Chapitre II : Sanctuaire

Lorsque je quittais le portail, me libérant enfin de cette sensation étrange, je m'effondrais au sol, haletante.

Lançant un coup d'œil face à moi, je me figeais en voyant deux silhouettes, celle du cadavre d'un homme, et celle d'un homme armé haletant, visiblement en peine.

Aidan, pensa-t-elle.

Non, le Rôdeur Noir, réalisa-t-elle en voyant la Pierre d'Âme enfoncée dans son crâne.

Je frissonnai, incertaine sur ce que je devrais faire. Je n'avais pas le temps de s'échapper, l'individu m'avait déjà remarquée, au vu de ses sourcils froncés.

Aidan est partiellement en contrôle, tentais-je de me rassurer, Il n'est pas corrompu au point de vouloir me tuer directement, si…?

C'est à cet instant que je me remémorais le sauvetage de Deckard Cain enfermé en une cage présente dans une Tristram enflammée dans Diablo II, suite à un passage du… Rôdeur Noir.

Je frémis, tremblant presque lorsque j'entendis derrière moi Adria arriver aisément. Je remarquais alors en cet instant qu'elle avait une apparence bien plus correspondante à celle qu'elle arborait dans Diablo I : elle avait retrouvé son apparence de cette époque, même si ses vêtements étaient toujours ceux qu'elle avait alors qu'elle était dans le corps de ma sœur et ses mains étaient toujours ensanglantées.

Il y eut un certain lapse de temps durant lequel la seule chose que je pouvais entendre était les battements frénétiques de mon cœur. J'avais peur, j'avais extrêmement peur de ce qui allait m'arriver ensuite. Je ne pouvais pas… Je ne voulais pas mourir après être arrivée deux secondes plus tôt.

Surtout que je ne savais pas si j'allais être ressuscitée ou non, étant donné que ceci n'était pas un jeu.

Je déglutis, me crispant alors que j'entendis la voix de Aidan - non, du Rôdeur - murmurer, "J'y… arrive…"

De quoi il parlait, je n'en avais aucune idée, mais peu importe ce à quoi il était arrivé il en était réjoui étant donné qu'un large sourire apparut sur ses lèvres, la Pierre d'Âme brillant sur son front.

Le Rôdeur noir se releva et s'exclama, les bras levés vers le ciel, "J'y suis arrivé !"

Il ne semblait pas nous avoir remarqué, finalement. Sans doute la douleur de s'être enfoncé la pierre d'âme d'un démon l'avait suffisamment déconcentré pour qu'il ne réalise pas que deux femmes se tenaient face à lui, l'une terrifiée et l'autre arborant un sourire de triomphe sur son visage. Le Rôdeur se tourna alors enfin vers nous et je remarquais qu'il se figea, ses yeux noisettes s'écarquillant brièvement alors qu'il s'exclamait, "Adria ? Que fais-tu ici ?" Il me remarqua enfin et son visage se crispa alors qu'il ajouta, "Et qui est-ce ?

-Ne fais pas attention à elle, Aidan, Adria déclara d'une voix douce, Nous avons déjà bien assez à faire. Es-tu parvenu à… tuer Diablo ?"

Je fus saisie par la façon dont le Rôdeur m'ignora soudainement, comme si je n'existais pas et comment ses yeux se fixèrent sur la sorcière, une expression sombre passant sur son visage, "Malheureusement non, Adria. Je n'ai fait que le débarrasser de son vaisseau, mon propre frère. Sa conscience… demeure, enfouie dans la pierre. Je peux la sentir. Je sais que je n'arriverais pas à la détruire pour l'instant, alors j'ai décidé de maîtriser la présence de Diablo à l'intérieur. Moi seul peut y arriver, grâce à ma puissance acquise lors de mon périple dans cette Cathédrale maudite.

-Oui, je n'en doute pas, tu trouveras un moyen de détruire la pierre. Je t'aiderais."

Le Rôdeur acquiesça, visiblement soulagé par cette perspective et les deux commencèrent à marcher vers la sortie, me laissant interdite.

Pourquoi diable Adria ne m'a-t-elle pas tuée une bonne fois pour toutes ?

La réponse me parut évidente lorsque mes yeux se posèrent sur le Rôdeur. Il était, pour l'instant du moins, pas suffisamment sous l'emprise de Diablo pour tolérer le meurtre gratuit et Adria ne pouvait pas laisser le Rôdeur la fuir avant de…

Avant d'avoir conçu Léah.

