Bien le bonjour voyageur !
Commençons par la réponse aux revieEeeeEeeeews :
Katt :Oh ça me fait plaisir ce que tu dis par rapport aux maps ! Contente si je leur attribue une sorte d'identité :3 héhé oui Claude et Akkira peuvent être mignons ! Ce que tu dis également par rapport aux Aigles me touche, merci beaucoup :3
Mijojojojo : La question est "as-tu apporté le tapis rouge"? xD Ouuuui elle a son popotin en ligne de mire :3 *rigole sous cape* Mouhahaha souffre Lorenz, SOUFFRE ! Hrm hrm... *se reprend* Franchement Akkira, t'aurais pu le laisser... Oh bien vu pour la faute ! J'ai corrigé du coup ;) Ouiii faites péter le cidres ! Akkira ose un rapprochement avec Claudioooo ! Ahaha la même, j'avais répondu que je voulais le suivre xD On aime les risques ! *high five* Héhé merci, je mets toujours trois plombs pour écrire les passages du futur, je veux le soigner :3 Contente que ça te plaise ! Héhé tu vois touuuuut ! *essaie de cacher Dorothea et Ingrid* Le retour d'Akkira la psychosée bonjouuuuur xD Bien vu c'est bien ce passage là ! :D Son uniforme n'a pas de poche visiblement, ou peut-être qu'elle ne les a pas trouvées xD Tu m'as tuée avec Claude et Akkirra qui le font sur une Wyverne xD Merci beaucoup pour ta super review Mijo :3
Musique du chapitre :
Je ne veux pas spoile mais dès que vous voyez le mot "Brigid" vous pouvez l'utiliser ! C'est une musique du film Disney "Raiponce". Elle m'a grandement inspirée pour le passage concerné. ;)
Tangled OST - Kingdom Dance
RAPPEL :
- Les dialogues rédigés en gras sont en brigilien.
- Les dialogues rédigés normalement sont en fódlien.
- Les mots que ne comprend pas Akkira sont rédigés comme ceci "? ? ?".
Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !
Chapitre vingt-et-un
Danser
- Je crois que je ne me suis pas bien fait comprendre, Ferdinand. J'ai ouï-dire que vous aviez encore provoqué Dame Edelgard. Heureusement ma maîtresse possède une si forte lucidité qu'elle vous repousse, vos défis incessants et vous-même.
- Mêlez-vous de ce qui vous regarde Hubert, persifle le rouquin.
Et voilà ça recommence. Je soupire en claquant ma main contre ma cuisse nue. Pire qu'une sangsue, ce toutou maléfique. En tout cas son apparition m'a coupé toute envie de m'entraîner, sachant qu'il va rester pour enguirlander le fils Aegir durant toute la demi-heure qui va suivre. J'attrape un chiffon sale et essuie la sueur de mon front avec. Le rouquin m'a donné du fil à retordre. Peut-être qu'il n'excelle dans quasiment aucun domaine, mais à l'inverse il ne possède aucune lacune. C'est assez déroutant d'affronter une personne aussi équilibrée.
Mon cœur fait une embardée et mon instinct me crie de m'accroupir. Ce que je fais et la seconde suivante une faucille d'entraînement me frôle le haut du crâne. Il s'en est fallu de peu pour qu'elle me taillade la tresse. Qu'est-ce que... C'est la frisée. Elle me tourne le dos et fait face à Sylvain. M'est avis qu'elle l'a à moitié fait exprès. Je reflue l'envie de lui planter mon épée d'entraînement dans son derrière et rejoins Ferdinand. Je lui signale que ce sera tout pour aujourd'hui mais il est tellement occupé à tenir tête au cadavre ambulant qu'il ne m'entend pas. Tant pis. Je quitte le terrain d'entraînement et pars en direction de la serre. Quoi de mieux que d'apaiser son esprit en plantant quelques graines et en papotant avec Ashe, Dedue et Annette.
Mais c'est en passant devant la chambre de Bernadetta que je me rends compte d'un fait hautement historique. Sa porte est ouverte. Sa. Porte. Est. OUVERTE. Je tends la tête par l'embrasure et aperçois la petite archère et la jolie brune des Aigles de jais. Elles sont toutes les deux assises sur le lit. Je fronce les sourcils. Je n'ai toujours pas digéré le coup que m'a fait Dorothea. Comment a-t-elle pu proposer ma candidature pour la Coupe du Héron blanc auprès de Manuela et ce sans même me concerter au préalable ? Les quelques entraînements que j'ai effectués avec mon enseignante furent un véritable calvaire. Certes j'aime danser, et c'est même un besoin presque vital qui me manque atrocement. Mais pas ce genre de danse de noble. « Beauté, grâce et technique » disait Manuela. Que des critères éloignés des sarabandes brigilènes et qui pourront, au contraire, correspondre à la jolie brune. Tout comme sa mentor, elle aime les arts du spectacle et donc la danse. Pourquoi amputer sa passion pour moi ? Je guette le moment propice pour intervenir.
- Voyez-vous, mes parents m'ont toujours répété de ne jamais me lier d'amitié avec un roturier, fait Bernadetta. Ils disaient qu'ils étaient... la honte de notre société et qu'ils les écraseraient s'ils s'approchaient de moi.
Oh... Toutes mes envies de reproche s'envolent lorsque j'entends les confidences de Bernadetta. Sa voix ne tremble pas, c'est comme si elle transbahutait ces phrases en elle depuis longtemps. Fort longtemps.
- Un instant, « la honte de l'humanité » ?! répète Dorothea scandalisée. Ils m'ont... Ils nous ont appelés ainsi ?
- O-oui... Il y a bien longtemps, je me suis tout de même liée d'amitié avec un jeune garçon du peuple.
- Oh ! Et nous le connaissons ?
- Oui... enfin non, je... je n'en sais rien !
La petite archère poursuit en expliquant qu'un jour son père l'a appris et que le jour suivant le garçon n'est pas reparu chez eux. La rumeur disait qu'il avait été battu quasiment à mort. Depuis ce jour, Bernadetta a toujours eu peur de se rapprocher de qui que ce soit, mais plus encore des gens du peuple. Par tous les esprits, c'est atroce... Je lorgne sur le bout de mes bottes blanches et abîmées. Je devrais partir, cette conversation est plutôt intime et ne me regarde nullement. Cependant, ma curiosité pour les passés d'autrui me cimente au sol.
- Je... je ne pensais pas que ce genre de chose existait, souffle Dorothea. On entend des tas d'histoires mais... Oh Bernie, je suis désolée... Mais vous savez, je suis fière d'être votre amie du peuple !
- Dorotheaaaaaa !
Au couinement que je perçois je déduis que la petite archère a fondu en larmes. Je me pince la jambe pour éviter de succomber au même émoi. Je comprends mieux le caractère extrêmement craintif et renfermé de Bernadetta. Son passé l'a traumatisée et cette peur panique a dû s'insinuer au plus profond de son inconscient.
