Bien le bonjour voyageurs !
Je tiens tout d'abord à remercier LCDAH pour le soutien qu'elle m'apporte depuis le début de cette fic ! La passion mutuelle pour l'écriture est une véritable source de motivation. N'hésitez pas à lire sa fic qui se déroule en parallèle de la mienne.
Coucouuu les reviews, coucouuu les réponses :
Mijo : Hello Mijo ! Qu'est-ce qu'on bouffe pendant nos reviews xD Je me demande comment se porte ton clavier... *regarde le sien tout dégueulasse* Ouaaaais Akkira a trop picolé *pense à son propre état de la veille* Telle mère telle fille xD Aha, en vrai elle était tellement à l'ouest qu'elle a pu danser avec Luna sans que ça dégénère, rends-toi compte ! *moi même surprise* Ouais Akkira le chat... Ce ne sera pas la première et dernière fois que ce sera mentionné, tu as bien raison de prendre des notes dans ton fameux carnet xD Aaaaah ça... *n'ose pas regarder du côté des bains* Ouais totalement d'accord pour les Lions ! On sent qu'ils sont tous liés, leur cohésion est la plus belle. Mais oui ce délire avec Nadette x'D La pauvre, ils l'ont envoyé se faire charcuter ! Tu vas rire, Flayn je la trouve vraiment pas forte *espère ne pas se faire assommer par Zak * Mais quand je suis allée voir ses stats, j'ai vu que c'était un tank en magie 0_0 Du coup voilà, j'ai mis de côté mon avis sur ses capacités pour lui donner un peu plus d'importance xD Ouais Monica c'était franchement limite limite hein ! *la frappe* On t'aime pas ! Héhé bien joué pour tes pronostiques ;) Merci pour ton avis, contente que tu aies trouvé le combat immersif, ça me prend plus de temps que les passages au Monastère :3
Katt : C'est rigolo car à la base je devais faire toute la fin de la Taverne (jusqu'au moment où Akkira va se coucher en déchirant la chemise de Claude au passage) durant le précédent chapitre ! Mais vu qu'il était déjà long, et qu'en plus je savais qu'Akkira allait avoir un trou noir, ben j'ai coupé :3 Contente que tu n'aies pas trouvé l'ellipse étrange ! Bonne question ! Qu'en pense donc Claude ? Tu auras peut-être une partie de la réponse dans ce chapitre... ;) Bwahaha personne ne peut blairer Monica, et c'est compréhensible xD Contente que tu apprécies un peu plus Caspar :D Moi-même je ne l'aimais pas durant ma première partie mais à présent JE L'A-DO-RE ! Par contre je l'ai toujours trouvé balèze héhé. Alors ce que tu soulignes à la fin me fait extrêmement plaisir. Déjà, oui, Akkira n'impressionne pas par sa puissance dans le chapitre précédent mais par sa lecture du champ de bataille. Elle a su prendre des décisions cohérentes même si bon, les Aigles ont quand même perdu. De plus, et tu as tout à fait raison, beaucoup de personnages la surpassent ! Ouiiii victoire des Cerfs, je savais que ça allait te faire plaisir :3 Merci tout plein !
Zak : Ah que coucou Bob ! Oh ça fait longtemps que je n'ai pas sorti cette intro xD Et ouuuuui mwahaha, un beau trou noir en bonne et due forme xD C'est l'une des phrases les plus récurrentes des reviews "Pas de respect pour Manuela" xD Et pourtant je l'aime bien mais c'est si vrai ! Mais oui Ignore ça ressemble à Ignatz quelle horreur, c'est à cause de la majuscule ! "Je suis pressée de la voir avec Claude", pour l'occas je suis comme ton smiley D: Trop touchée pour ne serait-ce que fermer ma bouche. Je suis ravie de te faire apprécier ce pairing! *cherche le chat pour se moucher dans son derrière*. Effectivement, y a plus de "A" dans cet EDELGAAAARD *clin d'oeil clin d'oeil*. Héhé contente que tu la trouves classe, car elle est classe (Zak sort de ce corps !) Non mais en vrai j'aime la prestance qu'elle dégage du coup je suis très minutieuse avec ses apparitions et ses phrases de dialogue. Ah ouais je crois qu'elle s'est pris quelques gouttes de vomi sur le visage... Mon Dieu c'est dégueulasse cette histoire xD Tu m'as tuée avec Flayn, je te l'ai déjà dit x'D C'est exactement ça : j'ai mis de côté mon aversion pour ses capacités et j'ai tenté de respecter ses stats. RIP Raphael xD "MAUNIKAH" ahah j'en ris encore x'D Ouais si Flayn est un tank en magie, Lysithea c'est un TAAAAAANK. Bravo Linhardt x'D Merci pour les bonnes tranches de rire et pour cette review della famiglia :3
RAPPEL :
- Les dialogues rédigés en gras sont en brigilien.
