Voilà mieux que le chapitre 1, le 2. Sincèrement, je trouvais le 1 vraiment mauvais par rapport à celui-ci.x)

L'œuvre qu'est Criminal Minds/ Esprits Criminels, ne m'appartient en aucun cas, ma fiction a été créée dans le but de se divertir, je n'en tire pas de revenus.

Bonne lecture,

Dream-E


Amaryllis, 2005, Belgique


- Voilà ma grande, ce n'est pas grande chose, mais c'est en attendant. C'était la chambre de mon fils. Mais il est grand maintenant alors...

- Merci Mme Vanbruiken. C'est vraiment très gentil de faire ça pour moi.

- Mais non... C'est normal, le temps qu'on décide de t'envoyer quelque part ou de t'émanciper. Ça prend du temps ce genre de chose, au final tu seras majeure et pourras faire

ce que tu souhaites, enfin bon, je ne suis pas juge. Je vais te laisser installer tes affaires. Et n'oublie pas que si tu veux parler... Je suis là, en tant que flic ou femme. Tu peux

m'appeler Claire.

- Merci.

L'inspectrice me laisse seule dans la pièce. Elle n'a peut-être pas eu le courage de la vider, les affaires d'un adolescent jonchent toujours ici et là. La seule chose neuve est le lit, il a bien été changé pour moi. Je dépose un sac orange, délavé par le temps et les lavages, sur le bureau. Les policiers ont ramenés les choses importantes à ma vie quotidienne ainsi que quelques objets que je leur avais demandé, rien de bien personnel. Je le dépose ma trousse de toilette sur une étagère vide, ainsi que mon portable. Je me mets en quête d'une prise électrique. Je n'ai plus de batterie, évidemment, j'ai passé la soirée à regarder des films. Je vais regarder combien il y a de wifi ici... Vingt-deux, nous sommes dans un appartement. Je devrais en capter plus. Ce n'est même pas amusant, au moins, ils sont tous protégés. Je demanderai à Mme Vanbruiken son mot de passe, pour la forme. Si je lui dis que j'ai piraté son wifi, je doute qu'elle soit aussi aimable. Hormis ce petit détail inutile, la maison semble acceptable. Je n'ai pas d'objets tranchants à disposition, c'est peu pratique, si l'événement de jeudi soir se reproduit... Les chances sont minces, le tueur ne voulait pas me tuer spécialement, c'était un hasard... Ce serait stupide, je n'ai rien de spécial. Je ne pense pas avoir craqué quelque chose en rapport avec des mafieux... J'ai bidouillé un truc russe une fois, mais c'était un petit commerce en ligne, il me fallait une jupe, j'étais pauvre. En plus ils arnaquaient les gens avec des prix surélevés, cela n'a pas été une grosse perte. Ce wifi... Je n'ai plus qu'à taper le bon code. Je suis un génie. Je soupire, referme délicatement la porte de la chambre, descends jusqu'au salon.

- Madame Vanbruiken ?

- Oh Amaryllis ! Tu es là ! Tu as faim ? J'ai préparé un pot-au-feu ce matin, il doit être prêt. J'espère que ça te plaira, je ne connais pas tes goûts.

- Oh... C'est gentil...

- Allez, viens.

Je déteste le pot-au-feu, mais elle est bourrée de bonnes intentions, et cela me briserait le cœur de lui dire. Ce n'est que provisoire, après tout. Mon avenir est aussi incertain que la chose qui se trouve dans mon assiette.

- C'est très bon... Claire.

- Vraiment ? S'émerveille la dame. Je ne cuisine pas souvent avec mon travail. Alors je ne suis pas sûre du goût...

- Je trouve ça pas mal pour un début.

- Tu t'es bien installée ? Ma maison n'est pas luxueuse, je le sais... Tu commences à prendre tes marques ?

- C'est parfait. Je vous assure. Je voulais vous demander... Connaissez-vous le code de votre wifi ? Est-ce que cela vous dérangerait de me le donner ?

