Bien le bonjour voyageurs !

Merci à Serpentardecoeur pour son follow :D Bienvenue dans l'aventure !

Et une réponse aux reviews, une !

Zak : Ouuuuuii ça commence tout en douceur, et puis vla Hubert ! (et Ferdie accessoirement xD). Ouais il est très à cheval sur le "Dame Edelgard" xD Akkira est un peu son opposé à toujours appeler les gens par leurs prénoms, elle ne dit même pas "professeur Manuela" ou "professeur Byleth". Elle dit Manuela et Byleth, donc "Dame Edelgard"... * prends le mot et le place dans les bras de Hubert* Voilà ! Ahaha magnifique imitation de mon hystérie lorsque Claude apparait xD RIP le respect pour sa cape, grosse craspouille Akkira *fessée* ! Ahaha j'ai cru que tu allais oublier de hurler son prénom xD Ouais Annette... Arf, je l'aime bien juste parce qu'elle est tout le temps enthousiaste et que j'aime son lien avec Gilbert mais c'est tout xD Elle est très BOF. Pour la scène du couteau, Akkira la tire vers elle donc Luna est légèrement fléchie. Faudrait limite que j'essaie avec quelqu'un pour voir si c'est crédible xD * aiguise déjà son couteau * J'ai beaucoup apprécié ta review et encore plus le dernier paragraphe qui me fait hyper plaisir :3 Ton analyse est très juste, je suis heureuse que tu ressentes ça ! Merci beaucoup !

Mijo : C'est la journée des imitations ou quoi ? xD Magnifique salut à la Miss France ! Ouais totalement d'accord avec toi, les archers sont stylés ! :3 Alors en fait le chapitre précédent, c'est début de la lune de l'Arc. Mais je comprends que ce soit ambigu parce que Akkira n'intervient pas en classe avec les Lions. J'ai juste mentionné l'échange interclasse, mais comme on ne voit aucun Lion je comprends la confusion (et aucun Aigle aussi d'ailleurs, elle se balade juste avec Claude xD). Vas y Lys, decripse un peu ce bon vieux Felix xD (purée ça rime presque!) Excellente remarque pour le parler d'Akkira ! En fait je fais une évolution progressive mais faut savoir que c'est hyper galère de faire des phrases et que Akkira les comprennent si celle-ci ne maîtrise pas la langue. Au début de la fic c'était un véritable calvaire, car en plus les personnages de FE s'expriment bien donc j'avais vraiment du mal à faire passer des messages clairs pour les lecteurs. Pour Petra... Bon le jeu veut ça pour la démarquer mais en cinq ans elle devrait nettement moins galérer avec le fódlien, ils exagèrent un peu xD Ashe ! :3 Ouais si ce n'est QUE Claude xD Claude qui lui pique un fruit, le goujat ! Catherine c'est pour l'épée, pas forcément pour la classe, mais en vérité je n'avais pas pensé à Byleth qui aurait été plus judicieux xD *se cache* Hm pour Sylvain perso je pense qu'il couche avec, il dit dans l'un des quartiers libres qu'il doit faire attention en emmenant des filles à cause de son voisin de chambre (je crois que c'est un truc comme ça et je pense qu'il parlait de Felix). Et dans un soutien il dit "s'amuser toute la nuit". Dans un sens c'est bien si ses histoires sentimentales son mature, il a dix-huit ans, et l'époque du Moyen âge n'est pas la plus chaste :3 Pour Christophe, Akkira n'est au courant que de la fausse version, pas de la vérité affichée sur les documents que trouvent Ashe. Comme les PNJ causent toujours dans ce jeu, de vraies pipelettes, je me suis dit qu'elle l'avait appris là xD Mais je comprends ta surprise c'était peut-être un peu trop. Merci beaucoup pour ton commentaire, ça me fait trop plaisir :3

Katt : "Les sous-estimés" x'D Ah purée j'en ris encore ! Mais en vrai c'est ça, les pauvres Cerfs... Ce que tu dis me fait plaisir, je suis contente que tu apprécies le dernier chapitre centré sur les Lions :3 et celui-là le sera encore, j'espère qu'il te plaira ! Luna est l'OC de la super fic "SOUS LES CENDRES", rédigée par LCDAH. N'hésite pas à aller voir, ça faut le détour ! ;) Aaaaah ton "Tu fais très bien Claude" m'a rempli de joie ! Merci, merci ! J'espère que tu apprendras des choses avec cette quête :3

RAPPEL :

- Les dialogues rédigés en gras sont en brigilien.

