Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses. Celleux qui oeuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.

Attention: Rated T pour le langage et les scènes violentes.


RàR :

Liyly :
Heyyy ! Merci beaucoup pour ta review !
Si je suis tout à fait honnête, je ne m'y attendais pas pour Madelyn xD
Il y a effectivement beaucoup de parallèles entre Crystal et Maellyn. Elles se sont si bien trouvées ! Qui sait si Maellyn aura l'occasion d'utiliser ses talents de tireuse pendant la guerre ?
Merci pour Tonks et Maellyn ! Elles sont si chouttes toutes les deux !
Je vois que le personnage de Narcissa continue à partager. C'est le signe que je fais bien mon travail ^^
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Guest :
Salut ! Merci beaucoup pour ta review ! Je suis contente que mon histoire te plaise :)
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Juliette :
Heyyyy ! Merci beaucoup pour tes huit adorables reviews ! Elles ont illuminé mes journées:) je vais donc me permettre de clarifier un petit point : tu ne fais absolument pas partie des 97 % qui ne laissent jamais de review ! Au contraire ! Je doute que de laisser un de mes chapitres dans tes onglets pèse très lourd dans mes stats. Donc, vraiment, merci pour ta fidélité keur:keur:keur

Alors, pour reprendre dans l'ordre :
Je suis aussi complètement team Crystal (des fois que ça aurait été trop subtile xD). Elles ont vraiment une belle amitié toutes les deux et j'aime beaucoup les écrire ensemble. Et au regard de tout ce que Crystal sait sur Maellyn, je pense qu'elle l'a voit plus comme l'héritière de Grant Adler que l'Illégitime des Black (et que ça ancre Maellyn dans son héritage moldu aussi). Cela étant dit, Sirius avait en effet essayé de convaincre Judy de transmettre son nom à Maellyn mais elle avait refusé. Grant n'a pas une bonne relation à son propre nom de famille et ne souhaite que le voir disparaître (il va peut-être changer d'avis sur la question xD).
Les scènes entre Sirius et Maellyn sont toujours un plaisir à écrire, je suis contente qu'elle te plaise (malheureusement, la petit n'a pas fini de jouer le rôle d'Alya Lestrange…)

Franchement, je ne sais pas si Minnie est si proche de Bubus que ça dans le canon. Elle est quand même la droiture faite femme et j'imagine assez bien que le côté fantasque de Dumbledore l'agace pas mal (ça, et on peut pas dire que ça soit le meilleur directeur au monde, professionnellement parlant). Bref, dans cet UA, Minnie a un peu faible maternel pour Sirius dont j'abuse xD

J'adore creuser ce que pense Maellyn de Harry et j'ai vraiment hâte d'en arriver au point où ils auront conscience l'un de l'autre, même si ce n'est pas pour tout de suite xD

Alexis Delacour ne fait pas dans la finesse, non, et d'une certaine façon, Maellyn a effectivement une touche avec lui. Je te laisse la surprise les réponses que tu te poses à son sujet (auxquelles je ne répondrais peut-être pas complètement ici). Dans tous les cas, je vois qu'il ne te laisse pas indifférente et je note tes hypothèses !

Maellyn est un petit génie de la Métamorphose, Tonks n'a qu'à bien se tenir ! (elle serait moins ravie de se savoir louée pour ses « talents » en sortilèges xD)

Je sais bien que Narcissa s'est comportée comme une mère pour Maellyn, qu'elle l'a élevée et qu'elle l'aime comme sa propre fille. C'est justement ce qui rend sa trahison encore plus difficile à accepter pour Maellyn. Tu vas devoir faire preuve de patience, parce qu'elle est rancunière, cette gamine !

Nan mais laisse tomber les épreuves du Tournoi des Trois Sorciers. ZERO POINTE pour le côté spectaculaire du truc !

J'avoue, beaucoup de gens passent un mauvais moment dans le chapitre 13 mais Deloris et Lomonosov cherchaient la merde depuis un peu trop longtemps, il était temps qu'ils se fassent calmer !

Oui, Maellyn trouve vite ses marques dans le monde moldu ! Ça me fait vraiment plaisir que tu apprécies autant Crystal keur:keur:keur.

Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture et encore merci pour tous tes messages !


Merci à jane9699, Liyli, lune patronus, NyannaCh, feufollet, tzvine, Guest, mamalahaye, henrismh, Juliette (x8 keur:keur:keur) et Sun Dae V pour leur review. Vous n'avez pas idée à quel point je vous suis reconnaissante keur:keur:keur


Bonjour à toutes et à tous !

J'espère que vous allez bien !

De mon côté, c'est la grande forme ! Je suis virtuellement en vacances faute d'élèves, de Grand Oral et de répartition de service pour la prochaine rentrée xD. J'en profites donc à fond pour écrire avant de me faire absorber par le tourbillon estivale !

J'ai donc pu rajouter un chapitre à mon compteur (février 1996) qui ne fait même pas 20k (ce miracle deux fois de suite, je suis toute émue). Je m'en vais donc attaquer ce qui est censé être le dernier chapitre de Gravity !

A part ça, un petit chapitre ici (entendez par là moins de 15k, c'est si rare), que j'aime vraiment beaucoup, parce qu'il aborde un sujet que la féministe que je suis trouve très important ! Je vous souhaite donc une bonne lecture !


La honte doit changer de camp!

Si vous ne laissez pas de reviews, vous n'êtes plus les bienvenu·e·s sur mes histoires. Au fond, ça ne change rien pour moi.


Un grand merci à Sun Dae V pour son travail de bêta ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Black Sunset

Partie IV : Supernova

Chapitre 14


Supernova: cataclysmic explosion caused when a star exhausts its fuel and ends its life. Supernovae are the most powerful forces in the universe.


Lundi 1er Mai 1995, Poudlard, Écosse.

Le printemps était de retour sur l'Écosse et, avec lui, les nombreuses odeurs – de fleurs, d'herbe tendre, de rongeurs et d'oiseaux – qui avaient accompagné les meilleures sorties des Maraudeurs les nuits de pleine lune.

Un peu comme celle-ci.

Une autre odeur fut portée par le vent qui venait du nord, occultant toutes les autres. Il se mit à courir, la truffe au vent, la langue pendante, retenant difficilement l'aboiement qui démangeait Patmol.

Ses couinements intempestifs étaient bien suffisants.

Comme prévu, Minerva McGonagall l'attendait devant la serre numéro 4. A ses côtés, Maellyn s'était accroupie et le fixait avec intensité, un sourire aux lèvres. Il se précipita sur elle, manquant de la faire tomber, et lui lécha le visage. Elle le repoussa avec une exclamation de dégoût et s'essuya sur la manche de sa cape.

- Tu es répugnant, gémit-elle en se relevant.

Minerva avait un sourire amusé aux lèvres.

- Ravie de vous revoir, Sirius, souffla-t-elle, avant de pousser la porte de la serre.

Dès qu'il fut à l'abri, caché par les nombreuses plantes et l'obscurité à peine troublée par les rayons de la lune, il retrouva forme humaine et attira sa fille dans ses bras. Elle grogna mais elle répondit quand même à son étreinte.

Il prit son visage entre ses mains pour la détailler de plus près, essayant de deviner si elle avait assez dormi et mangé depuis la dernière fois qu'il l'avait vue.

Les cernes sous ses yeux étaient à peine marquées et il lui sembla que ses joues étaient moins creusées. Euphémia Potter aurait sans doute clamé que quelques kilos de plus ne lui ferait pas de mal, mais elle était définitivement moins amaigrie qu'à Halloween.

- Ta barbe te vieillit, dit-elle.

Il réalisa qu'elle aussi l'avait détaillé avec attention, un pli inquiet entre ses deux sourcils. Il l'embrassa à cet endroit précis, ignorant sa remarque, puis la poussa gentiment vers Minerva et sa Mandragore.

- Il me semble que vous savez ce qu'il vous reste à faire, n'est-ce pas, Miss Black ?

Maellyn eut un soupir.

- J'espère que cette fois sera la bonne, maugréa-t-elle, tout en tendant la main pour choisir une feuille bien verte.

Elle fixa ensuite la feuille dans sa bouche à l'aide du sortilège qu'elle avait appris le soir d'Halloween. Elle n'eut pas de haut le coeur, juste une grimace profondément dégoûtée.

- Alors, ces vacances ? demanda-t-il.

Il n'y avait rien à faire pour le goût de la Mandragore. Sa meilleure option était de la distraire un peu, le temps qu'elle se réhabitue. James, Peter et lui avaient joué de malchance la première année où ils avaient essayé de devenir Animagus. Ils s'y étaient repris à quatre fois avant que la météo soit de leur côté. C'était en partie pour cela que James avait insisté auprès de ses parents pour qu'ils passent les vacances de Noël en Australie.

Il se souvenait très bien de la douleur qui accompagnait la première transformation. Âgé de quinze ans, il n'avait pas eu peur parce qu'il se pensait assez intelligent pour réussir. Aujourd'hui, il contemplait la possibilité que sa fille unique puisse marcher dans ses traces – moins seule mais plus jeune qu'il l'avait été –.

Il avait beau se dire que Maellyn était sans doute plus réfléchie que lui au même âge, et bien mieux préparée – il pouvait faire confiance à Minerva pour cela – il était quand même inquiet.

Pour ne pas dire terrifié.

- Exempte de Narcissa, de Lucius et de réceptions guindées. Je me demande si je ne vais pas retourner là-bas cet été, si la grand-mère de Crystal est d'accord.

Il sentit ses entrailles se serrer. Quand Judy et lui avaient tournés les talons devant l'hôpital moldu, le jour où Judy était censée avorter, il s'était promis que jamais sa fille ne connaîtrait le monde Sang-Pur. Il avait passé la majeur partie de sa première nuit en tant que futur papa à s'imaginer l'élever loin du Royaume-Uni, là où personne ne saurait qu'il était un Black – un sorcier, même – et où son enfant serait libre.

Quatorze ans plus tard, Maellyn était un pur produit de cette société qu'il haïssait. Savoir qu'elle avait une amie sur qui compter était une maigre consolation.

- Et quel a été le programme, dans ce cas ?

Son sourire disparut quand elle ouvrit la bouche et elle porta sa main sur son front, tandis que le reste de son corps se tendait. Il lui fallut quelques secondes pour se remettre et il crut que Minerva s'était trompée de plante.

Il n'avait pas oublié les monstruosités que Chourave cultivait dans la serre numéro 4.

Elle se racla la gorge et fit un geste vague de la main.

- Apparemment, je ne peux pas vraiment te dire ce que j'ai fait, souffla-t-elle. Mais j'ai passé deux très bonnes semaines. Ça fait du bien de ne plus entendre quelqu'un m'appeler Alya Lestrange pendant aussi longtemps.

