Bien le bonjour voyageurs !

Je tiens tout d'abord à remercier SwanHilde White pour son follow et son favori ! :D Ca me touche énormément, être suivie me motive pour la suite ! Bienvenue dans cette folle aventure ! *danse autour de toi*

Passons ensuite aux réponses aux reviews héhé :

Katt : Salut ! Youhou, quelle victoire si tu t'attaches aux Aigles ! :D Moi-même je me suis attachée à eux en écrivant sur eux héhé. Tu as bien cerné la teneur de ce passage avec le ciel, contente que tu l'aies apprécié. Le dernier chapitre est assez psychologique, il retrace les émotions retrouvées d'Akkira comme tu l'as souligné. Ah ! Pour Edelgard je réserve bien des choses *souris dans sa barbe imaginaire*. Akkira le chat aha, tu verras ça va être un running gag dans la fic xD Je suis ravie si tu as apprécié la fin, c'est un passage que j'avais en tête depuis le tout début :3 Merci pour ta review !

Mijojo : *te fais coucou* Je crois que nos mains sont entraînées car je ne frôle plus du tout la tendinite à chaque fois :D *fière* Ouais je n'appréciais pas Caspar xD Ca a bien changé depuis ! *tapote la tête de l'un de ses maris dans le jeu* Ouais, pas de banquet snif :'( A la base le passage du poison Claude/Akkira devant se trouver durant le banquet mais au final avec LCDAH on a eu l'idée de la Taverne de l'Abysse placé avant la bataille :3 *grignote les restes du banquet* Tu m'as fait trop rire avec cette histoire de "briser la glace" et des "sept ans de malheur" xD Aha grâce à toi je comprends la référence Ferdinand/Bernadetta que tu as mentionnée xD Héhé bien joué pour les soutiens, je savais que tu les verrais :3 Oups un oubli pour les mots en gras xD Ooooh ! :0 *fière pour Anna* Je suis contente si tu aies apprécié la fin de chapitre avec Claude, mélange de psychologie et de romance :3 Merci beaucoup pour ta revieEeeeeEEeew !

Zakky-chan : T'as vu ça ressemble à Jackie chan xD *s'enfuis mais reviens rapidement* Pour Caspar, j'ai écrit un passage sur les nouvelles bases de leur relation justement, pas bien tu as oublié ! xD C'est dans le chapitre "Guérir" où Akkira lui dit "Le temps guérira ça un jour" en parlant de son animosité envers les Bergliez. Et elle s'est battue à ses côtés durant la bataille de l'Aigle et du Lion. C'est pas encore la grande amitié, mais elle commence peu à peu à se défaire de ses anciennes rancœurs, d'ailleurs j'en parle dans le chapitre qui suit ;) Pauvre Bernadetta et Ferdinand xD Oui j'aime tous les Aigles à présent ! Héhé contente que tu aies apprécié le mode de pensée de Ferdinand :3 Ahaha pauvre Caspar xD Merci beaucoup pour tes compliments sur le passage du ciel, j'ai pris un grand plaisir à le décrire :3 Je mets tellement ma vie pour les passages en italique xD *sue des fesses* Bwahaha Arundel, rends-toi compte j'ai découvert ce que tu soulignes seulement cette semaine en regardant des théories sur lui, deux jours après avoir publié xD J'étais là en mode "Mais oui mais c'est bien sûr !" car en vrai j'ai retranscrit ce passage présent dans le jeu sans le comprendre xD Maintenant ça fait sens et je me suis dit "Ouuuups !". Dans un sens, ça peut être justifié par le fait que ce Arundel ne soit pas le même que dans le jeu. Mais "Ouuuups" quand même xD Hihi merci, ouais Akkira jalouse xD Tellement dur de lutter contre ses sentiments ! Ooooooh tous ces compliments à la fin, je décède ! * tombe à terre, la tartine entre les dents* Ca me touche beaucoup, ce passage comptait tellement pour moi :3 Merci pour ta review des familles !

RAPPEL :

- Les dialogues rédigés en gras sont en brigilien.

- Les dialogues rédigés normalement sont en fódlien.

- Les mots que ne comprend pas Akkira sont rédigés comme ceci "? ? ?".

Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !


Chapitre dix-neuf

S'inquiéter

Je sursaute en entendant Leonie fermer son cahier.

- C'est moi ou tu n'as pas écrit grand chose cette fois-ci ?

La rouquine me gratifie d'un sourire malgré ses propos directs. Je m'ébroue et me frotte le front en omettant, une fois de plus, que mes doigts sont plein d'encre. Super... Mes yeux ont tôt fait de parcourir les pages quasiment vides de mots. J'ai de la chance que Seteth n'ait rien remarqué...

- Akkira !

J'ai parlé trop vite...