- Les dialogues rédigés normalement sont en fódlien.

- Les mots que ne comprend pas Akkira sont rédigés comme ceci "? ? ?".

Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !


Chapitre quatorze

Protéger

Le jour se lève sur les éminences désertes de Faerghus. Les yeux perdus vers le sommet des crêtes déneigées, je ressasse encore ce que j'ai appris il y a deux jours. Apprendre... Je croyais que cela ne concernait que le domaine intellectuel. Que je pouvais nourrir mon cerveau d'un savoir que j'emmagasinais chaque jour en cours. Je crois que j'ai sous-estimé l'instruction émotionnelle, celle qu'on acquiert au contact d'autrui. Je ne pensais pas être chamboulée un jour par une histoire qui ne me concerne aucunement. Jusqu'à présent, seule Brigid comptait pour moi. Sauf qu'en écoutant Dedue, j'ai complètement omis de comparer ma situation à la sienne. Je fus happée par ce passé, non... par cette tragédie.

Je ramène la couverture sur mon buste et me penche un peu plus en dehors de la carriole. Aucun animal n'est visible dans les rares alpages apparents. Les collines sont tellement dissemblables de celles qui environnent le Monastère. L'herbe ici se fait rare. Beaucoup de terrains miniers, caillouteux ou défraîchis nous servent de décor. J'appuie ma tête contre le chambranle en bois.

Et dire qu'il y a quatre ans encore ces terres étaient garnies d'un peuple qui a quasiment disparu aujourd'hui. Plus aucun duscurien ne subsiste ici, dans leur propre région. L'armée de Faerghus a mis leur terre à feu et à sang, d'où l'absence quasi-omniprésente de verdure. Tous les habitants ont été massacrés, tel fut le châtiment pour avoir commis un régicide. En effet, le roi Lambert, le père de Dimitri, est mort durant la Tragédie de Duscur, comme tant d'autres nobles du Royaume. Les survivants, dont Dedue fait partie, ont trouvé refuge hors de leur région.

Et maintenant ils se rebellent. Sûrement souhaitent-ils récupérer leur honneur perdu ? Ou leur patrie ? Ou bien est-ce pour une tout autre raison ? En tout cas je comprends pourquoi les grandes instances royales ont demandé à ce que le prince soit aussi étroitement protégé. Il va être ciblé dans cet affrontement. Notre mission va être d'éviter que ce conflit finisse en escarmouche sanglante et irréversible.

Je ferme les yeux. La mienne, plus secrète, sera de ne tuer personne. Un comble pour une assassin.

Je jette un coup d'oeil par dessus mon épaule. Dimitri et Dedue discutent comme deux personnes normales alors que la logique voudrait qu'ils se détestent autant que leurs peuples. Ils n'éprouvent aucune haine l'un envers l'autre malgré la Tragédie. Comment peuvent-ils posséder un tel lien ? C'est comme si... Je regarde mes mains. C'est comme si j'étais amie avec Edelgard.

/

L'avant-garde de l'armée royale est arrivée avant nous. Comme le redoutait Dimitri, leur puissance est bien supérieure à celle des duscuriens. Nous devons intervenir d'urgence si nous voulons éviter un nouveau massacre. Nous ne pouvons pas faire obstruction à l'armée de Faerghus, ce qui m'étonne un peu. C'est quoi ce traitement de faveur ? Selon Dedue, notre seule chance de mettre fin à ce conflit est de forcer l'armée duscurienne à se replier avant que les troupes du Royaume ne les atteignent. Si nous agissons vite, ces dernière battront en retraite également. A ce qu'il paraît, l'armée royale est tellement échauffée qu'elle n'a pas la présence d'esprit de prendre cette décision par elle-même. Je mesure encore un peu plus la haine qui anime les deux camps.