- Les dialogues rédigés normalement sont en fódlien.
- Les mots que ne comprend pas Akkira sont rédigés comme ceci "? ? ?".
Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !
Chapitre dix-huit
S'empourprer
On m'appelle.
Je crois reconnaître le timbre volcanique de Caspar. J'ouvre les paupières mais – ah ! - c'est si laborieux de se mettre en position assise. Mon ventre est encore gonflé à cause du banquet gargantuesque. C'était une idée des Cerfs d'or, la maison gagnante. Et qui dit « banquet », dit forcément « festoyer » et « buffet », des termes que j'ai appris la veille. Et il n'y a pas que mon estomac qui est rempli. Mes rétines le sont aussi. Voir les trois classes dans leur totalité en train de ripailler, voilà bien quelque chose qui n'arrive pas tous les jours. Et mes oreilles aussi, sont encore envahies par les rires et les exclamations joyeuses des étudiants. C'est sur, Edelgard et Dimitri étaient frustrés de ne pas avoir gagné. Cependant ils ont reconnu qu'il était malavisé de sous-estimer les stratégies de Claude et les aptitudes de sa maison. Les trois délégués sur la même longueur d'onde, je ne pensais pas cela possible. Pourtant la glace fut brisée hier, et tout le monde espéra une chose à la fin de la soirée : que cela soit le cas définitivement.
Ça tambourine de nouveau à ma porte.
- Akkira, tu es là ? Lève-toi !
Oui, pas de doute permis, c'est bien Caspar.
- J'arrive... ! je réponds mollement.
Je revêts difficilement mon uniforme, en ayant l'impression d'avoir prix dix kilos depuis la veille. Je chausse mes bottes mais ne prends pas la peine d'enfiler mes mitaines. Lorsque j'ouvre la porte, je suis à un cheveu de recevoir le fils Bergliez de plein fouet. Je rêve ou il a voulu dégommer l'entrée de ma chambre ?!
- Tu es là !
- Oui, comme vous voyez. Vous... Oh Petra, tu es là aussi.
Je ne peux réprimer mon sourire. Petra a les cheveux en bataille, ça se voit aussi qu'elle a eu du mal à se lever. En même temps il est très tôt, l'astre solaire ne s'est même pas encore réveillé. Et très tôt pour nous autres brigilènes c'est vraiment TRÈS TÔT pour l'ensemble des étudiants. J'arque un sourcil. Ma cousine n'a pas l'air dans son assiette, et Caspar non plus d'ailleurs.
- Il se passe quoi ?
- C'est Bernadetta.
Le fils Bergliez m'explique que la petite archère s'est enfermée dans sa chambre depuis notre retour de la plaine de Gronder. C'est vrai que maintenant qu'il le dit, je ne l'ai pas aperçue pendant le banquet. Elle est si effacée qu'on la remarque à peine. Caspar aussi l'a constaté il y a une demie heure, lorsqu'il est passé devant sa chambre pour se rendre au terrain d'entraînement. A ce qu'il paraît elle culpabilise pour notre défaite, elle se juge même comme étant la seule responsable. Je me mordille le pouce. Bernadetta n'a déjà pas énormément confiance en elle. Si elle souhaite encaisser ce fardeau seule, cela risque d'aggraver sa mésestime de soi.
- Ferdinand est avec elle, ajoute-t-il. Enfin... il est plutôt devant sa porte. Elle refuse de nous ouvrir, du coup...
Il fait un signe dans notre direction et se gratte l'arrière de la tête. Petra et moi échangeons un regard. Ni l'une ni l'autre n'avons énormément sympathisé avec Bernadetta. Enfin, je crois bien qu'elle n'approche jamais personne. Ma cousine a bien essayé d'engager la conversation, mais la fille Varley prenait systématiquement ses jambes à son cou au bout de quelques syllabes échangées. Mais bon, j'imagine qu'à plusieurs nous arriverons à la faire sortir de son enfermement. Je crois qu'il y a un proverbe fódlien qui dit « l'union fait la force ». L'union... Principalement ce qui nous a manqué pendant la bataille de l'Aigle et du Lion.
Tous les trois, nous descendons les escaliers, baignés par l'atmosphère si particulière de ce moment de la journée. Ce n'est plus tout à fait la nuit et ce n'est pas encore le jour. Le ciel indigo commence à s'adonner à l'orchidée pour lui soumettre de plus en plus d'espace. Je frissonne, il fait si froid à cette heure, j'aurais dû prendre une épaisseur supplémentaire. Nous arrivons à la hauteur de Ferdinand qui, comme à son habitude, a fière allure. Le rouquin s'éveille toujours dans ces eaux-là pour s'entraîner, toujours dans l'optique de surpasser Edelgard un jour.
