Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses. Celleux qui oeuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.

Attention: Rated T pour le langage et les scènes violentes.


RàR :

Noisette :
Salut ! Merci beaucoup pour ta review !
Je serais sans doute un peu plus nuancée que Sirius concernant Dumbledore (ah,la nuance, ce concept auquel il est étranger xD) mais oui, Albus n'est pas un Saint. Juste un être humain qui fait de son mieux… Et un bon candidat pour se manger la colère que Sirius a accumulé au cours des dernières années !
Tes compliments me touchent beaucoup ! Je suis vraiment contente que cette histoire continue à te plaire keur:keur:keur
Avec le retour imminent de Voldemort et de Trixie, Maellyn n'est pas au bout de ses surprises (et de ses malheurs) mais c'est une partie que j'ai vraiment hâte de développer !
Qui sait pour Alexis ? Je ne saurais que trop te conseiller d'aller faire un tour du côté du Spin-Off. Peut-être que certaines réponses à tes questions s'y trouvent (ou trouveront ^⁾
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Jane 9699
Salut ! Merci beaucoup pour ta review !
Je suis d'accord avec toi, les propos de Maellyn sur les traîtres au sang sont d'autant plus violents qu'elle s'insulte elle-même, et que ça prouve bien que toute la doctrine Sang-Pur a laissé sa marque dans sa façon d'envisager le monde… Cela étant dit, es-tu vraiment surprise qu'elle ne fasse preuve d'aucune nuance et qu'elle retombe dans ses vieilles habitudes de petite héritière Sang-Pur ? Parce que moi, pas du tout.
Je peux comprendre que son attitude soit brutale. Promis, c'est fait exprès et je ne manquerais pas d'y revenir;)
Remus est peut-être aveuglé par Dumbledore et Sirius est peut-être aussi aveuglé par sa colère… Aucun des deux n'est très objectif xD Même si j'adore l'amitié entre Remus et Sirius, je reste convaincu que la guerre et les douze années de Sirius à Azkaban ont laissé des traces
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Liyly :
Hey ! Merci beaucoup pour ta review !
Je ne sais pas s'il s'agit vraiment de lucidité concernant ce que Sirius pense de Dumbledore mais, en tout cas, il ne se laisse pas éblouir par son aura de grand sage, c'est déjà ça ^^
Il n'est pas impossible qu'Alexis devienne un personnage récurrent (je l'aime beaucoup aussi).
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Insomniaque :
Salut ! Merci beaucoup pour ta review ! Et bienvenu du bon côté de la Force !
Je suis vraiment contente de moi si mes arguments ont fait mouche ! Je suis aussi très touchée d'apprendre que mon histoire te plaît autant. Je te laisse avec la suite et au plaisir, j'espère !

Cassiopee :
Heyyyy ! Merci beaucoup pour ta review et bienvenue par ici !
Tous tes compliments me touchent beaucoup. Je suis vraiment contente d'apprendre que mon histoire te plaît autant et que je parviens à rendre justice à l'ambiance de Poudlard.
En toute honnêteté, j'aime beaucoup Alexis aussi ! Je ne manquerais pas d'expliquer pourquoi il est si intrigué par Maellyn !
Merci pour les cours de Métamorphose ! Je fais de mon mieux pour étoffer ce que l'on sait sur cette discipline et ça me fait toujours très plaisir d'apprendre que personne ne meurt d'ennui pendant ces scènes xD
Si tu aimes la version plus offensive d'Alya, tu ne vas pas être déçue par ce qu'elle vous réserve dans les chapitres à venir ! (parce qu'elle est sage pour le moment!)
Je te laisse avec la suite ! J'espère que le nouveau chapitre te plaira ! Bonne lecture !

PS : Une histoire sur Bellatrix Lestrange ? o.O Je ne suis pas trop sûre de voir de laquelle tu parles xD

Juliette :
Hey ! Merci beaucoup pour ta review sur le chapitre 6 !
Je n'ai pas eu le coeur de séparer un duo si bien assorti ! Et oui, Maellyn est vraiment pas sympa avec Sirius… Ado ou pas, elle abuse.
Je te laisse avec la suite ! A très vite !


Merci à Noisette, jane9699, feufollet, Liyly, Insomniaque, Cassiopee, NyannaCh, Lupa Alpha, Surion1243, Sun Dae V, Tiph l'Andouille, tzvine, malilite et Sakhina (x2) pour leur review. Vous n'avez pas idée à quel point je vous suis reconnaissante keur:keur:keur


Bonjour à toutes et à tous !

J'espère que vous allez bien !

De mon côté, ça va plutôt pas mal ! Il fait beau, il ne me reste qu'une semaine de cours (en théorie, Jean-Mi a pas l'air d'accord, affaire à suivre xD) et j'ai corrigé mes dernières copies avant septembre. Ça sent donc bon les vacances cette histoire !

Côté écriture, j'ai officiellement terminé le chapitre correspondant à janvier 1996 de ce côté-ci de l'histoire (il fait à peine 15k, ça n'était pas arrivé depuis longtemps!) et il me reste un peu plus d'une scène pour terminer ce qui correspond grosso-modo à printemps 1996 du côté du Spin-Off. Mes timelines s'alignent, les liens entre les deux histoires se renforcent et j'ai vraiment trop hâte de vous faire lire certains trucs !

Sinon, un nouveau chapitre par ici que j'aime vraiment beaucoup et qui doit figuré au rang de mes favoris pour cette partie, parce que Crystal Malhorne y est à l'honneur ! (ça, et j'ai bien rigolé à l'écriture aussi xD).

Je ne vous en dis pas plus et je souhaite une bonne lecture aux lecteurices qui commentent ! !


La honte doit changer de camp.

Si vous ne laissez pas de reviews, vous n'êtes plus les bienvenu·e·s sur mes histoires. Au fond, ça ne change rien pour moi.


Un grand merci à Sun Dae V pour la relecture, les retours et les battles de ces dernières semaines! Et je le dirais jusqu'en 2158 (au moins), mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Black Sunset

Partie IV : Supernova

Chapitre 13


Supernova: cataclysmic explosion caused when a star exhausts its fuel and ends its life. Supernovae are the most powerful forces in the universe.


Mardi 4 Avril 1995, Stonehaven, Ecosse.

Il avait fallu que le mauvais temps se lève.

Traverser une ville moldue où il n'avait jamais mis les pieds était une chose qu'il n'appréciait déjà que moyennement – Stonehaven était trop loin de Londres pour qu'il transplane et il avait préféré jouer la sécurité en prenant les transports moldus, ce qui signifiait un train jusqu'à Glasgow et pas moins de trois bus – mais affronter une sorte de randonnée en bord de côte sous la pluie et des rafales de vent à décrocher des arbres ne lui disait vraiment rien qui vaille.

Il avait toutefois rendez-vous dans les ruines du château de Dunottar et il ne pouvait pas être en retard.

Il quitta donc l'abri de bus où il avait trouvé refuge et usa de la magie pour chasser le froid et la pluie. Pour le vent, il ne put que resserrer les bras autour de lui et avancer le corps penché en avant, maudissant Madelyn en silence.

Il ne comprendrait jamais son besoin de choisir des lieux aussi inaccessibles pour avoir une simple discussion. Certes, Voldemort était sur le retour – il ne se leurrait pas sur ce point – mais il doutait qu'elle soit suivie.

Il aurait très bien pu la rejoindre chez sa tante à Pré-au-Lard.

La dernière fois remontait à presque trois mois. Un silence aussi long de la part de Madelyn n'était jamais bon signe et c'est ce qui l'avait convaincu de prendre les transports moldus.

Cela ne serait pas la première fois qu'elle se serait attiré des ennuis et il espérait juste que les derniers en date ne soient pas trop graves… Même si elle avait plutôt intérêt à avoir une bonne raison pour le faire venir jusqu'ici !

Il jura copieusement en manquant de tomber sous les forces conjuguées d'une rafale et du terrain boueux.

Le château de Dunottar se laissait difficilement deviner à quelques centaines de mètres, ses ruines indifférentes aux déchaînements des éléments. Le sentier qui menait à l'éperon rocheux se révéla moins glissant que ce qu'il craignait. Il put enfin rejoindre le refuge offert par le bâtiment principal, dont la toiture était encore partiellement debout.

Il réussit à allumer un feu magique dans la cheminée. La vague de chaleur chassa presque aussitôt le froid autour de lui. Une fois ses vêtements secs, il se sentait un peu plus à même d'avoir une discussion civilisée avec Madelyn.

- Tu es en retard, souffla une voix derrière lui.

Il se figea.

La voix était indéniablement familière, mais plus grave que la dernière fois qu'il l'avait entendue, et affligée d'un léger zozotement qu'il n'avait jamais entendu.

- Tu as de la chance que je n'ai pas fait demi-tour en voyant les conditions climatiques, répondit-il en se rapprochant encore un peu du feu.

Le vent s'engouffrait par les nombreuses ouvertures, faisant tournoyer les feuilles mortes et la poussière dans la pièce.

C'était sans doute un miracle que la toiture ait tenu aussi longtemps.

- Le bon côté des choses, c'est que la pluie effacera tes traces. Tu n'as pas été suivi ?

Il la vit se rapprocher du coin de l'oeil, même si elle semblait décidée à rester dans la pénombre. Une autre fois, il lui aurait rappelé que ses mises en scène dramatiques ne fonctionnaient pas avec lui – il avait trop fréquenté Sirius Black – mais le loup au fond de son esprit se réveilla subitement, son ombre lui donnant l'impression de tourner en rond dans son cerveau et dans son coeur. Ses cheveux se dressèrent sur sa nuque.

Il se tendit malgré lui.

En dehors de la pleine lune, Lunard ne se manifestait que très peu, et les rares fois où il se faisait connaître avaient été suivies par des rencontres douloureuses.

- Tu as des ennuis, pas vrai ?

Elle eut un bref éclat de rire.

Nerveux.

- Le loup en toi a déjà compris, Lupin.

Il dut se répéter qu'il s'agissait de Madelyn McGonagall. Elle n'était pas du genre à l'attaquer ou à lui tendre un piège. Il n'avait pas la moindre raison valable de sortir sa baguette magique.

Il attendit qu'elle se montre pour qu'il puisse comprendre. Lunard n'avait jamais réagi de cette façon à sa présence. Quelque chose devait avoir changé depuis la dernière fois où il l'avait vue.

Plusieurs rafales de vent balayèrent la pièce, manquant d'éteindre le feu magique à deux reprises, avant qu'elle ne fasse un pas de plus.

Si elle avait été pâle lors de leur dernière rencontre, elle avait alors bonne mine comparé à ce qu'il devinait à présent. Son teint était cireux, sa peau s'était étirée sur les os de son crâne et il ne fut pas vraiment surpris quand elle découvrit deux canines plus protubérantes qu'avant.

Il fixa sa poitrine pendant de longues secondes sans jamais la voir se soulever et même son ouie de loup-garou ne pourrait entendre un battement de coeur.

- Surprise, souffla-t-elle quand il croisa à nouveau son regard.

Il déglutit difficilement mais s'obligea à ne pas paniquer.

Madelyn avait toujours ignoré sa condition de loup-garou, et il lui devait au moins la même chose.

- Comment ça t'est arrivé ?

Elle fit la moue et son expression lui sembla enfin familière.

- Un de mes rendez-vous s'est mal terminé en Albanie. J'ai été mordue, j'ai cru que je pourrais échapper à la transformation – j'ai tout essayé pour, du reste – mais il s'est avéré que le poison paralysant des Vampires est une véritable saloperie. J'avais le choix entre mourir ou continuer… Comme j'ai des comptes à régler avec notre psychopathe national, j'ai préféré resté.

Le venin sécrété par les Vampires était l'un des plus puissants du monde magique. Selon le dosage, il pouvait entraîner une très courte paralysie, tuer lentement la victime en détruisant peu à peu ses organes, ou transformer un être humain en vampire.

- Tu es retournée en Albanie ?

- Un des Vampires de la Maison de la Nuit devait une faveur à Dumbledore…

Il eut une grimace. Bien entendu, Dumbledore l'avait aidée. Avant les confidences de Sirius à propos de la Prophétie, il n'aurait eu aucun mal à imaginer qu'il avait fait cela sans aucune arrière pensée, mais c'était probablement faux. Madelyn était un atout considérable de l'Ordre du Phénix et c'était le meilleur moyen de s'assurer qu'ils auraient au moins un Vampire dans leur camp quand Voldemort reviendrait.

- J'ai eu besoin des deux derniers mois pour m'habituer à mes nouveaux attributs. J'espère que les Tonks et toi n'avaient pas perdu votre temps. Où en sont les recherches sur un possible rituel de magie noire ?

Sachant que la discussion allait être longue, il conjura deux chaises rustiques d'un coup de baguette. Madelyn haussa un sourcil, moqueuse.

- Je vois que quelqu'un aurait besoin de cours particuliers avec ma très chère tante, dit-elle en s'asseyant, ses gestes si fluides et rapides qu'ils eut du mal à les suivre.

Il s'installa à son tour et sortit plusieurs rouleaux de parchemins.

Au vue des heures qu'ils avaient consacré à éplucher les grimoires de magie noire qu'elle leur avait procurer, il avait l'impression que le résultat était bien maigre. Depuis le dernier colis qu'il avait fait parvenir à Madelyn, ils n'avaient trouvé qu'une dizaine de rituels qui pourrait permettre à Voldemort de retrouver ses pouvoirs, dans l'hypothèse que ces derniers soient réalisables. Androméda Tonks ne désespérait pas d'en découvrir d'autres quand Nymphadora préférait se consacrer au mystère Bartémius Croupton.

Il devait reconnaître qu'il s'amusait bien plus à observer le manoir Croupton depuis la voiture de Ted qu'à rester penché au-dessus de bouquins poussiéreux.

- On avance plutôt bien. Certains sont écrits dans des langues incompréhensibles et on te les a mis de côté, puisque tu es la seule personne que je connaisse qui soit capable de les lire.

- Je m'en doutais. Eugène m'a dit que vous aviez presque étudié les trois quarts de sa collection. Je vais pouvoir vous aider pour ce qui reste. Et je vais regarder ça de plus près. Parmi ceux que tu m'as fait parvenir, seul trois sont potentiellement viables. J'ai demandé à une connaissance au Département des Mystères d'y jeter un œil. Je doute qu'on trouve quoique ce soit à temps, mais avec un peu de chance, on pourra terminer ce salopard avant qu'il ne retrouve ses pouvoirs.

Il serra les dents et elle le dévisagea, son regard si perçant – les Vampires étaient tous des Légilimens innés – que le loup s'agita à nouveau au fond de son crâne.

Elle pencha la tête sur le côté et plissa les yeux.

- Tu es en colère, souffla-t-elle. Pourquoi ?

Il voulut nier et l'envoyer au diable. Si Dumbledore ne lui avait rien dit concernant la Prophétie – ce dont il doutait – elle avait sûrement un contact au Département des Mystères qui aurait pu la prévenir.

Sauf qu'elle savait, depuis tout ce temps, et elle ne lui avait rien dit.

- Je ne suis pas sûr que tout cela serve à quelque chose si Harry est la seule personne à pouvoir tuer Voldemort.

Ou à être tué par lui.

Elle éclata d'un rire mauvais.

- Potter ? Qu'est-ce que Potter vient faire dans tout ça ? Ce gamin est doué pour se sortir de situations périlleuses mais il est en quatrième année ! Aux dernières nouvelles, les Aurors ne recrutent pas aussi jeune.

Il en perdit le contrôle sur sa mâchoire.

- Dumbledore ne t'a rien dit ?

C'était impossible. Madelyn avait aidé Dumbledore à mettre au point le Fidelitas !

- Mon aversion pour les devinettes est toujours d'actualité, Lupin. Qu'aurait omis de me dire Dumbledore ?

Le léger zozotement – conséquence de ses canines trop longues – ne parvint pas à dissimuler la promesse d'une menace dans sa voix grave.

