Bien le bonjour voyageurs !
Je tenais tout d'abord à remercier Clochetout pour son follow, ça fait plaisir d'être suivie ! J'espère que les aventures de la petite teigne qu'est Akkira te plairont ! *smile *
Ensuite une réponse à la review que j'ai reçue s'impose !
Mijoqui : Déjà je te remercie pour ce commentaire pertinent que tu as laissé sur mon chapitre précédent. Tu vas peut-être trouver ça étrange mais je suis rassurée d'apprendre qu'Akkira ne soit pas particulièrement intéressante à tes yeux pour le moment. C'était un peu un objectif que je m'étais fixée avec cette fic. Faire un personnage un peu détestable, qui ne jure que par sa patrie et qui souhaite se venger par dessus tout. Comme je suis l'auteure c'est compliqué de me différencier d'Akkira et de son point de vue, surtout que c'est conter à la première personne. Mais sache que je suis loin d'être d'accord avec les décisions que prend la cocotte. D'un certain côté, je déteste ce qu'elle est mais paradoxalement j'aime énormément son imperfection ainsi que cette évolution qu'elle va subir. Malheureusement je ne peux pas t'en dévoiler plus mais je suis ravie que tu apprécies les passages avec la Akkira du futur ! Il faudra encore du chemin avant de parvenir à cette phase là de sa vie, j'espère juste que la Akkira actuelle ne t'agacera pas trop dans les chapitres à venir *se cache* / Sinon pour l'ombrelle c'est une excellente remarque ! Ça m'a paru tellement évident lorsque tu as souligné cette erreur que je me suis empressée de changer la phrase comportant ce mot. Merci encore pour l'attention que tu portes à cette histoire et pour tes remarques :)
RAPPEL :
- Les dialogues rédigés en gras sont en brigilien.
- Les dialogues rédigés normalement sont en fódlien.
- Les mots que ne comprend pas Akkira sont rédigés comme ceci "? ? ?".
Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !
Chapitre quatre
S'intégrer
Bannière rouge.
C'est ce qui me saute aux yeux lorsque j'arrive dans la cour de l'Académie des Officiers. L'étendard de ma classe me rappelle évidemment l'Empire, le sang, cette couleur que je honnis tant. Aigles de Jais. Le nom du rapace désigne l'animal à deux têtes qui symbolise l'Empire d'Adrestia. Quand au noir, il renvoie à la couleur traditionnelle de l'armure impériale. Je m'arrête et presse ma main contre ma cage thoracique comme pour contenir ma rancœur. Des étudiants me bousculent sans le vouloir et ne s'excusent pas toujours. C'est blindé de monde, évidemment. J'ai presque l'impression d'être devenue misanthrope. Je me concentre sur les autres bannières pour surmonter temporairement mon ressentiment. Bleu pour les Lions de Saphir et du jaune pour les Cerfs d'or. On sent que les cours ont déjà commencé depuis quelques jours car les élèves s'engouffrent sans hésiter dans leurs classes respectives.
- Ah ! Te voilà ! m'interpelle Petra. Tu en tires une tête, tu es sûre que ça va ?
- Oui.
Elle ne paraît pas du tout convaincue mais poursuit toujours sur un ton enjoué :
- J'ai oublié de te demander hier mais est-ce que tu parles le fódlien ? Je n'ai pas le souvenir qu'il y ait des livres qui apprennent cette langue sur Brigid.
Petra croit, comme Rhéa et Seteth, que je n'ai quitté notre île natale que depuis quelques semaines. Hier, je n'ai pas pu lui parler de mes plans. Il va bien falloir que je la tienne au courant d'une manière ou d'une autre, même si je suis certaine qu'elle risque de me poser des questions sur ce qui s'est passé durant ces cinq dernières années. Alors qu'on se disait tout quand on était mômes, voilà que je me sens réticente à me confier, même à elle. Je sais que je peux tout lui dire, elle a toute ma confiance, le problème n'est pas là... Voyant qu'elle guette ma réaction, je réponds :
- Non je ne l'ai pas apprise, ça ne m'intéressait pas. Mais je me rends compte que je vais avoir de vraies lacunes à cause de ça.
Elle n'est pas surprise. Elle réfléchit puis reprend :
- J'ai lu quelques ouvrages pour apprendre le fódlien à la bibliothèque. Je pourrais également te l'enseigner le soir, si tu veux bien. Je ne suis pas très douée mais ça sera mieux que rien.