Alors que nous nous équipons hâtivement, que nos escouades en font autant et que les échauffourées nous entourent déjà, Byleth nous transmet sa stratégie. Les soldats duscuriens sont dispersés un peu partout sur le relief rocheux. Ils peuvent même profiter du terrain et se cacher derrière des rochers. Le professeur nous a alors séparés en deux groupes. Dimitri prendrait la tête du premier. Comme prévu, il sera escorté par Dedue sur son flanc gauche et par moi sur sa droite. Ingrid, sur son pégase, nous surplombera pour avoir une vision globale des duscuriens à notre portée. Mercedes restera en retrait, prête à nous faire bénéficier de ses soins. Quant à Byleth, il aura le commandement de l'autre équipe qui ne se constitue que de Sylvain et Annette. Ces trois-là prendront les duscuriens de revers et essayeront de rejoindre l'armée royale pour ralentir leur avancée. Enfin, Ashe est assigné à la protection du campement. Nous nous séparons à ces mots.

Le ciel d'un bleu pervenche, presque blanc, ne se marie pas avec les alentours. Partout règne la terreur, les cris, la violence. De la buée émane de ma bouche. Je suis frigorifiée. Mon uniforme de ma nouvelle classe est plutôt légère pour favoriser la mobilité de mes mouvements. Un simple tissu vert amande recouvre mon buste et l'ourlet est arraché au niveau de mes cuisses. L'une de mes jambes porte un collant opaque, l'autre non. Un peu de fourrure encadre ma nuque mais ce n'est pas ça qui me tiendra au chaud. Des bottes et des gants qui laissent apparaître mes épaules complètent la tenue.

Ingrid repère quelques buissons asséchés au nord. A peine nous nous trouvons à proximité de ces derniers que deux duscuriens en sortent et fondent sur nous. Ou plutôt sur Dimitri.

- Sale monstre ! hurle l'un d'entre eux.

- Tu vas payer pour les horreurs que nous avons ? ! s'époumone le second.

A trop faire une fixette sur le blond, ils en oublient qu'il est étroitement entouré. Déjà Dedue s'interpose pour parer avec son bouclier le coup de hache du premier opposant. Il lui fait tâter de la sienne et le fait chuter lourdement au sol. De mon côté, j'esquisse un croche pied dans la trajectoire du duscurien pugiliste et ça ne loupe pas. Il flanche en avant, ce qui me permet de lui décrocher un coup d'épée dans le torse. Mon cœur hoquette. Au dernier moment je retourne mon arme et le frappe avec le plat. Le voilà à terre également. Tout comme moi, il se remet de ses émotions et replace sa barbute pour m'apercevoir.

Son regard.

Mélange de tant d'émotions. Hostilité, rancune, aversion, mais aussi... de la crainte. Il croit que je vais mettre fin à ses jours. S'il savait... Tout s'est joué à un cheveu. J'ouvre la bouche mais Dedue me devance :

- Allez-vous en si vous tenez à la vie.

- Mais qu'est-ce que... ? Vous n'êtes pas alliés avec Faerghus ? s'étonne le soldat à la hache. Quoi qu'il en soit...

On voit bien que selon lui, des remerciements entacheraient sa fierté de guerrier. Il nous dévisage tous, finit par jeter son arme et par quitter le terrain avec son acolyte. Bien. Ils n'ont pas l'air trop...

- Ennemis droit devant ! s'écrit Ingrid.

Trois autres duscuriens font leur apparition sur le flanc gauche. La chevalière pégase est réactive et son javelot empale la cuisse d'un autre pugiliste qui hurle de douleur. Je rêve ou elle n'a pas contrôlé sa force ?

- N'avancez plus ! s'écrit-elle pour faire ralentir la progression des autres.

