Bonjour à tous !
Me revoici avec la suite de la nouvelle aventure de Lizzie et Darcy... Si vous avez accroché leur première rencontre, voici la seconde ! J'ai remarqué que dans ma présentation au niveau du chapitre 1, une phrase n'est absolument pas passée malgré mes tentatives désespérées de correction... C'est quand je parlais de ma fréquence de publication. Je précisais que je pense poster un à deux chapitres chaque semaine, probablement entre le vendredi soir et le dimanche...
Comme d'habitude, je commence par remercier mes reviewers guest :)
Jane : et j'espère que ça va se poursuivre ! Te voilà donc embarquée dans une nouvelle aventure, on prend les mêmes et on recommence :)
Nathalie : Et voici pour la suite, avec la deuxième rencontre de nos chers protagonistes... Au grand dam de Lizzie, qui se serait bien passée de recroiser son meilleur ennemi !
Bonne lecture à tous !
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Chapitre 2 - Noir et sans sucre
Novembre
Les deux mois suivants passèrent à Vitesse grand V. Je m'étais lancée dans une manip qui ne marchait pas si bien que ça, et cela me prenait pas mal la tête. Pour ne pas arranger les choses, l'association de doctorants, qui avait récupéré l'adresse e-mail de chaque étudiant s'étant inscrit à la soirée, envoyait des mails à une fréquence telle que ça en devenait presque du flooding. La plupart du temps, pour informer que ça y est, ils avaient lancé leur forum de doctorants, et que chaque inscrit dans ce cycle à notre université pouvait – devait ! – s'y connecter. Leur forum, je m'en foutais un peu. J'avais juste envie de les signaler comme spam.
De son côté, Jane était électrique, insupportable. Elle me faisait penser à une maniaco-dépressive, oscillant entre des moments de joie intense parce que Charles lui avait proposé un café, et des moments de désespoir parce qu'il mettait un peu trop de temps à répondre à ses messages.
Au début, elle évitait de m'en parler. Mais alors vraiment seulement au tout début. D'une voix hésitante, elle m'avait expliqué que Charles lui avait rapporté la conversation que j'avais entendue. Je lui avais dit que ça ne faisait rien, j'avais eu l'occasion de dire le fond de ma pensée à qui de droit. Alors, elle avait laissé ça de côté et s'était mise à me vanter en long, en large et en travers chacune des qualités de son prince charmant.
« Vraiment les filles, il est si agréable. Je pourrais passer des heures à parler avec lui.
- Dommage que ça ne soit pas le cas de sa sœur ou de son ami ! » Avait objecté Charlotte.
Ça ne lui ressemblait pas, mais elle aussi commençait à être agacée d'en entendre parler à chaque fois qu'elle nous rendait visite – Jane et moi partagions un appartement non loin de nos campus respectifs.
« Oh, Charlotte… Tu exagères.
- Sur Darcy, ou sur Caroline ?
- Je n'ai absolument rien pour défendre le premier, même si je suis convaincue qu'il est moins antipathique que vous voulez bien le penser. Charles m'a dit qu'au fond c'était quelqu'un de très gentil et profondément honnête.
- Tu l'enfonces, si tu affirmes que ce qu'il dit à voix haute reflète le fond de sa pensée. Fis-je remarquer.
- Quant à Caroline, c'est quelqu'un de très agréable quand on discute vraiment avec. Je l'ai recroisée en allant boire un café avec Charles l'autre jour, et elle n'est pas si mauvaise.
- Ah bon. Elle devait être constipée le soir de la fête, alors. » Lâchai-je.
Jane soupira.
« Oh, vous êtes agaçantes. On y va ? »
Jane rejoignait Charles en ville pour leur troisième rencard Charlotte et moi avions décidé de l'accompagner et d'aller ensuite au cinéma toutes les deux. Nous sortîmes donc dans la fraîcheur de cette fin novembre, et je resserrai mon manteau autour de mon cou en frissonnant.
Nous eûmes la chance de ne pas attendre trop longtemps le bus et quinze minutes plus tard, nous marchions en direction du grand blond qui faisait tant frémir ma sœur. Il nous accueillit avec un immense sourire.
« Ah, Charlotte, Lizzie, quel plaisir ! Vous allez bien ?
