Bien le bonjour voyageurs !

Commençons tout de suite par la review des reviews !

katt : Salut ! Y a pas de plus grande victoire que lorsque tu dis "j'adore le couple Claude/Akkira" ! *hyper contente* Non mais en vrai c'est compliqué de faire de la romance avec des persos qui existent déjà, ça peut ne pas plaire. Du coup que tu me dises ça, je suis ravie. Et tu les as bien analysés : effectivement ce sont deux personnages prudents, je ne peux pas en dire plus malheureusement sous peine de spoiler, mais en tout cas ta remarque était véridique ;). Merci pour ton soutien et tes retours :3

Mijojow : Le fameux tapis rouge ! D'ailleurs... pourquoi les tapis rouges sont-ils rouges ? xD La question du jour. Ah que salut Mijooo ! Aha tu m'étonnes, le quiproquo, je rigolais toute seule en tapant sa faute de langue xD Akkira a failli saigné du nez, J'AI saigné du nez, fin ce passage était hard pour nos nerfs xD Et pourtant il a juste mis sa main au creux de ses reins, imagine si... Voui :3 Akkira qui sourit, j'avoue que ça fait du bien ! On y était preeeeesque pour le baiser ! En tout cas bien vu, Claude ne comptait pas lui avouer l'origine de sa tresse ;) Héhé :3 *clin d'oeil à LCDAH* Ouais bien vu, c'était voulu justement, fallait qu'on trouve une raison cohérente qui les aurait poussé à sortir du Monastère. Car je vois mal Monica leur implanter des gemmes dans les mains devant tout le monde xD Ouui une brochette d'Akkira pour la table 3 xD Ouais allons tuer Mauniquah ! Merci beaucoup pour ta review Mijo :D *motivée pour la suite*

Zakky-chan : Ah que coucouuuu ! Ouais il est pas tranquille pénard le chapitre malheureusement xD Héhé oui voilà, Akkira a abandonné ses projets vengeresses. Tout ce qu'elle souhaite à ce stade, c'est rentrer chez elle, revoir sa patrie, puis voyager par la suite. J'adore ton analyse à ce sujet, c'est totalement ça : la fin d'un tome et le début d'un nouveau :3 Tu m'as tuée avec l'envie de pisser d'Akkira xD J'avoue que là dessus on se comprend toutes les trois ! Tes commentaires sur la bataille me vont droit au coeur, c'est toujours compliqué de faire articuler autant de persos donc ton retour me fait plaisir ! Oui, c'est exactement ce que je voulais démontrer pour El : elle n'est pas au courant d'une grande partie du plan de Thales. Merci pour ta review Zakky :3

Lordness Ananda Teenorag : Ah que bonjour, une nouvelle tête ça fait plaisir :3 Contente que tu aies apprécié le prologue, les passages en italique me demandent toujours plus de temps que le reste du coup je suis ravie que tu dises ça :3 Ca me touche que tu sois venue lire le début, sachant que tu n'es pas très OC ni fics longues (ce qui est le cas de celle-ci xD). Merci pour ton retour, peut-être à bientôt :3

RAPPEL :

- Les dialogues rédigés en gras sont en brigilien.

- Les dialogues rédigés normalement sont en fódlien.

- Les mots que ne comprend pas Akkira sont rédigés comme ceci "? ? ?".

Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !


Chapitre vingt-trois

Dévoiler

Lugubre. Agitée. Angoissante. Et funèbre.

Incroyablement funèbre.

Voilà comment nous pouvons nommer l'ambiance du Monastère en ce début du nouveau cycle lunaire. La Protectrice. Le nombre de dévots s'est multiplié en l'espace d'une poignée de jours. L'inquiétude bat son plein et contamine les esprits les plus fragiles et solitaires. Toutes ces âmes craintives se tournent vers la déesse, se prosternent même à ses pieds imaginaires pour quémander de la sécurité. Car, à ce stade, nous en sommes tous conscients.

Il se trame quelque chose en Fódlan. Quelque chose de grave, d'inéluctable et d'imminent.

