Bien le bonjour voyageurs !
Je reçois à chaque fois des retours pour mes chapitres, ça me fait chaud au coeur et ça me motive ! Merci de me suivre :3 Voici une réponse aux reviews :
Katt : Salut ! Je suis tellement contente que tu apprécies des passages qui étaient censés t'indifférer :3 Je ne suis pas habituée à manier les Lions, si je puis dire, c'était un véritable challenge du coup tes compliments me vont droit au coeur ! De même, je suis contente si je t'ai appris des choses sur la Tragédie de Duscur qui est, à mon sens, centrale dans le jeu. Héhé tu auras la réponse à ta question dans le chapitre qui va suivre.
Mijo : *te fais coucou en grignotant un kinder bueno * On a toujours les mains occupées xD Ouais tout juste pour les duscuriens, je pense comme toi qu'il en reste pas mal mais qu'ils ne sont planqués loin de leur région. C'est si triste pour eux :'( Et comme tu l'as remarqué, c'est l'interprétation d'Akkira et ce qu'on raconte sur les duscuriens :3 Ahah trop chou, oui profites-en Ashe est seul au campement x3 mais oui bwahaha j'ai pensé pareil, si triste pour le javelot xD Héhé contente que tu apprécies les références aux soutiens, j'essaie de les répartir un peu partout :3 Ce n'est pas Cornelia mais tu y es presque ! Je peux te le dire, ça me semble pas être du spoil, il s'agit d'une mage noire qui est dans son camp. C'est trop ça, un pas de géant pour Akkira xD Merci beaucoup pour tes retours :3
Zak : Mais oui j'avoue, ma réponse était plus longue xD Est-ce que ce sera le cas également pour ce chapitre ? Mystère ! Comment tu as si bien cramée le titre, si balèze xD Héhé ouais pour Duscur on en apprend surtout dans la voie des Lions. :3 Oh je crois que la voie te fait coucou :0 Maintenant je me demande si ton écran sent vraiment la bergamote xD Aaaaah Edelgard *souris déjà en songeant au chapitre qui suit*. Pauvre Byleth xD *le pousse dans les bras de Jeritza mais il se rétame étant donné que Jeritza a disparu* Oh merde... Tu m'as fait tellement rire avec le cheval de poche xD ce serait si pratique s'il pouvait faire ça ! *souffe l'idée à Dimi mais ce dernier me prend pour une tarée* Okay okay... Oooooh un nouveau pairing avec Akkira xD Ouais cette bande de brutasses, veulent même pas se faire soigner xD Oooooooh champagne ! Je suis contente si tu as apprécié ce chapitre full Lions :3 Et je suis encore plus contente que tu apprécies l'aspect psychologique de l'histoire ! J'aime la psychologie *Q* Merci pour tes retouuuuuurs :3 !
RAPPEL :
- Les dialogues rédigés en gras sont en brigilien.
- Les dialogues rédigés normalement sont en fódlien.
- Les mots que ne comprend pas Akkira sont rédigés comme ceci "? ? ?".
Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !
Chapitre quinze
Guérir
La douleur. Encore et toujours.
Ma compagne depuis deux éternités il me semble. Et il y a le feu. Le feu qui me brûle tous les organes, qui me met aux abois. Cela fait belle lurette que la totalité de mon organisme est en cendres, néanmoins l'incendie est toujours là. Et je délire. Dès que j'ouvre les yeux c'est pour voir la folie. Je ne distingue plus les silhouettes les unes des autres. Parfois même je crois apercevoir des animaux penchés sur mon visage et qui me parlent. Si je n'avais pas aussi mal je rigolerais. On me transporte, je change de position plus d'une fois mais chaque paume, chaque doigt qui m'effleure me fait l'effet d'un couteau qu'on plante dans ma chair. A un moment je ne touche plus sol. Lorsque mes paupières se soulèvent, je crois discerner des taches de rousseur. Et je les referme, ne supportant plus la vue de quiconque.
Mon envie de vivre s'amoindrit au fil des minutes, des heures, des jours, des années, des siècles. Jusqu'au moment où ma volonté se détend, où je lâche la corde de ma ténacité et où je n'aspire qu'à mourir.
De nouveaux bruits ont fait irruption dans les alentours. Les effets du sort ont dû passer une étape supplémentaire car chaque son se répercute dans ma boîte crânienne. Bruit continue, on dirait un mortier. Et des odeurs. Tournesol, abricot, huile végétale et des feuilles de sauge. Des phalanges, sur mon buste nu. Quelque chose se déverse dessus en ligne droite, minuscules petites particules. Mon nombril aussi est pris d'assaut. Autre texture, un peu piquante, qui serpente sur mon sternum, là où la morsure est la plus intense, sur mes seins et jusqu'à mon nombril.
Un chant féminin s'élève, comme une récitation. Parfois les mots sont pointus, incisifs, et d'autres fois les phrases sont longues, comme si elle psalmodiait. Ça m'apaise dans un premier temps quand soudain ça explose dans mon être. Le feu devient brasier. Il consume tous mes membres, toutes mes cellules, calcine mon sang, me fait hurler à m'en décrocher la mâchoire. Ça s'amasse au niveau de mon sternum, me coupant la respiration. Ça se débat, comme si les tentacules du mal souhaitaient s'arrimer définitivement à mon organisme.
