Disclaimer : Les personnes trans sont tous·tes merveilleux·euses. Celleux qui oeuvrent contre leurs droits méritent qu'on leur crache au visage.

Attention: Rated T pour le langage et les scènes violentes.


RàR :

Katimyny :
Coucou ! Merci beaucoup pour ta review ! Et merci pour tes compliments pour la description de la troisième tâche (non pas que les organisateur·ice·s de ce tournois ne me simplifient pas la tâche, mais un peu quand même beaucoup!). J'avoue, une alliance entre Hermione et Crystal pourrait valoir son petit pesant de Gallions (qui sait ? xD). Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Liyly :
Heyyy ! Merci beaucoup pour ta review !
Et oui, le chapitre 30 fait partie des poids lourds de cette histoire (heureusement, ce n'est pas encore une habitude!). J'avoue que je me suis bien amusée à écrire la scène avec Madelyn xD Promis, Alexis n'est pas bien loin wink:wink:wink. C'est sûr que l'année à venir ne va pas être de tout repos !
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Juliette :
Hey ! Merci beaucoup pour ta review ! Les moments entre Maellyn et son père font aussi partie de mes préférés ! Ils sont si choux. Sirius ne va pas être ravie si ton hypothèse se vérifie.
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Guest (Cécile) :
Hello ! Merci beaucoup pour ta review ! Et bienvenue par ici !
Je suis toujours un peu touchée d'apprendre que j'ai causé un binge-reading en bonne et due forme (j'espère que tu as pensé à t'hydrater quand même, surtout que la rumeur veut que j'arrache quelques larmes :s). Je suis en tout cas contente que mon histoire t'ait autant plu et que j'ai réussi à te tenir en haleine !
Tu n'es pas la seule à avoir de grosses attentes autour de la relation entre Maellyn et Narcissa… Je ne vais pas faire de promesses que je ne pourrais pas tenir. Là où j'en suis dans l'écriture, personne ne m'a donné de date de réconciliation, so… La relation mère/fille entre Narcissa et Maellyn a été essentiel dans la construction de Maellyn (même si mon ado terrible préférerait s'arracher les cordes vocales à main nue plutôt que de le reconnaître) : c'est précisément pour cela que Maellyn a aussi mal pris la trahison de Narcissa et que le chemin vers la réconciliation risque bien d'être très tortueux.
Je te laisse avec la suite ! N'hésite pas à aller faire un tour du côté de Gravity;)

Lara :
Salut ! Merci beaucoup pour ta review ! Et bienvenu·e par ici ! Je suis contente que mon histoire t'ait autant plu ! Et merci également pour tes compliments ! Je te laisse avec la suite ! N'hésite pas à aller faire un tour du côté de Gravity;)


Merci à Katimyny, Surion1243, Liyli, jane9699, annelisemalleron, mamalahaye, Tiph l'Andouille, NyannaCh, Smeagol, Guest (Cécile), Sun Dae V, lune patronus, feufollet, tzvine (x2), henrismh et Lara pour leur review. Vos mots ont été comme un phare au milieu de la tempête du mois de novembre.


Bonjour à toutes et à tous !

I'M BACK !

Le Nano est terminé, les conseils sont passés, la pile de copies demeure sans fin MAIS j'ai survécu au terrible mois de novembre de l'enfer ! (je ne suis toutefois pas mécontente que les vacances le suivent de très près, parce que ça aurait été dur-dur ^^)

Comment va la vie de votre existence ?

De mon côté, j'ai retrouvé un quota de sommeil un peu plus raisonnable (et je n'ai pas encore attrapé de vilains virus), donc c'est plutôt la forme !

Niveau écriture, le Nano m'a permis de mettre les bouchées doubles. Si je n'ai pas atteint les traditionnels 50k, j'en ai quand même écrit 46,5, ce qui m'a permis de boucler environ deux chapitres (le environ étant une mauvaise surprise que je dois – encore – à la timeline hasardeuse de Rowling). J'ai officiellement entamé Juin 1996, ce qui qui signifie que la fin du Tome 5 est en vue ! Bonne nouvelle, il devrait rimer avec au moins un cliffhanger !

Voilà pour les nouvelles. Je vous laisse avec le nouveau chapitre, que j'aime beaucoup, même si on m'a fait savoir qu'un paquet de mouchoirs pouvait se révéler utile. Bonne lecture !


La honte doit changer de camp.

Si vous ne laissez pas de reviews, vous n'êtes plus les bienvenu·e·s sur mes histoires. Au fond, ça ne change rien pour moi.


Un grand merci à Sun Dae V pour son travail de bêta ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Une spéciale dédicace aux copines d'écriture (parce que le Nano aurait été autrement plus difficile): Sun Dae V, malilite, Aliete, Apple Cherrye Pie et Feufollet. Merci pour les battles et le soutien! N'hésitez pas à aller faire un tour du côté de leurs histoires!


Black Sunset

Partie IV : Supernova

Chapitre 16

Supernova: cataclysmic explosion caused when a star exhausts its fuel and ends its life. Supernovae are the most powerful forces in the universe.


Vendredi 24 Juin 1995, Azkaban, Mer du Nord.

Au début, elle crut qu'elle imaginait la douleur.

Recevoir la Marque des Ténèbres avait été l'une de ses plus grandes fiertés mais la douleur provoquée par le rituel lui avait donné envie de se ronger le bras pour que la sensation de brûlure cesse.

A la différence des autres souvenirs que le pouvoir des Détraqueurs ravivait au fond de sa mémoire, celui-ci avait le mérite de lui redonner du courage, comme un rappel de ce qui la liait encore à son Maître.

Ce soir, ses paupières étaient trop lourdes. Elle ramena son bras gauche contre elle et commença à le bercer doucement. Elle avait pleuré de joie, quelques mois (combien ?) plus tôt quand un bain glacé lui avait permis de discerner les contours de la Marque sous la crasse qui la recouvrait la majeure partie du temps. Les lignes du tatouage étaient devenues de plus en plus nettes à mesure que les jours se suivaient, signe que son Maître reprenait des forces et qu'elle devait conserver les siennes.

Elle ne doutait pas qu'il viendrait la chercher dès qu'il aurait retrouvé toute l'étendue de ses pouvoirs. Les Détraqueurs redeviendraient ses alliés et il ferait payer les gardes au centuple pour tout ce qu'ils lui avaient fait subir depuis qu'elle était arrivée ici.

La douleur initiale était en train de se transformer en une délicate chaleur qui repoussait le froid des Détraqueurs devant sa porte, lui apportant un peu de répit. Elle ouvrit les yeux puis se redressa péniblement.

Machinalement, elle retraça la Marque du bout de son index, souhaitant qu'où qu'il soit, il sente sa présence au creux de lui.

Qu'il sache qu'elle lui restait fidèle, encore et encore et pour toujours.

Elle ne réalisa pas immédiatement que le dessin sur son bras avait retrouvé son aspect du premier jour, le noir de l'encre si sombre qu'il semblait luire malgré sa peau sale et le peu de lumière à cette heure.

- Il est revenu, souffla-t-elle, sa voix fragile à force de ne plus parler assez.

La joie lui donna l'impression qu'un Patronus venait d'apparaître dans sa cellule, repoussant le froid qui saturait son corps amaigri.

Il est revenu.

Elle embrassa la Marque des Ténèbres, chacun des millimètres gravés dans sa chair.

Il est revenu !

Des larmes de joie se mirent à rouler sur ses joues.

- Il est revenu !

Sa voix était rauque, sa langue malhabile, ses cordes vocales à la fois fragiles et habituées aux cris que les cauchemars lui arrachaient parfois. Elle prit une profonde inspiration, ignorant la brûlure au niveau de sa poitrine.

- IL EST REVENU ! hurla-t-elle.

De toutes ses forces.

De tout son cœur.

De toute son âme.

Son Maître avait retrouvé ses pouvoirs. Il allait venir la chercher et tout redeviendrait comme avant.

La peur allait changer de camp.

Elle avait hâte.

...

Dimanche 25 Juin 1995, Little Whinging, Angleterre.

C'était une parfaite soirée de juin. Le coucher du soleil s'étirait dans un ciel sans nuage. Une légère brise tiède apportait les promesses d'un été chaud et le parfum des fleurs qui ornaient les jardins était entêtant.

Rien, absolument rien, ne laissait penser que Lord Voldemort avait retrouvé son corps, la pleine puissance de ses pouvoirs et une partie de ses supporters deux jours plus tôt, assassinant un gamin de dix-sept ans et traumatisant son filleul au passage.

- Sirius, mets-la en veilleuse.

Le rappel fut accompagné d'un geste un peu sec sur sa laisse, ce qui lui donna envie de la lui arracher des mains.

Il avait toujours eu horreur de la panoplie du chien domestique – le collier, la laisse et le reste – mais puisqu'il devait se faire discret – sa tête était toujours mise à prix pour dix milles Gallions –, Remus avait insisté.

Arabella Figg va être assez secouée par le retour de Voldemort comme ça. Un repris de justice en cavale chez elle risque d'être de trop.

Son ami avait tenu le même discours quand ils avaient été prévenir Mondigus Fletcher, Sturgis Podmore et Dedalus Diggle, au point qu'il se demandait quel était l'intérêt qu'il accompagne Remus à ces rencontres.

Il se gardait toutefois d'en faire la remarque à voix haute. Il préférait encore avoir l'illusion de servir à quelque chose plutôt qu'avoir la certitude qu'il ne pouvait rien faire du tout.

- A droite, Patmol, lui indiqua Remus.

Si les maisons de la rue principale se ressemblaient toutes – de la hauteur de la pelouse à la couleur des bégonias –, celle où habitait Arabella Figg donnait l'impression que de vraies personnes y vivaient.

- C'est là.

La maison était plus petite que les autres, sa façade était défraîchie et le jardin était décoré par de nombreuses statues de chats, immortalisés dans des positions diverses.

L'un d'eux revint à la vie à la seconde où il posa sa patte avant sur l'herbe et il aurait pu perdre un œil si deux ans dans la Forêt Interdite n'avaient pas autant aiguisé ses réflexes.

Voyant que son attaque avait échoué, le chat se remit à bonne distance en crachant et resta à l'affût, ses yeux jaunes fixés sur lui.

Remus se racla la gorge.

- Je crois que tu n'iras pas plus loin ce soir, Sirius, dit-il en détachant la laisse de son collier. Il vaut mieux que j'aille parler à Figg seul. Ne fais rien qui pourrait nous attirer des ennuis, d'accord ?

S'il avait eu cinq doigts, il aurait fait un bon usage du troisième, mais il se contenta de grogner et de reculer de trois pas. Le chat s'assit mais continua à balayer le sol avec sa queue, ses oreilles rabattues en arrière.

Le message était on ne peut plus clair et il s'assit à son tour. Avec un peu de chance, le chat de garde de Figg apercevrait une souris dans quelques minutes et l'oublierait.

La chance n'était pas de son côté ce soir.

Il essaya de fondre son esprit dans celui de Patmol. Son alter-égo pouvait passer des heures allongé à regarder l'herbe bouger au gré des courants d'air, la langue pendante.

Ce soir, trop de pensées se bousculaient dans sa tête.

Voldemort était de retour. La première guerre lui avait presque pris tout ce qu'il avait de plus cher, et il était terrifié à l'idée que la seconde lui arrache ce qu'il lui restait.

Remus, d'abord, qui ne tarderait pas à reprendre son rôle lors de la guerre précédente auprès des loups-garous. Dumbledore allait forcément lui demander de renouer contact avec ses semblables et de tout faire pour les convaincre de ne pas rejoindre la meute de Greyback ou Voldemort. Remus n'était pas très optimiste à ce sujet – s'il avait pu taire le fait qu'il était loyal à Dumbledore pendant la première guerre, tout le monde savait à quoi s'en tenir désormais – mais il comptait essayer quand même, et tant pis s'il ne réussissait qu'à convaincre deux ou trois loups-garous. C'était toujours ça de pris. Il risquerait pourtant sa peau. Greyback lui avait donné sa première morsure et il pourrait se mettre en tête de lui donner sa dernière.

Il y avait Tonks, aussi, qui avait entendu parler de ce qui s'était passé pendant la troisième tâche et de la déclaration de Harry concernant Voldemort. Elle était venue trouver Remus la veille pour avoir plus de détails et leur avait assuré qu'elle voulait en être avant de partir.

Il y avait Maellyn, bien sûr. Pour le moment, elle était plus terrifiée par l'idée que Bellatrix sorte d'Azkaban que par Voldemort lui-même, mais combien de temps avant qu'il ne rende une visite aux Malefoy et que le seul fait qu'elle soit sa fille, et non celle de Bellatrix, ne la mette en danger ?

Il avait fait promettre à Crystal Malhorne de faire accélérer les recherches de sa famille moldue et il priait sa bonne étoile – et toutes les autres – pour que Maellyn accepte de se mettre en sécurité aux États-Unis.

La petite voix au fond de son crâne lui soufflait qu'il y avait peu de chance pour que cela se produise.

Elle refuserait d'abandonner ses amis aux griffes de Voldemort et, comme Remus le lui avait fait remarquer, elle devait tenir ça de lui.

Il secoua la tête pour faire taire ses pensées, mais rien n'y fit.

Parce qu'il y avait Harry.

Son cœur se serra au souvenir de l'état dans lequel il avait été quand il l'avait rejoint dans le bureau de Dumbledore. Il avait eu l'impression de revoir le bambin qu'il avait trouvé dans les décombre de la maison de James et Lily à Godric's Hollow. Il avait le même regard hagard et les larmes avaient creusés un sillon le long de ses joues. Il avait eu envie de le prendre dans ses bras pour le rassurer, lui promettre que tout irait bien et qu'il était en sécurité, mais Dumbledore avait exigé de savoir ce qu'il s'était passé.

Et, de toute façon, cela aurait été un mensonge.

Voldemort avait mis au point un plan complexe dans le seul but de lui voler quelques gouttes de sang avant de le tuer. Il trouverait un autre moyen pour l'atteindre et Harry n'aurait peut-être pas autant chance.

Il grogna à nouveau.

