Bien le bonjour voyageurs !

J'ai reçu deux supers reviews pour le chapitre précédent auxquelles il me tarde de répondre :

Mijoqui : Ah que coucou * fais un p'tit coucou pour pas se blesser * Héhé, Dimitri toujours près à aider les autres, c'est tout lui ! Ouiii pauvre Petra xD Alors oui Yuri nous a posé problème pour savoir quel classe il allait rejoindre, il a un peu les pieds dans les deux pays que tu as cités. J'ai préféré le prendre dans la classe des Aigles parce qu'il possède des soutiens avec Bernadetta et Dorothea qui sont très intéressants, et qu'il a également un lien exploitable avec Akkira. Mais ta remarque était totalement justifiée ! :) Ouuuuf sauvé, et non Akkira et Yuri n'ont pas couché ensemble xD Ouais Claude a plus d'un tour dans son sac, quelle crapule ! Tu m'as tuée avec Byleth xD Ouais il doit être trèèèès occupé ! En fait Akkira psychote pas mal pour ses armes, elle a vraiment peur que ses habilités puissent trahir son passé d'assassin. Elle est hyper méfiante, mais la phrase qu'a employée Shamir ("Toujours en train de te prendre pour le centre du monde ? Il n'y a pas que toi.") va lui faire prendre de plus en plus conscience que personne ne fait attention à ça... hormis quelques personnages ;). Contente que tu aies moins envie de claquer Akkira xD ! Et merci pour cette review héhé :3

Zak : *t'envoie une boîte de pansements pour te soigner vu que tu as percuté un mur * J'espère que tu t'es pas brisé les os xD Ouiii c'est tellement bien les reactions lives, contente que tu aies pris goût ça me fait plaisir :3 Bien joué pour avoir placé le nom d'Edelgard et de Rhea xD Ouais Raphael, alias l'un des membres des trois clampins xD Je crois qu'El aurait pu sauver Akkira également, c'est qu'elle a de la force * lorgne sur ses stats * Pour Petra en fait elle aurait pu taper son dos plus fort mais elle a pas osé lui faire du mal :3. Bon là maintenant qu'elles sont rabibochées, elle y serait allée plus franchement !Tu m'as pliée en deux avec Dedue l'ornithorynque * vérifie l'orthographe deux fois * Oh purée, en plus tu as su à l'avance que j'allais me marrer xD * essaie d'étouffer son rire, en vain *. Aha t'as pas fini de saigner pour Petra et Akkira xD Ouais Edelgard limite c'est elle la prof de classe, elle a plus d'autorité que Manuela, la pauvre xD Tu as parfaitement résumé la situation d'Akkira et Constance (et El x3), tout le monde souffre dans ce jeu ! Pour celle qui sert de guide de Constance, c'est une noble lambda, tu sais genre une élève qu'on voit dans la classe mais qui sert à rien xD Aaaah j'ai adoré ton opinion sur Akkira et son envie de rester une ombre, hyper pertinent :3 * émue * Ouais t'as vu Claude ? xD Cette fourberie de haute catégorie ! Bon sur ce... * vois le mot "capuche saucissonnée * BWAHHAHAHAHAHAH * crève * Arrête j'ai cru mourir x'D ! Merci pour ce fou rire, et ce commentaire des familles ! A bientôt ! :D

RAPPEL :

- Les dialogues rédigés en gras sont en brigilien.

- Les dialogues rédigés normalement sont en fódlien.

- Les mots que ne comprend pas Akkira sont rédigés comme ceci "? ? ?".

Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !


Chapitre neuf

Charmer

- Mais pourquoi ne l'avez-vous pas dit plus tôt ?! aboie Manuela dans mes oreilles pour au moins la dixième fois.

Ou peut-être la onzième ? En tout cas elle l'a assez répété pour que je comprenne chaque terme employé. En vérité, je ne sais pas si je dois me réjouir ou me morfondre. M'ébaudir parce qu'elle ne m'a pas surpris en train de manier les coutelas, seule mon habilité à l'arc fut démasquée. Ou me lamenter parce qu'elle me harcèle depuis le défi de la veille. D'ailleurs je ne devrais pas nommer ça un « défi » mais plutôt une « manigance de Claude ». Dans un sens, il a eu de la chance que nous ayons été interrompus car je ne sais pas ce que je lui aurais fait subir.