Et enfin,
enfin,
enfin ça me quitte.
Mon corps s'affaisse, libéré du tourment qui l'habitait depuis aussi longtemps. Mes poumons se gonflent à nouveau d'air et m'octroient une nouvelle existence. Mes sens reviennent peu à peu mais amènent avec eux une fatigue exorbitante.
J'inspire, expire, inspire, expire. Recouvre ma volonté envolée.
Et je savoure. Je savoure cette chance qu'il m'a été donné. Celle d'être encore en vie.
/
Ce n'était pas Manuela qui m'a soignée. C'est ce que j'ai cru de prime abord et je ne pense pas qu'on puisse me reprocher cette conclusion hâtive.
Nous sommes rentrés le 29 durant la lune de l'Arc au lieu du 30. Les chevaux avaient cavalé quasiment non-stop jusqu'au Monastère. Les étudiants de la maison des Lions de saphir qui étaient restés à Garreg Mach ont fait un topo paniqué de la situation à leurs camarades. Après la disparition de Flayn qui datait d'un cycle sélénite, voilà que c'était au tour de notre infirmière de se volatiliser. J'imagine grandement l'angoisse qui a dû nouer les tripes de mes acolytes temporaires. Sans les soins experts de Manuela, j'allais mourir. Et alors Mercedes, qui était au bord de l'évanouissement après m'avoir maintenue en vie pendant une journée et demie, a proposé une alternative.
Luna.
De ce qu'on m'a narré plus tard, personne ne s'attendait à cette proposition. Seule Mercedes avait connaissance des talents de Luna dans le domaine des remèdes naturels. Surtout dans ceux spécialisés pour conjurer les sorts maléfiques.
Et elle m'a guérie. Elle m'a sauvée la vie alors que j'ai failli mettre fin à la sienne lors de mes premiers jours au Monastère. Je ris en écrivant ces lignes, car je sais qu'elle ne l'a pas fait par charité. Je crois, en toute honnêteté, que ça l'amusait que je lui serve d'expérience. Sacrée Luna.
Comme tu le sais, le lendemain, Manuela fut retrouvée évanouie dans la chambre de Jeritza. Dans cette dernière, les Aigles ont déniché un passage secret souterrain. Y sommeillaient Flayn et Monica. Le Chevalier Macabre, qui avait déjà fait parler de lui lors de l'épisode du Mausolée sacré, était également présent. Et enfin, un dernier antagoniste apparut pour la première fois.
L'Empereur des Flammes.
/
L'esprit du Vent est voilé aujourd'hui, presque imperceptible. Petra me certifie qu'il ne fait pas si froid que ça, pourtant je suis frigorifiée. J'ai passé toute la semaine à l'infirmerie à récupérer. J'ai bien tenté de me lever, ne supportant pas de rester enfermée, mais rien que me mettre assise était une véritable épreuve. Même si je ne souffrais plus, le fantôme de cette torture planait toujours sur mes membres. Je me réveillais parfois en sueur, comme si la fièvre m'enrobait encore. Et j'avais froid. Constamment. Manuela, qui s'était un peu remise, m'avait certifié que cela venait en grande partie de la fatigue.
Car oui, pour être fatiguée je l'étais. Je somnolais sans cesse, ce qui était un contrecoup de la dépense énergétique de mon organisme pour me maintenir en vie. J'ai eu de la visite, mais je ne me souviens que de ma cousine. Dimitri, Dedue, Ashe, Ingrid, Mercedes, Annette, Byleth. Et même Dorothea et... Bernadetta ? Je n'ai nulle trace de leurs silhouettes dans ma mémoire. Petra a dû me raconter au moins trois fois les événements du week-end dernier car je m'endormais sans cesse. Peut-être était-ce une façon pour mon cerveau de nier la vérité ? Que c'était Jeritza derrière l'enlèvement de Flayn ? Même aujourd'hui, alors que pour la première fois je suis capable d'interagir avec les autres, de me mouvoir et de réfléchir, je ne parviens pas à l'emmagasiner. Je l'ai affronté plus d'une fois à l'entraînement, je n'aurais jamais soupçonné cet homme. Et autre information ahurissante : c'est Luna qui m'a guérie. Cela aurait été malavisé de ma part de miser un écu sur sa bonté aux jeux d'argent qu'affectionne Shamir. Pourtant Manuela m'a garanti qu'elle avait réalisé un prodige en me soignant. Ça m'enquiquine un peu d'avoir une dette envers elle... Je préférerais la chasser.
Un chien aboie à une dizaine de mètres de moi, me faisant revenir à la réalité. Nous sommes samedi, et j'ai enfin pu sortir à l'air libre. Assise sur les marches qui mènent à l'étang, j'observe le reflet du soleil dans l'eau claire. L'astre s'est manifesté mais la caresse de ses rayons m'est interdite. Malgré la couverture dans laquelle je suis emmitouflée, je ne parviens pas à me réchauffer. Fichue guérison qui met du temps... Je me sens plus insignifiante que jamais.
Sous la couverture, je serre le gant blanc céruse contre ma poitrine. C'est celui que j'ai retrouvé près des écuries le mois dernier, lorsque je me baladais avec le délégué des Cerfs. Cela fait un bail que je sais à qui il appartient, mais je ne me suis jamais résolu à le lui rendre. Peut-être que maintenant...