- Respirer profondément, voulez-vous ?
- C'est... c'est plus facile à dire... qu'à faire ! baragouine la petite archère derrière sa porte.
Nous nous approchons mais le fils Aegir nous fait signe d'attendre, comme s'il avait la situation bien en main. Il reprend en l'incitant courtoisement à se confier, lui assurant qu'il ne demande qu'à résoudre ses problèmes. Comme elle ne répond rien, il enchaîne :
- Notre défaite ne relève pas de votre faute. De plus, vous ne pouvez pas rester éternellement enfermée. Vous rendez-vous compte de tout ce que vous manquez ? N'éprouvez-vous pas le désir de dire adieu à cette existence que vous menez ? Si vous m'écoutez, un monde ? vous ouvrira ses portes. Vous verrez, la vie sociale d'un noble est...
- Arr... arrêtez un peu avec vos histoires ! le coupe-t-elle. Ça ne m'intéresse pas !
Face à cette virulence inhabituelle, Ferdinand esquisse un mouvement de recul. Aucun de nous quatre ne nous attendions à cette réaction. Je grignote mon autre pouce. Le rouquin pensait bien faire, pour lui quand on naît noble on se doit d'être fière de son statut. Sûrement juge-t-il son propre comportement comme exemplaire et souhaiterait que ses semblables prônent les mêmes principes. C'est sûr, Ferdinand n'est pas une personne malveillante, loin de là. Je pense surtout qu'il s'est empêtré dans l'éducation qu'on lui a donnée, et qu'il catégorise involontairement tout le monde. Nobles d'un côté, roturiers de l'autre. Comme si c'était vraiment ça qui définissait ce que nous sommes. Je crois que je comprends en partie pourquoi Dorothea l'évite comme la peste.
Caspar tapote l'épaule du fils Aegir, l'air de dire « On prend le relais ». Ce dernier semble un peu attristé de ne pas avoir su tirer Bernadetta de son enfermement et de sa culpabilité. Il finit par nous laisser et part en direction du terrain d'entraînement.
- Écoute Bernadetta..., commence Caspar.
- Hii ! Un autre ennemi ! Au secours ! A l'aiiiide !
- Quoi ?! Un ennemi ?! Tiens bon !
Petra et moi n'avons pas le temps de lui signaler que nous sommes tous les trois « l'ennemi » en question que le voilà en train de foncer vers l'entrée de la chambre. Je vais finir par croire que ça le démangeait de dégommer une porte...
CRAC
Et le pire c'est qu'il y parvient du premier coup. Nous entrons à sa suite et trouvons la petite archère tétanisée. Son effroi doit avoir atteint son paroxysme car plus aucun son ne s'échappe de sa bouche grande ouverte. Ma cousine s'agenouille à côté d'elle pendant que Caspar fouille inutilement le dortoir.
- Elle est où cette crapule que je me la fasse ?!
- Juste ici, je rétorque en le désignant.
- Quoi ?!
Je me détourne en réprimant un sourire. J'ai encore du mal à assumer l'amusement qui me gagne lorsque je taquine celui que je détestais tant en arrivant à Garreg Mach. Petra passe sa main devant les yeux figés de Bernadetta puis la dépose sur son épaule. Cette fois la petite archère réagit vivement et s'écarte d'elle à coups de talon contre le parquet.
- Hii ! Après... Ingrid c'est... c'est vous qui détruisez ma porte !
La dignité de Petra se fissure un peu et abaisse ses sourcils sur ses yeux colombin. Elle n'a toujours pas digéré sa défaite contre la spécialiste des pégases. Ses genoux la conduisent de nouveau face à la fille Varley, mais cette fois elle la saisit par les biceps pour l'empêcher de s'enfuir.
- Vous avez perdu pendant la bataille. Moi aussi, Ingrid m'a vi... vaincue. Nous avons tous fait des erreurs.
Caspar se gratte l'arrière de la tête et ajoute :
- C'est vrai. Les Cerfs m'auraient piégé si Akkira n'était pas intervenue. Je n'ai pas été assez... prudent, j'imagine.
Je contemple le bout de mes bottes avant de reconnaître :
- Et je n'ai pas réussi à tenir la tête de Claude avec mon arme préférée.
Enfin... Je ne suis pas certaine que cela se prononce ainsi mais ils ont compris le message. Petra hoche la menton suite à nos déclarations et conclue :
- Nous sommes les perdants, mais nous ne devons pas être les proies de nos défaites. Nous devons en faire un apprentissage et aller vers l'avant.
