Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses. Celleux qui oeuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.
Attention: Rated T pour le langage et les scènes violentes.
RàR :
Pomme : Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! J'ai quelques petites idées en tête pour gérer le retour de Bellatrix dans la vie de Maellyn (j'ai même assez hâte d'attaquer cette partie de l'histoire!) mais oui, ça risque de ne pas être facile pour cette chère petite… Le point de vue de Maellyn va me permettre de traiter les tomes 5, 6 et 7 du côté des wannabe Mangemorts et de la team Voldemort, ce que je trouve super intéressant ! Donc stay tuned, comme on dit !
J'espère que la suite te plaira;) Bonne lecture !
Rand al'Thor
Salut ! Merci beaucoup pour ta review !µ
Je suis contente que mon histoire t'enthousiasme autant.
Je te laisse avec la suite !
Bonne lecture.
Merci à Pomme, Tiph l'Andouille, feufollet, Sakhina, NyannaCh, mimi70, lune patronus et Rand al'Thor pour leur review. Ca fait toujours plaisir !
Bonjour à toutes et à tous !
Avant toute chose, une bonne année 2021 ! Je vais pas vous souhaiter des trucs trop exotiques (2020 m'a échaudée) mais si, déjà, 2021 se montre plus tendre avec vous et avec la planète, ça sera déjà une belle victoire !
De mon côté, j'espère réussir à tenir ma résolution de me mettre au bivouac, terminer la timeline du tome 5 et poster le Spin-Off !
L'heure est aussi au bilan : j'aurais écris 265 727 mots cette année, un peu sponsorisés par la pandémie mondiale, on va pas se mentir ! Et j'aurais aussi participé au Nano Camp d'Avril et à celui de Novembre avec les copines !
Pour ce qui est du mois de janvier, j'ai terminé le chapitre 22 (même pas 17k dit donc, un miracle!) sur Black Sunset, ce qui signifie que je vais pouvoir retrouver mes deux idiots préférés sur le Spin-Off !
Allez, assez de blabla, je vais vous laisser avec le chapitre 10 ici. J'avais oublié qu'il s'y passait tout un tas de trucs super chouettes, de quoi lancer l'année 1995 sur les chapeaux de roues !
Un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !
Chose promise, chose due, je profite de cette nouvelle année pour vous annoncer qu'elle sera marquée par l'arrivée très prochaine du Spin-Off, j'ai nommé Gravity.
Résumé : Toute sa vie, il a eu l'impression d'être un fétu de paille ballotté entre deux tempêtes. Ce n'est qu'en arrivant à Paris qu'il a trouvé un peu de répit. Quelques années de calme, comme un miracle arraché au destin. Puis son chemin a croisé celui de Raphaël Delacour et le vent s'est remis à souffler.
Black Sunset
Partie IV : Supernova.
Chapitre 10
Supernova: cataclysmic explosion caused when a star exhausts its fuel and ends its life. Supernovae are the most powerful forces in the universe.
Mardi 3 Janvier 1995, Pré-au-Lard, Ecosse.
La petite ville sorcière était enveloppée dans un manteau neigeux qui adoucissait les angles et gommait les défauts des bâtiments. Puisque le froid était mordant et que de gros flocons tombaient drus, il n'y avait personne dans les rues. De nombreux rideaux étaient tirés derrière les fenêtres et d'épaisses fumées s'élevaient des cheminées.
Remus resserra les pans de sa cape autour de lui pour se protéger du vent glacial venant des montagnes. Il regretta une fois de plus de ne pas avoir emporté ses gants. Après sept hivers en Ecosse, il aurait dû savoir !
Il retrouva sans mal la maison de Minerva McGonagall, située dans une rue anonyme à l'est du centre-ville, se demandant à nouveau pourquoi Madelyn avait pris le risque de le faire venir jusqu'ici, quand son petit studio à Londres leur offrait bien plus de discrétion.
Après avoir frappé à la porte, il attendit bien plus longtemps que d'habitude – mais c'était peut-être le froid qui lui donnait cette impression – et il se précipita à l'intérieur quand le panneau de bois bascula.
- Il fait meilleur ici ! dit-il en usant de la magie pour faire disparaître la neige et sécher ses vêtements.
Il marqua un temps d'arrêt en découvrant Madelyn.
Il s'était depuis longtemps habitué à son apparence imprévisible. Elle n'était pas Métamorphomage, mais elle variait plus souvent encore de coupe et de couleur de cheveux que Tonks. Elle semblait par-dessus cela avoir une collection infinie de vêtements, qui lui permettaient de se fondre dans n'importe quelle situation.
Cette fois, ce n'était pas le cas.
Elle était vêtue d'un pyjama – écossais, naturellement – par-dessus lequel elle avait passé une épaisse robe de chambre grise. Son teint était blafard, ses yeux soulignés par des cernes qui rivalisaient avec les siennes et elle avait considérablement maigri. Ses cheveux coupés courts avaient retrouvé leur couleur châtain foncé, mais ils étaient définitivement ternes.
Il plissa les yeux.
- Mon séjour en Albanie ne s'est pas passé tout à fait comme prévu, dit-elle.
Il était certain que sa voix avait, elle aussi, changé. Il la suivit en direction du grand salon et une seule bouffée de son odeur réveilla le loup au fond de lui. Sa main glissa malgré lui vers sa baguette, ce qu'il ne réalisa qu'au contact du morceau de bois.
Il prit une profonde inspiration pour reprendre le dessus sur le loup et sur ses instincts. Il resterait sur ses gardes, mais il comptait bien entendre ce que Madelyn avait à lui dire, quand bien même ses découvertes en Albanie semblaient bien maigres.
- Thé ?
- S'il te plaît.
A sa plus grande surprise, un Elfe de maison apparut dans un délicat pop, un torchon aux armoiries de Poudlard noué comme une toge. Il déposa un large plateau contenant une théière et quelques gâteaux.
- Merci, Porpy.
Tandis qu'il se servait, il essaya de deviner ce qui avait bien pu arriver à Madelyn. C'était de toute évidence grave – il ne se souvenait pas l'avoir vue aussi mal, même peu de temps après qu'elle ait perdu son œil – et cela devait durer depuis un moment car sa lettre avait été la première depuis plus d'un mois –.
L'Albanie était réputée pour être un pays dangereux. Il n'était pas sans savoir qu'une large meute de loups-garous y vivait – la dernière rumeur voulait qu'ils soient presque une centaine –, quelques clans de géants y avaient trouvé refuge et c'était encore là-bas qu'on trouvait la plus grande concentration de tout un tas de créatures – accromentulas, vampires, goules, trolls, chimères et dragons –. Tout cela sans compter les tombeaux protégés par des malédictions et les sorciers versés dans la magie noire.
L'inconvénient avec Madelyn était qu'elle pouvait très bien s'être frottée à plusieurs de ces dangers-là et qu'il n'en apprendrait pas plus si elle ne l'avait pas décidé.
- Alors, où en es-tu dans tes recherches, Lupin ?
Il prit une gorgée de son thé avant de répondre.
- Pas très loin, malheureusement. Je n'ai pas l'ombre d'une piste concernant l'endroit où Pettigrow pourrait s'être réfugié. J'ai fait le tour de tous les lieux qui revêtaient un peu d'importance à l'époque, et j'ai tenté ma chance à des endroits liés à Voldemort. Pour tout ce que j'en sais, il a quitté le pays, comme il peut très bien vivre à Pré-au-Lard…
- Et concernant Voldemort ?
Il haussa les épaules. S'il était d'accord avec Sirius quand il affirmait que leur vieil ennemi était sur le retour, il était persuadé que Voldemort rassemblait ses forces pour le moment, et qu'il faisait preuve de discrétion.
Bertha Jorkins exceptée.
- Il ne s'est rien passé de remarquable depuis la Coupe du Monde de Quidditch, et je ne suis même pas convaincu que Voldemort soit derrière cette attaque-là. Je suis en train d'essayer de reprendre contact avec des loup-garous que je fréquentais pendant la guerre. Beaucoup sont à Azkaban et les autres se montrent particulièrement méfiants.
Il ne pouvait pas vraiment le leur reprocher. Dolores Ombrage s'était donnée pour mission de compliquer leur vie une loi après l'autre. Trouver du travail était presque impossible dans le monde sorcier, ils ne pouvaient se rendre dans des lieux publics qu'à certains moment du cycle lunaire et il suffisait de ne pas être enregistré au Ministère pour terminer à Azkaban. Une nouvelle loi était apparemment en préparation, et si ce qui se disait était vrai, alors tout loup-garou qui ne prendrait pas de potion Tue-Loup de façon régulière serait arrêté.
Vu la situation précaire de la quasi-totalité d'entre eux, Ombrage ne tarderait pas à réussir à mettre toute la population lycanthrope du pays sous les barreaux.
- Tu dois déjà savoir que Harry Potter a été désigné comme le quatrième champion du Tournois, n'est-ce pas ?
- Oui… Ma tante voulait que je rentre au plus vite pour voir si je pouvais annuler le Contrat Magique entre lui et cette Coupe du Feu.
- Et ?
- Il s'avère que je ne pouvais pas rentrer à ce moment-là. J'ai pu étudier les inscriptions du coffret qui contient la coupe depuis et je sais désormais que je n'aurais rien pu faire pour lui. Celui ou celle qui a ensorcelé la Coupe a fait du très bon travail.
- Voldemort ?
- Je doute qu'il possède la puissance magique nécessaire, ou si c'est le cas, alors il a déjà retrouvé son corps et il aurait profité de l'occasion pour tuer Potter, non ?
C'était précisément le point qui les troublait, Sirius et lui. Ils ne voyaient pas qui d'autre à part Voldemort pourrait avoir eu l'idée d'inscrire Harry au Tournoi, mais si le but était de le tuer, le plan était au mieux hasardeux et cela ne ressemblait pas à Voldemort : il n'était pas du genre à laisser un dragon tuer le gamin qui l'avait privé de ses pouvoirs.
Il devait y avoir une autre raison derrière tout cette mise en scène. Il craignait de découvrir de quoi il s'agissait.
- Qu'as-tu découvert de ton côté ?
Elle se frotta les tempes d'une main, une grimace douloureuse sur le visage, sans qu'il ne sache si elle couvait une migraine ou si les souvenirs d'Albanie étaient si pénibles.
- Au final, pas grand-chose, ce qui est particulièrement agaçant. J'ai remonté la trace de Bertha Jorkins jusqu'à un hôtel dans le sud du pays. Elle avait réservé une chambre là-bas et y est bien arrivée puisque j'ai pu récupérer ses affaires. Après ça, plus rien. Personne ne se souvient d'elle. Je ne sais pas si la matrone se fiche des personnes qui passent le pas de sa porte ou si quelqu'un leur a lancé un Oubliette, mais la piste s'arrêtait là. Selon toute vraisemblance, elle est morte.
Il déglutit difficilement. Bertha était loin d'être la première camarade de Poudlard dont il apprenait la mort – la liste avait été particulièrement longue pendant la première guerre – mais ce n'était pas la même chose maintenant qu'ils étaient censés être en paix. Une telle disparition d'un fonctionnaire du ministère était très mauvais signe.
- Et après ?
Madelyn ne s'était certainement pas contentée de tomber sur un cul-de-sac, ou alors, elle avait perdu la main vu le temps que cela lui avait pris.
Il doutait que la piste de Bertha Jorkins ait été si difficile à suivre.
- J'ai voulu m'assurer que Voldemort était bien passé par le pays avant de rentrer. Les bas-fonds sorciers d'Albanie forment un cercle très fermé et il m'a fallu du temps pour y construire un réseau. Voldemort était bien là-bas récemment. Je n'ai pas réussi à obtenir des dates d'une grande précision, mais il semblerait que la mort de Jorkins concorde globalement avec son départ.
- Son départ ?
Elle haussa un sourcil et il eut l'impression de vraiment avoir Madelyn McGonagall en face de lui pour la première fois depuis le début de leur discussion.
- Bertha Jorkins travaillait au Département des jeux et sports magiques. Elle était donc au courant des détails concernant la Coupe du Monde de Quidditch et du Tournoi, deux événements auxquels Voldemort semble avoir pris part. Conclusion : s'il a été en Albanie pendant un temps, il est de retour ici depuis cet été.
- Et Pettigrow est sans doute à ses côtés.
- Sans doute.
Il soupira et ce fut à son tour de se frotter le front, les regrets accélérant les battements de son cœur et serrant ses entrailles. Sirius et lui auraient dû le tuer quand ils en avaient eu la chance dans la Cabane Hurlante. Isolé, Voldemort était dangereux, mais avec un fidèle serviteur à ses côtés, il ne pouvait que revenir plus vite. Il semblait déjà avoir retrouvé plus de forces en quelques mois que pendant plus de treize ans.
Selon Dumbledore, il ne lui manquait qu'une chose.
- Tu as une idée de la façon dont il pourrait s'y prendre pour retrouver un corps ?
Madelyn fit la moue.
- La Magie Noire n'est pas mon sujet de prédilection. Il ne doit pas exister beaucoup de rituels. Si on arrive à deviner le plus probable, on pourrait avoir une longueur d'avance. Je te mettrai en contact avec un libraire parisien qui me doit une faveur. Sa collection de grimoires noirs devraient nous aider à y voir plus clair.
