Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses. Celleux qui oeuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.
Attention: Rated T pour le langage et les scènes violentes.
RàR :
Cassiopee :
Hey ! Merci beaucoup pour ta review !
Je suis vraiment contente que les cours de Métamorphose te plaisent ! Suspens pour la forme animagus de Maellyn !
La viscosité, c'est (à mon sens) un paramètre qui freine les transformations (l'objet résiste à la magie?).
Merci pour les 1ères règles de Maellyn ! C'était un passage obligé !
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
Guest :
Salut ! Merci beaucoup pour ta review !
Ah, les alertes, c'est quand même le vrai plus quand on a un compte sur ce site;)
Maellyn (et moi, on va pas se mentir) avait besoin de prendre l'air loin du monde Sang-Pur. Je crois que ça lui a fait un bien fou ! Je plaide coupable pour Crystal (j'aime un peu trop les backstories tragiques, on ne me refera pas maintenant!). Quand Crystal se laisse aller à son accent nord-irlandais, oui, ça sonne comme dans Derry Girl ^^ (je plussoies, cette série est excellente!)
Je suis vraiment contente que cette histoire te plaise autant ! Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
Liyly :
Heyyy ! Merci beaucoup pour ta review !
Moi aussi, j'adore les moments entre Sirius et Maellyn. Ils sont si choux quand ils veulent (et c'est souvent un vrai plaisir de les écrire ensemble!).
Malgré toutes ses aventures, Maelly reste une ado. C'était obligée, les 1ères règles;)
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
Juliette :
Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! Les moments entre Maellyn et son père font aussi partie de mes préférés ! Ils sont si choux. Sirius ne va pas être ravie si ton hypothèse se vérifie.
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
Katymyny :
Heyyyyy ! Merci, infiniment, et du fond du coeur, pour toutes tes reviews ! J'ai pris un grand plaisir à suivre ta progression dans cette histoire. Sache que tes compliments me touchent beaucoup.
Je vais essayer de répondre du mieux que je le peux ici, en attendant de te mettre un petit mot du côté de TWBT.
Je ne manquerais pas de revenir sur ce qui a bien pu advenir du corps de la fille morte-née de Trixie et Rodolphus mais tu n'es peut-être pas si loin de la vérité !
Si tu aimes les femmes fortes et ingénieuses, tu devrais être servie dans mes histoires, c'est un peu mon petit pêché mignon !
Le Choixpeau n'est pas omniscient : il voit uniquement ce qu'Alya Lestrange pense et, à ce stade de l'histoire, elle n'a aucune raison de douter de sa véritable identité.
J'ignore comment fonctionne la tapisserie des Black mais, pour tout un tas de raisons qui m'arrangent, je suis partie sur le fait qu'il faille faire un rituel (et puisque je suis assez certaine que les les adultères et les bâtards existent aussi chez les Sang-Purs, ça a sûrement arrangé les Black plus d'une fois au fil des générations!)
Je sais que je devrais m'excuser pour t'avoir fait pleurer, mais je ne peux m'empêcher de prendre ça comme un compliment xD
Arf, Maellyn n'aime pas Luna parce qu'elle est pleine de préjugés petite. Promis, ça va s'arranger ^^
Judy chantait la berceuse moldue au moment où Bellatrix l'a tuée.
Je suis vraiment contente que le duo Crystal/Christopher t'emballe autant ! Je les aime beaucoup aussi tous les deux !
Judy ressort dans pleins de petits détails dans Maellyn (enfin, j'espère, et pas que Judy, d'ailleurs ^^)
Ecoute, les Black sont du genre rancuniers. Personne n'a voulu me communiquer de date d'armistice entre Maellyn et Narcissa. Je continue mon processus de négociation de ce côté-là ! (Et puis, Narcissa a vraiment merdé sur ce coup. Entre les mensonges et l'Oubliette jetés aux Adler, ça fait beaucoup).
Trop bien si tu es fan de Remadora ! Promis, iels seront souvent de la partie !
Pour le moment, Harry ignore que Sirius a eu une fille et que cette dernière est Alya Lestrange.
Merci pour Pansy ! Je ne pensais pas que son personnage prendrait une telle ampleur dans cette histoire, mais je l'aime beaucoup tout pareil.
(Merci pour le beug au chapitre 9, j'irai voir ça… fichu site!)
Voilà, je crois que c'est à peu près tout par ici. Je te laisse avec la suite et encore merci pour toutes tes reviews, ça me fait toujours super plaisir !
Bonne lecture et à très vite !
Merci à Cassiopee, jane9699, Guest (x3), Liyli, Surion1243, feufollet, lune patronus, Tiph l'Andouille (x2), Sun Dae V, nicoco49, Smeagoal, Lupa (x2), ElnaKernor, annelisemalleron, emnareedus, Sout (x3), FoxyCha24 (x2), Katimyny (xbeaucoup keur:keur:keur), lapetitegrande38, tzvine et Juliette pour leur review. Vos mots ont illuminés mon été et adoucis ma rentrée !
Bonjour à toutes et à tous !
J'espère que vous allez bien et que vous avez passé un bel été !
De mon côté, l'été a été très agréable ! Je n'aurais pas dit non à davantage de soleil, mais j'ai réussi à bien profiter quand même. J'ai vu du pays, je me suis ressourcée en Bretagne, j'ai passé de supers moments avec des gens que j'aime. Bref, de vraies vacances !
La rentrée a été compliquée et le quotidien est pour le moins sportif, mais je tiens le cap ! J'ai rencontré tous mes élèves, j'ai tous un tas de jolis projets sur le feu, et mes collègues sont toujours aussi chouettes.
Niveau écriture, j'ai un peu baissé le régime, vacances oblige. J'ai terminé un chapitre de 30k du côté de Gravity (le dernier, mais seulement en théorie. La suite est en train de mijoter, j'en suis certaine) et j'ai profité d'avoir du temps pour retravailler certains chapitres pour Supernova et Gravity ! Enfin, j'ai commencé le nouveau chapitre de Supernova (mars 1996) et le compteur se rapproche doucement des 10k. J'espère ne pas exploser les scores pour celui-ci !
Je crois que c'est à peu près tout ? Je vous laisse avec le chapitre pivot du tome 4 ! Accrochez-vous c'est un poids lourd de cette partie !
La honte doit changer de camp.
Si vous ne laissez pas de reviews, vous n'êtes plus les bienvenu·e·s sur mes histoires. Au fond, ça ne change rien pour moi.
Un grand merci à Sun Dae V pour son travail de bêta ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !
TW : violence et propos homophobes.
Black Sunset
Partie IV : Supernova
Chapitre 15
Supernova: cataclysmic explosion caused when a star exhausts its fuel and ends its life. Supernovae are the most powerful forces in the universe.
Jeudi 1er Juin 1995, Poudlard, Ecosse.
- Tu aurais pu le mentionner, c'est tout !
- Je suis assez bien placé pour savoir que ce n'est pas à moi de le faire. Tu devrais retrouver la forme de Patmol, tu nous seras plus utile !
Sirius lui adressa un regard noir, mais se transforma quand même. Il ravala son soupir de soulagement : Patmol avait un bien meilleur odorat que Sirius et, cerise sur le gâteau, il ne parlait pas.
Les derniers jours avaient été suffisamment compliqués pour qu'il ne subisse pas en plus un interrogatoire, sous prétexte qu'il savait depuis plusieurs semaines que Madelyn McGonagall était désormais une vampire, et qu'il ne lui avait rien dit.
S'il pensait vraiment que ce n'était pas à lui de dévoiler une telle nouvelle – il n'aurait pas apprécié à sa place –, il devait quand même reconnaître que l'expression de Sirius quand il avait compris avait, à elle seule, valu le déplacement jusqu'à Poudlard.
Pour ce qui était de la vraie raison de leur randonnée nocturne, il n'était pas convaincu que ce soit une si bonne idée.
Maugrey Fol-Œil avait passé les environs au peigne fin. Une dizaine d'Aurors – dont Tonks – s'étaient également déplacés. Il imaginait mal qu'ils seraient ceux à trouver l'indice qui les mettrait sur la piste de Bartémius Croupton Sénior, surtout en pleine nuit.
Il avait pourtant répondu présent quand Madelyn lui avait demandé s'il pouvait l'accompagner à Poudlard, parce qu'il fallait qu'elle voit la scène de ses propres yeux si elle voulait espérer comprendre ce qui avait bien pu se passer quelques jours plus tôt.
Il secoua la tête pour se concentrer. Le rayon lumineux de sa baguette n'éclairait que des feuilles mortes, des fougères et des arbres chétifs. De nombreux endroits étaient piétinés, sans doute par tous ceux qui étaient venus enquêter. Tonks lui avait dit qu'ils n'avaient trouvé qu'un morceau de tissu accroché sur une ronce – qui n'appartenait peut-être même pas à Croupton – et que la perquisition du manoir Croupton n'avait rien donné.
Comme Tonks et lui le craignaient, le manoir semblait avoir été abandonné depuis des mois – les meubles étaient recouverts d'une épaisse couche de poussière, les placards de la cuisine étaient vides, le bureau de Croupton était envahi par des morceaux de parchemins, dont plusieurs lettres de la part de Percy Weasley – et rien ne laissait penser que Croupton avait été attaqué ou enlevé par la force.
Il avait juste disparu.
C'était sans doute pire.
Durant la guerre, certains Mangemorts avaient perfectionné les techniques d'enlèvement au point de réussir à ne laisser aucune trace. Beaucoup de membres du Ministère en avaient été victimes – leur famille, plus précisément – tandis que d'autres étaient soumis à l'Imperium – souvent ceux qui étaient isolés, ce qui évitait que des proches remarquent leur changement d'attitude –.
Croupton faisait partie de ceux-là.
Cette fois, il y avait tout de même une différence. Voldemort ne semblait pas avoir utilisé la position de Croupton au Ministère. Tonks avait épluché les derniers décrets passés par le département de la coopération magique internationale et, à part si Volemort considérait l'épaisseur des fonds de chaudrons comme une menace, il n'y avait rien de suspect.
Quelque chose leur échappait.
- Ici !
Le cri de Madelyn était lointain et il dut s'en remettre à Sirius pour la retrouver. Grand comme il était, et muni de quatre pattes, Patmol se faufilait dans les fourrés comme s'il s'agissait d'un pré à l'herbe rase et au sol régulier. De son côté, il avait l'impression que des buissons d'épineux se mettaient sciemment en travers de son chemin et que les branches basses prenaient un malin plaisir à lui gifler le visage.
Il était hors d'haleine quand ils rejoignirent Madelyn.
Elle était à quatre pattes à la lisière d'une petite clairière et reniflait le sol consciencieusement. Un tas de fougères y avait été piétiné récemment – ce qui pouvait ne rien signifier – et il espérait qu'il n'avait pas crapahuté pour une fausse alerte.
- Je suis sûre qu'il y a une odeur de sang quelque part. Si j'en trouve une goutte, je pourrais peut-être en apprendre plus.
Patmol se mit à chercher à son tour et il regretta presque que la pleine lune soit derrière eux. Deux semaines plus tôt, il aurait été d'une plus grande aide mais Lunard était comme endormi au fond de son esprit, ses sens surdéveloppés avec lui.
Ce fut Patmol qui trouva du sang sur le tronc d'un arbre, quelques mètre plus loin.
Il vit Madelyn gratter l'écorce avec l'ongle de son pouce, puis porter le doigt à sa bouche.
Ses yeux roulèrent vers l'arrière de sa tête, son pouce glissa hors de sa bouche dans un pop humide et un gémissement passa ses lèvres, immanquable dans le silence de la Forêt Interdite.
- On devrait peut-être la laisser seule avec cet arbre, non ?
La remarque de Sirius sembla la ramener dans le présent, même si son regard demeura voilé.
- Il s'est appuyé ici pour reprendre son souffle. Il venait de cette direction…
Sa voix semblait lointaine, comme si elle n'était pas vraiment consciente qu'elle parlait à voix haute. Elle avançait à nouveau à quatre pattes, son visage proche du sol, rampant plus qu'autre chose, tout en réussissant à conserver une sorte de grâce qu'il n'expliquait pas.
Personne n'avait jamais rapporté que les vampires pouvaient ressembler à des félins quand ils remontaient la piste d'un gibier plus appétissant que les autres.
Sirius haussa un sourcil avant de se fondre à nouveau dans la forme de Patmol et il se résigna à suivre.
Il était désormais parfaitement convaincu qu'il ne servait à rien.
Charmant.
Madelyn découvrit une tâche de sang plus importante une centaines de mètres plus loin. Il se prit le front entre les mains pour ne pas que la vision de Madelyn McGonagall léchant une feuille morte avec délectation – et beaucoup de plaisir s'il se fiait à ses oreilles – ne reste graver à jamais dans sa mémoire.
- Il est inquiet. Il doit faire vite pour prévenir Dumbledore. Ils pensent qu'ils sont déjà sur sa piste. Il n'aura qu'une seule chance. Il doit tout faire pour corriger son erreur.
Les deux autres gouttes de sang que Madelyn trouva ne leur apprirent pas beaucoup plus de choses. Croupton avait réussi à s'échapper de ses geôliers. Il avait peur, froid et faim, en plus d'être affaibli. Il était toutefois décidé à aller jusqu'au bout.
Une heure plus tard, ils durent se résigner. La piste n'allait pas plus loin. Soit les traces de sang avaient été dérangées par le passage d'animaux, soit Croupton ne saignait pas encore à ce moment-là. Dans tous les cas, il semblait impossible de déterminer où il était entré dans la Forêt Interdite, ni comment il était arrivé en Ecosse.
- Pré-au-Lard n'est pas si loin, argua Sirius en désignant un sentier à peine marqué.
- Encore faut-il le savoir. Je doute que Croupton ait passé ses années d'études à parcourir la Forêt Interdite en long, en large et en travers.
- Il a travaillé à des départements très différents au Ministère, souffla Madelyn. Peut-être qu'il a eu connaissance de cartes de la région.
Madelyn semblait se remettre doucement des effets du sang humain sur son esprit, mais elle ne devait pas être opérationnelle si elle imaginait que Croupton avait pu se souvenir d'un détail pareil plusieurs années plus tard.
- Il n'y a rien de tel qu'une cellule pour faire remonter les souvenirs, railla Sirius, comme s'il avait lu ses pensées.
Il l'observa faire les cent pas du coin de l'œil, sa main frottant son front d'un geste compulsif.
Ce n'était pas bon signe.
- Je suis sûr que Pettigrow est mêlé à cette histoire. D'après Harry, Voldemort l'a puni parce qu'il s'était montré négligeant et il aurait bien pu servir de déjeuner à Nagini si quelqu'un n'avait pas réparé sa bourde en commettant un meurtre !
- Si seulement le petit Potter avait des notions de Légilimencie… Il pourrait les exploiter pour découvrir ce que mijote Voldemort. Cela serait tellement plus simple que tout ça.
Elle fit un geste vague de la main, puis gloussa.
La seule fois où il avait entendu un tel son sortir de sa bouche, elle avait été ivre.
Merlin tout puissant.
- Il est hors de question que mon filleul de quatorze ans aille fouiller dans la tête de ce psychopathe ! Il a vu assez d'horreur pour toute une vie !
- Apparemment, son subconscient n'a pas attendu ton autorisation, Black…
Il fit un geste pour interrompre Sirius.
- Est-ce que l'on pourrait prendre cinq minutes pour considérer que, peut-être, Harry a juste fait un mauvais rêve ? Si je me fie à l'odeur de Trelawney l'année dernière, elle brûle beaucoup d'encens et de plantes séchées dans sa tour. Je ne serais pas surprise que certaines soient hallucinogènes.
Sirius lui lança un regard noir.
- James et Lily seraient très touchés d'apprendre que tu penses que leur fils est au mieux un menteur, et au pire, un peu cinglé.
- Je vois que tu aimes toujours autant déformer les paroles des autres, Sirius, grinça-t-il. Comme tu l'as rappelé, Harry a assisté à son lot d'horreurs et peut-être que son cerveau essaie de digérer la dernière en date comme il peut. Et comme tu as eu la bonne idée de lui dire que tu pensais que Voldemort était sur le retour…
- Donc Harry est cinglé et c'est de ma faute s'il invente des histoires pareilles ?!
Il serra les poings pour s'empêcher de répliquer quelque chose de blessant. Sirius était inquiet pour Harry et réduit à manger des rats pour être en mesure de le protéger. Le sujet était sensible, il ne devait pas envenimer les choses.
Il prit une profonde inspiration.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit, Sirius…
- Non, mais c'est ce que tu penses !
Son poing serré semblait le supplier de le laisser s'écraser sur le nez de Sirius.
- Ça va aller, oui ?
Ils se tournèrent en même temps vers Madelyn. Elle avait sans doute voulu paraître autoritaire – ce qu'elle réussissait à faire aussi bien que sa tante – mais sa diction avait été trop lente, comme si former des sons lui demandait un effort supplémentaire – et ce fut donc un échec.
Elle lui offrit toutefois une seconde de répit pour reprendre le contrôle sur ses pulsions.
- Pour une fois, je suis d'accord avec Black, Lupin. Je doute que Potter ait juste fait un mauvais rêve. Ce n'est pas la première fois qu'un mauvais sort relierait un agresseur et sa victime et c'est sans compter cette histoire de prophétie… De plus, je te ferais remarquer que ça a le mérité de coller avec ta certitude que Croupton a été enlevé.
Il déglutit difficilement.
C'était une chose de faire des hypothèses et de soutenir devant Tonks que les signes annonçant le retour de Voldemort s'accumulaient. C'en était toute une autre d'apprendre que, d'après Harry, il avait retrouvé suffisamment de pouvoir pour lancer un Doloris et qu'il prévoyait de nourrir le gamin à son serpent.
- On fait quoi alors ? Parce qu'il est hors de question que Harry termine en en-cas pour serpent.
Il ne se souvenait pas d'avoir déjà entendu la voix de Sirius trembler comme ça.
Madelyn cligna lentement des yeux.
- Idéalement ? Il faudrait trouver Voldemort et le détruire avant qu'il ne retrouve tous ses pouvoirs. Réalistiquement, je n'ai pas la moindre idée de la façon dont on pourrait réussir un coup pareil. Ça aurait été différent si Potter avait repéré où il se cache…
- Donc on attend qu'il soit trop tard, c'est ça ?! Sans moi.
Avant que Madelyn ou lui n'aient eu le temps de le retenir, Patmol se tenait à sa place et il ne put que le suivre des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse dans la nuit.
Madelyn ne dit rien, mais il put lire sur son visage qu'elle pensait que Sirius avait raison.
Au rythme où allaient les choses, il serait trop tard bien plus vite qu'ils ne pouvaient l'imaginer et il était terrifié à l'idée de devoir affronter une deuxième guerre.
Godric en soit témoin, il n'était toujours pas convaincu d'avoir survécu à la première.
…
Lundi 5 Juin 1995, Poudlard, Ecosse.
Je fus réveillée par une pression désormais familière sur mon esprit, accompagnée d'une sensation de chaleur au niveau de ma poitrine. J'attrapai ma baguette magique à tâtons sur ma table de nuit et je m'assis en étouffant un bâillement. J'avais du mal à me faire à ces réveils matinaux et j'espérais que je n'aurais pas à attendre des années pour qu'un orage se déclare.
- Amato Animo Animato Animagus, marmonnai-je, la pointe de ma baguette magique pressée au niveau de mon cœur.
Je pris le temps d'en écouter les battements, cherchant à discerner l'écho caractéristique qui finirait par l'accompagner quand ma forme Animagus commencerait à prendre forme dans ma magie. Une part de moi craignait que l'orage n'aurait pas lieu avant que le deuxième battement apparaisse : de nombreux auteurs s'entendaient sur le fait qu'il était nécessaire pour que la première transformation se déroule bien.
Un nouveau bâillement me laissa avec les yeux larmoyants et je basculai en arrière sans résister. Il était encore très tôt – l'inconvénient de se lancer dans le rituel d'appel à quelques jours de l'équinoxe d'été – et j'espérais bien grappiller deux ou trois heures de sommeil supplémentaires.
Il me faudrait bien ça pour survivre à l'anniversaire de Draco.
Je dus me rendormir profondément car le réveil de Jin interrompit un rêve étrange, dans lequel je passais mon temps à perdre du temps pour tout – je cherchai mes affaires, je n'étais pas complètement habillée, je ne trouvai pas la porte de la pièce – et j'aurais préféré que mon imagination m'épargne ce sentiment de malaise dès le matin.
Je repoussai mes couvertures avec un soupir et je me dépêchai de me préparer. Draco était sans doute déjà levé et il était capable de me faire une scène si je le faisais patienter trop longtemps pour lui souhaiter son anniversaire.
Parfois, je regrettais de ne plus être en mesure de le rejoindre dans sa chambre à minuit comme je le faisais, petite.
Jin me laissa passer avant elle dans la salle de bain – que Deloris monopolisa plus longtemps que d'habitude, parce qu'elle ne laissait passer aucune occasion pour se montrer désagréable – et je fis de mon mieux pour être rapide et présentable.
Draco était installé dans les canapés au milieu de la salle commune. Les jambes croisés, les bras reposant sur le dessus du dossier, et un sourire satisfait sur les lèvres, il exsudait de cette confiance en lui qui lui avait posé tant de problèmes.
- Personne ne devrait avoir le droit d'être aussi sûr de soi avec une coupe de cheveux pareille, se moqua Pansy en me rejoignant en bas des escaliers.
Pansy s'était donnée pour mission de convaincre Draco de ne plus plaquer ses cheveux blonds en arrière – usant pour cela d'une potion qui leur donnait un aspect cartonné – mais sans succès pour le moment.
Ce n'était sans doute qu'une question de mois, et elle se garderait bien de lui faire une remarque à ce sujet aujourd'hui. Elle respectait une sorte de trêve pour l'anniversaire de Draco, gardant ses critiques et ses commentaire ironiques pour elle.
Le sourire de Draco cessa d'être une prestation étudiée quand il nous aperçut.
Les lèvres moins crispées, son regard plus brillant et une très légère fossette sur sa joue gauche. Il accordait ce sourire-là à très peu de personnes.
- Joyeux anniversaire, cousin, lui dis-je, après m'être installée à sa droite – Pansy à sa gauche –.
Je déposai un rapide baiser sur sa joue. Il entoura mes épaules d'un bras.
- Merci, Ely' ! Je sens que ça va être une excellente journée.
Étant donné qu'il allait recevoir de nombreux cadeaux dans moins d'une heure, je n'en doutais pas.
- On y va ?
Sur le chemin, de nombreuses personnes saluèrent Draco et lui souhaitèrent un joyeux anniversaires. Plusieurs d'entre eux – filles et garçons confondus – lui offrirent même des petits paquets qui contenaient qui des chocolats, qui des confiseries de chez Honeydukes. Apparemment, l'addiction de mon cousin pour le sucre était connu dans tous le château.
Il voulut se servir d'un gâteau au chocolat – décoré avec son nom – et Pansy le lui arracha des mains.
- Qu'est-ce qui te prend ?!
Pansy le dévisagea en secouant la tête et leva les yeux au ciel.
- Es-tu stupide, Malefoy ? Sais-tu combien de parfaits petits héritiers du monde Sang-Pur se retrouvent intoxiqués par un filtre d'amour entre leur quatorzième anniversaire et le jour de leur mariage ?
Draco blanchit légèrement.
- Ta mère ne t'a jamais dit qu'il ne fallait rien avaler de ce qu'on t'offrirait une fois que tu serais en âge de te fiancer ?
