Bien le bonjour voyageur !
Sans plus tard, voici les réponses aux reviiiiieeews :
Mijojoow : Ah que hello à Ashe et toi ! *vous prends en photo tellement c'est meugnon * Ouais Monica était cramée avec sa tête de fausse gentille xD Purée Byleth t'es aveugle mon gars ! Tu m'as tuée avec Raphael le concurrent de Claude xD Hihi, contente que cette scène du ponton te plaise :3 Et j'adore faire Ashe, Caspar, Linhardt et même Raphael qui est bon vivant ! Ouais Akkira sois pas trop avant-gardiste, c'est pas aujourd'hui l'unification xD Salut le PNJ ! Euh... Brevis je veux dire... Oh purée oui tu as raison, il a un nom c'est pas croyable ! :0 *l'observe avec une loupe* Elle gambade sur les toits xD Non en vrai elle se cache, tout bonnement xD Comme toujours tu as l'oeil à tout héhé. Merci pour ta review :3 !
Katt : Salut ! Oui, un peu de peace & love avant de le début de la débâcle xD Héé oui surprise, l'épisode de la dague est là, et Akkira y assiste ! Tu as bien compris ma manoeuvre, c'est bien pour cette raison qu'Akkira suit Monica quelques chapitres auparavant, c'est pour introduire cette scène ;) Les conséquences, tu en auras une partie dans ce chapitre ! Merci beaucoup pour ton retour :3
Zakette : Tu m'as inspirée un nouveau surnom xD Oh mince, tiens *te passe une ceinture pour que tu puisses utiliser ton expression mais du coup mon short tombe * Oh merde. Tu m'as tuée avec Seiros qui est pire que le Covid x'D j'en ris encore ! L'une des trois horreurs repérée xD Ouais, je crois qu'il préfère la viande, il a pris les fruits pour les autres :3 Ah que coucou Edelgard... euh je veux dire l'EDF (purée cette abréviation xD) Pour la scène de la dague, à présent tu connais tout sur tout ! *tape dans la main de Mijo* Merci pour ta reviiieeew :D
Ananda : Merci beaucoup pour tes retours et tes compliments :3 Comme tu l'as souligné, la vie sur Brigid propose de nouvelles cultures, traditions et moeurs autres que celles de Fódlan. Je suis ravie si cela t'a fait voyager héhé. C'était aussi un challenge de devoir décrire cette île qu'on ne distingue que dans une quête xD Je me suis fiée à nombre de soutiens pour tenter de construire ma propre vision de Brigid. C'est exactement comme tu l'as dit, les personnages de FE sont "humains", ils ne sont ni tout blanc ni tout noir. Ils sont nuancés, et ça Akkira va l'apprendre au fil du temps. A ce stade, elle ne voit que les bons côtés de sa patrie, et pour elle l'Empire représente le mal absolu. Héhé, tes suppositions sont très intéressantes :3 merci pour ton avis !
RAPPEL :
- Les dialogues rédigés en gras sont en brigilien.
- Les dialogues rédigés normalement sont en fódlien.
- Les mots que ne comprend pas Akkira sont rédigés comme ceci "? ? ?".
Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !
Chapitre vingt-quatre
Conseiller
Je crois que je n'ai jamais autant arpenté ma chambre. Non, en fait j'en suis sûre.
Si mes pas pouvaient laisser des traces, il ne resterait plus un seul endroit sur le sol qui n'a pas été souillé. Mes chevilles ne vont plus pouvoir en supporter davantage. J'espère qu'elle verra bientôt mon mot qui atteste l'apogée de mon égoïsme...
Toc Toc Toc.
Parfait.
- Entre.
La jolie tête de Petra passe par l'embrasure de la porte, puis elle rentre et referme derrière elle. Ma cousine me détaille de la tête aux pieds.
- Tu vas mieux ? s'enquiert-elle.
C'est normal qu'elle se soit inquiétée. Après les découvertes ahurissantes d'il y a deux jours, j'ai passé la journée du samedi recluse dans ma chambre. Je ne voulais pas courir le risque de croiser Edelgard. J'ai même jeûné et ne suis sortie que tard dans la soirée pour dévorer ce qui me tombait sous la main au réfectoire. J'en ai profité pour glisser un mot sous la porte de Petra. Et je l'ai attendue. Toute la nuit. Je savais parfaitement qu'elle ne verrait ma supplique qu'au petit matin, mais je ne suis pas parvenue à m'assoupir, ni à alléger mes réflexions. Maintenant qu'elle est là, je peux lui répondre franchement :
- Non.
Cette réponse asperge son visage, le rendant encore plus inquiet. Autant la préparer d'ores et déjà à ce qui va suivre. Je l'enjoins de s'asseoir sur mon lit, ce que je m'apprête à lui avouer va certainement lui scier les jambes. Comme elle n'esquive pas le moindre geste, j'insiste :
- S'il te plaît.
Sans me quitter des yeux, elle prend place sur le matelas. J'inspire profondément et agrippe ma nuque à deux mains. Je contemple le soleil éclatant pour cette lune hiémale. Et dire qu'il y a deux jours il neigeait... Je vois en ce signe que m'adresse l'esprit du Feu un réconfort des plus prenants. Maintenant que j'ai fait venir Petra ici, je ne peux plus me défiler. Tout en admirant le ciel, je déclare :
- Quand je suis arrivée ici, tu m'as reproché à juste titre de ne pas te parler. De ne rien te dire et de tout garder pour moi. Même si je suis incapable de te dépeindre avec des mots ce qui s'est passé durant ces cinq dernières années, je suis apte à te conter ce qui se trame maintenant. Ici-même, à Garreg Mach.
Je me détourne du baldaquin azuré lénifiant pour me planter face à Petra. Elle me dévisage comme si je m'apprêtais à lui confier que j'étais infectée par une maladie incurable. En vérité, c'est presque aussi dur que d'annoncer cela.
- Qu'est-ce qui se passe ma sœur ? murmure-t-elle.
- Edelgard est l'Empereur des flammes.
Et alors c'est toute sa physionomie qui se décompose à mesure qu'elle recueille ces mots cinglants.
- Qu...quoi ?
- Tu m'as bien entendue.
- Non, c'est...
Elle scrute le moindre centimètre de mon visage de marbre. Puis son buste s'avachit vers l'avant et sa figure plonge entre ses mains. Je conçois que l'information soit encore plus dure à emmagasiner pour elle que pour moi. Ma cousine a toujours admiré Edelgard. En tant que future Reine de Brigid, elle ne supporte pas qu'on la compare à elle. En revanche elle ne cache jamais toute la considération qu'elle lui porte.