- Oh mais pas du tout ! Je l'ai noté quelque part, je te le donnerai après le dîner. Si tu savais. Au début je ne l'avais pas sécurisé. Et c'est George un jour qui me l'a fait

remarqué.

- George ?

- Notre informaticien, un type très amical, il m'avait proposé de le sécuriser, aussi inviolable que la base de donnée de notre commissariat !

- Quoi ? M'étouffais-je avec mon verre d'eau. Vous voulez dire que c'est lui qui protège les données de la police ?

- Oui...

- Mais il est incapable ! J'ai piraté ce wifi en moins d'une minute. Je ne vous dis pas la police, qu'il rentre chez lui. Je veux dire... Je commence mal.

- Ça t'arrive souvent de faire ça ?

- En fait... Oui. Mais je n'en fais jamais rien. C'est plus pour m'amuser. Je n'allais pas utiliser de votre wifi sans votre permission.

Je jette un bref coup d'œil à la femme, m'attendant à des remontrances.

- Tu es amusante, je ne vais pas t'arrêter pour ça voyons ! Quoi que, je doute que tu puisses vraiment pénétrer dans notre système.

- On fait un marché ?

- Qu'as-tu à proposer ?

- Vous m'emmenez voir ce George si j'y arrive.

- D'accord.

Il ne m'avait pas fallu longtemps pour accéder aux informations concernant les différents criminels de la police, si l'on était plus avancé, on pouvait même accéder la base de donnée nationale. C'en était affligeant. Je revois la tête de l'inspectrice pâlir devant mon œuvre, son dos se courbant à chaque nouvelle explication que je lui donnais. Je soupire, mi-amusée, attrape la bouteille d'eau sur la table de nuit. Les yeux rivés sur l'écran, je passe en revue les différents crimes semblables aux miens et ayant été commis en Belgique. Je me suis aperçue qu'il y en avait partout à travers l'Europe. Il n'y a pas de parcours particulier, les dates entre les meurtres sont très variées. Je ne pense même pas qu'il y a un seul tueur. Je viserais plus une organisation. J'ai commencé à écarter certaines affaires, quand je me suis aperçue d'une chose. La victimologie ne semble pas avoir beaucoup de sens, à moins de s'en approcher. Je ne trouve pas de réels choses qui lient, c'est toujours un jeune et son entourage, il a entre douze et vingt ans, sexe confondu. C'est comme si les autres personnes, les familles, étaient mortes pour "faire joli". Je n'ai pas osé en parler à Claire. Je ne suis pas sûre de vouloir déterrer de vieilles affaires. Je vais être forcée de chercher des informations complémentaires sur les adolescents, seule. Pourquoi vouloir les tuer ? Et qui le voudrait ? Je recherche des informations sur Cassy Dehust, la dernière victime, avant moi. C'est une petite parisienne, elle a remporté le concours de calcul mental de France, pas mal. Elle a un blog, ça concerne des énigmes... Je sens que je vais adorer. Alors... Cette fille était un génie des mathématiques ! C'est incroyable. Malheureusement je n'ai rien d'autre... Mike Miller. C'est un tout autre bonhomme. Il a déjà commis un vol à l'âge de treize ans, on a retrouvé des preuves l'accusant de plusieurs autres délits. C'était un délinquant, il était très intelligent. Ce serait ça le critère pour les tuer ? L'intelligence ? Je ne suis pas comme eux, ça n'a pas de sens. Je devrais tenter de dormir, j'ai mon entretien avec Georges demain.

Mais si les assassinats n'était pas qu'en Europe ?