En vain. Et alors Dimitri se défait de notre escorte pour s'élancer dans leur direction. Les sabots de son canasson engloutissent une grande distance en peu de temps. Avec sa lance en acier, il met à terre un épéiste sans qu'il puisse riposter. Puis il évite de justesse un sortilège simulant un vent violent. En un instant, je change d'arme et passe au combat à longue distance. Je bande et au dernier moment je dévie mon tir. La pointe se fiche dans l'épaule du mage qui titube. Mince, j'ai failli viser son cœur par réflexe ! La lance du délégué finit le travail en lui fauchant les jambes sans les couper.

- Partez, déclare-t-il d'un ton sans appel.

- Vous... Espèce de monstre... ? !

Je n'écoute pas la suite des insultes qui ne doivent pas être bien reluisantes. Non, je suis bien trop occupée à examiner mes mains. Elles ne tremblent pas, jamais dans ce genre de situation d'urgence. Je suis habituée à risquer ma vie. Cela fait belle lurette que l'effroi a déserté mes gestes, et tuer fut mon quotidien pendant des années. Mais justement... Cette aptitude qui m'a sauvée plus d'une fois et qui m'a tirée de pétrins inextricables va devenir ma hantise aujourd'hui. Car justement, nous ne devons abattre personne. Tout le contraire de ce à quoi je suis habituée. Et puis l'ambiance est opposée à celle du Monastère. Même si j'ai déjà affronté des élèves ou Jeritza en duel, je n'ai pas éprouvé le besoin de les tuer car je savais que ma vie n'était pas en danger.

Mercedes vient jusqu'à nous et s'agenouille près du pugiliste. D'une main adroite, elle retire le javelot et le lance sur le côté. Le duscurien geint de douleur, mais pas pour longtemps. Déjà la jeune femme murmure une incantation et le bout de ses doigts blanchit. Elle les passe à un centimètre de la plaie qui se résorbe à vue d'oeil.

- Là, là. C'est fini, fait-elle de sa voix tendre.

Je fais signe à mon escouade d'approcher.

- Protégez là et chargez si on l'attaque.

- Bien.

Je trottine jusqu'au délégué qui, entre temps, a été rejoint par la blonde et Dedue. Le prince réprimande Ingrid pour la violence de son attaque. Cette dernière a baissé la tête, mortifiée.

- Pardon Votre Altesse.

Par contre, je note que ses poings sont toujours contractés autour des rênes de son pégase. C'est comme si elle était tiraillée par une dualité qui se jouait en elle. Pour l'avoir côtoyée tout le mois, j'ai pu constater qu'elle se montrait serviable avec son chef de Maison. Sûrement souhaite-t-elle respecter ses ordres. Alors pourquoi a-t-elle fit preuve d'une telle impétuosité tout à l'heure ?

Des graviers et éboulis dévalent la côte rocheuse pour venir saluer mes bottes. Je plisse le nez, saisis une autre flèche et cible le haut de la colline. Je préviens :

- Dimitri, ils arrivent. Nord-ouest. Non, nord-est !

Sifflement dans l'air. Derrière nous ! Je me retourne mais le coup a déjà été porté. Heureusement, les animaux sont dotés d'un sixième sens. Ainsi le pégase d'Ingrid s'aide de ses ailes proéminentes pour reculer et esquiver une flèche qui allait les perforer. Brave bête. Par contre, la blonde n'avait pas prévu cet à-coup et se retrouve propulser en avant. Elle amortie la chute en effectuant une roulade. Vive d'esprit, elle tend la main et rattrape sa lance qui avait glissé quelques mètres plus loin. Sauf que l'ennemi n'est pas à sa portée. Je le repère. Il s'agit d'un archer duscurien qui se tient de l'autre côté du ravin. Sa précision est stupéfiante, et son dynamisme aussi. Il arme son bras et une deuxième flèche part en direction de la jeune femme.

Et alors que je la pensais fichue, Dedue brandit son bouclier et s'interpose. La pointe se brise au contact de l'écu en acier. Je m'apprête à riposter, mais j'aperçois le trio mené par Byleth déferler sur nos ennemis de la rive opposée. Parfait. Dimitri amorce un geste pour venir s'enquérir de l'état de sa partenaire mais d'autres gravats nous annoncent l'arrivée imminente des duscuriens en haut de la colline. Le blond capte mon regard. Il dit :

- J'y vais.

