Bien le bonjour voyageurs !
Merci à Chaouettte pour son follow :3 Bienvenue dans cette folle aventure !
Merci beaucoup à Zakky-chan, Mijojo et Katt pour leurs reviews et leur fidélité ! Compte tenu de la longueur de ce chapitre, je vous fais exceptionnellement un remerciement global :3 Savoir que je suis suivie me motive toujours autant !
RAPPEL :
- Les dialogues rédigés en gras sont en brigilien.
- Les dialogues rédigés normalement sont en fódlien.
- Les mots que ne comprend pas Akkira sont rédigés comme ceci "? ? ?".
Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !
Chapitre vingt-cinq
Embrasser
Les jours s'écoulèrent goutte à goutte, inlassable monotonie paradoxalement angoissante.
La tension montait au sein de Garreg Mach, et même la pureté de la neige ne parvint pas à adoucir l'ambiance. L'organisation malveillante, qui avait déjà assailli l'Église de Seiros à maintes reprises, préparait un mauvais coup. Rhea le sentait, elle n'aurait pas déployé autant de guerriers en dehors du Monastère si elle n'envisageait pas un nouvel affront imminent. La mission qu'elle avait confié à Manuela et Hanneman n'était au final qu'une fausse piste qui ajouta une dose supplémentaire d'anxiété sur notre mental.
Et le Lion rugit, perçant ainsi la pénombre dans laquelle nous naviguions à l'aveugle. Son flair repéra la cachette de Solon et ses griffes lacérèrent son corps trapus et faisandé.
Tu te souviens probablement de ces événements, et ce même si nous n'y avons pas assistés. Byleth et sa classe se sont élancés dans la forêt scellée où Solon et Monica se terraient. Je ne suis pas au fait de tous les détails de cette confrontation. Trois choses furent cependant notables ce jour-là.
Les cheveux et yeux étincelants de Byleth, ne me renvoyant que trop bien aux légendes brigilènes.
Le décès de Solon.
Mais aussi celui de Monica. Monica... Je devrais cesser de la nommer ainsi. Mais même des années plus tard, ma haine envers celle qui nous avait tous bernés de s'est pas évanouie. Ma haine envers moi non plus, d'ailleurs. En abattant Jeralt et en semant le trouble dans la pléthore de cœurs, Monica n'avait fait qu'accélérer l'avènement de sa destinée. Ainsi elle embrassa le trépas bien plus vite qu'elle n'avait dû l'envisager. Non, pas Monica...
Kronya. Un nom parfait pour une vipère.
Un nom parfait pour un membre des Serpents des Ténèbres.
/
Je manque de m'étaler par terre lorsque je descends du pégase, celui-là même qui faisait des siennes durant la lune précédente et qui menait la vie dure à son propriétaire. Mes prédictions concernant leur duo précaire se sont avérées puisque le chevalier l'a abandonné pour un autre équidé ailé. J'ai vu en cela un signe que m'adressait la Nature. Cette tête de mule me plaisait, sa sauvagerie et son air farouche m'appâtaient. J'ai proposé une balade aérienne à Petra, sachant d'avance qu'elle serait ravie de monter Bangga.
Mais on ne s'attendait pas à un tel calvaire.
Les deux bêtes étaient indomptables, surtout le pégase. A peine avions nous pris notre envol qu'ils se sont cambrés et affolés. Même l'atterrissage ne fut pas une partie de plaisir.
Et nous y voilà.
Je me tourne vers ma monture et esquive de justesse un coup de sabot de sa part. Si je n'avais pas bougé, il m'aurait brisé l'ulna et le radius. Jamais vu une teigne pareille. Il hennit et courbe son dos, exhibant son poitrail pour m'intimider. Je me décale. Sa robe blanc céruse présente une imperfection noire au niveau de sa croupe. Je souris, appréciant ce tempérament.
- Tu es farouche toi. « Onirun » dans ma langue.
Il ne paraît pas du tout sensible à mon élocution.
- Du calme Bangga !
Petra tire sur les rênes de sa Wyverne pour la stabiliser, en vain. Elle descend de la vouivre et lui caresse les flancs. Ma cousine et moi échangeons un regard qui en dit long sur la liste de nos préoccupations. La plus contiguë étant celle-ci : l'agressivité des animaux ailés. Aux plaintes que je perçois tout autour de nous, je me dis que nous ne sommes pas les seules dans cette galère. Je m'escrime à déchiffrer la raison de cette hostilité dans les billes noires du pégase. Au début je crois y déceler de l'agacement. Mais non.
C'est de l'effroi.
- Ho ho ho...ho !
Tiens donc ? C'est la première fois que de l'incertitude perle dans ce rire des plus singuliers. Je lève le museau vers le ciel gris. Constance se contorsionne pour dompter la trajectoire de son pégase... noir ?! La pauvre manque de force et c'est dans un hurlement contenu que sa monture et elle finissent dans un box. De la paille tourbillonne jusqu'à l'extérieur. Petra et moi nous ruons vers la stalle. Nous ne l'avons pas encore atteinte que la Louve sort déjà de sa tanière. Comme toujours, elle affiche un maintien hautain et digne. Des brins de fétus coincés dans ses cheveux et collés à sa joue cassent ce tableau empreint de noblesse.
- Vous allez bien ? s'enquiert ma cousine.
- Plaît-il ? Sauf vôtre respect, chère Petra, ce ne sont pas quelques secousses superflues qui vont empiéter sur mon moral. Une descendante de la Maison Nuvelle a plus d'un tour dans son sac !
Ce n'est pas l'utilisation de cette expression fódlienne incompréhensible qui jette un froid sur notre trio mais plutôt la mention de feue sa famille. Ma cousine et moi faisons mine d'être fascinées par un cumulonimbus en forme de... de cerf je dirais. Comme si j'avais besoin de ça pour penser à celui qui déclenche l'effusion de mes émotions. Je me pince l'arête du nez, en songeant que cette énergumène a investi un peu trop de place dans mes réflexions. Contrairement à Petra et moi, la fille bicolore campe dans sa bravoure :
- Allons bon, vous n'allez pas exposer cet embarras à chaque fois que j'évoque l'illustre Maison Nuvelle !
Elle joue avec sa boucle avant de reprendre :
- J'y pense, je n'ai pas réitéré ma requête. La dernière fois nous avions été coupées dans notre élan.
- Votre requête ? je répète.
/
Prendre le thé ensemble.
Je m'en rappelle seulement lorsque la boisson vient enfumer délicatement nos narines. Constance m'avait fait cette proposition juste avant que nous ne partions à Remire. Même si je ne raffole pas de ce breuvage, je n'ai pas pu refuser, sachant qu'elle souhaitait probablement évoquer les anciens conflits qui conceraient nos familles respectives. Par contre je ne m'attendais à ce qu'elle nous invite dans l'Abysse. Snif snif... Quelle est cette étrange arôme? Ce n'est pas du thé au final ? Les naseaux de Petra remuent également, et bientôt nos reniflements emplissent la pièce.
- Ho ho ho ho ! s'esclaffe Constance la main près de la bouche. Je suis EN-CHAN-TÉE que mon ? ait fait son petit effet.
- Du ca-quoi ?! faisons ma cousine et moi en même temps, le visage penché vers la boisson noire.
