plus tôt, refusant au passage que j'emprunte deux livres de plus – je n'avais pas entièrement regagné sa confiance – et j'eus un soupir en retrouvant la fraîcheur des couloirs.

- Maintenant que j'y pense, n'as-tu pas menacé Sullivan Fawley de seulement deux mois à porter son collier d'intimité ? Cela signifie-t-il qu'il a plus de chances que Belby ?

J'aurais dû savoir qu'elle n'en resterait pas là.

- Plutôt que ma dernière menace ne s'est pas encore montrée assez efficace pour décourager les joueurs. J'ai bon espoir que la rumeur atteigne les oreilles des plus téméraires.

Elle fit la moue.

- N'exagère pas trop, ils risquent de se rendre compte de la supercherie si tu dépasses les limites.

- Parce que tu penses vraiment que je plaisante ?

Cette fois, elle éclata de rire.

- Contrairement à tes soupirants, j'ai été vérifié. L'étiquette Sang-Pur promet effectivement la castration, mais il n'est pas précisé que les coupables soient obligés de les porter autour du cou.

- Dans l'édition que je possède, c'est le cas, contrai-je en faisant de mon mieux pour garder un visage sérieux.

- Et de quel siècle date-t-il, exactement ?

- Aucune idée, c'est une relique de famille.

- Oui, je vois tout à fait Burt White s'y tenir.

Cette fois, ce fut à mon tour de rire, ce qui me fit le plus grand bien après cette interminable semaine.

- Plus sérieusement, tu crois vraiment que tu vas réussir à échapper au bal de Noël ?

- Pour le moment, oui.

Tant que personne ne m'obligeait directement à y prendre part, j'avais toutes les bonnes raisons de refuser de m'y rendre – je n'avais pas envie pour commencer, je n'étais qu'en troisième année, je n'avais pas quatorze ans, je serais sans doute très malade le jour venu –. Avec un peu de chance, mes nombreux refus allaient refroidir mes futurs prétendants d'ici à mon bal de Débutante, ce qui serait la cerise sur le gâteau auquel je n'osais pas trop croire.

D'un autre côté, si Lucius – ou Narcissa – décidait que ma présence au bal de Noël était indispensable, je n'aurais sans doute pas le choix très longtemps. Je doutais que Narcissa s'y risque – dans l'état actuel de notre relation, cela serait une véritable erreur stratégique – mais cela ressemblerait beaucoup à Lucius de profiter de l'occasion pour avantager une possible alliance avec un parti qu'il jugeait intéressant, ou juste pour obtenir une faveur politique en échange.

J'ignorais encore si j'aurais une véritable porte de sortie dans ce cas et j'espérais plus que tout que je n'aurais pas à le découvrir.

Nous rejoignîmes la salle commune à temps pour le début du couvre-feu. Comme tous les soirs depuis l'annonce du bal de Noël – dix longs et détestables jours –, mon entrée ne passa pas inaperçue et je ne me privai pas de balayer la pièce avec mon meilleur regard sombre, espérant que les atrocités associées au nom des Lestrange refroidiraient mes camarades.

Au moins un jour de plus.

Les prétendants qui essayaient de m'inviter au bal de Noël étaient rarement de Serpentard. L'étiquette Sang-Pur était suffisamment ancrée pour m'offrir ce répit-là sans que je ne me fasse vraiment d'illusions. Deloris avait déjà trouvé son cavalier – nul autre que Radimir Lomonosov, ce qui n'annonçait rien de bon –, tout comme Lean McLaggen ou Clarissa Belby. Astoria Greengrass, elle, s'était résignée à passer Noël chez ses parents, ce qui ne la mettait pas plus à l'abri que moi, tandis que Daphnée serait présente, et accompagnée de Alexandre Rosier. Bientôt, toutes les jeunes filles de bonne famille de mon âge – voire plus jeunes – prendraient officiellement part au bal, m'ôtant la protection de l'étiquette Sang-Pur.

J'étais décidée à résister mais j'ignorais combien de temps ma position resterait tenable.

Du coin de l'œil, je vis Draco me faire signe et sa bonne humeur évidente me fit plisser les yeux. J'étais prête à mettre ma baguette à brûler qu'il avait encore fait quelque chose qui pourrait potentiellement lui attirer des ennuis – ce qu'il refuserait d'entendre – et je n'étais pas sûre d'avoir assez de patience pour écouter son récit ce soir.

Toutefois, il ne restait guère de place et j'avais encore espoir de rédiger le brouillon de mon devoir de sortilège avant d'aller me coucher.

Je capitulai malgré moi.

- Où étais-tu ? me demanda-t-il tandis que je m'installais à la droite de Pansy. Je ne t'ai pas vue de la journée !

- Bibliothèque. J'ai beaucoup de travail.

- Ça, ou bien tu comptes sur Pince pour être ton dragon de garde personnel, railla Pansy.

Je l'ignorai. Pansy avait très rapidement trouvé une solution au problème du bal en exigeant de Draco qu'il l'accompagne, collectant une des nombreuses faveurs qu'il lui devait. Puisque cela s'était montré particulièrement efficace, elle essayait de me convaincre de choisir un cavalier.

Selon elle, je rêvais si je croyais pouvoir sécher le bal de Noël.

- Tu ne devineras jamais ce que j'ai fait cet après-midi !

Je pris une profonde inspiration, me préparant au pire – parce qu'il en était capable –.

- Avec Gregory et Vincent, on a donné une interview à Rita Skeeter pour son article sur ce stupide garde-chasse !

Je fronçai les sourcils.

- Comment ça ?

Il me raconta tout dans les moindres détails : Skeeter était venue pendant un de leurs cours pour interviewer Hagrid, et il avait réussi de justesse à lui glisser qu'il serait content de l'aider. Elle lui avait envoyé une lettre et elle lui avait donné rendez-vous au niveau de la volière, sans doute parce qu'elle n'avait pas le droit d'être à Poudlard.

Il s'était fait une joie d'expliquer dans tous les détails comment il avait failli perdre son bras.

Un an plus tôt, je lui aurais dit que ni sa mère, ni son père n'allaient apprécier son initiative – surtout vu ce qu'ils pensaient de Skeeter – mais il était assez grand pour savoir ce qu'il faisait.

Et une part de moi espérait que Rubeus Hagrid allait avoir des problèmes, parce qu'il s'en était un peu trop bien sorti l'année dernière alors que mon cousin aurait bien pu être tué par cet hippogriffe.

Jeudi 15 Décembre 1994, Poudlard, Ecosse.

- D'après Dora Williams, il paraît que Krum a déjà une cavalière… Je me demande bien quelle pimbêche il a choisi parmi son fan club.

- Je ne miserais pas sur le fan club. Il donne plus l'impression de les fuir que d'apprécier l'attention.

- Il a peut-être cédé ?

Je levai les yeux au ciel. Depuis l'annonce du Bal de Noël, Millie aimait faire un point sur les dernières rumeurs avec Pansy, quand bien même j'ignorais à quel moment elle réussissait à en apprendre plus que la veille. Naturellement, les couples les plus en vue étaient ceux formés par les champions. Cho Chang était pressentie pour accompagner Diggory, Potter viendrait sans doute avec Granger – ou peut-être Weasley – mais il était beaucoup plus compliqué de prédire les choix des deux champions étrangers.

Comme si cela était un problème en soi.

Le vol des hiboux au-dessus de moi annonça l'arrivée du courrier et noya les conversations sous une cacophonie de cris et de bruissements d'ailes.

Helios, le hibou Grand Duc de Lucius, se posa devant mon cousin et je m'éloignai autant que possible. Helios et moi ne nous entendions pas très bien, et je soupçonnais parfois Lucius de l'avoir dressé pour qu'il me pince dès qu'il en avait l'occasion.

A ma plus grande surprise, ce fut Draco qui manqua de justesse de perdre un doigt.

- La lettre est pour toi, Ely'.

Mon cœur loupa un battement avant de se mettre à battre très vite et très fort, me donnant l'impression qu'il était remonté dans ma gorge.

Jamais, jamais, Lucius ne m'avait envoyé de lettre depuis ma rentrée à Poudlard.

Cela ne pouvait qu'être mauvais signe.

Helios poussa un cri et fit claquer son bec d'un air menaçant, ses yeux orangés provocateurs.

Une petite voix dans ma tête me hurlait de quitter la Grande Salle le plus vite possible – là où Helios ne me suivrait pas – parce que si la lettre ne me parvenait jamais, je pourrais plus facilement ignorer ce qu'elle contenait.

Toutefois, je sentais les regards de mes voisins sur moi, ce qui excluait une fuite discrète et me promettait des questions et des rumeurs à mon sujet, ce dont je me passerais bien.

Je pris la lettre après une profonde inspiration, tout en m'attendant à ce qu'elle prenne feu au moment où ma peau toucherait le parchemin, ou bien qu'elle se transforme en Beuglante – Lucius était capable de me reprocher l'interview de Draco par Skeeter avant même que l'article ne soit publié –.

Il ne se passa rien quand je la décrochai de la patte d'Helios, non plus au moment où je l'ouvris. J'espérais pendant une seconde qu'il s'agissait d'une lettre de Narcissa – elle était capable d'utiliser Helios pour brouiller les pistes – mais je reconnus la calligraphie riche en fioritures de Lucius immédiatement.

Je ravalai difficilement un gémissement résigné.

Alya,

J'ai accepté en ton nom la demande de Lord Nott concernant le bal de Noël du tournoi des Trois Sorciers. Tu es priée de t'y rendre avec Théodore Nott, et de faire honneur au nom des Lestrange et des Malefoy en t'y conduisant selon l'étiquette des Sang-Purs.

Je ne manquerais pas d'être averti si tu désobéis et je saurais trouver une punition qui te laissera avec de douloureux regrets.

Ta tante te fera parvenir une tenue dans les jours prochains.

Lord Malefoy.

Je relevai la tête pour assassiner Nott du regard et je lui trouvai une sincère expression d'incompréhension sur le visage. La moue qui plissa ses lèvres quand nos regards se croisèrent ressemblait beaucoup à une grimace d'excuse.

- Qu'est-ce qu'il a dit ? demanda Draco.

Je voulus lui tendre la lettre pour qu'il le lise lui-même mais je réalisai que je l'avais déjà transformée en boule compacte et que la magie crépitait le long de ma peau, un signe de mauvaise augure.

J'échouai à prendre une profonde inspiration – ma gorge était comme obstruée – et je retins difficilement un cri rageur.

De quel droit ?!

Je me levai, ignorant comme je le pus les regards qui me suivirent, essayant sans vraiment y parvenir de ne pas causer de scène.

Comment osait-il ?

Je n'avais pas l'âge de me rendre à un bal formel. Je n'avais pas le droit de me rendre à un bal formel avant mon bal de Débutante l'été prochain. Surtout, il n'avait pas à faire ses petits arrangements dans mon dos – et sûrement celui de Narcissa – parce qu'un possible mariage avec Théodore Nott faisait ses affaires.

A la possibilité – Merlin, ce n'était pas une nouveauté, mais cela restait écœurant – je me sentis vaciller et mon estomac se serra. Je me raccrochai au mur le plus proche, agrippant la pierre glaciale à pleines mains, espérant que le froid qui s'infiltrait par mes doigts réussirait à éloigner la nausée – avant qu'un bruit de pas au loin me ramène à la réalité, me décidant à reprendre mon chemin.

Quand bien même je n'avais pas la moindre idée de l'endroit où mes pieds me guidaient.

C'était tellement injuste ! Je n'avais pas envie d'aller à ce maudit bal – les nombreuses fêtes du monde Sang-Pur m'avaient dégoûtée de l'exercice – et la seule raison pour laquelle on me privait de ma liberté de choix était parce que je m'appelais Alya Lestrange.

Je n'étais pas Alya Lestrange !

Cette fois, le cri de rage passa mes lèvres, ravivant les picotements de ma magie le long de ma peau.

Tout cela était la faute de Narcissa ! J'étais ici, à devoir jouer le rôle de la parfaite petite héritière Sang-Pur, alors que j'aurais dû être très loin – à Salem, à Ilvermony, n'importe où – libre !