Mon regard croise celui bleuté de l'informaticien. C'est lui, j'en suis sûre. Son t-shirt est froissé dans le dos, les plis proviennent avec certitude d'un allez-retour de son buste entre son bureau et le dossier de sa chaise. Le bout de ses doigts est aplatis, à force de pianoter les touches du clavier, et il a une petite bouteille pharmaceutique dans la poche de sa veste, sûrement des gouttes ophtalmologiques. Il vient seulement de remarquer que la secrétaire lui a subtilisé un Bic de son pot à crayons, il va le chercher en se maudissant d'être distrait. Ah, encore un peu de temps libre. Son porte-clés est composé d'un petit bracelet mauve délavé, cela de sa fille ou sa sœur peut-être. Quoi que je viserais plus sa fille. Il y a aussi une photo, je ne vois pas exactement ce que c'est. Il ne porte pas d'alliance, il n'est donc pas marié, ce qui ne l'empêche pas d'avoir une conjointe. Un policier semble avoir dit quelque chose de très amusant, le petit groupe ne rit à gorges déployées. Je vais aller casser l'ambiance, apparemment. Je suis gentiment Claire, celle-ci saluant ses associés.

- Bonjour Georges !

- Ah Claire ! Comment allez-vous ?

- Très bien merci. Je dois te présenter quelqu'un... Voici Amaryllis Delaunay. Je travaille en moment sur... Son affaire. Je l'accueille le temps que le juge décide de son sort.

- Oui, Delaunay, je vois. Pourquoi vouliez-vous me la présenter. Je veux dire, en personne ?

- Et bien... Commence la vieille femme.

- Nous avons fait un marché, et elle a perdu. Elle ne me croyait pas capable de craquer les données confidentielles de la police. C'était aussi simple que son wifi, soit dit en passant.

L'homme éclate de rire, suivi de ses collègues. Je me contente de les regarder, sans laisser paraître une seule émotion.

- Ah... Ma petite ! Tente-t-il de dire. Comment une gamine comme toi pourrait le faire ? Je ne crois pas que tu sois idiote. Mais, je sais ce que je fais.

- Oh oui vous le savez. Vous êtes simplement nul. Croyez-moi que je ne trouve aucune joie à partager un peu de mon expérience mais c'est de mon pays dont on parle. Je ne peux pas laisser un parfait idiot croire que sa protection est parfaite, alors que j'aurais pu m'occuper de ça en primaire. Poussez-vous de cet écran. Je vais vous montrer. Au fur et à mesure que je pianote, les rires des policiers diminuent. Ils ne laissent qu'un silence de mort, comme pétrifié sur leurs chaises. Ils sont rivés sur l'écran. J'appuie su la touche, closant définitivement le clapet de ce pseudo technicien.

- C'est clair comme ça ? Demandais-je.

- Heu... Bah... Je crois.

- Enfin. Et bien on peut dire que vous êtes lents.

- Et les gars ! Vous savez combien ça fait 14 692 et 69 371 ?

- 84 063. Répondais-je du tac au tac.

- Eh ? Mais t'es qui toi ?

Je me retourne vers la voix, c'est un réflexe chez moi, de calculer ce que l'on me donne. L'homme vient d'arriver avec une pile de dossier, me regarde avec un air ahuri, accompagné par toute la joyeuse compagnie autour de moi.

- Je suis Amaryllis, c'est madame Vanbruiken qui m'accueille, vous devez en avoir entendu parler. On a tué ma famille. Et à qui ai-je l'honneur ?

- Heu... Je suis Quentin Ghul.

- C'est vous qui avez enquêté sur l'affaire d'Angelina Ophells, je me trompe ?

- C'est exact... Comment le sais-tu ?

- J'ai infiltré votre base de données, hier, c'est une longue histoire. Je pourrais vous demander quelque chose ?

- Tu as... Oui bien sûr. Quoi que je doute quant ce que cela va t'apporter...

- J'ai appris à Georges comment faire pour éviter ce genre d'incidents, ne vous inquiétez pas. Où pouvons-nous aller ?

- Suis moi.

Génial. Un petit cagibi.

- Sache juste avant de poser tes questions que cette affaire était très bizarre. Et pas que parce le type s'est tué, tout sonnait faux. D'ailleurs je n'ai jamais compris pourquoi ils étaient morts. Mais je me suis juré de trouver le fin mot de l'histoire dans mes vieilles années, cela fait déjà si longtemps...