- Il y a une Prophétie. Selon elle, Harry serait l'élu et le seul à pouvoir tuer Voldemort, si Voldemort ne le tue pas avant qu'il soit en âge de lui tenir tête, cela va sans dire. Dumbledore ne t'a jamais rien dit ?

Elle resta immobile un long moment. Seul le ballet de ses yeux dans le vide la différenciait d'une statue.

- Une prophétie, hein ? Ça explique beaucoup de choses, à commencer par l'obsession de Voldemort pour ce gosse !

Elle se leva et il supposa qu'elle faisait les cent pas, même si ses yeux n'arrivaient pas à suivre ses mouvements, non plus qu'il comprenait grand-chose dans le grésillement qu'était son monologue.

Contrairement à lui un mois plus tôt, elle ne semblait pas en colère que Dumbledore lui ait caché quelque chose toutes ces années.

- Je savais qu'il ne me disait pas tout ! Mais je peux comprendre son silence. Le meilleur moyen d'éviter qu'une information tombe entre de mauvaises mains, c'est de la garder pour soi. Les Mangemorts n'avaient pas besoin d'une raison de plus pour se lancer sur les traces du Survivant. Voldemort est au courant, n'est-ce pas ?

- Évidement.

- Alors ça change tout ! Je vais reprendre ce que vous m'avez envoyé, pour être sûre de ne pas être passée à côté d'une piste prometteuse. Est-ce que Black connaît le contenu exact de la prophétie ?

Il faillit tomber de sa chaise quand elle se retrouva brusquement à quelques centimètres de lui.

- J'en doute, mais je peux le lui demander.

- Parfait. Je vais avoir besoin du maximum d'informations à ce sujet. L'idéal serait de retrouver la personne qui a entendu la prophétie… Si elle a été enregistrée au Département des Mystères, il y a des chances que j'en apprenne plus de ce côté-là ! Excellent travail, Lupin !

Il se rembrunit face à son enthousiasme. La vie de Harry était dans la balance. Un gamin de quatorze ans pas Merlin !

Madelyn le dévisagea.

- Désolée, Lupin, je n'ai pas le temps de faire dans le sentimentalisme. Voldemort menace à nouveau notre monde et s'il y a la moindre chance pour que nous l'arrêtions avant qu'il retrouve ses pouvoirs, je n'hésiterais pas.

Il le savait déjà. Elle avait accepté de se transformer en Vampire, sacrifiant sa vie et sa magie au passage, pour être ne mesure de lutter contre Voldemort.

Sirius et lui allaient devoir veiller à ce que Harry n'ait pas un prix aussi élevé à payer.

- Il y a autre chose, reprit-il. A propos de Croupton…

Elle hocha la tête.

- Il n'a toujours pas été revu ?

- On a surveillé son domicile avec Tonks. Aucun signe de vie là-bas non plus. Ça va presque faire six mois que la première tâche a eu lieu…

Presque six mois que personne n'avait vu Croupton en chaire et en os.

Madelyn hocha la tête.

- Je suis d'accord, ce n'est pas bon signe. Je vais relancer mon réseau à ce sujet, mais je crains qu'il soit trop tard pour lui.

- Ce qui pose deux questions : pourquoi et qui ?

- Tonks et toi avaient une théorie ?

Il passa une main lasse sur son visage. Il avait passé plus de temps ces dernières semaines à réfléchir à cette question plutôt qu'à travailler sur les grimoires d'Eugène. Treize ans plus tôt, les membres hauts placés du Ministère étaient soit tués pour être remplacé par un sympathisant à Voldemort – ce qui s'était compliqué à mesure que la guerre avançait, puisque Millicent Bagnold n'était pas stupide –, soit ils étaient placés sous Imperium. Il doutait que Percy Weasley soit un Mangemort en puissance – et Tonks allait s'en assurer – et, de mémoire, personne n'avait disparu de cette façon pendant la première guerre.

- C'est un peu le problème. On n'a pas la moindre explication.

Elle haussa un sourcil.

- Personne n'est pressenti pour le remplacer ?

- Pas d'après Tonks. Fudge se satisfait très bien de savoir qu'il envoie ses directives à son assistant.

- Fudge est stupide. Je vais voir ce que je peux trouver de mon côté. Je n'aime pas le tournant de cette histoire.

- Moi non plus.

Elle insista ensuite pour avoir des nouvelles de Sirius – il était toujours à Poudlard et il tenait le coup, ce qui était le plus important – puis lui promis de le joindre très rapidement. Il la regarda rejoindre l'obscurité qui régnait loin du feu, puis disparaître. Il savait qu'elle s'était sans doute transformée en chauve-souris mais il préféra s'imaginer qu'elle avait simplement transplaner.

Ce qu'il ne tarda pas à faire à son tour.

Samedi 8 Avril 1995, Poudlard Express, Royaume-Uni.

Le voyage vers Londres était définitivement différent.

Dès le départ, Pansy avait insisté pour que Crystal et moi nous installions avec Millicent et elle dans le compartiment situé au bout du train, laissant Blaise, Tracy, Daphnée et Théodore de côté.

Draco, lui, était resté à Poudlard, puisqu'il était hors de question qu'il passe deux semaines seul avec sa mère pour compagnie. Lucius n'était pas très content puisqu'il serait absent au Bal de Débutante de Deloris, et, pour la première fois, il n'avait rien lâché face aux nombreuses lettres de son paternel.

Naturellement, Vincent et Gregory étaient restés avec lui. Pansy était certaine qu'il allait profiter des vacances pour nuire à Potter. Il n'était donc pas exclu qu'il passe une partie de ses soirées en retenue.

Sans Deloris et ses derniers ragots, ou Sven pour exiger une bataille explosive, le compartiment était des plus calmes. Pansy était absorbée par la lecture d'un livre sur la mode sorcière, Millicent avait décidé de prendre de l'avance sur ses devoirs, Crystal épluchait le numéro de La Gazette de ce matin et j'avais donc pu commencer à relire le livre que mon père m'avait envoyé sur les Animagi.

Le professeur McGonagall m'avait confirmé que je retenterais ma chance avec le rituel de Patience au retour des vacances, et il me faudrait être prête.

Si tout se passait comme prévu, je pourrais bien réaliser ma première transformation avant la fin de l'année scolaire.

Un tel enjeu aurai dû m'encourager à rester concentrée sur ma lecture, afin d'absorber le plus de détails – et corriger certaines des annotations de mon père ou de ses amis – sauf qu'une excitation, tintée d'une pointe d'inquiétude, faisait battre mon coeur plus vite à chaque fois que je me rappelais j'allais passer les deux prochaines semaines.

Belfast.

Narcissa avait accepté sans trop de difficultés que j'aille chez Crystal pour les vacances de Pâques et mon amie m'avait promis un programme rempli de surprises. Je la connaissais assez pour savoir que je devais m'attendre à tout – et à son contraire – surtout que Crystal serait dans son élément naturel et que je serais en terrain inconnu.

Les deux prochaines semaines risquaient d'être intéressantes.

Le train commença à ralentir deux heures plus tard sans que nous ayons été dérangées une seule fois. Je rangeai mon livre dans le sac à dos en cuir de ma mère – qui contenait toutes mes autres affaires – et je pris une profonde inspiration pour calmer les battements de mon coeur. Si tout se passait comme prévu, je pourrais me contenter d'être Maellyn Black pour toute la durée des vacances.

Du reste, Crystal m'avait rappelé qu'elle n'avait pas invité Alya Lestrange chez elle.

- Amuse-toi bien, petite, me souffla Pansy.

- Ne sème pas trop le chaos au Bal de Débutante de Deloris, répondis-je.

Elle eut un sourire carnassier et je levai les yeux au ciel. Pansy avait tout essayé pour convaincre sa mère de la laisser passer ses vacances à Poudlard – en particulier pour éviter d'aller au bal de Deloris – mais Lady Parkinson n'avait rien voulu savoir.

Pansy aurait bien oublié de se lever ce matin, mais Rogue avait demandé aux Préfètes de Serpentard de veiller à ce qu'elle soit prête. Pansy avait dû faire un choix entre monter dans le train ou gagner deux semaines de retenue.

- Je vais la surveiller, intervint Millie.

- Il vaut mieux, je pense.

Pansy fit mine de se draper dans sa fierté, même si Millie et moi la connaissions suffisamment pour savoir qu'elle ne ferait rien qui puisse se retourner contre elle.

En descendant du train, je reconnus de nombreux visages familiers dans la foule – la majorité des enfants de la société Sang-Pur rentraient pour Pâques – à l'exception de celui de Narcissa. Un soupir de soulagement passa mes lèvres au moment où je posai le pied sur le quai 9 3/4.

Sans un mot, Crystal m'attrapa le bras et me guida vers la sortie moldue – celle que je n'avais jamais emprunté –. Elle s'arrêta dans l'ombre des arches pour enlever sa robe d'uniforme et sa cape, m'indiquant de faire la même chose. La veille, elle m'avait expliqué qu'il fallait que je pense à mettre des vêtements moldus sous ma robe. Puisque toutes les tenues que je possédais se trouvaient au Manoir, j'avais opté pour une robe simple, d'un joli bleu foncé. Crystal m'avait accordé qu'avec un pull, les moldus ne se douteraient de rien.

Le pull en question était gris et je l'enfilai par-dessus ma robe tandis que Crystal rangeait ses affaires dans son sac.

Nous nous glissâmes ensuite dans la file qui attendait de pouvoir rejoindre le monde moldu.

- Je suis sûre que je t'ai vu prendre la Cheminée les autres fois, soufflai-je.

Crystal resta impassible.

Et silencieuse.

Je me contentai donc de rester discrète – certains de mes camarades pourraient bien se demander ce qu'Alya Lestrange pouvait bien avoir à faire dans le monde moldu – et je fus bien contente quand ce fut à notre tour.

Crystal ne s'attarda pas. Sa main toujours sur mon bras, elle me fit traverser la gare, sans me laisser l'opportunité de détailler l'immense verrière au-dessus de nous ou la grande horloge fixée sur une façade en brique rouge. Elle semblait très bien savoir où elle allait et j'avais du mal à suivre sa démarche décidée.

Dans notre folle traversée, j'eus à peine le temps d'apercevoir quelques magasins que, déjà, nous arrivions dehors, où le bruit de la circulation me figea sur le trottoir.

Des dizaines de voitures – et quelques bus – roulaient à bonne allure, s'arrêtant juste assez longtemps pour laisser passer quelques personnes.

Je fis un tour sur moi-même, un peu hébétée, mais un sourire étirant lentement mes lèvres. Il y avait une animation dans le monde moldu sans pareils chez les sorciers, et tout me semblait plus démesurés. Des centaines de rues quand nous n'en avions qu'une poignée sur le Chemin de Traverses, des milliers de personnes au même endroit, des immeubles immenses à perte de vue…

- Maellyn !

Le cri de Crystal me sortit de mes rêveries, et je la trouvais à côté d'un homme d'une trentaine d'année, à peine plus grand qu'elle, élégamment habillé dans un costume trois pièces.

- Maellyn, je te présente mon oncle, Thomas.

J'eus un sourire poli pour l'homme, cherchant des points communs entre son visage et celui de Crystal. J'aurais sans doute eu du mal à deviner qu'ils étaient de la même famille, mais j'étais presque sûre qu'ils avaient la même lumière au fond de leurs yeux sombres.

- Je suis ravie de vous rencontrer, Monsieur Ngozi.

- Le plaisir est pour moi, Miss Adler. J'ai beaucoup entendu parler de toi. Ne traînons pas, le taxi nous attend.

Il désigna la porte ouverte de la voiture noire derrière lui.

L'intérieur était spacieux, bien que différent de ceux auxquels j'avais été habituée lors de notre été en France et en Italie. Crystal s'installa à mes côtés, tandis que son oncle prenait place en face d'elle.

- Où allons-nous ? demandai-je.

- C'est une surprise, répondit Crystal.

J'eus beau plisser des yeux pour l'inciter à m'en dire plus, elle tourna ostensiblement la tête tandis que la voiture s'insérait dans le trafic.

Si j'avais un peu mieux connu le Londres moldu, j'aurais sans doute pu deviner où nous allions, mais je n'y avais que trop peu mis les pieds. L'oncle de Crystal me donnait parfois quelques indications lorsque nous passions devant des monuments importants – Trafalgar Square, Convent Garden, la Tour de Londres – mais la seule chose dont j'étais certaine c'est que nous nous éloignons du centre ville – et donc d'un possible transfert par Portoloin – et que nous n'étions pas le seul taxi à prendre cette direction.

Bientôt, les seules choses intéressantes sur la route étaient les panneaux et je finis par remarquer que nous suivions une direction très précise.

- Aéroport ? Qu'est-ce que c'est ?

Le coin des lèvres de Crystal frémirent mais elle resta silencieuse.

J'eus bientôt ma réponse quand je vis un énorme monstre de métal s'élever du sol au loin.

- Tu n'es pas sérieuse ?!

Elle ricana.

- C'est le moyen de transport le plus rapide pour rejoindre Belfast.

- Ça, ce n'est pas tout à fait vrai, grognai-je.

- Tu vas voir, on va bien s'amuser !

J'étais presque sûre qu'elle parlait plus pour elle et son oncle que pour moi. Toutefois, j'étais dans le taxi avec eux et je n'avais plus vraiment le choix.

Le vehicule s'arrêta bien trop vite, l'oncle de Crystal paya le chauffeur et je me retrouvais face à un immense bâtiment, au centre d'une activité encore plus intense que celle de la gare. Ici, les voitures semblaient toutes suivre les mêmes directives, s'arrêtant quelques minutes le temps que les passagers rassemblent leurs sacs et leurs valises, avant de repartir aussitôt.

- Où vont tous ces gens ? demandai-je au moment où nous entrions dans le bâtiments.

Il y avait bien plus de monde ici que dans la gare.

Bien plus de monde que sur le Chemin de Traverse et au Ministère réunis.

- N'importe où sur la planète. L'aéroport a des liaisons avec toutes les grandes villes.

- Combien de temps cela prend-t-il ?

Elle haussa les épaules.

- De quelques heures à une demi-journée. Il faut environ six heures pour rejoindre New-York par exemple.

Douce Circée, six heures. Et New-York était la ville des Etats-Unis la plus proche de Londres ! Combien de temps pour rejoindre San Francisco ou encore San Diego ?

Nous nous arrêtâmes quelques secondes devant un panneau d'affichage sur lequel je reconnus des noms de villes, des heures de départ et des numéros au sens obscure. Crystal et son oncle durent trouver l'information qu'ils cherchaient car nous marchâmes jusqu'à des stands surmontés de vert, où une queue s'était formée.

Aer Lingus.

- Tu vas avoir besoin de ça, me dit Crystal en me tendant un petit carnet rouge.

Passeport.

A l'intérieur, mon nom, mon prénom, ma date de naissance et la photo d'une petite fille qui n'était certainement pas moi, même s'il y avait un air de ressemblance, entre ses yeux bleus nuits, la forme de son nez et le menton.

- Je n'avais pas de photos récentes, alors on a improvisé. Ils n'y verront que du feu.

- Dois-je comprendre que ce n'est pas un vrai document ?

- Il est plus vrai que nature.

Quelques minutes plus tard, j'eus un sourire en coin quand la femme me rendit mon passeport sans le moindre commentaire. Elle me donna également un long morceau de papier.

- Porte A47. L'embarquement commencera à 21h17.

- Merci.

En regardant les panneaux autour de moi, je compris à quoi la femme faisait référence. Nous nous retrouvâmes à faire à nouveau la queue quelques minutes plus tard.

- Le moyen le plus rapide, n'est-ce pas ?

- Il faut plus de dix heures en train, Adler, alors ne soit pas mauvaise langue. Et j'espère que tu n'as rien de trop étrange dans ton sac ou tu es bonne pour l'expérience complète.

Je compris un peu mieux sa remarque quand un homme portant un semblant d'uniforme me demanda de mettre mon sac dans un bac en plastique, afin qu'il puisse passer dans une grande boîte noire.

- Vous n'avez pas d'objets métalliques sur vous ? Ceinture, clefs, biper, téléphones mobiles ?