Elle reste dans cette position une dizaine de minutes. La voir ainsi manque de faire flancher mon mental. Si ma volonté encaisse cette vision, mon corps lui en prend un sacré coup car le seconde d'après je me retrouve à genoux devant elle. Doucement je pose ma main sur son bras.
- Petra...
- Tu en es sûre ?
Elle plante ses prunelles hagardes dans les miennes. Ça me désole tellement de la voir comme ça. Je culpabilise aussitôt de lui faire traverser ce dévoilement.
- Oui, j'en suis certaine, je chuchote.
- Comment... comment l'as-tu découvert ?
- C'est compliqué... Il y a plusieurs éléments à prendre en compte alors...
- Dis-moi.
Sa voix se fait sans appel. Je déglutis. Elle n'a pas tort, je lui dois au moins la vérité sur ça.
- Je... je soupçonnais Monica avant qu'elle n'assassine Jeralt. Quand elle cachait encore sa véritable nature, je l'ai suivie une nuit jusqu'au village en contrebas. Comme je trouvais tout cela fortement nébuleux, surtout après les récents événements, j'y suis retournée vendredi soir dans l'espoir de déceler un indice qu'elle aurait laissé derrière elle. En vérité je ne pensais pas les trouver...eux.
- Qui ça ?
- Monica, le type de la chapelle et... l'Empereur des flammes.
Elle acquiesce mollement. Anticipant sa prochaine question, je dis :
- Edelgard et l'Empereur des flammes possèdent la même... le même objet. Un outil conçu dans un matériel des plus rares. Je l'ai eu entre les mains alors...
Alors crois-moi je supplie mentalement. A cran, mes doigts se referment un peu plus sur sa beau basanée. Crois-moi Petra, je t'en conjure... ! Elle se frotte les yeux avant de poursuivre :
- C'est tellement... inconcevable.
- Je sais.
- Pourquoi Edelgard aurait-elle fait ça ? Cela voudrait dire qu'elle cautionne les actions de ces monstres ? Tu crois que... tu crois que c'est elle qui mène leur groupe ?
Une phrase prononcée par l'Empereur des flammes lors de l'épisode de Remire me revient en mémoire :
« Il est vrai que je travaille avec Solon. Cela ne signifie pas pour autant que nous partageons le même objectif. »
Je me mords la lèvre inférieure et grommelle :
- Je l'ignore. Leur organisation est confuse, je n'ai pas compris grand chose.
- Oh... Par tous les esprits...
Elle se redresse légèrement et observe le plafond, les yeux humides d'incrédulité et de déception. Sa bouche tremblote mais je suis persuadée qu'elle ne craquera pas. Tout comme moi, elle sait que le chagrin sera encore plus redoutable plus tard. Elle patiente quelques instants avant de bredouiller, défaite :
- Je n'ai jamais autant respecté une personne comme je respecte qu'Edelgard. Je la trouve si honnête, si droite. C'est en apprenant à la connaître que j'ai su quel futur attendait Brigid. Un avenir où les relations entre l'Empire et notre archipel seraient nettement meilleures. Je voulais lui prouver que j'avais les épaules pour être Reine et pour gouverner à ses côtés, main dans la main.
Elle secoue son visage puis me demande :
- Pourquoi me l'as-tu dit ?
- Parce que je suis égoïste. Et que je ne pouvais pas porter seule un tel secret.
Ses sourcils s'arquent et elle s'avance pour me prendre dans ses bras. Je lui rends son étreinte, rassurée qu'elle ne remette pas mes paroles en doute.
- Qu'est-ce qu'on va faire ? susurre-t-elle.
- Je vais l'éliminer.
- Quoi ?!
Elle me repousse et se relève du même mouvement. J'en fais tout autant pour lui faire face. Elle paraît totalement rebutée.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- Je suis sérieuse, je sais y faire.
Elle détaille mon expression. Si elle avait encore des doutes quant à mon passé d'assassin, à présent elle est fixée. Oui Petra, je sais y faire, et pas seulement avec les bêtes à la manière des brigilènes. Je suis une experte dans l'art de l'exsanguination chez les êtres humains. Artères, veines, ainsi que l'emplacement de tous les organes vitaux, rien ne m'est méconnu. Malgré la fermeté de mes propos elle surenchérit :
- Non, tu ne dois pas faire ça !
- Nous n'avons pas le choix.
- Si, au contraire, nous avons toujours le choix entre gagner quelque chose ou le perdre. Si nous nous montrons prudentes, nous pourrons étaler un jour la vérité aux yeux de tous et gagner la confiance d'autrui. A l'inverse, si nous choisissons de mettre fin à ses jours aussi prestement, nous perdrons en crédibilité. Comment pourrons-nous justifier sa véritable identité aux yeux des autres si nous ne possédons aucune preuve ?
J'écoute et analyse attentivement chacun des termes qu'elle emploie. Quelle maturité dans ses phrases, je ne pense pas pouvoir en dire autant de ma verve. Lorsqu'une menace planait au dessus de ma tête, j'ai toujours suivi l'impulsion la plus expéditive : tuer. C'est instinctif, c'est comme ça que je suis façonnée. Je ne suis pas une intellectuelle, Petra non plus d'ailleurs. Seulement elle fait preuve de plus de sagesse que moi. Et de bon sens. Comme mon avis reste en retrait, elle vient saisir ma main.
- Nous allons garder un œil sur elle tout en restant discrètes.
Je finis par approuver sans conviction. Nous nous mettons d'accord sur le fait que ce secret ne doit pas être ébruité, nous ne savons pas si d'autres élèves suivent Edelgard dans ses magouilles. De même, nos opinions convergent en ce qui concerne l'archevêque. L'avis de deux brigilènes ne feront pas le poids face à l'éloquence d'une descendante de la maison Hresvelg.
Lorsque Petra quitte ma chambre, je ne me sens absolument pas confiante. J'ai l'horrible impression qu'Edelgard possède de nombreux coups d'avance sur nous, qu'attendre ne ferait qu'empirer les choses. Que devrais-je faire ? Suivre le conseil de ma cousine ou régler ça à ma manière ?
Je lorgne sur ma main, comme si elle allait me donner la réponse la plus appropriée. Néanmoins, à force de lorgner sur ma paume le sang que j'ai fait couler par le passé recommence à apparaître. Je plisse le nez. Non, ce n'est pas bon. Je devrais arrêter de réfléchir à tout ça et me reposer. A force de me creuser les méninges, c'est comme si j'avais enchaîné trois nuits blanches.