Si cela était encore possible, je sentis la haine que je vouais à Narcissa atteindre un nouveau sommet. Mon cœur se mit à battre plus vite et plus fort, un goût métallique se diffusa dans ma bouche et mes avant-bras étaient comme ankylosés.

Je m'obligeai à fermer les yeux pour essayer de me calmer, sachant pertinemment que j'étais à deux doigts de perdre le contrôle sur ma magie.

- On a les nerfs fragiles, kuzina ?

Douce Circée !

Je voulus l'ignorer vraiment. Je n'étais pas idiote, je savais que Mesyats cherchait à me provoquer La meilleure chose à faire était de m'éloigner – de fuir – parce que je ne pouvais pas être certaine que je garderai le contrôle sur ma magie. Je fis toutefois l'erreur de tourner la tête dans sa direction, la trouvant à quelques mètres de moi, un sourire en coin et une lumière au fond de ses yeux que je n'aimais pas.

Elle semblait satisfaite de me voir dans cet état, comme si je payais pour quelque chose d'horrible que je lui avais fait dans une autre vie.

Son sourire en coin se transforma en une grimace dure.

- Regarde-toi, esclave de tes émotions, incapable de te maîtriser. Les filles comme toi ne font pas long feu à Durmstrang. Tu n'es pas digne de porter le nom des Lestrange.

Mon sang me donna l'impression de se mettre à bouillir dans mes veines. La magie se mit à bourdonner le long de ma peau – de mes muscles, de mes nerfs –.

Je n'étais une Lestrange.

Je ne voulais pas de ce nom.

Je haïssais ce nom et tout ce qu'il représentait – le meurtre de ma mère, mon enlèvement, le monde Sang-Pur dans lequel il m'enfermait, elle et Radimir –.

- C'est ça votre problème, à Radimir et toi ? Que je sois la dernière à porter le nom Lestrange et pas vous ?

Sa grimace devint mauvaise, menaçante. Elle fit un pas de plus vers moi, sa main droite se glissa dans la poche intérieure de sa robe.

Son expression était aussi malfaisante que celle de Lucius quand il s'apprêtait à me fustiger.

Le feu dans mes veines se transforma en glace, me permettant de retrouver un peu de lucidité.

- Notre problème, c'est ton existence même, cracha-t-elle. Tu ne devrais même pas exister. Ton père a trahi notre famille le jour où il a épousé une inostrannyy, une étrangère. Treize siècles de tradition pour une folle furieuse incapable de rester à sa place, qui n'a même pas su lui donner un garçon et qui l'a entraîné dans sa chute. Elle a profané notre nom, souillé notre réputation. Elle nous a condamné à vivre avec la honte.

Si mes poumons ne s'étaient pas bloqués en la voyant sortir sa baguette magique, j'aurais sans doute éclaté de rire.

A quel moment le spectre de Bellatrix Lestrange allait arrêter d'empoisonner ma vie ?

Je n'y étais pour rien, dans toute cette histoire. Je n'étais même pas sa fille et j'étais, moi aussi, obligée de porter sur mes épaules la réputation sanglante qu'ils avaient forgé pendant la guerre contre le Seigneur des Ténèbres.

Roksana Mesyats et Radimir Lomonosov l'ignoraient, mais nous partagions la même haine.

- Ma mère aurait dû épouser Rabastan et la mère de Radimir était promise à Rodolphus depuis sa naissance. Ton nom nous revient.

Sa baguette se posa sur mon coeur. Les battements de ce derniers me donnèrent l'impression qu'il allait exploser.

- Tu es encore plus pathétique que ce que j'imaginais. J'ignore encore comment, mais nous allons trouver un moyen de le récupérer. Obeshchannyy.

La pression de sa baguette sur ma peau m'obligea à reculer. Mon cerveau peinait à intégrer ses révélations – et ses menaces – aussi aucune remarque mordante ne me vint à l'esprit.

Dans le couloir, quelqu'un se racla la gorge, nous arrachant un même sursaut.

- Tout va bien ?

L'accent français me rassura aussitôt : il n'aurait plus manqué que Radimir rejoigne les festivités pour que ma journée soit parfaite.

Mesyats ramassa sa baguette d'un geste vif, puis me tapota la joue.

- Khoroshaya beseda, kuzina. Do svidaniya. (1)

Elle s'éloigna d'un pas vif et je basculai contre le mur, le coeur battant encore à toute vitesse, mes jambes tremblantes.

Alexis Delacour – le cousin de la championne de Beauxbâtons – pencha la tête sur le côté et me dévisagea, les yeux plissés.

- Ça va ?

La réponse à cette question était un "non" retentissant. Le nom d'Alya Lestrange était devenu beaucoup plus lourd à porté depuis cette nuit dans la Cabane Hurlante et, aujourd'hui, ce poids était étouffant. Il m'interdisait de faire des choix et il faisait de moi la cible de vengeances que je ne méritais même pas.

Il était toutefois inconcevable que je réponde ça à un inconnu, aussi plein de sollicitude soit-il.

Je reniflai sèchement pour ravaler les larmes qui brûlaient mes paupières, puis je me redressai, mettant à profit cette foutue obstination familiale pour ne plus vaciller.

- Évidement, répliquai-je sèchement.

Il haussa un sourcil.

- Ce n'est pas du tout l'impression que ça donne.

Sans le savoir, il m'offrit une diversion bienvenue.

- Je ne crois pas que cela te regarde.

Il haussa les épaules.

- Je suis témoin. Je me sens un peu concerné maintenant…

Ce fut à mon tour de plisser les yeux, même si je n'étais sans doute pas très impressionnante. Alexis Delacour était plus âgé, il faisait presque deux têtes de plus que moi et me rendait sans doute une vingtaine de kilos. S'il avait été sélectionné pour venir jusqu'ici, il devait en plus être un très bon sorcier.

Je n'étais qu'une troisième année qui peinait à lancer des sortilèges correctement.

Mon regard sombre était tout ce qui me restait.

- Et je suis presque sûr que Mesyats t'a menacée. Je pense que tu devrais en parler à un adulte.

Je restai impassible. Il était peu probable que Mesyats et Lomonosov mettent leur menace à exécution et quand bien même ils s'y risquaient, Alya Lestrange avait de nombreux alliés à Poudlard.

Dans tous les cas, la dernière chose dont j'avais besoin était qu'un adulte envenime la situation.

- Je peux venir avec toi si tu veux. Comme témoin.

- Cela ne sera pas nécessaire.

Il haussa un deuxième sourcil.

- Tu ne vas rien dire, n'est-ce pas ?

Le morceau de parchemin toujours coincé dans mon poing gauche me rappela que je n'avais pas d'adultes vers lesquels me tourner de toute façon. Lucius se réjouirait sans doute de savoir que ma famille russe avait une dent contre moi, mon père serait capable de commettre un double meurtre – ou de se faire attraper en essayant – si je lui en parlais et je préférai me couper une jambe plutôt que d'écrire à Narcissa.

Je relevai le menton et je fis un premier pas dans la direction opposée à celle de la Grande Salle.

- Encore une fois, cela ne te regarde pas.

Sans que je ne comprenne pourquoi, il m'imita.

- Tu sais qu'il n'y a rien de honteux à demander de l'aide à quelqu'un ?

Je serrai les dents. Il ne savait pas de quoi il parlait.

- Je n'ai pas besoin d'aide. Encore moins de celle d'un français trop curieux pour son propre bien. Bonne journée.

Et pour être certaine que le message passe, je me m'y à marcher plus vite. A mon plus grand soulagement, il n'essaya pas de me suivre. Mes pas me menèrent automatiquement vers le couloir de la classe de sortilèges mais la seule vue de Deloris, Sven et Hadrian me convainquit de tourner les talons. Je savais que Deloris ne manquerait pas de commenter ma sortie pendant le petit-déjeuner. J'avais évité de justesse d'envoyer Mesyats contre un mur, il était peu probable que j'y parvienne à nouveau.

Quand la sonnerie qui annonçait le début des cours retentit, j'avais trouvé refuge au bout du couloir qui m'avait accueilli deux ans de suite le jour d'Halloween. Emmitouflée dans ma cape, je passai un long moment à regarder les flocons tomber dans le parc du château. Il neigeait depuis trois jours, ce qui donnait l'impression que le carrosse de Beauxbâtons était un igloo un peu étrange.

Sans livre pour me distraire, la matinée passa lentement. J'étais presque surprise que Crystal, Draco et Pansy n'aient pas encore lancé les fantômes de Poudlard à ma poursuite en constatant mon absence aux cours de la journée ou pendant le déjeuner.

Ce n'était pas plus mal.

Si Crystal n'aurait pas essayé de savoir ce que contenait la lettre de Lucius, Pansy et Draco ne se montreraient pas aussi conciliants. J'avais besoin d'avoir trouvé une issue avant de leur en parler.

Ou au moins de digérer un peu l'injustice de ma situation.

Personne ne semblait prêt à entendre le fait que je ne voulais pas aller au bal de Noël, qu'importe la raison que j'invoquais. J'étais Alya Lestrange, je me devais d'être présente à ce qui semblait être la fête de l'année.

La discussion s'arrêtait là.

Bien sûr, je pouvais toujours écrire à Narcissa pour lui demander d'intercéder – c'était après tout de sa faute – mais je n'étais pas encore certaine que cela en vaille la peine.

Elle était capable de croire que je la pardonnais, ou d'utiliser mon appel à l'aide contre moi – et contre ma famille moldue – et peut-être que passer la soirée avec Nott serait moins pénible que cette perspective.

A vrai dire, cette histoire de bal n'était pas vraiment le plus inquiétant de mes problèmes. Roksana Mesyats et Radimir Lomonosov semblaient bien décidés à arracher la première place dans ce classement très serré. Les confidences de ma cousine expliquait un peu mieux pourquoi la famille de Rodolphus Lestrange ne s'était jamais intéressée à moi – à l'exception de mon arrière-grand-mère et d'une grande tante –. A leurs yeux, je ne valais pas mieux qu'une Illégitime, mariage ou non.

L'ironie étant que j'étais une Illégitime sauf qu'aucune goutte du sang Lestrange ne coulait dans mes veines.

J'ignore encore comment, mais nous allons trouver un moyen de le récupérer. Obeshchannyy.

Obeshchannyy.

Promis.

En vérité, Mesyats et Lomonosov n'avaient pas une infinité d'options. Si je me fiais à l'arbre généalogique des Lestrange – l'un des premier que j'avais appris –, la fortune Lestrange serait également redistribuée aux cousins et cousines – cinq en tout, trois femmes et deux hommes – de Rodolphus si je venais à disparaître de l'équation. L'autre moyen de l'obtenir était sans doute de m'épouser.

Un frisson me secoua. Mes entrailles se contractèrent.

Le morceau de parchemin avec lequel je jouais depuis toute à l'heure devint soudainement réconfortant.

Je préférai encore épouser Théodore Nott que Radimir Lomonosov.

Et je préférerai annoncer à la terre entière que j'étais la fille de Sirius Black plutôt qu'épouser Nott…

Je fermai les yeux et je laissai mon front basculer contre la vitre glacée de la fenêtre devant laquelle j'étais assise, essayant d'ignorer le poids qui pesait sur mes épaules.

Peu à peu, la nuit tomba sur l'Ecosse. La sonnerie annonça la fin des cours, puis le début du dîner. Puisque j'avais l'impression d'avoir avaler des pierres lors de mon petit-déjeuner, je pris la direction de la salle commune, espérant éviter Pansy, Draco et Crystal.

Quand le mur qui gardait l'entrée bascula, je compris néanmoins que ce n'était définitivement pas mon jour. Draco, Pansy et Crystal m'attendaient de pied ferme. Ils cessèrent leurs messes basses quand ils m'aperçurent et Draco se précipita sur moi, le teint un peu pâle et un pli entre les sourcils.

- Tu vas bien, Ely' ? demanda-t-il après m'avoir serré dans ses bras.

- Évidement, sans réussir à le repousser.

Il me frotta le dos énergiquement.

- Tu es gelée !

J'avais en effet l'impression d'être entrée dans un fours. Mes dents ne tardèrent pas à se mettre à claquer les unes contre les autres.

Draco soupira, puis m'obligea à m'asseoir près du feu, non sans m'envelopper de deux couvertures. Crystral et Pansy s'installèrent en face de nous.

Ce fut cette dernière qui mit fin au silence.

