Bonjour,

Voici le premier chapitre pour vraiment rentrer dans l'histoire. Bonne lecture et très bientôt, j'espère.

Chapitre 1

La rumeur avait atteint la capitale avec une rapidité déconcertante mais guère anormale dans ce cas. Tout attentat contre la famille royale était source de colère et de terreur mais aussi de sympathie pour les Parisiens. Mais que cet attentat ait été fomenté contre le prince héritier avait consterné la population qui avait manifesté son soutien au couple royal et réclamé la tête des criminels.

Tréville avait été convoqué au milieu de la nuit, à Saint-Germain-en-Laye, où séjournait la famille royale. La nouvelle l'avait estomaqué et rendu fou de rage contre Rochefort qui avait imposé ses hommes pour la sécurité du roi.

Les Mousquetaires étaient voués à la protection du roi, la garde rouge à celle du premier ministre. Mais Rochefort avait habilement manœuvre pour saper l'autorité de Tréville et imposer ses hommes avec les conséquences que l'on connaissait.

Depuis son retour, alors que l'effervescence matinale régnait dans la caserne, il avait convoqué ses meilleurs éléments sur ordre du souverain. Avec un sourire de satisfaction, il avait vu entrer ces meilleurs hommes : Athos, Porthos Aramis et D'Artagnan.

L'arrivée de ce dernier lui avait fait froncer les sourcils. Le jeune homme n'était pas censé travailler. Il avait été blessé lors de leur dernière mission et avait été sommé par leur médecin de rester alité jusqu'à ce qu'il soit entièrement guéri. Ce que le capitaine avait approuvé, d'autant plus que Constance entrait dans son dernier mois de grossesse et n'avait guère besoin de se soucier des missions auxquelles son mari pourrait participer.

Alors, en dépit de ses protestations, le cadet avait été renvoyé manu militari chez lui, puis le capitaine s'était tourné vers ses hommes et, après un long moment de silence, il résuma la situation :

– Nous avons eu un incident cette nuit. Des hommes armés se sont introduit dans le palais et de tenter de pénétrer dans les appartements du prince héritier…

Le bruit d'une chaise tombant au sol et celui de la porte du bureau s'ouvrant avec fracas se confondirent. Le second attira l'attention de Tréville plus que le premier provoqué par Aramis qui s'était levé subitement.

Ce dernier, réputé pour son sang-froid de tireur d'élite, écumait de rage. Athos posa sa main sur le bras de son cadet et tenta de le calmer par la force du regard. Voyant qu'il n'obtiendrait aucun résultat de cette manière, il se leva à son tour et écoutant le nouveau venu qui réclamait la présence immédiate de son général, y vit une opportunité d'apaiser son ami. Il demanda à Porthos de réquisitionner un véhicule, afin de se rendre le plus rapidement possible au palais, tandis qu'il commençait avec Aramis à mettre au point un plan visant à assurer non seulement la sécurité de l'enfant mais aussi à trouver le commanditaire de cette agression.

A peine le métis avait-il quitté la pièce que le plus vieux des militaires se tourna vers l'homme qu'il tenait toujours par le poignet en lui murmurant :

– Contrôle-toi. Sois un soldat tant que nous sommes ici.

Sa phrase tout juste terminée, Tréville se tournait vers eux et demanda :

– Avez-vous une idée pour gérer la situation ?

– Enquêter pour trouver le criminel et protéger le prince le temps qu'il faudra., énonça abruptement le plus jeune des deux militaires, tremblant de colère et d'effroi.

– Aramis a raison. Nous devons savoir qui est à l'origine de cet acte infame, tout en mettant l'enfant en sécurité. Il faudrait l'éloigner de Paris.

-Il nous faudrait mobiliser des hommes pour une telle opération., soupira le capitaine des mousquetaires qui voyait déjà les contingences matérielles énormes qu'allaient lui couter cette opération.

– Je peux me charger de la garde du prince., déclara, sèchement, le tireur. Un seul homme dévoué à cette tâche devrait suffire.

–Il te faudrait prendre du repos de temps en temps. Tu ne pourras pas rester éveillé jour et nuit pendant des jours et des jours., coupa Olivier.

– Pour la sécurité de mon f…futur roi, je le ferais.

– Ne sois pas borné et écoute ma proposition. Nous pouvons, avec l'aide de sa gouvernante assurer sa sécurité, loin de la capitale. Pourquoi pas sur une autre île. Une équipe, supervisée par Charles, enquêtera ici. Soyons clairs ! Le gamin ne restera pas un mois sans rien faire. Il deviendra fou avant. Et surtout il rendra folle Constance. Voyez avec Bignerol, Fantard et Lemestre, ils sont sérieux, discrets et efficaces. Nous nous chargeons de la surveillance de notre prince. Avec l'aval de notre Roi bien sûr.

Le Capitaine garda le silence un instant, pendant lequel Porthos entra de nouveau dans le bureau disant que la voiture les attendait, eux et leurs bagages. Ces hommes l'impressionnaient. Sans se concerter, sans le consulter, ils avaient préparé leur plan et le mettaient une fois de plus devant le fait accompli.

Il regarda ses officiers, avec fierté : Porthos, ce fils bâtard d'un gentilhomme béarnais et d'une mauresse, grand, bâti comme une armoire, le visage couvert de cicatrices. Lorsqu'il l'avait connu c'était un gamin perdu, vivotant dans les quartier malfamés de la capitale française, où sa mère avait trouvé la mort après l'abandon de sn père.