Il secoua la tête et Pansy haussa un sourcil.
- Narcissa Malefoy a dû penser que tu aurais suffisamment de bon sens pour que cela soit évident. Maintenant, donne-moi ces paquets et fais bien attention à ce que tu mets dans ta bouche. J'ai un antidote sur moi, mais ce n'est pas une raison.
On lui remit encore deux paquets entre le haut des escaliers menant au Grand Hall et sa place favorite à la table des Serpentards. Ses remerciements me parurent un peu plus crispés et je remerciai en silence Pansy de toujours surveiller les arrières de mon cousin.
Une fois installé devant les nombreux plats servis pour le petit-déjeuner – qui me semblèrent plus variés que d'habitude –, Draco ne tarda pas à retrouver son appétit. Je me sentis ballonnée à la seule vue de son assiette débordant de tranches de pain perdu, recouvertes de caramel et accompagnées d'un chocolat chaud que je savais déjà très sucré.
Millicent se chargea de me composer une assiette équilibrée – du hashbrown, un œuf, des tomates rôties et un bol de fruits – que je me sentais capable de terminer.
A la différence de Pansy ou Draco – qui avaient tendance à m'imposer des plâtrées qui intimideraient même Gregory –, Millie avait un sens assez juste des proportions. Madame Pomfresh m'avait dit la semaine dernière que je n'avais plus besoin de revenir la voir d'ici la fin de l'année, et je lui devais sans doute une partie de cette victoire.
Par chance, je terminai ma salade de fruits quand les hiboux à l'intention de Draco se posèrent sur la table.
Je reconnus Helios, Echo et Arthur, les hiboux de Lucius, Narcissa et Christopher, mais ils étaient loin d'être les seuls. Non moins d'une trentaine de hiboux se disputaient le droit de tendre sa patte à Draco afin qu'il puisse récupérer lettre ou colis. Il nous fallut plus de dix minutes pour tout recueillir et, après ça, plus personne ne voulut se resservir ou terminer son assiette. Des hiboux avaient renversé une bouteille de lait dans les haricots blancs, s'étaient servis dans les tranches de bacon et plusieurs plumes flottaient dans le caramel.
- Il serait peut-être temps que les sorciers trouvent un moyen de communication un peu plus hygiénique, me souffla Crystal.
- Ça aurait pu être pire. Imagine si nous étions en Afrique du Sud et qu'une trentaine de messagers sagittaires s'étaient posés sur la table ?
Elle éclata de rire.
- Ça aurait été un bain de sang. Ces bestioles sont encore plus fières que Phaéton.
J'aidai Pansy à trier le courrier, évoquant au passage à Crystal la complexe hiérarchie entre les familles Sang-Purs qui était loin de s'arrêter aux Vingt-Huit Consacrées. Si ces dernières avaient une influence certaine, il fallait prendre en compte les derniers scandales et les différentes querelles qui avaient entamé les relations entre deux familles sur plusieurs générations.
- Entre le rôle de Lucius au Magenmagot, l'influence de Narcissa et le fait qu'ils descendent de très grandes familles, les Malefoy sont au sommet de l'échelle, aux côtés des Greengrass, des Yaxley et des Flint. Ensuite, il y a le cercle des grandes familles alliées de la famille Malefoy, que ce soit en amitié ou politiquement, comme les Parkinson, les Bulstrode et les Nott. Encore après, les familles de Sang-Purs moins prestigieuses comme les Crabbe, les Goyle ou les McLaggen. En dernier, tu retrouves les familles des Vingt-Huit Consacrées avec lesquelles les Malefoy ont eu des différends au cours du dernier siècle mais qui, par respect de l'étiquette, font preuve de politesse.
Le regard de Crystal se posa sur les quatre premières piles et désigna la cinquième du doigt.
- Le courrier de la famille, expliqua Pansy en les tendant à Draco. Ses parents, Christopher et ses cousins.
Elle avait soufflé le dernier mot et Draco eut du mal à garder une expression neutre. Il déchira les enveloppes avec autant de sauvagerie qu'il le faisait des papiers cadeaux, un matin de Noël.
- Si j'ai bien retenu le très passionnant Petit Précis de l'Etiquette Sang-Pur, il est d'usage que Draco réponde dans les deux jours aux familles les plus importantes, dans la semaine aux grandes familles alliées, dans les dix jours aux familles amies et dans un mois aux autres ?
J'hochai la tête.
- On dirait bien que Phaéton va avoir beaucoup de travail…
Draco aussi mais il s'agissait d'un exercice que nous pratiquions depuis que nous étions en âge d'écrire lisiblement et, contrairement aux courriers qu'il écrirait à ses parents et à Christopher, il se contenterait d'un brève remerciement et d'une invitation à sa fête d'anniversaire. Il ne manquerait pas de nous faire savoir qu'il trouvait la tâche ingrate, quand bien même cela ne tenait qu'à lui de préparer certaines des réponses à l'avance.
Draco ignora la lettre de sa mère pour le moment, au profit de celle de Lucius. La lettre de Christopher lui tira un sourire en coin – je savais qu'ils aimaient s'envoyer de longues critiques ironiques de l'autre – et il resta étonnement stoïque en lisant les deux dernières.
Il ne m'en tendit qu'une.
- De qui est l'autre ? demandai-je.
- Selon toi, cousine ?
Je reconnus l'écriture de mon père sur l'enveloppe et je me promis de l'interroger plus tard. Pour tout ce que j'en savais, c'était la première lettre qu'il envoyait à Draco. J'étais bien curieuse de savoir ce qu'il avait bien pu lui raconter.
Sans grande surprise – même si cela était inédit – l'autre lettre venait d'Androméda Tonks et de Nymphadora.
J'avais une petite idée de la personne derrière cette idée.
Mon cher neveu,
Joyeux anniversaire ! J'ai cru comprendre que tu avais hérité de la dent sucrée de ta grand-mère maternelle, aussi j'espère que tu apprécieras la petite sélection faite par Dora, une experte en la matière.
J'espère que la société Sang-Pur ne se montrera pas trop intrusive pour ce jour spécial et que tes amis ont prévu quelque chose pour marquer l'occasion.
Bonne chance pour tes examens et tous mes vœux de réussite.
Andy T.
PS : Joyeux anniversaire, cousin ! Ne mange pas tout ton cadeau d'un coup. Je t'assure que tu en seras malade.
Tonks.
Je pouvais deviner l'enthousiasme de Nymphadora derrière ses quelques mots, et j'eus un sourire au souvenir de notre balade au zoo de Belfast. Elle avait fait la conversation pour deux, ponctuant son monologue par des remarques sur les moldus qui nous entouraient – parfois moqueuses, parfois instructives – et j'avais passé un très bon moment en sa compagnie.
J'espérais que nous aurions l'occasion de recommencer.
Bien entendu, Helios ne s'était pas contenté d'apporter une lettre de la part de Lucius. Il y avait aussi un colis, auquel Draco avait rendu sa taille normale – et imposante – d'un coup de baguette.
C'était remarquable qu'il n'ait pas commencé par ça.
Le premier cadeau était une élégante pochette en cuir noir. Draco l'ouvrit avec soin, ses joues prirent une légère tinte carmin, et il la referma aussi vite.
Trop vite.
Pansy la lui arracha des mains – ignorant ses cris de protestation – et éclata de rire à la seconde où elle découvrit ce qu'elle contenait.
- Oooooh, c'est un cadeau très optimiste de la part de ton père, Malefoy ! Il te faudra prendre une potion à ce sujet si tu espères l'utiliser avant tes trente ans !
Le regard noir de mon cousin ne fit qu'accentuer son hilarité et elle me tendit la pochette qui contenait un élégant rasoir doré, dont le manche était en bois exotique. Il y avait également un blaireau, un savon aux propriétés hydratantes et une lotion après rasage.
Au fond, c'était assez prévenant de la part de Lucius – même si Draco et moi savions très bien qui était vraiment derrière ce cadeau – mais le menton de mon cousin demeurait imberbe.
Le deuxième paquet contenait neuf places pour aller voir les Pies de Montrose au début de l'été – ce qui m'excluait au passage si chacun des amis de Draco l'accompagnait – et le troisième paquet était un élégant papier à lettre orné des armoiries des Malefoy sur un joli parchemin grisé.
Pour finir, Lucius s'était tenu à son traditionnel achat de tableaux pour enrichir la collection au nom de Draco. Mon cousin parcourut le livre d'Art – peintre et sculpteur hongrois – pour trouver les différentes acquisitions, ce qui le laissa dans un silence appréciateur.
De son côté, Christopher lui avait offert un nécessaire à aquarelle, qui avait le mérite de lui permettre de peindre partout où il allait. Draco peignait rarement – il préférait de loin les dessins en noir et blanc – mais cela lui donnerait l'occasion de se perfectionner sur une autre technique.
La cloche mit fin aux festivités. Crystal et moi nous résignâmes à rejoindre notre cours de Runes.
Ryan O'Riley nous adressa un sourire poli accompagné d'un geste du menton.
Un mois plus tôt, nous nous serions sans doute mutuellement ignorés : Jin avait réussi à organiser quatre séances de révision depuis le retour des vacances. J'avais découvert à cette occasion que O'Riley était bien plus brillant que ce que j'avais soupçonné. Jusque-là, les seules disciplines où il intervenait en classe étaient les Runes – ses bases en latin et grec rivalisaient avec les miennes – et en Arithmancie – il était de loin le meilleur de notre promotion –. Il était également pertinent en Métamorphose – plus en théorie qu'en pratique –, en Astronomie et en Potions. Comme moi, il avait plus de difficultés en sortilèges et en Défense.
S'il n'y avait pas eu Jeremy Harper – trop bruyant et uniquement intéressé par les sports, aussi bien sorciers que moldus –, j'aurais été tentée de proposer à Jin et O'Riley de se joindre plus souvent à Crystal et moi pour préparer les différents devoirs.
Le cours de Runes me donna une impression de déjà-vu, comme la majorité de ceux qui l'avait précédé. Nous continuons d'étudier les textes de l'Edda, que nous devions traduire, quand bien même une traduction complète existait déjà. J'avais de plus en plus l'impression de perdre mon temps, ce dont j'avais horreur. Crystal avait renoncé à tout espoir depuis le mois de février et avait instauré une règle assez simple : nous nous partagions le travail à faire – ce qui nous faisait gagner du temps – puis nous essayions de terminer la grille de mots croisés de La Gazette du jour.
C'était la façon la plus discrète que nous avions trouvé pour tromper l'ennui.
La cloche sonna comme une délivrance, même si nous avions Sortilèges l'heure suivante.
La journée passa vite. Deloris m'assassina du regard toute l'après-midi, comme si j'étais responsable du fait que Draco avait refusé son cadeau à la pause. J'étais fascinée par sa capacité à ne pas se remettre en question : elle passait son temps à me cracher dessus derrière mon dos et à comploter avec Radimir Lomonosov, et elle pensait sérieusement que Draco allait ignorer son comportement ?
Le défilé auprès de mon cousin ne cessa pas. A chaque fois que je l'aperçus au détour d'un couloir, il était entouré par de nombreuses personnes qui n'appartenaient pas à son cercle d'amis et Pansy semblait au bord du meurtre. Si ma mémoire était exacte, c'était encore pire que l'année dernière.
Je me sentis encore plus chanceuse d'être née pendant l'été. Je ne manquerais pas de recevoir un nombre incalculable de lettres cette année – plus que d'habitude puisqu'il s'agirait de mes quatorze ans – mais au moins pourrais-je passer mon véritable anniversaire avec Christopher, Draco et Pansy.
Après le dernier cours de la journée – Histoire avec les Gryffondors, une combinaison qui aurait dû être illégale –, je retrouvai Pansy au pied de la cheminée de la salle commune, occupée à jeter des boîtes au feu.
Les flammes avaient une étrange couleur et je grimaçai en reconnaissant les nombreux cadeaux que Draco avait reçu dans la journée.
- Tu penses qu'ils étaient vraiment empoisonnés ? demandai-je en m'asseyant à côté d'elle.
Elle grogna.
- Il va falloir que ton cousin apprenne à faire attention s'il ne veut pas se retrouver à l'infirmerie. Il n'y a pas que des filtres d'amour que l'on peut glisser dans un chocolat. Et ça vaut aussi pour toi.
J'eus un soupir. J'avais entendu beaucoup d'histoires en grandissant à propos de rivalités qui s'étaient envenimées. Certaines filles avaient été défigurées, d'autres avaient failli perdre la raison et c'était sans compter sur les choses que l'on découvrait plus tard : manque de fertilité, maladies précoces, voire même malédiction.
Les garçons étaient plus facilement touchés par des filtres d'amour mais, de temps en temps, l'un d'entre eux se retrouvaient avec des problèmes de vigueur ou impliqué dans un scandale avec une belle-de-nuit, photos à l'appui, ce qui ne faisait jamais bonne impression.
- Où est Draco ?
- Il se refait une beauté dans son dortoir avant sa petite fête.
- Tu as réussi à le convaincre de se coiffer, alors ?
Elle se pinça l'arête du nez.
- Non, pas encore. Blaise a par contre accepté de faire disparaître toutes ses potions capillaires, autant de fois que nécessaire.
Comme l'année passée, nous rejoignîmes la Grande Salle de bonne heure et nous sautâmes le dessert. Millicent avait demandé aux Elfes de faire un gâteau chocolat et caramel pour l'occasion qui semblait tout à fait délicieux. Draco souffla ses bougies dans un coin de la salle commune, ouvrit de nouveaux cadeaux et dévora deux parts de son gâteau.
Je surpris à plusieurs reprises son regard interrogateur et je me contentai d'un sourire que j'espérais mystérieux.
Pansy ménagea le suspens une dizaine de minutes, avant qu'il ne devienne clair que la situation commençait à agacer Draco, dont la patience n'était pas un des points forts.
- On a encore une heure avant le couvre-feu, Malefoy et, après un tel festin, une balade digestive ne te fera pas de mal.
Il fronça les sourcils mais accepta de nous suivre, Pansy et moi.
- Où allons-nous ?
- Tu verras bien, cousin.
Il connaissait le château aussi bien que nous, aussi ne tarda-t-il pas à comprendre que nous nous dirigions vers la tour Noire, qui offrait un point de vue presque aussi beau que celui de la tour d'Astronomie.
Comme l'année dernière, nous nous installâmes sur le parapet, pieds dans le vide.
- Pour mes quatorze ans, on a observé le lever de soleil et, cette année, le coucher… Je ne suis pas sûr de la façon dont je dois le prendre.
- Pourquoi pas en oubliant tes interprétations mélodramatiques et en profitant du spectacle, hein ? A moins que tu souhaites que je te pousse en bas de la tour.
Draco eut le bon sens de se taire et je laissai ma tête rouler sur son épaule gauche.
Le soleil se couchait doucement derrière les montagnes qui entouraient Poudlard, donnant l'impression que le ciel là-bas était tapissé d'or et que le Lac Noir était en feu. Un vent léger venait de la Forêt Interdite, apportant avec lui des odeurs de sève et de sous-bois.
Contre ma poitrine, le pendentif que le professeur McGonagall m'avait offert ne cessait de devenir plus chaud à mesure que le soleil descendait. J'avais encore le temps de profiter du paysage avant de devoir lancer le sortilège d'Appel.
A ma droite, il y eut un bruit métallique et je ne pus retenir une grimace quand la fumée parvint jusqu'à mes narines, me donnant l'impression de repousser mon cerveau vers le fond de mon crâne pour pouvoir se loger derrière mon front.
Je ne savais pas ce que les moldus mettaient dans leurs cigarettes – j'ignorais encore plus comment Pansy pouvait trouver du plaisir à aspirer une cochonnerie pareille – mais la fumée d'un feu de bois ou d'une bougie tout juste éteinte ne me donnaient pas envie de fuir.
- Ça, ce n'était pas obligé, Parkinson, grognai-je.
Elle fit tomber les cendres au bout de sa cigarette d'un geste élégant.
- Au contraire. C'est une parfaite façon de terminer cette journée. Pas vrai, Draco ?
Mon cousin haussa les épaules.
- Du moment que tu ne me forces pas à en fumer une, tu fais ce que tu veux.
Pansy ricana, sans doute parce que Draco avait vomi la seule fois où il avait essayé de fumer, et qu'elle se moquait encore régulièrement de lui à ce sujet.
Draco avait de la chance qu'aujourd'hui soit son anniversaire, car elle ne rentra pas dans les détails, se contentant de porter sa cigarette à la bouche.
Je secouai la tête. L'amitié entre Draco et Pansy continuait à me fasciner. Sur le principe, Draco aurait dû haïr Pansy, parce qu'elle avait ce don pour toujours mettre à mal sa fierté. Et Pansy aurait dû détester Draco parce qu'il était tout ce qu'elle ne supportait pas dans le monde Sang-Pur. Pourtant, ils se faisaient rarement la tête et j'avais parfois l'impression que l'avis de l'autre était l'un des rares qui comptait vraiment.
Plus petite, j'avais souvent été jalouse de Pansy, parce qu'elle accaparait l'attention de mon cousin et qu'elle se montrait souvent vexante avec moi. Je n'aurais jamais pensé que je ferais un jour partie de leur étrange duo.
- Tiens, petite.
Elle me tendait la bouteille de champagne – dont j'ignorais la provenance – et, comme le soir de ma dernière fête d'anniversaire – je bus une longue gorgée à même le goulot.
L'alcool diffusa une chaleur agréable dans ma gorge et dans mon cerveau, chassant le mal de tête que la cigarette de Pansy avait fait naître.
- Je pourrais passer la soirée ici, soufflai-je.
- Moi aussi, répondit Pansy.
Nous devions toutefois être rentrés avant le couvre-feu. Serpentard avait réussi à se hisser à la tête du tournoi des quatre maisons grâce à une discipline de fer concernant nos résultats et notre attitude. Si nous nous faisions attraper ici alors que nous aurions dû être dans nos dortoirs, les préfets risquaient de nous écarteler en guise d'exemple.
Je profitai du silence une poignée de minutes de plus avant d'attraper le paquet que j'avais caché dans mon sac.
- Joyeux anniversaire, cousin.
Son regard s'illumina et un large sourire barra son visage.
- Merci, Ely' !
Il arracha le papier et ce qu'il trouva à l'intérieur me valut un regard perdu.
- Un game boy ? Qu'est-ce que c'est ?
- C'est un jeu vidéo moldu. J'en ai essayé une à Belfast et je pense que ça va beaucoup te plaire. Il faudra que tu attendes d'être au Manoir, parce qu'elle va exploser si tu l'allumes ici.
J'avais immédiatement pensé à Draco quand Crystal avait insisté pour que j'essaie. Il était question d'un petit bonhomme qui se transformait quand il mangeait des champignons, qui pouvait lancer des boules de feu, tout ça dans l'objectif de ramasser le plus de points possibles en un temps limité. Ajouté à cela qu'il s'agissait de quelque chose de moldu, Draco risquait de passer une partie de son été à jouer avec.
S'il ne la jetait pas contre le mur au premier game over.
- J'espère que tu as profité de ton séjour à Belfast pour trouver mon futur cadeau d'anniversaire, petite.
Je fis mine de ne pas l'avoir entendue.
- Je ne sais pas encore si j'aime ton cadeau, Ely', mais c'est gentil de m'avoir rapporté quelque chose de tes vacances.
Il fit tourner plusieurs fois la boîte entre ses mains et sembla lire les informations au dos, ses sourcils de plus en plus froncés.
J'avais hâte de le voir essayer de mettre les piles correctement.
Pansy lui offrit également son cadeau, soigneusement emballé dans un sac mauve qui m'était vaguement familier.
Je compris un peu mieux pourquoi quand Draco en sortit une bouteille de parfum.
- Il me reste encore du parfum.
- Du parfum de petit garçon. Il est temps que tu portes quelque chose d'un peu moins sucré, Malefoy. Il n'y a pas beaucoup de filles qui aiment embrasser un paquet de bonbons.
Draco sembla un peu vexé par sa critique de son parfum – il portait la même préparation depuis ses sept ans – mais je savais qu'il finirait par se ranger à l'avis de Pansy.
Si Blaise acceptait de faire disparaître des potions capillaires, il ne reculerait pas devant une bouteille de parfum.
Draco but une longue gorgée de champagne.
- Je pourrais vraiment passer le reste de la soirée ici…
…
Samedi 9 Juin 1995, Poudlard, Ecosse.
C'était la première fois que je mettais les pieds dans le dortoir des garçons de mon année. Depuis ma dispute avec Deloris, Sven ne m'adressait plus la parole et Hadrian continuait à se comporter comme il s'était toujours comporté : sa mère et Narcissa étaient des amies proches mais c'était la seule chose que nous avions en commun.
Je n'avais donc jamais été invitée à monter – pas plus que Deloris, pour tout ce que j'en savais – et je ne pus que noter les différences avec le dortoir de Draco. Il y avait un lit de moins pour commencer, ce qui était une bonne chose puisque la pièce était plus petite. Je repérai tout de suite le lit de Jeremy Harper : les couvertures étaient roulées en boule au bout de son matelas et de nombreux posters – de joueurs de Quidditch et de football – étaient accrochés au mur. Le lit à sa droite était décoré d'un couvre-lit aux motifs irlandais. A part ça, le lit de Ryan O'Riley était à l'opposé de celui de Harper – comme souvent avec eux –. Il y avait une photo de sa famille sur sa table de nuit et quelques livres alignés sur sa malle, mais aucun autre effet personnel.
De l'autre côté de la pièce, je supposai que le lit le mieux rangé était celui d'Hadrian, sans réelle certitude. Il me semblait avoir entendu Caelina se plaindre que son cadet n'était pas assez ordonné à ses yeux.
Dans tous les cas, cela n'avait pas grande importance. Jin déposa des oreillers sur le sol puis les différents paquets de cartes tandis que Ryan récupérait un paquet de bonbons qui aurait fait saliver Draco.
Je m'installai à côté de Crystal – qui avait l'air bien plus à l'aise que moi –.
Ce n'était pas la première fois que nous révisions tous les cinq mais, jusque-là, nous nous étions installés autour d'une table dans la salle commune. A même le sol, dans le dortoir des garçons, je n'étais pas bien sûre de la façon dont je devais me comporter.
- Je commence ? demanda Jin.
Elle fit un quatre quand elle lança son dé et tomba sur une question d'histoire de la magie en rapport avec les chasses aux sorcières.
- Gwendolyn a été arrêtée la première fois en 1392, pas en 1352, la corrigea Crystal avant de prendre le dé à son tour.
Ryan passa presque dix minutes à nous réexpliquer le principe d'échange Diophantien et je me notai de refaire quelques exercices pour être certaine d'avoir compris.
A plusieurs reprises, je pus mesurer à quel point j'étais en avance sur le programme de métamorphose, ce qui me permettait d'être plus précise dans mes explications, même si Jin et Jeremy manquaient vraiment de rigueur pour intégrer toutes les subtilités.
Jin avait à nouveau trouvé d'astucieux moyens mnémotechniques pour retenir le nom des plantes et leurs propriétés, dont certains nous firent beaucoup rire – elle avait associé les plantes les plus compliquées à nos différents professeurs et son choix de la Vampiria pour Rogue était parfaite –.
Tandis que j'effectuais le geste pour le sortilège du lasso, je vis Jeremy pencher la tête sur le côté et froncer les sourcils.
Je me figeai.
- Il y a un truc qui cloche, marmonna-t-il. Réessaye pour voir ?
Je m'exécutai, même s'il me semblait que je suivais au mieux les conseils de Flitwick.
Ce fut au tour de Jin de me dévisager.
