Bonjour bonjour !

Comme promis je reviens ce soir avec un nouveau chapitre - la suite de la soirée resto, mais du point de vue de Will. Histoire de voir où il en est...

Jane : Ah c'est du corsé avec Lizzie, ça pétille en permanence - de quoi en fatiguer plus d'un, mais heureusement, certains sont endurants...

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Chapter 10 : Sain(t) esprit

Jeudi 7 février, suite

POV Will

Faire semblant de m'intéresser à une conversation tout en écoutant une autre était un exercice auquel je m'étais rarement soumis, et qui m'apparaissait difficile. Pourtant, je ne me voyais pas faire autrement. Les bavardages de Caroline ne me passionnaient guère, et si son frère n'était pas présent pour lui répondre, sa discussion ressemblerait plus à un monologue. Je voyais bien que cela l'ennuyait, que je ne lui réponde pas.

Si seulement ça pouvait l'ennuyer assez pour qu'elle me lâche.

Caroline m'agaçait en permanence, mais ce soir, elle se surpassait. Au point que je m'étais décidé à avoir une conversation avec Charlie, dans les jours à venir. Il fallait que je lui dise que la prochaine fois qu'il amènerait sa sœur à une soirée doctorants, je ne viendrais pas. Je savais que ça allait le mettre dans une situation délicate, et même l'attrister, mais je ne supportais plus le comportement de Caroline.

D'autant que non seulement elle me collait de si près que ça tendait au harcèlement, mais en plus, elle se montrait extrêmement désagréable envers Elizabeth.

Ce soir, elle avait commencé dès le moment où Lizzie et Alex avaient franchi la porte du restaurant.

« Tiens, il semblerait que ces deux-là passent de plus en plus de temps ensemble. On va avoir un nouveau couple avant la fin de l'année. »

Je n'avais rien répondu, mais m'étais renfrogné. Caroline avait parfaitement remarqué mon attirance envers Elizabeth, je le savais. Elle pouvait être extrêmement horripilante, mais elle n'était pas tout à fait idiote, et encore moins aveugle. Et depuis que cela lui avait sauté aux yeux, elle passait son temps à essayer de me décourager. Soit en critiquant ouvertement Elizabeth, soit en sous-entendant que cette dernière avait d'autres personnes en vue.

Et j'avais beau savoir qu'Alexandre et elle étaient de simples amis – il ne s'en cachait pas –, je ne pouvais m'empêcher de me sentir jaloux de les voir si bien ensemble.

Et d'ailleurs, à peine avaient-il franchi la porte du restaurant, qu'ils s'étaient d'abord arrêtés auprès d'amis de Lizzie, qu'Alex avait salués et avec lesquels il plaisantait comme s'il les connaissait depuis toujours.

J'aurais aimé avoir son aisance avec les gens.

Puis Caroline avait repris ses critiques.

« C'est bien ce que je pensais. Vous ne trouvez pas qu'elle s'est empâtée ? Je trouvais déjà qu'elle avait pris… Des formes, après le réveillon. »

J'avais serré les dents. Heureusement, Jane était alors aux toilettes, et n'avait pas eu à assister à ça. Charlie avait relevé les yeux du menu, et les avait posés sur Lizzie avec sa bonne humeur habituelle.

« Je ne trouve pas du tout, non. Tu exagères, Caro.

- Tu ne remarquerais rien même si Jane se coupait les cheveux du jour au lendemain. » Avait sifflé sa sœur. « Will, je suis certaine que cela n'aura pas échappé à ton œil avisé. »

Honnêtement, je ne comprenais même pas où elle voulait en venir. Espérait-elle vraiment me détourner de Lizzie avec ce genre de piques tout à fait infondées ?

« Mon œil avisé n'a rien remarqué non plus. Si tu as raison, j'imagine que c'est qu'Elizabeth était trop mince avant, alors. Parce qu'aujourd'hui, je la trouve parfaite. »

J'avais répondu cela d'un ton froid, sans hésitation. Peu m'importait le sourire goguenard de Charlie, qui était ravi de noter un indice de plus indiquant que j'étais fortement attiré par Elizabeth. Il semblait bien être le seul à ne l'avoir pas complètement compris, de toutes façons. Peu m'importait aussi l'air déconfit de Caro.