Il ravala sa culpabilité et ses regrets pour la deuxième fois en quelques minutes. Godric en soit témoin, il allait faire en sorte que Maellyn prenne le premier Portoloin pour les États-Unis à la minute où Grant et Burt auront été retrouvés !

Outre le fait qu'elle serait entourée de Mangemorts quand Voldemort reviendrait – ce qui allait finir par arriver –, elle devait en finir avec cette double identité. Alya Lestrange n'existait que dans le cerveau rongé par la folie de Bellatrix. Honoré ce nom était une insulte brûlante au souvenir de Judy.

- J'ai vu Tonks.

Il haussa un sourcil.

- Je suppose qu'elle s'est invitée ?

- On peut dire ça comme ça…

Il rit doucement. S'il en croyait Remus, c'était sa spécialité.

- D'après elle, le ministère n'a pas la moindre idée de l'endroit où tu te trouves.

Il faillit lui faire remarquer qu'elle lui avait fait la tête pour rien au mois de septembre, après qu'il lui ait annoncé qu'il était de retour sur Poudlard. Il s'abstint toutefois, craignant qu'une phrase maladroite de sa part face voler en éclat leur complicité.

Il n'était pas naïf. Un an plus tôt, Maellyn pensait qu'il n'était qu'un cousin dérangé qui s'était échappé d'Azkaban. Il avait eu de la chance qu'Harry et elle lui fassent confiance aussi vite mais il avait été absent pendant douze longues années de leur vie.

Il ne pouvait pas brûler les étapes.

- Elle avait une raison particulière pour te tendre une embuscade ?

Remus lui avait aussi dit que sa jeune cousine était une petite fouineuse, qui n'avait pas peur d'user de son don de Métamorphomage pour en apprendre plus.

- Je crois qu'elle voulait juste passer un peu de temps avec moi.

- A ta place, je prendrai la peine de lui envoyer une lettre de temps en temps…

- Elle m'a précisée qu'elle voulait une preuve de vie au moins une fois par mois avant de rentrer à Londres.

Cette fois, il éclata de rire, et Maellyn l'imita.

Il essaya de graver son expression et la mélodie de son rire dans sa mémoire, essayant de ne pas trop penser au fait qu'elle ressemblait encore plus à Judy ainsi.

Elle lui parla ensuite des petites choses qui faisaient son quotidien à Poudlard : les examens approchaient tout comme la troisième tâche et l'anniversaire de Draco. Elle maîtrisait de mieux en mieux les Métamorphoses hybrides, ce qui lui avait permis de promettre une peau de serpent à Deloris Yaxley si cette dernière continuait à l'embêter.

- D'après toi, quelle va être ma forme Animagus ? demanda-t-elle après un court silence.

La question le prit par surprise. Il avait beau savoir depuis des mois que Minerva avait la ferme intention de faire de Maellyn une Animagus, il n'avait pas pris le temps d'imaginer quel animal lui correspondrait le plus.

A vrai dire, il y avait peu de chance qu'il devine juste.

James avait essayé par tous les moyens de déterminer leur forme Animagus avant l'Appel, en partie parce qu'il était d'un curiosité maladive et qu'il n'avait pas beaucoup de patience avec ça, mais aussi parce qu'il était convaincu de pouvoir la modifier si elle ne lui plaisait pas.

Pouvoir accompagner Remus lors des pleines lunes exigeait d'être un animal terrestre.

Ça, et James n'aurait certainement pas bien pris s'il s'était transformé en taupe.

Il gratta sa barbe pendant quelques secondes pour se donner le temps de réfléchir à sa réponse.

- Puisque tu es la fille de Judy, tu pourrais très bien être un chat, juste pour me contrarier.

Il eut l'impression que ses joues devenaient plus rouges.

- C'est la forme Animagus du professeur McGonagall, se défendit-elle quand il lui en fit la remarque.

- A laquelle tu voues un culte. Je ne serais pas vraiment surpris.

Cela lui valut un nouveau regard noir, ce qui le fit sourire plus qu'autre chose. Il n'allait certainement pas s'offusquer que sa fille ait du caractère. Dans le monde Sang-Pur, c'était un atout.

Finalement, Minerva mit fin à leur petite discussion en revenant dans la serre, expliquant qu'il se faisait tard et que Maellyn avait largement dépassé le couvre feu.

Elle lui donna un morceau de parchemin.

- Si jamais vous croisez un professeur ou Monsieur Rusard en chemin, donnez-leur cela. Je confirmerais que vous étiez bien avec moi.

Il réussit à obtenir une longue étreinte, pendant laquelle il inspira son odeur à plein poumon. Il aurait voulu que le temps se fige pour l'éternité, ou peut-être juste assez longtemps pour qu'il ait l'impression d'avoir rattrapé les années perdues, même s'il savait qu'il se berçait d'illusions.

A défaut de pouvoir remonter le temps, il pourrait au moins être présent pour les années à venir.

- Je t'aime, chaton, lui souffla-t-il.

Il ne s'étonnait pas que ces mots-là soient si faciles à dire, comme s'ils avaient été gravés au plus profond de son âme à la seconde où l'infirmière moldue lui avait mis Maellyn dans les bras.

Il la libéra en douceur.

- Bon courage pour les examens.

- Merci, papa.

Elle salua Minerva et il la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle ait disparu dans la nuit.

Il avait pensé que Minerva insisterait pour qu'il rejoigne les grottes de Pré-au-Lard au plus vite, mais elle s'installa autour de l'une des tables et conjura un service à thé complet. Elle sortit ensuite deux sachets de thés de sa poche, ainsi qu'une flasque en verre contenant un liquide qui ressemblait beaucoup à du Whisky.

Elle haussa un sourcil quand elle croisa son regard et il n'eut pas d'autre choix que de la rejoindre. En moins de cinq minutes, il y avait une tasse de thé chaude devant lui, adoucie d'un trait de Whisky à la place du lait.

Il n'était pas sûr que cela soit un bon signe.

- Harry va bien ?

La dernière lettre de son filleul remontait à plusieurs semaines. Il avait dû insister auprès de lui pour qu'il lui écrive si sa cicatrice lui faisait mal à nouveau ou si quoique ce soit d'étrange se passait, mais il ne serait pas vraiment surpris si Harry décidait de garder le silence à ce sujet.

Il ne serait pas le premier Potter à vouloir le protéger.

- A ma connaissance, il va très bien. A vrai dire, c'est la première année où il passe aussi peu de temps à l'infirmerie. Ses résultats sont tout à fait honorables et il devrait passer en cinquième année sans problème. Toutefois, ce que Remus Lupin a confié à ma nièce me laisse penser que cela ne va pas durer.

Remus l'avait contacté le lendemain de son entrevue avec Madelyn. Il savait pertinemment qu'il lui avait dit pour la Prophétie.

Il porta sa tasse à ses lèvres, même si l'eau était encore beaucoup trop chaude.

- Vous auriez pu m'en parler, Sirius, reprit-elle, son regard sévère et ses lèvres pincées, ce qui n'était jamais un bon signe.

Il s'éclaircit la gorge, en partie parce que le Whisky qu'avait choisi Minerva était particulièrement amer.

- Je pensais que vous saviez.

- Contrairement à la pensée populaire, je ne suis pas la confidente d'Albus Dumbledore.

Il doutait que Dumbledore soit du genre à se confier.

- Madelyn et vous, vous aviez aidé James et Lily à se cacher pendant la guerre…

- Parce que Voldemort avait menacé de les tuer ! Et quand bien même cela n'aurait pas été le cas, ils avaient un petit garçon à protéger. J'en aurais fait autant pour quiconque voulait se mettre à l'abri de cette guerre ! Souvent, je regrette de ne pas avoir fait plus.

Ce fut à son tour de porter sa tasse à ses lèvres et il comprit un peu mieux la raison derrière le Whisky.

Combien de ses anciens élèves avaient trouvé la mort pendant la guerre ? Combien avait rejoint le camp de Voldemort ?

- Vous avez raison, j'aurais dû vous en parler…

Son expression s'adoucit un peu.

- Il n'y a rien d'autre que vous auriez oublié de me confier, n'est-ce pas ?

- A part le fait que je me demande si Dumbledore n'est pas derrière la participation forcée de Harry à ce foutu tournois ? Non, je ne crois pas.

Le visage de Minerva se ferma.

- Voyons, Sirius, vous ne pouvez pas être sérieux !

Une autre fois, il lui aurait fait une remarque sur son curieux choix de mot, mais il avait besoin d'entendre son avis sur la question. Après tout, Minerva McGonagall était dotée d'une logique implacable. Elle saurait trouver les failles dans son raisonnement et, si ce n'était pas le cas, elle était très bien placée pour surveiller Dumbledore.

Même si elle lui était sans doute bien trop loyale pour s'y risquer.

- La personne qui est derrière ça est un puissant sorcier. La Coupe de Feu a plusieurs siècles et elle a été enchantée par des sorciers qui savaient ce qu'ils faisaient. On ne s'est pas contenté de soumettre le nom de Harry, mais on s'est assuré qu'il soit choisi en convainquant la Coupe que quatre écoles concourraient. Dumbledore ne m'a pas donné l'impression de remuer ciel et terre pour empêcher que Harry participe, et ce n'est pas comme si c'était la première fois que mon filleul était confronté à ce genre de situation ! Vous êtes bien placée pour savoir qu'il a affronté Voldemort lors de ses deux premières années et une centaine de Détraqueurs l'année dernière, tout ça, sous le nez de Dumbledore. Il me semblait pourtant que Poudlard était censé être l'endroit le plus sûr du pays !

Elle haussa un sourcil.

- Vous basez votre raisonnement sur beaucoup de coïncidences et très peu de preuves, Sirius. A vous entendre, on pourrait croire que Dumbledore travaille pour Voldemort…

- Ou plutôt qu'il essaye de transformer Harry en un bon petit soldat ?

- Il a une bien mauvaise façon de s'y prendre, dans ce cas. Croyez-moi, si Dumbledore voulait être certain que Harry soit en mesure de tuer Voldemort lors de leur prochaine confrontation, il l'entraînerait lui-même au duel.

- Comme il a entraîné les membres de l'Ordre vous voulez dire ?

Minerva referma la bouche, comme s'il venait de lui voler sa réplique. Il croisa ses bras sur sa poitrine.

Quand Dumbledore les avait réunis, James, Remus, Lily, Peter et lui, pour leur proposer de rejoindre l'Ordre, il leur avait promis qu'il ne les laisserait pas prendre part à une attaque sans qu'il ne soit certain qu'ils soient en mesure de se défendre. En réalité, ils s'étaient entraînés, seuls, dans la Cabane Hurlante, sous la conduite de Remus et Lily – parce que le premier était doué en Défense, et que Lily était la meilleure d'entre eux en sortilèges – et la situation était tellement dramatique à leur sortie de Poudlard qu'il avait été inconcevable d'attendre.