Manuela m'agrippe le bras depuis que nous avons quitté sa classe. Sûrement redoute-t-elle que je profite de ses flirts intempestifs pour m'échapper ? Alors elle a bien raison de me tenir... En tout cas je peux dire qu'elle m'a tirée d'une bien drôle d'affaire. Edelgard a souhaité savoir comme se portait mon intégration. Je la trouve un peu plus cordiale depuis que j'ai repris mes activités d'assassin une à deux fois par semaine. Elle a dû en conclure que je ne pouvais pas être Le bourreau encapuchonné puisque je nichais à Garreg Mach. Ses doutes me concernant ont dû s'amoindrir par la même occasion. Je ne pense pas avoir apprécié cette entrevue avec elle. Parce que plus elle me parle, plus elle s'humanise. Et ça je ne peux le tolérer, ça ne colle pas avec mes projets.

Tandis que Manuela batifole avec un membre de l'Ordre, je soupire effrontément et tente de me divertir avec ce qui se passe aux alentours. Alois, le chevalier qui a remplacé Byleth pendant sa semaine d'absence, se tient au bord du ponton pour pêcher. Il se passe une étoffe quelconque sur son front garni de sueur. Avec une armure pareille, pas étonnant qu'il cuise. La lune de la Céruléenne fait honneur à son titre et depuis quelques jours il fait une chaleur étouffante, même ici, dans les montagnes d'Oghma. Personnellement ça ne me dérange pas. A l'inverse, j'entends beaucoup d'étudiants originaires du Royaume se plaindre étant donné qu'ils sont habitués à des températures plus fraîches.

- Venez, dépêchons-nous ! s'impatiente mon enseignante.

Dois-je lui rappeler que c'est moi qui l'attends ? Et je ne sais même pas pourquoi ! Elle m'entraîne de nouveau, slalome entre les élèves et les employés monastiques et dévale des escaliers. Nous voilà au marché. Les commerçants sont encore tous présents, toutefois au nombre de produits qu'il leur reste, on peut deviner que le soleil est en train de décliner. La doctoresse me pousse jusqu'à l'étale du responsable d'armurerie. Ah. Je crois comprendre. Elle se tourne vers moi et ses lèvres orangées se relèvent un peu. Malgré mon impétuosité, Manuela a toujours été correcte avec moi. Peut-être pas sincère mais correcte. Et depuis que je lui ai emprunté son luth, je vois bien que son opinion a changé.

C'est la magie de la musique. Elle unit les âmes.

Manuela salue le vendeur qui propose un arsenal assez varié. Tant d'armes que je ne saurais manier. Ma vigilance s'égare lorsqu'elle aperçoit les arcs.

- Prenez-en un, m'incite l'enseignante.

Cette situation est un peu... bizarre. Certes, ce sont les enseignants qui achètent les armes désirées par leurs élèves, dans la limite du raisonnable. L'Église leur verse des écus tous les mois pour leur travail. Les étudiants, quant à eux, ne peuvent compter que sur leurs économies ou, pour les plus fortunés, sur l'oseille que leurs familles leurs envoient. Que je sache, Byleth et Hanneman utilisent bel et bien une partie de leur bourse pour acheter l'équipement des membres de leurs Maisons. Manuela... pas toujours. C'est Edelgard qui s'en charge la plupart du temps. J'ignore si c'est d'un commun accord que la future impératrice ait pris les rênes de la classe dans certains domaines. A mon avis ça l'est. Je n'ai remarqué aucune tension entre elles. Je fronce les sourcils. C'est dur à reconnaître mais... Edelgard sait gérer sa Maison.

Mon choix se porte finalement sur un arc en fer. Les autres ont l'air de meilleure qualité mais ils sont trop clinquants, pas faits pour moi. Je me demande comment ça va se passer maintenant que j'ai brouillé les pistes me concernant et surtout que mon habilité avec cette arme ait été découverte. Vaut mieux être prudente. Déjà, je ne suis pas certaine qu'Edelgard et Hubert apprécient que j'ai caché une telle information à l'ensemble des Aigles. Je vais devoir trouver une explication crédible sans toutefois avoir l'air de me justifier.

Manuela m'incite à en choisir un autre, l'arc en acier par exemple mais je décline sa proposition. Elle allait rouspéter davantage quand tout à coup son attention est accaparée par...