Trop d'éléments suspects se succèdent et commencent même à s'emboîter pour former un tout. La rébellion de l'Église occidentale, la lettre d'assassinat contre l'archevêque, l'attaque du Mausolée sacré, l'enlèvement de Flayn... Jusqu'à présent je pensais que seule l'Église de Seiros, son administration et les éléments s'y rapportant, étaient visés par toutes ces perturbations. Mais depuis les événements de Remire et la... mort de Jeralt, j'ai de gros doutes. J'ai le sentiment que tout est plus complexe que ça. Qu'est-ce que nos ennemis cherchent à provoquer ? Contre qui s'opposent-ils ? Et combien de traîtres demeurent encore à Garreg Mach ?

Les yeux rivés au bois du ponton, je sens mes mains se crisper involontairement contre mes cuisses. Oui... Je suis certaine que ce n'est pas terminé. Combien il y a-t-il de scélérats ici qui se font passer pour nos camarades ? Pour nos enseignants ? Jeritza, Tomas, Monica...

Monica... Bon sang...

J'inspire et expire longuement pour calmer le rythme effréné de mon cœur. De mon palpitant qui souffre, qui culpabilise affreusement car... Je me pince l'arête du nez. Je le savais pour Monica. Depuis que j'ai vu sa trombine je me doutais qu'il y avait quelque chose de pas très net derrière ses trop grands sourires. Le fait qu'aucun traumatisme ne persiste chez cette fille qui s'est fait enfermée pendant une année, ses aptitudes hallucinantes lors de la bataille de l'Aigle et du Lion, sa sortie nocturne des plus louches... J'aurais pu... j'aurais dû... Et Jeralt... Jeralt ne serait pas...

J'inspire et expire... Je tâte ma gorge. Mince, je commence à éprouver des difficultés pour respirer. Il faut vraiment que j'apaise mon rythme cardiaque et mon stress sinon je vais faire de l'hyperventilation. J'ai déjà fait une crise lors de ma première année avec Shamir. Je me suis réveillée en pleine nuit et j'ai cru que j'allais suffoquer. Je n'ai aucune envie de revivre le même calvaire. Il faut vraiment que je calme mon esprit, que je... Une énorme pêche d'Albinea fait son apparition dans mon champ de vision.

- Tenez, ça aide quand on a le cafard !

Je relève les yeux vers l'immense face joviale de Raphael. J'attrape le fruit, en le tenant à bout portant entre mes petits doigts, comme si je peinais à concevoir sa fabuleuse existence.

- Ça n'a pas l'air de vous faire plaisir ? surenchérit-il sans se départir de son sourire.

- Ah si... beaucoup, je balbutie. Comment vous savez que j'aime les fruits ?

- C'est tout Raphael ça ! répond Caspar à sa place. Il est super attentif au contenu de l'assiette des autres. Il pourrait même se souvenir de ce que tu as mangé la semaine dernière !

Le colosse blond s'esclaffe bruyamment. Je crois qu'il se force un peu, qu'il essaie de faire bonne figure pour revigorer ses camarades. Moi y compris.

- Oh, j'ai ça aussi si vous voulez.

Il relâche quelques dattes d'Almyra entre mes jambes croisées. Je souris faiblement, touchée par son attention. « Ça aide quand on a le cafard ». Je ne comprends pas trop l'expression mais j'imagine qu'il fait référence à la mine apathique que je devais exhiber. Je fais la distribution et agite une datte sous le nez d'Ashe qui est assis à ma droite. Celui-ci, est concentré dans son tressage feuillu. Instinctivement, il ouvre la bouche et la gobe, ses lèvres frôlant mes doigts. Je souris, amusée. Il papillonne des paupières puis devient rouge tomate.

- Oh pardon Akkira je n'avais pas réfléchi ! C'est que je... j'avais l'habitude de faire ça avec ma petite sœur alors...

- Vous êtes vraiment mignon.

- Arrêteeeeeeez ! s'exclame-t-il en se cachant le visage.