Ils avaient participé à leur première bataille moins de deux semaines après avoir quitté les bancs de l'école, Remus avait été gravement blessé, Peter avait eu la vie sauve seulement grâce à sa forme Animagus, James avait reçu plusieurs Doloris avant que Lily réussisse à stupéfixier le Mangemort qui s'en prenait à lui, et s'il savait tout ça, c'est parce qu'on le lui avait raconté quand il était revenu à lui, bien après la fin de la bataille.

Dumbledore n'avait jamais pris le temps de les entraîner après ça et c'était sans doute un miracle que Remus et lui aient survécu à cette putain de guerre.

Minerva but une partie de son thé en silence, avant de reprendre.

- Les circonstances sont différentes, cette fois. Albus a beaucoup d'affection pour Harry, je suis certaine qu'il cherche une solution pour lui éviter d'avoir à tuer Voldemort.

- Si c'est le cas, il ne s'est jamais donné la peine de me le dire, grinça-t-il.

Il fit de son mieux pour ravaler son amertume. Personne ne semblait penser qu'il puisse avoir raison concernant Dumbledore. Remus avait fini par digérer le fait qu'il avait appris si tard l'existence de la prophétie, Madelyn pensait que Dumbledore avait bien fait de se taire, et si même Minerva s'accommodait du fait que Harry passe une partie non négligeable de sa scolarité à risquer sa vie, il allait devoir trouver un moyen de protéger son filleul lui-même !

Il n'excluait pas tout à fait la possibilité de l'envoyer aux Etats-Unis avec Maellyn, avec ou sans l'accord de Burt et Grant.

Ils terminèrent leur thé dans un silence un peu pesant et Minerva serra son épaule avant qu'il ne retrouve la forme de Patmol.

- Je ne permettrais pas qu'il arrive quoique ce soit à Harry, Sirius.

- Il est un peu tard pour ce genre de promesses, Minerva.

Jeudi 11 Mai 1995, Poudlard, Ecosse.

Comme tous les matins, je fus réveillée par la sonnerie stridente du réveil de Jin. Un bâillement me fit monter les larmes aux yeux et je basculai sur le côté, enfonçant un peu plus mon visage dans mon oreiller. Je m'étais endormie tard la veille – la faute à cette maudite feuille de Mandragore – et je ne serais pas compte rester une heure de plus sous ma couette.

Une sensation humide au niveau de mon entrejambe me fit oublier cette idée.

Je me redressai brusquement en repoussant ma couverture.

Je découvris une large tâche de sang sur mes draps et je pris une profonde inspiration avant de baisser les yeux sur mon bas de pyjama.

La soie rose était indéniablement rouge.

Je restai figée. Mon coeur battait follement dans ma poitrine et mes yeux me brûlaient, même si je ne savais pas vraiment pourquoi.

C'était normal.

Une larme glissa le long de ma joue et je l'essuyais d'un geste rageur, ravalant les autres en reniflant sèchement.

Je savais que ça allait finir par arriver et je n'avais même pas mal. Il n'y avait aucune raison de pleurer.

Je vis les rideaux de mon lit bouger du coin de l'oeil, mais je n'eus pas le temps de rabattre les couvertures sur moi que la tête de Jin apparut. Ses yeux firent un aller-retour entre la tâche sur mes draps et mon visage. Je sentis mes joues se mettre à me brûler et elle me fit un petit sourire rassurant.

Son visage disparut et quand elle écarta les rideaux à nouveau, c'était pour me tendre ma robe de chambre.

- Merci, soufflai-je en l'attrapant.

- De rien. La salle de bain est libre si tu veux.

Mes gestes me semblèrent maladroits tandis que j'enfilai ma robe de chambre. Je pris soin de rabattre mes draps avant de me lever. Je ne voulais pas que Deloris me tombe dessus quand je sortirais de la salle de bain, ce qu'elle serait parfaitement capable de faire, elle qui semblait à l'affût de la moindre occasion de se montrer blessante.

Elle n'était pas prête de se remettre du fait que ni moi, ni Draco, n'avions été présents à son bal de Débutante.

Je dus toutefois passer par ma malle pour récupérer le nécessaire que Narcissa m'avait acheté l'été qui avait précédé ma première année à Poudlard. Elle m'avait expliqué comment attacher les serviettes à mes sous-vêtements, quelle potion prendre si je saignais trop ou si j'avais mal, et quels sortilèges pourraient m'être utiles. J'avais tout écris sur un morceau de parchemin que je laissai au fond de ma malle.

Le souvenir de cette discussion était encore très frais dans ma mémoire, et je doutais d'en avoir besoin.

La douche me fit du bien, même si la vue de l'eau rouge à mes pieds me mit un peu mal à l'aise.

Face aux trois tailles de serviettes en tissu – et bardées de tout un tas d'enchantements d'après Narcissa – j'eus l'impression de prendre une éternité avant de décider que je ne prenais pas beaucoup de risques en mettant la plus grande.

L'uniforme de Poudlard avait beau être noir, je ne tenais pas à reproduire l'incident de cette nuit. Une fois habillée – et à la différence des soutiens-gorges auxquels j'avais eu du mal à m'habituer – je ne sentais rien de différent, ce qui me rassura un peu.

A part Jin, personne ne pourrait deviner que j'avais versé mon premier sang dans la nuit.

Je terminai de me préparer rapidement – Jin et Crystal devaient encore passer par la salle de bain – et je pris soin de mettre mon pyjama au fond du panier à linge. Je n'étais pas vraiment sûre que les Elfes de maison parviennent à le détacher.

Au moment où je passais la porte, je compris que Deloris avait fait honneur à sa réputation de fouineuse à la façon dont elle me détailla de la tête aux pieds, un sourire moqueur aux lèvres.

- Il était temps, Lestrange. Toutes les filles de deuxième année ont eu leur premier sang il y a des mois.

- Dommage qu'elles n'aient pas profité de l'occasion pour te donner des leçons de maturité, répliquai-je.

Elle plissa les yeux et ouvrit la bouche pour me répondre, mais je passai devant elle sans lui adresser un regard de plus, mettant fin à une conversation qui ne m'intéressait pas. Pour une fois, cela sembla suffire pour qu'elle me fiche la paix.

Dès qu'elle fut partie rejoindre Sven et Hadrian pour le petit-déjeuner, Jin me rejoignit pour m'aider à défaire mes draps.

- Il ne faut pas que tu écoutes les bêtises de Yaxley, ça se saurait si on pouvait choisir la date de nos premières règles.

J'avais beau le savoir – Narcissa m'avait expliqué que je les aurais quand mon corps serait prêt – sa sollicitude me fit du bien.

- Tu as tout ce qu'il te faut ?

- Oui. Mais c'est gentil de me le demander.

Elle haussa les épaules.

- C'est normal. S'il y a bien un sujet sur lequel on doit se serrer les coudes, c'est celui-là !

Elle s'installa ensuite à côté de moi, son expression un peu plus sérieuse.

- Par contre, tu dois me promettre que si tu as trop mal pendant tes règles, ou si tu saignes beaucoup trop, alors tu iras voir l'infirmière.

Mon visage s'empourpra.

- Je… tu…

Elle m'interrompit d'un geste.

- Ma grand-mère moldue est gynécologue. Elle s'est assurée que je sache à quoi m'en tenir concernant les règles. Si tu as trop mal, ce n'est pas normal, un point c'est tout. Et ce n'est pas sale non plus sale ou humiliant de les avoir. C'est juste comme ça, c'est la vie. D'accord ?

Je ne pus que hocher la tête. Narcissa n'avait pas tout à fait tenu le même discours, trois ans plus tôt. Selon elle, mon premier sang signifierait que mon corps était prêt à accueillir la vie et que c'était une étape importante dans la vie d'une adolescente. Toutefois, la discrétion était de mise dans le monde Sang-Pur. Il était hors de question que j'en fasse la publicité et il valait mieux que je veille à ce que mes vêtements restent immaculés pendant cette période du mois.

- Ma grand-mère m'a donné un petit fascicule. Je te le montrerai ce soir, et je demanderais à ma mère de m'en envoyer un autre pour que tu en ais un exemplaire.

La porte de la salle de bain s'ouvrit à nouveau et Jin sauta au sol, non sans avoir tapoter ma cuisse gentiment.

Crystal eut un sourire amusé.

- J'ai eu le droit au même discours de sa part, me confia-t-elle. Tu devrais aimer la présentation du fascicule de sa grand-mère, c'est très scientifique.

L'étincelle dans son regard me fit craindre le pire et je décidai que, quoiqu'il arrive, elle ne serait pas présente quand Jin me le montrerait.

- On va manger ? éludai-je.

Elle attrapa son sac et me fit signe de passer devant moi.

En arrivant dans la salle commune, je réalisai que j'avais oublié un détail.

Théodore Nott était installé sur l'un des fauteuils qui faisait face à l'escalier d'où nous venions, et il se leva en nous voyant.

- Bonjour, Alya, dit-il en s'inclinant légèrement.

Mon regard noir le laissa indifférent et il me tendit son bras.

- Tu peux toujours rêver, Nott, sifflai-je.

- Lord Malefoy ne sera pas ravi d'apprendre que tu te montres aussi récalcitrante.

- Raison de plus.

Il eut le bon goût de ne pas insister et il resta à bonne distance de Crystal et moi sur le chemin vers la Grande Salle, même si c'était encore loin d'être satisfaisant.

Ce manège durait depuis son retour des vacances de Pâques. J'avais trouvé étrange qu'il vienne me saluer dans notre wagon et j'avais compris qu'il y avait anguille sous roche quand il m'avait tendu sa main pour m'aider à descendre du train à notre arrivée à Pré-au-Lard.

Depuis, j'avais découvert grâce à Pansy que Lord Nott l'avait rappelé à ses devoirs et qu'il se devait de me charmer en vue de mon quatorzième anniversaire.

Son approche de la question était une parfaite illustration de l'étiquette du monde Sang-Pur, ce qui avait tendance à m'énerver encore plus.

J'avais donc l'impression de participer à une interminable partie de cache-cache depuis la rentrée…

- Un jour, je vais lui lancer un maléfice.

- Il pourrait le prendre comme une marque d'intérêt, se moqua Crystal.

Mon amie avait l'air de trouver la situation très amusante.

- Je sens que cette journée va être interminable.

Je dus me forcer à manger – le goût des aliments était contaminé par celui de la feuille de Mandragore – et le hibou de Christopher ne fit pas son apparition.

Mon ventre se serra : Roksana Mesyats était rentrée à Durmstrang pendant les vacances de Pâques – sans que personne ne sache vraiment pourquoi – et je craignais que mon ami paye les conséquences à ma place.