- Yuri !

Le concerné fait mine de ne pas nous voir. Il range une sorte d'antidote dans une besace et continue son chemin. Manuela, qui n'en revient pas qu'on ait pu ignorer sa voix portante, enchaîne :

- Je rêve ! Akkira,?-le s'il vous plaît !

- Pardon mais je dois faire quoi ?

Manuela soupire et demande à l'armurier combien elle lui doit pour l'arc.

- 560 écus.

- Bien.

Elle lui tend la somme due, et, alors que je pensais pouvoir enfin rejoindre le terrain d'entraînement, elle...argh ! Elle me tire avec elle dans sa course ! Bon sang, comment puis-je lui dire de me lâcher la grappe ?! Nous déboulons dans le vestibulaire, les talons de Manuela claquent pour nos deux foulées. La voix haut perchée d'un noble aux cheveux violets me casse les oreilles. Et je ne dois pas être la seule qu'il agace car des demoiselles s'empressent de quitter la vaste pièce. Yuri est déjà en haut des escaliers, en grande discussion avec Dorothea. La doctoresse ralentit à peine son allure pour gravir les marches et les rejoindre. Elle gratifie sa protégée d'un clin d'oeil complice. Le jeune homme, quant à lui, paraît bien ennuyé.

- Yuri, je voulais m' ? avec vous. Seulement, vous n'étiez pas présents en classe aujourd'hui alors que vous ? passer la semaine avec Akkira. J'imagine que vous devez être occupé avec l'Abysse mais quand même. Où étiez-vous donc ?

- Pas très loin, comme vous pouvez le ?, renchérit le concerné.

- Professeur Manuela je parlais ? de vous.

Je me mordille le pouce. Quand est-ce que je serai capable de saisir la totalité d'une conversation ? Et encore, mon expression est pire que ma compréhension ! Ce satané Claude... Il a intérêt à respecter son engagement. Que ses manigances aient au moins eu une conséquence qui me soit favorable. Dorothea explique à son idole qu'hier elle a entendu les enfants... Non, qu'elle a entendu Yuri chanter aux enfants du marché. Euh... C'est vraiment ça ? Vu la tête contrariée qu'il tire... Les prunelles noisette de notre enseignante brillent de toute l'ivresse du monde, et pour une fois cela n'a rien à voir avec l'hydromel. Elle agrippe alors férocement le bras du garçon – oui « férocement », je pense être bien placée pour le confirmer – et sa gaieté a contaminé sa bouche.

- C'est merveilleux !

Et puis brutalement Yuri relève la tête vers moi. Et le monde rapetisse, les murs se désagrègent, le sol tangue sous mes jambes. Des branches de tilleul viennent se déposer en tas dans ses prunelles. Et le feu s'allume, brûlant et totalement inattendu. Alors que je m'étais habituée aux regards des pervers pendant mes années d'errance, voilà que le sien me fait vaciller. Aucune rapacité, juste du désir à l'état pur. Quoique... Pour la première fois depuis des années, j'ai l'impression d'être redevenue une proie. Une brebis égarée face à un loup. Il parvient à se défaire de la poigne de Manuela pour s'approcher de moi et placer une main sur ma taille sans que nos iris ne décrochent. Qu'est-ce qui lui prend ? Je suis tétanisée.

- Excusez-moi, Akkira et moi devons nous ?.

Nous « entretenir » ? J'en suis encore à me demande ce que ça signifie qu'il m'entraîne déjà dans un petit jardin qui longe le vestibule. Je suis si proche de lui que je peux déceler son odeur. Des effluves de... renfermé ? Ou de cave ? Une fois que nous sommes seuls, il me relâche et reprend une distance convenable. Toute trace de convoitise a déserté ses traits et surtout ses yeux. Revoilà le Yuri que j'ai rencontré. Je m'appuie contre le mur, peinant à faire le lien entre son image de charmeur et celui que j'ai sous mon nez.

- Qu'est-ce que c'était que ça ?

- Si tu parles dans ta langue je ne vais pas comprendre.

- Qu'as-tu fait ?!

Cette fois je fulmine. Est-ce que j'ai été la victime d'un sort ? D'un enchantement ? Je me suis laissée faire si docilement, il aurait pu faire tout ce qu'il voulait de moi... Cette idée me répugne au plus au point.

