Bien le bonjour voyageurs !

Je tenais avant tout à remercier Mijoqui pour son follow mais aussi son commentaire génialissime ! Voici une réponse en bonne et due forme :

J'avoue que Caspar a pris cher le pauvre, j'ai eu de la peine pour lui... Mais oui les autres, réagissez bon sang ! Ne soyez pas aussi sonnés ! Je pense que les nobles des Aigles ne sont pas habitués à un tel comportement belliqueux au sein de leur classe x). Ah ah, c'est vrai que cette Maison comporte des personnages aux personnalités très variés ! Akkira va en voir de toutes les couleurs je pense... Pour Caspar, bien vu ! Je me suis effectivement beaucoup inspirée du soutien Caspar/Petra, notamment de leur soutien C. :) Hmmm pour la bataille interclasse, Akkira a préféré prendre une arme d'entraînement parce qu'elle sait qu'elle gère pas du tout avec une épée. Et comme tu l'as parfaitement noté... ben elle s'en est pas beaucoup servi au final ! Encore une fois on sent bien le décalage entre elle et les autres personnages. Pour la discussion entre Petra et Akkira... Héhé, je ne t'en dis pas plus, je te laisse regarder ;) En ce qui concerne Jerlat et Byleth, je souligne juste qu'elle portait toujours sa capuche, donc pas certaine qu'ils aient pu voir son visage :3 Mais les doutes ne sont pas exclus ! Et oui Claude... Ah la la sa curiosité maladive et lui ne changeront jamais ! xD En tout cas je te remercie pour cette review très pertinente ! Depuis que tu lis ma fic je fais plus d'efforts pour peaufiner les détails, repérer les éventuelles bourdes. Ca me fait plaisir d'être suivie par une personne passionnée par FE :) J'espère que la suite ne te décevra pas !

RAPPEL :

- Les dialogues rédigés en gras sont en brigilien.

- Les dialogues rédigés normalement sont en fódlien.

- Les mots que ne comprend pas Akkira sont rédigés comme ceci "? ? ?".

Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !


Chapitre cinq

S'emporter

Insupportable. IN-SUP-POR-TABLE.

D'ordinaire je m'accommode de la solitude mais là j'aimerais bien que quelqu'un me vienne en aide et me retire cette sangsue qui porte le nom suivant : Claude. Tous les jours je me rends à la bibliothèque, et pas seulement parce que je suis de corvée de ménage. Et à chaque fois que je consulte les livres d'apprentissage du fódlien, je peux être certaine qu'il va venir roder autour de moi. J'ai tout essayé pour l'éviter.

Le foudroyer du regard n'a pas marché.

Me faufiler entre les étagères, telle une ombre, fut un parfait échec.

Même faire mine de le mordre ne l'a pas fait fuir !

Parfois il déboule juste pour me balancer au visage son sourire énigmatique. Il ne prononce pas une parole et repart aussitôt pour dévorer je-ne-sais-quel bouquin. Dans ces cas-là il m'ignore complètement étant absorbé par sa lecture. Tant mieux. Malheureusement pour moi ces miracles n'arrivent que trop rarement. Je me mords rudement l'ongle du pouce en passant dans la cour de l'Académie des officiers. J'ignore ce qu'il cherche à faire mais ça ne me plaît pas. Ce garçon joue dangereusement avec mes nerfs, je ne dois pas rentrer dans son jeu.

D'ici j'entends la Cathédrale carillonner. J'étais tellement égarée dans mon agacement que je n'avais pas remarqué que le crépuscule avait entaché le jour. Et merde, je n'ai plus le temps d'aller m'entraîner ! Je ne suis toujours pas à l'aise avec une épée et entre ma punition, l'initiation à une nouvelle langue, les devoirs et Claude, je ne trouve jamais le temps suffisant pour m'améliorer à la pratique. Je redouble d'allure, et tout le monde se retire promptement à mon passage.

En déambulant devant le dortoir de ma cousine, je me rends compte tout à coup d'un détail. Un détail qui aurait dû avoir toute son importance plus tôt. Depuis la bataille interclasse, le dialogue est presque rompu avec celle que je chéris le plus dans ce monde cruel. Une douleur aiguë s'insinue en moi. L'aurais-je blessée d'une quelconque façon ? Je me fiche de meurtrir les autres, mais elle...