De plus, Adria avait sans doute du mal à me percevoir comme une menace : une humaine sans armes ni alliés ni compétences magiques perdue au fin fond de la Cathédrale de Tristram. J'allais… Il fallait que je fasse quelque chose, que je tue le Rôdeur, ou encore Adria, ou encore…

Tristram ! Adria allait essayer de pousser le Rôdeur à tuer tous les habitants ! Je devais y aller les prévenir à tout prix.

Me précipitant vers la sortie, je réalisais que je rencontrerais inévitablement sur mon chemin le Rôdeur et Adria. Décidant alors de me tourner vers le corps de Diablo - Albrecht, le frère d'Aidan -, je remarquais la présence de plusieurs parchemins de retour en ville.

Sauvée !

Prenant l'un des petits papiers, je le déroulais et…

Que dois-je faire ? Il est vrai que lorsque l'on joue, il suffisait de quelque clics, mais là… Comment dois-je utiliser ce parchemin ?

Le lire ? Mais je n'arrivais même pas à déchiffrer les symboles dessus !

Prenant une grande inspiration, tentant de me calmer, je décidais finalement de tenter quelques trucs. Posant le parchemin sur le sol, je dis distinctement, "Retour à Tristram !" Voyant que rien ne se passait, j'enchaînais, "Retour en ville ! Portail, ouvre-toi ! Activation du portail !"

Face à mon désespoir, je pris le parchemin et hurlais en le déchirant, sachant qu'il y en avait au moins deux autres, "Bon sang, mais tu vas marcher, oui ?!"

Un ovale bleuté apparut face à moi. Je clignais des yeux, ébahie.

En y réfléchissant, il était logique que le portail ne s'active que lorsque l'on déchirait le parchemin, car sinon un seul parchemin suffirait.

Bon dieu, quelle bénédiction ça aurait été s'il ne suffisait que d'une toute petite case dans l'inventaire pour revenir indéfiniment en ville.

Traversant sans plus attendre le portail, manquant de trébucher, j'arrivais finalement face au village de Tristram, encore en activité.

Je sentis ma gorge se serrer alors que les villageois se tournèrent vers moi, inquiets et méfiants.

"Je… J'ai besoin de voir… Deckard Cain… marmonnais-je tout en cherchant du regard le vieillard.

-Qui me demande ? une voix grave et déjà âgée demanda."

Me tournant pour voir la silhouette du Dernier des Horadrims, je sentis un soulagement m'envahir alors que j'observais son crâne dégarni, ses cheveux gris et non blancs me faisant face, son visage portant le calme du sage et le sérieux d'un homme qui a la responsabilité du monde sur ses épaules. Il m'observa, haussant un sourcil à ma tenue, et attendit patiemment que je réponde.

"Cain, j'ai besoin de vous, le Rôdeur-, je m'interrompais en voyant sa confusion au titre, Aidan est en route et il va vous massacrer ! Il est devenu fou, Cain, il a pris la pierre d'âme de Diablo pour se l'implanter dans le crâne !"

Mes yeux suppliaient le vieil homme de juste me croire et de faire quelque chose en utilisant ses connaissances horadriques ou je ne sais quoi. Certes, entre le deux et le trois Cain arborait à mes yeux plus l'image d'une demoiselle en détresse qu'autre chose, mais dans ce cas précis…

C'était tout ce qu'on avait. Tout ce que moi j'avais. Même si ma décision de venir dans ce monde était assez précipitée, je n'avais pas d'autres choix que de le faire si je voulais obtenir vengeance, tuer Adria et…

Apparemment, tuer Diablo allait aussi faire partie de mes fonctions, maintenant.

L'horadrim sembla percevoir mon trouble et mon désespoir étant donné qu'il acquiesça, "Si ce que vous venez de dire est vrai, alors la situation est grave… hautement grave. Mais qui êtes-vous et comment pouvez-vous savoir cela ?"

Sentant le semblant de confiance que j'avais acquis disparaître, je frémis, tentant de donner une réponse convenable à l'Horadrim. Je n'avais ni l'envie ni le temps d'expliquer que je venais d'une réalité parallèle où Adria son ennemie du futur s'était réfugiée et que dans cette réalité cet univers est un jeu vidéo grâce auquel Adria a pu faire un rituel qui a ressuscité Diablo tout en lui permettant de revenir dans Sanctuaire car oui à la base Diablo était mort et lui aussi mais en fait on l'avait tué tout en utilisant sa fille adoptive qu'il rencontrerait dans encore quelques années à Caldeum qui se trouve être en fait la fille de Aidan alias le Rôdeur Noir alias maintenant Diablo et de Adria qui l'avait manipulée et…

Ouais. Je ne pouvais pas vraiment lui dire ça.

