Bonsoir à tous !

Je ne suis pas en avance pour poster ce week-end, mais je ne vous ai pas oublié ! Alors je ne vais pas m'étendre en discussions... Et vous souhaiter une bonne lecture !

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Chapitre 4 Entrée dans le virtuel

POV Lizzie

Vendredi 21 décembre

A l'instar du lundi soir, ma semaine fut catastrophique.

La manip qui m'emmerdait depuis un moment se révéla complètement ratée. Normalement, ce genre de défi me stimulait, mais là, j'étais complètement démoralisée. Le vendredi soir, je rentrai plus tôt que d'habitude, le moral dans les chaussettes et avec une forte envie de tout envoyer balader – ou de pleurer. Ca arrivait, en thèse. De vraies montagnes russes entre les moments de grande liesse – la publication d'un article, par exemple – et ces périodes où rien ne semblait marcher et où l'on touchait le fond.

Résultat, à 19 heures, j'étais déjà en pyjama, une soupe à la main pour unique dîner, dans mon lit, mon ordinateur sur les genoux. Le fond, vous dis-je.

Droguée de ma boite mail étudiante, je ne pus m'empêcher de l'ouvrir pour regarder si je n'en avais pas un nouveau depuis que j'avais éteint mon poste de travail.

Oh, il y en avait bien un. Et cela m'agaça : encore un mail de l'association de doctorants qui nous poussait à nous inscrire sur leur foutu forum. Direction la poubelle.

Il me fallut cinq bonnes minutes à ruminer pour que la curiosité et l'ennui me poussent à aller dans mes messages supprimés, et que je ne clique sur le lien vers le forum.

Il s'agissait d'un site organisé d'une manière a priori très simple. La grande majorité, c'était sous forme de forum composé de diverses rubriques : Généralités, Soirées et évènements, etc… Et un sujet par faculté.

Il y avait aussi une chatbox publique, et visiblement la possibilité de chatter en privé.

Allez savoir comment, je me retrouvai une heure plus tard à discuter de tout et de rien avec les quatre autres étudiants qui étaient connectés, sur la chatbox publique. Il avait bien sûr fallu que je me crée un compte pour ça je n'avais pas eu vraiment envie de décliner mon identité, alors j'avais opté pour un pseudo qui me rappelait un autre diminutif de mon prénom. Ellie333, parce que le chiffre 3 était mon porte-bonheur.

Les pseudos des autres variaient entre des trucs plus ou moins alambiqués et juste un prénom. Mais chacun gardait une part d'anonymat, et en cette soirée où j'étais tout bonnement déprimée, je dus bien admettre que cela me plut de discuter sans prise de tête, de n'importe quoi, avec des gens dont j'ignorais l'identité.

Vers 21 heures, certains se déconnectèrent, d'autres se connectèrent. Mais cela me parut d'un coup moins marrant, aussi, je cessai de parler.

Le seul qui restait parmi les personnes avec qui je discutais depuis le début, Lord_Pemberley, m'envoya soudain un message privé.

Cela ouvrit une petite fenêtre, un peu comme sur d'autres réseaux sociaux, et je quittai le chat général pour lui répondre.

« Toujours là, Ellie ?

- Oui. Je ne me sentais plus trop dans la conversation.

- Idem. C'était sympa de discuter, un peu plus tôt.

- En petit comité, c'était assez distrayant, je dois le reconnaître.

- Tu viens de t'inscrire, tu disais ?

- Oui. Je n'avais pas très envie avant… Mais finalement, ce forum n'est peut-être pas une mauvaise idée.

- Mauvaise période ?

- Tout à fait. Je suis dans un creux des montagnes russes de la thèse.

- Cela finit toujours par arriver. C'est le boulot ?

- Majoritairement.

- Eh bien, j'espère que ça va s'arranger. Moi aussi, j'ai passé une semaine… Morose.

- Le temps n'aide pas.

- Ah, la fameuse dépression saisonnière ?

- Vivement le retour du soleil.

- Disons ça. »

Nous continuâmes à discuter un moment, de sujets complètement superficiels et sans jamais rien aborder de personnel. Au moins, Lord_Pemberley me fit rire, et je me couchai un peu moins déprimée. Finalement, je me devais de reconnaître une utilité à ce forum cela soulageait de pouvoir discuter avec des inconnus qui malgré tout vivaient un peu cette même expérience, des études longues et crevantes qui finissaient toujours par vous taper sur les nerfs.

Je me reconnecterais probablement régulièrement à ce site.