- Les courses ont été un succès. Vous avez ma gratitude, Ashe.
- Je vous en prie, j'ai l'habitude de ce genre de choses.
Mon menton perché sur mes genoux, j'observe ma cousine et le garçon pistache venir jusqu'à moi. Je souris, et penche la tête. Mes longs cheveux lâchés me retombent sur le visage. Je souffle dessus pour les disperser. Et dire que je n'ai même pas assez de force pour me les tresser. Ashe s'assied à ma droite et Petra de l'autre côté. De toute évidence, cette dernière vient de se réjouir de quelque chose. Elle m'explique :
- Ashe a des talents de ? !
- « Négociateur » ? je répète. On ne dit pas négociant ?
- Oh ! Tu crois ?
D'une même âme, nous nous tournons vers le garçon pistache. Mes cheveux le fouettent au passage ce qui me révolte aussitôt. Nos yeux identiques et inquisiteurs paraissent le mettre mal à l'aise. Sûrement ne souhaite-il pas blesser l'une d'entre nous. Il finit par répondre :
- Hm, dans cette situation là on dirait plus « négociateur ».
Je soupire et lance un petit sourire narquois à ma cousine. Son vocabulaire est meilleur que le mien, elle est si talentueuse. La vantardise ne faisant pas partie de ses défauts, elle hoche simplement la tête puis fait disparaître sa main dans le sac de courses qu'elle a ramené. Elle en sort de la viande fumée.
- Tu en veux ?
Si elle savait. Je n'ai quasiment rien ingurgité ces derniers jours, je pourrais avaler un cerf sans le faire cuire. Elle me le place directement dans la bouche et, pour une fois, je mastique lentement. Je reconnais sa saveur unique. Je l'avais également achetée durant le cycle lunaire précédent. Ça provient du stand d'un Marchand du sud qui s'est récemment implanté au marché. Tandis que je mâchonne, je glisse un regard vers Ashe. Il a l'air particulièrement pensif aujourd'hui. J'ai cru comprendre qu'il partait bientôt pour une quête particulière. Je pose une main affaiblie sur son bras et lui dis en désignant l'étang :
- Vous devriez y aller.
Il écarquille ses belles prunelles vertes et suit la direction que je lui indique. Aujourd'hui se déroule un tournoi de pêche. Il est organisé par Shamir – la blague – et par Flayn. Cette dernière s'est rapidement remise de ses blessures. Moi qui la croyais chétive, je me suis bien trompée. Claude a sans doute raison à son sujet. Les apparences sont bel et bien trompeuses. Elle semble même être en pleine forme. Petra m'a informé qu'elle avait rejoint la Maison des Cerfs, allez savoir pourquoi. L'objectif de ce tournoi est de pêcher le plus gros poisson et de le rapporter à Flayn. Beaucoup d'étudiants s'y intéressent de près, notamment Caspar, Raphael, Ingrid et Ignatz. Certains professeurs sont également de la partie, je reconnais entre autres Catherine. Ashe hésite, mais à force de lui tapoter le dos, il finit par se lever en s'excusant de nous laisser. Caspar l'accueille gaiement lorsqu'il arrive sur le ponton. J'ignorais que ces deux-là étaient amis.
Petra passe sa main dans mes cheveux qui retombent jusqu'en bas de mon dos.
- Je peux ? fait-elle en brigilien.
- Avec plaisir.
Elle glisse sur la marche supérieure et place ses jambes autour de mon buste. Déjà ses doigts agiles s'affairent dans ma tignasse.
- Akki ? J'ai du mal à vous reconnaître sans vos tresses.
La belle voix de Dorothea vient flatter mes oreilles. Comme Petra est en train de me coiffer, je ne peux pas me retourner. Heureusement pour mon envie de la saluer convenablement, elle apparaît dans mon champ de vision et prend la place d'Ashe. Ses mains délicates viennent lisser sa jupe sous ses cuisses pour que personne ne puisse apercevoir ses dessous. Elle m'observe un instant.
- Comment allez-vous ? Je me suis inquiétée.
Après les paroles odieuses que je lui ai lancées à la figure il y a quelque temps, la brune s'était un peu éloignée de moi. Je suis touchée qu'elle soit venue me voir pendant ma convalescence, mais aussi qu'elle vienne s'enquérir de mon état. Elle doit être pas mal occupée mais elle le fait quand même. C'est vraiment une bonne personne.
- Je vais bien, merci.
Elle me sourit puis ma cousine et elle commencent à parler de choses et d'autres. Tout en terminant la viande fumée, j'étudie les performances en pêche de mes camarades. Caspar s'énerve de ne pas réussir à trouver un poisson aussi grand que celui de Raphael. Le rire de ce dernier fait écho à l'ambiance agréable qui règne sur les lieux.
Je me cale contre les tibias de ma cousine. Ses doigts gravitent sur mes longueurs, elle doit bientôt avoir fini. Ses gestes ralentissent, le temps d'une question. Elle demande pourquoi Dorothea est venue à Garreg Mach. Celle-ci répond sans tergiverser :
- Je ne me suis pas inscrite à l'Académie des officiers dans le même but que les autres élèves. Je voudrais assurer mon avenir en ? un homme riche.
- « Épousant » ?