- Tu ne bouges que le haut de ton corps et tu es complètement crispée. Tu veux bien essayer de le faire debout ?
Jin et Jeremy échangèrent un regard entendu.
- Tu es au courant que ton corps ne s'arrête pas au niveau de ton nombril, pas vrai, Lestrange ? se moqua Harper.
Jin lui lança un regard en coin.
- Ce qu'il essaye de dire, c'est que tes hanches sont censées suivre le mouvement, ainsi que tes jambes. Tu n'utilises que ton bras et tu engages à peine tes épaules dans ton geste.
- Je n'ai jamais lu nulle part que l'on était censé utiliser autre chose que sa main pour lancer un sortilège.
Jeremy sauta sur ses pieds.
- Ta magie est dans tout ton corps, Lestrange ! Il faut la laisser s'exprimer. Détends-toi un peu et arrête de réfléchir !
Je fis de mon mieux pour suivre leurs conseils, mais mes efforts me valurent des regards dubitatifs.
- Il y a de la danse ou quelque chose dans le monde Sang-Pur ?
- Si. Je sais valser.
Jin ferma les yeux et secoua la tête.
- C'est sans doute la danse la plus rigide qui existe.
Jin laissa retomber ses bras dans un soupir, ce qui fit rire Crystal et sourire Ryan.
- Ce n'est pas grave, Alya. Je te montrerais deux ou trois pas de hip-hop ce soir. Avec un peu de chance, ça te réconciliera avec ton bassin. En attendant, c'est à moi de lancer le dé.
Si le petit épisode sur mon premier sang m'avait appris quelque chose, c'était bien que Jin Wan tiendrait sa parole et que je ne pourrais pas échapper à un cours de danse.
Une heure plus tard, Jin avait déclaré que nous avions bien le droit à une pause – ce qui avait tendance à annoncer la fin de notre session de révision – et, avant que je n'ai eu le temps de battre en retraite – j'avais promis à Draco de l'aider à revoir son cours de Métamorphose –, Jin avait trouvé l'un de ses disques dans les affaires de Jeremy – plus précisément, sous son lit – et le posa sur le phonogramme de Ryan.
Elle claqua des mains en rythme plusieurs fois. Je reconnus l'un des titres qu'elle écoutait parfois : le thème principal était court et se répétait tout le long du titre. La voix du chanteur – ou peut-être de la chanteuse – n'était pas très puissante mais dégageait une sorte d'énergie qui me rappelait celle des Bizarr's Sisters.
Jin se tourna vers moi et haussa un sourcil.
Je fis un pas en arrière, ce qui la fit rire.
- Ma danse de sauvage va te faire progresser en Sortilèges, Lestrange !
Un coup d'œil vers la porte du dortoir m'apprit que Jeremy s'était savamment posté devant. Les bras croisés sur sa poitrine, il ne semblait pas vouloir bouger de là, et si je me fiais à son sourire en coin, il avait l'air amusé par la tournure des événements.
- En plus, un peu de sport, ça oxygène le cerveau et ça aide à mieux apprendre ! On va faire quelque chose de simple.
Simple n'était pas l'adjectif qui me serait venue en premier à l'esprit quand elle me montra le premier mouvement. Il fallait faire quelque chose avec les bras et les jambes en même temps, tout en accompagnant le geste d'une rotation du bassin.
- Allez, Alya ! Essaye !
Je fis de mon mieux pour l'imiter mais, au-delà du fait que je me sentais ridicule, je sus tout de suite que j'étais loin du compte.
Crystal semblait vraiment lutter contre elle-même pour ne pas rire.
- Ce n'est pas grave, on va décomposer. Tu lèves le pied gauche et tu te penches vers la droite en même temps.
Je faillis perdre l'équilibre. Jin se positionna derrière moi et poussa mon bassin vers la gauche.
- C'est ça, se pencher vers la droite. Pas juste avec tes épaules. Réessayes.
Mon deuxième essai fut un peu plus concluant – si peu – mais, au bout de dix minutes, je maîtrisai à peu près le premier mouvement. Crystal et Jeremy finirent par se joindre à moi, ce qui ne laissa guère le choix à Ryan de participer. Il s'avéra qu'il était aussi bien coordonné que moi et nous échangeâmes de nombreux regards désespérés au cours de l'heure qui suivit.
Je fus sauvée par le retour de Sven et Hadrian. A la façon dont Sven nous détailla, j'étais certaine qu'il allait faire un rapport complet à Deloris dans les plus brefs délais.
- On continuera à s'entraîner demain, Alya. Ça va t'aider, tu verras !
Je me gardai bien de répondre – je n'avais pas peur de passer la journée à la bibliothèque demain s'il le fallait –. Avant de rejoindre la salle commune, je tentai ma chance dans le dortoir des quatrième années.
- J'ai cru que tu m'avais oublié.
Draco était installé en tailleur sur son lit, de nombreux morceaux de parchemins devant lui, et l'air misérable.
Je décidai de passer sous silence mon cours de danse improvisé, de peur qu'il souhaite tous les détails et qu'il en profite pour ne pas réviser.
- Alors, tu as des questions ?
Il grimaça.
- Je maîtrise très bien la partie pratique, mais je ne vois pas l'intérêt d'apprendre la définition de tous les principes de Gamp.
- Cela m'étonnerait que tu aies vu tous les principes de Gamp depuis le début de l'année. On va reprendre les transformations une par une, et je vais t'expliquer la théorie qui est cachée derrière. Tu vas voir, c'est presque souvent la même chose.
Je compris très vite que toute la subtilité était cachée dans ce presque. Mon cousin comprenait tout à fait les grandes lignes mais dès qu'il s'agissait de considérer certains détails – les formules, le coefficient de viscosité, l'influence de son poids – cela n'avait pas de sens pour lui.
- Le plus important, c'est que je sache les faire, non ? Tout le reste, c'est du blabla.
J'haussai un sourcil. Il ne pouvait pas avoir plus tort que ça. La pratique était une part importante de la Métamorphose, mais sans une compréhension fine de la théorie derrière, il devenait de plus en plus compliqué d'y exceller. Bien sûr que Draco pouvait changer la couleur de n'importe quel objet. La viscosité de ce genre de transformation était faible. Un coup de baguette bien sec et suffisamment de puissance et le tour était joué, ce qui n'était plus du tout le cas quand il fallait faire disparaître un objet – trop de puissance magique pouvait cristalliser la transformation et rendre impossible tout acte magique pendant plusieurs jours ; pas assez augmentait le coefficient de viscosité dans d'autres cas – et c'était sans parler des conjurations.
Je fis de mon mieux pour lui expliquer ça et je le vis écarquiller les yeux.
- Les sortilèges de bannissements sont si compliqués que ça ?
- Cela dépend. La matière morte se plie assez bien, mais pour ce qui est de la matière vivante, c'est très différent.
Il grogna.
- Je crois que je m'arrêterais à une BUSE dans ce cas.
Je serais très étonnée que Lucius le laisse faire – la Métamorphose était une discipline de recrutement pour beaucoup de carrière, ne serait-ce parce qu'un ASPIC validait un certain niveau dans les autres – mais ce n'était pas le moment de rappeler ça à Draco.
- Il faut juste que tu prennes le temps de travailler chaque transformation au fur et à mesure de l'année. Ça fait beaucoup trop de trucs à retenir d'un coup.
Il se pencha vers moi.
- Tu pourrais me dire ceux qui vont tomber ?
- Je n'ai pas pris divination, Draco.
- Non, mais McGonagall t'a appris à réfléchir comme elle ! Alors ?
- C'est professeur McGonagall.
Il me fit ses yeux de chiot battu et je me sentis capituler.
- Ne vient pas te plaindre si je me suis trompée. Tu prends un risque en faisant des impasses.
- Je vivrai avec.
Je parcourus ses notes de cours – qui étaient loin d'être assez complètes à mon goût – et je réussis à dresser une liste des transformations les plus probables, même si le professeur McGonagall était connue pour adapter ses questions en fonction du niveau de ses élèves.
- C'est un nouveau collier ça, non ?
Le médaillon du professeur McGonagall s'était échappé du col de ma robe et la chaîne était emmêlée avec le collier que Draco m'avait offert à Noël, celui qui contenait les photographies de mes parents.
Je me mordis les lèvres. De manière générale, Draco, Pansy et Crystal n'étaient pas très curieux concernant mes cours particuliers avec le professeur McGonagall. Ils me demandaient parfois comment ça se passait – autrement dit, si je parvenais à faire ce qu'on me demandait – et ils veillaient à ce que je n'en fasse pas trop – surtout Crystal – mais je n'entrais jamais dans les détails – pour la bonne et simple raison qu'ils ne verraient les transformations en question qu'après leur BUSE –.
Je ne leur avais pas dit que le professeur McGonagall comptait bien faire de moi la plus jeune Animagus de l'histoire du pays.
La possibilité de me taire me traversa l'esprit, mais je la repoussai, les joues brûlantes à l'idée. Je ne pouvais pas mentir à Draco.
- Tu promets de ne rien dire à Pansy ?
Son visage se ferma et il serra les dents.
- Comment s'appelle-t-il ?
Sa voix était un grognement qui me fit plisser les yeux à mon tour.
- Si c'était ça, je t'assure que tu serais le dernier à être au courant.
Je le connaissais assez pour savoir qu'il me ferait une scène mémorable – sous couvert de vouloir me protéger, moi et mon petit cœur si fragile – et c'était sans parler de la leçon de morale qu'il ferait ensuite à mon petit-ami.
Je n'étais vraiment pas pressée de vivre ça.
- Alors qui t'a offert ce collier ?
- Le professeur McGonagall me l'a prêté. Il m'indique quand le soleil se lève et se couche, afin que je puisse faire le rituel du Souhait.
- Quel rituel du Souhait ?
Je le fixai en silence, attendant de voir s'il était aussi doué pour faire de véritables déductions qu'il ne l'était pour inventer des théories impossible sur Harry Potter.
Je vis le moment où il comprit à la façon dont ses yeux s'écarquillèrent.
Il en perdit le contrôle sur sa mâchoire.
- Tu vas devenir une Animagus ? Tu n'as même pas dix-sept ans !
Je relevai le menton.
- Mon père non plus.
- Précisément.
Je décidai d'ignorer son dernier commentaire. Même si mon père et ses amis avaient pris un risque énorme en devenant Animagus à Poudlard – seuls –, je considérai qu'ils l'avaient fait pour la bonne cause. Viviane en soit témoin, j'aurais sans doute fait la même chose pour Pansy, Draco, Crystal ou Christopher.
- Je crois que le professeur McGonagall tient vraiment à ce que je remporte le concours International de Métamorphose. Cela me permettra sans doute de gagner des points.
- Si ça ne te tue pas en cours de route.
J'eus un bref éclat de rire.
- Comme dirait Pansy, je suis un petit génie de la Métamorphose. Et le professeur McGonagall ne m'aurait pas proposée de le faire si elle ne m'en estimait pas capable.
Draco resta silencieux un long moment et je soutins son regard sans ciller. Je n'avais pas besoin de son approbation mais cela serait plus simple s'il me la donnait.
Finalement, un sourire en coin étira ses lèvres.
- Tu as une idée de ce que sera ta forme Animagus ?
L'étrange lumière dans son regard me fit penser à Tonks.
- On ne peut pas la prédire, Draco. Et je serais contente dans tous les cas.
Il fit la moue.
- Il y en a quand même des plus intéressantes que d'autres... Tu ne penses pas que ça sera la même que ton père, si ?
Il semblait vraiment inquiet à l'idée et je ne pus me retenir de rire plus longtemps.
…
Lundi 19 Juin 1995, Poudlard, Ecosse.
- Mange, Lestrange, ou je te donne la béquée.
Le regard noir que je lançai à Pansy me valut un rictus qui laissa pointer ses canines. J'étais certaine d'une chose, la forme Animagus de Pansy serait assurément un félin, du genre prédateur nocturne vicieux.
Je retournai à mon assiette et je fis de mon mieux pour avaler une bouchée de plus. La partie pratique des examens commençaient dans moins de deux heures par la Botanique – j'étais plutôt contente d'être débarrassée assez vite – mais surtout Métamorphose cet après-midi. Crystal avait beau me répéter que, contrairement à tout le reste de notre année, je n'avais aucune raison de m'inquiéter, je ne parvenais pas à être sereine.
Je ne voulais rien d'autre qu'un Optimal.
La main de Millie se posa doucement sur la mienne et elle serra jusqu'à ce que je lève les yeux pour croiser son regard brun. Elle m'offrit un sourire doux qui était le parfait opposé du rictus de Pansy.
- Tu nous as toi-même dit que les écrits s'étaient très bien passés alors que tout le reste de l'école sort de l'épreuve de Métamorphose avec une vague envie de vomir. Je ne vois pas pourquoi la partie pratique ne se passerait pas bien. A part bien sûr si tu fais un malaise parce que tu n'auras pas assez mangé.
Je pris une profonde inspiration pour calmer les battements affolés de mon cœur – douce Viviane, ce n'était même pas les BUSES et je perdais déjà tout mon sang-froid –.
Au-dessus de nous, l'arrivée du courrier me fit lever les yeux. Un hibou ne tarda pas à se poser devant moi. Ce n'était qu'un petit morceau de parchemin mais je me sentis beaucoup mieux en le voyant.
Bonne chance pour tes épreuves aujourd'hui, chaton. Minerva est toujours un peu plus grognon pendant la période des examens mais ne le prend pas personnellement.
Papa.
J'eus un sourire et je rangeai la lettre soigneusement avec les autres. Il m'en avait envoyé une chaque matin depuis le début des examens et je n'avais pas encore pu me résigner à les brûler. Elles m'accompagnaient plutôt à la manière de talismans et peut-être même de porte-bonheur.
Dans la serre numéro 3, le professeur Chourave me demanda de tailler une Mandragore. Je mis mes caches-oreilles au cas où avant de me mettre au travail, armée d'un sécateur – mon sortilège d'élagage s'était révélé trop puissant la dernière fois que je m'y étais risquée –. Il n'y avait pas de technique particulière pour tailler la Mandragore – ce n'était pas une plante qui produisait des fleurs – mais il fallait faire attention à ne pas couper les tiges sensibles, sous peine de faire hurler la plante. Il suffisait de pincer gentiment chaque tige et de ne pas couper si la plante nous donnait l'impression de se trémousser.
Le professeur Chourave sembla satisfaite de mon travail quand elle repassa devant ma table.
- Pouvez-vous me rappeler comment ramasse-t-on des Puffapods, Miss Lestrange ?
- Il faut choisir les cosses les plus roses et les ouvrir au-dessus d'une bassine d'eau, afin qu'elle ne puisse pas éclore si elles nous échappent. Ensuite, on entoure chaque graine dans du coton pour les protéger ?
- Très bien. Pouvez-vous me dire comment faire pour ramasser des orties sans gants ?
- Il suffit de prendre les jeunes pousses, d'un vert plus clair et dont les feuilles sont plus petites. On les dépose ensuite bien à plat dans un endroit sec à l'abri de la lumière pour les laisser sécher. Elles sont très utiles en potions.
- Très bien, Miss Lestrange. Vous pouvez ranger votre table et partir en silence.
Crystal m'attendait déjà.
- Alors ?
J'haussai les épaules.
- J'ai dû tailler une Mandragore. Rien de bien méchant. Et toi ?
- Arracher les crocs des plantes vampiriques. Je me suis fait mordre.
Son pouce droit était enflé et le resterait pendant au moins deux jours.
- Heureusement que j'avais mes gants. Ça te dit d'attendre l'heure du déjeuner au bord du lac ? Il fait beau, il faut en profiter.
Nous nous installâmes au pied d'un chêne et si Crystal m'interdit de sortir mon manuel de Métamorphoses, arguant que je le connaissais par cœur, elle me tendit son Registre des Sangs-Purs.
- Tu es sûre que tu veux faire ça aujourd'hui ?
- Oui. Tu connais des anecdotes sur certaines de ces familles, ça les rend plus facile à retenir. Et puis, je doute que j'aurais beaucoup de temps pour l'étudier pendant que je serais en Afrique du Sud.
- Personne ne s'attendra à ce que tu le connaisses par cœur, tu le sais, pas vrai ?
Elle secoua la tête.
- Je n'aurais pas de seconde chance, Maellyn. Ma première impression doit être parfaite. Je suppose que je dois m'estimer heureuse que Lady Malefoy n'ait pas décidé d'organiser mon bal de Débutante au début des vacances, n'est-ce pas ?
- Au moins, tu aurais été débarrassée…
Crystal avait reçu une lettre de sa grand-mère en début de semaine dernière lui apprenant que Narcissa avait proposé d'organiser un bal en son honneur au Manoir Malefoy. Puisqu'il s'agissait d'un rite de passage obligé dans la société Sang-Pur, Gloria Ngozi avait accepté et la date avait été fixée au troisième samedi d'août. Depuis, Pansy, Millie et moi faisions de notre mieux pour la préparer. Millie lui avait appris à naviguer les subtilités des repas officiels, Pansy lui avait expliqué de qui elle devait se méfier et je faisais en sorte de lui faire retenir le livre de Cantankerus Nott.
Dans tous les cas, Crystal n'était pas ravie par la perspective de minauder pendant toute une soirée.
Entre le soleil, le clapotis de l'eau sur les berges du lac et le bruissement des feuilles au-dessus de nous, l'étude du Registre fut un peu moins pénible que ce dont je me souvenais. Puisque Crystal n'aurait pas le temps d'apprendre les arbres généalogiques en entier, je lui fis seulement réviser les liens de parentés entre les personnes qui étaient encore vivantes.
- Tu as connu ta grand-mère ?
Elle pointa du doigt la date du décès de Walburga.
- J'ai quelques souvenirs, répondis-je. On allait boire le thé chez elle régulièrement. Le manoir sentait la poussière et il fallait rester sage pendant une éternité. Je crois qu'elle m'aimait bien, parce que j'étais la fille de Bellatrix… Elle est tombée très malade sur la fin. Narcissa disait que ce qui était arrivé à ses fils lui avait brisé le cœur.
- Tu n'as pas l'air de son avis...
Je suivis du regard la ligne qui la reliait à Regulus. Mon père n'apparaissait pas, puisqu'il avait été renié à l'âge de seize ans.
- De ce que j'ai compris, Walburga était du même genre qu'Euphémia Rowle. Je ne suis pas convaincue que des femmes comme ça aient vraiment un cœur, encore moins qu'il puisse être brisé par la souffrance de leurs enfants.
- Elle avait peut-être des regrets.
- Elle est morte dans la solitude. C'est tout ce qu'elle méritait. On va manger ?
Je n'avais pas envie de m'étendre sur Walburga Black. Entre les souvenirs que j'avais d'elle et ma rencontre avec son tableau l'été dernier, je n'aimais pas le personnage.
J'aurais mille fois préféré avoir des souvenirs de Delilah Adler.
La pause du déjeuner passa plus vite que ce que j'avais craint. Draco et Blaise étaient contents de ce qu'ils avaient fait en Potion, Pansy un peu moins – mais elle comptait se rattraper avec l'écrit –. Ils passaient l'épreuve pratique de Soin aux Créatures Magiques dans l'après-midi – et de Divination pour Millie – et ils semblaient plutôt confiants.
Il fallait dire que, l'année dernière, Hagrid leur avait demandé de maintenir en vie un Verracrasse pendant une heure, ce qui était à la portée de n'importe qui : il suffisait de ne pas écraser la bestiole.
Si le Registre avait réussi à me changer les idées dans le parc, ce n'était plus la même histoire une fois dans le couloir menant à la salle de Métamorphose. Au début, je fis de mon mieux pour ne pas me ronger les ongles mais quand ce fut enfin mon tour, deux des doigts de ma main droite étaient en sang.
Le professeur McGonagall arqua un sourcil en le remarquant, avant de secouer la tête.
- Bien, Miss Black. J'aimerais que vous transformiez cette théière en tortue.
Je ne fus pas surprise. Il s'agissait de la transformation la plus complexe que nous avions eu à travailler cette année et j'avais prévenu Crystal, Jin, Jeremy et Ryan qu'il était fort probable qu'elle tombe au moins à l'écrit.
Si la théière était simple, cela ne m'empêchait pas de me montrer créative. Je pris le temps d'imaginer ce que je voulais avant de me lancer.
Testudo Graeca.
La tortue était d'un joli vert tendre et les écailles de sa carapace étaient délicatement nacrées. Elle avança lentement sur le bureau, déjà à la recherche de nourriture.
- Faites la transformation réciproque, s'il vous plaît.
Je m'étais tellement entraînée à ce processus pendant l'année – à force de répéter, encore et encore, différentes transformations jusqu'à les maîtriser parfaitement – que je rendis sa forme originelle à la tortue sans même y réfléchir.
Maintenant que cela est réglé, j'aimerais que vous me conjuriez un verre à pied.
C'était bien loin de ce que nous avions travaillé en classe cette année. Je me gardai bien de lui en faire la remarque et j'agitai ma baguette en rythme avec la formule magique Patera. Je sentis aussitôt la résistance au bout de ma baguette qui m'indiqua que j'avais mis assez de viciosité dans mon sortilège et il ne me resta qu'à ajouter un peu de pouvoir pour terminer la transformation. Le verre apparut sur la table. Il était simple – j'aurais sans doute pu faire mieux avec deux ou trois essais de plus – mais le professeur McGonagall n'avait rien précisé.
- Je souhaiterais que ce verre à pied devienne un corbeau.
Cette fois, la formule était Corvum et je ne rencontrai aucune résistance. Le corbeau coassa, comme indigné d'être là.
- Pouvez-vous le faire disparaître ?
Je grimaçai. Malgré tous mes efforts, les sortilèges de bannissements continuaient à me résister. Au bout de trois essais, mon corbeau avait seulement perdu ses pattes.
Le professeur McGonagall s'abstint de commentaires et s'amusa plutôt à passer en revue plusieurs transformations humaines ou hybrides.
Elle ne retint pas son sourire quand je réussis à transformer ma main droite en une serre d'aigle menaçante.
- Une dernière chose, Miss Black. Vous sentez-vous capable de compléter la dernière transformation hybride sur laquelle nous avons travaillé ?
- Je peux essayer, professeur.
Je n'avais pas trouvé le temps de m'entraîner depuis ma dernière séance particulière, mais j'avais terminé un livre le week-end dernier qui analysait les mécanismes d'une telle transformation.
Il me fallut de longues minutes pour que je puisse clairement voir ce que je devais faire – il fallait que je prenne l'anatomie d'un cheval et d'un être humain en compte en même temps –.
- Quadripedans
Je mis un peu plus de puissance que lors de mon dernier essai, ce qui – conjugué à la bonne dose de viciosité – me permit d'obtenir quatre jambes fonctionnelles, ce qui était particulièrement étrange. Une deuxième transformation leur donna une allure de jambes de cheval et, enfin, je fis apparaître ce qui ressemblait au ventre et au dos d'un cheval derrière moi.
Le résultat était loin d'être parfait – une de mes deux jambes supplémentaires était plus longue que l'autre et le ventre était grotesque – mais les bases étaient posées.
Le regard du professeur McGonagall était appréciateur et elle tourna autour de moi avant de me rendre une forme humaine – ce que je ne maîtrisais pas encore sur ce genre de transformation –.
- Cela vous fera un O, Miss Black. Et je pense que Serpentard a bien mérité soixante-dix points pour votre travail remarquable.
- Merci, professeur.