Sa tasse se stoppa à mi-chemin entre la saucière et ses lèvres.
Depuis quand Madelyn McGonagall déléguait-elle ce genre de recherches ?
Elle serra les lèvres sous son regard.
- Je ne suis pas vraiment en état de faire grand-chose, Lupin. Faire de telles recherches est à ta portée, n'est-ce pas ?
Il la détailla à nouveau, cherchant l'indice qui le mettrait sur la piste de ce qu'elle cachait. Elle n'avait pas fière allure, mais elle ne serait pas ici si elle était gravement malade – Minerva l'aurait fait hospitaliser de force s'il avait fallu –.
En croisant son regard sombre, il comprit qu'elle ne se confierait pas et qu'il valait mieux qu'il évite d'insister.
Il soupira.
- Une idée du sens dans lequel je dois prendre le problème ?
- Je t'enverrais des détails dans la semaine. Ma tante ne va pas tarder et je ne suis pas censée recevoir de visiteurs.
Il se leva avec une grimace, son corps encore perclus des courbatures liées à la pleine lune.
Madelyn ne semblait pas prête à l'imiter.
- Soigne-toi bien, Madelyn.
Elle grimaça.
- Applique-toi dans ta prise de notes, Lupin.
Il la salua une dernière fois d'un signe de tête et il retrouva bien vite le froid écossais. La nuit était désormais bien installée, il n'était qu'une silhouette sombre dans les rues désertées. Il fit un premier pas en direction du sud du village. Le chemin jusqu'à la grotte de Sirius serait sans doute bien enneigé, mais il ne doutait pas de trouver la cachette de son ami, avant de se stopper.
Dumbledore lui avait fait promettre de ne pas rendre de visite à Patmol. Les Aurors n'avaient toujours pas renoncé et il était sans doute surveillé.
Il fit demi-tour pour rejoindre la cheminée publique qui le ramènerait chez lui. Il était encore trop affaibli pour transplaner sur de longues distances.
…
Vendredi 6 Janvier 1995, Poudlard, Ecosse.
Je fis de mon mieux pour retenir un bâillement, mais mon corps ne me laissa pas le choix, ce qui fit larmoyer mes yeux et raviva mon envie de me moucher, ce à quoi je me résignai même si je doutais que cela change quoique ce soit.
J'avais attrapé froid pendant le Bal de Noël – la faute à une robe trop courte et à une cape bien trop fine – et la pimentine de Madame Pomfresh ne faisait guère effet. Mon nez était bouché, tout comme mes oreilles, et j'avais un peu mal à la gorge. Je ne dormais donc pas très bien – d'après Deloris, je ronflai – ce qui n'aidait en rien.
C'était bien ma chance de terminer des vacances en étant plus fatiguée qu'avant celles-ci.
- Tu aurais dû rester au lit, petite. On dirait que ton nez cherche à se décrocher de ton visage et tu as les yeux injectés de sang.
Je remerciai Pansy d'un regard sombre pour chacun de ses compliments.
- J'ai une leçon avec McGonagall à 10h.
- Même McGonagall ne peut rien faire apprendre à un Inféris.
- Tu es toujours si désagréable de bon matin, Parkinson. Bois ton café et laisse-la tranquille !
- Merci, Millie.
Elle m'adressa un sourire doux et éplucha une orange d'un coup de baguette, avant de me la tendre.
Je la pris avec un soupir.
Puisque Crystal était chez sa grand-mère, que Deloris était détestable et que Draco n'aimait pas me voir toute seule – quand bien même cela ne me dérangeait pas –, je passais le plus clair de mon temps avec Millicent et Pansy, tandis que Draco semblait à la recherche d'une nouvelle idée stupide.
Conséquence de cela, Pansy prenait un malin plaisir à aiguiser sa langue sur moi – elle ne serait sans doute jamais satisfaite tant qu'elle ne parviendrait pas à faire pleurer n'importe qui en moins de dix mots –, ce qui m'obligeait à trouver des répliques inspirées – j'avais parfois le dernier mot – et laissait à Millicent le bon soin d'arbitrer nos joutes – ce à quoi elle était habituée –. Elle semblait également avoir décidé de veiller sur moi – et pas seulement parce que j'étais malade – ce qui commençait à être une habitude chez les amis de Draco.
Sans doute parce qu'il me considérait comme sa petite sœur, que chacun d'entre eux faisait presque une tête de plus que moi, et que ma santé délicate donnait l'impression que j'étais plus fragile que la réalité.
J'avais hâte que les cours reprennent et de retrouver un peu d'air.
Je terminais mon orange – j'avais appris à ne pas provoquer Millicent – quand les hiboux arrivèrent. J'étais certaine que je n'avais jamais vu celui qui se posa devant moi – manquant de renverser deux verres et un pichet –.
Je n'étais pas une experte, mais j'étais aussi presque certaine que je n'avais jamais vu ce genre d'espèce. Deux touffes de plumes surmontaient une tête mangée par deux yeux d'un orange profond – et de toute évidence intelligents – et je décidai de miser sur mon père – la poste de Pré-au-Lard possédait une large variété de hiboux –.
Je haussai un sourcil en reconnaissant l'écriture de Crystal sur l'enveloppe.
J'étais plus habituée à Chernobog, le hibou noir de Gloria Ngozi, et à son sale caractère qui rivalisait sans mal avec celui de Draco.
Je lui tendis le morceau de bacon dans mon assiette – auquel je n'avais pas l'intention de toucher – puis j'ouvris la lettre.
Maellyn,
Tout d'abord, merci pour mes cadeaux d'anniversaire. Moi qui rêvais d'avoir ma propre copie du Petit Précis de l'Etiquette Sang-Pur, me voilà comblée. Plus sérieusement, ma grand-mère a décidé que je devais l'apprendre par cœur et j'aurais préféré que tu t'abstiennes ! Elle a l'air aussi très – trop – intéressée par cette idée de bal de Débutante et je ne te pardonnerais jamais si elle m'en organise un. Le papier à lettre était une bien meilleure idée. Il est très élégant.
Je ne suis pas surprise que Daphnée Greengrass ou Yaxley aient mordu à l'hameçon du plan de Parkinson. J'espère que Lucius Malefoy s'est pris un soufflet, juste pour lui apprendre qu'il n'est pas le seul à pouvoir manigancer. La remarque de Nott est toutefois loin d'être rassurante… Avec un peu de chance, Voldemort aura autre chose à faire que de marier la nouvelle génération de Sang-Pur et il se tiendra à l'étiquette qui veut que tu sois majeur pour signer tout contrat de mariage.
Tu n'oublieras pas de me prêter le livre de Majere quand tu l'auras terminé, n'est-ce pas ? J'ai l'impression que certaines parties vont m'intéresser. Cela est aussi valable pour le carnet concernant Lomonosov et Mesyats. Je suis sûre que je peux trouver des insultes russes bien plus percutantes avec davantage d'informations.
J'oubliais presque de te présenter mon hibou. Elle s'appelle Vinnig et c'est une Grand-duc du Cap. Et crois-moi ou pas, elle m'a été offerte par Lady Narcissa Malefoy elle-même pour mes quatorze ans, afin de marquer l'événement dans la plus pure des traditions. Elle en a profité pour annoncer à ma grand-mère qu'elle acceptait la dernière version du contrat magique, et qu'elle s'arrangerait pour que nous puissions tous le signer lors de la prochaine sortie à Pré-au-Lard. A quelques jours près, cela ressemble beaucoup à un miracle de Noël, non ? J'ai réussi à convaincre ma grand-mère de lancer les recherches dès maintenant et j'espère que les premières pistes ne tarderont pas.
Je te laisse avec cette bonne nouvelle. Le devoir m'appelle et ma grand-mère n'aime pas beaucoup qu'on la fasse attendre.
Tu n'as pas intérêt à avoir maigri en mon absence ou Pomfresh va te paraître douce et agréable à côté de moi.
Crystal M.
Un soupir de soulagement passa mes lèvres et je retins difficilement un cri de victoire.
Narcissa avait enfin cédé !
La nouvelle était si inattendue – je commençais à penser que j'allais devoir lui envoyer une Beuglante pour lui rappeler ses fautes et ses mensonges – que je relus plusieurs fois le paragraphe pour réussir à m'en convaincre tout à fait.
J'ai réussi à convaincre ma grand-mère de lancer les recherches dès maintenant et j'espère que les premières pistes ne tarderont pas.
Cela faisait sans doute presque un an que Narcissa avait effacé la mémoire de ma famille moldue. Les indices qu'ils avaient laissé derrière eux seraient difficiles à trouver, et les pistes seraient ténues.
C'était toutefois un progrès majeur et je décidai de me raccrocher à cela. La grand-mère de Crystal semblait confiante et ses ressources étaient la meilleure option que j'avais. Si cela échouait, il serait alors temps de réfléchir à un plan B, ce que Pansy, Draco et Crystal n'envisageaient pas encore.
Je pris une profonde inspiration.
J'ai réussi à convaincre ma grand-mère de lancer les recherches dès maintenant.
Le poids qui pesait sur mes épaules s'allégea, au moins un peu.
- Ca va, Ely' ? Tu fais une drôle de tête.
Je n'eus pas vraiment besoin de forcer mon sourire et je tendis la lettre de Crystal à Draco, après l'avoir plié pour qu'il ne lise que ce qui le concernait. Il haussa un sourcil appréciateur pendant sa lecture et son expression satisfaite termina de me confirmer que nous avions fait un grand pas en avant.
- Je t'avais bien dit qu'elle finirait pas céder ! J'ai hâte de le lui dire en personne lors de cette fameuse sortie à Pré-au-Lard.
- Montrer son exultation est de très mauvais goût.
- Je m'en fiche. Elle n'aurait pas dû faire ce qu'elle a fait.
J'avais parfois l'impression que Draco en voulait encore plus à Narcissa que moi.
Je pris encore quelques bouchées de mon petit-déjeuner – juste assez pour acheter ma tranquillité – et je me mis en chemin pour le bureau du professeur McGonagall. J'arriverais sans doute en avance, mais il me faudrait au moins ça pour digérer tout à fait l'annonce de Crystal, et éviter qu'elle influence mes performances magiques.
J'étais censée commencer les métamorphoses humaines, un avant-goût de ce que je pourrais faire si je réussissais à devenir Animagus. C'était aussi un sujet enseigné après les BUSES et j'avais senti le changement de niveau lorsque j'avais rédigé mon dernier devoir. Les formules étaient plus longues, prenaient en compte de nouveaux paramètres et j'avais été obligée d'aller voir le professeur McGonagall cinq fois à la fin de nos cours pour lui demander des précisions sur certains points. J'aurais aimé profiter des vacances pour lire des livre supplémentaires et affiner ma compréhension de la théorie, mais mon rhume me laissait avec des maux de têtes, ce qui n'était pas compatible avec la métamorphose humaine.
Avec un peu de chance, le professeur McGonagall allait vouloir passer directement à la pratique et mon cerveau ne me donnerait pas l'impression d'être en feu.
Une autre fois, j'aurais mis la vingtaine de minutes que j'avais devant moi à profit pour relire mes notes, mais entre mon rhume et les accélérations de mon cœur, il valait sans doute mieux que je rassemble ma concentration.
Ce n'était pas chose aisée mais je commençais à avoir de l'expérience quand il s'agissait d'enfermer des émotions contradictoires dans un coin de ma tête.
- Bonjour, Miss Lestrange.
- Bonjour, professeur.
Je n'étais pas la seule à ne pas passer des vacances de rêve. Depuis quelques semaines, le professeur McGonagall avait les traits tirés et des cernes soulignaient ses yeux. Crystal me soutenait qu'elle était simplement un être humain et qu'elle était fatiguée après quatre mois de cours, sans oublier le Tournois des Trois Sorciers, mais j'étais certaine qu'il y avait autre chose. Il était devenu rare de voir le professeur McGonagall au petit-déjeuner ou au dîner – emmitouflée comme elle l'était dans une lourde cape d'hiver, elle venait de l'extérieur – et les lignes autour de sa bouche s'étaient creusés.
Je doutais qu'elle soit malade – du reste, rien ne le laissait penser – et j'espérais que cela ne soit pas trop grave.
- Installez-vous, Miss Black. Prête pour les transformations humaines ?
Je serrai les lèvres.
- Nous verrons bien…
D'un geste de baguette, le professeur McGonagall fit apparaître un miroir à pied simple.
- Avant que vous ne commenciez, quelles sont les difficultés des métamorphoses humaines ?
Je fis jouer ma baguette entre mes doigts.
- C'est un entremêlement de plusieurs obstacles. L'être humain est complexe de nature, et modifier son enveloppe demande beaucoup de précision, donc une grande maîtrise de sa magie. De plus, certains changement nécessitent parfois d'intervenir à plusieurs niveaux. Quand l'être humain est un sorcier, se rajoute à cela sa magie. Sans que nous n'y faisions attention, notre magie nous protège et repousse les agressions. Pour cela, une certaine quantité de magie sature notre corps, surtout au niveau de la peau. Il faut donc la percer avant de pouvoir réussir à faire une transformation. La stabilité d'une telle transformation varie grandement selon la personne ciblée. Tout cela sans oublier qu'un sorcier a plusieurs moyens à sa disposition pour se protéger…
- Il est donc plus simple de changer l'apparence d'un animal que d'un être humain ?