Le jeudi, nous avions Sortilège en première heure. Cela signifiait un tête à tête avec Luna Lovegood et une lutte de chaque instant avec ma magie – qui continuait à n'en faire qu'à sa tête –.

- Comme promis, nous allons travailler le sortilège d'allégresse aujourd'hui ! Je vous rappelle que la formule est laetus et qu'il vous faut faire un arc de cercle tourné vers le haut suivit d'un coup de poignet sec pour le lancement. Veillez à doser votre enthousiasme, je ne tiens pas à devoir gérer des crises d'hystérie cette année.

Lovegood se tourna vers moi, un large sourire sur ses lèvres.

- Je pense que ce sortilège va te faire du bien, Alya. Tu sembles contrariée.

Elle n'avait pas la moindre idée de la liste des choses qui m'agaçaient depuis ce matin, mais je devais lui accorder que je n'allais pas me plaindre si je sortais de bonne humeur du cours de sortilège.

- J'espère que tu ne m'en voudras pas si je te fais pleurer, dans ce cas.

Elle fit la moue.

- Tu réussis toujours mieux quand tu es de mauvaise humeur. Tu devrais commencer.

Puisqu'elle était mon binôme de sortilège depuis presque trois ans, elle était sans doute mieux placée que beaucoup pour le savoir.

Je remontai les manches de ma robe et je fis de mon mieux pour vider mon esprit de toute pensée parasite, y comprit ce qui pouvait ressembler à la visualisation des effets du sortilège ou du geste que je devais faire.

Après tout, j'étais censée suivre mon instinct et laisser ma magie s'exprimer à travers mes sensations, ou quelque chose d'aussi fantasque.

- Laetus !

Lovegood se mit aussitôt à glousser, sans que je ne réussisse à déclarer mon premier essai comme un succès.

Elle pouvait tout aussi bien avoir vu une créature invisible aux yeux de tous qui aurait comme propriété de faire rire ceux qui croisaient son regard.

Elle se calma au bout de quelques minutes.

- Je crois que tu as réussi, dit-elle. Tu vas voir, ça fait un bien fou !

C'était au moment de changer de rôle que j'étais contente d'être avec elle. Elle était de loin la plus douée, au moins pour Serpentard et Serdaigle, et elle avait un talent certain pour doser ses sortilèges – et parfois même faire quelques variantes –. Quand elle lança son sortilège d'allégresse, je me sentis tout de suite un peu mieux, comme si un poids venait d'être ôté de mes épaules et que je pouvais respirer un plus librement. Un sourire étira mes lèvres sans que je ne sache pourquoi.

- Tu peux y aller plus fort, la rassurai-je.

Elle secoua la tête.

- J'ai peur qu'il se passe quelque chose de bizarre si je te mets de trop bonne humeur.

J'avais rarement été de bonne humeur en sortilège – le concept même de cette discipline me faisait grincer des dents – mais je savais que mes performances étaient étroitement liées à mon état d'esprit. Il était vrai que les fois où mes essais avaient donné un résultat qui avait laissé le professeur Flitwick perplexe, j'avais été de meilleure humeur.

Je fis donc de mon mieux pour rester en contrôle de ma magie, me répétant les raisons pour laquelle j'étais agacée avant de passer la porte – Deloris, Nott, l'absence de lettre de Christopher et les sortilèges à eux tout seuls – et je réussis à ne pas provoquer une crise d'hystérie chez Lovegood.

Elle profita que le cours fut bientôt terminé pour se montrer plus enthousiaste, et j'eus un fou rire qui me laissa avec un ventre douloureux, les joues humides et les muscles de mon visage plus tendres que d'habitude.

- Passe une bonne journée, Alya !

- Toi aussi, Luna.

Pour couronner le tout, le professeur Flitwick m'accorda dix points pour ma régularité – une première –.

- Qui aurait penser que tu quitterais un jour cette salle de classe avec un pas aussi léger ? se moqua Crystal.

Elle aussi semblait d'excellente humeur. Apparemment, Jin avait très vite maîtrisé le sortilège d'allégresse.

- Profites-en, cela ne va pas se reproduire si souvent…

La chance continua à me sourire pour le reste de la journée. Nous avions une heure d'interrogation en Défense sur les morts-vivants – ce qui signifiait que mes interactions avec le professeur Maugrey étaient à leur minimum –. Le cours d'Arithmancie fut plus intéressant que d'habitude – nous devions retrouver le jour qui correspondait à une date selon un algorithme qui me plut beaucoup – et il n'y eut pas de plantes dégoûtantes en Botanique.

Je pris toutefois la peine de passer aux toilettes à chaque pause pour vérifier que rien était en train de déborder mais, de toute évidence, mon corps avait rejeté tout le sang inutile pendant la nuit.

Peut-être que Jin serait en mesure de me dire si cela se passerait toujours de cette façon. Et peut-être même existait-il une façon de prévoir la venue du prochain flot. L'utilisation de l'Arithmancie pourrait être pertinent…

Je me promis de prendre le temps de fouiller le rayon sur l'Arithmancie à la bibliothèque dans la semaine, pour vérifier si cela n'était pas mentionné au détour d'un chapitre.

J'avais l'intention de passer la fin de l'après-midi à travailler le nouveau devoir de potion – le rôle de l'aconite dans la potion de Réveil – et mon détour par le dortoir – où mon pyjama était plié au pied de mon lit aux draps propres – avait pour seul but de récupérer mes affaires de potion.

Et surtout, le brouillon que j'avais réalisé la veille.

Du reste, jusqu'à ce que ma route croise celle de Pansy dans le couloir.

- Alors, il paraît que tu as eu ton premier sang, Lestrange ?

Je pris le temps de chercher pourquoi son ton était aussi sec, sans vraiment trouver la réponse.

Elle fit claquer sa langue contre son palais.

- Tu aurais pu venir me le dire ! Ce n'est pas le genre de trucs que je suis censée découvrir dans les toilettes des filles !

J'eus un sourire contrit, puis une exclamation douloureuse quand elle m'attrapa le bras et qu'elle me tira en direction du dortoir des quatrième années.

- Je ne suis pas certaine que tu le mérites, mais Millie a insisté…

Millicent était déjà en pyjama – un ensemble en coton qui semblait très confortable – et était entourée par un large choix de friandises – de chez Honeydukes et des cuisines –. La radio était allumée et passait le dernier tube à la mode. Je fus très surprise de trouver Jin et Crystal, installées sur le lit de Pansy.

Millie me fit un large sourire.

- C'est une habitude qu'on a avec Pansy le premier jour où on a nos règles. On mange des cochonneries, on parle de tout et de rien, et on ne fait aucun de nos devoirs.

Maintenant qu'elle le mentionnait, j'avais déjà remarqué qu'elles étaient parfois absentes à certains dîners. Pansy m'avait répondu sèchement que je comprendrais quand je serais plus grande la fois où je lui en avais fait la réflexion – après qu'elle m'ait fait la morale pour avoir sauté un déjeuner –.

Je devais être assez grande, maintenant.

- Vous avez un quart d'heure pour vous mettre en pyjama et revenir ici, les filles.

Le programme semblait particulièrement plaire à Jin qui se leva d'un bond. Crystal semblait amusée par l'idée – sans doute parce qu'elle aimait discuter avec Millicent, une des rares sources fiables en matière de ragots à Poudlard – et je ne pus que suivre.

Une telle soirée paraissait plus agréable que travailler sur mon devoir de potion.

Je fus toutefois forcée de revoir mon opinion quand Jin vint s'asseoir à côté de moi, un petit magasine en papier glacé à la main.

Elle l'ouvrit aussitôt sur une double page illustrées par deux schémas qui n'avaient pas le moindre sens à mes yeux.

Elle pointa du doigt une espèce de triangle.

- Ça, c'est l'utérus. C'est là que s'accumule l'endomètre. A chaque fin de cycle, si aucun ovule n'a été fécondée, il se détache des parois de l'utérus, et c'est ça qui compose le sang des menstruations.

L'heure qui suivit fut à la fois très informative et très embarrassante.

Apparemment, Narcissa avait oublié de me parler de beaucoup de choses.

Samedi 20 Mai 1995, Poudlard, Ecosse.

L'ambiance était studieuse dans la bibliothèque : à l'approche imminente des examens et, surtout, des BUSES et des ASPICS. Il devenait compliqué de trouver une table de libre. J'avais toutefois déjeuner tôt et j'avais profité que les autres soient dans la Grande Salle pour m'établir dans un des coins les moins fréquentés : le rayon dédié à la divination.

Apparemment, c'était la seule épreuve des BUSES qui ne nécessitait aucun livre – et aucune révision si j'en croyais les bruits de couloir –. Deux cinquième années de Serdaigle s'étaient installés aux places libres pendant trois heures, ils avaient travaillé sur la Métamorphose pendant tout ce temps – j'avais dû me faire violence pour ne pas les corriger plusieurs fois – puis ils étaient repartis en oubliant de ranger l'un des livres, ce qui ne manquerait pas de faire enrager Madame Pince.

De mon côté, j'avais été plutôt efficace. Jin nous avait convaincu, Crystal et moi, de rejouer à son jeu de révision. Cette fois, Jeremy Harper et Ryan O'Casey seraient de la partie. Si je n'étais pas certaine que le premier pourrait nous apporter quoique ce soit – Harper était un élève moyen, qui ne semblait pas vraiment passionné par la moindre discipline – je savais que O'Casey était excellent en Arithmancie et en Runes, ce qui serait un véritable atout. Comme l'année dernière, j'étais en charge de la Métamorphose et de l'Astronomie, pour lesquelles j'avais presque terminé de rédiger les fiches questions. Cela m'avait permis de revoir un peu ce que je pensais de Jin. L'année précédente, elle s'était donné beaucoup de mal pour préparer toutes les fiches, toute seule.

Cela dit, j'aurais peut-être dû me porter volontaire pour les Sortilèges. Je n'étais pas une experte en la matière, mais cela m'aurait forcé à reprendre tous mes cours et toutes mes rédactions.

Peut-être que je le ferais quand même demain, au moins pour avoir une vue d'ensemble des choses importantes à retravailler.

Je fus interrompue par l'arrivée de Crystal – qui avait préféré profiter de la dernière sortie à Pré-au-Lard en compagnie de Pansy et Millie –. Elle s'installa en face de moi et déposa mon propre Eclair de Feu sur la table.

- Il se trame un truc du côté du terrain de Quidditch, souffla-t-elle. On a pas réussi à comprendre de quoi il s'agissait avec Pansy. Tu pourrais aller voir ?

Je la dévisageai.

- Je suis occupée, Malhorne. Je suis certaine que ça peut attendre.

- Tu as travaillé toute la journée ! Si tu ne vas pas prendre l'air, ton cerveau va fondre.