Je toque à la porte de sa chambre. Pas de réponse. Je fais aller la poignée et constate que ce n'est pas fermé. Ça ne m'étonne pas. Les brigilènes gardent constamment leurs entrées grandes ouvertes, et ce même lorsque la nuit chasse le jour. Petra devrait être plus prudente ici. Cependant d'une certaine façon ça me rassure qu'elle ait conservé cette habitude que je n'ai plus. J'entre et referme derrière moi. J'aime beaucoup son dortoir, bien plus que le mien. Des peaux de bête recouvrent le sol et quelques mobiliers. Elle a dû les chasser et les dépecer elle-même. Une odeur sauvage rôde dans l'air et me met à l'aise. Je m'affale sur son lit et observe le plafond.

Que dira-t-elle en me retrouvant dans son quartier ? Je n'en reviens pas de me poser ce genre de question. Tout était beaucoup plus... limpide entre nous avant. Est-ce ma faute ? Ou la sienne ? Ou celles de ces cinq années qui nous ont séparées ? Je me mets assise et croise les mains sous mon menton. Ces cinq années... Ça fait belle lurette que Petra m'a raconté tout ce qui lui est arrivé. Depuis son départ précipité de Brigid pour Enbarr, la capitale de l'Empire, à son arrivée à Garreg Mach. De mon côté je n'ai encore rien révélé.

Une boule d'angoisse s'insinue dans ma gorge. En vérité, je n'ai rien envie de lui confier à ce sujet. J'ai tellement peur que mes mots souillent ce qu'elle est. J'en suis à cette constatation lorsque la porte s'ouvre. Petra se fige un instant en m'apercevant sur son lit. De la sueur perle sur son front et humidifie son haut qui colle sa peau. Elle s'entraîne bien plus que moi, et encore plus depuis la bataille interclasse. La bataille interclasse... L'évidence me frappe violemment l'esprit, telle une vague qui s'abat sur la berge.

- Qu'est-ce que tu fais là ? fait-elle en s'efforçant d'être amicale.

- On... fait nos devoirs ensemble ? dis-je un peu au hasard.

A ces mots je sors un cahier et le secoue devant elle. Elle hoche mollement la tête. Elle retire son haut pour en prendre un plus sec et l'enfile. Puis elle vient me rejoindre. Je l'observe tandis qu'elle fait défiler les pages de son manuel pour trouver la page correspondante. La bataille interclasse... Mais oui. Petra m'évite depuis cet événement. Je l'ai défendue, je me suis énervée pour la venger. Seulement, était-ce ce qu'elle souhaitait ? A présent la réponse sonne comme une logique imparable.

Non. Evidemment que non.

Elle qui a tout fait pour s'intégrer, voilà que je ruine en partie ses efforts en poussant les autres à craindre les brigilènes. Et il n'y a pas que ça... Petra est bien plus studieuse que moi, elle passe la majeure partie de son temps libre sur le terrain d'entraînement. De quel droit me suis-je interposée pour lui venir en aide ?

Terrorisée à l'idée de l'avoir blessée, j'essaie de trouver un sujet de discussion. En vain. Alors je sors une question aléatoirement :

- Tu t'es entraînée avec qui ?

- Le professeur Jeritza était présent pour apprendre une estocade aux épéistes. Après je me suis entraînée un peu avec Felix mais il est bien plus fort que moi. Et puis... Ah oui ! Dimitri est arrivé alors il est parti. Caspar, Ingrid et Leonie m'ont rejointe peu après.

Caspar... Instinctivement mes muscles se contractent. Je lâche d'un ton plus acerbe :

- Que comptes-tu faire au juste ?

- Et toi pourquoi tu n'utilises plus d'arc ? riposte-t-elle comme si la question lui brûlait les lèvres depuis des jours. T'étais pourtant l'une des meilleures parmi les enfants de l'archipel !

Je secoue la tête pour chasser sa curiosité et retente :

- Que compte-tu faire ?

- A quel sujet ?

- A propos de l'Empire.

Ce tact légendaire... Ma brusquerie verbale l'abasourdit. Il est vrai que je mourrais d'envie de lui faire cette demande depuis qu'on s'est retrouvées, néanmoins ce n'était clairement pas le moment opportun. Elle abaisse son cahier et j'affronte ses prunelles identiques aux miennes. Elle déclare :

- Il n'y a rien à faire, Akkira.