/
Et je me retourne, encore, encore, encore, encore, encore, encore, encore et encore dans mon lit. Cela fait belle lurette que la nuit a remplacé le jour et que mes draps sont humides de sueur. Je n'arrête pas de remuer le sujet, il a déjà fait plus d'une fois le tour de ma cervelle. Lors de l'une de ses excursions, il a même fait un crochet par mon cœur et mes poumons pour les affoler. La seule fois où je suis parvenue à m'endormir, c'était pour cauchemarder de mes parents et mieux me réveiller à l'agonie. Trop d'oxygène, plus assez de dioxyde de carbone. Même avec les mains en forme de masque sur ma bouche, j'ai cru que la torture ne prendrait jamais de fin.
Je me redresse dans mon lit, les doigts fourrageant dans ma tignasse. Pourquoi est-ce que je fais encore ce genre de cauchemars aujourd'hui ? Et comment vais-je faire demain en cours ? Je ne possède pas assez de patience. Je ne vais pas pouvoir jouer la comédie devant Edelgard et faire comme si je ne savais rien. De même, je ne vais pas pouvoir fermer les yeux devant le danger qu'elle représente, j'aurais le sentiment de me donner en proie à cette menace.
Cette nuit, intenable insomnie, la folie me guette. Je me mets debout. Le luth que j'ai construit pleure la violence de mes envies. Et une pensée me conseille et me décide :
Quoi qu'il advienne, je payerai un jour pour mes délits. Je traîne déjà des chaînes depuis si longtemps, une de plus n'y changera pas grand chose.
Mes pieds nus s'activent. Mon esprit est tellement vitreux que je ne distingue le monde que par intermittence. L'esplanade devant les dortoirs, la cour arborée, le réfectoire.
Le couteau de cuisine dans mes mains que je cache sous mes vêtements.
De nouveau l'esplanade, puis des escaliers, et le dortoir des nobles.
Sa porte. Ma main sur la poignée.
Edelgard est toujours sur le qui-vive. Cependant, la nuit est mon alliée. Elle doit dormir paisiblement à cette heure-ci, sans se douter du péril que je représente pour son existence. Je vais... Hein ? C'est quoi ces marmonnements ? Je colle mon oreille contre la porte. Les murmures sont quasiment inintelligibles, on dirait qu'elle a le sommeil agité. Peut-être qu'elle...
- Mère ! s'écrit-elle alors.
Son hurlement est un un grappin qui me harponne le cœur. Mes sourcils s'arquent et ma main tremble sur la poignée. Non... Non... ! NON ! Taisez-vous Edelgard, ne me rendez pas la tâche plus compliquée ! N'essayez pas de m'émouvoir avec vos cauchemars ! Ne me rappelez pas que nous possédons des points communs qui me font me sentir proche de vous ! Mes muscles se contractent. Je m'évertue à me souvenir de mon ancienne colère, celle qui ne me quittait jamais en arrivant ici. Obnubilée par ma haine de l'Empire, je rêvais de vous abattre. A cette époque, je saignais en attendant de pouvoir me venger. Et maintenant que mon courroux est bien plus légitime, je ne dois pas reculer. Alors ouvre cette fichue porte Akkira, par tous les esprits ouvre-là !
« Cela fait partie de mes attributions de veiller sur vous. »
Mes tremblements s'interrompent pour infecter ma respiration. Je halète, la main contre la gorge.
« Tout ce que j'espère, c'est que vous êtes prête à vous relever. Et je suis là pour vous aidez, en vous tendant la main. »
Pourquoi Edelgard... ? Pourquoi vous êtes-vous montrée aussi bienveillante avec nous si c'est pour nous trahir par la suite ? Pourquoi nous contraindre à déployer nos talents si c'est pour nous affronter à l'avenir ? Je ne vous comprends pas... Et c'est justement cette méconnaissance de vous, de vos projets, qui me font hésiter. J'observe ma main qui a ôté tellement de vies. Je ne peux plus redevenir ce que je fuis à présent. Mon talent d'assassin sonne faux lorsque mes cibles concernent des personnes qui m'ont... touchée. Et en ce qui concerne la future Impératrice, je pourrais même ajouter : qui me...trouble.
- Qu'avons-nous là, à cette heure tardive ?
Je sursaute avec tant de virulence que je recule de trois bons mètres.
Hubert.
Les éclats de la lune font apparaître son visage dans la pénombre. Nul trace de sourire cette fois-ci, il me détaille comme si j'étais une nuisance des plus encombrantes. Hubert, le toutou maléfique d'Edelgard. Mais oui... Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ?! Il est probablement au courant des faits de sa maîtresse. Il doit cautionner ses ambitions.
Et il doit la soutenir et l'assister dans l'ombre.
Comme maintenant.
J'étais tellement focalisée sur notre déléguée que je ne m'étais pas préparée à tomber sur cet être sournois. Le silence se répand entre nous, tel une toile qui vient se tisser autour de mes jambes. Un violent frisson fait vibrer mon échine dorsale.
- Que vaut à Dame Edelgard cette visite des plus inopinée ? s'enquiert-il au bout de ce qui me semble une éternité.
Je cherche à toute vitesse une excuse à lui balancer au visage :
- Je voulais lui rendre son gant.
- Son gant ? Ne pouviez-vous pas le lui rendre demain, lorsque votre présence à ses côtés serait ? moins suspecte ?
- J'ai pensé qu'elle... qu'elle en aurait besoin en se levant.
Son œil se plisse et son menton s'abaisse. L'intégralité de sa physionomie me révèle qu'il ne me croit pas. Absolument pas. Et lorsqu'il esquisse un pas dans ma direction, tout mon organisme réagit. Mon corps prend de lui-même une posture défensive et agressive. Plus aucun filtre ne subsiste entre ce que je pense et ce que je compte faire s'il s'avance trop. Je n'éprouve aucune affection pour ce type, juste du mépris et de l'aversion. A la seconde où je l'ai rencontré j'ai su qu'il allait me poser problème. A l'inverse d'Edelgard, je n'aurai aucun scrupule à planter mon couteau dans le cœur de Hubert, si tant est qu'il en possède un.
- Ne vous approchez pas, je vitupère glaciale.
Il s'arrête pour me sortir son sourire le plus insidieux.
- Voilà donc un aperçu de qui vous êtes. Serait-ce une menace ? fait-il de sa voix doucereuse.