Il savait que quelque chose était en train de se tramer depuis que son filleul lui avait envoyé cette lettre à propos de son cauchemar l'été dernier. Il n'avait cessé de répéter à Dumbledore de prendre les devants, qu'il était hors de question que Harry affronte Voldemort une fois de plus, tout ça pour que le pire se produise.

Il se leva. Il pouvait voir la lumière qui filtrait d'une des fenêtres dans la maison de Figg. Il n'y avait aucun signe qui pouvait le laisser penser que Remus ressortirait bientôt et il allait finir par perdre le fil sur sa forme Animagus s'il continuait à ruminer sur le sort d'Harry.

Et tant pis si Remus lui faisait la morale après.

Il laissa le flair de Patmol guider ses pas. Il suivit la piste d'un écureuil pendant plusieurs minutes, puis celle d'un chat – qui n'était pas celui de Figg – et, enfin, l'odeur alléchante de la cigarette.

Un moldu était installé sur une chaise devant le 7 Privet Drive et fumait une cigarette. Son paquet était posé par terre.

S'il était rapide, il pourrait sans doute le lui voler. Remus ne serait pas content, mais c'était de sa faute. Il avait refusé de lui acheter un paquet quand il était sorti pour faire des courses, parce que son propriétaire avait stipulé qu'il n'avait pas le droit de fumer dans l'appartement.

A force de vivre du côté moldu, Remus devait avoir oublié qu'il était un sorcier…

Il se ramassa, prêt à fondre sur sa proie du soir, regrettant quand même de ne pas avoir de baguette. Un Accio aurait été plus discret.

- Pétunia ! Tu es sûre que c'est ce soir qu'il faut sortir la poubelle ?

Il sursauta et tourna la tête.

De l'autre côté de la rue, un homme, doté d'une impressionnante moustache, descendait son allée, suivi par ce qui devait être la fameuse poubelle. Malgré les températures clémentes, il était encore engoncé dans un pull à rayures, ce qui ne flattait pas vraiment sa silhouette enveloppée.

Sirius oublia le paquet de cigarettes.

Il n'avait vu les Dursley qu'à de très rares occasions, l'une d'elle ayant été le mariage de James et Lily, durant lequel il avait passé une partie de la soirée à s'assurer que la sœur de Lily ne causerait pas de scène.

L'homme ressemblait beaucoup à une version plus âgée – et plus grasse – du mari de Pétunia.

Il retint difficilement un grognement.

Vernon Dursley fit claquer la porte de sa maison derrière lui, puis l'homme termina sa cigarette et rentra à son tour. Une fois la rue vide de témoins, il rejoignit le numéro 4. Un rapide coup d'œil par la fenêtre du salon lui confirma qu'il s'agissait bien de la sœur de Lily et lui apprit qu'il y avait une deuxième porte à l'arrière de la maison.

Remus n'allait pas être content.

Il fit le tour, dénicha un morceau de bois qui ferait une baguette magique convaincante, puis reprit forme humaine après avoir vérifié une dernière fois que personne ne pouvait le voir.

Il lui fallut trois essais avant de réussir à déverrouiller la porte sans sa baguette – il doutait de réussir à l'ouvrir d'un seul coup de pied – et il se glissa à l'intérieur sans un bruit.

Le couple Dursley était installé devant la télévision, une tasse de thé à la main.

- Je laisserai ces gâteaux tranquilles à ta place.

Vernon, qui s'apprêtait à en attraper un, sursauta si violemment qu'il fit tomber l'assiette au sol. Le bruit de vaisselle cassée fut toutefois couvert par le cri suraigu de Pétunia. Elle se leva d'un bond et se précipita derrière le fauteuil où son mari était installé.

La main de Vernon qui tenait sa tasse s'était mise à trembler, ce qui offrait un étrange contraste avec son teint violacé et son regard mauvais.

Quand il fit un geste pour se lever, il n'eut qu'à pointer son morceau de bois sur lui pour l'en décourager.

- Pas de geste brusque, Dursley, ou j'ajoute un moldu à ma liste de victimes.

Vernon blanchit et Pétunia eut un glapissement.

- Sortez de chez moi ! grinça-t-il quand même.

- Chaque chose en son temps. Je ne vais pas m'éterniser mais j'étais dans le coin et j'ai pensé qu'on pourrait avoir une petite discussion à propos de Harry.

Il s'installa sur le canapé et désigna la place à sa droite d'un geste du menton.

Pétunia secoua la tête.

- Ne sois pas stupide, Pétunia, grogna-t-il. J'ai trop de respect pour Lily pour tuer sa sœur ce soir, même si je doute qu'elle m'en voudrait beaucoup vu la façon dont tu as traité son fils unique.

La mention de Lily sembla sortir Pétunia de sa torpeur. Elle croisa les bras sur sa poitrine et lui jeta un regard noir. Elle ne semblait pas décidée à bouger.

Il n'eut besoin que d'un essai pour faire exploser la tasse que Vernon tenait toujours dans sa main, leur arrachant un nouveau cri.

- Je ne vais pas demander gentiment deux fois.

Elle se décida à le rejoindre, son visage un peu plus blême à chaque nouveau pas et elle s'installa le plus loin possible, une fesse dans le vide.

- Mon filleul a eu une année très difficile, dit-il. Si j'apprends que son été est aussi pénible que le dernier, je risque de casser bien plus qu'une tasse lors de ma prochaine visite. Est-ce bien clair ?

- S'il est si mal traité ici, vous n'avez qu'à le récupérer à la gare la semaine prochaine. Ce n'est pas comme s'il allait nous manquer.

Le grognement qui s'échappa de sa gorge était digne de Patmol et cela, en plus de son regard sombre, suffit à donner envie à Vernon Dursley de se ratatiner dans son siège.

- Je ferais en sorte qu'il me rejoigne le plus rapidement possible. Il vaudrait mieux qu'il ne soit pas sous-alimenté à ce moment-là.

Il ne pouvait pas rester beaucoup plus longtemps. Remus devait en avoir bientôt terminé avec Figg et ils avaient une autre visite à faire. Les quatre vérités qu'il rêvait de cracher au visage de Pétunia Evans depuis que Remus lui avait fait part de ses doutes concernant l'enfance de Harry attendraient donc une autre fois.

Il planta ses yeux dans ceux de Pétunia.

- Si vos places avaient été échangées, James et Lily auraient traité Dudley comme leur propre fils, dit-il seulement, sa voix glaciale et son regard mauvais. Harry est trop noble pour se venger mais je te promets que ce n'est pas mon cas, Pétunia. Un jour, je vous ferais payer.

Il attendit que le message se grave profondément dans le cerveau de la sœur de Lily pour se lever. Il fit claquer la porte derrière lui et retrouva sa forme Animagus.

Remus l'attendait au bout de l'allée du numéro 4.

- Tu aurais pu m'attendre, dit-il quand il l'eut rejoint. J'avais moi aussi deux ou trois petites choses à dire aux Dursley.

Il secoua la tête et Remus raccrocha la laisse à son collier.

- Pétunia a de la chance que sa sœur soit décédée parce qu'elle l'aurait brûlée vive pour la façon dont son mari et elle se sont occupés de son fils.

Il aboya pour approuver sa remarque.

Il était convaincu que Pétunia le savait aussi.

Avant de partir, Remus fit un geste négligeant de sa baguette qui déchiqueta les bégonias et transforma le gazon en paille.

Et dire que certains imaginaient encore que Remus avaient été obligés de participer aux coups tordus des Maraudeurs...

Samedi 2 Juillet 1995, Pré-Au-Lard, Ecosse.

- Merci à toutes et à tous d'être venus. Au regard des derniers événements, notre réactivité est cruciale.

Sirius serra les poings sous la table et compta jusqu'à dix pour s'obliger à garder son calme. Si Dumbledore avait organisé une telle réunion six mois plus tôt, quand il était devenu évident que Maugrey ne parviendrait pas à trouver qui avait inscrit Harry au Tournoi des Trois Sorciers, peut-être l'Ordre aurait-elle pu réussir à empêcher le retour de Voldemort tout court.

Comme s'il avait lu dans ses pensées, Remus haussa un sourcil à sa droite, puis fit un geste de la main pour lui rappeler qu'il lui avait promis de garder cette réflexion-là pour lui.

Il soupira.

Remus avait raison, bien sûr. Blâmer Dumbledore ne servirait à rien. Voldemort était revenu et ils devaient rester unis pour ralentir du mieux qu'ils le pourraient ses futurs plans. C'était la seule chose qui comptait, même si cela signifiait faire confiance à Dumbledore et accepter l'idée que Rogue soit dans leur camp.

L'ancien Mangemort était installé à la droite du vrai Maugrey Fol-Œil – toujours un peu maigre et pâle, mais alerte –. Il eut un rictus quand il croisa son regard, découvrant ses dents jaunes, ce qui lui donna envie de lui jeter un maléfice – juste pour égayer la soirée – sauf qu'il n'avait toujours pas de baguette.

- Tout d'abord, un point sur la situation. Je n'ai toujours pas réussi à convaincre le Ministre du retour de Voldemort et si je me base sur notre dernier échange, je doute d'y parvenir de sitôt. Celles et ceux qui ont des postes au Ministère vont devoir faire preuve de discrétion car j'ai peur qu'il n'hésite pas à se séparer de vous. Puisque le Ministère a décidé d'ignorer la menace, Voldemort semble faire profil bas, ce qui nous complique la tâche.

- On a idée de ce qu'il veut faire ? demanda Tonks.

Ses cheveux roses dénotaient dans la salle à manger de Minerva.

- Pour le moment, il n'y qu'une seule chose qui l'intéresse, c'est tuer Potter, répondit Rogue. Pour ça, il veut récupérer la prophétie qui est au Département des Mystères. Il pense qu'elle renferme des indications sur la façon dont il pourrait y parvenir.

- Et c'est le cas ?

Tonks avait posé sa question à Rogue, ignorant que Dumbledore était le seul à pouvoir lui répondre. Il n'avait jamais demandé à James comment Dumbledore avait été mis au courant pour la prophétie, pendant la première guerre, mais il doutait que ce soit par Rogue.

- Nous l'ignorons, répondit Maugrey. Dans tous les cas, il vaut mieux éviter qu'il mette la main dessus, c'est pourquoi une de nos principales missions va être de surveiller l'entrée du Département des Mystères.

- Paraît que c'est le département le mieux protégé du Ministère, releva Mondingus.

- Ouais, c'est ce qui se dit aussi de Gringotts et Poudlard, et pour tout ce que j'en sais, Voldemort n'a pas eu de difficultés à s'y rendre quand il n'avait pas encore retrouvé ses pouvoirs. Ça serait bien qu'on soit sûr pour cette fois.

Sa remarque lui valut plusieurs regards en coin – Remus, Minerva, Tonks et Madelyn étaient les seuls à vraiment croire qu'il n'avait pas été un traître et un meurtrier pendant toutes ces années –.

- Dans ce cas, je propose que tu montes la garde, Black. Tu as le parfait déguisement pour ça, non ?

Cette fois, il eut envie d'écraser son poing sur son sale nez crochu.

Plusieurs fois.

La main de Minerva sur son épaule le maintint sur sa chaise.

- Ne soyez pas ridicule, Severus. Nous allons nous répartir les tours de garde. A nous tous, nous devrions faire en sorte que le Département des Mystères soit sous constante surveillance.

- Surtout qu'il est peu probable que Voldemort essaye de s'y rendre en pleine journée. Je veux bien me charger de gérer les roulements.

Madelyn s'était si souvent chargée d'organiser des choses – des planques, des lieux de rendez-vous, des stocks d'à peu près n'importe quoi – que sa proposition fut tout de suite acceptée.

- Merci Madelyn. Pour ce qui est de Harry, le domicile de son oncle et de sa tante est très bien protégé, mais cela ne s'étend pas à la ville où il se trouve. Je veux quelqu'un là-bas en permanence en cas de problème.

Personne – même pas Rogue – ne discuta ce point-là.

- Voldemort va également essayer de reconstituer son armée. Hagrid et Madame Maxime ont accepté de partir pour la Russie afin d'y rencontrer l'une des colonies de Géants qui y vivent. Nous ferons de notre mieux pour veiller à ce qu'aucun de nos élèves ne rejoignent ses rangs. Remus, Madelyn, je suppose que je peux également compter sur vous ?

Le visage de Remus se fit plus grave mais il hocha la tête. La demande de Dumbledore n'était pas une surprise. Il avait même commencé les repérages dans l'Allée des Embrumes et envoyé quelques hiboux pour reprendre contact avec d'anciennes connaissances.

- J'ai accès à certains dossiers, expliqua Tonks. Je peux jeter un œil et essayer de trouver des loups-garous ou des vampires qui pourraient être de notre côté, non ?

- Bonne idée, gamine, approuva Maugrey.

- Je ne promets pas de miracles, nuança Madelyn. Mes semblables ont l'air de considérer que les troubles dans le monde sorcier ne les concernent pas vraiment.

- Et c'est à peu près ce que pensent les Gobelins, reprit Bill. Le côté positif, c'est qu'ils n'iront pas non plus grossir les rangs du camp d'en face…

Sirius passa une main lasse sur son front. Dans les faits, Voldemort allait surtout concentrer ses efforts sur les sorciers, parce que c'était sur eux que ses méthodes avaient fait leurs preuves. Comme seuls quelques sorciers étaient en mesure de l'affronter – et d'en sortir vivant –, la peur qu'il suscitait était souvent suffisante pour convaincre quelqu'un de le rejoindre. Quand ce n'était pas le cas, il lui restait les menaces ou la magie.

Et parfois, il n'avait même pas besoin de faire quoique ce soit parce que les parents se chargeaient de lui offrir leurs enfants.

Tu prendras la Marque, Sirius.

Le souvenir de la voix de Walburga lui arracha un frisson. Il avait été obligé de fuir pour avoir la vie sauve et Regulus avait été obligé de servir à sa place.

Son petit frère en était mort.

- Il nous reste un dernier point à régler avant que je ne vous laisse partir et c'est celui de notre prochain lieu de rencontre. Aussi confortable que soit le domicile de Minerva, c'est un endroit trop prévisible. Madelyn, tu m'as dit que tu réfléchirais à une solution ?