- C'est ce qu'on appelle du ?.

- Du « charme » ?

- Exactement.

- Tu m'as... Hrm... Tu as utilisé la magie ?!

- Aucune. En vérité, je ne pensais pas que ça marcherait avec toi, dit-il déçu.

Pour une fois il articule pour que je puisse bien comprendre. Mes poings vibrent. Qu'il se les garde ses élans de générosité ! Je me sens tellement... humiliée ! Ce type... Comment a-t-il osé ce servir de moi d'une façon aussi perfide pour échapper aux exultations de Manuela et Dorothea ? Tant de manipulateurs dans ce Monastère... C'est intenable ! Et puis tout à coup c'est comme avec les gardes impériaux. Ma colère est telle je ne tremble plus. Je le regarde par en dessous et prononce de ma voix la plus posée :

- Recommences et je tue toi.

Un sourire espiègle se dessine sur ses lèvres. Il a saisi la véracité de mes menaces. Je sens la même sauvagerie dormir en lui. Peut-être qu'on va vraiment finir par s'entretuer, qui sait ?

- Oh un écu ! Il est pour moi !

- Tu ne changeras jamais ? !

« Balthus » ? Purée, j'en ai marre du fódlien, abattez-les tous... A moins que ce soit un prénom ? Un mastodonte s'extrait difficilement d'un buisson et exhibe un écu comme si c'était de l'or véritable. La jeune fille aux couettes roses, Hilda, a fait le tour des broussailles pour le rejoindre. Elle conserve une sacrée distance avec lui comme si elle répugnait à se salir.

- Oh, c'est Riri. Et Noyau est là aussi.

La blasée à la chevelure grenadine fait son apparition en compagnie de Constance. Vu qu'elle traînait avec Dimitri lors de son premier jour, elle a dû rejoindre sa classe. Attendez... Le noyau... Je me suis étranglée ce jour-là avec un... C'est moi qu'elle surnomme Noyau ?! Et voilà qu'il y a l'autre Constance qui... Hein ? Qui s'excuse d'avoir revue Mercedes après tant d'années ? Et c'est quoi cette tête terrorisée qu'elle affiche ? Ne pouvant en supporter davantage, je me faufile entre tous ces dingues et reprends la route qui mène au dortoir. J'ai eu ma dose pour aujourd'hui, je vais m'isoler pour le reste de la soirée. Et tant pis si je loupe le dîner et si je ne me lave pas.

Sur le chemin, je croise des dévots qui ne sont pas accoutrés de la même soutane que les prêtres du Monastère. Oh, les voilà donc déjà... Le mois dernier, nous avons été prévenus que la fin du cycle de La Céruléenne signerait la cérémonie de Renaissance de la déesse. Manuela nous a expliqué cette semaine que des pèlerins de tout Fódlan seraient présents. Il s'agit de fidèles qui se réunissent pour implorer le retour de la déesse. Encore un événement auquel je vais assister sans en avoir aucune envie. En vue de l'alarmante lettre préméditant un assassinat, nous autres élèves devront veiller à la sécurité de Rhea. Mon instinct me souffle qu'elle pourrait pas se débrouiller seule mais peut-être que je me trompe.

Je croise également d'autres étudiants mais seule un retient assez longtemps mon attention esquintée. Doré. La cape de Claude. Le voilà qui discute avec le coureur de jupons des Lions, j'ai nommé Sylvain. Le rouquin porte sous son bras un jeu de société pourvu de petites pièces de gabaries hétéroclites. Oh, j'ai déjà vu Shamir y jouer dans un bar ! Il s'agit d'un jeu d'échecs. Le cerf capte mon regard agressif et les voilà qui s'avancent tous les deux vers moi. Sylvain prend les devants.

- Bonjour très ?, je ne pense pas que nous ayons été présentés. Je me nomme Sylvain Jose Gautier, et vous êtes Akkira McNairy ?

Je me mords la lèvre pour éviter de déverser mon courroux sur lui. « Oui, nous n'avons pas été présentés car jusqu'à maintenant tu fuyais la brute épaisse que je suis, et tu avais bien raison de le faire ». Voilà ce que je me retiens de lui sortir. Pas certaine que mon niveau misérable en fódlien m'aurait permis cette tirade, mais bon. Je le salue brièvement puis me tourne vers Claude et son sourire.