- Non…

- Allez-y dans ce cas.

Je passai sous ce qui ressemblait au cadre d'une porte sans que rien ne se passe, puis je récupérais mon sac à dos.

- Je croyais qu'ils étaient censés fouiller dans mon sac ?

- Ils l'ont fait grâce au scanner. Ils ne vont pas s'amuser à fouiller tout le monde… Tu imagines ?

- Oui, on attendrait encore plus longtemps dans une interminable file, cela serait horrible.

Elle ricana, une lumière dans ses yeux dont j'avais appris à me méfier.

Puisque nous avions le temps – d'après l'oncle de Crystal – je fis le tour des nombreux magasins – dont certains auraient plu à Pansy – et nous nous installâmes à un des restaurants pour dîner avant le départ.

La carte ne m'inspirait guère – ce que je voyais sur les tables me donnait l'impression qu'il n'y avait que des sandwichs au menu – et je me résignai à prendre une salade.

- Une salade ? Vraiment ? Si Pomfresh était là, elle te dirait de prendre un fish and chips comme tout le monde.

Il s'avéra que le poisson était trop cuit et les frites pas assez, mais Crystal m'assura que cela faisait partie de l'expérience.

- Tu ne manges jamais bien dans un aéroport et en plus, tu payes super cher. De toute façon, le meilleur fish and chips se trouve à Belfast et je ne manquerais pas de t'y emmener. Allez, on ne va pas tarder à embarquer.

Il fallut que je montre le morceau de papier et mon passeport à nouveau, puis nous remontâmes un long couloir, pour arriver dans une grande pièce encombrée par trop de sièges.

- D25, par là, mademoiselle.

Une femme m'indiquait le couloir entre les sièges – comme si je pouvais passer ailleurs – et Crystal tira sur mon sac une fois que nous fûmes au milieu de la pièce.

- C'est là. Prends le hublot, mais tu ne vas pas voir grand-chose comme il fait nuit.

Je compris qu'il fallait que je m'assoies sur le siège à côté de la fenêtre. Crystal rangea nos sacs dans un coffre au-dessus de nous.

- Si tu as envie de vomir, il y a un sac en papier juste là, Adler, se moqua-t-elle.

Je lui lançai un regard noir. Si cette boîte de métal était capable de voler – ce dont j'avais du mal à me convaincre – j'étais la plus habituée de nous deux à être dans les airs.

J'eus l'impression que les autres passagers prirent des heures à tous s'installer. Quand tous les sièges furent remplis, une voix nous rappela que nous devions nous attacher.

Du coin de l'oeil, j'imitai le geste de Crystal, avant de fermer brièvement les yeux quand je sentis l'avion bouger.

Douce Circée, pour quoi avais-je signé exactement ?

- Nos hôtesses vont maintenant vous expliquer les mesures de sécurité. Merci de vous montrer attentifs.

- Des mesures de sécurité ? répétai-je.

Crystal eut un geste négligent de la main.

- Oui, au cas où l'avion se crash ou s'il y a trop de turbulences.

- Pardon ?!

- Chut, Adler, tu vas louper toutes les infos.

Je fis de mon mieux pour suivre les gesticulations des deux femmes un peu plus loin dans le couloir, essayant de comprendre le lien entre ce que la voix racontait et ce qu'elles faisaient. A la fin de leur démonstration, j'étais convaincue qu'il ne me restait plus qu'à prier toutes les déités que je connaissais pour que nous n'ayons pas à utiliser les « gilets de sauvetage » ou des « masques à air ».

Un goût amer se diffusa dans ma bouche et j'eus l'impression que mes aisselles se liquéfiaient.

Peut-être devrais-je utiliser la magie pour m'enfuir tant que nous étions encore sur la terre ferme ?

L'avion accéléra brusquement, me plaquant contre mon siège, tandis qu'un bruit sourd semblait résonner jusque dans mes entrailles.

Je retins un cri terrifié mais je ne pus garder les yeux ouverts.

Merlin, comment un tel engin pouvait s'envoler ? Avec autant de personne à son bord ? Et sans magie ?!

Les vibrations diminuèrent d'un coup, je me sentis basculer en arrière et mes oreilles se bouchèrent.

Crystal attrapa ma main crispée sur l'accoudoir et se pencha vers moi.

- Tu peux arrêter de paniquer, la physique a parfaitement joué son rôle, on vole.

J'enfouis mon visage dans mes mains pour étouffer un gémissement. J'avais beau être en sécurité – du reste, je ne ressentais rien de différent, à l'exception de mes oreilles un peu douloureuses – je n'arrivais pas à me convaincre que tout irait bien parce que la physique – dont j'ignorais le sens – était de mon côté.

A ma gauche, Crystal rit doucement, puis serra mon épaule.

- Allez, imagine la tête de Yaxley si elle apprenait que tu es montée dans un avion moldu.

Sa remarque me tira un éclat de rire étranglé, et je me redressai. En me concentrant sur ma respiration, je réussis à reprendre le dessus sur mes émotions. Si autant de moldus se risquaient à un tel moyen de transport, sûrement n'était-ce pas si dangereux.

Après tout, d'après le livre que Crystal m'avait offert sur l'histoire des États-Unis, les moldus avaient réussi à se poser sur la Lune plus de vingt ans plus tôt. Un court vol entre Londres et Belfast semblait à leur portée.

Crystal eut le bon goût de ne plus se moquer de moi pendant le reste du trajet et je la soupçonnais d'avoir acheté un magasine pour me distraire.

- Elle, c'est la reine d'Angleterre, m'expliqua-t-elle en me montrant une femme d'au moins soixante ans, élégamment vêtue d'une robe à fleurs et d'un chapeau rouge.

Le titre de l'article, lui, était d'un tout autre ton.

Entre Diana et Charles, c'est terminé !

La reine Elizabeth leur a ordonné de divorcer.

- Qui sont Charles et Diana ?

Crystal eut un sourire mauvais.

- Charles est le prince héritier au trône.

- Oh. Un divorce risque d'être du plus mauvais effet, n'est-ce pas ?

- C'est toi la spécialiste, mais je doute que la reine mère apprécie ce genre de publicité.

J'eus le droit à un résumé des différents scandales – Crystal semblait très bien informée pour quelqu'un qui vivait à Poudlard la majorité de l'année – et j'eus l'impression de retrouver des histoires dignes du monde Sang-Pur. Un mariage d'amour qui ressemblait plus à un choix politique, deux enfants – dont un fils deuxième dans l'ordre des prétendants au trône du Royaume-Uni –, des infidélités rendues publiques et, récemment, une confidence en direct.

Une histoire pareille aurait rendu folle Narcissa si elle avait été à la place de la reine d'Angleterre, et sans doute aurait-elle usé de sa magie pour régler le problème.

- Alors, est-ce que ça bat les plus gros scandales du monde Sang-Pur ?

J'haussai les épaules.

- Je n'ai pas souvenir d'une telle histoire depuis que je suis en âge de comprendre ce qui se trame dans les coulisses de la société Sang-Pur. Il y a eu des révélations sur des amants ou des maîtresses, des trahisons politiques et quelques divorces, mais la majorité des familles essaient de laver leur linge sale en privé.

- Tu dois quand même bien connaître une histoire un peu plus croustillante que les autres, non ?

Je voulus lui répondre qu'il faudrait que j'en parle à Pansy et Millicent – qui avaient toutes deux une excellente mémoire pour ce genre de chose – mais il s'agissait d'une très bonne diversion du fait que nous étions en train de survoler le pays dans un engin en métal.

J'entrepris donc de passer en revue le Registre de Cantakérus Nott, espérant trouver un nom qui me parlerait plus que les autres.

Les hôtesses eurent le temps de nous annoncer que nous n'allions pas tarder à atterrir et qu'il fallait nous rattacher avant que je ne me souvienne d'un scandale qui s'était déroulé des années avant la naissance de mes propres grand-parents.

- Il y a bien quelque chose, soufflai-je. A l'origine, l'arrière grand-père de Christopher avait un grand frère et c'est lui qui était censé hériter de l'entreprise familiale. Jusqu'à ce que certaines photos de lui soient publiés dans un journal de l'époque.

Mes oreilles se bouchèrent à nouveau et commencèrent à me faire mal. Je sentais que l'avion plongeait vers l'avant et je ne pouvais qu'espérer que l'atterrissage se fasse en douceur.

Crystal haussa un sourcil.

- Il avait une affaire avec un homme moldu, deux fois plus âgé que lui.

Les lèvres de Crystal frémirent.

L'avion ralentit encore un peu plus. Du coin de l'oeil, je vis les lumières de la ville se rapprocher derrière le hublot.

- Et alors ?

- Sa femme a demandé le divorce, il a été renié par les Rowle et il a disparu du jour au lendemain. La légende veut qu'il ait refait sa vie dans le monde moldu. Certains pense que les Rowle l'ont fait tuer.

L'avion toucha le sol un peu trop brutalement, m'arrachant un cri, avant qu'un soupir de soulagement ne passe mes lèvres et que je me sente fondre contre le siège.

Douce Circée, nous étions de retour sur la terre ferme.

- Et qu'en pense Christopher ?

- Que d'une façon ou d'une autre, il a de la famille dans le monde moldu, répondis-je, la voix tremblante. Et il trouve l'idée réconfortante.

- Tu m'étonnes…

Autour de nous, les passagers commencèrent à s'agiter, rassemblant leurs affaires. Les hôtesses obligèrent deux personnes à se rasseoir tant que l'avion était en mouvement.

- Si Christopher connaît le nom du moldu, et où il vivait à l'époque, je suis certaine que ma grand-mère pourrait découvrir ce qu'est devenu le frère de son arrière grand-père.

J'eus l'impression de devoir encore attendre une éternité avant d'être autorisée à quitter cet engin de malheur et je ne pus que prier en silence que Crystal n'ait pas arrangé un autre moyen de transport exotique pour le reste de la journée.

Dimanche 9 Avril 1995, Résidence de Gloria Ngozi, Belfast Ouest.

Ce fut le sentiment désagréable d'être observée qui me fit ouvrir les yeux.

Un chat était assis à une dizaine de centimètres de mon visage, ses grandes oreilles tournées vers moi et son regard insondable dans la pénombre. Je me redressai avec prudence en me souvenant du commentaire de Crystal quand nous étions entrés hier soir. Apparemment, Tokoloshe ne se montrait affectif qu'avec la grand-mère de Crystal, et il s'était auto-proclamé gardien de la maison.

J'étais une étrangère sous le toit de sa maîtresse et je pourrais bien repartir à Poudlard avec une nouvelle cicatrice si je ne méfiais pas.

Sans sommation, il me cracha dessus avant de sauter du lit et de se faufiler dans entrebâillement de la porte de ma chambre, que j'étais certaine d'avoir fermée la veille.

Je restai de longues secondes à fixer le vide, essayant de rassembler mon courage pour me lever et m'habiller pour le petit-déjeuner. Crystal m'avait conseillé de porter une robe puisque nous irions probablement à l'église pour l'office dominical.

J'ignorais en quoi cela consistait.

A la lumière du jour, la chambre me semblait un peu moins étrangère. Il n'y avait rien de compliqué : un lit – un cadre en fer forgé, une parure de drap bleu en coton et un plaid en laine blanche –, une armoire – en bois, d'aspect rustique – et un tableau – une peinture de bord de mer, sûrement la côte nord-irlandaise –.

La veille, j'avais eu la surprise de trouver une petite malle contenant des tenues moldues que Narcissa avait fait parvenir, ainsi qu'une petite somme d'argent. Il y avait un petit mot – amuse-toi bien, ne fait pas trop de bêtises et n'oublie pas de remercier Madame Ngozi pour son hospitalité – et c'était la première fois que la vue de son écriture ne m'avait pas fait serrer les dents ou donné envie de brûler le document.

Peut-être était-ce parce que je n'avais pas eu de ses nouvelles depuis que nous avions signé le contrat magique ou parce qu'il y avait une forme de résignation dans ses mots.

Ou peut-être que ma colère était retombée sans que je ne m'en aperçoive.

Je fus secouer d'un frisson à la seule possibilité.

Elle m'avait menti et elle avait fait disparaître ma famille moldue. Je ne pouvais pas lui pardonner.

Jamais.

Quelqu'un frappa à la porte et le visage de Crystal apparut.

- Ah, tu es réveillée ! Bien dormi ?

La maison était calme, mes draps frais et le voyage avait eu raison de moi dès que ma tête avait touché l'oreiller.

- Très bien, merci. Et toi ?

Elle me fit un clin d'oeil.

- J'ai presque eu du mal à m'endormir sans tes ronflements, mais sans ça, pas trop mal.

Je lui fis une grimace.

Le petit-déjeuner est dans un quart d'heure. Je t'attends en bas.

J'hôchai la tête et je rassemblai mes affaires de toilette, ainsi qu'une robe prune, décorée de petites fleures jaune et noires. Avec un pull fin et une veste noire, ma tenue devrait être appropriée pour me rendre à l'église.

Une fois le visage propre, mes cheveux attachés en un chignon bas et habillée, je rejoignis le rez-de-chaussée, empruntant un escalier qui aurait pu rendre certaines familles Sang-Pur jalouses avec sa rambarde en bois précieux, décorée de fer forgé et ses marches en pierre, patinées par le temps.

Je suivis le bruit des couverts pour trouver la salle à manger – une pièce de belle taille, aux murs décorés par d'élégantes boiseries et donnant sur un arrière jardin qui commençait à fleurir –. La grand-mère de Crystal, Gloria Ngozi, était installée au bout de la table, une tasse de thé à la main, un journal ouvert devant elle et Tokoloshe sur ses genoux. Le chat tourna la tête vers moi quand j'entrai dans la pièce, et la grand-mère de Crystal me détailla des pieds à la tête, avant d'approuver d'un signe de tête.

- Bonjour, Miss Adler. Bienvenue dans mon humble demeure.

- Bonjour, Madame Ngozi. Merci à vous de m'accueillir.

Elle me désigna la place libre à côté de Crystal. Mon amie avait revêtu une robe aux motifs colorés, qui laissait ses bras et ses épaules dénudées.

- Crystal, veux-tu bien dire les bénédicités ?

Je fronçai les sourcils et je glissai un coup d'oeil à mon amie, l'imitant quand je vis ses mains entremêlées et sa tête baissée.

- Merci Seigneur pour ce repas et merci à ceux qui l'ont préparé. Merci de nous avoir réuni aujourd'hui et pour les jours à venir. Puisses-tu nous faire grâce de ta présence à nos côtés en cette semaine sainte. Amen.

Je répétai le dernier mot avec un moment de retard et je n'essayai même pas de reproduire le geste de la main.

Crystal allait devoir m'expliquer de quoi il s'agissait.

Le petit-déjeuner était très simple : du porridge, des toasts et de la compote de pomme, et il se déroula dans un silence qui aurait ravi Lucius. La grand-mère et l'oncle de Crystal étaient tous les deux absorbés par leur lecture matinale – ce qui expliquait le rituel de Crystal à Poudlard – et, une fois mon repas terminé, je fis de mon mieux pour ne pas paraître impatiente à l'idée de quitter la table.

- Alors, comment s'est passé ce deuxième trimestre ?

- Très bien, Ouma. Le professeur Rogue a admis que j'avais fait de véritables progrès depuis le début de nos leçons. D'après ce que j'ai compris, il va me faire davantage travailler l'Occlumentie à partir du retour des vacances.

- Excellent. Et qu'en est-il de ce tournoi ?

Elle haussa les épaules.

- Rien de plus depuis la deuxième tâche. La troisième tâche aura lieu à la fin de nos examens de fin d'année et je n'ai pas encore réussi à découvrir de quoi il s'agirait. Il n'est pas exclu que Harry Potter le remporte.

Je retins un grognement à la possibilité. Draco était déjà obsédé par le fait que Potter avait réussi à terminer deuxième parce qu'il avait joué les héros au lieu de respecter les délais, et je savais parfaitement qu'il deviendrait insupportable si Potter sortait vainqueur du Tournois.

