Bien le bonjour voyageurs !
Je tiens avant tout à remercier Mijoqui et Zakuro Kagame pour leurs reviews. Ca me motive à fond pour la suite, vous ne pouvez pas imaginer :3 Et ça me fait du bien d'avoir des avis constructifs ! Voici les réponses à vos commentaires :
Mijoqui : Aha mais le truc de fou c'est que j'avais placé le surnom "pistache" avant de rezieuter les soutiens de Hapi et de Ashe xD Du coup je me suis dit que ça tombait bien, que le surnom devait être pas trop mal pour être utilisé par les développeurs ! Ouais le niveau en fódlien d'Akkira est en stand by comme tu as pu le constater. Elle ne veut plus aller à la bibliothèque et elle est en froid avec Petra (puis de toute manière elle ne veut plus empiéter sur ses études). Ouais aha on ne changera pas Claude xD Merci beaucoup, ce passage me tenait vraiment à coeur :3 Et merci pour ton soutien !
Zak : Aaaaaah toutes ces reviews *émue de la mort* Comme promis je vais répondre à chacune d'entre elles du coup accroche bien ta ceinture xD
Review 1 : Aaaaaah tes compliments sur mon style, je crois que c'est ce qui me fait le plus plaisir dans tous tes commentaires ! Je pense que tu l'as ressenti, pour avoir grandi dans la campagne montagneuse, j'ai énormément d'affection pour la nature. C'est sûrement aussi pour ça que j'ai eu un coup de coeur pour Petra et sa patrie. Hhéhé, petit clin d'oeil à Constance *coucou* ! Et quelque chose me dit que ce ne sera pas la dernière fois que nous verrons ce nom apparaître dans ma fic *smile*. En ce qui concerne El, je crois que tu as une partie de ta réponse avec les chapitres suivants xD Mais comme je t'ai dit par MP, la relation Akkira/El sera très particulière !
Review 2 : Ouais mes chapitres sont assez longs, pourtant j'essaie de faire plus courts que ce à quoi je suis habituée xD (8000 mots). Contente que tu apprécies l'évolution d'Akkira, moi-même j'ai eu envie de lui mettre des tartes dans les premiers chapitres car elle est très autocentrée. Ouais SHAMIR ! Aaaah ce personnage est tellement classe ! Pour son histoire et sa place dans ma fic par rapport au jeu je pense que tu as eu ta réponse en MP :3. Akkira a beaucoup appris à ses côtés, et pas forcément que des bonnes choses ! Faut dire que Shamir ce n'est pas sa mère, mais une Mercenaire (oh ça rime !) Aaah l'art des ellipses, je ne pensais pas le maîtriser mais si tu as apprécié c'est que ça devait aller x)
Review 3 : Héhé je suis heureuse si tu as apprécié les retrouvailles avec cette chère Shamir ! Elle est fidèle à elle-même et franchement j'adore les faire interagir ensemble xD Owiii l'entrée à la Edelgard, bien charismatique comme il faut ! Akkira a direct senti qu'elle avait de la prestance ! Même si de prime abord Akkira a sérieusement envie de lui faire la peau, elle se rend compte que ça ne va pas être possible dans l'immédiat. Qu'elle va devoir peaufiner son plan. Aaaah mais à qui donc s'adresse Akkira ? J'aime laisser planer le mystère UwU !
Review 4 : Aha j'adore, on sent tout ton amour pour Edelgard dans chacun des commentaires x3 C'est excellent ! J'écris souvent mes récits au présent pour le rendre encore plus immersif mais je t'avoue que du coup je galère un peu pour les passages au passé xD (genre pour conjuguer les verbes au bon temps). Je prends plus de temps pour les passages des batailles/combats, ce n'est pas ce avec quoi je suis le plus à mon aise. Du coup merci pour tes remarques :3 Ah purée Ignatz, m'en parle pas xD Je me demande comment Akkira peut lui trouver de "l'intérêt" dans les chapitres qui ont suivi le 4ème. Mais ça m'a fait du bien qu'elle l'appelle "le binoclard" xD Oui c'est bien Luna l'OC de LCDAH, tu as vu juste ! :3 Ouais, *coucou Manuela* Aaaah tu m'as contaminée je n'arrête pas de faire coucou à tout le monde xD Ouaip, désolée pour Byleth, c'est bien un homme :3 *imagine Byleth M avec une paire de seins* Ohmygad. Hello Claude xD