- Bonjour, Akkira.

En vérité je ne pouvais pas mieux tomber. Il va recevoir toute l'animosité que j'ai accumulée ces deux derniers jours. J'ai préparé une phrase à lui lancer à la figure dans l'espoir de lui faire perdre la face. J'ouvre la bouche et... Rien ne sort. Le cerf penche la tête, l'air franchement amusé :

- Vous ne savez pas comment le dire, n'est-ce pas ?

Oh bon sang ce type ! Je l'avais pourtant travaillé cette réplique ! La fatigue... Les quelques nuits passées à l'extérieur du Monastère commencent à empiéter sur ma santé. Je me suis habituée à rester éveillée sur plusieurs jours entiers. Seulement là je crois qu'avec les cours et cette langue qui m'épuise, il s'agit davantage d'un épuisement cérébral. Je réfléchis un peu plus tandis que Sylvain nous quitte. Ça y est, je l'ai retrouvée !

- Notez « lui apprendre des insultes » dans le programme de votre... notre première séance. Ça nous sera utile.

Histoire de lui en balancer deux-trois d'entrée de jeu pour me défouler. Au lieu d'être dérouté comme je l'avais escompté, le voilà qui sourit encore plus et qui rit. CE TYPE ! Je plisse le nez. Et s'il comptait se défiler ?

- A moins que vous ne... respe... respectons... respectez...

Il hoche la tête pour m'éviter toute cette peine et conclue par :

- Si, je serai là.

/

Ce sera une bonne journée.

A Brigid, les anciens nous rabâchaient toujours la même chose. Ils nous exhortaient à nous lever en même temps que les animaux de la forêt, c'est-à-dire très tôt, pour découvrir ce que la journée nous réservait. En nous réveillant à l'aube, nous avions plus de chance de tomber sur des petits bonheurs de la vie. Si nous en rassemblions trois avant que le soleil ne soit à son zénith, les esprits nous faisaient alors passer un message qui était le suivant : « Ce sera une bonne journée ».

Ce dimanche matin qui devait être d'une banalité presque alarmante se révéla, au final, plus qu'agréable. Pour commencer, j'ai rencontré Ashe et Dedue lorsque je me suis rendue à la serre pour honorer les plantes. J'ai échangé quelques paroles avec eux, principalement avec Ashe car le duscurien est encore moins loquace que moi. Le garçon pistache semblait encore affecté par la mort du Seigneur Lonato. J'ignorais qu'ils avaient un lien, je ne l'ai su que dernièrement. Sur le coup je reconnais avoir été un peu étonnée par la radicalité des décisions de l'archevêque concernant l'Église orientale... non, occidentale. Depuis notre première rencontre, j'ai pressenti que son sourire cachait une personnalité beaucoup plus marquée. Mais je ne m'attendais pas à ça. En tout cas, je comprends mieux le chagrin d'Ashe qui date d'il y a quelques semaines déjà.

Nous n'étions pas seuls dans la serre. La petite rouquine des Lions fredonnait un air entraînant en arrosant les jacinthes. Parfois elle nous jetait des regards en biais et se taisait, mais c'était pour mieux redémarrer sa mélodie quelques minutes plus tard. Tout au fond, j'ai cru reconnaître Bernadetta. Nous n'avions échangé aucune parole depuis mon arrivée. Elle semblait éprouver une certaine fascination pour des plantes carnivores. Puis elle s'est levée et est repartie en courant. Sûrement allait-elle s'enfermer dans sa chambre comme à son habitude. Voilà bien quelque chose encore que les brigilènes sont incapables de comprendre. Rester calfeutré chez soi c'est comme nous couper l'oxygène.

La deuxième satisfaction de la matinée fut de ne pas croiser Claude. Il n'est même pas présent au réfectoire où je suis en train de me sustenter. Tant mieux. Rien que l'apercevoir me rappelle qu'il m'a eu en beauté.

Et enfin, le troisième petit bonheur se condense dans mon assiette. Du teppanyaki féroce. Il s'agit d'un plat rustique composé de tranches épaisses de viande de gibier et de fruits de Noa, le tout saisi sur une pierre à griller. Petra se régale autant que moi. Nous aimons toutes les deux la viande rouge. Ce plat réjouit mon palais qui est également friand de fruits bien juteux. C'est si savoureux, si...