- Caspar, vous en voulez ?

- Et comment !

Il est pile dans mon axe, assis en face de moi. Ses jambes sont étendues et ses pieds tapent l'un contre l'autre, faisant vibrer le ponton. Son dos, quant à lui, repose contre celui de Linhardt qui est occupé à pêcher. Le fils Bergliez ouvre grand la bouche en énonçant un « Aaaaaah » sonore. Je vise et bientôt le fruit sec dévale son œsophage. J'aurais peut-être dû le prévenir pour le noyau...

- Buark, j'aime pas les fruits !

- Fallait pas en demander alors... Et vous Linhardt ? je m'enquiers.

- Ce nuage a la même forme que mon oreiller...

- Linhaaaaardt ?

- Oui, oui, qu'il y a-t-il ? Ah, j'en veux bien merci, par contre j'ai les mains prises.

Il agite alors la canne à pêche. Je suis à peu près certaine que les rares poissons qui se sont aventurés jusqu'à son hameçon viennent de détaler. Caspar se penche pour me prendre le fruit entre les doigts puis allonge son bras vers l'arrière pour le placer directement dans la bouche de son ami d'enfance. Une mastication parfaitement audible attire mon attention. Raphael est en train d'engloutir une grillade épaisse comme mon buste. Mon estomac grogne bruyamment et rivalise avec le tapage de ses deux mâchoires puissantes qui s'entrechoquent. Je meurs de faim mais je n'ai pas vraiment d'appétit. J'essaie quand même de faire bonne figure et m'attaque à la pêche. Du jus dégouline en un jet continue et je suis obligée d'écarter mes cuisses pour ne pas m'en mettre partout. Caspar a une vue imprenable sur mes dessous mais cela ne semble pas l'intéresser le moins du monde.

- Dites Caspar, avez-vous retrouvé notre voleur félin ? demande Ashe en rajoutant des fleurs qu'il a cueillies à sa couronne herbeuse.

- Non, toujours pas et toi ?

- Pareil. J'espère qu'on le localisera avant la fin de l'année scolaire.

Un voleur félin ? J'ignore de quoi ils parlent. En revanche, la fin de nos études arrive rapidement, dans deux lunes exactement. Le silence se répand l'espace de quelques secondes et rejette un froid sur notre petit groupe. Même le temps est mélancolique. L'esprit du Vent a amassé d'abondants nuages grisâtres au dessus de nos têtes. Les reflets sur la surface de l'étang nous renvoie cette image désolante.

- Hé ! On dirait que le professeur Byleth est sorti de sa chambre ! fait remarquer le batailleur.

Je rentre ma tête entre mes épaules. Je crois ne plus être capable de croiser le regard de l'enseignant des Lions. Je suis rassurée qu'il émerge mais... J'ai honte... Oh, bon sang j'ai tellement honte. Depuis ce jour, je revois la scène encore et encore. Et ce qui me frappe avec toujours plus de virulence, c'est ma propre faiblesse corporelle mais aussi mon incapacité à parler pour prévenir quelqu'un. J'aurais également pu le faire si je ne m'étais pas élancée toute seule, j'aurais dû essayer d'avertir ceux à ma portée... J'aurais tant voulu... pouvoir être utile. J'attends quelques secondes avant d'oser tourner la tête pour apercevoir Byleth qui s'éloigne déjà. Tout le monde est abattu et sonné par les événements de la chapelle. Les élèves transformés en chimère, la trahison de Monica, l'apparition de cet étrange individu au teint blafard et le décès de Jeralt. Ce sont beaucoup de pilules à avaler et je suis persuadée que la gorge la plus obstruée est celle de Byleth. Et dire que la veille de ce jour fatidique nous étions tous là à virevolter dans la salle de réception... Je croise le regard pistache de mon ami tacheté. Il a l'air tellement peiné pour son professeur.

- Bon, on peut pas rester comme ça éternellement ! proclame Caspar en se levant. Un jour d'entraînement raté c'est trois jours de progrès perdus ! N'est-ce pas Raphael ?