- Là, là, tout va bien, continue doucement la chanteuse. Ne vous mettez pas dans des états pareils. Quand j'étais chanteuse à l'opéra, j'ai eu mon lot de rencontres dangereuses. Des hommes sans scrupules, et vous savez quoi ? Je leur ai cassé les bras !
Je bascule ma tête pour la caler contre le muret et me retiens de justesse de rire. Malgré sa coquetterie, j'imagine sans mal cette scène qu'elle nous dépeint. Dorothea est fabuleusement mature, on sent qu'elle a déjà vécu moult d'aventures. Ces dernières l'ont façonnée. Elle est redoutable, que ce soit au combat mais aussi au quotidien. Son vocabulaire est si riche qu'elle peut tenir tête à n'importe qui. Elle conclue :
- De ce fait, si votre père veut se risquer à venir me battre à mort, soyez assurée que je lui rendrai la monnaie de sa pièce.
- Hi hi, vous êtes extraordinaire.
Oui, Bernadetta a raison. Dorothea est extraordinaire. C'est tout elle, ça. Belle en apparence mais encore plus à l'intérieur. Je remarque que Raphael et Ignatz cheminent par ici. Je m'écarte et fais demi-tour. La serre attendra, j'ai des choses plus urgentes à effectuer. Je presse ma main contre mon cœur qui fut lui aussi touché par cet échange émouvant. Dans l'immédiat j'ignore quoi faire pour Bernadetta, je ne possède pas l'adresse de la jolie brune. En revanche, pour elle je crois avoir trouvé. Dorothea est... Je souris.
Elle est une amie qui m'est très chère.
/
Je peste en déambulant à toute vitesse dans le pâturage de l'Académie des officiers. Manuela est tellement exaltée par l'événement dansant qu'elle n'a pas écouté un traite mot de ce que je lui ai dit. Comment procéder alors ? Il faut absolument que je règle cette histoire aujourd'hui. Je repasse le certificat de rang élite demain, cette fois de la classe Assassin. Je dois me focaliser là-dessus. Mais surtout, la Coupe du Héron blanc a lieu dans trois jours. C'est déjà peu pour s'entraîner.
Bon, très bien, si Manuela n'a rien voulu entendre, je ne vois plus qu'une seule solution : Edelgard. Avec un peu de chance, Hubert est encore en train de houspiller Ferdinand, il ne me gênera pas. Je grimpe quatre à quatre les escaliers qui mènent au dortoir des nobles. Il est vide d'une quelconque présence. Hm... Il me semble que c'est... cette porte..., oui voilà, son prénom est inscrit dessus ! Et aucun toutou malé- fique dans les parages, parfait. J'espère qu'elle est là, sinon j'irais fouiller la bibliothèque. Dans tous les cas j'espère que Monica n'est pas encore en train de la coller. Je prends une profonde inspiration en me postant devant sa porte. Je ne suis jamais très à l'aise lorsque je m'entretiens avec la déléguée de ma maison.
Cependant, au moment de toquer je crois discerner sa voix. Que la sienne, personne ne lui répond. J'ai déjà remarqué qu'elle se murmurait des choses parfois en la croisant dans le Monastère, comme si son esprit se situait loin de nous. J'hésite puis finis par appliquer mon oreille contre le bois. Ce n'est qu'un chuchotement mais je crois démêler quelques paroles.
- Si je n'ai que mon ambition et ma persévérance pour me tenir à bout de bras, la route sera difficile. Mes regrets, mon chagrin, ma vie... Tout s'est fondu dans les ténèbres.
Ses propos me statufient pendant quelques minutes. C'est... incroyablement... déroutant. Ses paroles... C'est comme s'ils sortaient tout droit de ma bouche, où tout du moins de la Akkira McNairy qui venait d'intégrer Garreg Mach. Je ne pouvais compter que sur moi-même, que sur ma détermination et ma soif de vengeance. La route qui se profilait devant mal était des plus escarpées, mais il me fallait l'emprunter. Quitte à détruire ma vie, à la plonger dans les meurtres et dans les ténèbres, j'étais prête à tout pour honorer mon peuple. J'ai la main qui tremble lorsque je l'approche de la porte.
Comme elle et moi pouvons être aussi semblables ?
Je toque.
- Ah ? Entrez.
A sa voix je crois saisir qu'elle ne s'attendait pas à avoir de la visite. J'entre précautionneusement et me plante devant elle. Oui, en définitif, je suis la dernière personne qu'elle s'attendait à voir. Sa mine est plutôt blême, divulguant ainsi son manque de sommeil. De toute évidence, elle n'est pas au mieux de sa forme. Elle papillonne des paupières avant de se reprendre :
- Akkira, que puis-je pour vous ?
- Vous allez bien ?
Nous sommes toutes les deux désorientées par ma phrase. Je l'ai sortie spontanément. Je crois que ce que j'ai entendu avant d'entrer m'a encore plus perturbée que ce que je pensais... Elle chasse une petite mèche blanche sur le côté de son visage et répond :
- Oui, c'est juste que... Tout le monde est d'humeur festive vis-à-vis de la Coupe du Héron blanc, mais aussi par rapport au bal. Je ne me sens pas vraiment à ma place.
Le bal. Avec tout ça je l'avais presque oublié pourtant il se déroulera le 24 et donc il arrive à grands pas. Une brise fraîche essaye de pourfendre mes cheveux nattés. Je constate que les fenêtres sont grandes ouvertes. Le vent fait voler quelques pages de ses manuels et asticote des coquelicots placés dans des vases. Les fleurs vermeilles semblent s'égayer, gigotant au gré de cette minuscule bourrasque. Edelgard suit mon regard et esquisse un mouvement pour fermer la fenêtre, croyant probablement que ça me dérange.
- Non attendez, je déclare. Vous aimez le vent ?
- Eh bien oui, j'apprécie son contact.
- Moi aussi, du coup fermer cette fenêtre n'est pas obligation.
Elle détaille mon expression, je suis un peu surprise par ce point commun. Je lui fais part de cette constatation :
- Je suis dans l'étonnement. Dans ma tête, je vous vois en train de lire, de parler politique avec votre touto... avec Hubert et... Je ne sais pas. Je n'imagine pas grand chose parce que je ne vous connais pas. Vous donnez l'impression d'être inacc... inaccessible.
Ma spontanéité la fait sourire doucement. Elle rétorque :
- A l'inverse, vos propos ne m'étonnent guère. On me juge parfois comme étant froide et sans cœur. Savez-vous combien de personnes évitent de me parler à cause de mon statut ? Devinez combien d'individus n'osent jamais ne serait-ce que croiser mon regard ?
Froide, sans coeur... Encore une fois je me vois en elle. Je fronce les sourcils et objecte :
- C'est stupide. Les yeux ne peuvent tuer personne.