- C'est trop bon ! exulte Caspar non loin de là.

Pour une fois je suis d'accord avec ce garnement. A l'inverse, certains étudiants font la tête, principalement les adorateurs de poisson. Le garçon à la coupe au bol violette s'insurge haut et fort. Insupportable gosse de riche... J'aurais dû lui garder quelques vers de terre au lieu de les manger lorsque je vivais dans forêt. Il n'aurait pas été aussi maniéré et difficile.

Je contemple la salle toujours pleine à craquer dans les heures de midi. Les cuistots ont tous le sourire, ils semblent heureux d'exercer leurs métiers et d'être aidés par des étudiants amateurs de cuisiner. Une étrange gratitude me gagne envers le Monastère. Nous mangeons à notre faim, quel que soit le moment de la journée. Les recettes qu'on nous propose sont toutes très variées et font honneur aux différents territoires de Fódlan, et même parfois à d'autres contrées. Tandis que je mâchonne un exquis morceau de viande plein de nerfs, je me réprimande pour ce sentiment de reconnaissance. Les dettes ne sont jamais loin de ce genre d'émotions, alors arrête de penser Akkira.

- Vous ne mangions pas votre viande ? demande Petra à Dorothea assise en face.

- « Mangez », corrige la brune. Hi hi, vous êtes si mignonnes tous les deux.

A force de nous le répéter je sais ce que signifie ce terme niais. Dorothea nous explique que ce plat ne la dérange pas mais qu'elle a dû mal à finir le gibier. Seulement, elle ne veut pas gâcher la nourriture. Petra tend alors son assiette.

- Donnez. Vous aurez mal à ventre si vous vous forcez. Moi j'ai encore la faim.

Je souris. C'est tout Petra ça. Ma cousine se met à dévorer goulûment le gibier de son amie. Cette dernière nous observe tour à tour. Petra avec ses lèvres pleines de sauce, et moi en train de lécher mon assiette. Les brigilènes ne sont pas des champions de la propreté et de la tenue à table. Tandis que je repose mon écuelle, une réflexion me traverse. Depuis que Petra a renoué le contact avec moi, je n'arrête pas de songer aux habitudes et mœurs de notre patrie. C'est comme si ma cousine était la passerelle qui me permettait de recouvrer les principes des brigilènes. Et pour une fois ce n'est pas douloureux. Je me sens surtout... nostalgique. Je souris en la regardant.

Ce sera une bonne journée.

Galvanisée par cette pensée agréable, je prononce en brigilien à son intention :

- J'aimerais te montrer un endroit après le déjeuner.

/

Et nous voilà dans le champ aux abords de Garreg Mach.

Il fait une chaleur éprouvante, même pour nous. Quand nous étions petites et que le soleil était aussi cuisant, nous passions nos après-midi dans la forêt plus fraîche ou à nager au cœur de l'océan. Avant de venir ici, j'ai demandé la permission à Manuela pour emprunter l'arc en fer qu'elle m'a acheté et que je n'ai pas encore utilisé. Petra a formulé la même requête ce qui m'a un peu surprise. Cela fait des semaines qu'elle s'entraîne à l'épée et à la hache. La dernière fois que je l'ai vue avec un arc en main remonte à notre enfance.

Elle admire les environs, comme hypnotisée.

Ou charmée.

- Oh ma sœur, c'est incroyable ici ! Je ne savais pas qu'un tel endroit existait ! Ça me donne envie de...

- Courir ? je complète.

- Oui ! Et de...

- Voler, j'affirme cette fois.

Nous nous contemplons, sur la même longueur d'ondes. Ça fait si longtemps que ça ne nous est pas arrivé. Oh bon sang, ce bien-être est si étourdissant ! J'aimerais en être entourée pour l'éternité. Cependant, je sais que ce n'est qu'utopie. A un moment ou à un autre, ma conscience va vouloir me traîner de nouveau dans l'ombre, vers l'indifférence.