Les termes qu'elle utilise et le ton qu'elle a choisi me trouent le cœur. Co-comment ? Ai-je bien entendu ? Pourquoi une partie de moi se doutait de sa réponse ? Et pourquoi l'autre se sent trahie ? Petra étudie mon expression avant de poursuivre plus calmement :

- Ma sœur, pourquoi refuses-tu de voir que je te disais déjà quand nous étions petites ? La guerre n'apporte que la désolation, et non la libération comme tu sembles le croire.

Elle allonge le bras et effleure ma main fébrile.

- Pendant ces dernières années, l'Empire m'a bien traitée, je te l'assure. C'était dur, c'est vrai, Brigid me manquait horriblement, mais je n'ai pas été malmenée. Et Adrestia a également été clément avec notre pays. Que je sache, l'archipel n'a pas été rayée de la carte. Bien au contraire, elle se reconstruit petit à petit sur de nouvelles bases.

Je peux à peine cligner des yeux tellement je suis sur les nerfs. Le moindre centimètre de mon organisme est tendu comme la corde d'un arc. Petra se rapproche et s'évertue à lire une réaction dans mes prunelles figées. Elle poursuit, la douleur faisant chevroter sa belle voix :

- J'aime nos familles de tout mon cœur. Chaque soir, je remercie les esprits de la Terre pour avoir eu la chance de vivre aux côtés de personnes aussi formidables. Ainsi que les esprits du Vent pour avoir eu l'aubaine de respirer le même air que toi. Nos coutumes, nos principes, l'esprit guerrier des brigilènes... Tous ces souvenirs m'ont aidé à tenir même si j'étais loin de ma patrie. Et c'est justement parce que je ne souhaite pas que tu fasses la même erreur qu'eux que je te dis tout ça.

- Une... une erreur ? je répète, totalement interdite.

Une erreur ? La parole me reste bloquer dans la gorge. Les mots de ma cousine ont cette fois écorché ma respiration. Est-ce une erreur de rêver de liberté ? De se battre pour les nôtres, pour nos mœurs ? Est-ce une erreur de risquer sa vie pour ceux qu'on aime ? Déjà je secoue la tête, incrédule. Elle comprend que je m'apprête à me dérober alors elle agrippe mes biceps.

- Je t'en prie ma sœur, il faut que tu le comprennes une bonne fois pour toute. La guerre n'était pas la solution. Je sais que c'est dur d'oublier son ressentiment, de mettre de côté sa haine, je suis passée par là moi aussi. Mais c'est la décision la plus sensée à prendre. C'est à nous autres, enfants, de pardonner, sinon le conflit ne trouvera jamais de fin.

Elle a pardonné. Je défaille, les souvenirs que j'avais canalisés ressurgissent. Le peigne de ma mère qui passe dans mes cheveux. Son souffle près de mon oreille lorsqu'elle contait l'histoire de Brigid. La flèche de mon père qui se fiche dans la hampe d'un cerf. Ses paumes rugueuses que j'aimais contempler. Ils sont morts, tués par nos geôliers. Tout comme tant d'autres brigilènes, dont le père de Petra. Et cette cage. Putain, cette foutue cage imaginaire où nous enferme l'Empire depuis plus de quatre siècles !

- Jamais, je fulmine en me délivrant de l'emprise de ma cousine.

Jamais je ne m'avouerai vaincu ! Je me lève, elle m'appelle, me retient pour qu'on puisse discuter. Et pour la première fois,

pour la première fois,

je la repousse. Elle chute sur le lit et je m'en veux aussitôt. Nous nous dévisageons, toutes les deux éberluées. Puis je ramasse mes affaires et file à vive allure. Quelques secondes plus tard, je me retrouve dans mes quartiers, adossée au chambranle de la porte. Haletante, je me laisse glisser pour me retrouver à terre. Je n'arrive pas à assimiler ce qui vient de se passer. Cette discussion me paraît irréelle. Comment Petra peut-elle... Je me mords la lèvre inférieure à sang pour m'empêcher d'y songer.

Très bien. Dans ce cas...

- Je me vengerai seule.

Seule. Je me suis faite à la solitude, je l'ai côtoyée pendant tant d'années. D'ailleurs c'est sous la lune de La Solitaire que je suis née. Cependant, c'est la première fois que je ressens aussi distinctement son poids. Même lorsque je suis arrivée en Fódlan, je ne me suis pas sentie aussi isolée alors que je venais de perdre les miens et que Petra était hors de ma portée. Petra... Je frissonne lorsqu'une constatation percute mes neurones. Elle est là, la différence. A l'époque, elle se trouvait à Enbarr qui se situe au sud de l'Empire, loin de moi qui évoluais dans les Crocs de Fódlan. Mais mon esprit était toujours connectée à elle, pas une journée ne passait sans que mes songes la retrouvent. Et aujourd'hui elle est juste là, deux chambres à côté de la mienne.

