Bien le bonjour voyageurs !
J'ai encore reçu deux super reviews auxquelles je vais répondre de ce pas *sautille partout* :
Mijoqui : *refais coucou* Aha je sens que ça va être des coucous sans fin xD Je suis ravie que tu aies apprécié ce chapitre, il était assez compliqué à articuler ce il est très focalisé sur la psychologie changeante d'Akkira. Du coup que tu me dises, ça me fait un plaisir de fou ! Oui comme tu l'as souligné Akkira se découvre une nouvelle avidité, nettement moins meurtrière. Ce besoin de parler est tellement nouveau pour celle qu'elle est devenue qu'il est étouffant, là où chez d'autre ce besoin serait juste normal. Owiiii Ashe *sautille comme un lapin* ! Héhé, il n'a pas fini d'apparaître dans cette fic ! Oui, comme tu le dis, Akkira comprend petit à petit qu'elle est loin d'être la seule à souffrir. Ce n'est pas encore une évidence pour elle mais là on franchit une étape. Coucou Dorothea, coucou Shamir ! *évite une flèche* Ah, ce n'est pas bon de faire sursauter une ancienne Mercenaire... Aha pour les loups je t'avoue que je préférais insérer ça dans une semaine plutôt qu'un week-end, ça m'arrangeait niveau chronologie. Mais je suis d'accord avec toi, exécuter cette mission pendant un quartier libre aurait été plus judicieux, c'est juste que ça ne m'arrangeait pas :3 Pas bien tuer Akkira BON SANG ! Merci pour ton soutien et tes commentaires qui me motivent toujours de fou ! :D
Zak : Hello twa :D *fais coucou de la main aussi* On va finir par tous avoir des crampes à la main xD Naaaan faut pas se retenir de faire pipi ! *moi-même j'ai envie là en fait* Tu m'as fait trop rire avec les tapisseries, j'avoue on dirait qu'Akkira est comme nous, en mode confinement x'D Yeah Catherine, bon sang qu'elle est balèze ! La crème de la crème *lèche ses doigts plein de crème* D'où ça sort ? Bwahaha Ignatz n'a pas fini d'apparaître si tu veux mon avis, je me demande comme je fais pour le faire intervenir aussi souvent xD *vomis dans un sceau* Ah pour être souvent sur pinterest, oui y a des fanarts de Dimitri et de Dedue ! Ouais ça serait tellement pratique de pouvoir tuer des gens avec les yeux ! Comment ça je fais peur ? Tu m'as tuée avec ton commentaire sur Linhardt puis ensuite sur Annette xD Héhé tu as l'oeil pour les points communs entre El et Akkira ;) Je n'en dis pas plus à ce sujet ! Les mocassins du prêtre s'en souviennent encore je crois xD PETRA VS JERITZA *fais comme toi* Ah non tu vas pas commencer à shipper Akkira/Shamir ? xD Quoique... *les regarde de haut en bas*. MWAHAHAHA pas d'Abysse dans le chapitre 7 mais dans celui-ci... *ferme sa bouche* *la rouvre* Et comme je t'ai dit par MP, merci de m'avoir fait remarquer mes erreurs de frappe ou d'accent :3 Aaaah quelle valse de compliments que tu me fais à la fin, j'en suis encore émue ! Merci beaucoup pour cette review des familles que tu m'as pondue, j'aime toujours autant ta pertinence et ton humour ! :D
RAPPEL :
- Les dialogues rédigés en gras sont en brigilien.
- Les dialogues rédigés normalement sont en fódlien.
- Les mots que ne comprend pas Akkira sont rédigés comme ceci "? ? ?".
Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !
Chapitre huit
Défier
/
Ah, c'était donc ça.
Déambulant tranquillement derrière Caspar et Raphael qui sortent du réfectoire, j'écoute attentivement la teneur de leur échange. Bon, « attentivement » est un bien grand mot puisque leurs voix portent à une dizaine de mètres à la ronde. Je croque goulûment dans le fruit de Noa qui achève mon petit déjeuner et fais mine de m'intéresser aux chevaliers pégases qui traversent le ciel bleu. La pluie a cessé ce week-end.
Même si je ne saisis pas l'entièreté de leur discussion, je crois avoir compris l'essentiel. Vendredi soir, Byleth et les six autres disparus ont refait surface en même temps que Luna et Marianne. Hanneman avait l'air soulagé. J'ai bien aperçus les anciens disparus au réfectoire ou ailleurs durant le week-end, sans en savoir davantage. A ce qu'il paraît, les deux groupes ont effectué des missions bien distinctes, la synchronisation de leur retour n'est que pure coïncidence. Byleth et sa bande de fugitifs ont passé le samedi dans la salle d'audience en compagnie de Rhea et de Seteth. Quelle horreur... En même temps ils l'ont bien mérité. Quelle idée de partir sans prévenir personne si c'est pour que cette absence se fasse remarquer au bout d'une brochette d'heures ? Byleth exhibe une drôle de logique, mais je suppose que cette affaire fut plus complexe que ça. Caspar s'emballe et proclame qu'il aurait tellement voulu participer à cette mission, ou un truc du genre. Je sens qu'il va pas arrêter de bombarder de questions mon voisin de classe qui a participé à tout ce tintouin, j'ai nommé Linhardt. Ce à quoi Raphael répond :
- J'ai encore faim.