Je baisse le menton vers mon arme. Je ne dois pas oublier pourquoi je l'ai amenée ici. Ni que c'est une bonne journée. Je sens dans ma botte le couteau que j'ai volé au réfectoire. Petra souffre de mon silence vis à vis de ces cinq dernières années. Elle ne l'a plus évoqué depuis que nous avons recommencé à nous côtoyer. Et savoir que je suis à l'origine de sa douleur... Oh par tous les esprits, c'est intolérable. Je préfère encore abandonner ma vengeance et mettre fin à mes jours que de lui faire endurer ça. Cependant, il y a des choses que j'ai vécues qu'il est préférable de lui taire à jamais. Des choses que je ne pourrais jamais extérioriser à haute voix. A personne. M'exprimer, ce n'est vraiment plus mon fort.

Un oiseau passe. C'est un tétras lyre qui jaillit de la forêt à cent mètres. Je brandis mon arc et extrais une flèche de mon carquois. Mon arme est un peu plus lourde que celle que j'ai utilisée lors du défi. Je vise ma proie et décoche rapidement. La pointe se fiche dans l'une des ailes du volatile. Il piaille de douleur. Pour abréger ses souffrances, je dégaine le couteau de ma botte et le lance dans sa direction avant qu'il ne touche le sol. Dans le mille. Je me tourne vers Petra qui n'en a pas loupé une miette. Et j'ouvre les bras. Voilà. Voilà ce que je suis capable de te révéler sur moi. Voilà mon équipement de Mercenaire mais aussi d'assassin. Avec mon arc, je sais viser bien plus loin que lorsque nous étions gosses. Et ce couteau... La précision de mon lancer s'exprime mieux que ma propre bouche.

Ma cousine reste longuement à m'observer. Les minutes s'égrainent mais ni l'une ni l'autre n'esquissons le moindre geste. Quelles conclusions est-elle en train d'établir ? Fait-elle le lien avec ma haine de l'Empire d'Adrestia ? Au bout de ce qui me paraît être le cycle d'une lune entière, elle s'avance pour se retrouver en face de moi. Je suis un tout petit peu plus grande qu'elle, mais elle est cent fois plus éblouissante.

- Je crois comprendre... en fait non, je n'en sais rien. Mais... D'accord. D'accord, répète-t-elle en prenant ma main.

Ses doigts sont tièdes. Elle examine les cicatrices sur mon majeur. Je la laisse faire. Puis, sans prévenir, elle saisit une flèche de son propre carquois. A l'aide de la pointe, elle s'entaille le majeur. J'essaie de l'arrêter :

- Mais qu'est-ce que tu fais ?!

- « Tout ce qui te touche me touche », tu as oublié ?

Elle me fusille du regard, comme pour me mettre en garde de lui faire d'autres cachotteries à l'avenir. L'intensité que je perçois dans ses prunelles colombin me statufie. Une robustesse que je refusais de concevoir. Avec cette force qui l'habite, pas étonnant qu'elle fut vexée lorsque je l'ai protégée pendant la bataille interclasse. Avec sa main ensanglantée, elle désigne la forêt.

- Leonie a certifié qu'il y avait un troupeau de biches dans les parages. Allons chasser.

Ce n'est même pas une question qu'elle me pose mais presque un ordre. Pendant un instant je crois entrevoir la future reine de Brigid. Celle qui saura diriger son peuple à l'aide de son charisme, de son autorité mais aussi de sa générosité. Et une cousine qui... Non, une sœur. Une sœur dotée d'épaules aussi solides que l'argent des boucliers que transportent les chevaliers de l'Ordre.

« Je t'aime Akkira. Et peu importe ce que tu as fait je t'aimerais toujours.»

Je secoue la tête lentement. Comment ai-je fait pour rejeter des propos aussi bourrés de certitude ? Déjà elle s'éloigne de sa démarche décidée. Je ne peux m'empêcher de sourire.

- Sauvage..., je murmure.

Sauvage, comme les guerrières brigilènes.

/

- Hyaaaaaa ! Nadette va tout faire ? !

- « Rater » ? je répète.

- Nadette aurait dû rester dans sa chambre !

Je lève les yeux au plafond de la Cathédrale et la saisis par l'aisselle pour la remettre sur pieds. Elle se met à hurler encore plus fort et se dégage de ma prise. Les autres duos présents nous réprimandent en un regard. La plupart sont de fervents pieux, pas certaine qu'ils apprécient que Bernadetta s'époumone comme un buffle dans un tel lieu sacré.