- Je suis conscient que l'architecture de Garreg Mach soit fascinante mais je doute que cela requiert toute ton attention pendant ce séminaire.

Le commandant en second me toise de toute sa hauteur, bras croisés sur sa poitrine. Je pourrais presque trouver ses prunelles agréables à regarder s'il ne trimballait pas toujours cet air sévère. Par rapport aux faits qui m'incriminent, je ne peux lui donner tort. Il est vrai que j'avais l'esprit ailleurs pendant l'entièreté de son enseignement théorique spécialisé dans l'autorité. Il poursuit :

- J'attends de toi une concentration plus exemplaire pour la suite du séminaire.

- Je suis désolée, je marmonne entre mes dents en examinant la salle à moitié vide.

Peu d'étudiants sont présents, la plupart étant réquisitionnés pour des missions standards ou, à l'inverse, pour des quêtes exceptionnelles. Je ne sais si ce sont mes excuses inhabituelles qui l'ébranlent un peu ou autre chose, dans tous les cas c'est dépourvu de son ton professoral qu'il poursuit :

- Je reste lucide sur la situation préoccupante que nous subissons tous depuis quelques lunes. Néanmoins il nous faut conserver une certaine forme de quiétude pour la prospérité du Monastère.

Je bats des paupières à toute vitesse. Je rêve ou je viens de comprendre tout ce qu'il vient de déblatérer ? C'est une première. En parlant de ses dires...Dois-je lui rappeler qu'il était près à remuer ciel et terre pour retrouver sa sœur disparue pendant la lune de l'Arc ? Je ne pense pas qu'il puisse se désigner comme étant un symbole d'impassibilité et de sang-froid. Je hoche simplement la tête pour pas le remettre en rogne et il s'en va de la salle de classe. Je range mes affaires et Leonie fait de même. Le séminaire n'est pas terminé, nous devons nous rendre au terrain d'entraînement pour une leçon de maniement de la lance. Tandis que nous franchissons la porte, la chasseuse des Cerfs d'or me glisse :

- Tu sais, Seteth joue les hommes rigoureux mais en fait c'est quelqu'un d'assez accessible.

- Accessible tu dis ? je répète en arquant un sourcil.

Je crois que j'apprécie cette fille mais pour le coup je suis extrêmement sceptique sur la justesse de ses affirmations.

- Oui, rends-toi compte ! A chaque fois que je le croise, on parle de nos dernières prises à la pêche !

Je suis tellement déconcertée que je me prends un pilier de l'une des petites arches à la sortie de la salle. Faut vraiment que j'apprenne à faire attention, je vais finir par me casser le museau. Je me remets difficilement de mes émotions et nous nous hâtons à la suite du professeur du séminaire. Je soupire, le maniement de la lance ne m'intéresse pas vraiment. Je m'y suis inscrite pour le cours d'autorité, et finalement je n'ai rien écouté. Mes sens sont constamment tournés vers le village de Remire. Shamir, Manuela et les chevaliers envoyés sur place devraient revenir cet après-midi, j'ai hâte d'en savoir plus sur cette histoire. Nous passons devant la classe de Leonie. Les blasons jaunes de l'Alliance encadrent les portes. Si je suis aussi déconcentrée c'est aussi parce que... Je fronce les sourcils. Non, j'y penserai plus tard.

/

Le vent glacial tente de nous pousser hors du champ. Je serre la cape autour de moi, essayant vainement de me tenir éloignée de ces températures hiémales. C'est peine perdue, aux nuages gris qui s'accumulent au dessus des montagnes d'Oghma, on peut aisément deviner qu'il ne va pas tarder à neiger. C'est un spectacle qui m'étonne toujours d'ailleurs, étant donné qu'un tel temps n'existe pas à Brigid.

Je jette un coup d'oeil vers Shamir qui n'a pas changé de style vestimentaire. Elle vient de Dagda, et pourtant elle est moins frileuse que moi. A l'époque où je sillonnais les forêts avec elle, elle me conseillait de faire de l'endurance au froid pour solidifier mon corps. Je l'ai écoutée mais je ne suis toujours pas à l'aise avec ces températures, préférant de loin les climats tropicaux ou plus secs. Cyril est à sa suite, les yeux rivés sur l'horizon. Je ne sais pas grand chose sur ce petit, à part qu'il est dévoué à Rhea et qu'il vient d'Almyra. Après en avoir appris davantage sur Duscur, j'avoue avoir développé un certain attrait pour les autres contrées. Comme les étudiants étrangers ne sont pas très bien vus par pas mal d'élèves, je suis toujours extrêmement curieuse de connaître leurs vécus. Seulement Cyril a l'air assez inaccessible et très peu porté sur la culture de son continent. Il me semble que ce serait un sujet épineux dans son cas, vaut mieux m'abstenir pour le moment.

