Bien le bonjour voyageurs !
Commençons avec la traditionnelle review des reviews !
Katt : Salut ! Ah ça oui ça m'avait laissée bouche bée aussi cette conversation xD Sacré Seteth... Héhé je te remercie pour Shamir, j'aime tellement écrire les passages avec Akkira ! Car Akkira n'est jamais aussi elle-même qu'avec sa mentor qui connait quasiment toute sa vie ! Ouais, Akkira fait le point sur ce qu'elle ressent comme tu le soulignes. Elle évolue graduellement ! Merci pour ta review ! :D
Mijojo : *te fais coucou avec les mains et les pieds* C'est tellement pas évident ! Ouais ahaha elle est jamais très certaine cette cocotte xD Tu m'as fait trop rire ! Mais oui Akkira en perpétuel apprentissage, même pour des trucs bateaux xD Aaaaaah Almyra :3 Distribution de cookies, chouette ! *prends celui d'Akkira car de toute façon elle aime pas le sucré hormis les fruits * Scrontch scrontch scrontch ! Ouais nan Akkira tue pas l'un de mes maris ça m'arrangerait grandement xD Tu vois tout, t'es trop fort ! Pour Felix tu as eu ta réponse du coup héhé :3 yeaaaah best papy ever xD *lui adresse une médaille olympique* LCDAH m'avait fait trop rire en disant que "Claude bondit telle une gazelle pour sauver Akkira" xD ! merci pour tous tes compliments Mijo, ça me fait trop plaisir ! :3
Zakky-chan : Restons sur Zakky-chan alors ! :3 *fière de sa trouvaille* Ah mais oui c'est bizarre ! Peut-être que Seteth tutoie By' parce qu'elle est prof ? Ah merde regarde j'ai mis "elle" au lieu de "il" xD Tellement habituée à jouer la fille. Aaaah quelqu'un qui aime bien Leonie ! Tu es la bienvenue :3 (je sais pas où mais tu es la bienvenue xD) J'AIME SHAMIR BON SANG ! Fallait que ça sorte. Je suis ravie si tu as adoré ce passage, et j'avoue j'ai intentionnellement mis Cyril de côté, fallait qu'elles parlent entre Mercenaires xD *pousse Cyril encore plus loin* héhé ça me fait tellement plaisir ce que tu soulignes sur l'évolution d'Akkira ! Ca prend du temps mais oui elle s'ouvre de plus en plus :3 yeah come on Constance ! :D Oh je suis comblée si tu dis que tu ne verras plus jamais la map de la même façon ! J'aime provoquer ce genre de ressenti :3 Akkira a tué des gens, comme tu le dis ce sera son fardeau à porter. Merci pour tes compliments, tes impressions touuuuussa quoi :3 ça me va droit au coeur !
RAPPEL :
- Les dialogues rédigés en gras sont en brigilien.
- Les dialogues rédigés normalement sont en fódlien.
- Les mots que ne comprend pas Akkira sont rédigés comme ceci "? ? ?".
Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !
Chapitre vingt
Se méfier
Nous nous agenouillons tous les cinq contre le moulin qui délimite la sortie du village. L'incendie ne semble pas s'être propagé jusqu'ici du coup la minoterie et les taillis sont intacts. Si nous nous penchons à un angle bien particulier nous pouvons apercevoir les dos de Tomas et de ses trois acolytes. Ce sont donc eux les responsables de ces atrocités... Mes yeux furibonds transpercent les omoplates du bibliothécaire. Vil et perfide menteur. Lorenz, qui a laissé son canasson plus loin pour éviter de se faire repérer, se manifeste :
- Qu'attendons-nous ? Ce scélérat est juste là !
- Ce n'est pas encore le bon moment, rétorque Claude l'attention rivée sur Tomas.
Je suis positionnée juste derrière lui. Je regrette de ne pas avoir un meilleur aperçu de son expression. Le bibliothécaire et lui conversaient fréquemment. Le vieil homme lui fournissait même des livres introuvables qui n'étaient pas admis par Seteth. Ce lien qui s'était tissé entre eux s'est dissous à coups de trahison. Comment se sent-il en ce moment ? Un tintement métallique fait sursauter Hilda qui est agrippée à mon dos.
- Qu'est-ce que c'était ?
- Jeralt et le professeur Byleth, l'éclaire Claude. Allons-y !
Nous bondissons tous pour franchir les fourrées et pointons nos armes vers nos adversaires. En face de nous je repère le père et son fils en train de mettre à terre les acolytes de Tomas. Leur coordination est impressionnante, les lames fielleuses font jaillir le sang et mettent fin à la vie des trois malfaiteurs. Le délégué des Cerfs d'or arme son bras, la flèche prête à trouer la peau du bibliothécaire.
- Rendez-vous, déclare-t-il durement. Vous êtes cernés.
Une embuscade, voilà ce que Claude cherchait à provoquer. Le vieil homme se tourne vers nous et lui adresse son habituel sourire affable.
- Oh bonjour Claude. Tu tombes bien, j'ai justement un livre qui devait t'intéresser...
- Arrêtez ça Tomas, vous savez que ça ne prendra plus.