- Et j'en ai trouvé une. Black, tu savais que tu étais le propriétaire du Manoir familial ?

Il éclata de rire.

- Oui, et je possède également la pierre de résurrection.

Madelyn haussa un sourcil et il sentit le poids des regards réprobateurs sur lui. Puisque le visage des vampires était moins expressif que celui d'un être humain, il ne pouvait être certain, mais Madelyn semblait sérieuse.

- C'est impossible, reprit-il. J'ai été renié et je suis certain de ne pas avoir été réinstitué après mon arrestation. Walburga n'était pas du genre à revenir sur ce genre de décision.

- Elle, peut-être, mais il semblerait que Regulus Black t'ait reconnu comme son héritier.

Son cœur rata un battement et il sentit le sang quitter son visage.

Il secoua la tête.

- Tu es sûre de ça ?

- J'ai vu de mes yeux la copie du testament, signée par les Gobelins. Le Manoir est à ton nom.

Il s'affaissa contre le dossier de sa chaise. Par Godric, qu'est-ce qui avait bien pu passer par la tête de Regulus pour faire un truc pareil ?

- C'est une excellente idée ! reprit Dumbledore. Si même Sirius n'était pas au courant, je doute qu'une des grandes familles le soit. Personne ne pensera que le quartier général de l'Ordre se trouve dans la demeure ancestrale des Black. Qui plus est, je crois me souvenir qu'elle se situe à Londres ?

Remus lui donna un coup de coude.

- Oui, c'est à Londres… J'en suis peut-être le propriétaire, mais je doute sincèrement de pouvoir y mettre un orteil. De mémoire, Bellatrix avait lancé un maléfice pour m'empêcher de l'approcher. Il doit toujours être actif.

- Je confirme, intervint Tonks. On a renoncé à se mettre en planque là-bas quand on cherchait Sirius, parce qu'on avait tous des maux de crânes en moins d'une heure.

- Je peux me charger du maléfice, trancha Dumbledore. Qu'en pensez-vous ?

Tout le monde, de Molly Weasley à Mondingus Fletcher, en passant par Rogue et Minerva semblèrent satisfaits par la proposition.

- Sirius ?

Il eut un bref éclat de rire, qui ressemblait vraiment à un aboiement.

- L'idée que la demeure ancestrale serve de QG à l'Ordre me va parfaitement. Du moment que personne ne m'oblige à y aller, vous pouvez la raser que ça me sera bien égal.

Tandis qu'un concert de chaises raclant sur le sol résonnait dans la pièce, Remus se pencha vers lui, un sourire moqueur aux lèvres.

- Est-ce que ça signifie que tu es de retour sur l'arbre généalogique ?

- Va te faire foutre, Lupin. Il est hors de question que mon prénom retourne sur cette putain de tapisserie. Et maintenant que j'en suis le propriétaire, je vais me faire une joie de la brûler.

Vendredi 7 Juillet 1995, Manoir Black, 12 Square Grimmaurd, Londres, Angleterre.

Il avait envie de vomir.

Debout devant la cheminée de Minerva McGonagall, les yeux fermés et la main dans le pot de poudre de cheminette, il essayait de rassembler tout le courage qu'il lui restait, tout en se répétant que c'était stupide.

Ce n'était qu'une maison. Orion n'était plus qu'un tas d'os, Walburga aussi et, dans l'absolu, sa présence les aurait rendus furieux.

Une main se posa sur son épaule et la serra avec douceur.

- Vous ne serez pas seul, Sirius.

La compassion dans la voix de Minerva lui serra la gorge. Puisqu'elle avait été la directrice de sa maison, elle était l'une des rares personnes à avoir une idée de ce à quoi la vie Square Grimmaurd avait bien pu ressembler et, contrairement à Dumbledore, elle n'avait pas insisté pour qu'il s'y cache, arguant qu'elle pouvait continuer à l'aider s'il le désirait.

Sauf que ce n'était pas la bonne solution. Il pouvait rester dans les montagnes entourant Poudlard. Il doutait que Voldemort vienne l'y chercher – quel danger représentait-il, vraiment ? – mais il n'y serait pas d'une grande aide.

Toutes les réunions se dérouleraient Square Grimmauld.

Ne comptes pas sur moi pour te faire un compte-rendu par miroir à chaque fois, Patmol. J'aurais autre chose à faire.

Remus n'avait pas non plus insisté, mais il lui avait dit ce qu'il pensait. Même si ce n'était pas idéal, Square Grimmaurd était mieux qu'une cave taillée dans la roche, il y serait en sécurité et il pourrait apporter son aide à l'Ordre malgré tout. S'il ne pouvait pas sortir, sa connaissance du monde Sang-Pur avait toujours été un atout pour l'Ordre, en plus de ses bonnes idées pour un plan d'attaque, et il pourrait toujours aider à soigner les blessés une fois qu'on lui aurait trouvé une baguette.

C'était aussi son seul moyen de passer un peu de temps avec Harry cet été – Dumbledore n'accepterait pas que son filleul passe une partie de ses vacances dans une grotte – et il avait besoin de lui après ce qu'il avait traversé.

- Merci, Minnie, souffla-t-il en ressortant sa main du pot de poudre. Pour tout.

Elle serra les lèvres et lui lança un regard sévère.

- Ne soyez pas ridicule, Sirius. Et faites attention à cet elfe. Il est très agressif d'après Madelyn.

Il prit une profonde inspiration et jeta la poudre. Les flammes dans la cheminée virèrent au vert.

- Prenez bien soin de Buck. Je viendrais le chercher dès que je lui aurais aménagé un endroit.

Il entra dans la cheminée.

- 12 Square Grimmaurd, Londres.

Il fut emporté dans un tourbillon de suie et il fit de son mieux pour garder les yeux ouverts au risque d'être vraiment malade pendant le voyage. L'atterrissage fut brutal. Il faillit bien s'écraser lourdement au sol en quittant la cheminée.

Il avait complètement oublié cette foutue marche !

Il fit un tour sur lui-même, une main perdue dans ses cheveux. Le petit salon était identique à ses souvenirs, à l'exception des draps gris sur les différents meubles et de l'épaisse couche de poussière. Les carreaux étaient si sales que la lumière du jour passait difficilement. L'air, lui, était vicié.

- Bonjour, Maître.

La voix rauque le fit sursauter. Kreattur se tenait sur le pas de la porte menant à l'entrée. Seulement vêtu d'un chiffon crasseux noué autour de sa taille à la manière d'un pagne, des touffes de poils blancs sortant de ses oreilles et sa peau pendant autour de ses membres comme un vêtement trop grand. Il avait définitivement vieilli.

Sirius ne put retenir un rictus mauvais. Kreattur avait toujours été la chose de Walburga. Il vénérait le sol sur lequel elle marchait et, contrairement à certains elfes, il avait pris plaisir à appliquer les punitions à son encontre. Lorsqu'il se retrouvait enfermé dans sa chambre pour la semaine, au régime sec, il n'avait jamais trouvé autre chose dans son plateau que du pain rassis et de l'eau tiède. Il avait très tôt appris à haïr l'elfe, qui le lui rendait bien.

- Quel dommage que tu ne sois pas mort, Kreattur.

- La maîtresse a longtemps prié pour la même chose concernant son méprisable fils.

- Savoir que j'ai été une source de déception jusqu'à la fin de ses jours me réjouit. J'espère même qu'elle souffrait atrocement à chaque fois qu'elle pensait à moi. Maintenant, laisse-moi passer.

Il sembla essayer de résister mais son corps se mit à trembler et il n'eut pas d'autre choix que de s'écarter, non sans oublier de le fusiller du regard.

L'air empestait encore plus la poussière dans le hall – c'était à se demander ce à quoi Kreattur avait occupé ses journées ces dix dernières années –. Il hésitait entre poursuivre sa visite vers la cuisine et l'étage quand une paire de rideaux s'ouvrit sur sa droite.

Il fit un pas en arrière en reconnaissant Walburga. Plus âgée que la dernière fois qu'il l'avait aperçue – à l'enterrement de Regulus si sa mémoire était exacte – mais toujours vêtue de noir. Pendant une folle seconde, il crut qu'elle n'était pas vraiment morte, avant qu'il ne comprenne qu'il ne s'agissait que d'un portait grandeur nature.

Merlin tout puissant.

- Toi ! rugit-elle. Traître, abomination, honte de ma chair et de mon sang ! COMMENT OSES-TU REMETTRE LES PIEDS ICI ! TU NE FAIS PLUS PARTIE DE CETTE FAMILLE ! KREATTUR, JE T'ORDONNE DE LE METTRE DEHORS !

Il resta figé pendant une éternité tandis que les cris de Walburga résonnaient à ses oreilles et que les souvenirs tournaient en boucle dans son esprit, comme s'il était de retour à Azkaban.

Quand elle se tût, le visage carmin et de la bave au coin des lèvres, il réussit à reprendre ses esprits. Il tituba jusqu'à son tableau – dès qu'il mettrait sa main sur une baguette, il allait le brûler ! – et il referma le rideau, priant pour que cela suffise à ce qu'elle se taise.

Sa respiration était devenue sifflante et ses yeux le brûlaient.

Cela ne faisait pas une heure qu'il était ici et il avait déjà l'impression qu'il était en train de mourir à petit feu.

Il serra les dents – ce n'était qu'un tableau et ce n'était qu'une maison – et il commença à monter les marches, évitant par réflexe celles qui grinçaient. Il ne put retenir une grimace dégoûtée en passant devant les têtes d'elfes empaillées – il allait aussi brûler ça –.

Le salon était dans un état comparable au reste de la maison – des draps sur les meubles, de la poussière, et une colonie de Doxys dans les rideaux si son ouïe ne le trompait pas –.

Il resta un long moment sur le seuil, les yeux fixés sur le tapis devant la cheminée.

Il n'avait pas oublié que Walburga et Bellatrix s'étaient tenues à cet endroit-là, leurs baguettes pointées sur lui, arborant la même expression dure, celle-là même qui donnait l'impression que Bellatrix était plus volontiers la fille de Walburga que celle de Druella.

Tout cela sous le regard approbateur d'Orion.

- Tu n'as pas le choix ! Tu es l'héritier de la famille Black et il te revient de défendre notre honneur à Ses côtés. Tu prendras la Marque, Sirius, ou je te jure que je te tuerais si tu refuses.

La voix de Bellatrix avait été glaciale, un contraste étrange avec le feu du Doloris sur son corps.

Il s'avança jusqu'à la tapisserie et posa son doigt sur l'endroit où il aurait dû se trouver.

Merlin, il avait besoin d'une cigarette. Ou d'un alcool fort.

Quelles étaient les chances pour que la cave d'Orion soit désormais hantée par une goule ?

A côté du trou noirci, le nom de Regulus brillait encore, la date de sa mort un peu plus neuve que celle de sa naissance.

Il revit Narcissa, le jour où elle était venue lui annoncer la nouvelle chez lui.

La date de sa mort s'est inscrite sur la tapisserie du Manoir Black. Tu sais comme moi que…

Il ferma les yeux pour éloigner le souvenir.

- Que s'est-il passé, hein, Reggie ?

La pièce resta silencieuse.

Son doigt suivit le chemin qui reliait le nom de son frère à celui de Bellatrix, soulagé de découvrir que celui d'Alya Lestrange n'y apparaissait pas.

Lui vivant, jamais sa fille ne serait ajoutée à cette maudite tapisserie et encore moins celui de Judy. La salle de réception était sans doute celle qui était en meilleur état, même si les tableaux disparaissaient derrière l'épaisse couche de poussière et les toiles d'araignées. Les chambres étaient inhabitables en l'état - les doxys semblaient avoir envahi les matelas et les rideaux-. La poussière s'était incrustée partout et il était étonné de ne pas avoir encore croisé d'Épouvantard.

Tout en haut de l'escalier, il retrouva enfin sa chambre, telle qu'il l'avait laissée, les toiles d'araignées en plus. Le temps avait délavé les bannières aux couleurs de Gryffondor mais il fut satisfait de constater que Walburga n'avait pas réussi à venir à bout de son sortilège de glu perpétuelle. Au-dessus de son bureau, la photo des Maraudeurs lui tira un sourire triste.

Ils avaient l'âge de Harry sur la photo et la ressemblance entre James et lui était encore plus saisissante.

- Sale vermine, siffla-t-il à l'intention de Pettigrow.

Finalement, seule la chambre de Regulus était immaculée. Tout était parfaitement à sa place, comme si Kreattur pensait que Regulus allait revenir un jour. Même les draps avaient été changés récemment.

Il s'assit sur le lit à regarder autour de lui, ses yeux s'attardant sur tout un tas de détails qui n'évoquaient rien pour lui – il avait cessé de faire partie de la vie de son frère le jour où il avait été réparti – et rien ne lui permit de comprendre pourquoi il avait décidé de le nommer comme son héritier.

Pourquoi il avait nommé un héritier tout court, alors qu'il avait tout juste dix-huit ans.

Certes, les Mangemorts trouvaient parfois la mort dans les batailles – ou alors, ils se faisaient arrêtés – mais il était certain que Bellatrix aurait fait en sorte qu'il soit protégé, ou jamais très loin d'elle, parce qu'il faisait partie de sa famille et qu'il était le dernier à porter le nom des Black.

On a pas retrouvé de corps.

Il n'avait plus vraiment repensé aux circonstances de la mort de son frère depuis son arrestation. Il n'avait pas découvert grande chose au moment de sa mort, à peine la rumeur d'une désertion. Il avait fini par se convaincre que Regulus avait pris peur face à ce qu'on lui demandait – sans savoir si ce n'était pas un peu par facilité –. Bellatrix l'avait sans doute tué pour lui faire payer sa faiblesse – les Traîtres au Sang ne valaient guère mieux que les Nés-moldus – et elle avait fait disparaître son corps car Regulus ne méritait pas de reposer dans le caveau familial.

Le bruit de la sonnerie au rez-de-chaussée, suivi par les hurlements du tableau de Walburga, mirent fin à ses réflexions. Il réussit sans trop de mal à rabattre le rideau sur le visage de sa génitrice et ouvrit la porte.