Pansy avait même promis d'user du Silencio pour avoir la paix.

- Et toi, Maellyn ?

Je relevai la tête vers l'oncle de Crystal.

- Rien de particulier, répondis-je, passant sous silence ma retenue, ma horde de prétendants et mes altercations avec Deloris. Mes résultats sont satisfaisants et les examens devraient bien se passer.

Contrairement à la majorité de mes camarades, je n'avais pas du tout envie que l'année se termine, puisque cela signifiait retourner au Manoir, côtoyer Narcissa tous les jours pendant deux mois et parader lors de mon Bal de Débutante.

Il était peu probable que la grand-mère de Crystal retrouve ma famille moldue d'ici-là et, même si c'était le cas, je doutais d'être capable de m'exiler aux États-Unis.

- Crystal nous a dit que tu étais d'une aide précieuse dans certaines disciplines.

J'eus un sourire un peu crispé.

- C'est aussi vrai pour elle. Il semblerait que nous compensions nos points faibles respectifs.

- On forme une bonne équipe.

Thomas me détailla, ses yeux sombres me rappelant ceux de Crystal, mais j'avais moins l'impression d'être mise à nue avec lui. Il avait une sorte de douceur qui contrastait d'autant plus que Crystal et Gloria en semblaient parfois dénuées.

- C'est une bonne chose. La vie est plus simple quand on a de bons amis pour nous soutenir.

J'approuvai d'un signe de tête. Christopher s'était assuré que je réalise que Crystal était une amie loyale et une personne sur laquelle je pouvais compter en toute circonstance. J'avais de la chance de l'avoir rencontrée.

Quelque part dans la maison, une horloge sonna et Gloria Ngozi déposa sa tasse de thé un peu brusquement sur la table.

- Tout cela est charmant, mais nous ne devons pas tarder si nous ne voulons pas être en retard. Les filles, soyez prêtes dans dix minutes.

Je suivis Crystal dans les escaliers.

- Tu es sûre qu'il n'y a rien que je suis censée savoir pour la messe ?

- Pour être tout à fait honnête, il y a trop de chose qu'il faudrait que je t'apprenne et nous n'avons pas le temps pour ça. Ma grand-mère n'attend pas de toi que tu connaisses les paroles des prières et des chants. Contente-toi de m'imiter et personne ne remarquera que tu assistes à ta première messe… Et dans le pire des cas, ça ne serait pas très chrétien de leur part de te le faire remarquer.

Je faillis manquer une marche tandis que j'essayai de la dépasser pour l'arrêter, ce qui réussi malgré tout.

- Je croyais que je n'aurais rien à faire ?!

Elle secoua la tête.

- Je t'assure que personne ne va rien remarquer, Maellyn ! Maintenant, on doit se dépêcher parce que ma grand-mère a peut-être dit « dix minutes » mais tu peux être certaine qu'elle pensait « cinq ».

Sept minutes plus tard, je bouclai ma ceinture à l'arrière de la voiture de Thomas. Le trajet jusqu'à l'église prit à peine un quart d'heure : nous quittâmes le quartier résidentiel – beaucoup de belles maisons entourées de grands jardins – pour rejoindre une partie plus populaire de la ville si je fiais à l'état des bâtiments et aux nombreuses boutiques vacantes.

L'église était modeste par rapport à celles que j'avais pu voir en Italie, mais sa façade de briques rouge, décorée par une rosace ouvragée, était une belle pièce d'architecture qui aurait ravi Christopher. A l'intérieur, il n'y avait pas une opulence de décors, juste la majesté de la charpente apparente, des vitraux et quelques statues.

Le sol de l'allée principale était, lui, recouvert de branchage, ce qui devait avoir une signification quelconque.

Nous faisions partie des premiers, et Gloria nous conduisit jusqu'au premier rang, ce qui allait rendre ma performance encore plus difficile.

Jamais je ne me serais permise de m'installer devant le bureau d'un professeur si je n'avais pas fait mon travail ou mal appris ma leçon.

Le regard sombre que je lançai à Crystal fut salué d'un ricanement. Je ne pus rien répliquer car un homme vêtu d'une longue robe s'approchait.

- Gloria, quelle joie de vous avoir ici aujourd'hui !

Il avait un visage rond, une calvitie prononcée et des rides appuyées autour de ses yeux.

La grand-mère de Crystal inclina la tête.

- Bonjour, père Matthews.

- Et Crystal est en vacance si je ne me trompe pas ! Excellent ! Toutefois, je ne pense pas connaître cette jeune demoiselle ?

- Maellyn est une amie de Crystal, elle passe les vacances de Pâques avec nous. Vous l'excuserez, mon père, elle est protestante et je crains que ce soit sa première messe des Rameaux.

L'expression du père Matthews se crispa un peu et je plissai les yeux.

Il se raclât la gorge.

- La maison de Dieu est la maison de tous, dit-il. Que Son esprit soit avec vous.

- Et avec vous aussi, mon père.

L'homme s'éloigna pour aller saluer une autre famille – un couple, une petite-fille et un bébé vêtu de blanc –.

- Je suis protestante ?

Je n'avais pas la moindre idée de ce que cela pouvait bien signifier, mais si je me fiais à la réaction du père Matthews, ce n'était pas une excellente chose.

- Ta mère était protestante, me répondit-elle.

Mon coeur s'accéléra, mais je commençais à avoir l'habitude d'apprendre des choses sur mes parents de façon inattendue.

- Ouais, ma mère était sans doute du genre à protester, marmonnai-je. Être protestant est-il une mauvaise chose ou…

- Ça peut le devenir en Irlande du Nord, mais personne n'osera te dire quoique ce soit devant ma grand-mère. Surtout que je doute que tu sois baptisée, alors ça ne compte pas vraiment.

Je retins un gémissement : je ne comprenais rien à ce que racontait Crystal et elle allait devoir m'expliquer les bases concernant la religion moldue à un moment ou à un autre.

Pas tout de suite, toutefois.

L'église se remplissait plus rapidement que ce que j'aurais pu imaginer, et elle fut bientôt si pleine que des personnes restèrent debout.

- Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs... Nous sommes réunis aujourd'hui pour célébrer l'arrivée de Jésus-Christ, notre sauveur, à Jérusalem.

Je fis de mon mieux pour suivre la messe et essayer de comprendre ce que les différents hommes qui se succédèrent sur l'estrade racontèrent, mais mon voyage en Italie ne m'avait guère permis d'appréhender la complexité de la religion des moldus. Je savais que Jésus-Christ était l'homme représenté sur les croix, Marie semblait être sa mère, il était le fils d'un Dieu quelconque, on lui attribuait de nombreux miracles – qui tenaient plus de la magie si on me demandait mon avis – et le christianisme avait joué un rôle non négligeable lors des chasses aux sorcières.

Je me contentais bien vite de me lever et de m'asseoir quand on me le demandait, et je réussis parfois à chanter quelques paroles sans me tromper.

Quand le père Matthews annonça la fin de la cérémonie, je ne me sentais pas différente ou apaisée d'aucune façon, et j'avais beaucoup de mal à imaginer ma mère au milieu de tous ces gens.

- Tu t'en es plutôt bien sortie, non ? me souffla Crystal.

J'haussai les épaules : j'étais habituée à faire semblant.

En sortant de l'église, je compris que la cérémonie n'était pas vraiment terminée. Plusieurs femmes habillées d'une robe bleue et recouvertes d'un voile distribuaient des branchages, tandis que les moldus qui avaient assisté à la messe formaient une sorte de cortège à la suite des prêtres – chacun portant un accessoire dont le sens m'échappait – et tous se mirent à chanter quand le groupe se mit en branle.

- C'est la procession des Rameaux, m'expliqua Crystal.

- Et on va où comme ça ?

Crystal serra les lèvres.

- On fait le tour de l'église et on rentre pour la distribution de l'hostie.

J'haussai un sourcil. Les traditions des moldus étaient pour le moins incompréhensibles, mais peut-être n'avais-je simplement pas le contexte.

- Et tout cela quel but, exactement ?

- Pour évoquer l'entrée de Jésus dans Jérusalem…

Cela ne m'avançait pas plus.

- C'est une longue histoire. Je dois avoir un vieux livre qui résume tout ça quelque part.

- Tu aurais peut-être dû commencer par ça.

- Et louper une occasion de te voir complètement dépassée par les événements ? Non, je regrette plutôt de ne pas avoir pu prendre de photos !

Mon regard noir n'était pas vraiment sincère et je retins un sourire amusé. Si nos rôles avaient été inversés, j'aurais peut-être fait la même chose…

La procession ne dura pas bien longtemps, et je me tins à l'écart sous les conseils de Crystal. Apparemment, il fallait avoir fait sa communion pour prétendre au corps du Christ.

Aucune parole ne furent prononcées dans la voiture. Mes pensées s'envolèrent vers les États-Unis, où ma famille moldue était peut-être. J'ignorais si la religion était aussi importante aux yeux de mon grand-père et de mon oncle qu'elle l'était pour Gloria, mais imaginer qu'ils prenaient part à quelque chose de semblable me réconforta un peu.

J'avais été privée d'une part de mon histoire en grandissant dans le monde Sang-Pur : la moindre expérience moldue me rapprochait de celle que j'aurais pu être si Narcissa n'avait pas été aussi égoïste.

Un soupir passa mes lèvres, formant de la buée sur la fenêtre de la voiture. Je l'observai disparaître, puis mon regard s'abîma dans le trafic autour de nous, les rares passants sur les trottoirs, les hauts bâtiments de pierre rouge et les immenses fresques occasionnelles sur les murs.

Le quartier résidentiel où habitait Crystal sembla surgir sans prévenir, la voiture s'arrêta devant le petit manoir bordé de ficus et d'hortensias qui auraient rendu Narcissa jalouse.

- Viens, on a encore un peu de temps avant de manger, je vais te faire faire le tour de la maison.

Je n'en avais vu qu'une petite partie depuis mon arrivée et j'étais vraiment curieuse de voir où Crystal avait grandi.

Le fait que nous échappions à la présence écrasante de sa grand-mère était un simple bonus.

- Le rez-de-chaussée est le domaine d'Ouma, m'expliqua-t-elle en poussant une double porte qui s'ouvrait sur un salon, doublé d'une bibliothèque en bois clair.

La lumière printanière se reflétait sur les meubles cirés à la perfection, les tissus irisés des fauteuils donnaient l'impression que la pièce était un écrin de douceur et j'étais certaines que de nombreux objets de décorations valaient une petite fortune à eux-seuls.

Il y avait une simplicité étudiée que j'avais appris à associer avec les talents d'un décorateur d'intérieur, et qui n'aurait pas juré dans un manoir Sang-Pur, à l'exception de l'énorme bloc noir que je savais être une télévision.

- J'ai réclamé une télévision dans cette pièce pendant des années et ma grand-mère a accepté seulement quelques mois avant que je sois acceptée à Poudlard. Autant te dire qu'elle n'est pas prête d'être usée.

- On a passé quelques jours dans un hôtel moldu italien il y a deux ans et Draco a été fasciné par ce que montrait cet engin. Bien sûr, il ne le reconnaîtra jamais à voix haute.

Chris et moi nous étions bien amusés à le voir batailler avec les nombreux boutons. Il lui avait fallu plusieurs heures pour réussir à la faire fonctionner et il avait copieusement juré.

- Ça ne m'étonne pas de lui.

Il y avait une grande pièce de réception, seulement meublée d'une grande table et d'une vingtaine de chaises rassemblées en petits groupes. Les peintures au plafond me rappelèrent certaines œuvres italiennes à la façon dont était peint les personnages et au couleurs utilisées.

- Ce sont les passages de la Bible que ma grand-mère préfère, m'expliqua Crystal. L'entrée de Jésus dans Jérusalem est celui en haut à gauche.

Un homme aux longs cheveux bruns marchait sur des feuillages et était acclamé par la foule.

Je compris un peu mieux les branches d'arbre un peu plus tôt.

La cuisine était en ébullition en vue du repas, aussi ne puis-je qu'y jeter un coup d'oeil et Crystal ignora une nouvelle double porte.

- Ce sont les appartements d'Ouma. Désolée, mais seuls les membres de la famille sont autorisés à entrer.

- J'ai l'impression que ta grand-mère s'entendrait très bien avec le professeur Maugrey.

Ses yeux s'arrondirent.

- S'il n'avait pas travaillé toutes ces années dans la police, elle en aurait fait son chef de sécurité ! Tu imagines ?

- Assez bien, oui. J'aurais sans doute reçu un maléfice pour m'être approchée à moins d'un mètre de cette porte.

Elle rit et je ne pus retenir un sourire.

A l'étage, la partie du manoir qui se trouvait au-dessus des quartiers de Gloria était réservée à son fils, je reconnus la porte de ma chambre et celle où j'avais vu disparaître Crystal la veille.

A côté de la décoration lissée du rez-de-chaussée, la chambre de mon amie était la première pièce où j'avais l'impression que quelqu'un y vivait. Le lit n'était pas fait, le sac à dos de Crystal avait été déposé négligemment sur le bureau et plusieurs boîtes en plastiques étaient en équilibre précaire près d'un poste de radio – ou ce qui y ressemblait beaucoup –

Crystal avait collé des affiches – immobiles – sur les portes de l'armoire encore ouvertes.

Je la vis prendre une des boîtes en plastique et en sortir un rectangle noir.

- Thomas me fait des mix des musiques en vogue, pour que je reste au courant de ce qu'il se fait dans le monde.

- J'ignorais que tu aimais la musique…

- Ça, c'est parce que la musique moldue n'a rien à voir avec ce que tu as bien pu écouter dans le monde Sang-Pur.

Je laissai passer sa critique de mes goûts musicaux – apparemment, la musique classique ne contait pas à ses yeux – et j'attrapais le cadre posé sur son bureau.

Un homme et une femme – immobiles – posaient avec un bébé emmailloté de blanc. La femme était petite mais cela ne l'empêchait pas de dégager une force physique indéniable, surtout associé à son regard féroce malgré le sourire sur ses lèvres. L'homme, était plus grand et plus sec. Son visage était toutefois plus doux, accentué par le hallo que formaient ses cheveux.

Si j'étais le portrait craché de ma mère, il était évident que Crystal ressemblait énormément à son père.

- Tu ne parles jamais d'eux, soufflai-je en relevant la tête vers mon amie.

La seule fois où j'avais entendu Crystal mentionner son père, c'était quand elle m'avait fait remarquer que je me montrais trop dure avec le mien, après que j'ai appris qu'il état de retour en Écosse.

Elle haussa les épaules avec nonchalance, mais je la connaissais trop pour ne pas remarquer la façon dont elle s'était tendue et le tremblement qui agitait sa joue droite.

- Ils sont morts il y a des années.

Mon coeur se serra, même si j'étais arrivée à cette conclusion depuis longtemps, tout comme j'avais compris que le sujet était très sensible.

Je me mordis les lèvres.

- Que leur est-il arrivé ?

Elle ouvrit la bouche, la referma, puis croisa les bras sur sa poitrine.

Je déglutis difficilement.

- Tu n'es pas obligée de me le dire, m'empressai-je de lui préciser.

Crystal avait été là pour m'écouter quand j'en avais eu besoin, mais elle ne m'avait jamais forcée à me confier. Les fois où elle m'avait juste tenu la main en silence avaient été aussi réconfortantes.

Elle se laissa tomber sur son lit et je la rejoignis.

- Ma mère faisait partie d'un groupe qui se battait pour l'indépendance de l'Irlande du Nord, dit-elle après un long silence. Avec les ressources auxquelles elle avait accès grâce à Ouma, elle a très vite monté les échelons, jusqu'à ce qu'elle devienne trop gênante. Alors le Royaume-Uni l'a faite assassiner.

Je baissai les yeux vers le cadre toujours dans ma main droite, essayant de déterminer si la femme sur la photo avait pu représenter une si grande menace.

Elle semblait banale.

- Tu avais quel âge ?

Ce n'était pas la peine que je lui dise que j'étais désolée pour sa mère. Ça ne la ramènerait pas.

