Bonjour bonjour !

N'étant pas (encore) contaminée par un virus qui commence à bien nous les casser, me revoilà avec un nouveau chapitre :). Merci à tous ceux qui me suivent encore !

Jane : merci à toi pour ta fidélité ! Ca fait plaisir de poster pour des lecteurs heureux ^^

Nathalie : Tant de mystère ! La vérité vraie ne sera pas dévoilée immédiatement ;)

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Chapter 6: Comprendre ton jeu

Lundi 14 janvier

J'arrivai presque sereine à la salle de cours d'Anglais, et eus même un léger sourire en coin en y découvrant ce cher Darcy, adossé au mur.

« William. Fis-je simplement en m'arrêtant contre le mur d'en face.

- Elizabeth. »

Argh. Ce que je pouvais détester quand il prononçait mon prénom. Mais je ne répondis rien, et retirai mes gants sans plus le regarder. On ne pouvait pas dire que je ne faisais pas d'effort…

Si ?

« Tu as passé une bonne journée ? » Demanda-t-il d'un ton nonchalant.

Décidément, il ne semblait pas comprendre ma stratégie visant à l'ignorer royalement.

Ou il n'en avait cure.

Je relevai la tête vers lui. C'est qu'il était grand, le salaud. Pas tout à fait une tête de plus que moi, mais pas loin.

« Longue.

- J'imagine que c'est parce que tu n'en pouvais plus d'attendre d'être à ce cours ? » Lança-t-il avec un sourire railleur.

Je haussai un sourcil. Mais que lui prenait-il ? Peu importait, s'il croyait que j'allais me laisser déconcerter, il se fourrait le doigt dans l'œil. Je me décollai du mur, et me rapprochai de lui en inclinant la tête, les mains dans les poches. Je ne m'arrêtai qu'à quelques centimètres de lui, et levai mon visage. Nos souffles se mêlèrent un court instant.

« Touché. Cela fait des semaines que j'avais hâte de me retrouver précisément ici. »

Je ne pus réprimer un sourire en le voyant tressaillir et se redresser, soudain mal à l'aise, alors que je reprenais une distance plus classique.

A la tête qu'il faisait, je me demandais s'il avait imaginé que j'allais faire un truc taré. Tel que rapprocher mes lèvres des siennes.

Brièvement, l'idée me traversa que rien que pour le choquer, ça pourrait être marrant.

Rien que pour l'ennuyer.

« A quel jeu joues-tu, au juste ? » Demanda-t-il, visiblement contrarié.

Le comble.

« Je te retourne la question. »

Il ouvrit la bouche pour me répondre, mais deux de nos camarades apparurent dans le couloir, le cassant dans son élan. Dommage, pour le coup, j'aurais bien voulu savoir ce qu'il avait à dire.

Alors qu'il se murait dans le silence tout en continuant de me fixer, l'enseignant ouvrit la porte en nous saluant. Je profitai de cette aubaine pour me détourner complètement de Darcy, et rentrai dans la salle.

Je sentis qu'il m'emboîtait le pas, mais il fut arrêté par une de nos camarades, qui l'accosta en lui demandant dans quoi il était, déjà. Tiens, il s'était fait une nouvelle fan.

Je m'installai à la même place que la dernière fois, et fus soulagée de constater que quatre autres étudiants étaient passés devant Darcy, et s'installaient à ma suite autour de la table ronde.

Quand il put enfin rentrer et s'asseoir, il avait l'air agacé. Peut-être parce que sa nouvelle groupie lui collait au train et s'installait à côté de lui en continuant à bavasser.

Étrangement, je n'arrivais pas à m'en réjouir. Qu'est-ce qui m'arrivait ? Non seulement, j'allais passer un cours tranquille sans ressentir sa présence brûlante à côté de moi pendant deux heures, mais petit bonus, quelqu'un –d'autre que moi– l'embêtait.

« Tu veux que j'échange de place avec ton ami ? »

La voix de mon voisin me fit sursauter, et je tournai la tête vers lui d'un air interrogateur.

« Mon ami ? Demandai-je, perdue.

- Darcy.