- Je vais peut-être vous aider. Seulement… Il va falloir sortir d'ici pour que je vous explique. Il va me falloir un tableau, même plusieurs.

- Toi ma petite tu serais une bonne flic !

Je souris, hoche la tête. Nous sortons donc du cagibi, saluons le groupe de singes, pour arriver dans la pièce principale de recherche. Plusieurs personne se parlent ou sont fourrées dans des dossiers. Je n'ai jamais été à l'aise avec le monde... Allez, ils ne sont pas si nombreux. Je longe le mur, arrive face à deux tableaux blancs. Je m'empare d'un marqueur, ouvre la bouche...

- Tout le monde, voici Amaryllis ! Ne faites pas attention à nous ! Bon travail ! Crie bien fort le policier.

J'esquisse un bref sourire de gêne, revenant vite à mon explication. Je trace un grand rond.

- Ça, c'est la Belgique. Et les autres petits cercles sont les victimes. J'ai commencé à faire d'abord une recherche sur tous les incidents y ressemblant. J'ai alors fait une recherche sur toutes les victimes, ce qui m'a permis d'en éliminer un bon nombre. Je suis restée avec quatre meurtres. Le point commun de ceux-ci est très simple. Il y a un ou une jeune. Lors de mes recherches j'ai remarqué que la raison de leur assassinat pourrait être leurs capacités intellectuelles. Ils avaient tous des qualités mentales incroyables. Vous me suivez ?

- Oui... Mais que représentent les lettres ?

- Le nom des victimes. Angelina Ophells, Ina Franjhish, Jan Debruin, et... Moi. Amaryllis Delaunay.

- Mais... Tu as du passer un temps fous pour trouver ça !

- Je lis vite... Bref, c'est peu important. Comme vous pouvez l'imaginer, les meurtres sont liés. Mon problème est que ça ne s'est pas effectué qu'en Belgique.

- Que veux-tu dire ?

- Il y a eu des victimes partout en Europe. En France, en Allemagne, En Italie, partout ! J'ai lancé une recherche ce matin. Je ne pense que ce soit centré simplement sur l'Europe.

- Tu voudrais dire que quelqu'un provoque ces meurtres... Dans le monde entier ?

- Oui. J'ai recensé en tout, quatre-vingt-neuf jeunes tués.

L'homme ne pipe pas un mot, il observe attentivement mon schéma des victimes, étalé sur les deux tableaux.

- La question est, pourquoi les a-t-il tué ? Ai-je dit.

- C'est simple. Pour leur intellect. Répond une voix derrière nous.

- Ce n'est pas aussi idiot. Sinon je l'aurais déjà vu.

- Alors qu'est-ce que c'est ?

- Je ne sais pas... Qu'est-ce qui a provoqué leur meurtre ?

Je n'arrive pas à comprendre. La plupart des policiers présents s'étaient rassemblés près de Ghul et moi. Je soupire, réfléchissant à plusieurs hypothèses, que j'efface à chaque fois.

L'homme de la bibliothèque. Si c'était ça, le lien ? J'aperçois un bleu entrer dans la pièce, rien d'important. Je m'encombre toujours de détails inutiles. Donc... En effet ce serait probable. Mais quel genre d'homme cela pourrait-il être ? Quelle chose le pousse dans cette quête qu'il a engagé ? Est-ce une association ? Une seconde. Le bleu, il n'était pas…

- Ne bougez plus ou je la bute ! S'écrie le jeune homme.