- Alors, qu'est-ce que t'a dit Mesyats ?

Je fronçai les sourcils. Pansy croisa les mains sur son genou.

- N'essaye pas de nous mentir, petite, j'ai mes sources.

Il me fallut quelques secondes pour comprendre qu'Alexis Delacour n'avait pas été fichu de tenir sa langue.

- Les français ne peuvent vraiment pas s'empêcher de se mêler de ce qui ne les regarde pas, grognai-je.

Pansy eut un sourire carnassier.

- Dois-je comprendre que tu as passé la journée à méditer sur la question et que tu étais parvenue à la conclusion qu'il fallait absolument que tu nous en parles ?

Je croisai les bras sur ma poitrine et serrai les dents pour toute réponse. Pansy secoua la tête et Crystal leva les yeux au ciel.

- Pour ton information, tu aurais mieux fait, parce que maintenant, tout Serpentard est au courant, dit-elle.

- Comment ça ?

- Il a été voir Avelina Odgen.

Je passais mes deux mains – froides – sur mon visage, puis repoussait mes longues mèches noires en arrière.

Crystal avait raison, à ce tarif, j'aurais mieux fait de venir les trouver.

Merlin, Morgane, Viviane et Circée en soit témoin, je n'allais pas manquer d'aller lui demander des comptes.

Comment osait-il ?

- Apparemment, il était inquiet que Mesyats ait déjà mis ses menaces à exécutions quand il ne t'a plus aperçu de la journée.

Je ne pus que me renfrogner. Ça allait finir par être de ma faute !

Je sus que je n'étais pas encore au bout de mes peines quand Pansy se pencha vers moi.

- Comme tu le sais très bien depuis ta première année pour en avoir été la cause, Serpentard n'a pas très bien pris que tu te fasses menacer par une élève de Durmstrang. On a eu le droit à un conseil de Maison avant le dîner et Mesyats est persona non grata jusqu'à son départ.

Je voulus me cacher sous les couvertures et ne plus jamais montrer mon visage jusqu'à la fin de l'année.

- Les Préfets ont demandé des volontaires pour te servir de garde du corps, au moins pour les semaines à venir... Ça a été une véritable surenchère.

Je repris mon visage dans les mains.

Douce Circée.

- Je paris que d'ici demain, des élèves des autres maisons ne manqueront pas de se porter volontaires. L'espace d'une seconde, j'ai eu l'impression que nous avions fait un bond en arrière et qu'un tournoi de chevaliers servants allait devoir être organisé !

La seule éventualité de remettre cette vieille tradition au goût du jour me donna la nausée. En jouant les bons samaritains, Delacour avait réussi à rendre ma situation vis-à-vis de mes prétendants encore plus compliquée, ce que je croyais encore impossible le matin-même. Je retins très difficilement un cri de rage.

Je le détestais !

- Que voulait mon père finalement ?

Je m'obligeai à me redresser.

- Lucius Malefoy m'ordonne de me rendre au bal avec Théodore Nott.

Draco grimaça, Pansy haussa un sourcil et Crystal serra les lèvres, sans que je ne sache si elle essayait de taire un éclat de rire ou une remarque.

- Ma mère est au courant ?

- J'en doute mais je n'ai pas envie de lui écrire pour lui demander d'interférer.

- Tu vas peut-être devoir t'y résoudre malgré tout, intervint Pansy. Surtout vu les menaces de Mesyats.

Elle fit claquer sa langue en réponse à mon regard assassin.

- Dois-je te rappeler qu'il n'a toujours pas abandonné la possibilité de t'extorquer des confidences ? Je suis certaine qu'il va profiter de la soirée pour te faire subir un véritable interrogatoire. Et elle saura peut-être comment calmer les ardeurs de tes chers cousins !

Ils n'étaient pas mes cousins !

- Je peux lui écrire pour toi si tu veux. Après tout, c'est de sa faute pour commencer, et c'est de toute façon la seule personne qui peut faire changer mon père d'avis.

La douleur sous mon crâne passa de diffuse à une pulsion régulière au niveau de mes tempes. Je n'avais pas envie de réfléchir à la question ce soir, et je n'étais pas en état de le faire.

- On verra ça demain. Je suis fatiguée. Ne montez pas une intrigue impossible en mon absence.

Draco m'empêcha de me lever.

- Tu n'as rien manger de la journée, me rappela-t-il. On va aux cuisines d'abord.

Son ton définitif me rappela celui de Narcissa et, si je me fiais aux expressions résolues de Crystal et Pansy, elles étaient tout à fait d'accord avec sa remarque. Je ne pus que traîner des pieds pour marquer mon mécontentement.

Vraiment, cette journée était sans fin.

Mardi 20 Décembre 1994, Poudlard, Ecosse.

En passant le pas de la salle de Défense contre les Forces du Mal, mes maigres espoirs de subir un cours théorique s'envolèrent. Fol-Oeil avait repoussé toutes les tables contre le mur, donnant l'impression que la salle était bien plus grande que ce que j'avais toujours cru.

Je grognai malgré moi, ce qui attira aussitôt l'attention de Deloris. Ses longues mèches tournoyèrent et j'eus le droit à un énième regard sombre, que je ne méritais même pas.

Ce n'était pas de ma faute si Mesyats m'avait menacée, que Delacour était un incorrigible bavard, et ce n'était certainement pas moi qui avais soufflé aux Préfets de dire à Deloris de s'arranger pour trouver un autre cavalier pour le bal de Noël.

Il était devenu très mal vu d'être associé – de près ou de loin – à mes chers cousins Lestrange.

Concernant Deloris et Lomonosov, cela m'arrangeait énormément : elle aurait une occasion de moins de dévoiler des détails croustillants à l'ennemi.

- Bien. Comme promis la dernière fois, nous passons à la pratique en duel. Pour aujourd'hui, vous n'avez le droit qu'au sortilège de désarmement et à son contre-sort. Quelqu'un me rappelle les formules, juste pour qu'on soit à la même page ?

O'Casey et Forest donnèrent respectivement la bonne réponse, récoltant cinq points pour Serpentard et Poufsouffle.

- Mettez-vous par deux. Pour le premier quart d'heure, je veux que vous vous entraîniez chacun votre tour à attaquer puis à défendre. On passera à du duel libre ensuite.

Crystal et moi rejoignîmes le fond de la salle, même si cela ne suffirait pas à ce que Fol-Œil nous oublie.

- Tu veux commencer par quoi ? me demanda Crystal, tout en faisant tournoyer sa baguette entre ses doigts.

Contrairement à moi, elle aimait la Défense, elle trouvait que Fol-Œil était un bon enseignant – bien qu'un peu cinglé – et elle ne cachait pas son intérêt pour les duels.

- Attaque, soupirai-je.

Je ne tarderais pas à me faire arracher ma baguette des mains, mais au moins pouvais-je espérer mettre le feu à quelque chose par inadvertance et même mettre fin au cours.

Je pris une profonde inspiration.

- Experlliarmus !

Crystal réussit à se protéger à temps et elle vacilla à peine sur ses jambes.

- Prête ?

Je fis de mon mieux pour lancer le Protego à temps, mais je terminai sur les fesses malgré tout. Je me relevai en maudissant Fol-Œil sur au moins six générations. Merlin, si ce poste était vraiment maudit, qu'attendait le destin pour lui arranger un accident ?

Un quart d'heure plus tard, j'avais été projetée en arrière – plus ou moins violemment – trop de fois pour tenir le compte et mes propres tentatives étaient aussi imprédictibles que d'habitude, ce qui semblait énerver Crystal autant que moi.

- Tu ne fais pas d'efforts, Lestrange !

- Bien sûr que si ! Ce n'est pas de ma faute et tu le sais très bien !

Elle plissa les yeux, ouvrit la bouche pour répliquer, quand Fol-Œil frappa sèchement dans ses mains.

- Passons aux choses sérieuses. Miss Lestrange, venez par là.

Il y eut des ricanements à ma gauche – Deloris et Sven – qui ne réussirent même pas à me vexer. J'étais même plutôt d'accord : ma relation conflictuelle avec les sortilèges était connue de tous les professeurs. La piètre démonstration avec Crystal aurait dû suffire à convaincre Fol-Œil que je n'étais pas la meilleure candidate pour faire une démonstration.

A moins qu'il souhaite montrer aux autres ce qu'il ne fallait pas faire...

- Dépêchez-vous, on ne va pas y passer la journée !

Je grognai mais je le rejoignis au milieu de la salle, convaincue que j'allais revoir Madame Pomfresh plus tôt que prévu.

Fol-Œil eut une grimace étrange et ses trop nombreuses cicatrices rendaient la lecture de son expression compliquée. Il semblait toutefois satisfait que je l'ai rejoint, et peut-être un peu amusé par mon regard noir.

- On va s'en tenir aux maléfices que vous avez appris avec moi jusque-là. Dans la mesure du possible, je ne veux pas de blessés, alors mesurez votre puissance. Prête, Miss Lestrange ?

J'eus un soupir résigné. Fol-Œil était sans doute un foutu Gryffondor, je gagnerais mon temps à terminer inconsciente plutôt que de lui faire changer d'avis.

Comme le voulait l'usage, nous nous saluâmes avant de nous éloigner de trois pas chacun.

Sans surprise, ses trois premières attaques se soldèrent par trois victoires écrasantes – à aucun moment n'eus-je le temps de placer un protego digne de ce nom – et des fesses douloureuses pour moi – ce qui commençait à être lassant –.

- Miss Malhorne a raison, Miss Lestrange, grogna-t-il en m'aidant à me relever. Vous ne faites aucun effort. J'ai vu votre mère récompenser une telle mauvaise foi par le Doloris. Montrez-moi de quoi vous êtes capable !

Je me dégageai sèchement, la seule mention de Bellatrix faisant crépiter la magie le long de ma peau. Ma baguette émit des étincelles quand je la repris.

- Peut-être que je ne lui ressemble pas tant que ça. Ça devrait être une bonne nouvelle, non ? Une Mangemort en puissance de moins pour les Aurors !

Ma voix était juste assez forte pour qu'il l'entende, et je crus que j'allais finir avec une retenue à la façon dont il plissa les yeux.

- Peut-être que je veux voir si vous avez l'étoffe d'une Auror ? Après tout, j'ai formé votre cousine.

Sa réponse n'était que pour moi et je retins un juron.

N'allait-il jamais me laisser tranquille ?

Je n'eus pas le temps de rassembler mon sang froid qu'il m'attaquait à nouveau. Cette fois, mon protego me permit de conserver ma baguette, mais je dus me jeter au sol pour éviter le deuxième. Fol-Œil baissa sa garde en secouant la tête fasse à mon manège. Je lançai un Expelliarmus sansréfléchir, touchant sa jambe valide, ce qui lui fit perdre l'équilibre pendant une fraction de seconde. Je me redressai sur mes genoux et attaquai à nouveau.

Sa baguette s'envola vers moi et retomba à portée de main.

Je l'ignorai tandis que je me relevais, croisant le regard appréciateur de Crystal au passage.

- Très bien. Vingt points pour Serpentard, Miss Lestrange. Le duel ne dépend pas seulement de la capacité de quelqu'un à savoir lancer des sortilèges. Il faut aussi apprendre à exploiter les faiblesses de son adversaire et percevoir les ouvertures pour une contre-attaque foudroyante.

Je rejoignis Crystal en essayant d'ignorer le compliment à demi-mot de l'ancien Auror, sachant pertinemment que je n'étais pas faite pour cet exercice, et que je ne comptais pas le devenir si cela pouvait raviver le souvenir de Bellatrix Lestrange.

- Et bien tu vois quand tu veux…

- Ne compte pas sur moi pour le reste de l'heure, j'ai tout donné, sifflai-je, mauvaise.

Crystal était assez intelligente pour savoir quand elle ne devait pas insister et je lui fis travailler son Protego pendant le reste de l'heure, priant en silence pour que Fol-Oeil me fiche la paix jusqu'à la fin de l'année.

Bien entendu, je ne fus pas exaucée – j'allais commencer à penser que ma bonne étoile était une vaurienne – puisque Fol-Œil me fit signe de venir le voir au moment où j'allais quitter la salle.