Je souris. C'est tellement risible cette histoire d'escorte. De nous tous, il est celui qui excelle le plus dans l'art de la guerre. A en juger les capacités qu'il a démontrées précédemment, il peut bien se farcir deux-trois ennemis à la fois. Il n'a pas besoin d'être protégé. De plus, cette mission a l'air de lui tenir à cœur. Je reprends ma position initiale et cible la cote.

- Je vous couvre.

Il acquiesce et descend de son cheval qui peine à monter la pante trop escarpée. Derrière moi, j'entends Dedue demander à sa camarade :

- Êtes vous blessée ?

Pas de réponse. Pas moyen d'observer la réaction de la blonde puisqu'elle est dans mon dos. Au bout de quelques secondes, je l'entends grommeler :

- J'aurais pu m'en sortir seule, sans votre aide.

- Mes excuses.

- Vos excuses n'ont aucune ?.

« Valeur » ? Oui, je crois savoir ce que ça signifie. Elle n'élève pas la voix mais celle-ci est bien assez chargée en animosité pour qu'on puisse deviner le fond de sa pensée. Je fronce les sourcils. Qu'est-ce qui lui prend ? Comme Dedue ne rétorque rien pour se défendre, je crache :

- Vous seriez morte s'il n'avait pas été là. Comme moi à la Tour Conand.

Je n'ai pas oublié cette dette que je lui dois et qui alourdit mes épaules. Un silence supplémentaire. En haut de la cote, Dimitri rencontre deux soldats duscuriens. Il déstabilise aisément l'un des deux. L'armure du délégué camoufle son anatomie, mais je suis certaine qu'il doit être musclé. La pointe de ma flèche vient se ficher dans la jambe du second guerrier.

- C'est vrai, je suis allée trop loin..., reconnaît la spécialiste des pégases. Son Altesse a confiance en vous, Dedue. Vous êtes un compagnon d'arme sur qui on peut compter, quels que soient mes sentiments. C'est juste que... Le peuple de Duscur...

Oh, je vois... Ses dernières paroles m'éclairent sur sa duplicité. Elle voudrait obéir, être aussi stoïque que devrait l'être un preux chevalier, mais son hostilité envers le peuple de Dedue est trop influente. Le principal concerné ne rétorque rien à ça. Je me souviens de ma première impression le concernant. Il ne s'estime pas. Par conséquent, il doit accepter les remarques déplaisantes qui lui sont attribuées. Je grince les dents. A présent je sais pourquoi il réagit ainsi. Mais c'est inacceptable. Personne... personne ne devrait renier ses origines. Cela fait partie de nous.

Je jette un coup d'oeil vers le délégué et m'aperçoit qu'il est en train de parlementer avec les duscuriens à terre. Je baisse mon arc et me tourne vers Ingrid. Elle tremble de tous ses membres, ce qui connote toute l'animosité qu'elle porte au peuple de Duscur. Je ne peux qu'envisager ce qui la met dans cet état, sa blessure interne paraît vraiment profonde. Je passe de la blonde à Dedue. Ce genre de différend mérite une discussion à tête reposée et surtout dans un lieu plus calme qu'un champ de bataille.

J'inspire un grand coup, sachant ce que je m'apprête à faire. Cela va à l'encontre de ma solitude, des principes de Mercenaire qui se sont enracinés dans ma chair. Mais je ne peux plus décemment ignorer mes envies. Je m'agenouille à la hauteur de la blonde et

je lui tends la main.

Elle me regarde, stupéfaite. Je déclare :

- La colère est normale à ressentir. Mais elle ne doit pas empêcher de vous relever, surtout ici. Debout.

Elle me considère un instant encore avant d'attraper cette paume que je lui offre.

- Vous avez raison.