- Super, et toi ? » Répliquai-je en le sondant du regard.
Il me fit un sourire gêné, et se racla la gorge.
« Très bien… »
Un léger silence s'installa, et je le rompis.
« Bon, Jane, à toute, on ne voudrait pas vous retenir. Tu envoies un message quand tu repars, on verra si on prend le même bus.
- Euh, Lizzie… » M'interrompit Charles.
Je le regardai de nouveau.
« J'aimerais encore te présenter mes excuses, pour... La dernière fois »
Je soufflai, exaspérée.
« Pourquoi ? Parce que ton ami est un con ? Je ne t'en veux pas, ça arrive même aux meilleurs.
- Je ne peux pas te laisser dire ça. » Se renfrogna-t-il légèrement. « Il est très maladroit, mais il se sent gêné de s'être comporté ainsi.
- Grand bien lui fasse.
- Je suis certain qu'il te présenterait volontiers lui-même ses excuses… Peut-être accepterais-tu de me passer ton numéro, et je lui transmettrai ?
- Mais avec plaisir. C'est le 08 36 65 65 65. »
Il fronça les sourcils, et Jane soupira.
« C'est le numéro du père Noël, lui expliqua-t-elle en me fusillant du regard. « En tous cas quand on avait six ans !
- Il n'aura qu'à laisser un message. » Fis-je en haussant les épaules.
Charles secoua la tête, abandonnant la bataille.
« Tant pis, c'est son problème, pas le mien après tout.
- Bon rencard, les tourtereaux. » Souris-je en adressant un signe de la main à Jane et Charles.
Je m'éloignai avec Charlotte, non sans avoir remarqué les joues de ma sœur qui viraient à l'écarlate.
oOo
Lundi 3 décembre
Je m'appuyai contre le mur de la salle 145 E, crevée d'avoir couru. Moi qui avais craint arriver en retard, finalement j'étais la première.
C'était le premier jour d'une formation à laquelle je m'étais inscrite. Dans le cadre du doctorat, nous devions en faire un certain nombre d'heures avant de valider notre diplôme, avec un choix heureusement assez larges de modules – certains spécifiques aux Sciences, d'autres accessibles à toutes les facultés. C'était le cas du module Anglais général, auquel je m'étais inscrite, entre autres. Un grand nombre de groupes avait été créé en prenant soin de mixer les origines. Une série de dix cours de deux heures, à raison d'un toutes les deux semaines environ.
L'intérêt étant de pouvoir discuter en anglais avec des étudiants de diverses composantes, et donc de se faire un vocabulaire un peu plus varié que celui, pour moi, de la biologie pure.
Des pas résonnèrent dans le couloir vide je regardai ma montre. 18h55. La formation commençait dans cinq minutes, et la foule ne se pressait pas encore. C'était une heure plutôt chiante pour faire un cours, mais pratique pour tout bon doctorant qui ne voyait pas filer le temps.
Les pas s'arrêtèrent à ma hauteur, et je levai les yeux machinalement pour saluer mon futur camarade.
Choc.
Je reconnus immédiatement les yeux gris.
« Bonsoir. »
Sur le coup, je faillis bien ne pas répondre. Alors ça, c'était ma veine.
Darcy.
« Bonsoir. » Finis-je par répliquer d'une voix monocorde.
A mon grand soulagement, un troupeau de six étudiants arriva dans l'instant, coupant Darcy alors qu'il semblait sur le point de dire quelque chose. Ouf. J'avais pas une grande envie de me lancer dans une discussion houleuse, et je ne voyais pas d'autre possibilité avec ce personnage.
L'enseignant arriva à la suite, s'excusant de son retard, et ouvrit la salle. Une petite salle de cours, dont les tables avaient été disposées en U. Première entrée, je m'installai à l'extrémité, et m'agaçai de voir Darcy prendre place juste à côté. Si je me le tapais comme unique voisin à chaque séance, ça allait être long.
Je sortis un bloc-notes et un stylo, tandis que d'autres préféraient l'ordinateur portable, et m'enfonçai dans mon siège en préférant regarder vers l'enseignant. Grand et blond, le regard clair, il se présenta comme un vacataire embauché pour ce module, dont il nous expliqua brièvement l'organisation, tout en s'installant lui-même. Je sentais le regard de mon voisin peser sur moi, et mes poils se hérissaient. Je fis tourner mon stylo dans mes doigts, nerveuse.