Ce qui m'importait plus, c'était ce qui allait venir. Pour la première fois, Lizzie passerait cette soirée dans notre groupe. Merci Alex. Effectivement, à chacune des autres soirées auxquelles nous nous étions croisés, elle était restée avec ses potes à elle. Mais ce soir, je savais qu'Alex l'avait convaincue de se joindre à nous.

A la moue qui déforma très brièvement ses lèvres quand elle avisa Caroline, j'avais compris qu'elle ignorait que celle-ci serait présente. Un instant, j'avais craint qu'elle ne soit également déçue de m'y trouver... Mais son regard ne laissa rien transparaître.

Et après tout, nos relations s'étaient considérablement améliorées. Au point qu'elle m'avait dépanné sans l'ombre d'une hésitation à la première occasion. Et si j'en avais été gêné sur l'instant – à choisir, j'aurais préféré être le sauveur –, j'en avais aussi été ravi.

Probablement n'en aurait-elle pas fait autant quelques mois auparavant.

Lizzie s'était installée à notre table, et depuis, je n'avais pas vraiment eu l'occasion d'engager la conversation avec elle… A part au moment de notre joute verbale autour de mon fameux coup de la panne.

J'avais aimé cette joute. Son regard chargé de défi, la passion qui animait ses traits et colorait ses joues.

Je serais capable de passer des heures à la défier ainsi. Mais par égard par Caro – ou avait-elle d'autres raisons moins avouables ? – elle avait mis fin à cette joute, et s'était tournée vers Alex.

Et depuis dix minutes, c'était avec son voisin de gauche qu'elle discutait. Ou plutôt, qu'elle hochait la tête poliment en réponse au monologue qu'il lui faisait.

Et moi, depuis dix minutes, je gardai les yeux rivés sur Charlie ou Jane, mais tendais l'oreille vers leur conversation.

Lizzie avait initié la discussion en lui demandant s'il pouvait lui passer la poivrière. Et je supposais qu'elle regrettait fortement de ne pas me l'avoir demandée à Charlie ou moi, car depuis, son voisin, un certain Colin, ne lui lâchait plus la jambe.

« J'étudie l'unité liturgique et théologique du don de l'onction-baptême-eucharistie en me basant principalement sur les Actes de l'apôtre Thomas. Vois-tu, l'apôtre Thomas… »

Depuis que le dénommé Colin s'était lancé dans sa diatribe, je pouvais observer le visage d'Elizabeth se décomposer petit à petit. Le spectacle avait quelque chose d'amusant. Régulièrement, Lizzie lançait un regard perplexe à Alex. Je ne pouvais pas me tourner vers lui pour noter sa réaction, puisque je faisais semblant d'être absorbé dans une discussion avec Charlie, Jane et Caroline, mais j'imaginais sans peine que le visage de mon cousin reflétait la perplexité – voire la détresse – de Lizzie.

« Je démontrerai donc ainsi comment nous sommes passé d'une perspective christologique à une conception pneumatologique…

- Pneumatologique ? » Intervint Lizzie, de plus en plus perdue.

Je haussai un sourcil. Voulait-elle vraiment savoir ?

« Oui, dans ce cas plus précisément, je me réfère à l'étude du Saint-Esprit et de ses œuvres, et…

- Oh, ok, merci, c'est plus clair. »

Son air à la fois dubitatif et vaguement moqueur me fit sourire.

« Je serai ravi d'approfondir ce sujet avec toi, et…

- Oh non, vraiment, merci, je pense en rester là.

- Tu ne t'intéresses pas aux œuvres du Seigneur ?

- Pas le moins du monde. »

Cette réplique lâchée d'un ton cordial mais très froid sembla doucher Colin… L'espace d'une ou deux secondes au maximum, avant qu'il ne reprenne son discours passionné.

« Il est vrai que l'étude de Ses œuvres est d'une complexité et d'une finesse qui peut de prime abord décourager tout un chacun, mais…

- Écoute… Colin, tu m'es fort sympathique, mais pour résumer la situation tu es en train de parler religion avec une athée. Et crois-bien que je suis le genre d'athée indécrottable qui aurait carrément un problème à régler avec l'Église.

- Justement, laisse-moi te convaincre de t'ouvrir à…

- Je n'ai nul besoin de m'ouvrir à quoi que ce soit. Merci pour le poivre, au fait.