Jamais vu un breuvage aussi sombre, ça ne m'inspire rien qui vaille. Constance explique ce qu'est ce « café » en question. Ces derniers temps cette boisson jouit d'une grande popularité auprès de l'élite. « L'élite » hein ? Je crois que discuter et s'entendre avec elle va relever du miracle. Nous n'avons pas du tout la même approche de la vie. A force d'aboyer ses projets à qui veut l'entendre j'ai fini par avoir un aperçu de la personnalité de la Louve. Elle cherche à faire revivre l'honneur de sa Maison en effectuant des recherches et en développant sa magie. Je reconnais que ses tours sont pour le moins impressionnants. Cependant son ton explicitement raffiné me met mal à l'aise, il m'a fallu un temps fou pour parvenir à la comprendre sans trop d'embûches. Mais malgré tout ça, toutes nos dissemblables...
Je souris en détaillant ses gestes ostentatoires.
Je souris car je sais que je ne vais pas me reposer sur mes préjugés sans réels fondements. C'est une leçon à la Garreg Mach que j'ai retenue au fil des lunes. Apprendre à connaître autrui avant de juger. Nous portons tous un deuxième visage, c'est ce que j'ai expliqué à Edelgard lors de notre discussion sur nos craintes durant la lune des Wyvernes. Et lorsque qu'ils tombent nous pouvons alors donner à chacun la véritable valeur qu'il mérite.
J'observe le dortoir où dorment Constance et Hapi. Elles n'ont pas exposé beaucoup d'effets personnels et la pièce n'est pas très bien chauffée. Il est évident que l'Abysse et le Monastère ne possèdent pas les même moyens financiers pour s'assurer du confort de leurs résidents. Petra se lance dans l'expérience et prend une bonne gorgée de... c'était quoi le nom ? Du café ? Elle fait claquer sa langue contre son palais plusieurs fois et se lèche les babines. Je l'imite et... Oh ! Quelle saveur inattendue ! Cet arrière-goût amer et corsé, ça me plaît aussitôt.
- C'est surprenant, fait ma cousine en remuant sa tasse.
- Je trouve ça déliciant... délicieux, je reconnais en essuyant ma bouche contre le dos de ma main.
- Ho ho ho évidemment que ça l'est !
La Louve nous informe que le café est produit à partir de graines rares de Dagda qui sont au préalable torréfiées, moulues puis mélangées à de l'eau bien chaude. D'après elle, même Hapi, qui était encore plus sceptique que nous, a apprécié cette découverte. Je reprends goulûment une gorgée en me demandant si Shamir connaît cette boisson atypique.
- Trois dégustations, trois franches réussites ! Il me tarde de faire découvrir cette merveille à Dame Edelgard !
Je m'étrangle avec le liquide qui fait des soubresauts dans mon œsophage. Ma cousine allonge le bras pour venir me taper franchement le dos. Je tousse encore un peu avant de me ressaisir. Je lorgne sur le café mais n'y touche plus. La mention de notre déléguée m'a retourné le bide. Puisque...
Disparue. Edelgard a disparu.
Elle s'est volatilisée la semaine dernière sans crier gare, le 8 de la lune du Pégase.
Inutile de préciser à quel point son absence s'est fait remarquer. Et j'ajoute à cet événement fortuit la disparition de Hubert qui date du début du mois. Le plus frappant c'est que personne ne sait où ils se trouvent. A n'en pas douter, ces deux-là mijotent quelque chose. Ils agissent avec si peu de discrétion, ce qui ne leur ressemble absolument pas. A mon sens c'est loin d'être anodin. Jour après jour, la tension ne cesse de monter au sein de Garreg Mach. Même les animaux l'ont perçue et y sont réceptifs. Ce n'est jamais très bon de laisser durer une telle ambiance. A un moment où à un autre ça va finir par exploser.
Je ne peux empêcher mes doigts de trembler sur la porcelaine déjà fendue. Va-t-on pouvoir finir en paix nos études ? Une sueur froide glisse le long de mon dos.
Mon instinct me souffle que non.
La mine enjouée de Constance se transforme en appréhension.
- Je me demande où a bien pu se retirer Dame Edelgard ? C'est une personne admirable, elle n'a pas pu se faire kidnapper comme Flayn à qui la jeunesse avait dû porter préjudice.
- Edelgard ne vous a pas prévenue ? s'enquiert Petra en finissant son café.
Je la reconnais bien là. Elle ne laisse rien transparaître, son mental est bien plus imposant que le mien. Constance nous avoue que non, et qu'elle se trouve dans le même flou nébuleux que nous. Ensuite, nous parlons de tout et de rien. La Louve parvient même à me décrocher un rire par moment, ce qui est un authentique exploit si on avise mon anxiété. C'est seulement lorsque nous regagnons la surface que je me rends compte que nous n'avons même pas abordé la Guerre de Dagda et de Brigid, celle-là même qui est la cause de la destruction de la Maison Nuvelle. Je réfléchis. Si personne n'a évoqué ce sujet épineux, c'est que nous nous sommes comprises sans avoir recours à la parole.
« Nos parents et les siens étaient en conflit. Mais nous ne sommes pas eux. »
Cette citation de Petra concernait notre différend avec la Maison Bergliez, et donc avec Caspar. Elle peut également illustrer cette situation. Je doute que Constance et nous soyons de très grandes amies un jour, le malaise risque de subsister encore pendant pas mal de temps. Cependant, nous sommes toutes les trois d'accord pour essayer d'ériger une forme d'entente entre nous.
A l'extérieur, le temps a légèrement changé. Les rayons solaires embrassent les nuages et finissent par les poinçonner.
- Je vous prie d'excuser la présence de ma personne somme toute misérable.
Nous nous tournons vers Constance dont la personnalité s'alterne lorsqu'elle est exposée à l'astre lumineux. Petra tente de la rassurer mais cela ne fait qu'accentuer le manque de considération que se porte la Louve quand elle est dans cet état.
Un deuxième visage. Elle doit cacher tant de faiblesses derrière son exubérance habituelle.
Oui... Tout le monde possède deux visages. La Nature et ses deux facettes. L'assurance de Constance et son mépris d'elle-même. Moi et mon passé d'assassin. Edelgard et son identité d'Empereur des flammes.
J'inspire et expire en lorgnant sur les cumulonimbus. Celui en forme de cerf est toujours présent, comme pour se rappeler invariablement à ma mémoire. Je repère également une sorte de dragon, une couronne et un oiseau. Ce n'est pas plus mal que ce dernier investisse le ciel étant donné que la quasi-totalité des volatiles ont quitté la forêt aux abords de Garreg Mach. Un tel signe indicateur d'une menace en approche ne peut pas être dû au hasard.
/
Un bout de parchemin. Un quelconque bout de vélin glissé entre les branches de l'arbre. A en juger les légères taches de moisissure qui le parsèment, je dirais qu'il est planqué là depuis quasiment une lune entière. Je m'empresse de le déplier, sachant pertinemment qui en est son auteur. Malheureusement, les phrases sont presque illisibles. Je relis, encore et encore, déchiffrant les lettres manquantes à l'aide de mon doigt, imitant son écriture que j'ai vue tant de fois lorsqu'il m'apprenait le fódlien. Là, ça doit être un « a », ici un « d »... Des flocons commencent à voleter tout autour de moi mais je suis bien trop happée par mon décodage pour ne serait-ce que frissonner. Au bout de ce qui me semble une éternité, je parviens enfin à déchiffrer la totalité du message inscrit sur le vélin.