Sa remarque est tellement déconvenue que je ris et avale le noyau du fruit en même temps. Oh merde. Je tousse et m'étrangle, tapant sur ma cage thoracique comme une forcenée. De nombreuses personnes s'arrêtent mais ne me viennent pas en aide. Caspar et Raphael continuent leur chemin vers l'Académie des officiers, absorbés qu'ils sont dans leur conversation. Une main vient tapoter mon dos, en vain. Sérieusement ? Je vais mourir ici ? Trépassée à cause d'un rire qui m'a échappé ? Ma vision devient de plus en plus floue, je sens que mes jambes ne vont pas tarder à lâcher. Tout à coup, une autre personne entre dans mon champ de vision. Elle se place face à moi, agrippe résolument mon épaule et allonge le bras pour frapper du poing entre mes omoplates. Le coup est si puissant que le noyau s'expulse de ma gorge et le cogne.
CLANG.
Bruit métallique. Au fil des secondes, je récupère mon souffle et ma vision se fait plus nette. Un uniforme frôle mon nez puis s'écarte. On dirait qu'un plastron est caché en dessous. Mon sauveur reprend une proximité plus protocolaire.
- Excusez-moi, je me suis permis d' ?. Vous vous sentez bien ?
Je frotte mes paupières et découvre Dimitri devant moi. Son air franchement soucieux est un peu déconcertant puisqu'on ne se connaît pas.
- Ça va ma sœur ?
Petra est également présente. C'est sans doute elle qui a essayé de me venir en aide en premier avant l'intervention plus... vigoureuse du délégué des Lions. Je hoche la tête, la gorge encore irritée.
- Merci..., je bafouille à l'intention du Lion.
Je constate alors qu'il n'est pas seul. Ça ne devrait pas m'étonner, cependant ça me fait tout drôle lorsque j'aperçois le duscurien. Sous le coup d'une étrange impulsion, je déclare :
- Bonjour.
Le stoïcisme du concerné est un peu ébranlé. Malgré le malaise de son acolyte, Dimitri me sourit sincèrement. Là encore ça me retourne un peu. Son expression respire la probité, c'est comme s'il était reconnaissant que je m'enquiers de la santé du duscurien. D'ailleurs, il y a quelque chose que je crève d'envie de savoir depuis des semaines :
- Tu... Vous vous appelez comment ?
Quasiment tout le monde le surnomme « le duscurien ». Seulement, il doit bien posséder un nom. Je veux le connaître. Il rétorque, toujours aussi austère.
- Dedue.
Puis il baisse la tête sur le côté, connotant alors son envie de mettre fin à cette discussion. Dedue donc. C'est déroutant, son prénom n'adhère pas du tout à sa physionomie. C'est un peu attendrissant aussi. Un bâillement attire mon attention. J'étais tellement focalisée sur Dedue que je n'avais pas remarqué cette jeune fille en uniforme blanc. Des cheveux rouge grenadine en bataille, un teint halé et... un air totalement désintéressé. Wouha, je crois qu'elle me bat dans cette catégorie.
- Bon Didi, c'est pour aujourd'hui ou pour ? ? se lamente-t-elle en s'étirant.
Didi ? Le délégué des Lions nous prie d'accepter ses excuses pour ce départ précipité et le voilà qui repart en de grandes enjambées puissantes, Dedue et la blasée sur ses talons. Cette fille... Quel étrange accoutrement... Ah, il y a Luna qui les suit... à sa façon. Elle trébuche contre... de l'herbe (?) et se retrouve à terre. Puis elle se redresse, époussette son jupon comme si elle exerçait ce geste un millier de fois par jour, et reprend son chemin d'un air toujours aussi incertain.
- J'ai entendu de nombreuses rumeurs, reprend Petra en brigilien et en observant le trio se fondre dans la masse des autres étudiants. Nous devrions recevoir de nouveaux étudiants aujourd'hui. Ça a un rapport avec la récente disparition de Byleth et des autres.
Je hoche la tête, ne sachant que répondre à ça. Petra se racle la gorge, elle aussi embarrassée, et nous reprenons notre route vers notre Maison. Nous avons eu aucune entrevue depuis que je l'ai repoussée et que je lui ai fermé la porte de ces cinq dernières années. Cependant, cela ne signifie pas que je me complets dans cette situation. Elle me manque, horriblement. Petra se mord la lèvre inférieure. Je souris doucement. Voilà un toc que nous avons conservé malgré tout ce qui nous différencie à présent. Elle se retient de m'annoncer quelque chose. Pour l'encourager, j'effleure les manches de sa chemise.
- Oui ?
- Hm... Je ne t'ai pas beaucoup aperçue hier. Mais je t'ai... entendue.
- Oh...
- Je suis passée devant ta chambre et j'ai reconnu le son d'un luth. C'est toi qui l'a fabriqué ?
- Non, je l'ai emprunté à Manuela.
Et je ne me suis toujours pas résolue à le lui rendre. M'en séparer... Je parviens à peine à le concevoir. Néanmoins il va bien falloir que je lui rapporte un jour. Déjà qu'on m'a collé l'étiquette « d'étrangère », puis de « brute », il ne manquerait plus que je trimballe celle de « voleuse ». Peut-être pourrais-je en tailler un moi-même ? Ma cousine semble un peu plus enjouée. Serait-ce mon semblant de loquacité qui la met dans cet état ? Oh, ça me fait... plaisir je crois.
- Tu es douée, affirme-t-elle.
- Moins que toi.
- Et toi tu étais meilleure en danse à l'époque ! exulte-t-elle en effectuant de petits bons en marchant.
Puis elle se rappelle que nombre d'élèves nous entourent et se ressaisit. Elle reprend une posture plus neutre et son visage sérieux de jeune fille travailleuse. Mais ses doigts sont la voix de son cœur. Ils se nouent aux miens. Je note qu'ils sont abîmés par les heures d'entraînement qu'elle endure chaque jour. Ce n'est plus comme avant. Notre lien ne sera plus jamais le même. En revanche, il ne nous est pas interdit d'en façonner un nouveau.