A la place, je décidais de résumer par, "Je viens du futur, Cain ! Mais là n'est pas la question, nous devons nous enfuir avant qu'il ne soit trop tard !"

Remarque, au pire Cain se retrouvera enfermé dans sa cage gardée par Griswold ressuscité et il sera sauvé par le Nephalem que l'on incarne dans le II…

Cain soupira, "Je vais décider de vous croire, au vu de l'absence d'informations que j'ai en ma possession. Modifier le cours de l'histoire est une chose que je ne vois pas possible cependant, et je refuse d'envisager la possibilité de créer un paradoxe temporel.

-Vous ne savez pas si ça va créer un paradoxe ou non ! Par contre, moi je sais que si l'on ne fait rien la situation sera catastrophique !"

Cain plissa ses sourcils, "Que voulez-vous dire ?

-Je veux dire que la Pierre-Monde sera corrompue, que l'ensemble des démons primordiaux seront rassemblés en un seul démon primordial unique - et, même s'il sera détruit, ce sera au prix de lourdes pertes chez les anges - que Tyraël, l'un des seuls défenseurs de l'humanité sera forcé de déchoir des cieux, que Malthaël l'archange de la connaissance et actuel chef du conseil des Angiris sera corrompu et sera lui aussi tué pour que finalement tout cela conduise à la réincarnation de Lilith, l'une des créatrices de Sanctuaire qui va faire s'abattre sur le monde je-ne-sais-quel malheur !"

Les yeux de Cain s'écarquillèrent progressivement lors de mon explication. Finalement, il murmura, "Je sens que vous croyez réellement ce que vous dites.

-Car c'est la vérité, bon sang !

-Mais… Je ne peux pas croire que Aidan se soit fait corrompre aussi vite…"

Je soupirais profondément. "Que pensez-vous qu'il se passe lorsque la première chose qu'il a fait avec la pierre d'âme à la main fut de se la planter entre les deux yeux ? Il a peut-être toujours l'apparence et le comportement d'un humain - et encore - mais il ne l'est plus. Diablo l'influence et il va le faire de plus en plus jusqu'à ce qu'il contrôle entièrement Aidan. Et là, ils arrivent, nous n'avons plus le temps de tergiverser, vieil homme !

-Ils ?"

Je grognais de frustration. Bon sang, les niveaux de la Cathédrale ont beau être grand et le Rôdeur va sans doute prendre encore quelques minutes afin de tout remonter, il n'empêche que le temps presse !

"Adria l'accompagne."

Un voile passa sur l'expression de Cain. L'Horadrim soupira et marmonna, "Que proposez-vous ?

-Qu'est-ce que je propose ? Je propose que l'on s'enfuit tous loin d'ici ! Nous ne pouvons pas rester et même si ça ne fait que repousser l'inévitable, au moins nous serons en sécurité pour un moment, le temps de préparer une offensive contre Diablo !"

Deckard Cain soupira, comme affaibli par la pensée seule que cet enfer n'était pas encore fini. Mais, est-ce que les maux s'abattant sur Sanctuaire connaîtraient-ils une fin ? Je ne savais pas, mais j'en doutais sincèrement.

Le dernier des Horadrims afficha une expression déterminée cependant, et me demanda, "Où comptez-vous qu'on aille donc ?"

Je me figeais, tentant de déterminer . Me remémorant le trajet du Rôdeur vers le monastère Rogue puis Luth Gholein, soit vers l'orient, ma première réaction fut d'hurler "vers l'occident", mais…

Mais cela n'était sans doute pas une bonne idée.

Pourquoi ? Parce que où que l'on aille, ici, Diablo règnerait bientôt. Et puis dans tout les cas, je devais laisser le Nephalem que l'on incarne dans Diablo II régler cette situation. Sans la présence de Deckard à ses côtés, sa tâche serait probablement plus difficile, cependant et vu que maintenant Adria aussi avait la connaissance funeste des futurs événements, je ne pouvais pas… juste essayer d'aller dans une époque plus sûre.

Mais alors, que devais-je faire ? Rester dans ce temps, où ma connaissance n'est que vague car lorsque j'ai joué au jeu j'avais moins de dix ans ? Ou bien partir à l'époque de Diablo III, avec un Deckard Cain encore "jeune" (j'étais secrètement persuadée que cet homme était né ridé avec des cheveux gris) pour assister Tyraël et le ou la Nephalem ?

Oh, par pitié, que devais-je faire ? Me mordant la lèvre, je lançais un regard vers la silhouette de l'Horadrim qui m'observait silencieusement. Finalement, je soupirais, "Nous devons partir vers le futur, je le crains. Nous n'avons pas d'autres choix.