- Bien, je crois que nous sommes assez proches, déclare Shamir en désignant la forêt du menton. Essayons d'atteindre les blasons sur les arbres au premier plan.

J'aperçois les cibles que Leonie et Petra ont placées précédemment pour s'entraîner. Le jeune garçon fronce les sourcils en les observant. Oh, il est vif d'esprit. Il a tout de suite compris que même si la forêt est à proximité de nous, le vent violent va être un élément des plus perturbateurs. Il tire une encoche de son carquois et arme son bras. La flèche part mais elle est largement déviée par une bourrasque, par conséquent elle finit sa trajectoire dans l'herbe.

- Je peux faire mieux, certifie-t-il.

- Je n'en doute pas, approuve Shamir.

Elle s'approche pour lui livrer l'une de ses célèbres astuces concises. Un drôle de sentiment me gagne en les observant. C'est le même qui m'étreint avec ferveur lorsque Petra et moi parlons de notre enfance. De la nostalgie. Shamir et Cyril, Shamir et Akkira. La mentor et ses élèves. J'ai l'impression de me revoir plus petite à essayer d'égaler l'habilité de Shamir. Ça m'énervait de ne pas être aussi douée qu'elle mais au final c'est cette persévérance qui m'a servie jusqu'à aujourd'hui. Je souris en brandissant une flèche. Avec la poupée de l'arc, je désigne un végétal très éloigné.

- Shamir, cet arbre là-bas.

Elle analyse sa position avant de me rejoindre.

- J'ai perdu le compte avec le temps, nous en sommes à où ?

- C'est le 126ème fois que je te défis.

- Déjà ?

Sur une même inspiration, nous bandons nos arcs, visons le ciel et calculons la marche à suivre dans nos têtes. Puis nous décalons nos angles de mire largement vers l'ouest, toujours parfaitement synchronisées. C'est de là que souffle le ponant, nos flèches vont devoir l'affronter avant de se laisser porter. Tout se joue dans notre allonge. Nous fusionnons mentalement avec nos armes et enfin nous décochons.

TAC ! TAC !

Nous avons toutes les deux atteint l'arbre visé. La flèche de Shamir est fichée au centre du blason tandis que la mienne est plus excentrée. Encore perdue.

- C'est ma 127ème défaite on dirait, je commente.

- Ton esprit, ton corps et ta technique concordaient ensemble. C'est du bon travail.

- Excusez-moi, mais vous pourriez parler en fódlien ?

- Ah oui, pardon Cyril, enchaîne l'ancienne Mercenaire. Nous avons l'habitude d'échanger en brigilien.

J'observe ma mentor, son air ferme et exténué. Elle vient de rentrer de mission et si j'ai voulu m'incruster dans leur séance d'entraînement, ce n'était pas pour me mesurer à elle. Il me tarde de la questionner. Elle désigne une nouvelle cible à son élève. Nous attendons qu'il s'éloigne de quelques pas avant que Shamir me dise de nouveau dans ma langue :

- Cette inquiétude est nouvelle chez toi. Qui te l'a enseignée ?

- Remire.

Elle se tourne vers moi, la défiance alternant ses traits. Durant les dernières lunes, j'ai eu l'occasion de lui retracer mes années d'errance après son départ. Et donc de mon passage dans ce village qui souffre tant en ce moment.

- Vraiment ? Alors que tu n'as pas exprimé la moindre reconnaissance envers eux ? Rassure-toi, ce n'est pas un reproche que je te fais là, je suis juste surprise par ce changement soudain chez toi.

Elle guette ma réaction. Je rassemble mes pensées éparses avant de les lui livrer :

- J'ai appris un tas de choses ici, même si certaines furent difficile à digérer. Je suis consciente de cette évolution et je ne me blâme plus pour ça. C'est parce que... Je ne sais pas... Les gens sont étranges, certains détiennent un pouvoir qui leur est propre et qui me chamboule. Je crois qu'en vérité, j'avais tellement peur d'eux car je savais qu'un jour ou l'autre je serai amenée à les tuer. Je ne voulais créer aucun lien. Et pourtant ils ont...

Mes lèvres tremblent, à cause de froid mais aussi parce que je ne suis vraiment pas habituée à me confier sur mes sentiments. Pour appuyer mon ressenti, je mime le geste en tendant mes bras devant moi.

- Leurs mains ont agrippé mon esprit étriqué pour l'agrandir et pour que j'observe ce monde autour de moi. Pas mon monde, mais le leur. Et je ne suis pas certaine de mériter cette attention qu'ils me portent parce qu'ils ne savent pas qui je suis.

- Tout le monde cache une part plus sombre. Je ne pense pas que tu sois la seule à taire des secrets au sein de Garreg Mach et à placer un masque sur la vérité.