Petra m'explique ce que cela signifie dans notre langue. Oh, je vois. Je fronce les sourcils. Quelque chose dans ce projet me dérange. Petra semble être du même avis que moi puisqu'elle rétorque après un temps de réflexion :
- Ce n'est pas une bonne idée. L'argent fait un mauvais ?.
« Mari » ? J'imagine que c'est le nom qu'on attribue à l'homme qui s'engage dans le mariage. Ma cousine noue mes pointes, je sens de nouveau mes cheveux dans mon dos. Elle a dû terminer. Dorothea paraît un peu secouée par sa remarque.
- C'est très juste.
- Pourtant vous montrez de la gentillesse pour moi alors que je n'ai pas de richesse, ajoute Petra. Je ne comprends pas.
La brune se tourne un instant vers ma cousine avant de revenir à moi. Ses boucles soyeuses viennent lui recouvrir la poitrine.
- C'est différent pour vous deux, vous êtes mes amies. J'aime simplement passer du temps avec vous.
« Amies ». Je n'envisageais pas détenir ce titre dans son cœur. J'étreins un peu plus mes cuisses. Je suis glacée mais ses mots me réchauffent de l'intérieur. Petra finit par se lever d'un air déterminé et déclare qu'elle va pêcher le plus gros poisson. Nous la regardons s'éloigner, la joie peinte sur nos lèvres. Je me laisse un instant dorloter par cette atmosphère paradoxalement animée et apaisante. Nous ne disons plus rien pourtant, la chanteuse ne semble pas s'impatienter. Alors j'en profite pour lui dire encore :
- Je suis désolée pour la dernière fois. Ce que je vous ai dit avec... Ferdinand.
Pour qu'elle ait eu une telle réaction lorsque j'ai évoqué l'Aigle, c'est que le sujet était douloureux pour elle. La brune bat ses longs cils en me dévisageant.
- C'est déjà oublié vous savez, ce n'est rien.
- Vous blessez n'est pas rien, je suis désolée, encore.
Elle rit paisiblement avant d'allonger le bras pour me caresser le joue. J'écarquille mes prunelles colombin. Hormis ma famille et les autres brigilènes, personne n'avait jamais eu un geste aussi doux envers moi. Je me détourne lentement pour lui cacher les larmes qui menacent de me submerger. Mon état me surprend un peu, c'est même très étrange. La tristesse me paraît à porter de main, comme si j'étais à fleur de peau. Serait-ce les conséquences de cette quête avec les Lions ? De ce que j'ai appris sur d'autres peuples que le mien ? De la mort que j'ai effleurée du bout des doigts ?
- Salut Edie ! apostrophe Dorothea. Oh-oh, tu fronces encore les sourcils. Tu vas avoir des ? partout sur ton joli visage si tu ne souris pas plus souvent.
Je sursaute. Edelgard ? Je presse un peu plus le gant au creux de ma paume. La déléguée nous aperçoit et vient nous saluer. Elle nous explique qu'elle était simplement perdue dans ses pensées, qu'elle a tant de choses à faire que parfois elle en a mal à la tête. C'est vrai qu'à la regarder elle paraît épuisée. Et alors elle demande à Dorothea si elle peut s'entretenir avec moi. Les quelques étincelles qu'est parvenue à allumer la brune dans mon corps viennent de s'éteindre. Dorothea accepte, prétextant que de toute façon elle devait s'entretenir avec Ingrid pour une mission qu'elles vont devoir effectuer le lendemain. Elle part en même temps que Byleth arrive, l'air bien décidé à réaliser la meilleure prise.
Et me voilà seule avec ma déléguée.
Et me voilà seule avec celle que je rêve de tuer. Que je rêvais de tuer... Je ne sais plus...
J'étreins si fort le gant sous la couverture que je pourrais le déchirer à tout instant. Je la déteste, c'est plus fort que moi. Seulement, j'ai l'impression que c'est de moins en moins légitime. Par tous les esprits, comment font Dimitri et Dedue pour cohabiter ensemble dans la même classe ? Pour ne serait-ce que se sourire mutuellement ? Je ne parviens pas à m'enlever leur lien de la tête.
- Comment c'était ? murmure-t-elle au bout d'un moment.
Alors je me tourne vers elle. Vers ce visage qui me scrute avec attention. Elle a l'air tellement sereine. Constamment dans la maîtrise de soi et dans le stoïcisme. Malgré cela, maintenant qu'elle se tient si proche de moi, je peux percevoir les cernes sous ses prunelles parme. Son épuisement surpasse le mien. Mes doigts se détendent sur le tissu. Et elle, qu'a-t-elle vécu par le passé ? « L'enfer » m'avoue ses traits. Je saisis alors le sens caché de sa question. « Comment c'était ? » ou plutôt « Est-ce que vous aussi vous avez connu les abîmes de l'horreur ? ». Mon empathie mène un assaut carabiné sur ma haine. Mes lèvres remuent, ne se sentant plus capable de lui masquer mes émotions.
- Terrifiant. Tout était noir autour. Je n'existais plus.
- L'obscurité, hein... ? susurre-t-elle en acquiesçant.
Je la considère gravement et un peu surprise.
- Ça vous fait peur? je m'enquiers. Rien ne semble vous effrayer.
A son tour d'être étonnée par mes propos. Nous nous connaissons si mal. Ses mains gantées passent sur ses collants écarlate. Ses billes parme se perdent sur les pavés.