- Non, c'est un conseil.
Je marche à reculons pour ne lui offrir aucune ouverte, reléguant au loin d'éventuels coups bas qui doivent être sa spécialité. Alors que je regagne mes quartiers, gelée de la tête au pied après une telle frayeur, je prends conscience de deux choses. Deux choses qui sont primordiales.
Déjà Hubert, qui était méfiant à mon sujet, le sera encore plus. Je conçois qu'il ne va plus me laisser tranquille dorénavant. A ses yeux je dois être une épine qu'il faut rapidement retirer du pied de sa maîtresse.
Et aussi – et surtout – je ne pourrais jamais tuer Edelgard tant qu'elle ne revêt pas son masque d'Empereur des flammes devant moi. Ma raison a accepté qu'il s'agissait de la même personne.
Cependant, mon cœur fait encore une distinction entre les deux.
/
Les cours ont fini bien plus tôt que prévu pour les Aigles de jais et pour les Cerfs d'or. Manuela et Hanneman ont été convoqués par Rhea pour se rendre non loin d'ici. Les raisons de cette mission inattendue nous sont évidemment tenues secrètes mais j'imagine que cela à un rapport avec nos détracteurs. Si cela n'avait pas été le cas, Byleth aurait également été convié pour cette tâche. S'il est tenu à l'écart, c'est que l'archevêque redoute l'esprit vengeresse du professeur. Aurait-elle une piste ?
Je parcours lentement le champ aux abords du Monastère. Il n'y a personne à l'horizon. Malgré le soleil inhabituellement tiède en cette saison, l'herbe et l'air restent frais. Un temps frisquet et sec. A Brigid, il n'existe pas d'esprit du froid étant donné que c'est un notion qui nous est abstraite chez nous. Je me dirige vers l'arbre. Sa vue déclenche de l'amertume qui se mêle à d'autres émotions retrouvées. La dernière fois que je suis venue ici, j'étais encore dans l'ignorance de tant de choses. Je caresse l'écorce du végétal et appose mon front dessus. Cette situation est une véritable torture. Ce matin, je n'ai même pas osé regarder dans la direction d'Edelgard, ni de Hubert. Comment faire pour mettre de côté l'adrénaline qui me ronge lors qu'ils sont dans les parages ? Mon instinct me pousse à rester sur mes gardes, c'est plus fort que moi. Seulement, si je continue à agir ainsi ils vont le remarquer. Connaissant Hubert, ça doit même être déjà fait, surtout après le fiasco de la veille.
Je frotte ma gorge, peinant à respirer proprement. Il faut vraiment – VRAIMENT – que j'apprenne à taire mon angoisse... Hein ? Je me retourne vivement. Qu'est-ce que c'était ? Je n'ai pas rêvé, quelque chose vient de tapoter mon épaule ! Tout à coup une silhouette entre dans mon champ de vision, à hauteur de mon visage :
- Yo Akkira !
- Hiiiiiiiiiii !
- Ah ah ah ! Alors ça c'était vraiment adorable !
Claude. Les mains contre mon cœur affolé, j'analyse l'étrange tour de cette énergumène. Il est assis sur une branche maîtresse et a basculé son corps en arrière pour se retrouver la tête en bas. Ses jambes le maintiennent dans cet équilibre précaire. Enfin, plus pour longtemps... Alors qu'il rit encore je vois son visage changer brusquement d'expression :
- Oh non je vais... !
Et comme lorsqu'il est tombé de l'arbre la première fois qu'il a essayé de l'escalader, je m'élance pour lui octroyer mon aide. Mes bras viennent soutenir ses épaules et mes mains bloquent ses omoplates. Mon visage est plongé contre son trapèze, du coup je ne discerne plus grand chose. Au final il n'a pas bougé. Malgré mes préoccupations qui me tordent le ventre, je ne peux m'empêcher de sourire.
- Vous l'avez fait exprès, j'affirme en chuchotant.
- Un peu je le reconnais. Au moins j'ai pu vérifier ma théorie.
- Et donc ?
- Je testais votre générosité. A présent je suis convaincu que je ne risque rien lorsque vous êtes là.
Oh... Je crois qu'il se méfiait de moi. Ce n'est pas étonnant après la trahison de Monica. Moi aussi je ne suis plus très à l'aise avec autrui, hormis Petra évidemment. Je cale mon oreille contre son torse et entends son cœur battre gaiement. Je souris. Ça, il ne peut pas le simuler. Percevoir ce tintamarre dans sa poitrine me rassure. Je sens ses doigts triturer ma natte épaisse. J'inspire calmement et c'est la première que j'y parviens aussi aisément depuis ce que j'ai appris sur Edelgard. Snif snif... Hm... Du cumin et un peu de safran. Son odeur m'apaise et m'attire. Elle m'emmène loin de mes tourments. Je frotte mon nez contre son uniforme et mon estomac gargouille bruyamment. Je suis en sous-nutrition depuis des jours. Humer les effluves de son corps et de ses habits me permet de dénicher mon appétit disparu.
Je me décale légèrement pour examiner sa figure taquine. J'avais bien envie de le voir, ça me change de mon angoisse perpétuelle. Je plisse un peu les sourcils. Mon impression le concernant est bien différente de celle qui m'a traversée lors du bal. C'est comme si les derniers événements avait rafraîchi mon esprit à l'aide d'un seau d'eau glacée. Je me sens plus avisée et réfléchie. Par contre, la douche polaire a raté mon bas ventre. Mon envie de le grignoter est toujours présente. Férocement présente. Il constate :
- C'est amusant de vous observer à l'envers, mais je préfère vous contempler à l'endroit. Vous me rejoignez ?
Je réalise seulement qu'il est parvenu à grimper à l'arbre.
- Comment vous avez fait pour monter ?
- J'ai utilisé mon arc et une corde pour me tirer vers le haut.
Comme je ne me décide pas, il ajoute :
- Nous ignorons combien de temps il nous est encore donné de passer ensemble, vous et moi. C'est une bonne raison de profiter de chaque instant.
Il se redresse sur sa branche maîtresse, me laissant méditer cette phrase. Mais oui... Il a a raison. Bientôt notre existence ici, à Garreg Mach, prendra fin. Les cours, l'entraînement, la camaraderie et les missions ne seront plus qu'un lointain souvenir. Reste à savoir si cette fin sera la conséquence de l'aboutissement de notre scolarité ou bien de ce qui se trame dans l'ombre la plus noire.