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Mercredi 26 décembre

Un petit bip m'informa que je venais de recevoir un message.

« Joyeux Noël, Ellie. Enfin, avec un jour de retard.

- Je ne t'en veux pas. Ça va, Lord ? »

Lord_Pemberley, avec qui j'avais pris l'habitude de discuter… En gros, un soir sur trois, via le forum que j'avais évité pendant des mois.

« De retour ici après les traditionnelles fêtes de Noël. Je n'en suis pas mécontent !

- Fatigué ?

- Mon estomac, surtout.

- Ah, les abus du réveillon… Je compatis. Chez moi, c'est apéro, entrée froide, entrée chaude, plat gigantesque avec accompagnement, fromage et desserts, avec un s. L'angoisse à chaque fois. »

Oui, nous ne faisions pas dans la demi-mesure chez les Bennet. Et encore, je ne vous décris pas le caractère haut en couleur de ma mère.

« Effectivement, c'est pas mal. On a quelques plats en moins de notre côté, qui s'articulent autour de la traditionnelle dinde aux marrons.

- Urgh, ça doit être sec.

- Bien cuisiné, pas du tout !

- Désolée si je t'ai vexé.

- Mais non. C'est quoi, votre plat traditionnel dans ta famille ?

- Il n'y en a pas. Cette année, c'était gibier – hélas, ce n'est pas trop mon truc –, l'année dernière c'était chapon. On fait varier.

- J'imagine qu'il va te falloir un peu de temps pour te remettre d'un tel repas.

- Oh, non. C'est déjà reparti. Tu sais, dans ma famille, chaque repas se compose déjà d'ordinaire a minima d'entrée/plat/fromage/dessert, on a de l'entraînement.

- Aïe. Il faut un sacré estomac.

- Et pas mal de sport.

- Je n'aurais pas osé le dire, par galanterie.

- C'est tout à ton honneur…

- Tu as pu te reposer et lire autre chose que ce qui concerne ta thèse, comme tu le souhaitais ?

- Même pas. Ma famille est épuisante.

- A propos on a beaucoup parlé de livres la dernière fois, mais tu ne m'as pas dit quel était ton préféré.

- Sûrement parce que je n'en ai pas.

- Vraiment ?

- Non, je suis incapable de choisir. Il y en a que je peux relire plusieurs fois, parce que j'aime le style de l'auteur. D'autres qui me touchent.

- Aucun qui t'ait particulièrement marquée ? »

Je réfléchis un moment, sceptique, mais n'ayant pas vraiment envie de n'avoir rien à répondre… Surtout à lui, qui semblait avoir une culture littéraire assez impressionnante. Je repensai donc à un livre que j'avais lu au lycée, poussée par un prof de littérature – parce que justement, je l'avais retrouvé à l'occasion d'une fouille nostalgique dans ma bibliothèque d'adolescente, il y avait deux jours.

« Bon, éventuellement je pourrais te citer les Lettres persanes, de Montesquieu. Ce n'est pas un livre que je considérerais comme un de mes préférés, mais il m'avait marqué. Pour certains passages que je trouvais…

- Profonds ?

- Oui. Ou en tout cas qui trouvaient écho en moi, c'est plus juste dit ainsi. C'est un vieux bouquin, mais je trouvais certaines réflexions tout à fait d'actualité.

- Je ne le connais pas, donc hélas je ne saurais pas en discuter avec toi. »

Notre conversation continua comme ça un moment, sur un ton léger. Chaque fois que nous discutions, c'était une bouffée d'air frais. Un moyen de déconnecter de la journée sans avoir à se décarcasser.

Nous parlions d'à peu près tout, sauf de choses susceptibles de nous identifier, à vrai dire. Je ne savais même pas dans quelle composante il était inscrit. Par contre, je connaissais ses goûts en matière de littérature – pas très différents des miens –, je savais aussi qu'il était plus théâtre que cinéma, et d'autres détails insignifiants qui nous avaient fait rire à plusieurs reprises.

« Qu'est-ce que tu fais ? » Me demanda soudain Jane, interrompant le fil de mes pensées.

Je tressaillis, et lui jetai un regard. Nous étions assises dans le train, de retour de chez nos parents après le réveillon de Noël. Pas folles, nous évitions toujours de prolonger nos vacances chez eux. Chez les Bennet, les réunions de famille se transformaient invariablement en un bordel indescriptible.

« Rien, rien, je regardais des trucs, c'est tout. » Mentis-je. « Je ne te demande pas avec qui tu discutes ! » La taquinai-je.