- Et bien... si. Personne n'est invulnérable. Par exemple, j'ai peur de la noirceur de la mer dans l'obscurité de la nuit. Je ne sais pas nager, voyez-vous.
Je n'étais pas certaine de saisir le terme « invulnérable » mais dans sa bouche il fait sens. Je hoche la tête, laissant le silence s'installer. Le bruit s'est tu autour de nous. Ne demeurent plus qu'elle, moi, et nos peurs. J'inspire librement, la colère s'étant quelque peu affaissée. Je déclare, toujours sur le même ton :
- Je comprends votre peur. L'esprit de l'Océan peut se montrer bienveillant et indom... indomptable. A Brigid, on dit que les esprits de la Nature ont deux visages. Comme tout le monde. Comme vous. Comme moi.
Nous nous fixons longuement, même les marches ont disparu sous nos poids. C'est troublant à dire, mais je crois que nous nous comprenons. Je suis encore toute retournée par cette prise de conscience, quand une étudiante aux deux chignons cramoisi vient vers nous et brise notre bulle.
- Edel, tu étais là ? Je croyais que nous devions aller à la bibliothèque ?
- Je n'ai pas vu l'heure passer.
C'est donc elle qui a été retrouvée évanouie avec Flayn ? Petra m'a informé qu'il s'agit d'une étudiante de l'année précédente et qu'elle avait disparu. Comme je l'examine sans retenue, elle glousse pour se donner contenance et se croit bon de préciser :
- Comme je n'ai pas eu mon diplôme l'année précédente, je veux être sûre de réussir cette année. A plus tard !
Les deux femmes me laissent à ces mots. Cette Monica... C'est la prochaine cheffe de la Baronnie d'Ochs. L'ancien baron fut assassiné pendant la Guerre de Dagda et de Brigid, et donc par les miens. Je pensais qu'elle allait avoir un mouvement de recul en m'apercevant, à l'instar de Constance à notre première rencontre. Mais il n'en est rien. De plus elle fut enfermée pendant une année entière et pourtant ne semble subsister aucun traumatisme. Elle est atypique cette fille. Des exclamations impressionnées captent mon attention. Byleth, canne à pêche en main, brandit un poisson presque aussi grand que Petra.
Je sors mon bras hors de la couverture et contemple le gant. A force de l'étreindre, j'ai fini par le froisser. Edelgard n'avait pas l'air incommodé de l'avoir perdu, elle semble même avoir des paires de rechange. Mais quand même...
Est-ce qu'un jour je serai capable de lui rendre son gant ?
/
- Pas comme ça. On dirait que vous essayez de frapper quelqu'un comme si vous faisiez le double de votre taille.
Linhardt qui conseille Petra à la lance, c'est vraiment le monde à l'envers. Je pensais qu'il n'était obnubilé que par ses recherches et qui se fichait de tout. J'ignorais qu'il possédait un tel savoir dans l'art de la guerre. Je m'interromps un instant pour spéculer sur ceux qui m'entourent. Ma classe. Les Aigles de jais. Petra, Linhardt. Et puis Caspar qui motive une Bernadetta tétanisée. Cela fait presque six lunes que je coexiste avec eux, pourtant je me rends bien compte que je les connais si peu. Les autres Maisons passent encore, ils ne font pas partie de l'Empire d'Adrestia. Par contre pour les Aigles c'est différent. Je n'ai jamais cherché à nouer des liens avec des personnes que j'étais susceptible d'éliminer un jour. Je m'attarde sur Petra qui est si à l'aise avec nos camarades. Linhardt dissèque visuellement ses gestes avant d'ajouter :
- Vous devriez davantage profiter de votre ?.
« Élan » ? Pourquoi parle-t-il de ces grands cerfs qui peuplent les montagnes enneigées de Faerghus ? Ma cousine exécute un nouvel enchaînement stupéfiant. Cette fois son conseiller paraît satisfait.
- Merci Linhardt, fait-elle en s'inclinant. Mais expliquez-moi pourquoi vous ne vous entraînez pas plus ?
- S'entraîner c'est comme se battre, et je n'ai aucune envie de me battre. Sans compter que je m'ennuie à mourir quand je m'entraîne et que je ne souhaite pas suer sur mon livre.
- Pourtant il va bien falloir que tu t'y mettes ! intervient Caspar tout sourire. La bataille de l'Aigle et du Lion est pour bientôt !
C'est vrai. Cette simulation de bataille à grande échelle entre les trois Maisons rivales est implantée dans la tête de tout le monde. Elle a lieu tous les ans et se déroule à la fin de la lune des Wyvernes. Tous les étudiants prennent cet événement au sérieux, il n'y a qu'à contempler le terrain d'entraînement qui est bondé de monde. Je ne suis pas encore au mieux de ma forme mais même moi je fais tout pour m'améliorer.
Bernadetta, qui vient de comprendre tout comme moi que Linhardt est un génie, lui demande d'une voix tremblotante ce qu'elle devrait faire dans son cas.
- Hm... C'est vrai que vous n'avez pas l'avantage de la taille.
- Gloups !
- Mais ça vaut aussi pour vous autres.