Le sourire de Molly Weasley se voulait sans doute cordial mais il était un peu trop crispé pour ça.

- On va avoir du travail, Madame Weasley…

Molly fit un tour dans toutes les pièces et sembla prendre sur elle pour ne pas hurler au scandale, surtout au niveau des différentes chambres.

- Je vais avoir besoin de beaucoup de produit pour les Doxys. Et je pense que je commencerai pas la cuisine. Je ne voudrais pas que quelqu'un tombe malade.

Mardi 11 Juillet 1995, Manoir Black, 12 Square Grimmaurd, Londres, Angleterre.

- Bon appétit, mon vieux ! Et, promis, je vais essayer de te trouver autre chose que des rats…

Buck fit claquer son bec et poussa l'un des rats dans sa direction.

- C'est gentil, mais j'ai déjà mangé. Ils sont tous pour toi.

L'hippogriffe battit des ailes – ce qu'il faisait toujours quand il était content – puis engloutit un des rats. La créature s'était habituée bien plus vite que ce qu'il aurait imaginé à la vie au manoir. Il passait la majorité de son temps affalé sur l'ancien lit d'Orion et Walburga et il faisait ses besoins sur le tas de vieilles couvertures à moitié rongé par les mites. Même son alimentation, presque exclusivement composé des rats qui grouillaient dans le sous-sol du manoir, était à son goût.

Sirius n'avait pas très bien compris pourquoi Dumbledore n'avait pas accepté que Buck soit relâché dans la Forêt Interdite – il doutait que Macnair se mette en tête d'organiser une battue pour l'y trouver – mais, au moins, il aurait toujours quelqu'un pour lui tenir compagnie une fois que la fratrie Weasley serait de retour à Poudlard.

Ce dont il n'allait pas se plaindre.

- Je repasse plus tard, Bucky.

L'hippogriffe était trop occupé à décider quel rat il allait manger en premier pour lui prêter la moindre attention quand il quitta la pièce.

Il croisa Molly dans le couloir. Elle avait ensorcelée trois serpillières, deux d'entre elles nettoyaient les murs et la troisième essayait de venir à bout des marques noires sur le parquet.

- Ah, Sirius ! Ginny a besoin de ton aide dans l'ancien boudoir du deuxième étage. Kreattur ne veut pas qu'elle y rentre.

Il soupira. L'elfe était une véritable nuisance. Non content de passer son temps à insulter tout le monde à voix basse – mais suffisamment fort pour être certain d'être entendu –, il trouvait toujours un nouveau moyen de saboter la mission de nettoyage menée par Molly. Puisqu'il était le seul dont il suivait les ordres – du reste, jusqu'à ce qu'il trouve une faille –, il avait l'impression de passer son temps à lui répéter de retourner dans sa niche et de compter jusqu'à cent mille – une astuce imaginée par Fred Weasley –.

Cela leur laissait en moyenne une heure de tranquillité.

Il retrouva la cadette Weasley assise dans le couloir, une pile de draps propres à côté d'elle. Kreattur, lui, était agrippé à la chambranle de la porte et bloquait le passage.

Trois jours plus tôt, il lui avait interdit de remettre un orteil dans la pièce – après qu'il ait défait le lit de Ginny et sorti toutes ses affaires de la chambre –.

- Kreattur, je t'interdis d'empêcher Ginny d'entrer dans sa chambre. Retourne dans ta niche et restes-y pour le reste de la journée !

L'elfe essaya de résister – il essayait toujours – mais la vieille magie qui le liait à la famille Black l'obligea à céder. Il poussa un cri rauque et s'éloigna en pestant.

- Merci, Sirius. Même si, pour être tout à fait honnête, ça dérangeait plus ma mère que moi qu'il m'empêche de rentrer.

- On sait tous les deux qu'elle t'aurait trouvé une autre corvée. Tu veux un coup de main ?

Elle haussa les épaules et il prit ça pour une invitation.

Puisque la majorité des chambres étaient insalubres, Molly avait décidé d'installer les lits dans les pièces qui demandaient le moins de travail. L'ancien boudoir de Walburga – où elle aimait se retirer quand elle voulait lire un livre au calme – servait désormais de chambre pour Ginny, et bientôt Hermione.

La jeune fille devait arriver dans quelques jours d'après sa dernière lettre.

A deux, il ne leur fallut que quelques minutes pour faire le lit, durant lesquelles il se fit violence pour ne pas lui poser des questions sur Maellyn.

Ginny était loin d'être stupide, et elle pourrait très vite se demander pourquoi il s'intéressait autant à la fille de Bellatrix.

- Que font tes frangins ?

- Fred et George sont censés dépoussiérer le petit salon du rez-de-chaussée mais j'ai l'impression qu'ils font un concours de transplanage. Et Ron est de corvée d'épluchage pour le repas de ce soir. Comme si maman ne pouvait pas utiliser la magie pour ça…

- Au moins, il ne devrait pas se faire attaquer par des araignées.

Ginny éclata de rire, ce qui lui tira un sourire.

Des quatre enfants Weasley, Ron était sans doute celui qui vivait le plus mal leur installation Square Grimmaurd. Outre la liste infinie de corvée qu'il devait effectuer – sans pouvoir se plaindre car il avait insisté pour aider l'Ordre –, Ron se retrouvait nez-à-nez avec une araignée plusieurs fois par jour, ce qui semblait exacerber sa phobie.

Fred et George trouvaient ça très drôle, ce qui n'arrangeait rien.

- Il y a une réunion ce soir, pas vrai ?

Il hocha la tête.

- Et il n'existe aucun passage secret qui mènerait à la cuisine ?

Sa question ne le surprit pas tant que ça. Il y avait eu une réunion le soir de leur arrivée et Fol-Œil avait surpris Fred et George en train d'écouter à la porte grâce à son œil magique. Molly avait été furieuse et c'était en partie pour ça qu'ils avaient hérité du nettoyage du petit salon du rez-de-chaussée, comme si cela allait suffire à les arrêter.

- Pas à ma connaissance. Et ta mère me tuerait si je vous montrais un truc pareil.

Ginny se pencha vers lui, son regard brillant.

- Elle n'est pas obligée de savoir, Sirius. Et puis, Fred et George pourront toujours dire qu'ils l'ont trouvé tout seul.

Il éclata de rire.

- Quoi ? Ça ne serait pas la première fois ! Ils connaissent tous ceux de Poudlard !

- Ça, c'est ce qu'ils disent. Je serais très surpris que ce soit le cas.

Ginny fit la moue.

- J'aurais au moins essayé, dit-elle en se laissant tomber sur son lit.

- Et j'omettrais d'évoquer ce détail à ta mère en parfait gentleman que je suis.

La fin de sa phrase la fit à nouveau rire.

- J'ignorais que les repris de justice en cavale étaient éligibles au titre de « parfaits gentlemen ».

- Dans le monde Sang-Pur, ces deux termes sont synonymes.

- Ça explique tout !

Il quitta la chambre avec un léger sourire aux lèvres et décida de rejoindre la cuisine pour aider Ron. Puisqu'il n'avait toujours pas de baguette magique, il ne pouvait pas en faire autant qu'il le voulait – il avait hâte de pouvoir décrocher le tableau de Walburga, le découper en petits morceaux puis les mettre au feu – mais il faisait son possible. Molly avait remarqué ses efforts et cela semblait l'avoir adoucie à son égard.

Ron était attablé devant un mélange de pomme de terre et de carottes, le visage sombre.

- Besoin d'aide ?

- Comme tu veux…

Il attendit d'avoir épluché deux pommes de terre avant de reprendre la parole.

- Tu as eu des nouvelles d'Harry ?

- Ouais… Il n'est pas très content d'être chez les Dursley, mais ils ont l'air de le laisser tranquille. Il a demandé quand il pourrait nous rejoindre. Et toi ?

- A peu près la même chose… Je vais en reparler à Dumbledore, voir si je peux le convaincre de le faire venir ici avant son anniversaire. Ça lui remontera le moral.

Il ne comprenait pas très bien pourquoi Dumbledore était aussi réticent. Quand bien même Pétunia lui offrait une excellente protection, il doutait qu'elle vaille celle offerte par le Fidelitas, sans oublier qu'il serait entouré par de nombreux sorciers à même de le défendre.

Même Madelyn McGonagall était de son avis, et elle était la spécialiste en la matière.

Son instinct lui soufflait que Dumbledore leur cachait encore quelque chose, ce que Remus ne semblait pas décider à croire, qu'importe qu'il ait souvent eu raison à ce sujet.

Par Godric, il avait grandi dans une famille de manipulateurs. Il savait reconnaître une tentative d'esquive quand il en voyait une !

Le bruit de la cheminée le tira de ses pensées, et il dévisagea Remus.

- Tu es vachement en avance pour quelqu'un qui serait sûrement en retard à la réunion de ce soir.

Remus jeta un coup d'œil en direction de Ron, sembla hésiter à parler devant lui, avant de se résigner.

Ça ne devait pas être si grave que ça.

- Avec Tonks et Madelyn, on avait rendez-vous avec Kingsley Shacklebolt pour le convaincre de revenir dans l'Ordre.

Ils avaient vaguement évoqué les noms des anciens qu'ils devaient encore prévenir à la dernière réunion. Vu la position stratégique de Shacklebolt au département des Aurors, il avait été en tête de liste.

- Il a plutôt l'air de nous croire concernant Voldemort, mais il est plus sceptique concernant le fait que tu serais innocent.

Il soupira. D'après ce que Tonks lui avait dit, Shacklebolt était en charge de l'enquête visant à le retrouver. Ce n'était pas vraiment étonnant.

- Il veut me parler, je suppose ?

- T'interroger serait sans doute plus exact. Il est parti chercher du Veritasserum au Ministère. Tonks est avec lui pour être certaine qu'il ne débarque pas chez Minerva avec du renfort. Elle doit m'envoyer un Patronus.

- Vous lui avez dit que Fol-Œil n'a eu aucun problème à croire Dumbledore me concernant ?

Remus grimaça.

- Oui, et ça a plutôt joué en ta défaveur…

- Je peux venir si vous voulez ! Après tout, j'ai vu Pettigrow !

Il avait presque oublié que Ron était là.

- C'est gentil, Ron, mais Shacklebolt a exigé de s'entretenir avec Sirius. Je doute qu'il accepte d'écouter quelqu'un d'autre sur le sujet.

Le Patronus de Tonks – un lapin, pour lequel il ne manquerait pas de lui faire une réflexion – ne tarda pas à arriver.

- Je te laisse prévenir ta mère pour moi, Ron.

Il était fort probable que Molly soit la dernière au courant, mais il hocha la tête.

Le voyage en cheminée fut bref. Shacklebolt l'attendait de pied ferme, sa baguette à la main et une expression dure sur le visage. Il leva les mains pour lui montrer qu'il n'était pas armé et qu'il n'avait aucune intention de l'attaquer.

- Je doute que tu aies besoin de ça, Kingsley, dit Remus en se plaçant entre Shacklebolt et lui.

- Ça, c'est à moi de le décider.

Shacklebolt désigna le salon d'un geste du menton et Sirius passa devant, même s'il n'aimait pas avoir une baguette pointée sur lui, surtout quand il n'en avait pas pour se protéger. Deux chaises étaient installées au milieu de la pièce et il se laissa tomber sur l'une d'entre elles. Il n'avait pas eu le plaisir d'être interrogé après son arrestation, mais il savait quand même à quoi s'en tenir.

Shacklebolt s'installa en face de lui, puis sortit un petit flacon au liquide transparent.

- Qui te dit que je ne sais pas comment y résister ?

- Il faut être un excellent Occlumens pour y parvenir. Je doute que ce soit ton cas et, quand bien même, tes douze années à Azkaban ont au moins dû affaiblir tes défenses.

Il prit la fiole et la vida d'un trait. Le Veritasserumavait un goût à peine âcre. Dès qu'il toucha sa langue, son esprit se vida et il eut l'impression que sa conscience flottait dans une eau profonde. La sensation était très agréable, bien qu'un peu déstabilisante. Il fut tenté de résister, mais Shacklebolt voulait la vérité et si c'était sa seule chance de le convaincre, il ne pouvait pas la laisser passer.

- Quel est ton nom ?

- Sirius Orion Black.

- Comment se nomment tes parents ?

- Euphémia et Fleamont Potter.

Shacklebolt fronça les sourcils.

- Date de naissance ?

- Le 3 novembre 1959.

- Étais-tu un Mangemort pendant la guerre ?

La voix de Shacklebolt semblait remplir complètement son esprit, laissant juste assez de place pour que son cerveau trouve la réponse, mais il ne put s'empêcher de trouver sa question stupide.

- Bien sûr que non ! Je n'ai jamais cru à ces conneries sur les moldus et je déteste cet enculé de Voldemort !

- Que s'est-il passé la nuit du 31 octobre 1981, la nuit où les Potter ont été assassinés ?

La question lui donna l'impression d'être percuté par un raz-de-marée qui l'emporta dans les méandres de son esprit, là où il avait pris soin d'enfermer ses souvenirs les plus douloureux depuis son évasion.

Il eut vaguement conscience qu'il avait commencé à parler, qu'un liquide coulait le long de ses joues et que chaque battement de son cœur était plus douloureux que le précédent. De temps à autre, la voix grave de Shacklebolt posait une nouvelle question et il laissait les mots passer ses lèvres, sans être vraiment certain de ce qu'il racontait.

La seule certitude était qu'il s'agissait de la vérité et que si Shacklebolt refusait de l'entendre, alors il ne pourrait rien de plus, parce qu'il n'avait pas de preuves à lui donner.

L'impression d'être ballotté de souvenirs en souvenirs au gré des questions de l'Auror sembla durer une éternité mais, peu à peu, il se rapprochait de la surface, sans vraiment savoir si Shacklebolt arrivait au bout de son interrogatoire ou si l'effet du Veritasserum se dissipait.

Quand Remus força un verre dans sa main tout en lui serrant l'épaule avec force, il se sentait hébété.