« A force de prononcer mon prénom vous devriez savoir le reconnaître facilement sur la porte de mes quartiers. »
J'expire par la bouche l'air qui s'efforce d'obstruer ma gorge. Une invitation. Ça, c'est clairement une invitation à le rejoindre... dans sa chambre. Je comprends alors pourquoi il a caché ce mot ici. Avec le froid qu'il fait, il n'était pas certain que je viendrais voir l'arbre et donc que je découvre le bout de parchemin. Car il sait, tout comme moi, ce que signifie cette incitation. Cette fois ce sera le grand saut dans le vide, nous abandonnerons le fil précaire mais ô combien rassurant. Nous nous amusons, c'est vrai, mais à trop jouer avec le feu qui nous anime il se pourrait que nous nous brûlions les doigts. D'ailleurs il l'a sans aucun doute remarqué, et moi aussi.
Le fait que j'ai failli « venir » rien qu'en contemplant ses baisers sur ma peau.
Durant cette lune qui s'est écoulée, je me suis demandée jusqu'où irons-nous, que nous apportera cette relation alors qu'elle arrive à son terme ? S'est-il posé les mêmes questions ? Nous ne nous sommes pas vraiment revus depuis l'épisode de l'arbre et du champ, néanmoins nos œillades ne laissaient planer aucune incertitude sur notre attirance. Et maintenant que j'ai déniché son mot, il m'attribue ce choix : celui de le fuir pour toujours ou de le rejoindre dans sa chambre. Les cours finissent la semaine prochaine. Il reste sept jours. Sept jours pour regretter de ne pas avoir succombé à la tentation, ou sept jours pour me remémorer ce moment. Je souris. Mon choix est déjà fait.
Je compte bel et bien te manger, Claude.
Je m'élance dans le champ qui s'enneige au fil des secondes. Je cavale si prestement que je perds ma cape dans mon sillage. Je croise des visages familiers sans vraiment les reconnaître, certaines personnes me saluent mais je ne m'arrête pas. Je n'ai jamais gravi aussi vite les marches qui mènent au dortoir des nobles. Sa porte se trouve presque au fond du couloir. J'interromps ma course pour reprendre mon souffle. Mince, je n'aurais pas dû me presser ainsi, je vais sentir la transpiration ! A l'aide de ma main gantée, j'essuie mon visage constellé de neige fondu. Je m'avance sans un bruit jusqu'à ses quartiers et localise son prénom sans aucun mal.
Claude.
Je répète à voix basse les lettres qui s'assemblent pour former un mot. Le sien. Je n'apprécie pas grand chose chez moi, en revanche j'aime entendre son prénom dans ma bouche. Que c'est niais. Suis-je vraiment plantée là devant sa porte ? C'est étrange, je me sens... absente mentalement parlant. Pourtant mon palpitant, lui, déborde de vitalité. Heureusement personne n'est présent dans le couloir pour percevoir les battements effrénés de mon cœur. L'impatience grignote déjà ma raison, quelque chose me dit que son espérance de vie n'est pas excessive. Je m'ébroue et frotte âprement mon cuir chevelu. Du calme Akkira, tu n'es même pas encore entrée. Si ça se trouve il n'est pas là. Des mèches de cheveux me retombent sur le visage. Mince, je viens de défaire une partie de ma coiffure ! Nos nattes sont sacrées à Brigid, malheureusement je suis trop fébriles pour les refaire.
Je m'aperçois que sa porte n'est pas bien fermée. Du bout de l'index, je la pousse et elle s'ouvre doucement sans émettre le moindre grincement. J'emploie mon ouïe pour discerner un quelconque son en provenance de sa chambre. Je perçois un léger froissement de papier. Il est là.
J'incline mon buste et passe ma tête par l'embrasure de la porte. La vision de son corps terrasse tous les autres éléments de la pièce. Il a retiré sa veste d'uniforme et ses bottes. Je mets plusieurs secondes à réaliser qu'il est allongé sur son lit. Le livre qu'il tient entre ses mains m'occulte son visage. Je souris mesquinement. Je meurs d'envie de lui flanquer la frousse de sa vie. J'esquisse quelques pas insonores dans sa chambre, m'approchant à pas de loup, où plutôt devrais-je dire de Mercenaire. Il ne m'a toujours pas repérée, c'est parf... Il remue et glisse son bras derrière son crâne ébouriffé. Cela soulève son maillot d'ocre jaune à manches courtes.
Oh.
Par tous les esprits.
Son ventre. Nu. Sa peau. Découverte. De ma place je peux faire le compte de tous les muscles qu'il m'offre par mégarde. Son muscle transverse vaguement osseux, le muscle oblique externe qui creuse la lettre V à la naissance de son aine et les muscles abdominaux sobrement façonnés. La vision de son ventre dévêtu m'apparaît comme un mirage des plus appétissants. Si alléchant que la salive encombre ma cavité buccale. Bon sang que j'ai faim...
Et mon estomac gronde.
Bruyamment.
Il abaisse aussitôt son ouvrage et son visage m'est révélé. Un visage des plus stupéfaits.
- Akkira ?! Vous...
Il redresse son buste vivement pour s'asseoir au bord de son lit défait. Son maillot retombe, me séparant ainsi de mon futur repas. Son expression éberluée m'indique qu'il ne s'attendait pas à ma visite. Je répète : Claude ne s'attendait PAS à ma visite. Cette phrase est une aberration à elle toute seule. Dans un sens, je peux comprendre son étonnement. Son mot date d'il y a sûrement une lune et c'est seulement maintenant que je débarque.
- Vous êtes venue, complète-t-il en se frottant le menton.
J'acquiesce et avale à grande peine toute la bave qu'a emmagasinée ma bouche. Je passe mon doigt dans mon col à revers pour laisser passer un peu d'air. Cette pièce est encore plus chauffée que la mienne, lui aussi doit affectionner les températures élevées. Sauf que là c'est trop, déjà que j'étais en nage... Pour me détourner de cette pesanteur je balaie la pièce des yeux. Un capharnaüm presque identique à celui de l'infirmerie y règne. Il y a des livres empilés partout, il pourrait aisément remplir une bibliothèque avec. Je souris et déclare :
- Tant d'indices sur vous sont à portée de pied... de main. Vous n'avez pas la peur que je découvre le mystère de votre natte ?
- Vous pensez y parvenir ? rétorque-t-il malicieusement.
Ses billes émeraudes me mettent au défi de le faire. Je repousse les instruments qui servent à poncer ou rafistoler un arc pour m'asseoir en tailleur. Je soulève des livres et annonce leurs titres à voix haute :
- « Le Paladin noir Blaiddyd », « La disparation des quatre Saints », « L'armée de la libération », « Le livre de Seiros », « Les apparences hypothétiques de la Très-Haute ».
Hm... La Très-Haute, autrement dit la déesse. Je feuillette l'ouvrage volumineux qui est parsemé d'ébauches toutes plus effarantes les unes que les autres. Les auteurs qui ont personnifié la divinité fódlienne ne manquaient pas d'imagination. Je suspends ma progression dans le livre sur une amorce plus voluptueuse. La déesse de ce dessin possède une opulente poitrine et des hanches assez musclées. Comme je sens Claude s'accroupir à côté de moi, je ne peux m'empêcher de lui montrer le dessin.