Je lève le nez vers le délégué. Par ses deux phrases sommes toutes anodines, il me fait passer un message.
Nous ne nous verrons bientôt plus.
Nous allons mener nos existences chacun de notre côté. Lui en tant que futur duc souverain de l'Alliance de Leicester et moi en tant que guerrière de Brigid. Claude est clairvoyant, il a compris bien plus vite que moi. Il perçoit cette attraction entre nous. Notre rencontre est due hasard et notre attirance est une passion qui ne se contrôle pas. Toutefois, nous ne pouvons pas ressembler aux autres couples qui prolifèrent au Monastère. En l'état actuel des choses, ça ne nous correspondrait pas. La romance n'est pas pour nous, mais le désir si. Je souris à cette pensée. Puisque ça me va. Ce qu'on peut s'autoriser tous les deux me convient très bien. Je n'ai jamais voulu tisser d'accroches sentimentales avec un homme ou une femme. C'est nettement préférable de conserver sa liberté en toute circonstance.
Tss...Claude, espèce de saligaud, tu as toujours un coup d'avance sur moi.
Je m'empresse de grimper au feuillu et dépasse la branche maîtresse du Cerf en lui lançant un sourire narquois. C'est bien trop bas à mon goût, Claude, ne sois pas un petit joueur. Je gravis plus haut, le mettant silencieusement au défi de me suivre. Ce qu'il fait, pour mon plus grand bonheur. Je repère une nouvelle branche. Elle est un peu moins épaisse que celle sur laquelle il était perché, ça devrait quand même faire l'affaire. Je m'aide de mes muscles pour me hisser jusqu'au rameau en question et me mets assise, les deux jambes du même côté. Il m'imite mais place ses membres inférieurs de part et d'autre. Il a le visage un peu rouge à cause de l'effort. Je passe mon doigt sur sa tempe légèrement humide et observe la sueur sur mon index.
- Je suis heureuse de vous.
- Vous m'en voyez flatté. Puis-je savoir pour quelles raisons ?
- Vous n'avez pas blessé l'arbre. J'ai vérifié en montant.
Je ris un peu en lisant la surprise sur son visage. Puis il percute et se souvient de l'une de ses discussions avec Petra. Il souligne que nous autres brigilènes respectons beaucoup la Nature. J'acquiesce et lui apprends que l'arbre abrite un esprit et que s'il le blesse, l'esprit sera furax. Je décèle ses doigts qui se promènent sur mes hanches et qui remontent le long de mon dos. Je me sens si bien, ça m'était presque devenu étranger avec toutes les péripéties qui se sont enchaînées. De ce fait je lui conte d'autres choses encore. J'évoque les légendes brigilènes qui se transmettent de génération en génération. Des histoires de protagonistes qui possèdent un esprit en eux et qui détiennent un grand pouvoir. Ils peuvent même voler dans les airs et courir sur l'océan. On dit que leurs cheveux et leurs yeux sont tous brillants. Les phalanges du Cerf atteignent ma nuque dégagée et s'éternisent pour la gratter. J'émets un murmure de profonde volupté et lui offre un meilleur aperçu de mon cou.
- C'est intéressant ce que vous dites.
- Hm ? j'exhale distraite.
- Ces individus qui disposent de ce genre de pouvoir.
- Ah ? Ah oui...
Il rit malicieusement et accentue sa pression sur ma nuque. Mes orteils se recroquevillent dans mes bottes, c'est si... bon.
- Serait-ce vos moustaches que je vois frémir ?
- Mes... mes moustaches ?
- J'aurais dû me taire, vous avez cessé de ronronner.
Je repousse sa main et lui administre un coup de coude dans les cotes. Je n'y suis pas allée de main morte et pourtant ça le fait rire aux éclats. Et il s'approche. Encore plus. Son bassin presque contre ma cuisse et ses bras viennent doucement m'entourer. L'un dans mon dos, l'autre posé sur mon ventre. Il agit à sa façon, méthodiquement. Il a compris qu'à ce stade je ne vais pas le repousser. Sa tête vient s'appesantir sur mon épaule, ses cheveux ébouriffés frôlent mon menton. Je l'entends marmonner :
- Est-ce que Brigid vous manque ?
Sa question me désarçonne un peu. Brigid... Les plages dorées et démesurées, les forêts sauvages et foisonnantes de vie, l'humidité, la chaleur, ma famille, mes amis. Tant de visages que je ne parviens plus à concevoir dans mon esprit, leurs traits se sont fait effacer par le temps. Je hoche la tête mais dans cette position il ne peut plus déceler cette réponse visuelle. Du coup je souffle :
- Oui. Brigid parfois me manque avec tant de violence. J'ai l'impression qu'une partie de moi est restée ici... non, je veux dire là-bas.
Je sens sa joue remuer contre mon épaule. Je prends ça pour une approbation. Il répond :
- Vous savez, je pense que parfois nous pouvons rencontrer des personnes qui portent leurs racines en elles. Comme vous avez la danse brigilène.
Émue, je tourne la tête mais suis accueillie par ses mèches folles. Comme je ne prononce plus le moindre mot, ça finit par l'interpeller. Il se redresse, son visage est si proche du mien. Nous nous sourions, puis il reprend :
- Nous sommes bien là, non ?
- Oui très, je reconnais.
- Dites-moi, à qui croyez-vous que nous devons d'être en vie ?
Quelle question inattendue, parfaite pour la bouche de Claude. Je réponds sans tergiverser :
- A la Nature.
- Oh, c'est intéressant. Expliquez-moi.
Je suis pondue dans une feuille géante et... je ne sais pas comment le dire. Elle avait une forme de cœur, ça symbolise l'amour que peut nous apporter la Nature. Elle ne nous donne pas la naissance, mais elle veille sur nous. Tout le temps. Et elle suit notre évolution.
Il soupèse mes paroles dans sa caboche avant d'ajouter :
- J'aime beaucoup cette vision. Les fódliens devraient en faire autant au lieu de vivre aux dépends de la Déesse.
Il m'explique que lorsqu'il était enfant, il ne croyait pas en l'existence des Dieux, qu'il ne voyait que les étoiles à leur place. Ensuite, il nuance son propos, stipulant que tout le monde a le droit de croire en ses propres divinités, quelles soient religieuses ou non. Il reconnaît même que la déesse apporte un soutien spirituel au peuple. Je songe alors à Mercedes. Elle illustre parfaitement cette image. D'ailleurs depuis que je connais une partie de son passé, mon opinion vis-à-vis du culte que prône l'Église de Seiros est plus nuancé. De ce fait, je rejoins le jugement de Claude sur ce sujet. Je souris en l'imaginant gosse, en train d'admirer le manteau nocturne et ses éclats lumineux. Cette vision est si douce.