- Cela dépend de l'animal. Changer l'apparence d'un escargot est beaucoup plus simple qu'avec un oiseau ou un mammifère. Cela dépend aussi ce que l'on essaye de changer. Dans tous les cas, si l'animal est magique, les choses se compliquent.
Elle approuva d'un signe de tête.
- Et qu'en est-il du principe d'absorption ?
Je retins une grimace.
L'un des nouvelles paramètres à prendre en compte était précisément celui-ci, et je ne l'aimais pas beaucoup. Une chance qu'il ait été négligeable jusqu'ici.
- Le principe d'absorption est le facteur qui influence le plus la durée d'une métamorphose dans le cas des transformations humaines. Quand on se lance un sortilège à soi-même, notre propre magie va en absorber une partie. Plus l'absorption est élevée, moins la transformation dure longtemps. Il se peut parfois que la totalité du sortilège soit absorbée ou qu'il soit impossible de passer la protection naturelle.
J'espérais que ce n'était pas mon cas, car d'après mes lectures, les personnes qui étaient incapables de modifier leur apparence avaient peu de chance de devenir Animagus.
- J'aimerais que vous commenciez par changer la couleur de vos sourcils en jaune. Comment comptez-vous procéder ?
Il s'agissait du premier essai le plus classique qui pouvait être. Les sourcils étaient une partie du visage simple, changer leur couleur n'impliquait pas de s'attaquer à leur structure et je n'aurais aucun mal à visualiser le résultat à l'aide du miroir à pied.
- La formule est Mutatio Flavo. Je dois d'abord visualiser le résultat que je souhaite obtenir. Le geste de ma baguette doit faire une pointe penchée sur le côté. Une forme que Emeric Switch attribue à la rune Kenaz, la rune des énergies et des changements.
Le professeur McGonagall approuva ma réponse d'un geste de la tête.
- Je vois que vous avez très bien appris la théorie, Miss Black. Passons à la pratique, voulez-vous bien ?
Je baissai les yeux sur le reflet que me renvoyait le miroir à pied, et je décidai aussitôt de ne pas faire dans la subtilité pour un premier essai. Il fallait déjà que je m'assure que ma magie n'allait pas faire des siennes avant de donner une couleur naturelle à mes sourcils.
Un jaune poussin ferait parfaitement l'affaire en contraste avec la couleur de mes cheveux.
L'image mentale du résultat me tira toutefois une grimace.
Douce Circée, faite que je ne rende rien d'irréversible.
- Mutattio Flavo ! dis-je avec clarté, soignant mon accent tonique sur la deuxième syllabe de Muttatio et sur la première de Flavo, tout cela en rythme avec le geste de ma baguette.
Pour mon plus grand soulagement, je ne sentis aucune résistance au bout de ma baguette, tout comme aucune sensation de chaleur au niveau de mon front.
Deux très bon signes concernant le principe d'absorption.
Ce qui ne me permettait pas pour autant de prédire que le résultat serait parfait.
Ce qui fut pourtant le cas.
Mes sourcils virèrent au jaune poussin à ma première tentative, me laissant la bouche légèrement entrouverte face à mon reflet.
Le professeur McGonagall semblait aussi surprise que moi.
- Excellent, Miss Black. Tout simplement excellent. Rares sont les élèves de sixième année qui y parviennent au premier essai.
Je ne le savais que trop bien. Chaque année, les élèves qui avaient continué la Métamorphose après leurs BUSES se plaignaient de la difficulté de la discipline et de l'aberration de leur choix.
Le professeur McGonagall agita sa baguette et mes sourcils retrouvèrent leur couleur initiale.
- Voyons voir si vous parvenez à obtenir quelque chose d'un peu plus naturel.
Il ne me fallut que trois tentatives – toutes fructueuses – pour obtenir un blond cendré très convaincant – et qui rappelait celui de Narcissa –.
Le professeur McGonagall bascula contre le dossier de sa chaise et me dévisagea, une étrange lumière dans son regard.
- Si j'avais su que cela vous serait aussi facile, j'aurais commencé par là…
Je sentis mes joues chauffer et mes yeux se baissèrent vers mes mains.
- Je ne comprends pas, professeur. Comment puis-je encore avoir des difficultés avec certains sortilèges de bannissement et réussir ça aussi facilement ?
Elle fit un geste vague de la main.
- La Métamorphose devrait en vérité s'appeler les Métamorphoses… Plusieurs branches la composent, certaines très proches les unes des autres, certaines à un peu plus à part. La Métamorphose humaine est de celle-ci. Maintenant que j'y réfléchis, il est vrai que les membres de la famille Black y excellent souvent.
Je me redressai sur ma chaise.
- Vraiment ?
- Votre cousine, Miss Tonks, est une métamorphomage d'une très grande souplesse. Je crois me souvenir qu'Alphard Black avait maîtrisé cette partie du programme plus rapidement que moi, et Regulus Black était lui aussi l'un des meilleurs élèves de son année dans ma classe. Votre père n'était pas très à l'aise, mais je me suis toujours demandée s'il n'avait pas peur de rester défiguré à cause d'une erreur.
Je ne pus m'empêcher de lever les yeux au ciel, tout en me promettant de lui poser la question à l'occasion.
- Ce n'est pas une raison pour vous reposer sur vos lauriers, Miss Black. Essayez donc d'assortir vos cheveux à vos sourcils.
Cela se révéla un peu plus compliqué – j'oubliais à plusieurs reprises une partie de ma tête – et il me fallut faire preuve de plus de viscosité pour obtenir un ensemble moins homogène – j'ajoutai une teinte plus claire sur les pointes et des reflets miel –.
Mon cœur rata un battement au moment où je pris conscience du changement qu'une simple couleur de cheveux signifiait.
A l'exception de la forme de ma mâchoire et de mon front, c'était presque comme si Judy Adler me fixait. Mes yeux se mirent à me brûler, sans que je ne sache vraiment pourquoi.
Je comprenais seulement pourquoi tous ceux qui avaient connu ma mère juraient que j'étais son portrait craché.
- C'est à se demander si Narcissa Malefoy n'a pas jeté un sortilège de Confusion à la totalité de la société Sang-Pur, ironisa le professeur McGonagall.
Je fis de mon mieux pour ravaler la boule qui me serrait la gorge.
- Je doute qu'elle ait le moindre remords si c'est le cas…
- Je compte sur vous pour qu'elle éprouve au moins des regrets.
Elle agita sa baguette à nouveau et je retrouvai mon apparence normale, ce qui n'effaça pas tout à fait ma ressemblance avec ma mère. Le noir de mes cheveux la rendait juste plus tolérable.
- Il serait intéressant de voir combien de temps vous réussissez à maintenir une telle métamorphose… Pouvez-vous changer la couleur d'une seule mèche ? Il faudra que vous pensiez à vérifier toutes les heures si elle est encore là.
Je saisis une mèche derrière mon oreille, assez discrète pour que tout Poudlard ne se pose pas mille questions, mais tout de même visible. Pansy se vantait de toujours tout remarquer, et j'allais bien voir si elle était si forte que ça.
- Nous en resterons là pour aujourd'hui, Miss Black. Je pense que Serpentard mérite bien trente points pour votre exploit. Nous continuerons à travailler sur quelques modifications simples mardi prochain, puis nous passerons à des transformations plus complexes.
Elle me conseilla deux lectures supplémentaires – avec un peu de chance, je pourrais au moins lire un des deux livres avant la rentrée – et me donna un devoir sur les métamorphoses structurelles.
J'avais bien l'intention de manger rapidement et de passer le reste de la journée à la bibliothèque, mais je dus revoir mon programme au moment où je refermais la porte du bureau de McGonagall.
- Que fais-tu là, Nott ?
Il ferma le livre entre ses mains dans un bruit sec et se décolla du mur.
- Je vois que McGonagall a commencé à te faire travailler sur les Métamorphoses humaines. Félicitations.
Je me retins de porter une main à ma mèche blonde et je croisai les bras sur ma poitrine pour faire bonne mesure.
- Ça ne répond pas à ma question, Nott.
Il serra les lèvres, ce qui n'annonçait rien de très réjouissant.
- J'ai reçu une lettre de mon père ce matin. Tu as une minute ?
Je serrai les dents. Je voulais plus que tout lui répondre de se débrouiller avec sa correspondance familiale – j'avais assez de la mienne – mais de nous deux, j'étais celle qui avait insisté pour que nous laissions une chance au plan de Pansy, malgré ses conséquences imprévisibles.
- Après toi…
Il y avait une alcôve au bout du couloir de Métamorphose, suffisamment discrète pour que l'on soit tranquilles, mais qui offrait un bon point de vue pour surveiller le passage.
La majorité de nos camarades devaient être en chemin pour la Grande Salle à cette heure – et personne ne se risquait du côté du bureau du professeur McGonagall – mais je ne tenais pas à ce que l'on surprenne notre conversation.
- La date de la cérémonie a-t-elle été arrêtée ?
Nott resta de marbre, mais j'aurais parié que les coins de ses lèvres avaient frémi.
- Pas encore. Mon père n'est pas du tout ravi par notre petite mise en scène, cela va sans dire. Selon lui, j'aurais dû te dire d'aller te changer, parce que je suis assez âgé pour mesurer la symbolique de certains choix.
- Sous-entendu que moi, non ?
Cette fois, il eut un bref sourire en coin.
- Je lui ai peut-être laissé entendre que tu étais particulièrement écervelée.
Je plissai les yeux.
- Vraiment ?
- Apparemment, il se fiche d'avoir une belle-fille de la trempe de Lisa Fawley.
Je fis de mon mieux pour rester impassible, même si je me sentais particulièrement insultée. Lisa Fawley frôlait désormais les cinquante ans, et elle donnait encore l'impression de n'en avoir que quinze à sa façon de parler et de croire tout ce qu'on lui racontait.
Narcissa ne la tenait pas en grande estime.
- Je tâcherai de me montrer à la hauteur de cette charmante réputation, Nott. Quoi d'autre ?
- Il est convaincu que Lucius Malefoy est derrière cette idée. Il se serait servi de moi pour faire monter les enchères. En prime, le scandale lui fait une belle publicité.
Les enchères.
La formulation de Nott me donnait envie de vomir, surtout quand je savais qu'il avait raison. J'avais compris depuis longtemps que la seule raison pour laquelle Lucius tolérait ma présence au Manoir était parce qu'il espérait tirer profit de mon mariage.
- Ça a des chances de marcher ?
Il haussa les épaules.
- Comme je suis coincé ici, je ne sais pas à quel point la société Sang-Pur a été choquée d'apprendre que nous étions peut-être déjà fiancés. J'en saurais plus aux vacances de printemps. Il y a toutefois de bonnes chances pour que cela complique la tâche de Lucius Malefoy. Beaucoup de femmes Sang-Purs sont très attachées au fait d'attendre au moins les dix-sept des deux partis.
Je n'en étais pas aussi sûre – il y avait eu des exceptions à cette règle, dont plusieurs pendant la dernière guerre – et il faudrait sans doute que je m'attende au pire pour la prochaine Saint-Valentin.
Je ne manquerais pas de rappeler à Narcissa qu'elle avait tout intérêt à œuvrer pour qu'aucun contrat de mariage ne comporte mon nom le jour de mes dix-sept ans.
Je passai une main lasse sur mon front.
- Ton père pense à te chercher un nouveau parti plus intéressant ?
Cette fois, il grimaça.
- Il m'a ordonné d'entretenir l'ambiguïté pour décourager la concurrence.
Non, donc.
- Tu diras à Archibald Nott que je refuse d'être ta petite-amie.
- Je suis sûr qu'on peut trouver un arrangement.
Un éclat de rire mauvais passa mes lèvres, et je tournai les talons.
- Ça sera sans moi.
…
Lundi 9 Janvier 1995, Poudlard, Ecosse.
D'une certaine façon, je n'étais pas mécontente que les cours reprennent.
Mes soirées allaient être plus chargées – je doutais de pouvoir les passer à affronter Draco sur différents jeux de cartes – mais j'appréciais plus que jamais la routine des cours et des devoirs.
Il y avait quelque chose de rassurant à savoir où je serais dans deux semaines à la même heure – sur le chemin du cours de Runes, même si nous étions matinales – et mon planning chargé avait au moins le mérite de m'occuper l'esprit.
L'autre côté positif était que Crystal était rentrée hier, visiblement ravie de ses vacances de Noël auprès de sa famille. Nous n'avions pas pu beaucoup discuter la veille, aussi nous étions nous levées un peu plus tôt d'un commun accord pour profiter du calme des couloirs.
Nous étions donc les premières à arriver devant la salle de Runes et je me laissai glisser au sol. La pierre sous mes fesses était glacée et je frissonnai. Mon rhume était presque terminé mais mon corps ne s'était pas complètement remis.
Crystal m'imita sans grâce.
- Alors, quels sont les vrais potins de ces deux dernières semaines ?
- On croirait entendre Deloris.
- Ne m'insulte pas, Black.