Ses yeux étaient bouffis, sa gorge était douloureuse, son cœur cognait à grands coups dans sa poitrine et il était parcouru de frissons.

Dans sa tête, le flot de souvenirs s'était retiré mais avait laissé des débris derrière lui.

Douleur.

Solitude.

Deuil.

Regrets.

Tellement de regrets...

Il porta le verre à ses lèvres et la chaleur du Whisky-pur-Feu l'aida à reprendre le dessus, au moins un peu.

Il réalisa alors que Kingsley Shacklebolt était toujours devant lui, la mâchoire verrouillée et le teint gris.

Il se racla la gorge.

- Je suis désolé, Sirius. Je sais que c'est insignifiant au regard de l'erreur qui a été faite par le Ministère, mais je suis désolé.

Sirius se sentit déglutir difficilement. Il but une autre gorgée de Whisky.

- J'ignore encore comment, mais je ferais en sorte de réhabiliter ton nom. En attendant, tu n'as plus rien à craindre de la part des Aurors. Je suis en charge de l'enquête sur toi, je vais m'en occuper.

Il hocha la tête, incapable de former le moindre son. Il aurait dû être en colère – il avait parfois imaginé ce moment, au début de son emprisonnement à Azkaban, et il finissait toujours par hurler de rage – mais il ne ressentait qu'un immense soulagement.

Kingsley lui serra la main, puis quitta la pièce, Tonks sur les talons. Sa cousine lui adressa un sourire un peu forcé avant de disparaître.

Il se retrouva seul avec Remus et ses yeux se mirent à le brûler à nouveau. Il eut beau les masser avec force du bout de ses doigts, les larmes gagnèrent quand même, accompagnée d'un sanglot qui lui déchira la poitrine.

Remus s'agenouilla à côté de lui et l'attira dans ses bras, une main agrippée à sa nuque.

- Ça va aller, Patmol, souffla-t-il. Ça va aller.

Jeudi 20 Juillet 1995, Manoir Black, 12 Square Grimmaurd, Londres, Angleterre.

De la poussière se soulevait à chacun de ses pas, l'odeur de renfermé était entêtante et, malgré tout, il faisait froid.

Au loin, les cris se répercutaient en écho dans tout le manoir et il avait l'impression qu'il s'en éloignait à chaque fois qu'il ouvrait une porte pour trouver une pièce vide.

Kreattur apparut pour lui bloquer le passage et il dut menacer de lui donner un vêtement pour qu'il s'écarte. Il se perdit dans une succession de couloirs qui se ressemblaient tous. Les cris étaient la seule chose qui comptait.

Il fallait qu'il les rejoigne.

Mais il était trop lent. Son corps était lourd et il lui fallait toute sa volonté pour continuer à avancer.

Soudainement, les cris cessèrent.

Il eut l'impression que son cœur se décrochait de sa poitrine.

- NON !

Il poussa une porte et se figea sur le seuil. Une silhouette était prostrée au sol. Les cris avaient cédé la place à des pleurs. Autour de la silhouette, il y avait une petite dizaine de personnes, toutes vêtues de capes noires et de masques argentés.

Toutes, sauf deux.

Walburga et Bellatrix, leurs baguettes pointées sur la silhouette, arboraient la même expression dure, celle-là même qui donnait l'impression que Bellatrix était plus volontiers la fille de Walburga que celle de Druella.

- Tu n'as pas le choix ! Tu es l'héritière de la famille Black et il te revient de défendre notre honneur à Ses côtés. Tu prendras la Marque, Alya, ou je te jure que je te tuerais si tu refuses.

La voix de Bellatrix était glaciale.

- Je t'initierais à la Magie Noire et tu deviendras le bras droit du Seigneur des Ténèbres comme je l'ai été avant toi. Maintenant, lève-toi, ma fille. Il est l'heure.

La silhouette se redressa difficilement et il reconnut Maellyn. Elle se mit à genoux et tendit son bras gauche.

- MAELLYN !

Il s'élança pour s'interposer. Lui vivant, jamais sa fille ne porterait la Marque des Ténèbres !

Quelqu'un le retint avec force et il se retrouva plaqué contre le mur, incapable de se libérer.

La capuche qui cachait le visage de son adversaire glissa.

Regulus apparut, plus âgé que la dernière fois où il l'avait vu. Quatre cicatrices barraient sa joue gauche. Son expression était dure, accentuant sa ressemblance avec Orion, toujours immobile près de la cheminée.

- Tu arrives trop tard, mon frère. Tu arrives toujours trop tard.

Il se réveilla en sursaut, le nom de son petit frère sur les lèvres et une profonde envie de vomir qui lui tordait le ventre, sans qu'il ne sache s'il devait blâmer son rêve ou l'alcool qu'il avait bu la veille.

Il réussit à rejoindre la salle de bain, rampant plus qu'il ne marcha, Le goût de la bile, mêlée à l'alcool, lui donna l'impression qu'il vomissait du verre pilé.

Il se laissa glisser contre le carrelage. Il était secoué de frissons et la pièce tanguait autour de lui.

Cela commençait à devenir une habitude.

Depuis que Kingsley l'avait interrogé, les cauchemars étaient revenus hantés ses nuits, tous plus saisissants les uns que les autres, étrange mélange de souvenirs et de ses inquiétudes concernant Harry et Maellyn.

L'alcool ne l'aidait qu'à s'endormir, pas à trouver le repos.

La tête basculée en arrière, les yeux fixés sur le plafond presque blanc, il renifla sèchement.

Merlin, Azkaban lui manquait presque.

Cette pensée lui arracha un rire grinçant et il attendit que son cerveau cesse de faire des loopings dans sa boîte crânienne pour se lever. Ses gestes étaient malhabiles tandis qu'il prenait une longue douche brûlante. Il renonça à se raser et il se contenta de passer ses doigts dans ses mèches trop longues. Molly lui avait déjà proposé quatre fois de les lui couper mais il refusait par principe.

Elle n'était pas sa mère.

Malheureusement, il n'était pas le premier levé. Il aurait bien mis une rasade de Whisky dans son café – il lui faudrait au moins ça pour survivre à la journée de nettoyage qui les attendait – sauf que Molly n'apprécierait pas.

Remus le dévisagea en le voyant entrer, et haussa un sourcil. Il le connaissait un peu trop pour ne pas deviner qu'il avait passé une mauvaise nuit. Il préféra s'installer en face d'Hermione pour éviter un interrogatoire.

Cachée derrière son exemplaire de La Gazette, qu'elle épluchait tous les matins sans faillir, elle ne manquait jamais d'insulter avec beaucoup d'inventivité les journalistes et leur campagne de dénigrement envers Harry et Dumbledore.

- Tu as reçu une lettre, Sirius, lui dit Ginny.

Au toucher, il sut tout de suite qu'elle venait de Maellyn, et il eut l'impression de pouvoir respirer un peu plus librement. C'était la troisième lettre de sa fille depuis son arrivée à Square Grimmaurd et, avec celles de Harry, c'était la seule lumière dans son quotidien très gris.

Papa,

Comment vas-tu ? Ta dernière lettre m'a fait très plaisir. Je suis soulagée d'apprendre que tu es toujours en sécurité et que les Aurors ne sont pas près de te retrouver.

Ici, les vacances suivent leur cours. Narcissa est en pleine préparation de mon bal de Débutante, auquel je n'ai toujours pas envie d'assister. Si le Seigneur des Ténèbres n'était pas revenu, j'aurais sans doute pu faire un coup d'éclat, mais même Draco m'a fait remarquer que cela ne serait pas raisonnable. Pansy refuse toujours de me montrer la robe qu'elle a imaginé pour l'occasion…
Je continue à m'entraîner tous les jours. Christopher dit que je progresse, même si j'ai l'impression d'être empotée à côté de lui. Dans tous les cas, ça me change les idées, ce qui est déjà pas mal.

A ce propos, Lucius nous a surpris il y a quelques jours. Tu peux imaginer qu'il n'a pas été très content de me trouver en short et t-shirt, en train de m'adonner à un sport de combat avec un garçon. Selon lui, j'ai perdu tout sens de ce qu'était « ma place ». Tu seras sans doute ravi d'apprendre que je lui ai tenu tête. Et que j'ai eu le dernier mot.
L'inconvénient, c'est que je l'ai sans doute vexé pour toujours. Il se montre plus cassant que jamais quand il daigne nous faire l'honneur de sa présence et il a chargé un elfe de me surveiller sans arrêt. Je suis preneuse d'idées pour me débarrasser de cette fouineuse.
Pour le reste, aucun de nous trois n'a réussi à découvrir ce qu'il tramait – et Draco n'a pas lésiné sur les moyens –. Pansy m'a dit que son père ne se comportait pas de manière étrange, mais sa mère est dans tous ses états. Elle va profiter des prochaines soirées Sang-Pur pour essayer d'en apprendre plus. Draco, Chris et moi, on continue à ouvrir l'œil.

Narcissa a évoqué la possibilité d'une semaine ou deux loin de l'Angleterre. Je ne sais pas si cela se fera, mais je ne serais pas contre. L'ambiance est étouffante au manoir.

Je t'embrasse,

MB.

Il grogna. Il n'aimait pas l'idée que sa fille joue aux espions dans le camp Mangemort mais, s'il se fiait aux nombreuses tentatives des adolescents Square Grimmaurd, c'était inévitable.

Godric en soit témoin, il aurait sans doute fait la même chose s'il avait été dans sa situation. Sa seule consolation était que sa fille était un peu moins impulsive qu'il l'avait été et qu'il comptait sur Narcissa pour la maintenir éloignée de toute situation périlleuse, quand bien même il n'était pas certain que sa cousine y parvienne s'il se fiait à la nouvelle occupation préférée de sa fille.

Le combat magique.

Ou, pour le moment, du combat tout court.

Merlin, où que soit Judy, elle devait être sacrément satisfaite par la tournure des événements. Il n'arrivait pas imaginer Maellyn – sa petite, frêle et délicate fille – en train d'échanger des coups avec un garçon – il n'avait jamais apprécié les Rowle pour commencer et qu'importe l'histoire douloureusement familière du garçon, il restait un garçon – rompu à la discipline militaire de Durmstrang. Il s'était permis d'envoyer une lettre à Narcissa, pour être rassuré ou pour la convaincre de mettre fin à cette folie, il ne savait pas encore –. Sa cousine lui avait rappelé que, depuis l'été dernier, tout ce qu'elle pouvait bien interdire à Maellyn ne servait qu'à l'encourager pour continuer, avant de lui expliquer que, depuis qu'ils étaient petits, Christopher avait toujours eu une excellente influence sur Maellyn. Elle lui faisait donc parfaitement confiance pour se montrer raisonnable.

Il ne lui restait donc qu'à espérer que sa fille ne se blesse pas de façon irréparable et qu'elle finisse par se lasser.

Sa remarque sur Lucius était de loin l'information la plus inquiétante de sa lettre. D'après Narcissa, son mari ignorait tout de la vérité concernant Maellyn, ce qui était crucial étant donné le tatouage sur son bras gauche. Il ne faudrait pas que cela change si son elfe entendait des choses qu'il ne devait pas.

Tant que la famille de Judy n'aurait pas été retrouvée et que Maellyn était contrainte de rester en Angleterre, personne ne pouvait découvrir qu'elle était sa fille.

Il referma sa lettre et la glissa dans la poche intérieure de sa robe. Il allait la relire encore quelques fois, puis il se résignerait sans doute à la détruire, parce qu'il ne pouvait pas prendre le risque que quelqu'un tombe dessus.

Il surprit le regard inquisiteur de Remus – il devait se douter de qui venait la lettre – et il se contenta d'un sourire rassurant.

Pour tout ce qu'il en savait, Maellyn avait digéré l'annonce du retour de Voldemort.

Molly déposa une assiette copieuse devant lui – des œufs, du bacon, des pommes de terre sautées et plusieurs tranches de toasts – et il prit son temps pour la terminer, sachant pertinemment qu'à la seconde où il avalerait la dernière bouchée, elle déclarerait qu'il était temps qu'ils se mettent tous au travail.

Outre la lettre de sa fille, l'autre point positif de la journée était la perspective de passer la nuit avec Lunard dans les caves du Manoir. Avec un peu de chance, il ne ferait pas de cauchemars sous la forme de Patmol et il serait dispensé de corvées pour une partie de la journée.

Deux heures plus tard, il était donc dans la bibliothèque du manoir, un plumeau magique à la main pour ôter toute la poussière qui s'était accumulée en compagnie des jeunes, tandis que Molly menait une campagne agressive de Recurvite sur les vitres.

- Code des obligations et de la responsabilité civile ? C'est marrant, je m'attendais à ce qu'il y ait plus de livres de magie noire que de droit ici.

Hermione le feuilleta – ce qui semblait plus fort qu'elle – et la poussière qui s'en échappa fit éternuer Ron.

- Les Black sont notaires par tradition. Orion a passé sa vie à rédiger des contrats. Je crois que c'est ça qui l'a tué, à moins que ce soit le fait de vivre sous le même toit que Walburga.

Les jumeaux et Ginny ricanèrent. Hermione resta imperturbable. Elle dépoussiéra avec application le vieux grimoire, puis son emplacement, avant de le replacer avec soin.

- Je préfère cette explication.

- Parce qu'il y en avait une autre ? s'étonna Ron.

- Cela aurait été stupide d'exposer des ouvrages de magie noire à la vue de tous, alors qu'il est très simple de maquiller une couverture avec un peu de Métamorphose… Ce qui semble être une discipline où les Black excellent.

Il stoppa son geste malgré lui.

A sa droite, Ginny grogna.

- Ouais, on sait que les Black sont très doués en Métamorphose. Alya Lestrange n'arrête pas de se la péter. En plus, c'est évident qu'elle est la chouchoute de McGonagall… Alors qu'elle est à Serpentard !

- Pas une grande fan de ma petite-cousine, Ginny ?

Elle eut un rictus.

- Pas vraiment, non. Et c'est tout à fait réciproque. J'ai toutefois réussi à l'envoyer à l'infirmerie cette année. Mes trois heures de retenues en ont carrément valu la peine !