Je fais signe à Dedue que ça ira ici. Le Lion hoche la tête et part rejoindre son chef de Maison. Je me redresse et aide la jeune fille à se relever. De la détermination s'écoule de ses prunelles vert sauge. Ainsi que la promesse de devenir plus forte. L'esprit chevaleresque transpire de sa physionomie. Elle me remercie d'un signe de tête puis retourne près de sa monture. Bon, je vais...

Crissement sur le sol. Derrière moi.

Je fais volte-face et bondis du même mouvement. La hache du duscurien m'entaille le bras droit assez profondément pour que j'en lâche mon arc. Mais d'où sort-il ? De derrière ce rocher là-bas ? Je n'ai pas le temps de réfléchir. Dans un hurlement féroce, il se rue à nouveau sur moi. Cette fois je me contorsionne pour échapper à la mort. La lame frôle mon nez. Je dérape, bien plantée sur mes appuis. Mes mouvements sont automatiques, gravés dans mon sang. Je me tords pour attraper la poignée de mon épée avec ma main gauche, le fourreau étant placé de l'autre côté de ma hanche. Et pendant un moment...

Pendant un moment j'oublie où je suis, j'oublie ma mission. Le magma cotonneux de mon cerveau m'empêche d'y voir clair. L'adrénaline pulse sous ma peau. Je suis blessée, j'ai failli y passer. C'est lui ou moi. Mon instinct de survie me pousse à l'éliminer. Un sourire victorieux s'affiche sur son ignoble visage. Il croit qu'il a entravé mon bras fort, que je suis à sa merci. Pas de chance pour lui.

Je suis ambidextre.

Je me précipite vers mon ennemi pour créer la surprise. Pris de cours, il tente une attaque transversale. Je fléchis mes genoux pour esquiver, tourbillonne sur moi-même et son ventre expose toute sa vulnérabilité face à mon épée. Et ma lame lui lacère le bide, dispersant ses entrailles sur le sol.

Non.

Non c'est faux. Ma lame tranche juste de l'air. Le duscurien a volé en arrière, frappé par la lance d'Ingrid. Il est à terre, mais il n'a subi aucun autre dommage.

- Fuyez immédiatement ! vitupère-t-elle.

Le soldat hésite puis finit par déguerpir. Cette fois je lâche mon épée qui tinte contre le sol caillouteux. Encore une fois... encore une fois j'ai failli commettre un meurtre. Une main fraîche prend délicatement mon bras balafré. Je sursaute et me dégage violemment. Mercedes. Elle n'a pas l'air vraiment surprise par ma virulence.

- Vous êtes blessée, je vais vous soigner.

A mon tour, je découvre l'étendue des dégâts. Du sang ruisselle juste en dessous de mon épaule visible et imbibe mon gant. Des traînées rougeâtres sont visibles un peu partout autour de moi. Comme l'adrénaline s'évacue peu à peu de mon organisme, je sens la douleur s'accroître petit à petit. Toutefois, j'ai connu pire.

- Non ça ira, je rétorque.

- Mais vous...

- S'il vous plaît, non.

Je ne la laisse pas insister. Je ramasse mes armes avec ma main valide et pars rejoindre Dimitri et Dedue à l'avant.

/

C'est fou comme les minutes semblent être des heures sur un champ de bataille. Nous croisâmes d'autres duscuriens et nous réussîmes à les convaincre de battre en retraite. Certains étaient difficiles à persuader mais au final ils obtempérèrent. Lorsque nous aperçûmes Byleth, Sylvain et Annette, nous comprimes que nous avions ratissé toute la zone de conflit. Et qu'aucune duscurien n'était mort.

Debout, la main placée sur ma blessure, j'observe les deux camps distincts. D'un côté, les soldats royaux, que nous avons retrouvés en haut de la colline et qui n'avaient subi aucune perte, s'entretiennent avec leur prince. De l'autre, Dedue essaie de convaincre le Général duscurien de mettre fin à ce type de révolte. Postée près de ces derniers, j'entends une partie de leur conversation houleuse. Le Lion n'élève pas la voix mais le duscurien semble en proie à une haine inextinguible envers le Royaume. Il lui reproche même d'avoir vendu son âme à Faerghus. Dedue objecte calmement :

- Son Altesse a promis un foyer aux duscuriens. Ce sera un foyer qui sera fier de compter le sang de Faerghus et de Duscur en son sein.