L'ambiance dans la Cathédrale n'est pas du tout la même la nuit. Tout est nettement plus... glauque. Je fais tourner mon épée autour de mon poignet en observant les coins les plus sombres. C'est également étrange d'être armée dans un tel lieu. La menace de l'Église occidentale doit être bien réelle pour que Rhea nous y autorise. Cette dernière est partie dans la Tour de la déesse en compagnie de Seteth, une gamine aux grosses boucles vertes, les prêtres de Garreg Mach et les pèlerins des autres territoires fódliens. Malgré la menace qui planait sur sa tête, l'archevêque a maintenu la cérémonie de Renaissance de la déesse pour permettre d'endormir la vigilance de nos ennemis. Et sa ruse a marché.

Nous avons eu pour consignes de protéger les lieux laissés sans défense. Une première équipe menée par Byleth et composée de la moitié des Aigles, des Lions et des Cerfs se trouvent en ce moment même dans le Mausolée sacré. A l'heure qu'il est, ils ont déjà dû encercler nos opposants. Nous autres restés en retrait devons surveiller la Cathédrale. Déjà en cas d'éventuels renforts mais aussi pour empêcher ces saligauds de battre en retraite.

Je refais tourner mon épée autour de mon poignée en souriant légèrement. Je commence à m'y habituer. Je lance un regard à la dérobée à Manuela qui fait équipe avec Hanneman. On sent que ces deux-là se retiennent de se crêper le chignon. Je me tourne ensuite vers Bernadetta qui tremble toujours comme un feuille. Je plisse le front. Qu'est-il arrivé à cette fille pour qu'elle soit aussi terrorisée ? Puis je jette un œil par dessus mon épaule vers l'entrée du Mausolée sacré.

Qui en a après l'Église de Seiros ? Et pour quelles raisons ? Il y a tellement de choses qui m'échappent ici... Tellement d'ambitions insaisissables. Un horrible pressentiment est en train de naître tout au fond de moi. J'aimerais l'étouffer, mais quelque chose m'en empêche.

C'est mon intuition.

Et elle me souffle que ce n'est que le début.

/

Et elle avait raison.

Ce n'était que le début. Le début d'un engrenage qui se mettait doucement en marche. La roue de temps que plus personne ne pouvait entraver.

Ce fut une victoire qu'on célébra ce soir-là. Byleth avait su manœuvrer et guider toutes ces troupes dont il était responsable. Dans sa modestie qui le caractérise, il a étalé toute l'étendue de son génie et a fait une grande impression aux yeux de tous ceux qui étaient présents. Je me souviens encore aujourd'hui du visage qu'a exhibé Edelgard après la mission. La déception que les Aigles ne puissent pas bénéficier du talent de l'ancien Mercenaire. Mais également le regret de ne pas pouvoir compter sur le détenteur de l'Épée du Créateur pour ses futurs projets. Cette arme qui se trouvait dans la tombe de Seiros, cette Relique de Héros que Byleth a su manier, avait appartenu au Roi de la Libération. Est-ce que Edelgard aurait souhaité détenir l'appui du meilleur atout du Monastère ? A n'en pas douter.

Mes mains tremblent, je crois ne plus être capable de rédiger une ligne pour ce soir. La lumière du soleil couchant illumine les pages couvertes de mon écriture brouillonne. L'esprit du Feu darde ses dernières lueurs quotidiennes sur moi, pourtant tu sais, lorsque je relate ce genre de passage,

ceux où je me dis que tout aurait pu être prémédité,

je ne peux cesser de grelotter d'affliction.


Le petit commentaire de l'auteure : Hey hey ! J'aime faire des titres qui comportent deux sens. Évidemment, "charmer" évoque en premier lieu la spécialité de Yuri qui est connu pour obtenir ce qu'il souhaite grâce à ses atouts physiques. Ici, "charmer" fait également référence à la réaction de Petra lorsqu'elle découvre le champ aux abords du Monastère, cette même réaction qu'a eu Akkira quelques chapitres avant.

Ce chapitre introduit le passage du Mausolée sacré. Dans cette histoire, les voies sont plus ou moins mêlées. Ainsi, pour cette mission les trois classes participent. J'aime écrire les pensées d'Akkira, mais j'aime encore plus faire celle du future *smile*

N'hésitez pas à me faire part de vos impressions ! Prenez soin de vous !

Prochain chapitre : Présager

Ciaossuuuuu !