Le cours commença par un tour de table en anglais, évidemment. Je fus la première désignée pour me présenter, et ravalai une remarque acide sur le fait que mon ambition dans la vie était de finir mère au foyer après un post-doc l'ironie n'aurait été comprise que par une personne, c'eut été triste.
J'expliquai donc brièvement mon sujet de thèse et laissai la parole à mon voisin.
Darcy préparait donc une thèse dans le droit d'entreprise. Il ne précisa pas que sa voie était toute tracée dans l'entreprise familiale, bien sûr, mais je remarquai aux chuchotements qui suivirent sa présentation que chacun avait compris à qui ils avaient affaire. Une seconde, j'en eus pitié pour lui. Ça ne devait pas être toujours facile d'être reconnu partout où l'on donnait son nom notamment reconnu comme un jeune homme blindé de fric et donc très « intéressant ». Ça pouvait presque excuser –non, n'exagérons rien : expliquer, plutôt – son caractère ignoble.
Les deux heures passèrent au final très rapidement, et je finis par me détendre. Darcy avait cessé de me fixer, et le cours prit plus la forme d'un échange constant, chacun posant des questions aux autres sur leur travail, ou quand ce sujet fut épuisé, les loisirs.
Quand l'enseignant annonça la fin du cours, je m'étirai en soupirant, et rangeai mon calepin. J'étais dehors en quelques secondes, épuisée et affamée, et je me dirigeais déjà d'un bon pas vers la sortie quand je me sentis rattrapée.
Sans ralentir, je tournai ma tête vers celui qui était en train de caler son pas sur le mien. Le regard gris. Je l'aurais parié.
« Elizabeth… »
Je me retins de lui répondre que je préférais Lizzie. Manquerait plus qu'il pense que je le comptais parmi mes amis.
« Oui ?
- Je suis désolé de ne pas l'avoir fait plus tôt, mais je souhaiterais te présenter mes excuses pour mon comportement de l'autre soir.
- Ok. »
L'autre soir. J'avais presque envie d'en rire. C'était il y avait deux mois et demi.
Un silence s'installa, alors que nous sortions du bâtiment. La vache, il faisait froid. Je me dirigeai vers l'arrêt de bus le plus pratique, agacée de voir Darcy m'emboîter le pas.
« A vrai dire, j'ai essayé de le faire par l'intermédiaire de Charles, insista-t-il.
- Je sais.
- Il m'a dit d'appeler le père Noël.
- N'en fais rien, tu risquerais de ne pas recevoir de cadeaux s'il apprend comment tu considères les femmes. » Répliquai-je en m'arrêtant devant le panneau de bus.
Environ cinq minutes avant qu'il ne passe. Enfin, à condition qu'il soit à l'heure.
« Bien, écoute, je suis sincèrement désolé. Mes paroles ont dépassé mes pensées.
- Ok. »
Un silence s'installa… Très brièvement. Darcy semblait étonné que je ne relance pas la conversation.
« C'est tout ? Lança-t-il alors.
- Eh bien, oui. Quoi, tu voudrais que je te remercie de t'excuser ?
- Non ! Mais je ne sais pas... On pourrait peut-être essayer de partir sur de meilleures bases.
- Pourquoi donc ? On ne fréquente pas les mêmes cercles.
- Ta sœur fréquente mon meilleur ami.
- On se reverra à leur mariage, alors. » Me moquai-je.
Il fronça les sourcils, et je décidai par lassitude de mettre un peu d'eau dans mon vin. Si ça pouvait le faire partir plus vite… Car je doutais fortement que Monsieur soit ici pour prendre le bus. Cela lui était-il arrivé ne serait-ce qu'une fois dans sa vie?
« Ecoute, j'ai bien saisi que tu essaies de faire des efforts pour rattraper des pensées que tu regrettes d'avoir formulées à voix haute. Je ferai donc l'effort de les accepter. Ça te va ? »
Bon, j'essayais en tous cas. Mais je n'étais pas forcément la fille le plus diplomate du pays… Loin s'en faut.
Il soupira.