Alors j'étreins cette paume tout contre la mienne.
/
Cette ébauche d'allégresse est tout bonnement pulvérisée lorsque Edelgard fait son entrée dans la classe avec deux nouveaux visages. Enfin « nouveaux » pour les autres, mais pas pour moi. L'un d'entre eux m'est familier. Il me renvoie à une mission, à la seule que j'ai effectuée en duo après le départ de Shamir (cf. chapitre 4). La glace s'est infiltrée sous mes ongles et gagne du terrain dans tout mon organisme. Ce ne sont pas les mêmes retrouvailles qu'avec Petra. Ici, pas de floraison ni d'épanouissement psychologique. A l'inverse, j'entends une déchirure. Ce sont mes plans lacérés, ceux que je m'efforce de peaufiner depuis cinq ans.
Oh non.
Non, non, non.
Jamais je n'aurais deviné que je le recroiserais ici.
Il me connaît. Il va révéler mon identité au reste de la classe. A Edelgard. Elle saura alors que c'est moi Le bourreau encapuchonné. Elle me confiera alors aux mains des gardes impériaux de son père. Ou elle me tuera. Elle en serait capable, elle pourrait même m'exécuter de sang-froid.
Le timbre impérieux de la déléguée résonne dans toute la classe. Manuela reste avachie sur son bureau. Parfois je me demande qui est le professeur de cette Maison. Je fixe intensément Edelgard pour éviter de croiser son regard à lui. L'angoisse me noue tellement les tripes que je ne parviens à saisir qu'un mot sur trois. Elle parle d'un lieu qui se nomme « Abysse », de leur mission inattendue qui s'est étalée sur cinq jours. Mais aussi de l'intégration de ces deux individus au sein de la Maison des Aigles qui viendront nous aider occasionnellement, et...
Yuri.
Il se nomme donc Yuri. Je l'ignorais. C'est qu'on n'a pas trop parloté pendant cette mission qui consistait à détrousser la gérante d'un lupanar. Nous avons passé une nuit ensemble à la belle étoile, c'est tout. Il n'était même pas Mercenaire, il effectuait juste des missions par-ci par-là pour je ne sais quelle raison. Au final, j'ai tué cette scélérate qui était affiliée à la Maison Gerth, lui a empoché l'argent et nous nous sommes séparés sans même nous saluer. Et le voilà comme une fleur, à quelques mètres de moi à peine. Le destin se fiche vraiment de ma trombine.
Yuri nous observe tous avec un air franchement peu convaincu. On ne doit pas l'impressionner. Bernadetta s'est cachée sous sa table et Dorothea a penché la tête sur le côté, le doigt posé sur ses lèvres. Elle doit avoir une idée en tête. Les prunelles lavande du garçon passent sur moi sans s'arrêter. Qu'est-ce que... ?
- Ho ho ho ho !
Le rire de l'autre nouvelle nous fait bondir sur nos bancs. Certains élèves sont tellement déséquilibrés qu'ils se ramassent contre le sol. Oh par tous les esprits, qu'est-ce que c'est que ce phénomène ?
- Mon ? personne se nomme Constance von Nuvelle, je suis...
Je n'entends pas la suite. Mon esprit se bloque à l'entente de son nom. Nuvelle. Cette fois je ne peux m'empêcher de passer ma main tout le long de mon visage. Il ne manquait plus que ça. Une descendante de la famille que les miens ont massacré pendant la guerre de Dagda et de Brigid. Je ne savais même pas qu'il y avait eu un survivant. Une boule se coince dans ma gorge et les mots de Petra viennent titiller ma mémoire.
« La guerre n'apporte que la désolation »
Cette Constance. Elle aussi a perdu des proches dans cet affrontement. Non, c'est pire que ça. Elle a tout perdu. La Maison Nuvelle n'existe plus. Il n'y a plus qu'elle. Elle doit nous détester, nous autres brigilènes, tout comme moi je honnis les familles impériales responsables de la mort des miens. Et cette guerre...
Ce sont les dagdaniens et les brigilènes qui l'ont provoquée.
Je me mords vivement un doigt pour stopper ces pensées. Arrête Akkira. Notre rébellion était totalement légitime. Tout ce que nous souhaitons, c'était récupérer notre titre de pays indépendant. J'observe Constance en essayant de me braquer contre elle. Mon système de défense est de nouveau opérationnel. Elle balaie tous les visages de la Maison et son entrain est endommagé lorsqu'elle repère Ferdinand. Puis elle aperçoit Petra, et moi-même quelques places plus loin. Ses bonnes manières doivent la contraindre à une jovialité feinte, sauf que là ses barrières semblent être à deux doigts de se briser.
J'essaie de me convaincre que moi aussi je suis en colère, que moi aussi j'ai souffert. Sauf que là, il n'y a que sa peine à elle qui est discernable dans cette pièce.
/
Je passe les heures suivantes à suivre les mouvements dodelinants de la tête de Linhardt. Je suis perdue dans mes songes. A quoi bon retenir ce que nous apprend aujourd'hui Manuela si c'est pour être jetée en prison dans les jours à venir ? Une profonde déception a contaminé mon anxiété. Au final, je n'ai servi à rien. Je n'ai même pas pu défendre l'honneur de ma patrie, ni n'ai pu venger qui que ce soit. Pire, j'ai mis mon peuple en danger en étant découverte.