Mais jamais je ne l'ai sentie aussi éloignée de moi.

/

Affreux fut ce mois de mai. J'étais constamment sur les nerfs, du matin au soir. Et même parfois pendant la nuit. Le matin je me réveillais avec la couverture froissée entre mes doigts. D'autres fois, elle gisait à des mètres de moi sur le parquet, comme si je m'étais battue avec elle. J'avais envie de frapper tous les étudiants, de beugler les injustices de ce monde putride et d'égorger Edelgard à chaque fois que je la voyais. J'étais devenue une véritable bombe à retardement, me persuadant que j'étais seule contre tous.

Et je me détestais.

Pour un tas de choses que je ne parviens pas bien à identifier, même aujourd'hui. Mais je me souviens surtout m'être honnie pour mon incompétence. Je ne trouvais jamais le temps pour m'entraîner et du coup je ne fus pas très utile lors de notre assaut contre les bandits qui sévissaient dans le Canyon rouge de Zanado. Ce défilé rocheux se situe également dans les montagnes d'Oghma. Les trois classes furent assignées à cette mission. Manuela me plaça en arrière garde. Elle savait pertinemment que je ne m'étais toujours pas familiarisée avec une épée. Il me semble que je n'ai affronté personne lors de cette mission. Mon incompétence était omniprésente.

Ce qui n'apaisait pas ma colère. Oh non, loin de là.

/

Je sors en hâte du réfectoire. Les tentatives de Caspar pour nouer le contact avec moi me donnent envie de dégobiller ce que je viens d'engloutir en vitesse. Ce qu'il est pénible et bruyant... Tss, ce Bergliez... Ça prend trois ans pour savoir parler mais toute une vie pour apprendre à se la boucler. Rien que pour ne jamais le comprendre complètement, j'aimerais ne pas apprendre le fódlien. Seulement je ne peux pas me le permettre. Je vais passer une heure à la bibliothèque puis après je file au terrain d'entraînement. Nous sommes début juin, ma punition est levée. Je vais enfin pouvoir récupérer un peu plus de temps et organiser autrement mon planning.

Lorsque je pénètre dans la bibliothèque, je constate avec une profonde aversion qu'il y a beaucoup de personnes présentes. Des moines qui quittent la pièce, Byleth, Tomas le bibliothécaire. Et des élèves. Les habituels Linhardt et Lysithea. Mais aussi Luna qui s'est remise de ses blessures, Ferdinand, Ignatz et Annie ou Annette, une petite rouquine. Petra est là également. Je l'ignore. Et mince, il y a Claude. Bon sang, pas lui, pas maintenant. Je fonds sur l'échelle et m'en empare avant que la fille Arundel vienne la réquisitionner. Nos yeux se croisent et elle s'écarte en trébuchant. Je me fiche bien de savoir ce qu'elle pense de moi. Maintenant que j'ai l'échelle, les chances que Claude vienne m'enquiquiner sont amoindries. Pas inexistantes, mais au moins amoindries.

J'attrape toujours le même livre d'apprentissage du fódlien sur l'étagère la plus haute et vais m'asseoir à une table vide. J'ai posé si violemment mes fesses sur la chaise qu'on peut l'entendre craquer à l'autre bout de la pièce. Calme-toi Akkira, ça ne te ressemble pas d'être aussi indiscrète. Ça ne te ressemble plus. J'ouvre le bouquin et démarre un nouveau chapitre centré sur les temps du passé.

Bruit d'une chaise qu'on déplace.

- Yo Akkira, regardez. J'ai ? un livre très intéressant.

Oh non. Il est quand même venu. Il s'est assis qui plus est, il risque de s'attarder. En face, un peu sur ma gauche. Mais bon sang, pourquoi ne me laisse-t-il pas tranquille ?! Pourquoi diable ne fait-il pas comme les autres ?! Je l'ignore royalement, faisant mine d'être happée par ma lecture. Alors il se racle la gorge et tapote son bouquin sur la table. Je jette un simple coup d'oeil vers l'objet entre ses mains et

ma gorge se noue.