- Je n'aurais pas dit mieux !

- Allez, il faut s'entraîner, allons-y Linhardt !

Je manque de peu d'avaler le noyau de la pèche. Quoi ? Pourquoi Linhardt alors que ce dernier déteste se battre ?

- Attends non, répond le concerné. Pourquoi moi ?

- Tu possèdes ce fameux avantage de la taille dont tu parlais avant la bataille de l'Aigle et du Lion. T'es le partenaire idéal ! Allez, discutes pas et viens avec moi !

Ashe et moi nous tournons de concert vers le colosse des Cerfs. Euh... Si je ne m'abuse, ce dernier correspond davantage à la description exposée par Caspar. Je n'ai pas le temps de soulever ce détail que déjà le fils Hevring est debout. Certes, il bâille mais il est debout ! Miracle !

- Bon d'accord... Je m'entraînerai avec toi mais pas longtemps.

- Super !

Et les deux Aigles agitent déjà leurs ailes pour quitter le ponton. Raphael, qu'ils ont complètement oublié, se lève et part à leur suite à coups de « Attendez-moi les gars ! ». Je soupire et ma tête vient s'insérer dans le creux de la nuque du Lion aux yeux pistache. Malgré mon approche, sa respiration ne s'est pas accélérée. Je souris. C'est bien. J'aime qu'il n'y ait aucune ambiguïté entre nous. Les compliments le font rougir parce qu'il manque de confiance en lui et qu'il est humble, et non parce qu'il éprouve quelque chose pour moi. Je presse le dos de ma main contre ma paume. J'aime notre entente, et j'aimerais la conserver même lorsque nos études auront abouti. Et ce même si nous faisons partie de deux nations différentes. J'ouvre en grand ma main.

Tout serait plus simple pour nous tous si Fódlan était unifié, non ? Je souris, mélancolique. Ça paraît bien utopique... Je jette un coup d'œil à la couronne presque achevée de mon ami.

- Vous avez quel âge ? je le questionne.

- J'ai eu dix-sept ans pendant la lune des Wyvernes. Et vous ?

- J'en serai... aurai dix-huit pendant celle de La Solitaire. Vous m'avez comparée à votre sœur petite, mais je suis plus vielle que vous. Grande sœur, ça me va.

- Ah ah très bien.

Vraiment apaisant ce garçon. Oh, qu'est-ce que c'est ? Je tâte mon crâne chevelu et perçois la couronne feuillu dessus. Il me dit tout sourire :

- Vous aimez bien les fleurs, du coup elles vous le rendent bien.

J'acquiesce fébrilement, émue, et me cale un peu plus. Vraiment VRAIMENT adorable. La hauteur de son épaule est parfaite Dix-sept hein ? Il peut encore grandir, ce serait dommage.

- Ce serait bien si vous ne grandissais pas trop, je chuchote.

- Euh... Akkira McNairy ?

Je me défais de ce coussin humain et adorable pour tourner mon visage. Un homme encapuchonné se tient près du ponton. Je plisse le front. Il me dit quelque chose... Ah oui, je crois que c'est un membre de mon escouade. Je m'excuse auprès d'Ashe et part rejoindre l'un des hommes sous mon commandement. De près ses prunelles acajou m'évoquent vaguement autre chose encore. Il me semble qu'il faisait partie de ceux qui m'ont suivie dans le dos de la bête démoniaque. Ah ! Je crois même que c'est lui qui a pressé ma main lorsque j'étais blessée. Je détaille le bas de son visage, l'attention se retrouvant accaparée par une petite cicatrice sur sa lèvre supérieure. Il se gratte la nuque, mal à l'aise.

- Oui ? je l'encourage même si ce n'est pas mon fort.

- Vous... Vous allez bien ?

- Quoi ?

- On se demandait avec mes gars si vous alliez bien. Vous avez été sévèrement brûlée.

Avec ses gars ? J'imagine qu'il doit être le chef de mon escouade d'archers de l'Empire. Je me rends compte que je ne connais pas grand chose sur eux... et même rien du tout. Je croise les bras derrière mon dos et lui fais signe d'avancer en ma compagnie.