- Si elle existait, je suis sûre que vous la préférerez comme ceci.
Il détaille un instant l'esquisse avant de revenir vers moi. Son sourire taquin est de sortie.
- Sûrement, parce qu'elle vous ressemble.
Ça me désarme tellement que j'en perds mon bouquin. Il s'étale au sol et s'ouvre à une nouvelle page qui expose une déesse dont les cheveux sont entièrement nattés. Aussitôt les traits du délégué s'alternent. Il passe de la nonchalance à un effroi exacerbé.
- Oh non, pas ça ! Vous allez comprendre d'où vient cette tresse ! Ô Très-Haute, protégez-moi !
Ni une ni deux j'attrape le livre volumineux et l'abats sur l'épaule du cerf. Il bascule au sol, et son geignement de mêle à son rire. Ah, je crois que j'ai un peu exagéré cette fois...
- Ça fait un mal de chien !
- Quoi ? Après le cheval vous voilà transformer en cabot ? Je ne comprends pas...
- Ah ah ah !
Son rire contagieux invite le mien à le rejoindre. J'essaie de ne pas trop me laisser engourdir par l'euphorie juste pour enregistrer cette image de lui et l'emmener avec moi plus tard. Une hilarité non feinte. Je saisis un autre registre qui regroupe des journaux de voyage. Oh, c'est intéressant ça ! Je fais tourner les pages jusqu'à tomber sur Brigid. Tandis que je me plonge dans cette lecture qui me renvoie à mes racines, Claude se lève et se poste à la fenêtre. Un agréable silence nous dorlote avant que la voix du Cerf y mette fin :
- Venez voir.
Je marque la page et le rejoins dans son observation. Sa paume trouve naturellement une place contre mes reins. Au dehors, des mouettes et des faucons volent dans tous les sens, tourbillonnant dans un ballet désorganisé. Ce sont les seuls volatiles qui restent à Garreg Mach. Les élèves n'arrêtent pas de recevoir des missives terrifiées de leurs parents. Ce qui est plutôt compréhensible étant donné que des étudiants n'ont pas su garder le secret sur les derniers événements qui ont frappé Garreg Mach. Des pégases et des Wyvernes parfont cette pièce de théâtre sur le thème de l'affolement.
- Le Monastère est plus agité que jamais, chuchote Claude la mine sombre. Des événements sans précédent sont à prévoir.
- Oui sûrement.
Comme il se tient tout près de moi, j'essaie de contrôler le timbre de ma voie. « Des événements sans précédent » dit-il ? Je ne peux qu'approuver cette hypothèse. Et ces péripéties à venir seront probablement liées à la disparition d'Edelgard et de Hubert. Je jette un coup d'œil à l'ouvrage qui répertorie des récits de voyage. Après la danse brigilène que j'ai effectuée avec Petra lors du bal, j'avais comme projet de retourner chez moi. Cependant, depuis que nous connaissons toutes les deux le double jeu de la future Impératrice, je sais que mes desseins ne pourront pas être aussi idylliques. Pas tant que la menace règne sur Garreg Mach. Sur nous. Claude se frotte de nouveau le menton.
- Cela aura-t-il un rapport avec le rituel de la tombe sacrée supervisée par les Lions ?
Comme les rumeurs sont la spécialité des plus indiscrets du Monastère, j'ai également entendu parler de cette histoire. Dans une semaine, Byleth et ses étranges cheveux devront se rendre à la tombe sacrée pour recevoir la révélation de la déesse. Le professeur sera également accompagné de Rhea et il a décidé de partager cette mission sanctifiée avec ses élèves. Le plus étrange dans cette histoire c'est que quasiment personne n'avait entendu parler d'un tel lieu avant ces rumeurs. Manuela ne s'est pas cachée d'exhiber sa surprise à ses Aigles. Au moins cela a eu le mérite de me secouer un peu. Je ne dois pas omettre que l'Église de Seiros est une entité des plus mystérieuses et suspectes. Si Edelgard et ses acolytes sont nos ennemis, qu'en est-il de Rhea ? Mes doutes à l'égard d'autrui sont toujours omniprésents. Claude reprend en se tournant vers moi :
- Ou bien ces événements imminents auront un rapport avec tout autre chose ?
J'arque un sourcil en le dévisageant. Pourquoi me scrute-t-il avec cet air si grave ? Je m'apprête à lui poser la question lorsque ses deux émeraudes dévient sur ma coiffure défaite.
- Qu'est-il arrivé à vos cheveux ?
- Il est arrivé que j'ai frotté trop fort.
Un sourire sabre son sérieux mais n'égratigne pas la froideur de ses prunelles. C'est vraiment déroutant. Qu'est-ce qui lui prend tout à coup ?
- Je vais essayer de vous la refaire.
Il passe par derrière et déficelle l'attache qui étreint mes pointes puis celle qui retient la grosse natte. Tel un peigne ciselé, ses doigts passent dans ma chevelure pour les démêler. J'essaie de ne pas ronronner mais c'est compliqué, j'aime qu'on bichonne ma crinière. Attendez... je viens vraiment de penser « ronronner » ?! Puis ses phalanges s'activent. Elles sont moins habiles que celles des brigilènes mais elles possèdent tout de même une certaine forme de dextérité. Je frissonne lorsque je sens le bout de ses ongles effleurer ma nuque. Et il y a son souffle aussi qui vient la caresser régulièrement. Mes orteils se recroquevillent déjà dans leurs bottes. Pour ne pas perdre le fil de mes songes, je me concentre sur le registre des récits de voyage.
- Vous aimez apprendre des choses sur les pays étrangers ?
- C'est exact, les autres contrées me fascinent.
Il m'avait confié un jour qu'il parlait quelques mots de brigilien. J'imagine qu'il doit également apprendre un peu les autres langues. Toutefois, je suis certaine que nous ne pouvons pas dénicher ce genre d'ouvrages à la bibliothèque du Monastère. Et c'est pareil pour une partie de ceux qui recouvrent le sol de sa chambre. Je revisionne alors un trafic entre Tomas et lui. Le traître lui avait remis un bouquin sur les Reliques de héros.
- C'est Tomas... enfin, Solon, qui vous a donné ces livres ?
Ses doigts ralentissent avant de reprendre.
- C'est le cas pour certains ouvrages, en effet. Il me gardait ceux qui pouvaient m'intéresser et que Seteth ne voulait pas conserver dans la bibliothèque de Garreg Mach.
- Pourquoi Seteth ferait-il le tri ?
- Certaines vérités ne sont peut-être pas toutes bonnes à lire... ou à entendre, fait-il d'une voix plus profonde.
Là encore j'ai l'impression que sa phrase comporte de nombreux sous-entendus. Il réapparaît dans mon champ de vision. Son corps en mouvement agite sa natte nouée à la façon d'un mot qui comporte trois syllabes. Je désigne sa tresse :
- Comme ça par exemple ? Ça vous concerne tellement que vous ne voulez pas m'en parler.