Sinon les miens auraient déjà fait beaucoup de victimes. Cette fois elle rit et c'est comme si ce dernier invoquait un rayon de soleil qui vient dérider la pièce. Elle est jolie. Vraiment jolie en ce moment, et je ne peux empêcher cette pensée de me traverser. Elle se tourne et ses prunelles parme luisent sous l'astre solaire. Je la rejoins et affirme :
- Vous appréciez l'esprit du Feu, ça se voit sur votre figure.
- L'esprit du Feu ?
- Le soleil, par exemple.
Elle hoche la tête, le sujet semblant l'intéresser, et poursuit :
- En vérité j'affectionne tout ce qui se rapporte à la nature. Observer des paysages variés, percevoir la chaleur du soleil dans mon dos, et surtout humer le vent qui vient ? mon visage. J'ai besoin de sentir ce genre de choses.
Je n'en finis pas de détailler ses lèvres, comme si je ne parvenais pas à réaliser ce qu'elle venait d'avouer. Je n'aurais jamais envisagé qu'elle puisse posséder le même amour que moi pour la Nature. Une nouvelle rafale vient investir la pièce. Je tends ma paume ouverte, comme pour l'accueillir.
- Je crois que l'esprit du Vent estime vos paroles.
Elle m'envoie un sourire reconnaissant avant de me présenter une petite table pourvue de deux chaises. Elle est située juste à côté de son lit.
- Je manque à mes devoirs. Vous pouvez prendre place, je vais préparer du thé. Je ne suis pas aussi habile que Ferdinand dans ce domaine, mais ça devrait convenir.
Elle me tourne le dos et s'empare d'un pilon, d'un mortier, et de quelques feuilles. Je vais pour m'asseoir sur le lit tout en détaillant encore la pièce. Et dire que je me trouve dans la chambre de celle que je rêvais d'assassiner. Mes projets vengeresses me semblent tellement dérisoires à présent. Je pose mes fesses sur le matelas et... me crispe.
Et je rebascule plus d'une année en arrière. Lorsque mon tableau de chasses humaines prenait de plus en plus d'ampleur et que je ne me risquais plus à dormir dans une auberge sans une arme à proximité. Je plaçais ainsi toujours ma dague sous mon oreiller ou mon matelas, pour plus de discrétion. Pour avoir procédé ainsi un nombre incalculable de fois, je me souviens parfaitement de quel sensation ça fait de m'asseoir ou de m'allonger sur mon arme. J'aimais sentir la proximité de ce qui m'a sauvée plus d'une fois. C'est presque imperceptible, en tout cas ça le serait pour tout le monde, mais pas pour moi. Là, sous mes fesses, je jurerais que...
Un coup d'oeil vers Edelgard m'informe qu'elle est toujours occupée à broyer les feuilles de thé. Ça ne prendra qu'une demi-seconde. Je gaîne mes abdominaux, pousse sur mes cuisses et soulève ainsi uniquement mes fesses. Puis j'infiltre ma main sous le matelas, déniche l'objet et le tire hors de sa cachette.
Une dague.
Je n'en ai jamais vu d'une telle qualité. La poignée est bleu cobalt, le pommeau et la chape dorés et la lame bien droite. Pourquoi Edelgard dort-elle avec cette arme sous son matelas ? Que craint-elle ? Je la remets exactement à sa place, juste avant qu'Edelgard ne se retourne. Ça ne dure qu'un instant, mais je vois ses sourcils se contracter lorsqu'elle m'aperçoit sur son lit. Ah, maintenant que j'y pense c'est vrai qu'elle m'avait prié de prendre place autour de la petite table circulaire. Elle recouvre promptement son stoïcisme et rapproche une chaise de moi pour venir s'asseoir. Un arôme floral embaume la pièce, signe que le thé est en train d'infuser.
- Vous ne m'avez toujours pas expliqué ce que je peux faire pour vous, dit-elle.
Ce qu'elle peut... Mais oui, ça m'était presque sorti de l'esprit ! Je joins les mains devant moi et lui réponds :
- C'est par rapport à la Coupe du héron blanc.
/
La Coupe du Héron blanc. Je ris encore aujourd'hui en me souvenant du jury de cet événement. Manuela passe encore, les arts du spectacle représentaient son domaine de prédilection. Mais alors Alois et Shamir... Autant le chevalier de l'Ordre exhibait un enjouement féroce, autant l'ancienne Mercenaire semblait plus dépitée que jamais. J'imagine qu'elle a dû recevoir une somme conséquente pour ce travail, sinon elle n'aurait jamais accepté.
Ingrid fut la représentante des Lions de saphir. Elle n'était clairement pas dans son élément mais son zèle fut loué. Chez les Cerfs d'or, la participation de Flayn au lieu de Hilda stupéfia l'assistance. Le jeune fille aux couettes était pourtant férue de danse, il faut croire que, dans l'éventualité où elle gagnait, Hanneman refusait de lui attribuer le certificat à la clé. Quant à moi... Tu t'en souviens probablement, ce n'est pas moi qui ait concouru, mais Dorothea.
Et elle l'emporta, à deux voix contre une pour Flayn. Ses prunelles de jade, pétries de joie, se posèrent sur moi après l'annonce des résultats. Je pouvais y lire un terme des plus élémentaires mais aussi des plus univoques :
« Merci ».
Pour séjourner un peu plus longtemps dans le thème festif, la semaine suivante nous célébrâmes la fondation du Monastère qui datait de 995. Par conséquent, nous atteignîmes le Millénaire cinq ans plus tard. Mais franchement, le jour dudit Millénaire...
Je n'en avais absolument rien à faire de cet événement.
/
- C'est incroyable, on dirait deux sœurs jumelles ! Vous êtes ravissantes !
Petra et moi sourions à l'ébahissement de Dorothea. Pour ce soir si particulier, nous avons décidé de nous coiffer de la même manière mais de façon symétrique. Nous avons tressé quelques mèches pour réaliser une couronne sur le haut de nos crânes qui termine sa course contre notre nuque. Nous l'avons coincée avec quelques pinces. Nos lourdes chevelures cascadent librement dans nos dos. Les miens sont un peu plus clairs, plus fins et plus longs que ceux de ma cousine.
Il est évident que l'administration et le personnel de Garreg Mach tiennent en haute estime cette tradition car chaque élève reçut une petite bourse pour acheter vêtements et accessoires en vue de cet événement. Ce ne fut pas une mince affaire de traîner Bernadetta et Linhardt avec nous. Traumatisée par les habits - un peu trop équivoques - gentiment prêtés par Dorothea lors de l'épisode de la Taverne, je fis tout mon possible pour dénicher une robe à mon image. Cette mission s'annonçait impossible quand on connaît mon affection démesurée pour la mode... J'ai finalement trouvé cette robe un peu simplette mais dont la teinte m'attirait irrémédiablement. Elle est vert mousse, légèrement cintrée et sans manche. De la dentelle florale rose et crème parcourt mon buste jusqu'à l'encolure dégagée. La robe est fluide, longue mais peut-être un peu légère pour la saison.