- Trois ans et demi. Je n'ai que quelques souvenirs d'elle, et je ne sais même pas s'ils sont réels ou si je me les suis inventés, à force de regarder des photos et d'entendre les anecdotes de mon oncle et de ma grand-mère.

Son visage était lisse de toute expression et elle fixait le mur de sa chambre avec obstination. Sa voix me semblait plus aigüe que d'habitude et son accent irlandais n'avait jamais été aussi marqué.

- Et ton père ?

Un bref sourire lui échappa et la tension dans ses épaules diminua un peu.

- J'avais sept ans quand il est décédé. Il s'est beaucoup occupé de moi quand j'étais petite.

- Que lui est-il arrivé ? lui demandai-je.

Elle haussa les épaules.

- Cancer. Du reste, officiellement. Je sais qu'il essayait de prouver que ma mère avait été assassinée par le Royaume-Uni et sa version de l'histoire commençait à se faire entendre quelques mois avant son diagnostique… Mais peut-être que c'était juste de la malchance.

Je voyais mal comment les moldus auraient pu forcer le père de Crystal à développer une maladie mais j'ignorais encore qu'ils avaient été sur la lune quelques mois plus tôt.

Dans tous les cas, j'étais incapable de deviner si, oui ou non, ses soupçons étaient fondés.

Je pris sa main gauche dans la mienne et je la serrais avec douceur.

- Au moins tu as des souvenirs de lui, dis-je. Et je suis sûre qu'il doit être très fier de toi, là où il est.

- Parfois, j'aimerais qu'il soit juste là, avec moi.

Je raffermis ma prise sur sa main.

- Je sais…

Jeudi 14 Avril 1995, Résidence de Gloria Ngozi, Belfast Ouest.

Contre toute attente, j'avais très vite pris mes marques chez Crystal. La technologie moldue me donnait encore du fil à retordre mais j'avais compris le fonctionnement des interrupteurs qui commandaient l'électricité, ainsi que la façon de régler l'eau dans la salle de bain.

Il ne me fallut donc moins d'un quart d'heure pour être prête et je rejoignis la cuisine, en espérant que Crystal – ou quelqu'un d'autre – y soit déjà.

Si ce n'était pas le cas, j'étais bonne pour un repas froid, et sans thé.

Crystal et son oncle étaient installés sur une petite table bien moins formelle que celle de la salle à manger. Leur discussion était animée – et en Afrikaans – et Crystal bascula sa tête en arrière pour éclater de rire, imitée par Thomas.

Leur rire avait le même rythme et leurs timbres de voix se mariaient parfaitement.

- Bonjour, Maellyn, me salua Thomas, levant sa tasse de café vers moi.

- Bonjour, répondis-je en les rejoignant.

Une théière n'attendait que moi, ainsi qu'une pile de toasts et des fruits frais.

Crystal attrapa une tranche de bacon avec ses doigts et poussa le plat vers moi.

Le lendemain de mon arrivée, j'avais cru que les repas chez mon amie seraient aussi policés qu'au manoir puis, au cours des jours suivants, j'avais compris que seule Gloria Ngozi se montrait exigeante en terme de manières.

Crystal roula les yeux quand elle me vit prendre ma fourchette pour me servir un toast.

- Tu es un cas désespéré.

- Je suis certaine que ta grand-mère pense exactement la même chose de toi.

La veille, Gloria avait conseillé à Crystal de prendre exemple sur moi pendant le repas. Il y avait des fruits de mer en entrée et Crystal avait préféré utiliser ses doigts plutôt que sa fourchette.

Ma réplique tira un rire amusé à Thomas.

- Alors quel est le programme aujourd'hui ?

- On va aller faire un tour en ville, puis du côté des docks. Ça serait bien que tu troques ta robe contre une paire de jeans et des baskets, Adler.

Ma tasse se stoppa à mi-chemin entre la table et mes lèvres.

- Et tu n'aurais pas pu me dire ça hier ?

Elle haussa les épaules.

- Je n'y ai pas pensé.

Son sourire clamait le contraire, ce qui ne fut qu'affermir ma résolution de la torturer à son tour quand elle ferait ses premiers pas dans le monde Sang-Pur.

Circé en soit témoin, je comptais bien mettre à profit ma connaissance aiguë de l'étiquette !

Thomas termina son café puis partit vaquer à ses occupations – qui restaient unimbées de mystère – et Crystal ne tarda pas à me presser de terminer mon petit-déjeuner pour que nous puissions profiter de la journée.

Quand la porte d'entrée se referma derrière nous, je m'étais changée et j'avais passé une veste en cuir semblable à celle de ma mère pour me protéger du vent qui balayait les rues depuis deux jours.

Si nous croisions un membre de la société Sang-Pur en chemin, j'étais certaine qu'on ne me reconnaîtrait pas.

C'était un luxe auquel j'avais très vite pris goût.

Ça, et la liberté dont je jouissais.

A l'exception des dîners – où ma présence était requise, ainsi que mon meilleur comportement – j'étais libre de faire ce que je voulais, y compris quand Crystal s'absentait pendant quelques heures pour accomplir une mission pour sa grand-mère. Personne ne surveillait mes allées et venues, j'avais assez d'argent pour prendre un taxi pour l'autre bout de la ville si je le souhaitais, et je pouvais manger ce que je voulais, à n'importe quelle heure.

La veille, j'avais passé toute l'après-midi dans un musée – où il faudrait que j'emmène Draco un jour – puis j'avais flâné dans le parc voisin. J'avais fait le chemin seule et je m'étais promenée sans jamais avoir été importunée. Une vieille dame avait discuté avec moi devant une représentation des dieux nordiques, évoquant des mythes dont je n'avais jamais entendu parlé.

Crystal me fit sortir de mes pensées en tirant sur mon bras pour me faire traverser plus vite, et je m'obligeai à regarder autour de moi. Nous étions dans une grande rue – que nous avions déjà emprunté en busbordées de grands immeubles en brique rouge.

Puisqu'il était encore tôt, les nombreuses boutiques installées en rez-de-chaussée étaient en train d'ouvrir, ce qui donna l'opportunité à Crystal de me prouver à nouveau l'influence de sa grand-mère.

Plus d'une dizaine d'entre eux la saluèrent et lui firent promettre de transmettre leurs salutations à Gloria Ngozi.

Depuis notre arrivée à Belfast, j'avais l'impression de me promener avec une célébrité.

- Je vais finir par croire que ta grand-mère est le véritable maire de cette ville.

Je n'étais pas certaine d'avoir vraiment compris ce qu'était un maire – les explications de Crystal avaient été assez floues – mais s'il s'agissait de gérer Belfast, Gloria Ngozi faisait un très bon travail à elle toute seule.

Crystal éclata de rire.

- Ne lui dit surtout pas ça, elle déteste les politiciens.

Nous traversâmes à nouveau pour rejoindre une rue plus résidentielle cette fois – des maisons à deux étages, toutes en briques, entourées par de tous petits jardins –.

Je me stoppais net en arrivant au bout de la rue. Un immense portrait était peint sur la façade d'une maison. Le visage souriant de l'homme était encadré par ses cheveux mi-longs. Malgré les couleurs chatoyantes, la chaîne brisée autour du portrait me mit mal à l'aise.

« Tout le monde, qu'il soit républicain ou non, a son rôle à jouer… Notre revanche sera les rires de nos enfants ».

Ce n'était pas la première fois que nous croisions de telles œuvres au détour de nos promenades. Je savais qu'elles avaient toutes un lien avec les Troubles qui avaient secoué la ville, lors des affrontements entre les catholiques et les protestants.

Celle-ci était plus impressionnante que les autres. L'homme devait avoir été plus important.

- Qui était-il ?

- Bobby Sands. Il faisait partie de l'IRA. Il a été emprisonné comme beaucoup d'autres. Il a fait une grève de la faim pour s'opposer aux traitements des prisonniers. Il en est mort.

Je déglutis difficilement. Je ne pouvais pas imaginer la volonté qu'il fallait pour s'affamer volontairement jusqu'à la mort.

- Est-ce que ça a marché ?

Elle haussa les épaules.

- Pas pour le Royaume-Uni, mais ça a aidé l'IRA à obtenir plus de fonds et plus de volontaires. C'était un ami de ma mère.

Je tournai la tête vers elle. Tout comme sa voix, son visage semblait neutre mais elle avait croisé les bras sur sa poitrine et elle me sembla plus petite sans son assurance habituelle.

Je serrai son épaule, sans rien trouver à lui dire. Les conflits qui avaient déchiré la ville n'avait pas épargné sa famille, et je ne pouvais m'empêcher de penser qu'il y avait un étrange écho avec ce qu'il s'était passé dans le monde sorcier à la même époque.

Elle m'offrit une grimace qui ne me convainquit qu'à moitié qu'elle allait bien, puis elle fit un premier pas mal assuré. Je la suivis en silence, observant les environs avec plus d'attention. Il y avait plus de murs peints dans ce quartier que partout ailleurs. Si certains décoraient les façades de bâtiments, la majorité étaient présents au pied d'immenses murs, surmontés de grillages.

- Ils servent à séparer les quartiers catholiques des quartiers protestants, pour limiter les violences.

- Ils sont toujours utilisés ?

- Depuis que je suis partie à Poudlard, leur nombre a doublé.

Je ne savais pas vraiment à quoi ressemblaient les violences auxquelles tout le monde faisait référence – j'avais entendu parlé d'émeutes, d'attaques, de dégradations et même d'attentats – mais j'avais cru que c'était terminé.

A la possibilité de me retrouver au milieu d'un de ces débordements, un frisson me secoua.

- Tu ne crains rien, Adler. Crois-moi, s'il devait se passer quoique ce soit aujourd'hui, ma grand-mère nous aurait interdit de sortir.

- Ta grand-mère n'est peut-être pas au courant de tout…

Crystal éclata de rire, avant de se pencher vers moi, soudainement bien plus sérieuse.

- Peut-être que ma grand-mère organise les attaques ?

Je ne voulais pas savoir à quel point sa question était proche de la vérité.

- Dans ce cas, comment se fait-il que l'IRA n'ait toujours pas gagné ?

Ma réplique me permit d'avoir le dernier mot, ce qui était une première depuis mon arrivée à Belfast.

A mesure que nous nous rapprochions du centre ville, les témoignages des Troubles se firent plus rares. Seules quelques affiches – pour ou contre – l'IRA se laissaient apercevoir, jusqu'à complètement disparaître autour des rues les plus passantes – là où nous croisions le plus de touristes étrangers –. Les devantures des boutiques étaient plus propres, l'intérieur brillamment illuminé et les différents produits à vendre mis en scène. J'en avais vu de semblables à Paris, puis à Rome. Certains noms m'étaient également familiers et je m'arrêtai devant celui qui était identique à l'étiquette du jean que je portais.

C'était le seul point commun entre mes vêtements et ceux qui étaient explosés.

Un mannequin donnait l'impression de voler, son corps rigide rendu gracieux par la robe noire dont il était vêtu. Le tissu vaporeux – et très transparent – ondoyait au rythme d'un courant d'air invisible. Un sac à main pendait au bout de la main du mannequin, et il tenait une paire de chaussure de l'autre.

- Pansy pourrait passer sa journée dans une boutique pareille, soufflai-je.

- Il ne tient qu'à elle de révolutionner la haute-couture sorcière. Viens, la librairie dont je te parlais est un peu plus loin. Tu devrais trouver ce que tu cherches.

Je détournai les yeux avec un soupir, même si j'allais sans doute voir des choses aussi belles plus loin. J'avais décidé de profiter de mon escapade moldue pour trouver des cadeaux à Draco, Christopher et Pansy. Si les deux premiers avaient été facile à satisfaire – une game boy pour mon cousin et un kit d'expérience scientifique pour Christopher –, Pansy me donnait du fil à retordre.

Crystal était convaincue d'avoir une idée.

La librairie en question occupait les quatre étages d'un immeuble en brique et renvoyait Fleury et Botts au rang de guichet. Crystal ignora le rez-de-chaussée et se dirigea immédiatement vers les escalators – des espèces d'escaliers dont on avait pas besoin de gravir les marches et qui seraient du meilleur goût à Poudlard –. Nous nous arrêtâmes au deuxième étage – Livres d'Arts et d'Histoires – et Crystal interpella la première vendeuse qui passa notre chemin.

- L'histoire de la haute couture ? Troisième rayon sur la gauche. Vous cherchez une époque en particulier ?

- Non, plutôt quelque chose de global.

Pansy serait sans doute plus intéressée par la période moderne, elle qui critiquait assez la mode du monde sorcier, mais peut-être qu'un peu d'histoire ne lui ferait pas de mal.

Le rayon en question semblait ne contenir que de larges livres, aux tranches épaisses et colorées.

- Si tu ne trouves pas quelque chose pour Parkinson là-dedans, je ne peux rien pour toi, Adler…

Il me fallut un long moment pour me décider – mes connaissances en matière de mode moldue étaient très limitées, et il y avait un choix immense –. Je finis par choisir une encyclopédie qui référençait tout un tas de termes techniques et un atlas de la mode, qui ne faisait pas uniquement la part belle à l'histoire européenne. Au moment de payer, le moldu me dévisagea longuement quand je refusai le sac qu'il voulait me donner.

- Je ne pense pas que ça rentrera dans ton sac à dos, dit-il.

Si le sac de ma mère n'avait pas été enchanté, cela aurait sans doute été le cas, aussi me contentai-je d'un sourire gêné.

- Tu es sûre que tu veux les promener toute la journée ? Ma grand-mère connaît bien le gérant du restaurant où on va manger. Il accepterait sans doute de les garder.

- Mon sac est aussi lourd plein à craquer ou vide… Ma mère était définitivement plus douée que moi en sortilèges.

- Qui te dit qu'elle ne l'a pas simplement acheté ? Les sortilèges d'extensions indétectables ne sont pas à la portée de n'importe qui, encore moins de quelqu'un qui s'est fait virer de Salem à quinze ans.

- Je vais ajouter ça à la liste des questions que j'aurais à poser à ma famille moldue quand ta grand-mère les aura retrouvés.

Si je me fiais à ce que m'avait dit Gloria Ngozi trois jours plus tôt – j'avais été invitée à la rejoindre dans son bureau, une pièce qui aurai ravi Lucius lui-même – j'allais devoir me montrer patiente. Burt s'était surpassé pour effacer ses traces et celles de mon grand-père, ce qui obligeait Gloria à remonter tout le réseau pour en apprendre plus et peut-être trouver une piste.

Narcissa avait plutôt intérêt à ce qu'ils soient vivants, tous les deux.

- Ouma finit toujours par retrouver ceux qu'elle cherche. Ça prendra le temps que cela prendra, mais elle va y arriver.

Je n'avais pas d'autre moyen pour y parvenir, aussi n'avais-je pas vraiment le choix que d'accepter d'avoir autant de foi en Gloria Ngozi que Crystal.

Elle tourna à droite dans une petite rue trop étroite pour qu'une voiture y circule, ignorant le manque soudain de lumière et les deux moldus battis comme des armoires à glace qui fumaient une cigarette.

Puisque l'un d'entre eux la salua, je compris un peu mieux pourquoi.

La ruelle déboucha une vingtaine de mètres plus loin sur une petite place que je n'aurais jamais pensé trouver là. Un arbre avait réussi à pousser dans un coin, des tables, des tables rouge occupaient une bonne partie de l'espace, et, la nuit venue, les nombreuses guirlandes d'ampoules devaient ajouter une touche de magie à l'endroit.

La devanture rouge, surmontée d'un nom que je soupçonnais être écrit en Afrikaans, se faisait presque oublier.

Un homme noir, vêtu d'un tablier blanc, en sorti. Son visage rond était illuminé par un large sourire qui était clairement destiné à Crystal. De ce qu'il dit, je ne compris que le nom de mon amie, et je ne pus retenir un éclat de rire quand elle se retrouva emprisonnée dans une embrassade digne de celle d'un ours.

- Maellyn, je te présente Bongani.

L'homme précisa quelque chose en Afrikaan.