Je ne pus m'empêcher de ricaner. Crystal et Deloris avaient profité que je sois sous la douche pour s'écharper l'une l'autre verbalement et si Wan n'avait pas été là, j'étais presque sûre qu'elles en seraient venues aux mains.
Le plus atterrant dans toute cette histoire était sans doute que Deloris continuait à penser que Crystal était la raison pour laquelle nous n'étions plus amies, et que si elle réussissait à nous séparer, je reviendrai vers elle.
Je faillis en faire la remarque à Crystal mais je savais qu'elle le prendrait comme une invitation à déclamer un monologue entier sur la stupidité de Yaxley, et je ne m'étais pas levée plus tôt pour ça.
A la place, j'ouvris mon sac pour en sortir l'enveloppe que j'avais reçu de Miss Carjaval.
Crystal haussa un sourcil et un sourire mauvais étira ses lèvres.
- Tu m'as promis des révélations intéressantes, j'espère que tu ne m'as pas menti !
Je la laissai lire en silence, essayant vainement de ne pas trop ressasser les questions qui tournaient dans ma tête depuis que je l'avais reçu. La seule façon d'en apprendre plus consistait à retrouver ma famille moldue, ce qui était au moins en cours.
- Une grand-mère cracmol, hein ? Ça me rappelle quelqu'un, dis donc…
J'eus un bref sourire.
- Désolée, Malhorne. Tu n'es pas si originale, finalement.
- De toute évidence…
Elle parcourut les quelques feuilles du dossier à nouveau, les sourcils froncés.
- Tout ça, c'est une bonne base si tu veux en savoir plus. Si ta mère s'est fait expulser de Salem, c'est qu'elle est dans le système. Le MACUSA doit avoir des choses sur elle. Je suis sûre que Narcissa Malefoy peut se débrouiller pour les obtenir. Elle en a peut-être déjà récupéré une partie si elle a vraiment essayé de retrouver Adler et White.
Je rouvris la bouche pour la refermer aussitôt.
- Je n'avais pas pensé à ça.
- Il faut bien que je serve à quelque chose. Qu'en ont pensé Parkinson et Malefoy ?
- J'ai l'impression que Draco est soulagé que la famille de ma mère ait un peu de sang magique finalement. Selon lui, je suis peut-être la descendante d'une autre grande famille de l'autre côté de l'Atlantique. Pansy a fait preuve de plus d'imagination.
Elle secoua la tête.
- Ils font une sacrée paire ces deux-là… dit-elle me rendant l'enveloppe. Autre chose ?
Je lui fis un bref résumé du bal de Noël, passant sous silence ma petite crise de panique à l'idée que le Seigneur des Ténèbres m'impose un mari en plus de libérer Bellatrix Lestrange d'Azkaban s'il venait à revenir.
- D'après Nott, le plan de Parkinson a presque trop bien fonctionné. Le monde Sang-Pur s'est insurgé que je puisse être déjà fiancée à mon âge, mais certains pensent qu'il s'agit d'une ruse de Lucius pour faire monter les enchères…
- Charmant. Si tu veux mon avis, tu ferais mieux de t'arranger pour perdre ta vertu avant tes quatorze ans, juste histoire d'être débarrassée de toutes ces conneries.
Je sentis mes joues me brûler furieusement et je me redressai pour la dévisager. J'avais espéré une minute qu'elle plaisantait, mais elle haussa les sourcils face à ma réaction.
- Je ne plaisantais pas quand j'ai dit que ma grand-mère voulait que j'apprenne le Petit Précis de l'Etiquette Sang-Pur par cœur. J'ai étudié la question avec mon oncle, et je suis d'accord avec lui quand il dit que c'est le meilleur moyen pour que la question ne se pose plus.
Si c'était encore possible, mes joues devinrent encore plus chaudes.
Elle leva les yeux au ciel.
- Ne fais pas cette tête ! Tu n'es pas vraiment obligée de le faire pour vendre l'histoire ! Et quand bien même tu le ferais, tu ne brûlerais pas en Enfer pour l'éternité. Je ne pensais pas un jour dire ça, mais tes Sang-Purs feraient passer ma grand-mère catholique pour une femme progressive.
Elle continua à marmonner en Afrikaans pendant une longue minute et je fus soudainement reconnaissante qu'il fasse si froid dans les couloirs du château. Je pus appliquer mes mains glacés sur mes joues.
Quand Luna Lovegood et Ginny Weasley arrivèrent, j'avais retrouvé mes esprits et j'espérais que mon visage avait de nouveau une couleur normale.
Crystal se rendait-elle compte des choses qu'elle disait parfois ?
- Bonne année à vous deux. J'espère que cette année te sera plus favorable, Alya.
Weasley leva les yeux au ciel – ce que je faillis imiter – avant de me mettre au défi de me montrer désagréable avec son amie.
Un an plus tôt, j'aurais sans doute eu une remarque blessante à l'intention de Lovegood, mais je n'avais pas oublié qu'elle ne m'avait pas dénoncée à Flitwick la fois où j'avais attaqué Deloris.
- Merci, Luna. Bonne année à toi aussi.
Weasley n'aurait pas eu une expression aussi amusante si j'avais été cassante de toute façon, ce qui était un véritable bonus.
Je me retins de lui lancer un clin d'œil. Elle pourrait très bien le prendre pour une provocation et j'avais assez vu Madame Pomfresh pendant les vacances.
La cloche annonçant le début des cours résonna et les autres troisièmes années qui suivaient le cours de Runes apparurent au bout du couloir. Le professeur Babbling sortit d'un passage secret qui menait vers l'aile Est – où ses appartements se situaient sans doute – et ouvrit la porte.
Avec un soupir, je me résignai à une heure trente d'ennuis. Dire qu'à Durmstrang, j'aurais pu suivre des cours d'Alchimie à la place des Runes…
A la tête que faisait Crystal, je me demandais si elle ne pensait pas la même chose.
- Bonjour à toutes et à tous. Tout d'abord, je vous souhaite une bonne année. J'espère que toute cette classe atteindra le niveau que j'attends de mes élèves à la fin de leur première année de Runes.
Les « bonnes années à vous aussi » de mes camarades étaient aussi peu enthousiastes que le mien.
- Comme promis, nous allons aborder la mythologie Nordique. Sortez de quoi écrire.
Comparé à tous les cours de Runes qui l'avaient précédés, l'introduction à la mythologie nordique fut presque fascinante. Je n'avais que quelques notions – Monsieur Vasilovitch avait évoqué les grandes lignes en passant – et je n'étais pas mécontente d'en apprendre plus sur la complexité des neuf mondes soutenus par Yggdrasil.
- Pour la prochaine fois, lisez les deux premiers chapitres de l'Edda. Nous travaillerons sur la traduction des textes originels en runes.
Je grimaçai. J'aurais préféré que la leçon d'histoire se poursuive lors de notre prochaine séance, plutôt que de retrouver Le Syllabaire et traduire difficilement des textes stériles.
- Cela ne fait même pas un an qu'on suit ce cours, et j'ai déjà hâte de pouvoir l'abandonner en cinquième année, marmonna Crystal.
- Tu ne connais pas la bonne nouvelle ? Beaucoup de métiers exigent un ASPIC en Runes.
Elle me dévisagea, les yeux plissés.
- Rassure-toi, Lestrange, je vais me faire une joie de choisir une voie où je pourrais me passer de ça.
Je ne connaissais que trop bien l'ambition de Crystal aussi ne serais-je pas surprise si elle n'avait pas vraiment le choix le moment venu.
Je profitai de la pause pour passer aux toilettes – il n'y avait rien de pire qu'un cours de sortilèges pendant lequel ma vessie me déconcentrait –. Par acquis de conscience, je soulevai mes cheveux sur le côté gauche de ma tête.
Sans véritable surprise, la mèche blonde que j'avais fait apparaître était toujours là – un blond cendré, presque châtain sur un premier tiers, puis s'éclaircissant centimètre par centimètre –. Je la fis jouer entre mes doigts, comme si j'avais besoin de la toucher pour me convaincre qu'elle était bien réelle, avant de la dissimuler à nouveau.
Je ne m'expliquais pas une telle réussite. Je pouvais entendre que j'avais réussi du premier coup à maîtriser une Métamorphose humaine. Le professeur McGonagall s'était montrée impitoyable depuis le début de l'année dernière, me donnant des exercices et des rédactions d'un niveau très avancé, exigeant des résultats parfaits à chaque nouvelle transformation. Avec tout cet entraînement et des prédispositions génétiques, ma performance lors de la séance de vendredi dernier était concevable.
Exceptionnelle, mais concevable.
Que mes cheveux n'aient pas encore retrouvé leur couleur normale trois jours après me dépassait.
Je devais être passée à côté de quelque chose dans mes lectures. Ou bien le professeur McGonagall n'avait pas remarqué une erreur.
Peut-être que cette mèche ne retrouverait jamais sa couleur d'origine ?
Machinalement, je serrai le médaillon que Draco m'avait offert dans ma main.
Je ne m'en plaindrais pas si c'était le cas, mais cela restait étrange.
Comme d'habitude en cours de Sortilèges, Luna Lovegood m'accueillit avec un sourire et je me surpris à lui rendre. Depuis l'incident du lasso – qui s'était soldé par un passage à l'infirmerie pour Deloris – être assise à côté d'elle n'était plus si terrible que ça.
Elle était toujours aussi loufoque, elle citait au moins une créature imaginaire à chaque cours, elle se fendait parfois d'une citation un peu philosophique mais, de temps en temps, ses commentaires sur les sortilèges m'aidaient à les maîtriser plus facilement, et elle avait l'œil pour voir si mes gestes étaient corrects.
- Tiens, Alya, c'est pour toi.
Elle me tendit un exemplaire du Chicaneur, sans doute le journal le plus moqué du monde sorcier, et dont son père était le propriétaire.
Mon sourire se crispa.
- Il y a un article sur les Animagi espions de Fudge. J'ai pensé que ça pourrait t'intéresser, puisque tu aimes la Métamorphose.
Mon excuse mourut sur mes lèvres, et je me sentis obligée d'accepter son cadeau.
- Merci, Luna, marmonnai-je en le rangeant au fond de mon sac.
Qu'avais-je à perdre en acceptant l'exemplaire d'un journal, même si je ne le lirais jamais ?
- Tu es rentrée pendant les vacances de Noël, n'est-ce pas ?
Elle hocha la tête, son regard à nouveau absent, ce qui donnait vraiment une impression étrange.
- Oui. Je ne voulais pas passer Noël sans mon père. Ni qu'il le passe sans moi. Ginny m'a dit que tu avais quitté le bal de bonne heure. J'espère que Nott ne s'est pas montré cruel envers toi.
Pour quelqu'un qui donnait l'impression de ne pas être toujours dans le même espace-temps que le reste du château, elle était drôlement bien au courant.
- Non, je ne me suis pas sentie bien. J'ai préféré retourner au dortoir me reposer.
Elle approuva ma décision d'un hochement de tête, et je dus me taire puisque le dernier élève – Sven Avery – venait de refermer la porte derrière lui.
- Aujourd'hui, nous allons étudier le sortilège de glaçage. Qui peut m'en parler ?
Je levai la main, mais il interrogea Deloris.
- C'est un sortilège qui projette une vague de froid qui permet de glacer sa cible. Il peut être utilisé pour éteindre un feu ou maîtriser une Salamandre Feu-Follet.
- Excellent, Miss Yaxley. 10 points pour Serpentards. Je vais vous faire une petite démonstration, puis ce sera à votre tour de l'exécuter.
Le professeur Flitwick nous montra le geste de la baguette – un cercle inscrit dans un carré – puis récita plusieurs fois la formule – glacius – et son accent tonique sur le « i ». Il gela ensuite une bassine d'eau, éteignit le feu dans la cheminée de la salle, puis recouvrit son bureau d'une épaisse couche de glace.
- Si vous n'avez pas de questions, vous pouvez commencer. Votre objectif aujourd'hui est de glacer le contenu d'une bassine d'eau. Attention à bien doser votre magie si vous ne voulez pas que la bassine explose.
Flitwick nous distribua des récipient en métal d'un coup de baguette, et mon premier défi consista à la remplir en conjurant de l'eau – en ignorant que tous mes camarades réussirent en un seul essai –.
Pour ce qui était de maîtriser le sortilège du jour, je compris que les choses allaient être compliquées quand je fis bouillir l'eau dans ma bassine au lieu de la geler à ma première tentative.
- Tu as vraiment une affinité très forte avec ton élément de naissance, Alya.
Vu le nombre de fois où j'avais mis le feu à ma table depuis ma première année, ce n'était pas un scoop.
Après avoir changé la couleur de l'eau – à se demander si je ne faisais pas de la Métamorphose inconsciemment –, avoir changé sa consistance en une sorte de gelée, puis avoir projeté mon bol – manquant de justesse Flitwick –, je réussis enfin à faire apparaître un mince filet de glace à la surface de mon bol.
- Je crois que ton carré est trop parfait, m'indiqua Lovegood.
Je fis plusieurs fois le geste dans les airs pour m'améliorer, mais sans grande conviction. Si la réussite d'un sortilège dépendait de l'exactitude d'un geste en lien avec la prononciation de la formule – comme en Métamorphose – cela faisait longtemps que je n'aurais plus de problèmes dans cette discipline.