Celle de Petra est quasiment identique à l'exception qu'elle est violet lie de vin et qu'elle possède une double épaisseur. Quant à celle de Dorothea... Même un aveugle pourra juger que cette jeune femme est la plus belle de notre promotion. J'avoue ne pas être insensible à son charme, ni à la vue de ses seins, ils ont l'air particulièrement doux au toucher et connote qu'elle est en bonne santé.
Nous sortons de la chambre de ma cousine pour rejoindre le froid nocturne. Je frissonne et encercle mes bras. Nous nous dépêchons de rejoindre la salle de réception mais c'est tout un calvaire à surmonter avec ces échasses à nos pieds.
- Pouvons-nous retirer ces... échelles, fait Petra d'un air dégoûté en désignant ses chaussures.
- Alors que vous les avez achetés ? répond Dorothea. Ce serait dommage ! Vous verrez, on s'y fait rapidement.
Heureusement pour nous la neige n'a pas tenu, l'expérience aurait été encore plus ardue. Lorsque nous passons les grandes portes, nous sommes submergées par... oh... Par tous les esprits...
Par la musique.
Nous n'avons fait que quelques pas dans la salle mais sommes forcées de nous stopper pour admirer les instrumentistes. L'un d'entre eux soumet son souffle à sa vesse, un autre l'imite avec son cromorne. Un archet passe et repasse inlassablement contre une citole, tandis que des doigts agiles piquent harmonieusement les cordes d'une harpe. Trois violons sont placés en exergue et guident les autres instruments. Le tout est un peu trop pompeux pour moi, mais je sais reconnaître le talent de tous ces musiciens. Même si l'administration, le personnel enseignant et les chevaliers de l'Ordre ne participent pas, ils ont fait venir des génies d'instrumentistes pour rendre cette soirée mémorable.
Dorothea est la première à reprendre ses esprits, elle nous tire sur le côté pour ne pas gêner les personnes qui tourbillonnent sur la piste de danse. La brune désigne les duos que forment les danseurs :
- Non mais regardez-moi ça ! râle-t-elle. Je suis certaine que des couples font se former ici-même. Moi aussi j'aimerais terminer la soirée avec quelqu'un.
Ses yeux malicieux commencent à analyser les nobles autour de nous. Puis elle revient à nous et nous adresse une confidence :
- Vous savez ce qu'on raconte par rapport à la Tour de la déesse ?
- La Tour de la déesse ? répète Petra.
- Oui, elle se trouve tout près de la Cathédrale. La légende raconte que si deux personnes se rejoignent là-bas ce soir, elles deviendront des âmes sœurs. Il est interdit de s'y rendre, mais ne trouvez-vous pas ça romantique ?
Je guette la réaction de ma cousine. Celle-ci a planté ses beaux yeux colombins dans ceux de Dorothea. Seulement, celle-ci ne semble pas y être réceptive ce soir car son attention retourne auprès des danseurs. Elle nous embrasse sur les joues avant de poursuivre :
- Bon, je ne peux décidément pas rester les bras croisés. A plus tard, amusez-vous bien !
Et la brune disparaît, se faufilant entre les danseurs. Je suis un peu stupéfaite par son comportement. Je ne pense pas avoir beaucoup de flaire dans le domaine de la romance, mais j'étais certaine que... Je coule un regard vers Petra qui a les poings serrés contre les ondulations de sa robe. Elle déblatère :
- Elle n'a pas besoin de faire ça...
Je lui tapote son épaule nue en guise de réconfort. J'imagine que Dorothea doit avoir ses raisons. De ce qu'elle nous a dit, elle est venue à Garreg Mach pour trouver un bon parti et assurer son avenir. Même si elle nous apprécie, et sûrement plus particulièrement ma cousine, elle doit vivre dans la crainte de vieillir et de ne jamais trouver de conjoint. J'essaie de lui changer les idées en détournant le sujet :
- Tu n'as pas envie de danser ?
- Si, mais je n'apprécie pas vraiment cette danse propre à la noblesse. Tout est trop...
- Technique, je complète en lui souriant.
- Oui, exactement.
Nous nous mettons encore plus en retrait pour nous adosser aux murs. Je sens que la soirée va être affreusement longue. Contrairement à nous, certains paraissent dans leur élément. Comme les tables ont été retirées pour l'événement, ils ont plus de place pour s'adonner à leur passion. Je repère sans mal Ferdinand et Lorenz qui exposent toute leur grâce et leur maîtrise. Je suis fascinée par l'élégance du rouquin, on dirait qu'il a fait ça toute sa vie. Hilda est celle qui paraît prendre le plus de plaisir dans ce ballet. Ses pas guillerets effacent sa frustration de ne pas avoir pu participer à la Coupe du Héron blanc. J'aperçois également Sylvain, facilement repérable de part sa grande taille. Il tourbillonne en compagnie de la frisée. Je fronce instinctivement les sourcils en remarquant Monica. Ses pas sont agiles, un peu désordonnés, un sourire immense fend son visage en deux. C'est plus fort que moi, je n'arrive pas à taire ma méfiance en la visualisant. Mes prunelles épluchent chaque danseur sans le trouver. Où est-il ?
- Regarde par là-bas.
Petra désigne un attroupement d'étudiants qui sont, tout comme nous, à l'écart. D'ici je peux entendre la voix puissante de Caspar. Il n'en manque pas une celui-là. Nous cheminons difficilement jusqu'à eux, freinées par nos échasses. Les élèves sont nombreux et mélangent toutes les maisons. Je souris. J'aime bien voir ce genre de mixture. Caspar et Bernadetta pour les Aigles, Byleth, Mercedes, Annette et Ashe pour les Lions, et Leonie, Ignatz et Lysithea pour les Cerfs. D'ailleurs c'est cette dernière que nous entendons en premier en les rejoignant :
- Quelle festivité inutile, je préfère rejoindre la bibliothèque.
- Oh, en parlant de la bibliothèque j'ai entendu une histoire la concernant, fait innocemment Mercedes.
- Quel... quel genre d'histoire Mercie ? s'enquiert Annette pas rassurée le moins du monde.
- On raconte que des fantômes profitent de notre rassemblement ici pour investir les lieux.
- DES FANTÔMES ?! s'écrient Ashe et Annette en se statufiant.
- C'est to...tolalement invrai...invraissemblable ! bégaye la petite blandine.
Je souris un peu plus et souffle amicalement à l'intention du garçon pistache :
- Ne vous en faites pas, je vous protégerai.
- Oooooh Petra, Akkira ! s'exclame Caspar en nous accueillant à sa façon.
Certains se sont habillés chiquement, d'autres ont revêtu la tenue de soirée proposée par le Monastère. Elle est sobre mais un peu trop lourde. Je l'ai essayé avant de faire mes achats et elle ne me mettait définitivement pas à l'aise. Je détaille un peu plus notre groupe. Seul Byleth exhibe la même tenue vestimentaire que d'habitude. Nous papotons gaiement avec tout ce beau monde. Chacun explique pourquoi il n'est pas à l'aise avec la danse en illustrant ce fait par une anecdote. Mention spéciale à Caspar qui a foulé la cheville de l'une de ses partenaires par la passé. C'est vrai qu'il n'est pas un modèle de délicatesse. Nous nous retournons d'une même âme à l'entente d'un bâillement. Il n'y a que Linhardt qui est capable de couvrir la musique de cette façon.