« L'histoire de Brigid ».

Même écrit en fódlien, je parviens à déchiffrer le titre. Le nom de mon archipel réveille deux sentiments distincts enfouis en moi. La nostalgie. Et surtout la douleur. Je me redresse contre le dossier, totalement sidérée, et plante mon regard dans celui émeraude de Claude. Son sourire est évidemment présent et il se réjouit que je lui prête enfin de l'attention. Pourquoi fait-il ça ? Qu'a-t-il en tête ? Il commence à faire tourner les pages.

- J'ai tout lu, dit-il toujours avec légèreté.

Il déblatère deux-trois phrases supplémentaires mais je ne l'écoute plus car mon cœur s'est arrêté en même temps que les pages de son bouquin. Son index indique une date. 1175. La guerre de Dagda et de Brigid face à l'Empire. Cet affrontement sanglant où j'ai perdu les miens. Cette date maudite où mon monde s'est effondré, altéré et ou mes émotions ont été lacérées.

Je tremble de tous mes membres. Il poursuit sur sa lancée, me conte probablement ce pan de l'histoire, de mon histoire. Il le fait avec une nonchalance écœurante, ses yeux froids m'indiquent que pour lui il ne s'agit que d'un chapitre qu'il a étudié avec intérêt. Et il l'a fait pour capter mon attention sans savoir que c'était la pire des façons de procéder. J'aimerais lui arracher la bouche mais je ne parviens qu'à baisser le visage pour dissimuler mon désarroi. Ma concentration faussement rivée sur le livre, j'essaie de me convaincre que je suis seule. Seule avec mon apprentissage du fódlien. « Les temps du passé ». Le passé... Même ce livre essaie de percer ma carapace. L'intitulé du chapitre me calcine la vue. Mon repas est en train d'escalader mon œsophage. Je ferme les paupières pour reprendre mes esprits.

Mes mains encerclant mes tempes, j'implore mes oreilles de ne plus écouter ce qui sort de la bouche de Claude. Mais c'est comme ignorer une pie qui jacasse à mes oreilles. Des mots en fódlien pénètrent mes défenses. « Brigilènes » « guerre » « Empire » « mort ».

Mort, mort, mort, mort.

Celui là fait vibrer mes tympans. Qu'il se taise, qu'il se taise. Par tous les esprits, qu'il se TAISE ! FERME-LA !

Prestement, mon bras gauche trace un arc de cercle au dessus de la table. La partie extérieure de la main percute férocement sa joue. Du même mouvement je me lève, faisant vaciller la table, et lui tombe de sa chaise pour s'écraser à terre. Des exclamations de surprise résonnent autour de moi mais je les ignore. La fureur est trop grande. Comment ose-t-il ? Déjà je passe par dessus la table pour me retrouver juste à côté de lui. Mon index et mon majeur esquissent des cercles, comme s'ils faisaient tourner une dague. Des personnes alentours viennent sur nous mais ils ne sont pas assez réactifs. Quand ils se tiendront à notre hauteur, Claude sera déjà mort. Ce dernier se tient la joue et la bouche, cachant en grande partie son expression. Du sang dégouline de son menton, je ne l'ai pas loupé. Seuls ses émeraudes plantées sur moi étincellent de vivacité. Leur froideur s'est volatilisée.

Et alors je m'arrête. Toute colère s'est éclipsée en même tant que son flegme qu'il dissimule derrière des sourires. Quelque chose coule dans mon organisme. C'est frais, c'est humide, ça éteint momentanément le feu qui flamboie dans mes entrailles. Cette émotion jugulée depuis cinq ans me submerge totalement.

Tristesse.

Mes lèvres tremblent et des larmes glissent le long de mes pommettes. Je pleure. Par l'esprit de l'Eau, je suis en train de pleurer. Mes yeux me brûlent, n'étant plus habitués à verser quoi que ce soit. Ce garçon a attisé ma peine en évoquant les miens. Mince, les personnes voulant s'interposer nous ont rejoints, je n'ai plus le temps de le tuer. Mais en ai-je vraiment envie, là, maintenant ? Tout n'est que chagrin et affliction. Je bredouille suffisamment bas pour que seul Claude m'entende :

- Tu peux pas. T'as pas le droit.