Les yeux ahuris de la jeune fille la contemplent avant de se détourner. Nous restons un instant silencieux avant que Caspar reprenne la parole vivement pour lui dire qu'elle devrait sortir un peu au lieu de ruminer entre quatre murs. Il lui certifie qu'elle se ferait un tas d'amis en un rien de temps.
- Na... Nadette n'est pas comme vous..., balbutie la petite archère.
- Tout le monde peut y arriver ! objecte Caspar en effectuant des gestes si larges qu'il renverse au passage des oursons en peluche. C'est facile de se faire des amis. Moi-même je suis parvenu à devenir ami avec un type avec lequel je venais de me battre. C'était un sacré combat, il avait une de ces droites ! Et le panorama était incroyable !
Il suspend son monologue, comme perdu dans ses souvenirs, avant de reprendre toujours aussi énergiquement :
- Maintenant que j'y pense, je me dis que c'est grâce à ce paysage que nous nous sommes calmés. Ça va te faire du bien aussi, viens !
Sans même lui demander son avis il la soulève comme un sac et la dépose sur son épaule.
- Mais vous faites quooooi ?! Re... remettez-moi par terre !
- Calme-toi et laisse-toi faire ! Je t'emmène ! Venez vous aussi, fait-il à l'intention de ma cousine et moi, ça va vous plaire !
/
- Et voilà, on y est ! Qu'est-ce que tu dis de cette vue ? C'est magnifique, n'est-ce pas ?
Venant de la part de ce rustre, je pensais qu'il allait nous amener à un tas de ruines insignifiantes. Cependant, je dois reconnaître que je l'ai mal jugé, encore une fois. Certes, les décombres sont bien présentes. Mais il n'y a pas que ça. Quelque chose de plus fort nous subjugue tous.
Le ciel.
L'incertitude falsifie ses couleurs, et ce pour le plus grand plaisir de nos yeux. L'indigo a définitivement laissé le champ libre à l'orchidée, qui a étendu ses bourgeons jusqu'à l'ambre spectrale. Pour parfaire le tout, les crêtes sont surplombées par des manteaux qui honorent différentes nuances. Certaines me renvoient au ventre des biches, ce doux rose nacré. Et enfin, un rideau sépia camoufle la délimitation du sommet des collines, fusionnant l'aube avec la terre.
- Ça y est... Je... je suis morte ? souffle Bernadetta émue.
Avec un tel spectacle dans mon champ de vision, je ne peux m'empêcher de sourire comme une folle. De la main, je désigne cette splendeur matinale.
- Non, vous êtes aussi vivante que le ciel.
- C'est merveilleux..., poursuit la petite archère fascinée.
- Vous voyez ? Je vous l'avais bien dit ! exulte Caspar.
Nous succombons encore quelques instants face à ce paysage unique, attendant inconsciemment l'aurore. Bernadetta finit par briser son inertie en se tournant vers Petra. Elle tapote ses doigts l'un contre l'autre et ne parvient pas à soutenir le regard de ma cousine. Elle déglutit, hésite, puis se lance :
- Je... j'aimerais...
- Oui ?
- J'aimerais...devenir... amie avec... avec vous. Vous ne dites jamais de mé... de méchancetés.
- Ce serait avec plaisir, répond Petra tout sourire en s'inclinant la main sur le cœur.
Bernadetta semble aux anges. Transportée par la réaction positive de la brigilène, elle s'adresse ensuite à moi, ce qui me surprend un peu.
- Je voudrais... hm... tirer à l'arc aussi bien que vous.
Je ne peux approuver cette remarque. Je secoue la tête ce qui la fait déchanter. Voyant qu'elle s'apprête à se refermer comme un coquillage de mon archipel, j'étaye ma pensée :
- Vous êtes déjà très forte. Vous avez parvenu à prendre la baliste centrale avant les autres maisons. Peut-être que je peux vous apprendre des choses, mais je peux également apprendre de vous.
- Bien parler Akkira ! se réjouit Caspar. Tu me donnes trop envie de m'entraîner ! Je vous laisse, à plus tard !
Il déguerpit en de grandes enjambées, malgré sa petite taille. J'observe encore le ciel, m'imprégnant de la disparité des couleurs étalées. A l'instar de ces nuances variées, les Aigles ne sont pas très unis aujourd'hui. Mais en considérant Bernadetta aujourd'hui, sa bravoure pour avoir combattu ses frayeurs en s'adressant à nous, je me dis que rien n'est perdu. Il nous reste plusieurs lunes à partager.
Et l'esprit du Feu embrase le ciel, l'aurore empourpre les autres nuances pour pouvoir les uniformiser.
Je tends ma main vers cet univers écarlate. Je déteste le rouge de toutes mes forces.
Et pourtant, là, pour la première fois, je crois que je l'aime.