Il m'aggripe l'épaule droite, laissant ma main gauche libre. Il me tire vers la porte de secours, tire une fois au plafond, pour prouver qu'il est sérieux. Plusieurs personnes déboulent dans la pièce, alarmées. Je les reconnais... Les agents de l'hôpital ! Alors ils sont ici ? Le pauvre bougre qui me tient est complètement perturbé. J'ai déjà vu sa tête ! Ou ça ? Ma vieille creuse toi le cerveau ! Oui ! C'est Hugo... Je ne sais plus son nom. J'avais vu son dossier dans un cours de psychologie que j'avais... subtilisé. Il avait été, à plusieurs reprises, maltraité pas son père. Sa mère s'est pendue devant ses yeux. Son père l'a violé avec son frère, qui s'en tiré une balle dans la tête. À cause de sa mauvaise conduite, la police ne l'a pas cru. Son père est toujours en liberté, lui a été placé en famille d'accueil. Je comprends un peu ce qu'il ressent.

- Hugo ? Je peux vous appeler Hugo ? Ai-je commencé.

- Comment tu me connais ! T'es avec ces connards de flics !

- Non. C'est pas vrai. Je ne suis pas avec eux. Je sais ce que vous pensez Hugo. Je comprends.

- Menteuse ! Ferme la ! Tu n'as pas idée !

- Je sais ce que vous avez subi. Je... J'ai aussi eu ce genre de traitement. Mes parents viennent de se faire tuer. Je suis coincée ici, ils me soupçonnent. Personne ne veut me croire, on me traite comme si j'étais de la vermine. Mais c'est pas vrai. Je vous en prie, Hugo. Posez votre arme, qu'on discute.

- Non ! Tu essayes de me manipuler ! Il a dit que tu le ferais ! Il a dit que tu étais comme eux !

- Quoi ?

"Il", cette même personne qui a commandité mon assassinat ?

- La ferme !

J'écrase mon téléphone, brûlant, contre le visage de l'homme. Il recule sur le coup, je lui arrache son pistolet, le tient en joue. Mon cœur bat à toute vitesse. C'est beaucoup trop en peu de temps. Plusieurs policiers arrivent pour immobiliser le garçon. Il faut que je sache.

- Hugo, qui est-ce ? Qui vous a demandé de me tuer ?

- Je te répondrai pas ! Sale monstre ! Tu es un monstre !

Je recule, l'arme toujours dans les mains. Je baisse la tête, la regarde, un monstre. Mais je ne suis pas un monstre ! Je pensais que comme ils étaient morts... Ça s'arrêterait. Mais c'est faux. Ça s'arrêtera jamais. Cette comédie a assez duré. J'ai de quoi en finir rapidement entre les mains. Ce serait simple. Trop simple. Je lâche le pistolet, me dirige vers le tableau blanc, efface mes notes. Je trace plusieurs bulles, les relie d'une flèche, "Il", le tueur, la victime.

- Il choisit des gens instable sur un plan psychologique, faciles à manipuler. Certains se sont suicidés, et d'autres n'ont jamais été revus. Ce qui veut dire qu'il peut faire disparaître des gens en un clin d'œil. Comme ça, personne ne peut remonter jusqu'à lui. Il est intelligent. Comment fait-il disparaître les preuves ? Plutôt, comment Hugo est-il parvenu à entrer dans le bâtiment avec un arme ?

Je sors d'un pas rapide à l'extérieur, où je trouve le policier à terre. Je sens son pouls, mort. Il y a une petite pointe de sang dans son cou. Une piqûre, probablement de la drogue ou poison. Hugo a peut-être encore un dose. Je me rue à l'intérieur, cherche le jeune homme du regard. Si il meurt, je ne saurai pas qui est ce "il".

- Arrêtez ! Il va se tuer ! Il a du poison pour se suicider !

Certains me regardent comme si j'étais folle, j'ai l'habitude, mais Quentin, m'écoute. Il fouille les poches, rien. C'est là que je remarque. Son poing. Il est fermé sur quelque chose. J'écarte les policiers, attrape son poignet, j'avais vu juste. L'inspecteur me sourit amicalement, hoche la tête en remerciement. Il m'attire vers une chaise pour que je puisse m'assoir. J'observe le criminel partir en cellule. C'est injuste, ce n'est pas de sa faute, c'est juste la vie qui l'a abîmé.

- Tu ne seras jamais en sécurité ! Il te traquera ! Fais attention, t'es pas un monstre. Hurle Hugo, dans ma direction.