Tout à coup, le visage du bibliothécaire permute de l'amabilité à la duplicité puis tombe dans la sournoiserie. Ses traits s'altèrent et c'est toute sa physionomie qui se chamboule. Ses cheveux châtains s'allongent, deviennent filasses et blancs. Il les rejette en arrière, révélant ainsi un front proéminent et couvert de veines apparentes. Par tous les esprits... Et ce n'est pas le plus effrayant. Je ne ressens qu'un effarement sans fin lorsque mes prunelles croisent les siennes. Elles sont plongés dans un abîme des plus obscurs.
- Je ne suis pas Tomas, reprend-t-il mesquinement. Je suis Solon, le sauveur du peuple.
Nous sommes tous là à le détailler, figés dans l'horreur. Même Jeralt et Byleth n'esquissent plus le moindre geste. Un ricanement sinistre se faufile de la bouche asséchée du traître.
- Qu'avez-vous ? La surprise vous cloue-t-elle le bec ? Mon déguisement vous a si aisément dupés. C'était si facile de tous vous tromper, n'est-ce pas Claude ?
Le concerné n'objecte rien. Seule sa crispation sur la poignée de son arc le trahit. Le vieil homme continue :
- Je me suis infiltré à Garreg Mach pour prendre le sang de la jeune Flayn. Ce sang nous permettra de nous rapprocher un peu plus de notre objectif. Vous n'avez été que des jouets pour moi. Et en parlant de jouer...
- Amusons-nous un peu.
Cette voix sortit d'outre-tombe nous fait tous frissonner. Qu'est-ce que... Qu'est-ce que c'était ? Des ondes maléfiques se déploient au loin, dans la zone où doivent se situer les Lions. D'ici je crois discerner plusieurs silhouettes mais une seule retient mon attention. Un cavalier vêtu intégralement de noir et qui exhibe une tête de mort à la place de son visage. Hilda marmonne :
- Le Chevalier Macabre...
C'est donc lui ? Et derrière ce masque... ce serait donc Jeritza ? Une puissance incommensurable l'entoure. Mon instinct me souffle de ne jamais me frotter à un tel adversaire. Je le savais fort, mais pas à ce point... Visiblement, ce n'est pas le même qui guide Byleth. La colère transparaît sur son visage. Il dégaine l'Épée du Créateur et enjambe vivement les ruines et les décombres pour le rejoindre.
- Ne faites pas ça ! s'époumone Constance.
La clameur de la Louve nous surprend tous. Elle quitte notre groupe pour prendre la suite du professeur des Lions de saphir. Claude souffle :
- Le Chevalier Macabre... Donc lui aussi un allié de Tomas... ou Solon, quel que soit son nom.
Un hennissement nous saisit et nous intime de nous concentrer. Le cheval de Jeralt paraît aussi survolté que son maître. Ce dernier fait aller sa lance au dessus de lui avant de la diriger vers l'ignoble traite.
- Nous avons sauvé autant de villageois que possible. Maintenant réglons-lui son compte !
Son assurance n'affecte nullement notre ennemi. Son sourire s'élargit encore et j'ai l'impression que les ténèbres viennent me lécher les pieds. Non... Non ce n'est pas qu'une impression !
- En dessous ! je m'écris.
- Banshee θ ! annonce le scélérat.
Je bondis en arrière alors que des bras tentaculaires s'escriment à m'entraîner dans leur noyau délétère. J'en coupe quelques uns avec mon épée puis sautille encore pour me retrouver hors de leur portée. Un coup d'oeil vers Claude m'annonce qu'il est aussi parvenu à se défaire de ce sort. Pareil pour Hilda et Jeralt.
- Aaah miséricorde !
Par contre ce n'est pas le cas du fils Gloucester. Les mains diaboliques l'emprisonnent et entravent tous ses membres. Hilda peste en tapant du pied et commence à faire tourner sa lourde hache au dessus de sa tête.
- Raaah vous alors ! Vous ne me laissez pas le choix ! s'offusque-t-elle.
Je détaille ses gestes. Que compte-t-elle faire ? Ce n'est pas une hachette, elle ne peut pas... Et le coup part à une vitesse folle et surprend Tomas. La section transversale lui lacère le bras. Cette fille ne paie pas de mine mais elle possède une force prodigieuse !
- Beau travail Hilda ! la félicite Claude en tirant une encoche de son carquois.
C'est vrai, c'était un lancer parfait. Malheureusement le sortilège qui draine les capacités de Lorenz ne s'est pas volatilisé. Je permute d'armes et prends mon arc. Je suis déjà prête à décocher lorsque j'annonce :
- Je m'occupe de Lorenz.
- Bien, répond simplement le délégué.
Le tir part et la pointe se fiche dans l'un des bras tentaculaires. Celui-ci libère alors la jambe du fils Gloucester. Il me considère, pas totalement rassuré. Qu'il ne s'en fasse pas, je ne suis jamais aussi précise que lorsque je manie mon arme fétiche. Je me décale pour sortir un peu du champ de bataille et m'escrime à envoyer plusieurs flèches d'affilée.
TAC ! TAC ! TAC !
Lorenz commence à gigoter.
- Comment ai-je pu..., fulmine-t-il.
- Ne bougez pas.