Je la remercie en tapotant son dos. Elle ne paraît pas comprendre ce langage muet alors j'ajoute :
- De nous deux, tu as toujours été la plus débonnaire. J'accepte, mais hors de question de t'accaparer toute la semaine.
A peine avons-nous posé un orteil dans la salle de classe que le petit garçon aux cheveux azur déboule dans notre direction. Je sens que Petra se crispe à son approche mais elle affiche un sourire accueillant. Bizarre... Je n'avais pas remarqué ce détail hier, trop émue par mes retrouvailles avec ma cousine.
/
- Yo Petra ! Yo... Akkira, c'est ça ? Je ne me suis pas ? ?, je suis Caspar. Caspar von Bergliez.
Il hésite un peu avant de me tendre la main. Ma mâchoire s'est décrochée lorsqu'il a mentionné son nom de famille. Bergliez. Non. Attendez. Non, non, non. C'est dingue. Maintenant ? Ici ? Vais-je vraiment commettre mon premier meurtre au Monastère devant tant de personnes ? Ma raison tente vainement d'ouvrir sa porte sans se rendre compte qu'elle est fermée à clé. Colère et avarice explosent, polluent mon esprit et assombrissent mon regard. Je repousse sa main avec virulence, ce qui le fait tituber. Déjà je l'agrippe par le col d'une poigne. Mes autres phalanges tâtent ma cuisse à la recherche d'une dague pour lui trancher la carotide. Seulement je ne suis plus une Mercenaire. Je suis une élève à l'Académie des Officiers. Je ne porte aucune arme sur moi. Un bras enserre ma taille et me tire vers l'arrière, au fond de la salle. La moitié des étudiants présents nous observent, ma cousine et moi, avec circonspection.
- Mais qu'est-ce qui te prend ?! rouspète Petra ahurie en chuchotant à moitié.
- C'est un Bergliez ! je crache avec fureur. Tu sais ce qu'ils ont fait ?!
Je ne peux pas contrôler les spasmes dans mes mains. Elles ont soif de châtiment contre tous ceux qui sont impliqués dans le meurtre des miens. Ces derniers mois, j'ai récolté des informations dans de nombreux domaines, entre autres sur les familles qui ont participé à la guerre de Dagda et de Brigid. Le Comte Bergliez est le Ministre des affaires militaires de l'Empire. Il est également celui qui était à la tête des troupes qui ont exterminé nos proches. Caspar est quoi au juste ? Son fils. Ça revient au même, c'est un Bergliez ! Il doit périr ! Petra baisse la tête :
- Oui, il est venu m'en parler de lui-même il y a quelques jours à peine. Sur le coup je lui en ai horriblement voulu et je l'ai fui. Sa simple vue me révulsait.
D'où sa crispation lorsque le petit Bergliez est venu nous saluer. Elle enchaîne :
- Néanmoins, depuis il n'a pas arrêté de faire des efforts pour dissiper le malaise entre nous. Tu as bien vu au réfectoire hier, il se montre toujours avenant. Alors j'ai compris une chose : ce n'est pas lui qui a commis ces assassinats. Il n'est pas le Comte Bergliez.
Je n'en crois pas mes oreilles. Elle a perdu la tête ?! Par tous les esprits, qu'est-elle en train de dire ?! Je suis tellement sidérée que je ne sais quoi répondre. Elle relève les yeux et les plante dans les miens, identiques.
- Nos parents et les siens étaient en conflit. Mais nous ne sommes pas eux.
La Petra de quinze ans. Elle se tient devant moi. Et sa maturité et son jugement me désarçonnent. Le cœur au bord des lèvres, je secoue la tête. Je ne pourrais jamais parvenir à la même conclusion qu'elle concernant les bourreaux de notre peuple. Je fais volte-face et m'assieds à une place au hasard. Son propriétaire ne tarde pas à se manifester mais je le congédie d'un regard. Tout en déballant fébrilement mes affaires de cours, j'établis mentalement une liste de personnes à tuer à Garreg Mach. Caspar von Bergliez y a d'office son nom d'inscrit.
- Aaaaargh ! Nadette est sortie trop ? de sa chambre ce ? !