- Manuela m'a soignée après mon évanouiture... évanouissement. Quand je me suis réveillée, j'allais déjà mieux. Elle est douée.

- Tant mieux. Quand j'ai vu Claude von Riegan et votre cousine Petra McNairy venir à notre secours, je me suis dit que c'était bien pratique de voler.

Voler. J'approuve en souriant faiblement. Je me souviens de la sensation d'être en altitude. Le vertige était assez saisissant, mais pas désagréable. J'aimerais bien y retourner. Un hennissement nous alarme mais ce n'est qu'un pégase dans le ciel taciturne. L'homme à mes côtés pouffe avant de noter que les chevaux ailés sont terriblement têtus en ce moment. A l'approche de leur lune – la suivante – ils commencent tous à s'impatienter et à faire des misères à leurs propriétaires.

Nous longeons les murs jusqu'au marché. Là-bas, l'ambiance est des plus inhabituelles. Adieu vacarme de tous les diables et publicités auditives des commerçants. Ces derniers sont moins nombreux tout comme l'affluence de clients. La crainte a laissé une trace décisive jusqu'ici. Et ce n'est pas tout. Shamir, Alois, Catherine et les autres membres de l'Ordre de Seiros ne sont plus là, étant partis à la recherche de nos détracteurs. De ce fait la sécurité du Monastère est pour le moins négligée. Ce qui explique l'absence de certains élèves. Au lieu de profiter de cette fin de journée qui signe le début du week-end, ils se sont enfermés dans leurs quartiers, copiant alors le style de vie de Bernadetta.

Je m'arrête et fixe le rempart. C'est comme si je visualisais les mouvements habiles de Monica lorsqu'elle l'avait escaladé pour rejoindre le village. Je grince des dents. Les éléments étaient sous mon nez, principalement cette nuit là. Était-elle réellement partie rejoindre un garçon de la bourgade pour quelques cabrioles sexuelles ? Rien ne me paraît moins sûr à présent. Et cette dame que j'ai alors croisée... Je l'ai trouvée affreusement louche. La paranoïa me guette mais il ne m'est plus toléré n'évincer toutes les pistes. Et si elle avait manigancé quelque chose ce soir-là ? Il est probablement trop tard mais je ne perds rien à essayer. Hors de question de contracter de nouveaux regrets.

Je retournerai dans l'enceinte de la ville cette nuit.

- Ah excusez-moi, vous m'entendez ?

Je me gifle mentalement pour retourner dans la réalité et surtout dans ces deux yeux acajou qui me scrutent.

- Pardon, vous disiez quoi ?

- Que je devais vous laisser, mes hommes et moi allons réparer les poupées de nos arcs.

Il me salue solennellement puis commence à s'écarter. Au fait, ce garçon...

- Comment vous vous appelez ?

Il se retourne pour me sourire et me dévoile son nom :

- Brevis. A bientôt.

Je hoche la tête et suis de nouveau attirée par un hennissement. Il a raison, les pégases sont survoltés. J'aperçois l'animal en question – toujours le même. D'ici je peux entendre son maître le rouspéter sèchement. Pas certaine qu'ils restent associés longtemps. Je ne perds rien à aller voir toute cette animation de près, ça me détournera de ma culpabilité. Je me rends alors aux écuries des animaux aériens, un endroit où je n'ai jamais mis les pieds. Je souris en détaillant de nombreuses Wyvernes dans leurs box. Ceux-ci sont plus spacieux que pour les chevaux, laissant ainsi un peu plus d'espace pour leurs ailes puissantes. Je reconnais Bangga et tends la main entre les barreaux pour caresser le museau écaillé de la vouivre.

- Bonjour, toi.

Elle pousse un grognement de contentement et me présente son cou pour que mes doigts puissent continuer leur exploration. Une fois que c'est chose faite, je me décale pour analyser les autres Wyvernes. Je ne parviens pas à reconnaître celle de Claude et je ne lui ai jamais demandé son nom.