-Mais, la ligne temporelle en serait…

-Ecoutez, je doute que personne n'ait ne serait-ce que tenté ce que j'ai déjà fait, et puis, au vu de la situation actuelle de Sanctuaire, et de nos forces… Nous devons partir là-bas. Un Nephalem arrivera à vaincre Diablo et ses frères bientôt.

-Même si j'acceptais, comment comptez-vous nous faire voyager nous, simples villageois, Deckard haussa un sourcil face à l'expression amusée que j'arborais au terme de simples villageois, dans le futur ?"

Je soupirais, frottant l'arrière de mon crâne. Si l'event l'âge sombre de Tristram - ou plutôt, puisque ce monde est réel, le rituel accompli par le sectateur - était toujours actif, alors…

Je lançais un regard vers le lieu habituel où le portail se trouvait et frémis en voyant un autre portail à côté du mien, menant sans aucuns doutes aux Vieilles Ruines. Si tel était le cas, alors cela voulait dire que, même si je prenais Deckard avec moi… la ligne temporelle ne serait pas affectée.

Bon sang, après "Diablo est réel dans une réalité alternative", je vais voyager dans le temps… Je devrais écrire un témoignage, peut-être. Je le nommerais… "Dans les griffes de la physique quantique saupoudrée de fantasy". Ou peut-être pas. Ce titre est horrible, après tout.

Je demandais à Cain, "Voyez-vous le portail à côté du mien ?

-...Non, que voyez-vous ?

-Il s'agit d'un… dispositif permettant de voyager à une certaine époque durant une certaine période. Ce n'est que temporaire, ajoutais-je, mais il nous permettra de regagner une époque sans altérer la ligne temporelle.

-Si ce que vous dites est vrai, alors ne devrions nous pas en réalité quitter ce monde-ci pour en rejoindre un ressemblant ?"

Je mordis ma lèvre. Je n'en avais aucune fichtre idée et honnêtement, je n'avais pas vraiment envie d'y réfléchir non plus. Un Diablo II sans Deckard pour identifier les objets gratuitement et te permettre d'utiliser le cube horadrique… Je frissonnais de peur à cette idée.

Surtout que là, Adria ne semblait pas prête à lâcher le Rôdeur, corrompant ainsi un peu plus Aidan à chaque instants par rapport à l'histoire d'origine.

"Je ne sais pas, murmurais-je finalement.

-Je ne peux pas abandonner ce monde, Madame. Je ne peux pas abandonner ces gens. Tristram n'est pas le seul village dans Sanctuaire, et ce sont des millions de vies qui sont en jeu si la menace de Diablo est-"

Cain fut interrompu par Griswold qui s'exclama, se détournant temporairement de sa forge, "Aidan, vous voilà ! Avez-vous donc triomphé du Seigneur de la Terreur ?"

Aidan se tenait debout, seul, sans Adria, portant encore son armure sur les épaules. La Pierre d'âme de Diablo commençait déjà à se recouvrir d'une peau fine, comme si le Démon l'habitant avait usé d'une magie sombre pour mieux se dissimuler - que ce soit dans la conscience ou le corps du prince. Le héros sourit et se tourna vers Griswold, une lueur étrange flottant dans son regard, "Je vais bien, forgeron. J'ai… tué Diablo."

Des soupirs de soulagement traversèrent l'ensemble des villageois. Deckard Cain, lui, observa pensivement le prince, me lançant de temps à autre de vifs coups d'oeils. Je fus rassurée en constatant qu'il se tenait crispé et sur le qui-vive car malgré son apparence chétive, il était le dernier des Horadrims et avait sans doute quelques connaissances pouvant nous sauver la mise.

Me remémorant l'état en flammes de Tristram je grimaçais, songeant que cette vigilance ne serait probablement pas suffisante. Je lançais un coup d'œil au portail menant vers les Vieilles Ruines, prête à m'y ruer si nécessaire.

"Griswold, le Rôdeur dit alors qu'une expression confiante apparaissait sur son visage, A quel point penses-tu être compétent pour… détruire des artefacts démoniaques ?

-Eh bien… J'ai beau ne pas être spécialisé dans ce domaine, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour vous aider.

-Je vois. J'aurais besoin que tu…"

Le Rôdeur s'arrêta, une expression troublée passant sur son visage. Il ouvrit la bouche, tentant de prononcer un mot, mais s'en révéla manifestement incapable. Griswold, sentant son malaise, demanda gentiment, "Quelque chose ne va pas, Aidan ? Dois-je appeler Pépin ?"

Le Rôdeur ouvrit sa bouche, son visage affichant désormais une expression de douleur tandis que Cain et moi échangèrent un regard.