Je hoche la tête lentement. Cyril tire dans la frondaison, manquant ainsi le blason. Une nuée de corbeaux prennent leur envol. Noir de jais. Je pense à ma classe dont certains prénoms figurent sur ma liste de personnes à abattre. Caspar ? Ai-je toujours envie de l'éliminer ?

Non. Clairement non. C'est sûr, je ne pourrais pas effacer une haine des Bergliez vieille de cinq ans qui fut burinée dans chacune de mes intentions. Elle m'a corrompue, a supprimé presque toutes mes émotions. Cependant, les lunes ont défilé et la phrase de Petra a fini par creuser un sentier jusqu'à mon cerveau noueux.

« Nos parents et les siens étaient en conflit. Mais nous ne sommes pas eux. »

Pour Hubert, quelque chose chez lui me pousse à me mettre en garde en permanence quand il est dans les parages. Je discerne encore son nom dans mon carnet, c'est plus fort que moi. Quant à Edelgard... Je repense à Dimitri et Dedue. Je murmure :

- Je ne suis plus certaine de vouloir accomplir ma vengeance. Je... je dois encore réfléchir mais...

Sa main vient tapoter l'arrière de ma tête. Ce n'est pas sa frappe habituelle, c'est un geste beaucoup plus... affectueux.

- Alors peut-être qu'il n'y aura pas de cercueil à préparer au final.

J'arque un sourcil sans saisir avant de me rappeler l'une de ses mises en garde qui date d'il y a fort longtemps :

« Il faut que tu saches que si tu empruntes la voie de le vengeance, il va te falloir préparer deux cercueils. Celui de ta victime, et le tien. »

Je ferme les yeux et presse très fort mes paupières. Je me sens tellement perdue, j'ai l'impression de m'égarer entre mes anciennes aspirations et celles qui commencent à germer et que je ne parviens pas bien à définir. Pour me laisser le temps de réorganiser mes songes, je demande :

- Alors, comment ça se présente à Remire ?

Ma mentor se frotte le front, puis soupire les mains sur les hanches.

- Plutôt mal à vrai dire.

Elle m'explique que de nombreux érudits renommés et des magiciens accomplis faisaient partie du voyage en plus de Manuela et d'elle-même. Une flopée de suppositions furent relevées mais aucune certitude. Qu'est-ce qui peut bien être en cause de l'étrange comportement des villageois ? Une maladie ? Un poison ? Un sort obscur ? A cette mention je sens une terreur vive se réveiller. La cicatrice sur mon sternum est là pour me rappeler la diversité des maléfices potentiels de ce monde.

- Et toi, qu'en penses-tu ? je m'enquiers.

- Franchement ? Je ne sais pas. Cela pourrait être n'importe quoi. Le plus étrange, et on est tous d'accord sur ce fait, c'est que cette situation ne touche que Remire. Les villages voisins ont été épargnés. Et si...

Elle se frotte le menton avant d'enchaîner :

- Et si quelqu'un tirait les ficelles derrière tout ça ?

Je plisse le nez en essayant de recoller les morceaux clairsemés des derniers événements qui ont touché le Monastère. Je récapitule en comptant sur mes doigts :

- La rébellion de l'Église occidentale, l'attaque du Mausolée sacré, l'enlèvement de Flayn, le Chevalier Macabre, l'Empereur des Flammes et maintenant ça... Tu crois que tout est lié ?

- A ce stade on ne peut que spéculer malheureusement...

L'esprit du Vent fléchit et part déblayer d'autres champs. Avant de s'éclipser, il a rameuté un lot supplémentaire en cumulonimbus. Qu'est-ce qui est en train de se passer au juste ? J'ai l'impression que cette affaire nous échappe un peu plus chaque jour. Elle glisse inlassablement entre nos doigts, tels des grains de sable trop fins. Je contemple un instant l'ancienne Mercenaire, surprise qu'elle s'investisse autant dans cette mission qu'on lui a confiée. Elle aussi a changé, surtout depuis...

- Dis Shamir, je sais que tu n'aimes pas les questions mais pourquoi as-tu rejoint l'Ordre de Seiros ?

Elle replace des petites mèches derrière son oreille pour mieux me sonder.

- Tu es de plus en plus bavarde, je me trompe ?

- Hm... Non tu as sans doute raison. Un garçon n'arrête pas de me faire parler alors...

Je hausse les épaules, ne souhaitant pas tourner mes pensées dans cette direction. Alors que Cyril commence à améliorer ses tirs, elle me fait signe de la suivre à travers champs, l'arc en main. Elle a dû repérer une proie. J'en suis à me persuader qu'elle va éluder ma question lorsqu'elle reprend la parole. Elle m'informe alors qu'elle a été recueillie par Rhea. Du coup elle est devenue chevalier pour rembourser sa dette. Finalement, le travail n'est pas si différent qu'avant lorsqu'elle était Mercenaire. Elle mène une mission à bien et est rémunéré pour ça. Et puis même si Shamir n'est pas croyante, Rhea a accepté de l'intégrer à l'Ordre de Seiros. Je suis un peu stupéfaite par ce détail. J'ai de plus en plus de mal à cerner l'archevêque.