Nous sommes tous là à nous reluquer de la tête au pied. Le gang des microbes. Et dire que c'est moi la plus grande de nous quatre du haut de mon mètre soixante-trois, c'est presque un scandale. Linhardt qui doit avoisiner le mètre quatre-vingts prend des allures de géant à côté de nous. Il développe alors sa théorie sur notre petite taille et nous recommande de frapper le creux des genoux pour déséquilibrer notre adversaire. Pas bête... Sans plus attendre, je me mets aussitôt à la pratique. Je tacle vivement Caspar au niveau de son muscle jumeau. Il bascule en arrière en s'écriant et se retrouve les fesses à terre. Des étudiants témoins de la scène se mettent à ricaner. J'ai cru qu'il allait se vexer ou s'emporter, alors je lui tends la main. Mais je me suis trompée, son regard franc brille d'extase.
- Trop fort Akkira ! Tu peux me remontrer ?
Alors que ses doigts allaient entrer en contact avec les miens, je me rétracte. Simple réflexe. Je n'omets pas que c'est un Bergliez, qu'il... Je baisse la tête vers mes bottes. Les élèves, comprenant qu'il vaut mieux nous laisser, se détournent de la scène. L'Aigle se remet debout tout seul et se gratte le derrière du crâne, visiblement dans l'embarras. J'inspire et expire pour me calmer. Qu'est-ce que je devrais dire ?
- Tu sais Akkira, commence-t-il incertain, je comprends que tu ne me pardonnes pas. En vérité... si la situation avait été ? je ne pense pas que je l'aurais fait.
- « Inverse » ?
- Oui si... Si ta famille avait...
Il se racle la gorge mais ne termine pas. Je vois. Si ma famille avait abattu la sienne, il ne m'aurait pas pardonnée. Pourtant, Petra a trouvé la force nécessaire pour le faire. Rigide, je hoche la tête. Je me mords la lèvre inférieure, n'osant pas le regarder. Peu à peu, mes dents relâche la chair et je crois capable de dire ces mots :
- Le temps... Peut-être que... le temps guérira ça un jour.
/
Mes pas foulent discrètement l'herbe fraîche en direction de l'arbre. Ce ne sont pas eux qui peuvent me trahir, mais ma respiration saccadée si. J'ai trop forcé sur l'entraînement, dans mon état j'aurais dû me retenir. Seulement ce n'est pas aux brigilènes qu'on apprendra la demi-mesure. Je m'arrête, manquant de lui marcher sur le tibia, et souris de satisfaction. Le voilà.
- Je vous ai cherché partout.
Claude est allongé à même le sol, les bras croisés derrière sa tignasse noire. Il ouvre un œil et le referme aussitôt pour laisser le loisir à son sourire de s'accaparer l'expression de sa figure.
- Et vous m'avez trouvé on dirait, ce qui n'est pas donné à tout le monde.
Quelle idée de s'assoupir ici. Des arachnéens et reptiles venimeux se terrent dans la forêt. Rien ne les empêche de venir enquiquiner les inconscients qui font preuve de fainéantises.
- Vous ne vous entraînez pas ? je demande.
- C'est ce que vous pensez ?
Comme toujours ses phrases sont porteuses de deux sens. Avec lui, je ne dois jamais me reposer sur mes acquis mais creuser pour déceler le mystère qui se cache derrière les syllabes qu'il emploie. Je m'assieds en tailleur à côté de lui et réfléchis un instant. On dirait qu'il s'est rendormi, mais à la façon dont se soulève sa cage thoracique, je peux deviner qu'il simule. Je réfléchis. A force de le côtoyer pour mes leçons de fódlien, je commence à comprendre un peu comment il fonctionne. Enfin, je dis bien « un peu », ce garçon est le roi de l'imprévisibilité. Au bout d'une kyrielle de seconde, j'annonce :
- Vous vous entraînez la haut, dans votre tête, c'est ça ? Pour la bataille du Lion et de... Non, la bataille de l'Aigle et du Lion.
- Je ne vais pas vous contredire là-dessus.
Enfin, il se redresse pour se mettre également en position assise et s'étire.
- Yo Akkira, je ne vous ai pas saluée. Vous... oh ! Vous avez changé de coiffure.
Spontanément, je passe mon bras par dessus mon épaule pour toucher ma tresse. J'ai bien aimé la coiffure que m'avait faite Petra à l'étang du coup je l'ai reproduite maintenant que j'ai récupéré un peu d'énergie. Ma chevelure est ramenée en queue de cheval à l'arrière de la tête. Puis mes cheveux sont nattés de manière évasée jusqu'au creux de mon dos. J'ai rajoute deux petites tresses qui partent de mon front et qui sont coincées dans l'attache à l'arrière de mon crâne. J'arque un sourcil, suspicieuse.
- C'est vrai.
- Et vous ne croisez pas vos jambes.
Malgré sa remarque, je ne fais rien pour remédier à cela. Je sais que mon uniforme descend jusqu'en haut de mes cuisses mais je ne supporte pas de bloquer ces dernières sous mes fesses. Je m'accoude et penche la tête sur le côté.
- Vous ne vous arrêtez jamais d'observer les gens ?
Il imite ma posture et je me retiens d'allonger la jambe pour la lui faire changer. Il rétorque sans se départir de sa gaieté - une véritable gaieté il me semble :
- A quoi servent les yeux si ce n'est pas pour regarder ce qu'il y a autour ?
Les mots s'assemblent sur ma langue et je me sens capable de lui répondre dans la seconde :
- A quoi sert une bouche si ce n'est pas pour apprendre à se taire quand il le faut ?