Elle rougit, et me lança un regard complice.

Ma pauvre Jane avait dû subir toute l'attention de notre mère, pendant les quelques jours passés dans la maison familiale. Oui, subir, je confirme le terme, qui ne reflète même pas la réalité du fardeau. Ma mère avait tout de la mama insupportable, qui fourrait son nez partout et passait son temps à se plaindre de n'avoir pas encore une seule de ses cinq filles de mariée et maman. Grand Dieu, c'est vrai que Jane et moi, les deux premières, étions vieilles !

Mais ma mère avait un peu du mal à supporter l'idée que Jane et moi nous soyons lancées dans les longues études et avions « mis de côté notre vie de femme » comme elle se plaisait à dire. Malheureusement pour elle, sa troisième fille était bien partie pour suivre notre voie, voire pire : c'était la Médecine qui l'intéressait.

Heureusement pour elle, par contre, les deux plus jeunes, qui avaient encore 15 et 17 ans, ne marchaient pas dans nos pas. A notre grand désespoir, avec Jane, elles avaient plutôt tout des ados décérébrées et superficielles.

Pour en revenir à Jane, elle n'avait pas mis une heure à se faire griller : notre mère avait vite compris que son aînée avait « enfin, merci Seigneur ! » (toujours les mots de ma mère) trouvé un garçon, et que c'était visiblement sérieux.

Je ne vous raconte pas jusqu'à quel point son excitation était montée quand elle avait appris que le garçon en question était de très bonne famille. Jane avait simplement fait l'erreur de dire qu'il s'appelait Charles Bingley et pour ma mère, cela fit tilt.

« CHARLES BINGLEY ! Bingley du cabinet d'avocats ?

- Ce n'est que le fils, maman, avait tenté Jane.

- Oh, ma Jane, je suis si fière de toi ! Bingley ! Ah, tu m'as longtemps désespérée à ne pas me ramener un garçon, mais là, tu fais vraiment fort. Félicitations ma fille. Ce n'est pas ta sœur qui en ferait autant !»

Cela avait eu le don de m'agacer.

« Faut le dire si tu mesures le bonheur de ta fille à la quantité d'argent que possède son mec, avais-je répliqué.

- Ne sois pas si agressive, Lizzie. Tu reconnaitras quand même qu'un homme riche aura bien plus de chances de vous rendre heureuses !

- Euh… Non.

- Un mec friqué a tout autant de chances de leur briser le cœur qu'un pauvre du ghetto. Professa Marie, notre petite sœur.

- Mais il est plus confortable de le pleurer dans une voiture de luxe que sur un vieux scooter rouillé. » Rétorqua ma mère.

Qu'est-ce qu'il ne fallait pas entendre ! Désespéré, mon père avait levé les yeux au ciel mais n'avait rien répliqué. Toute sa vie il avait subi ce genre de remarques de la part de ma mère. Des fois, je me demandais comment il avait fait pour rester marié avec elle. La résignation ?

Mais non je vous rassure, il y avait aussi de l'amour dans ma famille. Tout n'était pas si noir. Juste… Très extravagant.

« En plus, il parait que le fils Bingley est très, très ami avec le fils Darcy. La famille Darcy ! Ils sont encore bien plus riches. »

J'avais mimé un haut-le-cœur, soudain énervée.

« Ah ça, maman, oublie. Ce que je peux te dire c'est que le fils Darcy n'a rien d'un homme capable de rendre une femme heureuse ! » Avais-je craché.

Elle en avait été surprise, mais n'avait rien répliqué, pour une fois. Jane avait mollement voulu défendre Darcy, d'autant que cela détournait le sujet de la conversation. J'avais contre-attaqué en relatant mes quelques conversations avec lui.

Choquée, ma mère l'avait automatiquement pris en grippe. Quel idiot, dédaigner une de mes filles ? Sûrement un gamin que le trop d'argent avait rendu mauvais. Mais dis-moi, Jane, et Charles, comment est-il ?

Donc voilà, vous imaginez comme ma sœur et moi étions soulagées de retrouver notre appartement calme, à plusieurs heures de route de notre famille.

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Vendredi 4 janvier

Les fêtes constituèrent une petite pause, à défaut d'avoir de vraies vacances, dans notre quotidien. Jane et Charles roucoulaient de plus en plus fort, parfois dans l'appart que je partageais avec Jane, ce qui faisait que je le voyais plus souvent. Heureusement, je ne recroisai pas Darcy et le prochain cours d'anglais était fixé au 14 janvier.