Je balance joyeusement mes jambes, mon pied heurte parfois le sien. J'apprécie ses confidences. Et j'aime encore plus partager des points communs avec lui alors que nous venons de milieux si différents. Futur dirigeant de l'Alliance, hein...
- Qu'allez-vous faire quand vous serez duc souverain ?
Il plante son menton contre ma clavicule, son nez effleure mon oreille. Son souffle s'infiltre jusqu'à mon tympan pour y greffer un air. Mes mains inactives se compriment sur mes cuisses. Les siennes sont indubitablement plus entreprenantes. Deux phalanges farceuses tracent des cercles contre mes reins et son pouce cajole mon ventre. Je me mords la lèvre inférieure pour offrir à mes dents une subsistance autre que sa peau. Il glousse, étant aussi près, il doit bien se rendre compte des effets de son toucher sur moi.
- Je me répète mais c'est vraiment plus agréable de vous observer à l'endroit.
- Vous êtes en train d'esquiver ma question, je grommelle. Attendez... serait-il possible que vous ignorez ce que vous allez entre... entreprendre une fois à la tête de l'Alliance ? Non, c'est impossible, vous êtes Claude.
- « Je suis Claude », radote-t-il. Et comment dois-je le prendre au juste ? Est-ce un compliment ?
- Oui, c'en est un maintenant mais ça n'est pas toujours le cas.
Il pouffe puis m'avoue qu'il a effectivement des projets bien précis en tête. Il aimerait pacifier le monde, que les querelles se tarissent et que les gens apprennent à se tendre la main sans espérer quoi que ce soit en retour. Supprimer des calamités tels que les inégalités sociales ou raciales. Je suis ébahie par un objectif aussi noble, et pas dans le sens péjoratif de ce terme. Son rêve est totalement désintéressé, il sera dévoué à la cause des autres. Et ce à grande échelle. Je balbutie, fascinée par son dessein :
- Pacifier le monde vous dites ?
Il acquiesce et m'informe qu'il commencera d'abord par l'Alliance qui expose beaucoup d'instabilités. Il souhaiterait aussi que les dissensions avec les autres contrées cessent, notamment avec Almyra. Et il veut se charger de tout ça à sa façon : dans la diplomatie. Alors je visualise ce tableau qu'il peint avec ses mots. Un monde unifié et purgé de tous conflits. Sa parole a le pouvoir d'oblitérer ce que j'ai appris récemment.
- Ce serait merveilleux, je fais en souriant de toutes mes dents. Un monde...
Je retire ma mitaine qui plane un instant avant d'atterrir dans l'herbe. Puis j'attrape sa main qui s'amusait sur mon ventre pour entrelacer mes doigts aux siens. Ma peau halée contre la sienne encore plus cuivrée.
- …comme ça.
Il sourit, la tête légèrement penchée. Je perçois ses deux émeraudes qui détaillent ma figure.
- Vous savez ce que j'apprécie chez vous Akkira ? Ce sont vos nuances, vos dissemblances. Ce genre de personnalité ne plaît pas aux ignares, mais moi ça me réjouit.
- Oh... Dans quel sens ?
- Ça me séduit.
Cette fois je suis obligée de le regarder bien en face. Il en est conscient aussi, nous naviguons tous les deux sur un fil ténu et dangereux. D'un moment à un autre nous pouvons chuter et entraîner l'autre vers la découverte. Un endroit que nous n'avons pas encore exploré, ni exploité. Néanmoins, nous savons que cette dégringolade est irréversible, d'où l'attrait périlleux de la chose. Périlleux et... terriblement tentant.
Mes yeux dévalent son visage pour s'arrimer à ses lèvres. Et pour la première fois de ma vie j'éprouve l'envie, si ce n'est le besoin d'embrasser quelqu'un. Le faire serait également nouveau pour moi. Seulement, est-ce que notre relation a besoin de ça ? Je m'ébroue. D'accord, non, il ne faut pas trop que je m'aventure de ce côté sinon c'est moi qui vais craquer.
Je me focalise sur la frondaison au dessus de nous. Je me sens un peu mélancolique. Il s'est passé tellement de choses dans ce champ. Le chêne, à l'image de la Nature, a suivi mon évolution. Pas que la mienne d'ailleurs, celles de ceux qui se sont hasardés dans le coin également.
- J'aime bien cet arbre, je chuchote.
- Moi aussi.
Ce serait fabuleux si cet endroit pouvait être épargné par les horreurs que peuvent commettre l'homme.
/
Nous nous allongeons dans l'herbe fraîche, sur le dos. Je dépose ma mitaine à côté de moi et enlève l'autre. Je suis rapidement frigorifiée, en revanche je n'éprouve aucune envie de partir, ne serait-ce que pour chercher une couverture. Il croise les bras derrière sa tête et émet un soupir de bien-être. Nous profitons du calme ambiant et des rayons chatoyants de l'astre solaire. Au bout d'une kyrielle de minutes, je l'entends murmurer :
- Comment vous sentez-vous ?
Ah. Évidemment il a l'œil à tout. Il a dû noter mon teint livide, mes cernes et ma vivacité absente. Que puis-je répondre à ça ? Si je lui mens, il le décèlera aussitôt. Et puis... Une idée me traverse enfin. Les réflexions de Claude sont à l'opposé des miennes. Il écoute sa raison plutôt que ses émotions. Et s'il pouvait me conseiller ? J'aimerais entendre un avis supplémentaire. Cependant je ne peux pas lui imposer mes récentes découvertes, j'ignore s'il me croirait ou pas. Je ne suis pas assez au fait sur l'histoire de Fódlan pour connaître les rapports qu'entretiennent l'Empire d'Adrestia et l'Alliance de Leicester. De ce fait je méconnais la connexité entre les familles Hresvelg et Riegan. Il faut que je détourne cette histoire. Claude est un Cerf, par conséquent...
- Je peux avoir votre avis ?
- Évidemment. A quel sujet ?
- Imaginez, il y a cette biche parmi tant d'autres, elle ne dispose d'aucun pouvoir, ni d'aucune influencité... influence. Et il y a ce cerf qui les guide, le troupeau et elle. Pourtant à un moment donné, la biche se rend compte que ce cerf est un peu trop téméraire, et qu'il cache une part d'ombre très... hrm sombre.