/
Les histoires contées par les anciens sont rarement plongées dans l'exactitude. Vérités altérées, chroniques amputées, mémoires violées, récits hyperboliques... Franchement, il ne manquait plus que ces aïeuls soient frappés par la hâblerie pour cumuler nombre de pêchés.
Avant les événements de cette lune de l'année 1180 du calendrier impérial, je n'ai jamais su percer la signification du « Loup Rouge ». Pourquoi nommer ainsi ce cycle sélénite ? La légende raconte que les monstres sauvages se préparent pour l'hiver qui approche et se montrent plus actifs qu'à leurs habitudes. La robe hivernale des loups se teinte d'un rouge pourpre au moment où le soleil se couche, ce qui donne ce nom si particulier à la lune. A mon sens, cela relevait plus de la fable que d'une histoire véridique.
Et pourtant...
Le pressentiment qui avait germé en moi avec les événements du Mausolée sacré commençait à prendre de plus en plus d'ampleur. Seulement, un voile de quiétude fut jeté sur lui pendant la lune des Wyvernes, comme pour l'attendrir. La bataille de l'Aigle et du Lion, le banquet, les festivités... Tout cela nous avait détourné de la menace pourtant omniprésente. Et alors, les griffes du Loup Rouge jaillir pour déchirer le voile de quiétude, empourprant le village de Remire de sa teinte sanguine.
/
J'observe mes pouces. Je les ai tellement mordillés qu'ils ne possèdent presque plus de peau. Au prochain coup de dents, et c'est le sang que je vais enclencher.
Il faut dire que je ne me sens plus aussi apaisée qu'il y a quelques jours, lorsque une partie des Aigles et moi avons admiré la fusion de l'aube et de l'aurore. Il se trame quelque chose au village de Remire, là où j'ai passé une partie de mes années d'errance avant d'intégrer Garreg Mach. La nouvelle s'est rependue au sein du Monastère. Les villageois seraient en proie à une maladie des plus mystérieuses. Seteth a envoyé des chevaliers de l'Ordre pour vérifier l'authenticité de cette information, ils devraient être de retour bientôt. Shamir et Manuela font partie de l'expédition. La présence de l'infirmière étant indispensable pour cette mission, c'est donc Alois qui la remplace auprès des Aigles de jais. J'ai remarqué que Tomas, le bibliothécaire, s'était également absenté. Serait-ce aussi pour cette expédition des plus urgentes ?
Ouille, mince je me suis mordue sans faire attention ! Je presse mon pouce contre ma paume et accélère le pas dans le vestibule.
- Je vois. Ainsi vous comptez séjourner ici quelques temps, Lord Arundel. Je suis surpris, il semble que vous n'ayez fait aucun don à l'Église depuis quelques années...
Lord Arundel ? Il s'agit du père de la frisée, non ? Il me semble que Dorothea l'a mentionné durant la soirée de la Taverne. Je dévale les escaliers et aperçois Dimitri et un homme un peu plus petit que lui. Le blond me remarque aussi et m'adresse un signe du menton que je lui renvoie. Le Lord tourne légèrement la tête dans ma direction et son désintérêt pour ma personne me liquide sur place. J'ai rarement croisé une personne aussi méprisante. Il m'ignore au bout d'une demie seconde pour répondre à son interlocuteur :
- La situation financière de mon ? ne me l'a simplement pas permis. Cela n'a rien à voir avec ma dévotion envers l'Église. Par ailleurs, Dimitri... Edelgard se trouve-t-elle en ce moment à l'Académie ?
Edelgard ? Pourquoi il... Mais oui, s'il est le père de Luna qui est la cousine de ma déléguée, cela signifie qu'il est l'oncle de cette dernière ! Avant que je sorte par la grande porte du vestibule, je l'entends poursuivre :
- Cela me ferait plaisir de voir ma nièce, tout comme cela me réjouit de pouvoir discuter enfin avec mon neveu.
Son... neveu ? Attendez... Ça signifie qu'Edelgard et Dimitri possèdent un lien de parenté ?! Je suis tellement sidérée que je ne vois plus grand chose devant moi. Mon nez ne met pas longtemps avant de s'aplatir contre une armure en fer.
- Oh pardon, je ne vous avais pas vu ! fait le garde en replaçant sa cervelière.
- Ah euh... Non, c'est moi qui est... qui suis désolée.
Il hoche la tête en m'attribuant un sourire puis ses yeux se perdent ailleurs. Je suis leur direction et découvre Byleth qui s'engouffre dans le vestibule. Lui aussi va tomber sur l'étrange conversation entre ce Lord et le prince. Je descends les quelques marches qui me séparent du marché, zigzague entre les commerçants, les écuyers et les élèves présents pour regagner le pont-levis. Je reconnais Hilda qui est en train de négocier avec la marchande la plus obstinée de la foire, Anna je crois. La jeune fille aux couettes lui sort ses yeux de biche, mais cela ne semble pas émouvoir la commerçante.