Il sourit sincèrement cette fois, et s'approche. Si... proche. Ses membres n'hésitent pas lorsqu'ils investissent mon espace. Son bras longe ma taille et son autre main vient saisir la mienne. Puis son corps se met à osciller, m'invitant à esquisser quelques pas avec lui. Le front posé contre son trapèze, j'exhale une plainte dépitée. Je sais qu'il est en train de faire diversion. Je suis tellement déçue que cette proximité entre nous ne parvient pas à m'enflammer.
- Vous esquivez encore..., je ronchonne. L'année se termine, et au final je ne connais pas grand chose de vous.
Sa joue est plaquée contre le haut de mon crâne, ainsi je peux distinguer les prémisses d'un sourire.
- Vous aussi vous êtes secrète. Et dire que je ne sais toujours pas ce que signifie votre tatouage sur la joue ! se lamente-il.
Je plisse le nez. Ça ne me donne même pas envie de m'égayer. Comme souvent avec lui, je suis ballottée entre mon attirance à son égard mais aussi mon agacement qu'il provoque si facilement. D'ailleurs c'est cette dernière qui s'apprête à rétorquer quelque chose d'amère mais sa verve me devance :
- Par ailleurs, lorsque nous étions dans le champ, j'ai pu constater que votre bras droit était également pourvu d'un motif.
Comme d'habitude, il ramène la discussion sur ma propre personne. Ma contrariété évolue d'un cran et entraîne ma sauvagerie dans son ascension. Généralement, l'une ne va pas sans l'autre. Je me dresse sur la pointe des pieds avec pour unique intention de mordre son lobe où pend une boucle d'oreille. Mais je me ravise pour susurrer :
- J'ai d'autres tatouages. Sur le corps.
Mon timbre était involontairement lascif. Même ma voix commence à trahir mon impatience. Il décale son visage pour scruter mes airs de rustre. Il essaie de préserver sa nonchalance, mais celle-ci est en train de se faire influencer par... quelque chose. Quelque chose qui dilate un peu ses iris. Il déclare :
- Vous êtes ensorcelante. Vous aimez habiter vos danses, vous respectez la Nature plus que quiconque, et vos coutumes ne devraient plus être méconnues. Vous souriez bien plus facilement que vous ne le songez et votre rire reflète l'enfance et l'insouciance. Mais à côté de ça...
Il marque un temps d'arrêt avant d'enchaîner :
- Je viens de dire que certaines vérités ne sont pas toutes bonnes à lire ou à entendre. Pour les autres peut-être, mais pas pour moi. Ce qui m'intéresse dans une histoire, c'est l'authenticité qui est souvent ensevelie sous une panoplie de mensonges. Les mystères me stimulent, tout comme l'éventualité de dénicher la pelle qui peut me permettre de déterrer la vérité. Et quand je parle « d'histoire », j'inclue également celle que transporte chaque individu avec lui.
J'arrête de bouger pour le reluquer, suspicieuse. Qu'essaye-t-il de me dire ? Et il se détache. De moi. Il recule et relègue au second plan l'attraction qui nous aimante.
- Qui êtes-vous vraiment Akkira ? proclame-t-il. Je n'ai cessé de me le demander depuis que nous nous sommes rencontrés. Je me suis même escrimé à la découvrir jour après jour.
Qu'est-ce que... Quoi ? Son éternel sourire est bien présent mais toute sa physionomie est de marbre. Le revoilà. Le Claude de la bibliothèque. Celui-là même qui a attrapé un livre sur une étagère trop haute pour moi. Celui-là même qui m'est venu en aide juste pour en apprendre plus sur ce que je cachais. J'ai l'horrible impression d'avoir fait un bon dans le temps et d'être revenue à cette époque où j'avais conçu une liste de personnes à éliminer et où il figurait dedans. Pourtant nous avons partagé tant d'autres moments depuis... Comment peut-il se montrer si détaché tout à coup alors que la seconde d'avant le désir perlait dans ses prunelles ? Comment arrive-t-il à exercer un tel contrôle sur ses émotions ? Je balbutie, totalement désarçonnée :
- Que voulez-vous dire ?
- Vous êtes transparente, mais lorsque vous êtes arrivée à Garreg Mach, vous l'étiez bien plus encore. La violence et la précision de vos gestes, la virulence de vos regards aussi. Vos doigts qui s'agitaient dans le vide en formant des cercles, comme s'ils maniaient une dague imaginaire. D'ailleurs lors de notre défi, votre habilité au coutelas ne passait pas inaperçue. Encore aujourd'hui, vous gardez les cicatrices de vos précédents lancers sur votre majeur.
Par tous les esprits... qu'est-il... en train... d'énoncer... ? Est-ce vraiment... vraiment en train de se passer ? A mesure que les mots décampent de sa bouche, l'adrénaline investit la mienne. Déjà, je la sens couler dans ma gorge pour venir abreuver des émotions néfastes. La culpabilité. L'affliction aussi. Le troisième verre, celui de la fureur, n'est pas encore plein lorsqu'il m'achève :
- Et enfin vos manières sont assez différentes de celles de Petra. Par exemple, votre démarche n'est pas la même. Vous êtes toutes les deux pourvues d'une grande discrétion mais il y a tout de même des nuances entre vous. Pour sur, vous vous déplacer sans émettre le moindre bruit exactement comme le fait Shamir. Exactement comme une Mercenaire.
Ma mâchoire s'est égarée sur le parquet. Son discours me fait l'effet d'un coup de poignard dans le bide. Non, pas dans le bide... Dans le cœur. Et il saigne, imbibe mon organisme qui souffre le martyr à mesure que je réalise. Que je comprends ce qu'il entreprend depuis le début.
Claude von Riegan. Un sourire faussement aimable qui nous incite à nous dévoiler. Calculateur, manipulateur, homme de raison et sensé. Je le savais à la seconde où il m'a parlé et il ne s'est jamais caché d'exposer son amour pour les secrets. Les miens y compris. Et pendant tout ça, tout ce qu'on a vécu, il n'a pas arrêté de m'observer. Non, c'est pire que ça. Il a épié mes gestes, décortiqué mon mode de vie. A chacune de nos altercations, il a dû assembler les pièces pour en venir à cette conclusion. Des déterminations si... authentiques. Il a débusqué la pelle de mes secrets, a déniché la parcelle de terre qui les planquait et il a compris. Et à présent ça, cette invitation à le rejoindre. Ma naïveté m'a convaincue que c'était pour faire le grand saut en ma compagnie, pour s'abandonner avant de se dire adieu. Hors, c'était surtout pour me balancer au visage ses découvertes et sa théorie à mon égard. Ses recherches qu'il brode depuis le premier jour. Comme si j'étais un test, un vulgaire cobaye qui ne démontrait son utilité que dans la véracité de ses hypothèses. C'est... c'est tellement...
Tout mon corps tremble, secoué par des sensations plus corrosives que jamais. Je sens la douleur qui fait enfler mes traits et qui humidifie mes globes oculaires. Mes mains nerveuses pressent mes yeux. Le maelstrom de mes émotions virevoltent dans mon organisme trop étriqué pour les contenir. Elles se répandant dans ma bouche et alors...