Je croisai les bras sur ma poitrine et j'attendis qu'il me dise ce qu'il avait à me dire, sans vraiment être sûre de comprendre son insistance. Pour tout ce que j'en savais, Bellatrix était peut-être derrière son œil manquant – ou sa jambe – et si la majorité du monde sorcier se montrait méfiante à mon égard, il aurait dû l'être encore plus, parce qu'il était paranoïaque.

- Ces deux expelliarmus étaient parfaits, Miss Lestrange, ce qui est étrange pour quelqu'un dont les performances en sortilège sont censées être aléatoires.

- Je suppose que j'ai eu de la chance.

Il se frotta la joue, ses ongles râpant sur sa légère barbe.

- Avec de l'entraînement, vous pourriez progresser très vite. Ça vous aiderait à être plus régulière en sortilège.

Je fronçai les sourcils, peinant à réaliser que Alastor Maugrey, le plus grand chasseur de Mage Noir, voulait entraîner Alya Lestrange au duel.

Rita Skeeter n'avait peut-être pas tout à fait tort quand elle soutenait qu'il avait perdu la raison.

- Le duel n'est pas une discipline faite pour une jeune fille de bonne famille, et j'ai de toute façon beaucoup de travail avec le professeur McGonagall.

Je n'avais surtout pas envie de passer plus de temps que je le devais déjà avec Fol-Œil, et encore moins pour pratiquer des sortilèges qui maculeraient mon corps de contusions.

- Réfléchissez-y quand même, Lestrange.

- Naturellement. Bonne journée.

Je ne lui laissai pas la moindre chance d'essayer de me convaincre et je me sauvai enfin de la salle de Défense.

Crystal ne m'avait pas attendue – elle devait rejoindre le professeur Rogue pour sa leçon d'Occlumentie – aussi je ne ralentis pas une fois dans le couloir.

J'avais du travail – dont un devoir à commencer et que je devais rendre demain en Runes – et j'étais bien décidée à m'y mettre dès que j'aurais rejoint la bibliothèque.

Sauf que Nott surgit de nulle part et me coupa la route.

Mon cœur me donna l'impression de se décrocher de ma poitrine au moment où il apparut devant moi, et je faillis bien lui jeter un maléfice.

- Que veux-tu, Nott ?

Mon ton était encore plus agressif que ce que j'avais en tête, ce qui lui fit hausser un sourcil.

- Mauvaise journée, Lestrange ?

Mauvais mois.

- Oui, et de toute évidence, ça ne va pas en s'améliorant.

Il resta presque impassible – ses yeux se plissèrent à peine – ce qui n'était pas forcément bon signe. Il ne se montrait jamais plus opiniâtre que lorsqu'il gardait un contrôle absolu sur chacun des traits de son visage.

- Puis-je t'accompagner à la bibliothèque ?

- J'ignorais que tu t'étais porté volontaire pour être mon garde du corps.

Il eut une moue crispée.

- Étant donné que je suis ton cavalier pour le bal de Noël, il me semble que ce rôle me revient de droit, n'est-ce pas ?

Le rappel m'arracha un grognement et il n'eut pas besoin d'en dire plus pour que je comprenne ce qu'il voulait.

J'avais fait en sorte de l'éviter depuis que j'avais reçu la lettre de Lucius et j'avais demandé à Draco de ne pas en discuter avec lui – parce que mon cousin était capable de faire tout un laïus menaçant qui ne servirait à rien –. Pansy n'arrêtait pas de me dire qu'il fallait que je laisse Draco écrire à Narcissa pour lui demander d'intercéder – soutenue par Crystal dans sa campagne –.

Pour une fois, mon cousin semblait décidé à me laisser prendre ma décision seule, ce pour quoi je lui étais reconnaissante.

- Je ne suis pas plus ravi que toi par la situation, Lestrange, reprit Nott. J'avais dans l'idée de disparaître pour la soirée et de ne surtout pas me donner en spectacle devant toute l'école.

- Pourquoi, tu danses si mal que ça ?

Cette fois, son regard s'assombrit et je me redressai, satisfaite de ma répartie. Avec un peu de chance, j'allais suffisamment l'agacer pour qu'il renonce.

Il serra les lèvres, prit une profonde inspiration, me dévisagea longuement, avant de reprendre.

- Je pense que l'on partage la même aversion en ce qui concerne les exercices mondains du monde Sang-Pur. Puisque nous devons apparaître à ce maudit bal de Noël, peut-être que nous pouvons nous entendre pour que cela soit le moins pénible possible ?

Ce fut à mon tour de hausser un sourcil, malgré mes efforts pour contenir mes réactions – une habitude quand il s'agissait de Nott –. De tout ce que j'avais pu imaginer, j'étais convaincue qu'il me reviendrait de négocier avec lui, et non pas le contraire.

- Et quel serait le plan ?

- Il n'est pas très compliqué, même toi tu devrais réussir à le comprendre.

Dimanche 25 Décembre 1994, Poudlard, Ecosse.

Un bruit sourd me réveilla en sursaut et je mis quelques secondes à prendre conscience de l'endroit où je me trouvais, le sommeil engourdissant encore mon esprit. Je voulus ignorer la raison qui m'avait cruellement arrachée aux doux bras de Morphée – surtout que je sentais qu'il était tôt – sauf que d'autres bruits suivirent – une porte claqua deux fois, du métal cliqueta, des talons frappèrent le sol – et je ne pus qu'enfouir ma tête sous mon oreiller.

Je n'étais pas stupide. Deloris essayait de me provoquer en se montrant encore plus désagréable que d'habitude, et je n'étais pas vraiment surprise qu'elle mette à profit le fait que nous soyons seules à partager le dortoir – Crystal avait été sommée de rentrer pour Noël, et Jin avait eu un décès dans sa famille, l'obligeant à revoir ses plans pour les vacances –.

Deloris me tenait pour responsable de la disgrâce de Lomonosov et Mesyats, ce qui l'avait obligée à trouver un autre cavalier pour le bal de Noël – un parti moins prestigieux donc moins digne d'elle –. De fait, elle essayait de rendre mon existence misérable pour les vacances, ignorant parfaitement qu'elle n'arriverait jamais à égaler celles de l'été dernier à mes yeux.

J'attendis qu'elle ait terminé de se préparer – sa prestation bruyante se termina par un nouveau claquement de porte – pour me lever à mon tour.

Des cadeaux et un cousin impatient m'attendaient dans la salle commune. Je ferais mieux de me dépêcher si je ne voulais pas que Pansy perde patience.

Il me fallut une dizaine de minutes pour me rendre présentable – une robe de laine prune, mes cheveux rassemblés en un chignon approximatif et une résignation face aux boutons qui maculaient mon menton –.

La majorité des élèves étaient restés pour profiter des festivités du tournoi des Trois Sorciers, et la salle commune me sembla encore plus bondée qu'une semaine plus tôt. Je trouvais difficilement Draco et Pansy, installés près de l'immense sapin, en compagnie de Millicent. Mon cousin me fit très bien comprendre que je n'étais pas en avance, et qu'il m'attendait de pied ferme depuis une heure pour ouvrir ses cadeaux.

- C'est donc toi qui as demandé à Deloris de me réveiller ?

Il fit la moue.

- Je n'adresse pas la parole à cette petite peste.

Je me promis de faire savoir à Deloris qu'elle pouvait définitivement dire adieu à son projet d'épouser Draco la prochaine fois qu'elle se montrerait odieuse.

- On ouvre ces cadeaux ?

Ma pile de présents était sans doute la plus modeste que j'avais eu, ce qui ne manqua pas de m'étonner. Si j'avais eu à parier, j'aurais volontiers pensé que Narcissa allait essayer de m'acheter pour m'attendrir, parce que l'argent avait toujours été une solution à ses yeux.

Je me laissai glisser au sol pour être plus à mon aise. Christopher m'avait envoyé une lettre – que je mis de côté pour plus tard – et deux paquets rectangulaires. Le premier contenait ce qui semblait être une édition rare d'un essai de Raistlin Majere qui l'était tout autant – La Métamorphose de L'esprit – et un carnet plus anonyme, dont les pages étaient couvertes par l'écriture de Christopher.

Anton et moi avons fait quelques recherches sur la branche russe des Lestrange. Fais-en bon usage.

Mon sourire tordu étira mes lèvres une brève seconde. Même à l'autre bout de l'Europe, Christopher continuait de surveiller mes arrières et à veiller sur moi.

Le paquet suivant venait de Crystal et était particulièrement bien emballé, si bien que j'eus l'impression de me débattre pendant une éternité avec les différents rubans avant de dévoiler un globe rempli de liquide et contenant une statue de la Liberté miniature.

- Oh, une boule de neige ! s'exclama Millie. Elle est vraiment très belle, Alya.

J'étais tout à fait d'accord avec elle et je regrettai de ne pas pouvoir la laisser sur ma table de nuit, au risque d'attirer les questions de Deloris – ou pire, de lui donner une idée de vengeance –.

Si tu as lu le livre que je t'ai donné sur l'histoire des États-Unis, tu sais que c'est un vrai symbole. J'ai pensé qu'il fallait que tu t'habitues à la vue.

Joyeux Noël.

Je secouai la tête. Pour tout ce que je savais, New York était du mauvais côté du pays par rapport aux origines de ma mère, mais j'étais quand même touchée par l'attention.

Je découvris ensuite un kit d'entretien pour balai digne de mon Éclair de Feu – du reste, je pouvais désormais le bichonner du manche à la dernière brindille – mais ce fut le petit coffret à bijou qui valut un baiser à Draco sur la joue.

Le collier était magnifique en lui-même : la chaîne en argent reflétait le moindre éclat de lumière autour de nous et un dragon – un opaloeil si je ne me trompais pas – était finement gravé sur le pendentif ovale. Draco m'aida à l'enfiler.

- Ce n'est pas un simple médaillon, souffla-t-il. Il est enchanté pour s'ouvrir à la mention de ton nom complet...

Je jetai un regard prudent autour de moi, juste pour être sûre que personne n'était à l'affût de mes secrets. Les Serpentards qui n'étaient pas complètement accaparés par le déballage de leurs cadeaux discutaient sans se soucier de moi. Nott n'était nulle part en vue – sans doute détestait-il Noël – et Deloris était trop occupée à mettre en scène le nouveau bracelet hors de prix qu'elle avait reçu.

- Maellyn Liberté Black, dis-je à voix basse, mes lèvres effleurant le métal froid.

Il eut un délicat clic et je pus glisser mon ongle dans un interstice qui n'existait pas quelques secondes plus tôt.

A l'intérieur, je reconnus la photo de mes parents que j'avais trouvé dans les affaires de ma mère. Ils avaient tous les deux cet air provoquant qui s'accordait si bien avec le maquillage sombre de ma mère et les cheveux trop longs de mon père.

Je relevai les yeux vers mon cousin, peinant à trouver les mots pour le remercier, et il eut ce sourire rare qui m'était presque exclusivement réservé. Celui qui donnait l'impression qu'il était plus un petit garçon qu'un jeune lord, adoucissant ses traits pour gommer sa ressemblance avec Lucius, le laissant presque vulnérable.

- Il y a un mécanisme sur le côté.

Une fine roue crantée était discernable au toucher et je la fis tourner délicatement.

Au premier cran, la photo changea. Mes parents grimaçaient à la façon de deux enfants indisciplinés. Au deuxième cran, ils s'embrassaient.

Au troisième, je retrouvai la photo que je préférais des quatre, dans laquelle ils étaient figés dans un éclat de rire.

L'image devint de plus en plus floue et je m'empressai d'essuyer mes joues.

- Merci, soufflai-je, ma voix chevrotante et trop aiguë à mes oreilles.

Il me glissa un clin d'œil.

- Le collier des Lestrange est une atrocité, c'était l'occasion idéale.

Sa boutade m'arracha un petit rire un peu humide, et j'attrapai sa main pour la serrer avec force, les mots me fuyant. Il me sourit à nouveau, cette fois un peu plus largement, puis me désigna mes autres paquets d'un geste de la tête.

- Je sais que mon cadeau est le meilleur que tu vas recevoir aujourd'hui, mais Pansy me soutient que les siens sont inoubliables.