Review 5 : C'est trop la vie les reaction live, j'adore faire ça (et en recevoir) xD J'avoue, c'est exactement ! C'est toi, Akkira, la plus insupportable de la fic xD Comme tu dis elle peut attendre que tout le monde soit partie pour aller à la bibliothèque. Mais je pense qu'elle a tellement pas envie de revoir Claude, qu'elle n'y va pas, elle a le sentiment qu'il serait capable de débarquer à 3h du mat xD Tu m'as tuée avec ton ship Akkira/Petra xD Owiiii la BO de FE3H :3 Elle est tellement géniale, il y a plein de musiques qui m'ont marquée ! Comme tu l'as parfaitement souligné, Petra est plus mature qu'Akkira. Même si elle conserver ce côté fier propre aux brigilènes, elle veut faire comprendre à Akkira que la guerre n'est pas une solution que les crimes du père Bergliez ne sont pas ceux de Caspar. Et je suis hyper contente si tu l'apprécies :3 Aaaah tu m'as fait plaisir avec ton analyse des persos "en cage". C'est TOUT A FAIT CA (oui je le mets en majuscules). Akkira est encore autocentrée à ce stade, du coup elle ne voit pas les problèmes des autres ! Et pourtant elle est loin d'être la seule à souffrir, j'ajouterais même que son passé est loin d'être le pire ! Pour Claude, je pense qu'il a voulu trouver un sujet d'accroche pour intéresser Akkira et pouvoir en apprendre plus sur elle, mais c'était une très mauvaise idée xD On sent qu'il n'a pas percuté que cela pouvait lui faire du mal, c'est aussi pour ça qu'il n'a pas réagi quand elle l'a frappé. Ouais nan Akkira va pas te taper Jeralt s'il te plaît xD Pour te dire à quel point son esprit est un peu détraqué avec ce qu'elle a vécu dans la forêt, elle se fiche de l'âge des gens. NON PAS HUBERT NON PLUS AKKIRA ! Ouiii Ashe :3 Quel amour ce perso *coucou Mijoqui*
Review 6 :Je suis surprise que tu ne trouves pas Felix fort car à mes yeux c'est l'un des meilleurs xD Il a de la force, il est rapide, puis c'est la meilleure unité en tant que fossoyeur (à mes yeux :3). Ouais ça sent la peine de coeur pour Manuela, bien vu ! Ahaha mais ouiiii on dirait une petite enfant *tapote la tête d'Akkira qui essaie de la mordre*. Ouais Claude qui s'allonge dans l'herbe tranquille, dans ce domaine il fait la paire avec Linhardt xD Ouais nan faut pas assez de qualifier Ignatz, y a même pas d'adjectifs qui lui vont à celui là xD OWI LA BO DE FE3H (acte 2) ! Ouais ça permet de souffler un peu, surtout pour Akkira qui commence à reprendre contact acte les moeurs de son pays, en l'occurrence la musique brigilène. Hihi, pour le garçon aux taches de rousseur tu auras ta réponse en début de chapitre ;) En tout cas je te remercie pour tous ces chouettes commentaires qui font tellement rire (et tellement plaisir) !
RAPPEL :
- Les dialogues rédigés en gras sont en brigilien.
- Les dialogues rédigés normalement sont en fódlien.
- Les mots que ne comprend pas Akkira sont rédigés comme ceci "? ? ?".
Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !
Chapitre sept
Parler
Il n'est pas là.
J'étais persuadée de le trouver ici. Cela fait quelques jours que je le cherche.
Je ne sais pas ce qui m'arrive. Depuis l'épisode de la chanson, j'ai une folle envie de parler de plante, de nature. Il va sans dire que cet élan de loquacité m'a désarçonnée. Comme je suis toujours plus ou moins en froid avec Petra, j'ai choisi les murs de ma chambre comme confident. Je leur ai dépeint la scène onirique à laquelle j'ai assistée. J'ai rapidement désenchantée face au problème qui se posait alors : impossible de partager quoique ce soit avec une tapisserie inerte. Partager... Voilà bien un truc dont je n'étais plus capable. Seulement ce besoin irrépressible était là, logé chaudement au fond de mes entrailles. Et il remontait. Il escaladait mes organes internes, assoiffé qu'il était de liberté. Il fallait que je sorte ces émotions virulentes au visage de quelqu'un et qu'il... qu'il m'écoute ? Qu'il me réponde ? Était-ce vraiment cela que j'attendais ? Comment savoir ?
Il n'y avait pas trente six mille façons de le découvrir : je devais essayer. J'ai aussitôt pensé au garçon de la serre, celui aux beaux yeux vert pistache et aux taches de son. Non seulement il semblait avoir la même passion que moi mais en plus il n'était pas aussi fuyant que les autres. Je me suis alors ruée vers la serre, poussée par cette impulsion inattendue.
Mais il n'était pas là.