- Le meilleur cuisinier de la ville, ajouta-t-elle dans un grognement.

Bongani éclata de rire – un rire profond, qui semblait venir du fond de son coeur –, libéra Crystal et désigna les chaises d'un vague geste de la main.

- Tu as vraiment beaucoup d'amis dans cette ville, Malhorne.

Elle haussa les épaules.

- Avant que je ne parte à Poudlard, on venait manger ici au moins une fois par semaine avec mon oncle, et parfois ma grand-mère. C'est un peu comme voyager en Afrique du Sud.

De la musique s'échappait du restaurant, la rumeur de la ville n'était pas loin et le soleil printanier jouait dans les feuilles de l'arbre derrière nous. Je me rencognais contre le dossier de ma chaise, décidée à profiter de cette excursion inattendue.

- Et c'est comment, l'Afrique du Sud ?

Elle m'avait déjà parlé de son Initiation. Les anciens de son clan n'avaient pas vu d'un bon œil le retour au pays de la petite-fille de Gloria Ngozi – rares étaient ceux qui osaient revenir – mais ils n'avaient pas eu le choix après que Crystal leur ait prouvés que la magie coulait dans ses veines. Tour à tour, les anciens avaient commencé à lui transmettre les usages de son clan, la signification des symboles et la magie telle qu'elle était pratiquée depuis la nuit des temps. Si la baguette magique était une véritable extension de la volonté du sorcier, elle était complètement inutile en Afrique du Sud, voir même assez mal vue d'après Crystal.

Je savais donc tout ce qu'elle avait le droit de me dire, mais jamais encore elle ne m'avait parlé de ce pays dont elle avait été privée.

Elle resta perdu dans ses pensées pendant un long moment, une main jouant avec les mèches courtes au niveau de sa nuque – elle n'avait pas rasé ses cheveux depuis la Fête d'Halloween et ils formaient un halo autour de son visage –.

- C'est vraiment différent d'ici. L'horizon paraît plus grand et plus loin. Les montagnes sont immenses et de pleins de formes différentes. Mon clan vie dans la chaîne Magaliesberg, les plus anciennes montagnes de la Terre. Il y a des dizaines de cascades qui se jettent dans des rivières qui t'emporterait si tu osais plonger plus qu'une cheville, et d'autres qui forment des piscines naturelles à la couleur turquoise que tu ne veux jamais quitter. La plupart du temps, la falaise est abrupte et tu as du mal à deviner la rivière en bas, à cause de la végétation. Bien sûr, il y a des pleines immenses, de la savane encore sauvage et des forêts impénétrables, mais je crois que je préfère les montagnes. J'aime bien Poudlard pour ça. Je me sens en sécurité, plus à l'abri, et ma magie est plus apaisée je trouve.

Mes pensées voulurent s'échapper vers les États-Unis, un pays qui renvoyait Londres au rang de bourgade de campagne tant tout y était démesuré. Gloria Ngozi m'avait promis qu'elle réussirait à retrouver ma famille moldue. Un jour, ce serait mon tour d'expliquer à Crystal ce que j'avais vu.

Je me penchai un peu plus vers elle.

- Et les gens sont comment ?

Elle eut un sourire moqueur.

- Beaucoup moins coincés que les anglais. Ils sourient beaucoup plus et il y a une certaine forme de laisser aller que je n'ai jamais vu ici.

- J'imagine que le soleil joue un rôle non négligeable dans cette détente généralisée.

Bongani nous apporta de l'eau et un premier plat, constitués de plusieurs petites brioches et de tranches de viande séchée.

- Droewors et bunny chow pour ces demoiselles pendant que le babotie termine de cuire, annonça-t-il, son accent sud-africain encore plus marqué que celui de Crystal.

Le visage de Crystal s'illumina, éclairé par le large sourire qui lui échappait bien plus souvent ici qu'à Poudlard.

- Du babotie, vraiment ?

Bongani lui fit un clin d'oeil.

- Uniquement le meilleur pour ma sorcière préférée. Goeie eetlus !

Crystal attrapa l'une des petits brioches avec ses doigts et mordit dedans à pleines dents.

- Sorcière, hein ?

Elle avala sa bouchée sans presque mâcher, ce qui me fit grimacer.

- J'ai eu un accident magique devant lui quand j'avais cinq ans et il n'est pas stupide. Mange, c'est meilleur tiède !

La petit brioche était le bunny chow et ce n'était pas vraiment de la brioche. Elle était fourrée avec un mélange de légumes, relevé par des épices. Le contraste entre le moelleux du pain – un peu sucré – et la saveur plus relevée de la farce était juste divin.

Le droewors était la saucisse sèche, un peu trop forte en goût pour moi, ce qui fit l'affaire de Crystal.

Bongani était un très bon cuisinier : cela devait se savoir car les tables ne tardèrent pas à se remplir, ma présence m'attirant de nombreux coups d'oeils surpris. Je finis par comprendre pourquoi quand je réalisai que j'étais la seule personne à la peau blanche à déjeuner ce midi.

Crystal eut une grimace.

- C'est ce que je préfère en Afrique du Sud, souffla-t-elle. Même quand je ne suis pas dans mon clan, je ne suis pas entourée de blancs partout où se posent mes yeux. Ça fait du bien de ne plus être l'exception pour changer.

Je sentis ma gorge se serrer et je ne trouvais rien à lui répondre. La plupart du temps, Crystal portait fièrement la couleur de sa peau. Elle défendait son accent et les traditions de son pays avec passion. Les rares personnes à Poudlard qui s'étaient permises une réflexion avaient été remises à leur place par une réponse cinglante, puis avait joué de malchances pendant plusieurs semaines.

Parfois, elle me laissait comprendre que ce n'était pas si facile.

Bongani arriva avec le plat de babotie, et je fus soulagée de voir mon amie retrouver le sourire. Il y avait également un mélange de légumes et de céréales en accompagnement – du chakalaka m'apprit Crystal –.

Elle ne prononça pas un mot de plus tandis qu'elle savourait une belle part de babotie, et ne sembla se souvenir de ma présence qu'en relevant la tête pour se resservir.

- Bongani se vexe si on ne termine pas nos assiettes.

Je secouai la tête.

- Si tu le dis.

Au final, je ne réussis pas à manger un quart de ce que Crystal engloutie – cela semblait être un détail qu'elle avait réussi à me cacher à Poudlard – et je dus me forcer pour le dessert – des petites pâtisseries au nom de melktert. Bongani refusa que Crystal paye quoique ce soit – un des avantages d'être la petite-fille de Gloria Ngozi puisque ce n'était pas la première fois que cela arrivait – et il l'obligea à accepter un sachet contenant une dizaine de melktert pour la route.

- Et n'oublie pas de passer le bonjour à ta grand-mère et à ton oncle !

Retrouver la rue principale me fit un drôle d'effet. Pendant une paire d'heures, j'avais oublié le bruit des voitures et les nombreux passants aux visages fermés.

- Où va-t-on, maintenant ?

- Dans ma partie préférée de la ville. J'ai une surprise pour toi.

Sa dernière surprise ayant été un vol en avion, je ne pus m'empêcher de me montrer méfiante, mais je ne pus rien faire d'autre que la suivre quand elle monta dans un bus.

En moins d'un quart d'heure, nous avions quitté le centre-ville et nous longions la rivière Lagan. Les bâtiments étaient plus hauts et plus espacés les uns des autres, il n'y avait presque plus personne le long de la route, quand bien même j'avais rarement vu autant de voitures immobiles.

Au loin – sous le ballet incessant des mouettes – la masse grise de la mer se laissait deviner.

Si Crystal pensait m'impressionner par une balade en bateau, elle risquait d'être déçue.

Une violente rafale de vent nous cueillit quand nous quittâmes le bus : Crystal écarta les bras et ferma les yeux, sa veste claquant derrière elle donnant l'impression que des ailes lui avaient poussé dans le dos et qu'elle allait s'envoler.

Elle finit par se retourner, un sourire sur les lèvres.

- Par ici, dit-elle me désignant les différents bâtiments sur notre gauche.

Il n'y en avait pas deux semblables : des assemblages de tôles, d'autres de pierres, tantôt à peine aussi haut qu'un homme, tantôt à trois étages. Leur seul point commun était leur situation au bord de la jetée et d'étrange tour de métal près de la porte.

- C'est pour décharger les bateaux. Belfast est avant tout un grand port.

Nous marchâmes une dizaine de minutes – je crus que le vent allait m'emporter au moins dix fois, ce qui ne semblait pas gêner Crystal – et le nombre de bâtiments se multiplia, jusqu'à donner l'impression qu'une ville se dressait juste au bord de l'eau.

Notre destination était un immense hangar d'un rouge rutilant. Crystal frappa à la petite porte – comparée au reste – d'un rythme entendu.

Elle s'ouvrit sur un homme qui n'aurait pas détonné dans une équipe de Quidditch au poste de batteur. Il s'écarta sans que Crystal n'ait besoin de se présenter et j'eus enfin un premier aperçu du business que tenait Gloria Ngozi.

Il y avait des cartons et des caisses à perte de vue que des dizaines de personnes semblaient avoir pour tâche principale de ranger.

Crystal me fit traverser une partie du hangar, ouvrit une porte qui découvrit des escaliers, dans lesquels elle s'engagea sans hésiter.

- Pourquoi sommes-nous ici ?

Elle ricana, ce que j'aimais de moins en moins venant de sa part.

- Tu verras bien, Adler !

Nous passâmes des toilettes et ce qui devait être un local pour stocker des produits d'entretien.

Il n'y avait rien d'autre à voir à part un mur grossièrement peint en noir.

- Je suis époustouflée par ta surprise, Malhorne.

Elle resta impassible et composa un code sur un clavier que je n'avais même pas remarqué.

- C'est l'un des secrets les mieux gardés de ma grand-mère, alors je compte sur ta discrétion.

Je compris un peu mieux ce qu'elle voulait dire quand le mur s'ouvrit.

Juste assez pour laisser passer l'armoire à glace qui gardait l'entrée de profil.

Un premier bruit sec provenant de l'autre côté me fit sursauter et Crystal me poussa gentiment pour que je passe la première.

La pièce cachée était vivement éclairée et séparée en deux par une série de petits stands en bois.

Il y eut un nouveau claquement sec. Je plaquai mes mains sur mes oreilles, cherchant l'origine du bruit, pour ne trouver qu'une femme devant le stand le plus éloigné de l'entrée.

Je me figeai en voyant l'objet qu'elle tenait dans ses mains.

Il y eut trois coups secs, puis l'inconnue posa l'arme à feu.

L'air rentra un peu plus facilement dans mes poumons.

La femme ôta les protections sur ses oreilles, son air sévère s'adoucit quand elle tourna la tête vers nous, et elle posa ses mains sur ses hanches.

- Ach cé hé féin ?!

Si je n'avais pas déjà été intimidée par sa stature et sa maîtrise des armes à feux, sa voix grave et son assurance m'auraient sans doute fait réfléchir.

Crystal la rejoignit en courant presque et elle reçut une embrassade qui en disant long sur la tendresse qui l'unissait à l'inconnue.

Elles n'étaient pas du même sang – du reste, si je me fiais au teint olivâtre de la femme – mais leur complicité était de celle que l'on trouvait au coeur des familles. Elles échangèrent plusieurs phrases en gaélique – une langue que je doutais de comprendre un jour – avant que la femme ne me désigne d'un geste du menton.

Je reconnus mon prénom et mon nom, suivit d'un geste qui m'invitait à m'approcher.

- Maellyn, je te présente Siobhan Sadler, ma marraine.

Mon coeur loupa un battement en reconnaissant la fierté dans sa voix : quelques mois plus tôt, la mienne prenait les mêmes intonations quand j'évoquais Narcissa.

Siobhan me dévisagea de la tête au pied, son regard sombre me donnant envie de me recroqueviller sur moi-même, tout en me défiant de le faire.

Je dus passer le test silencieux car elle tendit sa main dans ma direction.

- Ravie de faire ta connaissance, Maellyn. J'ai beaucoup entendu parler de toi.

Je ne pus lui retourner le compliment. Crystal n'avait jamais mentionné avoir une marraine. Je lui offris un sourire aussi amicale que possible.

Un bruit répétitif et aigu me fit sursauter et Siobhan libéra ma main pour récupérer un petit objet carré dans la poche de son pantalon.

- Je reviens. Ne touchez à rien sans moi.

Je rejoignis Crystal.

- Ne pas toucher à quoi ?

Elle rejoignit l'endroit où sa marraine avait laissé son arme à feu et me le désigna d'un geste de la main.

Je déglutis.

J'avais entendu parlé de cette arme moldue depuis que j'étais petite. Selon beaucoup de personnes dans le monde Sang-Pur, elle était le symbole de la barbarie moldue et du danger qu'ils représentaient s'ils découvraient l'existence du monde magique. Malgré la magie, aucun sortilège ne permettait de nous protéger contre ces inventions.

En métal noir, un peu moins long que ma baguette, l'arme semblait inoffensive posée comme elle l'était. En relevant les yeux, je découvris les impacts qu'elle avait laissé sur une silhouette vaguement humaine. Siobhan savait ce qu'elle faisait car elle avait visé – et touché – le coeur, la tête et le ventre de sa cible.

- Je ne sais pas… soufflai-je.

Mon père avait utilisé une arme comme celle-ci pendant la guerre – si j'en croyais les lettres de ma mère – et sans doute ma famille moldue était familière avec l'objet, mais une part de moi était dégoûtée à l'idée de la tenir dans ma main.

J'avais presque la nausée en pensant à l'utiliser.

- Vraiment ? Je pensais que ça te plairait. C'est le truc le plus moldu et le plus américain que tu puisses essayer.

J'avais en effet cru comprendre que les États-Unis avaient une relation particulière avec les armes à feu, et cela depuis leur Indépendance. Je n'étais pas sûre d'être assez américaine, quoiqu'en dise mon certificat de naissance.

- Tu n'es pas obligée mais S fera en sorte que tu ne te blesses pas. Elle ne rigole pas avec la sécurité…

- Tu sais t'en servir ?

Elle haussa les épaules.

- Je connais les bases mais ma grand-mère n'aime pas trop l'idée que j'apprenne à tirer. D'après Thomas, elle pense que ma mère s'est engagée dans l'INLA à cause de ça… Mais S dit que ce n'est pas vrai, que ma mère haïssait trop le Royaume-Uni, qu'elle se serait engagée malgré tout.

- Siobhan était une amie de ta mère, pas vrai ?

Elle hocha la tête, puis fit un geste vague de la main.

- C'est une histoire très scientifique, le tir. Beaucoup de physique et de précision. Tu pourrais être assez douée.

Je pris une profonde inspiration. Je pouvais au moins essayer.

Siobhan revint quelques minutes plus tard et elle prit l'arme avec assurance, puis le petit rectangle posé à côté.

- Règle numéro 1 : toujours vider une arme dont on ne se sert pas, ça évite les accidents.

Elle commença aussitôt à m'expliquer le fonctionnaient de l'arme – une histoire de réaction chimique et de pression – puis elle me montra les différentes parties dont je devrais me soucier – le chargeur, le canon, la sécurité et la détente –.

- Une arme se tient avec ses deux mains. Pour encaisser le retour, il faut être stable, donc il faut avoir les pieds écarter. Et on ne met son doigt sur la détente qu'une fois qu'on est sûr de vouloir tirer. A toi, Crys.

Le surnom de Crystal me fit froncer les sourcils, comme toutes les autres fois où je l'avais entendu depuis mon arrivée à Belfast. Je ne savais pas très bien quoi penser du fait que le destin m'avait coincé avec deux amis aux si nombreux points communs.

Je l'observai mettre le casque sur ses oreilles et des lunettes de protection, puis prendre l'arme d'un geste assuré. Elle réinséra le chargeur, tira sur le canon pour engager la première balle. Elle se mit ensuite en position, ses pieds écartés, ses épaules remontée, le dos rond et l'arme pointée devant elle, en direction de la cible.

Enfin, elle défit la sécurité avec son pouce.