Je plissai les yeux, méfiante. J'étais très bien placée pour savoir que Pansy avait un don pour faire des cadeaux embarrassants – aux bas mots – mais toujours basés sur un véritable besoin de la personne à laquelle elle le faisait – Draco pouvait le démentir autant qu'il le voulait, il utilisait vraiment les potions anti-acné qu'il avait eu à son anniversaire –.

Les boutons qui maculaient mon menton me donnèrent l'impression de se mettre à me brûler et je n'eus plus du tout envie d'ouvrir les présents emballés avec soin.

Je m'obligeai toutefois à faire bonne figure et je pris le plus gros des deux.

Il contenait un assortiment de maquillage d'une marque française que Narcissa affectionnait. Pansy avait pensé à tout – de la potion protectrice, au mascara, en passant par du rose à joue et le rouge à lèvres – et j'avais une fine idée de l'occasion qui permettrait de les étrenner.

- Millie m'a aidé à choisir les couleurs, dit Pansy. J'espère que ça ira, parce qu'il va au moins me falloir tout ça pour te donner allure humaine ce soir !

Je me promis en silence de disparaître à la première occasion, puis j'ouvris le deuxième – une boîte rectangulaire –.

J'en restai sans voix et je vis Draco devenir rouge quand je me tournai vers lui pour être certaine que je ne rêvais pas.

- Ne fais pas cette tête-là, petite. Tu as bien dû remarquer que ça devenait nécessaire.

Je baissai les yeux vers le léger renflement que formait ma poitrine, ma transformation en femme un peu plus remarquable qu'un an plus tôt. Si j'ignorais assez bien cette nouveauté – j'avais d'autre chose à penser –, je n'avais pas manqué de remarquer les changements dans mon dortoir. Deloris ne cachait pas le fait qu'elle portait des soutien-gorges depuis cet été – je la soupçonnais toutefois d'accentuer son rembourrage naturel –, tout comme Jin – même si elle semblait plus irritée par l'idée qu'autre chose –. Si Crystal s'était moquée de la comédie de Deloris, elle semblait se passer de l'accessoire pour le moment.

- Le bleu et le blanc sont neufs, les autres étaient à moi. Je me suis dit que si j'endossais le rôle de ta grande-sœur, autant aller jusqu'au bout. Tu noteras que je t'ai épargné les horreurs que ma mère m'avait acheté.

J'enfouis mon visage dans mes mains pour atténuer le fard sur mes joues. Mes mains étaient moites et l'effet fut très relatif. Des petits coups sur mon épaule me firent écarter les doigts.

- Je vois que mon cadeau t'a émue. Tu me remercieras plus tard, petite.

Je refermai la boîte difficilement – mes doigts malhabiles – et je pris le paquet emballé dans du papier journal. J'avais une fine idée de l'expéditeur, et j'étais curieuse de vérifier si j'avais raison.

Il s'agissait d'un livre sur les Animagi que le professeur McGonagall m'avait fait lire en début d'année, et auquel je me reportais souvent pour mes devoirs sur le sujet. Un morceau de parchemin dépassait des pages.

Lunard a réussi à le récupérer et j'espère qu'il pourra t'être utile.

En le feuilletant rapidement, je réalisai que deux écritures différentes avaient laissé des commentaires dans la marge, parfois même glissé plusieurs morceaux de parchemins pour détailler des notions ou raconter une anecdote. Mes yeux tombèrent sur une remarque particulièrement fausse sur le principe de mutation des cellules, et je me promis de la corriger plus tard.

Le dernier paquet contenait une tenue d'hiver complète des Harpies des Hollyhead, et un plaidoyer pour que je la porte quand je sortais voler si je ne souhaitais pas attraper la mort – et sa damnation éternelle – à cause de la rudesse des hivers écossais.

- Je te préviens, il est hors de question que tu portes ça au bal.

La remarque de Pansy me fit sourire – parce que ce n'était pas une mauvaise idée dans le fond – mais Narcissa n'avait pas manqué de me faire parvenir une robe de bal neuve la semaine dernière, et mon accord avec Nott sous-entendait que nous devions jouer le jeu, tous les deux, au moins pour sauver les apparences.

- On va manger ? intervint Millie. D'après les dires, le petit-déjeuner de Noël s'annonce mémorable.

Deux ans plus tôt, ça avait été le cas, et Millicent serait sans doute ravie par le vaste choix – sans doute plus grand encore avec la présence de Durmstrang et de Beauxbâtons –.

- Je monte ranger ça d'abord ?

En me levant, mes yeux tombèrent sur le plaid vert posé sur le bras de canapé près de nous d'une façon trop étudiée pour être naturelle. Je voulus le soulever pour voir ce qu'il dissimulait – quand bien même je me doutais de la réponse – mais Draco me tira en arrière.

- Les Elfes se sont trompés en disposant les cadeaux, dit-il froidement. Je m'en occupe.

Je me mordis les lèvres, hésitant entre lui demander des comptes et soulever le plaid pour découvrir la tentative d'excuse de Narcissa, avant de renoncer avec un soupir. La journée allait être assez longue comme cela pour que je m'inflige une contrariété supplémentaire. Draco allait sans doute renvoyer les présents accompagnés d'une lettre cassante, et Narcissa en serait plus blessée que si je m'en chargeais personnellement.

Je fis un rapide aller-retour dans le dortoir, glissant tous mes cadeaux dans ma malle par mesure de précaution, avant de retrouver les trois autres.

L'ambiance était particulière dans la Grande Salle. Les décorations – bien plus somptueuses que d'habitude – invitaient à s'émerveiller devant la féérie de Noël et de l'hiver, mais entre les cadeaux déballés un peu plus tôt et l'imminence du Bal, mes camarades me semblaient tous plus surexcités les uns que les autres, et je regrettais l'ambiance feutrée du Manoir Malefoy.

Nous avions pour habitude de déjeuner avant d'ouvrir les cadeaux, puis de traîner en pyjama dans le petit salon jusqu'à midi, grignotant du chocolat ou des biscuits de Noël, quand bien même cela gâtait notre appétit, tout cela au son des chants qui passaient à la RITM.

Peut-être que tout cela était terminé maintenant que je ne supportais plus de rester dans la même pièce que Narcissa. Peut-être allais-je passer tous mes Noëls ici pour éviter sa compagnie et celle de Lucius.

J'eus une pensée pour Christopher, qui avait décidé de passer Noël chez Anton pour éviter de se retrouver seul au Manoir Malefoy. La grand-mère de Crystal accepterait sans doute de m'accueillir dans les années à venir, et cela me donnerait l'occasion de m'échapper dans le monde moldu, même si cela signifiait ne pas être avec Draco et Christopher pour Noël.

- Ça va ?

Je me forçai à avaler ma bouchée d'œufs brouillés, même s'ils avaient comme le goût de terre.

- Oui…

Draco haussa un sourcil.

- Je n'ai pas vraiment hâte d'être à ce soir, c'est tout.

Il eut une grimace compatissante.

- Je suis sûr que Nott est du même avis que toi.

J'étais bien placée pour le savoir vu notre dernière discussion, mais ce n'était qu'une maigre consolation. J'étais tout de même tenue de faire une apparition et d'entretenir l'illusion d'Alya Lestrange si je voulais être tranquille, aussi bien à Poudlard qu'au Manoir Malefoy.

Douce Viviane en soit témoin, je haïssais Lucius Malefoy plus que jamais.

Je fus interrompue dans mes pensées par l'arrivée d'un étrange oiseau devant moi. D'un noir de jais, à l'exception d'une tâche blanche au sommet de son crâne, son bec était surmonté d'une bosse et il me sembla qu'il me fixait d'un air mauvais.

L'enveloppe accrochée à sa patte droite tripla de taille à l'instant même où je la pris dans mes mains, et je fronçai les sourcils en lisant le nom du destinataire.

Miss Adler.

Poudlard.

La seule personne à même d'utiliser ce nom-ci était Crystal, et je savais qu'elle n'aurait pas pris ce risque. Le disque de cire qui scellait l'enveloppe me donna finalement la réponse.

Deux balais croisés, un corbeau aux ailes déployées et le nom de l'école : Institut pour Sorcières de Salem.

- Qu'est-ce que c'est ? me demanda Draco.

- Je ne suis pas sûre, mais je crois que c'est le dossier scolaire de ma mère, soufflai-je.

Je dus me faire violence pour ne pas l'ouvrir au milieu de la table des Serpentards et je ne pus que retracer le blason de l'école de Salem du bout de doigts, remerciant en silence la professeure que j'avais rencontré pendant la Coupe du Monde de Quidditch. Avec tout ce qui s'était passé depuis ce jour-là, j'avais complètement oublié sa promesse de me faire parvenir le dossier scolaire de ma mère.

J'eus l'impression que Pansy, Millie et Draco prenaient tout leur temps et plus encore pour terminer leurs assiettes, puis pour rejoindre les quartiers de Serpentards. Si nous n'avions pas été le jour de Noël, je les aurais sans doute abandonnés depuis longtemps pour trouver un coin tranquille et me plonger dans ces nouvelles informations sur ma mère.

Par miracle, je réussis à me réfugier dans mon dortoir dès que nous fûmes dans la salle commune. Je me jetai sur le lit et je rabattis les rideaux, en laissant un seul entrouvert, pour lire la lettre de Christopher et lui répondre loin de l'agitation qui frémissait dans la salle commune.

'Ely,

Avant toute chose, Joyeux Noël !

J'espère que tout se passe bien (mieux, du reste) à Poudlard et que tu t'es remise de ton altercation avec Mesyats. Je ne suis pas vraiment étonné qu'elle ait sauté sur la première occasion pour te menacer – elle est réputée pour être impulsive – et, le côté positif, c'est que tu sais désormais à quoi t'en tenir ! Dans tous les cas, je suis content d'apprendre que tu as un ange-gardien français et que Serpentard a décidé de veiller sur toi, même si j'imagine que tu dois être particulièrement irritée par la situation.

Cela étant, tu trouveras les résultats de nos recherches intensives, à Anton et moi, concernant les vilains petits secrets de tes « cousins » ici. Je ne suis pas certain que tout soit exact, mais je sais aussi que ce n'est pas vraiment ça qui compte, n'est-ce pas ?

As-tu eu des nouvelles de la part de Lady Malefoy depuis ma dernière lettre ? Je suis certain que cela ne tardera pas si elle ne l'a pas déjà fait. Elle n'a pas vraiment d'autres choix, n'est-ce pas ?

De mon côté, pas grand-chose de plus. Mon peloton a terminé troisième lors du dernier tournoi, ce qui est tout à fait honorable – Bjorn est décidé à ce que nous restions sur le podium cette année – et la fête de l'Hiver était encore plus mémorable que l'année dernière. Je crois que le directeur a voulu compenser le fait que nous étions privé du spectacle du Tournoi des Trois Sorciers. On a eu le droit à un véritable spectacle avec des cracheurs de feu, un ballet de Palominos et un feu d'artifice. Il y avait même un bal pour clôturer la soirée pour ceux de quatrième année et plus.

Je serais donc chez Anton pour les vacances. Sa famille est souvent invitée pour des fêtes, aussi vais-je en profiter pour laisser traîner une oreille pour toi, et il m'a promis de me faire visiter Saint-Pétersbourg.

Je regrette toutefois que nous nous retrouvions pas cette année – j'imagine que tu serais restée à Poudlard, bal ou non –. Je garde de très bons souvenirs des dernières vacances de Noël.

Bon courage pour le bal. Ne te laisse pas impressionner par Nott, et préfère le silence à une réponse nébuleuse qu'il saura peut-être interpréter d'une façon qui pourrait te nuire. Si jamais il se montre insupportable, je te rappelle que Monsieur Bogdanow t'a appris où frapper pour faire mal.

Passe le bonjour à Crystal de ma part à l'occasion.

Je t'embrasse,

Chris.

Tandis que je trempais ma plume dans ma bouteille d'encre pour commencer ma réponse, je réalisai que je n'avais pas grand-chose à lui écrire, surtout que je lui avais envoyé un mot quelques jours plus tôt pour qu'il reçoive mon cadeau de Noël – un coffret de livres policiers moldus obtenus via Crystal et une plume d'oie – à temps. Je me résignai à attendre quelques jours – le Bal, ma prochaine séance avec le professeur McGonagall, peut-être des nouvelles concernant ma famille moldue de la part de Crystal – et j'ouvris l'enveloppe de Salem.