Nous restons tous les deux ébahis par ma réplique. Puis son sourire évolue en rire et contamine le mien. Il s'arque-boute en arrière, les mains nichées dans l'herbe.
- Vous vous exprimez bien à présent, peut-être n'ai-je plus rien à vous apprendre ?
Oh. D'accord. C'est donc ça ? Nos leçons se terminent ainsi ? Je devrais me sentir rassurée, soulagée. Ne plus avoir à supporter sa sournoiserie, ses investigations à mon égard. Sa façon de s'exprimer, d'être tout simplement. Ces deux aspects chez lui ne m'invitent pas à lui faire confiance. Et puis je pourrais me consacrer pleinement à mes études, à mon entraînement pour... Mon cœur se contracte violemment. Pour faire quoi au juste ? Quel est mon objectif ? Est-ce toujours le même ? Y songer me fait paniquer comme jamais. Tandis qu'il attend une réponse que je suis bien incapable de lui fournir, je laisse mon regard perdu s'égarer un peu plus vers les alentours. Près de la forêt je reconnais Linhardt et Bernadetta. Nous avons quitté le terrain d'entraînement en même temps, sûrement sont-ils arrivés ici avant moi. Le garçon lit tandis que la jeune timorée peint à ses côtés. Ils ont l'air de s'adonner à leurs passe-temps.
- Akkira ?
Je l'ignore, complètement désorientée. Il patiente encore avant d'enchaîner :
- Ou bien nous pouvons.. poursuivre ? suggère-t-il. Ça tombe bien j'ai un exercice de vocabulaire à vous proposer.
Craintivement, je me tourne vers lui. Il s'est penché, les mains sur ses genoux et me considère. Encore. Je crois... je crois qu'une toute petite partie de moi, celle qui n'est pas effrayée par le changement, qui a un pied déphasé avec son ombre, aime être remarquée. Elle aime sortir de ses gongs, être tourmentée par ses propos car tout ça me met dos au mur. Ou plutôt face à ce mur, cette barrière que j'ai façonnée autour de mon cœur. Je fronce les sourcils sans me détourner de ses deux émeraudes. Tu es insupportable Claude, fichtrement insupportable, alors comment parviens-tu à réveiller des émotions chez moi ? Comment as-tu fait pour dénicher ce rire que je croyais avoir enterré ?
Pour toute réponse j'acquiesce mollement.
- Très bien. Alors vous allez fermer les yeux et dire tout ce que vous ressentez.
- Ce que je ressens ?
- Autour de vous. Par exemple le vent, l'herbe. Pour vous faire travailler les mots que vous avais appris. Je vous aiderai avec ceux que vous ne connaissez pas.
Je m'exécute, bien trop heureuse d'occuper mes pensées déréglées avec cet exercice.
- Hmmm... Je ne sais pas quoi dire.
- Essayez.
- Soleil ?
- Oui voilà !
- Soleil qui... qui se dépose sur moi mais qui ne chauffe pas. Le froid. L'herbe qui chatouille mes cuisses. La faim. La sueur aussi, c'est...
Je remue les narines et soulève une aisselle pour la sentir. Il explose de rire.
- Je sens mauvais, je sors de l'entraînement.
- Ah ah ! Mais non, mais non.
Je souris puis me concentre de nouveau sur l'obscurité de mes paupières fermées. Une obscurité qui draine toute mon allégresse. Elle me rappelle...
- La... la douleur. La mage. La mort.
Un blanc puis Claude finit par me reprendre d'une voix grave :
- Vous voulez dire... le sort ?
Alors comme ça il est au courant de cette histoire ? Je secoue brusquement le visage, les frissons ayant même contaminé mes pommettes.
- Non ce n'était pas un sort. C'était la mort.
Oui. Je pense fortement que je ne pourrai jamais oublier cette torture. La cicatrice que m'a greffée cette magie maléfique ne me laissera pas l'omettre non plus. Je passe une main fébrile sur mon visage et m'ébroue, cette fois pour chasser cette terreur. Au lieu de me focaliser sur ma vue, sur les ténèbres de mes paupières closes, je laisse mes sens traquer ce qui m'entoure.
- Des ailes. Les Wyvernes, elles sont partout autour. Plus nombreux... nombreuses pendant cette lune.
- C'est vrai, je les entends aussi.
Je perçois son sourire dans ses paroles. Il porte vraiment beaucoup d'affection à ces vouivres. J'enchaîne :
- Mon estomac fait des gar... gar...
- Gargouilles, pouffe-t-il. Vous n'êtes pas allée au réfectoire ?
- Non pas encore, mais il y a une odeur de...
Mon nez s'agite et mon corps part en quête de cette arôme épicée qui m'attire incontestablement. La senteur devient de plus en plus forte, je dois être proche. Mon nez finit par percuter quelque chose. Snif snif. Oui c'est bien ici.
- Odeur d'épices, juste ici.
- Vous savez que vous êtes en train de me renifler la joue ?
- Teppanyaki féroce ! je m'exclame en reprenant ma place. Vous en avez mangé ?
- Oui, et c'était délicieux.
- C'est le meilleur plat de Garreg Mach.