Ma voisine de table était sans doute née avec une absence totale de rigueur et elle s'amusait déjà à glacer tout ce qui était à sa portée, modulant la puissance de son sortilège et créant même des sculptures artistiques de la pointe de sa baguette.
Merlin, comme j'avais hâte d'être en sixième année pour ne plus avoir à subir cette torture plusieurs fois par semaine !
Quand Lovegood approuva mon geste de baguette d'un geste du menton, je repris mes essais, essayant à la fois de me concentrer sur le résultat sans trop me crisper, variant la prononciation à chaque fois pour trouver celle qui fonctionnerait – et qu'il ne faudrait pas que je manque de noter –.
Le résultat était déjà meilleur : j'étais loin de geler toute l'eau, mais je produisais de la glace.
- C'est presque ça, Miss Lestrange. Il vous manque juste un peu de pouvoir pour réussir tout à fait.
Ça, je savais très bien le moduler.
Je me surpris à fixer ma bassine d'eau avec défi. Je n'étais pas loin du bon résultat, et ce en moins d'une séance. Je pouvais réussir.
Quitte à forcer un peu les choses.
Peut-être.
- Glacius !
La bassine disparut, il y eut un bruit sec, de la lumière qui me fit plisser les yeux, je sentis un froid mordant et quand je battis des paupière, une espèce de feu bleu dansait sur ma table.
Je n'avais pas d'autre façon de décrire l'amoncellement mouvant devant moi. Il était constitué d'un camaïeux de bleus sans cesse changeants, et il était à l'origine du froid soudain dans la pièce. Peu à peu, le bois de ma table se recouvrait de givre et je resserrai mes bras sur ma poitrine pour garder de la chaleur.
- Ceci, Miss Lestrange, est un mélange de Métamorphose et de Sortilèges. Comment vous-êtes-vous débrouillée ?
Je relevai les yeux vers Flitwick. Il avait l'air aussi stupéfait que ce que je ressentais.
- C'est à vous de me le dire, professeur, j'ai juste essayé de lancer le sortilège que vous nous avez dit de lancer...
Flitwick passa les dix dernières minutes du cours à marmonner des formules inconnues au-dessus de ma dernière curiosité, sûrement pour en percer les mystères.
J'accueillis la sonnerie avec encore plus de soulagement que d'habitude. Flitwick me demanda de ne pas m'entraîner d'ici à notre prochaine séance, ce qui était sans doute le seul point positif à cette journée.
- Flitwick va finir par te présenter à une conférence de grands Maîtres des Sortilèges, se moqua Crystal quand je la rejoignis dans le couloir.
Mon regard noir la fit éclater de rire et je regrettai presque son absence.
- Et rien à voir, mais j'ai surpris une discussion entre les deux élèves de Serdaigles derrière moi. Je crois que ton cousin a encore fait parler de lui... Quelque chose à propos du garde-chasse ? Je n'ai pas tout entendu.
Je retins un gémissement contrit. Pourquoi fallait-il toujours qu'il se fasse remarquer ?
…
Dimanche 15 Janvier 1995, Poudlard, Ecosse.
Chris,
Je suis très contente d'apprendre que Saint-Pétersbourg était à la hauteur de ce qu'Anton t'avait promis. Vous avez l'air de vous être bien amusés, et j'ai hâte de voir les autres photographies que tu as pris ! Dans tous les cas, ses parents ont l'air nettement moins rigides que Narcissa. Je doute qu'elle nous aurait autorisés à partir à l'aventure plusieurs jours de suite dans Londres, alors qu'une tempête de neige était annoncée !
De mon côté, la première semaine de cours a été interminable. J'ai plus ou moins inventé un sortilège – encore –, Fol-Oeil continue de penser que je suis un petit prodige du Duel qui s'ignore – j'ai failli envoyer un garçon de Poufsouffle à l'infirmerie mais c'était un pur hasard –, la professeur de Runes s'amuse à nous donner des textes incompréhensibles et nous avons terminé la partie sympathique en Arithmancie – je ne suis pas sûre d'aimer les calculs tant que ça –. Comme si cela ne suffisait pas, le professeur McGonagall semble décider à ce que je comprenne tout le programme de sixième année avant la fin du mois. Elle veut que je réessaye le processus d'Éveil au retour du printemps – les professeurs Sinistra et Chourave s'accordent à dire que le mois de Mars sera dégagé –.
Bref, j'ai l'impression d'être rentrée depuis au moins trois mois.
La porte du dortoir s'ouvrit et je relevai les yeux de ma lettre, convaincue que Crystal revenait enfin de son petit détour par les cuisines – j'avais sauté le déjeuner et elle était encore plus tyrannique que Pansy –.
Deloris me dévisageait depuis le pas de la porte, ses cheveux blond-roux formant des boucles parfaites autour de son visage sans la moindre imperfection. J'aurais dû la trouver jolie – elle respectait chacun des codes du monde Sang-Pur – mais son rictus mauvais et son regard sombre rappelaient à quel point elle était hideuse à l'intérieur.
Après une longue minute de silence pesant, elle marcha jusqu'à mon lit et lâcha une enveloppe à mes pieds.
J'haussai un sourcil, sans faire le moindre geste pour la récupérer.
- Est-ce une lettre d'excuses ?
L'ironie dans ma voix aurait sans doute ravi Pansy.
Elle serra les dents.
- Non, une invitation pour mon bal de Débutante, siffla-t-elle.
J'eus un sourire mauvais.
- J'ignorais que tu invitais les traîtres au Sang à ta petite fête.
Elle serra les lèvres, son regard devint plus sombre encore et mon sourire s'élargit. Je connaissais Deloris depuis des années, et j'avais appris à reconnaître les signes annonciateurs d'un caprice épique.
De toute évidence, elle n'avait pas encore compris que cela ne fonctionnait plus avec moi.
- Ma mère pense que nous sommes réconciliées. Si tu es absente à mon bal de Débutante, elle comprendra que je lui ai menti.
Puisque son père et ses frères ne savaient rien lui refuser, Anthea Yaxley était sans doute la seule personne que Deloris craignait vraiment. Je ne doutais pas que Lady Yaxley sache faire preuve d'autant d'imagination que Narcissa Malefoy quand il s'agissait de punir son unique fille.
J'aurais pu lui expliquer toutes les raisons pour lesquelles la dernière chose dont j'avais envie était de parader à son bal de Débutante, mais Pansy m'avait avertie que Deloris essayait de convaincre certains Serpentards – dont la majorité était des descendants des Vingt-Huit Consacrées – que je partageais les idées de Dumbledore sur les moldus.
Elle cherchait à me discréditer aux yeux de mes pairs et ce jeu-là pourrait s'avérer dangereux si le Seigneur des Ténèbres revenait.
- Je crains de devoir décliner, Deloris. Le professeur McGonagall m'a annoncé qu'elle comptait mettre à profit les vacances de printemps pour me donner des leçons intensives.
Elle serra les poings, et je crus une seconde qu'elle allait sortir sa baguette.
- Comme si ce stupide concours International était plus important que mon bal de Débutante !
Mon sourire poli retomba et ce fut à mon tour de serrer les lèvres.
Douce Circée, s'entendait-elle parler parfois ?
Un éclat de rire me coupa alors que j'ouvrais la bouche pour la maudire.
Crystal était revenue au dortoir, plusieurs scones dans une main et deux pommes dans l'autre. Je ne m'étonnais plus qu'elle puisse entrer dans une pièce sans que je ne m'en aperçoive.
- Je savais que tu étais particulièrement imbue de toi-même, Yaxley, et stupide, par-dessus le marché, mais je n'avais pas réalisé que c'était à ce point. Bien sûr que le concours International est plus important qu'un bal.
Le teint de Deloris vira au rouge et elle pivota vers Crystal.
- Toi, la négresse, on t'a rien demandé ! cracha-t-elle, les poings toujours serrés et le dos raide.
- Deloris ! criai-je, peinant à croire ce qu'elle venait de dire.
Je vis le visage de Crystal se fermer. Les scones tombèrent au sol et elle sortit sa baguette pour la pointer sur Deloris, avançant d'un pas.
- Qu'est-ce que tu viens de dire, Yaxley ?
Sa voix n'était qu'un souffle glacial et Deloris sortit sa baguette à son tour, tout en faisant un pas en arrière.
A la différence de Crystal, elle tremblait.
- Je viens de dire négresse. Tu veux que je l'épelle peut-être, histoire que tu sois bien sûre ?
Crystal lança un Tarantallegra que Deloris esquiva par pure chance.
Je sautai au sol pour m'interposer entre les deux.
- Ça suffit !
Crystal pouvait dire de moi, mais elle était bien capable de se faire exclure aussi.
- Si tu crois que c'est en insultant mes amis que tu vas me convaincre de venir à ton bal de Débutante, tu te trompes lourdement, Yaxley !
- Je suis ton amie !
Je n'eus pas besoin de forcer le rire mauvais qui passa mes lèvres.
- Non. Crystal est mon amie. Et la prochaine fois que tu l'insulteras de la sorte, je ne m'interposerais pas. Elle est la descendante d'une grande famille Africaine, tu n'auras certainement pas une troisième occasion de l'insulter.
Elle eut un cri de rage et quitta le dortoir en claquant la porte.
Je faillis échouer à retenir Crystal et cela me valut de me retrouver avec une baguette pointée sur moi. Mon amie faisait presque une tête de plus que moi, j'étais convaincue qu'elle pouvait se libérer sans réelles difficultés, et son regard sombre me promettait mille tourments.
Je me refusai à détourner le regard, m'agrippant à son bras de toutes mes forces.
- Tu aurais dû me laisser régler ça, Adler, gronda-t-elle.
Je plissai les yeux.
- Tu n'as pas l'exclusivité de la raison, Malhorne. Tu penses vraiment que la société Sang-Pur va te dérouler un tapis rouge si tu assassines la fille chérie des Yaxley ?
- Je n'allais pas la tuer.
Je haussai un sourcil puis je la libérai.
- Je suis certaine que tu es capable de trouver quelque chose d'aussi vicieux qu'un sortilège noir sans qu'on puisse pour autant remonter jusqu'à toi.
Elle rangea sa baguette d'un geste raide.
- Ne t'avise pas de recommencer un truc pareil. Je n'ai besoin de personne pour me défendre.
- Non, juste de quelqu'un pour surveiller tes arrières, contrai-je, avant de tourner les talons pour rejoindre mon lit.
Je repris le fil de ma lettre pour Christopher, évoquant pour lui la tension croissante dans le château à l'approche de la seconde tâche du Tournoi, mes craintes concernant Nott – ou un tout autre mari potentiel – et répondant enfin à ses pronostiques à propos de la signature du contrat magique qui aurait lieu la semaine prochaine, lors de la sortie à Pré-au-Lard.
Pendant tout ce temps, Crystal disparut dans la salle de bain pour prendre une douche étonnamment longue qui, de toute évidence, n'avait pas réussi à apaiser sa colère. Elle me donnait l'impression de diffuser une énergie sombre autour d'elle, et je ne me souvenais pas de l'avoir déjà vu aussi agitée.
Face à cette nouveauté, je n'avais pas la moindre idée de la façon dont je devais réagir. De nous deux, Crystal était d'ordinaire celle qui apaisait mes colères et m'aidait à sécher mes larmes. J'ignorais si elle préférait que je la laisse tranquille – elle n'avait pas fermé les rideaux de son baldaquin, mais son regard aurait arrêté un Hippogriffe en pleine furie – ou si elle souhaitait en parler – ce pourquoi je n'étais pas sûre d'être très douée –.
L'arrivée de Jin mit fin à mon dilemme.
La porte claqua derrière elle avec force et elle rejoignit le lit de Crystal en trois enjambées rageuses.
- Yaxley t'as vraiment dit une horreur pareille ?
Je vis Crystal se tendre, dévisager Wan, me jeter un regard, avant de soupirer.
Elle hocha la tête lentement.
- Non mais pour qui elle se prend, Yaxley ?! éructa Wan.
Elle prit Crystal dans ses bras avec force et mon amie referma maladroitement ses bras autour de Wan.
- Je suis désolée, Crystal, souffla-t-elle. Cette foutue fantômette ne s'est jamais prise pour de la merde, mais je ne pensais pas qu'elle en arriverait là.
A la façon dont elle cracha le mot fantômette, je compris qu'il s'agissait d'une insulte à la hauteur de celle que Deloris avait utilisé.
C'était sans doute mérité.
Wan libéra Crystal au bout d'une longue minute, puis s'installa en tailleur sur son lit, sans pour autant lâcher sa main.
- Ça va aller ?
Crystal grimaça.
- Ouais… Ça faisait juste longtemps qu'on ne m'avait pas fait ce coup-là.
- C'est sûr qu'on a plus vite fait de se faire insulter de Sang-de-Bourbe que d'autre chose ici, pas vrai ? Tu sais qu'elle a été assez stupide pour raconter son petit exploit dans la salle commune ? Pas de chance pour elle, Blaise Zabini, Bletchley et Derrick l'ont entendu. Tu aurais vu ce qu'elle s'est pris… Et pour couronner le tout, elle a gagné un tête à tête avec Ogden. Je suis prête à parier qu'elle va finir avec au moins une retenue… Ce qui devrait être le cadet de ses soucis, parce qu'on va te venger, pas vrai, Lestrange ?