Je passe sous la herse, mes jambes engloutissent le pont-levis pour rejoindre le champ. Et surtout l'arbre. Il faut que je prenne contact avec les esprits de la Nature pour tempérer toutes ces émotions qui me traversent. Mon anxiété inattendue envers un village pour lequel je n'ai jamais éprouvé une once de reconnaissance. Mais aussi... mais aussi Claude qui fredonne une chanson à Annette pendant le déjeuner. « Oh Annette, douce Annette » qu'il disait. Ça ne devrait pas m'interpeller, ni me regarder d'ailleurs. Petra est bien amie avec Ashe, Caspar avec Linhardt et Dimitri avec Dedue. Aucune de ces relations ne m'ont... Comment je pourrais qualifier ce ressenti ? Agacée ? Suis-je agacée ?
Mes pieds s'enflamment, je retire prestement mes bottes pour m'enquérir de la douceur de l'herbe fraîche. Je grimpe à l'arbre si hâtivement que je coince ma grosse natte dans une branche. Je grogne et défais le nœud d'un doigt expert avant de poursuivre mon ascension. Je me cale sur une branche maîtresse et expire tout l'air de mon corps. Voilà, c'est ça, calme-toi... Reprends tes esprits et fais le point.
Remire. Pourquoi est-ce que je ressens cette crainte alarmante envers le sort de ses villageois ? Et ce que je peux y mesurer l'étendue du changement qui s'est opéré en mois au cours de ces six dernières lunes ? Je pense, oui. Auparavant, j'ai quitté leur village sans un regard en arrière, ni un remerciement pour les auberges où j'ai élu domicile l'espace d'une poignée de nuits. Et pourtant tous les « bons moments » ressurgissent un à un depuis l'annonce de la maladie qui souille leur hameau. Ce tavernier qui m'a offert le couvert gratuitement. Cette dame qui a ramassé ma bourse que je venais d'égarer et qui me l'a rapportée au lieu de me voler, alors qu'un haillon recouvrait son corps. Ce petit garçon qui a voulu placé une fleur au creux de ma paume. Et cette fleur... Ce n'était pas n'importe quelle fleur...
Cette empathie qui m'a manqué alors ressurgit avec une amplitude insoupçonnée. En fait, si je m'y attarde vraiment, ce sont toutes mes émotions retrouvées qui sont exagérées. N'étant plus habituée à les éprouver, elles sont plus envahissantes que jamais depuis que je les récupère peu à peu.
Je replis mon genoux et cale ma joue dessus. Ce qui est encore plus étrange c'est le rapport que j'ai aujourd'hui avec toutes ces émotions. Moi qui m'obligeais à rester une ombre indifférente, seulement portée par mes trois vices, voilà que je me complets dans cette situation. J'aime être enjouée lorsque j'aperçois Ashe et qu'on parle botanique, être tolérante avec ceux qui souffrent, être épanouie lorsque Petra frotte son front contre le mien. J'aime aussi ma curiosité. Je plisse le front. Par contre, je dois reconnaître que je ne me suis pas encore totalement familiarisée avec des émotions trop... perturbantes. La frayeur lorsque j'entends la voix doucereuse de Hubert, la tristesse lorsque j'entends les souffrances d'autrui ou quand je repense à mon peuple qui me manque atrocement, la compréhension lorsque Edelgard déblatère des propos qui font écho à mon histoire, la... perplexité quand Claude...
« Douce Annette ».
Je m'ébroue. C'est futile Akkira, tellement futile.
- Aaah, le doux chant des oiseaux... On croirait qu'ils ne chantent que pour me bercer !
Je me pince l'arête du nez. Par tous les esprits, il ne manquait plus que lui...
- Claude, je voudrais réfléchir posément, alors partez.
- Ah Akkira, est-ce vous qui êtes en train de ? ? Je ne vous avais pas vue, vous êtes montée si haut aujourd'hui.
Je me penche un peu pour l'apercevoir sans pour autant dérider mon front.
- Je suis en train de « feuler » ? C'est quoi ?
- Ce que font les chats quand ils se sentent menacés, voyez-vous ?
Oh. Oh oui, je vois très bien Claude... Mon irritation grimpe un échelon supplémentaire. Je me déplace à quatre pattes sur la branche puis saute pour me retrouver juste en face lui. Il siffle ma performance... qui n'en est pas vraiment une, il exagère.
- Quelle souplesse, vraiment, les félins devraient prendre exemple sur vous. Vous m'apprenez ?
- Arrêtez ça tout de suite, je bougonne. Je sais ce que vous êtes en train de faire.