Ma mentor effectue un autre signal avec ses doigts. Pour l'avoir vu faire des tonnes de fois je sais ce qu'il signifie. La proie se tient à notre portée. Nous marchons doucement, les genoux et le dos pliés. Mes yeux sondent les hautes herbes avant de s'élever vers...

L'arbre.

Shamir nous guide vers lui sans être consciente de sa signification. Je me mords rudement la lèvre inférieure, rouvrant les plaies que je me suis déjà faites récemment. Fichue coïncidence, pourquoi... Pourquoi tout me ramène à ça ? Même les esprits de la Nature s'y mettent. Ils auraient pu se détourner de moi pour avoir juré sur eux pour ensuite briser cette promesse quelques minutes après seulement. C'est comme si... Comme s'ils cautionnaient la raison pour laquelle je les avais trompés. Et lui... Son nom figurait aussi sur ma liste. Y est-il encore inscrit ?

Non. Bien sûr que non.

Mon attention maladroite se stabilise sur le dos de Shamir. Et si je lui demandais ? Par tous les esprits, j'ai l'impression de ne pas vivre ce moment, de ne tout simplement pas être là. Mais il faut que je sache, ça mettrait fin à une partie de mes inquiétudes. Tout à coup elle se met à bander son arc et c'est à ce moment que je finis par me décider :

- Qu'est-ce que tu ressentais pour ton compagnon ?

Tac... Oh mince, je crois que ma question l'a tellement prise au dépourvu qu'elle en a loupé sa cible. De mémoire je ne l'ai jamais vue rater son coup. Elle se tourne vers moi et...

Oui, pas de doute, c'est bien la première que son stoïcisme est à ce point ébranlé.

/

J'ai rêvé plusieurs fois du Loup Rouge pendant cette lune sans me douter une seule seconde que l'un de ces carnivores puisse venir me voir.

Constance.

Il me semble que je revenais du village en contrebas du Monastère lorsqu'elle me trouva. Elle souhaitait converser avec moi autour d'une tasse de thé fumante. Même si je ne raffole pas de ces breuvages raffinés, je n'ai pas décliné sa proposition. Je savais qu'elle voulait s'entretenir du passé commun de nos deux familles et je lui ai attribué aussitôt la bravoure comme l'une de ses qualités.

Nous partîmes alors en direction de la cour arborée où les étudiants pouvaient se distraire et papoter autour d'un goûter. Et c'est en passant par le vestibule que nous tombâmes sur Byleth et Jeralt. Le chevalier informait son fils qu'ils devaient partir immédiatement. La situation de Remire s'était dégradée et, selon ses sources, les villageois étaient entrain de s'entretuer. Tu t'en doutes, à l'entente de cette phrase mon inquiétude gravit les échelons à une vitesse ahurissante. Je me suis ruée sur eux en leur demandant de m'emmener avec eux. Cette supplique m'étonna plus qu'eux. Mon aide fut bien accueillie, Jeralt accepta, nous enjoignant de le suivre pour préparer deux carrioles. Oui, je dis bien « nous » car la pauvre Constance fut impliquée malgré elle. Même si elle parut un peu désorientée, elle ne se défila pas. Jeralt ne concéda que cinq minutes à son fils pour réunir d'autres étudiants.

Et alors les deux convois se mirent en route vers un bain écarlate...

/

Nous sommes quinze. Seulement quinze pour gérer tout un village qui est en train de s'entretuer. Celui que l'on nomme le « Briseur de lames » est réputé pour ses prouesses techniques mais aussi pour son aplomb. S'il a décidé de partir aussi promptement, c'est que la situation de Remire doit être des plus catastrophiques. Il nous a répartis dans les deux carrioles. Dans la sienne nous retrouvons Dimitri, Mercedes, Sylvain, Luna et Byleth. Par chance, le professeur a trouvé quelques uns de ses élèves aux abords de l'étang. Dans la mienne y figurent trois soldats de l'Église, Constance et quatre Cerfs : Hilda, Lorenz, Marianne et Claude. Ils se tenaient près des écuries et ont entendu le remue-ménage que Constance et moi faisions en chargeant les carrioles. En parlant d'équipement, nous avons dû nous fournir à la hâte auprès du responsable d'armurerie en dépensant l'argent de la bourse de Jeralt. Il ne transportait pas énormément d'écus avec lui, de ce fait nos armes ne sont pas de la meilleure qualité. Et nous n'arborons même pas les tenues propres à nos classes.