Il n'avait pas entendu parler de ça et il n'allait pas manquer de le faire remarquer à sa fille.

- On croirait entendre Harry quand il parle de Malefoy, se moqua Hermione.

Il eut un sourire amusé. Remus avait plusieurs fois fait allusion à la rivalité entre Harry et le fils de Narcissa, qui lui avait rappelé celle entre Rogue et James au tout début. Il espérait juste que son filleul s'en tiendrait à des joutes verbales et que Draco échapperait à la Marque.

- Je suis certain que vous comprenez un peu mieux pourquoi je suis très content de ne plus être sur la tapisserie du grand salon.

Il pensait les faire rire. Il n'obtient qu'un silence gêné.

- Ne faites pas cette tête-là, les jeunes. C'était il y a longtemps et je me doutais que ça finirait par arriver quand je suis devenu le premier Black à être réparti à Gryffondor.

Cela avait dû être le sujet de nombreuses conversations car ils échangèrent une série de regards. Ce fut Ron qui se lança.

- Tu avais quel âge ?

- Seize ans.

- Et où es-tu allé ?

- Chez les Potter.

Sa réponse sembla les surprendre – peut-être avaient-ils imaginé qu'il avait trouvé refuge chez Remus ou qu'il avait vécu dans la rue le temps d'un été – mais aucun d'entre eux n'insista, ce pourquoi il leur fut reconnaissant.

Ses derniers cauchemars avaient fait remonter beaucoup de souvenirs. Il ne tenait pas particulièrement à se mettre à pleurer devant cinq adolescents.

Plusieurs heures plus tard, ils avaient avalé un sandwich en guise de repas, les étagères avaient été débarrassées de leur poussière, et il aidait les jumeaux à passer un linge humide – le rénovateur – sur les murs, tandis que Ron, Hermione et Ginny appliquaient une couche généreuse de cire sur tout ce qui était en bois.

Avec le recul qui était le leur sur l'état de la maison, la bibliothèque n'était pas si sale que ça. Les nombreux sortilèges qui protégeaient les livres avaient dû imprégner la pièce au fil des années, et ils ne trouvèrent que quelques grimoire de magie noire – il était certain qu'Orion en avait caché d'autres ailleurs –.

Personne ne manqua de faire une crise cardiaque ou de perdre un membre, ce qui était assez miraculeux pour être souligné.

- Sirius, quelqu'un veut te parler dans la cuisine.

Molly déposa un plateau contenant un jus de fruit et des gâteaux sur la table basse près de la cheminée. Ron salua son initiative d'un grognement affamé.

Sirius attrapa un gâteau en passant et rejoignit le rez-de-chaussée, essayant de deviner qui en avait après lui. Ce n'était pas Remus – puisqu'il était parti faire un tour dans l'Allée des Embrumes, espérant que la Pleine Lune ferait sortir quelques loups-garous de l'ombre –, ni Tonks – qui remontait une piste soi-disant prometteuse sur Karkaroff – et encore moins Madelyn – qui avait négocié sa place à la Maison de la Nuit du Chemin de Traverse –.

Il doutait sincèrement que Dumbledore ait pu changer d'avis concernant Harry.

Il fut donc surpris de trouver Kingsley Shacklebolt devant une tasse de café.

Sa gorge se serra.

L'Auror était venu à la dernière réunion et il l'avait soigneusement évité, le souvenir de son interrogatoire bien trop frais dans sa tête. Il avait assez de ses cauchemars la nuit pour conjurer ses démons en journée.

- Tu as oublié de me demander quelque chose ?

Kingsley secoua la tête, le dévisagea pendant plusieurs secondes, puis passa une main sur son crâne en soupirant. Il avait la tête de quelqu'un qui avait une mauvaise nouvelle à annoncer. Sirius se tendit malgré lui. Il ne manquerait plus que Pettigrow prévienne le département des Aurors qu'il était un Animagus non déclaré !

- Un problème ?

- Non… J'essaye juste de me convaincre que j'ai eu raison de faire ce que j'ai fait.

Il plongea sa main dans sa poche et en ressortit une baguette qu'il déposa sur la table entre eux.

Son cœur rata un battement et ses mains se mirent à trembler.

Elle était identique au souvenir qu'il en avait gardé. Le bois d'ébène. La poignée gravée de Runes dont il ignorait toujours la signification.

Il pensait qu'elle avait été détruite après son arrestation.

- Le dernier sortilège qui a été lancé avec cette baguette est un sortilège de transplanage, dit Kingsley.

Il détacha ses yeux de sa baguette magique pour croiser le regard de l'Auror. La mâchoire de Kinglsey était verrouillée et son expression s'était durcie.

Il haussa un sourcil.

- Le Veritaserum n'a pas suffi ?

- Le Veritaserum m'a appris tout ce que j'avais besoin de savoir pour te croire, Black. C'est pour ça que j'ai fait en sorte de remettre la main sur ta baguette. Avant de faire réhabiliter ton nom, il faut déjà que Fudge accepte que Voldemort soit de retour, ce qui n'est pas encore pour tout de suite. En attendant, l'Ordre a besoin de toute l'aide qu'elle peut trouver. Je n'ai pas oublié que tu étais redoutable pendant la première guerre.

Ses yeux commencèrent à le brûler sans qu'il ne réussisse à tendre la main vers sa baguette.

Treize ans.

Merlin.

Kingsley termina son café d'une traite et se leva. Il lui serra l'épaule en passant près de lui.

- Ne fais rien de stupide avec, Black.

La porte d'entrée s'ouvrit et se referma en douceur. Il resta un long moment à fixer sa baguette sur la table, jusqu'à ce qu'il fut certain qu'elle était bien là et que Kingsley n'avait pas l'intention de venir la reprendre.

Sa main droite tremblait quand elle se referma sur le morceau de bois. La chaleur qui se diffusa le long de son bras jusqu'à sa poitrine lui coupa le souffle.

Il avait oublié ce que cela faisait de tenir sa propre baguette.

Lentement, il la pointa sur la tasse de Kingsley et lança un Wingardium Leviosa, sa voix rauque à ses oreilles.

Sa magie répondit immédiatement et il eut l'impression que des étincelles se formaient sur sa peau, dressant les poils sur tout son corps.

La tasse s'éleva dans les airs.

Il voulut en rire de joie.

Il ne réussit qu'à libérer des larmes.

Vendredi 28 Juillet 1995, Manoir Black, 12 Square Grimmaurd, Londres, Angleterre.

- Pour le moment, le Seigneur des Ténèbres ne se doute pas que nous faisons des tours de garde devant le département des Mystères. Ou plutôt qu'une partie des membres de l'Ordre s'y risque, devrais-je dire.

Le regard de Rogue croisa le sien et il serra les poings face à son rictus mauvais.

Le jeu des remarques sarcastiques était nouveau.

Jusqu'ici, ils avaient plutôt échangé des insultes, mais Fol-Œil leur avait rappelé que l'Ordre était réservé aux adultes, et qu'ils devaient donc se comporter comme tel. Rogue avait essayé de repousser la faute sur lui – comme au temps de Poudlard – et Remus avait dû l'empêcher de se jeter sur lui – comme au temps de la première guerre –.

- Qu'en est-il de Harry ? demanda Minerva.

- Il ne donne pas l'impression de vouloir s'en prendre au garçon pour le moment. Son échec cuisant lors de la troisième tâche l'a décidé à ne plus s'y risquer, à moins qu'il soit certain de réussir son coup. Il est également possible qu'il ignore simplement où la famille moldue de Potter réside.

Il échangea un regard avec Remus.

- Je suis presque certain que Pettigrow sait où vivent les Dursley.

- Merci pour cette intervention inutile, Black. Ce que sait, ou ne sait pas, Peter Pettigrow n'est pas le sujet.

- Étant donné qu'il est aux côtés de ton Maître, ça l'est quand même un peu.

Rogue eut un rictus mauvais, qui découvrit ses dents jaunes.

- Messieurs, s'il vous plaît ! intervint Dumbledore. Qu'importe qu'il soit avéré que Voldemort connaisse l'endroit où vit Harry. Je préfère considérer qu'il est au courant. Nous devons d'ailleurs distribuer les tours de gardes pour la semaine prochaine.

Il tourna la tête pour mettre fin à son duel visuel avec Rogue.

- A ce propos, Dumbledore, maintenant que Kingsley m'a permis de récupérer ma baguette, je peux prendre quelques tours.

Dumbledore échangea une série de regards avec Fol-Œil et Shacklebolt, puis secoua la tête.

- Ce n'est pas raisonnable, Sirius. Ton déguisement ne te protège plus aux yeux des Mangemorts et, quand bien même cela ne serait pas le cas, cela fait plus de dix ans que tu n'as pas fait de magie. Je doute que tu sois d'une grande efficacité s'il se produisait quelque chose.

Il serra les dents. Il n'était pas bien sûr de savoir ce qui était le plus blessant : le ton de Dumbledore – il avait passé l'âge qu'on s'adresse à lui comme s'il avait dix ans – ou le sous-entendu sur ses capacités magiques.

- Dumbledore a raison, Black. Laisse les vrais sorciers protéger ton filleul.

- La ferme, Servilus.

Cela eut au moins le mérite de faire blêmir Rogue et de lui faire sortir sa baguette magique.

Qu'il essaye un peu pour voir. Il se ferait une joie de montrer à Dumbledore qu'il n'avait pas perdu la main et qu'il était parfaitement capable de se débarrasser d'un Mangemort quand l'occasion se présentait.

- Ça suffit tous les deux ! Ce n'est pas parce que vous n'êtes plus à Poudlard que je ne peux plus vous donner l'équivalent d'une retenue !

- Black passe déjà tout son temps libre à astiquer la maison de sa chère maman. A l'entendre, je doute que vous puissiez trouver pire.

- Je peux par contre vous obliger à accompagner toutes les sorties à Pré-au-Lard de l'année, Severus.

Rogue plissa les yeux.

- Vous n'oseriez pas, grogna-t-il.

- Je suis la directrice adjointe de Poudlard. Je peux oser tout ce qui me fait plaisir et vous feriez bien de ne pas l'oublier. Cessez de vous comporter comme nos élèves !

Rogue se renfrogna contre sa chaise, l'air vexé, et Kingsley fit diversion en faisant le point sur le nombre d'Aurors qu'il pourrait réussir à convaincre du retour de Voldemort, au moins pour qu'ils se montrent vigilants sur tout ce qui pouvait concerner la magie noire, de près ou de loin.

- L'idéal serait que j'arrive à convaincre notre chef que Fudge se voile la face. Scrimgeour est pragmatique et les collègues lui sont loyaux. S'il donne des consignes dans le bon sens, on pourrait peut-être limiter la casse.

- Ouais, mais Scrimgeour est aussi protocolaire, le contredit Tonks. Je suis pas certaine qu'il accepte de t'écouter. Dans tous les cas, j'ai essayé plusieurs fois de tâter le terrain en demandant à ceux de mon âge ce qu'ils en pensaient, et ben je me suis fait tacler. La campagne de presse de La Gazette marche un peu trop bien.

C'était sans doute l'euphémisme du siècle, bien que Fudge avait sans doute largement contribué au fait que Dumbledore avait été viré de la présidence à la Confédération internationale des mages et sorciers après un discours dans lequel il annonçait le retour de Voldemort.

- A ce propos, je crains que mes jours au Magenmagot en tant que président-sorcier ne soient comptés. Amelia Bones m'a laissé entendre que Cornélius avait réussi à obtenir une majorité en ma défaveur. Je suis convoqué à une réunion plénière dans deux jours…

Son annonce jeta un froid dans la cuisine. Fudge jouait sans le savoir le jeu de Voldemort, d'autant plus qu'en chassant Dumbledore du Ministère, il multipliait les opportunités qui permettraient aux Mangemorts d'avoir accès au département des Mystères.

- Si cette rumeur-là est vraie, alors je crains que celle concernant votre Ordre de Merlin le soit également.

Tous les visages se tournèrent vers Emmeline Vance.

- C'est ridicule ! s'insurgea Molly. Ils ne peuvent pas vous faire ça, Dumbledore ! Toute cette histoire n'a rien à voir avec le fait que vous ayez vaincu Grindelwald !

Dumbledore eut un léger rire.

- Ne vous inquiétez pas, Molly. Du moment qu'ils ne me retirent pas des Chocogrenouilles, tout cela m'est bien égal. Emmeline, avez-vous réussi à trouver un journaliste de La Gazette qui serait prêt à nous rejoindre ?

Elle secoua la tête.

- Pour le moment, ils sont tous trop ravis de pouvoir vous critiquer après tant d'années à n'écrire que des choses biens sur votre compte, et c'est un peu pareil pour le jeune Potter. J'aurais plus de chance de trouver des alliés quand ils commenceront à s'en lasser.

Il ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel. Il n'avait jamais eu une haute opinion des journalistes qui travaillaient à La Gazette mais c'était encore pire que ce qu'il pensait.

- Bien, je pense qu'on va en rester là pour le moment. Merci à toutes et à tous !

Il se leva aussitôt et il réussit à se faufiler pour rejoindre Dumbledore à l'autre bout de la pièce, grillant la politesse à Rogue.

- Je sais ce que vous allez me demander, Sirius, et la réponse est encore non. Je pense qu'il vaut mieux que Harry reste quelques semaines chez son oncle et sa tante.

- Sa dernière lettre me laisse plutôt penser qu'il est à deux doigts de faire quelque chose de stupide si on ne va pas rapidement le chercher. Ancienne magie ou pas, il ne sera pas moins en sécurité ici que là-bas ! Et après tout ce qu'il a traversé, il a besoin d'être bien entouré !

- Je suis désolé, Sirius… dit Dumbledore en détounant les yeux, presque gêné.

Presque.

Il serra les dents. Par Merlin, il était convaincu que Dumbledore ne lui disait pas tout !

- Je n'ai pas l'impression que vous le soyez vraiment, Dumbledore. Donnez-moi une seule bonne raison de ne pas transplaner pour aller le récupérer sur le champ !

- Une bonne raison est que vous êtes toujours recherché par les Aurors et que le moindre acte magique à proximité du 4, Privet Drive pourrait servir à faire exclure Harry de Poudlard. Je pense que nous sommes tous les deux d'accord sur le fait que ce ne soit pas une bonne idée.