- Yo Linhardt ! se gausse Caspar en lui frappant le dos. Je croyais que tu étais déjà parti au pieux !
- Et bien c'est ce que je compte faire, bonne nuit.
Ni une ni deux, il fait volte-face mais c'était sans compté sur l'obstination du fils Bergliez. Il se met en travers de sa route, ce qui fait soupirer son ami d'enfance :
- Qu'est-ce que tu fabriques ?
- Pourquoi tu t'en vas ? Contrairement à nous tu sais danser !
- Peut-être bien mais je n'ai pas assez d'énergie pour ça.
- T'en fais pas, moi j'en ai pour deux !
Sur ce, Caspar agrippe par les épaules le pauvre Linhardt et le pousse jusqu'à la piste de danse. Je sens que le fils Hevring va finir avec une cheville cassée avant la fin de la soirée. Tout à coup Petra perd violemment l'équilibre et donne un coup de coude involontaire dans le visage d'Ignatz. Les lunettes de ce dernier tombent au sol, par chance les verres ne se brisent pas. Ma cousine et lui se retiennent à Leonie qui possède assez de force pour les soutenir tous les deux.
- HIIIIIIIII personne ne me voit, je ne suis pas là !
Je me penche et aperçois Bernadetta qui se cache derrière les jupons de ma cousine. Ceci explique cela. De toute évidence elle préférerait largement être enfermée dans sa chambre douillette. Petra s'abaisse pour ramasser les lorgnettes du Cerf.
- Toutes mes excuses Ignatz, je vous ai mis dans le mal ?
- Non ce n'est rien ! Voyez-vous, les lunettes n'ont subi aucun dommage.
Ma cousine analyse l'objet en question. Je crois qu'elle n'a toujours pas fini de se questionner sur cet accessoire des plus mystérieux pour nous autres brigilènes. Et c'est alors qu'elle les place sur son nez. Ses yeux s'écarquillent, c'est comme si elle venait de découvrir toutes les vérités de ce monde. Je passe ma main devant elle, ce qui la fait sursauter.
- C'est... déconcertation. Le monde apparaît... flou. Ma tête est étourdie.
- Pauvre Petra heureusement que vous n'êtes pas en train de danser, souligne aimablement Mercedes.
- Danser ? Il faut que je sache quel effet j'aurais avec cet objectif sur le nez ! délire ma cousine en brandissant son bras. C'est une expérience !
Et elle se rue sur la piste de danse, suivie par Ignatz qui souhaiterait bien récupérer ses lunettes. Le tableau est à mourir de rire. Petra sur ses échasses, la vue trouble et Ignatz aussi aveugle qu'une taupe. Les deux n'arrêtent pas de tamponner ou de gêner des valseurs. Nous nous bidonnons tous comme des fous, à un tel point que j'en ai mal aux côtes. Je rejette même la tête en arrière, présentant mon rire au plafond haut.
- Bonsoir Akkira, vous avez l'air de vous amuser.
Je recouvre si vite mon sérieux que je me mords la langue au passage. Evidemment c'est au moment où je m'y attends le moins que se manifeste Claude. Il est juste en face de moi et me sourit narquoisement, les bras croisés derrière sa tête brune. Je suis tellement déstabilisée par son apparition inattendue que je bredouille :
- Bon... bonsoir !
Je me gifle mentalement. Non mais tu as quel âge Akkira ? En tout cas mon bégaiement le ravit davantage. Puis il se tourne vers le professeur des Lions et lui administre un clin d'oeil. Chose qu'il ne réserve étrangement qu'aux autres, je n'y ai pas droit. Byleth n'a pas dit grand chose jusqu'à lors. J'ai l'impression qu'il est plus taciturne que d'habitude.
- Hé professeur, accepteriez-vous de danser avec moi ? s'enquiert le délégué.
Que... que quoi ?! Et Byleth accepte en plus ! Et c'est quand ils se détournent tous les deux pour partir voltiger avec les autres que je me rends compte d'un détail. D'un détail qui a toute son importance pour mon cerveau. Claude porte la tenue de bal du Monastère. La couleur de cette dernière ne change pas trop par rapport à son uniforme, en revanche sa coupe si. C'est la première fois que j'aperçois ses cuisses.
Et ses fesses.
A vue d'oeil, elles ont l'air fermes et... appétissantes. Surtout quand il marche comme ça, c'est comme si je pouvais percevoir les muscles travailler à travers son pantalon. Leur vue éveille l'excitation que j'avais ressentie sur le dos de la Wyverne de Petra. Je caresse mon ventre, tentant de me défaire de cette vision. Et Claude se retourne. Il a dû capter mon regard suggestif et pesant. Je m'empresse de me soustraire à son observation taquine et me dirige en de grandes enjambées vers le buffet à volonté. Je manque par deux fois de me fouler la cheville. Il faut vraiment que j'apprenne à marcher avec ses horreurs et surtout – SURTOUT – que je me rafraîchisse les idées.
J'esquive Raphael qui est en train de se servir de... de un peu de tout et de remplir une assiette. Bonne idée mon garçon, toutes ces émotions m'ont donné faim. J'attrape une cuisse de poulet et ne m'encombre pas avec des couverts. Je croque goulûment dans la chair tendre sans me rendre compte qu'elle est imprégnée de sauce. Et que cette sauce vient arroser le pantalon de...
- Oh mince, je suis pardon... euh désolée Dedue !
- Ce n'est rien ne vous en faites pas.
- Vous, vous n'êtes pas rien. Ne bougez pas.
J'attrape une serviette, crache dedans et m'accroupis à la hauteur de son... hrm, hauteur de son bassin on va dire. Pendant que je le nettoie j'entends des sifflements hautains à mes oreilles. Tss... Bande de gamins. Hrm... Bon, à vrai dire je ne peux pas vraiment en vouloir à leurs esprits débauchés étant donné que le corps de Dedue me cache en grande partie à la vue des autres. Ils ne doivent pas apercevoir la serviette. Lorsque j'ai fini mon affaire et que les taches ont disparu, je me redresse et constate que son visage est rouge pivoine. Ah mince, je crois que je l'ai gêné.
CRAC
Mon corps effectue un soubresaut. Qu'est-ce que... ? Je remarque alors que Dimitri se tient juste à côté de nous, un gobelet broyé dans sa main gantée. Son attention est dirigée vers la piste de danse et plus particulièrement... dans le décolleté de Luna. Son partenaire, Ferdinand, l'a penchée en arrière, en l'occurrence vers nous.
Je m'écarte et constate que c'est Hubert qui se trouve un peu plus loin. Il ne fait absolument pas attention à toutes les variétés de plat que dispose cet incroyable buffet. Non, il doit être bien trop concentré à surveiller Edelgard... Edelgard qui se trouve à l'opposée de son champ de vision. Comment ça ? Je suis son regard et tombe sur...