Oui... Je sais qu'il est en train de faire référence à la soirée de la Taverne, celle-là même où je me suis frottée contre lui sans en être consciente. Outré, il se désigne de la main.
- Je ne vois pas ce que j'ai pu faire pour m'attirer votre colère ! Ah, regardez, je crois que vous avez laissé quelques poils.
Il fait mine d'épousseter son uniforme. Il se fiche vraiment de moi, il ne le portait même pas ce soir-là ! Excédée par son comportement, je soupire en basculant la tête et mes bras viennent claquer mes cuisses. Il rit en observant ma réaction puis s'approche d'un pas. Au même rythme je recule. Pour faire diversion, je déclare :
- Je me demande ce que vous cherchez avec moi. Un coup de griffes ? Une morsure ? Un feule... un feulem...
- Feulement, reprend-t-il.
- Ou bien vous voulez que moi aussi je sois aussi douce qu'une biche ?
Son léger haussement de sourcils m'annonce que le « aussi » était de trop dans ma phrase et qu'il l'a repéré. Tout comme le terme « douce » qui représente le qualificatif qu'il a attribué à Annette. Bon sang, quelle idiote. Je me mords la lèvre inférieure et fais mine d'être passionnée par la façade du Monastère à une cinquantaine de mètres de là. Je n'ai pas le loisir de compter les briques qu'il affirme déjà :
- Je vous préfère quand vous êtes vous-même. Alors...
Je m'arrête net, et il a tôt fait d'avaler les mètres qui nous séparent. Ses émeraudes parcourent les horizons vides avant de se reposer sur moi.
- Alors griffez-moi. Ça ne me déplairait pas, je vous assure. Je crois que je me suis habitué à vos coups. Profitez-en, il n'y a personne qui nous observe.
Tout mon organisme esquisse un soubresaut mais mon visage reste figé dans une crispation impérissable. Il souffle fortement avant d'attraper mon menton pour que je libère ma lèvre.
- Encore une blessure. Ça aussi je vais finir par les compter, vous savez ?
Et il y a deux parties en moi qui dégainent leurs rapières pour se livrer un duel sans merci. La première, une vétérane, est bourrée d'assurance et de vieilles idées forgées dans ma conscience. Elle est là pour repousser ce genre de remarques qui me déstabilisent. Elle est l'ombre qui se complet de son rôle. Et la deuxième duelliste est nouvelle dans le tournoi. Elle est plus timorée mais s'escrime tout de même à défendre ses origines. A l'inverse de son adversaire, elle accepte l'attention qu'il me porte. Et elle apprécie. Elle apprécie vraiment. Elle est l'ombre qui est attirée par la lumière.
J'en suis encore à me demander quel parti choisir lorsqu'il prend ses distances pour rejoindre le chêne.
- Je vous envie, Petra et vous. Vous savez monter aux arbres avec une telle facilité. Là d'où je viens, ils ne poussent pas bien haut du coup je ne pense pas être un bon grimpeur. Vous me montrez ?
Ma respiration est encore bloquée entre mes côtes alors je réponds difficilement :
- Non.
- Ah ah ! J'aurais dû m'en douter. Bon, je vais essayer tout seul alors. Si je tombe, vous me rattraperez ?
Mes ongles se plantent dans ma paume. La première bretteuse porte une estocade ardente sur son adversaire, empourprant le sol de son sang. Alors je chemine jusqu'au tronc pour rejoindre Claude et assure en le fixant droit dans les yeux :
- Je jure sur tous les esprits de la Nature que je ne vous aiderai pas. Pour vous punir pour le poison.
Il esquisse un petit sourire mais je devine à son expression qu'il ne doute pas de la certitude de mes propos. Il comprend que si je promets sur ce en quoi je crois le plus, c'est que je suis parfaitement sérieuse. Il relativise :
- Très bien. Si je tombe ça ne devrait pas faire très mal... Enfin j'imagine.
Il retire ses bottes et sa cape dorée, retrousse ses manches et étire ses bras avant de se lancer. Dès le début de son ascension, je vois bien que s'est mal engagé. Je croise les bras et le regarde faire. Non, vous ne devriez pas mettre votre pied là.
- Ah !
Ni cette main ici.
- Gaaargh.. Je vais... y arriver !
Je secoue le visage. Au moins il est persistant. Après plusieurs minutes d'effort, il est parvenu à une certaine hauteur. Encore quelques centimètres et il pourra atteindre une des branches maîtresse du végétal. Je tourne la tête pour visualiser le Monastère. Bon, il est temps pour moi de m'éclipser, il faut que je rejoigne Ashe pour...
- Mais comment faire pour... AAH !