J'appris plus tard par Manuela que les Lions de saphir étaient partis avec l'arrière-garde pour s'occuper d'un certain Seigneur Lonato sur la voie Magdred. Ce dernier aurait levé des troupes contre l'Église de Seiros. Comme le garçon que je cherchais ne figurait nulle part dans le Monastère, j'ai présumé qu'il faisait partie de cette Maison. Manuela a dû croire que j'étais inquiète pour les Lions car elle a ajouté que je n'avais pas à m'en faire, que Catherine, un Chevalier Saint, les accompagnait.
Après notre discussion, je suis allée un peu marcher sous le déluge. L'esprit de l'Eau, présent sous forme de pluie, m'aiderait à y voir plus clair. A trouver une solution. J'ai alors songé « Qui pouvait remplacer ce garçon ? Ignatz ? Hm... Pas certaine qu'il ait les épaules pour subir l'agression verbale que je réservais au tacheté. Le duscurien ? Il colle sans arrêt l'héritier du Royaume. Depuis que le temps s'est inexplicablement aligné avec la lune d'août – alors que nous sommes en juin - il ne sort plus beaucoup dans la prairie. Et impossible de le déloger de son prince. Arf, je vais devoir attendre le retour de mission des Lions ! »
Et les Lions sont rentrés.
Alors de nouveau je me suis précipitée vers la serre.
Et nous y voilà. Sauf qu'il n'est pas là. Toujours pas.
Merde alors, il est où ce garçon ?! L'agacement agit sur mes poings qui se crispent. Alors que j'ai tant besoin de m'exprimer... Les mots si souvent ignorés par ma bouche s'empilent à présent dans ma gorge. Mon larynx gonfle d'heure en heure. Je ne peux plus attendre...
- Excusez-moi, est-ce que vous vous sentez bien ?
La responsable de la serre. Je m'apprête à l'envoyer paître mais un signal d'alerte s'active dans ma tête. Celui-là même qui tente d'apprendre de mes erreurs. Il faut que je me rende à l'évidence : la violence qui résulte de ma colère ubiquiste ne m'a apporté que des problèmes à Garreg Mach. Calme-toi Akkira... Songe... Songe à ces fleurs qui sont apparues dans le Monastère lorsque tu tenais ce luth entre tes doigts. Leurs pétales, véritable nappes truculentes. Un havre de béatitude à portée de regard. Et alors comme par enchantement, mon irritation s'amoindrit un peu. La botaniste attend ma réponse, un poil intriguée.
- Mademoiselle ?
- Où est... hm...
Je ne sais même pas son prénom, à ce garçon.
- Où est œil... yeux verts ?
Elle rajuste sa coiffe qui dissimule sa chevelure et énumère quelques identités qui me sont inconnues. Comment savoir laquelle est la bonne ? Je me mordille l'ongle mais il n'y a plus grand chose à ronger. Je lui fais signe que ça ira comme ça et prends congé. Je m'accroupis devant une petite parcelle de terre, celle justement où le garçon pistache m'a apostrophée il y a quelques semaines. Son air timide, la candeur de sa voix. Il était agréable à écouter. Je tends la paume vers les minuscules germes. Au toucher je peux juger que la terre vient d'être cultivée. Une petite pancarte indique que des graines de baies de Morfis ont été plantées. Qui est-ce qui s'est occupé de cette plantation à sa place ? D'ailleurs où est-il bon sang ? Est-ce qu'il serait mort pendant cette mission ? Je m'agrippe les tempes. C'est n'importe quoi, vraiment. Depuis quand j'encombre ma cervelle avec ce genre de questions ?
- Oh, Akkira ! C'est vous qui ? comme ça ? ?
Une tête surgit des feuillages et me file une chair de poule de tous les diables. Linhardt. Il baille, à moitié dans les vapes. Sacré nom de... Je me demande parfois ce qui me retient d'assassiner toutes les personnes du Monastère qui m'ont fait sursauter... J'invite mentalement mes pulsions meurtrières à ronger leur frein avant de répéter le terme qui ne me fait pas partie de mon maigre vocabulaire fódlien :
- « Graugner ? »
- Grogner. Comme l'animal. Vous pouvez le refaire s'il vous plaît ? Avec un peu de chance je m'endormirais en ? qu'il s'agit de l'emblème de la Bête.
Je lis sur ses lèvres qui déblatèrent des syllabes paresseusement. Il est facile à comprendre ce garçon. Et le terme « emblème » est sur la bouche de la moitié des étudiants, c'est l'un des premiers que j'ai acquis ici. Il... Hé ? Son buste vient de flancher droit dans ma direction. Sa tête heurte ma poitrine. Attendez, vient-il vraiment de s'endormir ?! Comme ça ? Deux secondes après avoir posé un point à sa phrase ? C'est du délire... A moins que... Par réflexe, je tâte son cou à la recherche du pouls carotidien. On ne sait jamais, peut-être que mes yeux sont capables d'annihiler les gens maintenant. Ça n'arrangerait pas mes affaires...
Boum boum.