La Cathédrale fait tinter son carillon et annonce ainsi la pause déjeuner. Avant que les étudiants ne rangent leurs affaires, Manuela nous signale qu'elle a encore quelque chose à nous dire.
- C'est par rapport à l' ? de Yuri et de Constance à notre ? à Garreg Mach.
« L'adaptation » ? Ah, je crois qu'elle fait référence à leur intégration. Les deux nouveaux ont plus de deux lunes de retard sur notre programme. Pour faciliter les échanges, elle souhaite que... euh... Je crois qu'elle souhaite qu'ils aient un guide durant cette semaine. Quelqu'un capable de leur faire visiter le Monastère et... arf, je n'ai pas saisi la suite. Elle se tourne alors vers Constance et lui propose de choisir. Constance se lève prestement en repoussant sa boucle anglaise bicolore, visiblement ravie d'être le centre d'attention. Elle parcourt la classe des yeux et son sourire se fige. Ah, Manuela et sa maladresse. Constance ne doit pas connaître le nom de ses nouveaux camarades. S'il y a bien un truc que j'ai pigé ici, c'est que les nobles sont englués dans une bienséance délirante. A en juger sa présentation de tout à l'heure, elle doit encore se considérer comme l'une des leurs. J'imagine que ce serait impoli pour elle de simplement demander le patronyme de l'un des étudiants. Au final, une main charitable se lève pour la tirer de l'embarras. Il s'agit d'une autre noble et... je ne sais même plus comme elle s'appelle.
Vient ensuite le tour de Yuri. Son expression sous-entend qu'il se fiche bien d'avoir un guide ou non. Ma tête se cale contre ma paume. Me le coltiner pendant toute une semaine, non mer...
BAM
La tête de Linhardt s'abat brutalement sur mon cahier. Je bondis sur mes jambes et saute à pieds joints sur la table. Qu'est-ce que... ?!
- Oh Akkira ! Vous voulez être le guide de Yuri ? s'enquiert Manuela enjouée.
Quoi ?! Son guide ? Guide guide guide. Oh non. Oh non, pas question, plutôt mour...
- Ça me va, répond Yuri indifférent avant que je puisse aligner deux mots.
QUOI ?! Et pourquoi accepte-t-il celui-là ?! Non, je ne veux pas ! Tout ça à cause... Je lorgne férocement sur le crâne endormi de Linhardt. Il a bien choisi son moment pour s'effondrer celui-là... Comme la discussion est close, les élèves attrapent leurs livres et les plus affamés sont déjà dehors. Misère... Donc si j'ai bien compris à partir de maintenant je vais avoir un pot-de-colle avec moi jusqu'à vendredi soir ? Un pot-de-colle qui connaît mon passif d'assassin qui plus est. Suspicieuse, je néglige sa présence alors qu'il s'approche de moi à pas de loup. Du calme, Akkira. Rien ne m'a encore indiqué qu'il m'a reconnue... J'essuie méthodiquement ma plume pour laisser le temps aux autres de s'éclipser. Il ne reste plus que Manuela qui est en train de... oh par tous les esprits... qui est en train de remettre en place son décolleté. Yuri s'adosse au pupitre devant moi et croise les bras. Je me racle la gorge et implore mon ancienne volubilité à refaire surface.
- Vous êtes Yuri, c'est ça ? Je suis Akkira McNairy.
Il suit du regard la démarche suggestive de Manuela. Dès qu'elle est hors de portée de nos voix, il enchaîne :
- Alors comme ça Le bourreau encapuchonné porte un nom. Akkira donc. C'est ?, comme toi.
« Tranchant » comme moi ? Attendez... Aussitôt je change d'attitude. Il sait. Ma défiance le fait soupirer.
- Tout doux. Personne n'est au ? c'est ça ?
- Quoi ?!
- Tu ne parles pas bien le fódlien ? Je disais donc : personne ne sait, c'est ça ?
Instinctivement mes doigts se crispent autour de la plume. Je pourrais la planter profondément dans sa gorge. Mais que ferai-je ensuite ?
- Que tu-veux... Que veux-tu ? je crache.
- Rien de toi.
Comme je ne me détends pas, il me confirme que je ne l'intéresse pas, qu'il se fiche bien de savoir ce que je manigance ici. Lui aussi a une idée derrière la tête. Mais en vérité, dans ce Monastère il y a-t-il seulement une seule personne qui n'a pas d'intentions cachées ? Son désintérêt manifeste me pousse à le croire mais je refuse de baisser ma garde aussi facilement. Et s'il cherchait à me faire chanter ? Et si, au contraire, il me disait la vérité ? Si c'est le cas, son silence me permettrait de poursuivre mes plans.
Je grince des dents. Quelque chose me gêne. Mais qu'est-ce donc ? Pourquoi est-ce si compliqué d'être dans ma tête ?
/
Les dettes.
Voilà ce que je redoutais à l'époque. C'était comme si leur pesanteur s'arrimait à mes chevilles et m'empêchait de suivre mon propre chemin. Elles représentaient une forme d'obligation qui contraignait ma liberté. Il est vrai que les enseignements de Shamir me servirent toute ma vie. Par contre ses dettes... Je crois qu'elles me marquèrent, moi, fillette qui avait toujours vécu dans l'insouciance. Être forcée de mener une existence que je n'avais pas choisie, et ce pendant dix-huit lunes, évidemment que ça chamboule une gosse. Même si je prenais cela avec désinvolture les rares fois où nous nous croisions au Monastère, je ne pouvais pas omettre ses anciennes exigences me concernant.
Alors, pendant les mois passés à Garreg Mach, je ne voulais plus vivre de telles contraintes. Car elles m'extrayaient de ma solitude, celle qui me permettait de mener à bien mon objectif. J'appréhendais ces actes de charité que je confondais avec des dettes.