"Je… Je vais bien, Griswold. Je manque juste un peu de sommeil, du repos me fera le plus grand bien après ces combats éreintants.

-Oui, bien sûr, mais tout de même…

-Griswold, mon repos et tes inquiétudes peuvent attendre. J'ai besoin de ton aide, j'ai besoin que tu détruises la pierre d'âme de Diablo !"

J'étais personnellement surprise que Aidan ait ne serait-ce que demandé de l'aide pour ce qu'il percevait comme sa tâche. Mais la peur dans les yeux du Rôdeur m'informa qu'il avait sans doute compris à présent que le plus longtemps il garderait Diablo dans son crâne, le plus il perdrait le contrôle de ses actes.

Mieux vaut tard que jamais, songeais-je amèrement.

Le forgeron fronça des sourcils, "Une pierre d'âme ? Qu'est-ce ? Et où est-elle ? Si vous voulez que je la détruise, je peux essayer d'un bon coup de marteau !

-Non, Griswold, ça ne marchera pas, s'il ne fallait que faire ça, je l'aurais déjà fait… Quant à sa nature, elle est… démoniaque.

-Est-ce que je peux voir la pierre, peut-être ?

-Non !"

C'était Diablo qui avait parlé en cet instant, au vu du ton autoritaire employé. Le Rôdeur, remarquant ensuite les regards curieux des villageois, ignorant celui suspect de Deckard, ajouta doucement, "J'aimerais… éviter de l'exposer. Elle est dangereuse, elle suinte d'une magie maléfique.

-Très bien, mais dans ce cas je ne peux pas la détruire, si je ne peux ni la manipuler ni connaître sa nature exacte."

Le Rôdeur sembla se retenir de ne pas hurler et une magie noire s'installa autour de lui. Sa main trembla sur son épée alors qu'il tenta manifestement de retenir ce geste par son autre main. La scène évoquant bien trop à mon goût l'une des cinématiques de Diablo II, je me tournais vers Cain, l'attrapant par la manche et m'exclamant, "Nous n'avons plus de temps !

-Quoi ?!"

Le dernier des Horadrims n'eut pas le temps de protester alors que je me ruais vers le portail menant aux Vieilles Ruines, me préparant intérieurement à cette sensation étrange que j'avais éprouvé la première fois.

Lorsque l'on arriva, apercevant les morts-vivants déjà commençant à se tourner vers nous, je continuais à courir vers le téléporteur, hurlant à Deckard, "Comment ça marche, ce truc !" alors que je songeais désespérément que par pitié, faites que la zone soit infranchissable par les morts-vivants sinon le temps que je trouve le moyen de l'utiliser nous serons déjà morts.

L'horadrim, estomaqué par les ruines qu'il reconnaissait vaguement comme les traits du village vivant qu'il venait de quitter un peu plus tôt, s'exclama, "Nous devons y retourner ! Diablo va…

-C'est trop tard, Cain ! A moins que vous n'ayez des compétences offensives bien cachées, nous ne pouvons pas prendre le risque, votre vie est trop importante ! hurlais-je en songeant que la mienne l'était tout autant pour mes connaissances historiques. Maintenant, dites moi comment le téléporteur marche, à moins que vous faire bouffer par ces zombies vous intéresse !"

Le vieillard parut surpris par mon vocabulaire fleuri mais passa outre au vu de la situation assez… dangereuse dans laquelle nous étions. Je voyais déjà plusieurs cadavres ambulants se ruer vers nous, leurs visages défigurés, leurs ventres gonflés et des nécroses sur leur corps.

Je frémis. C'était bien mieux pixellisé.

"Vous devez… Vous devez dire le nom de votre destination tout en vous représentant le-dit lieu."

Voilà pourquoi diable on ne pouvait pas utiliser un téléporteur avant de l'avoir découvert… Me plaçant au centre du cercle, emmenant Cain avec moi, je m'exclamais tout en m'imaginant l'atelier de Haedrig, l'auberge du veau égorgé et la maison de Cain, "Nouvelle-Tristram !"

Je sentis nos corps disparaître pour se former à nouveau dans le cercle de la Nouvelle-Tristram. Epuisée, je m'effondrais au sol, Cain observant les alentours avec une certaine crainte dans son regard alors qu'il posait ses yeux sur les bâtiments et les habitants. Il marmonna, "Qu'avez-vous donc fait ? Nous devons y retourner, les autres…

-Sont déjà morts depuis bien longtemps ici. Vous aussi, d'ailleurs, remarquais-je. De toute façon, le portail est encore ouvert pour un certain temps et nous pourrons y retourner plus tard si nécessaire…"

Cain se tourna vers moi, ses yeux brûlant d'une lueur que je ne saurais décrire, "Seront-ils morts, si j'utilise cette technique ?