Je m'approche et continue dans cette voie-là. Derrière moi j'entends que l'affrontement contre Solon fait des étincelles. Cependant ma concentration doit persister ici et non là-bas. Je dois leur faire confiance. Faire confiance en Jeralt et en sa réputation, en Hilda et en sa puissance insoupçonnée, en Claude et en son esprit réactif. Je tire déjà mes dernières flèches, mon carquois n'était pas très rempli de base. Heureusement ce sera suffisant, les tentacules ne parviennent plus à suivre le rythme. Je voltige vers le fils Gloucester et le tire vers moi. Aussitôt le sort se désagrège, n'étant plus alimenté par une victime. Puis je recule prestement et l'allonge au sol. Les dégâts sont assez importants mais pas mortels. Il remue du coup je l'enjoins de rester en place.
Le bruit d'un corps qui chute juste derrière moi me fait reprendre aussitôt une position défensive. C'est Solon. Il vient de se prendre une attaque décisive signée Jeralt. Parfait. L'épée au clair, je la plante sous son cou. Je revois le bibliothécaire prévenant qui m'a déjà conseillé quelques ouvrages lorsque j'apprenais le fódlien avec Claude. Mes dents s'entrechoquent. Cet homme n'existe plus.
- Pourquoi vous vous en êtes pris à cette village ? je crache. Quel était votre objectif ?
- N'importe qui aurait pu servir de cobaye pour cette expérience, ricane-t-il.
Ma lame pourrait lui sectionner la jugulaire en une fraction de seconde et pourtant aucune frayeur n'altère son immonde visage. Mes coéquipiers me rejoignent.
- Nous allons te ramener à Garreg Mach où tu ? ta peine, gronde le chevalier sur sa monture.
- C'est terminé Solon, poursuit Claude froidement.
- Oh non mon enfant, ça ne fait que commencer. J'ai obtenu ce que je voulais. Je vous salue.
Et il disparaît. Qu'est-ce que... ? Comment est-ce possible ? Mes acolytes paraissent frustrés, mais pas surpris. Hilda m'explique que l'Empereur des Flammes et le Chevalier Macabre se sont volatilisés de la même façon lors de l'épisode de la disparition de Flayn. Jeralt soupire et contemple l'ampleur du désastre qui s'est abattu sur Remire. D'ici nous avons une vue prenante sur la quasi-totalité du village ravagé. J'aperçois les Lions, Byleth et... Tiens, où sont Mercedes et Constance ?
- Allons voir si tout se passe bien du côté des Lions, dit le chevalier de l'Ordre. Puis allons inspecter le village, il pourrait y avoir des ennemis cachés quelque part. Enfin nous regrouperons les survivants et les blessés et nous les amèneront à Dame Rhéa.
Nous hochons tous la tête excepté Claude qui garde les yeux rivés sur l'emplacement où se trouvait Solon quelques instants auparavant. L'absence de son sourire met à nu ses autres émotions. De la colère et...
Je m'approche doucement et viens caler mon front contre son épaule. Je comprends, Claude. Nous aurions dû nous méfier, mais les magouilles de Tomas étaient difficilement prévisibles. Moi aussi, là où se porte mon regard sur ce village, je ne ressens que de l'affliction.
/
Je m'agenouille derrière les décombres d'une maison en calant une petite fille inconsciente contre moi. Comme je ne produits aucun bruit en me déplaçant, ils n'ont pas dû me repérer. Jeralt, Byleth et un homme qui déploie une armure rouge et noire. Je sens ma poitrine se soulever à cause du martèlement effréné de mon palpitant. Qu'est...Qu'est-ce que je viens d'entendre ? Le chevalier de l'Ordre de Seiros vient de nommer cet individu Empereur des flammes. Ils seraient donc tous les trois de mèche ? Je ne peux pas le croire, c'est impo... Je revois le visage de Tomas se métamorphoser en celui de Solon et déglutis. Et Jeritza qui se cache probablement derrière l'armure du chevalier Chevalier Macabre. Non, tout est possible. Après un tel retournement de situation, il faut se méfier de tout le monde. Je me déplace latéralement pour me retrouver sous une fenêtre brisée et relève légèrement la tête pour les voir.
Le soulagement qui se déverse dans ma conscience manque de me faire lâcher la gamine mais je me reprends à temps. Non, en vue de la posture ostensiblement défensive qu'arborent le père et son fils, ils ne sont pas les alliés de l'Empereur des flammes. Je tends l'oreille pour discerner leur échange.
- C'est donc toi le responsable de la destruction du village, déblatère Jeralt.
- Vous vous trompez.
- Qu'est-ce que ça veut dire ?
L'Empereur des flammes explique alors que même s'il travaille avec Solon, cela ne signifie pas pour autant qu'il partage le même objectif que lui. Il certifie que s'il avait eu vent d'un tel projet, il l'aurait empêché de le mettre à l'exécution. Que s'il le laisse agir comme bon lui semble, ce genre de massacre risque de se répéter. Puis il propose à Byleth, porteur de l'Épée du Créateur, de se joindre à sa cause. Proposition que le professeur refuse aussitôt. Mes mains se contractent autour de la gamine. Qu'est-ce que ce type cherche à faire ici au juste ? Il souhaite se disculper et louer ses bonnes intentions ? C'est du délire... Il finit par disparaître mystérieusement, tout comme Solon avant lui, laissant planer derrière lui un vent de méfiance et de crainte pour l'avenir de Fódlan.