- Hein ? Ah non, on n'est pas amis. Non non, ne t'embête pas. Fis-je avec un sourire peut-être un peu crispé.

- Oh, j'aurais cru. Excuse-moi. »

Mon voisin jeta un œil en direction de Darcy, ce que j'évitai de faire.

« Il te regarde d'une manière flippante. Me lança-t-il.

- Tu comprends donc mieux pourquoi on n'est pas amis.

- Ravi de faire barrière entre lui et toi, dans ce cas »

Je me retins de rouler des yeux et jaugeai rapidement mon voisin. Un grand gaillard aux cheveux roux taillés en brosse, presque cliché du mec qui roule des mécaniques dans n'importe quelle situation... Même quand il va pisser. Oh seigneur, pourquoi je tombais toujours sur des gens qui voulaient taper la discute ? Des fois j'avais simplement envie qu'on m'ignore et qu'on me laisse dans mon coin.

« N'hésitez pas à nous faire part de votre sujet de conversation en anglais, si c'est intéressant. » Fit soudain l'enseignant, nous jetant un regard appuyé.

Ravie de cette interruption, je me tournai vers lui, et rebondis en prétextant que nous débattions sur le Brexit.

Cela eut le mérite de lancer le cours, à peu près chacun d'entre nous ayant un avis à partager sur la question.

Surtout Darcy, évidemment. Lui qui était en droit d'entreprise et successeur annoncé d'une chaîne d'entreprises multinationales…

Il nous fit tout un argumentaire sur les raisons pour lesquelles un Brexit dur serait une catastrophe pour l'économie non seulement anglaise, mais de tous les autres pays commerçant avec. Je ne pus m'empêcher de chercher à réfuter chacun de ses arguments – exercice d'autant plus difficile que non seulement c'était en anglais, mais surtout que j'étais d'accord avec lui sur à peu près toute la ligne.

Enfin, je ne fus pas sa pire « opposante » dans ce houleux débat. Mon voisin pourtant aussi roux qu'un prétendant au trône britannique osa lancer qu'un Frexit serait une bonne chose. Je haussai un sourcil tandis que Darcy manquait de s'étouffer. Heureusement, le cours se terminait.

« Sure, we all agree that France can be self-sufficient, at least in food and energy. » Réussis-je à conclure d'un ton ironique.

L'enseignant décida de mettre fin à cette séance, alors que nous avions déjà dépassé le temps d'un bon quart d'heure.

« Thanks for this topic, Elizabeth. »

Alors que je rangeais mon bloc-notes, il se pencha vers moi et me sourit.

« C'est très agréable de rencontrer des étudiantes capables de lancer un sujet aussi intéressant.

- Euh… Merci ? Répondis-je, ne sachant trop que dire.

- Vous avez un très bon niveau. Et un léger accent français très sexy, quand vous discutez en anglais. »

Je sourcillai, soudainement mal à l'aise. Le regard bleu de ce gars – comment s'appelait-il déjà ? – était insistant, et je ne lui rendis qu'un bref sourire en me levant.

« Bien, merci, Professeur Wickham. Bonne soirée. »

L'emploi du titre Professeur était, je le savais parfaitement, usurpé – notre enseignant d'Anglais, vacataire sous contrat avec l'Université pour cette formation général, n'avait d'ailleurs pas le titre de Docteur –, mais je le crachai d'un ton sec pour marquer la distance que je souhaitais conserver avec l'enseignant.

Mal à l'aise, je me pressai jusqu'à la sortie, manquant de bousculer Darcy qui me retenait la porte.

« Merci. » Marmonnai-je.

J'eus l'impression qu'il comptait dire quelque chose, mais je m'éloignai à toute vitesse. Pas ce soir. Le cours avait déjà été suffisamment intense, j'étais claquée, je n'avais pas envie de me relancer dans une discussion plus ou moins houleuse.

Il sembla le comprendre, parce que cette fois je pus sortir du bâtiment et me diriger vers mon arrêt de bus complètement seule. Une pluie battante frappait le bitume, et je resserrai ma capuche autour de ma tête en courant.

Ce soir, ce serait douche et soupe brûlantes, pyjama, et au lit le plus tôt possible.