Les mains d'autrui essayent de me saisir pour m'écarter, seulement je parviens à me défiler avant qu'elles ne m'atteignent. J'esquive de nombreuses personnes et m'enfuis de la bibliothèque en de grandes enjambées. Des pas sont à mes trousses.

- Attends Akkira !

Petra. J'aurais dû m'en douter. Elle me rattrape et maintient le même rythme que moi. Pas maintenant, Petra... J'évacue mes larmes d'un mouvement de poignet sur mes paupières.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

Le fait qu'elle songe que ce soit sa faute avant la mienne me touche mais je ne ralentis pas pour autant. Il faut que je mette le plus de distance possible entre ce type et moi. Mes pulsions meurtrières sont infernales et me mettent encore des bâtons dans les roues. Après un tel incident, je suis bonne pour soit le cachot soit l'exclusion définitive. Car Claude est...

- Je suis certaine que tu ne l'as pas frappé sans raison, me coupe Petra de mes pensées. Néanmoins tu sais qui il est. Ça ne me plaît pas de parler de rang social mais... Il est l'héritier d'un pays tout entier. Tu veux... tu veux que l'Alliance toute entière se retourne contre Brigid ?

- Bien sûr que non.

- Alors arrête d'agir avec autant d'imprudence ! s'emporte-t-elle. Nous ne sommes pas venues pour nous faire des ennemis et entacher la réputation des brigilènes !

Je devrais ralentir mon allure, voir l'interrompre. Je devrais enfin la regarder et lui demander pardon. Je devrais lui montrer à quel point je l'aime, à quel point je serai prête à tout pour elle. Au lieu de quoi je marche, de plus en plus vite, de peur que mes larmes reviennent inonder mes yeux. Quand je pense que j'ai pleuré à cause de cet emmerdeur... Soudainement, Petra s'arrête au milieu d'un couloir vide et instinctivement je l'imite. Ses sourcils sont froncés de consternation et d'amertume. Je comprends alors qu'elle prend sur elle pour ne pas craquer.

- Mais pourquoi ne me dis-tu plus rien ? enchaîne-t-elle d'une toute petite voix. Je t'ai narré tout ce qui m'est arrivé durant ces cinq dernières années, alors que toi... rien. Tu es devenue si... muette, si distante. Je ne te reconnais plus ma sœur.

Je baisse la tête, honteuse de lui faire autant de peine, honteuse d'être aussi méconnaissable. Même pour moi. Maintenant que je peux comparer mon évolution à celle de Petra, je peux mesurer à quel point j'ai changé. Avec ma coiffure qui dégage mon visage, je ne peux pas lui camoufler mon air perdu. Elle s'approche doucement de moi et pose ses mains tièdes sur mes joues. Des larmes menacent à tout instant de s'échapper de ses beaux yeux colombin.

- Je t'aime Akkira. Et peu importe ce que tu as fait je t'aimerais toujours. Tu te souviens ? Tout ce qui te peine me peine. Tout ce qui te touche me touche. Alors je t'en prie, parle-moi.

Cette phrase qu'on se répétait sans cesse dans ma famille. Ça remue des choses en moi, j'éprouve de nouveau l'envie de chouiner. Cependant cette fois je replace soigneusement les cadenas sur ma tristesse. Elle m'aime ? Tant que je reste silencieuse, oui, sans doute. Mais serait-ce le cas si je lui racontais tout alors qu'elle recherche la paix ? Absolument tout. Tout le sang que j'ai fait couler réapparaît pour venir teinter mes habits et ma peau. Mes mains ont tellement baigné dedans que le liquide rougeâtre goutte sur les dalles. Je peux sentir d'ici ma transpiration omniprésente ainsi que la semence de mon associé couler de mon entrejambe. Si impure, si souillée. A mes yeux, Petra navigue dans la lumière. Elle est éclatante de vie, elle fait tant d'efforts pour devenir la future reine de Brigid.

Moi, je suis l'ombre.

Et je le resterai.

Nous sommes si dissemblables. Je ne veux pas la corrompre avec des paroles obscènes. Ces cinq dernières années me rattrapent ainsi que mon indifférence. Alors je déclare en me détachant d'elle :

- Il n'y a rien à dire.

/

Les pêchés capitaux greffés à mon mode de vie refont surface. La colère fait pulser mon pouls à un rythme ahurissant et appelle l'avarice. Il faut que je me défoule. Sur quelque chose. Non, sur quelqu'un. Un garde impérial ? Mais pour se faire il va me falloir quitter l'enceinte de Garreg Mach, il faudrait que j'attende la nuit pour m'échapper. Edelgard ? Ce n'est pas du tout le moment ! Putain Akkira, calme-toi !