- Tu ne devrais pas être si naïf, gronde son homologue.

- Tu peux croire ce que tu veux, enchaîne le Lion. Faerghus changera quand Son Altesse ?.

« Régnera » ? J'imagine qu'il parle du moment où Dimitri prendra place sur le trône du Royaume. Je me tourne vers les soldats royaux et le délégué des Lions de saphir. La discussion est également agitée de ce côté, sauf que les chevaliers du Royaume exposent davantage de respect envers le prince. Je plisse les yeux. Cette mage... Contrairement aux autres, elle ne semble pas attentive aux dires de leur futur souverain. Sa bouche remue sans qu'aucun son n'en sort. Ses doigts fourmillent contre sa robe. Et enfin elle est tournée vers...

Dedue.

Je me déplace à toute allure au moment même où la mage jette son incantation. Les bras ouverts, je m'interpose pile dans la trajectoire du sortilège. Sortilège que je subis de plein de fouet. Aussitôt ma vision se brouille. Un miasme ? Non, c'est plus puissant. Nettement plus... profond. Je sens la magie noire s'infiltrer dans chacune de mes cellules et contaminer mon sang. Je grogne pour retenir la plainte douloureuse qui souhaite s'écouler de mes lèvres. Tout mon corps est pris de spasmes. J'essaie, j'essaie vraiment, j'essaie de toutes mes forces de rester debout.

Jusqu'au moment où ce n'est tout simplement plus possible.

Avant que je heurte le sol, je sens que des bras viennent m'envelopper avec douceur. Une voix s'efforce de percer les défenses qu'ont érigées mes oreilles. Je crois reconnaître Dedue, mais je ne suis pas sûre. Je ne suis plus sûre de rien, hormis de cette souffrance qui conquiert chaque parcelle de mon organisme. Je gémis de douleur, je me tortille, ma main valide laboure mon torse, déchiquette même mon uniforme. Mes larmes viennent sous-entendre cette déchirure qui s'opère en moi. Que cela cesse, par tous les esprits, que cela cesse ! Que cette torture prenne fin ! Qu'elle parte !

Le sortilège a infecté tout mon être jusqu'à atteindre ma conscience.

Et c'est le noir.

/

Tu le sais à présent, j'ai essuyé bon nombre de blessures par le passé. Des lésions, des brûlures, des contusions, des égratignures, des plaies, des traumas, des estafilades. Mon corps a enduré toutes ces épreuves, et tel un guerrier qui ne se retire jamais d'un combat avant de l'emporter, j'ai les ai surmontées.

Mais cette douleur là... Elle était interminable, je ne pouvais pas rester consciente tellement c'était insoutenable. L'esprit broyé, le corps ravagé, c'est à peine si je pouvais respirer. Je me suis débattue comme une forcenée dans un gouffre d'obscurité. J'avais le sentiment de le faire depuis une décennie sans jamais m'en extirper. C'était un supplice qui ne connaissait pas de fin et qui ne me faisait aucun cadeau. Alors j'essayais plus fort, j'ai planté mes ongles dans ma conscience pour me tirer vers elle.

« Ne me lâche pas, je ne peux pas mourir. Pas maintenant ».

Je lui soufflais ça, et je me hissais, un peu plus haut à chaque seconde, en vain.

J'ai eu le temps d'analyser tous types de magie avec tout ce qui s'est passé par la suite. Les essaims, miasmes, banshee, piques noires, bolgalonne, thoron, ragnarok, sagittae, flèches d'Agnea et bien d'autres encore.

Cependant, ce maléfice...Ce n'était pas un sortilège anodin. Il a été conçu pour tuer.

Et seule, je serais morte.