Et alors je ris comme une hystérique. A m'entendre, on pourrait penser à une détraquée. Mais c'est peut-être ce que je suis. Détériorée et pervertie par la vie que j'ai menée et que je mène encore. Il a compris. Claude sait ce que j'ai fait par le passé. Peut-être pas dans les détails, mais il a saisi une partie de la vérité. Il n'a pas l'air dégoûté. Et il énonce sa théorie sans se douter de ce que ça réveille chez moi. Sans se douter que son expertise est cruelle et qu'elle me blesse. Me faire avoir par un être aussi froid me répugne. Froid et sans cœur... Ça me rappelle les paroles d'Edelgard. Mon souffle est saccadé par mon ricanement :
- Une connaissance...AH AH AH... m'a confié un jour que personne... personne n'osait lui parler à cause de son statut, ni même... croiser son regard. Car elle était jugée... AH AH AH... jugée comme étant froide et sans cœur.
Quelle cruelle ironie, c'est vraiment le monde à l'envers. Edelgard qui se montre attentive au bien-être de ses camarades est en réalité un être malfaisant. Tandis que Claude, le manipulateur, est considéré comme le gentil Cerf un peu trop nonchalant. Tu parles d'une nonchalance... C'est juste pour endormir nos esprits. J'arrête subitement de glousser, abaisse mes mains et mes yeux perforent les siens. Je crache avec véhémence :
- Mais de tous, c'est vous le plus froid. Vous n'avez jamais compris pourquoi je vous ai frappé lorsque vous avez invoqué... évoqué une guerre que j'avais vécue ?! Et là vous m'avez... Vous venez de faire pareil en mentionnant des détails qui ne me rappellent que trop bien ce que je fuis !
La fin de ma phrase ressemblait plus à un hurlement furieux. Ma vision est tellement déformée par un ouragan de haine que je ne parviens plus à distinguer correctement ses traits. Je crois qu'il se gratte la tête mais je ne suis plus sûre de rien.
- Je suis navré Akkira, je suis comme ça. N'allez pas croire que je suis insensible à ce que vous avez traversé. Je vois bien que vous portez un fardeau des plus pesants. Et il s'est accumulé à une autre charge plus récente, il me semble.
J'ai le souffle coupé. Plus « récente » ? Je sais à quoi il fait référence. Je regrette immédiatement de lui avoir narré mon tourment sous forme de conte. M'est avis qu'il a dû l'éplucher jusqu'à en dévoiler son contenu. Reste à savoir si ce dernier est exact ou non. Il croise les bras sur son maillot d'ocre jaune et amorce quelques pas dans la pièce.
- J'imagine que vous êtes la biche de votre conte, seulement j'ignore l'identité du cerf. Cette histoire est des plus intrigantes parce qu'elle vous concerne mais aussi parce que je n'arrive pas à y déceler la vérité. Et surtout je crains de vous avoir mal conseillée. Alors dites-moi, contre qui vous battez-vous ? Serait-ce contre ceux qui ont déchiré votre peuple ? Ou bien contre quelqu'un d'autre ?
- Ça suffit, taisez-vous ! je m'époumone en cherchant mes mots. Gardez vos réflexions pour vous ! Pourquoi vous vous acharnez à creuser ce que j'enfouis sous la terre ? Vous êtes ignoble !
- Parce que vous souffrez.
Je frotte mes paupières pour chasser le voile de mon courroux et le dévisage. Qu'est-ce qu'il raconte ? Je me sens de plus en plus perdue. Il s'appuie contre son bureau et explique alors que depuis la nuit des temps, ce sont les nobles qui déclenchent les guerres. Ceux qui détiennent le pouvoir prennent des décisions bénéfiques pour eux mais meurtrières pour d'autres. Dans chaque page de l'Histoire qu'il a étudiée, il a remarqué que c'était la population qui saignait constamment en premier. Il avait déjà tenu ce discours à Remire, cette fois il appose des pierres supplémentaires sur le cairn de son discours. Ce genre d'inégalités lui laissent un tel goût amer quelles sont insoutenables. Il ajoute qu'il n'y a qu'à regarder comment sont traités les roturiers et les étrangers en Fódlan.
Ses deux émeraudes se sont arrimées à un point indéterminé sur le sol. Il secoue la tête, l'air profondément contrarié, et poursuit :
- Je ne m'habituerai jamais à rencontrer des personnes qui subissent les contrecoups de l'Histoire. Des personnes qui transportent des fardeaux dans leurs sillages et qui ploient sous leurs poids. Le plus judicieux pour elles serait qu'elles s'en délestent. Ainsi, elles arrêteraient de souffrir.
J'essaie d'assembler les points qu'il a soulignés pour saisir ceux qui me concernent. C'est complexe, son esprit est bien plus subtil que le mien. Il a évoqué des fardeaux que je traîne. Celui de mon passé et celui qui s'accumule depuis que j'ai découvert l'identité d'Edelgard. Selon lui, il serait plus sage de s'en séparer ? Comme si c'était aussi facile. Étant donné que je ne réponds plus rien, il s'avance et se poste devant moi. Je n'ose pas relever la tête vers ce garçon qui vient de remuer tant de souffrances rien qu'avec des mots. Il chuchote :
- Je vous assure, je n'essaie pas de vous connaître dans le but de vous offenser.
Cette fois je relève mes prunelles humides vers lui et rétorque, mortifiée :
- Mais vous le faites à chaque fois... !
Oh non... Bon sang Akkira reprends toi ! Tu t'es déjà bien trop révélée devant lui, il n'a pas besoin de revoir tes larmes... ! Mes larmes... qui cascadent sur mes joues sans que je puisse rien y faire. Je chasse d'une main mon chagrin qui me fait honte, mais c'est peine perdue. Je bafouille, la gorge également embuée :
- Vous parlez de l'histoire des gens avec un tel détacher... détachement. Mais là c'est la mienne... ! Vous ne pouvez pas... vous ne pouvez pas creuser les gens comme ça. Vous ne pouvez pas nous forcer à assumer et... à... à affronter ce qu'on exècre. Vous ne pouvez pas comprendre ce qu'il y a ici...
Je montre mon cœur, ce qu'il renferme, toutes les émotions auxquelles il donne naissance. Je hoquette, les bras emprisonnant mon buste, et bafouille :
- Je n'ai jamais su me confier alors... Laissez-moi garder tout ça, et être lâche jusqu'au bout...
Ses paumes viennent encadrer mon visage. Comme il ne porte jamais de gants, elles sont un peu rêches et abîmées par tous ses affrontements à l'arc. Ses pouces cueillent certaines de mes perles aqueuses et en étalent d'autres sur mes pommettes. La froideur de ses traits s'est envolée pour laisser plus de place à cet air préoccupé qu'il présente. Perplexe, oui, mais aussi soucieux.
- Vous vous dépréciez tellement, murmure-t-il. Votre mépris à votre égard vous contraint à vous replier sur vous-même. Vous savez, je pense qu'il est normal de ne distinguer que son ombre si vous tournez sans cesse le dos au soleil.
Sa voix douce harponne ma sensibilité. Il reste là à caresser mon visage et s'accapare l'intégralité de mon champ de vision. Je lui en veux tellement de m'avoir étudiée comme si j'étais un sujet d'expérience. Et malgré ça, je ne parviens pas à me détourner de lui. Qu'est-ce qui débloque chez moi ? La haine et mon affection pour lui sont si proches. La passion me charrie sans ménagement de l'une à l'autre. La haine serait-elle donc la plus violente, la plus exacerbée des formes affectives ? Je lorgne ses lèvres. L'embrasser. J'ai envie de m'accaparer ses deux bouts de chair de toutes les façons possibles et inimaginables. Il suffirait que je me dresse sur la pointe de mes pieds pour les happer et...