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La lune des Étoiles se fit héberger par le ciel. Les mille et uns éclats qui se suspendirent à la nuit attirèrent nos regards pour nous faire oublier la vue du sang. Hélas, ce dernier provenait de tant d'innocents qu'il en était devenu indélébile.
Les événements de Remire laissèrent une blessure béante dans nos cœurs mais surtout dans le leurs, à eux, les survivants. Certains étaient repartis sur les routes pour se reconstruire ailleurs. D'autres, et principalement des orphelins, se firent accueillir par l'Église de Seiros. Tout comme elle l'avait fait avec Cyril, Rhea offrit l'hospitalité à ces âmes en peine.
Il y a des moments dans la vie où notre route croise celle d'un individu qui grave son visage dans notre mémoire. Tu en es aussi conscient que moi, je ne pense pas me tromper là-dessus. Pour ma part, il y en a plusieurs. Et parmi toutes ces figures qui me scrutent, il y a celle de ce petit garçon. Celui qui a placé ma fleur au creux de ma paume lorsque je logeais à Remire. Je ne t'en ai jamais parlé, mais il faut que tu saches que je l'ai revu. Il faisait partie des orphelins accueillis par l'archevêque. Je l'ai reconnu, et lui aussi. Et la joie de le retrouver fut vite interrompue par ses larmes. Des torrents de douleur qui m'accusèrent. Je revoie encore son menton tressauter à cause du calvaire qu'il endurait. Et il me hurla aux oreilles cette phrase :
« Pourquoi n'êtes-vous pas arrivée plus tôt ?! Mes parents ne seraient pas morts ! Vous ne servez à rien ! »
Des mots aussi cinglants, aussi significatifs, ne peuvent s'oublier docilement. Ils arriment leurs ancres au plus profond de nos souvenirs. Et ils y restent à jamais.
Car essayer d'oublier une personne qui t'a marquée, c'est comme essayer de te rappeler de quelqu'un que tu n'as jamais rencontré.
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Des exclamations joyeuses fusent dans toute la classe pour célébrer l'obtention du certificat du rang élite. L'examen était nettement plus ardu que les précédents. Seulement, après leur défaite à la bataille de la dernière lune, les Aigles se sont réveillés pour calfeutrer leurs faiblesses. Leurs sourires s'expriment mieux que leurs verves. Ils disent « Nous sommes nés avec des ailes, alors pourquoi choisir de ramper ? ». Leur réussite à cet examen ne peut être qu'honorable.
Mais je ne partage pas leur joie. D'ailleurs, je crois être l'une des seules à avoir échoué. Je lorgne sur ma copie truffée de corrections en rose de notre professeur. Je me suis vautrée sur la théorie, et n'ai pas été très performante sur l'épreuve pratique. Catherine n'a pas arrêté de me réprimander et de m'envoyer saluer le sol.
Je ferme les yeux et enfouis mon visage contre mes paumes. La vérité c'est que ma concentration se trouve ailleurs. Soit je passe mon temps à repenser à Remire, à revoir ses maisons en feu, et à ressasser les paroles blessantes du petit garçon. Soit je m'immerge dans une méfiance exacerbée envers tout le monde. Jeritza et Tomas... enfin, Solon, ne peuvent pas être les seuls à servir de taupes pour l'ennemi. Et si d'autres traites se cachaient parmi nous ? Ils sont beaucoup trop bien organisés et nous ébranlent un peu plus à chaque fois. Ou bien deviendrais-je paranoïaque ? Je soupire. Ça ne va plus, je commence même à soupçonner mes camarades les plus proches.
J'entends Petra qui m'appelle. Elle s'inquiète depuis que je suis revenue de mission et c'est compréhensible. Je lui fais signe que je la rejoindrai plus tard, prétextant que je dois noter où sont mes erreurs. Elle me lance un sourire contrit puis sort de la salle en compagnie de Dorothea. Désolée Petra, je n'ai jamais été douée pour simuler...
Un vacarme de tous les diables attire mon attention. Je sursaute en voyant Luna juste devant moi, les jambes emmêlées dans le banc de la rangée supérieure. Elle-même sursaute en me découvrant, du coup je re-sursaute, elle aussi, moi aussi, c'est presque sans fin. Le rire strident de Monica nous interrompt dans cette séquence des plus absurdes. Je plisse le nez. Quelque chose chez elle me pousse à la suspicion. Je n'ai pas oublié son étrange comportement lors de la bataille de l'Aigle et du Lion. Elle a mis à terre Leonie avec une facilité déconcertante et ses mouvements relevaient d'un tout autre niveau. Mais bon... Là encore je dois psychoter plus que nécessaire.
La frisée en a profité pour s'éclipser. J'étais tellement ailleurs pendant ces derniers jours que j'avais omis que la deuxième session d'échange interclasse avait lieu durant la lune des Étoiles. Je ne sais même pas quel élève de notre maison a intégré celle des Cerfs... Ah, peut-être Linhardt. Mes derniers cours ne sont plus garnis de sa bave.
- Tu peux m'attendre dehors Monica, je reviens.
- Ah ? Bien... Comme tu voudras Edel.
Je percute ces phrases un peu tardivement car la déléguée est déjà penchée par dessus mon épaule. Ses prunelles parme dissèquent ma copie.