Il contenait bien une pochette brune, ainsi qu'un morceau de parchemin.

Je ne vous ai pas oublié, Miss Adler. Le dossier de votre mère a été plus difficile à retrouver que ce que je pensais.

Joyeux Noël.

L. Carjaval.

Mon souffle se bloqua dans mes poumons dès la première page surmontée par l'emblème du MACUSA – un aigle dont le corps n'était rien d'autre que le drapeau des États-Unis – et de la mention « certificat de parentage : Judith Sarah Adler ».

Ainsi, Judy n'était qu'un surnom. Ma main droite trouva le médaillon de Draco et je retraçai le dessin gravé dessus du bout des doigts.

Judith Sarah Adler.

Ce n'était presque rien – dans le grand ordre des choses, c'était un détail ridicule – mais après avoir connu le nom complet de Bellatrix – Irma – Lestrange – née Black – pendant toutes ces années, découvrir celui de ma mère avait quelque chose de profondément réconfortant.

J'étais la fille de Sirius Orion Black et Judith Sarah Adler.

Un sourire étira mes lèvres et je me lovai un peu plus confortablement dans mon lit, adressant une prière silencieuse à l'attention des grands sorciers de l'histoire pour que Deloris et Pansy me laissent profiter de ce moment.

Ma mère était née un certain 23 janvier 1960 à Seattle. Ma grand-mère s'appelait Delilah Sarah White, née le 25 mai 1933 à Ellensburg.

Décédée le 18 septembre 1967 à Yakima.

Je fronçai les sourcils à la mention suivante.

Statut : Cracmol.

Il me fallut un moment pour digérer la nouveauté, la réalité reprenant le dessus à la façon d'une claque cinglante. J'ignorais vraiment tout un pan de mon histoire et cela ne s'arrêtait pas au nom complet de ma mère.

Mes yeux devinrent brûlants et je m'obligeai à prendre de profondes inspirations pour calmer les battements de mon cœur.

Douce Circée, si Narcissa ne signait pas ce maudit contrat…

Une larme roula sur ma joue et je l'essuyai d'un geste rageur.

Si elle ne signait pas, j'allais faire de sa vie un véritable enfer.

La deuxième partie du document concernait mon grand-père, Grant Adler, né le 5 juin 1935 à Seattle.

Statut : Moldu.

Cela, au moins, était cohérent avec ce que je savais déjà – ou croyais savoir – sur la famille de ma mère.

La page suivante était le permis de baguette magique de ma mère, mentionnant le descriptif de sa baguette magique – bois de tremble, crin de licorne, vingt-sept centimètres, souple –, précisant que le permis était uniquement valable pour l'étude de la magie, dans la limite de l'école Salem.

De ce que je savais, c'était un détail que ma mère avait ignoré.

Venaient ensuite quatre relevés de notes – constituées de lettres dont j'ignorais la signification – et d'un avis pour le passage dans l'année supérieure positif à chaque fois. En regardant de plus près les différentes matières, j'appris que les élèves de Salem étudiaient les envoûtements et les duels dès la première année, ainsi que l'Alchimie à partir de la troisième année.

Le suivant était barré en diagonale et la mention « élève renvoyée le 5 octobre 1976 » me tira une grimace. En tournant la page, j'espérai découvrir plus de détails – quand bien même la raison avait certainement à voir avec les trafics de mon grand-père – mais il n'y avait qu'un papier à l'allure officielle – à nouveau le blason du MACUSA – attestant de retrait à ma mère de son permis de baguette pour non-respect du principe de secret magique, ayant donné lieu à la destruction de l'artefact.

Le dossier s'arrêtait là, un maigre résumé de cinq années passées dans l'une des écoles les plus mystérieuses de notre monde. J'avais malgré tout réussi à obtenir plus de questions que de réponses en quelques morceaux de parchemins, dont le plus intriguant concernait l'histoire de ma grand-mère. Je me penchai pour récupérer la photo de famille que j'avais caché dans mon coffret à bijoux – protégé par un enchantement plus sûr que mes propres sortilèges – et je ne pus que détailler les cinq personnes figées sur le papier glacé.

Rien ne laissait supposer que la famille de ma grand-mère avait des liens avec le monde magique.

Deux coups à la porte de mon dortoir me tirèrent un soupir et je rassemblai les documents avant d'inviter Pansy – Deloris ne se serait pas donné la peine de frapper – à entrer.

- Tu n'as pas intérêt à être en train de travailler, petite.

- Je lisais juste mon courrier au calme.

- Et que raconte Rowle ? demanda-t-elle en s'installant sur le bord de mon lit.

- Il me souhaite bon courage pour le bal.

- C'est à croire qu'on va te demander d'affronter un dragon entre deux danses ou te provoquer en duel à un moment donné.

Je plissai les yeux.

- Tu feras moins la maligne si c'est ce qu'il se passe.

Elle éclata de rire.

- Je vais prendre le risque de me tromper. Qu'est-ce que c'est ?

Elle désigna la large enveloppe brune d'un geste du menton.

- Le dossier scolaire de ma mère.

Son regard se mit à briller et ses ongles parfaitement manucurés se refermèrent dessus, avant qu'elle se ménage une place à ma gauche, le lit juste assez large pour nous contenir toutes les deux.

- Des choses intéressantes ?

- Je te laisse la surprise, dis-je, la photo toujours à la main.

Bien entendu, elle ne manqua pas le détail concernant ma grand-mère et elle imagina des explications impossibles qu'elle me murmura à voix basse, jusqu'à ce qu'il soit l'heure de rejoindre la Grande Salle à nouveau pour le déjeuner.

Je doutais que ma grand-mère ait, elle aussi, été bannie d'un clan de sorcières parce qu'elle était Cracmol, mais peut-être avait-elle raison quand elle disait que le MACUSA remontait les antécédents de certaines familles sur plusieurs générations, et que ma grand-mère ne serait pas la première à être la petite-fille d'une Cracmol qui aurait refait sa vie dans le monde moldu.

Peut-être même que le MACUSA effaçait la mémoire des Cracmol pour faire bonne mesure.

L'explication n'avait pas besoin d'être sordide.

Je me promis tout de même d'en toucher un mot à Crystal, des fois qu'elle ait la possibilité de se renseigner.

Après un repas composé de dindes et de pudding, je passai une partie de l'après-midi dans la salle commune à enchaîner des batailles explosives avec Millie, Draco et Pansy. Quand Pansy manqua de justesse de perdre ses sourcils, elle déclara qu'il était grand temps que nous montions nous préparer pour le bal.

- Ne fais pas cette tête, petite. Je te promets qu'on va bien s'amuser. Daphnée et Tracey sont chez les Serdaigles. On va avoir le dortoir uniquement pour nous trois, et si on est efficace, on pourra même embêter cette chère Yaxley.

Comme pour approuver les paroles de Pansy, Millie plaça un disque sur le gramophone et la musique des Bizar's Sisters remplaça le silence.

Une heure plus tard, j'étais obligée de reconnaître que Pansy n'avait pas tout à fait tort quand elle prétendait que je passerais une bonne après-midi. En comparaison à toutes ces fois où je lui avais servi de modèle, elle ne se montra pas aussi tyrannique que d'habitude – sans doute parce que la présence de Millie avait tendance à l'adoucir un peu – et elle passa une bonne partie de son temps à prédire les tenues de tous les héritiers du monde Sang-Pur, basant ses pronostics sur les choix de certaines pour les bals.

- Yaxley ne prendra pas beaucoup de risques mais elle sera sans doute élégante, dit-elle tandis qu'elle s'appliquait sur ma manucure. Elle sait très bien que les couleurs froides flattent son teint, aussi je miserais sur du bleu marine ? Ou peut-être du bleu nuit. Il y avait un modèle dans le dernier sorcier Hebdo dont la ceinture était rehaussée de broderies argentées, c'est tout à faire son genre. Et quelque chose de juste assez court pour faire parler, mais pas trop pour ménager sa réputation. Je parie qu'elle aura une paire de talons ridiculement hauts. Peut-être qu'elle terminera la soirée chez Madame Pomfresh avec une entorse.

Je n'avais fait qu'entre apercevoir la robe de Deloris, mais je savais déjà que Pansy avait vu juste pour la couleur.

- Voilà pour ça. Je vais te coiffer pendant que Millie se maquille. Après, tu enfileras ta robe, parce que du fond de teint sur du blanc, ça ne pardonne pas.

Je glissai un regard vers Millicent, admirant la façon dont elle maniait les différents pinceaux posés devant elle. Sa peau paraissait plus lisse, son teint était parfait – juste rehaussé par une touche de rouge sur ses joues – et elle s'attaquait désormais à ses yeux. Pour l'avoir déjà vue à l'œuvre, je savais que, lorsqu'elle aurait terminé, son regard brun semblerait plus lumineux et ses yeux plus grands.

Peu de personnes devait se douter qu'il lui fallait presque une heure pour arriver à un tel résultat.

- Tiens-toi droite, petite, si tu ne veux pas avoir un truc asymétrique sur le crâne.

Ce fut le seul avertissement avant que Pansy me saisisse la tête sans douceur pour la mettre comme elle la voulait. Elle commença par boucler mes cheveux à l'aide de sa baguette, puis les rassembla en plusieurs petits chignons flous qui partaient du sommet de mon crâne et s'arrêtaient juste au-dessus de ma nuque. Je voulus savoir ce qu'elle comptait faire de tous les cheveux qui pendaient devant mes yeux, mais l'expérience m'avait appris qu'il valait mieux éviter de lui parler, à moins de vouloir une épingle à cheveux plantée dans le crâne.

J'eus de toute façon ma réponse une dizaine de minutes plus tard quand elle commença à les tresser avec adresse, avant de la fixer le long de mes chignons. Il s'en suivit une pulvérisation d'une potion dont l'odeur me saisit à la gorge et me fit copieusement tousser.

- Qu'est-ce que tu es fragile ! Millie, tu en penses quoi ?

Millicent termina de nouer la ceinture de sa robe avant de s'approcher.

- Mieux réussi que lorsque tu t'es entraînée sur moi.

- Tes cheveux sont tellement fins, c'est une horreur.

- Et je peux voir ou pas du tout ? intervins-je, tournant doucement la tête pour vérifier que tout tenait bien et que Pansy n'avait pas trop serré.

Elle réajusta quelques mèches en faisant la moue.

- Il y a un miroir dans la salle de bain, ce qui tombe bien puisque tu dois t'habiller. Fais-attention à ne rien abîmer !

J'attrapai la pile de vêtements qui m'attendait sur une chaise et je filai se mettre en sécurité dans la petite salle-de-bain.

Le travail de Pansy était vraiment différent de ce que Narcissa aurait choisi pour une telle occasion. Ma coiffure s'éloignait des modèles classiques – personne ne portait plus d'un chignon, et celui-ci était souvent bas – tout en reprenant certains codes – la tresse, les boucles savamment travaillées – et c'était la provocation voilée qui me plaisait le plus.

Sans surprise, Pansy avait glissé le soutien-gorge blanc qu'elle m'avait offert dans ma pile de vêtement, et je me résignai à l'enfiler. J'eus une grimace en voyant mon reflet : le bout de tissu sur ma poitrine avait l'air ridicule et je n'étais pas bien convaincue qu'il soutenait grand-chose. L'élastique, lui, mordait ma chair et j'allais devoir m'habituer à la sensation d'être serrée à chaque respiration.

Ma robe n'était pas en reste.

Le tissu blanc, décorés de fleurs de lys et brodé de figures géométriques dorées, ne ressemblait plus du tout à la robe que j'avais reçu, deux jours après la lettre de Lucius. A la base, le tissu était d'un bleu très clair, qui rappelait les ciels dégagés en hiver, lorsque le soleil brillait. Les broderies, elles, avaient été argentées.

Puis Nott était venu me trouver avec son plan, Pansy s'en était mêlée, et elle n'avait pas fait dans la subtilité.

Après tout, personne ne choisissait de porter du blanc à la légère.

- Tu t'es noyée, petite ?

Je soupirai en remontant la fermeture sur mon flanc gauche. Pansy n'avait vraiment aucune patience.