-Probablement."

Le visage de Cain se crispa et il sursauta alors qu'une voix grave demanda, "Qui êtes-vous ?"

Je relevais mes yeux pour voir un homme- non, un mastodonte en armure fixant Cain attentivement. Il avait la peau noire et, dans sa main, une épée brillant d'une lumière divine.

Tyraël, songeais-je alors que je me relevais doucement, observant l'archange devenu homme par amour de ses valeurs et de l'humanité. Ma gorge se serra alors que je vis son regard froid, tandis qu'il observait l'homme qu'il devait sûrement prendre pour un imposteur.

"Deckard Cain, monsieur… répondit le dernier des horadrims avec une certaine hésitation.

-Vous pourrez peut-être tromper la plupart des gens, cependant j'ai eu le plaisir de connaître personnellement ce grand homme et je l'ai vu mourir sous mes yeux. Vous n'êtes pas Deckard Cain."

Je soupirais, attirant le regard de l'Archange déchu sur moi qui sembla surpris de me voir. Je marmonnais, "Actuellement, il est Deckard, mais-

-Mais quoi ? Cain était un homme admirable, et je ne serais pas dupe."

Je lançais un regard crispé au Dernier des Horadrims avant de marmonner, "S'il vous semble si jeune par rapport au vieillard que vous avez vu périr, sachez que c'est à cause du fait qu'il vient du passé, de l'époque où Tristram tenait encore debout."

Les yeux de l'Archange s'écarquillèrent brièvement, deux orbes noires observant Cain et moi avec stupeur. Cependant, cette expression disparut bien rapidement alors que Tyraël se tourna vers Cain et demanda, ses yeux plissés, "Dites moi une chose que seul Cain aurait pu connaître. Une chose sur les Horadrims.

-Je… Ces informations sont confidentielles, et je ne sais pas si…"

Je soupirais intérieurement, me tournant vers Cain et m'exclamant, "Cain, ceci n'est pas un homme - du moins, pas originellement. Il s'agit de Tyraël, soit, si je ne me trompe point, le créateur des Horadrims. Donc je pense que toute confidentialité peut être à exclure vis à vis de lui.

-Et qui êtes-vous donc pour connaître ce genre d'informations ? demanda l'ange avec un regard soupçonneux.

-La seule chose dont vous devez vous préoccuper pour l'instant est du fait que je ne sois pas un danger et je peux vous assurer que je n'en suis un en aucun cas."

Cain restait bouche bée depuis maintenant quelques secondes face à la vue de celui lui étant présenté comme un ange et ayant pourtant une apparence d'homme. Certes, il n'avait sans doute jamais rencontré directement l'Archange de la Justice, mais je comprenais personnellement son sentiment de confusion face à cette situation. Me rapprochant de l'Horadrim, je murmurais à voix basse, "Vous ai-je donc déjà menti ? Il s'agit de Tyraël. Regardez l'épée."

Cain obéit et j'observais avec un léger amusement ses yeux s'écarquiller, lui donnant l'air d'un poisson découvrant pour la première fois la terre ferme - sans le côté asphyxie conduisant à une mort certaine, bien que l'état actuel du vieillard ne s'approchât plus du mort que du vivant avec sa silhouette figée et immobile. Il prit une inspiration et marmonna, "Mais, comment êtes-vous devenu un homme ?

-Pardonnez moi de ne pas vouloir en discuter alors que votre identité est encore discutée, Monsieur. Cependant, maintenant que la mienne est assurée, vous pourriez… me donner une quelconque preuve ?"

Pour la plupart des personnes, la voix de Tyraël paraîtrait sûrement froide, cependant… moi, qui avait écouté maintes fois son timbre de voix dans le jeu et qui avait, sans doute inconsciemment, reconnu les infimes variations du ton, je pus entendre le timbre d'espoir qui y était. Cela me fit trembler d'émotions intérieurement alors que l'ange apparaissait sous mes yeux comme nouveau.

Il a tout abandonné pour l'humanité et la Justice. Il a perdu son statut d'ange ainsi que temporairement sa mémoire et son épée, il a assisté désespéré à la mort de deux de ses amis puis a finalement continué la lutte contre le mal avec l'aide du Nephalem et du nouvel ordre des horadrims face à son propre frère. Il a tout sacrifié pour ses idéaux. Tout. Et maintenant, dépossédé de tout mis à part son épée, il continue malgré tout de se battre alors qu'il sait pertinemment que jamais il ne gagnera.

Mais il ne se battait pas pour gagner. Il se battait pour sauver des vies.