Dans un sursaut haineux, je le repousse vigoureusement et peste :
- Alors c'est comme ça que vous comptiez « profiter de chaque instant », des derniers qui nous restent ?! En me balançant vos découvertes au figu... à la figure ?! Je suis tellement en colère contre vous que j'hésite entre vous défigurer, vous bannir de ma vie ou vous arracher tous vos vêtements !
Il sourit. Oh bon sang, cet air amusé me met hors de mois ! Mes jambes engloutissent le mètre qui nous sépare et accroche sa nuque d'une main pour l'empêcher de s'esquiver. Ma langue vient se recueillir de la saveur de sa joue. Je le sens frémir. Pour amplifier ses palpitations, je souffle férocement à son oreille :
- Retirez tout de suite ce sourire de votre visage ou je vais mordre si violemment votre bouche que vous serez dans l'incapacisation... dans l'incapacité de manger pendant les jours à venir.
Il marque un temps d'arrêt qui me paraît durer une éternité. Toujours en train de réfléchir, n'est-ce pas Claude ? Je me fiche de savoir si je suis allée trop loin. S'il ne veut pas que je le dévêtisse, je peux toujours le balafrer. Sa tête s'incline légèrement pour venir chuchoter près de mon lobe :
- Il vaudrait mieux éviter de blesser mes lèvres si vous souhaitez que je les utilise dans les minutes à venir.
Les battements de mon cœur se transforment en tambour. Mes oreilles se changent en violons qui me jouent une mélodie renversante, celle de son consentement. Même... même la timbale de ma zone intime se met à palpiter. C'est toute la symphonie du désir qui s'éveille. Une consonance à l'image de mon état d'esprit : fiévreux. Par tous les esprits, que c'est excitant. Mais avant tout, il y a quelque chose que je rêve de goûter depuis que j'ai posé un pied dans cette chambre...
Je m'agenouille et soulève à l'improviste son maillot. Mon ventre gronde tandis que le sien m'est offert sur un plateau d'argent. Il n'a pas le temps de me demander ce que je fabrique que déjà mes lèvres se posent sur son nombril. Il hoquette, ses muscles pyramidaux se creusent. Ma langue effectue le tour de ce petit trou puis s'aventure plus loin. Je lèche, je mâchonne, je mords, je dévore ses muscles apparents sans qu'ils soient trop marqués. Je polis chaque tressaillement de sa part, cherchant à le faire réagir davantage. Mes mains sont deux serres qui ne pardonnent pas ses propos de tout à l'heure. Mes ongles se plantent dans ses lombaires et les lacèrent. Il m'avait confié un jour que je pouvais le griffer, que ça ne le dérangerait pas. Il va être servi... Il se dolente un peu mais n'esquisse aucun mouvement pour me repousser. Je me régale de cette pièce de choix sans être rassasiée. Plus, je veux plus. Mes paumes glissent un peu et tâtent son moyen fessier. Oui... Je l'avais menacé de les mordre lors du bal. Il est temps de mettre cette provocation à exécution. Je suis déjà en train de triturer le bouton de son pantalon lorsqu'un doigt vient soulever mon menton. Le plaisir a aspergé ses traits déconcertés pour fusionner avec eux. Bon sang, cette vision...
- Je ne pensais pas que j'étais un excellent griffoir, raille-t-il goguenard et le souffle un peu court.
Je me redresse, effleurant son corps du bout de mes seins et le toise avec toute la véhémence qui m'habite à cause de lui. Mon attention s'écroule sur cette bouche qui en dit toujours trop.
- Je vous déteste, je grommelle tandis que nous nous penchons.
Et alors nos souffles s'attirent en même temps et s'invitent à se mélanger. Au début il y a justes nos lèvres qui se découvrent et se déshabillent. Les siennes sont humides, un peu charnues, brûlantes. Et salées. Mon ventre grogne bruyamment et remonte dans ma gorge sous forme de gémissement. Je n'ai pas le temps de me demander d'où me vient cet élan de mièvrerie que sa bouche invite la miennes pour une valse... Non, pas une valse. Pour une danse des plus endiablées. Je fais alors la connaissance de ses dents, celles-là même qui s'affichent d'ordinaire lorsqu'il est réellement content. Et il y a son souffle qui vient du plus profond de ses poumons et qui m'héberge.
Nos mains ne restent pas inactives, empressées qu'elles sont de découvrir l'autre. Les siennes se calent d'office sur mes hanches pour me rapprocher de lui. Je l'entends soupirer d'aise lorsque son début d'érection rencontre mon bas-ventre. Cinq de mes doigts se faufilent sous la manche de son maillot pour flatter son biceps et son épaule. Les autres agrippent sèchement la racine de ses cheveux et l'enjoignent à pencher la tête. Nos lèvres trouvent alors une meilleure approche pour se goûter et nos langues sortent de leurs tanières pour se solliciter mutuellement. Je blottis mon buste contre son torse lorsqu'elles se mettent à danser ensemble. Par tous les esprits... C'est bon ! C'est meilleur que la morsure du soleil, qu'une douche brûlante et que le cacatoès aux quatre épices.
Mes membres tremblent, toujours agacés et avides de sauvagerie. Je le pousse brutalement jusqu'au lit. Il s'écroule dessus, surpris, puis se met assis. J'arrache presque mes mitaines en les retirant et envoie mes bottes les rejoindre au sol. Il ne me quitte pas des yeux lorsque je me place à califourchon sur ses cuisses.
- Ne soyez pas dans l'étonnement, je bougonne en insérant mes griffes dans ses clavicules. Vous l'avez dit vous-même : mes gestes sont violents et mes regards virulents.
Je discerne son sourire avant que mes lèvres ne s'abattent sur les siennes. On s'embrasse une fois, deux fois, puis ma bouche se retrouve démunie, la sienne ayant reculé. Qu'est-ce que... ? Et elle revient à l'assaut pour emprisonner la mienne. Je gémis inconsciemment, attisée par son effronterie. Mes incisives mordillent sa pulpe inférieure avant de dévier sur d'autres parties de sa peau qui me sont inconnues. Je bécote sa joue, sa mâchoire et dévale son muscle angulaire. Il soupire, se laisse faire un instant avant de passer à l'attaque.
Ses deux mains reviennent cajoler ma taille et glissent pour épouser d'autres formes. Mes hanches, mon bassin... mes fesses. Étant donné que j'ai ouvert mes cuisses pour emboîter mon corps au sien, le tissu de mon uniforme est largement relevé. Pas assez à son goût visiblement. Ses phalanges descendent encore dans une lenteur qui me rend folle, effleurant mon sous-vêtement. Surtout qu'il approche de la fameuse zone sensible et donc chatouilleuse... J'essaie de ne pas y prêter d'attention et marque encore plus son cou. Rien n'y fait, je ne pense plus qu'à ses doigts qui dégringolent encore, qui pelotent le muscle vaste latéral. Et qui...
- AH !