- C'est bien, grâce à toi j'ai l'impression que nous faisons des progrès.

Cette voix provient d'un peu plus loin, dans les compartiments réservés aux pégases. Je m'y réfère et avance jusqu'à tomber sur Ingrid qui brosse les coudes poilus du cheval aérien. La blonde me remarque et me sourit. Je lui dis :

- Il vous aime beaucoup, ça se voit dans la façon qu'il a de vous couver.

- C'est une femelle. Mais oui, je me suis beaucoup attachée à elle et je pense que c'est réciproque.

- Ça l'est. Les pégases sont dans la différence avec les Wyvernes, n'est-ce pas ?

- C'est vrai, approuve-t-elle. Ils sont plus rapides et résistent mieux à la magie.

Ingrid penche la tête pour se placer juste en face des naseaux de l'animal. Le visage de la Lionne est terne, comme si elle dormait mal depuis plusieurs jours. Je suppose que cela a un rapport avec le trépas de Jeralt et le replis de Byleth sur lui-même... Je m'approche et... et je me prends un coup d'aile dans la tête.

- Tout doux ! rouspète Ingrid en caressant le menton de sa protégée.

Je ris doucement puis attrape l'aile gigantesque du pégase. La toucher me rend toute chose. Pourquoi ? J'étudie son plumage et... Mais oui. Des plumes. Mes phalanges flattent la texture soyeuse et me donnent l'impression de caresser un volatile. Je souris, et ce contact inattendu me dévoile une idée.

/

- Je crains qu'il ne te faille demeurer ici, Kronya. J'ai une mission à te confier.

Je tends le cou pour apercevoir trois silhouettes puis me rétracte. Monica, l'Empereur des flammes et le type bizarre de la chapelle. Aplatie contre les tuiles d'une toiture, je n'ose plus bouger. Ni même respirer. Est-ce qu'ils m'ont vue ? Je ne l'espère pas, je ne serai pas de taille face à eux. Est-ce... est-ce vraiment en train de passer ? Est-ce que ça voudrait dire que pour une fois je ne me suis pas trompé ? Mon intuition fut la bonne, seulement je m'attendais à tout sauf à ça. Trois monstres réunis. Et qui est Kronya ?

- Oh mais bien sûr ! C'est toujours une joie de collaborer avec Solon ! Je m'occupe de tout, n'ayez crainte.

La voix détestablement aiguë de Monica. Je comprime mes dents pour éviter qu'elles ne grincent ou qu'elles ne claquent. Les nuages de tout à l'heure ont transporté un air des plus réfrigérant ainsi qu'une bonne couche de neige. Mes phalanges enserrent les plaques de terre cuite pour ne pas que mon corps glisse. Bon sang...

- Quelle horripilante créature.

- Kronya vous irrite Empereur des flammes ? Je le regrette, mais nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre de l'éloigner pour l'instant. Vous êtes notre plus grande réussite. Votre flamme vive du sang de la créature dont nous avons usé pour la faire naître, ? un dieu. L'heure est venue de mettre cette puissance au service de la purification de Fódlan. Ainsi seulement viendra notre salut.

Je ne comprends rien. Même pire, j'ai l'impression de n'avoir jamais rien compris à ce monde. Tant de questions se bousculent dans ma tête, s'emmêlant avec toutes mes incertitudes. Monica s'appelle donc Kronya ? L'Empereur des flammes serait une création de cet homme et de... son groupe ? Ce dernier semble comporter Monica et Solon. Et qui d'autres encore ? Et quelle est cette histoire de flamme vive ? Et surtout de purification de Fódlan ? Par tous les esprits, que comptent-ils faire ? Cela rejoint au moins l'une de mes précédentes conclusions : ce n'est pas seulement l'Église de Seiros et Garreg Mach qui sont visés, mais tout le continent. L'effroi qui enfle en moi a gagné une telle proportion que je peine à taire ma respiration. Du calme Akkira. Pour l'instant il te faut écouter, la frayeur viendra plus tard. La voix singulière de l'Empereur des flammes reprend :

- Il n'y aura pas de salut pour des êtres tels que vous. Vous qui avez commis les pires atrocités en Duscur et à Enbarr.