J'avais l'impression de flotter sur un petit nuage sur le chemin vers ma salle commune. C'était sans conteste l'épreuve que je redoutais le plus et le reste des examens ne m'inquiétaient pas vraiment. Je ferais de mon mieux en sortilèges – Jin m'avait imposé deux cours de danse supplémentaires et me soutenait que j'avais progressé, ce que Crystal n'avait pas l'air de croire – et si je doutais sortir première du tournoi de duel que Maugrey ne manquerait pas d'inventer, je ferais en sorte de ne pas finir dernière.
Et peut-être de battre Weasley.
- Kuzina ! Je voulais te parler !
La voix fut suivie d'un bras autour de mon épaule, bien trop possessif pour que je puisse m'en défaire facilement, surtout que Lomonosov faisait presque deux têtes de plus que moi. Je réussis à attraper ma baguette, ce qu'il commenta d'un éclat de rire moqueur.
- Ne sois pas ridicule, kuzina. Tu n'as pas la moindre chance.
Oh, je ne réussirais peut-être pas le sortilège que j'avais en tête, mais il y avait de grandes chances pour qu'il termine en torche humaine.
- Lâche-moi, lui ordonnai-je, les dents serrées.
A cette heure, il n'y avait personne dans les couloirs. Tous ceux qui n'étaient pas encore en examen étaient occupés à réviser leur prochaine épreuve. Je pourrais crier, mais je doutai que cela serve à grand-chose.
- Détends-toi, Alya. Je n'ai pas l'intention de te faire de mal. Cela sera plus simple pour tout le monde si tu te laisses faire.
Sa voix s'était faite plus suave. Mon cœur s'accéléra et je sentis un frisson remonter ma colonne vertébrale.
Je n'aimais pas la tournure des événements.
Plutôt que d'attendre une opportunité qui ne viendrait peut-être pas ou une intervention divine, je lui assénai un coup de coude dans son flanc gauche – essayant de me souvenir des conseils de Monsieur Bogdanov – et, en même temps, je me penchai pour mordre la main qui tenait mon épaule.
Mes dents s'enfoncèrent dans quelque chose de mou. Un goût métallique se diffusa dans ma bouche quand je serrai de toutes mes forces, arrachant un grognement à Lomonosov. La prise autour de mes épaules se desserra, juste assez pour que je puisse me dégager.
Je fis l'erreur de relâcher sa main pour pouvoir m'enfuir.
Il m'empoigna par les cheveux. Un cri passa mes lèvres, avant d'être étouffée par son coude autour de ma gorge. Il serra un peu, juste assez pour rendre ma respiration sifflante, puis raffermit sa prise sur mes cheveux.
La peau de mon crâne se mit à me brûler et je sentis les larmes monter, sans que je ne sache si elles étaient de douleur ou de rage.
- Si tu avais été à Durmstrang, tu aurais peut-être eu tes chances, souffla-t-il à mon oreille. Maintenant, tu vas me suivre sans faire de bruit, ou je te brise les cervicales.
Son ton glacial me convainquit qu'il pensait ce qu'il venait de dire. J'hochai la tête, essayant de me convaincre que j'aurais une ouverture un peu plus tard.
Ma baguette était toujours dans ma main gauche.
Je trouverai quelque chose.
Il me guida vers une cour intérieure – vide –, son bras toujours autour de mon cou. Nous ne croisâmes personne et je savais que l'endroit où il m'avait emmené n'était pas très fréquenté. Avec son unique banc et le lierre grimpant qui avait envahi les murs, il s'agissait d'un lieu de rendez-vous romantique assez connu – du reste, si je me fiais à ce que m'avait dit Deloris –.
Lomonosov m'obligea à m'asseoir et pointa sa baguette sur moi. Je ne pus que relever le menton et croiser les bras sur ma poitrine.
S'il avait réussi à me faire peur, je pouvais encore le lui cacher.
- Tu n'étais pas obligée de rendre les choses aussi difficiles, kuzina…
Je raffermis ma prise sur ma baguette pour me rassurer un peu. Je doutais de pouvoir lui tenir tête dans un duel magique, mais je n'étais pas non plus sans défense. Une profonde inspiration réussit à apaiser les battements de mon cœur.
Lomonosov n'était pas stupide. Il n'allait pas m'abattre en espérant que cela ne remonterait jamais jusqu'à lui.
- Que veux-tu ? demandai-je.
Ma voix ne trembla pas, ce qui me donna un peu plus de confiance. J'avais su tenir tête à Lucius Malefoy à plusieurs reprises et, pour aussi inquiétant qu'il pense être, Lomonosov était loin de dégager cette froide autorité, mêlée de cruauté.
Il me donnait plutôt l'impression de jouer le tout pour le tout, ce qui équivalait à un geste désespéré.
- Comme je te l'ai dit avant que tu ne m'attaques à la façon d'une bête sauvage, je veux te parler.
J'haussai un sourcil.
- Quoi que cela puisse être, je ne suis pas intéressée.
Un sourire mauvais étira ses lèvres, ce qui relança les battements affolés de mon coeur.
- Oh, je me fiche bien de savoir ce que tu penses. Tu vas accepter de m'épouser, parce que si tu ne le fais pas, ton cher ami Christopher Rowle en paiera le prix.
Je me tendis malgré moi. Les dernières nouvelles que nous avions eu de la part de Christopher remontaient à l'anniversaire de Draco. Si j'avais bien compris ce que m'avait dit mon cousin, il passerait les deux dernières semaines de juin chez Anton, avant de rentrer au Manoir Malefoy en même temps que nous.
Il n'avait rien mentionné concernant Roksana Mesyats, ni aucun des autres Lestranges.
Je pris une profonde inspiration pour ne pas laisser la peur emporter tout mon bon sens.
- Christopher sait se défendre et sa compagnie saura le protéger, surtout que tu ne seras plus là-bas pour mettre tes menaces à exécution.
Il ne lui restait qu'une semaine de cours. Je doutai que Lomonosov ait le temps de faire parvenir des instructions à sa petite sœur ou à Mesyats.
Pour toute réponse, il me tendit une photographie.
Je reconnus aussitôt Christopher. Il portait son uniforme et se tenait au milieu d'une clairière. Il était accompagné d'un autre garçon – grand, brun, les traits de son visage ciselés – qui ressemblait à l'idée que je me faisais d'Anton.
La photographie était magique.
Je ne pus que froncer les sourcils en les voyant s'enlacer avec tendresse. Mes yeux s'arrondirent quand ils s'embrassèrent, le geste emprunt d'une évidence forgée par l'habitude.
Une part de moi voulut rationaliser ce que j'avais sous les yeux – les mœurs slaves étaient peut-être différents des nôtres et le geste intime n'était qu'une simple marque d'amitié – mais, à force de voir la scène se répéter, la vérité s'imposa.
Je connaissais suffisamment Christopher pour savoir qu'il ne s'était jamais comporté de la sorte avec moi et j'étais sa meilleure amie.
Un sourire attendri m'échappa.
J'aurais dû être surprise, peut-être que Lomonosov espérait que je sois dégoûtée, mais une part de moi avait toujours su que Christopher était différent.
J'avais juste toujours eu du mal à savoir en quoi.
La photographie avait capturé le sourire de mon meilleur ami alors qu'Anton et lui se détachaient l'un de l'autre. Je le reconnus pour ce qu'il était.
Christopher était heureux et c'était tout ce qui comptait.
- Durmstrang n'est pas très tendre avec les petits sodomites.
Je relevai les yeux vers Lomonosov dans un sursaut. J'avais presque oublié qu'il était là.
- Si cela se sait, je ne lui donne pas un an pour demander à changer d'école. S'il est toujours en état de parler d'ici là.
Mes doigts serrèrent ma baguette à m'en faire mal, mon cœur s'emballa et mon visage se mit à me chauffer. Il était hors de question que je permette à Lomonosov de menacer le bonheur de Christopher – il avait trop souffert, il méritait d'être heureux – tout comme il était inconcevable que je cède à ce chantage écœurant. Je fus tentée de lui lancer un maléfice – même ridicule, même si je le ratai – quand une autre solution me traversa l'esprit.
Ce n'était pas parfait, mais je m'en arrangerais plus tard.
- Tu sembles t'être donné beaucoup de mal pour orchestrer cette demande en mariage ô combien romantique, Lomonosov, sifflai-je. Quel dommage que j'ai déjà signé un contrat de fiançailles avec Théodore Nott.
Son expression satisfaite tomba et elle fut remplacée par un rictus pendant une brève seconde. Il secoua la tête.
- Tu mens.
- Non. Pourquoi crois-tu que je me sois rendue au bal de Noël avec lui alors que je n'ai pas encore quatorze ans ?
J'ignorais les détails de l'étiquette Sang-Pur Russe mais j'étais certaine qu'ils avaient une règle dans le même esprit que celle-ci.
Dans tous les cas, Lomonosov sembla comprendre où je voulais en venir.
- Il te courtise encore.
J'éclatai d'un rire mauvais.
- Es-tu sourd ou juste stupide ? Je n'ai pas encore quatorze ans. Ni sa famille, ni la mienne ne veut que la nouvelle fasse scandale. Il fait semblant de me courtiser et je fais semblant d'être prodigieusement agacée par ce cirque. Dans les faits, nous serons mariés l'été qui suivra la fin de mes études. Tu aurais dû mettre ton plan à exécution beaucoup plus tôt.
Il eut un rictus aussi hideux que son âme.
- Je ne te crois pas.
Je me fendis d'un rire mauvais qui aurait pu rendre Lucius fier.
- Dans ce cas, je t'en prie, va demander confirmation à Nott.
Il faudrait que je le trouve avant lui pour qu'il ne me trahisse pas. Puisque c'était ce qu'il voulait depuis décembre, il devrait accepter de mentir à Lomonosov sans trop de difficulté. Avec un peu de chance, il pourrait même s'assurer que le secret de Christopher ne soit pas ébruité.
Douce Circée.
Personne à Durmstrang ne devait savoir.
Lomonosov se détourna et un soupir soulagé passa mes lèvres. J'avais gagné. Plus que deux semaines à surveiller ses machinations et il retournerait en Russie, là où il ne pourrait plus me nuire. Il…
Sa main se referma sur ma gorge d'un geste si vif que je n'eus le temps de rien faire, juste de m'agripper à son bras pour essayer de le repousser. Les muscles sous mes doigts semblaient faits d'acier et l'air se mit à me manquer d'autant plus vite que j'essayai de me dégager.
L'expression de Lomonosov était déformée par la haine et je compris qu'il n'avait pas l'intention de me libérer.
La douleur et la peur étaient les seules choses auxquelles je pouvais penser. Il était bien trop fort pour que je puisse me dégager, j'étais incapable de lui lancer un sortilège sans prononcer la formule magique. Il attrapa ma main gauche avant que je n'ai le temps de lui enfoncer ma baguette magique dans l'œil – le nez, la bouche, l'oreille, n'importe où –.
La prise sur ma gorge s'accentua à nouveau. Des larmes se mirent à rouler le long de mes joues. L'air commençait déjà à me manquer, faisant danser des points noirs devant mes yeux...
Et, soudainement, je fus libre.
Je m'écroulai au sol comme une marionnette dont on aurait coupé les fils. Une langue de douleur remonta mes cuisses depuis l'impact de mes genoux sur la pierre. J'avalai une bouffée d'air brûlante, déclenchant une quinte de toux qui firent redoubler les larmes.
Les battements de mon cœur étaient assourdissants dans mes oreilles. L'air faisait un bruit sifflant dans ma gorge douloureuse.
Une petite voix dans ma tête semblait me hurler de partir pour me mettre en sécurité, sauf que mes jambes étaient trop faibles pour porter mon poids, mes bras tremblaient et j'avais une vague envie de vomir.
Je me recroquevillai sur le sol, espérant que cela suffise pour me protéger sans y croire vraiment.
Il y eut un cri, lointain, puis des mains légères sur mes épaules.
- Tout va bien, il ne va plus te faire du mal.
La voix était douce, apaisante.
L'accent français.
J'eus un mouvement de recul malgré tout.
Une des mains lâcha mon épaule pour le milieu de mon dos. Mon cœur me donna l'impression de devenir plus chaud. Ses battements ralentirent. Mon souffle s'apaisa.
La peur et la douleur étaient toujours là, mais elles n'étaient plus qu'une arrière-pensée.
Je consentis à me redresser et à rouvrir les yeux.
La première chose que je vis fut le sourire rassurant d'Alexis Delacour.
- OK ?
Je grimaçai tandis qu'il m'aidait à m'asseoir, mon dos contre le banc derrière moi. Il me tendit un mouchoir pour que je puisse essuyer mes joues et mon nez humides.
Radimir Lomonosov était étendu à un mètre de nous, de toute évidence inconscient. Je n'eus pas besoin d'un dessin pour comprendre que Delacour était responsable de son visage en sang.
Les doigts rougis de sa main droite parlaient d'eux-mêmes.
Il haussa les épaules.
- Je crois qu'il l'a un peu cherché, non ? Et il ne pourra pas dire que je ne l'avais pas prévenu.
Ce n'était non moins que la troisième fois que le français s'interposait quand mes cousins me menaçaient. J'ignorai toujours pourquoi mais, aujourd'hui, je lui en étais particulièrement reconnaissante.
Il me fit un clin d'œil puis s'installa à côté de moi. Un sourire étirait toujours ses lèvres, mais il me sembla forcé. Son regard vert me détaillait avec intensité. J'eus la désagréable impression d'être faite de verre, aussi fermai-je les yeux puis basculai-je la tête en arrière pour m'y soustraire.
L'expression haineuse de Lomonosov revint s'imprimer sur l'écran noir de mes paupières. Un frisson m'échappa.
Douce Circée.
Mesyats m'avait annoncé la couleur quelques semaines après son arrivée. Lomonosov ne m'avait pas caché qu'il espérait bien m'épouser pour récupérer le nom et la fortune Lestrange. J'aurais dû me montrer plus prudente !
Delacour serra mon bras avec douceur. Je me dégageai sèchement.
- Désolé, souffla-t-il. Tu sais que tu as le droit de pleurer, pas vrai ?
Malgré le fait que mes yeux me brûlaient, je lui adressai un regard sombre, par principe. Je n'aimais pas pleurer en règle générale, et je n'allais certainement pas le faire devant lui. Le coin de ses lèvres frémit, puis il leva les mains devant lui en signe de réddition.
J'eus à nouveau l'impression qu'il pouvait lire en moi comme dans un livre ouvert, ce qui était la dernière chose que je voulais. J'étais presque sûre que, qu'importe ce qu'il pourrait découvrir, il ne l'utiliserait pas pour me nuire, mais la possibilité existait. Je n'étais pas prête à faire ce pari maintenant.
- Comment va ta gorge ?
Je pouvais encore sentir la pression de la main de Lomonosov autour de mon cou. Mes muscles étaient endoloris, le fond de ma gorge tapissé d'aiguilles, un peu comme si j'avais attrapé une angine blanche en l'espace d'une demi-heure.
Au regard de toutes les blessures qui m'avaient valu une visite du Médicomage Perrin ou un passage à l'infirmerie, ce n'était pas grand-chose.
- J'ai un peu mal quand je déglutis, c'est tout, grinçai-je, ma voix rauque. Ca va aller.
Il plissa le nez. Le trait entre ses sourcils s'accentua.
- Pour ton information, je n'hésiterai pas à te jeter un sortilège pour t'obliger à aller à l'infirmerie.
- Ce n'est pas la peine. Je vais très bien.
Je voulus le lui prouver en me levant.
Mon cerveau me donna l'impression de tanguer dans mon crâne. Mes jambes cédèrent presque aussitôt sous mon poids. S'il ne m'avait pas rattrapé, j'aurais sans doute empiré mon cas en m'ouvrant la tête sur le banc en pierre.
Je ne pus que maudire les emballements de mon cœur dans ma poitrine et la sueur froide dans ma nuque.
- Tu disais ?
- La ferme, grognai-je.
Un goût acide familier était en train de se diffuser dans ma bouche. Il ne manquerait plus que je vomisse !
- Tu es en état de choc, m'apprit-il. Tu as besoin que quelqu'un ausculte ta gorge et tu t'es égratigné les genoux en tombant. Le passage à l'infirmerie est non négociable.
Son ton était aussi inflexible que celui de Pansy mais ses gestes doux me rappelèrent Christopher tandis qu'il mouillait son mouchoir pour me l'appliquer sur la nuque, apaisant mes nerfs.
Christopher !
Les battements de mon cœur redoublèrent.
La photographie !
J'avais dû la lâcher quand Lomonosov s'en était pris à moi. Je ne pouvais pas prendre le risque qu'elle tombe entre de mauvaises mains – celles de Nott ou de Deloris, par exemple –.
- Woah woah woah ! Du calme !
Delacour tenta de m'immobiliser et, état de choc ou pas, mon coup de coude ne le manqua que de justesse. Cela ne l'empêcha pas de prendre le dessus, parce qu'il avait au moins quatre ans de plus que moi et qu'il me rendait plusieurs dizaines de kilos.
- Est-ce que tu peux rester tranquille deux minutes ? Par Adèle, tu es pire que mes deux petites sœurs réunies !
- Lâche-moi ! éructai-je.
Sa main se referma sur mon poignet. L'étrange chaleur que j'avais ressenti un peu plus tôt se diffusa à nouveau dans tout mon corps, juste un peu plus brûlante.
Plus entêtante, aussi.
C'était comme un sortilège d'euphorie. Presque parce que je n'avais pas envie de rire, plutôt de soupirer de contentement. La panique – l'inquiétude – devint une arrière-pensée. J'étais étrangement détendue, à mi-chemin entre l'éveil et le sommeil.
- Tu n'es pas raisonnable, m'apprit-il en me libérant.
Je clignai des yeux lentement. Je n'étais pas – si – fatiguée mais je me serais bien vue m'endormir. Il fit claquer ses doigts plusieurs fois devant mon visage.
Ma vision était en train de devenir floue, ce qui aurait pu m'inquiéter, une autre fois.
Pas cette fois.
C'était un peu comme la sensation d'être ivre – puisque l'euphorie procurée par les bulles de champagne ne durait jamais –.
Il attrapa mon menton. Il sembla grimacer puis la sensation reflua. Le poids sur mes paupières s'envola. Les pensées devinrent plus claires, comme si je venais de trouver la station qui me permettait de les entendre correctement.
Durmstrang n'est pas très tendre avec les petits sodomites.
Mon cœur sombra dans ma poitrine. Je passai une main tremblante sur mon front, puis j'enfouis mon visage dans mes genoux. Qui pouvait m'assurer que Christopher allait bien ? Mesyats était de toute évidence celle qui avait pris la photographie – elle était sans doute retournée à Durmstrang précisément pour ça –. Elle pouvait très bien avoir décidé de venger ce qu'elle considérait comme une trahison – quand bien même je n'étais responsable de rien. Rodolphus avait choisi Bellatrix en connaissance de cause et Bellatrix avait choisi le Seigneur des Ténèbres.
Deloris avait dû expliquer à Lomonosov à quel point Christopher comptait pour moi. Sa Compagnie ne pourrait pas le protéger en permanence.
Durmstrang n'est pas très tendre avec les petits sodomites.
Peut-être même qu'ils refuseraient de le protéger…
Cette fois, j'avais vraiment envie de pleurer.
De colère.
Une tirade en français, qui semblait contenir beaucoup d'insultes, me fit relever la tête. L'expression d'Alexis Delacour s'était faite plus dure. Une veine palpitait plus vite à l'angle de sa mâchoire verrouillée. Le regard qu'il braqua sur moi avait perdu toute sa chaleur.
- Est-ce que cette crevure a essayé de te faire du chantage avec ça ?
La photographie n'avait pas dû s'envoler très loin, parce qu'il la tenait dans sa main.
Je serrai les lèvres, prête à défendre le secret de Christopher quoiqu'il m'en coûte. Quand il plissa les yeux, je relevai le menton en signe de défi, découvrant mes dents dans un rictus mauvais qui aurait rendu Pansy fière.
S'il se permettait la moindre insulte, le moindre mot déplacé, je trouverai un moyen de le lui faire regretter.
Il fit claquer sa langue contre son palais.
- Ne sois pas ridicule, Lestrange. J'ignore qui sont ces deux garçons, mais je ne vais pas leur faire du mal parce qu'ils sont de toute évidence amoureux. Lomonosov, d'un autre côté…
Je pris la photo de ses mains. Lomonosov ne serait pas le seul à vouloir faire du mal à Christopher parce que son cœur fonctionnait d'une façon un peu différente. Si je me fiais à la façon dont la société Sang-Pur s'était empressée de bannir son arrière-grand-père, Lucius ne manquerait pas de le mettre dehors et les Rowle allaient vraiment le renier.
- Tu n'as pas répondu à ma question.
J'eus un soupir. Alexis Delacour haussa un sourcil, ce qui adoucit un peu son expression. J'eus beau fouiller son regard vert, je n'y trouvai aucune trace de malice.
Même si j'ignorais toujours pourquoi, le français semblait s'être donné comme mission de surveiller mes arrières, se passant bien de mon avis sur la question. Je n'étais pas habituée à un tel comportement de la part d'un étranger, mais peut-être que cela était due à la manie des français de se mêler de ce qui ne les regardait pas ?
- Il voulait échanger son silence contre ma main, avouai-je finalement, sans pouvoir retenir un frisson.
Lucius et Narcissa n'auraient jamais accepté une telle union, ce qui signifiait sans doute que Lomonosov aurait mis sa menace à exécution.
Pour tout ce que j'en savais, c'était peut-être déjà le cas.
Delacour serra à nouveau les dents – et les poings –. Des étincelles rouges s'échappèrent de sa baguette alors qu'il ne la touchait même pas.
- Cette fois, il a été trop loin, cracha-t-il. Je te promets qu'il va le regretter.
De la part de Pansy, Draco ou Crystal, une telle promesse ne m'aurait pas surprise. Il avait beau me dire que je lui faisais penser à une de ses sœurs, ce n'était pas une raison suffisante pour me venger.
A sa place, je ne l'aurai pas fait.
- Pourquoi tu ferais ça ?
Il me détailla à nouveau. Cette fois, je soutins son regard, même si je me sentais mal à l'aise. Il finit par grimacer.
- Je te l'ai dit, tu me rappelles quelqu'un que j'aime vraiment beaucoup. Et puis, mon père est un peu comme ton ami. J'ai appris très tôt à haïr les personnes comme Lomonosov. C'est personnel, maintenant.
Toute une éducation Sang-Pure dispensée par non moins que Narcissa Malefoy ne fut pas de trop pour dissimuler ma surprise.
Mon père est un peu comme ton ami.
Douce Circée, le monde sorcier français était vraiment différent de celui dans lequel j'avais grandi.
Il eut un bref éclat de rire, puis une nouvelle grimace. Il désigna la photographie d'un geste du menton.
- J'ai cru comprendre que l'homosexualité n'était pas du tout acceptée dans le merveilleux monde Sang-Pur ?
Je secouai la tête. Les très rares fois où ce terme était employé – plus souvent ses synonymes insultants, d'ailleurs –, c'était dans le cas de rumeurs hideuses ou de scandales qui se terminaient par des divorces ou des déménagements – des fuites – loin du Royaume-Uni des personnes concernées.
- C'est le moins que l'on puisse dire… Mais Chris est mon meilleur ami. Rien ne pourra jamais changer ça.
Ni ses secrets, ni les miens.
Il approuva d'un signe de tête, puis serra doucement mon bras.
- C'est bien. Il aura sans doute besoin de soutien, un jour.