Je tape du pied répétitivement, à la fois pour me réchauffer mais aussi pour juguler mon angoisse. Les villageois sont donc en train de se massacrer les uns les autres... Bon sang, pourquoi cela a-t-il dégénéré ainsi ? Qu'est-ce qui en est la cause ? Je revois le tavernier, la dame qui m'a rendu ma bourse, le petit garçon qui a niché une fleur au creux de mes paumes. Cette fleur... Ce n'était pas n'importe laquelle. C'était...

Ma fleur.

Celle qui m'a été attribuée quand j'étais toute petite. Celle qui est censée me définir alors que je n'ai jamais compris en quoi elle me caractérisait. Malgré tout c'est quand même la mienne. Ce ne fut qu'un hasard et pourtant c'est celle-là que ce garçon déposa dans ma paume. Cette fleur c'est...

- Et voilà, vous savez tout ce que nous avons appris pour le moment, déclare l'un des soldats.

- Quelle ? ! Les nobles ont le devoir de protéger la populace ! s'exclame Lorenz. Je jure sur l'honneur des Gloucester que je les sauverai tous !

J'ai toujours cru que ce grand dadais ambitionnait une certaine forme de notoriété pour s'élever au sein de l'Alliance de Leicester. Je n'aurais jamais songé qu'il puisse volontiers mettre sa vie en danger pour sauver « la populace » comme il dit.

- Peut-être... peut-être que s'ils y perdent la vie, c'est que c'est la volonté de la Déesse..., marmonne Marianne la tête baissée.

- Ne dites pas ça ! s'insurge Constance qui est installée en face d'elle.

La louve se comporte normalement aujourd'hui. Il fait gris, en définitive je crois bien que ses changements psychologiques s'ajustent au niveau du temps.

- Moi je ne préférerais ne pas m'en mêler mais... nous ne pouvons pas abandonner ces pauvres gens à leur sort, n'est-ce pas ? souligne Hilda la mine soucieuse. Vous en pensez quoi Claude ?

- Je suis on ne peut plus d'accord, répond le concerné gravement. Une fois de plus, c'est le peuple qui saigne le premier. Et c'est le cas dans quasiment toutes les pages de notre Histoire. Il nous faut absolument sauver ces personnes de ce malheur qui les frappe.

Nous adhérons tous à ses paroles, même Lorenz. Maintenant que Claude est là, assis face à moi qui plus est, je ne peux m'empêcher de repenser à ma discussion avec Shamir. Elle m'a éclairée un peu plus sur ce... sur ce que je ressens, disons, j'ai l'impression d'y voir un peu mieux. Je perçois la présence du délégué comme si elle piétinait celles des autres. Ça n'a rien de doux, ça me tord même carrément les boyaux. J'ai la déconcertante impression que ça me rend faible et que mes principes s'envolent peu à peu. Je l'évite depuis l'épisode de l'arbre, mettant ainsi fin à ses cours de fódlien. Et pourtant j'en redemande. Je...

« Douce Annette ».

Je me mords le coin de la bouche et baisse la tête sur mes cuisses. J'aimerais qu'il ne prononce plus jamais ces mots. J'agrippe mon front. C'est ahurissant. De tous les changements qui se sont déclenchés chez moi, c'est celui-ci le plus frénétique. Mes émotions sont décuplées, comme cette... jalousie, que me disait Shamir. J'en ignorais presque sa signification avant qu'elle ne me l'explique vaguement. Parfois, mon agitation interne est telle qu'elle étouffe ma raison, et je crois que c'est ça qui m'épouvante le plus. Je relève la tête vers Claude. Et dire que c'est lui qui a provoqué toute cette pagaille dans ma cervelle. Il capte mon regard et se met à me dévisager comme je le fais. Aucun sourire, il faut dire que la situation ne s'y prête pas. Je fronce les sourcils. Je ne sais même pas si c'est un flagorneur ou s'il est sincère.

- Vous avez mal au ventre, Akkira ? me glisse Hilda.

Tout juste, mes entrailles sont tellement entrelacées qu'elles pourraient servir de nœuds marins sur une embarcation. Néanmoins, hors de question de lui répondre ça.

- Non tout va bien.

- C'est vrai que vous exhibez un air des plus préoccupés, ajoute Constance. Si je ne m'abuse, cela semblait être le cas avant même que nous partions pour cette mission.

Je hoche précautionneusement la tête en réfléchissant à toute vitesse pour ensuite répondre :

- En fait, je suis déjà venue dans la village de Remire. Durant la lune du Grand Arbre, Shamir Nevrand, qui est une amitié d'enfant de ma tante, m'a un jour envoyé un papier pour me prévenir que ma cousine était à Garreg Mach. J'ai donc traver... traversé les territoires de l'Empire et je suis allée au... à Remire. Je ne suis restée là qu'une journée et une nuit mais ils ont aidé moi alors...