Tandis que je déambule aux abords de l'étang je parviens presque à me convaincre que forniquer avec quelqu'un me permettra de purger ma tendance meurtrière l'espace de quelques instants. Mais avec qui je pourrais fauberger ? Des personnes en vrac me viennent à l'esprit. Sylvain Jose Gautier ? C'est un élève de la Maison des Lions de saphir, mais aussi un sacré coureur de jupon. Il n'est jamais venu me courtiser, peut-être devrais-je m'abstenir avec lui. Jeralt ? Pas certaine qu'il se laisse approcher facilement... Dorothea ? Pourquoi pas. Hubert ? Par tous les esprits, même pour me rapprocher du noyau impérial je ne pourrais jamais forniquer avec cet être malfaisant !

Tout à coup des effluves florales viennent me dorloter les narines. Qu'est-ce que... Je tourne la tête et aperçois une serre. C'est de là que proviennent tous ces parfums délicats. Je n'y ai jamais mis les pieds depuis mon arrivée il y a plus d'une lune, j'ignorais même qu'un tel endroit existait. J'entre sur la pointe des pieds, comme si je redoutais que ma présence gâche ces délicieuses exhalations.

Je reste bouche bée par ce que je découvre. Des violettes, de la lavande, des jonquilles, des roses, des myosotis, des fleurs de lys, du muguet, des œillets et des anémones. Et toutes ces plantes gigantesques qui escaladent les murs et le toit. Toute cette végétation, cette harmonie des couleurs et des senteurs, appliquent un baume apaisant sur ma rage. Les mains sur la poitrine, je n'en reviens pas que ma véhémence qui m'habite constamment se soit amoindrie. Et pourtant j'aurais du le deviner avant.

La Nature.

Elle est ma plus vieille amie. Déjà à ma naissance le docteur des McNairy m'avait enrobée dans une feuille géante et cordiforme, symbolisant l'amour que peut nous apporter la Nature si on la respecte.

- Euh... Bonjour.

Je cligne des paupières. Un étudiant se tient accroupit près d'un carré de plantation. Ses cheveux sont gris et ses yeux... sont beaux. Vert pistache. Le vert est une si belle couleur. Des taches de rousseur surplombent son sourire timide et craintif. Il me semble qu'il est dans la Maison des Lions mais je ne me souviens plus de son nom. Lui par contre doit savoir qui je suis car il semble un peu mal à l'aise. Et je ne sais pas pourquoi, peut-être est-ce grâce à l'ambiance lénifiante, mais je n'ai pas envie que ce garçon me déteste. Je m'accroupis juste à côté de lui et réponds :

- Bonjour. Vous faites quoi ?

Son sourire s'élargit un peu plus, même s'il peine à soutenir mon regard. Et il m'explique ce qu'il fait. Je ne comprends pas tout, il balbutie beaucoup, mais ce n'est pas grave. Je parviens presque à sourire.

Rien ne semble grave dans un tel endroit.


Le petit commentaire de l'auteure : *tape la tête d'Akkira* Mais t'as pas bientôt fini d'être aussi antipathique ?!

En vrai, quand je me suis relue ça m'a fait tout drôle. A l'heure actuelle je viens de boucler le chapitre 9 et déjà j'ai senti qu'Akkira avait bien évolué entre temps. Hélas je ne vous en dirai pas plus ! *rire machiavélique*

Dans ce chapitre, la colère d'Akkira ne cesse de prendre de l'ampleur et finit par exploser au visage de Claude. Seulement, cette fois son courroux est teinté par une émotion qu'elle avait chassé, j'ai nommé tristesse. De son côté, Petra a essayé de percer ses défenses, en vain. D'ailleurs en parlant de la princesse brigilène, on constate bien dans ce chapitre que les modes de pensées des deux cousines sont totalement opposés. Et puis on remarque aussi que Petra est plus à l'aise pour s'exprimer, souvent leurs échanges sont à sens unique. Le dialogue est malheureusement rompu pour le moment. Enfin, le chapitre finit sur une note positive (enfin une !) avec la rencontre d'un certain personnage des Lions *smile*

A tout bientôt pour la suite ! Prenez soin de vous !

Chapitre 6 : Chanter

Ciaossu !