Il y eut un bref silence entre nous. J'en profitai pour détailler une dernière fois la photographie, puis je la fis disparaître dans la poche intérieure de ma cape. Je ne manquerais pas de la cacher avec toutes ces autres photos compromettantes que je gardais précieusement. Chacune d'elle était un rappel de qui j'étais vraiment.
- Alex !
La voix lointaine nous fit sursauter tous les deux.
- Fleur, je suis ici ! (1)
Il sauta sur ses pieds. Sa cousine nous rejoignit dans la petite cour intérieure, l'air un peu essoufflée. Ses yeux s'arrondirent au milieu de son visage parfait quand elle embrassa la scène du regard.
- Par Adèle, que s'est-il passé ?! (1)
Ce fut la dernière phrase en français que je compris. Les deux cousins discutèrent à voix basse, leur débit trop rapide pour que je ne comprenne plus que quelques mots. Il était toutefois limpide qu'ils parlaient de moi et de Lomonosov. La championne de Beauxbâtons sembla de plus en plus en colère à mesure que son cousin avançait dans son récit, son expression féroce.
- Emmène-la à l'infirmerie. Je vais m'occuper de son cas, dit-elle, tout en repoussant ses longues mèches blondes derrière son épaule. (1)
Delacour ne chercha même pas à discuter l'ordre de sa cousine. Il revint vers moi, puis s'accroupit, une mains tendue devant lui.
- Tu te sens capable de marcher ?
Il était fort possible qu'il me propose de me porter si ce n'était pas le cas, aussi hochai-je la tête sans même y réfléchir. Il était hors de question que tout Poudlard s'imagine que j'étais une demoiselle en détresse ou les quatre prochaines années allaient me paraître interminables.
Si je vacillai, ce ne fut que pendant quelques secondes. Delacour passa un bras autour de mes épaules. Il échangea un dernier regard avec Fleur quand il passa devant elle.
Nous étions presque à mi-chemin de l'infirmerie quand je me décidai enfin à reprendre la parole.
- Que va-t-elle lui faire ?
- Elle va s'assurer qu'il ne recommence jamais ce qu'il a osé te faire.
Ce n'était pas une réponse mais je ne réussis pas à en apprendre plus.
- Miss Lestrange… Cela faisait longtemps. Aidez-la à s'asseoir, Monsieur Delacour. Je reviens.
Il me guida jusqu'au lit le plus proche.
- Tu es une habituée de cet endroit ?
J'haussai les épaules. Je n'étais pas venue si souvent que cela, cette année.
- Alors, que s'est-il passé, cette fois ?
Entre ses bras croisés sur sa poitrine et ses sourcils haussés, Alexis Delacour sembla me mettre au défi d'omettre le moindre détail. Puisque j'étais certaine qu'il n'allait pas se gêner pour aller trouver un adulte, je gagnerai sans doute mon temps à parler maintenant.
Cela ne m'empêcha pas d'être secouée par un frisson glacé et d'avoir l'impression que mon cœur voulait sortir par ma gorge abîmée.
- Radimir Lomonosov a essayé de m'étrangler, marmonnai-je, mes yeux horriblement brûlants.
Madame Pomfresh jura.
- Monsieur Delacour, voulez-vous bien aller chercher le professeur McGonagall ? Elle doit encore être dans son bureau, à cette heure.
Je fus soulagée qu'elle préfère mon professeur de Métamorphose à mon directeur de Maison. Rogue serait bien capable de me dire que tout cela était de ma faute et de me coller pour avoir terni la réputation des Serpentards.
J'eus l'impression que Madame Pomfresh se montrait plus douce que d'habitude. Elle palpa les côtés de ma gorge, ses doigts légers bien qu'un peu froids. Elle me lança plusieurs sortilèges pour vérifier que Lomonosov n'avait pas causé de dommages plus profonds, puis j'avalais plusieurs potions qui chassèrent la douleur quand je déglutissais et quand je bougeais la tête.
- Il ne vous a rien fait d'autre, n'est-ce pas ?
Je secouai la tête.
- Et où est-il ?
- Il était inconscient quand on est partis. Fleur Delacour le surveille.
J'avais revêtu un pyjama – Madame Pomfresh voulait me garder jusqu'au dîner – et je mangeai de la glace quand Minerva McGonagall revint, seule.
Ses sourcils se rapprochèrent de plus en plus l'un de l'autre à mesure que je lui racontai ce qu'il s'était passé, ma voix de plus en plus chevrotante, mes paupières semblables à du papier de verre. A la fin de mon explication, ses lèvres ne formaient plus qu'une seule ligne, ce qui n'était jamais bon signe.
- Un tel comportement est simplement inacceptable ! Je vais avoir une discussion avec Igor Karkaroff au sujet de cet élève et je vais exiger qu'il ne quitte plus le navire de Durmstrang jusqu'à leur départ.
J'hochai la tête en silence, mon regard désormais sur mes mains.
- Et je vais également envoyé une lettre à votre tante, Miss Black, me souffla-t-elle, juste pour moi.
J'eus un rictus.
- Lady Malefoy est ma cousine.
Elle fit claquer sa langue, ce qui était en général son dernier avertissement.
- Elle est également la femme qui vous a élevé pendant toutes ces années, Miss Black. Et quelqu'un doit s'assurer que la famille de Monsieur Lomonosov soit mise au courant de ses agissements, parce que je doute que Monsieur Karkaroff s'en charge. Je vais vous laisser vous reposer. Ne faites pas enrager Pompom.
- Vous savez bien que je suis une patiente modèle, professeur.
Son expression pointue ne réussit pas à dissimuler le frémissement de ses lèvres. Elle serra mon bras avec douceur puis quitta l'infirmerie d'un pas décidé. Je réussis à retenir les larmes jusqu'à ce que Madame Pomfresh eut refermé les rideaux autour de mon lit. Mon visage enfouit dans mon oreiller pour étouffer mes sanglots, mes jambes recroquevillées contre ma poitrine, je n'avais sans doute jamais autant détesté tous les kilomètres qui me séparaient de Chris.
…
Vendredi 24 Juin 1995, Poudlard, Ecosse.
(ahem, Samedi pour de vrai…. -_-)
Au matin de la troisième tâche, l'atmosphère dans la Grande Salle était survoltée. La tension n'avait fait que croître au fil de la semaine, à mesure que les examens touchaient à leur fin et que la date fatidique se rapprochait. Les pronostics sur le nom du possible vainqueur du Tournoi donnaient lieu à des débats enflammés dans les couloirs, les Poufsouffles avaient pris l'habitude d'applaudir Diggory à chaque fois qu'il faisait une apparition dans la Grande Salle, de nombreuses Serdaigles avaient formé un club de soutien pour Delacour afin qu'une fille remporte le tournoi, les rumeurs disaient que Krum passait ses journées à s'entraîner avec Karkaroff et, bien entendu, les Gryffondors faisaient bloc derrière Potter.
Si je pensais qu'ils s'étaient montrés bruyants le jour de la finale de la Coupe de Quidditch l'année dernière, je fus obligée de reconnaître qu'ils s'étaient alors contenus comparé au boucan qui s'élevait de leur table ce matin.
Ce qui rendait l'attitude de Draco d'autant plus suspicieuse.
Un jour tel que celui-ci, durant lequel l'attention de toute l'école serait focalisée – en partie – sur Harry Potter, il aurait dû être au sommet de l'irritabilité et accabler les Gryffondors de critiques.
Au lieu de cela, il dégustait son petit-déjeuner, un léger sourire aux lèvres. J'eus beau interroger Pansy du regard – parce que j'étais certaine qu'elle savait –, je n'eus le droit qu'à un clin d'œil, avant d'être ignorée au profit de ses notes d'Histoire de la Magie – comment arrivait-elle à se concentrer dans tout ce bruit était un mystère –.
Quand le courrier arriva, le calme apparent de Draco vola en éclat. Il se mit à trépigner sur le banc comme il le faisait à chaque fois les matins de Noêl ou de son anniversaire.
Un hibou se posa devant lui, apportant un exemplaire de La Gazette du Sorcier. Il fut si brusque pour le récupérer qu'il manqua de se faire crever un œil par le hibou lorsqu'il décolla en catastrophe.
Draco secouait le journal en direction de Vincent et Gregory, trop excité pour former des mots.
Crystal me donna un léger coup de coude et je compris enfin ce dont il était question.
HARRY POTTER « PERTURBÉ ET DANGEREUX »
Évidemment.
- Hé, Potter ! Potter ! Comment ça va, la tête ? Tu te sens bien ? J'espère que tu ne vas pas piquer ta crise !
Je pris mon visage entre mes mains.
Douce Circée.
Tandis que Draco, Vincent et Gregory se moquaient de Potter à grand renfort de grimaces et d'éclats de rire, et que ses autres amis – dont Millie – étaient occupés à commenter l'article, je décidai d'attraper une pomme et un scone pour aller terminer mon petit-déjeuner loin de toute cette agitation.
Crystal me suivit.
- Ton cousin ne recule devant rien dans sa petite gué-guerre avec Potter…
- Draco est excessif, grognai-je.
- Je suis d'accord, ce n'est pas le trait de famille qui vous rend le plus service.
Mon regard noir la fit rire, mais elle me laissa tranquille.
Sans surprise, nous étions les premières arrivées devant la salle de Défense – j'imaginais très bien Deloris occupée à spéculer sur Potter – et Jin, O'Riley et Harper n'étaient pas les plus ponctuels. Tandis que Crystal commençait sa lecture du numéro de La Gazette, je me laissai glisser sur le sol pour terminer mon petit-déjeuner, essayant de me convaincre que l'épreuve pratique de Défense ne serait pas un duel.
Crystal s'était renseignée auprès des premières et secondes années, qui étaient tous passés avec Fol-Œil en début de semaine, et il leur avait fait affronter diverses créatures qu'ils avaient étudiés pendant l'année. Nous avions bien travaillé les sortilèges permettant de se protéger des créatures des marais ou encore de la façon de se libérer de l'emprise d'un vampire, mais c'étaient bien sur les duels que nous avions passé le plus de temps.
Pour tout ce que ça m'avait été utile face à Lomonosov.
Un frisson remonta ma colonne vertébrale et je portai une main au niveau de mon cou, comme si je pouvais encore sentir la marque de ses doigts. Les soins efficaces de Madame Pomfresh m'avaient évité d'avoir des bleus – ce qui n'aurait pas manqué d'éveiller la suspicion de Crystal, Pansy et Draco – mais j'avais eu mal à la gorge pendant quelques jours.
Le professeur McGonagall devait avoir eu gain de cause parce que je n'avais pas aperçu Lomonosov depuis. Narcissa s'était abstenue de m'envoyer une lettre à ce sujet. Alexis Delacour, lui, me saluait à chaque fois que nous nous croisions dans les couloirs.
J'avais la nette impression qu'il devait être un grand-frère surprotecteur avec ses deux petites-sœurs...
J'avais soigneusement rangé la photographie de Christopher et Anton avec le dossier scolaire de ma mère – dans le double fond secret de ma malle, avec les quelques bijoux qui n'étaient pas des cadeaux de Narcissa – et j'espérais que Mesyats n'ait pas dévoilé son secret à tout Durmstrang.
J'avais bon espoir qu'il me parle de tout ça cet été.
Je pouvais comprendre qu'il n'ait pas voulu me le dire par lettre mais il s'était toujours confié à moi, depuis que nous étions tout petits. Si j'étais au courant de toutes ces choses qui l'avaient rendu misérable – ses parents, la pression du monde Sang-Pur, la dureté de Durmstrang – sûrement pouvait-il me parler de quelque chose qui semblait le rendre aussi heureux.
- C'est quand même bizarre, cette histoire de cicatrice douloureuse, non ?
Je tournai la tête vers Crystal lentement.
- Pardon ?
- D'après cet article, Potter aurait des douleurs récurrentes à sa cicatrice.
Je levai les yeux au ciel.
- Il a été écrit par Skeeter, non ?
- Oui.
- Alors ce sont sans doute des affabulations. Skeeter est connue pour grossir les histoires qu'elle rapporte pour faire plus sensation. Potter a sans doute eu mal à la tête une fois, et elle en a déduit que cela se produisait souvent, que cela provenait de sa cicatrice et qu'il est sans doute mourant. Une fois, elle a fait un article annonçant que la petite-fille de Millicent Bagnold était enceinte, alors qu'elle avait treize ans, puis que le bébé avait mystérieusement disparu quand, en fait, elle avait juste pris quelques kilos.
Crystal secoua la tête.
- Je vois que Skeeter n' a rien à apprendre des pires tabloïds britanniques… Mais en admettant qu'elle ait raison ? Je veux dire, Jin m'avait dit que Potter avait quitté le cours de divination parce qu'il avait très mal à la tête. Skeeter n'a peut-être pas tout inventé.
Je basculai la tête contre le mur de pierre derrière moi, priant pour qu'une entité supérieure et omnisciente ait pitié de moi.
- Sinon, on peut parler de ce que tu as vraiment fait après l'épreuve pratique de Métamorphose.
Je me figeai. Crystal haussa un sourcil en surprenant mon rapide coup d'œil.
- Tu n'es pas une très grande menteuse, Black. Ce qui est vraiment quelque chose sur lequel tu vas devoir travailler étant donné ta situation.
Je fixai le plafond, comptai non moins de dix toiles d'araignées, puis décidai que je préférais encore parler de Potter.
C'était sans doute un miracle – ou la parfaite diversion que semblait être le Tournoi des trois Sorciers – mais j'avais réussi à ce que Draco, Pansy et Crystal n'apprennent rien de ma mésaventure. J'avais bon espoir que cela continue.
- Il est la première personne à avoir jamais survécu à l'Avada, repris-je. Et le Seigneur des Ténèbres était le plus grand mage noire de notre histoire. Il est donc possible que cela ait laissé des traces.
- Quel lien avec le fait qu'il parle Fourchelang ?
Je fronçai les sourcils.
- Aucun ? C'est une aptitude génétique.
- Tu connais les arbres généalogiques des grandes familles. Les Potter ne sont pas de la famille de Serpentard.
- Je croyais qu'on avait établi lors de notre première année qu'on en savait rien ? Et puis, le Seigneur des Ténèbres n'est pas forcément le seul Fourchelang du monde.
Elle fit claquer sa langue.
- Mais si c'est le cas…
- Je veux bien jouer aux jeux des folles hypothèses avec toi, Malhorne, mais sache que je suis sur-entraînée avec Draco et que cela pourrait bien se terminer avec la possibilité que Potter ne soit pas tout à fait humain.
- Peut-être que c'est le cas.
Son ton était moqueur, ce qui m'arracha un sourire en coin.
La vérité était que je n'avais pas la moindre idée de ce que pouvaient signifier les maux de tête de Potter.
J'espérais juste qu'il ne s'agissait pas d'un mauvais signe.
Il y eut un long silence, seulement troublé par le bruit des pages de La Gazette et les quelques commentaires de Crystal sur ce qu'elle lisait.
- Tu es sûre que tu ne veux pas me dire ce qui t'es arrivée l'autre jour ?
L'arrivée du professeur Maugrey, le bruit de sa jambe de bois résonnant dans le couloir, m'ôta la possibilité de répondre. Nous nous relevâmes et je le saluai du bout des lèvres.
C'était notre dernier examen. Plus que quelques heures et je ne le verrais plus jamais puisque, pour tout Auror qu'il était, il n'y avait pas la moindre raison qu'il soit épargné par la malédiction qui pesait sur son poste.
La sonnerie retentit quelques minutes plus tard et nos camarades de Serpentard nous rejoignirent. Deloris était d'excellente humeur – rien de tel qu'un scandale pour illuminer sa journée – et Jin semblait très enthousiaste.
- Nous n'avons jamais été aussi près des vacances ! Ça, en plus de la troisième tâche ? Cette journée a tout pour me plaire !
Elle fut la première à passer. Quand elle ressortit, un quart d'heure plus tard, sa robe fumait encore à l'endroit où elle avait dû encaisser un sortilège et son visage était rouge. Elle n'avait pas le droit de nous dire ce qui nous attendait, mais le message était clair.
Duels.
Tandis que les autres étaient appelés un à un, ressortaient plus ou moins indemnes, je fis de mon mieux pour rassembler mes esprits. La veille, j'avais plutôt bien réussi la partie pratique de l'examen de Sortilèges. Il y avait des chances pour que ma magie coopère face à Maugrey.
Le fait que je ne puisse pas le voir en peinture était même censé m'aider.
- Miss Lestrange, à nous.
Je rejetai mes épaules vers l'arrière et je le suivis dans sa salle. Toutes les tables avaient été repoussées contre le mur, et les chaises étaient empilées dans un coin de la pièce.
- Je pense que je n'ai pas besoin de vous expliquer ce que j'attends de vous, n'est-ce pas ? Nous nous affronterons pendant dix minutes, sauf blessure grave d'un côté comme de l'autre, puis je ferais un bilan de vos erreurs et de vos réussites.
Je pris une profonde inspiration. Il s'agissait sans doute de mon dernier duel avant très, très longtemps. Je connaissais les sortilèges : Protego, Expelliarmus, Jambencoton, Deflecto et Reducto. J'avais revu les techniques avec Crystal. J'étais capable de décrocher un A.
Nous nous saluâmes en silence. J'attaquai aussitôt avec un Expelliarmus, espérant gagner des points si je récupérai sa baguette. Il évita souplement le sortilège et ce fut à mon tour de faire preuve de réflexe pour esquiver son Rictus Sempra.
Pendant les premières minutes, je n'eus aucun mal à suivre. Les échanges étaient entendus – j'attaquai, il se défendait puis nous changions de rôle – et puisque Crystal m'avait aidé à renforcer mon Protego, je ne fus pas touchée une seule fois.
- Très bien, Miss Lestrange. L'échauffement touche à sa fin. Montrez-moi de quoi vous êtes faites.
Je voulus me contenter de me protéger au maximum et de contre-attaquer quand l'occasion se présenterait – si elle se présentait –. Maugrey le comprit très vite. Il enchaîna ses sortilèges plus rapidement, y ajoutant un peu de puissance. Ma maîtrise du sortilège du Bouclier n'était pas assez fluide et solide pour que je puisse tenir un rythme effréné. Je réussis à bloquer son Petrificus Totalus mais je reçus l'Expélliarmus en pleine poitrine. Je faillis avoir le souffle couper en retombant au sol.
- Cessez de battre en retraite et attaquez bon sang ! Vous en êtes capable !
Je serrai les dents. Je me fichai bien d'en être capable ou pas. J'étais déjà obligée de me faire passer pour la fille de Bellatrix Lestrange, il était hors de question que je marche sur ses traces !
Il ne me laissa placer qu'une attaque – un timide Jambencoton – avant de me renvoyer au sol d'un simple revers de baguette.
- Je ne sais pas ce vous attendez pour vous battre, Miss Lestrange, mais je peux jouer à ce jeu-là très longtemps.
Trois essais plus tard – et trois chûtes – mes genoux pulsaient douloureusement et mes mains étaient égratignées par la pierre irrégulière. Je me relevai sans un mot, espérant que c'était la dernière fois. Maugrey me dévisageait, les bras croisés sur sa poitrine.
- Vous n'avez même pas essayé.
J'haussai les épaules.
- Ou peut-être que je ne suis pas si douée que ça en duel.
Il eut un rictus.
- Je connais mon métier, Miss Lestrange, grogna-t-il.
Je gardai le silence. Il pouvait bien penser ce qu'il voulait, cela m'était égal. Tout ce que je voulais, c'était un A à mon épreuve pratique, ce que j'étais censée obtenir puisque j'avais réussi à placer tous les maléfices que nous avions vus en classe.
Il soupira.
- Vous pouvez y aller, Miss Lestrange.
Crystal passa juste après moi, aussi restai-je dans le couloir pour l'attendre. Contrairement à moi, je savais qu'elle allait tenter par tous les moyens de battre Maugrey, quitte à utiliser la magie de son clan à pleine puissance.
J'eus un sourire en coin à l'idée que Maugrey termine la matinée à l'infirmerie.
- Je me demande bien ce que tu as de si spéciale pour que le professeur Maugrey te considère comme sa chouchoute.
Je soupirai face au ton acide de Deloris. L'article sur Potter était censé la tenir en haleine pour au moins une semaine, ce qui m'aurait assuré une fin d'année tranquille.
- De toute évidence, il a un truc pour les enfants des Mangemorts qu'il a réussi à attraper.
L'expression ahurie de Jeremy Harper me fit comprendre que mon trait d'ironie ne passait pas pour tout le monde.
- Précisément, reprit Deloris. Je ne comprends pas pourquoi il cherche à faire de toi une petite prodige en Duel.
- Tu as aussi oublié que la rumeur veut qu'il soit à moitié cinglé ?
Cela eut le mérite de me donner le dernier mot. Elle reprit sa discussion à voix basse avec Sven. Ils me jetèrent de nombreux coups d'œil, avec si peu de subtilité qu'il était évident qu'ils cherchaient à me faire réagir.
Puisqu'il s'agissait sans doute d'une nouvelle théorie fumeuse de Deloris, je n'eus pas beaucoup de mal à les ignorer. Je fus tout de même très contente quand Crystal sortit de la salle de Défense.
- Vacances, Lestrange !
Elle me présenta sa main sans que je ne comprenne ce qu'elle voulait que je fasse. Elle me dévisagea, le bouche légèrement entrouverte.
- Par tous les esprits, Lestrange, tu es parfois un cas désespéré.
Tandis que nous nous éloignons en direction du parc – il faisait beau et nous avions bien l'intention d'en profiter – elle m'expliqua que j'étais censée faire claquer ma main contre la sienne.
- Je ne suis pas au fait de toutes les coutumes moldues.
- Non, c'est sûr que tu connais mieux celles qui étaient en vogue au Moyen-Âge.
- Si c'était vraiment le cas, ta robe de bal serait mémorable, Malhorne.
Le rappel me valut un regard noir et ce fut à moi de me moquer d'elle.
- Tu t'en aies bien sortie contre Maugrey ?
- Assez. J'ai récupéré sa baguette une fois et j'ai presque réussi à le faire tomber. Il a laissé entendre que tu n'avais pas joué le jeu ?
- Je ne l'aime pas. Et s'il avait vraiment toute sa tête, il ne m'aimerait pas non plus.
- Je ne vois pas pourquoi. Tu n'y es pour rien dans les atrocités des Lestrange. C'est même plutôt malin de sa part.
Je faillis le lui faire répéter.
- Mettons que tu sois vraiment la fille de Bellatrix Lestrange et qu'il ait passé l'année à te dire que tu es aussi maléfique qu'elle… Combien de temps avant que tu ne commences à penser que c'est vraiment le cas ? Combien de temps avant que tu ne penses que ton avenir passera forcément par la case tatouage ? Au lieu de ça, il a au moins essayé de te montrer qu'il avait de la considération pour toi.
Je ne trouvai rien à répondre à ça et je me sentis même un peu mal d'être restée braquée alors que j'aurais peut-être pu apprendre des choses. Le duel avait le mérite de m'obliger à bouger, ce qui me manquait cruellement en sortilèges – d'après Jin – et je maîtrisais toujours plus rapidement les sortilèges que je devais lancer sur quelqu'un d'autre que sur un objet.
- Tu n'aurais pas pu me dire ça plus tôt ? grognai-je.
Elle s'installa au bord du lac et ôta ses chaussures pour pouvoir tremper ses pieds dans l'eau.
- Je viens juste de le réaliser. Il avait l'air peiné par ta piètre performance.