Ainsi, le silence de Yuri était à la fois une véritable aubaine pour mes projets mais aussi une forme de redevance. Car si j'étais redevable à quelqu'un, je ne pouvais plus être une ombre.
Et pour une fois, il ne me fallut pas longtemps pour comprendre ce malaise que je ressentais avec les dettes.
/
Il y a quelque chose qu'il faut que je règle.
Cela fait quelques temps que j'y pense mais ça ne m'a jamais autant dérangé que maintenant. Depuis que Yuri est survenu dans mon quotidien, je n'ai pas pu m'empêcher de faire le parallèle avec cette situation.
Ignatz, Annette, Lysithea, Luna, et même Linhardt et Ferdinand qui appartiennent à la même Maison que moi, aucun d'entre eux n'a rapporté ce qui s'est passé sous leurs yeux ce jour-là. Luna aurait pu en profiter pour se venger. Même Tomas le bibliothécaire, et donc un employé de cet édifice monastique, s'est montré étrangement discret alors que j'avais fait preuve d'une grande violence dans un lieu qui prône le silence. Et même Byleth.
Pas de nouvelle punition pour Akkira, ni de cachot, ni d'expulsion. C'est à n'y rien comprendre. Et les autres étudiants n'étaient pas plus fuyants qu'avant. Non, l'affaire fut étouffée. Comme avec Yuri, d'un côté ça arrangeait mes affaires, mais de l'autre... Par tous les esprits, s'il y a bien une personne à qui je ne souhaite pas être redevable, c'est LUI.
Je pénètre dans la bibliothèque, mon cœur bondissant au rythme de mes pas. C'est le moment ou jamais de tirer cette histoire au clair. Yuri s'est tout à coup volatilisé. J'ai bien vu que ces trois jours passés avec moi l'avaient ennuyé au plus haut point. Je ne peux m'empêcher de sourire en repensant aux événements de ce début de lune et aux quelques nuits que j'ai passées à sillonner les monts d'Oghma à la rechercher de soldats impériaux. Faut croire que tout le monde a un penchant pour les disparitions mystérieuses en ce moment.
Mon sourire s'efface lorsque je repère Claude. Il est attablé et semble englouti par sa lecture. Je fonde droit sur lui et m'arrête juste à temps pour éviter de lui rentrer dedans, tel un boulet de canon. Rien en lui indique qu'il s'est aperçu de ma présence. Je tousse, imitant des nobles, mais même cela ne fonctionne pas. Il l'aura voulu... Je me penche franchement et place toute la surface de ma main sur la page qu'il est en train de dévorer avec ses globes oculaires.
- Pourquoi ? je lâche.
Oui, dis-moi pourquoi je n'ai pas été bannie du Monastère. Tu y es forcément pour quelque chose. Si tu avais voulu me nuire, tu aurais pu te servir de ton titre et provoquer un véritable scandale entre nos deux pays. Je t'ai frappé, et même si tu l'a mérité, j'aurais compris que tu cherches à te venger d'une quelconque façon. Tu es un noble, et les nobles exècrent l'humiliation. Mais ça, le silence et celui des autres... Non, je ne comprends pas. Que cherches-tu au juste ?
Claude s'adosse confortablement et ses lèvres se soulèvent. Je plisse le nez. Son sourire... il est bien moins honnête que celui de Dimitri.
- « Pourquoi ? » répète-t-il. Pourquoi vous avez eu envie de me revoir ?
Je lève les yeux au plafond. Il enchaîne :
- Bonjour Akkira. Moi aussi je suis ravi de vous revoir.
- Pas moi.
Il s'esclaffe et déjà des voisins de table nous fusillent du regard. Je m'approche encore pour capter toute l'attention du Cerf.
- Pourquoi n'avoir rien dit pour... hum... pour ça.
Je fais mine de frapper son visage avec mon poing sans toutefois le toucher. Cette fois il se tourne complètement dans ma direction, le menton au creux de sa paume.
- Êtes-vous sûre que c'est bien moi ?
Oui. Là, maintenant, à en jauger son attitude, je pourrais parer ma vie en certifiant que c'est lui. Par tous les esprits, pourquoi a-t-il fait ça ? Je le toise par en dessous et fulmine :
- Je ne vous dois rien. Non je... hrm... Je ne veux rien devoir... Hrm... Je ne veux rien vous devoir.
Il arque un sourcil et ses émeraudes crépitent de malice.
- Vous avez encore du mal à parler.
Piquée à vif, je m'écarte et pars en quête de mots adéquats pour le rembarrer. En vain. Mon vocabulaire du fódlien est honteusement maigre. Cela fait une lune entière que j'ai négligé mon apprentissage de la langue pour me concentrer sur mon entraînement à l'épée. Il joue avec sa tresse et ses prunelles se promènent dans les alentours. Il paraît perdu dans ses réflexions. Puis il jette un coup d'oeil à son ouvrage, comme s'il se demandait s'il devait prolonger cette conversation avec moi ou poursuivre sa lecture. Enfin, il finit par se tourner de nouveau vers moi.
- Écoutez, je peux vous aider.
- Quoi ?
Quelqu'un tousse derrière nous. Il s'agit d'une noble de ma classe.
- « Pardon » ? je corrige d'un ton hypocritement cérémonieux.
- Ah ah ! Ce n'est rien !
- Chuuuuut ! font en choeur des élèves.