Je sursautai. Face à la connivence de Jin et Crystal, j'avais eu l'impression de ne plus être dans la pièce. J'avais été du côté de Deloris pendant longtemps, j'aurais compris si j'étais vue comme l'ennemie ce soir, même si c'était plus douloureux que ce que j'aurais aimé…
Je hochai la tête.
- Évidemment qu'on va la venger, Jin.
…
Samedi 21 Janvier 1995, Poudlard, Ecosse.
On me secouait gentiment mais avec insistance et j'ouvris les yeux dans un sursaut. Il me fallut une seconde pour reconnaître Crystal entre la torpeur du sommeil et la pénombre de la pièce. Elle posa un doigt sur ses lèvres et je passai une main sur mes yeux pour me réveiller. Un coup d'œil vers mon réveil m'indiqua qu'il était encore très tôt – beaucoup trop tôt, même le jour d'une sortie à Pré-au-Lard – mais le plan de Crystal nécessitait de se montrer matinale.
Je n'avais pas réussi à la faire changer d'avis sur ce point, aussi m'obligeai-je à repousser les couvertures tandis qu'un bâillement m'arrachait quelques larmes et une légère douleur dans ma mâchoire.
Crystal était déjà habillée pour la journée – une robe prune en laine et une paire de bottes en cuir pour résister au froid –. Je grimaçai quand mes pieds touchèrent le sol gelé puis je me glissai dans la salle de bain, en essayant à la fois de me réveiller tout à fait et de faire le moins de bruit possible.
Il était essentiel que Deloris reste endormie.
Après une toilette rapide, je pris une minute pour me concentrer sur ce que j'avais à faire. J'allais essayer d'aller plus loin que ce que j'avais entrepris avec le professeur McGonagall et si je voulais donner une bonne leçon à Deloris, je n'avais pas non plus envie de la blesser. Je n'aurais pas non plus le droit à plusieurs essais.
Il fallait que je me surpasse.
Crystal attendait au pied du lit de Deloris – dont les rideaux étaient soigneusement tirés – et je sortis ma baguette, écartant un pan de tissu. Elle dormait paisiblement, ses cheveux formaient un halo autour de son visage, ses yeux bougeaient rapidement sous ses paupières et sa respiration était régulière.
Je savais qu'elle avait le sommeil assez lourd, ce qui était une vraie chance. Je fis jouer mon poignet gauche une dernière fois puis je pris une profonde inspiration.
- Mutation Nigrum !
Je sentis une résistance à la pointe de ma baguette et mon premier essai fut un échec cuisant. Je m'étais pourtant entraînée sur Jin la veille – avec succès – afin de m'habituer à modifier l'apparence de quelqu'un d'autre que moi – ce qui n'était pas aussi facile –.
- Mutation Nigrum !
Je fis preuve de davantage de viciosité et de pouvoir. La peau de Deloris devint noir d'encre, du bout de ses doigts à la pointe de ses cheveux. Je ne pouvais pas être certaine d'avoir métamorphosé tout son corps – j'avais encore tendance à oublier quelques endroits – mais ce n'était pas essentiel. L'ensemble n'était toutefois pas très naturel – aurais-je utilisé un feutre noir pour colorier sa peau que le résultat n'aurait pas été différent – et il me fallut une petite dizaine de minutes pour obtenir une pigmentation proche de celle de Crystal, peut-être un ton plus foncé.
Dans la pénombre, ce n'était pas facile d'être certaine.
Je concentrai ensuite mes efforts sur ses cheveux – les rendre bruns fut un jeu d'enfant, leur donner un aspect crépu nettement moins – sans oublier ses cils et ses sourcils – la métamorphose humaine exigeait que les détails soient soignés – puis j'élargis légèrement la base de son nez pour parfaire le tableau – ce qui ne manquerait pas de la faire hurler –.
Un coup d'œil vers Crystal m'apprit que ma métamorphose était convaincante. Avec un peu de chance le professeur McGonagall m'accorderait quelques points pour compenser ceux que nous ne manquerions pas de faire perdre à notre maison au réveil de Deloris.
C'était une des raisons pour laquelle nous avions glissé quelques gouttes de potion de sommeil dans le verre de Deloris – qu'elle gardait sur sa table de nuit – pour être certaines qu'elle ferait une grasse matinée, et que nous avions bien l'intention de partir pour Pré-au-Lard le plus tôt possible.
Crystal et moi avions un rendez-vous important en fin de matinée, et nous comptions être à l'heure.
Je refermai donc les rideaux avec soin, j'attrapai ma cape d'hiver, mon écharpe et ma petite bourse, et nous primes la direction de la Grande Salle pour le petit-déjeuner.
- Tu crois que tu réussirais à me faire passer pour blanche ? me demanda Crystal tandis que nous quittions la salle commune.
Je fronçai les sourcils.
- Je croyais que tu étais très fière de tes origines sud-africaines ?
Elle grimaça.
- Ça n'empêche pas que ça me simplifierait parfois drôlement la vie si j'étais blanche.
Je ne trouvai rien à redire à cela, et je fus presque reconnaissante au Baron Sanglant de m'arracher un cri surpris quelques minutes plus tard quand il apparut de nulle part, ce qui fit bien rire Crystal.
- Tu aurais dû voir ta tête !
Je ne pus que maugréer à voix basse contre ces maudits fantômes, même si cela aurait pu être pire : Peeves ne s'aventurait que très rarement dans les cachots, sans doute parce qu'il craignait le Baron Sanglant plus que tout au château, mais cela ne signifiait pas que nous étions totalement à l'abri.
De ce que j'avais cru entendre, il avait enfermé Merula Snyde et son petit-copain dans un cachot la semaine dernière et ils y avaient passé une journée entière avant que Rogue les retrouve.
Nous étions parmi les plus matinaux. Il n'y avait pas plus de dix élèves à chaque table et Madame Pomfresh était seule à la table des professeurs, ce qui ne me laissa pas d'autre choix que de me servir un petit déjeuner copieux.
Ma dernière visite remontait à la semaine dernière et, si j'avais pris un kilo supplémentaire, elle était encore loin d'être satisfaite. Comme à chaque fois, j'avais essayé de lui faire comprendre que je n'avais jamais eu un gros appétit et que je ne prenais pas facilement du poids, elle n'avait rien voulu savoir.
Elle avait même menacé de demander aux Elfes de me préparer un menu spécial à chaque repas.
- Je reste déçue que nous ne puissions pas être présentes au réveil de Yaxley…
- C'est toi qui as une grand-mère sanguinaire, pas moi.
Elle me tira la langue, puis disparut derrière son exemplaire de La Gazette, me laissant seule face à mes œufs brouillés et mes haricots cuisinés. Je réussis à en manger plus de la moitié quand Madame Pomfresh quitta la Grande Salle – non sans lancer un regard en coin à mon assiette – et je fis la grave erreur de pousser un soupir soulagé.
Crystal rabattit un coin de son journal et me lança un regard menaçant.
- Tu as plutôt intérêt à terminer ton assiette, Lestrange, ou je t'assure que Pomfresh ne manquera pas d'en être informée.
- Je te déteste.
- Tu serais tellement plus crédible si tu n'avais pas défendu mon honneur face à Yaxley il y a moins d'une heure.
Quand de plus en plus d'élèves et de professeurs commencèrent à arriver, et que l'heure était enfin convenable, nous prîmes la direction de Pré-au-Lard.
- Matinales, hein ? grogna Rusard en vérifiant si nous étions bien sur son registre, quand bien même cela avait été le cas la dernière fois.
- La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt, n'est-ce pas ?
Le sourire de Crystal était un peu trop large pour être tout à fait sincère, et elle ne reçut qu'un grognement affable en retour.
Le parc était humide, un vent froid descendait des montagnes et, pourtant, plusieurs élèves de Durmstrang étaient en train de courir autour du lac noir vêtus seulement de vêtements légers. Étant donné l'importance que Durmstrang donnait à l'entraînement physique, ce n'était pas étonnant qu'ils continuent à s'entraîner de la sorte. J'étais prête à parier qu'il ne s'agissait que de l'échauffement et que la suite impliquerait des combats magiques ou la traversée du Lac Noire à la nage.
- Finalement, je ne suis pas si mécontente d'avoir choisi Poudlard, grimaça Crystal.
- Ta grand-mère n'exige pas de toi que tu sois une grande championne sportive ? m'étonnai-je.
De ce que j'en savais, Gloria Ngozi s'était arrangée pour que sa petite-fille sache parler couramment le russe, l'afrikaan et le français, et elle ne tolérait rien d'autre que des E et des O sur son bulletin de notes. Tout cela sans oublier le fait que Crystal mentait sur ses origines pour qu'aucune porte du monde sorcier ne lui soit fermée.
De toute évidence, sa grand-mère avait de grands projets pour elle.
- Bien sûr que si. Elle déplore justement qu'il n'y ait pas la moindre possibilité que je fasse du sport ici, mais je t'avoue que mes cours d'équitation et de danse classique ne me manquent pas le moins du monde.
- Tu as fait de la danse classique ?
- De mes trois ans à mes onze ans. C'est le sport de toutes les petites filles de bonne famille que je me devais de fréquenter. Ma grand-mère espérait aussi que j'apprendrais à me mouvoir avec grâce.
- Tu as un port de tête élégant.
- C'est toujours ça de pris.
La rue principale de Pré-au-Lard était recouverte de boue, reliquat de la neige tombée en début de semaine et que personne n'avait pris le temps de dégager. Puisqu'il était encore très tôt, aucune des boutiques n'était bondée et nous pûmes les parcourir en toute tranquillité. Crystal prit un malin plaisir à choisir des farces et attrapes qui pourraient lui servir si Deloris persistait à se montrer désagréable. Je n'étais pas convaincue que cela soit une très bonne idée de sa part étant donné la perspective d'une retenue qui nous attendait certainement au château, mais elle ne voulut rien entendre.
Chez Honeydukes, je l'aidais à choisir des friandises pour son oncle – et sa grand-mère, même si elle refuserait de le reconnaître –. Je pris soin de noter que Gloria Ngozi avait tout de même une petite faiblesse.
Il n'y avait rien de bien intéressant chez le libraire ou chez Scribenpenne. J'insistai pour faire un détour par le cimetière, espérant croiser mon père, sans succès. Puisqu'il était encore trop tôt pour rejoindre la maison du professeur McGonagall – notre lieu de rendez-vous – nous nous installâmes sur l'un des bancs le long du mur d'enceinte du cimetière. De la neige persistait sur le sommet des tombes, atténuant l'atmosphère plus lugubre de notre dernière visite. Il n'y avait personne et, entre le silence feutré, les hauts murs et l'incitation à la discrétion de ce genre de lieu, c'était comme si nous avions fait un saut hors du temps.
C'était reposant.
- Je crois que c'était la première fois que tu mentionnais ton enfance, soufflai-je après que mes pensées aient vagabondé un moment.
J'avais du mal à imaginer Crystal sur un cheval ou habillé d'un tutu rose.
Elle grimaça.
- Je suis censée avoir grandi dans le clan de ma grand-mère en Afrique du Sud. Tu aurais tiqué si j'en avais dit plus avant, non ?
- C'est sûr… Autre chose de croustillant ?
Elle éclata de rire, puis son regard se perdit au loin.
- Belfast est un port marchand, qui brasse de nombreuses nationalités. Ma grand-mère a mis ça à profit pour que j'apprenne le plus de langues possibles dès mon plus jeune âge.
- C'est donc ça le secret derrière ton talent de polyglotte…
- Il n'y a pas de magie, juste beaucoup de travail. Je jouais du violon aussi, pour les mêmes raisons que l'équitation et la danse classique.
- Je crois que ta grand-mère est officiellement plus exigeante que Narcissa.
- Disons plutôt qu'on ne part pas du même point, toi et moi.
- C'est-à-dire ?
Elle me détailla du coin de l'œil, puis soupira.
Yaxley n'a pas le moindre talent, elle est juste jolie et elle est née dans une bonne famille… Malgré son caractère exécrable, on sait toutes les deux qu'elle n'aura aucun mal à trouver un bon parti. Tu pourrais être laide et stupide, ça serait pareil pour toi parce que tu portes le nom Lestrange, et que tu as la fortune qui va avec. Je n'ai rien de tout ça, alors je dois avoir mille cordes à mon arc si je veux espérer réussir.
J'ouvris la bouche pour la contredire mais elle haussa un sourcil, comme pour me mettre au défi de trouver une seule exception à la règle qu'elle venait d'énoncer.
J'eus beau me creuser la tête pendant plusieurs minutes, je fus bien incapable d'en trouver une. J'étais trop versée dans les histoires et les codes du monde Sang-Pur pour ignorer qu'il fallait y être né pour être en mesure d'y briller. La valeur d'une personne était intimement liée au nombre de générations sur son arbre généalogique. Les rares Sang-Mêlés qui avaient réussi à entrer dans ce cercle très fermé ne semblaient jamais assez bien.