- Vous avez choisi de passer le certificat pour devenir Bretteuse ? s'étonne-t-elle en fronçant les sourcils.
- Oui...
- Je vous avoue que je suis un peu interloquée. Même les étudiants qui se sont spécialisés uniquement dans le maniement de l'épée ont éprouvé des difficultés. Pourquoi ne pas avoir choisi une classe spécifiée dans l'arc, c'est votre atout si je ne m'abuse ?
Comme je ne rétorque rien, elle me dévisage longuement avant de s'avancer vers le bureau chaotique de Manuela. Elle soupire en notant que la pagaille laissée par notre enseignante est de plus en plus monstrueuse. Je crois même que là elle bat un record... Edelgard s'escrime à soulever des colonnes de papier ou de parchemin pour trouver... quoi au juste ? Je suis tentée de me lever et de partir mais ce serait vraiment irrespectueux. Si je passe mon temps à fuir nos conversations, mon aversion ne se dissipera jamais.
- Je l'ai trouvé.
Elle extrait un porte-document violet. Je le reconnais, c'est dans ce dernier que Manuela glisse des tableaux qui récapitulent nos niveaux dans chaque compétence. Je me mordille le pouce. Edelgard est vraiment sans gêne. J'imagine mal Dimitri en train de fouiner dans les affaires de Byleth. Ou Claude... Ah si, lui est capable de tout. La déléguée ouvre le dossier et commente à voix haute :
- Durant le cycle lunaire précédent, le professeur Manuela vous a attribué la note de B en épée et de A en arc.
Elle abaisse le porte-document pour me dévisager.
- Ce qui n'explique toujours pas votre décision pour cet examen. Vous pourriez devenir Archère d'élite, comme Bernadetta. Ou-même Assassin.
Un frisson incontrôlable me gagne. En plein dans le mille, Edelgard. Assassin. J'ai bien vu que cette classe regroupait mes deux compétences mais son appellation est sans équivoque. Alors que je ne sortais plus abattre des soldats impériaux depuis plusieurs lunes, alors j'étais enfin parvenue à aller de l'avant, à laisser de côté mes projets vengeresses, voilà que mon passé de meurtrière me rattrape. Et après les événements sanglants et bouleversants de Remire, j'avoue ne plus pouvoir supporter cette désignation.
Assassin.
Edelgard paraît remarquer mon trouble puisqu'elle ajoute :
- Vous êtes libre d'opter pour ce qui vous plaît, mais sachez que vous avez le profil adéquat pour obtenir la classe d'Assassin. Je dirais même que personne chez les Aigles de jais ne possèdent de meilleures aptitudes que vous dans ce domaine. Alors réfléchissez-y, vous pourrez toujours repasser le certificat le week-end prochain.
Comme je ne réponds toujours rien et que je me contente de la fixer, elle décide de changer de tactique. Elle vient jusqu'à mon pupitre, le contourne pour revenir derrière moi. Je me retourne pour lui faire face. Parfois elle me paraît bien plus grande qu'elle ne l'est en réalité, et je ne songe pas cela parce que je suis assise. Elle me toise longuement avant de déclarer :
- Dites-moi Akkira, cette situation vous convient-elle ?
La dureté de sa voix me pousse à dire :
- Pardon ?
- Vous savez comment c'est ici, les élèves aiment colporter les histoires. De ce fait, je suis informée des événements de Remire, tout comme je suis avertie de votre passage ? dans ce village.
- « Fugace » ? je répète le terme que je ne saisis pas.
- Succinct, bref.
Comment peut-elle être au courant ? Aurait-elle interrogé l'un des élèves présents dans la carriole avec moi ? Constance... Edelgard l'a-elle questionnée parce qu'elle a noté que j'avais l'esprit ailleurs ? Elle est tellement réactive... La blandine poursuit :
- Votre chagrin et votre confusion sont en train de vous aveugler, par conséquent vous ne parvenez plus à distinguer ce qui se joue devant vous. Il est vrai que vous êtes la seule à pouvoir mesurer l'étendue de votre souffrance, mais sachez que le temps n'y changera rien.
La colère s'achemine jusqu'à mon cerveau pour masquer toutes les autres émotions. Je lui lance mon regard le plus courroucé, prête à bondir sur elle pour lui lacérer le visage.
- Comment vous osez ? je vocifère en contractant les poings. Vous ne pouvez pas comprendre !
- C'est exact, et ce n'est pas ce que je cherche à faire. Personne ne peut prétendre vous comprendre. Je ne souhaite ni vous énerver, ni m'inclure dans vos réflexions. Tout ce que j'espère, c'est que vous êtes prête à vous relever. Et je suis là pour vous aider, en vous tendant la main.
Et c'est ce qu'elle fait. Ses doigts gantés de blanc entrent dans mon champ de vision. Je ne sais si c'est parce que ses dires se sont frayés un chemin jusqu'à ma conscience, ou si c'est la virulence de sa démarche qui m'a transportée. Dans tous les cas, cette main, je la saisis. Je l'observe un instant supplémentaire, comme si je la découvrais véritablement pour la première fois. Côtoyer Claude m'a appris que des gestes pouvaient véhiculer des intentions, des pensées ordinairement masquées ou des émotions que la langue serait bien incapable d'exprimer. Et là, Edelgard, vient de me donner une nouvelle leçon.