/

Je papillonne des paupières et tente de chasser les pois qui m'obstruent la vue. Un milliard de filaments endoloris recouvrent l'entièreté de mon épiderme. Je ne peux pas exécuter le moindre geste sous peine de me tordre de douleur. J'essaie de faire le point sur la situation mais mes neurones ne parviennent plus à s'entrechoquer correctement. Même mes sens sont détériorés, seule mon ouïe semble encore fonctionner un minimum. J'entends des bribes de parole et m'efforce à me raccrocher à ça.

- Elle est revenue à elle ! prévient une voix féminine. Il ne faut pas qu'elle se rendorme !

- Je m'en occupe !

Ashe... Une fraîcheur inattendue vient apaiser le feu qui brûle sur mon front. Mais elle n'est d'aucune utilité pour mon tourment interne.

- Akkira vous m'entendez ? Regardez-moi !

Une fois encore, je bats des cils à vive allure jusqu'à discerner une silhouette. Alors je me focalise dessus. Je crois reconnaître la bouille d'ange du garçon pistache. Il semble fou d'inquiétude.

- Oui, restez éveiller ! m'enjoint-il.

A côté de lui, au niveau de mon ventre se tient Mercedes. Ou plutôt, devrais-je dire, une Mercedes méconnaissable. Les cheveux défaits, le visage luisant de sueur, elle a les mains à plat sur mon buste dénudé. Seul un bout de couverture recouvre ma poitrine. Une lueur blanche enveloppe les doigts tremblotants de la mage, elle paraît à bout de force. Je ferme les yeux, frôle l'évanouissement mais deux paumes sur me visage me ramènent à la réalité.

- Akkira ! s'écrit Ashe paniqué.

J'essaie d'inspirer calmement mais même ça m'est impossible. Je m'y efforce quand même, malgré la douleur, pour ne pas me rendormir. Des voix s'élèvent autour. Je reconnais entre autres celle de Sylvain qui informe quelqu'un que cette carriole est déjà lancée à pleine vitesse. Dimitri rumine des phrases incompréhensibles d'un timbre sec. Je comprends seulement que cette mage ne faisait pas partie des soldats royaux, qu'il ne sait pas d'où elle sort. Annette encourage Mercedes et lui procure des soins pour la faire tenir. Celle-ci explique qu'elle ne fait que me redonner de l'énergie vitale grâce à sa magie blanche. Mais cette dernière n'assure qu'une guérison en surface. Selon elle, il faut que je vois Manuela de toute urgence, elle pourra peut-être utiliser des remèdes naturels pour éliminer ces symptômes. « Peut-être ». Le martyr s'éveille avec plus de vigueur encore et me tire vers la somnolence malgré les efforts d'Ashe.

- Vous n'auriez pas dû me protéger.

Ma conscience sursaute. Cette fois je reconnais Dedue. J'ouvre péniblement les yeux. Il est assis juste à côté de moi. Il a l'air tellement peiné... Je rassemble toutes mes forces pour balbutier :

- Nous... nous sommes... qui-quittes.

Il secoue la tête, dans une lenteur qui le caractérise. Et de sa voix monocorde il déclare :

- Il n'y a pas de dettes à avoir sur le champ de bataille. Encore moins avec moi.


Le petit commentaire de l'auteure : Aaaaah j'avais tellement hâte de publier ce chapitre ! J'adore cette mission, j'adore Dedue, et les événements obscurs de la Tragédie de Duscur sont vraiment fascinants à découvrir. En vérité, l'idée de l'échange interclasse a vu le jour uniquement pour faire vivre cette mission à Akkira. Elle est décisive pour elle. Elle n'est plus autocentrée, a cessé de ne jurer que par Brigid et a enfin admis qu'il existait des passés nettement plus traumatisants que le sien. Elle est davantage à l'écoute d'autrui et de leurs ressentis, comme on a pu le constater avec Ingrid. Et son entêtement avec les dettes... Je suis contente que ce soit Dedue qui lui ait sorti la dernière phrase de ce chapitre car il a raison. Les dettes n'ont rien à faire sur un champ de bataille. On s'entraide quand on est partenaires, point barre.

A tout bientôt ! J'essayerai de publier une fois par semaine, le mardi. Prenez soin de vous !

Prochain chapitre : Guérir

Ciaossuuuuu !