Elle n'insista pas – non plus qu'elle ne me redemanda ce qui m'était arrivé après l'épreuve pratique de Métamorphose – et nous passâmes le reste de la journée au soleil. Après le déjeuner, Pansy et Millicent nous rejoignirent – apparemment, Draco était trop excité par la combinaison explosive : article sur Potter, troisième tâche et possible mort de Potter, même pour elles –. Millicent me relaya pour faire réviser Crystal sur l'étiquette Sang-Pur tandis que Pansy s'amusait à tresser des fleurs dans mes cheveux.
- Tu as déjà pensé à les couper ?
- Non.
- J'ai vu dans un magazine que la dernière mode était la coupe garçonne. Tu as de bonnes pommettes, ça t'irait bien. Et tu ferais sensation à ton bal de Débutante.
J'éclatai de rire. Je ne donnais pas deux minutes à Lucius Malefoy pour ordonner à Narcissa de trouver une potion pour que mes cheveux retrouvent leur longueur actuelle si je demandais à Christina une coupe aussi radicale pour mon bal de débutante.
- Je suis sérieuse !
Je voulus tourner la tête pour vérifier ses dires, mais elle resserra sa prise sur mes cheveux pour m'empêcher de bouger.
- Dans tous les cas, j'ai commencé à travailler sur ta robe de bal.
- C'est vrai ?!
- Bien sûr. Avec tous ces bals de débutantes qui ont lieu tous les ans, je pourrais me faire beaucoup d'argent. Et habiller l'héritière Lestrange me fera une excellente publicité.
A force de la fréquenter – de plus en plus depuis que j'étais à Poudlard –, j'avais appris à entendre les confessions qu'elle ne voulait pas faire. Elle savait à quel point la perspective de mon bal de Débutante me hérissait et elle comptait bien coudre elle-même l'armure qui me permettrait d'y survivre.
- Merci, Pansy.
- De rien, petite.
Millicent insista pour que nous repassions par le dortoir avant le dîner pour se changer dans une tenue plus confortable que nos uniformes afin d'assister à la troisième tâche et j'en profitai pour prendre ma cape d'été.
Le contenu de la dernière épreuve du Tournoi n'était plus un secret pour personne depuis longtemps – il fallait dire que personne ne pouvait manquer les haies qui délimitaient le labyrinthe sur le terrain de Quidditch – mais j'ignorais combien de temps les champions mettraient à en sortir.
Il y avait bien plus de plats que d'habitude au repas, dont des spécialités françaises et bulgares. La famille de Viktor Krum était installée avec lui au bout de la table des Serpentards. Fleur Delacour était assise entre ses parents – un homme athlétique blond et une femme dont le port de tête aurait rendu jalouse Narcissa –. Une petite fille aussi blonde que Fleur était installée sur les genoux d'Alexis.
Comme à son habitude – apparemment – il me fit un signe de la main. Je lui souris en retour.
- C'est quand même pathétique que les Weasley soient ce que Potter a de plus proche d'une famille, railla Draco. A sa place, j'aurais encore préféré les moldus.
- Les moldus ne peuvent pas venir à Poudlard, lui rappela Daphnée. Et il paraît qu'ils le détestent.
Mon regard remonta la table des Gryffondors, jusqu'à trouver Potter. La rumeur voulait effectivement que le Survivant ne soit pas très heureux dans sa famille moldue. Après tout, il passait systématiquement ses vacances – dont celles de Noël – à Poudlard et, d'après Millicent, il avait plusieurs fois laissé entendre que son oncle et sa tante étaient particulièrement durs avec lui. Ce soir, il était entouré par toute la famille Weasley – Madame Weasley donnait l'impression d'être une poule avec tous ses poussins – en plus d'Hermione Granger, et il semblait content qu'ils soient là pour lui.
Lorsque le ciel bleu qui s'étendait sous la voûte du plafond magique s'empourpra à l'arrivée du crépuscule, Dumbledore se leva et la Grande Salle plongea aussitôt dans le silence.
- Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, dans cinq minutes, je vous demanderai de vous rendre au terrain de Quidditch pour assister à la troisième et dernière tâche du Tournoi des Trois Sorciers. Les champions sont priés de suivre Mr Verpey qui les accompagnera sur place.
Tandis que les champions se levaient, l'excitation devint presque palpable. Il n'était plus question que d'hypothèses et de pronostics sur les chances de chacun dans le labyrinthe.
Nous ne tardâmes pas à nous lever pour rejoindre le terrain de Quidditch à notre tour. Les Poufsouffles commencèrent à scander le nom de Diggory dès qu'ils furent dans le parc – mené par le père de Cédric –, ce à quoi les Gryffondors se sentirent obligés de répondre.
La haie faisait maintenant près de six mètres de haut, et j'espérais sincèrement que nous pourrions en voir un peu plus que pendant la deuxième tâche. Une fois en haut des gradins, je dus me résigner au fait que les épreuves n'avaient pas été choisies pour leur caractère visuel.
Nous en verrions sans doute plus que pendant la seconde tâche, mais il y avait tout de même de nombreux angles morts.
- Si on a de la chance, on apercevra la tête mal coiffée de Potter, me souffla Pansy.
- Draco va être content.
Il s'en fallut d'encore une petite dizaine de minutes avant que tout le monde ait trouvé une place puis, finalement, la voix magiquement amplifiée de Verpey s'éleva depuis l'entrée du labyrinthe.
Derrière lui, les quatre champions semblaient un peu crispés.
- Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, la troisième et dernière tâche du Tournoi des Trois Sorciers est sur le point de commencer ! Permettez-moi de vous rappeler le classement actuel des concurrents ! A la première place ex aequo, avec quatre-vingt-cinq points chacun : Mr Cedric Diggory et Mr Harry Potter, de l'école Poudlard !
Pendant une longue minute, toute l'école applaudit en même temps et à tout rompre pour ses Champions. Il n'était plus question de soutenir les Poufsouffles ou les Gryffondors : Potter et Diggory représentaient tous les deux notre école et ils méritaient tous les encouragements possibles.
Au loin, des oiseaux s'envolèrent de la Forêt interdite et disparurent dans le ciel assombri, sans doute effrayés par le bruit.
- A la troisième place, avec quatre-vingts points : Mr Viktor Krum, de l'institut Durmstrang !
Les élèves de Durmstrang réussirent à faire presque autant de bruit qu'une maison entière.
- Et à la quatrième place : Miss Fleur Delacour, de l'académie Beauxbâtons !
Les élèves de Beauxbâtons furent un peu plus mesurés.
- Attention... A mon signal, Harry et Cedric ! reprit Verpey. Trois... deux... un…
Il y eut un bref coup de sifflet et les deux champions de Poudlard s'élancèrent dans le labyrinthe sous les encouragements de toute l'école. Les haies étaient tellement hautes qu'on ne discernait à peine la lumière de leur baguette.
- A mon signal, Monsieur Krum !
Un nouveau coup de sifflet et il ne resta plus que Fleur Delacour. Elle avait tressé ses longs cheveux blonds et semblait particulièrement décidée.
- Une part de moi espère qu'elle va gagner, me souffla Crystal.
L'ultime coup de sifflet m'ôta l'opportunité de répondre.
- Désormais, tous nos champions sont entrés dans le labyrinthe ! Leur tâche est simple : le premier – ou la première – qui se saisira de la Coupe des Trois Champions située au centre du labyrinthe serait déclaré vainqueur ! Bien entendu, le labyrinthe leur réserve de nombreuses surprises ! Ce soir, leur courage, leur ingéniosité et leur sang-froid seront mis à rude épreuve !
Puisque nous n'avions pas la moindre idée de ce qui pouvait bien se passer en ce moment, nous étions obligés de le croire sur parole.
- Bien entendu, des professeurs patrouillent afin de pouvoir intervenir si l'un des champions se retrouvait en difficultés. Espérons qu'aucun nuage coloré ne s'élève ce soir !
Comme pour la deuxième tâche, Verpey avait réfléchi à un moyen pour nous permettre de suivre ce qu'il se passait dans le labyrinthe. Cette fois, il survolait le terrain de Quidditch.
- Nos deux champions de Poudlard progressent séparément et sont, pour le moment, à une même distance du centre du labyrinthe. Miss Delacour a réussi à dépasser Monsieur Krum. Il semblerait que le champion de Durmstrang choisit un peu trop souvent un chemin qui le mène dans un cul-de-sac.
Son commentaire lui valut des sifflets de la part de Durmstrang.
- Pour leur sécurité, les champions n'entendent ni mes commentaires, ni vos applaudissements, mais je suis certain qu'ils reçoivent vos ondes positives !
Comme nous avions des places dans l'une des tribunes situées au milieu du terrain, nous avions un meilleur point de vue que certains. De temps en temps, il me semblait apercevoir une silhouette, un éclat de lumière ou un mouvement furtif en bas des haies, sans que je ne puisse avoir aucune certitude.
- Ooooooh, il semblerait que Monsieur Diggory soit en passe de croiser la route de son premier obstacle. Ils ressemblent à des scorpions, à la différence près qu'ils mesurent près de trois mètres ! Hagrid nous a assurés qu'ils n'étaient pas carnivores, mais ils sont aussi affamés ! Je veux bien entendu parler des terribles Scroutts !
Pansy feula.
- Je déteste ces bestioles. J'espère que Diggory va les tuer !
J'avais eu le droit à suffisamment de récits sur les fameuses créatures hybrides du garde-chasse pour savoir qu'elles pouvaient se montrer vicieuses.
- Diggory vient de les repérer. Il hésite entre partir en courant et les affronter. Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, notre champion de Poudlard a décidé de tenter sa chance ! A sa place, j'aurais plutôt pris la poudre d'escampette. Saviez-vous que la carapace des Scroutts est extrêmement résistante ? Vu la réaction de Diggory quand son premier sort a rebondi, je vous assure qu'il ne semblait pas être au courant ! Il semblerait qu'il ait énervé la plus grosse des deux et… Ouch ! Le Scroutt vient de lui infliger une attaque explosive ! Monsieur Diggory est en déroute ! Cours Cédric, cours !
Même si les encouragements ne servaient pas à grand-chose, une partie de Poudlard se mit à scander le nom de Diggory.
- Notre champion a réussi à s'en sortir sans trop de casse. Il vient de croiser brièvement la route de Potter. Il a dû le prévenir car notre jeune champion préfère retourner sur ses pas pour trouver un autre chemin.
Verpey s'éloigna de l'endroit où avait eu lieu la confrontation entre Diggory et les Scroutts, puis se stoppa quelques secondes plus tard.
- Monsieur Krum est, lui aussi, en passe de vivre un moment difficile. Voyez-vous, certains pièges sont magiques, d'autres sont pleinement inspirés de la nature. Je doute qu'il y ait beaucoup de sables mouvants en Bulgarie !
J'eus un sourire amusé.
Il n'y avait peut-être pas de sables mouvants, mais les élèves de Durmstrang avaient l'habitude d'être confrontés à des situations tordues inventées par leurs professeurs plusieurs fois par an. Il était fort probable que l'un d'entre eux ait déjà pensé à ça, ce qui faisait de Krum le plus à même de s'en sortir.
- Regardez !
Le cri venait d'une élève de Serdaigle – en deuxième année si ma mémoire était bonne – et elle pointait du doigt la tâche de lumière mouvante dans une des allées. Quand la source s'éleva dans les airs, la silhouette argenté rappelait celle d'un cerf aux bois impressionnants.
Cornedrue.
Le Patronus disparut presque aussitôt.
- Et Monsieur Krum s'en sort sans la moindre difficulté. Et avec style, dois-je dire !
Verpey prit de la hauteur, laissant le temps aux élèves de Durmstrang de saluer la performance de Krum.
- Nos champions continuent de progresser dans le labyrinthe. Monsieur Diggory n'a pas l'air de réaliser qu'il s'éloigne depuis un moment. Il ne devrait pas tarder à croiser la route de Monsieur Krum. Monsieur Potter joue de malchance avec les nombreux cul de sac et… Ah, et une surprise attend Miss Delacour au prochain croisement !
Le cri horrifié qui suivit fit dresser les cheveux fins sur ma nuque.
- Il semblerait que Miss Delacour soit terrifiée par les araignées.
- Je parie que l'on peut encore remercier ce maudit garde-chasse pour avoir été trouvé une Accromentula quelque part, pesta Pansy.
Elle avait sans doute raison mais je lui infligeai un coup dans les côtes.
- Millie… lui rappelai-je, en lui faisant les gros yeux.
Elle grimaça et frotta énergiquement le dos de Millicent, assise à côté d'elle.
- Ça va aller, Millie. Malhorne m'a dit que dans son pays, ils les mangeaient cuites à point.
Crystal secoua la tête et Millicent eut un glapissement à mi-chemin du sanglot et d'un éclat de rire humide.
- Miss Delacour a fui le combat et elle est retournée sur ses pas. L'accromentula n'a pas l'air de vouloir la suivre, mais il va falloir que notre championne trouve un autre chemin si elle veut espérer remporter ce tournoi !
Beauxbâtons encouragea Delacour du mieux qu'ils purent, Alexis et sa petite-sœur plus bruyants à eux deux que tous les autres réunis.
- Monsieur Potter se rapproche de plus en plus du centre du labyrinthe, mais plusieurs obstacles ne dressent sur son chemin, et pas des moindres. Messieurs Diggory et Krum avancent dans deux allées parallèles et sont désormais en bonne voie eux aussi… Ah, on dirait que Monsieur Potter a retrouvé l'un de ces fameux Scoutts ! Les deux premiers sortilèges ont rebondi sur la carapace et l'un d'eux a bien failli se retourner contre lui ! Potter refuse toutefois de se sauver ! Il… Merlin tout puissant ! Ce gamin a du cran ! Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Harry Potter est le premier champion à immobiliser son Scroutt ! Il s'éloigne en direction des deux autres garçons. Si ces trois-là se retrouvent en même temps au pied de la coupe, nous pourrions assister à un duel qui désignera le vainqueur !
Verpey fit plusieurs tours au-dessus du labyrinthe
- J'ignore où est passée Miss Delacour. Peut-être a-t-elle eu recours à un sortilège de Désillusion de peur que l'Accromentula ne la retrouve ?
- Il est en train de dire qu'il a perdu de vue un des champions dans un labyrinthe rempli de monstres ?! m'écriai-je. Je croyais que tout avait été pensé pour que personne ne meurt cette fois !
- Détends-toi, Lestrange. Personne n'est mort. Delacour a dû trouver le chemin vers la sortie et elle se cache sous les gradins.
L'hypothèse de Pansy aurait pu sortir de la bouche de Draco et je tournai la tête vers Crystal.
Elle eut une grimace.
- Tu as failli te faire tuer par un Basilic lors de ta première année, me rappela-t-elle. Je ne serais pas vraiment surprise si ça tournait mal.
Un nouveau cri déchirant nous fit sursauter en même temps. La voix était plus grave que la dernière fois. Ce n'était sans doute pas Delacour.
- Monsieur Krum vient de s'en prendre directement à Diggory ! Potter se lance à sa rescousse ! Potter vient de mettre Krum hors course pour protéger Diggory ! Il l'aide à se relever. Ils semblent en pleine discussion.. Et oui, je crois que Diggory va quand même signaler que Krum a besoin d'être évacué du labyrinthe.
Un nuage d'étincelles rouges s'éleva au-dessus des haies.
- Durmstrang est désormais éliminé. Si Miss Delacour ne refait pas surface dans les prochaines minutes, cela signifiera que la victoire reviendra très certainement à Poudlard !
Des applaudissements et des cris de joie saluèrent sa déclaration. Verpey reprit ses cercles vigilants, sans doute à la recherche de Delacour.
Ce fut le professeur Maugrey qui se chargea d'aller récupérer Krum dans le labyrinthe. Toujours inconscient, il fut emmené dans la tente dressée au pied d'une des tribunes sous les applaudissements de Durmstrang. Si ces derniers avaient perdu leur entrain maintenant que leur champion était éliminé, ils entamèrent l'hymne de leur école à plein poumon, comme un dernier hommage.
- Monsieur Diggory vient de se sortir d'une portion inondée du labyrinthe sans une égratignure. Comme lors de la deuxième tâche, il s'est débarrassé des Strangulots sans la moindre difficulté. Quant à Monsieur Potter, il vient de faire une rencontre qu'il n'est pas prêt d'oublier… Je vous ai promis que le labyrinthe testerait leur courage, leur ingéniosité et leur sang-froid. Il faudra au moins tout ça à Monsieur Potter pour répondre correctement à l'énigme du Sphinx !
Devant nous, Draco éclata de rire.
- Potter va se faire dévorer !
Crystal se pencha pour lui tapoter sur l'épaule.
- Un Gallion qu'il réussit.
Un sourire en coin étira les lèvres de mon cousin.
- Tenu, Malhorne.
Potter prit son temps pour trouver la solution – Diggory croisa un Epouvantard et un chien à trois têtes qu'il se garda bien d'affronter – et, quand il y parvint, les Gryffondors firent encore plus de bruits qu'au début de l'épreuve.
- Et notre plus jeune champion n'est plus qu'à quelques mètres du Trophée !
Draco se prit la tête dans les mains, m'arrachant un éclat de rire.
- Ne te réjouis pas trop, Black, me souffla Pansy. Tu as peut-être oublié dans quel état il était quand Gryffondor a gagné la Coupe de Quidditch l'année dernière, mais pas moi. Il faut que Potter perde !
Crystal eut la gentillesse de ne pas enfoncer le couteau dans la plaie en ne réclamant pas tout de suite son argent à Draco.
- Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs… La troisième tâche touche à sa fin ! Nos deux derniers champions en lice sont presque arrivés au centre du labyrinthe. Je pense que le dernier obstacle sur leur route saura les départager ! Poudlard, faites du bruit pour vos champions !
Des « Diggory » et des « Potter » furent scandés. Les banderoles à l'effigie des Poufsouffles et des Gryffondors s'agitèrent dans les tribunes. Les applaudissements étaient appuyés par le bruit sourd des piétinements rythmés sur le sol des gradins. L'excitation qui n'avait cessé d'enfler à l'approche de la dernière tâche gagnait un nouveau sommet, amplifiée par la certitude que, quoiqu'il arrive, la coupe reviendrait à Poudlard.
- Pour remporter cette troisième et dernière tâche, nos deux champions vont devoir affronter la reine des Accromentulas. Elle mesure près de quatre mètres de haut et elle a un penchant pour la chair humaine ! Diggory et Potter viennent d'apparaître en même temps dans la dernière partie du labyrinthe. Le trophée se trouve exactement à mi-chemin ! Diggory s'élance ! Potter aussi ! L'araignée est là aussi ! Elle a repéré Diggory ! Elle se lance sur lui ! Diggory ne semble pas l'avoir vue ! Ils vont se percuter ! Non ! Il l'a évité de justesse en se jetant au sol mais il semble avoir perdu sa baguette ! L'Accromentula ne va faire qu'une bouchée de lui, je… Potter vient d'attaquer l'Accromentula ! Il est venu en aide à Diggory pour la deuxième fois ce soir ! L'Accromentula est sur Potter ! Potter se défend comme un lion mais les sortilèges rebondissent sur sa carapace ! L'Accromentula vient de soulever Potter dans les airs ! Potter se défend comme un forcené ! Il n'est pas prêt à renoncer ! PAR MERLIN ! POTTER ET DIGGORY ONT UNI LEURS FORCES POUR SE DEBARRASSER DE L'ARAIGNEE ! L'ACCROMENTULA EST A TERRE ! JE REPETE : L'ACCROMENTULA EST A TERRE !
Il me sembla que tout Poudlard se leva en même temps, comme si nous étions tous connectés les uns aux autres ce soir. Les applaudissements et les cris étaient étourdissants. J'avais l'impression que mon cœur allait sortir de ma poitrine.
- Potter est blessé et il n'arrive même pas à se relever. Si Diggory décide de prendre le trophée, Potter ne pourra rien faire pour l'en empêcher. Diggory n'en fait rien. Il est en train de parler avec Potter. Qui peut imaginer ce qu'ils sont en train de se dire ? Le trophée est à quelques mètres d'eux et ils ne semblent pas faire le moindre geste pour le rejoindre ! Je crois… Oui, Diggory s'écarte ! DIGGORY S'ECARTE POUR LAISSER GAGNER POTTER !
Les Poufsouffles hurlèrent des « non » que leur champion était incapable d'entendre.
- POTTER NE DONNE PAS L'IMPRESSION DE VOULOIR SE LEVER ! Bon sang messieurs ! Le suspense est en train de nous tuer par ici !
Crystal se pencha vers moi.
- Un Gryffondor et un Poufsouffle… Évidemment qu'ils se sentent obligés d'inventer un concours de droiture sur la dernière ligne droite !
Elle n'avait pas tout à fait tort. A en croire Verpey, Potter avait aidé Diggory deux fois pendant cette tâche. Il devait donc penser qu'il ne méritait pas tout à fait de gagner.
- ILS VONT LA PRENDRE EN MÊME TEMPS ! C'EST INCROYABLE ! DIGGORY EST EN TRAIN D'AIDER POTTER A SE RELEVER ! ILS MARCHENT ENSEMBLE VERS LA COUPE ! ILS SONT DEVANT LA COUPE ! TROIS, DEUX…
Tout Poudlard hurla « UN, ZERO » à s'en rompre la voix. Une musique de fanfare résonna quelque part. Des feux d'artifices explosèrent dans le ciel, parant les visages de reflets multicolores.
- POUDLARD A GAGNÉ ! PAS POTTER, PAS DIGGORY, MAIS POUDLARD ! CES DEUX GARÇONS VIENNENT DE DONNER UNE LEÇON DE FAIR PLAY QUI ENTRERA DANS L'HISTOIRE !
La foule scanda les noms de leur champion en cœur, comme si leur victoire effaçait l'année de discorde qui l'avait précédée. Même Draco ne semblait pas déçu par le fait que Potter ne sortait pas perdant de ce tournoi.
Les acclamations s'éternisèrent pendant de longues minutes, ma gorge commençait à me brûler, mes mains étaient endolories, mais je n'avais pas envie d'arrêter.
Je n'aurais jamais pu penser que la victoire de mon école à un stupide tournoi aurait pu me procurer une euphorie comme celle qui semblait saturer mon sang.
La main de Crystal sur mon épaule me sortit de mon étrange état second.
Mes mains se figèrent entre deux applaudissements face à son expression soucieuse.
- Quoi ?
- Potter et Diggory ont disparu.
J'eus un mouvement de recul. Je devais avoir mal entendu.
Le bruit autour de nous me donnait l'impression que mes oreilles sifflaient.
- Quoi ?
- Ils ont disparu.
Verpey avait cessé de s'émerveiller du final réservé par Potter et Diggory à une foule en délire. Il avait rejoint la tribune où étaient installés les juges, le Premier Ministre et tous les autres professeurs. Dumbledore semblait avoir perdu son côté fantasque. Il ne tarda pas à disparaître dans les escaliers, Severus Rogue, Igor Karkaroof et Cornélius Fudge sur les talons.
Peu à peu, la rumeur se propagea dans les gradins. La joie de la victoire se cristallisa. Plus personne n'osait parler à voix haute et nous suivîmes tous Dumbledore du regard. Il rejoignit les professeurs Maugrey, McGonagall et Flitwick à l'entrée du labyrinthe. Ils se retrouvèrent à l'endroit où Potter et Diggory avaient disparu en quelques minutes, traçant un chemin à travers les haies comme si elles avaient été faites de papier, ouvrant une trouée qui nous permettait de les voir s'agiter. Ils lancèrent de nombreux sortilèges mais aucun ne parvint à faire revenir les deux champions.
- Ça pue, me souffla Crystal.