Celle de la parole.
Un esprit incisif comme le sien peut manier les mots avec une efficacité que j'avais toujours négligée. Sa bouche, pourtant virulente, cicatrise un peu la plaie béante qu'avaient occasionné les reproches du petit garçon de Remire.
Elle sourit, satisfaite par mon geste qui connote ma reprise en main. Je pensais être incapable de me l'avouer un jour, mais elle a raison. Je ne peux pas rester là à me morfondre et à me trouver inutile. Je reste un instant supplémentaire à ressasser ce qu'elle vient de me dire et lorsque je reprends mes esprits elle est déjà partie. J'inspire et expire calmement puis plie la copie et la range entre mes seins, sous mon uniforme.
- Aaah tu tombes bien Akkira, je voulais te voir !
Manuela entre en trombe dans la classe. Vu sa dégaine des plus suggestives, m'est avis qu'elle est partie vider une bouteille juste après le cours. Cours qui s'est terminé il y a... quoi, quinze minutes ? Généralement elle abuse de l'alcool dans deux circonstances distinctes. Soit elle vient d'essuyer une énième peine de cœur, soit elle est euphorique. Impossible de déterminer comment elle se sentait pendant son cours puisque je m'étais embourbée dans ma méfiance et surtout dans ma lamentation. Elle rassemble tellement maladroitement ses affaires que je me sens obligée de l'aider. Ses lèvres orangées s'étirent pour m'offrir un sourire radieux. De toute évidence, elle est dans sa phase enjouée.
- J'imagine que toi aussi tu es ravie que la Coupe du Héron blanc soit maintenue ?
J'ai remarqué que Manuela tutoyait de plus en plus ses élèves, serait-ce pour se sentir plus proche d'eux ? Je me focalise davantage sur ses propos. Dorothea a percé à jour mon amour pour la danse lors de la soirée de la Taverne de l'Abysse. Elle n'a pas arrêté d'évoquer ensuite cet événement festif qui aura lieu le 16 de cette lune. Ce qui, je l'avoue, n'était pas pour me déplaire. Tout ce qui concerne la danse m'enthousiasme, et ce depuis que je suis petite. J'avais perdu cet attrait lors de mes cinq années d'errance, mais à force d'en parler avec la jolie brune, ma passion est revenue avec d'autant plus de force. Je crois que c'est parce que ça me manque de gambiller dans tous les sens, de me trémousser à mon rythme et de contempler le spectacle sauvage propre aux brigilènes.
- Oui, je suis contente, je réponds.
- Je m'en doutais.
Je m'interromps, une feuille entre les mains. Ah oui ? Elle enchaîne :
- Tu n'es pas sans savoir qu'il y a un certificat de danseur à la clé.
Elle m'explique que comme elle fait partie du jury, elle sait d'office sur quels critères ils vont se reposer. Beauté, grâce et technique. Ces termes me font grimacer. Cette compétition n'est décidément pas pour moi, je suis certaine que Dorothea se fera un plaisir d'y concourir. Chaque enseignant doit choisir son représentant au sein de sa maison. Manuela va forcément sélectionner sa protégée, ce qui reviendrait à être la décision la plus logique qui soit. L'enseignante se redresse, plein de documents pressés contre sa poitrine démesurée. Elle ajoute :
- Je suis passionnée par tous les arts du spectacle, et donc par le chant, le théâtre ou encore la danse. Je me sens... comment dirais-je ? Survoltée, oui voilà, survoltée ! J'ai hâte de découvrir tes prouesses louées par Dorothea. Tu m'informeras de tes disponibilités pour que nous puissions t'entraîner.
Tous les documents que j'avais regroupés m'échappent des mains et s'étalent à nos pieds.
Que, que, QUOI ?!
/
- Je vais me les faaaaaaaire ! s'égosille Caspar en levant les bras.
- Chuuuuuut ! faisons Petra et moi en même temps.
Je défais l'un de mes bras de la taille de Caspar pour plaquer ma main sur sa bouche. Par tous les esprits, nous lui avons dit d'être discrets et voilà que ce dingue s'époumone alors que nous survolons le Monastère... Je suis à peu près certaine que nous venons de réveiller la moitié des nobles qui dorment à l'étage des dortoirs. Quoique, l'esprit du Vent joue en la faveur du fils Bergliez et a dû éparpiller son cri dans l'air. La joue contre son épaule, j'essaie de tourner la tête pour apercevoir la mine impénétrable de Petra. C'est que nous sommes tous les trois à l'étroit sur sa Wyverne. Elle l'a appelée « Bangga », ce qui signifie « fierté » en brigilien. Comme je l'avais envisagé, ma cousine est au summum de sa concentration. Il faut dire qu'au moindre faux mouvement, la vouivre pourrait se retourner et nous faire chuter sur... hrm, je n'ose même pas calculer à quelle hauteur nous nous trouvons. Toutefois, Petra est époustouflante. Si elle est parvenue à passer le certificat de Chevalier Wyverne, c'est parce qu'elle assure. Je me méfie peut-être de quasiment tout le monde, mais elle, elle détient toute ma confiance.