On va finir par se faire jeter tous les deux de la bibliothèque. Cela ne paraît pas l'inquiéter outre mesure. Étrange garçon. Il attend d'avoir regagné toute mon attention avant d'enchaîner. Désireuse de saisir le maximum de mots venant de ce fourbe de haute volée, je ne lâche pas ses lèvres du regard.
- Si vous pensez que vous avez une dette ? moi, et bien vous pouvez me dire une ? sur vous.
Le terme « dette » me fait frissonner. Non, je ne veux pas avoir de dettes envers lui.
- Une « informazion » sur moi ? je répète.
- Information. Quelque chose sur vous, explique-t-il en me désignant de la main.
- NON ! je m'écris.
Des étudiants se sont levés en grommelant. Ah, je crois que ça ne sent pas bon pour nous. Evidemment, Claude sourit toujours.
- Ils vont chercher Tomas. Venez avec moi.
Il quitte la table avec son livre sous le bras. Je le suis sans rechigner. Lui avouer une chose sur moi ? Et puis quoi encore ? Même pour m'acquitter de cette dette que je lui dois, je trouve le marché trop inégal. Et bizarre. Ça n'a aucune sens. Nous avançons jusqu'au fond du couloir inoccupé. Parfait.
- Vous êtes sûre de ne pas vouloir me dire qu...
- Oui. Sûre.
- Très bien, alors je vous propose quelque chose d'autre. Un jeu.
- « Je » ? « Je » quoi ?
- Non, pas ce « je » là ! pouffe-t-il.
Il prend le temps de m'expliquer trois fois son idée. Si une information me concernant est bien plus importante que ma dette, il suggère de m'offrir en plus des cours de fódlien. Je crois que je l'ai fait radoter juste parce que cette proposition m'a fait halluciner. Lui ? M'apprendre sa langue ? Il n'y a que moi que ça choque ? Je répète pour être certaine d'avoir bien interprété :
- Donc en gr... en gros. Une informazion... information sur moi contre ma dette et vous ?
- Ah ah ! rit-il encore. Pas « moi » exactement mais le fódlien. Mais vous savez, j'aime jouer. Je ne peux pas ? là dedans sans ? ce ?.
Je m'ébroue et lui fais signe de s'interrompre.
- Je ne comprends pas tout.
- Vous voyez ? enchaîne-t-il en désignant ma bouche. Il y a problème.
Je me renfrogne encore. Ça me troue la langue de l'avouer, mais ses propos ne sont plus dénués de sens. J'ai obtenu le certificat d'épéiste de justesse, je crois même pouvoir affirmer que je suis la seule a avoir éprouvé des difficultés. Mes facultés intellectuelles ne sont pas aux normes de l'Académie des officiers. Je n'aurais jamais de bonnes notes dans aucune matière si je ne suis pas au point avec la langue de ce continent. Si je suis recalée aux prochains examens, je ne pourrais pas me rapprocher d'Edelgard et donc du noyau adrestien. Tant qu'elle me considère comme un bleu doublé d'un fauteur de trouble, je ne pourrais rien entreprendre. Ça fait plus de deux lunes que je patauge dans la médiocrité, il serait peut-être temps de me bouger.
Je bride ma honte et lui demande de répéter, une fois de plus. Il sourit et fait l'effort de bien détacher chaque syllabe.
Le jeu prend alors la forme d'un défi. Si je perds, je dois lui livrer un information sur moi. Et pas de mensonge, de ce qu'il me raconte il sait décrypter les simulacres ! Je me suis retenue de rire à cette déclaration. Ben voyons. Si je gagne, non seulement je serai acquittée de ma dette mais en plus j'obtiendrai des cours particuliers de cette langue qui me pose tant de problèmes. Serai-je capable de le supporter pendant ces séances ? Il va bien falloir. Hm... Son défi expose une drôle de logique qui le défavorise mais ça me va. Il me suffit de ne pas perdre. Il ne paraît pas très musclé et si ça se trouve il a obtenu son titre de duc souverain uniquement par hérédité d'emblème.
J'avale difficilement ma salive et annonce :
- C'est d'accord. Que prop... proposez-vous ?
Il arc-boute son dos pour contempler le paysage que nous offre la fenêtre gothique. Je l'imite. Au début je n'aperçois que les remparts où quelques prêtres, sœurs et chevaliers circulent. Et derrière... Oh ! Je reconnais la plaine où j'ai joué du luth dans un arbre ! Du doigt, il désigne cet espace incroyable.
- Rejoignez-moi là-bas dans une heure.
/
Lorsque j'arrive, je retrouve Claude en compagnie de Raphael qui entrepose plein d'armes d'entraînement sur une table. Cette dernière n'a pas pu pousser en un instant. Le grand gorille blond a dû également la transporter. Le délégue pose une main amicale sur l'épaule de son camarade.
- Merci pour votre aide Raphael.
- Y a pas de quoi !
Le colosse tente de me transmettre sa bonne humeur en souriant de toutes ses dents. Désarçonnée, comme souvent lorsque quelqu'un m'adresse autant de sympathie, je me contente de hocher la tête. Claude attend que nous soyons que tous les deux pour poursuivre, jovial :
- Nous y voilà.
J'inspire un grand coup. Oui. Nous y voilà. Je ne dois pas perdre. L'herbe vient d'être coupée. Par conséquent il n'y a que nous, aucun agriculteur ou jardinier ne sont présents pour nous déconcentrer. J'admire l'arbre qui me semble encore plus majestueux aujourd'hui. Les récentes averses ont dû le revigorer. Le Cerf m'indique des formes au loin. Je reconnais alors trois cibles posées sur des chevalets. J'évalue leur distance comme s'il s'agissait de gibiers et non de blasons.
- Cinquante, euh...