Cependant, je me doutais bien que la trêve allait s'arrêter là. Enfermée dans ma chambre, j'attendais que Jane finisse enfin de se préparer elle avait absolument tenu à ce que nous allions à la soirée du Nouvel An organisée par l'association de doctorants.

A la base, j'avais pensé refuser – elle n'avait pas besoin de moi, elle avait Charles. En plus, Charlotte était en vacances, ne revenait que dimanche, et du coup je sentais bien que j'allais vite me retrouver plantée là à tenir la chandelle.

Cela étant, j'avais changé d'avis toute seule j'avais bien besoin de me changer les idées, et puis, j'arriverais sûrement à rencontrer d'autres gens. De toutes façons, des camarades de labo s'y rendaient aussi. Je n'avais rien à perdre.

Dans la chambre à côté, j'entendis que Jane commençait à remuer. Ah, elle devait être sur le point de terminer sa séance de maquillage/coiffure !

« C'était sympa de discuter, Lord, mais je dois y aller. Je te souhaite une bonne soirée. »

Eh oui, avec le changement d'année, nos conversations régulières perduraient.

« Tu vas au gala du Nouvel An ?

- Oui. Tu y seras aussi ?

- Oui, aussi. »

Mon cœur loupa un battement, et je ne répondis pas tout de suite.

Un grand trouble m'envahit un instant, je me mis à craindre qu'il ne me propose de m'y rencontrer.

Cela me fit peur, parce que je n'aurais pas su que répondre. J'aimais bien ces discussions anonymes que nous avions, et je savais que si nous nous rencontrions, ce serait terminé.

« Eh bien, Ellie, on s'y croisera. Je doute que je saurai te reconnaître, mais je passerai la soirée à me demander qui tu es. »

Je soufflai, instantanément soulagée. Une éventuelle rencontre ne serait pas pour cette fois.

« A tout à l'heure, alors… D'une certaine manière. » Écrivis-je avant d'éteindre mon ordinateur.

Ce fut ainsi que me trouva Jane, les joues un peu rouges, et le regard troublé.

« Tu es prête ?

- On y va. »

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Sitôt arrivées à la fête, Jane repéra Charles un bref coup d'œil dans la direction qu'elle me désignait m'apprit qu'il était, bien sûr, accompagné de son ami et de sa charmante sœur. Clairement, c'était trop pour moi.

« On se sépare là, lançai-je à Jane.

- Oh, Lizzie ! Pourquoi ne viendrais-tu pas au moins les saluer avec moi ?

- Pas envie de me pourrir la soirée avant même qu'elle commence. Je les saluerai quand on se croisera. Mais là, ils ne m'ont même pas encore repérée, alors laisse-moi profiter. »

Elle leva les yeux au ciel, mais n'insista pas.

Pour ma part, j'avais déjà repéré mes collègues de bureau. Cela me convenait parfaitement.

En les rejoignant, je ne pus m'empêcher de lancer un regard à la ronde. Il y avait énormément d'étudiants, déjà, malgré l'heure encore peu avancée visiblement, cette soirée marchait encore mieux que la précédente. L'ambiance me paraissait électrique mais cela venait-il juste de moi, à l'idée que cet homme avec qui j'aimais tellement échanger était présent en chair et en os, quelque part ?

Je ne savais même pas s'il était déjà arrivé. Et je n'avais aucune idée de ce à quoi il pouvait ressembler. Etait-ce le grand châtain qui avait une gueule de basketteur plutôt que de doctorant, vers le bar à punch ?

Ou le petit maigre à lunettes, un peu plus loin sur ma droite, qui semblait s'ennuyer dans sa conversation avec deux filles qui ne lui accordaient guère d'attention ? Il avait plus la gueule de l'emploi, mais une part de moi espérait que non, bizarrement.

Oh, ou ce qui me mettrait encore plus mal à l'aise : serait-ce un de mes collègues de bureau ? Après tout, nous n'avions même pas échangé sur le type d'études que nous faisions.

Non, la façon de parler de « mon » inconnu ne ressemblait absolument pas à celle de quiconque que je fréquentais au quotidien.

Je fouillai donc la pièce du regard, perdue dans mes pensées, mais en m'attendant à quoi ? A ce que mes yeux croisent ceux de Lord_Pemberley, et qu'une sorte de magie fasse qu'on se reconnaitrait soudainement ?

C'était débile.

J'atteignis la table de mes camarades, et les saluai.

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Et oui, pas de Lizzie/Darcy ici ! Mais ils reviennent au chapitre suivant ;)