Je suis vraiment pas douée pour narrer un conte...
- Enfin bref, que devrait faire cette biche d'après vous ?
Je guette sa réaction du coin de l'œil. Mon histoire n'est pas très claire pourtant il semble y réfléchir sérieusement. Tout en admirant le ciel, il joue avec les mèches de ses cheveux qui se sont mêlées aux brins d'herbe.
- Hmm... A sa place j'attendrais le bon moment et suivrais ce cerf pour déceler une faille. J'en profiterais pour apprendre à les connaître, ses motivations et lui.
« Attendre le bon moment ». Cela rejoint la philosophie de Petra. « Suivre le cerf pour déceler une faille ». Ça me renvoie à ce que je comptais faire durant mes premiers mois à Garreg Mach. Me rapprocher d'Edelgard pour intégrer son cercle de confiance. « Apprendre à connaître ses motivations ». Il est vrai que je n'ai jamais tenu compter des aspirations d'Edelgard. Petra et Claude ont raison, il faut agir prudemment et par étapes. Ne pas se précipiter comme je l'ai fait hier soir. Sinon ma découverte de son identité d'Empereur des flammes ne servirait à personne.
« Vous ne servez à rien ! »
Je souris tristement en me rappelant la sentence du petit garçon de Remire. Oui, si je procède en utilisant ma méthode, mes actions ne serviront vraiment à rien. Mon esprit tourmenté et exténué est en partie apaisé par cet aveu de ma part. A peine cette émotion m'a-t-elle traversée que ma conscience plie bagages pour m'emmener loin, au pays des songes.
/
- Maman !
Je crois qu'il s'agit de la voix d'Edelgard. Elle doit encore faire un cauchemar, sans doute le même que l'autre fois.
- Maman !
Attendez... Non... Ce n'est pas son timbre...
- Maman !
Fleur de vanille. Elles éclosent par milliers. La lactescence de ses pétales sont corrompues par des tâches rougeâtres. Du sang...
- Maman !
Ce n'est pas la voix d'Edelgard. C'est la mienne...
- Maman !
Maman... J'aimerais tellement te voir une dernière fois pour avoir le privilège de te dire adieu.
Je me réveille une éternité plus tard, il me semble. Pourtant, à en juger la position du soleil, je dirais plutôt que cela ne fait qu'une heure ou deux que je me suis assoupie, pas plus. Je suis toujours allongée sur le dos et suis engloutie par le ciel. La clarté l'imprègne, tout comme l'eau imbibe un linge. Je tourne légèrement la tête, m'attendant à me retrouver seule.
Mais non, Claude est toujours là.
Il s'est assis et sa conscience est accaparée par son livre. A côté de lui, deux autres ouvrages se languissent de l'attention qu'il pourrait leur porter lorsqu'il aura fini sa première lecture. Tous ces bouquins n'étaient pas là tout à l'heure, serait-il allé les chercher pendant que je dormais ? Je remue un peu. Oh, cette couverture aussi est une nouvelle venue.
Je profite qu'il soit absorbé par ses pages pour étudier sa gestuelle et sa physionomie. Les rayons ambrés de l'astre couchant font rissoler sa peau. Quelle jolie teinte. Elle se marie bien avec sa cape de délégué.
- Vous aimez le jaune ? je m'enquiers.
Il cille vivement avant de porter son attention vers moi.
- Oui, j'apprécie cette teinte. Surtout celle des grains de sable du désert. Et vous, quelle est votre couleur préférée ?
- Le vert.
J'inspire profondément, galvanisée par des images qui me viennent en tête et que j'associe à cette nuance.
- Le vert c'est la nature.
- C'est vrai, fait-il en hochant le menton. Là d'où je viens c'est aussi la couleur de l'espoir.
- L'espoir..., je souffle.
Je trouve la combinaison splendide et émouvante. A Brigid, il existe un dicton comportant cette disposition de l'esprit humain. Lorsque la raison invective « Abandonne », l'espoir chuchote « Essaie encore ». Je reprends, toujours en murmurant :
- C'est beau. Vert comme l'espoir. « Talosia » dans ma langue.
- Talosia...Le brigilien comporte des intonations fascinantes.
Je souris puis me contorsionne pour retirer mes bottes. Ensuite je congédie la couverte et j'écarte tous mes membres sur le plus de surface herbeuse possible. C'est agréable. Je poursuis :
- Vert comme l'herbe, vert comme les feuilles du chêne, vert comme l'esprit de la Terre dans les contes brigilènes, vert comme les granouilles...
- Grenouilles, reprend Claude en gloussant.
- Vert comme les grenouilles, donc. Vert comme les pommes acides, vert comme la pistache, vert comme l'émeraude de vos yeux...
Je m'interromps aussitôt, stupéfaite par cet élan sentimental. Nous nous fixons sans mot dire puis il finit par sourire. A la lueur qui brille dans ses prunelles, je comprends qu'on a passé un cap supplémentaire. Encore un. Il referme son livre et se penche sur mes membres inférieurs. Aucune timidité n'est décelable dans sa main qui se pose sur mon tibias.
- Êtes-vous chatouilleuse ?
- Non, je réponds un peu trop rapidement.
La commissure de ses lèvres se soulève légèrement. Sa paume en fait autant, ainsi seules ses phalanges s'embarquent dans cette quête. Elles dessinent des formes jusqu'à ma cheville et cajolent la plante de mon pied. Perdu, je ne suis pas chatouilleuse à ces endroits.
- J'aime vous toucher, chuchote-t-il, vous avez la peau étonnement douce.
- Vous dites ça à tous ceux que vous interrogez ?
Il s'esclaffe mais ne perd pas de vue son objectif. Il s'incline davantage pour s'allonger sur le ventre, son buste écrase presque ma poitrine. Son coude se présente comme étant le dernier rempart entre nos corps. Ses doigts courtisent de nouveau mon tibias puis remontent sur l'extérieur de ma cuisse. Je serre les dents lorsqu'il effleure la zone sensible de ma peau. Ouf, il n'a rien remarqué. Ses phalanges choient mes hanches, mon ventre, mes cotes, mon bras, mon trapèze, mon cou. En vain.
- Vous semblez bien sûre de vous, fait-il remarquer.
- A juste titre. Vous ne m'aurez pas cette fois.