Non il n'est pas mort. Juste... étrangement assoupi. Je tire rudement sur ses cheveux vert fougère pour le déloger de mes miches. Des cernes noircissent sa peau laiteuse. Je lui administre une pichenette sur le front.
- Hé !
- Où est mon ? ? balbutie-t-il.
Son « oreiller » ? Ah je crois qu'il s'agit de la literie sur laquelle on repose nos trombines. Faut-il que je lui dise que son oreiller ce sont mes seins ? Je le tire un peu plus sèchement encore et lui tapote la joue.
- Le garçon aux yeux verts avec les taches qui... hm... qui vient ici, il est mort ?
Il se frotte les paupières.
- Ah vous voulez parler d'Ashe ? Non, non, il n'est pas mort. Hm... J'ignore où il se trouve. J'étais en ? de lire ce livre avec Luna et puis elle a pris ? pour ?' ? de son état. Peut-être que vous pourriez le trouver à la ? ?
Bon sang, je n'ai pas tout saisi, même en lorgnant constamment sur ses lèvres. Il s'étire puis saisit le livre qu'il a évoqué, je suppose. Dans le titre je ne comprends que le mot « emblème » et « bête ». Il l'ouvre et se fait absorber par les pages qui le peuplent. C'est comme si plus rien n'existait autour de lui. Je claque des doigts pour récupérer son attention et, pour la millième fois depuis que j'ai intégré Garreg Mach, je répète le terme qui m'a échappé :
- La « Katédral » ?
/
S'il y a bien un lieu dans ce Monastère qui me passe par dessus la tête, c'est la Cathédrale. Voir autant de personnes qui remettent leur destin aux mains d'une déesse... Quelle ânerie. Ils devraient agir par eux-mêmes au lieu d'attendre qu'une entité indiscernable les guide. J'ai croisé bon nombre de croyants pendant mon périple dans les territoires de Hevring. Déjà à l'époque leurs psaumes me faisaient halluciner. Ici le phénomène est centuplé. Normal, c'est ici que se situe l'Eglise de Seiros, noyau des dogmes du continent.
Seulement mon œsophage est tellement encombré que je ne peux plus avaler quoi que ce soit. Chaque lettre est en train de s'imprimer dans ma trachée. Par conséquent, s'il faut m'engouffrer dans ce lieu qui hérisse tous les poils de mon corps pour retrouver le garçon tacheté, je le ferai. Il manquerait plus que je tombe sur Rhéa ou Seteth et là ce serait le pompon...
Trempée jusqu'aux os, je traverse le pont qui mène à la Cathédrale. La vue est prenante d'ici, cependant la grisaille des nuages camoufle l'arrondi pondéré des montagnes d'Oghma. Je grimpe les marches quatre à quatre et déboule sous le porche.
- Attendez mademoiselle !
Un prêtre me barre la route. Lorsqu'il aperçoit mon tatouage sous l'œil droit, la déconsidération qu'il porte pour mon peuple devient hautement perceptible. En fervent dévot et adorateur de la déesse, il ne doit pas voir d'un bon œil ceux qui ne prêchent pas les mêmes croyances. Il m'assène une remarque incompréhensible et comme je ne réagis pas il désigne mon accoutrement. Chaque centimètre de mon corps dégouline sur le carrelage. Pour ne pas m'attirer plus que nécessaire les foudres de l'Église, je ramène mes cheveux par dessus l'épaule et les essore. Des trombes d'eau éclaboussent ses mocassins. Ah mince... Puis ses prunelles méprisantes dégringolent sur mon corps, comme attirer par... Hrm. Je crois que cette tête scandalisée n'augure absolument rien de bon.
- Mademoiselle, voyons !
Il ajoute une phrase quasiment indéchiffrable. Si j'interprète bien – vaste plaisanterie -... je devrais mieux me tenir ici, au plus proche de la déesse ? Ah ah. Parce qu'il est capable de la voir lui ? Je baisse la tête pour essayer de repérer mon erreur, une de plus. Aaaah je vois. Comme l'esprit de l'Eau s'est montré généreux et qu'il m'a copieusement arrosée, mon uniforme est transparent. Notamment le haut qui est blanc. Agacée d'être retenue pour une broutille pareille je croise les bras sur ma poitrine visible. C'est mon mamelon qui le met dans un état pareil ? Il ne faut pas être si prude. Il hésite, puis finit par me laisser entrer, visiblement plus irrité que moi encore.