Je déglutis et j'eus l'impression d'avaler du verre pilé. Je portai l'ongle de mon pouce à ma bouche et je ne tardai pas à me rattacher à la douleur qui se mit à pulser doucement au bout de mon doigt quand mes dents attaquèrent la chaire.
Dans ma tête, l'enchaînement des derniers mois rejoua en boucle.
D'abord, il y avait eu l'attaque des Mangemorts pendant la Coupe du Monde de Quidditch.
Puis la Marque des Ténèbres avait illuminé le ciel.
Potter avait été inscrit au Tournoi comme quatrième champion, quand bien même seules trois écoles avaient toujours participé.
Bartémius Croupton avait attaqué Krum, puis avait mystérieusement disparu.
Potter avait été enlevé.
Parce qu'il était évident que la coupe avait été ensorcelée pour Potter. Diggory avait beau être le fils d'un membre influent du Département de la Régulation et du Contrôle des Créatures Magiques, il n'était personne à côté de Harry Potter.
Le Survivant.
Celui qui avait anéanti le Seigneur des Ténèbres, ne gardant qu'une mince cicatrice d'un affrontement dont très peu était sorti vivant, alors qu'il n'était qu'un bébé.
Malgré moi, je me mis à trembler. Ma respiration se fit sifflante.
Je retombai lourdement sur le banc derrière moi.
Draco, Pansy et Crystal furent autour de moi en un battement de paupières.
- 'Ely ? souffla Draco en me prenant la main. Tu m'entends ?
J'hochai la tête avec un temps de retard.
Pansy attrapa mon menton et rapprocha son visage du mien. Ses yeux noirs étaient tout ce que je pouvais voir.
- Tu nous fais quoi, là, petite ?
Son ton était sec. Autoritaire.
Féroce.
Je battis des paupières.
- Il est en train de revenir.
Elle plissa les yeux.
- Tu n'en sais rien ! Ce putain de Trophée était censé être un foutu Portoloin et quelqu'un s'est visiblement planté en l'ensorcelant. Tu sais aussi bien que moi que le Ministère n'est qu'une bande d'incapables. Je ne serais pas surprise que Potter et Diggory soient à Pré-au-Lard au lieu de Poudlard. Comme Potter a eu la bonne idée de se blesser, ils vont mettre du temps à rejoindre le château. Point final. Maintenant, tu te lèves, tu relèves le menton et tu arrêtes de te comporter comme une Gryffondor sentimentale.
Je pris une profonde inspiration et j'obéis. Mes jambes me donnèrent l'impression d'être faites de coton et j'avais envie de vomir, mais Pansy avait raison.
Le Seigneur des Ténèbres n'était pas de retour.
Potter et Diggory allaient réapparaître d'une minute à l'autre.
En contrebas des gradins, Dumbledore et tous les autres avaient quitté le labyrinthe et semblaient s'être résignés à attendre.
Draco passa un bras autour de mes épaules et me serra contre lui. Il ne dirait rien, parce que Pansy n'hésiterait pas à le frapper, mais je savais qu'il pensait à la même chose que moi.
S'Il revenait. Si, vraiment, le pire advenait…
Je fis de mon mieux pour enfermer cette possibilité dans un coin de mon crâne, préférant me concentrer sur la chaleur qui se dégageait du corps de Draco, la douceur de sa cape sous ma joue, le mouvement de ses respirations et son odeur.
Il avait mis le parfum que Pansy lui avait offert à son anniversaire.
J'ignorais combien de temps s'était écoulé depuis la disparition de Potter et Diggory. Les gradins étaient étrangement silencieux et les minutes s'étiraient, sans donner l'impression de se succéder tout en laissant la sensation que chacune d'entre elle durait une heure.
Nous attendions, sans vraiment savoir quoi. Sans vraiment être sûrs qu'il y avait quelque chose à attendre.
Au bout d'un moment, je fermai les yeux, espérant réussir à me convaincre que tout cela n'était qu'un mauvais rêve et que tout irait mieux quand je me réveillerais.
- Là !
Le cri de Crystal fut repris en des dizaines d'échos à travers les tribunes. J'ouvris les yeux dans un sursaut.
Deux corps venaient d'apparaître à quelques mètres de Dumbledore et Fudge.
Potter était allongé sur le ventre, une main verrouillée sur le poignet de Diggory, la deuxième tenant le trophée.
Diggory était allongé sur le dos, son expression étrangement vide, ses yeux fixés sur le ciel étoilé.
Dumbledore se précipita sur les deux garçons et retourna Potter sur le dos. Potter lâcha le trophée et s'agrippa au bras du directeur.
- Diggory est mort, souffla Crystal.
- Ne dis pas n'importe quoi, répondis-je, ma voix vacillante.
Sauf que s'il était évident que Potter était vivant – secoué et affaibli, mais vivant –, Diggory n'avait, lui, toujours pas bougé. Fudge s'accroupit à son tour à côté de Potter. Il dit quelque chose – il était trop loin pour que nous puissions l'entendre – mais la réaction des autres adultes fut sans appel.
Minerva McGonagall vacilla, Flitwick donna l'impression qu'il allait vomir et Maugrey baissa la tête.
La rumeur se propagea à la façon d'un feu dévorant. Des cris horrifiés s'élevèrent un peu partout.
Quelque part, il y eut un hurlement de douleur.
Fudge sembla se battre avec Potter pour qu'il lâche Diggory puis Dumbledore le remit debout. Potter vacilla et si Dumbledore ne le tenait pas aussi fermement, il se serait sans doute écroulé à nouveau.
- Oh non… Le père de Cédric…
Je relevai les yeux et je compris où Millicent voulait en venir. Le père de Diggory courait pour rejoindre son fils.
Dumbledore se porta à sa rencontre, tenta de le stopper. Diggory le repoussa avec force, parcourut les derniers mètres d'un pas chancelant. Il tomba à genoux à côté du corps de son fils et s'affaissa sur sa poitrine, le corps secoué de sanglots.
- Tu penses toujours que le Portoloin a été mal ensorcelé, Parkinson ?
J'aurais aimé que ma voix soit aussi glacée que mes entrailles, mais elle se brisa sur les derniers mots. Draco me serra contre lui. J'enfouis mon visage dans son épaule pour cacher mes larmes.
Je n'étais même pas sûre de savoir pourquoi je pleurais. Ce qui venait de se passer était triste – Diggory ne méritait pas de mourir – mais je ne le connaissais pas. Il avait quatre ans de plus que moi, il était à Poufsouffle et il était Sang-Mêlé. Je n'étais même pas sûre de lui avoir un jour adressé la parole.
J'étais toutefois certaine que ce qui venait de se passer ce soir n'était que le début de quelque chose de terrible, sans doute plus effrayant que ce à quoi mes pires cauchemars avaient pu me préparer.
- TOUS LES ELEVES SONT PRIES DE REJOINDRE LEUR SALLE COMMUNE DANS LE CALME.
La voix du professeur McGonagall, magiquement amplifiée, me fit l'effet d'un électrochoc. Draco me libéra avec douceur et m'aida à essuyer mes larmes.
- Ça va aller, Maellyn. Je te le promets.
Je lui répondis par une grimace et je suivis mes camarades en direction des escaliers. Nous marchions tous d'un pas lent et en silence. Certains pleuraient, d'autres étaient livides et nous échangions tous la même moue triste quand nos regards se croisaient.
Nous avions rejoint les cachots quand Crystal m'attira un peu à l'écart de Draco et Pansy.
- Je vais essayer d'en apprendre plus, murmura-t-elle. Tu veux venir avec moi ?
Je fronçai les sourcils.
- Pourquoi faire ?
- Parce que je préfère savoir. Et la dernière chose dont j'ai envie, c'est de me retrouver enfermée dans les quartiers de Serpentard jusqu'à nouvel ordre. Alors, tu veux venir ?
Ce n'était pas une bonne idée. Si nous nous faisions surprendre, il y avait de bonnes chances pour que nous soyons collées jusqu'aux prochaines vacances de Noël. En plus, j'avais envie de me réfugier dans mon lit, de fermer les yeux et de ne plus penser jusqu'à demain.
Bien entendu, à condition que j'arrive à m'endormir.
Le regard décidé de Crystal me convainquit.
J'hochai la tête.
- Au prochain croisement, on s'éclipse.
Ce ne fut même pas difficile. Tout le monde semblait plus concentré sur ses pieds que sur ce qui se passait autour d'eux. Pansy et Draco discutaient à voix basse et même Nott avait l'air perdu dans ses pensées. Il nous fallut attendre que le couloir soit vide pour être sûres que personne ne nous verrait.
- Où va-t-on ? demandai-je.
- Infirmerie. Potter était blessé et il est sous le choc. C'est là-bas que Maugrey a dû l'emmener.
- Tu es sûre ?
- Ça ne coûte rien d'essayer. On pourra se cacher derrière la tapisserie de Gwendoline l'Etrange.
Nous empruntâmes le maximum de passages secrets pour être sûr de ne croiser personne, ce qui nous obligea à faire des détours. J'avais toujours su que Crystal connaissait mieux le château que moi – même si j'ignorais quand elle avait trouvé le temps de l'explorer – et elle me fit découvrir non moins de quatre passages secrets – à croire qu'elle avait espionné Rusard depuis son arrivée à Poudlard et lui avait volé tous ses secrets –. Nous fîmes un plus long détour encore qui nous mena jusqu'à l'aile Ouest, puis le rez-de-chaussée de l'aile Est, pour enfin nous permettre d'emprunter un petit escalier en colimaçon envahi par les toiles d'araignées. Certaines marches s'étaient écroulées, d'autres ne m'inspiraient pas confiance, et il nous fallut littéralement escalader une portion avec précaution.
La vue du vide sous mes pieds me donna le tournis.
- Ne regarde pas en bas, Adler. Tu ne risques rien. Je suis passée par là des dizaines de fois. Les pierres ne céderont pas sous ton poids.
Puisqu'elles semblaient avoir cédé sous le poids seul de l'air, je n'étais pas certaine que c'était son meilleur argument, mais je me voyais encore moins redescendre par là où j'étais arrivée, aussi serrai-je les dents.
Si cela me permettait de voir mon père ce soir et de l'entendre me certifier que le Seigneur des Ténèbres avait à nouveau été mis en déroute par Potter – comment aurait-il pu s'échapper s'Il avait récupéré ses pouvoirs ? –, cela en valait la peine.
Le passage secret de Crystal débouchait dans une armoire, laquelle était stockée au fond d'une salle de cours que personne n'utilisait plus. De nombreuses tables et chaises étaient empilées là et prenaient la poussière.
Une impressionnante collection de toiles d'araignées avait envahi le tableau noir.
La salle de classe se trouvait au bout d'un couloir où je ne devais avoir jamais mis les pieds. Nous le remontâmes sur la pointe des pieds et je reconnus enfin où nous étions.
La salle de Flitwick se trouvait sur la droite et, à gauche, l'infirmerie.
- Je vais aller voir si Potter est à l'infirmerie, me souffla Crystal. Reste là.
Elle ne me laissa pas le temps de répondre. Je me penchai juste assez pour pouvoir surveiller ses arrières, essayant de me concentrer uniquement sur cette tâche pour ne pas repenser aux dernières heures.
Le couloir était désert et silencieux à droite. De son côté, Crystal avançait avec rapidité – presque habitude –, se glissant d'une cachette à une autre, à moitié pliée en deux et sans faire le moindre bruit. Je finis par la perdre de vue à mesure qu'elle se rapprochait de l'infirmerie.
J'eus l'impression d'attendre pendant une éternité avant qu'elle ne revienne vers moi, progressant de cachette en cachette.
- Alors ?
- Il n'y a personne dans l'infirmerie, à part peut-être Pomfresh.
- Tu es sûre ?
- Certaine.
Je fronçai les sourcils. Cela n'avait pas de sens. Il était évident que Potter était dans un sale état, même depuis les gradins du terrain de Quidditch.
Il avait besoin de soins.
Et nous étions stupides.
- Si Maugrey avait vraiment voulu que Potter se fasse soigner, il aurait emmené Potter dans la tente à côté du labyrinthe, soufflai-je.
Potter n'était pas mortellement blessé. Secoué, certainement, mais s'il avait pu se relever sans trop de mal, ses jours n'étaient pas en danger, tandis que Diggory était mort.
- Il a dû l'emmener au château pour l'interroger en toute discrétion, supposa Crystal. Maugrey est un Auror avant tout, on aurait dû aller du côté de son bureau, pesta-t-elle.
- Il a très bien pu l'emmener dans le bureau de Dumbledore, il est mieux protégé que le sien. Potter finira forcément la soirée à l'infirmerie, comme tous les ans.
- Très bien. On attend dans ce cas.
Il s'avéra que Crystal était plus douée que moi à ce jeu-là. A partir du moment où elle croisa les bras sur sa poitrine, elle cessa de bouger. Les yeux fermés, elle avait penché sa tête légèrement sur le côté et elle semblait écouter avec attention les quelques bruits qui portaient parfois jusqu'à nous.
De mon côté, j'avais l'impression de me battre contre mes pensées afin de les obliger à ne pas divaguer.
Diggory était mort. Potter et lui avaient disparu pendant plus d'une heure. Potter avait eu l'air anéanti.
De toutes les fois où il était censé avoir sauvé l'école, d'une façon ou d'une autre, c'était la première fois qu'il donnait l'impression de ne pas être passé loin de la mort.
Je ne pouvais penser qu'à une seule personne qui avait un véritable intérêt à voir Potter disparaître.
J'expirai lentement pour me calmer, ce qui fit rouvrir les yeux à Crystal en face de moi.
- Tu es livide.
- C'est rien, grognai-je en serrant les dents.
- Alors si ce n'est rien, cesse de faire du bruit. Les fantômes doivent monter la garde et je ne tiens pas à être surprise avant d'avoir découvert quoique ce soit.
Au loin, le gong de l'immense horloge du château résonna une seule fois.
Cela faisait plus d'une heure que nous avions faussé compagnie à nos camarades de Poudlard et autant de temps que Maugrey était en train d'interroger Potter… Ils…
Des bruits de pas me tirèrent un sursaut.
Crystal m'obligea à reculer dans l'ombre – une chance que le couloir ne soit pas éclairé –. Dumbledore et Potter passèrent sans nous remarquer.
Le molosse qui les suivait se stoppa net et tourna la tête dans notre direction.
Mon cœur loupa un battement, avant de se mettre à accélérer.
Ses yeux gris croisèrent les miens, il cligna des paupières, puis hocha la tête.
Je l'imitai.
Il courut pour rattraper Potter.
- Il viendra nous voir après, soufflai-je.
Crystal haussa les sourcils.
- Si tu le dis… On va attendre un peu avant de s'approcher. Je doute que Dumbledore reste au chevet de Potter toute la nuit.
Crystal aperçut Dumbledore quitter l'infirmerie, puis le couloir resta silencieux pendant une longue demi-heure. A chaque fois que Crystal voulut se rapprocher, quelque chose l'en empêcha – un fantôme, d'abord, puis Madame Pomfresh suivie d'une civière vide, Madame Pomfresh, encore, suivie d'une civière sur laquelle était installé une silhouette squelettique à laquelle il manquait une jambe, puis le professeur Flitwick qui regagna son bureau pour en ressortir quelques minutes plus tard –.
Une rumeur lointaine lui fit risquer un coup d'œil dans le couloir principal, puis le bruit d'éclats de voix se précisa. Je reconnus celle du professeur McGonagall et je grimaçai.
Je ne l'avais jamais entendu aussi hors d'elle.
- Vous n'aviez aucune raison de faire une chose pareille, Cornélius !
- Je n'ai pas de comptes à vous rendre, Minerva !
- Ça, c'est ce que vous pensez ! Vous n'étiez pas en danger ! Croupton était désarmé et, quand bien même, nous étions quatre sorciers en pleine mesure de le stopper s'il tentait quoique ce soit !
J'échangeai un regard avec Crystal.
Croupton ?
- C'est un dangereux criminel ! L'un des Mangemorts les plus fanatiques qu'il m'ait été donné de voir ! Vous avez peut-être oublié ce qu'il a fait mais…
- Comment OSEZ-VOUS ! Évidemment que je n'ai pas oublié ce dont il a été reconnu coupable ! Ce n'était pas une raison !
Mes pensées me donnèrent l'impression d'être les rouages d'une horloge qui tourneraient à toute vitesse pour essayer de faire sens de la discussion entre notre professeur et le Premier Ministre.
Bartémius Croupton ne pouvait pas être un Mangemort. J'étais sûre qu'il s'était montré inflexible pendant la guerre, même si j'étais incapable de dire quand j'avais bien pu entendre ça.
- C'est peut-être regrettable, mais c'est comme ça, Minerva.
- Vous n'auriez jamais dû l'amener dans l'enceinte du château ! Quand Dumbledore l'apprendra...
Des portes furent ouvertes à la volée – sans doute celles de l'infirmerie –.
- Où est Dumbledore ?!
La voix de Fudge était un peu plus étouffée, mais l'acoustique dans le château était remarquable à cause des hauts plafonds et des larges couloirs.
Crystal, qui s'était penchée pour en voir un peu plus, se redressa vivement, une grimace sur les lèvres.
- Je crois que Dumbledore m'a vue…
- Que s'est-il passé ?
Si je me fiais à son ton et à la force de sa voix, il semblait en colère.
Pourquoi tout ce bruit ? Minerva, je suis surpris de vous voir ici, je vous avais demandé de surveiller Barty Croupton.
Barty Croupton ?
Personne n'appelait Bartémius Croupton « Barty ».
- Il ne sert plus à rien de le surveiller, Dumbledore ! répliqua le professeur McGonagall d'une voix perçante. Monsieur le Ministre s'en est occupé lui-même !
Dumbledore n'était pas le seul à être en colère. Il y avait une cassure dans la voix du professeur McGonagall, comme si les larmes n'étaient pas loin, ce qui me laissait perplexe.
Et inquiète.
Quelqu'un sembla lui répondre, mais je ne réussis pas à entendre ce qui se put se dire.
- Je lui ai dit que vous ne seriez pas d'accord, Dumbledore ! tonna le professeur McGonagall. Je lui ai dit que vous n'accepteriez jamais de voir un Détraqueur pénétrer dans le château, mais…
- Chère Madame, rugit Fudge, de toute évidence aussi en colère que les autres, en tant que Ministre de la Magie, je suis en droit de décider s'il convient d'assurer ma protection lorsque je dois interroger quelqu'un qui présente un danger potentiel...
Mais la voix du professeur McGonagall couvrit celle de Fudge :
- Au moment même où ce... cette chose est entrée dans la pièce, hurla-t-elle, elle s'est précipitée sur Croupton et... et…
Je sentis mes entrailles se glacer tandis qu'un silence plana une brève seconde dans le couloir.
Le professeur McGonagall n'avait pas besoin de terminer sa phrase. Les Détraqueurs n'avaient qu'une seule arme à leur disposition.
- Et alors, ce n'est pas une grosse perte ! s'emporta Fudge. Apparemment, il a été responsable de plusieurs meurtres !
- Mais maintenant, il ne peut plus témoigner, Cornélius, dit Dumbledore.
- Il ne pourra plus expliquer pourquoi il a tué tous ces gens.
- Pourquoi il les a tués ? Il n'y a aucun mystère là-dedans ! s'exclama Fudge. C'était un fou furieux ! D'après ce que Minerva et Severus m'ont dit, il semblait persuadé d'avoir agi sur les ordres de Vous-Savez-Qui !
Mon cœur se détacha de ma poitrine et sombra dans mes entrailles gelées.
Il allait exploser.
- Lord Voldemort lui a bel et bien donné des ordres, Cornélius, répondit Dumbledore. La mort de ces gens n'a été qu'un effet secondaire du plan qui visait à redonner à Voldemort toute sa force. Et ce plan a réussi. Voldemort a retrouvé son corps
L'annonce de Dumbledore me donna l'impression de recevoir un coup de poing en plein ventre. L'air quitta mes poumons dans un bruit sifflant.
Je vacillai.
Le monde se mit à tourner autour de moi au rythme des battements affolés de mon cœur.
Voldemort a retrouvé son corps.
Je perdais l'équilibre et sans le mur à ma gauche, je me serais sans doute écroulée.
Voldemort a retrouvé toute sa force.
L'air gonfla à nouveau mes poumons, me donnant l'impression que chacune de mes côtés était brisée. Je serrai les dents pour ne pas hurler.
Voldemort est de retour.
Une larme glissa le long de ma joue. Je l'essuyai d'une main tremblante, reniflant sèchement pour dissuader les autres de couler. Pleurer était inutile. Pleurer ne changerait pas la réalité. Le Seigneur des Ténèbres était de retour et Diggory était mort.
Un frisson remonta ma colonne, faisant s'entrechoquer mes dents, ce qui sembla remettre mon cerveau en marche.
Douce Circée…
Je savais que ça allait arriver. Les signes étaient là depuis des mois. Mon père m'avait prévenue. Nott y avait fait allusion plusieurs fois.
L'annonce de Dumbledore n'était que le paroxysme de cette soirée cauchemardesque. Qui d'autre aurait eu intérêt à kidnapper Potter ? Qui d'autre aurait pu tuer un jeune homme de dix-huit ans ?
Voldemort.
J'eus l'impression de rester une éternité accrochée à la pierre froide du château tandis que le choc causé par la vérité se dissipait peu à peu. Mes respirations s'apaisèrent, tout comme les battements de mon cœur. J'avais un goût amer dans la bouche et mes yeux étaient brûlants mais, étrangement, j'avais l'impression qu'un poids invisible s'était envolé.
Comme si j'avais passé les derniers mois à attendre le retour du Seigneur des Ténèbres.
Une porte claqua au loin, m'arrachant un sursaut. Des bruits de pas s'éloignèrent suivis quelques minutes plus tard par d'autres qui venaient dans notre direction. Crystal m'attrapa par le bras, m'obligeant à reculer davantage dans le couloir. J'avais espéré qu'il s'agisse de mon père – même s'il était peu probable qu'il se promène dans le château sous sa forme humaine – mais il ne s'agissait que de Pomfresh.
Elle s'éloigna d'un pas vif sans nous remarquer.
- Ça va ? me souffla Crystal.
J'hochai la tête lentement et je fis de mon mieux pour rassembler les miettes de mon sang froid. Mon père n'allait pas tarder à nous rejoindre. Il fallait que j'ai l'esprit clair pour entendre ce qu'il aurait à nous dire – s'il acceptait de nous donner des détails sur ce qu'il venait de se passer –.
- Je n'en reviens pas que Fudge ait refusé de croire Dumbledore, chuchota Crystal, son accent nord-irlandais plus prononcé que jamais.
Je tournai la tête vers elle. Son expression était fermée, et tout son corps semblait tendu comme un arc.
J'ignorais ce à quoi elle faisait référence – sans doute avait-elle suivi la discussion houleuse dans le couloir pendant que je me remettais de l'annonce de Dumbledore – mais je n'étais pas surprise par la tournure des événements.
- Fudge est un idiot, répondis-je.
D'aussi loin que je pouvais me souvenir, cela avait été le discours de Lucius et de Narcissa à son sujet. De toute évidence, ils avaient eu raison.
Au bout du couloir, la silhouette massive d'un chien noir apparut et je repoussai mes épaules en arrière. Il nous rejoignit sans que ses pattes ne fassent le moindre bruit sur la pierre. A la seconde où mes doigts touchèrent sa fourrure épaisse, je me sentis un peu mieux.
Crystal recula d'un pas et désigna la salle de classe désaffectée d'un signe de tête.
Patmol leva son regard vers moi, une question silencieuse dans ses yeux gris.