Et c'est ça qui était beau.

"Soit, je vais vous parler de mes connaissances horadriques, si toutefois vous pouvez les considérer comme une preuve. Mais… Il faudrait que nous puissions, peut-être, en parler dans un lieu moins… ouvert ?

-Bien sûr. Lorath, je te laisse te charger de la protection du portail."

La silhouette de l'ancien membre de la garde d'Ouestmarche acquiesça vivement, avant de marmonner, "Bien sûr, Tyraël."

L'ange déchu se tourna vers la porte de l'auberge du Veau égorgé et entra avec confiance, son épée brillant légèrement à la lueur de la lumière des chandelles éclairant la pièce.

Je pris quelques instants pour sentir l'odeur de bouillie d'avoine et de veau rôti, une expression cependant crispée alors que je remarquais qu'il manquait quelque chose. Observant attentivement l'auberge, je demandais alors à Tyraël d'une voix pensive, "Pourquoi n'y a-t-il donc aucun blessés ?"

L'Archange m'observa, haussant un sourcil interrogateur face à ma question quelque peu… étrange.

Me tournant vers le coin où habituellement résidaient quelques blessés, je redemandais, "Il y avait bien des blessés ici, non ? Où sont-ils ?"

Tyraël cligna des yeux quelques fois avant de marmonner, "Depuis les deux incidents avec la Nephalem où les blessés se sont transformés, nous avons créé un hôpital de fortune constamment gardé.

-C'est un traitement assez… inhumain.

-Inhumain aurait été de les jeter dehors sans aucune autre considérations. Ici, nous n'avons ni les moyens ni le temps de consacrer aux blessés l'attention nécessaire. Nous n'avons qu'un vieux guérisseur et il se démène nuit et jours pour sauver la population du mal affectant la ville. Et, malgré le fait que Diablo ait été vaincu, les morts continuent à se relever."

J'acquiesçais faiblement. L'instauration d'un hôpital était sans doute pour le mieux, fut-il de fortune. L'ange, percevant sans doute la discussion comme étant close, décida de se tourner vers… la chambre de Léah ?!

Mais qu'allait-il donc y faire ? Certes, ce n'était pas comme si elle allait y faire quoique ce soit maintenant, mais tout de même… fronçant mes sourcils, j'entrais avec l'ange et Deckard dans la pièce pour trouver…

Un couloir. Truffé de portes. Je haussais un sourcil, un sourire amusé se formant sur mon visage. j'observais les diverses portes menant à des chambres. Tyraël ouvrit la porte d'une des chambres, dans laquelle je vis une pièce bien plus fournie que ce à quoi je me serais attendue. En effet, elle était couverte de livres, de vieilles cartes et artefacts magiques placés de ci et là, certains verrouillés dans des coffres, d'autres protégés dans des cartes. Il y avait aussi diverses sacoches en cuir trainant de ci et là et j'étais émerveillée à la vue de tant de savoir amassé ici. Lançant un regard à Cain, je vis qu'il avait l'air d'un enfant lâché dans un magasin de confiseries sans aucune surveillances. Il s'approcha des livres et je vis ses sourcils se froncer. Il en prit un et s'exclama, se tournant vers Tyraël, "Mais c'est mon écriture ! Ce livre… C'est…

-Deckard Cain l'a écrit il y a quelques années. Il y parle de Diablo et des seigneurs des enfers."

Une expression amusée s'afficha sur le visage de l'homme alors qu'il marmonna, "Je l'ai donc bel et bien écrite…? C'est fascinant ! Ce qui n'était qu'à l'état de… de projet dans l'enceinte de mon esprit… Je le tiens entre mes mains !"

Tyraël, malgré ses doutes sur l'identité de l'homme, ne put s'empêcher de sourire, remarquais-je.

"C'est remarquable ! Mais vous n'avez pas que ce tome de ma personne, je vois ! La chute des Barbares… En mon temps, j'ai à peine fini le Tome 2 ! Et l'histoire de la Cathédrale ! Le Roi Squelette ! J'ai été un écrivain bien plus prolifique qu'auparavant, il semblerait… Tiens, tiens, un livre qui n'est pas de moi… Le Journal de Léah ?"

Deckard, tenant le livre avec douceur à présent, toute précipitation abandonnée, une certaine émotion dans son regard, caressa d'une main une page, une expression troublée sur le visage. Il se tourna vers l'Archange et murmura, sa voix détenant le soupçon du timbre rocailleux qu'il aurait plus tard, "Si le journal de cette femme se trouve dans votre bibliothèque… Que lui est-il arrivée ?"