- Ne t'inquiète pas pour mon cerveau. Je veux bien te prêter mon balai si ce n'est que ça.

Elle serra les lèvres.

- Tu sais bien que je n'aime pas voler.

Un sourire moqueur étira mes lèvres.

- Dit-elle, alors qu'elle m'a forcée à prendre l'avion. Deux fois.

- C'était complètement différent.

- A tes yeux peut-être. Maintenant, si tu n'as pas l'intention de m'aider, je te serais reconnaissante de me laisser travailler. Les examens sont officiellement dans moins d'un mois.

Elle croisa les bras sur sa poitrine et resta un long moment silencieuse. Si elle croyait que son air boudeur allait m'attendrir, elle oubliait que j'avais grandi avec Draco. Même lui avait abandonné cette technique depuis des années.

Il eut un bruit de papier froissé qui me fit relever la tête : Crystal avait sorti un paquet de chez Honeydukes, remplit de ce qui ressemblait beaucoup à des loukoums. Elle me désigna mon balai d'un geste du menton, puis l'extérieur d'un deuxième.

J'ignorais ce qu'elle comptait faire avec ses loukoums, mais l'étincelle dans son regard ne me disait rien qui vaille.

Bien décidée à ne pas céder, je secouai la tête. Par Circé, j'avais encore des choses à faire !

Son haussement de sourcil sonna comme une dernière chance de changer d'avis – ce que je refusai – puis elle éclata de rire.

J'eus à peine le temps de m'offusquer que Madame Pince arrivait au niveau de notre table, visiblement en colère – elle était terriblement plus susceptible à l'approche des examens –. Son regard fit un aller retour entre le paquet de friandises de Crystal, mon Eclair de Feu et les livres ouverts à proximité.

Je vis avec horreur son visage devenir carmin.

- DEHORS !

Il était inutile que j'essaye de la convaincre que je n'avais rien à voir avec tout cette mise en scène. J'avais beau avoir réussi à racheter une image d'élève responsable depuis cette fois où j'avais rendu un livre en retard – juste avant de me faire pétrifier – je connaissais assez Madame Pince pour savoir qu'elle n'était plus raisonnable à ce stade de sa colère.

Je fis de mon mieux pour ranger mes affaires au plus vite – certains disaient qu'elle pouvait parfois utiliser la magie pour chasser des élèves perturbateurs et qu'elle ne retenait pas forcément ses maléfices – tout en maudissant Crystal en silence sur les sept prochaines générations.

Elle eut le toupet d'avoir l'air fière d'elle une fois dans le couloir.

- Je te déteste, Malhorne ! Je te promets que si elle refuse de me laisser retourner dans la bibliothèque jusqu'aux examens, je vais t'écorcher vive !

Elle me fit un sourire rassurant.

- On a tout prévu avec Pansy. Il paraît que Madame Pince adore le vin d'elfe et les macarons. Elle est retournée à Pré-au-Lard en acheter pendant que je venais te sortir de la bibliothèque.

Je n'eus crus pas mes oreilles. Étaient-elles désœuvrées à ce point qu'elles préféraient manigancer un plan aussi compliqué alors qu'il aurait été bien plus simple de demander à Draco d'aller voir de quoi il en retournait ?

Mon cousin possédait aussi un balai et il était d'une curiosité maladive !

Je faillis lui faire part de mes arguments, qui prouvaient à eux-seuls que, pour deux personnes qui se flattaient souvent d'être brillantes, elles étaient décidément bien sottes quand elles le voulaient, quand je compris que c'était bien ça le problème.

Pansy était très bien placée pour savoir qu'elle n'aurait qu'à mentionner quelque chose à propos du terrain de Quidditch et Draco se porterait volontaire pour aller voir de quoi il en retournait.

- Qu'est-ce que vous manigancez, toutes les deux ?

Crystal fit claquer sa langue contre son palais, en une parfaite imitation de Pansy.

- Les examens sont dans un mois et tu ressembles déjà à un dragon ! Tu as besoin d'aller prendre l'air et de faire autre chose que te bourrer le crâne ! Prends ce balai et va faire un tour !

- C'est tout ? Tu n'aurais pas pu juste me dire ça ?

Elle leva les bras au ciel.

- Ça fait une semaine qu'on ne fait que ça avec Pansy ! Pourquoi crois-tu qu'on a autant insisté pour que tu viennes à Pré-au-Lard avec nous ? Maintenant, tu prends ce balai, et tu vas faire un tour !

Je croisai les bras sur ma poitrine.

Elle ricana.

- Si tu n'y vas pas, je ferais en sorte que Madame Pince te bannisse de la bibliothèque jusqu'à la fin de l'année !

Elle était parfaitement capable de me faire bannir jusqu'à la fin de ma scolarité. J'attrapai mon balai d'un geste sec et je lui tendis mon sac de l'autre main.

- Tu me le paieras, Malhorne.

- J'ai hâte !

Je tournai les talons aussitôt en direction du parc, réalisant en chemin qu'il faisait un temps magnifique dehors et que j'aurais peut-être pu travailler au bord du lac plutôt qu'enfermée dans la bibliothèque.

Ce n'était pas une raison suffisante pour me faire bannir de la bibliothèque.

J'enjambai mon balai dès que je fus dans le parc et la première accélération me fit presque oublier le goût de la feuille de Mandragore dans ma bouche.

Le printemps s'était installé sur l'Écosse depuis notre retour des vacances. Il pleuvait beaucoup moins, les températures étaient suffisamment douce pour que nous puissions nous passer de nos capes d'hiver et le ciel était vraiment bleu plusieurs heures dans une même journée.

Il y avait quelques nuages en cette fin d'après-midi, et un peu de vent, mais les conditions de vol restaient très bonnes. Je fis plusieurs accélérations au-dessus du Lac Noir, poussant à chaque fois un peu plus les limites de mon balai, profitant qu'il n'y aucun obstacles pour les terminer par des tonneaux qui me laissaient avec le coeur battant à toute vitesse.

J'attendis que mes doigts commencent à être ankylosés pour prendre la direction du terrain de Quidditch.

Ou de ce qu'il en restait, selon toute vraisemblance.

Contrairement à ce que Crystal soutenait, je n'avais pas passé les trois dernière semaines enfermée dans le château. J'étais venue voler quelques jours après mon retour de Belfast, quand la pression de devoir être à nouveau Alya Lestrange, aux yeux de tant de personnes, avait bien failli me faire perdre le contrôle sur ma magie.

A ce moment-là, le terrain de Quidditch n'avait pas été envahi par des sortes de haies.

Je pris un peu d'altitude, dépassant la hauteur des tribunes d'une bonne dizaine de mètres. Depuis mon point de vue, il était évident que les haies formaient un labyrinthe, dont seul deux chemins menaient à son centre.

Il me fallut plusieurs minutes pour réaliser que la forme du labyrinthe variait sans cesse – sans doute pour que personne ne puisse en apprendre le tracé par coeur –.

Je doutais que cela serait la seule surprise qui attendrait les quatre champions dans un peu plus d'un mois : la dernière épreuve était censée atteindre un nouveau niveau de difficulté. Après des dragons et une plongée dans un Lac rempli de créatures dangereuses, avoir un bon sens de l'orientation semblait trop facile.

Pour le moment, je fus incapable de discerner d'autres dangers.

Je fis encore quelques accélérations, jusqu'à ce que la position du soleil dans le ciel me laisse penser qu'il était bientôt l'heure du dîner.

Pansy, Crystal et Millie m'avaient réservé une place – elles semblaient toutes les trois fières d'elles – mais je décidai de les ignorer pour aller rejoindre Draco.

Crystal eut beau insisté dans les jours qui suivirent, je refusai de lui dire ce que j'avais pu voir sur le terrain de Quidditch.

...

Mercredi 24Mai 1995, Poudlard, Ecosse.

- Il est hors de question que tu travailles ! Tu vas déjà passer une partie de ta soirée avec McGonagall !

- Le professeur McGonagall, répondis-je. Est-ce que j'ai le droit de répondre à Christopher ou est-ce considéré comme une activité trop fatigante pour ma santé fragile ?

Pansy plissa les yeux.

- Ça dépend, Rowle était-il de bonne humeur ou un nouveau malheur lui est-il tombé dessus ?

Je n'eus pas le temps de m'insurger, parce que Crystal répondit pour moi.

- De bonne humeur, à priori.

- Merci, Malhorne. Dans ce cas, oui, tu peux lui répondre, petite. Mais fait attention à ce que tu écris, ou tu risques de rendre Nott jaloux.

Mon regard noir la laissa indifférente. Crystal et Pansy passaient un peu trop de temps en la compagnie l'une de l'autre et elles prenaient un malin plaisir à s'unir contre moi, ce qui avait tendance à être agaçant. Je pris donc mes affaires pour rejoindre le canapé où Draco était installé avec Gregory et Vincent. Ils étaient censés réviser – contrairement à Potter, Draco devrait passer ses examens, qu'importe l'injustice – mais j'avais l'impression qu'ils passaient plus de temps à piocher dans le dernier colis de friandises envoyé par Lucius qu'à travailler.

- Comment va Christopher ?

- Très bien. Tu penses que Phaéton sera d'accord pour lui apporter ma réponse dès ce soir ?

Il arracha la tête d'une chocogrenouille d'un coup de dent expert.

- Vaut mieux que tu attendes demain matin. J'ai remarqué qu'il n'aimait pas partir aussi tard.

Je m'abstins de lui faire remarquer que Phaéton était un hibou et, de fait, un animal nocturne. Draco aurait été capable de se vexer au nom de son hibou et de me dire de trouver un autre messager pour cette fois. Crystal ou Pansy accepteraient sans doute de me prêter leur chouette, mais je n'avais pas envie de leur être redevable en plus de devoir supporter leurs moqueries.

- Tu pourras lui emmener ?

- Il viendra me voir demain matin pour un morceau de bacon. C'est très pratique.

Gregory et Vincent échangèrent un regard affligé et je compris que tout le monde n'était pas de son avis. Il fallait dire que Phaéton avait tendance à attaquer toute personne qui n'était pas Draco – j'étais tout juste tolérée – et il mettait souvent la pagaille à la table des Serpentards.

- C'est gentil de ta part. Merci.

- De rien, Ely'.

Il reprit un bonbon et continua à lire ses notes d'Histoire de la magie.

Je sortis donc la lettre de Christopher que j'avais reçu le matin-même. Si je me débrouillais bien, j'aurais le temps de lui répondre avant mon cour avec le professeur McGonagall.

Ely',

J'espère que cette lettre ne te trouvera pas trop stressée à l'approche des examens. Je sais à quel point tu souhaites réussir, mais ce n'est pas une raison pour te rendre malade. Tu travailles régulièrement, je vois difficilement comment tu pourrais rater tes épreuves.