Ferdinand.
Bon, je veux bien que ces deux là se détestent mais là je crois qu'il y a exagération. Luna et moi ne passons pas notre vie à nous perforer des yeux que je sache même si nous rêvons de nous égorger. Hubert se reprend bien vite et centralise son acuité sur sa maîtresse. Je tourne le dos à la salle pour remplir mon estomac en évitant, cette fois, de salir les autres. J'en suis à mon deuxième gigot d'agneau lorsqu'une voix m'interpelle :
- Akkira vous ne dansez point ?
Je reflue un rot et présente une bouche sale et des doigts pleins de sauce à... Ferdinand ! Évidemment il les remarque aussitôt. Il attrape une serviette, me la tend puis nous sert deux jus de fruit.
- Merci, je fais en portant ensuite la boisson délicieusement revigorante à mes lèvres.
- Je vous en prie. Et donc, vous n'aimez point la danse ? J'avais cru comprendre que c'était vous qui deviez participer à la Coupe du Héron blanc.
- En fait, j'adore ça mais je ne suis pas dans mon aise avec tous ces nobles.
Dit-elle en s'adressant à l'archétype du bourgeois. Bravo Akkira, tu t'améliores en sociabilité. J'ajoute :
- Je n'ai pas dit ça contre vous.
Et c'est sincère. Même si Ferdinand est exaspérant à étaler ses principes aux oreilles de tout le monde, il n'en reste pas moins quelqu'un de courtois et d'attentionné. Il sourit puis secoue son visage :
- Ne vous en faites pas, ça doit être intimidant.
- Vous par contre vous avez l'air dans un élément... enfin, dans votre élément je veux dire.
Il acquiesce puis m'explique que son père le chancelier de l'Empire était l'organisateur de nombreux bals dansants. Du coup le rouquin a eu l'occasion de briller en tant que danseur accompli, tout le monde était subjugué à sa vue. Bon... Certes il est attentionné, mais c'est pas la modestie qui l'étouffe. Hm ? Je crois qu'il n'est pas vraiment conscient des coups d'oeil intempestifs qu'il lance à Hubert. Ça va vraiment finir en bain de sang cette histoire... Et avant que je comprenne ce qui m'arrive, le voilà qu'il m'entraîne sur la piste de danse !
- Ferdinand, non !
- Je vais vous montrer, vous n'avez qu'à me suivre !
/
Je dois reconnaître que ce n'était pas que de la vantardise. Le fils Aegir est parvenu à me faire virevolter sans que je ne me torde une seule fois la cheville. Il est vraiment doué. Et il a très bon goût, le jus de fruit qu'il m'a tendu était exquis. J'en reprendrais bien. Je repars en direction du buffet et constate que Dimitri et Dedue sont partis pour laisser la place à la déléguée de ma maison. Hubert a étrangement disparu. C'est tellement rare qu'il soit séparé de sa maîtresse, je me demande ce qu'il manigance. Je soupire. Encore cette méfiance exacerbée. Je note qu'Edelgard est en train de se délecter de friandises. Cette constatation me fait sourire. Je m'adosse à la table et ne peux m'empêcher de lui faire la remarque :
- Vous aimez à ce point la sucrerie ?
- Vous ne savez pas ce que vous ratez.
Elle essuie élégamment sa bouche avant de me détailler sous toutes les coutures. Je ne me gêne pas pour en faire de même avec elle. Sa robe est assez sophistiquée. Rouge cramoisi avec des manches trois quart en dentelle crème. Celle-ci prend la forme de plumes ce qui n'est pas sans rappeler l'animal emblématique de notre maison. Sa longue chevelure blanche est relevée en un beau chignon travaillé. Je me souviens alors de notre discussion qui date d'il y a quelques jours. Edelgard passe sa soirée à tourbillonner mais je sais que cet entrain n'est qu'un leurre. Je désigne la salle du bras.
- Alors, qu'est-ce que vous en pensez ?
- Honnêtement ?
- Toujours.
Elle sourit.
- Je dirais que je suis soulagée de ne devoir danser qu'une seule fois avec la même personne, comme l'exige la tradition.
Je ris et au même moment la musique s'interrompt. Tous les danseurs sont décontenancés. Je tends le cou pour apercevoir les musiciens. Un chalumeau, une cornemuse, une chifonie. Ils sont en train de changer d'instruments. Un nouvel air s'élève, bien différent des précédents. Edelgard réagit aussitôt :
- Oh, je vois.
- Qu'est-ce qui se passe ? je m'enquiers.
- Ils ont entamé les musiques traditionnelles des trois nations. Ce que vous entendez là est une mélodie impériale très renommée. Est-ce que vous...
Elle s'interrompt dans sa phrase pour me dévisager. Oh, je crois saisir. A sa posture, je comprends qu'elle allait me proposer de danser avec elle. Si elle s'est arrêtée, c'est parce qu'elle connaît tout comme moi les discordes entre nos deux pays. D'un hochement de tête, je la remercie de cette attention. En vérité, je ne suis pas certaine de pouvoir danser un jour sur une chanson adrestienne. En revanche, virevolter avec elle... Si, ça me paraît faisable. Peut-être pas maintenant, mais un jour oui.
- Bonsoir, chère cousine.
Luna. Elle a fendu maladroitement la foule pour venir se planter devant Edelgard. Oh, c'est la première fois que j'assiste à une discussion entre elles deux. La future impératrice ne se laisse pas ébranler et lui renvoie son salut. Un sourire effronté se dessine sur les lèvres écarlate de la frisée. Plus si frisée que ça aujourd'hui étant donné qu'elle arbore un chignon. Le velours de sa robe vert sapin n'est pas sans me rappeler celui de la tenue de sa cousine. La femme bestiale lui offre sa paume.
- M'accorderiez-vous cette danse ?
Cette fois je sens qu'Edelgard prend sur elle pour ne pas décamper. Elle prend une profonde inspiration et lui sort de son ton le plus professoral :
- Avec plaisir.
/
Je sirote mon cinquième verre de jus de fruit tout en admirant tous ces danseurs qui ne se lassent pas de tourbillonner. Les musiques du Royaume de Faerghus ont succédé à celles de l'Empire d'Adrestia, puis ensuite ont retenti les airs de l'Alliance de Leicester. Enfin, différents hymnes sont venus emplir la salle de réception. D'après les murmures des étudiants qui vinrent se sustenter au buffet, il s'agirait de mélodies des autres contrées. J'avoue que ces choix musicaux me surprirent agréablement. Serait-ce l'archevêque qui demanda que les musiciens jouent ces morceaux en l'honneur des élèves immigrants qui garnissent cette promotion ? Maintenant que je sais qu'elle a offert un foyer à des étrangers, tel que Cyril, cette décision musicale ne m'étonne pas de sa part. Et puis à bien y regarder, le réfectoire propose des plats des différentes contrées. Serait-ce un symbole d'unité ? En tout cas, parmi toutes ces mélodies j'ai cru reconnaître des notes dagdaniennes sans en être certaine.