Je regarde un peu plus haut et suis séduite par l'éclat étincelant des constellations. Cette lune porte bien son nom, le ciel nocturne n'est jamais autant visible que pendant ce cycle sélénite. J'offre mon sourire aux astres nuiteux, puis laisse mes jambes câliner doucement les flancs de la vouivre.
Excitation, léger vertige et sentiment d'indépendance. C'est donc ça que ressent Claude lorsqu'il chevauche une Wyverne ? Je l'ai aperçu dans les airs pas plus tard qu'hier. Une pensée saugrenue s'infiltre dans ma caboche. Est-ce qu'il accepterait de me laisser monter avec lui sur sa vouivre ? J'essaie d'imaginer le délégué doré à la place de ma cousine. Il aurait donc ses jambes qui pendraient tout contre les miennes et son bassin collé à mes fesses. La fébrilité que je ressens constamment à cette hauteur gagne mon bas-ventre. Je plante mon menton sur l'épaule du fils Bergliez. Je n'aurais jamais été capable de ce geste il y a quelques lunes, c'est fou ce que le temps peut nous changer. Je réfléchis encore. Et si nous inversions les positions ? Que Claude se retrouvait devant moi et que je le tenais par la taille comme je le fais en ce moment avec Caspar ? Ma poitrine écrasée contre son dos. Est-ce que... ça nous plairait ? Moi oui en tout cas. La certitude de cette spéculation me traverse avant même que j'y réfléchisse proprement. Je baisse un peu la tête pour cacher mon sourire contre l'uniforme du fils Bergliez. C'est étourdissant, cette excitation qu'on ressent ici est proche de l'ivresse.
Petra tire les rênes sur la gauche et nous virevoltons dans ce sens. Le froid est saisissant à cette altitude. Heureusement il ne s'insinue pas entre nous étant donné que nous sommes plaqués les uns contre les autres. Je me concentre de nouveau sur Caspar et repense à son hurlement furieux :
- Qu'est-ce qui vous arrive ?
- Mmrfoocnhd.
- Ah pardon, je m'excuse en lui libérant la bouche.
- RAAAAH ! recommence à s'époumoner le garçon aux cheveux cérulés.
- Mais vous allez vous taire ?! je le réprimande.
- Pourquoi cette énervation ? s'enquiert Petra.
- A ton avis ? Le Chevalier Macabre pour commencer et maintenant Tomas... Ils courent tous dans la liberté et on ne sait même pas s'ils ont des complices ici ! Je supporte pas qu'il y ait tant de malveillance dans le monde, il faut qu'on fasse quelque chose !
C'est comme si son courroux prenait la forme d'un lasso qui me ramenait brutalement sur la terre ferme. Il n'a pas tort. Nous devons rester sur nos gardes. Sa remarque a jeté involontairement un froid sur l'ambiance, s'accumulant aux températures hiémales. Petra lui demande alors où se trouve son dortoir. Caspar se penche dangereusement mais aucune appréhension ne transparaît dans ses gestes. Je me demande si ce garçon possède des craintes ? Il repère les fenêtres de sa chambre et alors ma cousine conduit Bangga jusque là. Le fils Bergliez, tend son bras sous le carreau et atteint la poignée. Heureusement qu'il l'a laissé à moitié ouverte. Nous sautons tous les deux dans sa chambre.
- Je vais ramener Bangga à l'écurie des animaux volants, nous prévient Petra.
Nous lui souhaitons bonne nuit puis je ne tarde pas à en faire autant avec Caspar. Dans le couloir des nobles, je me précipite dans mes pensées. Cette petite aventure nocturne nous a à peine changer les idées au final, même si c'était... affriolant. Je m'arrête pour contempler le bout du corridor. Les nobles qui étudient chez les Cerfs d'or séjournent un peu plus loin. La chambre de Claude. Et si... Je m'ébroue. Je n'aurais jamais eu de telles pensées salaces si je n'étais pas montée sur la vouivre. Je caresse mon ventre, percevant encore distinctement la sensation de vertige mais aussi l'excitation. Bon... il est vraiment temps que j'aille dormir.
Je fais quelques pas supplémentaires quand tout à coup une ombre fait dresser les petits poils de ma nuque. Qu'est-ce que c'était ? On aurait dit une silhouette humaine. J'essaie de calmer mon rythme cardiaque, me persuadant qu'il s'agissait probablement d'un élève qui a été pris d'une envie pressante. Mes sourcils se contractent. On ne sait jamais...
J'invite toute la discrétion que j'ai développée avec Shamir pour prendre en chasse cette personne. Je cours sans un bruit jusqu'au bout du couloir, me colle au mur et passe la tête. La silhouette humaine s'approche des escaliers. Malheureusement pour elle des chandelles murales encadrent cette sortie. Ainsi son identité m'est révélée.
Monica.
Ma méfiance la concernant ressurgit. Que fait-elle ici à cette heure ? Ma main à couper qu'elle ne va pas nous imiter pour chevaucher une Wyverne ou un pégase. Je me mordille le pouce. Est-ce que je devrais la suivre ? C'est ridicule, pourtant je sens que je ne parviendrai pas à trouver le sommeil si je ne le fais pas. Vaut mieux ôter mes doutes la concernant. Ou les concrétiser.