Sa main remonte encore et il la pose contre ma tempe. Ses émeraudes plongent dans mes prunelles qui renferment une teinte complémentaire à la sienne. Sa constante jovialité s'est échappée, ce qui m'inquiète un peu. Il déclare :
- Vous parlez dans votre sommeil agité.
C'est une affirmation et non une question. Mon cœur bondit hors de ma cage thoracique. Par tous les esprits, qu'est-ce que ma bouche a révélé contre mon gré ?! Je ne me souviens plus vraiment de mon cauchemar... Juste une impression de fleur subsiste à ma mémoire.
- Qu'est ce que j'ai dit ? je bredouille mortifiée.
Ses sourcils s'arquent et le dos de sa main vient rassurer ma tempe.
- Rien qui ne doive vous affoler.
Il soupire et émet une plainte lascive. Mon organisme réagit aussitôt à ce geignement. Je fais :
- Qu'est-ce qui vous arrive ?
- J'ai très envie de m'allonger contre vous.
La feu qu'abrite mon bas-ventre attise mon cerveau et donne des ordres à mes membres. Je me décale vers lui sans le quitter des yeux. Il rit et souffle la voix un peu plus rauque :
- Ça ce n'est pas contre vous mais au dessus de vous, Akkira.
Notre audace mène la vie dure au fil ténu sur lequel nous voltigeons. A ce stade, je sais que je vais flancher si je m'attarde de nouveau sur ses lèvres. Ainsi, je converge toute ma volonté sur cette natte qui se balance au dessus de mon visage. Je l'attrape sans délicatesse et gronde :
- D'où s'est fait ? Par tous les esprits, dites-le moi Claude !
Il sourit narquoisement. Il m'a répondu lorsque je l'ai questionné sur son ressenti lors de l'épisode de la Taverne. Il a fait de même quand il a évoqué les danses de son enfance ainsi que ses projets de futur dirigeant de l'Alliance. Alors pourquoi ne souhaite-t-il pas m'avouer cela ? J'en suis certaine à présent, cette natte comporte bien des secrets qu'il préfère garder pour lui. Malheureusement pour sa réserve à ce sujet, je suis bourrée de défauts. Ainsi je peux me montrer très intrusive pour obtenir ce que je convoite. Il finit par dire :
- Très bien, j'accepte de vous répondre sous forme de syllabes. Vous comptez avec moi ?
Je hoche vivement la tête tout en restant sur mes gardes. On sait tous les deux ce que m'a valu mon inattention la dernière fois... La commissure de mes lèvres s'en souviennent parfaitement. Et alors, sans rompre la tension qui abrite nos regards, il saisit mon bras et le ramène vers lui. Qu'est-ce qu'il fait ? Il dénoue mes doigts crispés pour ouvrir ma paume vers son visage. Puis il... Ah ! Par tous les esprits...
Il embrasse le creux de ma main.
Ce simple geste me coupe la respiration et électrise tous mes autres sens. Il ne me laisse pas recouvrer des pensées cohérentes qu'il appose un second baiser sur l'éminence hypothénar. Ça me démange aussitôt l'estomac qui se lamente d'être vide. Mon buste s'enflamme et se soulève, en quête du sien. Je vois dans ses prunelles qu'il est un peu soufflé par ma réaction des plus ostensibles.
Et ça l'amuse. Bon sang, ça l'amuse ce vile tentateur... Je ne vais pas craquer Claude, non, je ne vais pas...
Il apporte le coup de grâce en embrassant pour la troisième fois ma peau, descendant sur mon poignée. Là où je peux distinguer sa bouche depuis ma place, il le sait bien. Le toucher de ses lèvres associé au léger bruit du sussion envoient au loin mes dernières bribes de raison. Mes jambes dérapent alors que je suis toujours allongée, mes orteils harponnent l'herbe. Je trébuche sur le fil imaginaire et me retiens d'une main, prête à céder. Je geins et ça le fait sourire. C'en est trop. Ne pouvant attendre plus longtemps pour assouvir cette faim qui me ronge, j'agrippe farouchement sa nuque avec ma main libre et le tire vers moi. Mes doigts ne ménagent pas la racine de ses cheveux et mes ongles se sont plantés dans sa peau. Ma bouche trouve le chemin le plus rapide vers son oreille et je souffle de ma voix la plus féroce :
- Je vais vous manger, Claude.
- Hé Claude !
…
BON SANG !
Tout comme moi, le délégué met quelques secondes à retrouver ses esprits. Cela ne lui ressemble pas de s'égarer et pourtant là c'était le cas. Je penche la tête par dessus son épaule et aperçois Raphael en haut du rempart. Le colosse se gratte la tête, l'air passablement gêné.
- Euh, c'est que Lorenz vous cherche partout pour s'entretenir du Margrave Edmund avec vous, alors...
- Ah je vois. Très bien... j'arrive tout de suite !
Il se relève complètement et je place aussitôt mes deux paumes contre mes yeux. Je le salue dans cette position somme toute bizarre, mais c'est pour éviter de lui courir après lorsque je le verrai s'éloigner. Mon discernement refait peu à peu surface pour faire le compte avec moi.
Un.
Deux.
Trois baisers.
Un mot qui comprend trois syllabes. Ce n'est donc pas « Rie-gan », ça ne provient pas de chez lui. D'où vient cette façon de tresser ? Que vais-je découvrir derrière si je décèle ce secret un jour ?
Le petit commentaire de l'auteure : *s'évente la tête, le corps et les aisselles* C'est qu'il m'a donné chaud lors de la rédaction ce chapitre ! Revenons au début : ainsi donc dans ma fic, et contrairement au jeu, Petra apprend que Edelgard = l'Empereur des flammes avant l'heure. C'est voulu, reste à savoir si cela impactera la suite *petit sourire*. Akkira est donc incapable de tuer Edelgard sous cette forme, la jeune femme la... trouble ! C'est de plus en plus tendu entre Akkira et Hubert, je crois que ces deux-là ne sont absolument pas faits pour s'entendre... Et la scène avec Claude... parlons-en ! Je l'ai en tête depuis les brouillons de ma fic, donc c'est dire xD Le délégué des Cerfs se montrent entreprenant car il sait qu'il ne sera pas repoussé, c'est un petit malin huhu. Surtout qu'Akkira réagit... ostensiblement *tousse*. C'est qu'elle n'est pas très fleur bleue, si vous voyez ce que je veux dire... Évidemment, j'ai adoré écrire ce passage !
Prochain chapitre : Embrasser (OUIIII vous ne rêvez pas !)
Portez-vous bien et à tout bientôt ! Ciaossuuuu !