Mes yeux se posent pour la centième fois sur des fesses. Celles de Claude. Je fronce les sourcils et fais mine de m'intéresser aux lustres gigantesques lorsque ses billes émeraudes rencontrent les miennes. Par tous les esprits, ça suffit Akkira ! Ne vois-tu pas ce qui se joue sous tes yeux ? Le délégué des Cerfs d'or n'a pas arrêté de virevolter aux bras de partenaires différentes à chaque fois. Étant un futur duc souverain, il n'est pas étonnant que des bécasses s'agglutinent autour de lui tels des vautours. D'autant plus que, de ce que j'ai pu constater, il est le seul des trois chefs de maison à aimer danser. Les bourgeoises se l'arrachent. Je grince des dents. Ça me débecte et... ça m'attriste aussi. Comme je l'avais déjà songé, nous ne faisons pas partie du même univers. C'est le futur dirigeant de l'Alliance de Leicester. Et moi, que suis-je ? Je tape des pieds. Ce genre de ruminement me ressemble si peu. J'ai dû abuser du jus de fruit, le sucre est en train de me monter à la tête. Il faut que j'...
Deux paumes frappent en cadence contre un bendir et un tambourin. Les souffles ont changé de voie et viennent s'acoquiner avec un frestel et un cornet à bouquin. Des doigts ont remplacé les archets pour titiller les cordes de deux guiternes.
Et mon verre s'écrase au sol, inondant mes chaussures à talon.
Brigid...
Brigid !
C'est une musique brigilène !
Petra ? Où est Petra ?
Je me mets à arpenter la salle à la recherche de ma cousine, un sourire gravé sur mes lèvres. Je bouscule du monde, demande au passage à Ashe, Ingrid ou Ignatz s'ils l'ont vue, mais personne ne sait où elle s'est éclipsée. Par tous les esprits, où est...
- Akkira !
Je me retourne pile au moment où elle se jette dans mes bras. Tout son corps tressaute contre le mien, alors je l'étreins de toutes mes forces.
- C'est chez nous, c'est pour nous... ! murmure-t-elle à mon oreille d'une voix chevrotante.
- Oui... C'est nous.
Elle se décale et frotte son front contre le mien, comme elle le faisait quand nous étions gamines. Je ris puis la tire au centre de la piste de danse. D'un commun accord, nous balançons les chaussures dans un coin de l'immense pièce. Aaah, le sentiment de liberté qui s'empare de mes pieds est saisissant !
Cette musique... Ce n'est pas n'importe quelle musique. Nous connaissons par cœur cet air même si les instruments sont un peu différents de ceux auxquels nous sommes habituées chez nous. Nous nous faisons face et plaçons nos mains sur la taille de l'autre. Pour les autres, la mélodie doit être assez singulière. Elle est entraînante mais heureusement pour eux elle possède un rythme auquel il est facile de s'adapter. Petra et moi nous sourions pendant toute cette première partie, savourant ces notes que nous n'avions plus distingué depuis des lustres. Et puis nous nous lâchons et nous tournons le dos en nous éloignant de quelques pas. Personne ne fait attention à nous. Je me mords la lèvre inférieure pour ne pas jubiler à voix haute. Préparez-vous à découvrir ce qu'est une sarabande brigilène. Car, voyez-vous, ce n'est pas une danse.
C'est un duel.
Et le thème change du tout au tout. C'est tellement brusque et déconcertant que tous les danseurs s'interrompent. Tous, exceptées Petra et moi. Nous, au contraire, nous nous agitons, nous livrant entièrement à cette bataille. Nos pieds nus s'activent et viennent claquer le sol avec ferveur et dévotion, comme si nous invoquions les esprits de notre archipel. C'est le premier round, nos bras sont ainsi croisés dans nos dos. Les étudiants se tournent vers nous pour nous observer, intrigués par cette turbulence inattendue. Les musiciens achèvent le premier refrain et alors...
Nous pivotons dans les airs pour nous retrouver l'une en face de l'autre. Nos doigts se souviennent. Ils se dénouent et agrippent les longueurs de nos robes pour les soulever. Nos cuisses sont ainsi à découvert mais la décence n'est pas un principe fondateur de Brigid. Il s'agit toujours du même leitmotiv musical et des mêmes pas, mais ils sont exécutés avec une vélocité supplémentaire. Tape, tape, tape. Les étudiants forment un cercle autour de nous et applaudissent en rythme. Nous nous penchons par moment, nous arquons à d'autres, toujours dans une parfaite synchronisation. Nous nous aidons du tissu pour acquérir du volume autour de nous, pour nous donner davantage de prestance, de fierté. Pas une seule fois nous reluquons nos pieds pour voir comment faire. Cette danse, nous la connaissons jusqu'au bout de nos orteils. En revanche, ses prunelles colombin sont immergées dans les miennes. Pas de sourire, ni de tendresse. C'est un combat des plus féroces que nous nous livrons.
Troisième round, nous tourbillonnons encore dans les airs et effectuant une trajectoire des plus calculées. Ainsi elle se tient à présent juste devant moi. Je peux sentir sa robe frôler ma peau, son souffle sur mon cou, et ses orteils flageller les miens par moment. Tape, tape, tape. La musique est encore plus rapide, plus sauvage, plus brigilène. Nous ne finissons plus de sautiller. Ses traits s'altèrent par moment. Je vois bien que sa béatitude est tellement envahissante qu'elle ne parvient pas à garder une éthique entièrement fière. Et mon expression doit être un miroir de la sienne.
Une accalmie. Nous connaissons ce signal. Cette fois ce sont les violons qui prennent le relais. C'est le calme avant la tempête, nous le savons toutes les deux. La pause avant le dernier round. Nous libérons nos robes et saisissons les paumes de l'autre. Et nous tournons sur nous-mêmes, tellement en symbioses que nous défions les lois de la gravité. Nous devrions reprendre notre souffle, c'est à cela que sert cette accalmie. Et pourtant nous nous esclaffons aussi fort que le permettent nos cordes vocales. Nos rires sont imprégnés de tellement de bonheur, de nostalgie et d'amour qu'ils recouvrent tous les autres sons du Monastère.
Le refrain reprend, encore, toujours plus vite. Nous nous lâchons, et c'est essoufflées et heureuses que nous entamons le dernier round. Les longueurs en main, nous virevoltons l'une autour de l'autre, emportées par le vertige qu'a occasionné l'accalmie. J'ai la tête qui tourne, la nausée est tellement impérieuse que je vais peut-être vomir d'une seconde à l'autre. Mais qu'importe ! Je sais que ce moment restera gravé à jamais dans ma mémoire et dans celle de Petra. Il n'y a plus qu'elle, que moi, que notre nation qui nous manque horriblement. Il n'y a plus que nos souvenirs de Brigid, nos réminiscences de ce duel que nous n'avons jamais pu achever quand nous étions petites. Nos chevilles finissaient toujours pas flancher durant cet assaut final. Mais pas aujourd'hui... Tu entends Petra ?! Pas aujourd'hui ! Ne lâche rien ! J'en ferai tout autant !