- Si ce n'est que ça, je suis certain qu'on peut arranger quelque chose !

- Je sais de source sûre que le Ministère cherche la moindre opportunité pour se débarrasser de Harry. Pour le moment, il est mieux loin du monde magique, aussi difficile à croire que cela puisse être. Je dois y aller.

Il ne put que le regarder quitter la pièce, tandis que l'impression que Dumbledore lui mentait se transformait en certitude.

Ce vieux fou rêvait éveillé s'il pensait qu'il allait en rester là. Harry avait passé trois semaines avec la sœur de Lily, il était temps qu'il les rejoigne Square Grimmaurd.

- Sirius !

Remus lui faisait signe depuis l'autre côté de la cuisine et il se résigna à le rejoindre. Son ami lui fit comprendre d'un simple geste de la tête que c'était plutôt Minerva qui voulait lui parler.

- Vous avez des nouvelles de Maellyn ? demanda-t-elle à voix basse.

Il fronça les sourcils.

- Bien sûr. Pas vous ?

Minerva eut un sourire amusé.

- Maellyn se garde bien de m'envoyer le moindre courrier, même si je pense qu'elle ne manquera pas de me prévenir si un orage venait à éclater à proximité du Manoir Malefoy.

Étonnamment, Remus fut le premier à comprendre le sous-entendu, ce qui lui valut un coup dans les côtes.

- Maellyn va devenir Animagus ?!

Des années de discussions houleuses tenues pendant les nombreux cours de Poudlard lui permettait de crier tout en chuchotant.

- C'est Minnie que tu aurais dû taper, pas moi ! C'est son idée !

Remus sembla gêné, tout à coup, mais il lança quand même un regard en coin à leur ancien professeur.

- Je trouve qu'elle est trop jeune, grinça-t-il.

Minerva arqua un sourcil, une étrange lumière dans ses yeux bruns.

Malicieuse, presque.

- La valeur n'attend pas forcément le mérite des années, Remus. Et puis, je crois qu'elle avait besoin d'un tel projet pour aller de l'avant après ce qui s'est passé l'année dernière.

Vu la façon dont le visage de sa fille s'illuminait à chaque fois qu'elle évoquait ses progrès en Métamorphose, il ne pouvait qu'être d'accord avec Minerva.

- Minerva, vous restez manger ?

L'interruption de Molly mit fin à leur discussion et tandis qu'elle insistait pour que Minerva accepte l'invitation, il se résigna à aider à mettre la table. Le feu avait été rallumé sous le chaudron où mijotait un ragoût de viande, qui serait accompagné d'une purée qui n'avait rien à envier à celle de Fleamont Potter.

La cuisine de Molly Weasley était l'un des véritables avantages à la vie Square Grimmaurd. Il était désormais dégoûté par la vue des rats quand il les apportait à Buck, et il se demandait vraiment comment il avait pu se résigner à manger des bestioles pareilles autant de fois.

Comme souvent, Tonks resta aussi pour manger et elle s'installa à côté de Remus. Les plus jeunes ne tardèrent pas à les interroger pour essayer de découvrir ce qui s'était dit lors de la réunion, quand bien même il avait cru comprendre que les jumeaux Weasley avaient trouvé une solution pour leur permettre d'espionner en toute impunité.

Leur mère ne tarderait pas à s'en apercevoir et il avait décidé de taire ses soupçons en attendant.

Mondingus passa une bonne partie du repas à lui raconter dans tous les détails son dernier bon coup – des ingrédients de potions qu'il allait essayer de revendre à Rogue, ce qui s'annonçait distrayant –, Hermione était en grande discussion avec Kingsley sur les derniers articles de La Gazette, Ginny s'amusait beaucoup des prouesses de Tonks et les jumeaux marmonnaient à voix basses en jetant des coups d'œil méfiants vers Minerva.

Puisque personne n'était assez du matin pour discuter au petit-déjeuner et qu'ils se contentaient d'un sandwich le midi, les dîners étaient les seuls moments qui lui donnaient l'impression d'être un peu de retour dans la Grande Salle de Poudlard. Ce n'était pas grand-chose, mais il réussissait presque à oublier qu'il était coincé Square Grimmaurd.

- Lunard, tu peux me passer la bièraubeurre ?

Il eut tout juste le temps de se reculer pour ne pas être aspergé par le jet de liquide qui venait de l'autre côté de la table.

Fred Weasley, le menton couvert de bave, son t-shirt imbibé de jus de citrouille, toussait à s'en décoller les poumons. Il le pointait du doigt, le regard un peu fou.

- Un problème ? demanda-t-il.

- Qu'est-ce que… Qu'est-ce que tu viens de dire ?

Sa voix était un étrange coassement et il ne comprit pas la question. Il jeta un regard à George, lui trouva un teint un peu blanc, et les yeux exorbités, ce qui ne lui apprit pas grand-chose de plus.

Il se racla la gorge.

- J'ai juste demandé à Remus de me passer la bouteille de bièraubeurre, répéta-t-il lentement.

Du coin de l'œil, il fut certain de voir les lèvres de son ami frémir.

Fred ne lui laissa pas le temps de s'en assurer.

- Mais tu ne l'as pas appelé Remus !

Son cri mit fin à toutes les autres discussions.

A la droite de Fred, Minerva se prit le front dans sa main et commença à secouer la tête.

Quelque chose était définitivement en train de lui échapper, et la seule solution à sa portée était sans doute de répondre à Fred, puisque ni Remus, ni Minerva, ne semblaient décider à lui venir en aide.

- Non, je l'ai appelé Lunard. Je suis sûr que tu es assez malin pour comprendre d'où lui vient ce surnom.

Fred en resta bouche-bée – ce qui devait être une première – et il crut que la discussion en resterait là. Sauf que George prit le relais.

- Tu es Lunard ?!

Remus semblait avoir vraiment du mal à se retenir de rire. Il se racla la gorge et fit un vague geste de la main.

- C'est comme ça que mes amis m'appelaient, oui.

George sembla à deux doigts de se mettre à hyperventiler.

- Tes amis ? Tu veux dire, les Maraudeurs ?

Pendant ses années à Poudlard – et plus rarement après – il avait entendu de nombreuses personnes prononcer ce mot de façons très différentes, mais c'était sans doute la première fois qu'il décelait une sorte… d'admiration ?

- Cette conversation doit prendre fin, intervint sèchement Minerva en se redressant.

Les jumeaux étaient trop occupés à dévisager Remus pour lui prêter la moindre attention.

- Si tu es Lunard… commença Fred.

- Et si vous êtes amis tous les deux… continua George.

- Cela signifie que…

Ils tournèrent lentement la tête vers lui.

- Lequel es-tu ? Cornedrue ?

- Queudver ?

- Patmol ?

Il haussa les sourcils.

- Je suis Patmol, de toute évidence. Cornedrue, c'était James et Pettigrow était Queudver. C'est Harry qui vous a parlé de ça ?

Ce n'était pas vraiment un secret mais il ne comprenait pas vraiment pourquoi ils étaient aussi choqués.

- Harry ? Que… IL SAVAIT ?!

- On lui a donné la Carte et ce petit enfoiré ne nous a rien dit ?!

- Oh, il va le regretter !

Il pointa sa fourchette sur eux.

- Je ne m'y risquerais pas à votre place, grogna-t-il.

Ils retrouvèrent leur sérieux immédiatement et Remus éclata de rire.

- Je préfère ça. Lunard, tu t'es assez amusé, c'est bon ? Tu comptes m'expliquer à un moment ?

Il fallut une paire de minutes à Remus pour retrouver son calme et il fit mine de l'ignorer en reprenant son repas là où il l'avait interrompu pour se servir un verre de bièraubeurre.

- Tu l'ignores peut-être, mais Fred et George ont une belle réputation de fauteurs de troubles à Poudlard.

Molly y avait fait plusieurs fois allusion, sous-entendant au passage qu'elle ignorait ce qu'ils allaient devenir et qu'elle refusait qu'ils ouvrent leur boutique de farces et attrapes. Fred et George n'avaient pas l'air d'attendre son avis sur la question.

- Tu m'en diras tant.

- D'après ce que j'ai compris, ils ont mis la main sur la Carte, avant de la donner à Harry l'année de ton évasion, afin qu'il puisse se rende à Pré-au-Lard en toute discrétion. Bien entendu, Harry s'est senti obligé d'attaquer Draco Malefoy avec de la boue près de la Cabane Hurlante et c'est comme ça que je la lui ai confisquée.

Il stoppa sa fourchette à mi-chemin entre son assiette et sa bouche et tourna la tête pour le dévisager.

- Toi, un Maraudeur, tu as confisqué la Carte au fils de James ?! J'espère que tu as honte !

Remus haussa un sourcil.

- Étant donné que je pensais que tu cherchais à le tuer et que je savais que tu savais te servir de la Carte, je pense que James aurait compris.

Il eut un bref éclat de rire.

- Ça, c'est toi qui le dit, Lunard.

Fred et George eurent bien du mal à attendre que Remus et lui aient fini de manger pour les engloutir sous des centaines de questions sur comment ils avaient mis la Carte au point, comment ils avaient découverts tous les passages secrets et quelles avaient été leurs meilleures blagues.

Il écouta plus Remus qu'il ne parla. Les mots de son ami conjuraient trop d'images dans son crâne, d'une époque où les Maraudeurs vivaient leur âge d'or, où ils se croyaient immortels et durant laquelle James avait toujours été à ses côtés, pour le meilleur ou pour le pire.

Il savait que James aurait été content de savoir que Fred et George avaient utilisé la Carte à bon escient, perpétrant des blagues dignes des Maraudeurs et continuant à faire tourner Rusard en bourrique. Il aurait été encore plus satisfait d'apprendre que la Carte était désormais entre les mains de Harry.

Même si son fils ne l'utilisait pas pour semer le chaos avec, il semblait avoir pris l'habitude de la prendre avec lui – en plus de sa cape d'invisibilité – quand il vagabondait la nuit dans les couloirs.

- Et comment vous avez découvert la façon de l'ouvrir ? demanda-t-il finalement, quand le flot de questions diminua.

George haussa les épaules.

- On avait pris l'habitude de l'avoir tout le temps avec nous, parce qu'on était convaincu que ça ne servait pas seulement à insulter les gens.

- Ouais, les insultes étaient un peu trop personnalisées. On avait parfois l'impression qu'elle utilisait tout ce qu'on pouvait dire contre nous…

- Et puis, une nuit, Rogue nous a pris en chasse. On était vraiment mal, et on s'est retrouvé coincé dans les cachots. C'était pas le coin du château que l'on connaissait le mieux, et Rogue était vraiment sur nos talons… Je sais même pas comment on a eu l'idée de tenter notre chance.

- Et c'est là qu'à la place, les Maraudeurs nous ont dit comment faire. Juste comme ça.

- Enfin, l'un d'entre eux. Les trois autres écritures l'ont un peu agoni d'injures pendant des semaines.

Il échangea un même regard brillant avec Remus.

- Cornedrue, souffla-t-il.

- Cornedrue.

Mercredi 2 Août 1995, Manoir Black, 12 Square Grimmaurd, Londres, Angleterre.

Le calme était enfin de retour Square Grimmaurd.

Après plus d'une heure passée à entendre les cris de Molly Weasley se mêler à ceux de Walburga et à un concert de protestations orchestré par les jumeaux Weasley, il regrettait amèrement de ne pas avoir remarqué plus tôt que Molly avait des suspicions à propos des oreilles à rallonges depuis plusieurs jours.

Il aurait dû savoir que son radar à coups fourrés était encore plus sensible que ceux de Minerva McGonagall et Euphémia Potter réunis.

Après tout, elle avait réussi à élever Fred et George, en plus de cinq autres enfants, sans que le Terrier ne prenne feu en cours de route.

Il était probable que les jumeaux tiennent de son côté de la famille, car elle avait réussi à les surprendre sur le fait, en plein milieu de la réunion qui s'était tenue un peu plus tôt dans la soirée. Elle avait confisqué les deux oreilles à rallonges – il avait proposé à Rogue d'en prendre une pour qu'il puisse espionner Voldemort plus efficacement, ce qui avait beaucoup fait rire Tonks et Remus – puis elle avait fait une descente dans les chambres de tous les adolescents avec une efficacité qui avait impressionné Kingsley.

Tout le remue-ménage avait réveillé le tableau de Walburga, qui s'était aussitôt mis à hurler un flot d'insultes particulièrement fleuries, au point où Dumbledore avait utilisé la magie pour obtenir son silence.

Molly n'avait pas assisté à la fin de la réunion – qui avait été écourtée, d'ailleurs –, les jeunes avaient d'abord refusé de venir manger – Molly avait feint l'indifférence, mais elle n'était pas une très bonne comédienne – puis Fred et George étaient revenus à la charge, arguant qu'ils étaient majeurs et qu'ils avaient le droit d'exiger le retour de leur invention.

Le visage de Molly était devenu de plus en plus rouge à mesure qu'ils parlaient et il avait sincèrement cru qu'elle allait exploser à la manière d'un volcan.

S'il se fiait à la grimace d'Arthur, il n'avait pas été le seul.

Quand Ginny avait fait remarquer à sa mère que si elle les trouvait assez âgés pour toucher à des objets ensorcelés avec de la magie noire, elle pouvait bien les laisser espionner en toute impunité, Molly avait blêmi, ce qui avait fait frémir ses cinq enfants, Bill compris.

- Dans vos chambres !

Sa voix avait été glaciale.

Il lui avait quand même fallu une demi-heure pour parvenir à les faire obéir complètement et elle patrouillait encore à l'étage pour être certaine qu'ils ne se rejoignent pas les uns dans la chambre des autres pour préparer une contre-attaque.

Avec un soupir, il alluma une cigarette à l'aide sa baguette, savourant la sensation de chaleur dans sa main droite. Il avait oublié à quel point faire de la magie avait été une part essentielle de sa vie et à quel point un simple bout de bois lui avait manqué.

- Où as-tu trouvé ça ?