Quoi ? En Duscur ? Fait-il référence à la Tragédie de Duscur, celle-là même que m'a contée Dedue lors de notre mission dans sa terre natale ? Mais... Je croyais... Je croyais que ce drame n'avait concerné que la royauté de Faerghus ainsi que son armée, et les duscuriens. Régicide, massacres, terres mises à feu et à sang. Selon les dires de Dedue, tout cela dépendait des deux forces opposées. Ces monstres qui agissent dans l'ombre n'ont jamais été évoqués. S'agirait-il des atrocités autres que la Tragédie du Duscur ? Je suis complètement perdue... De plus, que s'est-il passé à Enbarr ? Et pourquoi l'Empereur des flammes se désolidarise d'eux ? Il procédait déjà ainsi lors de son altercation avec Jeralt et Byleth à Remire. Ne sont-ils pas alliés ? Mes doigts commencent à tétaniser, et la neige qui est en train de me recouvrir ne m'aide pas le moins du monde. Je ne vais pas tarder à lâcher. Si je glisse, ils vont l'entendre et me repérer.

- Tout cela pour obtenir le pouvoir dont vous aviez besoin, poursuit la voix profonde du type de la chapelle à l'intention de l'Empereur des flammes. Tout cela dans un but unique...

Des bruits de pas effrénés puis un tintement métallique. Je profite de ce chahut pour enfin bouger et pour me hisser un peu plus haut. D'autres personnes sont arrivées. Je reconnais... Byleth et Dimitri ?! Mais que font-ils ici ?! Le prince a dégainé sa lance. Je n'ai pas le temps de me poser davantage de questions qu'il réitère un assaut vers l'Empereur des flammes. Son arme est contrée par un petit objet tranchant qui vole un peu plus loin. Bien joué Dimitri, vous l'avez désarmé ! Je sonde mes hanches mais me rappelle que je ne me suis pas équipée. Bon sang... Je ne pensais pas assister à une telle scène avant de me retrouver ici, sur ce toit. Tandis que je cherche une alternative pour présenter mon soutien à Byleth et au prince, le type étrange déclare :

- Hm... Que l'on nous ait entendus ou non n'a pas la moindre importance. Les rats se terrent toujours dans les murs, c'est ainsi.

Sur ces mots, il disparaît aussi mystérieusement que Solon à Remire, et il est rapidement imité par Monica. Seul l'Empereur des flammes s'attarde un peu avant de s'évaporer dans la nature comme les deux autres monstres. J'allais me manifester auprès du professeur et de son élève quand tout à coup mes yeux se posent sur l'objet tranchant qu'a dû abandonner l'Empereur des flammes, étant hors de sa portée. L'objet que ramasse Dimitri. L'objet qui...

Une dague.

Et pas n'importe laquelle.

CETTE dague.

Poignée bleu cobalt, pommeau et chape dorés et lame bien droite.

Pour l'avoir eue dans ma main, entre mes doigts, je ne peux pas me tromper. Par tous les esprits... Par tous les esprits...

Le prince murmure quelque chose mais déjà ma conscience s'est embrumée. Elle est partie loin, s'élançant vers le large tel un navire qui hisse la grand-voile pour gagner de la vitesse. Elle accoste sur le rivage beaucoup trop tôt, ainsi elle chevauche un équidé pour se précipiter vers l'infini. Elle guette l'endroit où elle pourra trouver la tranquillité intérieure et ainsi s'envoiler en paix.

Seulement, la réalité est beaucoup plus sordide et m'empêche cet élan de lâcheté.

Lorsque je reprends mes esprits, je me tiens dans les rues du village. Mes jambes fiévreuses parcourent ces artères infatigablement. La main plaquée contre ma bouche, je fais de mon mieux pour étouffer le cri qui serpente sournoisement jusqu'à mes lèvres.