Pourquoi a-t-il pris la peine de me le dire ? Quoi qu'il en soit, il a confirmé mes craintes. Je ne peux pas rester avec Claire sans la mettre en danger. Elle refusera, mais je la convaincrai. Elle n'a pas d'autre choix. Je devrais me concentrer sur ce tableau. Les victimes ne vont pas s'arrêter à mon échec, au contraire, j'ai probablement empiré les choses, "il" doit être furieux. Il faut que je réfléchisse, comment peut-il trouver qui attaquer ?

- M. Ghul. Je sais qui est la prochaine victime.

- Ah bon ? Qui est-ce ?

- Laurie Husler.


C'est incroyable, je ne peux pas croire que ces abrutis ne fassent rien ! Je leur ai sécurisé toutes leurs données, j'ai fait arrêter un criminel et on m'envoie "câliner mon copain" de la sorte ! Claire m'a donné de l'argent pour que j'aille m'acheter à manger, elle a dit qu'elle rentrerait tard. Quentin a proposé de m'accompagner, j'ai accepté, je dois avouer que j'aime bien sa compagnie. Il ne pose pas de questions. Étant donné que je ne connaissais pas grand chose dans le coin, c'est lui qui a fait le choix du restaurant. Rien de bien luxueux, c'est juste bien. D'ailleurs, les agents américains sont là aussi... Je les croise beaucoup ces temps-ci. Nous nous installons à une table, je laisse le choix du menu à l'inspecteur, qui semble être un habitué.

- Alors ? C'était bon ? Demande-il.

- Oui, je dois avouer que je ne m'attendais pas à ça. Merci M. Ghul.

- Tu ne voudrais pas me tutoyer ? Et m'appeler Quentin ? Allez... Je ne suis pas si vieux que ça...

- D'accord... Quentin.

- Tu vas faire quoi à la rentrée ? Tu vas entrer en études supérieures.

- J'avoue ne toujours pas savoir...

- Tu ne veux pas essayer la police ? Allez...

- Je ne suis pas très sportive.

- Ah... Je peux te donner un coup de pouce !

- Je ne crois pas... J'avais pensé à médecine en fait. Mais... C'est vrai que j'aime beaucoup la police. J'aime résoudre des énigmes. Et puis, j'ai peur de m'ennuyer. J'ai besoin d'occuper mon cerveau tout le temps. Tu comprends ?

- Oui, je vois. Tiens. Il y a un problème à la télévision ?

Je regarde l'écran, qui quelques secondes plus tôt, affichait un match de foot. Je suppose qu'il y a un simple problème d'antenne... J'étouffe un bâillement, je suis fatiguée, c'est problématique quand on ne veut pas dormir. Une image s'affiche sur la télévision. Celle d'un aigle portant une épée. Je ne connais pas ce signe... Une voix brouillée se met à parler.

- Bonsoir, Amaryllis. Comment vas-tu depuis cet après-midi ? Tu es bien meilleure que je ne le pensais. J'ai quelqu'un avec moi. Tu veux lui parler ?

- Non... Aidez-moi je vous en prie ! Aidez-moi ! Hurle la petite voix familière.

- Laurie... Il l'a eue.

- Contente de tes retrouvailles ? C'est dommage qu'on ne t'aie pas écoutée, vraiment. Je sais ce que tu sais Amaryllis, tu ne peux pas me battre. Maintenant, regarde bien.

Une image sombre remplace le sigle. La voix s'est tue, à la place, une jeune fille sur une chaise, en larmes, apparait. Elle a le regard suppliant. C'est Laurie... Je n'ai parlé que quelques fois avec elles, on avait nos vies chacune... Et elle est là. Par ma faute ? Je vois un bras se tendre vers elle un pistolet posé sur son front. Non, je vous en prie, non. Un coup de feu, résonne, du sang se répand sur le mur derrière son cadavre.