- Et pourtant il se trouve qu'on me désigne souvent comme un parfait guide, guide spirituel s'entend, pour amener…

- C'est fort aimable mais j'aime autant décliner ton offre. »

A côté de moi, Alex ne cachait même plus son hilarité, et je ne pus m'empêcher de tourner la tête vers lui, puis vers Colin, qui ne semblait absolument pas se rendre compte qu'Elizabeth était à deux doigts d'exploser.

Je croisai les bras sur ma poitrine, et me mis à les observer directement, un sourire en coin naissant sur mes lèvres.

« Eh bien, on dirait que Lizzie a fait une touche, commenta Caroline en suivant mon regard.

- Dommage que, comme tu l'as si bien fait remarquer, elle soit déjà prise par Alex, répliquai-je sèchement.

- Cela ne fait que montrer qu'elle est du genre à flirter avec tout ce qui lui accorde un tant soit peu d'intérêt. »

Je ne répliquai rien, mais ma mâchoire se contracta à ces mots.

« Je peux t'assurer, Caroline, que ma sœur est à l'opposé du portrait que tu viens d'en tirer. » Intervint sèchement Jane.

Désormais, totalement inconsciente de la pique de Caroline, Lizzie s'était lancée dans un débat animé.

« Donc vraiment, tu ne veux pas admettre que l'Homme descend du singe ? Sérieusement ? Au vingt-et-unième siècle ?

- Tu me sembles, malgré ton manque de connaissances, être une personne relativement intelligente…

- Tu me flattes. Vraiment.

- … Peut-être assez intelligente pour reconnaître que tu ne saurais étayer cette thèse d'arguments solides, quand il est si évident de reconnaître la grandeur du travail de notre Seigneur.

- Et c'est toi qui me parle d'arguments ? L'étude des ossements, de l'ADN, tout ça, ça te parle ? Quels sont les tiens face aux preuves scientifiques ? Fit Lizzie d'une voix plutôt amusée.

- Ce que tu appelles preuves scientifiques ne sont que des affirmations faites par des hommes qui n'avaient pas l'ouverture et l'intelligence nécessaire pour admettre ce qu'ils ne savaient expliquer, à savoir…

- La grandeur du travail de ton Seigneur ? Répliqua-t-elle d'un ton moqueur.

- Du nôtre. Même si tu ne crois pas en Lui, Lui croit en toi.

- C'est émouvant. Et donc, la Terre est le centre de l'Univers, et le Soleil tourne autour ?

- Ces considérations n'ont aucune importance, au fond.

- Bien, Colin. Alors laisse-moi juste t'en rapporter une qui pourrait te servir. »

Colin la lorgna de son air satisfait alors qu'elle se penchait vers lui et le fixait droit dans les yeux.

« Sache que la Terre n'est pas plate, et que quand bien même tu parviendrais à atteindre une extrémité, ce qui est assurément impossible bien que je ne l'aie pas vérifié par moi-même… Eh bien, tu pourrais toujours te pencher ou sauter sans risquer de tomber en Enfer. Je te l'assure. »

Sur ce, elle lui fit un sourire appuyé et s'éloigna de lui pour refaire face à Alex.

Cependant, son voisin de table n'avait visiblement pas l'intention de s'en tenir là.

« J'apprécie la façon dont tu défends tes opinions, et je serais ravi que nous poursuivions cette discussion autour d'un verre, un jour… Peut-être pourrais-tu me donner ton numéro ? »

Dans le même temps, Colin passa son bras sur le dossier de la chaise et effleura l'épaule de Lizzie, qui se raidit sans quitter Alex des yeux.

Son regard, auparavant encore amusé, vira au noir alors que la colère faisait flamber ses yeux. Une colère froide qui me fit lever les sourcils.

La dernière fois que j'avais vu ce regard… Ma foi, cela datait du soir de notre rencontre. Quand elle avait surpris ma conversation avec Charlie.

« La vache, ce mec fait fort. » Murmura Alex. « Même toi, Will, tu n'arrives pas à énerver autant Lizzie.

- Tu m'en voix vexé. » Ironisai-je à voix basse sans lâcher celle-ci des yeux.

Lizzie tourna lentement le visage vers son voisin, et celui-ci eut enfin l'intelligence de perdre un peu de sa superbe en croisant son regard.