J'arque un sourcil. Qu'est-ce que c'est que cette fille recroquevillée sous son pupitre ? Elle se trouve dans la rangée devant la mienne. Et puis comme d'habitude je comprends presque rien à ce qu'un fódlien raconte. Ça va être pratique pour déchiffrer les paroles du professeur... Il est où d'ailleurs ? J'arpente la pièce des yeux et aperçois une femme d'un certain âge en train de discuter avec une brune aux yeux de jade. Je reconnais cette dernière, c'est elle qui m'a conduit au réfectoire lorsque je cherchais Petra. Elle est donc dans ma classe. Et la femme avec qui elle papote... Non mais c'est quoi ces obus ?! C'est autorisé de montrer ses miches comme ça ? Dans un lieu monastique ? C'est quoi ce bordel ?
Un étudiant à la chevelure vert fougère s'assied à côté de moi. Il ne m'adresse pas un regard, trop occupé qu'il est à bailler. La trace d'un oreiller est affichée sur sa joue. C'est pas sérieux... Puis trois personnes font leur entrée. Le premier traîne une aura sombre, presque funèbre. Ses prunelles perçantes se posent aussitôt sur moi. Une sueur froide me coule le long du dos. Danger. Cet homme est un danger pour moi, je le sens à sa façon de me disséquer sur place. Et son absence de sourcil ne le rend pas plus hospitalier, loin de là. Un rouquin qui n'arrête pas de beugler son nom – Ferdinand von Aegir, en accentuant bien sur le Aeeeeegir – semble chercher des noises à la seule fille du trio.
La fille. Même sans sa cape carmin de déléguée j'aurais pu deviner que c'est elle. Quelque chose dans son maintien, dans sa prestance, dans sa dignité dénonce son identité.
Edelgard von Hresvelg.
Elle assène une remarque bien sentie au dénommé Ferdinand qui finit par abandonner et par s'asseoir à sa place. L'étudiant ténébreux chuchote quelque chose à l'oreille de la princesse impériale qui se tourne vers moi. Mes ongles se crispent sur la table en bois et l'un d'entre eux se casse. Tout doux Akkira, tout doux. Edelgard et son acolyte se postent ensuite devant moi. Quel supplice, rien que pour soutenir leurs regards attentifs. Je crois que je suis un peu déconcertée par ce que je lis dans les prunelles parme de la déléguée. Tellement de suspicion à mon égard. Elle ne doit pas accorder aisément sa confiance. A moins qu'un autre facteur soit la raison de cette méfiance ? Je sens alors qu'une attaque frontale n'est pas la bonne solution avec quelqu'un de sa trempe. Je vais devoir réfléchir posément à la suite du plan.
Edelgard rejette ses longs cheveux étrangement blancs – c'est possible ça ? - puis se présente et fait de même avec son suivant – Hubert donc. Je ne pige rien d'autres, elle doit utiliser un vocabulaire très soutenu. Toutefois elle ne paraît pas étonnée, Rhéa a dû la briefer à mon sujet. Elle me sourit aimablement et me tend sa main gantée. Ça m'arrange, je n'avais aucune envie de déceler la sensation de sa peau sur mes doigts. Je lui serre sa paume en m'efforçant de ne pas lui péter les phalanges et prononce simplement :
- Akkira McNairy.
- Enchantée Akkira. ? ?.
Je hausse un sourcil. Je ne comprends vraiment rien. Elle fait ensuite demi tour et va s'asseoir tout devant. Le dénommé Hubert s'attarde un peu et son air doucereux me donne des frissons. Il s'incline brièvement puis part rejoindre sa maîtresse. Bon. Je note mentalement leurs noms sur ma liste de personnes à abattre, Edelgard tout en haut évidemment. Mes dents se contractent.
Mon instinct me souffle que ça ne va pas être facile de passer outre la méfiance de cette donzelle vigilante et de son toutou maléfique.
/
La dernière semaine du mois s'est passée sans accroc même si je n'ai rien compris aux cours. Ce ne fut pas compliqué de rester à ma place car personne ne venait me chercher des noises. Un soir, alors que Petra m'apprenait quelques bases de fódlien dans sa chambre, elle m'a expliqué que les étrangers étaient mal vus, surtout par la noblesse. Duscur, Almyra, Albinea, Brigid, Dagda, Sreng. Tous ceux issus de ces contrées sont traités avec hostilité par la bourgeoisie, ainsi on nous évite. Venant d'une structure neutre qui prône l'égalitarisme, ça me fait bien rire. J'imagine que ça ne doit pas être une tâche aisée pour l'Église de Seiros de mettre fin à l'iniquité et au racisme.