- Tu as supplié à la mort de venir à toi. Tu l'as. Tu aurais dû accepter ce que je t'avais proposé. Il est trop tard désormais.

- C'est faux !

- Que le meilleur gagne, Amaryllis.

L'écran avait repris son programme, comme si de rien n'était. Je m'appuie contre la table, tremblante, les yeux embués de larmes. Ils me regardent tous avec effroi, comme si c'était moi qui tenait l'arme. Je me lève, sors en trombe du bâtiment. Je cours et cours encore, jusqu'à mon épuisement. J'ai besoin de faire le vide, j'ai besoin d'arrêter de penser, d'arrêter de réfléchir, juste un instant. Est-ce si compliqué ? Le barman, la télévision, c'était un enregistrement. Il n'a pas de direct. Oh mon dieu, il était dans le restaurant, et je ne l'ai pas vu, ma stupidité dépasse toutes les limites ! J'aperçois une silhouette s'approcher de moi. Qu'importe si c'est un tueur, je m'en fiche, je fais volte-face prête à lui jeter une remarque cinglante.

- Amaryllis ! Où vas-tu ? Tu ne peux pas me quitter comme ça !

- Je vais dormir à l'hôtel. On se verra demain.

- Mais-

- Non, je n'irai pas chez Claire.

- Bien. Je t'accompagne alors. Je sais où tu pourras trouver un endroit convenable.

Je soupire, suivant à nouveau aveuglement l'inspecteur. Je ne suis pas dupe. C'est l'hôtel où séjournent les agents du FBI. Qu'ont-ils avoir dans l'histoire ? Qu'est-ce qui pourrait les amener ici, dans un pays minuscule comme la Belgique ? Je m'écroule sur le lit, attrape mon téléphone, presque vide. J'entends quelqu'un frapper à ma porte. Je suppose que je dois ouvrir. Tiens, c'est l'agent Reid.

- Bonsoir. Puis-je entrer ? J'ai à vous parler.

- Je vous en prie.

Je referme la porte, retournant l'étaler sur le lit bleu-marine.

- Comment allez-vous ?

- Ça va.

- Vous ne mentez pas ?

- Je n'en sais rien.

- Si nous sommes ici, c'est à cause de ce que vous avez découvert. L'enquête vient d'être bouclée, sans notre accord. Quelqu'un utilise son influence pour arrêter les recherches.

- Je le savais... Même si je trouve moi-même le tueur, je ne pourrai rien y faire.

- Peut être pas, nous allons repartir pour Quantico.

- Ah bon. Et pourquoi me dire ça à moi ?

- Vous devez nous accompagner. Vous serez en sécurité, de plus, votre collaboration en tant que consultante nous serait utile

- Quoi ? Vous rigolez.

- Pas du tout.

- J'ai dix-sept ans, je viens seulement d'avoir mon diplôme, je ne vois pas pourquoi je vous accompagnerais.

- Quelque chose vous retient ?

- Non.

- Je le dirai aux autres membres de l'équipe.

- Vous ne dormez pas beaucoup non plus n'est pas ?

Une soudaine réponse irréfléchie et une question étrange, c'est tout moi. Je pense que c'est ça qui gêne les gens qui me rencontrent.

- C'est exact.

- Je vais dire quelque chose de bizarre, mais... Est-ce que ça vous arrive de ne pas savoir... Arrêter de réfléchir ? Penser tout le temps à chaque détail ? Ça doit paraître idiot...

Excusez-moi.

- Non. C'est vrai. Je ne sais pas m'en empêcher de le faire.

- Moi non plus. Pourtant je ne suis pas un génie, je suis même un petit peu idiote, d'après ce qu'on dit. Alors je ne comprends pas.

- Comment ça ? Vous ne vous rendez pas compte... Juste un peu idiote ?

- Complètement idiote, c'est ça ? J'espérais... Autre chose.

- Non, ce n'est pas ce que je veux dire, vous êtes très intelligente Amaryllis ! N'en doutez pas. Dormez, n'ayez pas peur.