J'ai hâte de signer le contrat magique de Madame Ngozi pour que tu puisses tout me raconter sur ton séjour à Belfast ! Si Crystal est comme je me l'imagine, je suis sûr qu'elle s'est arrangée pour te montrer tout un tas de trucs fascinants !

Ici, le tournois de fin d'année est dans une semaine. Björn a l'air confiant mais je ne sais pas s'il a raison de l'être. La petite sœur de Radimir m'a fait une remarque la dernière fois que nous nous sommes affrontés et je ne sais toujours pas quoi en penser. Elle est capable de mettre en péril les résultats de sa compagnie pour s'assurer une revanche sur toi, même si c'est complètement stupide de sa part. Avant que tu ne t'inquiètes, je saurais me montrer prudent. Elle fait de toute façon moins la maligne face à moi cette année : depuis que la magie est entrée en jeu, je réussis à la tenir à distance. Cette année, je passerais aussi des examens plus classiques en Alchimie, Runes et Arithmancie. D'après Anton, ils ne sont pas très difficiles, mais il oublie parfois que je n'ai pas commencé à apprendre le bulgare quand j'avais trois ans. Les exercices de traduction ne sont toujours pas mon point fort.

Roskana Mesyats est arrivée deux jours avant ta lettre, aussi a-t-elle réussi à ménager son effet de surprise. Pour être tout à fait honnête, j'ai du mal à croire que ce soit la même personne. Je n'irais pas jusqu'à affirmer qu'elle se soit racheter une conduite, mais elle fait profil bas et elle ne se vante pas de la raison pour laquelle elle est rentrée en avance. Tu n'as donc aucune raison de t'inquiéter pour moi, surtout que j'ai l'impression qu'elle a perdu une partie non négligeable de son influence. Elle n'est plus caporale de sa compagnie pour commencer – c'est très important ici –, elle est en disgrâce aux yeux des professeurs – certainement parce qu'elle est rentrée en avance – et, par dessus tout ça, l'étrange hiérarchie au sein de la famille Lestrange a beaucoup changé, sans lui laisser de place. Je t'accorde qu'elle reste toutefois dangereuse juste armée de sa baguette, c'est pourquoi je fais attention à ne pas trop rester seul. La fin de l'année est proche, et elle ne sera plus là l'année prochaine… Cette situation ne durera donc plus très longtemps.

A vrai dire, je suis plus inquiet pour toi. Radimir a l'air vraiment décidé à t'épouser, soit disant pour redonner au nom Lestrange ses lettres de noblesse ou que sais-je encore. Il est tout à fait capable de te faire boire un Filtre d'Amour alors, je t'en prie, fait attention. Ton garde du corps français ne sera pas toujours là pour te défendre...

Comment se passe ton projet Animagus ? J'espère que tu ne t'es pas débrouillée pour avaler la feuille de Mandragore dans ton sommeil. Je doute que tu ais la patience pour t'y reprendre une troisième fois et j'ai lu quelque part que ça rendait malade.

Je n'ai pas eu de nouvelle lettre de la part des Rowle. Je verrais tout ça avec Lady Malefoy à mon retour, je suis sûre qu'elle arrangera les choses. De toute façon, je refuse de leur adresser à nouveau la parole et la mère d'Anton peut me faire obtenir la nationalité Russe si je le souhaite. Je serais ainsi hors de leur portée (et je ne comprends toujours pas pourquoi ils cherchent à arranger les choses. Ce n'est pas le genre d'Euphémia d'admettre qu'elle a fait une erreur).

Je crois que je n'ai rien oublié. J'ai hâte de te revoir ! Nos lettres ne remplacent quand même pas une vraie discussion et j'ai tant de choses à te dire…

Bon courage pour les examens et passe le bonjour à Crystal de ma part.

Avec tout mon amour,

Chris.

Ses vacances chez Anton avaient dû lui faire le plus grand bien car le ton de cette lettre-là était bien plus léger. Je pris un morceau de parchemin. J'avais terminé le papier à lettre que Christopher m'avait offert pour mes douze ans et il faudrait que j'en retrouve un autre pendant l'été. Rien de ce que j'avais vu dans le monde moldu ne m'avait vraiment emballée.

Chris,

Ta lettre m'a fait énormément plaisir et je suis contente d'apprendre que tu vas très bien. J'espère que ton tournois d'Evaluation se passera bien, lui aussi. Si la petite sœur de Lomonosov te blesse, il peut faire une croix sur ses minuscules chances de réussir à me convaincre de l'épouser, et cela vaut aussi pour Roksana. Je suis bien contente que cette dernière ait perdu une partie de son influence. Peut-être que cela lui apprendre à ne pas trop se prendre pour Viviane.

De mon côté, Lomonosov me donne l'impression de m'avoir oubliée, surtout à côté de la cour assidue que me fait Nott. Il ne semble pas vouloir me laisser tranquille. Je suppose que je dois m'estimer heureuse qu'il n'ait pas donné des idées à d'autres – ça, ou Draco a pris les devants et a menacé tous ceux qui pourraient s'inspirer –. Dans tous les cas, je n'ai pas hâte du tout que mon bal de Débutante ait lieu et qu'ils aient tous l'autorisation d'en faire autant. Un seul, c'est déjà bien assez casse pied comme ça ! (Pansy m'a conseillé d'utiliser la Métamorphose pour m'enlaidir, mais je compte plutôt utiliser cette technique sur eux).

La troisième tâche aura lieu dans exactement un mois maintenant – même si tu dois le savoir – et d'après ma petite enquête, les champions devront retrouver leur chemin dans un labyrinthe, sauf que ce dernier a l'air de se modifier sans cesse. Ça, en plus de nombreux pièges pour pimenter la compétition. Bien entendu, nous ne verrons pas grand-chose puisque quel serait l'intérêt ? (je me demande si Beauxbâtons et Durmstrang ne sont pas derrière ces deux idées et qu'ils en ont fait exprès, histoire que leurs écoles soient autant privé du spectacle que la nôtre). Bref, je suis impatiente que ce tournoi se termine. Avec un peu de chance, Potter s'en sortira indemne, mon père considérera qu'il ne craint rien et je réussirais peut-être à le convaincre de quitter le Royaume-Uni.

Pour le moment, tout se passe bien avec ma feuille de Mandragore – je maîtrise parfaitement au moins un sortilège – et, d'après le professeur McGonagall, la météo devrait être de notre côté. Ça reste de toute façon la partie la plus simple. Le processus d'Appel est bien plus fastidieux, et c'est sans parler de la première transformation… J'espère que je serais à Poudlard quand elle se produira, car le professeur McGonagall ne sera pas de trop, surtout si ça se passe mal.

Thorfin et Euphémia n'ont pas intérêt à faire les malins ! Ils t'ont pour ainsi dire renié, ce qu'ils pensent n'a plus la moindre importance ! Crois-moi, Narcissa réussira à arranger la situation parce qu'il est hors de question que tu sois obligé de t'exiler par leur faute !

J'ai hâte de te revoir, moi aussi ! Heureusement que Draco et toi allez être avec moi au manoir, parce qu'entre Narcissa, Lucius et l'imminence de mon quatorzième anniversaire, j'aurais encore préféré rester à Poudlard cet été…

Sois prudent pendant ton tournoi, passe le bonjour à Anton, et à très vite,

Je t'embrasse,

MB.

- J'espère que tu n'as pas oublié de lui transmettre un bonjour de ma part.

Je levai les yeux au ciel.

PS : Draco te passe aussi le bonjour.

- Satisfait ?

- Énormément. Je n'ai toujours pas de réponse de sa part, peut-être que cela lui donnera envie de m'écrire.

Pour quelqu'un qui, un an plus tôt, avait bien du mal à supporter Christopher – principalement parce qu'il n'aimait pas que je suis puisse être aussi proche de quelqu'un qui ne soit pas lui – il avait changé de discours.

L'été qui arrivait me dirait si cela était une bonne chose ou pas.

- Il est fort probable que vos hiboux se soient croisés et tu le sais très bien.

- Peut-être. Et dans ce cas, c'est encore pire, parce que cela signifie qu'Arthur devra repartir aussitôt arrivé et, vu qu'il a été blessé il n'y a pas si longtemps, je doute que cela soit une bonne idée.

- Je suis certaine que Christopher lui laissera le temps de se reposer avant de l'envoyer ici à nouveau, comme tu le feras avec Phaéton.

- Évidement. Je ne suis pas un monstre.

La vérité était plus que Phaéton refuserait purement et simplement de repartir à peine arrivé – il lui fallait au moins deux jours de repos et de miam'hiboux pour se remettre – mais Draco continuait de se bercer d'illusions en affirmant que cela venait de lui.

De mon côté, j'avais décidé de choisir la chouette la plus docile possible pour mes quatorze ans. Il était hors de question que je laisse un tas de plumes me commander !

L'horloge sur la cheminée m'indiqua que mon cours avec le professeur McGonagall était dans un quart d'heure et qu'il me fallait partir maintenant si je voulais respecter ma règle des cinq minutes de ponctualité. Je glissai ma lettre dans mon sac avant de le hisser sur mon épaule.

J'avais rarement besoin de prendre des notes ces derniers temps – le professeur McGonagall avait décidé que nous finirions l'année avec les métamorphoses hybrides – mais je préférais emporter mes livres au cas où.

Il n'y avait rien de plus frustrant que de ne pas pouvoir invalider un doute.

La porte du bureau du professeur McGonagall était ouverte et elle me fit signe d'entrer avant même que j'ai pu frapper pour annoncer mon arrivée.

- Vous tombez bien, Miss Black, je viens de terminer mon paquet de copies.

Comme à chaque fois, je pris place en face d'elle, curieuse de savoir quelle métamorphose j'allais devoir accomplir ce soir. J'avais transformé mes cheveux en plume, donner à ma peau une apparence d'écailles, transformer ma main en patte de félin, fait apparaître une queue, changer la forme de mes oreilles en une multitudes de variétés ou encore améliorer les propriétés de mes yeux.

Il n'y avait pas la moindre partie de mon corps qui ait échappé aux idées de mon professeur.

- Comment se porte cette feuille de Mandragore ?

- Très bien. Elle est presque noire, ce qui rend son goût encore plus infâme.

Elle eut un bref sourire.

- Le plus dur est derrière vous. Si les prévisions du professeur Sinistra se révèlent exactes – le contraire serait inédit – vous serez en bonne voie de commencer le rituel d'Appel à la même heure la semaine prochaine.

- Ne devrions-nous pas demander au professeur Trelawney de confirmer cette possibilité ?

Elle me dévisagea par dessus ses lunettes carrées, ses lèvres plissées et je dus me pincer discrètement pour ne pas me vendre.