Surtout que... J'ai entendu dire que quelqu'un s'était introduit il y a quelques jours dans une chapelle proche d'ici. Il s'agit d'un bâtiment qui servit de sanctuaire quand le Monastère fut en rénovation. Face aux perturbations récentes qui visent l'Église de Seiros, il ne fallait ignorer aucune anomalie, aussi dérisoire qu'elle paraisse. Ce que ma méfiance exubérante peut comprendre. Jeralt, Byleth et les Lions ont dû enquêter là-bas, mais ils n'ont décelé aucun indice. Et si moi, je pouvais en trouver ce soir ?
Je dévale les escaliers sans émettre le moindre son et la repère au loin. Elle va vite ! J'inspecte les alentours. Des gardes sont en train de patrouiller. Caspar, Petra et moi l'avons échappé bel. Ils n'étaient pas encore présents lorsque nous fendions le ciel. Monica ne met pas longtemps à les semer. Encore une fois, il y a quelque chose dans ses gestes, dans la façon qu'elle a de se déplacer avec assurance qui m'interpelle. Je singe ses mouvements pour esquiver la vigilance des gardes. Même moi, qui ai passé près de cinq années à me tapir dans l'ombre pour camoufler ma présence, j'ai du mal à la suivre. De plus en plus étrange...
Nous parvenons rapidement au marché, puis aux remparts... qu'elle escalade à mains nues ! Vêtue de son uniforme noire elle est presque indiscernable. Si je n'avais pas les yeux rivés sur son dos je l'aurais perdue de vue depuis un bail. Je vérifie qu'aucun soldat ne patrouille dans le coin et franchis à mon tour l'enceinte du Monastère. Juchée tout en haut, je guette l'horizon pour la retrouver. Où est... La voilà ! Elle dégringole le sentier qui mène au village. Mince, elle ne doit pas me distancer ! Je prends mon élan et pousse sur les muscles de mes cuisses pour me donner une puissante impulsion. Je me retrouve ainsi de l'autre côté des douves. Puis je fonce sur le chemin caillouteux pour la rattraper.
Je cours pendant de nombreuses minutes et c'est seulement lorsque j'arrive aux abords de la bourgade que je parviens enfin à la retrouver. Qu'est-ce qu'elle est venue fabriquer ici en pleine nuit ? Ce n'est définitivement pas normal... Elle chemine entre les différentes ruelles, disparaît par moment de mon champ de vision. Je longe les habitations, fais au mieux pour garder son rythme. C'est une tâche des plus complexes, jamais personne ne m'avait posé autant de problèmes pour la traquer.
Je tourne à gauche, distingue sa botte au bout de la rue. Je me précipite jusque là et cette fois c'est un bout de jupette que j'aperçois. Il ne faut pas qu'elle m'échappe ! Je cours, tourne et... Ouille, mon nez !
- Ah s'cusez moi mad'moiselle, je n'vous avez point vue !
Surprise d'entendre une voix rocailleuse, je bondis en arrière pour me mettre en position défensive. Une femme un peu plus âgée que moi m'adresse un sourire aimable.
- Qui êtes-vous ? je siffle sur mes gardes, la méfiance ayant contaminé mes sens et ma politesse.
- Juste une villageoise qui aime s'promener au clair de lune. Et vous même ?
Je me fiche bien de lui répondre. Où est Monica ? J'ai beau zieuter toutes les possibilités de fuite, je ne l'aperçois nulle part. Mon attention se reporte sur la paysanne. Je n'ai pas trop le choix...
- Vous avez vu une fille comme moi avec deux... hrm deux boules rouges sur la tête ?
- Oh oui j'l'ai vue ! s'exclame la femme en désignant une ruelle au loin. Elle est partie par là mais...
- Mais ?
Elle joint ses mains et hausse les épaules, penaude. Puis elle ricane et poursuit d'un ton guilleret :
- C'est qu'elle était avec un bonhomme de votre âge, du coup... J'crois qu'faut pas les déranger, si vous voyez c'que j'veux dire.
Mes épaules se décontractent légèrement. Oh... Oh je crois comprendre. Monica aurait donné un rendez-vous nocturne à un garçon d'ici et sûrement est-elle en train de forniquer avec. Néanmoins, ça n'explique pas ses aptitudes qui défrisent la logique. Où a-t-elle obtenu un tel niveau ? Je lorgne la paysanne qui attend toujours patiemment. Ses prunelles sombres me scrutent en retour et me font froid dans le dos.
Je soupire et me frotte le front. Je suis vraiment en train de devenir parano, il faut que j'arrête de voir l'ennemi partout. Je remercie la villageoise et fais demi-tour.
Mais même en m'éloignant d'elle, même en quittant la ville, je ne peux refréner cette méfiance qui ne quitte plus mes entrailles.
Le petit commentaire de l'auteure : Bon, vous aurez compris l'ambiance du chapitre avec toutes les utilisations du verbe "méfier" et de ses dérivés xD Et avec Monica qui rode encore à Garreg Mach, Akkira a bien raison de rester sur ses gardes. Autre chose : Akkira surprend la conversation entre l'Empereur des flammes, Jeralt et Byleth ! Les propos de l'ennemi la désarçonnent, elle comprend de moins en moins le monde dans lequel elle vit. Et ce n'est que le début...
Prochain chapitre : Danser
Prenez soin de vous ! Ciaossuuuuuuu !