Il aspira une longue bouffée de tabac. Presque quinze ans et le goût amer n'avait pas changé, pas plus que l'impression de chaleur dans sa gorge, presque semblable à celle de l'alcool, ou l'impression que son cerveau se mettait à flotter un peu dans sa boîte crânienne.

- Tonks a cédé, dit-il après avoir relâché la fumée.

- Ça, ou tu lui as volé son paquet.

Il se redressa sur sa chaise.

- J'ignorais complètement qu'elle fumait aussi. Mais merci du tuyau, Lunard.

Son ami leva les yeux au ciel, puis porta son thé à ses lèvres.

- Qui est de garde, ce soir ?

- Dingus jusqu'à minuit, puis Emmeline Vance, je crois. On l'a rappelé tout à l'heure, tu sais ?

- Le compte-rendu de Servilus m'a vraiment ému. J'ai eu du mal à reprendre le fil de la réunion.

- Ce n'est pas parce que James n'est plus là que tu dois te sentir obligé de citer Rogue dès que l'occasion se présente.

Son cœur rata un battement et il ravala la boule qui venait de se former dans sa gorge.

Parfois, il avait l'impression que l'absence de son frère était plus supportable quand Remus n'était pas là.

- Il avait tendance à faire ça, c'est vrai, souffla-t-il.

- Je te promets de te lancer un maléfice si tu commences à trop te passer la main dans les cheveux.

Cette fois, il eut un bref éclat de rire.

- Merlin qu'il était stupide quand il avait quinze ans.

- Tu n'étais pas vraiment mieux.

C'était cette année-là qu'il avait eu la bonne idée de faire une petite blague à Rogue, ce qui avait bien failli mettre un terme à l'amitié des Maraudeurs.

La porte de la cuisine s'ouvrit brusquement sur Mondingus Fletcher, l'air encore plus échevelé que d'habitude, et un méchant bleu sur une partie de son visage.

- Potter s'est fait attaquer par des Détraqueurs ! Il faut prévenir Dumbledore !

Il lui fallut une seconde pour comprendre l'annonce de Mondingus et ses entrailles se glacèrent.

- Comment ça, Harry s'est fait attaquer ?! répéta Remus.

- Les Détraqueurs étaient partis quand je suis revenu, je pense qu'il a réussi à s'en débarrasser.

Il se leva, envoyant sa chaise au sol, sa cigarette oubliée. Il n'essaya pas de faire le tour de la table pour le rejoindre, préférant passer par-dessus.

Quand je suis revenu.

Mondingus essaya de l'esquiver, mais il s'emmêla à moitié les jambes et il n'eut aucun mal à l'attraper par le col de son pardessus rapiécé.

Il le plaqua contre le mur avec force. Sa tête cogna dans un craquement sourd et il émit le même bruit qu'un ballon qui se dégonflait.

Cela lui permit de respirer une bonne bouffée de son haleine et il vit rouge en reconnaissant l'odeur de l'alcool.

- Et on peut savoir où tu étais ?!

Le visage de Mondingus prit une couleur étrange, comme s'il blêmissait et rougissait en même temps et que sa peau n'arrivait pas à se décider sur ce qui allait gagner.

- Je suis désolé, Sirius… Je… C'est que j'avais ce plan pour des chaudrons volés et…

Il appuya son avant-bras sur sa gorge et le reste des excuses de Mondingus s'éteignirent dans un cri étranglé.

Son visage vira au rouge sans que cela ne lui apporte le moindre réconfort.

- Des chaudrons volés, hein ? gronda-t-il. Tu étais de garde, Fletcher ! La vie de mon filleul est plus importe que tes putains de coups foireux, tu m'entends !

Le visage de Mondingus était de plus en plus rouge et chaque nouvelle tentative pour le repousser était moins puissante que la précédente.

Quand il vit la peur dans les yeux exorbités de Mondingus, il le libéra.

Fletcher tomba au sol et mit de longues secondes à retrouver son souffle. Il s'accroupit à côté de lui et attrapa une pleine poignée de ses cheveux.

- Je n'ai pas fini de te faire regretter ta connerie, Mondingus, que ce soit bien clair !

Il se relevait quand un phénix argenté apparut dans la pièce.

- Je pars tout de suite pour le Ministère. Harry n'aura pas manqué de faire de la magie et Fudge fera tout pour le faire renvoyer sur le champ. Avec un peu de chance, Arthur sera est déjà au courant et il aura déjà commencé à éclaircir les choses. Je passerais voir Mondingus plus tard.

Sirius échangea un regard avec Remus.

Jamais il n'avait entendu Dumbledore s'exprimer aussi sèchement. Selon toute vraisemblance, Mondingus Fletcher avait réussi à vraiment le mettre en colère.

Il serra les poings.

Il l'avait prévenu que ça se finirait comme ça. Que Voldemort profiterait du fait que Harry était bien moins protégé chez les Dursley qu'à Poudlard pour essayer de terminer ce qu'il avait commencé dans ce maudit cimetière. C'était vraiment une chance que Harry maîtrise parfaitement le sortilège du Patronus parce qu'il doutait que Fletcher aurait pu faire quoique ce soit.

Harry aurait dû les rejoindre ici depuis des semaines – peut-être même depuis le début de ses vacances, quand bien même Square Grimmaurd n'était pas un endroit très agréable. Au moins, il y aurait été en sécurité et il n'aurait pas été seul !

A la place, Dumbledore se reposait sur des gens comme Mondingus Fletcher pour éviter le pire !

C'était comme si Dumbledore jouait un double jeu dont il ne comprenait toujours pas le but.

Comme lors de la première guerre, il ne leur disait pas tout et il en avait plus qu'assez. Il n'avait pas oublié que les cachotteries de Dumbledore avaient bien failli coûter la vie à James et Lily, des années de ça, non plus qu'il acceptait ses explications sur le fait qu'Harry avait empêché Voldemort de revenir par deux fois lors de ses deux premières années.

Dans tous les cas, il ne le laisserait pas quitter Square Grimmaurd sans la promesse que Harry terminerait l'été ici.

Ou il irait le chercher lui-même à dos d'Hippogriffe s'il le fallait.

Dimanche 6 Août 1995, Brent Croos Shopping Center, Londres, Angleterre,

Le groupe d'adolescents ne semblait pas plus différent que les autres au milieu de cette étrange boutique nommée « Le Palais ». Elle était trop loin pour entendre leurs rires mêlés tandis qu'ils s'affrontaient les uns à la suite des autres sur une sorte de machine. Quoiqu'elle fasse, ses yeux revenaient inlassablement se poser sur l'adolescente blonde, détaillant la façon dont elle bougeait, certaine de ne pas l'avoir vue aussi libérée depuis des années.

Son cœur se serra.

Peut-être même était-ce la première fois.

Anonyme au milieu du monde moldue – de son apparence à son nom –, Maellyn semblait dégager une sorte de lumière qui accaparait encore et encore son regard.

Quel que soit le but du jeu, sa filleule dût perdre car elle se prit la tête entre les mains dans une sorte de mise en scène qui seyait si bien à son nom de famille. Crystal leva les bras en signe de victoire. Pansy applaudit. Maellyn, hilare, laissa sa place à son cousin, et sembla se lover contre Christopher quand il entoura ses épaules de son bras.

Sa filleule semblait bien frêle à côté de lui désormais, même si elle savait qu'elle ne devait pas se fier aux apparences. Christopher avait décidé de lui faire goûter au régime militaire qui rythmait sa vie depuis deux ans. Maellyn et lui allaient courir tous les matins et ils s'entraînaient au combat à mains nues dans les anciennes écuries du manoir l'après-midi.

Du reste, jusqu'à la semaine passée…

Elle secoua la tête. Elle aurait tout le temps d'améliorer la situation de Christopher pendant son année scolaire, quitte à s'arranger encore avec Gloria Ngozi. Elle ne doutait pas que Crystal et lui avaient de nombreux points communs – Maellyn, pour commencer – et le jeune homme aimait le monde moldu. Il se plairait à Belfast. A défaut d'être une solution parfaite, c'était la seule à laquelle elle pouvait penser pour le moment, et elle savait que cela apaiserait Maellyn.

- C'est incroyable à quel point elle semble dans son élément. De quoi relancer le débat « éducation contre hérédité », n'est-ce pas ?

Elle serra les paupières brièvement.

- Que fais-tu ici ? grinça-t-elle.

Elle sentait la présence de sa sœur à sa gauche. Du coin de l'œil, elle pouvait même deviner la simplicité de sa tenue moldue – ses longues boucles brunes cachaient en partie ses épaules nues et son jean dévoilait ses jambes –.

- Je pourrais te retourner la question, Cissy.

Elle savait très bien qu'il n'était pas dans son intérêt d'y répondre sincèrement. Maellyn fêtait ses quatorze ans aujourd'hui. C'était un anniversaire important dans le monde Sang-Pur, qui marquait le début du passage à l'âge adulte. Elle avait souvent imaginé ce qu'elle organiserait pour sa filleule ce jour-là. Elle se targuait d'imaginer les meilleures surprises chaque année, elle aurait trouvé quelque chose d'unique, à la fois de bon goût et qui correspondrait vraiment à la jeune femme que Maellyn serait devenue.

Circé, Morgane et Viviane, elle n'aurait pas hésité à faire venir un véritable Dragon dans le parc du Manoir !

Aujourd'hui, elle n'avait même pas le droit de souhaiter un « joyeux anniversaire » à sa filleule, trop consciente que Maellyn le prendrait comme une insulte après ses mensonges et ses erreurs.

La femme à sa gauche ne se priverait pas de lui dire qu'elle avait bien mérité un tel traitement. Il y avait des limites à ce que sa fierté pouvait supporter.

- Le manoir était trop vide sans mes trois adolescents.

- Trois ?

- Christopher Rowle vit avec nous.

Andromeda la détailla, son regard gris – le même que le sien – perçant.

- Est-ce une énième façon de te racheter aux yeux de Maellyn ?

Puisque sa sœur avait tourné le dos à sa famille pour épouser un Né-Moldu banal et qu'elle se contentait d'une carrière de traductrice fastidieuse, elle s'était souvent demandé si le Choixpeau n'avait pas essayé de la placer ailleurs qu'à Serpentard.

Et puis Andromeda ne manquait jamais de jeter du sel sur ses plaies de cette façon et elle n'avait plus le moindre doute.

- Non. Les principes d'éducation d'Euphémia Rowle n'avaient rien à envier à ceux de Walburga. Si je n'ai rien pu faire pour nos cousins à l'époque, ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Sa sœur serra les bras sur sa poitrine, son expression lourde de reproches.

Elle ressemblait encore davantage à Bellatrix ainsi, ce qui était la dernière chose dont elle avait besoin maintenant.

- Ton hypocrisie ne connaît aucune limite, n'est-ce pas ?

Elle releva le menton et choisit le silence. Quoiqu'elle réponde, Andromeda ne serait pas satisfaite. A la place, elle reporta son attention sur Maellyn. Elle était de nouveau sur la machine moldue, face à Pansy cette fois. Draco semblait avoir du mal à reprendre son souffle.

- Puisque tu es celle qui a invité nos cousins dans cette discussion, je vais me permettre de te rappeler deux choses, ma très chère sœur : Sirius a perdu tous ceux qui lui étaient chers et Regulus est mort à dix-huit ans. Si tu veux vraiment empêcher l'histoire de se répéter, Maellyn, Draco et toi devaient quitter le pays ou j'ai bien peur que ce soit la dernière fois que tu vois tes enfants aussi heureux.

Elle fit comme si elle ne l'avait pas entendue, même si ses oreilles se mirent à grésiller de la pire des façons et que sa salive devint acide.

Un an plus tôt, elle avait cru que le pire qui pouvait lui arriver était que la famille moldue de Maellyn réclame les droits qu'ils avaient sur elle.

Un an plus tard, elle se demandait si elle n'aurait pas mieux fait de les laisser lui arracher sa fille pour la mettre en sécurité loin de Bellatrix et du Seigneur des Ténèbres.

Il était trop tard désormais.

...

Et nous voilà officiellement lancé sur le Tome 5 (un de mes préférés, malgré la fin – mais le déni aide ! –)


Bon, j'avoue que j'ai hâte d'avoir votre retour sur :

- Bellatrix, ravie par le retour de Voldemort (ce qui ne surprend sans doute personne).

- La petite conversation entre Sirius et les Dursley (franchement, Sirius a presque était trop sympa, heureusement que Remus a rectifié son erreur).

- Le retour des réunions de l'Ordre et Madelyn qui a toujours les bons contacts pour faire des découvertes intéressantes (allez, qui veut parier sur la date à laquelle Sirius va exploser le nez de Rogue?)

- Sirius, de retour Square Grimmaurd et, vraiment, j'ai envie de pleurer tellement il est misérable.

- Une mention spéciale à Remus (et Tonks, un peu) qui est 100 % team!Sirius, et ça me fait trop chaud au cœur pour tours les deux.

- Ma scène préférée de ce chapitre AKA le moment où les jumeaux Weasley réalisent qu'ils vivent sous le même toi que leurs idoles (oui, je me suis fait plaisir, et j'espère sincèrement que ça vous a plu!)

Je suis encore loin de faire tout le tour de ce chapitre, mais je suis aussi curieuse d'avoir vos hypothèses sur ce que Maellyn a pu faire pendant cette première partie de l'été !

FYI : je vais essayé de publier pendant les vacances du côté de Gravity mais, après ça, on sera sans dont sur un nouveau chapitre toutes les six semaines ici, parce que j'ai vraiment moins de temps que les autres années et que l'écriture reste ma priorité (et que mettre à jour, ben ça me prend quand même pas loin d'une dizaine d'heures).

D'ici-là, je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année avec les personnes que vous aimez et qui vous rendent heureux·ses !

N'hésitez pas à aller faire un tour du côté du Spin-Off: Black Sunset: Gravity, au risque de passer à côté de certians détails par ici!

Sur ces bonnes paroles, n'oubliez pas de me laisser une petite review avant de partir ! Sans déconner, ça prend littéralement deux minutes !

Orlane.

Mis à jour le samedi 11/12/2021