Dans la Maison des Aigles de jais, le dédain des sangs bleus pour Petra et moi est palpable. C'est que cette classe ne comporte quasiment que des nobles. Par ailleurs, les élèves adrestiens connaissent les antécédents qui ont ligué Brigid contre l'Empire.
Il y a quand même des exceptions dans cette maison étudiante. A commencer par cet insupportable Caspar qui n'arrête pas de se manifester près de nous. Sa voix portante me donne envie de lui sectionner les cordes vocales. Quel enquiquineur... Il y a également Dorothea Arnault, la brune aux yeux de jade, qui est l'une des seules roturières parmi nous. Elle est avenante sans être envahissante. Elle s'entend bien avec ma cousine et me lance des sourires plein de chaleur. Je crois pouvoir certifier que sa présence ne me gêne pas. Et il y a Linhardt von Hevring. Evidemment, je ne lui ai jamais dit que j'avais vécu un bon bout de temps dans le territoire de sa Maison. En fait, pour ainsi dire, je ne lui ai jamais adressé la parole. Il ne s'est pas présenté, c'est Petra qui l'a fait pour lui. Alors pourquoi dis-je que mes origines ne le dérangent pas ? Parce qu'il passe le plus clair de son temps affaler sur mes notes à foutre de la bave partout. Pas aussi haïssable que Caspar, mais on n'est pas loin.
Je dois dire que Petra est bien plus douée que moi pour s'intégrer. La sociabilité, c'est vraiment plus mon truc. C'est... troublant. Où s'est éclipsée la petite pipelette que j'étais ? Elle m'aurait été bien utile pour me fondre dans la masse. Je ne pense pas être capable de m'entendre avec les élèves de ma classe ce qui met en déroute la suite du plan. Comment détruire l'Empire de l'intérieur si on se méfie de moi ?
J'ai trouvé un semblant de solution lorsque le jour de la bataille interclasse est survenu. Mais oui... L'art de la guerre. C'est ce qu'on nous enseigne à Garreg Mach. Si je me montre à la hauteur des attentes de la future impératrice, j'obtiendrai le respect des autres. Pour le moment, l'apprentissage théorique fut une catastrophe. Je ne dois pas louper cette occasion que m'offre la bataille interclasse. Elle oppose les trois Maisons sur le terrain d'entraînement extérieur. Seulement six combattants par classes y participent, notre professeur inclus.
Edelgard a réuni les Aigles la veille au soir. Elle a sorti tout un discours que m'a ensuite traduit Petra dans les grandes lignes. L'Empire adrestien a besoin de soldats hors pairs pour contrer les ennemis qui le menacent. Hm... Je me demande de quels ennemis elle parle ? Guerriers, cavaliers, mages, chevaliers, nous étions libres de choisir notre classe à l'avenir. La princesse impériale a ensuite émis son verdict vis à vis des participants à la bataille interclasse.
Elle-même, Hubert, Linhardt, Petra et moi.
J'étais loin d'être flattée. J'ai perçu ça comme un authentique défi. Vu que j'étais lamentable en classe, sûrement voulait-elle jauger mon niveau sur le terrain. Je vais devoir assurer sinon cette harpie ne va pas me lâcher.
/
- Hubert ! Linhardt !
Edelgard proclame sa stratégie d'un ton autoritaire. Je ne comprends toujours pas son langage trop soutenu mais à la position que prennent Hubert et Linhardt, j'imagine qu'ils vont nous couvrir et protéger Manuela. Durant cette semaine, j'ai beaucoup observé mes futurs ennemis. Le toutou maléfique étudie les sciences et la magie noire. A son air sournois et serein, on dirait qu'il prépare un mauvais coup qui va faire mouche. Linhardt est un mystère pour moi. En revanche, son gabarit malingre me met sur la piste. Il ne doit pas apprécier le combat au corps à corps.
La déléguée se positionne en tête, hache en acier à la main. Petra à sa droite, munie d'un d'une épée en fer, et moi à sa gauche. Équipée de...
Purée je peine à le croire...
Équipée d'une épée d'entraînement seulement. Mon choix a déconcerté mes « alliés » - oh bordel ce mot me donne des frissons de dégoût. Seulement impossible de prendre une dague ou un arc sans me trahir. Ma posture, ma gestuelle, je n'ai plus rien d'une guerrière brigilène. Je ne souhaite pas qu'ils devinent mon passif de Mercenaire ni d'assassin.