Mes épaules s'affaissent et la jeune fille aux couettes vient déposer sa main réconfortante dessus. Ce n'est qu'un tissu de mensonges pour coller avec la version que j'ai déblatéré à Rhea en arrivant au Monastère. Et puis j'ai stationné bien plus longtemps au village. En revanche je leur ai servi la vérité sur la fin de mon discours. Les habitants de Remire m'ont bel et bien aidée, plus que nécessaire qui plus est. J'intercepte le regard de Claude qui est toujours arrimé à mon visage. A son front plissé, je devine qu'il ne me croit pas. Que mes propos ne coïncident pas avec ce qu'il a déjà conjecturé sur moi.

Dans un sens ça m'arrange. Je me dis que nous sommes tous les deux sur le même pied d'égalité.

Nous ne nous faisons pas confiance.

/

- A MORT ! A MOOOORT !

- Sagittae !

Le main de Constance se met à briller intensément puis la luminosité converge vers ses phalanges. Des lucioles phosphorescentes en sortent et se précipitent sur le villageois qui s'écroule dans les ruines d'une maison. La louve a un mouvement de recul :

- Oh, je crois que j'y suis allée un peu fort. La magie est dure à canaliser.

- Non, ne t'en fais pas il est juste évanoui, la rassure Claude.

J'inspire, expire, inspire, expire pour tranquilliser mon corps mais les cendres sont de redoutables antagonistes pour ma gorge. Elles volent tout autour et attestent des vestiges de Remire à jamais disparus. Toutes les maisons sont en feu, certaines ont déjà été emportées par les flammes. Les résidus boisés agressent le sol et se mélangent à la neige et à la fange. Des cultures, les plantations... Tout brûle violemment. Et partout, par tous les esprits, partout les hurlements déchaînés des villageois font vibrer nos cages thoraciques. Des individus courent dans tous les sens.

- C'est un véritable cauchemar, souffle Claude douloureusement. C'est quasiment impossible de distinguer les villageois qui ont perdu l'esprit de ceux pris de panique.

- Si nous n'intervenons pas rapidement les choses ne feront qu'empirer, surenchérit Hilda la main contre la poitrine. Regardez là-bas !

Elle désigne un habitant qui bloque toute une famille entre les ruines. Même d'ici, alors que la cacophonie est assourdissante, nous pouvons discerner les braillements des enfants.

- Cette labeur est pour moi ! déclare Lorenz.

Déjà les sabots de son canasson retentissent contre le sol contaminé. Cendres, neige, boue. Mais pas que. Il y a aussi ce rouge partout où se posent mes prunelles. Le sang des villageois défunts a garni copieusement le sol. Ça me retourne l'estomac, de savoir qu'il a appartenu à des individus que j'ai côtoyés

et que je n'ai même pas pu remercier.

- Akkira.

Une main se pose doucement sur mon épaule tremblotante. Deux émeraudes furieux me tirent hors de cette observation macabre.

- Nous devons sécuriser cette place, reprend le délégué. Vous connaissez Remire mieux que nous. Je n'y suis venu qu'une seul fois, vous seriez un meilleur guide que moi pour la suite.

Je saisis alors que c'est cette situation qui le révolte. Et il y a de quoi. Je me claque les joues, les noircissant de suie. Ça me rassure qu'il soit là. Je sens encore mon cœur affolé corrompre mes côtes mais je dois garder mon sang-froid. J'acquiesce et nous nous dispersons. Claude dégaine une épée et Hilda sa hache pour frapper avec le plat de leurs armes. On sent qu'ils ont l'habitude de faire équipe ensemble. Lorenz fait de même avec sa lance, et Constance fait de son mieux pour doser la puissance de ses sorts. Quant à moi, j'imite le délégué et la jeune fille aux couettes en utilisant le côté inoffensif de mon épée.

Nous nous occupons de toute cette zone tandis que les Lions naviguent à l'opposé de nous. Byleth, Jeralt, Marianne et les trois soldats de l'Église sillonnent le centre-ville. Le chevalier de l'Ordre a préféré que la fille Edmund reste avec eux pour que nous puissions tous restés à portée de ses Remèdes.

- GYAAA HA HAAA !

Un vieil homme titube en dehors de sa cahute, hachette en main. Vu son âge il ne devrait pas se déplacer très rapidem...

Sa hachette déchire l'air infecté. Je bascule mon buste en arrière, le tranchant frôlant mon nez. Puis je tourne sur moi-même et ploie mon corps pour étendre l'une de mes jambes qui fauche les siennes. Il tombe, s'égosillant comme un fou furieux. Je m'approche, la gorge sèche. Oh... Oh par tous les esprits... Des veines hideuses serpentent sur son visage et ses yeux sont révulsés. Mais qu'est-ce... Qu'est-ce qui se passe ici ? Pourquoi s'en prendre à ces villageois innocents ? D'ailleurs, qui est le fautif de toute cette ignominie ? Ça ne peut pas être une simple maladie. Quelqu'un est forcément derrière tout ça...