« Mon bus arrive. Tu m'excuseras de ne pas prolonger la conversation, mais vu l'heure, le prochain est probablement dans une heure au moins. Bonne soirée.
- Bonne soirée, Elizabeth. » Souffla-t-il alors que, soulagée, je me rapprochais du bord du trottoir.
Le véhicule stoppa, et je sautai presque dedans dès que les portes s'ouvrirent.
A la sensation dans ma nuque, j'eus le sentiment qu'il resta un moment à regarder le bus s'éloigner. Mais je devais me tromper.
N'empêche que je ne m'étais pas attendue à le revoir, c'est sûr, mais encore moins à entendre des excuses de sa bouche. Et cela me troublait.
oOo
Presque une semaine plus tard
Bon, maintenant je savais que pendant encore neuf séances de cours d'anglais, j'aurais l'immense honneur de recroiser Darcy. Mais pensez-vous que cette chance s'arrêtait là ?
Bien sûr que non.
Le dimanche suivant, Jane me tarauda pour que je l'accompagne récupérer un livre que Charles avait promis de lui prêter – contrairement à moi, elle n'avait pas de voiture, ne voyant pas quel intérêt cela avait, en ville. Ben tu ne le vois toujours pas l'intérêt, là ?
Le week-end, les transports en commun étaient ridiculement inefficaces, surtout pour aller se perdre à l'extérieur de la ville.
Découvrant qu'il fallait non pas se rendre à l'appartement de Charles, mais dans la maison de banlieue de William Darcy, je lui avais opposé un refus que j'avais voulu catégorique.
Je lui avais proposé mes clés, aussi. Mais elle refusait de conduire ma voiture.
Je lui avais dit que ça pouvait probablement attendre le lendemain, ou n'importe quand dans la semaine. Mais le livre n'était qu'un prétexte, c'était l'envie de voir Charles qui la pressait. La pauvre, vu que son amoureux passait le week-end chez Darcy, elle ne l'avait pas vu depuis jeudi soir. J'en aurais pleuré tellement ça me paraissait difficile à endurer.
Ok, sans doute suis-je légèrement cynique.
Mais visiblement pas assez, puisque je finis par céder. Et, de très mauvaise humeur, je pris la route avec Jane pour aller jusqu'à une maison… Que dis-je, une demeure, un domaine ! Presque perdue dans la campagne qui jouxtait la ville.
Je me garai dans une grande cour gravillonnée, devant une bâtisse digne d'un mini-château. Deux voitures y étaient déjà garées, une Mercedes et une BMW. Plutôt petit joueur des voitures « de week-end », je supposais.
« Ça a l'air immense ! S'émerveilla Jane.
- J'aimerais pas avoir à y faire le ménage. Rétorquai-je.
- Je doute que Will fasse le ménage lui-même », répondit-elle avec philosophie.
Tu m'étonnes.
Je fus presque surprise que ce ne soit pas un majordome, mais Charles, qui nous ouvrit la porte. Je réprimai une envie de lever les yeux au ciel quand Jane et lui se firent un baiser du bout des lèvres en rougissant.
« Salut, Lizzie. C'est gentil d'avoir amené Jane vous rentrerez bien prendre un thé ? »
Si seulement je pouvais dire non sans passer pour une malpolie. Avoir une éducation, ça craint, parfois.
Nous suivîmes Charles jusqu'à une grande pièce où nous attendaient…
Les autres. C'est-à-dire non seulement Darcy, mais également Caroline. Ô joie. La prochaine fois, Jane ne m'aurait pas.
Nous nous saluâmes tous du bout des lèvres, encore que Darcy fut celui qui se montra le plus cordial.
« Eh bien, Elizabeth, quelle est donc cette voiture ? J'ignorais que cela pouvait rouler encore. » Attaqua Caroline de sa voix de pimbêche, en désignant ma vieille AX par la fenêtre.
Je lui fis un sourire crispé.
« Elle aura une durée de vie bien supérieure à celle des deux autres cumulées, répliquai-je.
- On s'apprêtait à prendre le thé, vous en voulez un aussi ? » Nous coupa Charles.
Je grimaçai. Il allait me falloir plus fort, si il fallait que je tienne ne serait-ce que quinze minutes.
« Avec plaisir. Cela dit Lizzie est plus café, si tu as. » Précisa Jane.