Comme j'ai un pommeau au creux de ma paume, mécaniquement j'essaie de faire tournailler la fusée entre mes doigts. Grossière erreur. Je manque de peu de faire tomber mon arme avant même que l'affrontement n'ait débuté. Note à moi-même, une épée n'est pas une dague.
Mal à l'aise, je consulte le terrain vallonné. Une partie des Cerfs est camouflée dans les fourrées à ma gauche. A cause du relief, je ne discerne même pas leur enseignant. Seul un gringalet à lunettes et à la coupe au bol vert amande s'est placé en avant. Serait-ce un leurre ? Pour les Lions, tout comme pour nous, on distingue facilement leur première ligne de front de leur deuxième. Une frisée et un épéiste aux cheveux retenus en chignon font face à Edelgard et à ma cousine. Cette fille... Ce ne serait pas celle qui épiait quelqu'un ? A l'arrière, je reconnais le blond à la lance. J'ai dû le croiser lors de mon arrivée. Tiens mais...De mémoire, c'est lui que la fille aux bouclettes noires suivait. Cape bleue. C'est donc lui Dimitri ? Et leur professeur... C'est déconcertant, son visage me dit quelque chose...
Un membre du personnel du Monastère fait sonner le gong dans sa main. Je m'ébroue. Ce n'est pas le moment de spéculer sur ça, Akkira, concentre-toi sur le minus. Qui rengaine à toute vitesse sa lame pour faire basculer un arc qui se cachait dans son dos. Merde ! J'esquive la flèche facilement en bondissant latéralement. Il est aveugle ou quoi ? Même un marmot aurait évité son attaque !
- Akkira ! Revenez !
La princesse impériale me rappelle à l'ordre. Je comprends alors le but de cette manigance. Ce freluquet à lunettes essaie de m'écarter de mes « alliés » !
- Petite raclure ! je peste en brigilien.
Il ne me laisse pas le temps de me replacer qu'il fonde sur moi. Mon instinct prend alors le dessus et mes yeux s'assombrissent. La garde. Le pouce doit suivre l'alignement de la lame, c'est comme un prolongement de mon bras. Pieds bien ancrés dans le sol enherbé, genoux fléchis, bras armé relevé. Son épée s'abat sur la mienne. Il n'a pas beaucoup de force. Il m'adresse un petit sourire navré. T'excuse pas gamin, tu ignores de quoi je suis capable. Ses prunelles noisette se posent sur ma poigne. Je me rends compte alors que je tiens mon pommeau à une main et lui à deux. Mon habitude à manier une dague me perdra... Nous nous écartons prestement et tout à coup un bolide sort d'un buisson et se rue vers moi, gantelets en fer aux poings. C'est l'ami de Caspar, celui qui n'arrête pas de s'empiffrer au réfectoire. Il s'arrête à mi-chemin et se protège avec ses bras. Un miasme noirâtre s'abat sur lui. Je ne me retourne pas. Plutôt mourir que de remercier Hubert.
Un cri.
Petra. Mon corps se statufie. Tous mes sens sont en alerte et j'oublie mes adversaires pour la chercher, elle. Je la découvre à une trentaine de mètres de là, étendue dans l'herbe. Elle se relève péniblement, signe qu'elle vient de subir l'assaut de l'un de nos opposants. Mon sang, qui s'était figé en même temps que mon corps, entre en ébullition. Qui ?! Qui a osé ?!
Cette fille. La frisée. Elle a encore la paume ouverte dressée vers ma sœur.
Et alors je ne réponds plus de rien. Je lâche mon épée d'entraînement qui se planque dans l'herbe, apeurée par mon visage crispé. La colère qui m'habite se mue en une fureur monstre. Je pourrais rugir si ma bouche s'ouvrait. Elle va payer... Tous ceux qui s'en prennent aux miens doivent payer ! Je bondis et déferle à vive allure vers ma future victime. Telle une ombre, je me fonds dans le décor, mes bottes ne produisant aucun bruit en effleurant le sol. En un instant je suis sur ma proie. Au dernier moment elle me repère. Son visage indéchiffrable ne laisse rien transparaître. Ni surprise, ni effroi.