C'est inhumain. Tout bonnement inhumain...

Je l'assomme, le cœur au bord des lèvres.

/

- Par ici !

Je désigne un escalier au bout de l'allée. C'est essoufflés à cause de l'anxiété et de la fumée que nous gravissons les quelques marches délabrées. Plus nous avançons, plus la quantité de sang versé est importante. Nous arrivons trop tard... A chaque fois cette pensée me traverse et plante une aiguille dans ma conscience. Je me sens tellement injuste envers ces gens. Car j'aurais dû les remercier tant qu'il en était encore temps. Je...

Je me fige en même temps que mon cœur.

La dame, celle qui m'a rendue ma bourse au lieu de la prendre pour elle, elle est là. Juste là.

Mais...

- TUUUUEEER GAAH !

Mais ce n'est plus elle. Elle a l'air encore plus démente que les autres. Elle porte toujours les mêmes haillons que dans mon souvenir, à la différence que ces derniers sont éventrés. Tout son buste est à découvert. Mon épée tinte contre des cailloux dissimulés sous la neige et ma main se plaque contre ma bouche pour étouffer la clameur qui souhaite se répandre sur les décombres alentours. Les larmes profitent de l'emprisonnement de mon cri pour investir mes yeux. Par tous les esprits... Elle se rue dans ma direction, son poignard près à me perforer le cœur. C'est trop, je ne peux plus bouger...

- A terre !

Quelqu'un se jette sur moi et m'entraîne dans la neige boueuse. Je m'égratigne le menton et les coudes et sens un poids contre mon dos. Du coin de l'œil j'aperçois Hilda qui désarme la femme et qui l'assomme. La pression contre mon dos disparaît et des bras me retournent vivement. Claude. Il scrute mon expression effarée avant de me soulever par les aisselles pour me remettre debout.

- Comment vous sentez-vous ?

Je baisse les yeux et aperçois le poignard qui a failli mettre fin à mes jours. Cette vision m'ébranle. Mais... mais qu'est-ce que tu fabriques Akkira ? Je me sépare du délégué doré et saisis l'arme. Je contemple un instant sa lame avant de la placer contre mon biceps

et de trancher.

- Que faites-vous ! s'écrit Constance.

Hilda et elle s'agitent autour de moi pour me reprendre le poignard des mains. Je les laisse faire, concentrée que je suis sur ma blessure volontaire. L'estafilade n'est pas trop profonde, toutefois elle pique sévèrement. Une rivière sanguine imprègne le haut de mon uniforme. La douleur me permet de recouvrer une certaine forme de flegme.

Je plisse le nez. Ne sois pas si hypocrite, Akkira. Des gens, tu en as tués par centaines. Les proches de tes victimes doivent encore pleurer leurs trépas. Ce sera ton fardeau jusqu'à la fin de tes jours. Alors tu n'as pas le droit de te montrer aussi branlante. Pas maintenant. Si tu n'as pas pu remercier les habitants de Remire par le passé, et bien tu le feras aujourd'hui en leur sauvant la vie. Mes coéquipiers me dévisagent, je leur fais signe que tout va bien. Ce n'est pas pour moi qu'ils doivent s'inquiéter, il y a déjà assez à faire ici.

- Il me semble apercevoir de singuliers individus par là-bas ! s'exclame tout à coup Lorenz.

Nous suivons son regard et nous nous hissons sur des ruines. Et au même instant, nous comprenons. Nous comprenons que derrière des sourires, une bienveillance et des conseils peuvent se cacher un être abominable. Il était absent depuis quelques temps, mais jamais, jamais je ne l'ai soupçonné. La voix de Hilda se fait chevrotante :

- Mais c'est...

- Tomas..., conclue Claude.


Le petit commentaire de l'auteure : S'inquiéter ! Cette fois, l'inquiétude est palpable tout le long du chapitre, c'est davantage un ressenti qu'un mot que j'ai répété durant le chapitre. Akkira est à l'ouest, elle s'inquiète de ce qu'elle ressent vis à vis de Claude, et surtout elle s'inquiète du sort des habitants de Remire. Comme d'habitude, j'adore la faire interagir avec Shamir. D'ailleurs leur dialogue est assez important, je vais reprendre certaines phrases plus tard ;).

Le passage de Remire était assez éprouvant à écrire. Je me suis dit "Ca y est, on arrive dans la phase plus sombre du jeu..."

Prochain chapitre : Se méfier

Prenez soin de vous ! Ciaossuuuuu !