Deux secondes…

Millicent me fit une grimace compatissante en me voyant sortir, avant de me guider jusqu'à une chaise. Sur le lit, elle avait soigneusement aligné les différents produits que Pansy m'avait offert pour Noël.

- Tu as un peu d'acné, mais sinon, tu as une belle peau, bien hydratée. Ça va me simplifier la tâche.

Je compris très vite que Millicent et moi n'avions pas du tout la même définition de la simplicité. J'arrêtai de compter après le cinquième produit – un pour atténuer mes boutons, un pour m'éviter de briller, un autre pour hydrater la peau, un pour hydrater spécifiquement le contour des yeux et le dernier pour que le maquillage tienne mieux – et je me contentai d'observer sa technique au plus près, de sa façon d'appliquer du fond de teint à son tour de main quand il s'agissait de mettre en valeur un regard.

Ce n'était pas la première fois que je passais entre les mains expertes de Millicent, et j'avais plus souvent été impressionnée par ce dont elle était capable que par ce que faisait Christina, la maquilleuse attitrée de Narcissa.

A la fin, je me reconnaissais encore dans le miroir, seulement mes yeux semblaient plus bleus et plus grands, il n'y avait plus de trace de mon acné et mon teint était plus lumineux.

- Pansy, tu en penses quoi ?

Elle ajusta ses boucles d'oreilles avant de me détailler avec attention.

- Excellent, Millie. On dirait elle, mais en mieux. Fais bien attention à ne rien abîmer avant l'heure.

J'avais encore du temps devant moi, et il ne me restait plus que quelques broutilles à mettre pour finaliser ma tenue… Et je servis donc d'assistante à Millicent et Pansy tandis que l'une se coiffait et que l'autre se maquillait.

A la fin, Pansy donnait l'impression d'avoir au moins deux ans de plus que son âge dans sa robe noire fuseau, ses talons hauts d'un rouge profond, parfaitement accordés à son rouge à lèvre et à sa manucure. Millicent avait, elle, opté pour une robe cache-cœur d'un vert sombre qui flattait parfaitement son teint.

J'étais presque certaine que ni Lady Bulstrode, ni Lady Parkinson aurait approuvé le choix de leur fille.

- Tu es sûre que ça ne fait pas un peu trop ? risqua Millicent après s'être détaillée dans le miroir.

Le regard noir de Pansy semblait la mettre au défi de prononcer un mot de plus, et elle la pointa de son majeur quand elle la vit ouvrir la bouche, une expression farouche sur le visage.

- Tu es très belle, Millicent, soufflai-je.

Elle était bien différente de la beauté aristocratique de Narcissa Malefoy ou de Loreleil Greengrass, toutes deux grandes, et minces, et blondes. Millicent avait plus de poitrine que toutes les filles de son âge, elle avait un peu de ventre, et des hanches à peine moins larges que ses épaules.

Contrairement à beaucoup de femmes Sang-Purs, elle ne donnait pas l'impression que la moindre chute allait la briser en deux, et je la connaissais assez pour savoir qu'elle était aussi forte à l'intérieur qu'à l'extérieur.

Elle n'avait pas eu le choix avec la maladie de sa mère.

Elle me sourit avec douceur, puis se redressa, le menton haut.

- Je préfère ça, Bulstrode. Allons leur montrer ce que ça signifie de faire partie des Vingt-Huit Consacrées.

J'enfilai la cape qui complétait ma tenue – blanche, elle aussi, et brodée des mêmes motifs que ma robe – et je dus retenir une grimace quand mes chaussures comprimèrent mes orteils sans pitié.

Pansy m'avait conseillé de les porter depuis que je les avais reçues pour les faire, ce dont je m'étais abstenue, et peut-être que j'aurais mieux fait de l'écouter.

La Salle Commune s'était un peu vidée depuis que nous étions montées – beaucoup étaient sans doute partis rejoindre leur cavalière, tandis que d'autres arriveraient en retard – mais Draco, Vincent et Nott nous attendaient

La robe de mon cousin était en velours noir, un choix audacieux qui ne m'étonnait pas de Narcissa. Pour une fois, ses cheveux n'étaient pas plaqués en arrière – sûrement sur les ordres de Pansy – et il ressemblait moins à Lucius ainsi, ce qui n'était pas plus mal.

- Tu t'es surpassée, Pansy, dit-il en lui tendant son bras. Tu es très belle aussi, Ely'.

Je lui souris avant de me tourner vers Nott. Si mes souvenirs étaient exactes, je l'avais toujours vu vêtu de noir à tous les bals du monde Sang-Pur, ce qui, avec son visage fermé, donnait parfois l'impression qu'il sortait d'un enterrement. Aujourd'hui, sa robe était bleu nuit et, sommet de la fantaisie, il portait un nœud papillon doré.

De toute évidence, je n'étais pas la seule à avoir été menacée des pires horreurs si je ne me pliais pas aux idées de Pansy.

Il inclina la tête avant de me tendre son bras à son tour.

- Quand Parkinson m'a dit qu'elle avait une idée en tête, je ne pensais pas que ça irait jusque-là, me souffla-t-il.

- Je crois qu'elle espère être l'architecte du scandale de l'année.

En partie, du reste. Le fait que je m'étais rendue au bal habillée en blanc avec Théodore Nott ne tarderait pas à arriver aux oreilles des Malefoy et ils allaient avoir du mal à convaincre le monde Sang-Pur qu'aucun contrat de Mariage n'avait été signé près de six mois avant mon quatorzième anniversaire. Avec un peu de chance, Lucius y réfléchirait à deux fois avant de m'imposer ses caprices, et si tout le monde me pensait déjà fiancée, je devrais être relativement tranquille pour les années à venir.

Il y avait sans doute de fortes probabilités qu'Alya Lestrange se retrouve promise à Théodore Nott, mais comme Crystal me l'avait fait remarquer, Alya Lestrange n'existait pas.

Nott, lui, semblait s'être résigné quant à son inéluctable mariage pour assurer la continuité de sa lignée, et je n'étais pas le pire parti à ses yeux.

Je ne savais pas encore si je devais prendre ça comme un compliment ou comme une insulte.

Nous arrivâmes dans le Grand Hall en même temps que Potter et Weasley, chacun accompagné d'une des jumelles Patil – sans que je n'arrive à les différencier –.

Les grandes portes de chêne de l'entrée s'ouvrirent et tout le monde se retourna pour voir arriver les élèves de Durmstrang menés par le professeur Karkaroff. Krum était en tête du groupe, accompagné d'une ravissante jeune fille habillée d'une élégante robe bleue qui me sembla vaguement familière. Roksana Mesyats et Radimir Lomonosov étaient venus ensemble, et ils portaient tous deux l'uniforme de Gala de Dumstrang, ce qui semblait être le mot d'ordre pour la soirée.

Les français faisaient honneur à la réputation de leur pays. Les tenues semblaient plus élégantes les unes que les autres, certaines inspirées de la mode moldue, et je ne tardais pas à trouver Alexis Delacour, Avelina Odgen pendue à son bras. Il me fit un petit signe de la main, auquel je répondis par un regard assassin qui le fit éclater de rire.

Je n'avais pas manqué de l'agonir de reproches dès le lendemain de mon accrochage avec Mesyats. Il m'avait donné l'impression de retenir difficilement un sourire amusé, puis il m'avait avoué que je lui faisait penser à sa petite-sœur, avant de conclure qu'il n'aurait pas eu besoin de parler aux préfets de Serpentard si je m'étais montrée raisonnable.

Je le détestai.

A travers la porte ouverte, je vis qu'une partie de la pelouse avait été transformée en une espèce de grotte qu'éclairaient des guirlandes lumineuses formées par des centaines de fées vivantes, assises dans des massifs de roses ou voletant au-dessus de statues qui représentaient le père Noël et ses rennes.

- Qui est cette fille avec Krum ? me souffla Pansy.

A ma gauche, Nott eut un sourire en coin, qui me fit lever les yeux. Soit il était encore plus physionomiste que Pansy, soit il avait encore des informations de première main.

La voix du professeur McGonagall s'éleva alors dans le hall, m'empêchant de lui poser la question.

- Les champions, par ici s'il vous plaît.

La jumelle Patil qui accompagnait Potter le tira vers McGonagall. Ils rejoignirent Fleur Delacour – éblouissante dans une robe en satin argentée – et Roger Davies – dont le regard était encore plus vide que d'habitude – ainsi que Cedric Deggory et Cho Chang.

- McGonagall pousse le patriotisme jusqu'à la faute de goût ce soir, se moqua Pansy, plus à l'attention de Millie que de moi.

Ça ne m'empêcha pas de lui lancer un regard noir, auquel elle répondit en tirant la langue.

- Pour votre information, la cavalière de Krum est Hermione Granger, railla Nott tandis que la foule commençait à entrer dans la Grande Salle.

Pansy en perdit le contrôle sur sa mâchoire – une occurrence très rare – et Draco sembla à court d'insultes.

Je détaillai Granger en passant près d'elle, surprise qu'elle soit venue pour commencer – pour tout ce que je savais, je l'imaginais plus volontiers passer la soirée à la bibliothèque – et encore plus qu'elle soit la cavalière d'un des champions. Elle était toutefois très élégante ce soir – sa robe bleue mettait son teint brun en valeur et elle s'était même coiffée – et il me sembla que Krum se tenait plus droit à sa gauche.

Les murs de la Grande Salle avaient été recouverts d'un givre argenté étincelant, et des centaines de guirlandes de gui et de lierre s'entrecroisaient sous le plafond parsemé d'étoiles. Les tables des différentes maisons avaient disparu, remplacées par une centaine de tables plus petites, éclairées par des lanternes, autour desquelles pouvaient s'asseoir une douzaine de convives.

Gregory avait réussi à se faufiler parmi les premiers à entrer dans la Grande Salle et avait réservé une table suffisamment proche de celles des Champions au centre de la pièce pour que Draco puisse épier Potter, mais assez loin pour qu'il ne se fasse pas forcément remarquer.

Blaise et Daphnée – respectivement accompagnés par Lean McLaggen et Alexandre Rosier – s'installaient quand nous rejoignîmes la table. Daphnée me dévisagea ouvertement tandis que je m'installais, ses yeux faisant de drôles d'aller-retours entre mon visage et celui de Nott, avant de viser ma main gauche.

J'avais failli susciter encore plus de doutes en mettant une bague à mon annulaire, mais si je voulais pouvoir faire l'ingénue quand Lucius m'accuserait d'avoir tout orchestré, il ne fallait pas pousser le vice.

Une fois que tout le monde fut assis, les champions et leurs partenaires traversèrent la Grande Salle à leur tour sous les applaudissements, avant de s'installer à une table déjà occupée par les juges.

- Qui aurait cru possible que quelqu'un puisse choisir une robe encore plus extravagante que celle de Dumbledore, me glissa Pansy.

Elle me désigna du menton Ludo Verpey et sa robe violette parsemée de grandes étoiles orangées. Dumbledore s'était pour une fois contenté d'un ensemble argenté et à peine brodé, ce qui était un effort de sobriété rare.

Notre directeur ne tarda pas à faire une démonstration pour nous montrer comment le repas serait servi ce soir et je contemplai mon menu encore plus longtemps que Nott, pour des quenelles de brochets et du gratin dauphinois, espérant que la cuisine française serait un peu plus légère que les plats traditionnels anglais.

Le repas ne fut pas si désagréable que ça, même si j'aurais préféré être au calme dans mon dortoir. Pansy semblait s'être lancée le défi de critiquer le plus de monde possible avant le dessert – ce qu'elle fit avec autant de gouaille que d'habitude – surtout quand il s'agit de Deloris Yaxley ou de mes cousins Lestrange.

Draco était plus intéressé par ce qui se passait à la table des champions qu'autre chose, mais cela ne sembla pas gêner Gregory à sa gauche, puisqu'il semblait décidé à goûter à chacun des plats proposé par le menu, ce qui accaparait toute son attention.

- J'avais cru comprendre que tu ne souhaitais pas venir au bal, Alya. Qui a réussi à te faire changer d'avis ?

J'abandonnai l'idée de terminer ma tarte tatin et je relevai les yeux vers Daphnée.

- Personne. Je croyais avoir le choix de ne pas venir, et on m'a rappelé que ce n'était pas le cas.