Elle tend la main pour me lancer un sort mais je suis plus réactive. Mes doigts se referment sur son poignet que je tords sans ménagement. CRAC. Elle n'a pas le temps de grimacer de douleur que déjà je l'ai attrapée par la nuque, agrippant le col arrière de son uniforme. Ma jambe fauche la sienne et la voilà déséquilibrée. Ni une ni deux, j'use de ma prise et de ma force pour la clouer au sol. Son dos heurte violemment la terre. Déjà ses yeux gris s'ouvrent pour trouver une solution. Je n'ai pas encore terminé, tu ne m'échapperas pas ! Je bloque l'une de ses épaules avec mon pied, son autre bras avec mon genoux et
je lui cogne salement le menton. Encore mieux que ça, je la tabasse. Mes poings pleuvent sur sa figure. Mes dents sont si contractées qu'elles représentent un seul bloc. Un grondement se déploie dans ma gorge tandis que je lui refais le portrait. Des ecchymoses apparaissent déjà sur sa peau laiteuse. Puis du sang, il perle de son nez et s'extrait de sa bouche gonflée. Je suis en nage mais je ne peux pas m'arrêter. Je ne le souhaite pas. Saloperie de...
- Arrêtez-vous !
Deux personnes me dégagent de là en me tirant vers l'arrière. Je suis tellement épuisée par mon assaut que je ne parviens pas à résister. Edelgard et Manuela. Le sang sur mes poings est en train de tacher les habits de mon professeur mais celle-ci ne paraît pas s'en offusquer. Elle a braqué ses prunelles scandalisées sur moi. Edelgard exhibe la même expression, quoi qu'elle se retient un peu plus. Et elles ne sont pas les seules. Tout le monde s'est interrompu pour nous regarder. La frisée tremble de tous ses membres contusionnés et se passe la main sur le visage. Elle se met à pleurer. Edelgard et Manuela me balancent des phrases que je ne comprends pas, mon cerveau s'étant mis en mode « off ». J'entends uniquement ma respiration saccadée qui se réverbère dans ma boîte crânienne. Qu'est-ce qui y a ? Qu'est-ce qui ne va pas ? Ne devons-nous pas mettre en déroute nos adversaires ? Ma fureur aurait dû leur être bénéfique, j'ai mis cette fille à terre, non ? Elle s'en est prise à Petra, c'est normal que je riposte. Alors pourquoi vous tirez tous cette tête déplaisante ?
Pourquoi ?
Je n'ai pas le temps de récupérer assez de souffle pour pouvoir poser au moins l'une de ses questions à cette femme aux seins énormes. Comme je ne fais pas l'effort de la comprendre, elle pointe l'extérieur du terrain d'entraînement. Déjà Edelgard s'est détournée pour réorganiser son équipe. Oh, je vois... On m'exclue de cette bataille. Piquée dans mon orgueil, je me mets à détaler loin d'eux tous. Je ne jette pas le moindre regard à ma cousine.
Je pars loin d'elle également.
/
Le bien et le mal.
Tout se confondait dans ma tête à cette époque. Je n'arrivais pas à reconnaître mes torts tout simplement parce que je ne les voyais pas.
La violence.
Je prétendais qu'elle était la solution à tous mes soucis. Elle m'avait sorti du pétrin plus d'une fois. Cependant, c'était bien elle mon problème. Elle m'éloignait des autres et m'empêchait de leur ressembler. Déjà cataloguée comme « étrangère » par de nombreux nobles, j'étais à un cheveu de passer au rang de « paria ». Ma violence à moi, elle ne se manifestait pas seulement dans mes coups. Elle faisait partie intégrante de mon existence, dans cette situation dans laquelle j'évoluais.
Et je refusais de la remettre en question. Je refusais de la changer.
Du moins pour le moment.
/
Je fulmine déjà lorsque que je sors le balai et le saut du placard d'entretien. Ça ne fait que cinq jours que je suis punie et ça m'agace déjà. Et dire que je vais devoir nettoyer la bibliothèque et le réfectoire tous les jours et ce jusqu'à la fin du mois de mai. Et pourquoi au juste ? Pour avoir frappé mon adversaire ? On nous enseigne quoi ici au juste ? L'art de la guerre ? Tu parles... En tout cas, ce carnage m'a appris quelque chose. Mon comportement n'est pas normal, ou tout du moins il n'entre pas dans les normes. Moi qui voulais forcer le respect des autres, c'est loupé... A présent, quasiment tout le monde m'évite, même les roturiers, et même les étrangers. Je vais devoir, encore, changer de tactique. Être plus discrète, comme me l'a enseigné Shamir. Sinon je ne pourrai jamais entraver leur méfiance.