- Elle sait, soufflai-je.
Il grogna – et il me donna l'impression de lever les yeux au ciel – mais il consentit à avancer. Dès que Crystal eut fermé la porte derrière nous, il reprit forme humaine et je me retrouvai plaqué contre sa poitrine, ses bras si serrés autour de moi qu'il me coupa presque la respiration.
L'embrassade ne dura que quelques secondes. Il déposa un baiser sur mes cheveux puis attrapa mon visage entre ses mains. Il me détailla, me donnant à nouveau l'impression d'être faite de verre.
- Que fais-tu ici ?
Il y avait une sorte de reproche dans sa voix.
J'haussai un sourcil.
- J'espionne.
Il plissa les yeux, secoua la tête, puis me libéra. Derrière lui, Crystal se racla la gorge. Mon père pivota aussitôt sur lui-même et croisa les bras sur sa poitrine.
- Malhorne, c'est ça ?
Elle hocha la tête.
- Ravie de vous revoir, Monsieur Black.
Le sentiment ne semblait pas partagé.
- Que s'est-il passé ? demandai-je en réussissant à ce que ma voix ne tremble pas.
Mon père soupira et il se frotta le front. Il hésita avant de me répondre, ses yeux à nouveau braqué sur moi. Ce fut à mon tour de croiser les bras sur ma poitrine et de relever le menton.
Une grimace douloureuse lui échappa brièvement.
- Voldemort est de retour, dit-il.
Malgré moi, mon coeur loupa un battement.
- Comment ?
L'expression de mon père se ferma et son regard s'assombrit.
- Comme on le craignait, cette crevure de Pettigrow l'a rejoint. Ils ont réussi à infiltrer le fils Croupton dans Poudlard et il a ensorcelé le Portoloin pour conduire Harry auprès de lui. Il a réalisé un ancien sortilège de magie noire et il a retrouvé son corps et ses pouvoirs. C'est un miracle que Harry ait réussi à lui échapper.
- Je croyais que Bartémius Croupton Junior était mort, soufflai-je.
Je connaissais suffisamment bien Le Registre pour savoir que le fils unique de Bartémius Croupton était décédé quelques années après la fin de la guerre.
- Il semblerait que je ne sois pas le premier sorcier qui ait réussi à s'échapper d'Azkaban, répondit sombrement mon père.
- Fudge a vraiment refusé de croire Dumbledore ? demanda Crystal.
- Fudge est un idiot. Il préfère penser que Harry a tout inventé plutôt qu'affronter la réalité, ce qui va faire les affaires de Voldemort.
Le silence tomba dans la pièce. Mon père serrait les poings si fort qu'il était surprenant que je n'ai pas entendu ses os se briser et Crystal semblait marmonner des malédictions en Afrikaans.
- Que va-t-il se passer, maintenant ?
Mon père mit quelques secondes à croiser mon regard.
- Dumbledore va continuer à tout faire pour convaincre Fudge et, en attendant, l'Ordre du Phénix va essayer de limiter les dégâts.
Ce fut à mon tour de me tendre. Je savais qu'il avait fait partie de l'Ordre du Phénix lors de la première guerre. Je n'avais pas appris grand-chose sur cette organisation, principalement parce qu'elle était secrète, mais je savais que ses membres s'étaient battus avec acharnement contre les Mangemorts et qu'ils avaient tout fait pour contrecarrer l'influence du Seigneur des Ténèbres.
- Tu vas te battre.
Ma voix se brisa et je resserrai mes bras autour de moi, serrant les dents pour éloigner la peur. Je venais tout juste de le retrouver. Il ne pouvait pas mourir.
Je ne pouvais pas le perdre.
Un nouveau frisson me secoua, mes yeux se mirent à me brûler. J'eus l'impression que mon cœur se détachait de ma poitrine une fois de plus.
Il me prit dans ses bras à nouveau, avec plus de douceur.
- Ça va aller, chaton, souffla-t-il. Je serais prudent, d'accord ? De toute façon, le département des Aurors est encore à mes trousses, je ne vais pas avoir le choix… L'Ordre a besoin de toute l'aide qu'on peut trouver et je ne peux pas rester à rien faire maintenant que Voldemort a retrouvé ses pouvoirs. J'ai promis de vous protéger, Harry et toi.
Une part de moi voulait le supplier de passer son tour. Il avait assez donné – assez perdu, aussi – lors de la première guerre, sûrement quelqu'un d'autre pouvait prendre le relais.
Je savais toutefois que c'était voué à l'échec. Il avait abandonné la sécurité des tropiques pour veiller sur Potter à la seconde où il avait appris que la Marque des Ténèbres avait illuminé le ciel anglais.
Je pris une profonde inspiration pour calmer les battements désordonnés de mon cœur.
Si les derniers mois m'avaient appris quelque chose, c'était qu'il était capable de faire profil bas – personne ne soupçonnait qu'il était revenu à Poudlard, à commencer par les Aurors – et qu'il ne serait pas seul – Minerva McGonagall, Tonks et Remus Lupin surveillaient ses arrières –.
Il y avait une chance pour qu'il ne se fasse pas tuer.
- Tu ne pourrais plus nous protéger si tu te fais tuer, grognai-je finalement.
Il resserra sa prise autour de mes épaules.
- C'est bien pour ça que je ne compte pas mourir de sitôt.
Il embrassa mon front.
- Je t'aime, ma fille. Reste à l'écart des Mangemorts et tout ira bien.
Avant de retrouver sa forme Animagus, il souffla quelque chose à Crystal que je ne sus entendre. Elle hocha la tête et il lui serra l'épaule. Patmol aboya une dernière fois et il disparut.
- Qu'est-ce qu'il t'a demandé ?
- De veiller à ce que tu manges cinq fruits et légumes par jour. On y va ?
Elle mentait mais j'avais autant de chance de lui arracher une confession que de convaincre mon père de se cacher jusqu'à la fin de la guerre.
Je lui emboîtai le pas.
Dimanche 2 Juillet 1995, Poudlard Express.
Le voyage se déroulait dans le calme. Pansy et Draco avaient décidé de voyager avec Crystal et moi.
Millicent avait insisté. Gregory et Vincent n'avaient pas compris. Nott les avait longuement dévisagés.
Ils n'avaient pas cédé.
Nous avions trouvé un compartiment libre à la fin du train, Pansy avait soigneusement refermé la porte derrière elle, puis elle m'avait aidé à placer ma malle dans le filet au-dessus des sièges.
Depuis, elle était perdue dans ses pensées. Draco gribouillait sur son carnet à dessin depuis deux heures déjà. Crystal s'était mise en tête de relire le livre de Majere que Christopher m'avait offert à Noël, comme si elle ne l'avait pas déjà lu deux fois durant la dernière semaine.
Je regardai le défilé du paysage derrière la vitre. Il n'y avait pas un nuage dans le ciel, la lumière inondait les campagnes, et je ne pouvais m'empêcher de trouver ça étrange.
Comment le soleil pouvait-il continuer de briller après ce qu'il s'était passé ?
Cedric Diggory a été assassiné par Lord Voldemort.
La veille, le professeur Dumbledore avait, comme chaque année, conclu le banquet par un discours. Cette fois, il n'avait pas pu ignorer ce qu'il s'était passé une semaine plus tôt.
Bien entendu, les rumeurs avaient été plus rapides que lui. Personne n'avait eu besoin de jouer aux espions dans les couloirs du château comme Crystal et moi pour découvrir ce qui s'était passé la nuit de la troisième tâche, au moins en partie. Les tableaux et les fantômes parlaient, d'autres avaient de la famille au Ministère et, bien sûr, certains étaient des enfants d'anciens Mangemorts.
Même si le terme « ancien » n'avait plus lieu d'être.
Draco avait reçu une lettre le lendemain de la troisième tâche, comme beaucoup de Serpentards, annonçant en des termes plus ou moins sibyllins – que leurs prières avaient enfin été entendues pour Lucius – le retour du Seigneur des Ténèbres et l'avenir brillant qui s'offrait à eux.
Draco avait légèrement pâli mais avait fait bonne figure, de peur que son père apprenne qu'il était aussi terrifié que beaucoup d'autres par la nouvelle.
Deloris faisait partie des rares personnes à être sincèrement ravie par la tournure des évènements. Elle n'avait cessé de sous-entendre que ses frères Le rencontreraient bientôt et qu'ils n'hésiteraient pas à prendre la Marque, comme leur père avant eux. Elle espérait elle-même avoir l'honneur de pouvoir Le servir.
Pansy m'avait fait promettre de me montrer très prudente à partir de maintenant. Deloris était une peste, doublée d'une intrigante sans scrupule. Il ne fallait pas qu'elle aille rapporter au Seigneur des Ténèbres que la fille unique de Bellatrix Lestrange pensait que les Nés-Moldus et autres Sang-Mêlées méritaient autre chose que son plus profond mépris – sa haine –. Cela signifiait aussi de prendre mes distances avec Jin Wan et Ryan O'Riley à la rentrée prochaine. Puisqu'il était trop tard pour que je redevienne son amie, je me devais de limiter les dégâts.
Et de surveiller ma langue.
Je soupirai.
La fin de l'année avait été étrange dans la salle commune des Serpentards. Personne n'osait plus parler à voix haute, les confessions se faisaient à quelques centimètres de l'oreille de ses plus proches amis et le reste du temps était employé à dévisager les autres avec prudence.
J'avais l'impression d'avoir eu une dizaine de paires d'yeux fixés sur moi à chaque instant.
Puisque le vrai Alastor Maugrey avait passé la semaine à l'infirmerie, l'histoire de Bartémius Croupton Junior n'avait pas tardé à faire le tour du château, tout comme les raisons derrière la disparition d'Igor Karkaroff.
Certains de mes camarades étaient donc inquiets pour leur père – Draco faisait partie de ceux-là, puisque nous savions très bien que Lucius avait soutenu avoir été soumis à l'Imperium durant la guerre – et j'étais des rares qui n'avaient rien à craindre.
Au contraire.
Si le Seigneur des Ténèbres avait été porté secours à Croupton Junior avant d'avoir pleinement recouvré ses pouvoirs, ce n'était plus qu'une question de jours avant qu'il s'occupe de ceux qui l'avaient soutenus jusqu'au bout, et qui avaient préféré Azkaban à la parjure.
Ils n'étaient pas nombreux – moins d'une dizaine d'après Pansy – et ils étaient encore moins nombreux à avoir des enfants à Poudlard.
Il y avait Julius Rockwood, un sixième année taciturne qui n'avait pas beaucoup d'amis.
Et il y avait moi.
Je fermai les yeux et j'appuyai mon front contre le verre froid, essayant d'apaiser la nouvelle bouffée de colère qui venait de faire accélérer mon cœur.
Ma magie crépita le long de ma peau et je dus me concentrer sur ma respiration pour qu'elle n'échappe pas à mon contrôle.
J'avais l'impression d'avoir passé la semaine passée à retenir ma magie à chaque fois que mes pensées s'égaraient vers les derniers événements ou sur ce qui pourrait bien se passer dans les mois à venir.
Pansy recouvrit mes poings serrés de sa main et les pressa gentiment, m'obligeant à tourner la tête vers elle ;
- Ça va ?
Son regard sombre était un peu moins dur que d'habitude et je secouai la tête. Elle m'attira vers elle, m'obligeant à poser sa tête sur ses cuisses.
- Ça va s'arranger, petite, me souffla-t-elle. On va affronter les problèmes les uns après les autres, et on va se serrer les coudes. D'ici à ce que Potter lui règle son compte, personne n'aura de tatouage.
Mon regard croisa celui de Draco, sans doute aussi inquiet que le mien était rageur, mais je ne trouvai pas la force de contredire Pansy. Elle avait au moins raison quand elle disait que nous serions toujours là les uns pour les autres.
Et je savais que, quoiqu'il arrive, elle n'aurait de cesse de trouver des solutions.
J'étais moins certaine qu'elle trouve un moyen de nous éviter la Marque des Ténèbres.
Les mains de Pansy dans mes mèches brunes réussirent à me détendre et je finis par m'endormir – les nuits n'avaient pas été très réparatrices ces derniers jours car elles se terminaient toujours par un cauchemar –. Le train ralentissait quand je rouvris les yeux.
Crystal me prit dans ses bras sur le quai de la gare.
- Je devrais être rentrée d'Afrique du Sud pour ton Bal de Débutante, me souffla-t-elle. Ne t'attires pas d'ennuis d'ici-là.
- Je vais faire de mon mieux.
Pansy me promit une visite le plus rapidement possible, embrassa Draco sur la joue, puis rejoignit ses parents.
Je pris une profonde inspiration.
Un peu en retrait, Lucius et Narcissa nous attendaient, leur tenue irréprochable et le menton haut, comme si la Marque de Lucius n'était pas d'un noir d'encre et qu'il ne tarderait pas à prendre part à de nouvelles atrocités.
Un nouvel élan de haine fit accélérer les battements de mon cœur. Lucius n'aurait pas hésité à tuer quelqu'un comme ma mère – il n'hésiterait pas longtemps à me tuer s'il découvrait la vérité sur moi – et Narcissa ne valait pas mieux, elle qui effaçait la mémoire de moldus parce qu'ils étaient gênants et qui protégeait son mari.
Mes yeux trouvèrent Christopher à côté d'eux et je retrouvai mon calme, comme par magie.
Draco serra la main de son père, embrassa brièvement la joue de sa mère et je les ignorais tous les deux au profit de mon meilleur ami.
Christopher me serra dans ses bras avec force.
- Tu m'as manqué, Ely'.
- Toi aussi, Chris.
Il avait grandi pendant l'année et il faisait presque une tête de plus que moi.
Il me libéra et, d'un geste du menton, il me désigna les Malefoy.
Lucius me dévisageait, les yeux plissés, et une moue dure en guise de menace silencieuse.
Je fis une révérence assez raide.
- Mon oncle, ma tante, quel plaisir de vous retrouver.
J'échouai à contenir mon ironie – si cela n'avait vraiment tenu qu'à moi, je n'aurais pas été contre passer l'été à Poudlard ou chez Crystal –.
Christopher m'aida à hisser ma malle sur le chariot et le poussa pour moi, tandis que je m'accrochais à son bras.
- Ça va ? me demanda-t-il.
Je serrai les dents.
- J'ai hâte d'être au manoir.
Les regards étaient de retour, brûlant ma nuque. Il ne s'agissait plus seulement de mes camarades, mais aussi de leurs parents.
Douce Circée, mon Bal de Débutante allait être encore plus pénible que prévu.
Nous fîmes la queue pendant de longues minutes, durant lesquelles j'aurais aimé être invisible.
- Je t'assure que personne ne te regarde, souffla Christopher.
- Je te dis que si. Ça n'a pas arrêté de toute la semaine.
Il attrapa ma main et son pouce traça des cercles sur ma paume.
- Respire. Essaye d'oublier où nous sommes.
Cela m'aida à garder mon calme, mais j'eus quand même l'impression qu'un poids disparaissait de sur ma poitrine quand je me retrouvai dans le hall d'entrée du manoir Malefoy.
- Draco, j'aimerais te parler dans mon bureau.
Draco sursauta, ouvrit la bouche pour protester, mais son père referma sa main sur son épaule et l'obligea à le suivre.
Quand ils se furent éloignés, Narcissa fit un pas vers moi, ses bras ouverts comme si elle espérait que j'avais oublié et que je ne la détestais plus pour tous ses mensonges. Mon expression dut me trahir car elle se figea.
Elle soutint toutefois mon regard.
- Je ne la laisserai pas te faire du mal, Maellyn. Je te le promets.
Un éclat de rire réussit à se frayer un chemin dans ma gorge obstruée, je serrai les poings à nouveau, ce qui intensifia les crépitements de ma magie le long de mes veines. Il ne faudrait pas grand-chose pour que j'en perde le contrôle et je faillis me laisser séduire par l'idée d'envoyer Narcissa s'écraser contre un mur.
La main légère de Christopher sur mon épaule m'en empêcha.
- Il est de retour et elle redeviendra son bras droit, crachai-je. On sait toutes les deux que ton influence ne vaudra rien devant la sienne ! Alors, pour une fois, ne fais pas de promesses que tu ne pourras pas tenir !
Je tournai les talons en direction de ma chambre. Je ne voulais pas rester une seule seconde de plus en compagnie de Narcissa. Elle ne méritait rien d'autre que d'être rongée par la culpabilité. Elle savait qu'Il finirait par revenir – par Merlin, son mari était un Mangemort ! – et elle avait tout fait pour me garder auprès d'elle malgré tout !
Ce qui m'arriverait serait autant de la faute de Bellatrix que de la sienne.
Douce Circée, qu'allait-il m'arriver ?
Mon cœur s'emballa, mes yeux me brûlèrent.
Je poussai la porte de ma chambre.
Qu'allait-il m'arriver ?
La pièce se mit à tourner – à moins que ce ne soit moi – et j'enfouis les mains dans mes cheveux pour retrouver un peu de lucidité.
Ou pour m'accrocher à quelque chose. N'importe quoi !
Deux mains m'agrippèrent les épaules avec force, puis m'obligèrent à me retourner.
- Que se passe-t-il ?
Sa voix était plus grave que dans mes souvenirs.
- Il est revenu, Chris. Il a à nouveau tous ses pouvoirs. Et mon père est déjà en mission pour se battre contre lui ! Et Bellatrix…
Il me secoua et mes dents cognèrent les unes contre les autres. Plus que la douleur, ce fut la surprise qui m'aida à retrouver mes esprits.
- Te revoilà, souffla-t-il. On va reprendre depuis le début, d'accord ?
Il me guida vers mon lit et s'installa à côté de moi.
- Que s'est-il passé ?
Je le dévisageai.
- Tu ne sais pas ?
Son expression se durcit.
- Que Lord Voldemort a retrouvé ses pouvoirs ? Bien sûr que je suis au courant. J'étais chez Anton, pas sur une île déserte.
La mention de son ami – petit-ami ? – me fit perdre le fil pendant une seconde. Il soupira.
- Tu vas certainement faire sa rencontre dans les années à venir, Maellyn. Il serait peut-être préférable que tu commences par ne pas être effrayée à la simple idée de prononcer son nom.
Je me sentis pâlir, ce qui me valut une piètre grimace d'excuse.
- On a toutefois échoué à en apprendre beaucoup plus. Que s'est-il passé ?
Je m'obligeai à tout lui raconter depuis la disparition de Potter et Diggory, jusqu'aux discours de Dumbledore la veille.
Et parce qu'il était mon meilleur ami – sans doute la personne qui me connaissait le mieux –, je n'en restai pas là.
- J'ai peur, Chris, soufflai-je, la gorge à nouveau serrée. Combien de temps avant qu'Il n'aille libérer Bellatrix ? Elle doit sûrement être complètement cinglée maintenant et elle m'obligera à prendre la Marque parce que c'est tout ce qui compte pour elle ! Ou alors, Il va se rendre compte de la supercherie et elle me tuera parce que je suis une Illégitime !
Les larmes sur mes joues me donnèrent l'impression que ma peau était à vif.
- Et pourquoi je ne peux pas m'empêcher de pleurer pour une fois ! Ce n'est pas comme si ça allait changer quelque chose !
Il s'abstint de tout commentaire et préféra me tendre un mouchoir.
La lettre A y était brodée d'un joli fil de soie bleu, et la calligraphie était trop élégante pour je me mouche dedans.
Il essuya lui-même mes joues avec.
- Tu pourrais partir, dit-il. Je suis certain que la grand-mère de Crystal pourra arranger quelque chose. Ça ne doit pas être bien dur pour elle de te faire disparaître dans le monde moldu le temps qu'elle retrouve ta famille. J'irais avec toi.
Son ton était résolu et son regard semblait me mettre au défi de le lui refuser.
Mon cœur se serra.
Je savais qu'il le pensait vraiment. Il quitterait Durmstrang – et Anton – sans une seconde d'hésitation si je le lui demandais.
- Je ne peux pas, soufflai-je, ma voix encore humide. Je ne peux pas faire ça à Draco et Pansy. A toi. Vous allez avoir besoin de moi.
Je crus qu'il allait lever les bras au ciel et maudire mon absence de bon sens.
Au lieu de ça, il haussa un sourcil.
- Alors que veux-tu faire ?
Je déglutis.
Que voulais-je faire ?
Si je ne pouvais pas partir. Si je refusais de fuir. Si, vraiment, la seule voie qui s'ouvrait devant moi se terminait avec un tatouage sur mon avant-bras gauche et du sang sur mes mains, quel choix me restait-il ?
Mes yeux se posèrent sur ma tâche de naissance et la peur se mua en haine, puisque c'était la seule chose qui en semblait capable.
- Je veux lui faire payer. Je veux la détruire.
La froideur de ma voix me surprit.
L'assurance qui y était cachée me rassura.
Christopher approuva ma réponse d'un signe de tête, puis un sourire en coin étira ses lèvres.
J'eus l'impression que la personne devant moi n'était plus tout à fait le Christopher avec lequel j'avais grandi.
- Dans ce cas, tu vas avoir besoin de mon aide.
Je me perdis une seconde dans le bleu de ses yeux et la force qui y brillait sembla me redonner tout le courage que les derniers jours avaient emporté.
- Je vais avoir besoin de ton aide.
...
And that's a wrap on tome 4 !
(1) : en français dans le texte xD
Bon, j'avoue que j'ai hâte d'avoir votre retour sur :
- Les découvertes de Sirius sur Madelyn McGonagall (Remus est tellement blasé par les excès dramatiques de son BFF).
- L'anniversaire de Draco, la pression de l'étiquette Sang-Pur et Pansy qui veille (il passe quand même une bonne journée, ce crétin).
- La séance de révisions qui tourne en cours de hip-hop (Jin est vraiment trop chou!)
- Maellyn et ses examens de fin d'année (oui, Sirius est le meilleur papa du monde et, oui, cette petite est douée en Métamorphose).
- Radimir Lomonosov, cette espèce de raclure de bidet qui mériterait d'être brûlé vif (je vous assure que Fleur s'est chargée de son cas! Stay tuned wink:wink)
- Le petit secret de Christopher et Alexis Delacour toujours là au bon moment (trop d'amour pour ces deux-là!)
- La désastreuse troisième tâche (je plaide non-coupable pour cette partie-là!)
- Maellyn qui ne vaut définitivement pas mieux que Harry Potter quand il s'agit de s'attirer des ennuis ! (je ne pouvais pas laisser partir Sirius sans un dernier câlin de sa fille. Godic en soit témoin, il va avoir au moins besoin de ça pour la suite).
- Les retrouvailles avec Christopher et la décision de Maellyn (allez, j'en connais un qui ne va pas être ravi DU TOUT!)
Je suis TRÈS LOIN de faire tout le tour de ce chapitre (30k, cette vaste blague quand même!) alors quel a été votre truc préféré de ce petit chapitre ?:)
Je vais essayer de garder une publication bi-mensuelle, mais je ne promets absolument rien (j'ai beaucoup de boulot cette année) aussi ne soyez pas surpris·e·s si j'ai du retard pour la prochaine ! Je vous dis quand même à dans deux semaines du côté de Black Sunset : Gravity !
N'hésitez pas à aller y faire un tour, parce que mon cher Spin-Off fait partie intégrante de cette histoire (et que je serais pas tellement surprise que mes deux idiots finissent par voler la vedette à Maellyn…).
Sur ces bonnes paroles, n'oubliez pas de me laisser une petite review avant de partir ! Sans déconner, ça prend littéralement deux minutes !
Orlane.
Mis à jour le dimanche 26/09/2021