Je ne pus que plaquer mes mains sur mes oreilles quand son doigt se posa sur la détente.

Elle tira trois fois et, contrairement à Siobhan un peu plus tôt, ses mains remontèrent et elle recula un peu à chaque détonation. Malgré ses sourcils froncés et sa concentration, elle ne toucha qu'une fois la cible et seulement au niveau de l'épaule.

- Tu manques d'entraînement, dia iníon.

Crystal roula les yeux, remit la sécurité d'un geste qui témoignait d'une certaine habitude malgré tout, puis me fit signe de prendre sa place, laissant le casque et les lunettes à côté de l'arme.

Je pris une profonde inspiration et j'essuyai mes mains moites sur le devant de mon jeans.

Après ça, il n'y avait plus de retour en arrière. Je voyais difficilement comment j'allais pouvoir continuer à évoluer dans le monde Sang-Pur comme si de rien était une fois que je saurais me servir de cette machine de mort.

Les battements de mon coeur étaient plus rapides et retentissants que jamais une fois que le protège-oreilles fut en place.

L'arme était plus lourde que ce que j'avais imaginé, et le métal de la crosse était froid, malgré le fait que Crystal venait de l'utiliser. Je relevai l'arme au niveau de mes yeux quand Siobhan glissa un pied entre les miens pour les écarter, un peu brusquement. Elle me positionna un peu plus de profil, remonta mon coude gauche et ajusta la position de ma main droite sous la crosse.

Je compris que je pouvais y aller à la pression sur mon épaule.

Mon ventre se serra au moment où je pressai la détente.

Je sursautai au bruit d'explosion, l'arme remonta bien plus que prévu et je faillis la lâcher, prise par surprise par le recul.

Comment les moldus faisaient-ils pour seulement viser juste avec un truc pareil ?

Je me repositionnai quand même, décidée à toucher la cible au moins une fois, juste pour pouvoir narguer Pansy.

Je maîtrisai un peu mieux l'arme au deuxième essai et je touchai le morceau de bois sur lequel était fixé la cible au troisième.

Je choisis un endroit précis avant de tirer à nouveau – le coeur – et j'essayai d'ajuster ma position.

La balle toucha l'épaule – trop haut, trop à gauche –. Malgré moi, je ressentis le même calme qui accompagnait toujours mes erreurs en Métamorphose apaiser mon rythme cardiaque et dénouer les nœuds dans mon ventre.

Il me fallut cinq essais de plus pour parvenir à loger une balle là où je l'avais décidé – ou presque –.

Je fis de mon mieux pour remettre la sécurité et éjecter le chargeur, avant de poser l'arme, et d'ôter mes protections.

Siobhan avant croisé ses bras sur sa poitrine et hocha la tête en croisant mon regard.

- Tu t'en es bien sortie pour une débutante, lassie.

Crystal ignora le regard moqueur que je lui lançai, mais insista pour retenter sa chance, ce qui me donna l'occasion de voir comment il fallait s'y prendre pour remettre des balles dans le chargeur.

Nous passâmes encore une heure à tirer chacune notre tour, jusqu'à ce qu'une dizaine d'hommes et de femmes arrivent, mettant fin à notre cours particulier. Crystal embrassa sa marraine une dernière fois, et nous quittâmes le hangar.

Dehors, le soleil brillait encore, le vent avait un peu faibli et les cris des mouettes réussissaient presque à étouffer le clapotis de l'eau sur la pierre.

- Il nous reste encore un peu de temps, je vais te montrer un autre truc.

Nous remontâmes les quais dans le sens opposé, dépassant l'endroit où nous étions arrivées en bus. Il y avait moins de bâtiments de ce côté-là du port, mais ceux qui étaient construits étaient immenses – et en mauvais états pour beaucoup –. Certains surplombaient des sortes de fausses dont j'ignorais l'utilité.

Crystal s'arrêta devant une fosse plus grande que les autres.

- C'est ici qu'ils ont construit le Titanic. C'est mon endroit préféré du port.

Je fronçai les sourcils, certaine d'avoir vu ce nom quelque part.

- Ce n'était pas une sorte de gros bateau ?

Elle sembla surprise que je sache ça.

- Un énorme bateau tu veux dire ? Il faisait plus de deux cent cinquante mètres de long quand même.

J'avais dû mal à savoir à quel point cela était une performance pour des moldus, mais cela semblait être impressionnant quand même.

- Ce n'était pas juste un gros bateau, soufflai-je. Je ne me souviens plus du reste, mais je sais qu'il s'est passé quelque chose.

- Il a coulé, me rappela Crystal. Il était censé être insubmersible, mais ils ont heurté un iceberg et il a coulé. Il a coûté une fortune, des tas de gens sont morts et tout ça en même pas un voyage.

- C'est bien que tu me racontes cette histoire après que nous ayons pris l'avion pour rejoindre Belfast.

Elle éclata de rire, ce qui me tira un nouveau sourire.

J'étais bien ici, loin des manigances de Poudlard, des mensonges de Narcissa et de l'ombre du Seigneur des Ténèbres.

Je n'avais pas envie que les vacances se terminent.

Mardi 18 Avril 1995, Zoo de Belfast, Irlande du Nord.

Les enclos se succédaient au fil des allées, exhibant une nouvelle espèce. J'avançai d'un pas lent – puisque Crystal était absente pour la journée – et que j'avais donc tout le temps que je souhaitai devant moi. A mon retour, personne ne me demanderait où j'étais allée et ce que j'avais bien pu faire ou, du reste, par pour m'en faire le reproche. Thomas m'avait lui-même conseillé le zoo puisque la journée serait ensoleillée à défaut d'être chaude. Il voudrait savoir si j'avais aimé ma sortie et quels étaient les enclos que j'avais préféré, mais plus parce qu'il était sincèrement curieux.

Pour le moment, j'avais un petit faible pour l'enclos des girafes et des éléphants, où la présence d'un éléphanteau y était pour beaucoup. Les dragons de la première tâche exceptés, c'était la première fois que je voyais des bêtes aussi imposantes et, pourtant, la mère et son petit ne s'étaient pas comportés d'une façon si différente des humains. L'éléphanteau était tombé – sa démarche était encore approximative – et sa mère l'avait rejoint pour le remettre sur ses pieds. Le petit était ensuite resté collé à elle, têtant le bout de sa trompe.

De nombreuses personnes s'étaient rassemblées devant le prochain enclos – les chimpanzés si j'en croyais mon plan – et je réussis à trouver un coin d'où je pouvais observer ce qui se passait derrière les hautes parois de verre, sans pour autant risquer d'être compresser par la foule.

Les chimpanzés étaient des créatures un peu plus petits que les humains, avec de longs bras et des jambes plus courtes et un long torse, le tout recouvert de poils noirs. A vrai dire, ils ressemblaient un peu à un Demiguise.

Ils étaient une petite dizaine dans un grand enclos rempli de structures sur lesquelles ils pouvaient grimper, ce qui semblait être leur jeu préféré. Deux moldus étaient en train de leur servir leur nourriture – beaucoup de fruits et légumes – ce qui expliquait sans doute le nombre de visiteurs.

- Les chimpanzés sont des primates originaires des forêts tropicales du centre et de l'ouest de l'Afrique. Ils vivent en groupe, sous la protection d'un mâle dominant. Au zoo de Belfast, notre mâle dominant est Harry. Il s'agit du plus grand chimpanzé du groupe. Il est actuellement en train de dévorer des bananes.

J'eus un sourire en pensant à mon cousin. Il aurait sûrement exigé de continuer à la mention d'un autre Harry, qu'importe que le pauvre singe n'ait aucun lien avec Potter.

- Les chimpanzés partagent presque 99 % de leur ADN avec nous, et les chercheurs ont montré que nous avions un ancêtre commun, il y a plusieurs milliers d'années. On ne sait pas pourquoi l'humain a évolué alors que les chimpanzés n'ont pas beaucoup changé depuis tout ce temps, mais ils demeurent toutefois nos plus proches cousins avec les Bonobos.

Je ne compris pas grand-chose de l'explication de la moldue et je me promis d'en parler à Crystal. Il devait y avoir un livre, quelque part, qui m'aiderait à combler une partie de ce qui ressemblait de plus en plus à un puit d'ignorance.

Autant tout ce qui touchait à l'Art n'avait pas beaucoup de secret – la magie en moins, les œuvres se ressemblaient beaucoup – mais j'étais perdue concernant tout le reste. La télévision évoquait des évènements dont je n'avais jamais entendu parlé, la technologie – qui était partout – était mystérieuse au mieux et les codes de la vie en société étaient définitivement différents du monde Sang-Pur. Je faisais de mon mieux pour ne pas me faire remarquer, j'observai beaucoup et j'évitais d'imaginer que je n'aurais peut-être jamais ma place dans ce monde.

Je laissai les chimpanzés à leur repas et je continuai mon chemin, croisant des pingouins – un peu ridicules, mais sympathiques – des lions de mer – qui avaient des aires de limace surdimensionnée – et des aigles pêcheurs.

L'un d'eux s'envola au moment où je passais devant leur cage et je me stoppai net pour admirer la puissance déployée en quelques secondes, suivit par une grâce que les fabricants de balais ne sauraient jamais égaler. L'aigle fit des cercles au-dessus de la mare d'eau au centre de la cage sans battre une seule fois des ailes, descendant chaque fois un peu plus, puis fondit les pattes en avant. Ses serres se refermèrent sur un poisson et il rejoignit un perchoir dans un arbre pour dévorer sa proie.

L'attaque n'avait pas duré une minute.

- Impressionnant, pas vrai ?

Je sursautai à la voix – vaguement familière –. Une jeune femme aux cheveux aussi rose que sa barbe à papa se tenait à ma droite. Si son regard était fixé sur la cage renfermant les aigles, j'étais presque sûre qu'elle n'était pas venue ici pour ça.

- Que fais-tu ici, cousine ?

Un sourire en coin étira ses lèvres mais elle refusa de me faire face.

- Je profite de mon jour de congé.

- C'est donc une incroyable coïncidence que nous tombions l'une sur l'autre dans ce cas ?

Elle arracha un morceau de sa barbe à papa et l'engouffra, un peu à la manière de Harry le chimpanzé un peu plus tôt.

- Ça, ou j'ai peut-être entendu Narcissa mentionné le fait que tu étais en vacances dans le coin quand elle est venue prendre le thé dimanche dernier.

Son regard était brillant, parfaitement assorti à son large sourire, et j'haussai un sourcil.

- Je vois qu'écouter aux portes est un autre trait de famille.

Elle éclata de rire et me tendit sa barbe à papa. J'en pris un petit morceau du bout des doigts, plus pour ne pas la vexer que par réel goût. C'était aussi sucré que dans mes souvenirs, ce qui était la raison pour laquelle Draco en avait mangé plusieurs lors de nos vacances dans le monde moldu.

Visiblement, Tonks et lui n'étaient pas cousins pour rien.

- On continue ? Ça fait des années que je n'ai pas fait un tour dans un zoo ! Ils ont des loups ici ou pas ?

- Il ne me semble pas. Ils ne t'ont pas donné de carte ?

- J'ai mis un peu de temps à te trouver, alors j'ai transplané directement...

- Ça, c'est un bel exemple, madame l'Auror.

- Ne sois pas désagréable, Black, ou je t'arrête.

Si la première partie de ma visite avait été sous le signe du calme et du silence, l'arrivée de Tonks y mit fin avec la délicatesse qui caractérisait une grande partie de ma famille. Entre ses bavardages incessants – comme si elle se sentait obligée d'énoncer à voix haute chacune des pensées qui traversait son crâne – et son allure générale – son jean troué, sa veste de cuir et ses cheveux roses – beaucoup de regards s'attardaient sur nous.

J'espérais juste qu'aucun sorcier de mon âge n'était caché parmi ces moldus.

- Alors, quoi de neuf à Poudlard ? demanda-t-elle devant l'enclos des loutres.

Les bêtes flottaient en petits groupes et semblaient être endormies pour la plupart. Ce n'était pas l'enclos le plus intéressant.

- Pas grand-chose. Les examens approchent, comme la dernière tâche. De plus en plus d'élèves pensent que Potter va gagner…

- Si j'en crois Charlie Weasley et la façon dont il a affronté un dragon, il a ses chances, non ?

- Ouais… Surtout que ça sera loin d'être la dernière fois qu'il affrontera milles dangers.

- Vraiment ?

- A en croire la moitié des rumeurs qui courent sur lui.

Tonks n'était pas du tout au courant desdites rumeurs et exigea un récapitulatif. Elle m'écouta avec attention, mordillant le bâton de sa barbe à papa d'un air pensif.

- S'il y a tant de rumeurs sur son compte, c'est que certaines sont vraies. Je veux dire, si ça avait été qu'une histoire abracadabrante, je l'aurais mise sur le compte de l'exagération poudlarienne, mais autant ?

Etant donné que je l'avais vu de mes propres yeux dans la Cabane Hurlante l'année dernière et qu'il n'avait pas démérité lors des deux premières tâches du Tournoi, j'avais tendance à être de son avis.

- Yaxley s'est tenue tranquille depuis la dernière fois ?

Je fus surprise qu'elle se souvienne de ça.

- Elle a du mal à apprendre de ses erreurs. Elle a lancé une rumeur selon laquelle je ne serais plus en mesure de porter du blanc à mon mariage et j'ai dû la menacer à la façon de Bellatrix Lestrange pour obtenir à nouveau la paix.

Tonks se stoppa et pointa son bâton de barbe à papa sur moi.

- Ton mariage ? Vous n'êtes pas un peu jeunes pour penser à un truc comme ça ?

J'eus un sourire forcé.

- Je vais avoir quatorze ans cet été, Tonks. Crois-moi, je ne vais pas avoir d'autre choix que d'y penser.

Elle eut une grimace dégoûtée.

- Merlin, heureusement que ma mère s'est barrée de ce merdier !

Elle s'évertua ensuite à changer de sujet, me demandant comment se passaient mes cours particuliers avec le professeur McGonagall et me racontant des anecdotes sur sa scolarité. Apparemment, le professeur McGonagall avait essayé de la pousser à développer encore plus ses capacités en Métamorphose, arguant que si elle était Métamorphomage, c'est qu'elle était capable de plus.

Quand bien même le manque de rigueur évident de Tonks était un obstacle insurmontable.

- Enfin, j'ai eu une excellente note à mon épreuve pratique de mes Aspic's, ce qui m'a permis de rattraper la partie écrite et d'avoir une moyenne de E pour pouvoir postuler à l'Académie des Aurors. Tu es bien partie pour avoir un O de moyenne, pas vrai ?

C'était en effet mon objectif, mais je savais que j'avais encore beaucoup de choses à apprendre avant de pouvoir y prétendre.

- Je vais déjà essayé de réussir à obtenir mon O lors de mes BUSES.

Elle leva les yeux au ciel et se pencha vers moi.

- On sait toutes les deux que tu seras une Animagus non déclarée d'ici-là comme ton petit papa chéri, souffla-t-elle à mon oreille.

Mon regard en coin la fit éclater de rire.

- Ce n'était pas une déduction très difficile. Je te soupçonne même d'être venue faire du repérage. Des favoris jusqu'ici ?

Le fait que cette idée m'avait traversé la tête quand j'avais passé la grille en début d'après-midi me fit revoir l'avis que j'avais sur Tonks. Elle avait beau être d'une maladresse accablante, elle était plus observatrice et clairvoyante que ce que j'avais pu imaginer.

- Chaque animal a ses qualités et ses défauts, dis-je. Je verrais bien ce que le rituel de l'Appel m'accordera.

- Ça ne t'empêcha pas d'avoir des favoris, Black. Serpent ?

Ma grimace la fit rire et je fus bien contente que les derniers mois m'aient appris à garder une expression neutre en toute circonstance, car elle énuméra tout un tas de noms de créatures pendant près de dix minutes, dont certains semblaient inventés.