J'entre dans la nef centrale et mes yeux partent en chasse du dénommé Ashe. Pas de chance, ils rencontrent avant tout la responsable de la chorale. Et qui dit chorale dit musique. Musique, luth, nature. Par tous les esprits, l'alphabet vient de franchir les amygdales et se propage sur ma langue. Je ne vais plus pouvoir me retenir plus longtemps. L'avidité cette fois est d'un tout autre type. Je ne souhaite pas supprimer des gardes impériaux. Je veux... Où est ce gosse nom de... Le voilà, assis sur un banc ! Malheureusement il n'est pas seul. Luna se tient derrière lui. Annie ou Annette, je ne sais toujours pas, et une demoiselle aux longs cheveux châtains clairs l'entourent. Tant pis, il faut que je parle !
Je veux parler !
Là voilà, cette nouvelle forme d'avidité. Cette pensée m'effare totalement et fragilise mon désir de rester une ombre. Néanmoins, je ne peux la refréner. Je me précipite vers le petit groupe et me plante face au garçon. Il a le visage plongé entre les mains. Des prunelles acier, bleu paon et lilas me détaillent de la tête au pied. Mince, ma poitrine. Je noue mes bras de nouveau avant de lancer, la voix entaillée par tous les mots qui ne demandent qu'une chose : la liberté.
- Ashe !
Les épaules du concerné se dénouent pour le laisser se redresser contre le dossier du banc. Alors je... Oh... Les lettres se fanent sur mes lèvres. L'esprit de l'Eau s'est infiltré dans ce lieu de culte pour se répandre sur ses joues parsemées de tache de rousseur. Sa tristesse se manifeste d'une telle façon que j'en suis chamboulée. Elle pénètre mon âme, trouve la chambre de mon empathie et lui caresse le front. Et elle lui dit « Observe. Tu n'es pas la seule à être tourmentée dans ce monde. »
Sa voix fragile qui m'expose ce qu'il entreprend dans la serre, la passion qui se dégage de lui, celle-là même que je voulais inconsciemment égalée, et son indulgence. Et à présent ses jolis yeux pistache inondés par le chagrin. Non... Ce garçon...
Ce garçon ne peut pas pleurer. Ou plutôt devrais-je dire... Il ne le mérite pas. Rien ni personne ne devrait autant l'affliger. Il passe le dos de sa main sur son visage. Puis il la consulte les sourcils froncés, comme s'il ne cautionnait pas la présence de ses larmes.
- Je ne peux pas... Je-je vous prie de m'excuser toutes les quatre.
Il se lève et s'enfonce vers le choeur de la Cathédrale. Ce garçon... Que lui est-il arrivé ? Où est passée sa bonne humeur ? Je scrute mes pieds, songeuse. Mon envie de m'exprimer fourmille contre mes gencives, toutefois il va falloir que je l'étouffe pour le moment. Je ne suis pas digne de l'encombrer avec des paroles incohérentes qui me surprendront moi-même. Je glisse un regard vers les trois consolatrices. Annette/Annie et l'autre élève semblent inquiètes. Quant à Luna, elle ne fait pas attention à moi. Son regard suit la trajectoire d'Ashe. Je plisse le front. Quelque chose m'intrigue dans son expression. Quelque chose qui se trouve être le propre reflet de mon état d'esprit. Oh... Je crois savoir.
Elle non plus ne se sent pas digne d'Ashe. Mais pour quelles raisons ?
/
La lune des Chapelets faisaient tinter ses grains, tel un gong qui sonnait l'heure des certificats de classes novices. Je fus l'une des dernières de ma Maison à le passer, et encore là ma réussite ne fut pas éclatante. Même en m'exerçant tous les jours à l'épée, je peinais à me sentir à l'aise, les aptitudes de Mercenaire ayant été marquées au fer rouge dans mes gestes. A la fin du mois de juin, j'obtins enfin la classe d'épéiste là où des prodiges comme Edelgard avaient déjà le certificat de classes intermédiaires dans leur ligne de mire. Quant à Petra, elle me surprit en acquérant la classe de combattant et en maniant la hache. Plus que jamais, je percevais cette terre retournée puis creusée qui persistait entre nous.
Les chapelets finirent par porter leurs oraisons à leur paroxysme. Les prières s'aventurèrent dans le ciel pour chasser les nimbostratus, en vain. La pluie faisait barrage à la nouvelle lune, celle de La Céruléenne. Durant la première semaine de juillet, les averses façonnèrent une brume qui permit à quelques étudiants de se dérober à la vue d'autrui.
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Disparus.
Voilà bien un mot que j'ai fini par assimiler à force de l'entendre à longueur de journée. Tout comme quelques synonymes. Introuvables, volatilisés. Seteth est dans tous ses états et il n'est pas rare de le voir déambuler dans tout le Monastère. Quasiment la totalité des Chevaliers de l'Ordre sont présents pour protéger Rhéa mais aussi pour rechercher activement les sept personnes qui manquent à l'appel depuis quatre jours. Il faut dire qu'il y a urgence si on considère les rangs sociaux des disparus.