Remarquant l'expression de Tyraël s'assombrir, je répondis à sa place, "Elle est morte. Elle est morte peu de temps après vous, dans cette ligne temporelle."

Les yeux de Tyraël se plissèrent alors qu'il m'observa, visiblement étonné du fait que j'en sache autant. Me mordant la lèvre, je me tournais vers Cain, demandant innocemment, "Et donc, cette preuve ? Il faudrait songer à rassurer l'archange, non ?"

Le vieil homme laissa un rire léger l'emporter alors qu'il soupira, rangeant le Journal peu de temps après, "Pardonnez-moi, je ne peux que rarement me restreindre face à un livre… Donc, oui, cette preuve. Une information uniquement connue des Horadrims…" Il se fit pensif, "Le Cube Horadrique ? Je peux vous en parler en de longues descriptions, si vous voulez, mais son existence seule est secrète, alors…

-Elle ne l'est plus depuis quelques années, Cain, marmonnais-je gentiment.

-Comment ?!

-Je n'ai ni le temps ni l'envie de rentrer dans les détails, mais le cube n'est plus exactement un secret."

En tout cas pas pour les survivants de l'époque de Diablo II des villes traversées par le Nephalem de l'époque.

Cain arbora alors une expression chagrinée, "Je pense que je peux bien imaginer, si ne serait-ce que le quart de ce que vous m'avez dit s'avère vrai, alors le cube aurait bel et bien eu sa place… Ainsi, je dois donc trouver un autre secret…" l'Horadrim eut un sourire alors que son visage s'éclairait, "Il y a bien le récit que j'ai trouvé dans l'une des bibliothèques horadriques… Il m'avait intrigué, étant donné que son sujet principal était la manière dont mon ancêtre, Jered Cain, avait enfermé Diablo dans la Cathédrale, à l'époque monastère horadrique. Il y était décrit les divers enchantements utilisés par mon ancêtre, et ce que j'avais trouvé particulièrement étrange, pour l'époque, c'est que mon ancêtre avait décidé de ne pas lier les liens de Diablo au lieu, c'est à dire au monastère, car il jugeait que au fil du temps ce lieu serait peut-être trop altéré pour être reconnaissable et que l'enchantement risquait donc de se briser et il a de fait décidé de lier les liens du démon à l'organisation des Horadrims ou, plus précisément…" les yeux de Cain arborèrent soudainement une chaleur inhabituelle, "l'Archange les dirigeant, car il était immortel."

Tyraël se contenta d'acquiescer, silencieux durant quelques instants. Au bout d'un moment, il fit quelques pas et posa une main sûre sur l'épaule de Cain, avant de dire, "Bienvenue à la Nouvelle-Tristram, Deckard Cain."

L'Horadrim eut un léger sourire et acquiesça. L'ange se tourna vers moi et me demanda, "Quant à vous, qui êtes-vous ?"

Je pris une inspiration, tentant de décider intérieurement si je devrais ou non utiliser un pseudonyme - après tout, Adria connaissait mon nom - et je décidais finalement de ne pas modifier mon nom alors que je dis calmement, "Florence. Florence Sinin.

-D'où venez-vous ?

-Du futur. Un futur alternatif, pour être plus précise."

Tyraël haussa un sourcil, "Vraiment ?

-Oui. Je pense que ça se voit à ma tenue… étonnante, ici."

Tyraël se tourna vers Cain, demandant, "Comment vous êtes-vous rencontrés ?

-Oh, disons que je lors de mon arrivée, j'ai fait face au Rôdeur Noir venant de s'implanter la Pierre d'Âme dans son crâne avec Adria à ses côtés et que ma rencontre en tant que telle avec Cain s'est produite alors que j'essayais de le convaincre de fuir et que lui s'obstinait à rester."

L'Archange s'esclaffa, s'imaginant sans doute la situation relevant presque du pittoresque. Il se tourna vers moi, me prit par l'épaule, et nous emmena vers la taverne de l'auberge alors qu'il s'exclama, "Si vous venez de réchapper à tant d'événements traumatiques, alors de ce que j'en ai compris, les traditions mortelles voudraient que je vous offre un verre !"

Cain et moi échangèrent un sourire alors que je songeais aux adaptations difficiles à la vie de mortel de Tyraël. Lançant un coup d'œil à l'ange, je marmonnais, "Avec plaisir."

Note de l'auteur :

J'espère que ça vous a plu, la suite sera disponible la semaine prochaine je pense (15j max car je suis sur deux autres histoires en parallèle, une que je publie sur mon compte fictionpress et wattpad - cf mon profil pour les liens - et une autre que j'écris juste pour moi pour l'instant que je publierais peut-être un jour). A la prochaine ;-) !