- Je suis désolée que tu sois obligée de faire tout ça…
Elle eut un vague sourire.
- Si je n'avais pas développé mes pouvoirs magiques, j'aurais sans doute joué au même jeu à Londres, dans un internat très huppé pour m'approcher des puissants du monde moldu. Alors…
- C'est pas une raison.
- Non, c'est sûr…
Nous arrivâmes devant la maison du professeur McGonagall avec une dizaine de minutes d'avance.
- Miss Malhorne, Miss Black, nous accueillit-elle, une moue désapprobatrice sur les lèvres et un regard sévère.
Une part de moi voulut se ratatiner pour échapper à son regard, mais je m'obligeai à rejeter les épaules en arrière.
Deloris avait mérité une leçon, et tant pis si cela m'attirait des ennuis.
- Vous m'accompagnerez dans mon bureau à la fin de cette petite réunion.
- Bien sûr, professeur.
Contrairement à la dernière fois, le professeur McGonagall nous mena dans le salon. Un feu ronflait dans la cheminée un rouleau de parchemin et une plume d'un noir de jais étaient disposés sur une table ronde à gauche.
Mon cœur s'accéléra.
Enfin.
Gloria Ngozi était installée sur un des fauteuils comme s'il s'agissait d'un trône, et Narcissa se tenait debout près de la fenêtre. Elle se retourna à notre entrée et fit un pas vers moi, avant que mon regard sombre ne l'arrête net.
Ce n'était pas parce que plusieurs mois s'étaient écoulés sans que ne la voie ou ne lui parle qu'elle était pardonnée. Mon cœur s'emballait un peu moins quand je pensais à elle, et la mention de son nom seul n'était plus suffisant pour que je perde le contrôle sur ma magie, mais je la haïssais encore pour ce qu'elle avait fait.
Je doutais d'être capable de me montrer cordiale avec elle tant que ma famille moldue était introuvable.
Je fis une légère révérence devant Gloria Ngozi.
- Bonjour, madame.
- Bonjour, Miss Adler. Je vois que tu as meilleur mine que la dernière fois. C'est une bonne chose.
- Crystal sait se montrer très intimidante.
- Je n'en doute pas.
Si mon amie restait debout à côté de sa grand-mère, sa façon de se tenir ressemblant presque à un garde-à-vous, je préférai m'installer le plus loin possible de Narcissa, adressant une prière silencieuse pour que Pansy et Draco soient au moins à l'heure, sinon en avance.
L'atmosphère était pesante et aucune de nous quatre ne semblait décider à faire la conversation.
Au loin, je pouvais entendre le tintement de la porcelaine, le délicat sifflement d'une bouilloire, puis des bruits de pas qui revenaient vers le salon. Le professeur McGonagall déposa le plateau sur la table basse et distribua des tasses fumantes d'un délicat coup de baguette, avant de s'installer à ma droite.
Je sentais le poids du regard de Narcissa sur moi et je m'appliquai à fixer les volutes du lait dans ma tasse de thé sans vraiment les voir, essayant d'accélérer le temps par la seule force de mon entêtement, souhaitant plus que tout en finir au plus vite.
La perspective d'un sermon de la part du professeur McGonagall – et sans doute de quelques retenues – était presque réjouissante.
Le bruit de la sonnette m'arracha un soupir de soulagement. Draco salua Gloria Ngozi avec respect et Pansy se planta devant elle.
- Je suis Pansy Parkinson. C'est un honneur de vous rencontrer, Madame Ngozi.
La grand-mère de Crystal dévisagea Pansy pendant de longues secondes, avant de serrer sa main tendue.
- J'ai beaucoup entendu parler de toi, jeune fille.
J'étais prête à parier qu'il y avait l'ombre d'une menace dans sa voix, sans toutefois en être certaine.
Pansy se fendit d'un clin d'œil.
- Je parie que ce n'est que le début.
Gloria haussa un sourcil puis déposa sa tasse sur la table basse.
- Puisque tout le monde est présent, peut-être pouvons-nous commencer ?
Le professeur McGonagall fit un geste vers la table ronde et mon cœur fit une embardée, sans que je ne sois certaine qu'il s'agisse de peur ou d'espoir.
Sûrement un mélange des deux.
Je me retrouvai entre Pansy et Crystal, ce qui semblait avoir été entendu à mon insu.
- Yaxley a crié si fort qu'elle a même réveillé des garçons, me glissa-t-elle.
Je retins difficilement un éclat de rire satisfait.
- Elle n'a eu que ce qu'elle méritait.
- Je te raconterai tous dans les détails plus tard.
Puisqu'elle avait sans doute été aux premières loges et qu'elle s'était montrée très attentive, je pouvais lui faire confiance pour revivre la scène aussi fidèlement que si je la regardais dans une pensine.
- Avant de procéder à la signature, nous allons lire le contrat magique pour que chacun et chacune sache à quoi il s'engage. Il serait stupide de perdre sa magie – ou sa vie – sur un détail.
Le professeur McGonagall ajusta ses lunettes et commença à lire le parchemin. Si je n'avais pas déjà su ce dont il retournait, je n'aurais pas compris grand-chose. Le langage notarié était encore plus difficile à comprendre que certains essais obscures en Métamorphose. Je réussis toutefois à retrouver mes exigences – la promesse de Gloria Ngozi de retourner ciel et terre pour retrouver ma famille moldue, la clause faisant de moi l'interlocutrice exclusive et le retrait de la prime sur la tête de mon père –. Pour le reste, la grand-mère de Crystal avait réussi à obliger Narcissa à financer la totalité des recherches et elle avait sécurisé la parfaite entrée en société pour Crystal.
Comme personne ne trouva rien à redire à la fin de sa lecture, le professeur McGonagall saisit la Plume de Sang, d'un noir mat.
- Qui veut avoir l'honneur de la première signature ?
Draco ouvrit la bouche pour se proposer, mais sa mère lui grilla la politesse. Elle tendit sa main pour récupérer la plume d'un geste impérieux, et le professeur McGonagall fit glisser le parchemin vers elle.
Depuis ma place, je reconnus sa calligraphie parfaite.
Sur ma magie et sur ma vie.
Narcissa Charis Malefoy.
Le texte se grava en même temps sur le dessus de sa main droite, pour disparaître aussitôt et ne laisser qu'une plaque rouge.
Son écriture s'illumina pendant une brève seconde, puis le parchemin retrouva une apparence normale. Elle tendit ensuite la plume à Gloria Ngozi.
Le parchemin passa ensuite par Crystal avant d'arriver à moi.
Utiliser une Plume de Sang était douloureux et je serrai les dents pour rester impassible. Mon écriture n'était sans doute pas aussi soignée que d'habitude, mais je n'aimais pas l'idée d'écrire avec mon propre sang.
Sur ma magie et sur ma vie.
Maellyn Liberté Black.
Une étrange chaleur se diffusa le long de mon bras gauche et les battements de mon cœur s'accélérèrent tandis que le parchemin s'illuminait.
Le pacte était scellé et je pourrais perdre ma magie – voire même ma vie – si je m'y dérobais.
Toutefois, que représentait un secret de plus parmi tous ceux qui hantaient ma vie ?
Celui-là avait l'avantage d'être pour la bonne cause.
Draco haussa un sourcil interrogateur quand je lui tendis la plume, et j'hochai la tête sans hésiter. Nous avions raison de faire ce que nous faisions, c'était une certitude.
…
Jeudi 26 Janvier 1995, Poudlard, Ecosse.
Depuis qu'il vivait une vie de fugitif, il avait appris à détester la neige.
Outre le fait que sa présence allait de pair avec une vague de froid dont il se serait bien passé, elle gardait la trace de son passage, l'obligeant à faire des détours pour brouiller les pistes et le moindre rayon de lumière se reflétait à l'infini, donnant l'impression que les ombres avaient disparu.
Même si les Aurors ne cherchaient pas Patmol, et que les habitants du village semblaient s'être habitués à sa présence, il ne pouvait pas quitter les montagnes aussi souvent qu'il aurait voulu.
Il se faufila dans les buissons qui longeaient l'arrière du jardin du professeur McGonagall et trouva sans peine le petit portail.
Il n'était pas verrouillé, signe qu'il était attendu et qu'il ne s'était pas trompé de date.
Il fut presque tenté de reprendre forme humaine aussitôt – les enchantements qui protégeaient la demeure étaient de ceux que l'Ordre avait utilisé pendant la guerre – mais la dernière fois qu'il s'y était risqué, McGonagall lui avait fait une leçon de morale aussi interminable qu'au temps de Poudlard.
Il attendit donc d'être entré dans le petit jardin d'hiver pour quitter son déguisement. Un Elfe de maison apparut aussitôt dans la pièce et lui tendit un peignoir tiède.
- Porpy a laissé des vêtements propres dans la salle de bain.
- Merci.
Il rejoignit l'étage sans plus avoir besoin qu'on lui indique le chemin. L'Elfe lui avait fait couler un bain qui avait l'air bouillant et il eut l'impression de retrouver l'usage de ses extrémités. Il resta dans l'eau jusqu'à ce qu'elle lui paraisse froide, savourant le luxe de la civilisation et la sensation de sécurité.
Quand bien même les Aurors soupçonneraient McGonagall de l'aider, il doutait qu'ils oseraient la défier en venant l'arrêter ici.
Il se sentait définitivement plus humain quand il quitta la salle de bain – des vêtements propres sur le dos et des cheveux qui ne sentaient plus le chien mouillé – et il suivit les odeurs qui provenaient de la cuisine – quelque chose à base de viande était sur le feu –, certain que l'Elfe ne lui refuserait pas un sandwich.
La rumeur d'une conversation dans le salon lui imposa un détour – Minerva ne plaisantait toujours pas avec les règles de savoir-vivre – et il était curieux de constater par lui-même la transformation de Madelyn évoquée par Remus.
Le sandwich attendrait.
En reconnaissant les personnes installées dans le salon, il se stoppa sur le pas de la porte.
Les yeux de Maellyn trouvèrent les siens et un sourire – celui qui accentuait encore plus sa ressemblance avec Judy – éclaira son visage, creusant une fossette sur sa joue droite.
- Papa ! dit-elle en quittant son fauteuil.
Comme à chaque fois qu'elle prononçait ce mot, il avait l'impression que son cœur s'arrêtait et essayait de sortir de sa poitrine en même temps.
Il referma ses bras autour de sa petite silhouette, remarquant qu'elle avait grandi – sa tête reposait de plus en plus haut sur sa poitrine – et il était certain qu'elle avait repris du poids – ce qui était une bonne nouvelle –. Il embrassa le dessus de sa tête, inspirant une bouffée de son odeur, et attendant qu'elle le repousse avec douceur pour attraper son visage entre ses mains.
- Que fais-tu là, chaton ?
- Le professeur McGonagall m'a invitée à dîner. Officiellement, je suis en retenue.
- Je ne suis pas sûr que ce soit l'excuse la plus crédible.
Elle fit la moue, mais l'étincelle moqueuse dans son regard lui souffla que, peut-être, sa fille n'était plus une petite héritière modèle.
Il adressa toutefois un merci silencieux à Minerva McGonagall. Elle était installée sur le fauteuil le plus proche de la fenêtre, un verre de whisky à la main, et l'air très fière d'elle.
Surtout que Maellyn était loin d'être la seule invitée.
- Bonjour, cousine, souffla-t-il.
Andy releva le menton, ses bras croisés sur sa poitrine, mais le regard brillant.
Tout bien reconsidéré, le plus étonnant était la présence de Tonks, ses cheveux rose, son jean troué au genou et un t-shirt qui semblait avoir vu des jours meilleurs. Elle le dévisageait depuis le canapé, sa main droite crispée sur un verre d'alcool – parce qu'elle était désormais assez âgée pour ça – et si leur discussion par miroir l'avait convaincue qu'il disait la vérité, elle n'avait pas réussi à effacer douze ans de rancœur.
- Le rose te va bien, gamine, souffla-t-il.
Elle plissa les yeux.
- Tu ressembles presque à un être humain, Black.
Il secoua la tête, essayant de se convaincre que la verve de la jeune femme était signe de bonne santé.
- Ted n'a pas pu venir ?
Andy balaya sa question d'un geste de la main.
- Ted évite de se mêler des drames de la famille Black.
- Sage décision.
Le silence qui suivit lui fit vraiment regretter l'absence de Ted Tonks – lui qui n'avait pas son pareil pour adoucir Andy et faire sourire Tonks – et il était soulagé que Maellyn soit entre lui et ses deux cousines.
- Et si nous passions à table ? proposa Minerva en se levant, désignant la direction vers la salle à manger de son bras.
Il profita de la diversion pour se pencher vers Maellyn.
- Je compte sur toi pour me défendre, souffla-t-il.
Elle ricana.
- Elles ne vont rien te faire.
Il n'en était pas aussi sûr. Andy ne sortirait pas sa baguette – mais elle n'avait besoin que de sa langue pour porter des coups – mais Tonks semblait du genre imprévisible.
Qu'il ignore pourquoi elles étaient là, exactement, ne l'aidait pas à prédire la fin de la soirée.