Les Lions de saphir ont gagné à l'issu de la bataille interclasse. Du peu qu'a voulu me dire Petra, Luna von Arundel – la frisée - a complètement vrillé après mon départ. Elle s'est passée plusieurs fois la main sur son visage contusionné, s'est mise à geindre puis a envoyé sa magie dans tout le terrain d'entraînement. Il a fallu que son professeur intervienne pour la calmer. Elle a ensuite été évacuée pour se faire soigner. Et malgré tous ces incidents et une unité en moins, ce sont les Lions qui sont ressortis vainqueurs. Ils sont forts, et...
Mon nez percute un torse.
- Pardonnez-moi, fait une voix masculine. Vous ? bien ?
Je relève les yeux en me frottant le museau. Byleth, l'enseignant des Lions. Sa main est posée sur mon épaule et ses yeux bleu majorelle analyse mon état. Il a l'air vraiment bienveillant. Tout à coup son visage vu de si près me renvoie à un souvenir. Je l'ai déjà aperçu. Mais oui ! C'était à Remire ! Il était aussi Mercenaire et ne voyageait pas seul. Il était avec... je déglutis. Jeralt ! Je comprends alors pourquoi leurs figures m'évoquaient quelque chose... Ils étaient réputés dans le milieu, je me demande lequel des deux porte le pseudonyme de « Briseur de lames ». Jeralt peut-être ? Je m'écarte de lui. Va-t-il me reconnaître ? Non, c'est impossible, je ne retirais jamais ma capuche lors de mes assassinats et même pendant les missions que me confiait mon associé. De plus je n'ai jamais travaillé en collaboration avec eux. Après le départ de Shamir, il m'est arrivé une seule fois d'effectuer une mission avec un autre individu. C'était pour détrousser la gérante d'un lupanar affiliée à la Maison Gerth, alias la famille qui a arraché Petra à ses terres en signe d'allégeance impériale. J'ai égorgé cette scélérate tandis que mon acolyte a empoché le pactole. Je peux être rassurée, je ne risque pas de recroiser ce type ici.
Tandis que je reste muette, il sourit et finit par poursuivre son chemin. Ça me renverse un peu. Tant d'indulgence émane de cet homme...
Je monte des escaliers puis arrive enfin à la bibliothèque. Mince, il y a encore des étudiants, je ne vais pas pouvoir passer ce foutu balai ! Je soupire, lâche mes ustensiles de nettoyage et croise les bras. Quatre personnes sont encore présentes. Je reconnais sans mal Linhardt, à force de récupérer ses nuits sur mon pupitre j'ai eu le temps d'examiner son cuir chevelu. Il est adossé à une étagère et a le nez plongé dans son ouvrage. Un autre garçon bouquine debout en me tournant le dos. Il est brun et ses cheveux sont ébouriffés. Sur ma droite, assise à une table, une petite fille à la crinière aussi étrangement blanche qu'Edelgard prend des notes sur un cahier. Pour travailler aussi tard, j'imagine qu'elle est studieuse. Enfin, la dernière personne... Luna. Elle est en train de traîner difficilement une petite échelle, le visage garni de pansements. Elle doit manquer de force.
Bon. Je vais ne pas rester planter là à les fixer sans bouger, ils vont définitivement me prendre pour une aliénée. Il est tard, ils ne devraient pas s'éterniser. Je vais en profiter pour dénicher un bouquin sur l'apprentissage du fódlien. J'arpente des yeux les étagères, même celles inaccessibles par le petit être que je suis. Pas ici, pas là non plus... Ah, ça devrait se trouver dans ce coin là ! Une alvéole de la bibliothèque porte l'inscription « à consulter sur place ». Arf, je ne vais pas pouvoir les emprunter, je serai donc contrainte d'étudier dans cette pièce habituellement pleine de monde. Bon, où sont les livres sur la langue de ce pays ? Je lève la tête et découvre avec horreur qu'ils sont situés sur l'étagère du haut. Bon sang...