Edelgard von Hresvelg. Dimitri Alexandre Blaiddyd. Claude von Riegan.
Les trois héritiers, rien que ça. Si les pays auxquels ils sont affiliés apprennent leur absence, je pense que c'en est fini de l'Église de Seiros.
Linhardt, Ashe et Hilda, la jeune fille aux couettes roses que j'ai croisée à mon arrivée, sont également introuvables. Et Byleth, le professeur des Lions, aussi. C'est un certain Alois qui le remplace.
Assise à même les pavés, j'observe les candidats du premier tournoi de combat s'affronter les uns après les autres. Il y a un monde fou pour l'événement, les étudiants encouragent les épéistes inscrits, principalement ceux de leurs Maisons respectives. L'envie d'y participer ne m'a même pas traversé l'esprit. J'imagine que Rhéa a permis à l'organisateur du tournoi de maintenir son activité pour détourner l'inquiétude des élèves. C'est bien joué, elle sait y faire. Y a qu'à regarder tous ces visages surexcités.
Le tintement de deux épées qui s'entrechoquent attire mon attention. Felix et Dorothea s'opposent en demi-final. Le garçon ne paraît pas perturbé par l'absence de son professeur et de son délégué. La brune, de son côté, est plutôt agile, son jeu de jambes est bon mais les assauts carabinés du Lion la mettent en déroute. La voilà désarmée au bout de plusieurs minutes. Dorothea quitte le terrain pour rejoindre les tribunes de fortunes et … euh pourquoi vient-elle s'asseoir à côté de moi ? Elle m'offre son sourire le plus éblouissant.
- Alors Akki, j'étais comment ?
Je me tourne vers elle et plante mon regard dans le sien. Akki ? J'ai remarqué qu'elle surnommait tous ses camarades, seulement je ne pensais pas qu'elle oserait avec moi. Ses prunelles vert de jade pétillent de malice et me révèlent bien des choses. Entre autres de la maturité. Elle a eu un sacré parcours avant de se retrouver ici.
- Vous ne me faites pas peur, vous savez ? articule-t-elle à mon oreille.
Je hausse un sourcil, puis fais mine de l'ignorer en me concentrant sur le prochain combat. Mon cœur fait une embardée en découvrant Petra face à Jeritza. Alors que leur duel vient de débuter, Hanneman, l'enseignant des Cerfs d'or, fait son entrée. Il se faufile discrètement parmi la foule et chuchote à l'oreille de plusieurs étudiants de sa Maison. Ni une ni deux, les concernés le suivent hors du terrain d'entraînement. Je fronce le nez. Cela a-t-il un rapport avec la disparition de Byleth et des autres ? Ou peut-être de celle de Luna et Marianne, une Cerf, qui date de la veille ?
Tellement de mystères dans ce Monastère, je m'en rends bien compte à présent. Toutes ces personnes qui ont disparu quasiment en même temps, c'est trop louche. Qu'est-ce qui se trame dans l'ombre ? Ne serais-je pas la seule à y subsister tout comme je ne serais pas la seule à contracter des plans pour renverser l'Empire? Et les autres pays ? Sont-ils à l'abri d'un nouveau conflit ? Et l'Église ?
/
Après la victoire du tournoi par Jeritza, les étudiants émergent en flot du terrain pour regagner la réalité. Celle-là même qui expose à longueur de journée de la crainte et de la tension. Je me tortille entre les élèves pour regagner rapidement ma chambre. J'ai des devoirs à faire, et puis je crois que mes rétines ont enregistré assez d'individus pour aujourd'hui. La foule me met toujours autant mal à l'aise.
Alors que je suis à proximité des dortoirs, une main surgit de l'ombre et bâillonne ma bouche. Je ne l'ai pas sentie approcher ! Tous mes sens sont en alerte. Dans cette position, je sais ce qui va se passer ensuite. Car j'ai souvent été à la place inverse, celle de l'assassin. Avant que son bras ne passe sous l'aisselle, je tente un coup de coude vers l'arrière. Une paume l'accueille. Qu'est-ce que… ? Comment a-t-il pu anticiper mon mouvement ?
- Du calme, c'est moi.
Shamir. Du brigilien. Mes épaules s'affaissent, ça fait tellement de bien d'entendre sa langue natale. Je me laisse alors volontairement entraînée vers un coin plongé totalement dans la pénombre. Elle me plaque au mur et surveille nos arrières. Personne ne l'a vue faire, comme toujours. Je me dégage et la considère gravement. Je ne l'ai pas revue depuis mon arrivée à Garreg Mach, elle était constamment en mission à l'extérieur.
- Qu'est-ce qui te prend ? Si j'avais eu ma dague, je t'aurais lacéré la gorge.
- Si j'ai agi ainsi c'est bien parce que je savais que tu ne serais pas armée. Explique-moi plutôt ceci.