Et pour parfaire cette folie, des phrases me reviennent en tête. Les siennes...

« Si je n'ai que mon ambition et ma persévérance pour me tenir à bout de bras, la route sera difficile. Mes regrets, mon chagrin, ma vie... Tout s'est fondu dans les ténèbres. »

Sa route qui sera difficile. Sa vie qui se fond dans les ténèbres. Et puis... Je me fige et une rafale gelée me fouette pour éloigner l'évanouissement. Et puis Monica traînait toujours avec elle. Alors que je soupçonnais de plus en plus de monde, jamais ma méfiance de l'a atteinte. Pourquoi ? La réponse me flagelle l'esprit.

« En vérité j'affectionne tout ce qui se rapporte à la nature. »

Et son visage radieux lorsqu'elle a chuchoté ces mots. Son sourire lorsqu'une bourrasque fit chavirer sa chevelure. Tant de sincérité dans ses propos, dans sa physionomie, tant d'allégresse qu'elle dévoile si peu au quotidien. Et les esprits de la Nature qui lui rendent bien son respect à leur égare, je ne peux pas me fourvoyer là-dessus. Par conséquent, je n'aurais jamais envisagé que...

Je m'adosse à un mur, mon corps ne supportant plus le poids de ces révélations, et me laisse glisser jusqu'au sol. Mes pensées se l'avouent enfin :

Edelgard.

Edelgard est l'Empereur des flammes.

Son identité, son double jeu m'est dévoilé.

Je m'agrippe les cheveux, la tête entre les cuisses. Shamir avait raison. Tout le monde cache une part plus sombre. Je suis loin d'être la seule qui tais mes secrets au sein de Garreg Mach et à placer un masque sur la vérité. Qu'est-ce que je dois faire ? La dénoncer à Rhea ? Ce serait la parole d'Edelgard contre la mienne. Elle est rusée, vigilante, redoutable. Et puis l'Église de Seiros est liée à Enbarr, la capitale de l'Empire, depuis des temps immémoriaux. L'archevêque ne prendrait sans doute pas mon parti. En parler à mes camarades ? Ils me catalogueraient tous de folle. Les plus avisés d'entre eux mettront mon comportement sur le dos du conflit entre Brigid et l'Empire qui datent d'il y a quelques années. Je n'ai jamais été spécialement proche d'Edelgard, ça pourrait être un argument en faveur de cette théorie. Et Petra ? Il y a peut-être une chance pour qu'elle...

Je commence à suffoquer, ce n'est pas bon...

Il y a quelques lunes, le jour où Edelgard est venue s'enquérir de mon état après la mission en Duscur, je lui ai demandé ce qu'elle craignait. En réalité, ce sont nous autres qui devons la craindre.

Mais qu'est-ce que je peux faire ? Devrais-je la... tuer ? L'abattre avant qu'il ne soit trop tard, que cette organisation commette de nouveaux dommages ? Je tremble sous le poids de cette responsabilité. En serai-je capable ? Auparavant, voler la vie d'un être humain me paraissait aussi facile que de saigner une bête pour sustenter à mes besoins. Et maintenant, est-ce toujours le cas ? Déboussolée, je relève le nez vers le ciel nocturne.

Et maintenant... ?

/

Quelle douloureuse naïveté nichait au cœur de ces pensées...


Le petit commentaire de l'auteure : Dévoileeeeer donc ! Comme souvent j'ai souligné les termes s'y rapportant dans le chapitre mais cette fois je ne vais pas les analyser par peur de spoiler :3

Je voulais faire un début de chapitre un peu chill pour nous remettre de nos émotions après la mort de Jeralt. Ca permet de placer une accalmie avant la révélation de fin de chapitre. Évidemment, vous vous doutiez de l'identité de l'Empereur des flammes, à l'inverse Akkira était à mille lieues de cette découverte ! Cela aura-t-il un impact sur la suite ?

Prochain chapitre : Conseiller

Prenez soin de vous ! Ciaossu !