Olivier, fils d'une famille de la noblesse du Berry et d'amis proches de Geoffroi de Treville, s'était marié à tout juste vingt-et-un-ans. Il avait perdu son frère, assassiné par son ex-épouse, qui s'était révélée être une tueuse, une voleuse, une espionne à la solde de Richelieu. C'est un Olivier, ivre mort qu'il avait ramassé un soir dans le caniveau, Il avait pris soin du gamin et finalement quinze ans plus tard, il était son meilleur agent, avec ses boucles châtains et ses yeux bleus brillants d'intelligence, il espérait secrètement qu'Olivier lui succède un jour.

Et enfin Aramis . Un père tireur d'élite et polyglotte, mort au combat alors qu'il n'était qu'un enfant, lui avait légué sa taille et son charme tandis que sa mère, une Espagnole dont la famille s'était installée en France à la fin du siècle précédent, lui avait offert ses yeux bruns et chaud, son sourire engageant et ses boucles brunes.

Depuis dix ans, ces trois hommes travaillaient pour lui. C'était les meilleurs et encore une fois, ils le prouvaient.

Il poussa un soupir las.

– Allons exposer votre plan au roi et obtenir, je l'espère, son aval.

– Si je puis me permettre Capitaine, déclara Olivier, je suggère que nous prenions nos effets personnels. Si notre plan est validé par le souverain, je préfèrerais éviter des allers-retours qui nous feraient perdre un temps précieux et qui mettrait en danger l'enfant.

Il voulait surtout, bénéficier d'un répit pour calmer Aramis qui était sur le point de faire une folie, comme par exemple partir pour le palais royal et enlever le petit afin de le mettre en sécurité.

Après que leur supérieur eut approuvé l'initiative, le plus vieux suivit son ami jusqu'à sa chambre, pour le calmer.

Le brun lui ne se souciait pas de la présence de son aîné. Il entra chez lui laissant la porte se fracasser contre le mur. Olivier poussa un soupir, et ferma la porte alors que son ami fourrait pêle-mêle ses vêtements dans un sac.

– Calme-toi., déclara-t-il fermement, en s'adossant contre le chambranle.

– Ne me demande pas de me calmer Tu ne sais pas ce que j'éprouve. Il est mon fils, mon enfant, ma chair. Et l'incompétence des hommes de Rochefort a failli lui couter la vie. Tu ne sais pas ce que je peux ressentir. J'ai trahi ma foi. J'ai trahi mon roi. Et chaque jour j'en paie le prix, en sachant que j'ai là un fils que je ne peux prendre dans mes bras. Que je ne peux élever. Que je ne peux embrasser. Que je ne peux cajoler lorsqu'il pleure. Que je ne peux même pas protéger, car on finirait par s'interroger sur ma présence constante auprès de lui. La seule façon que j'ai de l'approcher est de séduire une pauvre fille adorable qui m'aime plus que tout et à qui je mens afin de profiter une fois par semaine d'une heure avec mon fils. Voilà ma croix. Mais ne me demande pas de me calmer. Ne me demande pas de ne pas être hors de moi. Ne me demande pas d'avoir peur alors que l'on a attenté à la vie de mon enfant.

– Je ne te demande pas rien de tout ça, Henri d'Herblay, comte d'Aramitz, mousquetaire du roi. Je ne peux comprendre ta réaction, je ne peux qu'imaginer la mienne en pareilles circonstances. Je te demande juste de penser en soldat et non en père. Ecoute-moi, insista-t-il en voyant le père ouvrir la bouche, je te demande de penser en soldat pour pouvoir agir en père. Nous allons protéger le prince héritier. TU pourras le protéger et je t'y aiderai, mais tu dois garder ton sang-froid, pour le bien de notre mission. Aramis doit garder la tête froide pour que Henri puisse protéger son enfant. J'imagine à peine à quel point cela doit être terrible pour toi. Mais si tu n'agis pas en mousquetaire, ce n'est pas seulement la vie de Louis que nous risquerons. C'est celles de notre Reine, la tienne et la mienne. La décapitation pour haute-trahison. Je me suis tu par amitié et par loyauté, mais je ne veux pas risquer ma vie, ni les vôtres. Alors reprends-toi. »

Il s'approcha et lui posa une main apaisante sur l'épaule tandis que Aramis fermait les yeux pour reprendre son emprise sur lui-même.

– Tu es sûr de ton plan ? murmura-t-il.

– Il est le seul qui soit fiable pour le moment. Et j'ai confiance en nos camarades. Ils trouveront le coupable. J'ai confiance en D'Artagnan et en son incapacité à rester en place.

– Ce gamin me fait peur parfois.

– Il a la fougue de la jeunesse. Il se calmera avec le temps. Allez partons. Je dois encore récupérer mes effets. Et s'il te plait, quand nous serons là-bas tâche de te contrôler. Si non, nous sommes tous perdus.

Le brun approuva d'un hochement de la tête. Ils quittèrent la demeure du plus jeune pour se rendre à celle du plus âgé à quelques pas de là. Alors que ce dernier passait la porte, son acolyte l'interpella :

– Athos ? Merci.

Un simple mouvement de la tête lui répondit.

Une heure plus tard, ils étaient réunis dans le bureau du roi.