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Mercredi 16 janvier

« Hey, Lizzie. Tu vas bien ? »

Je m'arrêtai sur le chemin du restaurant universitaire, reconnaissant la voix.

« Alex ! Bien et toi ?

- Tu vas déjeuner au RU ?

- Oui. Normalement je mange au labo, mais j'ai oublié mon déjeuner chez moi.

- Je pensais aller m'acheter quelque chose, mais ça te dirait si je t'accompagne ?

- Avec plaisir. » Souris-je.

Quinze minutes plus tard – le bonheur d'arriver avant midi au RU –, nous étions installés à une table dans un coin encore tranquille.

« Justement, j'ai oublié de te demander ton numéro, la dernière fois. Je m'en suis mordu les doigts. Et Charles ne le connait pas. »

Machinalement, je lui donnai alors qu'il avait sorti son portable.

« Merci. Ça te tenterait qu'on fasse un truc, ce soir ? » Demanda-t-il.

Je me mordis la lèvre, hésitante.

Ce soir, j'avais surtout prévu de m'installer confortablement dans mon lit et de discuter avec Lord_Pemberley. Cela faisait trois jours que je ne m'étais pas connectée, et ça me manquait.

Ah, j'avais bien l'air ridicule, alors que j'avais passé mon temps à critiquer ce forum de doctorants, au début.

« Ce soir, je ne peux pas. On remet ça ? » Lâchai-je simplement.

Alex eut l'air déçu, mais me sourit quand même.

Ça devenait grave si je me privais d'une sortie avec un mec qui me plaisait, juste pour discuter avec un total inconnu dans un monde virtuel.

Mais Alex me plaisait-il vraiment ? Je le trouvais beau, certes. Amusant, et j'aimais beaucoup sa compagnie. Mais c'était tout.

Tu sais, Alexandre est très sympathique, mais c'est un grand fêtard qui manque parfois de sérieux.

Les mots de Darcy, alors que nous partagions un repas, me revinrent à la figure comme une claque. Cela m'agaça. Je m'en moquais, de son avis sur la question et de sa mise en garde ridicule. Si j'avais envie de flirter avec un mec qui alignait les filles, où était le problème ?

Le problème était dans le fait qu'Alexandre avait beau être charmant à tous points de vue, il ne me faisait pas ressentir le quart du trouble que son sombre cousin éveillait en moi. Cela m'embêtait profondément, mais c'était une réalité.

Je ne ressentais absolument rien de physique pour lui.

Ce qui m'amena à la triste illumination qu'en revanche, tout mon corps réagissait à la présence de Darcy. De quoi me donner la nausée. Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez moi ? Enfin, cela ne signifiait rien en soi. Et c'était probablement dû à la force des sentiments négatifs que j'éprouvais pour lui, ni plus ni moins.

« Tu vas à la soirée restaurant dans trois semaines ? »

L'association de doctorants avait réservé un restaurant pour la prochaine soirée, début février.

Je haussai les épaules.

« Je n'ai pas encore répondu. Et toi ?

- Je pense, je trouve qu'ils se débrouillent très bien niveau ambiance.

- J'ai l'impression qu'il ne faut pas te proposer deux fois une fête, à toi. » Souris-je.

Il haussa les épaules.

« Si on ne fait pas la fête maintenant qu'on est étudiants, on ne la fera jamais. Il faut profiter. Et puis, cette association se creuse la tête pour nous proposer des animations sympa et un bon forum. »

Je me mordillai la lèvre, alors que la possibilité qu'Alexandre soit Lord_Pemberley m'effleurait. Ce n'était pas la première fois. Mais bon, combien de chances y avait-il que ce soit le cas ?

« Tu es sur ce forum ? Demandai-je innocemment.

- Pas toi ? Je le trouve génial. J'ai rencontré une bonne dizaine de personnes grâce à leur chat. » Fit-il en m'adressant un clin d'œil.

Je me sentis rougir légèrement.