« Ok, alors, ce fut… Distrayant d'échanger avec toi, Colin… Mais primo non, merci, je ne tiens pas à réitérer l'effort. Et deuzio, je te conseille de retirer ton bras immédiatement, ou je te l'arrache pour t'assommer avec. »

Ma mâchoire s'en décrocha presque.

Aussi lourd fut-il, face au ton glacial, le dénommé Colin se renfrogna d'un coup et retira son bras, avant d'éloigner sa chaise et de reporter son attention sur la personne assise en face de lui, délaissant définitivement Lizzie.

« Wow. » Souffla Alex quand Lizzie se tourna de nouveau vers lui. « Tu es effrayante, quand tu veux.

- Tu l'ignorais ? J'aurais juré que ton cousin t'en avait parlé. »

Je tressaillis alors qu'elle m'impliquait dans la conversation – probablement parce qu'elle avait bien remarqué que je la suivais avec intérêt. Son regard, chargé de défi, affrontait le mien… Et ça me plaisait.

« Tu ne m'as jamais effrayé, Elizabeth.

- Cela me soulage d'un poids. Lâcha-t-elle d'un ton neutre.

- J'en suis fort aise. S'il y a d'autres points sur lesquels je peux t'apporter du réconfort, surtout n'hésite pas. »

Toute trace de défi déserta ses yeux, alors qu'elle me considérait soudain avec…

Curiosité.

Oui, cela ressemblait bien à de la curiosité. Et mon regard soutint le sien alors qu'elle semblait essayer de lire en moi.

Finalement, elle me sourit, et mon cœur loupa un battement.

« C'est très aimable de ta part. Je n'y manquerai pas. »

Elle reporta son attention sur un point au loin, derrière Alex, et s'étira avant de se lever.

« Je vais faire un tour. » Lança-t-elle.

Son voisin, le dénommé Colin, leva la tête brusquement, mais elle le stoppa net d'un regard noir.

« Seule. » Ajouta-t-elle d'une voix dure.

Alex ricana, et la regarda faire le tour de la table. Frustré, j'en fis autant.

Cependant , elle fut interrompue par un étudiant, appareil photo autour du cou, qui l'arrêta.

« Attends ! Je suis en train de faire des photos de groupe de la soirée. Tu veux bien rejoindre ta tablée juste une minute ? »

Un sourire en coin sur les lèvres, Lizzie s'exécuta de bonne grâce et vint se placer entre Alex et moi. Tout notre groupe se tourna vers le photographe en herbe et, mal à l'aise, je me raidis bien malgré moi.

Je sursautai en sentant le bras d'Elizabeth se poser sur mes épaules, et tournai la tête vers elle.

« Un problème, William ? Tu es tellement droit que même assis tu réussirais presque à me dépasser.

- Est-ce vraiment parce que je suis raide, ou bien parce que tu es très petite ? » Ironisai-je.

Elle plissa les yeux, et sembla se retenir de me tirer la langue.

« Laisse, j'ai trouvé, c'est ton ego qui nous dépasse tous de trois têtes.

- Je n'ai jamais été à l'aise avec les photos. » Admis-je à contrecœur.

Elle me fit un sourire léger et se retourna vers le photographe.

« Pense à autre chose. Tiens, à tes pneus… Ça te détendra. »

Sa pointe d'humour me fit lâcher un rire bref, et sans que je ne m'en rende compte, je me laissai aller. Quand l'étudiant nous prévint qu'il avait pris sa photo, Elizabeth retira son bras et s'éloigna vers la sortie.

Je jurerais que finalement, je n'avais eu aucun mal à sourire.

Le bruit qui régnait dans la salle me revint d'un coup aux oreilles, alors que des serveurs venaient demander si certains d'entre nous souhaitions un deuxième café ou thé. Je déclinai poliment, ennuyé par la présence de Caroline et l'absence de Lizzie. L'envie me brûlait d'aller la rejoindre, mais je doutais que ce soit une bonne idée.

Je jetai un bref regard à l'avorton qui lui avait tenu la jambe en fin de soirée – Colin –, et me remémorai comme elle l'avait envoyé bouler quand il s'était montré trop collant.

Non, assurément, la rejoindre alors qu'elle avait clairement précisé son souhait d'être seule était une très mauvaise idée.

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Fin de la session restau au prochain chapitre ; certes, cette simple soirée aura débordé sur 3 chapitres... Mais elle marque un changement de relation entre nos deux protagonistes, vous ne trouvez pas ?

A bientôt !