Je couine lorsque ses mains caressent l'intérieur de mes cuisses, la surface proche de mon intimité. Ses lèvres se pressent contre mon épaule. Aux dents que je perçois contre ma clavicule, je devine qu'il sourit.
- Trouvé, dit-il tout bas.
Ses doigts massent la zone sensible. Je piaille encore sous ses chatouilles qui sont proches de la torture physique. Je me cambre contre son torse, le postérieur dressé vers l'arrière, lui soumettant involontairement plus de terrain. Il assiège la zone avec ses mains, je l'implore même d'arrêter mais rien ne parvient à refréner la sournoiserie de ce fourbe. Salopard... Pour me venger je change légèrement de position et plaque mon bassin contre le sien. Je perçois sans mal sa virilité contre ma culotte.
Et alors je me déhanche.
Nous gémissons de concert. Mince... mince... ! Je n'avais pas songé que ça procurerait une telle décharge dans mon corps. Même à travers nos vêtements, le frottement de son sexe contre le mien me rend toute chose. Mon bassin ondule à nouveau, vorace qu'il est à l'idée de réitérer l'expérience. Je remue à mesure qu'il grogne et que son membre grossit à chaque coup de rein. Je rejette la tête en arrière, en proie à tant de volupté.
- Han... han Claude !
- Akkira..., geint-il.
Ses mains monopolisent mes fesses pour m'immobiliser et pour que j'arrête de l'exciter. Sa bouche affamée cherche la mienne et la trouve naturellement. Sa langue asticote ma lèvre supérieure et je souris face à sa témérité. Je noue mes bras autour de sa nuque et savoure le délice de son palais. J'aime et je déteste la façon dont il m'embrasse. Taquine, énervante, surprenante, à son image. Je ne parviens pas à mener la danse, c'est comme s'il me mettait constamment des bâtons dans les roues. Il m'aguiche, m'attire toujours un peu plus. Je romps ce baiser tumultueux pour me décaler un peu et apercevoir son visage. Encore tout émoustillée, je passe l'index sur sa bouche.
- Vos lèvres... Tes lèvres.
- Oui, répond-il en riant. C'est moi qui t'ai appris ce mot, tu te souviens ?
Je hoche la tête et détaille son expression plus que réjoui. Il semble... heureux. Vraiment heureux. Nous nous contemplons comme si c'était la toute première fois que nous saisissons pleinement ce que nous sommes. Lui, Claude, ses projets désintéressés et sa curiosité malsaine. Moi, Akkira, ma sauvagerie spontanée et mes mains souillées par le sang. Il n'avait pas prévu ça. Ce regard que nous échangeons. Ça tombe bien, nous sommes deux dans ce cas-là. Mes doigts passent sur ses sourcils, comme pour retenir leur épaisseur. Puis ils tracent des cercles autour de ses yeux, souhaitant enregistrer leur forme et leur nuance. Et son sourire... Tout à l'heure si froid et à présent si chaud. Je ne comprends pas... Je ne devrais pas éprouver le besoin de retenir sa physionomie. Pas d'attache Akkira, tu te souviens ? Pas d'attache.
Mes mains délaissent alors sa figure pour s'occuper de son maillot. Je le relève et le fais passer au dessus de sa tête. Je m'apprête à plonger pour m'épancher sur son torse, mais son nez vient taquiner le mien. Son irrésistible souffle, le bruit de sa respiration... Je ne peux pas combattre ça. Il se penche et m'embrasse.
Encore,
encore
et encore.
Ces minutes passionnées ne seront jamais gâchées. Elles s'effilochent et nous ne nous lassons pas. C'est moins agressif qu'au début, plus langoureux. Et plus doux que le vent dans mes cheveux, que l'humus sous la plante de mes pieds, que l'eau d'un ruisseau sur ma peau.
Embrasse-le, Akkira.
Embrasse-le. Tant que ses lèvres sont encore à portée des tiennes.
Embrasse-le. Tant qu'il garde le silence et tait ses paroles douloureuses.
Embrasse-le. Tant que ma poitrine caresse la sienne.
Embrasse-le. Tant que l'insouciance de ce moment n'est pas entachée par les lendemains qui se fanent.
Le baiser ne prend fin que lorsque nous manquons d'air. Ses bras viennent enserrer ma taille et sa bouche se pose tout contre mon oreille :
- Déleste-toi de ton fardeau Akkira. Tu n'es pas obligée de suivre une voie qui ne te correspond pas.
Et je flanche. Mon esprit flanche en me remémorant que ce moment est unique, que nous n'en vivrons pas d'autre. La voie que je vais suivre, dit-il... La voie qui me lie à Edelgard, la voie que j'ai choisie de ne pas délaisser en me confiant à ma cousine au sujet de son identité. Je savais qu'en procédant ainsi je nous impliquerai toutes les deux dans cette histoire. Je...
- Aah..., je soupire doucement.
Il a ouvert quelques boutons de mon haut et a posé ses lèvres au dessus de ma poitrine qui est encore couverte. Il prolonge le contact. Je caresse ses mèches drues et observe l'arc de ses paupières fermées lorsqu'il est concentré à embrasser ma peau. Ses mains escaladent mon échine, relevant toujours plus ma tenue, puis la dévalent. Mon dos est bien trop étroit à mon goût. J'aimerais qu'il soit plus ample pour que ses doigts découvrent sans cesse des espaces cachés.
Je me sens tellement émue tout à coup. Je l'entoure de mes bras et l'enlace en murmurant son prénom. Je renifle son odeur, cumin et safran, mêlés à un peu de transpiration. Mes lèvres caressent sa clavicule cuivrée tandis que les siennes remontent progressivement le long de mon cou. Tant de douceur dans cette étreinte. Ça me chamboule, ça m'ébranle si fort. Mon esprit s'embrouille avec les larmes qui menacent de glisser de nouveau. Je suis une barque qui tangue dangereusement depuis quelques temps. Ses lèvres sont des lames aqueuses qui tentent de me faire chavirer. Mais si je tombe, je vais me noyer en lui. Et qui sait si je vais en ressortir indemne ? Si je vais pouvoir mener ma barque sans lui dans ma vie ?
Je serre mes dents qui claquent. Par tous les esprits... Non Akkira, pas d'attache dans ce sens, tu le sais. Je ne peux pas... Si je me lis charnellement à lui ce sera le point de non-retour. Je vais vouloir... Non, n'y songe même pas. Te projeter ne servira à rien. Je ravale mes larmes et saisis son visage en coupe. Il me dévisage et susurre, inquiet :
- Qu'est-ce que tu as ?
Je secoue mon menton tremblotant et l'embrasse une dernière fois avant de murmurer, la voix étranglée :
- Tu te trompes, je suis... je suis obligée de prendre cette voie. Mais je ne suis pas obligée de t'entraîner là dedans.
Je n'attends pas de réponse de sa part. Au bord de la rupture, je ramasse à la va-vite mes affaires et déguerpis de sa chambre.
Ma barque quitte alors les lames aqueuses pour rejoindre une tempête bien plus terrible...
Le petit commentaire de l'auteure : Ce chapitre m'a touchée, émue, ébranlée. Je n'en rajoute pas plus, le chapitre est déjà assez long comme ça !
Prochain chapitre : Filer
Prenez soin de vous, ciaossuuuu !