Evidemment je n'ai pas appris à prononcer les nombre à trois chiffres... Quand Manuela les utilise, je suis toujours complètement perdue.
- Cent cinquante et deux-cent cinquante mètres, articule doucement Claude. C'est exactement ça.
Nous allons à tour de rôle tirer sur ces trois cibles. Celui qui obtiendra le meilleur résultat l'emportera. C'est si simple, presque enfantin. Pour se faire nous pourrons utiliser le matériel qu'il a pu emprunter après avoir demandé l'autorisation au gardien de la chambre forte. Je lui jette un regard à la dérobée. Je me demande comment il s'y est pris pour le convaincre...
- Après vous, déclare-t-il.
- Non, vous.
- Soit.
Claude attrape l'arc et une flèche sans l'ombre d'une hésitation. Ainsi donc c'est un archer. Reste à savoir le niveau qu'il a... Il fait tournoyer le tube de sa flèche entre ses doigts d'une façon totalement inédite. D'accord, déjà ça ce n'est pas normal. Même Shamir ne doit pas être capable d'une telle dextérité avec ses phalanges. Il arme et... tire ? Mais il n'a pas même pas pris le temps nécessaire pour se positionner ! Il est fou !
TAC
J'en reste estomaquée. En plein dans le mille du blason à cinquante mètres ! Serait-ce de la chance ? Non... Ce type... Je le considère par en dessous. Il n'est pas fou. Au contraire, il sait très bien ce qu'il fait. Il se décale pour me laisser le champ libre. Très bien, il a placé la barre très haute, je ne dois pas me louper. Je me plante devant la table et analyse toutes les armes présentes. Leur qualité est plus que standard. Javelots, hachettes et coutelas. Il y a même une épée. Comme si j'allais me servir d'une encombrante épée pour atteindre les cibles... Les coutelas. J'en saisis un et le soupèse. C'est bien plus léger qu'une dague mais ça devrait faire l'affaire. Ma paume sur la poignée, je virevolte sur moi-même et lance mon arme de là où je me trouve.
TCHAC
En plein milieu.
- Bravo ! commente Claude.
Mon palpitant s'active, embrasant une satisfaction saisissante. Je n'ai pas perdu la main. Bon sang, je me sens ostensiblement plus à l'aise avec ces petites lames ! Mes mains tremblent d'excitation. Je meurs d'envie d'en reprendre une et d'enchaîner avec le second blason. Cependant, ce n'est pas encore mon tour. Le Cerf s'approche de la table pour reprendre une flèche. Ses émeraudes ne quittent pas mon visage. D'aussi près, j'ai l'impression que des tonnes de question sont encrées dedans. Qu'est-il en train de songer ?
Il se détourne, et cette fois, il se positionne patiemment. Je m'avance pour détailler sa gestuelle. Son habilité est perceptible dans chacun de ses mouvements. Il se concentre, bande et décoche.
TAC
C'est encore une franche réussite. Je pensais qu'il allait se féliciter, se vanter ou faire le bouffon. A l'inverse, il conserve une certaine forme de modestie. D'accord, je crois que je l'avais mal jugé. Fini de plaisanter, moi aussi je dois me concentrer. Je rapporte un coutelas en le faisant tourner autour de l'index et du majeur. Ce sentiment de puissance est sensationnel. J'ai l'impression que je pourrais faire n'importe quoi avec une telle arme.
Je positionne mon corps bien en face de la cible à cent cinquante mètres. Mes sourcils tiquent et mon index tapote la garde. C'est loin, je ne vais pas pouvoir l'atteindre avec un lancer habituel. Je change alors de stratégie. Je peux le faire, j'ai déjà atteint des gardes impériaux avec une dague. Il suffit de...
Je lance le coutelas en l'air et place mon bras dominant vers le ciel, un peu vers l'arrière. Avec de l'élan, je peux y arriver. Au moment où la lame revient vers moi, mon index et mon majeur saisissent son tranchant et le coup part.
TCHAC.
Le centre de la cible est touché. Nous sommes à égalité. Je souffle, soulagée et examine l'étendue des dégâts. Je me suis entaillée le majeur. Le sang sillonne et recouvre les anciennes cicatrices que je m'étais faites par le passé en employant cette méthode. Claude se frotte le menton sans se départir de son sourire.
- Joli, souffle-t-il les yeux rivés sur le deuxième blason.
Il se ressaisit bien vite pour s'échauffer plus sérieusement. Ses bras forment des cercles autour de ses épaules puis il fait craquer sa nuque. A force de passer des heures à bouquiner, ses cervicales doivent être nouées. Enfin, il retire sa cape dorée de déléguée et attrape une nouvelle flèche. Il fait chauffer l'encoche contre sa cuisse et la place tout contre la corde. Il arme son bras un peu plus haut mais sa visée est la même que précédemment. Son allonge est plus conséquente, idéale même. Ce type... Il est vraiment douée. Il connaît parfaitement sa force et sa technique. Il reste ainsi sans bouger d'un cil pendant quelques secondes avant de décocher.
Oh !
Il s'est raté. La pointe a frôlé le blason mais est passé à côté. Il soupire et se gratte l'arrière du crâne.
- Dommage, murmure-t-il.
C'est ma chance, je ne dois pas la rater. Pour la troisième fois, je retourne à la table et... Une sueur froide dégouline le long de ma colonne vertébrale. Je suis si stupide... Je pourrais faire n'importe quoi avec un coutelas, disais-je ? C'est faux. Atteindre une cible à deux cent cinquante mètres de moi, ça m'est impossible. Ou tout du moins avec une arme avec une portée standard. Je lorgne sur une flèche. Je n'ai pas le choix.