Mon père m'avait glissé dans sa dernière lettre d'évoquer la professeur de Divination et de me rapporter avec précision la réaction du professeur McGonagall.

- Cela est très amusant, Miss Black. Vous avez de toute évidence hérité de l'humour douteux de votre père en plus de sa fierté mal placée. Pour la peine, je ne vous aiderais pas à transformer le bas de votre corps en celui d'un cheval.

J'entrouvris ma bouche. C'était un tout autre niveau de transformation hybride !

- J'ai pensé que nous pourrions terminer cette année sur un petit challenge. Au travail !

Il me fallut plusieurs secondes pour reprendre le dessus sur ma surprise et pouvoir réfléchir à nouveau de façon satisfaisante. Jamais encore le professeur McGonagall ne m'avait demandé quelque chose d'aussi complexe. Je devais à la fois modifier la structure de mes jambes et l'apparence de ma peau, mais aussi transformer mes pieds en sabots – une gageure à elle seule – et tout cela en faisait apparaître une paire de pattes supplémentaires et une queue.

J'étais tentée de faire la moitié du travail – obtenir un résultat satisfaisant sur mes deux jambes et m'occuper du reste après – mais deux ans de séances particulières m'avaient appris qu'il valait mieux commencer par la structure globale avant de s'attaquer aux détails.

Ça ne me disait pas vraiment comment j'allais parvenir à faire pousser deux jambes supplémentaires, fonctionnelles par-dessus le marcher – le professeur McGonagall ne se satisfaisait pas d'une métamorphose d'apparat –.

Je relevai les yeux vers elle, espérant qu'elle se soit radoucie. Elle haussa un sourcil et fit venir à elle un nouveau tas de parchemins.

Le geste était clair : je pouvais faire une croix définitive sur son aide.

Il ne me restait plus que mon cerveau et tout ce que j'avais appris depuis qu'elle m'avait pris sous son aile.

Pour une telle transformation, l'ordre était essentiel. La structure globale, d'abord. Les détails ensuite. Si je réussissais à faire apparaître quatre jambes – même chétives ou difformes – cela serait déjà un bon début.

Lors du dernier essai que j'avais écrit sur les métamorphoses hybrides – qui ne devait pas avoir été innocent – j'avais croisé une formules qui permettait de multiplier les pattes d'un animal. J'avais également découvert à cette occasion qu'il y avait eu une sorte de surenchère de la créature la plus exotique pendant le moyen-âge, ce qui expliquait en partie pourquoi les expérimentations sur les animaux étaient très encadrées aujourd'hui.

Je faillis sortir mes notes pour retrouver le nom de la formule, mais le professeur McGonagall serait capable de considérer cela comme de la triche.

J'eus l'impression de me creuser littéralement le crâne, usant sans complexe de certains exercices d'Occlumentie pour redonner de la netteté à un souvenir.

Je faillis laisser échapper un cri de joie quand je trouvais enfin ce que je cherchais.

Quadripedans.

Le geste de la baguette rappelait un peu le chiffre quatre, un peu stylisé, que l'on avait fait pivoté d'un quart de tour vers la droite – peut-être apprendrai-je pourquoi en Arithmancie –. Comme très souvent, mon premier essai ne donna pas grand-chose – je sentis un picotement le long de mes jambes, jusque dans le bas de mon dos – mais s'il s'était passé quelque chose – ce que l'expérience m'avait appris – il était invisible à l'oeil nul.

J'augmentai donc ma puissance magique – les transformations hybrides demandaient plus de souplesse et donc une utilisation très modérée de la viciosité –. Le picotement augmenta de plus en plus, jusqu'à me donner l'impression que mes jambes enflaient, étirant la peau au passage.

Un sourire en coin étira mes lèvres. C'était presque ça.

Je pris une minute pour rassembler mes forces.

- Quadripedans !

J'avais mis juste un peu plus de viciosité dans mon geste – il faudrait au moins ça pour concrétiser la transformation – et, cette fois, je vis mes jambes doubler de volume.

Lorsque nous avions commencé les métamorphoses humaines, j'avais eu peur que le processus soit douloureux. Il s'était avéré que c'était au pire désagréable, et souvent très déconcertant.

La sensation de fourmillement était plus intense et semblait former une ligne continue entre le bout de mes orteils et mes hanches. Mes jambes étaient secouées par des spasmes, comme si mon corps essayait de résister à ma magie.

Je raffermis ma prise sur ma baguette, mettant ma volonté à contribution.

J'étais la seule à pouvoir commander, et il faudrait que mon corps se résigne.

Finalement, il y eut un blop un peu humide et je déglutis difficilement, clignant des yeux pour me convaincre que je ne rêvais pas.

Une deuxième paire de jambes, parfaitement identiques à celles d'origine – de la couleur de mes chaussure à la cicatrice sur mon genoux gauche – étaient apparues. J'avais cru qu'elles se rajouteraient sur le côté, mais elles reposaient sur le dessus et je les sentais commencer au niveau de mon nombril.

J'essayai de les bouger, sans succès, ce qui me fit comprendre que ma transformation était incomplète. J'avais sans doute oublier de prendre en compte quelque chose.

Je compris un peu mieux quand j'appuyais sur la jambe avant droit. Mon index s'enfonça comme si ma jambe était faite uniquement de peau.

- Ce n'est pas si mal que ça, Miss Black. Certains élèves extraient parfois leur propre squelette, ce qui se révèle plus compliqué à remettre en place… Vous…

Elle fut interrompue par trois coups secs sur la porte de son bureau. Elle haussa les sourcils.

- Entrez !

Je me retournai juste à temps pour voir le professeur Rogue passer la tête dans le bureau.

- Que se passe-t-il, Severus ?

- Le directeur a besoin de vous. Viktor Krum se serait fait attaquer par Bartémius Croupton non loin de la cabine d'Hagrid.

Il y eut un silence. Si le professeur Rogue semblait un peu énervé – du reste, si je me fiais à son ton plus sec que d'habitude et au rictus qui déformait sa bouche – le professeur McGonagall resta la bouche entrouverte. Elle secoua la tête et se leva.

- Laissez-moi une minute pour arranger Miss Lestrange et je vous rejoins dans le couloir.

D'ordinaire, je devais me débrouiller pour la transformation inverse – ce qui était souvent plus compliqué encore – et voir le professeur McGonagall faire disparaître les deux appendices d'un geste de baguette et sans même prononcer la formule me rappela que j'avais encore beaucoup de choses à apprendre.

- Retourner directement dans votre salle commune, Miss Black, c'est bien compris ?

J'ignorais si elle pensait que j'allais la suivre – je n'étais pas Draco – ou si elle avait deviné que j'avais en tête de passer par la volière – après tout, mon père m'avait demandé de le prévenir s'il se passait quelque chose d'étrange – mais j'hochai la tête en silence.

- Et pas d'essais en dehors de nos leçons.

Je commençais par connaître la chanson, puisqu'elle me le rappelait à chaque fois.

- Bien entendu, professeur.

J'attrapai mon sac et je saluai le professeur Rogue d'un geste de la tête lorsque je passai devant lui. Je dus rejoindre la salle commune en un temps record. Draco était toujours installé avec Gregory et Vincent, le coli de bonbon désormais vide.

Il fronça les sourcils en me voyant.

- Déjà ?

Mon expression dut me trahir car il se redressa.

- Que s'est-il passé ?!

Je lui souris et gardai le silence, juste pour savourer l'occasion.

C'était assez rare que j'aie l'exclusivité d'un scoop comme celui-ci.

- Alya, grinça-t-il.

Je faillis tourner les talons.

- Allez, cousine ! Ce n'est pas drôle !

Il semblait oublier que je ne faisais que l'imiter.

- Ma séance a été écourtée par le professeur Rogue. Apparemment, Viktor Krum se serait fait attaquer par Bartémius Croupton, non loin de la cabane d'Hagrid.

Draco attrapa mon bras et tira dessus pour m'obliger à s'asseoir à côté de lui.

- Répète un peu ça pour voir, cousine !

Il passa le reste de la soirée à imaginer des explications de plus en plus alambiquées, ce qui coupa court à sa séance de révision.

Quand il déclara qu'il allait se coucher, convaincu qu'il en apprendrait plus demain s'il se levait tôt, j'avais l'impression que quelqu'un m'avait lancé un sortilège d'allégresse à mon insu.

Mardi30Mai 1995, Poudlard, Ecosse.

La nuit était douce et calme. La lune brillait haut dans le ciel, éclipsant les étoiles et illuminant les environs presque autant qu'en plein jour, et mon coeur s'accéléra à la pensée que, cette fois, c'était la bonne.

A moins de jouer d'une sérieuse malchance, je ne voyais pas comment le ciel pourrait se couvrir et m'empêcher de réaliser la potion d'Appel. Le professeur McGonagall m'avait assurée qu'elle avait tous les ingrédients nécessaires et que mon rôle consistait à ne pas avaler la feuille de Mandragore coincée sous ma langue.

Le goût amer me rappelait à chaque seconde qu'elle était toujours là, mais j'avais développé la manie de vérifier plusieurs fois par jour si c'était bien le cas, en passant le bout de ma langue dessus. Cela ne manquait jamais de me faire grimacer mais je préférai ne pas prendre de risque.

Des bruits de pas me firent tourner la tête et je souris au professeur McGonagall, tandis que mon coeur se mettait à vrombir dans ma poitrine.

Elle s'installa sur le banc à mes côtés et disposa avec soin une fiole de cristal, un petit pot en argent et un tube de verre qui contenait la chrysalide d'un sphinx tête de mort.

Depuis que j'étais entrée à Poudlard, j'essayai d'oublier aussi souvent que possible que la majorité des potions curatives – dont j'avais ingurgité une bonne quantité à moi seule – étaient souvent composées de plusieurs sortes d'insectes et autres ingrédients dégoûtants.

Cette fois ne ferait pas exception.

Je préférai donc observer la montre à gousset du professeur McGonagall, essayant de faire preuve de patience tandis que la longue aiguille semblait avancer de plus en plus lentement vers le nombre douze.

- Vous êtes prête, Miss Black ? me demanda le professeur McGonagall quand il ne resta plus qu'une minute.

J'hochai la tête. Il n'était plus question du concours International depuis longtemps. La Métamorphose était devenue une passion, quelque chose auquel je consacrai du temps et de l'énergie tous les jours, et qui m'apportait une satisfaction sans conteste.

S'il y avait bien une chose dont j'étais certaine, c'était que je voulais devenir une Animagus.

Et que j'y parviendrai.

L'immense horloge de Poudlard sonna le premier coup de minuit. Je retirai doucement la feuille de Mandragore, veillant à ne pas l'abîmer. Un filet de bave la reliait encore à ma bouche, ce qui était une bonne chose d'après les livres que j'avais lu.