Daphnée glissa un regard vers Nott, qui resta parfaitement stoïque, même s'il me sembla qu'il était occupé à détailler la table des professeurs avec attention.

- Elle a mordu à l'hameçon encore mieux que ce que je pensais, me souffla Pansy. Tu recevras une menace de mort de la part de Lucius Malefoy dans les deux jours.

- J'enverrais mon galant le provoquer en duel.

Avec un peu de chance, Nott réussirait à l'envoyer à Sainte Mangouste, ce qui serait une belle leçon d'humilité pour Lucius.

Lorsque tout le monde eut fini de dîner, Dumbledore se leva et nous demanda d'en faire autant. Puis, répondant à un geste de sa main, les tables allèrent d'elles-mêmes s'aligner le long des murs, dégageant un vaste espace au milieu de la salle. Dumbledore fit alors apparaître contre le mur de droite une estrade sur laquelle étaient disposés une batterie, plusieurs guitares, un luth, un violoncelle et quelques cornemuses.

Tandis que les lanternes s'éteignaient une à une, les Bizarr' Sisters se précipitèrent sur la scène, accueillies par une salve d'applaudissements frénétiques. Elles avaient toutes des cheveux très longs et étaient vêtues de robes noires qui avaient été savamment déchirées en divers endroits. Les champions et leur partenaires rejoignirent le centre de la piste de danse, même si Potter ne semblait pas du tout à son aise.

Je devais reconnaître que Nott était un bon danseur – meilleur que Draco, du reste – et il nous fit tournoyer au milieu des autres couples sans jamais en heurter, et sans jamais manquer une mesure.

- Le plan de Parkinson semble avoir très bien fonctionné avec Greengrass, n'est-ce pas ?

- Elle ne sera pas la seule. Yaxley risque de me demander des comptes au dortoir.

Deloris était installée trop loin de nous pour que j'ai pu détailler avec attention sa réaction, mais je la connaissais assez pour savoir qu'elle ne manquerait pas d'extrapoler.

- Je continue de penser que Parkinson te fait jouer un jeu dangereux.

J'eus un bref éclat de rire.

- Inquiet, Nott ?

Il détourna le regard.

- Je doute que Lucius Malefoy ait beaucoup d'humour.

Je soupirai.

- A la fin, qu'est-ce que ça change, hein ? Je n'ai certainement pas des pronostics aussi précis que les tiens, mais pour ce que j'en sais, je serais promise à un héritier des Vingt-Huit Consacrées avant mon dix-septième anniversaire. Il y a de bonnes chances pour que je tombe sur toi, non ?

Il resta silencieux un long moment, si longtemps que les Bizarr' Sisters entamèrent un nouveau morceau qui contraint Nott à une valse française, plus rapide.

- Si Lucius Malefoy compte vraiment arranger une possible union entre les Nott et les Lestrange, il ferait bien de se dépêcher, et peut-être Parkinson lui permettra d'accélérer les choses.

Je faillis lui demander ce qui pourrait bien contrecarrer les plans de Lucius, sauf que je compris seule et que je manquai plusieurs pas de suite.

Lucius Malefoy n'était pas mon tuteur, mais il était le mari de Narcissa, ce qui lui donnait un ascendant sur moi, au moins valable aux yeux du monde Sang-Pur.

Tout cela uniquement parce que Rodulphus et Bellatrix Lestrange étaient en prison.

- Tu penses qu'Il va revenir ?

Nott haussa un sourcil.

- Ne te fais pas plus stupide que tu ne l'es, Lestrange. Tu étais là à la Coupe du Monde de Quidditch. Tu as entendu les rumeurs qui courent dans Poudlard depuis la première année de Potter. Ce n'est plus qu'une question de mois. Et lors de la première guerre, le Seigneur des Ténèbres avait une influence certaine sur les unions du monde Sang-Pur.

Cette fois, l'air se raréfia dans mes poumons et mon estomac se contracta douloureusement. Je trébuchai et sans Nott, je serais peut-être tombée à genoux sur la piste de danse.

- Ça ne va pas ?

- J'ai besoin d'air, grognai-je.

- On avait pas dit trois danses ?

Mon regard noir suffit à le convaincre que je me fichais bien de notre accord pour cette soirée. La pièce tanguait légèrement autour de moi et je sentais des perles de sueur couler le long de mon dos.

Par chance, nous n'étions pas loin des portes de la Grande Salle. La fraîcheur du hall me fit déjà du bien mais je ne réussis à calmer les battements de mon cœur qu'une fois dehors. Le vent gifla mon visage et s'engouffra dans ma cape. Je resserrai mes bras autour de moi, essayant de me concentrer sur l'air qui gonflait mes poumons plutôt que ce qui m'attendait peut-être au tournant.

Comme si la possibilité que le Seigneur des Ténèbres revienne et que Bellatrix s'échappe n'étaient pas suffisantes, je pourrais perdre tout droit de donner mon avis concernant une possible union.

Que celle-ci soit au nom d'Alya Lestrange ne changerait pas grand-chose si elle était célébrée avant que je réussisse à m'échapper de ce bourbier.

- Tu ferais mieux de retourner dans la Grande Salle, Nott, avant que certains s'imaginent des choses.

J'attendis que ses pas s'éloignent et que les seuls bruits soient ceux qui provenaient de la fête pour avancer dans la roseraie qui avait été créée pour la soirée. Les chemins étaient bordés de fleurs qui auraient dû fleurir au printemps et pas en plein hiver. Quelques statues de pierre veillaient au niveau des croisements, leur allure me rappelant celles que j'avais vu en Italie. Je finis par trouver un banc, dissimulé dans une alcôve formée par des massifs plus hauts que les autres.

J'y étais un peu plus à l'abri du vent, mais le fond de l'air y restait glacial. Je ne resterais sans doute pas longtemps, et j'avais bien l'intention de rejoindre le dortoir aussitôt. Le livre que m'avait offert Christopher m'attendait sagement sur ma table de nuit, et j'avais hâte de savoir si les écrits de Majere me seraient plus compréhensibles que lors de ma première année.

Pour ce qui était du reste, j'allais devoir réfléchir à une solution pour éviter le pire, mais j'aurais sans doute besoin d'attendre Crystal pour ça.

J'étais prête à me lever quand quelque chose de froid et d'humide toucha ma main, suivi d'un glapissement que je commençais à bien connaître.

Un énorme chien noir se tenait devant moi, sans que je ne m'explique vraiment comment il avait pu arriver là sans que je ne m'en aperçoive.

Je me glissai au sol pour pouvoir enfouir mon visage dans sa fourrure épaisse.

- Joyeux Noël, Papa.

Lundi 26 Décembre 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.

Les cadeaux étaient arrivés le matin-même, encore emballés et réduits de façon imparfaites, sans doute parce que c'était un sortilège qu'elle se souvenait avoir appris en cinquième année.

En toute honnêteté, elle s'y était attendue, et c'était bien pour ça qu'elle avait aidé Draco pour la réalisation du médaillon de Maellyn. Si ce n'était pas son cadeau, au moins avait-elle contribué à offrir quelque chose que sa filleule garderait toute sa vie.

C'était une maigre consolation, mais elle devait sans doute apprendre à s'en contenter.

Puisqu'il était évident qu'aucune réconciliation n'était en vue, sans doute encore moins depuis l'intervention de Lucius.

Une bouffée de colère fit accélérer les battements de son cœur et elle porta le verre de vin blanc à ses lèvres pour essayer de l'étouffer un peu.

Elle ne savait pas ce qui était le pire : que Lucius travaille encore à cette stupide union avec Archibald Nott – alors qu'elle lui avait rappelé cent fois qu'elle ne donnerait jamais son accord –, qu'il ait ordonné à Maellyn de se rendre au bal de Noël avec Théodore – alors qu'elle n'avait pas encore quatorze ans – ou qu'il ait cru qu'aucun de ces deux faits ne parviendraient jamais à ses oreilles.

Maellyn ne lui envoyait peut-être plus de lettre, mais elle savait encore à qui s'adresser pour obtenir des nouvelles.

La dispute avec Lucius qui avait suivi était l'une des plus houleuses dont elle se souvenait, et le repas de Noël avait été encore plus tendu que l'année où le Seigneur des Ténèbres avait partagé leur table.

Avec un soupir, elle ressortit la dernière version du contrat magique que lui avait renvoyé son avocate quelques jours plus tôt. D'après elle, elle ne pourrait rien obtenir de mieux et il n'y avait plus le moindre piège caché dans les formulations.

Gloria Ngozi s'engageait à tout mettre en œuvre Grant Adler et Burt White, Narcissa paierait les dépenses que cela entraîneraient, et Maellyn serait la seule interlocutrice.

En échange, elle s'engageait à ne pas dévoiler le secret de Crystal Malhorne et à en faire sa protégée dans le monde Sang-Pur, afin qu'elle puisse y évoluer sans que ses origines ne soient remises en question – ou du reste, le moins possible –.

Elle savait qu'elle devait signer ce contrat si elle voulait avoir une chance de retrouver la famille moldue de Maellyn, et si elle espérait un jour que sa filleule lui adresse à nouveau la parole.

Elle éprouvait pourtant la plus grande difficulté à s'y résoudre, sans qu'elle ne réussisse parfaitement à s'expliquer pourquoi.

Il y avait sans doute le fait que Gloria Ngozi ne lui paraissait pas digne de confiance : elle en savait beaucoup trop sur Maellyn et sur les Malefoy, et elle avait un accès direct à Maellyn grâce à Crystal. Peut-être aussi le fait qu'elle avait espéré être en mesure de retrouver Adler et White seule, ce qui était l'unique façon de racheter son erreur aux yeux de Maellyn.

Elle détestait aussi ce sentiment d'être acculée dans une voie sans issue. Cela ne lui était que rarement arrivé et, à chaque fois, elle avait réussi à retourner la situation en sa faveur, sans l'aide de personne.

Toute cette histoire avait le goût amer de l'échec, peut-être le plus grand de sa vie, et elle en détestait le concept même.

Elle remplit son verre de vin – qu'importe que l'après-midi ait à peine commencé – et elle entreprit de relire le contrat magique avec attention, essayant de se souvenir de ce que son père avait bien pu dire à ce sujet quand elle était petite fille, se promettant de ne pas laisser passer le moindre piège.

Sirius avait beau lui avoir promis mille tourments si elle ne le signait pas, elle ne prendrait pas le risque de nuire à Maellyn sans le savoir.

Une heure plus tard, elle dut se ranger à l'avis de son avocate. Tous les termes qu'elle avait réussi à négocier étaient listés et elle n'avait pas trouvé la moindre tournure suspicieuse. Il n'y avait plus de raison de retarder davantage sa réponse.

Avec un soupir, elle sortit une plume et un morceau de parchemin. Si la météo le permettait, Echo serait à Belfast dès demain matin.

Et on conclut l'année 1994 ! Je souhaite de bonnes résolutions à Narcissa !

(1) Ce fut une discussion très intéressante, cousine. Salut. [selon GoogleTrad]

J'avoue que j'ai pas mal hâte d'avoir votre retour sur :

- Les retrouvailles – un peu glaciales – entre Sirius et sa petite cousine préférée (chose promise, chose due).

- Maellyn, victime d'une cour assidue, qui va se terminer par un meurtre pour l'exemple (c'est, après tout, la fille de Judy Adler).

- Lucius, qui se permet de négocier des petites faveur sur le dos de sa nièce (dont il aime se souvenir de son existence uniquement quand cela l'arrange).

- Roksana Meysats qui dévoile son jeu (au moins, Maellyn sait à quoi s'en tenir).

- Noël à Poudlard (les cadeaux de Draco, Pansy et Sirius. Et la surprise américaine).

- Le petit moment de sororité dans le dortoir de Serpentard (qui est peut-être mon passage préféré).

- Le plan de Nott (et la touche de Pansy toute en #subtilité).

- Narcissa, qui s'incline enfin (dans la douleur).

J'oublie sans doute beaucoup de choses (encore). Mes chapitres deviennent trop longs pour que je fasse une liste détaillée.

En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté du UA complet de cette histoire : There will be time.

Prenez bien soin de vous, portez votre masque, lavez-vous les mains et passez de bonnes fêtes de fin d'année !

See you all in 2021!

Orlane.

Mis à jour le samedi 19/12/2020