Je lui lançai un regard empli de gratitude, même si après tout, c'était de sa faute si j'étais là.
« Pas de problème. Lait ? Intervint Darcy.
- Eurk, non. Noir et sans sucre, s'il te plait. » Rétorquai-je.
Il leva un sourcil et marmonna un « J'aurais dû m'en douter » en guise de réponse, puis sortit de la pièce. J'en profitai pour y jeter un regard circulaire.
La pièce, que je supposais être le salon, était grande et deux de ses murs étaient couverts de bibliothèques remplies de… plusieurs centaines de livres. Un immense canapé en cuir noir trônait au milieu, encadré de fauteuils assortis autour d'une table basse en verre. Les autres s'installant tous autour de cette table, je pris aussi place dans un fauteuil.
Darcy revint cinq minutes plus tard avec un plateau nouvelle surprise. J'étais sûrement d'un très mauvais esprit pour avoir du mal à l'imaginer sans servants.
« Merci », soufflai-je en prenant mon café. « Dis-moi, il n'y avait pas assez de pièces dans la maison, pour que tu sois obligé de mettre la bibliothèque dans le salon ? » Le taquinai-je en désignant les livres aux murs.
Il sourit. Une première, mon cœur en loupa un battement. Hélas, ce mec était aussi détestable que beau. La vie est injuste.
« Mais, ce n'est pas la bibliothèque. Il y a effectivement une autre pièce pour ça, ici, ce ne sont que quelques livres pour faire passer la soirée.
- Je me disais bien, i peine de la lecture pour un mois. Fis-je en haussant les épaules.
- Tu lis beaucoup ? » Demanda Darcy, curieux.
Il s'installa dans le canapé, à l'instar de Caroline mais le plus loin possible d'elle cela me fit rire intérieurement.
« Un peu moins depuis le début de ma thèse… » Répliquai-je en haussant les épaules de manière évasive.
Darcy semblait prêt à continuer sur cette lancée, mais Caroline, visiblement jalouse de notre échange cordial, intervint.
« On voit que ce n'est pas la mode qui te passionne ! » Siffla-t-elle.
Je fronçai les sourcils, un peu surprise de l'attaque. Darcy la fusilla du regard, et Charles la rabroua.
« Caro…
- Non mais, ne le prends surtout pas mal, Elizabeth. Je suis simplement surprise de ta tenue. Un jean et une chemise, on croirait que tu vas à l'écurie ! » Rit-elle d'une voix fausse.
Hin hin. Mon jean était tout ce qu'il y avait de plus classique, certes, mais ma chemise était quand même relativement féminine. Elle pensait vraiment me faire sentir honteuse ?
« Faut dire, tu me donnes l'impression d'être à une foire au bétail. » Lâchai-je en la regardant droit dans les yeux.
Elle se raidit, et sa bouche s'arrondit Jane soupira, et Darcy s'étrangla avec son thé avant d'étouffer un rire dans une quinte de toux.
« Très élégant. On voit que nous n'appartenons pas tout à fait à la même société. Rétorqua-t-elle en cherchant du regard l'approbation de Darcy – raté – puis de son frère –raté aussi.
- Et j'en loue le Seigneur.
- Tu sais quand même que les femmes s'en tirent mieux à avoir une certaine allure ?
- Développe ce point, je suis toute ouïe. Fis-je avec mon sourire le plus poli.
- Eh bien, très chère Elizabeth, si un jour tu souhaites t'élever un peu dans la société, rencontrer un homme et avoir une relation solide, ce genre de choses, il y a des bases. Soigner son apparence en fait partie. » Déclama-t-elle d'une voix ferme.
Mon coude sur l'accoudoir, je posai mon menton dans ma main en continuant de la fixer.
« Tu m'en diras tant. Ça marche, pour toi ? »
Elle se renfrogna et me fusilla du regard, visiblement furieuse.
« Ecoute Caroline, je ne sais vraiment pas ce que j'ai bien pu faire pour m'attirer tes foudres, mais crois-moi, tu mourras d'épuisement avant de commencer à me faire une once de peine. Lui lançai-je.
- Mais non, Elizabeth, enfin, je n'ai rien contre toi. Je dis ça en toute amitié. Fit-elle en se dandinant dans le canapé, mal à l'aise.