CRAC
Ce son. Un rameau a dû lui rester entre les doigts. A son ombre que je discerne sur le sol je comprends qu'il tombe. Il va le heurter, probablement sur le dos. Il n'est pas très haut, il ne se fera pas mal. Et puis l'herbe est assez touffue, elle va amortir sa chute.
Mais c'était sans compter la persévérance de la deuxième escrimeuse qui se redresse en titubant et qui porte un assaut décisif sur son ennemi. En plein cœur.
Et la première bretteuse, la vétérane, s'écroule.
Et je m'élance,
les bras braqués devant moi, ouverts pour le recevoir. Son dos qui les percute survient avant même que je saisisse ce qui se passe. La pesanteur nous attire vers le sol alors je ploie un genou pour nous éviter l'effondrement. A peine nous sommes-nous stabilisés que mes lèvres se livrent :
- Ça va ?!
Il ne répond rien, se contente de m'examiner en arborant une mine des plus abasourdies. Et il y a de quoi. J'ai juré. J'ai promis sur les esprits de la Nature, sur ceux qui viellent sur moi depuis que je suis née, que je ne l'aiderai pas. Et me voilà, à soutenir son corps pour lui éviter quelques dommages superflus. Mon bras gauche entoure ses cuisses tandis que le droit parcourt son dos dans toute sa largeur, mes doigts lui agrippant les cotes.
Et mon visage, penché au dessus du sien. L'ombre des feuillages se reflète sur sa peau basané, ne laissant un passage que pour l'une de ses prunelles. Qui me fixe. Ce vert si intense qui brille au soleil et qui ne se décroche plus du mien. Je visualise d'autres choses encore. Sa natte, nouée à la brigilène. Sa boucle d'oreille qui pend de son lobe gauche. Ses sourcils qui tressautent. Et alors que je réussis enfin à m'extraire de cette contemplation malvenue, que j'esquisse un mouvement de recul, il y a sa main qui s'active.
Elle se pose dans mon dos, me contraignant à rester et j'ignorais tant de choses jusqu'à présent. J'ignorais qu'un contact aussi basique pouvait colporter toutes sortes de significations. Qu'il pouvait échauffer mon dos.
Et qu'il pouvait empourprer mes joues.
Saleté de deuxième escrimeuse.
Ne vois-tu pas mes mains déshonorées par le sang ? Ne te souviens-tu pas de cette existence que j'ai menée, de mon inhumanité ? J'ai changé c'est vrai, et j'évoluerai sans doute encore, cependant je ne peux pas modifier le passé. Toutes ces vies que j'ai volées pour assouvir mon avarice, tous leurs proches que j'ai dû briser sans me soucier une seconde de leurs liens. Mes crimes me sautent à la gorge et m'écartent brutalement du corps de Claude.
Non... Non, nous n'appartenons pas au même monde.
Mes oreilles bourdonnent, déconnectées de mon cerveau submergé. J'ignore s'il m'appelle, s'il prononce quoi que ce soit d'ailleurs. Je cours à en perdre haleine, bouscule ceux que je croise en m'excusant du bout des lèvres. J'essaye de réfléchir même si c'est une tâche des plus ardues. Qu'est-ce que... qu'est-ce que je dois faire ? Où dois-je aller déjà ? Je croise Mercedes et fais le lien. Lions. Ashe. Oui, je devais retrouver le garçon pistache pour planter de nouvelles graines. Je me rue vers la serre, faisant une pause juste avant d'entrer pour récupérer un brin de lucidité. Lorsque je me sens enfin capable de communiquer avec des gens, je pénètre dans la véranda et me dirige vers Ashe et Dedue qui est également présent. Et alors que je cherche une phrase toute simple pour avoir l'air normal, le garçon pistache déclare en souriant aimablement :
- Bonjour Akkira ! Si je peux me permettre, vous avez les joues aussi rouge que le loup de cette lune. Il s'est passé quelque chose ?
Le petit commentaire de l'auteure : S'empourprer, le rouge, ma couleur préférée. Mais c'est également la couleur qui représente l'Empire et donc les Aigles, la couleur du Loup de ce mois-ci et la couleur du sang. Enfin, s'empourprer peut également être synonyme de rougir. Je suis perfectionniste, je prends du temps à trouver un titre cohérent à chaque fois. Et je crois qu'à ce jour le titre de ce chapitre est celui dont je retire le plus de fierté pour cette fic.
C'est drôle parce qu'en relisant ce chapitre j'ai pu faire des parallèles avec ce que je suis en train de rédiger (le 28). Ca m'a émue.
Pour le prochain chapitre, nous allons nous plonger dans une atmosphère des plus... sanglantes avec le village de Remire...
Prochain chapitre : S'inquiéter
Portez-vous bien ! Ciaossuuuuu !