« C'est vrai que l'idée est bonne. »

Lord_Pemberley, qu'il s'agisse d'Alex ou non, avait-il une dizaine de contacts ? C'est vrai que je ne l'avais jamais imaginé, supposant bêtement que, comme moi, il ne discutait qu'avec une seule personne. Mais pourquoi, après tout ? Je l'avais connu dans le cadre d'une conversation groupée, et si pour ma part je n'avais pas eu particulièrement envie de retenter l'expérience, rien ne m'assurait que c'était le cas de Lord. L'idée me mina le moral.

Et dire que dans mon délire fleur bleue, je commençais à refuser des invitations à sortir juste pour discuter avec un inconnu.

« Alex ? A défaut de ce soir, ça t'irait un café vendredi ?

oOo

« Qu'est-ce que tu penses de ce forum ? »

L'idée m'avait tellement taraudée dans l'après-midi, que quand Lord s'était connecté, je n'avais pas pu m'empêcher de lui poser quelques questions.

« Drôle de question Ellie. Je le trouve très bien. Il permet de faire de belles rencontres ) »

Tiens, un smiley qui ponctuait sa conversation. C'était assez rare.

Mais ça ne m'avançait pas beaucoup.

« Nombreuses ?

- Tu es en train de me demander si quand je discute avec toi, j'ai cinq ou six autres chatbox ouvertes à côté ? »

Je sentis mes joues s'enflammer heureusement qu'il ne pouvait pas me voir. La honte. Il allait finir par penser que je lui faisais une crise de jalousie. Que répondre pour éviter ce désastre ?

« Mais non, pas du tout. Je me posais la question comme ça. J'ai vu qu'on est plus de cinq cents inscrits, ça a du succès. »

Je n'avais pas trouvé mieux. Fort heureusement, on ne bafouille pas, par écrit. Mais à l'oral, ça aurait été le cas à coup sûr.

« Alors, tu es une des administratrices réseau et tu mènes ton enquête ? »

Cela me fit sourire.

« Cette fois, c'est toi qui essaies de découvrir qui je suis !

- Peut-être que tu n'es pas la seule à être curieuse.

- Tu as déjà envisagé que peut-être, on se connait ?

- Ça parait peu probable, compte tenu du nombre de doctorants dans notre université.

- Je me suis dit la même chose.

- Je suppose qu'on le découvrira un jour. »

Je me mordillai la lèvre, le cœur battant plus fort.

« Tu as l'intention de m'inviter à prendre un café ?

- C'est ce que tu souhaiterais que je fasse ? »

Je soufflai, agacée. Il avait le don de me retourner chaque question pour ne pas y répondre.

« Ce n'est pas ce que j'ai dit. Honnêtement, je ne sais même pas si j'accepterais. »

Et toc.

« Ça serait étrange, je le conçois.

- Avec tous les échanges qu'on a eus, j'ai l'impression que tu en sais plus sur moi que ma propre mère.

- Mère dont j'ai par ailleurs beaucoup entendu parler.

- Dis-le, si je t'ennuie.

- Absolument pas. Et puis, je n'ai pas été moins loquace.

- J'apprécie de discuter avec toi. Mais peut-être qu'on s'en est déjà trop dit pour oser se rencontrer un jour. »

La réponse de Lord tarda un peu, et je relus plusieurs fois notre conversation, cherchant si j'avais pu dire quelque chose de nature à le mettre mal à l'aise.

« Tu sais qu'un jour, on passera notre thèse et qu'on n'aura plus accès à ce forum ?

- Tu penseras à me saluer, le jour où ça t'arrivera ? Si tu es le premier à y passer, du moins.

- Je t'aurai proposé de me rencontrer avant ce moment, Ellie. »

Mon cœur fit un looping dans ma poitrine.

Alors ça y était. Même si on était loin d'avoir une date prévue, même si il parlait de quelque chose qui pouvait aussi bien avoir lieu dans un mois que dans quatre ans, il avait confirmé qu'un jour, la possibilité de se voir serait mise sur la table.

Et plutôt que d'être seulement anxieuse à cette idée, je me sentis soudain pressée que ça arrive.

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Portez-vous bien, et n'oubliez pas de vous saluer avec les pieds plutôt qu'avec les mains :p ! Et à très bientôt :)