Je me dresse sur la pointe des pieds et allonge le bras, mais rien n'y fait. J'essaie encore, quitte à me déboîter l'épaule, quand tout à coup une main apparaît et saisit l'ouvrage que je convoitais. Qu'est-ce que... ? Je fais volte-face en arborant une position défensive. Des prunelles émeraudes m'accueillent ainsi qu'un sourire. C'est le brun aux cheveux ébouriffés, je n'avais jamais vu son visage. Sa cape dorée accrochée à son épaule attire mon attention. Je tilte alors. Il s'agit du délégué des Cerfs, Claude von Riegan.
Il me tend le livre et, au moment où je m'apprête à le saisir, il recule. Quoi ?!
- Vous êtes Akkira McNairy ?
Ce type devait être sur le terrain d'entraînement, il a donc assisté à mon assaut furieux sur la fille Arundel. Est-il venu me chercher des noises ? Je lance :
- Que tu veux ? Hrm... Que veux-tu ?
Le brun hausse les sourcils et ses lèvres s'étirent encore plus. Je comprends aussitôt ce qui le surprend. Je l'ai tutoyé. Petra m'a pourtant averti de vouvoyer tout le monde. Elle trouve ça extravagant et pompeux, et moi encore plus, mais il faut qu'on se fasse aux principes de ce continent.
- « Vous », je rectifie.
Il balaye l'information de la main, comme si ça lui était égal. Étrange... N'est-il pas un noble ? Héritier de l'Alliance qui plus est ? Je lève les yeux au ciel. Savoir comment il fonctionne est bien le cadet de mes soucis. Et je me fiche bien du livre qu'il m'a pris, il y en a d'autres. Je me penche pour visualiser l'échelle. Luna a grimpé dessus et consulte son bouquin debout. Elle se fiche de qui ? Elle est bien assez grande pour attraper les livres placés sur la dernière étagère ! Mais plutôt me taillader les veines que d'aller lui parler. Je reporte mon attention sur ce garçon enquiquinant. Il est en train de se frotter le menton, perdu dans ses réflexions.
- Qu'est-ce que je ? bien vouloir ?
Je plisse le nez. Encore un mot que je comprends pas. Je le répète :
- « Pourrais » ?
Ce Claude fait alors le lien entre ma méconnaissance du fódlien et le livre que je voulais consulter. Il reprend et mes prunelles colombin se posent sur ses lèvres pour bien saisir tous les mots qu'il emploie :
- Qu'est-ce que je peux bien vouloir ?
Ses deux émeraudes naviguent dans toute la pièce, s'attardant sur certaines alvéoles, puis reviennent vers moi. C'est comme s'il me mettait au défi de le déchiffrer. Je serre les poings et le toise par en dessous. Ça l'amuse ? Il croit que j'ai que ça a faire ? Pourquoi ne me fuit-il pas comme les autres ? Son sourire est chaleureux et éternel, il s'évertue à rassurer son interlocuteur. Mais son regard scrutateur ne me trompe pas. Froid, calculateur, il essaie de me percer à jour. Alors, je crache en brigilien :
- Des emmerdes.
Je lève lentement mon bras gauche pour attirer son attention. Pile au moment où ses émeraudes dévient vers ce leurre, avec ma main droite j'administre sur le livre une petite frappe bourrée de vélocité. Il vole dans les airs et je le réceptionne aisément. Puis je tourne les talons sans attendre une quelconque réaction et vais m'asseoir à une table, loin de ce gêneur.
S'il ose revenir à la charge, je serai capable de le mordre à sang.
Le petit commentaire de l'auteure : Aaaaah Akkira... *soupire et frappe sa tête* Sois plus sympa bon sang !
Le chapitre s'intitule "S'intégrer", j'aurais pu rajouter "...ou pas" juste après aha ! Comme vous avez pu le constater, il va être compliqué pour Akkira de trouver sa place à Garreg Mach et donc d'accomplir à bien la mission qu'elle s'est fixé. La violence, voilà ce qui la sépare constamment des autres. Le pire c'est qu'elle ne s'en rend même plus compte. Cela fait cinq ans qu'elle survit dans un milieu sauvage, où elle est livrée à elle-même. Pour elle c'est devenu "sa normalité". On lui demande de se battre ? Très bien, elle en vient même aux poings. On sent toute son incompréhension lorsque Manuela lui demande de quitter le terrain.
Bref, l'évolution d'Akkira se fera petit à petit avant de devenir ce qu'elle est 10 ans plus tard. A tout bientôt pour la suite !
Chapitre 5 : S'emporter
Ciaossuuuu !