Il y avait un stand qui vendait de la nourriture devant l'enclos des loups à crinière. Tonks acheta une barquette de frittes et deux muffins au chocolat qu'elle déposa entre nous sur le banc où je m'étais installée en l'attendant. A sa façon de hausser les sourcils, elle n'attendait rien d'autre que je l'aide à terminer cet étrange goûter.

- Je dîne dans moins de deux heures.

- Je pense que tu peux te permettre de grignoter entre les repas.

Je cédai, même si je n'avais pas faim. Gloria Ngozi devait avoir fait passer le mot concernant la nécessité que je mange gras car les plats servis depuis Pâques auraient ravi le médicomage Perrin et Madame Pomfresh. Si cela me permettait d'acheter ma tranquillité à mon retour à Poudlard, ce n'était peut-être pas une mauvaise chose.

Les frites n'étaient pas assez cuites et trop salées, aussi me rabattai-je rapidement sur le muffin.

- Comment ça se passe pour toi, au département des Aurors ?

Elle lâcha les louveteaux – occupés à se chamailler – des yeux pour me faire face.

- C'est plutôt calme pour être honnête. On a pas réussi à retrouver ceux qui s'étaient donnés en spectacle à la Coupe du Monde de Quidditch, et puisque Sirius se tient tranquille…

Je me mordis la lèvre pour ne pas poser la question qui me brûlait la langue.

Echouai.

- Vous n'avez pas la moindre idée de l'endroit où il peut être, alors ?

Elle me dévisagea.

- Je ne suis pas censée discuter de ça avec une gamine de treize ans.

Je sentis le sang quitter mon visage.

- S'il-te-plaît, Tonks ?

J'ignorais ce qui la fit changer d'avis entre ma voix tremblante – dont j'avais horreur – et mon très certain teint livide.

Elle fit claquer sa langue contre son palais.

- Officiellement, personne n'a la moindre idée de l'endroit où il a disparu. Officieusement, je sais qu'il se cache du côté de Pré-au-Lard.

- Mais tu ne diras rien, pas vrai ?

Elle passa une main dans ses mèches roses, les ébouriffant d'avantage.

- Non.

Un soupir soulagé passa mes lèvres.

- Je ne fais pas ça parce qu'il est de ma famille, grogna-t-elle, mais parce que je suis presque sûre qu'il soit innocent. Douze ans à Azkaban pour avoir été stupide, c'est largement suffisant si tu veux mon avis.

Elle avait croisé les bras sur sa poitrine et faisait une sorte de moue boudeuse qui me rappela Draco.

- Tu doutes qu'il soit innocent ?

Elle haussa les épaules.

- Ce qu'il m'a raconté est cohérent avec les preuves dont je dispose, mais sans Pettigrow, ça reste une potion amère à avaler. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'est pas dangereux. Ça ne fait de mal à personne qu'il soit dehors.

Je terminai mon muffin en silence. Les louveteaux abandonnèrent leurs jeux pour rejoindre leur parents et la petite famille disparu dans un terrier. Tonks y vit le signe du départ.

- Merci, soufflai-je quand elle récupéra l'emballage de mon muffin.

Nos regards restèrent accrocher l'un à l'autre. Ses yeux abandonnèrent leur couleur marron pour un vert clair qui devait être leur couleur naturelle.

Elle eut finalement un petit sourire.

- De rien, gamine.

Samedi 22 Avril 1995, Manoir Yaxley, Édimbourg, Ecosse.

Le manoir Yaxley était méconnaissable, comme si Anthea et Corban avaient profité du délai entre les quatorze ans de leur fille cadette et son bal de Débutante pour dépasser les plus folles attentes de leurs invités. Une piscine – où des nageuses enchaînaient des chorégraphies compliquées – avait été ajoutée à proximité de la terrasse. L'intérieur de la salle de réception était une véritable ode à toutes les nuances de rose. Le plafond avait été repeint dans les tons d'un soleil levant et des nuages enchantés y étaient suspendus. Les dorures argentés étaient désormais en or rose. Les portraits des grands noms de la dynastie Yaxley avaient été remplacés par quatorze portraits magiques de Deloris – un pour chacun de ses anniversaires – ce qui était un brin oppressant.

La jeune fille en question paradait au bras de son frère aîné. Vêtue de blanc et perchée sur une paire de talons vertigineux, elle semblait se délecter d'être au centre de l'attention.

- C'est vraiment regrettable qu'Alya et Draco soient absents.

Elle lâcha Deloris des yeux et étira un sourire contrit sur ses lèves.

Le regard d'Anthea était froid et lourd de reproches. Si elle continuait à serrer autant sa coupe de champagne, elle risquait d'en briser le pied.

- J'ai essayé d'attendrir Alya, mais j'ai bien peur qu'elle ait tiré un trait définitif sur son amitié avec Deloris. J'ignore ce qui a bien pu se passer, toutefois, je sais qu'il est difficile d'obtenir le pardon de ma filleule.

Elle était bien placée pour le savoir.

Anthea serra les lèvres, accentuant les rides qui marquaient son visage.

- J'ignorais que ma fille avait réussi à se fâcher avec Draco.

Draco n'avait jamais apprécié Deloris, sans doute parce que leur caractère respectif était trop semblables. Il avait sauté sur l'occasion pour ne pas venir à son bal, ignorant jusqu'aux menaces de Lucius sur le sujet.

- Draco est affreusement loyal envers sa cousine… Je suis bien mal armée pour les affronter tous les deux.

- Il faudra bien qu'il fasse la part des choses s'il souhaite trouver une épouse.

Ce fut au tour de sa propre main de se crisper sur sa coupe de champagne. Anthea Yaxley se leurrait si elle imaginait une seule seconde que Draco envisageait de courtiser Deloris.

Elle força un éclat de rire pour bien le souligner.

- Croyez-moi, Lady Yaxley, ma future belle-fille aura gagné les faveurs de mon fils et d'Alya.

Sa réplique lui valut un regard qui la laissa de marbre. Anthea avait encore du travail pour égaler Maellyn sur le sujet. Elle l'observa tandis qu'elle s'éloignait pour rejoindre son époux. Elle sembla lui souffler quelque chose à l'oreille, mais Lord Nott se plaça entre elle et eux, ce qui l'empêcha de voir la réaction de Corban Senior.

- Tu as l'air de bien sombre humeur, Cissy.

Caelina attrapa son bras, comme elle l'avait toujours fait quand elles remontaient les couloirs de Poudlard. Le geste familier, emprunt de tendresse, apaisa les battements de son coeur.

L'espace d'une folle seconde, elle voulut lui expliquer pourquoi elle avait plus de difficultés que d'habitudes à sauver les apparences. Maellyn lui en voulait toujours et Draco continuait à la punir par un silence buté. Comme si cela ne suffisait pas, elle avait l'impression de passer son temps à se disputer avec Lucius à propos des enfants et de son absence pesante. Sans oublier ses relations tendues avec sa sœur et l'ombre du Seigneur des Ténèbres qui se rapprochait de sa famille.

Elle serra toutefois les dents. Caelina était devenue experte dans l'art de lui arracher des confidences et prononcer un seul mot risquait de l'entraîner sur une voie sans issue.

- Les Yaxley sont de plus en plus insupportables à chaque génération, éluda-t-elle. Il est hors de question que cette petite harpie de Deloris se mette en tête de séduire mon fils.

Le rire mélodieux de Caelina réussit presque à lui arracher un sourire sincère.

- Son absence ce soir est un bon signe dans ce cas, n'est-ce pas ?

Elle hocha la tête en silence. Elle doutait que Draco s'entiche un jour de Deloris, mais il faudrait qu'il veille à ce qu'elle n'use pas d'un Filtre d'Amour pour le faire changer d'avis.

- Tout ce rose me donne la nausée. Que dirais-tu de subtiliser deux bouteilles de champagnes et de passer le reste de la soirée au calme ?

Ce n'était pas raisonnable. L'absence de Draco et Alya la plaçait déjà dans une position délicate : les rumeurs ne seraient pas tendres avec elle si on la retrouvait ivre dans le parc du manoir Yaxley.

Les grands yeux marrons de Caelina se firent suppliants et elle céda malgré elle. Elle avait l'impression qu'elle n'avait pas passé du temps avec sa meilleure-amie depuis des mois – ce qui était sans doute le cas – et elle pouvait bien s'offrir un peu de répit.

Elle avait réussi à garder le secret sur Maellyn pendant treize ans. L'alcool ne réussirait pas à ternir ce record.

Il ne fut pas difficile de convaincre les Elfes de leur donner deux bouteilles de champagnes et elle n'eut qu'à suivre Caelina dans le labyrinthe délimité par de hautes haies centenaires. A l'intérieur, elles trouvèrent rapidement un banc dissimulé dans une niche et entouré de fleurs. Caelina déboucha la première bouteille, remplie les coupes et ôta ses chaussures pour faire bonne mesure.

Narcissa vida sa coupe en quelques gorgées, ce qui lui valut de se faire dévisager.

- Très bien, que se passe-t-il ? Et pas d'histoire, Black, je sais encore reconnaître quand tu mens !

Son coeur s'alourdit dans sa poitrine.

Elle mentait à Caelina – à tout le monde – depuis tellement de temps, qu'une soudaine sincérité serait sans doute plus suspecte qu'autre chose.

Elle passa une main tremblante sur son front. La froideur de ses doigts sur son visage chauffé par l'alcool lui permit de rassembler ses idées.

- Mes enfants refusent de me parler et les choses se sont compliquées avec Lucius… Je me sens si seule, Caelina.

Son amie attrapa sa main et la serra fort.

- Tu n'es pas seule, Cissy. Tu oublies seulement que tu as le droit de demander de l'aide. C'est insensé que tu n'ais toujours pas retenu la leçon !

Douce Circée, si seulement cela pouvait être aussi simple ! Se confier à une personne de confiance qui l'aiderait à prendre du recul sur la situation, peut-être à imaginer des stratagèmes pour tout arranger. Elle sortirait le coeur léger de cette discussion et tout irait mieux dans le meilleur des mondes.

Caelina était plus qu'une amie de confiance. Elle la connaissait depuis sa tendre enfance, elle ne l'avait jamais trahie et, au regard de ce qu'elle partageait avec Andy et Bellatrix, Caelina éta ce qui se rapprochait le plus d'une sœur dans sa vie.

Pourtant, elle ne pouvait pas lui dire la vérité.

Elle ne pouvait pas mettre la sécurité de Maellyn en péril, pas après tous les sacrifices qu'elle avait consentis pour la protéger depuis cette terrible nuit d'Halloween.

- Reprenons depuis le début. Alya et Draco refusent de te parler ? Pourquoi, au juste ?

Le mensonge quitta ses lèvres pas habitude. Lucius avait fini par se montrer trop curieux quant à l'absence d'une correspondance régulière entre le Manoir et Poudlard. Elle n'avait pas eu d'autre choix que de trouver une excuse.

- Alya est convaincue que Lucius essaye de lui arranger un mariage avec Théodore Nott, sans même l'avoir consultée. Dans son esprit, je suis la complice parfaite. Draco a naturellement pris sa défense et toutes mes explications tombent dans l'oreille d'un sourd.

- Est-ce vraiment l'intention de Lucius ?

- Il me soutient que non.

- Et le crois-tu ?

Elle prit une profonde inspiration.

- Non.

Caelina avala une gorgée de champagne en silence.

- Si tu veux mon avis, tu te tracasses pour rien. Alya est une adolescente comme toutes les autres et elle traverse cet âge ingrat où le moindre prétexte donne lieu à des disputes. Tu serais bien chanceuse d'y échapper !

Elle força un sourire. Si seulement…

- Et qu'a inventé Lucius, cette fois ?

Cette fois.

Elle avait eu cette discussion avec Caelina des dizaines de fois au fil des années. Cela faisait bien longtemps que son amie pointait du doigt les défauts de son mari, comme si cela allait la convaincre de prendre la décision qu'elle lui avait déjà soufflé.

Divorce, Narcissa. Il ne te mérite pas.

Dans un autre monde, peut-être aurait-elle eu le courage de le faire, mais elle n'était pas convaincue que cela en vaille la peine. Elle perdrait sans doute Draco, elle serait ruinée, le monde Sang-Pur refermerait la porte derrière elle, et ce n'était que le début de la disgrace.

Elle se contenterait d'une énième vengeance et peut-être garderait-elle les bras croisés s'il se retrouvait à nouveau à Azkaban.

Ce qui finirait par arriver si elle avait deviné juste.

- Pour commencer, je suis à peu près sûre qu'il me ment concernant ses arrangements avec Lord Nott, quand bien même cette décision ne lui revient pas et qu'il n'a aucun droit sur Alya. Je crains qu'il n'essaye de faire la même chose avec Draco et je le déteste pour utiliser mes enfants à des fins politiques !

- Et bien frappe-le à cet endroit-là !

- Comment ça ?

Elle la dévisagea durement.

- Tu es sa femme, Narcissa. Je suis sûre que tu connais tout un tas de vilains secrets sur lui qui le mettrait en disgrâce aux yeux du Magenmagot. Par Salazar, menace-le du pire !

La verve de Caelina lui arracha un léger sourire. Si cela avait été aussi simple, elle aurait détruit la réputation de Lucius depuis des mois. Il n'était toutefois pas stupide. Il savait qu'elle lui cachait des choses – peut-être avait-il même découvert quoi – et ce jeu-là pourrait se retourner contre elle.

La vérité lui brûla à nouveau la langue et elle déglutit difficilement pour s'obliger à garder le silence.

Caelina la détailla en retour. Elle aurait payé cher pour savoir ce qu'elle pouvait bien voir.

Finalement, elle la resservit en champagne.

- Je suis certaine que tu vas réussir à tout arranger. Tu es la personne la plus endurante que je connaisse et j'espère sincèrement que Lucius sera le grand perdant de cette nouvelle manche. En attendant, ce champagne est délicieux et nous avons bien mérité une nuit digne de nos plus folles années !

Elle fut la première surprise par le rire sincère qui s'échappa de ses lèvres.

Caelina et elle passèrent le reste de la nuit à évoquer les dernières rumeurs et leurs souvenirs de Poudlard sous le regard bienveillant des étoiles.

Le mal de tête qu'elle eut le lendemain matin en valait tout à fait la peine.

...

Au risque de me répéter quant il s'agit des Black, mais ça serait bien qu'iels comprennent que ce n'est pas grave de demander de l'aide, au moins un peu, au moins de temps en temps…

Bon, j'avoue que j'ai hâte d'avoir votre retour sur :

- Le secret de Madelyn révélé (bravo à celleux qui avaient deviné !)

- Le voyage en avion de Maellyn (oui, je n'ai pas pu résister. Oui, c'était très drôle à écrire. Elle fait moins la maline la petite d'un coup!)

- Maellyn VS la messe des Rameaux (Oui, je me suis beaucoup amusée aussi, d'autant que c'est un joli clin d'oeil à la partie I de cette histoire qui m'a été servi sur un plateau).

- Les révélations, ici et là, sur l'enfance de Crystal et sa vie à Belfast (pauvre bichette… Promis, je ne fais pas exprès !)

- La leçon de tire avec la marraine de Crystal (bon, je ne suis toujours pas convaincue par cette scène si je suis tout à fait honnête…)

- Tonks, qui s'impose – pour changer – et le joli moment entre les deux cousines (j'adore cette scène)

- Maellyn, bien plus détendue à Belfast qu'à Poudlard (on en avait toutes les deux besoin je crois...)

- Narcissa, qui continue à subir les conséquences de ses mensonges (heureusement qu'elle a Caelina pour la réconforter...)

J'oublie encore beaucoup de petits détails, alors quel a été votre truc préféré de ce long chapitre ?:)


Je vous dis à dans deux semaines du côté de Black Sunset : Gravity ! N'hésitez pas à aller y faire un tour, parce que mon cher Spin-Off fait partie intégrante de cette histoire (et que je serais pas tellement surprise que mes deux idiots finissent par voler la vedette à Maellyn…).


Sur ces bonnes paroles, n'oubliez pas de me laisser une petite review avant de partir ! Sans déconner, ça prend littéralement deux minutes !

Orlane.

Mis à jour le samedi 29/05/2021