Elle me plante sous le nez une affiche jaunie et abîmée. Mes prunelles, habituées à l'obscurité, se familiarisent rapidement avec les ténèbres environnantes. On dirait un avis de recherche. Et cette tenue... Uniforme en cuir noir qui recouvre intégralement le corps, pourvu d'une large capuche qui camoufle le visage de la personne. Mais... C'est moi... Shamir guette ma réaction et finit par soupirer.
- Ne me dis pas que tu l'ignorais ?
- Et bien... si.
- Je vois. Ce qui signifie que cet avis a vu le jour à peu près au moment de ton arrivée ici. Je n'ai pas pu te l'envoyer avant, quelqu'un aurait pu intercepter la chouette.
Je m'apprête à lui demander, un brin moqueuse, depuis quand elle se fait du mouron pour moi. Sauf que je me rappelle que c'est l'une des dernières choses qu'elle souhaite entendre, alors je m'abstiens. J'analyse l'affiche que Shamir détenait en sa possession depuis quelques lunes. Je suis surnommée... Hrm...
- Qu'est-il écrit au juste ?
- « Le Bourreau encapuchonné ».
J'acquiesce. La somme promise pour ma capture danse devant mes yeux interdits. Je tilte soudainement.
- Les ennemis de l'Empire..., je murmure.
- Hm ?
- Edelgard en a parlé avant la bataille interclasse. Elle certifiait que l'Empire adrestien avait besoin de soldats hors pairs pour contrer les ennemis qui le menaçaient. Et si elle savait pour mon avis de recherche ? Elle n'a pas pu me reconnaître comme mon visage est dissimulé mais... elle se méfie. Oui, elle se méfie de moi depuis le début.
Shamir s'écarte de moi pour s'adosser au mur opposé. Elle rétorque :
- Toujours en train de te prendre pour le centre du monde ? L'Empire a des tas de détracteurs et il en va de même pour le Royaume et l'Alliance. Il n'y a pas que toi.
Je fronce les sourcils.
- Arrête Shamir, je suis sérieuse.
- Et moi on ne peut plus il me semble, rétorque-t-elle sur le même ton. Réfléchis, en intégrant Garreg Mach, tu as cessé subitement tes assassinats. Si le Bourreau encapuchonné disparaît en même temps que toi tu apparais au sein du Monastère, il est normal que la future impératrice le remarque.
Ma respiration s'accélère au rythme que ma conscience emmagasine la logique de ses propos. Elle s'approche et proclame tout bas :
- Je t'avais pourtant conseillé d'être discrète. Pourquoi tu n'en fais toujours qu'à ta tête ?
- Mais je l'ai été ! je m'offusque.
- En massacrant des centaines de soldats adrestiens dans le même secteur ? Je connais tes motifs Akkira, mais laisse-moi te dire une chose. Ce n'est pas de la prudence mais bel et bien de l'imprudence. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même.
Face à ses réprimandes, j'ai l'impression d'être redevenue une petite fille. Toujours sur la défensive, je reprends :
- Pourquoi es-tu venue me prévenir si ce n'est que pour m'engueuler ? Je croyais qu'un Mercenaire ne s'intéressait qu'à sa propre existence.
Elle soupire, l'air tout à coup épuisée.
- Parce que nous sommes liées toutes les deux et ce par ta faute. Je t'ai servi d'alibi pour intégrer Garreg Mach. Si tu chutes, moi aussi. Bon sang, je ne parviens même pas à calculer ce que tu me dois !
Malgré la situation catastrophique, cette remarque très « shamirienne » me décroche un petit sourire. Je poursuis, dans une nuance moins rude :
- Avoue, tu as mal à la langue à force de jacqueter.
- Si tu savais à quel point, tu n'oserais même pas poser cette question.
- C'est pareil pour moi. Ça peut te paraître dément mais... il n'y a qu'avec toi que je parles autant.
Son haussement de sourcil est en parfaite synchronisation avec le mien. Je ne pensais pas sortir de tels propos embarrassants pour elle comme pour moi. Désorientée, je joue avec les extrémités de mes mitaines. Je cogite sur ce que je ressens alors. Mon aveu sonne vrai. Avec Shamir je peux librement parler en brigilien. Et puis elle connaît mon vécu.
- Shamir !
Nous sursautons toutes les deux. Quelqu'un la cherche. Un gosse si je dois en juger son timbre enfantin. L'ancienne Mercenaire se retourne pour guetter la bout de la ruelle.
- Cyril..., chuchote-t-elle.
- Cyril ? C'est qui celui-là ?
Et alors Shamir me sourit. Ça me réchauffe de l'intérieur. La sensation est si envahissante, encore plus que lorsque nous nous sommes revues il y a plus de deux lunes. Je devine ce qu'elle va m'administrer, mais je décide de me laisser faire. Elle m'applique une petite tape sur l'arrière du crâne.