Et les esprits fusionnent avec nous. Ils sont là ! Celui du Feu investit nos pieds sous la forme d'un soleil qui s'allume à chacun de nos pas barbares. Celui de l'Eau nous inonde de sueur, réquisitionnant tous les liquides insufflés par nos corps. Celui de la Terre fait fleurir toutes les plantes de notre archipel, sublimant ce mémorable duel. Et celui du Vent empreinte notre respiration sifflante, hachurée pour faire voler nos cheveux et nos robes. Nous devenons des tourbillons vert et violet. Deux créatures unies par la musique et la danse. Par l'amour. C'est la fin ! Petra, c'est maintenant !
Tous les instruments utilisés pour cette musique se rejoignent pour le bouquet final. Nous effectuons trois pirouettes miraculeuses et enfin, nous tournons l'une vers l'autre pour frapper durement nos paumes l'une contre l'autre. La musique s'évapore et nos palpitants tambourinant se répercutent aux quatre coins de la salle. Nos yeux accrochés l'un à l'autre libèrent des larmes de joie. Je ne parviens même plus à respirer, mes pieds sont à vif et mes muscles endoloris. Mais bon sang ce que je me sens vivante ! On y est parvenu... on a réussi, Petra !
Nous nous affalons l'une contre l'autre, un sourire vissé sur nos lèvres, tel le point final qui s'appose pour celer cet instant.
/
Petra et moi mettons presque une heure à nous remettre de nos émotions. Je tâte ma gorge, ayant encore un peu de mal à respirer convenablement. C'est à dire à quel point ce duel dansant est risqué et complexe. Nous avons repris notre place contre le mur, comme pour prolonger ce moment à deux que nous avons vécu. Les danseurs sont de moins en moins nombreux, on sent que la soirée va bientôt se terminer. Tout à coup la jolie brune des Aigles surgit pour nous rejoindre. Elle affiche une joie évidente.
- Vous étiez là, je vous ai cherchées partout ! Vous étiez... oh, je ne possède pas les mots adéquats pour vous décrire, ce serait compromettre ce que vous nous avez servi.
Nous lui sourions simplement en retour, épuisées que nous sommes. Puis Dorothea s'adresse à moi, son traditionnel air malicieux ostensiblement affiché :
- Au fait Akki, il me semble qu'un certain Cerf d'or vous attend pour une dernière valse.
Le peu de respiration que j'ai recouvert se bloque dans mon œsophage.
- Quoi ?!
- Faites-moi confiance, vous devriez en profiter. La soirée touche bientôt à sa fin.
Lui faire confiance... Attendez...
- Vous lui avez demandé ?! je m'enquiers indignée.
Elle me sourit, ses doigts viennent rafraîchir mes joues en feu. Je plisse le nez. Pourquoi Dorothea est-elle aussi clairvoyante ?
- Oh Akki, vous êtes toute rouge, c'est adorable.
- Tu as le visage chaud ? me demande Petra sans comprendre cette conversation. Nous pouvons aller dehors si...
- Nous irons tout à l'heure, Petra, l'interrompt Dorothea. Juste vous et moi. Mais avant ça nous devons nous aviser qu'Akki prenne son envol pour se poser sur les bois du cerf.
Ma cousine rougit à son tour et ses prunelles s'illuminent en détaillant Dorothea. Je suis ravie que la brune ait fini par capituler et par changer ses priorités. Cependant, je ne supporte pas qu'on se mêle de ce qui me regarde. Surtout quand il s'agit de quelque chose qui ne devrait pas autant m'importer. Je les plante là, et me dirige d'un pas décidé vers les portes de la salle de réception. Je suis tellement épuisée que je tombe une fois, faisant sursauter quelques danseurs, mais me relève prestement pour continuer mon chemin. Je ne cherche même pas à savoir où il est. Hors de question de ressembler à l'une de ces nobles qui cherchent à s'octroyer ses richesses. Je vaux mieux que ça.
Je pousse la porte qui se referme derrière mon passage. Un froid pénétrant me fait grelotter aussitôt. En plus je n'ai même pas récupéré mes échasses... Tant pis, le dortoir n'est pas si loin.
- Je le savais, souffle une voix à proximité.
Qu'est-ce que... ? Non... Mes yeux ont tellement enregistré d'images ce soir qu'ils sont en train de me jouer une farce. Il ne peut pas se tenir juste là, à quelques mètres de moi à peine. Des mètres que ses jambes engloutissement pour réduire la distance qui nous sépare l'un de l'autre.
Non... Je ne suis pas en proie à une hallucination.
Ce sourire et ces yeux émeraudes, ce sont bien les siens. Ils me réchauffent de l'intérieur même si mon corps ne cesse de trembler.
- Qu'est... qu'est-ce que vous saviez ? je murmure en claquant des dents.
- Oh, il y a plusieurs choses. Déjà, que vous sortirez sans vous couvrir.
Il secoue devant lui un long châle laineux, le passe derrière moi et le noue juste au dessus de ma poitrine. Une poitrine qui se soulève vivement à cause des battements précipités de mon cœur.
- A qui ça appartient ? je demande en désignant le lainage.
- Aucune idée.
- Quoi ?!
- Ne vous inquiétez pas, j'irai le reposer plus tard.
Il sourit un peu plus en examinant mon visage vu de près, comme s'il ne l'avait plus scruté depuis longtemps.
- Est-ce que je peux vous me demander comment vous trouvez mon ? ?
- Votre « postérieur » ? je fais en arquant un sourcil.
- Mes fesses.
L'excitation qui remue dans mes entrailles m'empêche de retenir un sourire féroce.
- Je vais les mordre si vous ne me dites pas ce que vous saviez en plus de... euh, ça, je fais en désignant le châle.
Ses sourcils se haussent et ses prunelles scintillent sous les étoiles, me révélant que cette idée ne le rebute pas.
- Claude..., je soupire.
- Ah ? Oui, pardon. Je disais donc ? Ah oui, je savais aussi que vous ne voudriez pas danser avec moi et que vous alliez partir.
- C'est une embuscade alors, je rétorque.
- Ah ah, oui un peu, reconnaît-il. Et enfin... Je savais que vous voudriez que je vous raccompagne jusqu'à vos quartiers...
Le petit commentaire de l'auteure : Je ne dirai pas grand chose cette fois-ci étant donné que le chapitre est déjà gargantuesque xD Sauf que j'ai A-DO-RÉ rédiger ce chapitre sur la danse et notamment sur le bal. J'avais la danse de Petra et Akkira en tête depuis le tout début de la fic, c'est pour vous dire :3
Prochain chapitre : Succomber
Prenez soin de vous ! Ciaossuuuuu !