Et lorsque que mes doigts entrent en contact avec le tube, c'est une explosion de bonheur qui fait frémir mon sang. Mon souffle devient saccadé sans aucune raison apparente et mes yeux. Oh... Ils papillonnent à toute vitesse pour chasser les larmes de joie. Cette flèche ne possède aucune décoration ni même d'empennage. Pourtant, la sentir là, au creux de ma paume, ça me bouleverse.
Je rejoins Claude et tends ma main vers lui.
- L'arc.
Il m'examine longuement avant de consentir à me le prêter. Cette fois mon cœur sort de ma poitrine pour se graver dans le bois de l'arme. Le sang remonte dans mes joues, redonne des nuances à mon sourire. Le soleil vient accueillir mes dents que personne n'aperçoit jamais. Je passe lentement mes doigts sur toute la surface de l'arc, m'éternise sur les poupées. Cette arme que je chéris depuis que je suis gamine.
L'exultation galvanisant mes membres, je me tourne vers la troisième cible. Elle paraît inatteignable. Pour l'instant. J'attrape la corde, la flèche parfaitement calée dans sa fenêtre. La poignée est encore chauffée par la paume de Claude. Mes mitaines retrouvent toute leur utilité, elles me permettent de mieux bloquer mon arme. Je bande de toutes mes forces, les branches ploient et menacent de se briser.
Et je vise le ciel.
Tout comme Shamir me l'a appris. Je saisis la distance qui sépare les choses. Cette abeille qui bourdonne tout près, cette chouette là haut, et le troisième blason à deux cent cinquante mètres. Je suis l'arc. Je suis de mauvaise qualité, je suis léger, mais je vais trouver une fonction. Je suis la pointe de la flèche. J'existe pour fendre l'air, j'existe pour atteindre ma cible. Et l'esprit du Vent qui s'est tu pour me permettre de parfaire ma concentration.
Je n'en finis plus de sourire.
Et je tire.
TCHAC
Touchée ! Ce n'est pas le centre de la cible mais je l'ai quand même atteinte ! Je me tourne vers Claude, ravie de cette prouesse et d'avoir remporté le défi. Et quelque chose me frappe mentalement.
Il ne sourit plus.
Toute sa béatitude, feinte ou non, s'est évaporée. Ses sourcils sont froncés. Il me scrute, m'analyse, et son regard inquisiteur me désarçonne. Qu'est-ce que... ? Mes yeux s'écarquillent tellement l'ébranlement est puissant.
Le défi les coutelas l'arc son dernier tir loupé.
Tout s'emboîte dans ma tête. La logique de son jeu qui m'échappait auparavant me crève les yeux. Je me sens si mal que je perds l'équilibre. Il tente de me retenir mais je me recule pour mettre davantage de distance entre nous.
Claude... Il a fait exprès de perdre. Pour me voir au maximum de mes compétences sur la dernière cible et surtout parce qu'il avait déjà obtenu une information sur moi. Je n'ai rien eu à lui avouer, ce sont mes choix d'arme qui l'ont fait pour moi. Le coutelas et l'arc. Ce qui me relie à mon identité d'assassin. Je craignais tellement de me dévoiler verbalement en perdant le défi que j'ai omis ce détail évident.
Il m'a eu. A la seconde même où il m'a proposé ce défi. Dans tous les cas, qu'il soit gagnant ou perdant, ce jeu lui permettait d'obtenir un renseignement sur moi. Je n'en reviens pas d'avoir été aussi sotte.
- Vous...
Je m'apprête à lui hurler toutes les insanités du monde lorsque tout à coup son expression se métamorphose. Il a le visage tourné vers quelque chose qui se situe derrière moi. Quelque chose et peut-être la seule qu'il n'a pas anticipée. Je fais volte-face, le cœur ayant regagné mon corps pour se loger sur mes lèvres, et lève le menton.
Là-haut, sur les remparts, se tiennent trois personnes. Je crois reconnaître le gardien de de la chambre forte. Hanneman et Manuela se tiennent à ses côtés et nous observent. L'employé monastique a dû finir par prévenir nos professeurs que nous utilisions des armes sans leur autorisation. Et donc...
Oh bon sang...
Et donc Manuela m'a vu manier des armes qui me trahissent.
Le petit commentaire de l'auteure : Ce chapitre est un peu long, je vous le concède, je crois qu'il est le plus long que j'ai rédigé pour le moment (soit dit en passant j'en ai écrit 14). J'espère qu'il vous aura tout de même plu ! Il signe l'arrivée des loups au sein des classes. Bien sûr leur aide ne sera qu'occasionnelle, comme c'est spécifié dans le jeu. Yuri et Constance chez les Aigles, Hapi chez les Lions, et donc Balthus chez les Cerfs. Quelle surprise pour Akkira de retrouver son ancien associé pour une mission ! Elle ne s'attendait pas du tout à croiser Yuri à Garreg Mach.
La "phobie" d'Akkira pour les dettes sera un thème assez récurrent dans cette fic. Elle a vraiment été marquée quand elle fut forcée de travailler avec Shamir. Pour une gamine qui prônait la liberté, ce fut une véritable épreuve. Ainsi elle ne souhaite être redevable à personne, et encore moins à Claude qui aurait étouffé l'histoire du coup de poing. Je me suis éclatée à faire leur défi, qui illustre déjà les habilités tactiques du délégué des Cerfs. Il a eu Akkira en beauté !
Merci de me suivre ! A bientôt pour la suite, portez-vous bien !
Prochain chapitre : Charmer
Ciaossuuuu !