Il prit place entre Minerva et Maellyn. Andy s'installa en face de lui, Tonks à sa gauche. L'odeur qui s'échappait de la soupière fit gronder son ventre et il fit de son mieux pour ne pas se jeter sur la nourriture à la façon de Patmol. Maellyn contribua à détendre l'atmosphère en racontant le déroulement de la première tâche – la seule pensée de son filleul sur son balai face à un dragon lui donnait encore des sueurs froides – et sur le Bal de Noël.
- Ton enthousiasme pour ce bal fait chaud au cœur, Maellyn.
Tonks reçut un regard sombre de la part de sa mère.
- Le monde Sang-Pur raffole de ce genre de fêtes. Je n'ai jamais été une grande fan.
Andy leva son verre à ses lèvres.
- Je ne saurais être plus d'accord. Comment se passent ces leçons de Métamorphose ?
Narcissa lui avait dit que Maellyn était passionné par la discipline en plus d'y briller. Il n'avait pas imaginé que la simple mention de ses cours particuliers aurait cet effet sur elle. Le masque étudié qu'elle portait malgré elle tomba, adoucissant ses traits. Son regard devint plus lumineux et elle se mit à parler avec ses mains. Elle lui rappela Lily quand elle parlait de potion ou Euphémia Potter quand elle évoquait les projets qu'elle avait pour son jardin.
- Je crois que je dois mon O à mon ASPICs de Métamorphose en particulier grâce aux Transformations humaines.
- Parce que votre examinateur vous a interrogé sur cette notion, Miss Tonks ? Il me semblait leur avoir précisé d'éviter le sujet !
- Le professeur Tofty doit avoir mauvaise mémoire.
Minerva sembla se faire violence pour ne pas lever les yeux au ciel.
- Enfin, le plus dur, ça reste surtout de modifier l'apparence de quelqu'un d'autre, reprit Tonks.
Le nez de Maellyn plongea en direction du ragoût de viande dans son assiette et il haussa les sourcils.
- Je doute que cela soit une véritable difficulté pour Maellyn.
Quand il tourna la tête vers Minerva, il eut l'impression de faire un bond de près de vingt ans en arrière. Elle avait cette exacte expression qui les avait accueillis – James, Remus, Peter et lui – quand ils se faisaient prendre malgré eux. Les lèvres pincées, le visage fermé, mais une pointe de fierté dans le regard.
- Cette histoire de retenue n'est pas une blague, alors ?! Qu'est-ce que tu as fait, chaton ?
Maellyn se redressa, lui jeta un regard en coin, avant de feindre l'indifférence, un tour qu'elle avait volé à Narcissa.
- J'ai mis à profit mes nouvelles compétences pour donner une leçon à Deloris Yaxley.
Il éclata de rire malgré lui. Merlin, il détestait les Yaxley depuis qu'il était en âge de se souvenir. Le petit frère de Corban Senior était un vrai petit con à l'époque de Poudlard et il n'avait pas été triste d'apprendre qu'il avait trouvé la mort lors d'un raid Mangemort.
Parce qu'évidemment, il faisait partie de ceux qui avaient pris la Marque.
- On veut des détails, cousine ! Le fils aîné des Yaxley est au département de la justice internationale et je ne peux pas le voir en peinture !
L'ombre d'un sourire en coin étira les lèvres de Maellyn.
- Elle a insulté mon amie Crystal Malhorne de négresse, alors on a eu l'idée de lui donner une leçon.
- Tu l'as transformé en blatte ?
- Je lui ai donné l'apparence d'une jeune fille noire qu'elle semble tant mépriser.
Il ne put que saluer l'idée d'un sifflement admiratif – Judy aurait approuvé une telle initiative –. Tonks pencha la tête sur le côté puis plissa le nez. Une petite tâche noire apparut sur le bout de son nez, puis se diffusa sur tout son visage. Son nez s'élargit un peu, son menton devint plus rond et ses cheveux,désormais noirs, se mirent à friser jusqu'à former une sorte d'hallo autour de son visage.
- As-tu peur, cousine ? Parce que moi, non. Et je ne trouve pas cette apparence humiliante non plus. Ni pour moi, ni pour les autres.
Maellyn fronça les sourcils.
- Bien sûr que non, Nymphadora. C'est Deloris Yaxley qui est stupide et intolérante, pas moi.
Tonks retrouva aussitôt son apparence normale. Son expression demeura sérieuse, ce qui tranchait avec son apparence.
- Vraiment ? Tu n'as donc jamais insulté quelqu'un de Sang-de-Bourbe ?
Les joues de Maellyn devinrent un peu plus rouges et il sentit la colère faire battre son coeur un peu plus vite, sans vraiment savoir à qui il en voulait.
A Tonks pour sa leçon de morale ?
A Narcissa pour avoir inculqué à Maellyn la doctrine Sang-Pur ?
A lui-même pour ne pas avoir été là pour élever sa propre fille comme il avait promis de le faire ?
Ou à Maellyn, pour ne pas avoir réalisé elle-même que les Nés-Moldus étaient des personnes comme elle et qu'en aucun cas, elle n'avait le droit d'utiliser une telle insulte.
L'adolescente se tortilla un peu sur son siège, avant de relever le menton.
- Quelques fois, mais c'était cruel de ma part. Et inexcusable.
Tonks soutint le regard de Maellyn pendant de longues secondes, avant d'approuver sa réponse d'un signe de tête.
Le soupir soulagé de Maellyn apaisa sa colère. Peut-être même se sentit-il un peu fier de la voir reconnaître ses erreurs, même s'il était trop tard pour effacer le mal qu'elle avait pu commettre.
Andy se racla la gorge pour mettre fin au silence pesant.
- Même s'il va te falloir faire preuve d'un peu plus de finesse dans le choix de tes vengeances, on ne peut que saluer tes progrès en Métamorphose, Maellyn.
- J'ai un excellent professeur.
Sa réponse réussit à faire rire Minerva – un exploit en soi – et cela donna le ton au reste de la soirée.
Tonks semblait moins hostile à l'arrivée du dessert, Andy raconta quelques anecdotes sur leur enfance dans la famille Black, Minerva évoqua quelques-uns des exploits les plus mémorables des Maraudeurs, et il se contenta de savourer chaque seconde.
Cela faisait une éternité qu'il n'avait pas été entouré par sa famille – ce qu'il en restait – et avoir Maellyn près de lui sans avoir besoin de la forme de Patmol ou de se tenir sur le qui-vive ressemblait plus à la liberté que tous les mois passés.
Peu après vingt heures trente, Minerva annonça le départ imminent pour Poudlard.
- Il faut que vous soyez rentrée avant le couvre-feu, Miss Black.
Maellyn fit la moue, sans pour autant insister pour rester. Il ne put que la serrer contre lui à nouveau, la berçant avec douceur.
- Sois prudent, d'accord ? souffla-t-elle.
- Bien sûr, chaton. N'hésite pas à m'envoyer une lettre si Yaxley se montre désagréable.
- Je doute qu'elle retente sa chance. Et même si c'est le cas, Crystal a largement de quoi le lui faire regretter.
Elle soupira et fit un pas en arrière. Il replaça une mèche brune derrière son oreille et embrassa une dernière fois son front.
- Bonne nuit, chaton.
- Bonne nuit, papa.
Son sourire était un peu forcé, mais elle releva le menton et repoussa ses épaules en arrière. Elle lui jeta un dernier coup d'œil avant de passer la porte et il rejoignit la fenêtre pour la regarder s'éloigner.
Il avait l'impression qu'elle se recroquevillait sur elle-même à mesure qu'elle s'éloignait pour rejoindre Poudlard – et son rôle d'Alya Lestrange –. Il vit Minerva lui serrer l'épaule avec douceur et il essaya de se rassurer.
Sa fille n'était pas seule.
Quand elle eut disparu au coin de la rue, il se détourna avec un soupir.
- C'est fou à quel point elle est différente quand tu es dans la même pièce qu'elle, souffla Andy.
Il essaya de sourire, mais il savait que ça ressemblait plus à une grimace qu'à autre chose.
- J'ignorais que tu la connaissais si bien.
Andy détourna le regard.
- Pas aussi bien que j'aurais dû, tu veux dire ?
Il pencha la tête sur le côté.
- Comment ça ?
Andy resserra ses bras autour d'elle et sembla avoir du mal à croiser son regard à nouveau.
- Je l'ai laissée tomber après ton arrestation. C'était pourtant tellement évident que Bellatrix était derrière tout ça !
Il serra les dents pour ravaler ses propres regrets. Il aurait dû être là pour Maellyn et Harry. Sa vengeance n'aurait jamais dû passer devant ses promesses concernant sa fille et son filleul.
Et pourtant...
- Oublie ça, Andy. Je savais et je me suis quand même lancé après Pettigrow. Tu es là pour elle maintenant, c'est tout ce qui compte.
- J'aurais pu m'occuper d'elle.
Il eut un bref éclat de rire.
- Comme si Narcissa t'aurait laissé faire.
- Ne sous-estime pas l'influence que j'ai encore sur ma cadette !
- Mais bien sûr.
Elle eut un sourire, seulement à moitié triste, et il décida de se satisfaire de ça pour ce soir.
- Merci d'être venue ce soir, cousine.
- C'est bon de te revoir, Sirius.
Elle serra son bras avant de rejoindre Tonks, occupée à détailler la bibliothèque de Minerva.
- Tu voulais pas me parler d'un truc important, Black ? lui lança-t-elle en voyant Andy s'asseoir sur un des fauteuils.
Il prit encore une seconde pour savourer la soirée qu'il venait de passer – une parenthèse qui l'aiderait sans doute à affronter les longs mois d'hiver qu'il avait encore devant lui – tout en se promettant de ne pas en oublier un seul détail, avant de se concentrer sur la guerre qui ne tarderait plus.
- Si, c'est à propos de Bartémius Croupton.
- Croupton ? Le directeur du Département de la coopération magique internationale ? Je croyais qu'il était malade !
- C'est ce que j'ai aussi entendu, mais d'après Harry, il était à Poudlard il n'y a pas plus tard qu'une semaine. Il aurait fouillé le bureau de Rogue.
Tonks haussa les sourcils si hauts qu'ils disparurent derrière ses mèches roses.
- Et comment le petit Potter peut bien savoir un truc pareil ?
Puisque la Carte du Maraudeur était encore un secret bien gardé, il n'eut aucun scrupule à mentir.
Un peu.
- Il l'a vu.
Tonks plissa les yeux.
- Et il est sûr que c'était bien lui ?
- Certain.
Tonks passa une main dans ses mèches folles et resta un long moment silencieuse.
- C'est en effet surprenant. Je vais essayer de creuser de mon côté, mais pour tout ce que j'en sais, il est déjà très compliqué d'atteindre son bureau, alors sa maison…
- Sans vouloir te mettre la pression, la dernière fois qu'on a eu le droit à des histoires aussi étranges, on était en pleine guerre.
Le visage de Tonks s'assombrit.
- Je sais.
…
Vous ne rêvez pas, les petits rebelles de la famille Black sont à nouveau réuni·e·s ! On dit merci Minnie !
J'avoue que j'ai pas mal hâte d'avoir votre retour sur :
- Le retour de Madelyn et le mystère concernant son état de santé (j'attends vos théories à ce sujet!)
- Les progrès de Maellyn en Métamorphose (Minnie est si fière, je les aime trop toutes les deux).
- Les conséquences du Bal de Noël et la proposition de Nott (je regrette presque de ne pas avoir pu écrire la façon dont Narcissa a pourri son mari).
- Les déboires de Maellyn en Sortilèges (mais sa jolie complicité naissante avec Luna).
- La sortie raciste de Deloris (êtes-vous surpris·e·s, parce que moi, non).
- Les petites confidences de Crystal sur son enfance (promis, un chapitre lui sera presque exclusivement dédiée!)
- Le contrat magique enfin signe (VICTORY!)
- La réunion de famille sponsorisée par Minerva McGonagall (qui est, sans surprise, ma scène préférée).
Si une scène vous a plus marqué en particulier, n'hésitez pas à me le dire dans les commentaires !
Petite confidence au passage, je reste partagée concernant la vengeance de Maellyn et Crystal sur Deloris, parce que l'humilier de cette façon en particulier, c'est un peu confirmer ses peurs (et ça ne va certainement pas l'aider à changer d'avis sur la question) mais bon, on parle de deux ados de treize ans. D'où la petite intervention de Tonks, après que Maellyn ait raconté ses exploits !
Chose promise, chose due, je profite de cette nouvelle année pour vous annoncer qu'elle sera marquée par l'arrivée très prochaine du Spin-Off, j'ai nommé Gravity.
Résumé : Toute sa vie, il a eu l'impression d'être un fétu de paille ballotté entre deux tempêtes. Ce n'est qu'en arrivant à Paris qu'il a trouvé un peu de répit. Quelques années de calme, comme un miracle arraché au destin. Puis son chemin a croisé celui de Raphaël Delacour et le vent s'est remis à souffler.
Je suis curieuse d'avoir vos théories à ce sujet-là aussi !
N'hésitez pas à aller faire un tour du côté du UA (complet) de cette histoire: There Will Be Time.
En attendant, prenez soin de vous !
Orlane.
Mis à jour le samedi 16/01/2021