- J'en suis flattée. Je te répondrai donc juste que personnellement, je me vois construire une relation stable sur la base de ma personnalité plutôt que sur mon apparence, somme toute assez passable… »
Ça, c'était une pique gratuite envers Darcy, que je vis se tendre du coin de l'œil.
« … Mais, chacun sa vision des choses. » Conclus-je avec un sourire poli en me redressant.
Je bus mon café d'un trait, et me levai.
« Bon, c'était sympa de vous voir, mais oh, il est déjà cette heure-là ? »
Je feins de jeter un œil à mon poignet, mais il était nu. Aïe. D'ailleurs, cela n'échappa pas à Darcy.
« Pense à t'acheter une montre, sur le chemin du retour. » Railla-t-il.
Je le fusillai du regard, mais ça n'effaça pas son sourire moqueur.
La honte.
« Jane, tu es prête ? Repris-je.
- Allons-y », fit-elle en se levant, avec un sourire gêné.
Darcy et Charles se levèrent aussi pour nous raccompagner jusqu'à la porte, en bons gentlemen. Heureusement, Caroline ne bougea pas du salon.
Arrivés dans l'entrée, alors que les deux tourtereaux ne savaient visiblement pas comment se dire au revoir, je soupirai.
« Jane, tu as récupéré le livre que tu étais venue chercher, au fait ?
- Oh ! Non. Fit-elle en rougissant.
- Oui, c'est vrai ! Je vais te le chercher. Lança Charles en riant.
- Je t'accompagne. »
Et voilà comment je me retrouvai de nouveau seule avec Darcy pour de longues minutes.
Mal à l'aise, je me dandinais d'un pied sur l'autre.
« Tu as une maison sympa. Finis-je par dire pour briser le silence.
- Mmh, merci. Un peu grande. »
Sans rire.
« C'est la maison familiale, non ? » M'étonnai-je en fronçant les sourcils.
Cela le fit visiblement rire.
« Celle-ci ? Non. A vrai dire, j'y vis seul.
- Sérieusement ?
- Moi qui pensais que la presse people faisait partie de tes lectures, ironisa-t-il.
- Tu deviens vraiment insultant. Le prévins-je.
- Je le conçois, excuse-moi. Ma mère est décédée et mon père vit à Londres la plupart du temps, désormais ma sœur fait ses études là-bas aussi. Bon, j'ai bien une tante et des cousins dont Alexandre, que je vois plus régulièrement.
- Désolée pour ta mère… »
Darcy haussa les épaules avec une désinvolture démentie par son regard un peu triste.
« C'était il y a longtemps. »
Je toussotai pour m'éclaircir la gorge, alors que le silence retombait. Punaise, ils en mettaient un temps, à revenir !
« Ta maison est vraiment si grande que ça ? Plaisantai-je avec un rire un peu jaune, regardant vers l'escalier qu'avaient emprunté Jane et Charles.
- Je crois surtout que… »
Darcy s'interrompit, mal à l'aise.
« J'imagine que Charles a du mal à retrouver son bouquin.
- Ah. Oui, certainement. »
Heureusement, Charles et Jane finirent par réapparaître avant que nous ayons à trouver un nouveau sujet de conversation. Je soufflai, soulagée. J'avais presque failli en venir à prétexter un besoin d'aller aux toilettes pour me retrouver seule.
« Merci encore, Will, c'est très joli chez toi. Fit Jane.
- Je t'en prie, vous revenez quand vous voulez. Répondit-il poliment.
- Prête Jane ? Merci à vous. » Fis-je, peut-être un peu rapidement, en poussant la porte.
Jane et moi sortîmes de la maison, et j'étais prête à m'élancer vers ma voiture, quand la voix de Darcy parvint une dernière fois à mes oreilles.
« A lundi en huit, Elizabeth. »
Un frisson courut le long de ma colonne, et je ne pus m'empêcher de tourner la tête pour lui lancer un regard. Le sien était fixé sur moi, impénétrable.
Je le ressentis presque comme une menace. Les joues brûlantes, je répondis d'un simple signe de la tête et m'éloignai en hâte.
oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO
Les dés sont jetés, Lizzie ne va pas être débarrassée de Darcy aussi facilement. Et inversement...
Alors ? Je continue ?