Je la déposai dans la fiole de cristal.

L'horloge sonna le troisième coup de minuit.

J'arrachai une mèche de cheveux que je glissai dans la fiole, suivit d'une cuillerée de rosée provenant de la petite boîte en argent.

J'ignorai comment le professeur McGonagall pouvait être sûre qu'elle avait été prélevée dans un endroit qui n'avait pas été foulée par les pas d'un homme, ni touchée par le soleil durant les sept derniers jours, mais j'avais confiance en elle.

Le dernier ingrédient était la chrysalide du sphinx tête-de-mort.

L'horloge sonnait le onzième coup de minuit quand je refermai la fiole avec soin.

Mes mains tremblaient et mon coeur battait à toute vitesse dans ma poitrine. J'étais soulagée d'être assise, car je n'étais pas certaine que mes jambes auraient été en mesure de me porter.

Le professeur referma sa main sur la mienne et m'offrit un sourire.

- Excellent, Miss Black.

Elle sortit une petite boîte en bois de sa poche et m'aida à y ranger ma fiole à l'intérieur. De toute évidence, la boîte était un écrin fabriqué à l'intention de la fiole car elle semblait se fondre dans le velours noir.

- Cette boîte a été pensée pour la suite du rituel d'Appel. A partir du moment où nous la fermerons, elle ne pourra être rouverte que sous un orage. Rien ne saurait compromettre les chances que cette potion ne soit rien d'autre que parfaite le moment venu.

Une fois fermée, la boîte semblait être un cube parfait, sans la moindre trace de la rainure qui avait permis de l'ouvrir quelques secondes plus tôt. Le bois était noir et patiné par l'usage.

- Où l'avez-vous eu ?

- C'était la mienne. Albus Dumbledore me l'a offerte et, d'après lui, elle aurait appartenu à Morgane elle-même.

Mes yeux me brûlèrent soudainement et je baissai les yeux vers la boîte pour que le professeur McGonagall ne le remarque pas.

- Merci, professeur. J'en prendrai soin.

- Je n'en doute pas. Vous aurez également besoin de ceci.

Elle me tendit un collier : une chaîne en argent simple, décorée d'une seule perle qui ressemblait beaucoup à une lune miniature. Elle était froide et lisse au touché.

- Ayez-le toujours sur vous. Il vous indiquera précisément à quel moment le soleil se couche ou se lève. Il vous réveillera si vous dormez. Vous, et vous seule.

- Merci beaucoup, professeur.

Elle eut un sourire, puis elle me fit un clin d'oeil.

- J'ai parié avec votre père que vous serez une Animagus avant lui. Je ne fais que mettre les chances de mon côté.

L'image du professeur McGonagall – sévère et rigoureuse – pariant avec mon père – qui était tout le contraire – me fit éclater de rire.

- J'espère que l'été sera orageux, dans ce cas.

- D'après Sybile Trelawney, il y aura même une tempête.

Jeudi 1er Juin 1995, Poudlard, Ecosse.

Il atterrit durement sur la route, faillit perdre l'équilibre, redressa le guidon de sa moto juste à temps et ouvrit les gazes pour gagner quelques secondes, peut-être une minute de plus.

Une minute pouvait faire la différence.

Il s'arrêta dans un long dérapage au pied du portail de la petite maison, abandonnant derrière lui de longues traînées de caoutchouc et de métal. Il sauta aussitôt à terre, laissant sa précieuse moto s'écraser au sol, et s'élança à travers le jardin.

Il se figea avant d'atteindre la porte d'entrée et eut l'impression de recevoir une balle en plein cœur.

Il n'y avait plus de porte d'entrée.

Il n'y avait plus de vitres non plus, et une partie du toit n'était plus qu'un enchevêtrement torturé de poutres brisées.

- Non, souffla-t-il, sa respiration de plus en plus rapide, et des larmes brûlantes sous ses paupières. NON ! JAMES ! LILY ! HARRY !

Il entra dans la maison. L'intérieur ravagé. Les traces d'un duel partout où il posait les yeux.

Trop tard. Il était arrivé trop tard.

Beaucoup trop tard.

Il s'engagea dans un couloir, hurlant le nom de James, de Lily ou de Harry à intervalle régulier, même s'il n'entendait que le rythme désordonné de son coeur, certain qu'il se brisait un peu plus à chaque battement supplémentaire. Il s'engagea dans des escaliers sur sa gauche puis, finalement, la chambre d'enfant de Harry.

Le corps de Harry.

Son expression vide si semblable à celle de son père au rez-de-chaussée et son regard vert, si terne, comme celui de sa mère.

Il tomba à genoux, un râle passa ses lèvres, arrachant sa gorge, suivit d'une irrépressible envie de vomir.

Il se réveilla en sursaut.

Son coeur cherchait à s'échapper de sa poitrine, il était trempé de sueur et il avait véritablement envie de vomir. Le plafond de la grotte tournait au-dessus de lui, accentuant sa nausée et il roula difficilement sur le côté avant de ramper vers l'ouverture de la grotte à tâtons, préférant se concentrer sur la pierre qui écorchait ses mains et ses genoux plutôt que sur les images qui jouaient derrière ses paupières.

L'air frais lui fit du bien, presque autant que la lune à demi pleine au-dessus de lui et la vue sur Poudlard au loin.

Il s'obligea à prendre de profondes inspirations, regrettant qu'il n'y ait plus de neige dans laquelle enfouir son visage.

Les battements de son coeur finirent pas s'apaiser, sa respiration cessa d'être sifflante et, peu à peu, ses pensées redevinrent cohérentes.

Il était à Pré-au-Lard. Il n'y avait plus de Détraqueurs. James et Lily étaient morts depuis treize ans. Harry était en sécurité à Poudlard.

Il essuya ses joues avec la manche de sa robe de sorcier et il bascula en arrière contre la roche.

- Putain de bordel de merde, grogna-t-il.

Il avait un goût amer dans la bouche et une envie de hurler de rage coincée dans la poitrine. Cela faisait des mois qu'il n'avait pas eu un cauchemars aussi saisissant. Malgré sa situation précaire – il restait le sorcier le plus recherché de Grande-Bretagne – il se sentait en sécurité à Pré-au-Lard. Les villageois s'étaient habitués à voir Patmol dans leurs rues, Minerva veillait sur lui et il savait que Tonks le préviendrait si jamais les Aurors remontaient sa piste.

C'était bien plus que ce qu'il avait connu l'année dernière.

Sauf qu'il ne s'agissait pas de lui.

La menace qui planait sur Harry depuis cet été se rapprochait. Il avait déjà un mauvais pressentiment concernant la troisième tâche depuis que Harry s'en était aussi bien sorti deux fois de suite. La personne qui l'avait inscrit n'avait plus qu'une chance pour arriver à ses fins, et il était bien placé pour savoir qu'un tel enjeux pouvait mener n'importe qui à prendre des décisions drastiques.

Il avait cru que l'attaque de Croupton, une semaine plus tôt, avait un rapport avec ça, puis la dernière lettre de Harry avait tout changé.

Comme Remus et lui le craignaient depuis le début, ce petit salopard de Queudver était avec Voldemort.

Voldemort qui avait retrouvé suffisamment de pouvoir pour être en mesure de lancer un Doloris.

Voldemort qui avait au moins un agent infiltré à Poudlard, peut-être même plusieurs – Karkaroff, Rogue, Verpey, un rejeton de Mangemort – qui pouvaient tous, à chaque instant, recevoir l'ordre du tuer Harry.

Il avait prévenu Remus dès qu'il avait reçu la lettre de Harry, priant pour qu'il ait une piste n'importe quoi qui permettrait de retrouver Voldemort avant qu'il ne soit trop tard et de lui régler son compte. Il se fichait bien de cette foutue prophétie. Il était prêt à se sacrifier si cela signifiait que Harry et Maellyn pourraient grandir dans un monde définitivement débarrasser de Voldemort.

Remus lui avait répondu qu'ils continuaient à chercher, sans succès. Si les signes annonçant le retour de Voldemort étaient indéniables, ils étaient encore trop diffus pour en trouver la source.

Alors il avait été voir Dumbledore pour lui demander des comptes et exiger que son filleul ne participe pas à la troisième tâche par n'importe quel moyen. Dumbledore lui avait répondu qu'il ne pouvait rien faire, que Harry n'avait pas le choix, qu'il devait se présenter à la troisième tâche. Fol-Oeil était sur le coup. Si quiconque essayait de s'en prendre à Harry, il le protégerait à temps.

Il ne pouvait même pas se rendre à Poudlard pour entraîner Harry lui-même parce que c'était bien trop dangereux. Il avait déjà pris trop de risques en se rendant aux rendez-vous de Minerva.

Il ne pouvait pas être repris.

Alors il envoyait des conseils par hibou et laissait le soin à Ron et Hermione, deux gamins, de former Harry aux sortilèges qui pourraient peut-être lui sauver la vie, quand bien même personne à part lui n'avait jamais survécu face à l'Avada.

Les larmes glissèrent le long de ses joues et il ne chercha pas à les retenir. Il s'était échappé d'Azkaban parce que son filleul était en danger, et il avait l'impression de de lui être aussi inutile ici que derrière les barreaux d'une prison.

Merlin tout puissant, faite qu'il ne lui arrive rien.

Pitié.


Malheureusement, je crains que Sirius ne soit pas exaucé :-S

Bon, j'avoue que j'ai hâte d'avoir votre retour sur :

- Le petit instant volé entre Maellyn et Sirius (ils sont si choux tous les deux, je les adore!)

- La discussion un peu tendue entre Minerva et Sirius (ce garçon aurait fait un si mauvais Auror...)

- Maellyn et ses premières règles (parce que vous ne pensiez pas que vous alliez y échapper, si ? Mention spéciale à Jin dans cette scène!)

- Les manigances de Crystal et Pansy pour obliger Maellyn à prendre l'air (cette enfant me fatigue).

- La leçon de Métamorphose écourtée (le canon est ce qu'il est...)

- Maellyn en route pour sa Première Transformation Animagus (j'aime ces jolis moments de transmission entre Minnie et elle keur:keur:keur).

J'oublie encore beaucoup de petits détails, alors quel a été votre truc préféré de ce petit chapitre ?:)

Le prochain chapitre ne sera pas posté avant fin Août mais je vous dis quand même à dans deux semaines du côté de Black Sunset : Gravity !

N'hésitez pas à aller y faire un tour, parce que mon cher Spin-Off fait partie intégrante de cette histoire (et que je serais pas tellement surprise que mes deux idiots finissent par voler la vedette à Maellyn…).


Sur ces bonnes paroles, n'oubliez pas de me laisser une petite review avant de partir ! Sans déconner, ça prend littéralement deux minutes !


Orlane.

Mis à jour le samedi 26/06/2021