- N'alourdis pas ta dette en me posant des questions indiscrètes, jeune fille.
Elle me plante là. Un drôle de sentiment me gagne alors. Il est un peu désagréable, il me renvoie au face à face avec Ashe. L'avidité. Avide de parler, d'échanger, de partager. De poursuivre cette discussion avec Shamir, même si c'est pour qu'elle m'enguirlande, qu'elle me dise que j'ai merdé. Elle a déjà quitté la ruelle lorsqu'un murmure s'échappe de ma bouche :
- Reviens...
/
Comme souvent, Shamir a raison.
Le toutou maléfique d'Edelgard, j'ai nommé Hubert, garde constamment un œil sur moi. Lorsque les Aigles se sont réunis pour déterminer la suite des événements en l'absence de notre déléguée, il nous a recommandé de nous concentrer sur la but de la lettre. Celle que Catherine, le Chevalier sacré, a découvert sur le corps du Seigneur Lonato. Il s'agirait d'une demande d'assassinat qui viserait l'archevêque. Selon Hubert, cette missive serait un leurre et servirait de diversion.
Hubert m'a alors sorti sa voix la plus doucereuse pour me demander mon avis. Je n'ai su que répondre à cette hallebarde vocale qu'il me plantait dans le thorax. Je vois. Lui aussi me soupçonne. D'être en lien avec les ennemis de l'Église ? Ou bien d'être le Bourreau encapuchonné en personne ? Dur à dire.
Il fallait que je remédie à ce problème. Sinon je pourrais faire mes adieux à mes plans de vengeance ainsi qu'à mes espoirs de libération de ma patrie.
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Le manteau nocturne recouvrit Garreg Mach, le bordant de fraîcheur et de silence. Tapie avec les fantômes du Monastère, je contournais les gardes durant leur tour de ronde. Je passais d'un rempart à l'autre, escaladant même les façades dépourvues de cavité. L'épée en fer sommeillant dans son fourreau que j'avais empruntée à la chambre forte, je renfilais ma peau de Mercenaire. Pour perpétuer le mythe du Bourreau encapuchonné et pour me disculper, je devais poursuivre mes activités en parallèle de mes études.
Comme pour mes cinq années dans la nature, je ne me souviens que très brièvement de ce soir là et de tous ceux qui lui seront similaires. Je me rappelle surtout de la boule au ventre qui me compressait les tripes à l'idée d'être repérée. Sans ma capuche j'étais discernable. Et sans ma dague et mon arc j'étais insignifiante. Cependant, à peine eus-je passer les douves que ma crainte s'évapora. Mon ancienne avidité refaisait surface et mon sang devint aussi froid que celui des cadavres que j'allais occasionner.
Et le sang coula, colorant cette nuit et d'autres de cette teinte que je honnissais tant. Que je déteste encore aujourd'hui.
« Je suis l'ombre. Je suis l'ombre. Je ne ressens rien. »
Voilà ce que je me répétais à chaque sortie.
Pourtant, tu sais, c'est toi qui m'appris qu'il était normal de ne distinguer que son ombre si on tournait le dos au soleil.
Le petit commentaire de l'auteure : Hé oui Akkira redécouvre ce qu'est la parole ! Ah la la, c'est comme un nouveau-né en fait *attendrie*. En vérité, cela fait des années qu'elle garde tout pour elle et que ses émotions (hormis la colère évidemment) se sont amoindries ou ont (pour certaines) disparu. Le chapitre précédent a réveillé quelque chose chez elle, cet amour incommensurable pour sa famille et certaines traditions, en l'occurrence la musique. Et là du coup elle éprouve le besoin irrépressible de partager cet épisode avec quelqu'un. Elle veut parler, s'exprimer, ce qui n'est pas son fort comme vous avez pu le constater depuis le début de la fic.
La confrontation avec Ashe permet de faire comprendre à Akkira qu'elle n'est pas la seule à être tourmentée, elle n'est pas la seule à souffrir. Petit à petit, Akkira l'esprit étriqué de la brigilène s'ouvre aux autres. J'ai adoré faire le passage avec Shamir. Et une fessée pour Akkira, une xD ! Elle a bien dégusté mais c'était nécessaire, surtout que Shamir a parfaitement raison ! Faut écouter Shamir, Akkira bon sang !
Akkira qui reprend ses activités d'assassin mais avec une subtile différence par rapport à avant : là, elle a besoin de se convaincre qu'elle est l'ombre alors qu'avant, elle le savait.
N'hésitez pas à me faire par de vos impressions :3
Prochain chapitre : Défier
Portez-vous bien, je vous dis à bientôt ! Ciaossuuuuu !