Il s'esclaffe et je crois que je meurs d'envie d'ouvrir les yeux juste pour analyser son expression, découvrir que pour la seconde fois nous sommes sur la même longueur d'onde. Un peu déstabilisée par cette impulsion, je reprends mon exercice. Il y a quelque chose d'autre. Pas loin d'ici. Une odeur de vase, de fraîcheur. Je sais ! Je libère mes paupières et désigne une direction.
- Là-bas il y a... ! Ah, je ne sais pas le dire ! je déplore.
- Expliquez-moi, je suis là pour ça. Qu'est-ce que c'est ?
Mon bras mime le geste :
- Comme un serpent. Mais avec de l'eau.
- Une rivière ?
- Ça doit être ça.
Ça fait si longtemps que je ne me suis pas baignée dans un cours d'eau. Son esprit me manque un peu, cela fait quelques temps qu'il n'a pas déversé son chagrin sur les montagnes d'Oghma. Je bondis sur mes jambes et m'élance maladroitement à travers champ, épuisée.
Oui, mes sens ne se sont pas fourvoyés ! Quand je vais apprendre cette trouvaille à Petra, elle va bondir de joie. De nous deux, c'est elle qui est le plus familiarisée avec l'esprit de l'Eau. Le flux aqueux n'est pas très important, ce qui permet à une centaine d'araignées d'eau de patiner à la surface. Je souris jusqu'aux oreilles, retire mes bottes et mes mitaines, impatiente de percevoir le liquide sur ma peau. Je balance déjà ma deuxième chaussure lorsque Claude me rejoint. Il reste un instant hypnotisé par le mouvement des araignées. Aurait-il peur des insectes tout comme Shamir ? Je ne m'embarrasse pas à lui poser cette question et saute à pieds joints dans la rivière. Les arachnéens se dispersent tout autour. Aaaaaah par tous les esprits !
- C'est froid ! je m'écris en me dressant sur mes orteils, les poings serrés contre mes hanches.
- Ce n'est pas si étonnant si on considère dans quel cycle lunaire nous nous trouvons.
Il dit ça mais le voilà qui se déleste de ses bottes et qui retrousse son pantalon. Alors qu'il s'avance sur la berge, ma main s'active d'elle-même. Je la lui tends. Comme avec Ingrid, comme avec Caspar tout à l'heure. C'est devenu un réflexe étrange que je ne m'explique pas. Lorsque je m'en rends compte, je la retire prestement. Il hausse ses sourcils épais et ricane.
- Ce n'est pas très poli. Alors que je vous aide dans l'apprentissage du fódlien, vous m'abandonnez à mon triste sort ! Aaah, je suis blessé, affreusement vexé, ?, ? !
Le voilà qu'il me sort son vocabulaire le plus soutenu.
- C'est bon, venez ! je fulmine en lui proposant ma paume ouverte.
Je détourne les yeux tandis que ses doigts glissent sur ma peau. Sans mes gants, l'impression est très déconcertante. Ça ne dure qu'une poignée de secondes pourtant j'ai le sentiment qu'elles s'égrainent en minutes. Enfin il me relâche, tout aussi délicatement. Lorsque je me sens enfin apte à affronter son expression moqueuse, je lui fais face et réalise que j'ai fait fausse route. Ses deux émeraudes se sont perdues dans la contemplation du mouvement des araignées. Je déclare :
- Vous avez peur, avouez.
- En fait c'est plutôt l'inverse, répond-t-il. J'étais en train de les admirer. Elle glisse avec grâce sur un plan d'eau calme, ces arachnéens nous offrent un ? reposant.
- Un « balai » ? Comme pour nettoyer ?
- Un ballet, c'est une danse.
La danse. Ce terme réveille une frénésie, un amour enseveli sous mes vices depuis si longtemps. La danse... Je baisse le menton et me laisse aller à cette contemplation. C'est vrai. On dirait qu'elles se tournent autour, c'est magnifique. Gauche, gauche, droite. Puis droite, gauche, gauche. Leur rythme est aléatoire, instinctif. Ça me plaît, et ça m'apaise comme seule la Nature est capable de le faire. Je souris, en souhaitant que ce moment ne possède jamais de fin.
- Hm ? Regardez, on dirait du sang ! désigne le Cerf en pointant la surface près de mes tibias.
En effet, je soulève ma jambe et découvrir une écorchure sous la plante de l'un de mes pieds. J'ai dû me la faire en sautant dans la rivière. Je souris davantage et le replonge dans l'eau.
- Ce n'est pas grave, ça guérira.
Comme tant d'autres choses.
Le petit commentaire de l'auteure : Ce chapitre fait tellement de bieeeeeen ! Enfin, à vrai dire il commence plutôt mal pour Akkira, la pauvre elle a souffert atrocement. Mais ensuite vient la convalescence et les réflexions. Elle prend du recul sur elle-même, sur ce qu'elle ressentait vis à vis des personnes qu'elle détestait, je pense évidemment à Edelgard et à Caspar. Le lien qui unit Dimitri et Dedue la fait réfléchir et réagir. A titre personnel, je suis heureuse qu'elle ait participé à cette mission que j'affectionne car elle concerne Dedue. Elle en retire des tas de choses, c'est une vraie leçon pour elle. Ainsi, dans ce chapitre, Akkira guérit de plusieurs manières.
Prochain chapitre : S'amuser
Ciaossu ! Portez-vous bien et merci de me suivre ! :3
